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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 22:27

Guéant pense Bush et FN

 

En proclamant que toutes les civilisations ne se valent pas – autrement dit que la civilisation occidentale est la meilleure – le Ministre de l’Intérieur français Claude Guéant relance l’idée néoconservatrice du « choc des civilisations » qu’ont croyait enterrée depuis la fin du mandat de George W Bush.

 

Indignation dans le monde intellectuel, indignation à gauche. Indignations justifiées. Et pourtant… Guéant sait parfaitement ce qu’il dit. Non seulement, il pense labourer dans les terres du FN, mais il est convaincu qu’une large part de l’opinion publique est avec lui, en dépit du tollé des médias.

 

 Gueant.jpg

L'ineffable M. Guéant sait ce qu'il fait !

 

Le racisme, le sentiment de supériorité sont profondément ancrés dans une part significative, sinon majoritaire de la population en France, comme en Belgique. Faisons tous un travail sur nous-mêmes : on se méfie de l’autre. Comment sinon expliquer l’absence de contact entre les communautés immigrées et les autochtones ? Certes, en ces périodes de grand froid, on fera tout pour aider les plus précarisés d’entre eux à survivre pendant quelques jours. Mais après, on sera bien d’accord pour les expulser s’ils sont « illégaux ».

 

Un indice : on ne s’indigne plus de la violence policière à l’égard des demandeurs d’asile. On accepte les expulsions sous la contrainte.

 

Il y a un énorme travail d’éducation à faire, car, qu’on le veuille ou non, il faudra vivre avec ces communautés sans se regarder en chiens de faïence. Rien que cela est un puissant motif pour voter à gauche.

 

Grèce : encore plus d’austérité : une petite révolution ?

 

La crise grecque est loin d’être terminée. La troïka vient d’exiger plus d’austérité de la part de la Grèce. Il est question entre autres de réduire le salaire minimum qui est à 750 Euros par mois de 20 %.

 

 Papademos.jpg

Le gouvernement Papademos divisé !

 

 

Et la Grèce n’est pas la seule. Le Portugal risque de connaître le même sort, avant d’arriver en France et en Belgique. Mais ce ne sera pas évident : les socialistes refusent (pour l’instant…) qu’on touche à l’index et les libéraux à la TVA. Ce n’est pas gagné…

 

En Grèce, fait nouveau cependant : ce n’est pas la gauche, mais la droite qui réagit : elle estime ce plan insupportable et inefficace. L’extrême-droite va encore plus loin : elle craint qu’un durcissement des mesures actuelles provoque une révolution.

 

Tiens, c’est une idée, une petite révolution. Il faudra y songer.

 

Aura-t-elle, aura-t-elle pas ses signatures ?

 

La Marine comme le faisait son papa – l’homme du détail – joue les Calimero : ses méchants adversaires feraient pression pour qu’elle n’ait pas les 500 signataires d’élus nécessaires à sa participation à l’élection présidentielle française. Bluff ou non ? Allez savoir.

 

 

 Marine_Le-Pen01.jpg

Marine Le Pen a beau regarder le ciel : les signatures ne tombent pas !

 

 

Posons l’hypothèse qu’elle ne les ait pas. Cela ne nous ferait pas pleurer et cela changerait les cartes. Une part substantielle de l’électorat FN se rallierait à Sarkozy qui ne manquerait pas de le caresser dans le sens du poil – voyez les propos de Guéant. Cela ne serait pas bon pour la gauche. Aussi, cela forcerait François Hollande à enfin se distinguer de la droite. Il a déjà commencé au Bourget la semaine dernière Espérons que cela ne soit pas trop tard…

 

Propos croates

 

Voici l’analyse de l’intellectuel croate Srecko Horvat sur l’entrée de la Croatie dans l’Union européenne. Cette analyse est parue dans le site « Mémoire des luttes ». Elle est révélatrice de la profonde méfiance des élites locales et de la gauche à l’égard de l’Union européenne. Et qu’on ne vienne pas nous opposer l’euroscepticisme, ce serait trop facile.

 

 

 Croatie_UE.jpg

Les Corates pro Union Européenne ? Cela reste à voir.

 

La véritable question est que derrière l’Union européenne, il y a le projet d’une société néo-libérale. Aussi, on peut comprendre la méfiance des peuples d’Europe de l’Est et des Balkans en particulier. C’est un autre projet qu’il faut à l’Europe pour que l’idée qui l’a présidée à l’origine ait une chance de revivre.

 

Face à un enjeu aussi flou, il y eut une participation de seulement 43 % des électeurs croates parmi lesquels 67 % on voté oui. C’est le plus fort taux d’abstention à un référendum d’adhésion des pays d’Europe centrale.

 

Anecdote : A la veille du référendum du 22 janvier, l’ancien général de guerre Ante Gotovina  qui séjourne à La Haye depuis sa condamnation par le Tribunal pénal international pour l’ex Yougoslavie et qui fut l’un des principaux obstacles à l’ouverture des négociations avec l’UE,  a envoyé une lettre aux Croates en les enjoignant de voter en faveur du « Oui » à l’adhésion. Dans le même temps, les deux principaux partis du pays, le Parti social-démocrate - actuellement au pouvoir - et les conservateurs de l’Union démocratique (HDZ) – qui dirigeaient auparavant -, avec l’Eglise catholique, ont fait tout leur possible pour convaincre les électeurs « qu’il n’y avait pas d’autre alternative ».

 

« Six jours seulement après l’immolation de Mohamed Bouazizi en Tunisie qui allait déclencher le « printemps arabe », un ingénieur électricien de 41 ans travaillant pour la télévision publique, Adrian Sobaru, tentait de se suicider pendant le discours du premier ministre roumain prononcé devant le parlement en se jetant du balcon de l’hémicycle vêtu d’un T-shirt sur lequel était inscrit « Vous avez tué le futur de nos enfants ! Vous nous avez vendu ! ».

 

 

Peu de personnes ont vu dans cet acte un quelconque lien avec ce que l’Union européenne (UE) s’apprête à nous offrir dans le futur. Ces jours-ci, des milliers de Roumains protestent contre les mesures d’austérité imposées dans leur pays. D’autres manifestations ont lieu en Grèce, en Espagne, au Portugal ou en Hongrie dans un relatif silence médiatique. Contrairement à l’époque de l’élargissement de l’Union européenne en 2004 ou en 2007, il n’y a plus d’optimisme dans l’air. Désormais, c’est à la Croatie de rejoindre le club. Nous sommes les témoins de la plus grande crise que l’UE ait connu dans son histoire. Pourtant, nous faisons comme ci cela n’affectera pas notre pays. N’est-ce pas étrange ?

 

 

D’un côté, l’UE est confrontée à une importante contestation, mais seulement depuis peu d’années. Et ce en Espagne, en Grèce, au Royaume-Uni, au Portugal, en Hongrie et désormais en Roumanie. D’un autre, une nouvelle tendance politique de fond se dessine qui ne se résume pas au constat du succès des gouvernements de droite en Europe. Une menace encore plus importante pèse sur la démocratie : l’accession au pouvoir d’une nouvelle élite composée de technocrates, de personnes ayant travaillé pour Goldman Sachs comme Mario Monti, Mario Draghi ou Lucas Papademos. Ce dernier est d’ailleurs – si l’on se permet un peu d’humour - le meilleur exemple de ce qui ne va pas aujourd’hui avec l’Union européenne.

 

 

Si nous nous intéressons au sens étymologique du mot « papa » (qui signifie « père » ou « au revoir » en croate), nous avons en même temps un nom qui peut dire « père du peuple » (Papa demos) et « au revoir au peuple » (Pa-pa demos). Il y a quelques jours, alors que je rencontrais Slavoj Žižek à Ljubljana et lui faisais part de cette étrange coïncidence, il fit une brillante synthèse hégélienne : « si tu mets les deux ensemble » me dit-il, « tu obtiens plus ou moins le mythe de Saturne qui mange ses enfants, excepté Jupiter ! » (en croate, « papa » signifie aussi « manger »).

 

 

Le référendum croate n’est qu’un nouveau symptôme du déficit démocratique de l’UE. Nous l’avons obtenu une fois que tout avait déjà été décidé. Nous ne l’avons pas eu en 2003 lorsque la Croatie a posé sa candidature pour devenir membre. Nous ne l’avons pas eu non plus en 2005 lorsque le pays a officiellement ouvert les négociations avec l’UE. Enfin, nous ne l’avons même pas eu en 2010 lorsque le gouvernement a changé la Constitution et les règles sur le référendum pour pouvoir devenir membre de l’UE. En d’autres termes, nous sommes aujourd’hui dans une situation dans laquelle il nous est demandé de choisir ce qui a déjà été choisi lors de toutes ces étapes précédentes. Et il faudrait appeler cela démocratie ?

 

 

Immédiatement nous est opposée une question répétée à l’envi par le gouvernement : « quelle est l’alternative à l’adhésion du pays à l’UE ? ». Cette question ressemble à un chantage et rappelle un slogan infâme de Margaret Thatcher. Et il y a un paradoxe supplémentaire concernant cet exécutif : nous avons désormais un gouvernement prétendument « social-démocrate » qui met en place des « réformes » néolibérales plus rapidement et plus efficacement que l’ancien gouvernement conservateur. Il a déjà annoncé des privatisations graduelles des autoroutes et du train, du secteur énergétique et même des prisons ! Ceci est un exemple de la « doctrine du choc ».

 

 

Dans le même temps, nous sommes les témoins d’une étrange situation. Le gouvernement essaie de convaincre les gens que nous devons rejoindre l’UE car nous ne ferions déjà plus partie des Balkans et parce que cette intégration ne nous corrompra pas (ce sont les deux principaux arguments qui ont été utilisés pendant la campagne). Mais si on y regarde de plus près, l’Europe est déjà « balkanisée » et les Balkans sont, quant à eux, « européanisés ». Et ce, pas seulement parce qu’ils se sont ouverts au marché, mais parce qu’ils sont également touchés par la corruption : l’ancien premier ministre croate actuellement en prison pour corruption menait ses affaires avec des entreprises européennes - une banque autrichienne et une compagnie pétrolière hongroise-. On pourrait également citer les cas de Jacques Chirac et Christian Wulff. Ainsi, lorsque l’on parle de « réformes » ou de « monitoring », pourquoi cela ne s’appliquerait-il pas d’abord à l’UE elle même ? Et pour aller à l’extrême : pourquoi les nouveaux pays membres ne « monitoreraient » ils pas l’UE ?

 

 

Peut-être le temps est-il venu de s’inspirer de la fameuse formule de Max Horkheimer pour dire que « ceux qui ne veulent pas parler de néolibéralisme devraient également garder le silence au sujet de l’Union européenne ». Il en va de même pour les « réformes » en Croatie. Ceux qui ne veulent pas en entendre parler dans le secteur financier devraient avoir la même position sur bien d’autres sujets (les lois, les droits humains, etc.). Savez-vous que plus de 90 % des banques croates sont déjà autrichiennes, françaises, allemandes ou italiennes ? Désormais, les élites euro-compatibles croates veulent mettre en place des réformes néolibérales présentées comme nécessaires à l’adhésion du pays à l’UE.

 

 

C’est peut-être ce que voulait dire Monsieur Barroso lorsqu’il développait l’idée selon laquelle l’intégration de la Croatie à l’UE renforcerait cette dernière ( avec les nouvelles privatisations et les nouveaux flux de capitaux). Mais d’un autre côté, l’Union européenne rejoindra peut-être les Indignés croates et au lieu d’avoir une Europe plus forte, nous aurons alors un mouvement de contestation plus fort. De récentes statistiques montrent que la Croatie, avec un taux de 40%, est le deuxième pays d’Europe en termes de chômage des jeunes après l’Espagne. Elle est suivie par la Grèce. Peut-être est elle le nouveau Jupiter de l’Europe. »

 

 

Pierre Verhas

 

 

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Published by pierre verhas
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commentaires

Bernard Gensane 09/02/2012 15:20

Heureusement, les députés grecs sont parmi les mieux payés d'Europe, plus que les français, mais, attention , pas de poujadismopoulos !