Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
  • Contact

Recherche

18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 15:55

 

En un siècle, le monde, comme le dit la chanson, a changé de face. Nous vivons une « révolution permanente » pour reprendre l’expression de Trotski, mais pas dans le sens qu’il lui avait donné.

 

Pendant la majeure partie du XXe siècle, une bataille idéologique faisait rage. Les communistes, les fascistes, les héritiers des Lumières voulaient anéantir l’ancien ordre mondial pour en établir un nouveau. Lénine, Staline et Mao ont tenté de démanteler les structures de la société humaine et de construire grâce à la science un monde meilleur.

 

Voilà ce qu’écrit l’historien israélien Yuval Harari – jeune historien né en 1976 en Israël de parents libanais qui a fait son doctorat à l’Université d’Oxford. Il s’est spécialisé dans la synthèse historique. Il dit : « Les très grandes questions historiques m’ont toujours intéressé, dit-il. Par exemple, sommes-nous plus heureux que nos ancêtres ? Pourquoi les hommes ont-ils dominé les femmes dans la plupart des sociétés ? Des questions auxquelles vous ne pouvez répondre si vous ne vous penchez que sur certains aspects du sujet. » Son ouvrage le plus célèbre – le pendant du livre de Stephen Hawking « Une brève histoire du temps » - s’intitule en français : « Sapiens Une brève histoire de l’humanité » (Albin Michel, 2015). Il a été traduit en 20 langues.

 

Yuval Harari se pose sans doute la question shakespearienne en étudiant l'histoire de l'Homo Sapiens.

Yuval Harari se pose sans doute la question shakespearienne en étudiant l'histoire de l'Homo Sapiens.

 

Créer une nouvelle race d’hommes.

 

Harari poursuit : Hitler et ses sbires ont utilisé des méthodes encore plus impitoyables au service de projets encore plus ambitieux. Celui des nazis était de créer une nouvelle race d’hommes au lieu de simplement construire une nouvelle société. Ils voulaient modifier la biologie humaine, accélérer l’évolution et créer des surhommes.

Adolf Hitler avait une ambition démentielle : créer une surhumanité en écrasant l'humanité existante. L'objectif des entreprises transnationales n'en est pas si éloigné.

Adolf Hitler avait une ambition démentielle : créer une surhumanité en écrasant l'humanité existante. L'objectif des entreprises transnationales n'en est pas si éloigné.

 

Les progressistes étaient à peine moins ambitieux. Défenseurs des idées des Lumières, ils espéraient recréer le paradis sur Terre grâce à l’instruction pour tous et au progrès technologique. Ils ont renversé les structures hiérarchiques datant de plusieurs siècles et donné du pouvoir aux femmes, aux minorités et à la jeunesse.

 

Les familles et les communautés étaient les piliers de la société depuis la naissance de l’homo sapiens. Avec les progressistes, l’individu est mis au centre. Il est libéré de ses parents, de ses voisins et même de la nation et de l’Etat.

 

Moins agressifs que ceux des communistes ou des fascistes, les idéaux progressistes ont pour point commun d’avoir créé un Etat Léviathan.

 

Et pour les progressistes, ce fut une réussite en relativement peu de temps : un siècle. Ils ont fondé un système d’enseignement, de santé et de couvertures sociales qui coexiste avec un système économique de libre entreprise.

 

Une élite sans ambitions

 

Mais tout cela est menacé aujourd’hui. Les dirigeants politiques, les responsables de l’enseignement, les patrons de l’économie manquent d’ambitions au profit d’un projet mondialisé élaboré par les entreprises transnationales dont le premier objectif est le démantèlement de l’Etat. Ce sont les transnationales qui ont récupéré les grandes ambitions délaissées par les politiques.

 

Inutile d’aller à la Maison blanche, au 10 Downing street, à l’Elysée ou au Kremlin pour les trouver. Il faut aller voir les apprentis sorciers de la Silicon Valley et les argentiers de Wall Street et de la City.

 

Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, Uber – ce qu’on appelle les GAFA – ont entre leurs mains des pouvoirs inégalés que jamais personne, ni aucune structure n’a eus depuis le début de l’humanité. Et tout cela se fait sans contrôle.

 

D’ailleurs, qui pourrait les contrôler ?

 

Intelligence ou conscience ?

 

La vraie question qui se pose aujourd’hui : qui l’emportera ? L’intelligence ou la conscience ? Dans le monde progressiste jusqu’à la fin du XXe siècle, intelligence et conscience étaient liées dans pratiquement tous les domaines. C’était considéré comme une évidence.

 

Aujourd’hui en ce début de XXIe siècle, en économie, l’intelligence est primordiale et la conscience n’a guère d’importance.

 

Dans une interview à la Libre Belgique du 17 octobre, l’économiste libéral Bruno Colmant déclare : « Le choc provoqué par la révolution numérique est majeur. Tout d’abord, il va toucher essentiellement le secteur tertiaire, qui constitue 70 % de notre économie. Ce secteur intègre beaucoup de tâches d’intermédiation et répétitives, soit celles qui vont être de plus en plus remplacées par des outils numériques. D’autre part, cette nouvelle économie numérique est de nature plus décentralisée. Que ce soit Uber ou le Bitcoin, on se retrouve dans des logiques et des structures où chaque agent économique se comporte comme un indépendant. Cela signifie un changement dans le rapport à l’Etat. Un indépendant contribue moins à l’Etat, tout en acceptant de moins recevoir de cet Etat. On sort d’une société fondée sur des accords collectifs pour entrer dans un modèle typiquement anglo-saxon et, je dirais même, dans un monde protestant. »

 

L'économiste Bruno Colmant semble s'enthousiasmer pour la révolution numérique.

L'économiste Bruno Colmant semble s'enthousiasmer pour la révolution numérique.

 

Certes – et nous le voyons avec Uber – les structures sont bouleversées. Mais affirmer que « chaque agent économique se comporte comme un indépendant » demande un minimum d’examen. Qu’entend-on par « indépendant » ? Il s’agit en fait d’une nouvelle forme d’exploitation de l’homme par l’homme bien plus dangereuse que les précédentes, car le soi-disant indépendant ne sait plus à quoi se référer. Prenons le cas des « taxis » Uber. Que fait un chauffeur indépendant ? Il s’inscrit chez Uber et reçoit la fameuse application Uber qui consiste en un central téléphonique de taxis « numérique ». Une commande lui arrive via l’application. Il va chercher le client et le conduit à destination comme n’importe quel autre taxi. Celui-ci paye un prix fixé par Uber et le chauffeur reçoit 20 % de la recette. Tout cela sans taxes ni charges sociales.

 

En réalité, le chauffeur « indépendant » court tous les risques : son capital, c’est sa voiture qu’il a investi lui-même. L’essence, l’entretien, les assurances sont à sa charge. Et encore, dans le cadre de la législation actuelle, il ne peut prendre une assurance professionnelle, puisqu’il ne rentre pas dans le cadre légal du transport rémunéré des personnes. Donc, c’est le chauffeur qui court tous les risques. On ose appeler cela « l’économie partagée ». Il s’agit en réalité d’un contrat léonin où Uber se contente de vendre son application et d’encaisser la majeure partie des recettes de ses chauffeurs abonnés, sans investissements ni risques de sa part.

 

Système révolutionnaire

 

D’autre part, un système comme Uber est aussi révolutionnaire puisqu’il viole délibérément les lois du pays où il s’installe. Et c’est volontaire : il s’agit de lois de protections et ce type de législation gêne très fort les transnationales qui veulent les éradiquer dans tous les domaines. Ainsi, le fameux TTIP (Traité Transatlantique pour l’Investissement et le Partenariat) poursuit le même objectif : rendre caduques toutes les lois de protections du commerce, des services et de la production au nom du sacro-saint libre échange et du dogme de la « concurrence libre et non faussée ». Là aussi, c’est léonin, puisque une entreprise transnationale aura plus de pouvoir qu’un Etat par le système de tribunaux privés.

 

A la question : Où les Etats seront discrédités au profit des grandes entreprises technologiques ? Colmant répond : « Les Etats vont en effet se retrouver de plus en plus écartelés entre des engagements collectifs qu’ils doivent honorer et des sources de prélèvement sur les richesses qui s’émiettent de plus en plus. »

 

C’est parfaitement exact. Et c’est aussi une raison essentielle pour que l’on construise une structure démocratique et étatique européenne à la place de l’Union européenne actuelle, instrument du néolibéralisme. Un retour à l’Etat-nation signifiera l’impuissance et la défaite avec ses conséquences inéluctables.

 

Nous assistons donc à une déstructuration sociale par la disparition de plusieurs professions au profit d’algorithmes. D’après une étude effectuée par deux chercheurs de l’Université d’Oxford, Carl Benedikt Frey et Michel A. Osborne intitulée The Future of Employment parue en 2013, 47 % des emplois américains auront disparu d’ici 2030. Cela va du démarcheur téléphonique aux arbitres sportifs, en passant par les boulangers, les conducteurs de bus, les ouvriers du bâtiment, les serveurs et barmen, les marins et j’en passe.

 

La révolution industrielle du XIXe siècle a eu pour conséquence la création d’une toute nouvelles classe ouvrière urbaine – qui a dépeuplé les campagnes – le XXIe siècle pourrait voir – du moins dans le monde développé – la naissance d’une nouvelle classe pléthorique composée d’individus économiquement inutiles.

 

Il faudra donc de nouveaux modèles économiques et sociaux bien plus ambitieux que ceux de Marx, de Lénine, de Mao, de Rousseau ou de Keynes.

 

Les habits anciens de feu le Président Mao commencent à s'éffilocher.

Les habits anciens de feu le Président Mao commencent à s'éffilocher.

 

Le point faible est de croire à une nouvelle société d’abondance dans laquelle il n’y a plus de producteurs, mais uniquement des consommateurs. Les producteurs se trouvent dans le Tiers-monde et pourraient se soulever. En plus, on ne tient nul compte des impératifs écologiques, des inégalités et de la concentration du capital.

 

Nous assistons donc en notre temps à deux phénomènes : ce que j’appelle l’« orwellisation », c’est-à-dire l’extension de la surveillance totale et à l’« uberisation », c’est-à-dire la suppression des métiers qui permettent à l’homme d’utiliser ses outils à sa guise par l’extension de ce qu’on appelle faussement l’économie du partage.

 

Il s’agit de deux faces d’une révolution que nous sommes en train de vivre sans bien nous en rendre compte : la révolution numérique. Toute notre vie et celle de nos descendants en seront bouleversées La structure de la société risque de s’effondrer au profit d’une atomisation des relations sociales tuant toute solidarité et instaurant la loi du plus fort.

 

Yuval Harari ajoute : « En tant qu’historien, je ne suis pas en mesure de juger si un tel projet est réalisable. Toutefois, je sais que les accomplissements des hommes sont rarement à la hauteur de leurs espoirs. Même s’ils n’y sont pas arrivés, les communistes ont marqué le XXe siècle par leur volonté de vaincre les inégalités entre les hommes. Notre siècle sera peut-être caractérisé par la tentative d’améliorer l’être humain et de braver la mort, même si cela est un peu prématuré. Les mentalités ont changé. Au revoir l’égalité, bonjour l’immortalité. »

 

Et Harari avertit : « Il est dangereux d’associer des technologies qui permettent de contrôler la vie et la mort à des politiques mégalomaniaques, mais il serait encore plus dangereux de faire l’autruche. »

 

Les hommes politiques sont-ils véritablement responsables ? Ils refusent de se projeter dans l’avenir. Le même Harari pose la question : « Si les hommes politiques ne veulent pas assumer la responsabilité de planifier l’avenir, quelqu’un d’autre le fera. Ainsi, il se pourrait que les décisions les plus importantes de l’histoire de l’humanité soient prises par un minuscule groupe d’ingénieurs et d’hommes d’affaires, tandis que les hommes politiques seront occupés à débattre sur les quotas d’immigration et sur l’Euro. »

 

Big Brother n’est pas mort. Il a de multiples visages et il vous regarde toujours.

 

Cependant un point fondamental et passé sous silence : ce projet est au seul service de l’oligarchie mondialisée et ne donne même pas l’illusion d’un progrès pour l’immense partie de l’humanité méprisée, exploitée et délaissée. Un tel déséquilibre n’est pas tenable en dépit des colossaux les moyens concentrés entre quelques mains.

 

Et la Résistance s’organise peu à peu.

 

 

Pierre Verhas

 

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 23:04

 

Raoul-Marc Jennar est une figure attachante. Il est un militant infatigable de l’altermondialisme après avoir été militant wallon, membre de plusieurs cabinets ministériels. Il a été quelques temps militant du NPA puis du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon.

 

Jennar fut également très actif pour un « non de gauche » au Traité constitutionnel européen lors du référendum français de 2005. Aujourd’hui, il mène une campagne infatigable contre l’adoption du traité commercial transatlantique (le TAFTA ou TTIP).

 

Sans être opposé à l’idée européenne, Raoul-Marc Jennar s’est toujours méfié des institutions européennes. Depuis la crise grecque, il va plus loin : il préconise de quitter purement et simplement l’Union européenne qu’il estime gangrénée par le néolibéralisme et non réformable, pour construire une Europe sur de nouvelles bases. Et il n’est pas le seul.

 

Raoul-Marc Jennar : une personnalité de gauche attanchante qui se trompe au sujet de l'avenir de l'Europe.

Raoul-Marc Jennar : une personnalité de gauche attanchante qui se trompe au sujet de l'avenir de l'Europe.

 

Au sein de la gauche radicale, plusieurs voix s’élèvent pour en finir avec l’Euro d’abord et avec l’Union européenne ensuite. En outre – et c’est le cas de Jean-Luc Mélenchon, leader du Front de gauche – ce serait l’Allemagne qui serait la seule responsable de la crise européenne. C’est excessif. Si, comme nous l’avons déjà écrit, l’Allemagne a réussi à imposer son leadership et sa politique ordolibérale, c’est évidemment parce qu’elle est l’Etat-membre le plus puissant, mais aussi parce que les 27 autres ont accepté ou même approuvent sa politique.

Jean-Luc Mélenchon met trop souvent ses sentiments au-dessus de l'analyse.

Jean-Luc Mélenchon met trop souvent ses sentiments au-dessus de l'analyse.

 

Le début du racisme

 

Yanis Varoufakis est d’ailleurs très sévère à l’égard de Mélenchon en l’occurrence : « Croire qu'il y a un 'type' psychologique allemand, c'est le début du racisme. Je ne suis pas du tout d'accord avec Mélenchon sur ce point et je lui ai dit à la Fête de l'Huma. C'est une pensée faible, surtout. Car la zone euro a été construite non pas par un gouvernement allemand, mais par une coalition d'élites françaises, allemandes, grecques, et tous sont également responsables de sa désastreuse architecture. »

Yanis Varoufakis a pris du recul, a une analyse et un projet.

Yanis Varoufakis a pris du recul, a une analyse et un projet.

 

En effet, ce souhait d’un retour à l’Etat nation est une forme de repli sur soi, quoi qu’en disent ses partisans. Et le repli sur soi engendre inéluctablement le racisme.

 

Et puis, il ne faut pas oublier un élément essentiel qui va bien au-delà des Etats : le poids des transnationales dont les plus puissantes, d’après Paul Jorion, sont une cinquantaine de banques et puis les oligopoles industriels et commerciaux qui contrôlent 70 % de l’économie mondiale.

 

Ce débat a commencé avec la crise grecque qui est la première qui oppose un Etat-membre à l’ensemble de ceux qui constituent l’Union européenne. Nous avons suffisamment évoqué cette crise sur le blog « Uranopole » tout en considérant qu’une sortie de l’Euro et de l’Union européenne serait une fatale erreur pour un pays confronté avec les agressions de la Troïka qui, ne l’oublions pas, ne sévit pas qu’en Grèce.

 

On ne répond pas à une agression par la fuite, mais en organisant la Résistance.

 

La majorité des Grecs ne voulait pas sortir de l’Euro. Certes, il y a une contradiction : rester dans l’Euro signifie se soumettre aux diktats de la troïka, c’est-à-dire accepter le 3e mémorandum, ce que ne veut pas cette même majorité.

 

Les trois paradoxes de l’Union européenne

 

Dans une interview au journal financier belge « l’Echo » datant du 3 septembre, Yanis Varoufakis analyse les conséquences du diktat du 13 juillet et les relations entre la Grèce et l’UE :

 

« Il y a un paradoxe monumental au cœur de l’Union européenne. Celui-ci se décline en trois parties. D’abord, c’est la première fois de l’histoire de l’humanité que des créanciers imposent des conditions qui, de fait, les assurent de ne jamais revoir leur argent. Deuxièmement, il y a en Grèce un peuple qui veut, dans sa grande majorité, absolument rester dans la zone Euro, mais qui en même temps rejette de manière tout aussi absolue les conditions qui lui sont imposées pour cela. Au même moment, en Allemagne, dont le gouvernement est responsable des conditions imposées à la Grèce, vous avez une grande majorité qui veut que la Grèce reste dans la zone Euro mais en appliquant les termes de l’accord. Troisièmement, cet accord, et le programme qui va avec, est tellement aberrant que même s’il était mis en application par Dieu lui-même aidé de ses Archanges, il ne pourrait pas réussir. Ces trois parties du paradoxe sont tellement intimement liées qu’elles ne peuvent être résolues qu’ensemble. Le système grec ne peut résoudre ce puzzle à lui tout seul. Tôt ou tard, il devra être résolu à travers les institutions européennes tant pour la Grèce que pour l’Europe. »

 

On se trouve donc devant un blocage général. Comment en sortir ? Varoufakis constate tout en mettant en garde contre la dérive des institutions et particulièrement de l’Eurogroupe dont il a vécu l’amère expérience : « La plus grande économie mondiale ne peut pas être gouvernée par une équipe digne du Moyen-âge et un Eurogroupe qui se réunit, délibère et décide sans publier même un compte rendu et sans avoir à rendre des comptes à quiconque ! Les citoyens européens n’ont même pas le moyen de savoir ce qui se dit à ces réunions ! En plus, au-delà du déficit démocratique évident, ce type de procédé fait que les décisions prises sont mauvaises et économiquement catastrophiques et font que l’UE est aujourd’hui le grand malade de l’économie mondiale. »

 

Raoul-Marc Jennar réplique : « On regrettera toutefois qu’il écarte d’emblée, au nom du danger nationaliste et du risque de fragmentation de l’Europe, toute idée de construire une autre union des peuples d’Europe rendue possible seulement par la dénonciation des traités européens et de leur interprétation extensive par la Cour de Justice de l’Union européenne. Comme si les politiques de l’Union européenne et les institutions conçues pour les mettre en œuvre ne constituaient pas aujourd’hui le plus grand danger de la renaissance du nationalisme et de l’opposition des peuples d’Europe entre eux. Le dogme de la concurrence qui met en compétition les peuples de l’UE, l’impossibilité inscrite dans les traités de toute harmonisation fiscale et sociale qui en est le corollaire, l’impuissance des peuples à encore décider de leur destin, tout cela fournit aux extrêmes-droites nationalistes et identitaires des arguments décisifs bien plus menaçants pour la cohésion de l’Europe.

 

Le discours de Varoufakis représente dès lors une tentation dangereuse parce qu’il entretient, une fois de plus, l’illusion qu’une autre UE est possible. Comme son crédit médiatique est grand, il capte l’attention de ceux qui, à gauche, entretiennent la confusion des esprits et brouillent à dessein leur message sur l’UE. Il retarde d’autant la prise de conscience à gauche de la nécessité de sortir de l’UE, non pas comme une fin en soi, mais comme le seul moyen de construire l’indispensable union des peuples qui le souhaiteront ; une union où, en lieu et place de la concurrence, la souveraineté populaire sera le principe moteur. »

 

Que propose Varoufakis ?

 

« Réunir tous les citoyens européens qui se sentent concernés par ces phénomènes au-delà de leurs appartenances politiques et de l’idéologie de chacun, créer des débats et des discussions et un vrai réseau. Son but sera d’étudier et de trouver des moyens de démocratiser la zone euro : c’est une nécessité absolue. Une fois que des positions consensuelles seront trouvées, comment cela pourrait s’exprimer politiquement pays par pays. »

 

L’ancien ministre grec des finances ne veut pas créer au départ un nouveau parti politique. Il explique : « Mon idée est de procéder de manière inverse : créer d’abord un courant de pensée et d’action paneuropéen et ensuite mettre en place des partis au niveau national, mais dont l’agenda politique est européen. On n’en est pas encore là aujourd’hui… »

 

Cette idée rejoint celle de contre lobbying qui a été proposée ici même. (http://uranopole.over-blog.com/2015/09/l-impasse-souverainiste.html)

 

Le déclin de la social-démocratie

 

On peut parfaitement concevoir une Union européenne débarrassée de ces traités politiques. Certes, il faut une majorité pour cela : c’est loin d’être le cas aujourd’hui. La gauche divisée est considérablement affaiblie. La social-démocratie s’est ralliée sans gloire à la politique ultralibérale arguant du fameux TINA thatchérien et laissant accroire que son rôle consisterait à adoucir les mesures antisociales qui accompagnent cette politique et à se battre pour maintenir l’Etat social. Auparavant, elle parlait de construire « l’Europe sociale ». C’est un mensonge éhonté, tout comme celui de François Hollande lors de la campagne électorale de 2012 qui a osé proclamer que son « ennemi est la finance ».

 

 

François Hollande n'arrête pas de pratiquer le double langage.

François Hollande n'arrête pas de pratiquer le double langage.

 

La social-démocratie qui n’a cessé de décliner depuis la chute du Mur de Berlin est hypnotisée par la majorité conservatrice de plus en plus forte et, pour se consoler, renonçant à toute politique sociale, s’est lancée dans le « sociétal » avec des réformes – certes utiles, mais que ne changent en rien le rapport de force – sur les questions éthiques. Fascinée par le pouvoir, la social-démocratie ne peut qu’accentuer son ambigüité. Elle devra bien constater un jour qu’elle ne répond plus aux aspirations de la société.

 

Dès lors, le « peuple de gauche », ce qu’il subsiste de la classe ouvrière, les laissés pour compte de plus en plus nombreux sont en plein désarroi : ils n’ont pas de relais dignes de ce nom. Soit ils s’abstiennent, soit ils se tournent vers l’extrême-droite – c’est en effet dans les fiefs traditionnels de la gauche ouvrière que le Front national est le mieux implanté – et une minorité vers la gauche de la gauche.

 

Certes, cela bouge dans la « gauche de la gauche ». Podemos en Espagne change son discours au préalable anti Union européenne. Au Portugal, la gauche radicale a obtenu près de 10 % des voix aux dernières élections législatives, alors que le parti social-démocrate est laminé au profit des conservateurs. Cette nouvelle gauche portugaise est intéressante : elle allie le discours radical à une analyse cohérente et à un refus de la fuite en avant vers l’anti-européisme.

 

Va-t-on mobiliser les masses contre l’UE ?

 

Un démantèlement de l’Union européenne implique inéluctablement un retour à l’Etat nation. La question est : certes, les institutions européennes – et cela se comprend – ne sont pas populaires. Mais va-t-on mobiliser les masses pour démanteler l’Union européenne et ses nuisibles traités ?

 

Rien n’est moins sûr. Les accords de Schengen qui permettent la libre circulation à travers le territoire de l’Union européenne et même au-delà sont incontestablement populaires, notamment auprès des jeunes. Les programmes Erasmus sont recherchés par la plupart des étudiants universitaires à travers l’Europe.

 

Même l’Euro est populaire. Ne plus devoir changer aux frontières des différents Etats-membres est un avantage incontestable. Cela permet d’avoir une comparaison des prix et ainsi de faire pression contre les excès.

 

L’Europe est rentrée dans notre culture et elle y restera. Certes, il n’y a pas la même conception de la construction européenne partout. Les derniers événements avec les réfugiés ont montré le fossé qui sépare les pays de l’ancienne Mitteleuropa des Etats d’Europe occidentale. Certes, il faudra lutter contre les institutions européennes qui installent progressivement un dangereux système totalitaire.

 

Un terrible aveu de faiblesse

 

Mais, peut-on penser sérieusement qu’en revenant à l’Etat nation, on construirait une « autre » Europe sous prétexte qu’il est impossible de réformer les institutions européennes ?

 

Ce serait un terrible aveu de faiblesse ! Ce serait admettre qu’on est désormais incapable de créer un rapport de force !

 

Et, en outre, un Jacques Sapir a déjà franchi le premier pas, ce serait nous allier à nos pires ennemis : l’extrême-droite populiste, nationaliste ! Est-on prêt à payer ce prix ?

 

Ce serait, après la capitulation de la social-démocratie face au néolibéralisme, une reddition sans condition au nationalisme que la gauche par essence universaliste a toujours combattu.

 

Et la sortie de l’Euro ?

 

D’aucuns disent qu’à défaut de sortir de l’Union européenne, il faut se retirer de l’Euro. C’est là aussi une grave erreur. Yanis Varoufakis répond dans l’Obs du 8 octobre. Et il sait de quoi il parle :

 

« C’est une question intéressante pour la zone euro dans son ensemble. Le problème, c’est qu'on ne peut pas envisager sérieusement une éventuelle sortie d’un pays de la zone euro. Car dès que la discussion commence, le mécanisme est enclenché et aussitôt les banques du pays concerné s’écroulent. Par conséquent, il est tout simplement impossible d’avoir un plan B opérationnel. Il ne peut être que théorique. Nos études sur la question, comme celles de la BCE d’ailleurs, n’était confiées qu’à 5-6 personnes pour rester discrètes. Pour qu’un tel plan soit opérationnel, il faudrait que près d’un millier d’experts se coordonnent. Cela ne pourrait plus rester secret, et provoquerait donc une panique bancaire, avec une sortie de l’euro à la clé… »

 

Et il ajoute en évoquant les débuts du gouvernement Syriza jusqu’au funeste 13 juillet :

 

« Si on avait voulu quitter l’Euro avec Tsipras, il aurait fallu recréer une drachme pour dévaluer. Cela aurait été un suicide pur et simple. Exactement la même chose que d’annoncer une dévaluation un an à l’avance, car créer une nouvelle monnaie, cela prend un an. Imaginez Jacques Delors, lorsqu’il était ministre des Finances, annonçant : « Mes chers concitoyens, voilà, dans un an le franc va être dévalué de 30 % à 40 %. » Tout le monde aurait exfiltré son argent. La France aurait été foutue. Les dévaluations ne fonctionnent que lorsqu’elles sont imposées en moins de vingt-quatre heures. »

 

Et il conclut au sujet du chantage d’exclusion de l’Eurozone fait à la Grèce :

 

« Si j’avais été Tsipras et que l’on m’ait dit : « Ou tu signes, ou l’on vous jette dehors de l’Euro. », je leur aurais répondu : « Eh bien, faites-le. » Je sais exactement ce que cela aurait coûté, mais je l’aurais fait quand-même et pour deux raisons. Tout d’abord parce qu’ils ne l’auraient pas fait ! Ils ne souhaitaient pas que la Grèce sorte de l’Euro en réalité. Deuxièmement, parce que, même s’ils l’avaient fait, c’est eux qui auraient été maudits par nous. Le paradoxe, c’est que pour stopper la fragmentation de l’Euro, il aurait fallu commencer par cesser de la craindre. »

 

Ajoutons qu’une exclusion d’un pays de l’Eurozone est interdite par les traités. Aussi, les dirigeants de l’UE se seraient mis en porte-à-faux.

 

Le fléau : la peur

 

Ce que raconte l’ancien ministre grec des finances, avec le recul de quelques mois, montre combien la peur a joué en cette affaire.

 

Il était évidemment impossible pour les pays qui pratiquent des politiques drastiques d’austérité d’accepter qu’un seul Etat-membre sorte de ce carcan. Varoufakis cite l’exemple de la Lettonie. Son Premier ministre avait peur d’être renversé si la Grèce l’emportait, son peuple n’aurait jamais admis qu’il cède après avoir pratiqué une telle ponction que 25 % des Lettons en âge de travailler ont quitté le pays. Le second pays est la France qui a une peur bleue de voir l’Allemagne lui imposer la troïka, car sa situation est catastrophique, ce qui explique sans doute le cafouillage politique du tandem Hollande-Valls à la merci du banquier Macron.

 

Varoufakis avoue que les hésitations grecques – le référendum du 5 juillet avec la victoire du « non » et la capitulation du 13 juillet – ont fait beaucoup de tort à la gauche.

 

« Nous leur avons fait beaucoup de mal. Podemos est désormais très endommagé à cause de nous. Mais tout est lié : une des raisons pour lesquelles l’Europe officielle était absolument décidée à nous écraser, c’était la montée de Podemos. Les sociaux-démocrates en Allemagne et ailleurs craignaient notre succès. Si on avait réussi à faire repartir l’économie grecque, ils auraient fini comme le Pasok, à 4 %. Donc, ils devaient nous détruire, et ils l’ont fait. »

 

Aujourd’hui, Podemos a rectifié le tir. Podemos a emporté les municipales et possède des « fiefs » en Espagne. C’est évidemment un signal que tout n’est pas perdu.

 

La Lettonie a peur, la France a peur. Et comme l’a bien expliqué, Yanis Varoufakis, cette peur s’exprime au sein de l’Eurogroupe où se prennent les décisions. Le Conseil et la Commission ne faisant qu’entériner. À partir du moment où la peur l’emporte, il est impossible de construire un projet. Et c’est ce qu’il s’est passé : l’Europe cafouille parce qu’elle a peur. Elle a peur de l’effondrement de l’Euro, elle a peur des réfugiés, elle a peur de la guerre.

 

Et c’est la chance de la gauche européenne qu’appelle Varoufakis de ses vœux : elle seule peut réenchanter le projet européen en allant au-delà de la peur.

 

Le souverainisme est une fuite en avant dictée aussi par la peur. Il ne pourrait conduire qu’à la catastrophe. Et le rêve légitime de souveraineté du peuple serait définitivement fracassé.

 

Le peuple s’entend au-dessus des frontières et sa souveraineté ne pourra s’exercer que si elle les dépasse.

 

Il était illusoire de penser que la Grèce, elle seule, aurait pu défier la Troïka. Une nation n’est rien face aux forces supranationales. Tsipras a choisi la capitulation, Varoufakis opte pour un mouvement populaire européen à long terme au-dessus des frontières.

 

 

Pierre Verhas

 

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 10:20

 

Ce 7 octobre, le Front commun syndical (FGTB – CSC – CGSLB), les trois syndicats traditionnels belges, a appelé à manifester contre les mesures d’austérité du gouvernement libéral – extrême-droite flamande de Charles Michel. Disons que ce fut un succès, mais sans plus. Sans doute 100.000 manifestants, mais on ne peut pas objectivement parler d’une mobilisation massive.

 

Le comble fut la présence des dirigeants du PS avec comme slogan « des solutions plus justes sont possibles » qui a été caricaturé par un facétieux : « La journée du cœur qui saigne. » Allusion à son président (à vie ?) Elio Di Rupo, ancien Premier ministre, qui a osé dire, il y a quelques mois, que son cœur saignait depuis que le gouvernement Michel a pris des mesures d’exclusion du chômage. Or, c’est sous son gouvernement que ces mesures ont été décidées et préparées ! Et il vient en plus de déclarer à une association patronale que la paix sociale garantit les investissements en Belgique !

 

Les Socialistes francophones belges manifestent avec le mot d'ordre ambigü : "Des solutions plus justes sont possibles."

Les Socialistes francophones belges manifestent avec le mot d'ordre ambigü : "Des solutions plus justes sont possibles."

Slogan piraté sur les réseaux sociaux par un facétieux qui rappelle "le coeur qui saigne" d'Elio Di Rupo.

Slogan piraté sur les réseaux sociaux par un facétieux qui rappelle "le coeur qui saigne" d'Elio Di Rupo.

 

Comment dès lors veut-il, en tant que chef de l’opposition, être crédible ? Le PS est en pleine déliquescence : il perd ses militants, les sondages successifs lui sont défavorables, il n’a pratiquement plus de base. Le grand parti des travailleurs se transforme inéluctablement en un petit lobby de technocrates.

 

Résultat : la gauche se trouve affaiblie par l’effondrement de sa principale force politique. Et ce n’est pas le succès incontestable du PTB qui changera fondamentalement la donne.

 

Quant aux organisations syndicales, – et particulièrement la FGTB – ont-elles raison de poursuivre cette stratégie de grands rassemblements « promenades » pour exprimer la colère des travailleurs face à l’austérité ? Non.

 

Ce moyen de pression, certes spectaculaire, est insuffisant. La mobilisation classique ne fonctionne plus. Dans les entreprises privées, les travailleurs sont tellement encadrés qu’ils n’osent plus faire grève. Seuls certains services publics, comme les transports publics et la Poste, parviennent à mobiliser. Et encore, les arrêts de travail n’ont pas été suivis par l’ensemble des travailleurs : le courrier a été distribué dans certains endroits, des bus, des trains et des trams roulaient. Et puis, qui manifeste ? Des délégués syndicaux, quelques agents des services publics, des militants politiques. Incontestablement, ce n’est pas la base qui descend dans la rue.

 

Et quand on écoute les discours des leaders syndicaux, c’est toujours la même rengaine : « Nous restons mobilisés ! Nous ferons céder le gouvernement ! ». Cela n’est pas crédible.

 

Le syndicalisme « classique » est menacé d’effondrement. Sa base est encore là par la force de l’habitude et par la peur du chômage. Mais elle ne se mobilise plus avec des mots d’ordre qui « viennent d’en haut ». Rappelons-nous : il y a quelques mois, ce furent les délégués d’entreprises qui s’opposèrent à un mot d’ordre de grève venant de l’état-major. C’était un premier avertissement qui n’a manifestement pas été entendu par la direction syndicale.

 

Pour réellement combattre les politiques ultralibérales, il faut d’urgence une autre stratégie. En premier lieu, il convient de redonner la voix à la base et ensuite, un réel mouvement n’aura d’effet que s’il dépasse les frontières. L’offensive ultralibérale est internationale. C’est internationalement – en commençant par l’Union européenne – qu’on a une chance de la stopper, sinon la freiner.

 

Et nous avons un exemple « près de chez nous » comme on dit : le conflit à Air France.

 

Ce 6 octobre, s’est tenu comité d’entreprise à la compagnie Air France où la direction a annoncé un nouveau plan social avec à la clé 2.900 emplois passant à la trappe. Les pilotes, de leur côté, refusent de faire « un effort ». Vieux classique, cherchant un bouc émissaire, la direction les rend responsables de la quasi faillite de l’entreprise. Mais les autres travailleurs ne sont pas dupes. Ils savent très bien que le gouvernement Valls cherche à vendre Air France. Aussi, en général, un plan social est toujours le bienvenu pour un éventuel repreneur – suivez mon regard vers les Emirats pétroliers – qui peut espérer acheter l’entreprise à un moindre coût.

 

Mais des négociations avec un directeur général dénommé Alexandre de Jougnac placé là par Sarkozy et maintenu par Hollande, connu pour être proche de l’extrême-droite, qui en plus souhaite rétablir le travail des enfants, ne peuvent qu’être compromises.

 

Alexandre de Jougnac, PDG d'Air France, souhaite rétablir le travail des enfants !

Alexandre de Jougnac, PDG d'Air France, souhaite rétablir le travail des enfants !

 

Et évidemment, cela s’est mal terminé : deux cadres supérieurs ont été molestés à la sortie du comité d’entreprise par des travailleurs en colère. Enfin, les dégâts sont mineurs : quelques vêtements déchirés, sans plus et un DRH obligé de sauter une clôture torse nu, sa chemise lui ayant été arrachée. Mais – et c’est cela qui est impardonnable – ils ont subi une humiliation dont ils auront difficile à se remettre.

 

Le DRH d'Air France malmené, a perdu sa chemise !

Le DRH d'Air France malmené, a perdu sa chemise !

 

Du coup, Manuel Valls, le Premier ministre « socialiste » de Hollande a traité ces travailleurs de « voyous » et il a appelé à prendre les plus sévères sanctions judiciaires pour ces « violences ». Le président français lui-même a dénoncé lesdites « violences ».

 

Violences ? Bien sûr, déchirer les vêtements d’un quidam n’est pas de première douceur. Mais la violence réelle n’est-elle pas de jeter près de 3.000 personnes dans la misère ? En plus, ces dirigeants affichent leur total mépris à l’égard de cette « valetaille » taillable et corvéable à merci.

 

En l’occurrence, la Justice est rapide : les travailleurs filmés lors de l’échauffourée ont été reconnus et seront incessamment convoqués. Cette vélocité est à mettre en parallèle avec la lenteur du pouvoir judiciaire dans la résolution des affaires financières.

 

Et, pire, des responsables politiques qui se réclament de l’héritage de Jean Jaurès rampent devant un patronat arrogant, méprisant, incapable de faire son boulot, à la totale merci de la finance. L’indécence est devenue la règle en ce bas monde !

 

Cette double pensée engendre la révolte et il est d’ailleurs étonnant qu’elle n’ait pas été plus violente.

 

Il faut considérer ces incidents comme un sérieux avertissement. Ces plans sociaux successifs, ces restructurations, la fameuse flexibilité, les mesures antisociales de la loi Macron sont autant de coups portés à la classe des travailleurs.

 

La révolte, si elle peut se comprendre, n’est cependant pas une stratégie.

 

Lisons la réaction du Wall Street Journal aux incidents d’Air France, rapportée par le Courrier international.

 

« Les syndicats ont une large part de responsabilité dans cette situation : ils défendent une réglementation contraire à la croissance, qui limite les heures de travail hebdomadaires, oblige les sociétés qui licencient à verser de lourdes indemnités, dissuade les investissements à l’étranger et ne sauvegarde pas l’emploi.

 

Ceux qui sont réfractaires aux réformes, en particulier à gauche, pensent pouvoir préserver le statu quo par des règles qui entravent les licenciements et contrecarrent la concurrence. Or, le véritable enjeu réside dans la capacité des économies à rebondir face aux changements inévitables et créer des nouveaux débouchés pour les salariés qui restent sur le carreau… »

 

Ce texte a le mérite de la clarté. Décortiquons-le.

 

Les responsables des faillites des entreprises : les syndicats, donc les travailleurs.

 

La réglementation « contraire à la croissance », c’est le fameux code du travail tant décrié qui contient la traduction juridique de toutes les conquêtes sociales depuis les débuts du mouvement ouvrier. En clair, c’est cela que l’on veut démanteler pour en revenir à un quasi servage, mais high tech, celui-là.

 

Quant aux « débouchés pour les salariés qui restent sur le carreau », suivez mon regard vers Uber…

 

Il est clair que l’échauffourée à Air France est surmédiatisée dans l’objectif de dénigrer les organisations de travailleurs. A eux de ne pas se laisser piéger !

 

La dignité vaut plus que mille chemises !

 

 

Pierre Verhas

 

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 20:29

Michel Onfray : dissidents de tous les pays, unissez-vous !

 

La clique intello-bourgeoise germanopratine a son nouveau « Satan » : il s’appelle Michel Onfray. Son péché ? « Faire le jeu du FN. » Péché mortel, mais, ça, en réalité, c’est pour la valetaille.

 

Onfray, homme de gauche depuis toujours, ne chante pas au diapason de la gauche libérale qu’il déteste. Il ne verse pas des larmes de crocodile au sujet des réfugiés. Il préfère analyser les choses : savoir pourquoi des populations entières émigrent du Moyen-Orient et d’Afrique pour tenter de trouver un sort meilleur en Europe. On n’aime pas quand il dit : « La France est islamophile à l’intérieur et islamophobe à l’extérieur ». En athée convaincu, il n’apprécie pas que l’on subventionne les mosquées et que l’on prône le communautarisme en violant la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat et les bases républicaines et il comprend que les musulmans nous haïssent alors qu’ils sont bombardés quotidiennement depuis près de vingt ans par les Occidentaux dont les Français.

 

Michel Onfray préfère l'analyse à l'émotion.

Michel Onfray préfère l'analyse à l'émotion.

 

Même le Premier ministre, Manuel Valls, s'en est mêlé lorsqu’Onfray a affirmé qu’il préfère des analyses exactes d’Alain de Benoist à des analyses fausses d’intellectuels de gauche. Le directeur fondateur de l’Université populaire de Caen avait franchi la ligne rouge tracée sans aucune concertation et amovible à souhait, par « la clique » !

 

Dans une interview au Figaro, Onfray analyse l’effet médiatique et l’exploitation de la photo du petit Aylan rejeté par la mer sur une plage de Turquie. Il signale simplement qu’à l’ère numérique, « une manipulation est à la portée du premier venu ». Tollé de l’intelligentsia !

 

En réalité, ce genre de propos gêne l’intelligentsia autoproclamée qui, signalons-le en passant, est proche du pouvoir, sinon à son service. Et elle use du procédé malhonnête de l’interprétation. Notre « ami » Laurent Joffrin écrit dans « Libération » : Onfray suggère que « la photo de l’enfant mort est une manipulation médiatique qui substitue l’émotion à l’analyse. » Or, si Michel Onfray a évoqué la possibilité d’une manipulation, il n’a pas affirmé que cette photo est truquée. La manipulation est ailleurs : elle est dans l’exploitation médiatique de ce cliché.

 

Nous pourrions poursuivre les exemples. Reportez-vous au numéro de « Libération » du 15 septembre 2015.

 

Yann Moix, le nouvel inquisiteur d'ONPC, manque manifestement de talent et traîne quelques casseroles...

Yann Moix, le nouvel inquisiteur d'ONPC, manque manifestement de talent et traîne quelques casseroles...

 

La tentative d’hallali a échoué à l’émission phare de France 2 du samedi soir « On n’est pas couché » où sévissent la chroniqueuse Léa Salamé de France Inter et le polémiste Yann Moix, au passage ex-copain du négationniste Paul-Eric Blanrue. Loupé ! Yann Moix, vulgaire comme à son habitude, s’étant livré à des insultes, a trouvé face à lui un Michel Onfray imperturbable et imperméable à ses provocations et qui l’a calmement remis à sa place, c’est-à-dire liquidé dans le caniveau ! Un grand moment !

 

Que l’on soit ou non d’accord avec Michel Onfray, peu importe. La clique parisianiste use de sa méthode favorite : discréditer l’adversaire pour mieux l’abattre, l’accuser d’être au service de son pire ennemi. Quant à l’argumentation, oublions-la. Probablement ignorent-ils de quoi il s’agit.

 

Ces personnages usent et abusent des méthodes staliniennes dénoncées jadis par George Orwell lors de la guerre d’Espagne où les staliniens luttaient plus contre les anarchistes et les communistes indépendants du POUM que contre les fascistes.

 

Le summum de la bêtise a été atteint le 3 octobre, toujours dans « Libération », par la chroniqueuse Marcela Iacub qui écrit : « S’il [Michel Onfray] s’exprime de la sorte, c’est parce qu’il croit pouvoir gagner une audience importante et aller chasser sur les terres du Front. Quoi qu’il en soit, on peut déjà parier que cette nouvelle entreprise délirante représentera son chant du cygne. Non seulement parce qu’au fur et à mesure il sortira des choses de plus en plus aberrantes - en imaginant que le peuple aime ça et qu’on lui empêche d’entendre ce genre de discours. Mais aussi parce que lorsqu’il comprendra qu’il n’a aucune chance, il lui arrivera la même chose qu’à Dieudonné. Il accusera le système de ne pas lui avoir permis de réussir, il perdra l’estime des médias ainsi que celle de ses lecteurs. Il est fort probable qu’à ce moment-là, il louera un théâtre dans lequel il versera sa haine chaque soir, tout en proposant à Marine une alliance qu’elle-même refusera pour préserver sa «respectabilité». »

 

Iacub fait dans la prospective. Onfray, écrit-elle, va chasser sur les terres du « Front » et s’alliera forcément à Marine Le Pen. L’homme de gauche devenu fasciste. Le nouveau Dieudonné. L’histoire se répète en bégayant : les anarchistes et poumistes de Barcelone devenus des fascistes en 1937 selon les staliniens. Onfray devenu frontiste selon la clique germanopratine.

 

Et Iacub de conclure :

 

« Ainsi, au lieu de l’interroger respectueusement sur ses thèses fascistes, le système médiatique qui l’encense aurait intérêt à enfermer Onfray chez un psychanalyste. »

 

Un psychanalyste ? Les Soviétiques enfermaient eux aussi les dissidents à l’asile psychiatrique.

 

Rien de nouveau sous le Soleil, donc. Il n’est pas bon pour ces messieurs-dames d’être un dissident.

 

Dissidents de tous les pays, unissez-vous !

 

Vers l’indépendance de la Catalogne ?

 

Le résultat des élections régionales en Catalogne n’est pas une bonne nouvelle. La poussée indépendantiste – essentiellement de droite – ne fera qu’encourager les nationalismes régionaux dans l’ensemble de l’Union européenne. Ce n’est pas pour rien que la NV-A, le parti nationaliste flamand qui est le premier partenaire du gouvernement belge, a envoyé ses félicitations au leader indépendantiste catalan.

 

Rassemblement des indépendantistes catalans à Barcelone : une légitimité dangereuse

Rassemblement des indépendantistes catalans à Barcelone : une légitimité dangereuse

 

Cela dit, la réaction des Catalans est compréhensible. Face au pouvoir de Madrid mené par le PP, parti chrétien du Premier ministre Rajoy, postfranquiste qui a toujours fermé la porte à des négociations avec les régions espagnoles ; face au poids de l’histoire où la Catalogne fut traquée durant la guerre civile et le régime franquiste, il est logique que le terrain soit désormais fertile pour les indépendantistes.

 

Cependant, il y a aussi quelque-chose d’inquiétant. La Catalogne est la région la plus riche d’Espagne. Et qu’il s’agisse de la Flandre en Belgique, de l’Ecosse au Royaume uni, de la « Ligurie » en Italie, ce sont les régions les plus riches qui revendiquent leur indépendance pensant ne plus devoir payer pour leurs voisines plus pauvres.

 

Encore une belle entrave à la construction européenne ! Quand les « dirigeants » de l’Union européenne se décideront-ils à faire leur autocritique ?

 

La Russie en Syrie

 

L’ambigüité occidentale en Syrie est sans pareil : qui finalement soutient et arme Daesh ? Les monarchies pétrolières du Golfe ? Les Occidentaux eux-mêmes ? On n’en sait trop rien. Quel est l’objectif réel de l’Etat islamique ? Pourquoi, par exemple, n’attaque-t-il pas certaines régions à « convertir » alors qu’il en a les moyens ? Pourquoi n’attaque-t-il pas Israël ? Pourquoi laisse-t-il la Jordanie comme un sanctuaire, même s’il y a eu de graves incidents ? Pourquoi a-t-il fait du Hamas un ennemi, alors qu’il partage avec lui la même conception religieuse ?

 

Les médias qui ne nous montrent que les atrocités aussi bien du régime Assad que de Daesh, nous empêchent d’analyser. Daesh – outre sa stratégie de la terreur, je dirais « de l’horreur » – a manifestement des buts de guerre. Le jour où on comprendra que Daesh n’est pas une organisation terroriste au même titre qu’Al Qaïda, mais une force politique qui use de la terreur comme arme, beaucoup de choses auront avancé. . La coalition qui a été élaborée par les Etats-Unis pour combattre l’EI est pour le moins étrange. Deux de ses membres, la Turquie et l’Arabie Saoudite, sont manifestement des soutiens de Daesh !

 

Vladimir Poutine a une stratégie bien déterminée et il l'applique et le fait savoir.

Vladimir Poutine a une stratégie bien déterminée et il l'applique et le fait savoir.

 

La Russie de Poutine est certes un régime autoritaire. Il a aussi sa propre vision géopolitique : accès à la Méditerranée et refus de l’extension de l’OTAN à sa frontière occidentale. Cette conception n’est évidemment pas celle des Occidentaux qui souhaitent étendre leur influence exclusive sur toute l’Europe et l’ensemble du Moyen-Orient, en isolant la Russie.

 

C’est une grave erreur, car la Russie ne constitue en rien une menace. Ses ambitions sont légitimes et ne sont agressives à l’égard de quiconque. Avec la montée de Daesh et la guerre en Syrie, la Russie est forcée d’intervenir. Et elle le fait. Et de manière efficace. Au grand dam des Occidentaux qui continuent leur petit jeu de cache cache avec Daesh.

 

Refaisons de la géopolitique. C’est le meilleur moyen de sauver la paix et aussi des vies à long terme.

 

Pierre Verhas

 

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 22:35

 

Voici le billet publié aujourd’hui sur le blog de Paul Jorion (http://www.pauljorion.com/blog/). Cela s’appelle de la solidarité efficace.

 

Qu’attendent les tenants de la « gauche morale » en France et en Belgique pour faire la même chose ?

 

COIN DE CIEL BLEU…, par François Leclerc

 

Billet invité.

Le ferry affrété par la Région de Valence en collaboration avec la ville de Barcelone pour aller chercher les réfugiés sur l'île de Lesbos et les acheminer vers l'Espagne.

Le ferry affrété par la Région de Valence en collaboration avec la ville de Barcelone pour aller chercher les réfugiés sur l'île de Lesbos et les acheminer vers l'Espagne.

 

 

Ada Colau, la nouvelle maire de Barcelone, a lancé le réseau des « villes refuges », et la ville de Valence, conquise lors des récentes élections municipales par l’alliance Compromis (engagement en espagnol), soutenue par Podemos, est passée à l’acte. Un navire pouvant transporter 1.200 personnes ira début novembre chercher des réfugiés à Lesbos, afin de pouvoir les accueillir dans la région. A l’aller, du matériel humanitaire sera acheminé dans l’île. Au retour, des bénévoles membres d’ONG prépareront leur accueil en recensant leurs besoins médicaux, de logement et de scolarisation des enfants. Dans la Région valencienne, un réseau de villes et de villages s’est constitué pour y répondre. La Région y contribuera également. Plusieurs allers-retours du navire sont envisagés. Les réfugiés seront sélectionnés à Lesbos, en coordination avec les ONG qui y interviennent.

 

 

Ada Colau, la maire "Podemos" de Barcelone à l'origine de l'initiative d'affréter un bateau pour Lesbos en coordination avec la Région de Valence

Ada Colau, la maire "Podemos" de Barcelone à l'origine de l'initiative d'affréter un bateau pour Lesbos en coordination avec la Région de Valence

 

 

Si les ONG belges procédaient ainsi, on pourrait aussi embarquer quelques fonctionnaires de l’Office des étrangers. Ils pourraient, une fois arrivés à l’île de Lesbos, traiter les dossiers administratifs des réfugiés sélectionnés candidats à se rendre en Belgique. Cela permettrait d’accélérer les choses et surtout d’éviter des drames humains.

 

 

Qu’attend-on ? Au boulot !

 

 

Pas mal les « extrémiste de gauche » de Valence et Ada Colau, non ?

 

Remarquons que plusieurs organes de presse évoquent cette initiative, mais ne disent mot sur « Podemos » et Ada Colau, se contentant de parler uniquement de la Région de Valence. Un oubli « involontaire »…

 

 

Pierre Verhas

 

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 10:02

 

Nous reproduisons ci-dessous l’article très documenté de Jérôme Henriques paru sur le site du « Grand Soir » le 9 septembre 2015. Par les nombreux chiffres, les nombreuses références qu’il nous fournit, il remet les montres à l’heure et démontre que la crise des réfugiés est dramatiquement accentuée d’un côté par les attitudes répressives des autorités et de l’autre par leur passivité. C’est un éclairage important.

 

La crise dite des réfugiés met en lumière pas mal de choses. Tout d’abord, à ceux qui ne cessent de crier que l’Europe est oppressante et envahissante, ils doivent bien constater que dans une tragédie humaine comme celle-ci, l’Europe n’existe pas !

 

La fameuse intégration européenne est une plaisanterie quand on voit les pays de ce qui fut la « Mitteleuropa » se replier sur eux-mêmes en refusant toute forme de solidarité à l’égard de l’afflux des réfugiés, solidarité impliquant le partage des tâches de sauvetage et d’hospitalité par une répartition la plus équitable possible. La Charte des droits fondamentaux qui figure au TFUE (le Traité de Fonctionnement de l’Union Européenne) est un chiffon de papier depuis que Viktor Orban a modifié la constitution hongroise pour y implanter un régime autoritaire au caractère nettement fascisant.

 

Ensuite, l’opinion publique européenne ne sait plus où donner de la tête. D’un côté, la droite et l’extrême-droite infestent les médias et les réseaux sociaux du virus de la peur : ils crient à la fin de la civilisation, à l’invasion de milliers de terroristes qui vont mettre nos villes et nos villages à feu et à sang et, bien entendu, ils ajoutent un zeste de racisme en proclamant la fin de l’homme blanc et l’islamisation généralisée de la vieille Europe. De l’autre, les autorités officielles se montrent impuissantes, travaillent au jour le jour, ne prennent quasi aucune décision. Et les seules mesures prises sont inadéquates.

 

Des organismes indépendants tentent, parfois maladroitement, de ramener les choses à leur juste proportion en démontrant, chiffres à l’appui, qu’il ne s’agit pas d’une invasion, que c’est une guerre interminable en Syrie, en Irak et en Afghanistan qui est la cause de cet afflux de réfugiés en provenance du Moyen Orient. Les Africains qui traversent la Méditerranée fuient avant tout les guerres civiles qui ensanglantent l’Afrique centrale et aussi la misère la plus totale.

 

Et il y a aussi une polémique tout aussi odieuse qu’inutile : qui sont les migrants « économiques » et qui sont les réfugiés « politiques » ? Ne sont-ils pas l’un et l’autre ? Après tout, ceux qui fuient la guerre, fuient aussi la misère.

 

Cela dit, il ne faut pas se leurrer. Les classes moyennes européennes déjà ponctionnées par les violentes politiques d’austérité, voient d’un très mauvais œil cet afflux de réfugiés. Au moment où la seule croissance réelle est celle de la précarité, que de plus en plus de gens sont dans l’incapacité d’assurer l’essentiel pour vivre – encore aujourd’hui, le « Soir » nous apprend que 5 % des Belges n’arrivent pas à payer leur consommation d’eau –, les appels à la solidarité, s’ils touchent avant tout les « bobos associatifs » des grandes villes, restent lettre morte auprès de la population en général.

 

Or, c’est justement la solidarité qui sera le facteur pour en sortir. C’est la solidarité populaire qui pourra devenir la meilleure arme pour abattre les oppresseurs qui s’appellent entreprises transnationales et magnats de la finance qui voient en ces réfugiés la potentialité d’une main d’œuvre à bon marché taillable et corvéable à merci au détriment des travailleurs autochtones.

 

C’est justement dans ce piège-là qu’il ne faut pas tomber. L’unité des travailleurs d’où qu’ils viennent est essentielle, car elle a toujours été efficace.

 

Et puis, n’oublions pas ce précepte éthique essentiel : « Respecte l’étranger voyageur, aide-le, sa personne est sacrée ».

 

Pierre Verhas

 

 

La "clôture" hongroise à la frontière de la Serbie. Des images qui évoquent des souvenirs douloureux. Rien de nouveau sous le Soleil ! Notons cependant que ce "mur" est parfaitement conforme aux accords de Schengen...

La "clôture" hongroise à la frontière de la Serbie. Des images qui évoquent des souvenirs douloureux. Rien de nouveau sous le Soleil ! Notons cependant que ce "mur" est parfaitement conforme aux accords de Schengen...

 

 

D’après le Haut-commissariat pour les réfugiés des Nations unies (HCR), le nombre de réfugiés (I) a atteint le niveau record de 60 millions de personnes en 2014 (soit 42.500 nouveaux réfugiés par jour). La progression est saisissante.

 

Le HCR rappelle qu’ils étaient 51,2 millions l’année précédente, 37,5 millions la décennie précédente (1) et que ces phénomènes migratoires sont les plus importants (et de loin) depuis la seconde guerre mondiale (2). Depuis 2011, c’est le conflit Syrien qui génère le plus grand nombre de réfugiés dans le monde (II). Plus globalement, ils viennent essentiellement d’Afrique sub-saharienne et du Moyen-Orient : des Somaliens, Soudanais, Erythréens, Afghans, Irakiens ... qui fuient leurs pays en guerre ou les persécutions.

 

Toujours, d’après le HCR (données de fin 2013 (3) (4)), près de neuf réfugiés sur dix se retrouvent dans des pays considérés comme économiquement moins développés. Ainsi, les premiers à prendre leur part dans l’accueil des réfugiés du Moyen-Orient (Irak, Syrie, Afghanistan) sont les pays limitrophes. Le Pakistan arrive en tête avec 1,6 million de réfugiés, suivi de l’Iran avec 857.000 réfugiés, du Liban avec 856.000 réfugiés, de la Jordanie avec 641.900, de la Turquie avec 609.900 etc. En termes relatifs, c’est le Liban qui arrive largement en tête en accueillant environ l’équivalent d’un quart de sa population ; il est suivi par la Jordanie, qui accueille presque l’équivalent d’un dixième de sa population. Le Moyen-Orient concentre à lui seul un tiers des réfugiés dans le monde.

 

L’Europe est elle aussi touchée par cette crise migratoire, mais dans une moindre mesure. L’agence Frontex, qui surveille les frontières de l’Union européenne, a estimé à 280.000 le nombre de migrants entrés illégalement dans l’Union européenne en 2014. Depuis le mois de janvier, ils sont plus de 340.000 (comparativement aux 123.500 migrants enregistrés pendant la même période l’année dernière) (5). Si certains migrants utilisent la voie terrestre (principalement les Afghans et les ressortissants des Balkans), c’est la méditerranée qui constitue la porte d’entrée privilégiée en Europe (6). Selon le HCR, déjà plus de 300.000 migrants ont déjà réussi à la traverser en 2015 (2.500 d’entre eux sont morts) contre 219.000 pour toute l’année 2014 (3.500 morts) (7). Des Syriens, des Erythréens, des Somaliens ... (8).

 

Barque surchargée de réfugiés en Méditerranée : 1/20 d'entre eux n'atteindront jamais les rivages européens.

Barque surchargée de réfugiés en Méditerranée : 1/20 d'entre eux n'atteindront jamais les rivages européens.

 

Plus de 20.000 migrants sont morts ces 20 dernières années en tentant de traverser la Méditerranée pour entrer en Europe. Ils sont morts noyés suite au renversement de leur barque (9), asphyxiés dans les cales d’un navire (10) (11), morts de faim, de soif, de fatigue (12) ou de froid (13). Les tragédies s’enchainent à une telle allure qu’elles en deviennent presque abstraites : 300 morts par ici (14), 500 par là (15), ah tiens 700 morts cette fois-ci (16). Des nombres, juste des nombres ... Et pourtant, ce sont des vies humaines qui s’éteignent, celles de gens désespérés qui endurent une grande souffrance et dont l’agonie est souvent atroce. En témoignent les récits de sauveteurs qui voient la mort en direct (17) ou les images de corps sans vie qui flottent près des plages (18).

 

D’autres drames ont lieu à terre. Des migrants s’écharpent sur des grillages barbelés (19), d’autres meurent cachés sous les trains, à l’arrière de camions, ou dans les trains d’atterrissage des avions (20). Dans des pays peu sûrs, les migrants peuvent être persécutés, rackettés, rançonnés (21). En Europe, ils sont parfois pris dans des situations de débordement (22) ou confrontés à des policiers qui ont la main lourde (23). Entassés dans des centres d’accueil, certains y meurent parce qu’ils ne reçoivent pas les soins nécessaires ; d’autres se suicident, par peur d’être renvoyés dans leur pays. Ces histoires sont trop souvent anonymes et oubliées. Malgré tout, quelques ONG s’efforcent de recenser des faits précis et de rendre aux victimes leurs noms et leurs visages (24) (25) (26).

 

En Europe, certains pays sont en première ligne face à l’arrivée de migrants. Selon l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) (27), l’Italie et la Grèce ont accueilli sur leurs côtes près de 188.000 personnes (respectivement 97.000 et 90.500) depuis le début de l’année. Le taux de mortalité est très différent. Environ 60 personnes sont mortes en tentant d’atteindre la Grèce, 1.930 en tentant d’atteindre l’Italie. Dans la foulée du drame de Lampedusa (28), l’Italie avait initié en octobre 2013 l’opération "Mare Nostrum" : des bateaux patrouillaient jusqu’au large de la Libye pour venir au secours des migrants. Depuis novembre 2014, elle a été remplacée par l’opération Européenne "Triton". Mais avec beaucoup moins de moyens (2,9 puis 5,8 millions d’euros/mois contre les 9 millions d’euros/mois supportés par la seule Italie), "Triton" ne patrouille plus que près des côtes italiennes et son rôle n’est plus de secourir les migrants mais juste de contrôler les frontières ... De fait, 1 migrant /20 meurt en mer début 2015 contre 1/50 début 2014 (29).

 

En se reposant sur le règlement Dublin II (30) qui oblige l’état par lequel un demandeur d’asile entre dans l’Union européenne à traiter sa demande et à l’héberger, les pays membres tardent à se montrer solidaires des principaux pays d’entrée (Italie, Grèce, Hongrie). Mais après une nième catastrophe en avril 2015 (31), les choses commencent à s’accélérer. L’ONU fait pression sur l’Europe (32), l’Italie montre des signes d’exaspération (33) (34) et la commission Européenne propose de répartir l’effort entre les pays membres (III)(35). Dans un premier temps, cette politique de quotas (avec clé de répartition (IV)) est plutôt mal acceptée, de nombreux pays (comme la France) redoutant leur opinion publique sur le thème de l’immigration (36) (37). Mais cet immobilisme pèse de plus en plus sur les consciences (V). Décidant début septembre de ne plus expulser les migrants (en application de Dublin II), Merkel appelle avec Hollande à une "réponse unifiée" de l’Union européenne face aux réfugiés. Finalement, la France et l’Allemagne se rallient à l’idée de quotas (38) (39).

 

Suite au plan de répartition proposé par la commission, la France confirme début septembre l’accueil de 24.000 nouveaux migrants sur son sol (40). Elle devient ainsi le deuxième pays d’accueil derrière l’Allemagne (en valeur absolue) et le 8ème si on se rapporte au nombre d’habitants (valeur relative). Cette position est plus honorable que par le passé. Sur l’année 2014, d’après Eurostat, la France se classait respectivement 4ème (valeur absolue) et 13ème (valeur relative) (41). Va t-on vers une meilleure coordination entre les pays Européens ? On peut certes espérer que ce plan va alléger le fardeau des pays de premier accueil (Italie, Grèce, Hongrie) et apaiser les tensions intra-européennes (42) (43) (44) même si on peut aussi regretter que certains pays en soient exemptés (Angleterre, Irlande, Danemark). Se dirige-t-on pour autant vers une politique plus humaine en Europe ? C’est à voir. Si on veut cesser de s’emmurer ou d’entasser des personnes dans des centres d’accueil (45), il faudra certainement accepter de remettre en cause notre politique étrangère ... (VI) (46) (47) (48) (49) (50).

 

En attendant, accueillir ces réfugiés est de notre devoir. Signée et ratifiée par 145 pays dont la France, la Convention de Genève énonce que "le terme ’réfugié’ s’appliquera à toute personne (...) qui, craignant d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ; ou qui, si elle n’a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle à la suite de tels événements, ne peut ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner" (51).

 

Le Haut-commissariat pour les réfugiés des Nations unies (HCR) reconnait de plus que devant "des conflits ou une violence généralisée", il n’est pas nécessaire de conduire des entretiens individuels et que les personnes fuyantes peuvent être considérées comme des réfugiés "prima facie" (52). D’ailleurs, dans une note d’octobre 2013 consacrée à la Syrie, le HCR déclare qu’il reconnaît comme réfugiée toute personne fuyant le pays (aussi bien les opposants que les soutiens du pouvoir en place) à l’exception des personnes ayant commis des actes de violence (53). Ajoutons enfin que la France reconnaît le droit d’asile dans le préambule de sa Constitution, lequel peut être octroyé "à toute personne persécutée en raison de son action en faveur de la liberté" (VII) (54) (VIII).

 

Face au droit, les tordus ne manquent pas. De la droite à l’extrême droite, nombreux sont les responsables politiques qui poussent la démagogie jusqu’à son paroxysme. Comme Christian Estrosi qui évoque la présence de Daesh parmi les migrants (55), Nicolas Sarkozy qui se permet de comparer les migrants à une fuite d’eau (56) ou Marine Le Pen qui veut tous les renvoyer dans leur pays en guerre (57). Sur Internet, la fachosphère prend le relai, à coup de slogans chocs, de montages photos et d’informations pipeautées (58) (59). On pourrait en rire si ce n’était pas si grave. Malheureusement, ces idées gangrènent progressivement la société. Etonnant d’ailleurs de voir le populo cracher sur la misère, le croyant détester son prochain ou le persécuté d’hier mépriser celui d’aujourd’hui.

 

Puisque la théorie du "grand remplacement" est à la mode, ne passons pas à côté d’une question essentielle : à quand le grand remplacement des mentalités fascisantes ?

 

Jérôme Henriques

 

 

Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen : c'est à qui sera le plus odieux ! Dire qu'un de ces deux-là risque d'être le prochain président de la République !

Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen : c'est à qui sera le plus odieux ! Dire qu'un de ces deux-là risque d'être le prochain président de la République !

 

Références :

 

(1) ONU - HCR, Worldwide displacement hits all-time high as war and persecution increase

 

(2) ONU - HCR, World Refugee Day : Global forced displacement tops 50 million for first

 

(3) ONU - HCR, le coût humain de la guerre, page 13

 

(4) Rue 89, Quel est le pays qui abrite le plus de réfugiés au monde ? Ne répondez pas la France...

 

(5) Frontex, Number of migrants in one month above 100 000 for first time

 

(6) RFI, [Infographie] Carte des principales routes migratoires vers l’Europe

 

(7) ONU - HCR, Plus de 300 000 traversées clandestines en Méditerranée pour 2015, dont 200 000 arrivants en Grèce

 

(8) l’Humanité, Infographie : 30 fois plus de migrants morts en Méditerranée

 

(9) France 24, Environ 400 migrants seraient morts noyés en tentant de gagner l’Italie

 

(10) Le Monde, Des dizaines de migrants meurent dans la cale d’un bateau en Méditerranée

 

(11) Libération, Méditerranée : 55 cadavres de migrants à bord de trois embarcations

 

(12) RFI, Afrique : un nouveau drame de migrants clandestins

 

(13) Le Monde, Italie : une vingtaine de migrants meurent de froid sur un bateau en Méditerranée

(14) Le Monde, Au moins 300 disparus dans un naufrage en Méditerranée

 

(15) L’Obs, 500 migrants disparus en Méditerranée : ce que l’on sait du naufrage

(16) L’obs, Ce que l’on sait du naufrage des 700 migrants au large de l’Italie

 

(17) Libération, Lampedusa : "On en sortait un, l’autre coulait à pic"

 

(18) Jeune Afrique, Libye : 170 migrants retrouvés morts sur une plage

 

(19) Jeune Afrique, Maroc : des migrants lancent un nouvel assaut contre la frontière à Melilla

 

(20) L’Humanité, 71 réfugiés syriens ont péri dans un camion en Autriche

 

(21) Libération, Sinaï, le désert des tortures

 

(22) RFI, Migrants : la situation dégénère sur l’île de Kos en Grèce

 

(23) Libération, Calais : une vidéo montre des violences policières contre des migrants

 

(24) OWNI, La carte des morts aux frontieres de l’europe

 

(25) Migreurop, Des morts par milliers aux portes de l’Europe

 

(26) Fortress Europe

 

(27) IOM, Le bilan meurtrier dépasse les 2 000 décès de migrants dans la Méditerranée

 

(28) Le Grand Soir, Europe : le drame de Lampedusa accable les Vingt-Huit

 

(29) L’Humanité, Infographie : 30 fois plus de migrants morts en Méditerranée

 

(30) Règlement de l’UE : Dublin II

 

(31) L’obs, Ce que l’on sait du naufrage des 700 migrants au large de l’Italie

 

(32) Libération, L’ONU accuse l’UE de transformer la Méditerranée en "vaste cimetière"

 

(33) Le Huffington Post, Migrants : l’Italie menace de mettre en place un "plan B" qui ferait "mal à l’Europe" entière

 

(34) Le Parisien, L’Italie va repêcher des corps de migrants pour pousser l’Europe à agir

 

(35) Commission européenne, Questions et réponses sur l’agenda européen en matière de migration

 

(36) Le Dauphiné, Hollande : "pas question qu’il y ait des quotas de migrants" en Europe

 

(37) Slate, La France va-t-elle faire échouer le plan européen sur les migrants ?

 

(38) Les Echos, Berlin cesse d’expulser les Syriens et appelle l’Europe à répartir l’effort

 

(39) Libération, Hollande se rallie sans le dire à l’idée de quotas de réfugiés en Europe

 

(40) Le Monde, Les quotas migratoires proposés par l’UE

 

(41) Eurostat, The number of asylum applicants in the EU jumped to more than 625.000 in 2014

 

(42) L’Obs, Migrants bloqués à Vintimille : l’Italie face à "la trahison de la France"

 

(43) Libération, Migrants : Fabius juge "scandaleuse" l’attitude de certains pays, Hongrie notamment

 

(44) Sud Ouest, Migrants à Calais : le torchon brûle entre la France, l’Angleterre et Eurotunnel

 

(45) Le Monde, Migrants : quand l’Europe s’emmure

 

(46) Le Grand Soir, La France a toujours soutenu les plus grands dictateurs en Afrique

 

(47) Le Grand Soir, Afrique : Redéploiement de l’impérialisme français et sidération humanitaire de la gauche

 

(48) Le Grand Soir, La Libye, la gauche européenne et le retour de l’impérialisme humanitaire

 

(49) Le Grand Soir, La Syrie, pays de tous les enjeux

 

(50) Le Grand Soir, La déchirure Ukrainienne

 

(51) ONU - Haut-Commissariat aux droits de l’homme, Convention relative au statut des réfugiés

 

(52) ONU - HCR, Demandeurs d’asile

 

(53) ONU - HCR, International Protection Considerations with regard to people fleeing the Syrian Arab Republic

 

(54) Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946

 

(55) 20 Minutes, Pour Christian Estrosi, "des terroristes de Daesh s’infiltrent parmi les migrants"

 

(56) Libération, Pour Nicolas Sarkozy, la crise humanitaire des migrants est comme une "grosse fuite d’eau"

 

(57) Le Monde, Marine Le Pen à Calais : "Renvoyer les migrants, même dans des pays en guerre"

 

(58) Libération, Non, des réfugiés n’ont pas refusé de la nourriture non halal

 

(59) Le Monde, Migrants : la guerre des images

 

 

(I) Le terme "réfugiés" est à prendre au sens large : cela englobe les demandeurs d’asile, les réfugiés (soit ceux dont la demande a été acceptée), les déplacés internes et les apatrides.

 

(II) On peut constater sur l’histogramme en (1) une forte progression du nombre de réfugiés sur cette période.

 

(III) Remise en question de Dublin II : l’article 78 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne énonce qu’en cas d’afflux soudain de migrants, la Commission européenne peut soumettre des mesures exceptionnelles.

 

http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:12012E/T..

 

(IV) La clé de répartition est fondée sur quatre critères : PIB, population, taux de chômage et nombre de demandes d’asile déjà enregistrées par le pays.

 

(V) La photo du petit enfant mort noyé a peut-être été le catalyseur de ce changement de politique ; il est possible aussi que cette photo ait été instrumentalisée pour influer sur l’opinion publique. Pourquoi ne nous montre-t-on pas aussi des photos d’enfants Lybiens, Syriens, Palestiniens ... déchiquetés par les bombes.

 

(VI) Lire François-Xavier Vershave : "Françafrique, le plus long scandale de la république", "Noir silence", "Noir Chirac", "De la Françafrique à la mafiafrique".

 

(VII) Il s’agit du préambule de la constitution de 1946 ; le préambule de la Constitution de 1958 y fait référence.

 

(VIII) Il y a aussi la protection subsidiaire mais elle est très rarement appliquée

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 00:04

 

La courbe fatidique

 

Samedi dernier, lors d’une réception de rentrée, avec un ami banquier que j’ai déjà évoqué – oui, je fréquente un banquier ! Où est le problème ? – nous parlions du licenciement de Paul Jorion. Il m’a dit l’avoir invité à donner une conférence dans le cadre d’un cercle de réflexions au sein de l’institution qui l’emploie. Il m’a dit l’avoir écouté et qu’il le trouvait fort superficiel.

 

Comme mon ami n’avait pas étayé son impression d’un ou deux exemples, je n’ai pas répondu. Et puis, comme toujours dans ce genre de petite sauterie, on fut interrompus. Et notre conversation prit aussitôt fin. Cependant, sa réflexion m’a interpellé.

 

Ayant lu pas mal d’écrits de Paul Jorion et écouté quelques-unes de ses conférences, tout en consultant régulièrement son blog, je me suis demandé si cette critique de mon ami banquier que je connais comme homme de conviction réfléchi et nuancé, ne jetant pas des affirmations en l’air, n’était pas le résultat de l’affrontement entre deux approches fondamentalement contradictoires de l’économie.

 

Mon ami banquier, de par son métier, penche sans doute pour une conception mathématique de l’économie. Cette conception qui veut que dans les échanges de biens et de services entre les hommes, tout est quantifiable, donc rationnel.

 

Prenons l’exemple de la fameuse courbe de l’offre et de la demande : elle se base sur deux paramètres quantifiables, donc rationnels : la plus grande quantité de biens possible pour le moindre coût.

 

 

La fameuse courbe de l'offre et de la demande : en abcisse la quantité d'un produit offert sur le marché, en abcisse, son prix de vente. L'équilibre est atteint à l'intersection des deux courbes. On remarque donc que la loi de l'offre et de la demande se limite à ces deux dimensions : quantité et prix.

La fameuse courbe de l'offre et de la demande : en abcisse la quantité d'un produit offert sur le marché, en abcisse, son prix de vente. L'équilibre est atteint à l'intersection des deux courbes. On remarque donc que la loi de l'offre et de la demande se limite à ces deux dimensions : quantité et prix.

 

Certes, cette courbe, c’est le « B.A.-BA a » de l’économie. On prétend pouvoir tirer bien des leçons de cette courbe qui tente de quantifier, donc de donner une consistance mathématique à une activité sociale, c’est-à-dire à l’humain.

 

À la lecture de ce graphe, l’intersection des deux courbes (la quantité d’un produit offert sur le marché et le prix de vente) représente l’équilibre.

 

Ainsi, comme en physique, il y aurait recherche de l’équilibre, c’est-à-dire du moment parfait. Or, qui peut oser prétendre que les activités humaines, dont une des principales est l’échange, sont uniquement quantifiables pour parvenir ainsi à la perfection ?

 

Tout cela résulte d’une vue de l’esprit née au XVIIIe siècle de la pensée d’Adam Smith. C’est la dogmatique du parfait. Avant Kepler, l’Univers était fait de cercles et de sphères parfaites. On s’est peu à peu aperçu que ce n’était pas le cas et qu’aucun mouvement des astres n’était parfaitement régulier. On a même envoyé au bûcher ceux qui doutaient de ce mythe de la perfection! N’est-ce pas le cas aujourd’hui - jusqu’à présent limité à l’exclusion professionnelle – avec les économistes dits « hétérodoxes » ?

 

 

Monument à la mémoire de Giordano Bruno érigé à Rome à l'emplacement du bûcher où il est mort parce qu'il refusait les dogmes cosmologiques de l'Eglise catholique. Les économistes "hétérodoxes" de nos jours connaîtront-ils un sort équivalent ?

Monument à la mémoire de Giordano Bruno érigé à Rome à l'emplacement du bûcher où il est mort parce qu'il refusait les dogmes cosmologiques de l'Eglise catholique. Les économistes "hétérodoxes" de nos jours connaîtront-ils un sort équivalent ?

 

 

En définitive, cet équilibre parfait que chercherait à atteindre le marché, la « main invisible » du même marché et le dogme de la « concurrence libre et non faussées » ne sont-ils des vues de l’esprit ?

 

Si on observe la réalité, ce n’est pas toujours le prix le plus bas par rapport à l’offre et à la demande qui est le meilleur, mais celui qui est le plus adéquat. Le consommateur n’est pas l’individu « rationnel » de l’économie de l’offre dont la rationalité se limite à choisir ce qu’il considère comme étant le meilleur prix pour lui. Il est en réalité un citoyen capable de raisonner et de comprendre que pour avoir un produit de qualité, il faut assurer au producteur un revenu correct afin qu’il puisse vendre avec une marge raisonnable sur son prix de revient et disposer ainsi des ressources suffisantes pour assurer sa subsistance et ses investissements futurs. Et notre citoyen sait aussi que les marges successives prises par les intermédiaires – parfois inutiles – sont un élément nuisible dans la formation du prix du produit qu’il achète.

 

Prenons deux exemples actuels : le prix du lait et le prix du transport rémunéré de personnes.

 

Où est « l’équilibre » de l’offre et de la demande là où les grandes surfaces commerciales ont le monopole de la fixation du prix du lait au point qu’elles contrôlent la quasi-totalité du marché d’un produit essentiel à la vie et à la santé humaine, cela sans contrôle économique de la puissance publique ?

 

Et que se passe-t-il avec les petits producteurs, particulièrement en France et en Belgique ? Afin de garder leurs marges et de vendre le lait au prix soi-disant le plus bas au consommateur, les grandes surfaces n’acceptent d’acheter à ces producteurs qu’à un prix fixé en deçà du prix de revient.

 

Cette situation est évidemment intenable pour les producteurs d’autant plus que depuis la décision des institutions européennes d’abandonner la politique agricole commune afin d’ouvrir le marché à la concurrence, c’est-à-dire aux entreprises transnationales de l’agroalimentaire, il n’est plus question pour les producteurs d’avoir les protections des quotas et des compensations financières.

 

Cela mérite une révolution !

 

Le marché du lait sera ainsi totalement « libéralisé ». Les petits producteurs disparaîtront au profit d’une agriculture à la fois industrialisée et mondialisée qui mettra sur le marché des produits laitiers standardisés, de basse qualité, répondant à des normes sanitaires typiques d’un univers carcéral alimentaire aseptisé.

 

Ainsi, c’en est fini des produits au lait cru ! Le bon et le vrai camembert ! Le merveilleux fromage qui pue ! Tous détrônés par des pâtes soi-disant fromagères pasteurisées dénuées de goût ! Rien que cela mérite une révolution !

 

 

La dernière manifestation des agriculteurs devant les bâtiments de la Commission européenne est un avertissement dont les "huiles" devront tenir compte.

La dernière manifestation des agriculteurs devant les bâtiments de la Commission européenne est un avertissement dont les "huiles" devront tenir compte.

 

Le transport des personnes, comment le gérer dans nos cités tentaculaires dont le centre est consacré aux tours abritant les bureaux des entreprises transnationales, la périphérie aux commerces de grande surface, la banlieue logeant les classes moyennes et populaires de plus en plus précarisées en voie de « favelisation » parsemées de quelques oasis-forteresses pour les quelques centaines de nantis « pesant » financièrement à eux seuls plus de 90 % que les autres habitants ?

 

Uber est arrivé !

 

Les sociétés de transports publics sont à la peine, malgré leurs louables efforts. Quant aux taxis « classiques », ils sont chers, pas très propres, surtaxés, entre les mains de mafias, avec des chauffeurs mal rémunérés et pas toujours à la hauteur. Aussi, il n’est pas surprenant que le marché du transport des personnes soit à la merci de bouleversements. Alors ?

 

Eh, eh ! Uber est arrivé ! Sans se presser ! De Californie et a cherché à tout chambouler ! Uber, qu’est-ce que c’est ? Avant tout une « appli » pour smartphones mise au point par cette transnationale, à laquelle toute personne peut souscrire si elle a son permis de conduire et une voiture.

 

Ainsi, l’application lui sert de centrale de taxis qui lui fournit un client pour une course payée au tarif fixé par Uber qui est évidemment non concurrentiel avec celui d’un taxi ordinaire. Le chauffeur lui verse 30 % de sa recette. C’est ce qu’on appelle un système d’économie « partagée ».

 

En réalité, Uber fait travailler ses « chauffeurs » en toute illégalité, en infraction avec la loi sur le transport des personnes, sans aucune assurance pour le transport de personnes, ni protection sociale. La recette n’est pas assujettie à la TVA et le chauffeur comme Uber ne paient aucun impôt.

 

Pour Uber, l’opération financière est gagnante à tous les coups : pas de charges, pas d’investissements, bénéfice net assuré par la vente de son application et le pourcentage sur les recettes des chauffeurs. Pour le chauffeur, une rémunération en « noir », tous les risques à sa charge et à la merci du moindre anicroche. Curieux partage !

 

Et nos politiciens ultralibéraux s’enthousiasment de cette « innovation ». Enfin de la souplesse dans les transports ! Lors d’un débat télévisé à la RTBF au sujet d’Uber, le très néolibéral échevin d’Uccle Boris Dilliès, professeur à l’European communication school – une école privée multinationale – et député bruxellois n’a rien trouvé de mieux d’affirmer qu’Uber était très utile à des étudiants ivres en fin de guindaille incapables de se payer un taxi ordinaire pour retourner cuver chez papa et maman ! C’est sans conteste un argument massue pour admettre les pratiques d’Uber !

 

Borsi Dilliès le très néolibéral jeune "espoir" des libéraux bruxellois...

Borsi Dilliès le très néolibéral jeune "espoir" des libéraux bruxellois...

 

Et voilà comment on bâtit l’économie de demain. Voilà les « réformes » qu’on veut nous imposer !

 

Non, au vu de ces deux exemples – le drame des producteurs de lait et l’escroquerie Uber - la question de l’économie ne se réduit pas aux marges des différents acteurs et au prix le plus bas pour le consommateur. C’est une vue à court terme.

 

Comme il est aisé aux tenants du marché libre, à ceux qui détiennent le pouvoir absolu de l’argent de considérer l’être humain comme une unité quantifiable que l’on peut manier à sa guise. Ce réductionnisme, sans qu’ils s’en aperçoivent, qui, aujourd’hui, est l’instrument de leur pouvoir aussi absolu qu’éphémère, laissera la place à une réelle intelligence des choses. Alors, il sera trop tard pour eux.

 

L’économie, en effet, est dans sa réalité historique comme quotidienne une science humaine tenant compte de la complexité des êtres humains de quelque classe, de quelque peuple, de quelque sexe. C’est par cette voie et cette voie seulement, qu’elle peut apporter sa pierre à la connaissance de l’homme et ainsi contribuer à sa destinée.

 

 

Pierre Verhas

 

 

PS. On en sait un peu plus sur l’éviction de Paul Jorion. Le recteur de la VUB a reconnu que jamais son université n’avait pris une mesure aussi dure à l’égard d’un membre du corps académique. Il a réitéré les motifs du licenciement invoquant un prétendu refus de l’intéressé de se plier à la déontologie. Curieux tout de même que l’on s’en aperçoive juste à la veille de la rentrée universitaire !

 

Tout cela renforce l’hypothèse d’un limogeage idéologique. Les néolibéraux n’ont rien à envier des staliniens d’antan.

 

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 22:08

 

Le 11 septembre est décidément une date propice au totalitarisme ultralibéral. 1973, la dictature de Pinochet qui a fait du Chili le laboratoire de l’économie dite de l’offre, 2001, les attentats qui ont permis de déclencher un état de guerre permanent au Moyen Orient dans le plus grand intérêt du complexe militaro-industriel qui est un des principaux lobbies économique et financier dans le monde.

 

Sans doute, ce 11 septembre 2015 signifie pour l’anthropologue belge spécialiste de la finance et analyste indépendant, la fin de sa carrière académique. Paul Jorion est démuni de sa charge professorale à la VUB (l’Université Libre de Bruxelles du rôle linguistique flamand Vrij Universiteit Brussel) parce que son influence de plus en plus grande dans les médias, au niveau du public et même des milieux académiques, commençait à gêner les tenants de la pensée unique derrière lesquels se cachent les grands lobbies financiers.

 

Paul Jorion empêché de s'exprimer par la police de la pensée économique "orthodoxe"

Paul Jorion empêché de s'exprimer par la police de la pensée économique "orthodoxe"

 

En effet, selon l’hebdo financier Trends Tendance : « Paul Jorion a reçu son préavis voici quelques jours. "Trois reproches me sont faits, explique-t-il. Le premier est que je ne parle pas l'anglais correctement. J'ai vécu 23 ans en Angleterre et enseigné à l'université de Cambridge. On ne m'a jamais dit que mon anglais n'était pas correct. Le deuxième est que les étudiants qui travaillent sont laissés à l'abandon. Ils ont pourtant accès aux vidéos et aux résumés de mes cours. Le troisième, ce sont les plaintes incessantes des étudiants. Pourtant, sur trois années, je n'ai pas eu connaissance d'une plainte d'un étudiant."

 

A moins qu'il s'agisse de plaintes « suggérées », procédé typique de la police de la pensée...

 

Pour Paul Jorion ces motifs sont "fantaisistes" et la véritable cause est à chercher ailleurs. "On ne vous dit pas: on n'aime pas la manière dont vous parlez d'économie". Mais pour l'anthropologue et ancien trader belge, c'est bien de cela qu'il s'agit. »

 

Paul Jorion était titulaire de la chaire «Stewardship of Finance» à la VUB. Il fait partie du Haut comité pour l’avenir du secteur financier belge ainsi que du Groupe de réflexion sur l’économie positive dirigé par le Français Jacques Attali, selon son curriculum sur son site. Il a enseigné aux universités de Cambridge, Paris VIII et à l’Université de Californie à Irvine. Il a également été fonctionnaire des Nations-Unies (FAO), participant à des projets de développement en Afrique. Paul Jorion a travaillé de 1998 à 2007 dans le milieu bancaire américain en tant que spécialiste de la formation des prix. Il avait préalablement été trader sur le marché des futures dans une banque française et est l’auteur de nombreux ouvrages. Il est en outre chroniqueur au « Monde » et à « l’Echo ».

 

Il s’explique dans cette vidéo. Et les conséquences sont sérieuses pour lui : non seulement il est écarté sur le plan professionnel, mais ses moyens étant réduits, il ne pourra plus s’exprimer comme avant.

 

Cela dure onze minutes, mais cela vaut la peine d'écouter jusqu'au bout.

 

Paul Jorion n’enseignait l’économie non dans une faculté de science économique, mais à la faculté de droit de la VUB. Pour expliquer son licenciement, il se réfère à un article de Laura Raim dans le Monde diplomatique du mois de juillet 2015, intitulé : « Police de la pensée économique à l’Université ». Il n’hésite pas à dire que ce n’est plus de la science que l’on enseigne en la matière, mais on diffuse de la propagande sous le couvert de formules mathématiques dont on assomme les étudiants afin qu’ils ne puissent exercer leur esprit critique.

 

Pour Jorion, la véritable science économique est l’économie politique liée à l’histoire de l’économie et non cette économie mathématique réductrice et basée sur les dogmes du néolibéralisme, comme, par exemple, le « pouvoir autorégulateur » du marché mieux connu sous le nom de « main invisible » d’Adam Smith, ou encore la « rationalité » de l’individu face au marché, rejetant ainsi toute structure sociale.

 

Laura Raim qui parle surtout de la situation française, mais qui est similaire à celle d'autres pays européens dont la Belgique, dont, comme on vient de le voir, la Belgique, explique :

 

Laura Raim : une économiste française « hétérodoxe » qui ne craint pas d'affronter la pensée unique.

Laura Raim : une économiste française « hétérodoxe » qui ne craint pas d'affronter la pensée unique.

 

« Les représentations et préconisations des économistes exercent une forte influence sur les politiques publiques. Or, depuis une vingtaine d’années, les chercheurs hétérodoxes, c’est-à-dire tous ceux qui ne souscrivent pas à l’école néoclassique, soit à peu près un tiers des économistes français, sont exclus des positions-clés de la profession. S’ils parviennent encore à se faire recruter comme maîtres de conférences, le courant majoritaire leur verrouille l’accès au grade supérieur de professeur des universités. (…)

 

Comment en est-on arrivé là ? L’école néoclassique monte en puissance depuis l’avènement de l’économie moderne, à la fin du XIXe siècle, puis reflue dans les années 1930. L’approche de John Maynard Keynes, qui tire les leçons de la Grande Dépression en conférant à l’Etat un rôle central, s’impose alors comme nouvelle orthodoxie économique des politiques publiques. Lorsque le keynésianisme atteint à son tour ses limites face au contexte de stagflation (faible croissance et forte inflation), à la fin des années 1960, la théorie néoclassique revient en force avec les monétaristes et le courant des anticipations rationnelles.

 

Les hétérodoxes actuels émergent au même moment, en opposition à cette résurrection du paradigme néoclassique. Marxistes, postkeynésiens, régulationnistes et conventionnalistes ont en commun d’inscrire leur discipline dans le champ des sciences sociales et de porter une attention particulière aux aspects historiques, juridiques et politiques du fonctionnement de l’économie. Cherchant à décrire la société telle qu’elle existe vraiment, ils s’opposent à une représentation mécaniste et individualiste dans laquelle des agents mus par une rationalité instrumentale interagissent dans des multitudes de marchés.

 

Intégrant au fur et à mesure les critiques hétérodoxes, la théorie néoclassique se polit, admettant que l’information peut être asymétrique et la concurrence imparfaite... Reste que « les néoclassiques ne se sont pas imposés par la force ou la justesse de leurs idées, mais par des stratégies de colonisation institutionnelle », insiste Sophie Jallais, maîtresse de conférence à Paris-I. Dans la plupart des disciplines, pour être recrutés comme maîtres de conférences ou comme professeurs, les candidats doivent être « qualifiés » par le CNU, avant d’être sélectionnés par les « commissions de spécialistes » de chaque université. Mais, jusqu’à l’année dernière, la section d’économie dérogeait à ce principe pour le recrutement des professeurs, qui passait principalement par le concours d’agrégation du supérieur. (…)

 

La situation française reflète ce qui se passe ailleurs. Les universités anglo-saxonnes ne recrutent plus que des professeurs néoclassiques, susceptibles de publier dans les revues bien cotées. Au Royaume-Uni, par exemple, l’ancien bastion keynésien de Cambridge s’est progressivement vidé de tous ses professeurs hétérodoxes. « Le grand épistémologue et historien de la pensée économique Tony Lawson n’a plus le droit de donner des cours d’économie ; il est obligé de donner des cours d’économétrie et de mathématiques », raconte Dany Lang, maître de conférences à Paris-XIII. Après la crise, à l’université de Kingston, quelques postkeynésiens ont essayé de développer un master critique. Ils ont notamment recruté Steve Keen, qui s’était fait renvoyer de sa faculté en Australie alors qu’il était l’un des seuls à avoir anticipé la crise des subprime. Aux Etats-Unis, mis à part à la New School de New York, « l’hétérodoxie a été décimée partout. Il ne reste plus que des postkeynésiens isolés, éparpillés et trouvant souvent refuge dans les facultés de sciences sociales, les business schools ou dans les premiers cycles des petites universités publiques », constate l’économiste américain James Galbraith. (…)

 

Le retour en vogue de Keynes et de Karl Marx que l’on observe dans la presse et dans l’édition n’atteint pourtant pas le monde de la recherche, imperméable à toute remise en cause. Dans sa missive, Tirole s’enorgueillit des « centres d’excellence en économie qui ont émergé en France ces trois dernières décennies » et qui « forment aujourd’hui des économistes que les régulateurs, organismes internationaux et entreprises s’arrachent ». Le fait que ces « centres d’excellence » n’aient pas produit des économistes critiques, susceptibles d’alerter sur les dangers de la financiarisation, ne l’effleure manifestement pas. Droit dans ses bottes, il continue de mépriser souverainement les courants minoritaires, parlant d’eux comme d’un « ensemble hétéroclite en difficulté avec les normes d’évaluation internationalement reconnues », et les rappelle à l’ordre : « Chercher à se soustraire à ce jugement [des pairs] promeut le relativisme des connaissances, antichambre de l’obscurantisme. »

 

Donc nous nous trouvons en matière d’enseignement de l’économie devant

 

1) Un refus d’inscrire l’enseignement de l’économie dans le contexte des sciences sociales et de porter attention aux aspects historiques, juridiques et politiques du fonctionnement de l’économie.

Celle-ci devient une sorte de religion absolue se trouvant au-dessus des hommes et refusant la moindre objection, le moindre regard critique.

 

2) On assiste à une colonisation institutionnelle de l’université qui impose l’économie orthodoxe et rejette toute critique keynésienne et bien entendu, marxiste. Elle empêche ainsi aux économistes hétérodoxes de s’exprimer et encore plus d’enseigner.

 

C’est la police de la pensée au service du Big Brother ultralibéral qu’on a affublé du visage cireux d’Adam Smith.

 

Et il est de notre devoir de permettre à Paul Jorion de pouvoir continuer à diffuser ses idées et sa pensée comme avant.

 

Oui, nous sommes vraiment le 11 septembre.

 

 

 

Pierre Verhas

 

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 14:40

 

Les médias s’en donnent à cœur joie dans la dramatisation et dans l’exagération sur l’afflux vers l’Europe de réfugiés en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient.

 

L’émotion a été à son comble avec la diffusion dans les médias du monde entier de la photographie du cadavre du petit Aylan mort noyé au large de l’île de Kos. Aubaine pour tous les donneurs de leçons et les distributeurs de larmes de crocodile qui s’en sont donnés à cœur joie. Heureusement qu’il y a eu en France un Michel Onfray, un Pascal Bruckner et en Belgique, un Guy Haarscher pour appeler au calme et pour nous mettre en garde sur « la dictature de l’émotion ».

 

Comme l’écrit Henri Goldman sur son blog : « Ni l’émotion compassionnelle ni la démagogie populiste qui se partagent alternativement les faveurs de la parole publique ne nous y aident. »

 

En plus, les médias nous montrent avec complaisance le chaos à travers l’Europe. La Hongrie, bien connue pour être une « démocratie » exemplaire, construit un « mur » de barbelés à sa frontière avec la Serbie, mais les réfugiés réussissent malgré tout à passer et les Hongrois sont bien obligés de les entasser dans des trains et des cars pour qu’ils aillent se faire voir un peu plus à l’Ouest. Et, pour bien montrer l’hospitalité des fachos de Hongrie, une « journaliste » n’a rien trouvé de mieux que de faire des croche-pieds à des réfugiés ou de leur taper dessus !

 

Il est important de souligner que tous les Hongrois ne sont pas derrière le Premier ministre Viktor Orban. Mais, on ne pet que constater la passivité des "autorités" européennes !

Il est important de souligner que tous les Hongrois ne sont pas derrière le Premier ministre Viktor Orban. Mais, on ne pet que constater la passivité des "autorités" européennes !

 

Les sauveteurs italiens le long de la côte libyenne ne savent plus où donner du gilet de sauvetage, mais on oublie que si quelques dizaines de candidats à l’exil meurent noyés dans des conditions atroces, des centaines passent. Certains arrivent à Calais rêvant au paradis de la perfide Albion. Les Français et les Anglais ne savent que faire avec ces quelques centaines de réfugiés bien décidés à franchir le « chunnel » coûte que coûte. C’est la politique du rejet et rien d’autre !

 

Il faut saluer les marins italiens qui n'épargnent pas leurs efforts pour sauver les réfugiés voués à une mort certaine sur leurs frêles esquifs.

Il faut saluer les marins italiens qui n'épargnent pas leurs efforts pour sauver les réfugiés voués à une mort certaine sur leurs frêles esquifs.

 

 

L’affolement est général, particulièrement en Belgique.

 

Un facho plus « humaniste » que des socialos !

 

Il y a un mois, le bourgmestre PS de Tournai rejetait l’éventualité de loger 400 réfugiés dans une caserne désaffectée sous prétexte que leur nombre était susceptible de rompre l’harmonieux équilibre dans sa belle ville. Le bon vieux seuil de tolérance, quoi ! Et le ministre Demotte tout aussi PS, bourgmestre « empêché » de la même ville, en ajoute une couche. Et, qui a décidé de réquisitionner cette caserne pour loger des réfugiés ? Le ministre nationaliste flamand Théo Francken, notoire sympathisant néo-nazi chargé de l’accueil des étrangers au sein du gouvernement belge ! Voilà donc un crypto-facho qui passe pour être un « humaniste » par rapport à des « socialistes » bien « démocrates » réagissant comme de frileux racistes ! Erreur de communication, dira Demotte ! Ben voyons !

 

 

Rudy Demotte peine à se justifier sur sa curieuse position en matière d'accueil des réfugiés.

Rudy Demotte peine à se justifier sur sa curieuse position en matière d'accueil des réfugiés.

 

Le bordel à Bruxelles

 

Arrivés dans notre belle capitale de l’Europe, les réfugiés se trouvent confrontés à une administration débordée qui n’a pas les moyens de traiter plus de 250 dossiers par jour alors qu’il arrive quotidiennement quelque 500 réfugiés… Résultat sans doute de l’austérité et des privatisations, mais aussi de l’inertie des politiques, les services publics ne peuvent que désormais afficher leur impuissance.

 

Il y a aussi des élans de générosité à l’égard des réfugiés, savamment entretenus par les mêmes médias, au point que les (vrais) bénévoles responsables sont obligés de crier : N’en donnez plus ! Nous avons beaucoup trop ! Et, en plus, des petits malins volent dans tout ce fourbi les vêtements et les couvertures pour les revendre un peu plus loin aux… mêmes réfugiés !

 

 

D'innombrables lots de vêtements, de couvertures et d'objets divers destinés aux réfugiés provenant de la générosité des "simples" citoyens.

D'innombrables lots de vêtements, de couvertures et d'objets divers destinés aux réfugiés provenant de la générosité des "simples" citoyens.

 

Le comble : comme les réfugiés doivent attendre que l’administration de l’Office des étrangers daigne traiter leurs dossiers, ils campent dans le Parc Maximilien qui se trouve en face. Dare-dare, le très « humaniste » secrétaire d’Etat Francken fait aménager dans des plateaux de bureaux vides du WTC qui se trouve à proximité, quelque 500 lits de camp. Seuls deux dizaines de réfugiés en ont profité. Les autres préfèrent camper en assurant ainsi un minimum d’intimité à leur famille. Et notre « bon Samaritain » de Francken pique sa colère : « Je ne vais quand-même pas leur payer l’hôtel ! ».

Le secrétaire d'Etat à l'immigration, le nationaliste flamand et sympathisant néo-nazi Théo Francken n'a pas attendu pour montrer son vrai visage.

Le secrétaire d'Etat à l'immigration, le nationaliste flamand et sympathisant néo-nazi Théo Francken n'a pas attendu pour montrer son vrai visage.

 

C’est curieux que les millions de réfugiés en Jordanie logent dans des camps où l’on a pu aménager dans les tentes des séparations qui assurent ce minimum d’intimité. Des cloisons, cela ne peut être monté sur les plateaux vides du WTC de Bruxelles en y ajoutant les indispensables sanitaires ?

 

C’est curieux aussi que dans le Parc Maximilien où campent les réfugiés, les ONG ont installé des sanitaires, distribuent des repas chauds, des médecins de Médecins du monde s’occupent d’examiner et de soigner les réfugiés. Toutes ces tâches sont, en principe, du ressort de l’Etat qui est « curieusement » évanescent en l’occurrence. Et cela ne peut pas durer. Si nous vivons une belle arrière-saison, le froid et la pluie viendront sous peu. Alors, il faudra trouver une solution, car cela urge !

 

A proximité du Parc Maximilien se trouvent les tours du WTC où il y a plusieurs plateaux vides. L'Etat et la Croix Rouge y ont mis 500 lits de camp que refusent les réfugiés : il n'y a ni cloison, ni sanitaire. Est-ce ainsi qu'on accueille des femmes, des hommes et des enfants en détresse ?

A proximité du Parc Maximilien se trouvent les tours du WTC où il y a plusieurs plateaux vides. L'Etat et la Croix Rouge y ont mis 500 lits de camp que refusent les réfugiés : il n'y a ni cloison, ni sanitaire. Est-ce ainsi qu'on accueille des femmes, des hommes et des enfants en détresse ?

 

En clair : c’est le bordel !

 

Ce n’est pas le « Camp des saints » !

 

Alors, on se calme ! S’il y a un afflux massif de réfugiés, ce n’est pas le « Camp des saints » comme certains l’ont laissé entendre.

 

Quelle est la réalité ? Et d’abord, entendons-nous sur les mots ! Ce mot de « migrant » qui est utilisé à tout bout de champ est inadéquat et on peut se demander si cet usage n’est pas volontaire.

 

L‘écrivain Eric-Emmanuel Schmitt a posé récemment cette question :

 

« L'avez-vous remarqué ? On ne parle plus d'émigrés ni d'immigrants mais de migrants.

 

Cette amputation des termes me semble lourde de sous-entendus inquiétants... Lorsqu'on évoque un émigré, on le caractérise par le lieu d'où il vient. Lorsqu'on désigne un immigré, on affirme qu'il est d'ici, même s'il vit le jour ailleurs. En revanche, de par son nom, le migrant vient de nulle part et ne va nulle part, sans origine et sans destination, dépourvu de terre de racines et d'espace d'accueil, comme s'il était destiné à errer sans jamais trouver un port où s'arrêter. Nomade forcé et éternel.

 

Ce mot "migrant" est une condamnation.

 

Qui peut se permettre de décider des sorts ? Qui peut s'estimer légitimement propriétaire de la planète ? Lorsqu'on dit "migrant", on dit "circulez, votre place n'est ni ici ni ailleurs ! « Ma seule façon d'accepter ce mot consiste à inventer un autre sens implicite : nous sommes tous des migrants, fils et filles de migrants, voyageurs provisoires sur cette terre qui nous a précédés et qui nous survivra. »

 

Eric-Emmanuel Schmitt aime bien donner leur vrai sens aux mots.

Eric-Emmanuel Schmitt aime bien donner leur vrai sens aux mots.

 

 

Il y a essentiellement deux catégories de personnes venant demander l’asile : les réfugiés et les migrants économiques. On crée – volontairement – la confusion entre les deux. On rejoue à la limite le vieux sketch du douanier de Fernand Reynaud : « Les étrangers qui mangent le pain des Français. » Des formations politiques de toutes sortes entretiennent la peur et la xénophobie qui couve dans la population.

 

Ce célèbre sketch de Fernand Reynaud est une fameuse leçon qu'il faut toujours apprendre !

 

Tout le monde – du moins dans la partie occidentale de l’Europe – semble s’accorder sur l’aide aux réfugiés qui est d’ailleurs réglementée aussi bien par des lois nationales que par le droit international. Par contre, il y a une réelle hostilité à l’égard des migrants économiques.

 

Les choses ne sont évidemment pas aussi simples, d’autant plus qu’il y a des appréhensions contradictoires de la question de la part de différentes catégories sociales.

 

Les classes moyennes élevées sont en général favorables à l’accueil des réfugiés et même, dans une certaine mesure, des migrants économiques au contraire des classes populaires où les rapports avec les populations allochtones, surtout dans les villes, sont déjà très tendus.

 

Les réfugiés, cela peut rapporter gros !

 

Il faut aussi noter l’attitude des patronats allemand et belge. Ils préconisent avec enthousiasme l’accueil des réfugiés et des migrants, car ils y voient un important réservoir de main d’œuvre étant donné le vieillissement de la population dans les deux pays.

 

Dans une carte blanche au Figaro du 4 septembre, le philosophe français, Pascal Bruckner écrivait :

 

« Nous assistons à la superposition d’un double langage très troublant, celui-ci.

 

L’exhortation morale : « accueillez votre prochain » et celui d’un calcul d’épicier : « ça peut rapporter gros ». »

 

C’est incontestablement ce qu’il se passe. Les médias, le monde associatif, les églises se mobilisent pour accueillir ce qu’on s’obstine à appeler les « migrants ». Très bien ! Ils se substituent aux carences de la puissance publique et aux tergiversations dans le microcosme politique. C’est une pression pour une autre vision des choses prenant en compte à la fois le caractère humain et la prise de décision politique à long terme.

 

Mais, Pascal Bruckner ajoute :

 

« On nous fait la promotion d’un altruisme payant, un retour sur générosité, comme il y a un retour sur investissement, alors que l’obligation des leaders européens est de nous dire la vérité, si déplaisante soi-elle.

 

Faute d’intervenir sur l’histoire, l’Europe se contente du rôle de l’infirmière. »

 

Le philosophe français Pascal Bruckner jette une goutte de lucidité sur cet océan d'illusions et de tromperies.

Le philosophe français Pascal Bruckner jette une goutte de lucidité sur cet océan d'illusions et de tromperies.

 

Trois vérités déplaisantes

 

Quelles sont donc ces vérités déplaisantes ?

 

La première : qui a provoqué cette crise des réfugiés et de la migration économique ? C’est précisément la désastreuse et criminelle politique « étrangère » de l’Union européenne, particulièrement de la France, et des Etats-Unis. La complicité entre la gauche sociale libérale et les néoconservateurs américains a engendré cette catastrophe. L’intervention en Irak depuis 1990 et celle en Afghanistan et dans le même Irak après le 11 septembre ont complètement bouleversé le fragile équilibre issu des calamiteux accords Sike Picot de 1916. Le rêve chimérique du « grand Moyen Orient » de Bush où tout serait apaisé et où les grandes compagnies pétrolières pourraient exploiter les hydrocarbures en toute sérénité dans des Etats croupions dirigés par des chefs de tribus corrompus, s’est effondré dans le sang.

 

« Uranopole » va encore se faire traiter de gauchiste, mais cette analyse du journal en ligne « initiative communiste » - organe du PRCF, une dissidence du PCF – parue sur le site « Le Grand soir », est plus que pertinente :

 

« La guerre en Syrie n’est pas un phénomène surnaturel. Cette guerre, comme toutes les guerres, a des causes. La principale est la volonté de puissance et de domination de l’impérialisme américain et européen. Briser les gouvernements, non parce qu’ils ne sont pas assez démocratiques ou trop corrompus, non, sinon nos meilleurs amis de l’Arabie Saoudite ou du Qatar seraient depuis longtemps vitrifiés par nos bombardements humanitaires. Non, l’impérialisme détruit les gouvernements qui ne sont pas suffisamment serviles devant sa volonté, devant son pillage, devant ses ordres.

 

Assad, Hussein ou Kadhafi ne sont pas ou n’étaient ni révolutionnaires, ni démocrates, ni incorruptibles. Mais, à un moment, ils eurent des velléités d’indépendance et de dignité. Cela suffit. Car décidément, non, ce ne sont pas les armes chimiques ou les menaces imaginaires (même Rony Brauman le dit !) contre Benghazi qui ont signé l’arrêt de mort de l’Irakien et du Libyen. De ce point de vue qui pourrait donner des leçons ? Les gouvernements étasuniens qui ont versé des tonnes de napalm et d’agent orange (fabriqué par Monsanto et Dow Chemical) des montagnes de Grèce, aux plaines de Corée et aux rizières du Vietnam....(…)

 

Et qui sont nos amis dans le Proche-Orient ? Les décapiteurs de Ryad, les massacreurs de Bahreïn, les fournisseurs d’argent et d’armes des terroristes du Qatar, le fascisant Erdogan en Turquie ? A qui Hollande livre-t-il des armes en Syrie ? Ce n’est pas aux défenseurs de Kobané, de Damas ou de Palmyre. En revanche il vend des armes à ceux, Arabie Saoudite en tête, qui mettent à feu et à sang le Yémen !

 

Bref l’impérialisme sème les guerres et la mort aux quatre coins de l’univers, divise pour mieux régner, fomente des contre-révolutions, soutient les nazis, soutient Ben-Laden avant de le lâcher, soutient les rebelles syriens et libyens avant de « s’apercevoir » que ce sont des « terroristes », sème la terreur et inonde les cerveaux du monde d’une propagande inouïe dotée de moyens colossaux. »

 

Une objection cependant : on n’a jamais réfléchi sérieusement à une alternative à Hussein, Khadafi et Assad. Evidemment, c'était l'intérêt de l'Occident à l'époque et, comme on n’a aucune politique et qu’on ne connaît rien à la réalité du terrain.

 

La seconde : l’attitude du patronat qui voit une formidable opportunité dans l’afflux de ces réfugiés et de ces migrants.

 

En effet, il s’agit d’un réservoir de main d’œuvre inespéré. Ces réfugiés dont beaucoup sont des travailleurs qualifiés vont être accueillis à bras ouverts par les entreprises. Quelle aubaine ! Ils accepteront toutes les formes de flexibilité et les bas salaires. Ils permettront ainsi de pratiquer en toute légalité le dumping social au détriment des travailleurs en Europe. C’est un « Bolkestein » à l’échelle mondiale qui s’offre ainsi aux employeurs !

 

Cela est extrêmement dangereux et les organisations syndicales devraient dès à présent et d’urgence se pencher sur ce problème. C’est la porte ouverte à tous les abus. Les conséquences sociales risquent d’être catastrophiques pour l’ensemble des travailleurs européens et avoir pour conséquence la disparition du régime de concertation sociale.

 

Ensuite, cette discrimination volontairement établie par le patronat entre les travailleurs réfugiés ou migrants et les travailleurs « locaux » est aussi odieuse que dangereuse. Elle ne pourra que susciter l’affrontement et générer un racisme des plus dangereux qui ne peut que profiter à l’extrême-droite.

 

Henri Goldman écrit sur son blog (http://blogs.politique.eu.org/Qu-est-ce-qu-une-politique) :

 

« Sous cet angle, les sommes de plus en plus démentielles qui sont dépensées en dispositifs sophistiqués pour détecter et bloquer les migrants, que d’autres dispositifs finissent toujours par contourner, ne seraient-elles pas mieux utilisées pour financer un accueil digne de ce nom ? Et, à tout prendre, l’intérêt général ne commande-t-il pas d’élargir le marché du travail légal plutôt que de laisser le travail clandestin ronger petit à petit les fondations de notre État social ? Enfin, ne faut-il pas lucidement reconnaître que les flux migratoires, nourris par le flux d’une information mondialisée, ont déjà transformé le visage de nos villes devenues irrévocablement cosmopolites et que ce processus est destiné à s’amplifier ? »

 

Elargir le marché du travail légal ? Oui, mais dans la concertation avec les organisations syndicales. C’est le monde du travail qui a toujours manifesté de la solidarité qui doit décider et non un patronat avide de main d’œuvre à bon marché.

 

La troisième : les chiffres.

 

Ah oui ! On fait dire aux chiffres ce que l’on veut selon sa position. Pour les uns, on est face à une invasion qui va nous noyer et nous ôter à jamais notre chère identité, pour d’autres, il ne faut pas noircir le tableau. Nous sommes certes devant une situation exceptionnelle, mais, bon sang, ce ne sont pas les Huns qui mettent l’Europe à feu et à sang !

 

Qu’en est-il exactement ? Référons-nous aux chiffres. Dans un entretien publié par « l’Obs » de cette semaine entre Hubert Védrine, l’ancien ministre des affaires étrangères de Lionel Jospin, et l’Italien Massimo D'Alema, ancien dirigeant du Parti communiste italien, ancien ministre et actuel président du think tank Fondation européenne d’Etudes porgressistes (FEPS), les choses sont mises au point.

 

Massimo D'Alema est un des plus lucides au sein de la gauche européenne.

Massimo D'Alema est un des plus lucides au sein de la gauche européenne.

 

D'Alema observe qu’en Europe, l’immigration nette, c’est-à-dire le solde entre les arrivants et les partants, ne cesse de diminuer.

 

2011 : 700.000

2012 : 600.000

2013 : 539.000

 

En Europe, 33 millions d’habitants sont nés en dehors de l’Union européenne (soit 6,6 % du total de la population de l’UE), alors qu’au Canada, ils sont 20 %, en Suisse, 27 %, en Australie, 27 %.

 

En matière économique, en Italie, les immigrés représentent 11 % du PIB, ils paient 20 % des pensions de retraite.

 

Massimo D'Alema ajoute : « Dans le contexte démographique européen, sans les immigrés, l’Europe perdra 100 millions d’habitants dans les 60 prochaines années, et son système sociale ne sera plus soutenable. »

 

Alors, un seul mot d’ordre : revenons sur Terre et c’est l’occasion ou jamais de donner un sens à nos valeurs fondamentales !

 

 

Pierre Verhas

 

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 18:27

On y est en plein dedans ! Dans la martyrologie ! La tragique photo du petit Aylan a fait mille fois le tour du monde. Le drame d'Aylan devait éveiller les consciences occidentales endormies et on peut dire que les médias s'en sont donnés à coeur joie et qu'on a pleuré sur les plateaux de télé.

 

Mais, il y a aussi d'autres bébés, comme cet enfant mort sur une plage à Gaza suite à un bombardement israélien. Avez-vous entendu en parler ? Je ne crois pas. Silence des médias. Cela ne devait pas être le « bon » bébé...

 

Pourtant, ces deux gosses sont morts par la faute des mêmes criminels : ceux qui déclenchent et attisent des conflits sanglants dans ces régions du Moyen Orient pour préserver leurs sordides intérêts et pour imposer leur modèle de «choc des civilisations ». Aylan et le gosse de Gaza sont frères.

 

Tous deux sont frères.Tous deux sont frères.

Tous deux sont frères.

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article