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  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 20:43

Au risque de me faire descendre, je me rappelle mon sentiment mitigé le 10 mai 1981 lors de l’annonce de la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle. D’un côté, la première victoire de la gauche de la Ve République était un événement majeur, de l’autre, la personnalité de François Mitterrand et de certains membres de son entourage laissaient perplexe.

 

Mitterrand 10mai 

Un candidat, un peuple, un espoir... déçu

 

La mémoire était sélective à l’époque. L’attitude ambiguë de François Mitterrand à Vichy, son engagement en tant que Ministre de la Justice dans la guerre d’Algérie, en faveur d’une répression féroce des militants du FLN, sa curieuse « amitié » avec le responsable de la rafle du Vel d’Hiv, René Bousquet, étaient choses connues, mais il eût été mal venu de l’évoquer.

 

 bousquet

René Bousquet : une amitié particulièrement bizarre

 

Sur le plan politique, le programme commun de la gauche était un accord bancal qui était un fourre tout quelque peu incohérent qui s’est traduit par les fameuses 110 propositions dont une toute petite partie fut concrétisée. Unir la gauche communiste, la gauche socialiste, la classique social-démocratie et un libéralisme qui taisait encore son nom, était une gageure. D’importantes divergences apparurent dès le premier gouvernement Mauroy.

 Mitterrand_Mauroy_Delors.jpg

 

Pierre Mauroy, la gauche ouvrière, François Mitterrand,

Jacques Delors, la gauche libérale. Vers laquelle a-t-il penché ?

 

Certes, il y eut d’incontestables avancées : le relèvement substantiel du SMIC, la pension à 60 ans, les 39 heures, la cinquième semaine de congés payés, pour ne citer que les principales. Sur le plan éthique, l’abolition de la peine de mort fit impression. Cependant, en dépit de la promesse, la vie ne changea pas. Le rapport de force capital / travail resta identique. Les nationalisations permirent de sauver de grandes entreprises industrielles au bord de la faillite comme Thomson et Saint-Gobain, mais elles réintégrèrent aussitôt le circuit capitaliste classique. Il y avait tout simplement un apport de capital de l’Etat et un nouveau patron, en général un jeune énarque ou HEC dévoré d’ambitions qui plus tard, rejoignit l’armée des petits soldats du néo-libéralisme.

 

 AlainMinc.jpg

Alain Minc : le "nouveau" patron socialiste vite passé

au néo-libéralisme

 

Deux ans après la fête, les communistes furent éjectés et le gouvernement « recentré ». Le processus de libéralisation économique fut lancé. Ce que son prédécesseur qui se réclamait du « libéralisme avancé » n’a pas réussi, Mitterrand, « le socialiste » l’a solidement mis sur les rails sans pour autant réduire les déficits et diminuer le chômage. Et puis, ce furent deux catastrophes : d’abord, l’introduction de la proportionnelle aux élections législatives de 1986 après avoir permis à l’extrême-droite d’accéder aux grands médias qui s’installa solidement dans le paysage politique français, puis européen. Tout cela, par une pure stratégie politicienne – ratée –  d’affaiblissement de la droite « classique » qui conquit le gouvernement sous sa présidence. La seconde fut le programme dit de « ni ni » pour le deuxième septennat. Ni nationalisation, ni privatisation, c’est-à-dire l’immobilisme. Ce fut le gouvernement Rocard qui accentua la libéralisation économique. Mitterrand et Delors mirent sur pied l’Acte unique et le Traité de Maastricht, fondateur d’une monnaie unique, belle idée mal construite. En réalité, l’Europe néolibérale fut renforcée. La loi du marché se substitua à la décision politique. L’actuelle crise de la dette souveraine le montre : une monnaie en l’absence de politique économique commune est une coquille vide.

 

En matière internationale, ce féru d’histoire ne mesura pas les conséquences de la chute du Mur de Berlin mais il tenta à raison de retarder la réunification allemande. Cependant, c’était trop tard et il n’en avait pas les moyens : l’Europe politique n’existait pas.

 

 berlin006.jpg

La réunification allemande n'enthousiasma

guère Mitterrand.

 

Alors, le bilan ? Bilan globalement négatif. Les conséquences : le socialisme, suite aux ambigüités du « mitterrandisme » ne sera plus jamais un mouvement de masse.  Plus tard, Lionel Jospin accrut cette distance entre l’élite PS et le peuple « de gauche ». Et la catastrophe se transforma en cataclysme le 21 avril 2002.

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Lionel Jospin : la déliquescence du PS

suite au cataclysme du 21 avril 2002

 

François Mitterrand marginalisa le Parti communiste. Ce faisant, il déstabilisa la gauche. La classe ouvrière, première victime de la crise, s’en éloigna. Les Socialistes perdirent leur assise populaire : le monde du travail ouvrier comme employé ne s’y reconnaît plus. Ce fut la « boboïsation » du PS. Les militants de la cause des travailleurs furent écartés au profit d’une bourgeoisie de gauche, adepte du libéralisme économique, nostalgique de mai 68, se caractérisant avant tout par un militantisme sociétal. Les problématiques relatives aux « minorités » sexuelles, à l’antiracisme, la dépénalisation de la consommation de stupéfiants, etc., se substituent à la question sociale. L’analyse globale basée sur la lutte des classes fit place à une vision parcellaire dictée par des impératifs moraux et aussi par l’individualisme au détriment de l’intérêt général.

 

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La mort du socialisme ?

 

Cependant, cette absence d’analyse globale, ce rejet de la lutte des classes aboutit à l’inverse du but recherché : Si, effectivement les minorités sexuelles se voient reconnues, le statut social de la femme reste précaire, le racisme est de plus en plus présent – il devient même une force politique majeure –, le trafic et la consommation de drogues sont en pleine croissance. Or, précisément, les premières victimes de ces fléaux sont les classes dites défavorisées issues d’une classe ouvrière française comme immigrée décimée par le chômage.

 

« En France, comme partout en Europe et en Amérique du Nord, l'électorat de la gauche est en mutation. La coalition historique de la gauche centrée sur la classe ouvrière est en déclin. Une nouvelle coalition émerge : "la France de demain", plus jeune, plus diverse, plus féminisée. Un électorat progressiste sur le plan culturel. Une population d'outsiders sur le plan économique, variable d'ajustement face à la crise d'une société qui a décidé de sacrifier ses nouveaux entrants. Il constitue le nouvel électorat "naturel" de la gauche mais il n'est pas majoritaire. » Voilà les termes introductifs du tout récent rapport sur l’électorat socialiste effectué par des têtes d’œuf d’un think-tank socialiste – cela s’appelait auparavant « club » - dirigé, comme par hasard, par Michel Rocard, « Terra Nova ».

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Michel Rocard : vers un socialisme sans les classes populaires ?

En plus de cette véritable trahison sociologique – l’abandon du peuple – l’état-major du PS s’appuie sur une minorité « culturelle » qui correspond à ses aspirations. Cette minorité appelée « bobo », frange de la bourgeoisie urbaine ne détenant ni les leviers de l’industrie, ni ceux de la haute finance, ayant l’illusion de contrôler le monde académique et les médias, vivant des rentes de leurs ascendants,  pense qu’il existe une classe marginale – les outsiders – qui  pourrait faire pencher la balance et s’appuyer en outre sur les divisions de « l’adversaire » de droite. Comme l’écrit Hervé Nathan dans Marianne2.fr,  « Sans caricaturer outre mesure, on peut plagier Brecht et résumer la philosophie du rapport: puisque le peuple de gauche s'enfuit, inventons un nouveau peuple de gauche. Les socio-démocrates, souvent issus de la « deuxième gauche », qui animent Terra Nova (son conseil scientifique est présidé par Michel Rocard) théorisent donc ce que le PS n'ose pas avouer: à force de ne pas s'opposer au capitalisme, dont la forme actuelle est la mondialisation et la financiarisation, ils ont perdu le contact avec le peuple sociologique. Ils ne peuvent donc espérer gagner l'élection que par la division des bataillons électoraux de l'adversaire, la droite et l'extrême-droite. »

S’il s’agit du projet socialiste pour 2012, à savoir l’abandon du peuple, soyons assurés que le sixième Président de la Ve République reconduira son bail à l’Elysée.

 

Pierre Verhas

 

 

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Published by pierre verhas
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