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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 16:10

 

Tunisie : la révolution en cours

 

Ben Ali exilé (avec 1,5 tonne d’or emportés par son épouse qui était sans doute le véritable patron de ce qui était devenu sous le joug du clan Ben Ali – Trabelsi, la Tunisie SA. Aujourd’hui, cette société en faillite est en voie de dissolution. Il est rassurant que la Résistance populaire reste toujours mobilisée afin de ne pas se laisser manipuler par la constitution d’un gouvernement fantoche dirigé par des « anciens » du régime, dont le Premier ministre Ghannouchi qui fut le sbire de Ben Ali depuis sa prise de pouvoir en 1987. Il est intéressant de voir que le syndicat unique, l’UGTT (Union Générale des Travailleurs de Tunisie) qui était à la solde du pouvoir, est devenu la seule force politique d’opposition organisée. Il est inquiétant de voir que l’armée est la seule à même de rétablir l’ordre, après les troubles qui ont suivi la fuite du dictateur. D’un côté, elle a pu supplanter la police, corps gangréné qui était au seul service du régime, et neutraliser les milices restées à la solde des sbires de Ben Ali. De l’autre, on ignore quelles sont les intentions des militaires. Y aura-t-il un pouvoir politique à même de la faire rentrer dans les casernes quand l’ordre sera tout à fait rétabli et qu’un corps de police au service du peuple et de la démocratie sera constitué.

 

manif_Tunis_contre_gouvernement.jpg

 

Manifestation de 19 janvier à Tunis : la vigilance du

peuple ne faiblit pas !

 

Voilà une série de questions dont nous aurons la réponse dans les jours et dans les semaines qui viennent.

 

Et ailleurs ?

 

 

En plus, que se passe-t-il en Algérie et au Maroc ? Comment réagissent les pays de l’Union européenne et l’Union elle-même face à ces événements qui secouent tout le Maghreb ?

 

De Tunisie, la contestation a gagné l’Algérie voisine, puis le Maroc : quand Tunis éternue, c’est le Maghreb qui s’enrhume !

 

Algerie_Tunisie_emeutes.jpg

 

On parle de "contagion" : la contestation s'étend comme

une traînée de poudre à travers tout le Maghreb.

 

maroc-police-1-.jpg 

 

N'oublions pas le Maroc où la police royale se montre

particulièrement violente et... lâche.

 

Depuis plusieurs jours, Alger et plusieurs grandes villes sont en proie à un soulèvement populaire sans équivalent depuis les émeutes de la faim de 1988 : les jeunes, surtout, mais aussi la classe moyenne, ruinée par la crise économique et la hausse spectaculaire du prix des produits de première nécessité, ont envahi les rues de la capitale. Aux dernières nouvelles, le président Bouteflika aurait provisoirement quitté Alger, où des troupes de jeunes gens armés de sabres, de machettes et de couteaux ont pris le contrôle de certains quartiers. Les grands rassemblements prévus, tels les matchs de football, ont été supprimés.

 

La minorité nantie, qui met depuis des années le pays en coupe réglée, s’inquiète de l’évolution d’un mouvement social qui est en train de lui échapper.

 

Après tout, la situation des jeunes est la même dans tous les pays du Maghreb et aussi dans les autres pays arabes. D’ailleurs, les dictateurs ont peur de la « tache d’huile » : en Libye, un blocage des prix des denrées de base – lait, sucre, céréales – a été décrété, de même qu’en Egypte où il y a des affrontements interreligieux en sus.

  

En Algérie, comme en Tunisie, la frustration des jeunes est énorme : non seulement, il y a la disette sur le plan matériel, mais il y a aussi la déconnexion entre la vie politique et économique de leur pays et les jeunes qui s’en sentent exclus. Il y a une différence, cependant. Si, en Tunisie, le mouvement porte surtout sur la disette, en Algérie, c’est avant tout une protestation contre la vie chère qui traduit un sentiment de gaspillage des richesses du pays et que les citoyens n’en bénéficient pas. L’Algérie est un important exportateur pétrolier et cette manne (le baril est à près de 100 dollars !) n’est en rien redistribuée au peuple ou en rien consacrée à des investissements sociaux et économiques à même de procurer des emplois et de produire des logements décents. « Plus rien ne va nous retenir cette fois-ci. La vie est devenue trop chère et la disette menace nos familles alors que les apparatchiks détournent des milliards et s’enrichissent sur notre dos. » déclare un jeune manifestant algérien au quotidien El Watan.

 

L’Algérie connaît aussi une importante économie parallèle qui prive l’Etat de recettes fiscales et le gouvernement est incapable de juguler ce phénomène qui est à l’origine de la brusque flambée des prix et des mouvements violents de protestations. Le marché noir représente environ 6 milliards d’Euros. Tout cela est bien entendu source de spéculations. IL finit par représenter près de 40 % de l’activité commerciale ! Le gouvernement a décidé d’obliger les grossistes à faire usage de chèques pour les transactions importantes, pour éradiquer ce commerce illégal. Anticipant l’arrivée des impôts, les grossistes ont donc décidé de fortement augmenter les prix des denrées de base. Ce fut le détonateur des émeutes. L’analyse d’ El Watan – pourtant considéré comme proche du pouvoir – , dans son édition du 10 janvier, est édifiante : « A première vue, le recentrage de la politique d’approvisionnement du marché des produits de consommation sur l’objectif primordial d’incitation au renforcement de la production locale pour réduire la facture des importations ayant atteint le pic alarmant des 8 milliards de dollars en 2008, n’est pas moins logique ni irrationnel. Continuant sur sa lancée et animé par cette volonté de « patriotisme économique », le gouvernement persistera dans ce durcissement avec le rétablissement à compter du 1er janvier 2011 des droits de douanes sur plus d’une trentaine de produits importés de l’Union européenne « suite à la décision prise par les pouvoirs publics portant gel des préférences tarifaires pour les produits agricoles, objet de la requête algérienne auprès de la commission européenne », tel que précisé par un document du ministère des Finances. Le sucre figure en tête des produits en question. En parallèle, de nouvelles taxes, dont la TVA, sont en voie d’application par les grossistes dans la perspective de se conformer à l’entrée en vigueur, à la fin mars prochain, de l’obligation du paiement par chèque des transactions de plus de 500 000 DA (On compte 10 Dinar algériens pour 1,5 Euros). Cependant, cette succession de mesures intervient dans une conjoncture mondiale marquée par la reprise de la hausse des cours des matières premières agricoles sur le marché international. »

 

Algerie_commerce.jpg

 

Les grossistes font la loi dans le commerce. Une vraie

mafia en liaison étroite avec le pouvoir.

 

 

Le quotidien ajoute : « C’est là donc la jonction de facteurs qui ne peuvent conduire qu’à une hausse sensible des prix des produits de large consommation. Laquelle flambée qui s’est vite répercutée sur le pouvoir d’achat des ménages avec des prix de certains produits qui ont connu des augmentations spontanées de 20 à 25%, à l’image du sucre qui a atteint les 150 DA/kg en l’espace de quelques jours. La tension s’est élargie à d’autres produits, comme le pain, dont la régularité dans l’approvisionnement est désormais incertaine avec des perturbations qui affectent la disponibilité de la farine boulangère. »

  

L’auteur de l’article, Mohamed Naili conclut : « Il n’est pas judicieux, en effet, de verrouiller d’une façon drastique les portes devant les importations avant de s’assurer de l’existence d’une production nationale en mesure de répondre à la demande nationale, tous produits confondus. Pire encore, en l’absence d’instruments efficaces de contrôle et la prolifération des circuits informels qui canalisent à présent jusqu’à 40% de l’activité économique du pays, selon des statistiques officielles, la spéculation a pris des dimensions démesurées à tel point que des pénuries et des flambées sont provoquées sans que le gouvernement ne soit en mesure de détecter leur origine ou de maîtriser leur ampleur. » Ajoutons que le gouvernement a laissé faire cette économie parallèle et certains de ses membres sont soupçonnés en avoir largement profité. 

  

Au 8 janvier, les troubles ont fait cinq morts et 800 blessés. En réponse, le  gouvernement décide de suspendre l’obligation des paiements par chèques. En réalité, le Premier ministre n’a pas répondu aux revendications des manifestants, mais « L'Etat a cédé à la pression quasi-mafieuse des détenteurs des voies marchandes informelles », selon l'universitaire Belkacen Boukherouf cité par El Watan. « En prenant la voie de la facilité pour ramener rapidement le calme (...) le gouvernement (...) a pris une mesure dangereuse qui légalise l'informel ». Donc, le pouvoir cède à un système mafieux, ce qui ne peut qu’accentuer la révolte du peuple algérien. Les contestations les plus fortes ont eu lieu à Bab El Oued, le quartier populaire d’Alger qui fut, pendant la guerre coloniale, le fief du FLN, que les paras français combattirent par la torture. Tout un symbole !

 

manif_alger_bab-el-oued.jpg

 

A Alger, dans le quartier de Bab el Oued, une vieille

tradition de luttes.

  

Ali Chibani, dans l’édition électronique du « Monde diplomatique » du 13 janvier, écrit : « L’exécutif pose donc un pansement sur le front d’un corps social enfiévré… « On avait espéré que la rue soit écoutée, au lieu de cela 1200 jeunes ont déjà été arrêtés, déplore Mustapha Bouchachi. Beaucoup d’entre eux ont subi des violences policières et sont incarcérés. » Le président de la Ligue algérienne des droits humains (LADDH) craint que les manifestations de ce début d’année ne se reproduisent ; selon lui, le pouvoir doit lever l’état d’urgence instauré en 1992, dont le maintien « ne vise plus les intégristes mais la société civile ».

 

Algerie-revolte

 

Partout, comme ici à Alger, les mêmes images de jeunes en lutte et de

répression policière.



Au moment où les étudiants, les syndicats et les partis d’opposition s’organisent pour poursuivre le mouvement de manière pacifique, les autorités publiques sont accusées d’empêcher l’accès au réseau social Facebook. A une société assoiffée de liberté, l’Etat n’a que des verrous à offrir… »



Comme pour la Tunisie, dictature et néolibéralisme forment un couple uni ! Mais, dans une moindre mesure que la Tunisie, le pouvoir algérien actuel est ébranlé par ce mouvement populaire. Et en Algérie, il existe une alternative démocratique et populaire autre que les Islamistes.



Quant au Maroc, si la contestation s’exprime de manière moins massive et semble même affaiblie, plusieurs manifestations eurent lieu : la richesse du pouvoir royal, les palais immenses qui narguent, à travers tout le pays, la misère du peuple entassé dans la précarité des médinas, font depuis longtemps l’objet d’un mécontentement latent qui, à tout moment, pourrait donner lieu à une explosion de colère.

Dans ce pays, l’opposition semble mieux organisée, par une élite politique bien structurée ; et la révolte pourrait ressurgir rapidement, à l’instar de celles qui secouent ses voisins immédiats. Toutefois, la police a reçu l’ordre de disperser les manifestations naissantes, notamment celles qui ont lieu en soutien aux insurgés tunisiens.

 

La « courageuse » et « lucide » Europe

 

Et l’Europe dans tout cela ?

 

Souvenons-nous. Sarkozy avait, au début de son mandat, lancé cette idée apparemment séduisante de l’Union de la Méditerranée. Il voulait étendre le processus de Barcelone où avait été élaboré un accord de coopération économique entre l’Union européenne et ses voisins méditerranéens. Cette initiative a capoté au départ, car Sarkozy n’a pas tenu compte de la situation réelle des pays d’Afrique du Nord et s’est montré par trop timide à l’égard des Palestiniens et surtout, les participants arabes craignirent une résurgence néocoloniale.

 

sarkozy_ben_ali_2008.png

 

Nicolas Sarkozy et Carla Bruni avec Ben Ali : une

amitié durable, le temps de la "splendeur" du dictateur

 

Les dirigeants de nos vieilles démocraties vivent dans le passé et s’abritent derrière leurs vieux réflexes. Ils n’ont toujours pas pris la mesure des nouveaux moyens de communication qui mettent à la portée de chaque internaute toutes les informations disponibles, sauf à en censurer l’accès. D’où leurs tentatives pour imposer le silence à certains sites comme Wikileaks, sous prétexte que le peuple ne doit pas tout savoir des manigances d’Etat parce qu’il ne serait pas à même de tout comprendre. Pratique qui ne manque pas dans ces régimes despotiques avec lesquels l’Union européenne continue à commercer. Il est donc lamentable de les entendre nous mentir encore de manière éhontée, pensant nous rassurer par leurs propos, alors que leurs impostures ne font qu’alimenter le dégoût et le mépris, quand ce n’est pas la haine chez les plus jeunes. Ils n’ont décidément rien compris…

 

Il aurait fallu, au contraire, aider les Etats du Maghreb à relancer l’Union pour le Maghreb arabe, sorte de marché commun entre les pays d’Afrique du Nord, hormis l’Egypte qui fut fondé en 1989. Cette Union est bloquée à cause du conflit au Sahara occidental qui oppose le Maroc et l’Algérie dont la victime est le peuple Sahraoui qui demande, depuis près de quarante ans, son autodétermination.

 

Ce blocage a de graves conséquences. Il a un coût social et économique considérable pour ces pays. Le « coût du non – Maghreb » concerne des secteurs essentiels comme l’énergie, les banques, les transports, l’agroalimentaire, l’éducation, la culture, le tourisme. Le commerce entre les Etats d’Afrique du Nord représente 1,3 % de leurs échanges extérieurs. C’est le taux le plus bas du monde ! Les conséquences en sont catastrophiques. Les frontières fermées coûtent à ces pays la perte de deux points de croissance. Et des milliers de jeunes vivent dans la précarité tandis que les plus audacieux s’en vont chercher en Europe, souvent au péril de leur vie, une existence qu’ils croient meilleure et plus active.  

 

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Catherine Ashton, responsable des Affaires étrangères de

l'Union européenne : sait-elle s'il se passe quelque-chose au Maghreb ? 

Faiblesse d’une Union européenne évanescente, complicité à peine voilée avec des dictatures sanguinaires et déclinantes, il ne faudra pas pleurer si l’Europe se voit un jour méprisée par les peuples du monde entier. Michel Camau, dans « Le Monde » de mercredi 19 janvier, écrit : « Si l'Europe désire se montrer solidaire de cette difficile et périlleuse entreprise, elle ne pourra s'en tenir seulement à la proposition d'aides, fût-ce pour la tenue d'élections. C'est toute sa stratégie de voisinage avec les pays tiers méditerranéens qui devra être reconsidérée. Il lui appartient de tirer la leçon du janvier tunisien, cette onde de choc au sein d'une zone de proximité traitée jusqu'à présent comme le limes de l'espace démocratique européen. Ce n'est pas dans le confinement de fortifications que la démocratie pourra advenir en Tunisie ni, a fortiori, chez ses voisins. "La démocratisation en Europe, disait Nietzsche, est en même temps et sans qu'on le veuille, une école de tyrans." Détournons la formule en fonction de notre actualité et de nos convictions démocratiques ; elle offre matière à réflexion pour "nous autres "bons Européens"" dans nos relations avec la rive sud de la Méditerranée. »

 

Rien à ajouter, Votre Honneur.

 

 

Pierre Verhas

 

Bientôt : dernier volet, l’Islande

 

 

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Published by pierre verhas
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commentaires

L'Algérois 29/01/2014 06:28

Le régime sale est décevant marocain défèque avec largesse sa pathologie intestine sur innombrable consciences.
Régime de la royauté à vomir à cause du pourrissement intérieure, inflation chaumage,misère partout ils pestent comme des rats affamés à trouver un double refuge
Ils s'inventent des chimères à blaser un monde de loufoquerie auquel ils appartiennent.Économie déplorable corruption ils ne doivent leur survit qu'a un large trafique
de drogue et un tourisme sexuel dont ils n ont pas froid aux yeux.Ils s’identifient toujours avec leurs hargnes à lessiver des consciences.leurs besognes à chier sur les autres ne font d'eux
que
des êtres inférieures, lâches stupides et arrogants.Le charivari auquel il s'adonne fera deux les plus grands pitres du monde.