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  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 20:16

Le « papier » où je prévois la fin des partis sociaux-démocrates – ce qui ne signifie nullement la fin du socialisme – a suscité pas mal de réactions.

 

La première émane de Louis Van Geyt, ancien président du Parti communiste de Belgique et membre du club « Osons le socialisme ». D’autres émanent de militants de toutes les tendances. Tous pensent que mes conclusions sont trop pessimistes. Pour eux, la social-démocratie a encore une assise populaire. Pour Van Geyt, elle se trouve dans la même situation que dans les années 1930. A l'époque, du moins en France et en Belgique, si le Parti communiste servit d’aiguillon, n’oublions pas qu’en Allemagne, à la veille de l’arrivée d’Hitler au pouvoir, le KPD combattit durement les sociaux-démocrates. Quant à aujourd’hui, non seulement les sociaux-démocrates se sont distanciés des organisations syndicales, mais ils perdent petit à petit leur base électorale. Un autre correspondant m'a dit : j’aurais eu tort d’écrire en conclusion que les partis sociaux-démocrates avaient achevé leur cycle historique. Sans doute, aurais-je dû écrire : s’ils ne se transforment pas fondamentalement, les sociaux-démocrates auront achevé leur cycle historique. Enfin, un correspondant plaide pour la formation d’un nouveau parti socialiste et laïque. Autrement dit, on achète l’appartement à côté. Non, cela ne mènerait à rien. Mais reprenons le raisonnement.

 

Il y a bien longtemps, en 1959, il y a eu Bad Godesberg où le SPD renonça au marxisme et à ce qu’on appelle aujourd’hui la laïcité. C’était le début du renoncement au socialisme tout simplement. Plus récemment, se souvient-on de Tony Blair en Grande Bretagne qui avait transformé le vieux parti travailliste en « New Labour » en se basant sur ce mot d’ordre confus de la « troisième voie » ? Se rappelle-t-on le « ni ni » de François Mitterrand lors de sa réélection en 1988 ? Evoque-t-on encore le « socialisme du possible » de  Guy Spitaels qui voulait supprimer la notion de lutte de classes des statuts du PS francophone belge ?  

 

Ces prises de position fondamentales signifient une chose : l’abandon de l’objectif principal des partis socialistes de fonder une société nouvelle. Les plus radicaux – essentiellement les « gauchistes » - voulaient fonder une société idéale sur les ruines de l’ancienne. Les modérés pensaient pouvoir faire évoluer progressivement la société capitaliste vers une société plus égalitaire et donc plus socialiste.

 

Aujourd’hui, ayant rejeté leurs fondamentaux les partis sociaux-démocrates sont des partis uniquement de gouvernement. Ils « gèrent », mais ne proposent plus. Le plus inquiétant est qu’ils n’arrivent pas à faire une analyse cohérente des mouvements qui secouent la société capitaliste depuis la fin de l’Union soviétique et surtout depuis les crises – prévisibles – de 2007, 2008. Les sociaux-démocrates au gouvernement subissent l’événement. Ainsi, pour prendre des exemples récents, ils ne savent quoi faire devant les fermetures d’Arcelor Mittal et de Ford Genk en Belgique. En France, les gesticulations d’un Montebourg devant l’accumulation des « plans sociaux » sont risibles. Certes, l’échelle de la décision politique a changé puisqu’elle est passée de l’Etat-nation à l’Union européenne et même à un niveau mondial via l’OMC et le FMI, mais les sociaux-démocrates, bien qu’ils soient pour le moment minoritaires au niveau européen, auraient pu définir une ligne politique à cette échelle.

 

Les seules réactions émanent de députés européens relativement isolés, mais qui font leur boulot, comme les Belges Véronique De Keyser et Marc Tarabella, la Française Pervenche Berès et quelques autres. Frédéric Daerden a joué un rôle important en tentant d’obtenir la fin de la politique européenne d’austérité en matière de lutte contre la pauvreté. Schultz, le nouveau Président du Parlement européen, a osé quelques déclarations un peu musclées, mais on ne l’a plus entendu par après. De plus, il s’agit d’actions individuelles et ponctuelles et il n’existe pas une réelle coordination au sein du groupe social-démocrate du Parlement européen. Bref, alors que les libéraux et les conservateurs ont un projet politique et qu’ils le mettent en œuvre, souvent à la hussarde, les sociaux-démocrates tergiversent et font soit de la molle opposition, à quelques exceptions près, soit carrément du suivisme. Un exemple tout récent : le 28 octobre, eut lieu une grande manifestation à Londres contre l’austérité. Le leader de ce parti, Ed Miliban, chef de l’opposition au gouvernement conservateur ultralibéral de Cameron prit la parole. Il refusa de revendiquer le déblocage des salaires. Il se fit huer par la masse des manifestants et dut piteusement partir entouré de ses gardes du corps.

 

Cet incident est symptomatique. Les partis sociaux-démocrates se coupent de leur assise populaire, ils donnent l’impression de ne plus défendre le monde du travail et encore moins de construire le socialisme et, pire, en dehors de la conquête du pouvoir, on se demande à quoi ils servent.

 

Et quand on donne l’impression de ne servir à rien, c’est à ce moment là que l’on termine son  cycle historique.

 

 

 

Pierre Verhas

 

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Published by pierre verhas
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commentaires

Theijs 31/10/2012 10:59

Entièrement d'accord avec ta réponse ,Pierre
J'en conclu que nous sommes d'accord sur l'analyse globale
Bob

John V. Doe 30/10/2012 19:09

Je ne veux pas polémiquer sur le fond de l'article dont je partage l'essentiel. Je ne parle que de cette phrase car elle seule me pose problème parce qu'elle me semble inverser les responsabilités
entre le PKD et les socio-démocrates allemand en 1930 (je précise le lieu et la date).

Mon exemple sur Mitterand était probablement maladroit, j'en convient, car il introduit une autre polémique alors que je voulais juste rappeler combien ce délai de 12 ans était court pour le PKD en
prenant un exemple qui est dans toutes les mémoires de gauche et pose problème encore aujourd'hui, alors qu'il est considérablement moins dramatique et date de plus du double d'années.

En Allemagne, il y a (eu) une profonde volonté de nuire dont l'initiative me semble venir du SD et pas du PKD. Et cette volonté de nuire ne s'est pas arrêté au combat politique entre partis mais a
été scellée dans le sang et les morts comme dans une collaboration sans retenue du SD avec l'extrême-droite en 1918 pour écraser la révolution communiste. Ce qui ne veut pas dire que ces derniers
soient exempt de fautes en général mais juste que dans le cas de l'Allemagne de 1930, les membres du PKD avaient de bonnes raisons d'en vouloir au SD.

John V. Doe 30/10/2012 17:08

Ne reprochez pas au KPD d'avoir de la mémoire: 12 ans, c'est court pour oublier que le bain de la sang de la répression d'une révolution. "Le virage de la rigueur" sous Mitterand Ier, c'était il y
a plus de 25 ans (et vachement moins grave) mais le souvenir est encore vif dans les mémoires de gauche, non ?

Sinon, je confirme que j'ai bien lu votre article, en entier et avec intérêt. Merci à vous (sans ironie aucune) :-)

pierre verhas 30/10/2012 17:57



Je suis un militant socialiste et syndicaliste depuis quarante ans. Je pense avoir montré que je sais être critique à l'égard de la social-démocratie. Et je ne souhaite pas rentrer dans une
controverse sur la comptabilité des vicitimes des crimes effectués par l'un ou par l'autre. Cela ne sert à rien. Dois-je vous rétorquer les crimes des différents partis communistes un peu partout
en Europe (Allemagne, Espagne, France. J'exclus le PC belge qui ne s'est jamais inscrit dans la violence) ? Ce serait stérile.


C'est l'avenir de la classe ouvrière et du monde du travail qui est en cause aujourd'hui et la social-démocratie n'apporte certainement pas la réponse adéquate, mais je ne pense pas que
l'extrême-gauche (ou la gauche de la gauche, comme on voudra) apporte une solution. C'est à une remise en question complète qu'il faut procéder. Les structures politiques existent. Il faut
les changer fondamentalement et non les démolir. C'est le but de mon article.



John V. Doe 30/10/2012 16:30

"le KPD combattit durement les sociaux-démocrate" ? Pour écrire une telle contre-vérité, il faut oublier que la répression du soulèvement communiste en Allemagne en 1918 (Rosa Luxemburg, tout
ça...) fut l'oeuvre des-dits socio-démocrates qui requérèrent l'aide de l'extrême-droite (les corps-francs). C'est donc plutôt les socio-démocrates qui combattaient le KPD :-P

Les mêmes socio-démocrates qui organisèrent, après la guerre de '40, la chasse aux sorcières communistes via les "berufsverboten" ou "interdictions de travailler" pour les mal-pensants (de gauche).
Par contre, les anciens cadres du nazisme furent recyclés sans état d'âme dans le privé, notamment en "patron des patrons" mais aussi dans l'appareil d'état.

pierre verhas 30/10/2012 16:57



Relisez l'histoire. De 1930 jusque 1933, le KPD s'opposa durement aux sociaux-démocrates. Je ne parle pas de l'assassinat de Rosa Luxemburg qui eut lieu bien avant, sous un gouvernement
social-démocrate effectivement. Mais en 1930, la donne a changé. Et si vous aviez lu mon article, vous sauriez que je critique Bad Godesberg.


Nous n'avons sans doute pas les mêmes sources. Je maintiens ce que j'ai écrit.



Theijs 27/10/2012 11:30

Ben oui je préfère acheter du neuf plutôt que rafistoler l'ancien ou il y aura toujours quelqu'un pour te dire il n'y à plus d'ouvriers et quand il y en a ils sont croyants et ne connaissent pas la
laïcité donc c'est inutile.
Je persiste et je signe, mes frères
Bob