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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 13:01

Notre ami Bernard Gensane publie sur son  blog (http://bernard-gensane.over-blog.com/) un très intéressant article sur la multinationale SODEXO – bien connue des Belges qui se servent des fameux « titres service » pour leur femme de ménage (appelée « technicienne de surface » en novlangue ultralibérale). Le rôle de SODEXO s’inscrit dans le système des prisons dénoncé avec brio et rigueur par la célèbre militante Noire américaine, Angela Davis que nous avons évoquée récemment (http://uranopole.over-blog.com/article-angela-davis-l-epouvantable-projet-de-societe-116428270.html).

 

Le puzzle commence à prendre forme. Grâce à des militant(e)s courageux(ses), grâce à des journalistes qui sont restés indépendants et qui pratiquent encore leur métier, le système mondial installé petit à petit par le capitalisme globalisé commence à être connu. La société ainsi construite sur les ruines des anciens Etats et par la destruction de la culture des peuples, commence à faire sentir sa redoutable efficacité. Rien ne peut s’opposer aujourd’hui à cette marche forcée vers le pire des totalitarismes mis en place à l’échelle mondiale. Ni syndicats, ni politiques – souvent complices consciemment ou inconsciemment, les derniers événements le montrent –, ni groupes militants, ni même la violence ne sont à même d’arrêter la marche de cette monstrueuse machine mise en place progressivement depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale.

 

Sodexo – initialement Sodexho – est une firme française fondée en 1966 et emploie aujourd’hui quelque 420.000 travailleurs dans 80 pays. Elle a pour objet d’organiser les services personnels aux entreprises (restaurations collectives, services d’accueil, etc.), les services à la personne et à domicile (personnel domestique, conciergeries) et la fidélisation ( !) des travailleurs aux entreprises (la partie visible en est les fameux chèques repas).

 

Cependant, Sodexo a été sévèrement critiqué, il n’y a pas longtemps, notamment aux Etats-Unis. Human Rights Watch affirme dans un rapport du 2 septembre 2010 que Sodexo, dans le cadre de ses activités aux États-Unis, empêche ses employés de s'organiser et de négocier, en violation des normes internationales, voire souvent du droit du travail américain. On reproche à Sodexo, particulièrement aux États-Unis et en Colombie, d'avoir soumis des salariés qui avaient tenté de monter un syndicat à des menaces, à des entretiens s'apparentant à des interrogatoires, ainsi qu'à des licenciements. Ainsi, le secrétaire général du syndicat marocain ODT a été licencié par Sodexo.

 

Voilà donc une nouvelle pièce au puzzle. Il y en aura d’autres, soyons-en certains.

 

Pierre Verhas

 

 

 

Télérama du 5 avril 2013 propose un entretien magnifique avec Angela Davis. Dommage qu’il soit illustré par des photos aussi lugubres de la vénérable militante, dont le visage, aujourd’hui, est toujours aussi solaire. Une bonne partie de cet entretien est centrée sur les  Noirs aux États-Unis, dont la condition s’est améliorée à la marge mais qui souffrent du démantèlement de l’État providence. Les États-Unis représentent 5% de la population mondiale, mais 25% de la population carcérale dans le monde. Un adulte sur trente-sept, nous dit Angela Davis, est incarcéré ou sous contrôle judiciaire. Les Noirs, les Latinos sont surreprésentés.

 

 

 

 Angela Davis 8881w 0

Angela Davis a montré l'épouvantable projet de "carcérisation". Sodexo en est un acteur.

 

 

Pour Angela Davis, les prisons sont au cœur du système capitaliste : « Pourquoi de plus en plus d’entreprises s’intéressent-elles aux prisons ? Parce que c’est un secteur rentable. Prenez l’entreprise française Sodexo, qui a bâti une multinationale sur trois piliers. L’industrie alimentaire, d’abord : ils fournissent les cantines scolaires, d’entreprises, distribuent des tickets restaurants. L’industrie carcérale ensuite : Sodexo construit et/ou gère des prisons pour “ optimiser leur coût de fonctionnement ”, au Chili, au Royaume-Uni [par exemple celle de Salford link], en France. L’industrie militaire enfin : Sodexo gère des munitions, des champs de tir pour les armées, en Australie par exemple. » Ajoutons que Sodexo intervient dans les prisons aux Pays-Bas, en Espagne, au Portugal et en Italie. Tout cela sous l’appellation “ Services de Justice ” (Justice Services).

 

 

 prison stanford

Expérience "psychologique" dans la prison de Stanford en Grande Bretagne. Sodexo participe aussi à ce système.

 

 

La philosophie de cette multinationale familiale (420 000 personnes réparties sur 34 300 sites dans 80 pays) est de proposer « des Services de Qualité de Vie qui contribuent au bien-être des personnes et à la performance des organisations » (voir son site link). Sodexo est le premier employeur français dans le monde, le septième employeur européen dans le monde et le vingt-deuxième employeur mondial. Elle est présente dans de nombreux milieux : entreprises, cliniques et hôpitaux, aide aux personnes âgées, aux handicapés, collectivités territoriales, établissements d’enseignement, sport et loisir. Et aussi dans la défense. Si, depuis 2001, la société n’est plus présente dans les prisons étasuniennes, comme dans celles des pays qui appliquent toujours la peine de mort, elle nourrit cinquante et une bases de marines étatsuniens.

 

Les relations de la multinationale avec les représentants des travailleurs et les collectivités territoriales n’ont jamais été au beau fixe. Ainsi, en 2010, le procureur général de l’État de New York a condamné Sodexo à indemniser l’État à hauteur de 20 millions de dollars, après des irrégularités constatées dans la facturation de services à vingt et une écoles.

 

Mais revenons à ce qui préoccupait Angela Davis : le processus accéléré de privatisation des prisons de par le monde.

 

Je reprends des éléments d’un article du site OWNI de 2010 (link). Sodexo, mais aussi Bouygues ou encore GDF-Suez raflent la mise à mesure que les incarcérés deviennent des marchandises comme les autres. Aujourd’hui en France, un quart des prisons jouissent de la « gestion mixte », la proportion devant s’accélérer dans les années qui viennent. Le secteur privé prend tout en charge, hormis ce qui relève de la Justice proprement dite (direction, surveillance, greffe) : restauration, hôtellerie, transport, travail des détenus etc. Il y a maintenant plus de vingt ans que cela dure. Angela Davies a parfaitement raison : de grandes entreprises gagnent de l’argent grâce aux prisonniers. En 2009, Sodexo a remporté un contrat d’un milliard d’euros pour intervenir pendant huit ans dans vingt-sept prisons. En d’autres termes, le ministère de la Justice est devenu son principal client.

C’est Albin Chalandon (ancien résistant, ancien inspecteur des Finances puis banquier, le Chalandon de l’affaire Chaumet link), garde des Sceaux de 1986 à 1988 qui a lancé les premiers contrats de gestions mixte. Sa protégée Rachida Dati – également en tant que garde des Sceaux – poursuivra sur cette lancée en permettant à Bouygues de construire, de financer et d’entretenir trois nouveaux centres pénitentiaires. Un contrat d’1,8 milliard d’euros pour une durée de vingt-sept ans. Le fin du fin serait désormais qu’il y ait des centre d’appels dans les prisons !

 

chalandon-1973

 

Albin Chalandon ancien Garde des Sceaux et ancien PDG d'Elf Aquitaine : l'habituel mélange des genres. 

En bonne libérale, Dati expliquait en 2008 que le privé savait mieux « optimiser » la chaîne carcérale que le public. Cet argument n’a pas convaincu la Cour des comptes : « Force est de constater que ce choix stratégique n’a reposé ni sur des critères de coût ni sur l’appréciation effective des performances, alors qu’il engage durablement les finances publiques » (link).

Mais l’important – en France comme aux États-Unis, où la gestion privée est plus onéreuse que la publique – est que les actionnaires soient contents.

Bernard Gensane

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Published by pierre verhas
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