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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 14:41

L’homme d’Etat gaulliste, Philippe Séguin, qui vient de disparaître, a dû avoir une amère satisfaction avant de quitter ce monde. Dix-huit années après son adoption, l’ensemble du monde politique et financier européen reconnaît qu’on a fait fausse route avec le traité de Maastricht.


philippe séguin

La satisfaction d'avoir raison trop tôt
 

Ce qui se passe en Grèce marque sans doute le début de la fin de l’Euro, du moins l’Euro tel qu’il est aujourd’hui. Ce pays qu’on a toujours laissé quelque peu en marge de l’Union européenne car il a une politique fort peu atlantiste et est de religion chrétienne orthodoxe, connaît depuis décembre 2009 une crise sans précédent. De l’aveu même de son vice ministre des Finances, M. Philippos Sahinidis, la dette de la Grèce est évaluée à 300 milliards d'euros, ce qui est le plus haut niveau dans l'histoire moderne de la Grèce. Même chose pour le déficit budgétaire qui est le plus élevé depuis 16 ans. Dans le projet de budget de l'Etat pour 2010 voté au Parlement fin décembre, la dette publique s'élève pour 2009 à 272,3 milliards d'euros soit 113,4% du Produit intérieur brut (PIB), et ce projet prévoit pour 2010 une dette de 294,950 milliards (120,8% du PIB).

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La démocratie athénienne surmontera-t-elle cette crise ?

Le Premier ministre socialiste Papandréou a déclaré à qui voulait l’entendre qu’il allait lutter sans relâche contre la corruption et la fraude fiscale. On peut douter de la réalité de ces intentions lorsqu’on voit les énormes difficultés que rencontrent des Etats bien mieux équipés comme la Belgique ou la France dans la lutte contre la grande fraude fiscale.


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George Papandreou junior 
aura-t-il l'autorité nécessaire ?


Si la situation économique interne de la Grèce est alarmante, sa situation budgétaire est mauvaise, certes, mais pas insurmontable. L’Italie, par exemple, a une dette plus élevée. La France ne se trouve non plus dans une meilleure situation. Ce sont les agences de notation qui ont déclenché la panique. Ces agences sont au nombre de deux et avaient déjà joué un rôle néfaste lors de ce qu’on a appelé la « crise financière ».

 

Les agences Standard and Poor's et Fitch, ont tour à tour ont mis sous surveillance la note de crédit à long terme et abaissé la note de dette à long terme. L'abaissement mardi de la note de dette à long terme de la Grèce, de A- à BBB+, par Fitch est "important car il s'agit de la première dégradation dans la zone euro", a estimé un rapport de Goldman Sachs. Cette évolution négative vient s'ajouter à la mise sous surveillance, lundi, de la note senior ("A-") concernant les titres des banques grecques garantis par le gouvernement, par l'agence Standard and Poor's.

 

Cette agence avait déjà baissé en janvier dernier la note de dette à long terme de la Grèce de "A" à "A-". Après avoir ouvert mardi en légère baisse, la Bourse d'Athènes (Athex) chutait de 6,04 % à la clôture après l'annonce de Fitch. La note de Fitch "reflète le manque de crédibilité que la Grèce a malheureusement accumulé ces dernières années ainsi que la situation économique extrêmement difficile", a déclaré le ministre grec des Finances, Georges Papaconstantinou, à l'issue d'un entretien avec le gouverneur de la Banque de Grèce, Georges Provopoulos. Les notations des deux agences "ne tiennent pas compte des initiatives prises par le gouvernement et que l'eurogroupe a qualifié de pas dans la bonne direction ", a ajouté le ministre. Soumise à de fortes pressions depuis la crise de Dubaï, la Grèce se trouve dans le collimateur en raison surtout de l'explosion du déficit public, prévu à 12,7% du PIB, et de la dette à 113% du PIB pour la fin de l'année et à 120% en 2010. "L'annonce de S&P était attendue (...) la Grèce se trouve dans un carcan asphyxiant" et le gouvernement doit procéder "à des réformes structurelles et à des mesures de lutte contre l'évasion fiscale", a indiqué l'analyste Manos Hatzidakis de la société de courtage Pigasos.

 

On constate que ces agences de notation interfèrent dans la décision politique, puisqu’elles commentent des mesures prises par le gouvernement grec et fixent les nouvelles orientations à prendre, c’est-à-dire bien entendu des orientations néolibérales : réduction des dépenses publiques, des dépenses sociales, privatisations, etc. De plus, la lutte contre l’évasion fiscale ne sera qu’un vain mot si la Grèce ne bénéficie pas de la solidarité des autres Etats membres de l’Union européenne.

Cette dramatique situation a montré que la conception de la monnaie unique instaurée par le traité de Maastricht
, à savoir l’utopie d’une monnaie unique non accompagnée de la construction d’un Etat correspondant était inadéquate. Tous savaient que l’Europe n’était pas une « zone monétaire optimale ». Les avantages considérables de la monnaie unique (réduction des coûts de transaction et des risques de change notamment) n’ont pas dans le cas européen entrainé la construction d’une véritable zone monétaire homogène permettant de contenir des chocs asymétriques entre pays. C’est que les disparités structurelles : degré d’ouverture extérieure, spécialisations, régime des prix et des salaires, régimes démographiques etc. ne se sont guère estompées avec le temps. Ce qui signifiait le maintien de dispersions de croissance, de dispersions de revenus par tête, de dispersion de taux d’inflation etc. Tous phénomènes, qui au fond existent aussi dans cet immense territoire américain équipé d’une monnaie unique (le dollar) mais qui est contenu par un appareil fédéral de transferts fiscaux, sans équivalent en Europe. Les zones déprimées par un choc, peuvent aux USA, bénéficier de transferts en provenance de zones en expansion, ce qui est quasi impossible au sein de la zone euro. L’Euro, à l’instar des voies ferrées pour le transport, ou les lignes pour l’acheminement de l’électricité, constituait un réseau universel permettant des rendements croissants. Mais la comparaison s’arrête vite, car si les réseaux ferrés et électriques assuraient la redistribution, par des politiques tarifaires notamment, et produisaient de l’universel au sein d’un espace national, l’euro en est bien incapable. Si donc la zone sud de l’Europe connait un déséquilibre de ses échanges avec la zone nord, il n’est d’autre recours que la dépression profonde, et l’impossibilité de construire un universel européen, avec les sentiments d’appartenance qui peuvent lui correspondre.

 

En définitive, l’Euro tel qu’il a été conçu, sert de monnaie d’échange dans une vaste zone de libre échange comme le souhaitaient les Anglo-saxons qui se sont bien abstenus d’y adhérer. Il ne pouvait en aucun cas être l’instrument d’une politique économique commune que l’on empêche volontairement en maintenant les disparités au sein de l’Union, et en faisant à la fois du dumping social comme le voulait la fameuse directive Bolkestein sur les services. Celle-ci a été remplacée par la directive McCreevy qui a été adoptée par le Parlement européen en novembre 2006.


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Simple monnaie d'échange !
 

Il faut ajouter que l’Union européenne ne s’est pas dotée des instruments pour porter secours à un Etat membre en difficulté. Les articles 123 à 125 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne interdisent même expressément que l’Union ou un Etat membre aide un Etat de l’Eurozone en difficulté, alors que cela est possible pour les pays de l’UE non-membres de la zone euro. Lors de la négociation du traité de Maastricht, en 1991, il a paru évident qu’il fallait responsabiliser les Etats, faute d’une politique économique et budgétaire unique : la certitude d’être sauvés aurait pu encourager les Etats les plus pauvres à faire du déficit. Cela étant, les Etats membres de la zone euro savaient, dès janvier 1999, que cette règle ne s’appliquerait pas : une fois la monnaie unique lancée, chacun aurait plus à perdre dans l’éclatement de la zone euro qu’en volant au secours d’un partenaire défaillant. Cela dit, à ce jour,  aucune mesure n’a encore été prise par l’Union pour permettre à la Grèce d’en sortir.

 

L’affaire grecque devrait servir de leçon à l’Europe. Il faut sortir de la non-politique, du laissez passer, de « la main invisible ». La seule Union possible est une union des politiques économiques et sociales.

 

On pourrait se demander pourquoi ce sont justement les pays de la zone euro qui souffrent le plus de la crise ? Depuis la mise en place de la monnaie unique, les pays concernés s’en sortent sur tous les plans moins bien que les autres : croissance économique, chômage, dette, pouvoir d’achat ? Aujourd’hui, 5 pays européens sont dans une tourmente financière sans précédent, et ces pays appartiennent à la zone euro : la Grèce bien sûr, mais aussi le Portugal, l’Italie, l’Espagne et l’Irlande. Les Anglais, toujours aussi courtois, appellent ce groupe de pays les « PIGS »…

Il ne s’agit pas d’ailleurs d’un effet du hasard : l’euro agit comme une contrainte en empêchant ces pays de jouer sur la variable monétaire pour s’en sortir et respirer un peu. L’euro fort les asphyxie et la monnaie ne pouvant plus jouer son rôle d’ajustement naturel en période de crise, c’est le taux de chômage qui assume cette fonction.

Face à ce constat, les dirigeants européens et la Commission de Bruxelles préfèrent se voiler la face. Comme toutes les idéologies désavouées par les faits, l’idéologie néolibérale incarnée par ses dirigeants fait le choix de l’accélération.


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Le Premier européen partisan d'un gouvernement
économique européen
 

La seule solution est de remettre tout à zéro : revoir le traité de Maastricht de manière démocratique, instaurer un gouvernement économique européen – Van Rompuy, lui-même, l’a récemment souhaité – ayant une réelle politique monétaire, instaurer un vrai mécanisme de solidarité entre Etats membres sans toucher à leur souveraineté et non plus la politique de la « carotte et du bâton » qui fait la part belle aux plus forts – l’Allemagne et le Royaume Uni – et circonscrire le rôle de la Banque Centrale européenne à celui d’un Institut d’émission comme toutes les banques centrales dans le monde.

 

Le politique doit reprendre le dessus si l’on veut faire face aux prochains krachs qui ressemblent à s’y méprendre aux répliques d’un séisme majeur.

 

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Published by pierre verhas
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