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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 20:17

  

 

Dans le Journal du Dimanche du 13 janvier, voici ce que répond l’économiste et anthropologue belge Paul Jorion sur l’affaire Cahuzac, ses suites et ses conséquences.

 

Jorion dénonce la collusion entre le monde politique et les milieux financiers les plus véreux. Il alerte sur le fait que la troïka qui est le véritable gouvernement de l’Europe va chercher l’argent là où il y en a encore, dans les comptes bancaires de tout un chacun.

 

En effet, seulement 25 à 30 % des crédits sont tournés vers l’économie réelle. Donc, des masses considérables d’argent échappent à celle-ci et donc, à une très hypothétique reprise. Les Etats ont commencé par sauver les banques ruinées par la spéculation. Les contribuables ont supporté aussi bien la perte réelle, mais en plus paient les paris perdus des banques. Ces « paris perdus » représentent 80 % de la dette !

 

Enfin, cette crise profite évidemment aux riches qui ne sont guère prêts à aide à la résoudre. La concentration de capital entre les mains d’une petite minorité n’a sans doute jamais été aussi importante dans l’histoire. Et les politiques ne peuvent rien faire, les plus cyniques et cupides d’entre eux ramassant les miettes.

 

Pierre Verhas

 

 

Paul_Jorion.jpg

 

Paul Jorion a une vue lucide de la société d'aujourd'hui.

 

Extrait du JDD du 13 avril 2013 (propos recueillis par Laurent Vadiguié)

Que vous inspirent les réactions à l'affaire Cahuzac?


Il y a un certain nombre de choses que l'on savait déjà dans la façon dont le politique fonctionne. Dans ses grandes lignes, l'affaire Cahuzac ne nous apprend rien. Mais comme on est dans une période de crise, que l'on demande aux citoyens ordinaires de plus en plus d'efforts, le niveau de tolérance a baissé. Pour moi, le tournant, c'est Chypre. La troïka qui nous gouverne, la Banque centrale, le FMI et la Commission européenne, a préparé un plan dans lequel il est prévu d'aller chercher de l'argent là où il en reste, c'est-à-dire sur les comptes bancaires des simples citoyens ! Aujourd'hui, l'affaire Cahuzac ne peut pas passer. Cette situation me fait penser aux années trente en France.

C'est-à-dire?


C'est le même genre de période de crise, où l'on demande davantage de contributions aux gens et où on découvre que ceux qui pourraient contribuer le plus à l'effort collectif non seulement ne le font pas, mais parviennent à y échapper. En 1934, il y a eu l'affaire Stavisky, un scandale qui a montré les collusions entre les milieux financiers peu recommandables et les milieux politiques. Cahuzac, c'est la même chose… la collusion des milieux financiers offshore, de leurs montages dans des paradis fiscaux, avec le super-gendarme du fisc chargé de les contrôler.

La réponse de François Hollande est celle de la transparence. La trouvez-vous adaptée?


La transparence est une notion tout droit venue de la théorie économique. En économie, on est persuadé que si les acteurs sont transparents, la fixation des prix sur les marchés sera optimale. La transparence, c'est le vocabulaire de l'économie adapté à la politique. En politique, je ne suis pas sûr que le concept soit adapté. On n'a pas besoin de transparence, mais tout simplement d'honnêteté. Ce n'est pas davantage de transparence que réclament les gens. D'ailleurs personne n'aimerait vivre dans une maison de verre, tout le monde aspire à avoir une vie privée à l'abri des regards, et on ne demande pas cela aux politiques. On leur demande tout simplement de faire primer l'intérêt général sur les intérêts particuliers. Comme on a l'impression que ce n'est pas le cas, le divorce est profond. Il ne se voit pas seulement dans les courbes des sondages de popularité, mais surtout dans les taux d'abstention aux élections.

 

Quelle devrait être la réponse?


Il y aurait des mesures lourdes, de grandes réformes institutionnelles, à prendre simultanément. De façon générale, il faut pouvoir réinjecter dans l'économie réelle non seulement l'argent qui échappe à l'impôt via la fraude fiscale, mais aussi les 80 % de l'activité financière consacrés à la pure spéculation. Ce sont ces énormes masses de capitaux flottants, qui bougent d'un pays à un autre, simplement dans le but de spéculer sur les prix, qui dérèglent les économies. Simplement en France, seulement 25 à 30% des crédits bancaires sont tournés vers l'économie réelle, et le reste ce sont des crédits spéculatifs… Cela fait des masses gigantesques d'argent qui échappent au monde réel.

 

Quelles sont les différences avec la crise de 1929?


Il y a de nombreuses similitudes entre la situation actuelle et celle de 1929, mais il y a surtout une différence énorme. En 1929, les riches ont perdu beaucoup d'argent. Mais pas cette fois-ci. Lors de la crise de 2007, les systèmes financiers ont réussi à s'immuniser contre leurs propres pertes. De 2007 à 2011, les États sont intervenus pour régler les pertes de leurs banques! En acceptant de payer ces pertes, les États ont pris à leur charge 80% de dettes qui étaient en fait les paris perdus des financiers entre eux. Les contribuables ont donc supporté non seulement les pertes de l'économie, 20% des dettes seulement, mais aussi les paris perdus des financiers. En résumé, les riches n'ont rien perdu, contrairement à 1929. On sait même grâce à une étude de l'Insee que la concentration de richesses en France, depuis 2007, non seulement ne s'est pas ralentie mais s'est accélérée. Et c'est vrai pour tout l'Occident. En 2000, les 1% d'Américains les plus riches détenaient 32,8 % de la ­richesse nationale. En 2010, cela monte à 40%! C'est cela la grande spécificité de la crise actuelle. Non seulement elle ne touche pas les riches, mais elle leur profite…

Mais les régimes d'austérité frappent tout le monde…


Ces politiques aggravent encore plus le problème. Elles font baisser le pouvoir d'achat des moins nantis, en augmentant leurs impôts et, au nom de la compétitivité, en baissant leurs salaires! C'est absurde. Le pire, dans la situation actuelle, c'est le désarroi des dirigeants, que je perçois en discutant avec certains d'entre eux. Ils ont un discours sur "le cap à pendre", "la rigueur", mais ils n'y croient pas eux-mêmes. Ils ne savent plus ce qu'ils doivent faire… Ils semblent même avoir le sentiment déroutant qu'il n'y aurait plus de solutions.

 

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Published by pierre verhas
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