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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 13:34

C’est la énième crise depuis les élections législatives belges de juin 2010.  Elio Di Rupo n’est pas parvenu à convaincre le premier parti de Flandre, la nationaliste NV-A d’entamer des négociations sur la base de sa note de « formateur ». C’était prévisible.

 

La stratégie du président du PS que le Roi a coiffé de la casquette de formateur, consiste à saupoudrer une série de mesures pour satisfaire les uns et les autres. Il n’a eu ni le courage, ni la volonté, ni la capacité (au choix !) de définir une ligne claire pour une réforme de l’Etat et pour répondre à la crise de l’Euro. Résultat : il a mécontenté tout le monde. La gauche comme la droite. Les partis francophones et les petits partis flamands lui ont répondu « oui mais », par peur d’être laminés par l’ogre nationaliste. C’est un « non » franc et massif de la NV-A et son mentor, le chrétien CD&V suit, car il ne peut faire autrement : il sait qu’il disparaîtrait.

 

Pendant un an, les politiciens traditionnels ont retardé l’échéance inéluctable en  tentant moult compromis boiteux sous le regard amusé du seul maître du jeu : Bart De Wever, le patron de la NV-A. Aujourd’hui, cela ne l’amuse plus. Il rappelle à son collègue Di Rupo qu’il est impossible de « concilier l’inconciliable », comme le prétendu magicien montois aurait voulu faire !

 

Alors, quoi ? Des élections ? C’est ce à quoi tout le monde pense. « Il n’y a pas d’alternative, ma p’tite dame ! ». Et après ? Raz de marée NV-A et de l’extrême droite en Flandre, déliquescence de tous les autres partis. Les nationalistes disposeront ainsi de toutes les manettes de commande. L’establishment fera pleurer sur son triste sort dans les chaumières et l’aventure pourrait même conduire à la guerre civile : la conjonction du nationalisme et de la crise économique et sociale en est un puissant ingrédient. Il y a danger et même danger mortel !

 

Danger mortel pour le monde du travail, danger mortel pour la Belgique, danger mortel pour l’Union européenne.

 

Dans un Etat en décomposition, les néolibéraux pourront s’en donner à cœur joie. Les « marchés » imposeront leur diktat à une Belgique en lambeaux : l’Atomium est proche de l’Acropole. Le peuple en Belgique, comme déjà en Grèce et bientôt au Portugal, trinquera. Sa situation deviendra insupportable. Il ne lui restera plus que la révolte. Et la révolte, tout aussi légitime soit-elle, n’est pas la révolution. Le risque est réel de se retrouver dans le processus infernal : « provocation - répression ». Il est plus que temps que la gauche – la vraie – se réveille et organise la riposte. Cela urge ! Et pour garder un semblant d’espoir : cette obligation vitale pourrait réveiller les principes du socialisme démocratique – à ne surtout pas confondre avec « social – démocratie » - qui seuls, peuvent jeter les bases d’une société juste et libre.

 

 

 atomium.jpg  acropole-grece-europe_94875.jpg

L'Atomium est proche de l'Acropole

 

 

Ce jeudi 7 juillet, Bart De Wever a annoncé le prochain décès de l’Etat-nation Belgique. Il était illusoire depuis longtemps  de vouloir maintenir un royaume dont les structures figées n’ont pas permis de s’adapter à l’évolution des choses et des esprits. Toutes les prétendues réformes de l’Etat engrangées depuis les années soixante n’ont fait que diviser de plus en plus ce petit royaume composé de deux agrégats ethnico-culturels ni français, ni allemands, ni hollandais, mais un peu les trois à la fois. Certains disent que c’est la chance de leur vie : la rencontre des cultures, « rencontre » - ne l’oublions pas – pouvant prendre plusieurs sens, comme celui de « rencontre de boxe », par exemple. Cependant, nul n’a osé donner le signal de la partie. On a évité, comme on dit aujourd’hui, « les questions qui fâchent », en clair, de fixer le statut de Bruxelles, de choisir entre l'institution régionale et l'institution communautaire, de régler le contentieux de minorités comme les Flamands à Bruxelles, les Francophones dans la périphérie bruxelloise et les Wallons dans les villages des Fourons. Ainsi, Bart a sonné le gong avant le début du match.

 

Enfin, il y a de chaque côté le refus de prendre en compte le point de vue de l'autre qui est systématiquement diabolisé. Il est dès lors impossible de débattre en toutes clarté et sérénité. C'est ainsi que l'on se trouve devant deux  conceptions incompatibles du « vivre ensemble ». D’un côté un nationalisme ethnique militant et offensif, de l’autre les tenants d’une conception qu'ils prétendent universelle des mécanismes politiques et sociaux, tout en pratiquant une stratégie défensive et tout aussi exclusive. C’est cela « l’inconciliable ».

 

Et l’Etat belge dans tout cela ? Un Roi dénué de pouvoirs réels, ne disposant même plus de sa capacité d’influence, un homme vieillissant et à la santé fragile, son successeur potentiel s’avérant inapte à prendre les rênes de l’Etat ; une classe politique démonétisée, incapable de tout sursaut, honnie et méprisée ; une économie délabrée, désarmée, dépendante des marchés extérieurs, dont les dirigeants ne pensent qu’à préserver leur profit personnel avec une industrie réduite à une peau de chagrin par les délocalisations, avec un secteur financier passé entre les mains des banques françaises et hollandaises ; une pseudo nation  divisée entre le Nord ayant encore l’illusion de son ancienne prospérité et le Sud croyant en un improbable redressement , des services publics démantelés par les filialisations et autres privatisations, un Etat providence raboté par un chômage endémique, par un vieillissement pourtant prévisible, Etat providence qu’une classe bourgeoise égoïste et les entreprises et les banques multinationales cherchent à anéantir. Vaut-il la peine d’encore se battre pour ce pays ?

 

Sur le plan européen, la sérieuse instabilité de la Belgique peut avoir de graves conséquences. Un éclatement de la Belgique aurait sans doute un effet d’entraînement. L’Espagne, l’Italie, la Grande Bretagne sont, en tant qu’Etat-nation, rongées par des nationalismes régionaux qui se renforcent. Dès lors, la Belgique serait un détonateur de l'éclatement de l'Etat-nation, entité inefficace parce que dépassée  et d’autres suivraient immanquablement, pour aboutir au pire scénario : la balkanisation d'un continent.

 

Les blocages institutionnels belges qui durent depuis cinq ans, deviennent intenables. Les différentes forces politiques du pays sont désormais incapables de donner une réponse crédible et d’engranger un accord durable. Il n’y a d'ailleurs pas de solution satisfaisante : la séparation pure et simple poserait le problème de Bruxelles et l’on peut douter que des entités aussi petites que la Flandre et la Wallonie dans l’Europe soient viables. Un rattachement de la Wallonie ou de la Flandre à un Etat voisin est irréaliste. Un compromis entre les entités belges est quasi exclu et serait de toute façon éphémère, car il est impossible de concilier les revendications et les conceptions du Nord avec celles du Sud.

 

Une intervention politique de l'Union européenne est la seule possibilité pour tenter d’en sortir, à la condition que chacun mette ses a priori au vestiaire. Cela est loin d’être acquis !

 

Pierre Verhas

 

 

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Published by pierre verhas
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