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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 20:22

La montagne a accouché d’une souris. C’était prévisible et tout le monde l’a prévu. La grand-messe onusienne intitulée « Rio + 20 » sonne sans doute la fin d’un combat écologique qui n’est pas allé à l’essentiel, car il s’est interdit par « pluralisme », c’est-à-dire par refus d’engagement politique, de se doter d’une pensée cohérente et globale qui ne se limitait pas à la seule problématique de l’environnement.

 

On ne change pas fondamentalement un système de production sans changer le système politique. L’alarmisme, les bonnes intentions, les manifestations spectaculaires, l’inscription dans la politique classique ont précipité l’agonie d’un mouvement écologiste dont l’incohérence sautait aux yeux dès le départ. Depuis vingt ans, de nombreuses messes mondiales ont été organisées sur le sujet des changements climatiques, de l’environnement, de l’économie dite « verte », etc. Cela a commencé par le « Sommet de la Terre » à Stockholm en 1992, en passant par Kyoto, Copenhague et ces 20 – 22 juin 2012, Rio+20 (vingt ans après Stockholm). Ces sommets réunissent 130 délégations ministérielles nationales, avec en parallèle toute une série d’ONG dont les plus célèbres sont Greenpeace, le World Wildlife Fund (WWF), Oxfam, parmi une kyrielle d’autres associations.

 

Comme l’a dit Dennis Meadows, l’auteur du fameux rapport de 1972 sur les « limites de la croissance » : « Comme environnementaliste, je trouve stupide l’idée même que quelques dizaines de milliers de personnes sautent dans un avion pour rejoindre la capitale brésilienne, histoire de discuter de soutenabilité. C’est complètement fou. Dépenser l’argent que ça coûte à financer des politiques publiques en faveur de la biodiversité, de l’environnement, du climat serait plus efficace. » (Libération 16-17 juin 2012)

 

 

 meadows.jpg

Dennis Meadows a vu juste depuis 1972 !

 

 

La politique « pareillement »

 

 

D’ailleurs qui sont ces personnes ? Des dirigeants bien payés de ces organisations qui, comme l’écrit « Mediapart » : « : les responsables internationaux de ces multinationales de la contestation sont bien souvent devenus étonnamment semblables aux hauts fonctionnaires et aux diplomates qu’ils côtoient depuis des années. Ils adoptent de plus en plus le ton, les manières, les prudences et souvent les costumes de ceux qu’ils affirment combattre. Il ne s'agit ni de malhonnêteté, ni de corruption, seulement de mimétisme au terme de longues années de cohabitation. Des experts contre d’autres experts : jamais la ressemblance entre le pouvoir et le contre-pouvoir n’est apparue avec une telle évidence que pendant cette conférence de Rio. »

 

 

D’ailleurs, les délégations gouvernementales l’ont bien compris puisque, comme l’écrit Claude Marie Vadrot dans le même article d e « Mediapart » : « … la société civile, c’est-à-dire les grandes associations, sera plus étroitement intégrée dans les processus de décision. Les ONG sont quasiment considérées comme des agences des Nations unies à statut particulier. Il leur est donc difficile de remettre en cause cette « intégration » dans la grande tuyauterie internationale officielle. Définitivement « embedded » dans la machine onusienne, ces grands mouvements veulent sauvegarder leurs petits pouvoirs naissants, sans se rendre compte qu’ils se font eux aussi l’instrument du consensus mou qui gouverne les Nations unies et leurs réunions. Donc, elles tapent sur la table, tonnent puis rentrent vite dans les rangs pour continuer à faire partie du club. »

 

 

Cette démarche est d’ailleurs typique du mouvement écologiste dans son ensemble. Côté jardin, on joue la contestation et les « empêcheurs » de polluer en rond ; côté cour, on participe au pouvoir et on en récolte les avantages, sans s’apercevoir que l’on en est devenu le jouet. Cela se passe en Belgique, en Allemagne, en France. Dès lors, que dire de ce courant politique ayant promis « de faire la politique autrement », sinon, comme l’a dit un jour feu le professeur Marcel Liebman, qu’ils « ont vite appris » la politique « pareillement » ?

 

 

daniel cohn bendit

Daniel Cohn-Bendit est le type même du notable écologiste : contestataire devant les caméras, participant au pouvoir dans les salons feutrés

 

 

Le pain de sucre accouche d’une souris

 

Pour en revenir à Rio+20, comme prévu, le pain de sucre a donc accouché d’une souris. La déclaration finale était déjà ficelée avant la conférence – sans doute pour éviter un Copenhague bis – et on a muselé les ONG pour faire passer la pilule. La (grand) messe est dite !

 

 

pain_de_sucre.jpg

Le pain de sucre n'a guère inspiré la conférence Rio+20.

 

 

Voici l’analyse désabusée d’ATTAC sur les « résultats de ce sommet » : « Rien sur la globalisation économique et financière, rien sur les limites écologiques et sur l’épuisement des ressources, rien sur les plusieurs milliards de personnes condamnées à la survie, et qui devraient trouver leur salut dans l’accès aux marchés. Aucune pensée ne traverse le texte, aucun souffle, une récitation des psaumes de la croissance et du marché.

 

Ce texte signe une crise profonde et l’agonie du multilatéralisme. Il n’a de cesse de répéter que les solutions relèvent de politiques nationales, actant ainsi le refus conjoint de nombreux États de tout engagement multilatéral. Jusqu’à la caricature. L’eau cesse ainsi de relever d’accords internationaux, elle est renvoyée à la souveraineté nationale, et donc à la loi du plus fort, à ceux qui peuvent construire les plus grands barrages, capter les sources sur leurs territoires. Nous ne serons pas surpris de trouver là l’alliance des Etats-Unis, du Canada, du Brésil, de la Chine, de la Turquie, pour ne citer que les plus importants. Quant au droit universel à l’accès à l’eau, acté par l’assemblée générale des Nations unies, il fait déjà l’effet d’une relique barbare dont le texte final s’est débarrassé. C’est la même chose pour l’énergie, qui devait pourtant être un temps fort de ce sommet. »

 

Le piège de l’économie « verte »

 

Comme l’a dit Dennis Meadows : « Il ne faut pas se leurrer : quand quelqu’un se préoccupe d’économie verte, il est plutôt intéressé par l’économie et moins par le vert. » L’économie verte, kesako ?  Popularisé par l’OCDE, les Nations unies, la Banque mondiale et l’Union européenne, ce concept voulait désigner un nouveau modèle économique respectueux de l’environnement. Autrement dit, provenant de ces organisations, il ne faut guère s’étonner qu’il s’agisse d’un piège néolibéral de plus. L’économie « verte » s’inscrit dans la marchandisation.

 

L’économie verte veut exploiter le « capital naturel ». Cela va des énergies dites alternatives, en passant par l’agriculture biologique, l’eau, etc. L’économie verte s’occupe aussi de la question du carbone. En effet, elle mesure la valeur monétaire de certaines « activités » naturelles, considérées du coup comme des services (captation du carbone par une forêt, irrigation d’une terre arable, richesse en biodiversité d’une mangrove…). Et elle rémunére les usagers de ressources naturelles en échange d’un service rendu à la nature (ralentir la déforestation, moins pêcher, économiser l’eau…). Pour les auteurs de La nature n’a pas de prix, ce désir de conquérir le « capital naturel » est l’œuvre d’un dangereux réductionnisme économique. La nature n’est plus seulement un stock à maîtriser, elle devient flux d’investissements et de profits. Cela ouvre la voie à la privatisation des terres, de l’air, des mers, et à la marchandisation du vivant. Un bel exemple connu dans nos régions est le quota CO2 : une usine qui n’atteint pas le quota fixé reçoit une prime. C’est ainsi que les usines sidérurgiques des bassins wallons et lorrains reçoivent des primes CO2 alors qu’elles ne tournent plus et restent « officiellement » en fonction. Certains disent : c’est une prime à polluer ailleurs. En effet, la production d’acier n’a pas globalement diminué, elle a été délocalisée dans des pays à main d’œuvre bon marché. Ainsi, les grandes multinationales de l’acier – Arcelor Mittal en particulier – reçoivent non seulement l’argent du « carbone » en Europe et font de colossaux bénéfices dans les pays d’Asie où elles produisent à bas prix et polluent impunément.

 energie-solaire-photovoltaique.jpg

On peut être sceptique sur la rentabilité et la perennité des énergies éoliennes et photovoltaïques solaires.

 

 

Les énergies alternatives dites vertes, essentiellement l’éolien et le solaire, procèdent aussi d’une économie faussée. Elles ne peuvent fonctionner que si elles sont subventionnées. Ce qui, soit dit en passant, est contraire à la pensée antiétatique des ultralibéraux. Il s’agit donc d’un secteur où on aura beaucoup investi et qui s’avérera non rentable à moyen terme. L’éolien nécessite un entretien et des remplacements coûteux et le solaire s’use rapidement.

 

 

 Le problème des ressources

 

 

Pourtant le problème des ressources et les questions environnementales sont vitales. Or, qu’a-t-on fait jusqu’à présent, sinon les marchandiser ? Meadows, encore lui, dès 1972, attirait l’attention de l’opinion sur l’inéquation entre la limitation des ressources naturelles et la recherche perpétuelle de la croissance économique. C’est la question essentielle : les matières premières coûtent de plus en plus cher parce qu’elles se raréfient. Les débats sur le pic pétrolier, les forages pour le gaz de schiste, les recherches pétrolières en zonez extrêmes et en mer, témoignent de cette raréfaction des ressources.

 

Il y a en outre le gaspillage : ainsi, chaque année, un tiers des récoltes mondiales est détruit. C’est donc la répartition des richesses qui est ici en cause. Elle est essentielle dans le débat et – est-ce un hasard ? – on ne l’aborde que très peu.

 

A cela, il faut évidemment ajouter la pollution qui devient catastrophique dans les fameux BRICS, notamment la Chine et l’Inde. Des millions de gens respirent et ingurgitent du poison. On remarquera en Europe les procès qui se multiplient concernant d’anciennes pratiques industrielles particulièrement nocives, comme l’amiante, par exemple.

 

Des solutions existent. Elles impliquent un changement profond de nos procédés industriels, mais surtout une meilleure adéquation entre les besoins réels et les capacités productives. Elles impliquent un autre mode de vie moins individualiste, plus solidaire et le rétablissement de la notion de l’intérêt général. Elles impliquent un autre rapport à l’économie. Elles impliquent d’autres relations entre les pays industrialisés et les pays non développés, et surtout entre les peuples.

 

L’ultralibéralisme a montré son dramatique échec, mais on est loin de l’avoir éliminé. Il s’agit d’un combat de longue haleine qui doit être le fruit d’une stratégie globale.

 

Les écologistes ont montré la faiblesse de leur pensée et de leur action par trop réductrice et partant souvent de faux a priori. C’est un combat global qui permettra aux hommes de retrouver le chemin du progrès.

 

 

Pierre Verhas

 

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Published by pierre verhas
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