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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 14:25

 

La gauche sociale démocrate va-t-elle longtemps encore pratiquer les soins palliatifs à un agonisant qui s’appelle l’Etat ?

 

 

La puissance publique, le pouvoir politique, les services publics passent progressivement aux mains du capital privé. Les Etats-nations, du moins en Europe, sont en pleine déliquescence par l’émergence de sous-nationalismes qui les craquellent de l’intérieur et ils sont écartelés par les pouvoirs de plus en plus importants d’organisations supranationales comme l’Union européenne ou le Fonds monétaire international qui fixent désormais les règles à suivre. Et derrière ces organisations, il y a les banques et les multinationales.

 

 

Ces règles sont basées sur une pensée que certains appellent « unique » et qui est en réalité révolutionnaire. Cette idéologie se base sur une conception nouvelle de l’homme – fausse, par ailleurs – et la volonté d’un bouleversement radical des rapports sociaux au profit d’un individualisme effréné afin d’élaborer une société atomisée où toutes les solidarités sont exclues. C’est surtout une société sans liberté, inégalitaire, égoïste. Cela au profit d’un pouvoir absolu, inaccessible, inconnu.

 

 

La gauche sociale démocrate n’a pas vu venir ce fléau. Elle a ouvert la porte au libéralisme croyant naïvement ainsi pouvoir préserver l’Etat social qu’elle a fondé après guerre. L’extrême-gauche restait figée dans ses fantasmes d’une révolution inaccessible. Face à la crise surgie dès 1973 avec le premier choc pétrolier, les organisations syndicales n’eurent dès lors comme objectif que de tenter de préserver l’emploi face à une désindustrialisation qui a débuté dès les années 1950 avec la fermeture des charbonnages des bassins wallons, du Nord de la France et du Limbourg belge. Elles pensèrent, un temps, que la réduction du temps de travail pourrait sauver l’emploi et maintenir le pouvoir d’achat des travailleurs. Ce fut une grossière erreur.

 

 

En Belgique, le syndicaliste André Renard, en réponse à l’offensive de droite qui émanait surtout de Flandre, a revendiqué en 1960 le fédéralisme pour arracher l’autonomie de la Wallonie qui aurait été ainsi à même de réaliser les réformes de structures. Ce fut une colossale erreur stratégique. La régionalisation a mené à la division du pays, à l’isolement et à la faillite de la Wallonie ainsi qu’à la domination du pays par le courant conservateur flamand.

 

 

Pour quelles raisons ? La première tient à une évidence : le socialisme est avant tout internationaliste et ce n’est pas en isolant une région certes dépendante que l’on instaure des réformes de structures qui demandent au contraire une dimension et une solidarité supranationales.

 

 

C’était vers l’Europe qu’il fallait se diriger. Certes, à l’époque, la gauche se méfiait de l’intégration européenne qu’elle considérait comme un renforcement du capitalisme face au bloc soviétique. La construction européenne n’intéressait en définitive que quelques cénacles sociaux-démocrates qui étaient cependant relativement puissants par les personnalités qui les composaient.

 

 

La critique de gauche de l’intégration européenne par Mendès France en 1957 est juste dans son analyse : cette construction a pour objet de construire une société libérale et exclut toute dimension sociale. Cependant, Mendès commit l’erreur de ne pas envisager en réponse la dimension supranationale. La social-démocratie aurait dû être le fer de lance d’une Europe sociale. En cela elle a raté une occasion historique.

 

 

La seconde raison tient à l’élaboration même du fédéralisme à la Belge qui fut le fruit d’un compromis boiteux entre un fédéralisme d’autonomie économique et un nationalisme ethniste et dominateur. En Wallonie et à Bruxelles, les partis sont devenus le champ clos de sous-régionalismes et de localismes égoïstes. La bataille de la sidérurgie a été en partie perdue suite à la concurrence artificielle entre les bassins liégeois et carolorégiens, sans compter la rivalité avec les aciéries luxembourgeoises et de Lorraine. Une fois de plus, la solution aurait pu survenir dans un cadre supranational. C’eût été le meilleur moyen de lutter contre l’offensive des multinationales, comme Mittal, qui n’ont eu aucune difficulté à achever l’agonisant.

 

 

C’est ainsi que le PS francophone belge s’est dénaturé.  

 

 

Aujourd’hui, et le revirement de Hollande – pour autant qu’il y ait « revirement » - et la faiblesse du gouvernement Di Rupo résultant d’un compromis impossible plongeant le pays dans l’immobilisme ont décrédibilisé la social-démocratie. Et l’avenir proche s’annonce assombri : le politique ne cesse de céder au capital. Ainsi, le TSCG (le Pacte budgétaire européen) ôte désormais toute marge de manœuvre pour donner des moyens à une politique nouvelle.

 


 

Les élections générales en Belgique et européennes dans l’Union européenne seront sans doute une étape importante. Le risque d’un triomphe du populisme est énorme. Comme l’a dit Pierre Larrouturou : « On risque de voir un Parlement européen composé de fachos et d’eurosceptiques ». Et, malheureusement, les forces de progrès ne sont pas prêtes. L’offensive conservatrice est rude. On le voit en Espagne avec le projet de loi d’interdiction de l’avortement.


 


 LarrouturouP.jpg

 L'économiste français Pierre Larrouturou, ancien conseiller de Michel Rocard, est conscient des dangers qui guettent la gauche et propose un programme audacieux de réformes politiques, financières et sociales au niveau européen par son mouvement "Nouvelle donne".


Cela dit, il ne faut pas rejeter en bloc la social-démocratie qui a joué un rôle historique après la guerre. Lisons l’analyse très pertinente du blogueur français Yves Quignou parue le 30 janvier sur son blog hébergé par « Mediapart » : « L’analyse de « La social-démocratie, à laquelle Marx appartenait d’ailleurs, a eu son heure de gloire tout au long du 20ème siècle, jusqu’à la chute du mur de Berlin. Elle a été une authentique forme du mouvement ouvrier qui entendait réformer le capitalisme de l’intérieur sur la base d’un compromis entre le monde du travail et le Capital, organisé démocratiquement par L’Etat – quitte à envisager à terme le dépassement du capitalisme lui-même (hormis en Allemagne lorsque le SPD a rompu avec le marxisme à Bade-Godesberg), mais pas à pas. D’où un ensemble de conquêtes positives arrachées à la classe capitaliste par les syndicats et les partis de gauche, dans toute une série de domaines comme les salaires, les droits sociaux, les services publics, etc. Réformer c’était donc améliorer le sort des classes populaires et initier un progrès économique et social en leur faveur, ce qui explique que dans certains pays comme la France, cela ait pu se faire avec l’appui des communistes (1936, 1946, 1981) pourtant partisans d’une rupture révolutionnaire, dont le PS français était d’ailleurs idéologiquement partisan à l’époque de Mitterrand et du programme commun de la gauche. »

 

 

Cependant, aujourd’hui, on est passé au social-libéralisme qui est devenu le compagnon de route de l’ultralibéralisme. La faiblesse des socialistes dans le gouvernement Di Rupo, le ralliement de Hollande à la « troisième voie » d’un Blair et d’un Schröder ont fait des partis sociaux-démocrates européens au pouvoir des collaborateurs zélés de la politique ultralibérale au niveau de l’Union européenne. Il faut cependant noter un changement significatif avec l’attitude du SPD dans la nouvelle « grande coalition » en Allemagne. La réinstauration du SMIC, par exemple, est un élément important. Et n’oublions pas que le SPD est le parti social-démocrate le plus important d’Europe.

 

 

En plus, l’immobilisme général de la gauche de gouvernement et l’offensive ultralibérale et conservatrice provoquent la naissance d’un mouvement qui pourrait donner de toutes nouvelles orientations à la gauche démocratique en Europe occidentale, du moins.

 

 

En effet, on note de très nets changements à gauche, en France comme en Belgique. En France, le PS est sclérosé par ses incessantes luttes de clans et son orientation social-libérale de plus en plus marquée. Le Front de gauche avec ses divisions et les excès de Jean-Luc Mélenchon ne représente plus l’alternative qu’il s’était donné comme objectif aux élections présidentielles de 2012. La gauche écologiste est elle aussi empêtrée dans ses contradictions et ses querelles de personnes. L’ensemble de la gauche parlementaire a perdu son caractère innovateur. Et pire, elle ne représente plus la classe ouvrière et le monde du travail qui se trouvent à la merci du populisme.

 

 

 

Des mouvements comme « Nouvelle donne » en France et le « PTB-GO » en Belgique, apportent un souffle nouveau tout en ne sombrant pas dans le populisme et l’euroscepticisme. Le programme de « Nouvelle donne » qui a été mis au point par Pierre Larrouturou, ancien membre du bureau du PS, ancien conseiller de Michel Rocard, et feu Stéphane Hessel, est particulièrement intéressant. Ses bases furent élaborées par la motion malheureusement minoritaire « Oser aller plus loin plus vite » proposée au Congrès de Toulouse du PS français en octobre 2012. Larrouturou fonda ensuite le Collectif « Roosevelt 2012 » qui milite pour un nouveau système bancaire basé entre autres sur la fameuse séparation des banques d’affaires et des banques de dépôts, de redonner du pouvoir au politique en matière monétaire. « Nouvelle donne » propose également de revoir les traités européens à huit ou neuf Etats-membres. Il serait en effet impossible d’élaborer une quelconque réforme à 28 !

 

 

Le PTB, Parti du Travail de Belgique, issu du mouvement flamand AMADA (Alle macht aan de arbeiders – tout le pouvoir aux travailleurs) né en 1970 lors des grèves des mineurs du Limbourg, était initialement maoïste et son organisation comme son action étaient très sectaires, au point qu’il suscitait une grande méfiance de la part de l’ensemble de la gauche en Belgique. Le PTB, depuis quelques temps, a incontestablement évolué.  Il est très présent sur le terrain des luttes sociales et de la solidarité à l’égard des exclus de la société. C’est une grande force : aucune autre formation de gauche ne peut prétendre à une telle mobilisation.

 

 

En outre, il s’est ouvert à des personnalités de gauche pour les prochaines élections. Il a su rassembler les reliquats du Parti communiste et des trotskystes de la LCR. Il a répondu ainsi à l'appel de la FGTB de Charleroi qui souhaite la constitution d'une force politique à la gauche du PS. Le PTB a déjà de fortes chances de décrocher un siège dans l’arrondissement de Liège, suite à ce que les travailleurs de la sidérurgie considèrent comme la trahison des Socialistes. En plus, le PTB a pris l’initiative de présenter des listes d’ouverture où seront présents des militants et des intellectuels connus comme le journaliste et ancien sénateur Ecolo Josy Dubié, la philosophe Isabelle Stengers, Hugues Lepaige, un des fondateurs et rédacteur à la revue « Politique ». L’historienne Anne Morelli et d’autres personnalités des mondes académique et syndical soutiennent cette initiative.


 

PTB_elections.jpg

 Le porte-parole du PTB-GO, Raoul Hellebouw, présente les personnalités qui soutiennent ce rassemblement : de gauche à droite, Christian Viroux, FGTB Charleroi, Josy Dubié, Raoul Hellebouw et Hugues Le Paige.



En outre, on constate que ce genre de formation plus ouverte correspond à une nécessité. Par la politique de collaboration de classe du PS, il y a un besoin réel d’une régénération de la gauche qui devra à terme redevenir cette force de proposition populaire capable de transformer la société dans un sens de plus de justice et d’égalité.

 

Certes, ces initiatives sont critiquées par la gauche de gouvernement qui craint de perdre des plumes, ces nouvelles formations étant pour elle des facteurs de division et non de renforcement.

 

Comme l’écrit Henri Goldman sur son blog : « Toute l’histoire politique des démocraties est pleine de ces initiatives au départ très minoritaires qui ont modifié le champ politique et qui ont parfois inversé le rapport de forces à l’intérieur d’un « camp ». Ça ne veut pas dire que se lancer dans une aventure minoritaire est forcément justifié par principe. C’est toujours une gageure. Seule l’analyse concrète d’une situation concrète pourrait l’établir. Mais la récuser en général « pour ne pas diviser », ça vole vraiment bas. »

 

Sans doute – et c’est à espérer – une nouvelle dynamique s’est mise en place. Il est à souhaiter qu’elle ne soit pas un feu de paille qui se consumerait après les élections de mai prochain. En effet, le PTB – GO et « Nouvelle Donne » ont peu de chances de faire un résultat spectaculaire. Le PTB-GO décrochera sans doute deux ou trois sièges au Parlement fédéral belge et quelques-uns à la Région wallonne, mais ni en France, ni en Belgique, ces deux formations ne peuvent prétendre à un mandat au Parlement européen.

 

 

Tout en restant vigilant sur d’éventuelles dérives de la gauche radicale, il n’en reste pas moins que c’est un élément nouveau qui donne des couleurs aux forces de progrès et surtout qui apporte des idées et donc un programme. Ce qui est indispensable.

 

 

Pierre Verhas

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Published by pierre verhas
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commentaires

Aurélien 15/11/2014 18:22

Avec des stars médiatiques comme Gaccio qui soutient Dieudonné, des élus venus du Modem, du PS, d’EELV du Fdg, inviter le gourou des conspirationnistes Etienne Chouard à leur université d’été, certains militants pour qui les débats sur les Ogm et le gaz de schiste sont interdits sans compter des propositions totalement démagogiques comme le salaire maximum piqué au Fdg, un traité européen de 11 pays (rien à envier à ce que propose Wauquiez avec 6 pays) ou encore les 32 heures font de la Nouvelle Donne le parti des arrivistes bobos et autres stars qui font néanmoins partis du système du fait de leur visibilité médiatique et leur vide idéologique qui fait le jeu de l’extrême droite, du Fn en particulier. Malgré certaines bonnes idées comme le revenu de base ou encore la non professionnalisation de la vie politique, rien de neuf, juste de l’idéologie avec de la politique slogan ridicule et des discours théâtraux moraux sur fond de "tous pourris" qui génère plus d'abstention qu'autre chose au final.