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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 00:02

Pour une raison technique, les illustrations n'ont pu être jointes à cet article. Nous prions nos lecteurs de bien vouloir nous en excuser.

 

 

Depuis les « aveux » de Jérôme Cahuzac, on ne parle plus que de mensonges en politique et, ce, bien au-delà de l’Hexagone. « On » - c’est-à-dire François Hollande – exige la transparence, soi-disant pour montrer qu’on surveille ces vilains politiciens par trop sensibles aux sirènes de la finance internationale et des magots planqués dans des « paradis fiscaux ».  Les ministres et les parlementaires seront tenus d’étaler leur patrimoine sur la place publique afin de montrer combien ils sont dévoués à la cause publique. Même le président des Etats-Unis publie sa feuille d’impôts avec tous les détails de ses revenus. Barack Obama et sa charmante () épouse ont gagné l’équivalent de 606.611 Euros en 2012. « Pas de quoi faire les gros titres de la presse habituée à ce genre de chiffres. » écrit le Huffington Post. Mais aux USA, c’est entré dans les mœurs et le politicien qui fait la moindre tricherie là-dessus est immédiatement et irrémédiablement broyé.

 

En France, c’est la grosse bagarre sur cet étalage des avoirs des responsables politiques. Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale – et pourtant considéré comme proche de Hollande – y est farouchement opposé craignant du « voyeurisme ». Jean-François Copé en profite pour tenter de se refaire une vertu après le cirque de la présidence de l’UMP, Jean-Luc Mélenchon demande à David Pujadas de France 2 qui l’interroge, de publier lui-même son patrimoine ! Belle cacophonie.

 

Pire que le mensonge, la tromperie

 

Nous dirons plutôt : belle tromperie ! On amuse la galerie avec cette affaire. Les politiciens paniquent : Les citoyens – électeurs vont-ils encore tolérer que ceux qui leur serrent la ceinture jusqu’à l’étouffement, aillent en toute quiétude faire fructifier leur très illégitime pactole dans de lointaines îles fiscalement et climatiquement paradisiaques ? Même Marine Le Pen, Notre Dame de l’immaculée moralité, est éclaboussée ! Et son digne papa a sans doute considéré l’existence de son compte en Suisse comme un détail de sa trouble histoire.

 

Tout cela est en définitive dérisoire, car les politiques ne disposent plus que d’un pouvoir très limité. Les décisions importantes en matière budgétaire leur sont imposées par l’Union européenne, par un Pacte budgétaire que les parlementaires ont bien dû voter. Et l’Union européenne a imposé cette politique, non par une décision politique commune, mais sous la pression des « marchés » et des banques. Même des adaptations budgétaires de moindre importance sont soumises à l’autorisation de la Commission européenne. Ainsi, en Belgique par exemple, sous la pression des Socialistes, « l’effort » d’austérité a été quelque peu relâché uniquement grâce à l’autorisation de la Commission européenne.

 

La classe politique n’a rien fait pour enrayer cette évolution. D’abord, par les privatisations, ensuite par les accords du GATT qui ont mis en place l’OMC (l’Organisation Mondiale du Commerce) qui impose le libre échange dans tous les secteurs de l’économie, et puis par la financiarisation de l’économie via la dérégulation et enfin par le transfert de souveraineté vers des organes supranationaux non démocratiques, la classe politique s’est volontairement mise hors jeu.

 

TINA a tué la gauche de gouvernement.

 

Que s’est-il passé ? Un homme politique belge un peu plus lucide et cynique que les autres a dit un jour : « On fait de la politique pour l’argent ou pour le pouvoir ». Le pouvoir n’est donné qu’à ceux qui s’en montrent capables, mais bon nombre furent attirés par l’argent. Et ce phénomène de « financiarisation » de la classe politique que la droite, vu sa nature de parti de la classe dominante, intègre plus ou moins aisément, affaiblit considérablement la gauche.

 

Voici l’analyse qu’en fait pour Mediapart l’historien Christophe Prochasson, se référant à l’affaire Panama qui fit scandale en France dans les années 1880 : « C’est une nouvelle classe sociale qui accède aux commandes et fréquente des milieux d’affaires dont elle était à distance jusque-là, ce qui multiplie les risques de compromissions et de conflits d’intérêts.

 

La situation me semble analogue dans les années 1980, qui accroît les liaisons dangereuses. Une classe sociale qu’on pourrait définir comme la petite bourgeoisie, notamment intellectuelle, se trouve mise en relation avec des classes sociales plus élevées, qu’elle ne fréquentait guère jusque-là, par les places qu’elle exerce désormais dans l’État : des rencontres se font, des amitiés se nouent, des mariages sont contractés… On peut penser à Pierre Bérégovoy, cheminot qui, en devenant ministre, se trouve amené à fréquenter certains milieux financiers, et notamment des personnes qui lui octroieront un petit prêt lui permettant d’acheter son appartement.

 

Cette dimension sociologique n’excuse pas les dérives morales liées à l’argent, mais permet de comprendre comment elle a pu se produire. La gauche, quand elle parvient au pouvoir, a plus de mal à rester sur des engagements et des conduites qu’elle était « obligée » de respecter lorsqu’elle demeurait dans l’opposition, et que les tentations étaient moins présentes. L’exercice du pouvoir est périlleux en démocratie, parce que la démocratie est fondée sur une négociation permanente avec l’ensemble de la société, ce qui conduit à rencontrer des gens qui sont menaçants en termes éthiques. C’est parce qu’elle n’a jamais exercé le pouvoir que l’extrême gauche se trouve indemne. »

 

Si ce tournant eut lieu dans la décennie 1980-90, il est lié à l’offensive ultralibérale qui commença à attaquer les places fortes de l’Etat social. Et les personnels politiques de gauche n’étaient pour la plupart guère préparés à ce phénomène, d’autres – plus subtils – l’intégrèrent avec l’illusion de pouvoir sinon l’enrayer, du moins l’adapter à cet Etat social. Enfin, sentant l’évolution inéluctable de la société – le fameux « TINA » (2) de feu Margaret Thatcher – certains décidèrent d’en profiter pour eux-mêmes et pour leur clan.

 

Ainsi, les partis politiques de la gauche de pouvoir se muèrent en champs clos de luttes de clans qui prirent dans certains cas un tour sanguinaire. C’est particulièrement vrai pour les PS français et belge qui étaient à l’époque les seuls d’Europe à ne pas se proclamer sociaux-démocrates, c’est-à-dire « libéraux sociaux ».

 

D’ailleurs, les scandales politico-financiers se multiplièrent dès les années 1980 et touchèrent aussi bien la gauche que la droite. Cependant, étant donné la contradiction entre la pensée, l’éthique et les engagements de la gauche, et son exercice du pouvoir, ces « affaires » la flétrissent bien plus que la droite représentant la classe dirigeante et coutumière de certaines dérives.

 

Et en dehors de cet aspect, une des faiblesses majeures de la gauche de gouvernement est petit à petit de ne plus représenter la classe laborieuse issue de la classe ouvrière et des classes moyennes. La désindustrialisation provoquée par la mondialisation néolibérale a effrité la classe ouvrière et la disparité de plus en plus grande des revenus provoque la disparition de la classe moyenne. On s’oriente de plus en plus vers une société duale avec une masse précarisée vivant de l’assistance, de « petits boulots », de travail noir et une petite élite concentrant entre ses mains la quasi-totalité des richesses mondiales.

 

 

Le changement c’est maintenant ? Une coquille vide !

 

 

La gauche de gouvernement est incapable d’opérer un quelconque changement. Le fameux slogan de campagne de François Hollande « Le changement, c’est maintenant » s’est vite avéré être une coquille vide. D’ailleurs, on peut se poser la question : cette gauche souhaite-t-elle réellement un changement de cap ?

 

Comme l’écrit l’économiste Frédéric Lordon dans sa rubrique du « Monde diplomatique », « la pompe à phynance », ce 12 avril 2013 : « Sauf vocation à épouser l’Europe libérale, la raison en cercle et le socialisme de gouvernement jusqu’au bout de l’austérité, à l’image de Libération par exemple, c’est bien l’impressionnante continuité de la politique économique qui frappe n’importe quel regard, à commencer bien sûr par la reconduction telle quelle des grandes contraintes européennes — objectif insane des 3 % en pleine récession et pacte budgétaire européen (TSCG) négocié-Sarkozy ratifié-Hollande —, mais complétée par le déploiement intégral du modèle compétitivité-flexibilité, simplement rêvé par le prédécesseur, enfin réalisé par le successeur.

 

Sans vouloir empiler les paradoxes, il se pourrait pourtant que cette continuité-là recouvre un « changement qui est maintenant », bien réel celui-là, un changement non pas d’orientation de la politique publique — puisque de ce point de vue, c’est bien le même qui prolonge le même ! —, mais un changement plus profond et plus lourd, qui précisément rend possible que la « gauche » poursuive la politique de la droite à ce point d’indistinction : un changement d’alliance de classes. Sans doute l’issue d’une trajectoire historique de long terme qui l’aura vu se déporter tendanciellement, et irréversiblement, vers la droite, le socialisme de gouvernement, après avoir abandonné la classe ouvrière pour se vouer aux dites « classes moyennes », puis « moyennes-supérieures », mais, formellement, toujours « dans le salariat », a maintenant fait, un cran plus loin, le choix de l’alliance… avec le capital. »

 

Alors, y a-t-il un espoir politique ?

 

L’extrême-gauche est divisée et incapable de s’organiser et de s’imposer autrement que par la violence. L’exemple belge du PTB (Parti du Travail de Belgique) est emblématique. D’origine maoïste, ayant toujours essayé de s’intégrer dans le mouvement syndical et parfois même dans un syndicalisme critique, il a réussi à devenir représentatif dans des « fiefs » traditionnellement socialistes, comme le bassin sidérurgiste liégeois, en faisant élire des conseillers communaux () et dans la banlieue anversoise, il a réussi sous le nom de PvdA à faire désigner un échevin (). Dans le système électoral proportionnel belge, il rogne dangereusement sur l’électorat du PS et du SPa (PS flamand) qui pourraient ainsi perdre un ou deux sièges au profit de… la droite. Ces deux partis paient leur passivité dans l’affaire Arcelor Mittal et leur ambigüité dans leur attitude sur la question des populations issues de l’immigration.

 

Mais, le PTB – PvdA n’est pas clair quant à son renoncement au maoïsme et ses rapports qu’il entretient avec la dictature « communiste-capitaliste » chinoise.  En France, les rodomontades et les incohérences de Mélenchon le décrédibilisent.

 

Les écologistes belges comme français, quant à eux, restent enfermés dans leurs contradictions et dans leurs divisions. Leur participation au gouvernement est désastreuse et fleure un amateurisme dont ils ne parviennent pas à se débarrasser.

 

 

L’espoir viendra d’ailleurs. Sans doute du mouvement des « Indignés » ou « d’Occupy Wall Street », certes pleins de contradictions, mais où l’on sent une énergie et une intelligente volonté de changement réel. Dans les pays du Tiers-monde, les choses évoluent aussi. Dans plusieurs pays arabes, les « printemps » se désislamisent peu à peu pour se transformer en mouvements de revendications laïques et aussi sociales, comme en Egypte et en Tunisie. En Amérique latine, la révolution bolivarienne semble se consolider en dépit d’erreurs importantes. En Chine, le syndicalisme prend petit à petit de l’ampleur et oblige le pouvoir central à faire des concessions, certes minimes, mais réelles, notamment dans les salaires. Et les exemples de ce genre sont légion.

 

 

Le néolibéralisme : cela ne marche pas !

 

 

Utopique ?

 

 

Pas tellement. Le système néolibéral, en réalité, ne fonctionne pas. Il entrave l’économie. Un des plus importants indicateurs, la vitesse de circulation de la monnaie – paradoxalement fort peu utilisé – montre la fragilité de ce système qui a réussi à s’imposer dans le monde depuis 1980. Tout étudiant en première année d’économie ou de sciences politiques connaît la fameuse formule de Fisher :

 

MV = PT

 

où M est la masse monétaire, V la vitesse de circulation, P l’indice des prix et T le nombre de transactions.

 

Par la financiarisation, les banques centrales – avant tout la Fed étatsunienne et la BCE européenne – augmentent considérablement la masse monétaire. Le nombre de transactions est en nette diminution avec la crise et les prix en forte augmentation. Dès lors, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que la vitesse de circulation de la monnaie diminue. Selon plusieurs sources, elle n’a jamais été aussi faible depuis 57 ans !

 

Si le facteur V est faible, cela signifie que l’économie fonctionne mal. Sur le plan industriel, on procède de la même manière. On provoque la surproduction,  on compresse les coûts de production – essentiellement les salaires par les mesures antisociales et les délocalisations – mais il reste des postes de prix de revient incompressibles, comme ceux de l’énergie. Résultat : les produits se vendent mal, ce qui n’empêche pas une inflation de plus en plus grande.

 

La seule solution financière se trouvera dans une réforme monétaire où l’on redéfinira le rôle de la monnaie dont la valeur doit être basée sur celle de la production et de la vente des biens et des services.

 

La seule solution économique se trouvera dans un changement radical de nos modes de production  et de consommation. La politique de l’offre néolibérale a montré ses dramatiques limites. La surproduction est source de misère, de graves dégâts sur l’environnement et est antiéconomique.

 

Un autre mode de vie est indispensable. Nous aurons l’occasion d’y revenir. C’est à une réelle révolution culturelle qu’il faudra nous atteler. Il faudra, si l’on veut vivre mieux, connaître un réel progrès, mieux partager les ressources se remémorer le vieux mot d’ordre de Karl Marx : « A chacun selon ses besoins, de chacun selon ses capacités ».

 

 

Pierre Verhas

 


L’expression« charmante épouse » n’est pas du tout ironique, ici.

TINA : there is no alternative

« Conseiller communal » est l’équivalent belge de « conseiller municipal ».

« Echevin » est l’équivalent belge de « maire-adjoint ».

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Published by pierre verhas
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