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  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 13:32

 

Il est mal vu de prédire une défaite en pleine campagne. Cependant, je suis convaincu qu’il est nécessaire d’analyser dès maintenant une défaite logique, implacable, mais qu’on ne veut pas voir, ni admettre.

 

Le 6 mai 2012, Nicolas Sarkozy, dit le kleiner Mann (Bernard Gensane), sera réélu de justesse. François Hollande n’a aucune chance de l’emporter. Pourquoi ?

 

 sarkozy.jpg

Nicolas Sarkozy, malgré les apparences, a de fortes chances de l'emporter.

 

francois_hollande.jpg

François Hollande doit absolument changer de stratégie. 

 

 

Tout d’abord, il faut tenir compte de la sociologie et du rapport des forces politiques en France. La droite (de l’extrême-droite au « centre ») est largement majoritaire en France. La gauche (de l’extrême-gauche en passant par le Front de gauche, le PS, aux écologistes) ne totalise que quelque 40 % de l’électorat, en se basant sur résultats des derniers scrutins municipaux, régionaux et partiels. Et c’est un homme de gauche qui le dit : Jean-Luc Mélenchon.

 

Ensuite, la stratégie de Sarkozy commence à porter ses fruits. Depuis sa première campagne présidentielle, il a œuvré pour qu’il n’y ait personne à sa droite. Il s'inspire ainsi dans l'ancien chancelier allemand de droite dure Strauss et de Rove le conseiller électoral de George W Bush. C’est ainsi qu’il fait reprendre pour son compte et sans vergogne par ses sbires les thèmes les plus nauséabonds de l’extrême-droite. Ce sont ses collaborateurs qui sont éclaboussés et ainsi, le petit Nicolas peut tenir des discours réactionnaires sur la question de l’avortement, le mariage homosexuel, etc. Il a fait détourner l’attention par cette grotesque affaire de la viande « halal ». Dans tous les cas, la gauche est tombée dans le piège (sauf Mélenchon qui a parfaitement compris qu’il ne faut pas s’enferrer là dedans) par ses indignations aussi vaines que temporaires. Dans la stupide polémique sur les « civilisations », la gauche s’est laissée prendre : elle s’est attaquée à Guéant, un sous-fifre. Il fallait frapper le vrai patron, c’est-à-dire le kleiner Mann en personne. Enfin, en faisant pression sur les maires, le camp Sarkozy va empêcher Marine Le Pen de récolter les fameuses 500 signatures. Ainsi, l’extrême-droite éliminée laisse le champ libre à l’UMP et à Sarkozy.

 

 

 Claude-Gueant-laicite.jpg

Claude Guéant : l'idiot utile de Sarko...

 

 

Sarkozy a dès lors toute liberté pour imposer les idées ultralibérales devant un adversaire PS qui ne sait pas sur quel pied danser. L’abstention des Socialistes sur le MES (Mécanisme Européen de Stabilité – voir Uranopole : http://uranopole.over-blog.com/article-trop-99901481.html) va coûter un maximum de voix à Hollande.

 

Les actes et les discours du PS et de François Hollande sont flous et incohérents face à un adversaire qui les déconcerte en attaquant successivement de front, puis en passant par des phases de blues savamment programmées. Un exemple est donné aussi par la proposition de taxer à 75 % la tranche de revenus annuels supérieure à un million d’Euros. Si l’idée en soi est bonne, dans une campagne électorale, cela a un aspect trop technique pour être compris ! Il eut mieux valu insister sur une répartition plus juste de la charge fiscale par quelques slogans bien sentis dans les médias et des explications plus élaborées dans la presse écrite, par exemple. À force de vouloir tout justifier, on crée la méfiance et l’incompréhension.

 

En outre, quelle pensée véhicule le PS ? A force de compromis, on en arrive à habiller dans un discours de gauche, le libéralisme auquel les Socialistes de « gouvernement » se sont ralliés . Le social-libéralisme est la pensée dominante et, forcément, entraîne des ambiguïtés. Ainsi, où est la cohérence entre proclamer au Bourget que le principal adversaire est la finance, et ensuite aller rassurer la City de Londres que l’on restera dans le système de capitalisme financier actuel ?

 

Un autre exemple : Terra nova, le fameux « think-tank » proche de la mouvance libérale du PS, souhaite que le Parti se détourne des couches populaires pour puiser son électorat dans les couches marginales et les fameux « bobos ». Cela est aussi un indice inquiétant de la dérive de cette formation. Le PS n’est plus le parti du monde du travail et il n'est pas non plus celui des classes moyennes.

 

Un autre point faible de la gauche est sa division. Elle est double : la division au sein du PS et celle entre les différentes sensibilités de la constellation de gauche. Quand Sarkozy prétend que le PS a Hollande, mais aurait souhaité DSK, il a raison. Bien que François Hollande ait remporté les « primaires » avec brio montrant ainsi qu’il a une forte base populaire au sein de la gauche, le PS ne s’est pas mis en ordre de marche derrière lui. Sa rivale, Martine Aubry, qui reste la patronne de la rue de Solferino, ne se mobilise guère derrière le candidat désigné.

 

 

 Martine-Aubry_pics_390.jpg

Martine Aubry ne sourit certainement pas à François Hollande.

 

 

Ensuite – et c’est essentiel – il n’y a pas d’accord préalable entre les différentes formations de gauche, comme en 1981. François Mitterrand avait réussi à créer un rapport de forces en sa faveur. Celui-ci n’existe plus aujourd’hui. La tentative de rapprochement avec les écologistes a échoué et le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon  a été laissé de côté. Or, il est fort probable que celui-ci représentera, au terme du premier tour, une force sur laquelle Hollande devra compter.

 

La droite, elle aussi, est divisée, mais Sarkozy a réussi à ramener au bercail les « brebis égarées » comme Borloo, Boutin et Morin. L’UMP est ainsi reconstituée et le kleiner Mann dispose à nouveau de son rouleau compresseur.

 

 

 Boutin.jpg

La marionnette Christine Boutin va mettre son grain d'intégrisme religieux dans le programme de Sarkozy.

 

En dépit des sondages – on peut se demander dans quelle mesure ils ne sont pas manipulés – la droite a toutes les chances de l’emporter le 6 mai prochain. Il reste une seule voie : un accord réel, c’est-à-dire pas seulement de désistement, mais de programme, entre Mélenchon et Hollande, sans cela, je crains fort avoir raison.

 

 

melenchon1.jpg

Jean-Luc Mélenchon, s'il parvient à concrétiser sa popularité, a les clés en main. C'est le dernier espoir...

 

Pierre Verhas

 

 

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Published by pierre verhas
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commentaires

Daniel Fuld 11/03/2012 15:55

Je pense comme toi. Le discours de Hollande est trop étriqué. Les erreurs sur l'Europe risquent de lui coûter cher.
Se limiter à de l'anti-Sarkozysme est, à mes yeux, totalement insuffisant.