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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 13:30

Deux millions de travailleurs dans la rue, jeudi 24 juin, une unité syndicale enfin retrouvée, une réprobation unanime, c’est bien, mais cela a un goût de trop peu. La réforme des retraites concoctée par la droite ultralibérale au pouvoir en France depuis 2002, cela a difficile à passer, mais on finira par l’avaler malgré tout.

 

manif retraite

 

Une mobilisation qui a un goût de trop peu.

 

Pourtant, la méthode est de plus en plus dure. Une réforme préparée dans le secret, annoncée à la veille des vacances, débattue a à l’Assemblée nationale à la mi-juillet, c’est du jamais vu. Le procédé devient de plus en plus totalitaire : plus de concertation, ou concertation bidon ; débat inexistant, raisonnements du genre « C’est à prendre ou à laisser ! » ou « Il n’y a pas d’alternative ! ». Et, allons-y, enlevez, c’est pesé ! La méthode Sarko, quoi. Et l’on annonce encore plus « dur » pour la rentrée !

 

Sarkozy_Woerth.jpg

 

Sarkozy et Woerth : un objectif clair de

démantèlement de l’Etat Providence

 

L’objectif ? Il est clair, il a été exprimé dès 2007 : démanteler le modèle social. L’ami commun à Sarkozy et à Strauss-Kahn, ex-numéro 2 du Medef, Denis Kessler, l’a dit ouvertement : supprimer le programme du Conseil National de la Résistance. Ce programme instituant un système de sécurité sociale basé sur la solidarité et jetant les bases d’une démocratie sociale est le fruit d’un accord pris entre les principaux mouvements de Résistance, des communistes aux gaullistes, à la fin de l’occupation en France, pour mieux organiser et avec plus de Justice, la société française d’après guerre. Les principes édictés dans ce programme ont une telle importance qu’il figure en préambule de la Constitution de 1958 et jusqu’à présent, aucun président français n’a osé y toucher car il déclencherait la guerre sociale. Sarkozy, lui, est bien décidé à déclarer cette guerre et ce, depuis le début de son mandat, sans que cela ne déclenche un quelconque mouvement de protestations.

 

denis_kessler.jpg 

 

Denis Kessler, ancien soixante-huitard, devenu idéologue du

Medef et de la droite néolibérale

 

La révolution sarkozienne

 

En 1979, personne ne crut que Margaret Thatcher, cette « épicière » atterrie au poste de Premier ministre du Royaume uni, allait profondément changer la structure sociale de la Grande Bretagne et, par la suite, celle de l’Europe.

 

En 2010, presque personne ne croit que Nicolas Sarkozy est en train de procéder à une véritable révolution en France, la démolition par étape de la France jacobine attachée à l’Etat garant des libertés et à l’Etat providence garanti par la Constitution. Beaucoup se sont laissés aveugler par le fameux côté « bling bling » et se gaussent de ses échecs apparents. Sarkozy a un art consommé du camouflage.

 

A-t-il une opposition ? Le seul parti pouvant prétendre renverser Sarkozy aux prochaines élections est le Parti socialiste. Assommé par la défaite de 2002, il n’en est pas encore remis. Il ne propose pas d’alternative et ne parvenant plus à reconquérir l’électorat populaire, il est contraint de se tourner vers le centre. Cela signifie la fin d’un programme de gauche pour un libéralisme légèrement teinté de « social ». L’alternative se pose ainsi : ou la droite libérale, c’est-à-dire Nicolas Sarkozy, ou la gauche de droite. Un seul homme peut incarner cette dernière : Dominique Strauss-Kahn qui fait son apprentissage au très néolibéral FMI.

 

 Jospin_2002.jpg

 

Le PS français ne s’est jamais remis du cuisant échec

du 19 avril 2002.

 

dsk.jpg                                                                                       Dominique Strauss-Kahn : seul  rival sérieux 

                                                                                       de Nicolas Sarkozy en 2012, mais  la  même                                                                                        vision ultralibérale                             

 

                                                                                             

Y a-t-il atteinte aux principes démocratiques ?  Oui et non. « Dans certains cas, bien entendu, l’adoption des politiques de libéralisation des marchés se fit de façon démocratique : l’élection de Ronald Reagan aux Etats-Unis et, plus récemment, celle de Nicolas Sarkozy en France en constituent des exemples frappants. » écrit Naomi Klein dans son dernier ouvrage la stratégie du choc (Actes Sud, 2008). Il faut rétorquer qu’aussi bien Reagan que Sarkozy n’avaient pas de rivaux sérieux. Concernant Reagan, Carter était tout à fait démonétisé après son cuisant échec en Iran et en France, Ségolène Royal ne faisait pas le poids face à Sarkozy et sa formidable machine de propagande. Pourtant, l’un comme l’autre, durant leurs campagnes respectives ont dit ouvertement ce qu’ils feraient. Ils habillèrent le tout du beau manteau de changement et cela a suffi à appâter l’électeur.

 

Malgré cela,  l’opinion publique européenne n’est pas prête à admettre le néolibéralisme : les délocalisations, la faillite provoquée des services sociaux collectifs, le démantèlement des services publics ne sont pas acceptés par une large majorité de citoyens. Mais dispose-t-elle des moyens pour l’exprimer ? Naomi Klein ajoute : « Dans de tels cas cependant, les croisés du libéralisme économique se heurtent à l’opposition du public et doivent adoucir ou modifier leurs projets radicaux, accepter les changements à la pièce plutôt qu’une reconversion totale. » C’est justement ce qu’a compris Sarkozy qui procède par petits paquets successifs et qui effectue un repli stratégique pour les projets par trop contestés  pour les réintégrer par après dans le contexte d’une loi, voire les faire temporairement oublier tant l’opinion publique n’est pas prête à les recevoir.

 

Cette politique des petits paquets finit cependant par transformer profondément la société française. C’est cela la révolution sarkozienne.  Cependant, c’est une révolution camouflée. Le « bling bling » fait partie de la stratégie de Sarkozy. Son divorce, son remariage, l’étalage de sa vie privée, les minauderies de Carla Bruni, tout cela ayant commencé le soir même de son élection par la réception qu’il organisa au Fouquet’s où il invita les patrons du CAC 40 et le sommet du monde médiatico – affairiste. Dès le départ, il annonça la couleur ! Nicolas Sarkozy n’est pas le président de tous les Français, mais le serviteur d’un clan.

 

Sarkozy n’est pas seul en Europe. Berlusconi dont on ne compte plus les frasques sexuelles, qui a su s’approprier les médias privés italiens et qui cherche à tuer la presse d’opposition et mettre la très officielle R.A.I. au pas, agit de la même façon. En plus, il tente de s’approprier l’Etat et particulièrement la Justice. Christophe Ventura, membre d’Attac France, fait une analyse pertinente de la politique de Berlusconi qui n’est pas aussi fantaisiste qu’en donnent les apparences.

 

silvio-berlusconi.jpg

 

Silvio Berlusconi : la même ligne politique libérale et nationaliste

que Nicolas Sarkozy

 

« Rhétorique économique patriotique (Alitalia et critiques de la Banque centrale européenne) ; ouverture d'un marché de l'éducation ; mobilisation du secteur patronal ; stigmatisation de la figure de l'immigré ; renforcement de la libéralisation du travail et de la mise en concurrence des travailleurs ; enrichissement des catégories les plus aisées ; encadrement idéologique et soumission de la population aux logiques privées et de compétitivité (médias et éducation) ; recours test au tout-sécuritaire (armée dans l'espace public) : tels sont les axes d'un nouveau type de régime politique national. Ce mélange de néo-bonapartisme politique et social puise dans les registres de la personnalisation de l'exercice du pouvoir, de l'autoritarisme, de la répression et de la réaction, ainsi que du nationalisme libéral économique intégré au cadre de fonctionnement de l'Union européenne et au capitalisme mondialisé. »

Ce régime est singulier. Il emprunte, comme le fait Sarkozy, au néolibéralisme ses logiques de soumission de la société aux impératifs de l'économie et des marchés, et au patriotisme conservateur un discours de type nationaliste censé flatter et rassurer les classes moyennes et la petite bourgeoisie. Rappelons-nous le récent « débat » sur l’identité nationale en France. Il impulse également une forte mobilisation sécuritaire des institutions de l'Etat qui doit permettre, le cas échéant, le contrôle de la société et d'éventuels débordements sociaux. Politique cependant inefficace dans la protection des citoyens. Enfin, par une «communication d'Etat privée» rendue possible par la main mise de Silvio Berlusconi sur les médias, il développe une «privatisation de l'espace public»  afin de mieux le contrôler et le manipuler. Nicolas Sarkozy, bien qu’il ne dispose pas des moyens médiatiques de Berlusconi,  procède de la même manière avec la récente tentative d’appropriation du « Monde » par des intérêts qui lui sont proches.


Dans un contexte de ralentissement économique et d'explosion des inégalités sociales - amplifiés par l'onde de choc de la crise financière – les offensives berlusconienne comme sarkozienne  pourraient témoigner d'une évolution des formes du néolibéralisme en Europe : plus national, plus intimement géré par un Etat aux tendances répressives, et conduit par un exécutif fort, dans le cadre d'une «démocratie limitée». Mais il se heurte au capitalisme contemporain qui ampute  les gains des classes dirigeantes nationales, et il sécrète toujours plus de pauvreté, de mécontentements sociaux, de remises en cause intellectuelles, de concurrence entre les salariés, les travailleurs pauvres et les exclus du travail, etc.

L’erreur du « sarko/berlusconisme »


Recomposition/reconfiguration de bourgeoisies nationales ou d'intérêts de classes bourgeois nationaux dans le cours de la mondialisation : voilà l’erreur du « sarko/berlusconisme ». La « révolution sarkozienne » n’est que de transition. Ce type de pouvoir est voué à l’échec par la politique d’affaiblissement de l’Etat nation par l'Union européenne, sans compter l’influence grandissante des G8 et G20 qui transfèrent les pouvoirs de l’échelle nationale, en passant par la dimension européenne, au monde capitaliste. C’est la prise de pouvoir de la bourgeoisie financière mondialisée au détriment de la bourgeoisie industrielle et médiatique – celle du Fouquet’s –  qui n’a pas réussi à s’adapter à la nouvelle dimension. Et comme toute passation de pouvoir, elle génère des résistances. Rappelons-nous ce qu’écrivit Karl Marx dans le « Manifeste » : « 
La bourgeoisie a joué dans l’histoire un rôle éminemment révolutionnaire. » Elle le poursuit aujourd’hui et les Sarkozy et Berlusconi ne sont que ses instruments afin d’assurer la transition vers un capitalisme encore plus fort à l’échelle mondiale. Lorsqu’un spécialiste comme Jacques Attali dit : « Les lois sont nationales et les décisions sont mondiales », on ferait bien de l’écouter !

 

Jacques attali 

 

Jacques Attali : on ferait bien de l’écouter

de temps en temps.

 

Le capitalisme n’est pas malade, comme certains le prétendent, il poursuit son œuvre de destruction du système politique, social et économique actuel, basé sur l’Etat nation, puis sur l’Union européenne,  au profit d’un nouveau rapport de forces à l’échelle mondiale. C’est l’objectif de la fin de l’histoire proclamée durant la décennie 1990-2000 par le philosophe Fukuyama, qui connaîtra elle aussi son déclin et sa disparition.


 

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Published by pierre verhas
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