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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 20:43

Ô mort où est ta victoire ? demandait l’apôtre Paul dans l’Epître aux Corinthiens. Cette antique question peut se poser après l’annonce de la mort du leader d’Al Qaïda. Quelles seront les conséquences de son décès ?

 

Ben Laden était devenu une sorte de symbole pour les combattants « djihadistes » qui luttent avec l’arme du terrorisme contre les armées et les intérêts occidentaux au Moyen-Orient, comme aux Etats-Unis, comme en Europe. Il n’a pas été le leader d’une armée bien structurée qu’on appellerait Al Qaïda, en français « la base ». Pour le professeur Nafeez Mossadeq Ahmed, directeur de l’Institute for Policy Research & Development de Brighton, auteur d’un ouvrage passionnant sur le 11 septembre : « La guerre contre la vérité » (Ed. Demi Lune, collection Résistances, Paris, 2006), Al Qaïda vient de l’expression « Data base » (base de données) utilisée en informatique. Il s’agissait au départ de la liste des noms des moudjahidin qui combattaient en Afghanistan contre les Soviétiques, dont certains étaient sous les ordres de Ben Laden, fort proche, à l’époque, de la CIA. On a utilisé, voire abusé, de ce nom d’Al Qaïda pour nommer les coupables de tous les actes terroristes à consonance islamiste.

 

 

 ben_laden.jpg

 

Ben Laden ne se cachait pas dans des grottes aménagées

dans les montagnes pakistanaises.

  

Il ne s’agit donc pas – tous les spécialistes du Moyen Orient le rappellent régulièrement – d’une organisation structurée, hiérarchisée comme une armée, mais d’une kyrielle de groupes, voire de groupuscules, autonomes, qui justifient leurs actes par la volonté de sauver l’Islam des « croisés » de l’Occident. N’oublions pas que la grande majorité des victimes du terrorisme islamiste sont des musulmans. Ainsi, sur les 114 attentats recensés d’Al Qaïda, 100 ont frappé un pays musulman et 14 les pays occidentaux.

 

Ben Laden qui fut un chef de guerre en Afghanistan s’est mué en chef terroriste lors de la guerre du Golfe. Il est incontestablement responsable des attentats contre les ambassades US au Kenya et en Tanzanie, ainsi que du premier attentat (raté) contre les tours du WTC en 1993. Cependant, comme il était membre d’une importante famille saoudienne, proche de la famille royale, il resta un « protégé » des services secrets américains, malgré qu’il fût dès le début de la décennie 1990, recherché par le FBI pour terrorisme. Les diplomates et les agents secrets ne souhaitaient pas « indisposer » le roi et son entourage en capturant Oussama Ben Laden. Il est donc évident que le « leader » d’Al Qaïda entretenait des liens politiques et financiers importants avec les intérêts saoudiens au plus haut niveau. De nombreux témoignages montrent que, jusqu’au 11 septembre, il y aurait eu aisément moyen de l’appréhender. Aussi, on peut raisonnablement se demander si le Saoudien ne bénéficiait pas de protections en très haut lieu. En outre, et c’est le plus grave, ces « protections » motivées par les intérêts des puissants lobbies pétroliers qui étaient proches du pouvoir aux Etats-Unis, notamment par l’intermédiaire de Dick Cheney et de Donald Rumsfeld, ont permis à Ben Laden de développer en toute impunité une organisation d’une efficacité redoutable dont la structure en cellules autonomes la rendait très difficile à neutraliser.

 

 donald-rumsfeld_dick-cheney.jpg

Donald Rumsfeld et Dick Cheney ont aidé Ben Laden.

 

Cela expliquerait les énormes lacunes des services de renseignement, des autorités civiles et militaires américaines, lors des attaques du 11 septembre 2001.

 

En plus, on ne sait même pas si Oussama Ben Laden est directement responsable de ces attaques. Il y a d’ailleurs un fait curieux : si le FBI a lancé un avis international de recherches de Ben Laden pour terrorisme, cet avis n’a pas été mis à jour après le 11 septembre. Voici, en anglais, le texte de l’avis de recherche du FBI : «Usama Bin Laden is wanted in connection with the August 7, 1998, bombings of the United States Embassies in Dar es Salaam, Tanzania, and Nairobi, Kenya. These attacks killed over 200 people. In addition, Bin Laden is a suspect in other terrorist attacks throughout the world. »  Des journalistes ont interrogé des responsables du FBI sur ce curieux « oubli ». Il leur a été répondu qu’ils ne disposaient d’aucune preuve de la participation directe ou indirecte de Ben Laden aux attentats de New York et de Washington.

 

Et puis, tout est faux avec Ben Laden. Ainsi, juste après le 11 septembre, les télévisions occidentales ont diffusé une vidéo montrant Ben Laden se réjouir avec son « état-major » de la réussite des attaques. Plusieurs mois après, il a été avéré que cette vidéo était un montage. On a diffusé des photographies de Ben Laden où il portait une barbe grisonnante avec un visage ridé et quelques semaines plus tard, un visage à peau lisse à la barbe noire. Et le jour « officiel » de sa mort, l’AFP parvient à prouver aisément que la photographie de son cadavre est un faux aussi ! Ses funérailles en pleine mer, soi-disant respectueuses du prescrit musulman, soulèvent aussi pas mal de questions. Enfin, le commando qui l’a éliminé, aurait eu pour mission de le capturer. De qui se moque-t-on ?

 

En réalité, il est probable que Ben Laden ait joué un rôle secondaire dans le terrorisme islamique. Cependant, il a servi de symbole aussi bien aux djihadistes qu’aux Occidentaux. En dix ans, avec tous les moyens mis en œuvre, on n’a pas réussi à mettre la main dessus. C’est fort peu crédible. Après tout, cet épouvantail servait, pour les opinions publiques, de prétexte aux coûteuses et meurtrières occupations militaires de l’Irak et de l’Afghanistan. Aujourd’hui, c’est différent et on peut supposer qu’Obama va pouvoir diminuer substantiellement l’effort de guerre américain au Moyen-Orient. De toute façon, on finit par se demander s’il est utile de poursuivre ces aventures militaires qui mènent à l’impasse.

 

Les élites occidentales dominées par les conservateurs se leurrent depuis le début dans toute cette affaire et sont incapables, à cause de leur arrogance, de se remettre en question, ou tout simplement, de faire leur autocritique.

 

La doctrine du « choc des civilisations » continue à dominer au sein des dirigeants occidentaux conservateurs. Ils voient toujours un Occident dominant contre un monde musulman rétrograde et menaçant.

 

Le politologue Guy Hermet écrit dans l’hiver de la démocratie ou le nouveau régime  (Armand Colin, Paris, 2006) : « Suite à la défaite des « totalitarismes » nazi puis communiste en 1945 et 1989, la démocratie est perçue maintenant comme relevant de l’évidence, sans qu’il soit nécessaire d’argumenter et sans contestation admisse, sans qu’on puisse surtout lui imaginer la formule de gouvernement rivale ou alternative (…). La démocratie va aujourd’hui de soi. Elle est l’unique gouvernement imaginable dont ne se trouvent privées que des sociétés aberrantes comme la plupart des sociétés musulmanes. » C’est ainsi que l’élite occidentale voyait les choses jusqu’à décembre 2010. Les révolutions tunisienne et égyptienne, toujours en cours, ainsi que les contestations réprimées par le sang en Syrie, au Yémen et à Bahreïn, avec les mouvements en Algérie, au Maroc, en Jordanie, sont un cinglant démenti ([1]). Un processus est en cours. Il est entravé par le manque de structures politiques, mais il est clair que l’on s’oriente vers un système démocratique qui sera sans doute différent et qui sera l’œuvre du peuple qui est toujours mobilisé en Tunisie et eu Caire.

 

 

 obama_ben_laden.jpg

Barack Obama pense un peu vite qu'il a obtenu

une victoire décisive.

 

Obama pense sans doute qu’il vient d’obtenir une victoire décisive. À entendre les déclarations des dirigeants européens – à l’exception de Cameron, « la voix de son maître » qui reprend mot à mot une partie du discours du président US – montrent une grande prudence. Ils ont raison. Ce n’est pas le moment de se réjouir.

 

liesse_US.jpg

 

Liesse aux USA : quelque-chose d'indécent

 

A propos, il y a quelque-chose d’indécent dans ces réjouissances de la foule américaine à l’annonce de l’élimination d’Oussama Ben Laden. Cela ressemble à la populace qui se rassemblait au Moyen-âge pour jouir du spectacle du supplice de condamnés. Une sale mentalité dont les médias sont responsables, se répand dans l’opinion du monde occidental, mentalité qui amène au pouvoir le « populisme », c’est-à-dire l’extrême-droite et l’autoritarisme. Interrogé par un journaliste, un des participants à ces liesses à New York déclara qu’avec la mort de Ben Laden, les familles des victimes du 11 septembre pouvaient enfin porter leur deuil. Il se trompe et on s’en apercevra assez vite car les mensonges finissent toujours par s’effondrer.

 

Pierre Verhas



[1] La Libye n’est pas citée ici car il s’agit d’une guerre civile entre des tribus et des clans pour le partage de la manne pétrolière et on peut se poser des questions sur le caractère « démocratique » du fameux Conseil national de transition dont le dirigeant est l’ancien ministre de la Justice de Kadhafi, responsable du calvaire des infirmières bulgares.

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Published by pierre verhas
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