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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 21:54

La fête fut belle. Elle s’est achevée aux petites heures avec une gueule de bois : Hollande élu en fait avec 37 % des voix si on compte les abstentions et les votes blancs, suivi de peu par Sarkozy avec 35,5%. C’est une avancée, ce n’est pas une victoire ! La gauche n’a pas gagné en France et elle aura difficile à transformer cet essai aux législatives de juin. Fabius a déclaré lors de ces ennuyeux débats TV post-élections que le président élu a toujours réussi à disposer d’une majorité. En politique, il ne faut jamais dire « toujours » ! Cependant, reconnaissons que la gauche a des atouts qui feront sans doute pencher la balance en sa faveur.

 

 Bastille_6_mai.jpg

La fête fut belle.

 

 

La fête est gâchée par la Grèce : la montée de 0,5 % à 6,9 % des nazis aux élections législatives qui sont désormais en position d’arbitres pour la formation d’un gouvernement, avec heureusement le succès remarquable de Syriza (Synaspismós Rizospastikís Aristerás), la gauche radicale équivalente du front de gauche de Mélenchon qui devient la deuxième force politique du pays. Cette situation est incontestablement due à la mainmise de la troïka européenne et à l’arrogance du ministre des finances allemand Wolfgang Schaüble et de la chancelière Angela Merkel qui ont adressé le même avertissement à Athènes. «Le plan de sauvetage de la Grèce est non négociable. Tout gouvernement devra s’engager à l’appliquer intégralement. » Bref, les Grecs peuvent voter pour le parti qu’ils veulent, rien ne peut changer. Voilà où mènent les comportements anti-démocratiques des dirigeants conservateurs européens !

 

 

 le-leader-du-parti-d-extreme-droite-nikolaos_michaliakos.jpg

Le "führer" du parti nazi grec. Bravo la troïka !

 

 

En comptant en plus les élections municipales italiennes où la gauche fait une remontée spectaculaire qui peut mettre en difficulté le gouvernement technocrate de Mario Monti, la donne a changé en Europe. Et on attend également les résultats du referendum irlandais à la fin de ce mois.

 

D’un côté en France, François Hollande a plaidé fermement pour une renégociation du « pacte budgétaire » afin d’y ajouter un « pacte de croissance ». D’autre part, il s’est refusé à faire adopter la fameuse « règle d’or » en France, ce qui revient à … refuser le « pacte budgétaire ». Attendons-nous à un fameux sac de nœuds dans les négociations au Conseil européen qui est devenu grâce à « Merkozy » un Conseil intergouvernemental, en espérant que ne lui succède pas un « Merkhollande » !

 

François Hollande est resté extrêmement discret sur ses ambitions et ses projets internationaux durant la campagne. Seul l’avenir de l'Union européenne et sa politique économique, qui touchent intimement à la politique française, ont vraiment trouvé place dans le discours du candidat. C'est sur ces points qu'est revenu M. Hollande dans un entretien sur sa future politique étrangère publié par le site Slate, lundi 7 mai, et réalisé deux jours avant le second tour de la présidentielle.

 

Francois_Hollande05.jpg

François Hollande semble bien décidé à tenir tête à Angela Merkel.

 

 

Le président élu souhaite pousser l'Allemagne à choisir entre deux solutions pour adoucir la politique de rigueur qu'elle promeut dans l'Union depuis 2008. Il s'agirait de « lever l'emprunt » au niveau européen en créant des obligations européennes, dites "eurobonds" ou "project-bonds", ou d'autoriser le refinancement direct des Etats par la Banque centrale européenne (BCE). « Ils ne peuvent pas poser deux verrous à la fois, un sur les 'eurobonds' et un autre sur le refinancement direct des dettes par la BCE. »

 

L'Allemagne a déjà fait savoir qu'elle ne souhaitait pas négocier sur les obligations européennes. Le gouvernement Merkel a rappelé, lundi, qu'il refusait toute renégociation du pacte budgétaire européen et toute initiative de « croissance par les déficits ». C’est bien parti !

 

 

Angela_merkel02.jpg

Angela Merkel ne veut rien entendre !

 

 

Tout en affirmant son attachement au « moteur franco-allemand » en Europe, François Hollande a estimé que cette collaboration, telle qu'incarnée par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, s'était excessivement renforcée durant la crise. « Le rapport franco-allemand a été exclusif. Les autorités européennes ont été négligées et certains pays, notamment les plus fragiles, ont eu la désagréable impression d'être en face d'un directoire. » Il y a donc là l’expression d’une claire volonté de changement de cap sur le plan économique et financier et sur le plan de l’organisation de l’Europe. Ce serait la fin de « l’intergouvernemental » au profit d’un processus plus fédéraliste. N’oublions pas que François Hollande a toujours affirmé sa conviction européenne, notamment en militant pour le « oui » au traité constitutionnel en 2005. Cependant, on verra si le nouveau Président français sera à même de faire plier Merkel et l’establishment allemand qui tire les rênes de l’Europe depuis des années.

 

Du côté grec, le ton est clairement donné : Alexis Tsipras, le chef de Syriza, chargé de la formation du gouvernement, a comme préalable, refusé toute participation à un gouvernement de coalition avec Nouvelle Démocratie. Entérinant le rejet des politiques d'austérité, M. Tsipras a motivé son choix : « Il ne peut pas y avoir un gouvernement de salut national avec la droite qui a signé des mesures de rigueur (...) que le peuple a rejetées. » Etant donné la pression de la troïka qui fera tout pour que Syriza soit écarté, ne risque-t-on pas de voir se constituer une majorité hybride où se retrouveraient les nazis ?

 

 

 alexis-tsipras-le-chef-de-la-gauche-radicale.jpg

Alexis Tsipras (à gauche comme il se doit) ne veut pas de la droite conservatrice.

 

 

Il est évident que la très nette attitude de François Hollande et la nouvelle donne en Grèce sont des éléments nouveaux essentiels qui pourraient enfin amener à un changement de politique. C’est une question de rapport de force. Il est plus que temps, mais on est loin de la coupe aux lèvres.

 

Dans cette guerre désormais déclarée entre les politiques ultralibérales d’austérité et le camp de la reprise, on peut se poser la question : va-t-on vers la fin de l’Euro ? Dans un éditorial de ce 7 mai au New York Times, Paul Krugman, le prix Nobel d’économie qui a fustigé les politiques d’austérité de l’Union européenne, va jusqu’à souhaiter de « casser » la monnaie unique européenne. «Une réponse – une réponse qui ferait sens mais que quasiment personne ne veut admettre en Europe – serait de casser l’euro. L’Europe ne serait pas dans cette tourmente si la Grèce avait encore la drachme, l’Espagne la peseta et l’Irlande sa livre, etc. : parce que la Grèce et l’Espagne auraient ce qui leur manque aujourd’hui : un moyen rapide de restaurer leur compétitivité et de soutenir leurs exportations, qui s’appelle dévaluation. » (source Mediapart). Il s’agirait donc de limiter l’Euro aux seuls pays de l’Europe industrielle du Nord-Ouest, c’est-à-dire de la zone économique centrée sur l’Allemagne.

 

Cela bouleverserait  le projet européen, voire même signifierait sa fin, avec toutes les conséquences qui s’en suivrait. Ce ne serait plus l’Europe à deux vitesses, comme elle existe depuis longtemps, on irait vers deux Europe : celle du Nord et celle du Sud. Le rêve se transformerait en cauchemar grâce aux apprentis-sorciers conservateurs qui dirigent le continent – la Grande Bretagne s’en étant exclu – depuis trop longtemps.

 

En plus des mesures de réformes de la BCE et de mutualisation de la dette prônées par la gauche européenne, il faudra élaborer un nouveau projet pour que s’installe une réelle solidarité européenne.

 

 

Pierre Verhas

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Published by pierre verhas
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commentaires

Libotte Claude 10/05/2012 13:29

Toujours pessimiste Pierre ! Pas de problème aux législatives françaises, c'est un scrutin majoritaire non proportionnel, suffit d'observer les résultats par circonscription et sans compter les
triangulaires avec partage entre UMP et FN... Je pronostique une très large majorité de gauche pour la prochaine assemblée nationale.

pierre verhas 10/05/2012 20:51



Non réaliste : rien ne permet de prévoir le résultat des législatives. N'oublie pas que j'ai écrit que la gauche possédait des atouts : elle est très bien implantée dans les Régions et les
Départements et la plupart de ses mandataires et candidats sont connus localement.


Il est manifeste aussi que l'élection de François Hollande fait bouger les choses en Europe, même en Allemagne où les salaires vont être augmentés. L'austérité commence à prendre du plomb dans
l'aile, mais elle est loin d'être abattue. Le combat ne fait que commencer.



Bernard Gensane 08/05/2012 10:58

"C’est une avancée, ce n’est pas une victoire ! La gauche n’a pas gagné en France et elle aura difficile à transformer cet essai aux législatives de juin. "

Parfaitement d'accord : c'est une défaite de Sarkozy (d'où son profil bas), pas nettement de la droite, même si cette droite a perdu toutes les élections après la victoire de la présidentielle de
2007.