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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 09:49

par Luciana Bohne

 

 

L’Etatsunienne Luciana Bohne est une critique de cinéma engagée. Elle est co-fondatrice de la revue Film-criticism et enseigne à l’Université Edinboro de Pennsylvanie.

 

Elle écrit de nombreux articles critiques et alternatifs sur la politique étrangère US et sur le néolibéralisme qui sont publiés entre autres par la revue en ligne Intrepid Report d’où vient cet article qui a été publié en français sur le site « Le Grand Soir », la traduction étant de Dominique Muselet.

 

Dans ce court article, Luciana Bohne se penche sur l’histoire qui bégaye à nouveau d’où resurgit le passé. Les réfugiés, le terrorisme, les nazis en Ukraine, la nostalgie de l’anticommunisme, le triomphe des idées de rejet, l’état d’urgence, la stratégie de la tension. Bref, le mal infeste à nouveau l’Europe et « il est porté par un vent ouest réactionnaire qui vient de centres situés des deux côtés de l’Atlantique ».

 

Les barbelés ferment à nouveau les frontières qui pourtant, ont été oubliées quelques années pour permettre à toutes et à tous d’aller et venir. A la poubelle les idéaux d’une Union qui se mue en tyrannie financière. Aux orties les grands principes : « Respecte l’étranger, aide-le, sa personne est sacrée. ». Au contraire, les insultes, les amalgames, les fausses accusations fusent : ceux que nous avions le devoir d’accueillir il y a encore quelques semaines, doivent maintenant dégager au plus vite.

 

L’état d’urgence en France et les niveaux d’alerte en Belgique consécutifs aux massacres de Paris ressemblent au « Décret d’habilitation » nazi de 1933 qui suspendait les libertés individuelles suite à l’incendie du Reichtag. Ne montez pas sur vos grands chevaux : c’est la même démarche ! L’état d’urgence décrété et qui sera sans doute prolongé pour devenir permanent, la déchéance de nationalité, la Convention européenne des Droits de l’Homme volontairement mise de côté sont les signes de la progressive mise en place d’un régime « fort ».

 

La montée du « populisme » ou plutôt d’un ersatz de fascisme tout aussi dangereux que l’original semble inéluctable. En France, la coalition des partis « républicains » a empêché que le Front national gouverne deux ou trois régions, mais il n’a jamais capitalisé autant de voix aux élections depuis sa naissance. En Belgique, nous l’avons écrit à plusieurs reprises, le parti nationaliste flamand impose à la fois des mesures ultralibérales et des restrictions de libertés. Il est également question d’encadrer le droit de grève. Au Danemark, le gouvernement conservateur à la merci d’une formation d’extrême-droite prend des mesures odieuses à l’égard des réfugiés rappelant la spoliation des biens des Juifs pendant la guerre. En Pologne et en Hongrie, les mesures contre les réfugiés constituent autant de violation des droits de l’Homme. En Espagne, le gouvernement conservateur Rajoy a pris de sévères mesures contre tout mouvement de contestation.

 

La raison de cette régression est double : la politique étrangère atlantique inspirée par les néo conservatisme et dont l’instrument est l’OTAN cherchant à garantir l’approvisionnement de l’Occident en hydrocarbures pour entretenir l’accumulation de richesses sans se soucier de la destruction de la nature ni du sang versé et aussi à juguler le seul adversaire potentiel : la Russie, quitte à nouer des alliances de circonstance avec la Turquie islamiste et les monarchies pétrolières du Golfe et indirectement avec les groupes terroristes ; en second lieu, tuer dans l’œuf tous les mouvements sociaux qui pourraient surgir par des mesures restrictives des libertés et de circulation, car la classe dirigeante a peur.

 

Et la cupidité et la peur l’ont toujours guidées.

 

Pierre Verhas

 

 

Thomas Mann et bien après, Albert Camus ont averti. Comme bien d'autres, ils ont prêché dans le désert.

Thomas Mann et bien après, Albert Camus ont averti. Comme bien d'autres, ils ont prêché dans le désert.

 

La barbarie gagne du terrain

 

Les rats infestés de la peste sont de retour dans une Europe frappée de stupeur opiacée

 

En Octobre de 1930, Thomas Mann lançait un « Appel à la raison » dans le Berliner Tageblatt :

 

« Cet état d’esprit fantastique, d’une humanité qui n’a plus d’idées, est compensé par une mise en scène politique grotesque, qui utilise les techniques de l’Armée du Salut : alléluias, tintements de cloche et la répétition de slogans monotones à la manière des derviches, jusqu’à ce que tout le monde ait l’écume à la bouche.

 

Le fanatisme se transforme en une source de salut, l’enthousiasme en extase épileptique . . . et le visage de la raison disparaît sous un voile. »

 

L’appel a échoué. Hitler est devenu chancelier en 1933 et, peu de temps après, l’incendie du Reichstag, il a fait passer un « Décret d’habilitation » qui suspendait les libertés individuelles, la liberté d’opinion, y compris la liberté de la presse, la liberté d’organiser des rassemblements et de se rassembler, la confidentialité des communications postales, télégraphiques et téléphoniques. Bien que soumis à des perquisitions, des restrictions sur la propriété et des confiscations, les Allemands se sentaient libres tant qu’ils se comportaient comme de « bons Allemands » et obéissaient à la loi.

 

On dirait qu’en Europe, on est revenu aux années 1930, bien que les « idéologies » soient censées avoir disparu avec la chute de l’Union soviétique. Heureusement, le parti de droite radicale de Marine Le Pen, le Front National, vient de perdre les élections régionales en France, mais on n’a pas coupé à la « crise d’épilepsie » des médias sur son éventuelle victoire. Et la France est toujours maintenue dans « l’état d’urgence » instauré par le gouvernement socialiste après les attaques sur Paris.

 

L’Europe d’aujourd’hui me rappelle la ville du roman d’Albert Camus, La Peste (1947). Dans le roman, l’Oran des années 1940, à l’époque de la colonisation française de l’Algérie, était dépeinte comme une ville commerçante, sans arbres, ni jardins, ni pigeons, où les fleurs importées d’ailleurs annonçaient la venue du printemps. Une ville artificielle avec une vie artificielle et une conscience inerte. Dans un premier temps, les colons industrieux d’Oran ont refusé de voir roder les rats infestés de la peste dont les corps s’entassaient à la périphérie de la ville. « Ils se croyaient libres [mais] personne ne sera jamais libre tant qu’il y aura des fléaux ». La Peste offre la meilleure métaphore possible d’un mal sournois soigneusement ignoré.

 

Aujourd’hui, les rats infestés de la peste sont de retour en Europe. L’Ukraine est en proie à un délire convulsif de retour en arrière historique. Le 14 octobre, elle a célébré la première Journée des défenseurs, une fête nationale légalement créée par le Parlement ukrainien. La date est importante, car c’est ce jour-là que l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) a été créée, il y a soixante-trois ans. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’UPA a collaboré avec les nazis en leur fournissant une division SS de volontaires, la SS-Freiwilligen-Division « Galizien », l’infâme Division de Galicie.

 

Que se passerait-il si un de nos dignes alliés de l’OTAN en d’Europe – l’Allemagne, par exemple – instituait, de la même manière, un Jour des défenseurs de la patrie, en l’honneur de la Schutzstaffel (la SS), « l’escadron de protection » paramilitaire ou « le corps de défense » de l’armée de la mort industrielle de Heinrich Himmler, condamnée à Nuremberg comme organisation criminelle en même temps que le parti nazi et ses élites ? Israël s’accorderait-il une pause dans son dernier épisode de folie meurtrière pour évoquer à juste titre la colère des fantômes de la Shoah ? Les États-Unis, très sensibilisés à l’Holocauste, feraient-ils entendre leur voix indignée pour dénoncer la profanation du sacrifice de la Génération la plus Glorieuse ? Les membres de l’Union européenne, lauréats du prix Nobel de la paix, arrêteraient-ils la construction frénétique de murs destinés à endiguer le raz de marée de réfugiés, et verseraient-ils de larmes de repentir en criant « Jamais plus ! » ?

 

Peut-être pas. Si l’on en juge par le silence des médias et des officiels sur la bouffonnerie ukrainienne, il semble que le retour du fascisme ne provoque même pas un froncement de sourcil. Après tout, « la Russie n’a-t-elle pas envahi l’Ukraine » ? Comment les néo-nazis pourraient-ils circuler dans le pays alors qu’il est soi-disant rempli de soldats russes, déterminés à restaurer « l’empire soviétique de Poutine » ?

 

La nostalgie de l’anticommunisme ajoute un élément surréaliste à l’acceptation tacite des réveils fascistes. On ne peut tout simplement pas se déchaîner contre les nazis lorsqu’une épouvantable menace soviétique imaginaire se profile à nouveau aux frontières de l’OTAN. Comme les sables mouvants, ces frontières se déplacent de plus en plus inexorablement vers l’est pour encercler la Russie, de sorte que la carte de l’Europe de l’OTAN d’aujourd’hui ressemble à s’y méprendre à celle de l’Europe sous l’occupation nazie en 1941, quand Hitler a lancé sa maudite invasion Barbarossa de l’Union soviétique en juin.

 

Le défilé à Kiev du Jour des défenseurs ne comptait que 3 500 participants, membres des partis Svoboda et Secteur droit, du Congrès des nationalistes ukrainiens et de l’infâme bataillon Azov. Le politicien le plus important présent à l’événement était Oleh Tyahnybok, une personnalité d’extrême-droite qui, en avril 2005, a écrit au président Iouchtchenko, pour demander une enquête parlementaire sur « les activités criminelles de la communauté juive en Ukraine. » Il a parlé en ces termes des collaborateurs UPA nazis :

 

Ils n’avaient pas peur et nous ne devrions pas avoir peur. Ils ont accroché leurs armes automatiques à leurs cous et sont partis dans les bois, et se sont battus contre les Moscovites, les Allemands, les Juifs et d’autres racailles qui voulaient nous prendre notre Etat ukrainien.

 

C’est la vérité. L’UPA et ses suzerains nazis ont réellement délivré l’Ukraine d’une quantité considérable de « racailles » : ils ont tué trois millions de non-juifs ukrainiens et d’autres nationalités et un million de Juifs ; ils ont déporté 2,3 millions d’Ukrainiens vers les camps de travail allemands. Si l’Armée rouge n’avait pas remporté la victoire, les nazis auraient sans doute exterminé 65% des 23,2 millions d’Ukrainiens et germanisé ou réduit à l’esclavage les 35% restants, comme ils l’avaient programmé.

 

Partout ailleurs en Europe, l’ennemi intérieur officiel – une composante essentielle de la foi fasciste – a été remis au goût du jour en passant du « Juif » ou du « communiste » au « musulman ».

 

L’ancien Premier ministre de la Pologne, Jaroslaw Kaczynski, l’éminence grise du parti Droit et Justice, a utilisé des mots qui font écho à la propagande nazie lorsqu’il a dit que les réfugiés musulmans apportaient « le choléra dans les îles grecques, la dysenterie à Vienne et divers types de parasites au reste de l’Europe ». Russophobe, violemment nationaliste, le parti Droit et Justice a remporté les élections et tient maintenant la barre en Pologne. En Hongrie, Viktor Orban est au pouvoir depuis 2010 et y restera jusqu’en 2018. Sa seule opposition est le mouvement Jobbik néo-nazi, mais sa xénophobie est typiquement fasciste. Il a dit ouvertement qu’il n’y a pas de place en Hongrie pour les musulmans et que lui, en tant que chrétien, devait défendre les frontières de l’Europe contre une invasion musulmane. Orban est très populaire, les deux tiers des électeurs le soutiennent. En Allemagne, un porte-parole du parti des Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident (PEGIDA), a lancé un appel voilé à renouer avec la politique des camps de concentration.

 

Comme dans le roman de Mann, Mario et le magicien (1929), Le « mal » a atteint, à nouveau, en Europe, un degré de perversité qui hypnotise et envoute. Il est porté par un vent ouest réactionnaire qui vient de centres situés des deux côtés de l’Atlantique.

 

Ce vent-là engendre un état de stupeur opiacée et une complicité passive avec les magiciens démagogues, en exploitant et détournant les peurs, les désirs et les frustrations des masses. Ce qui aujourd’hui se rapproche le plus du plus tortueux, du plus envoutant des manipulateurs, le Cavaliere Cipolla, le magicien boiteux de Mann, ce sont les médias occidentaux.

 

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Published by pierre verhas
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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 12:38

 

Un architecte belge, Vincent Callebaut né en 1977, originaire du Borinage, invente des villes végétales répondant ainsi aux objectifs écologiques imposés par le dérèglement climatique.

 

Il est diplômé de l’Institut supérieur d’architecture de la Cambre à Bruxelles en 2000. Il obtient une bourse pour travailler à Paris. Très vite, son talent est distingué et il reçoit en 2001 le prix Napoléon Godecharle. Il s’intéresse à l’urbanisme écologique. Il élabore plusieurs projets d’urbanisme qu’il qualifie d’alternatif pour plusieurs villes de pays émergents (Hong Kong, la ville chinoise industrielle de Shenzhen, etc.). Il réalise plusieurs projets toujours dans l’optique du recyclage et des énergies dites alternatives en Belgique et en France.

 

 

Vincent Callebaut a travaillé sur de grands projets urbanistiques, notamment sur des musées et des équipements collectifs de dimension en Europe et dans les pays émergents. Ainsi, en 2007, l’Ecomic Tower, le Centre informatique métropolitain à Mexico City, la même année, le Childhood’s Greentower, soit le Berceau de la petite enfance à Paris, et le Neuronal Alien, l’Aménagement paysager de l’aéroport Vatnsmyri à Reykjavik, en 2006, le Red Baobab, la Librairie Nationale à Prague, aussi 2006, le Basalt Precipice, le Musée de la Préhistoire, Gyeonggi-do Jeongok en Corée du Sud. La même année, il élabora le Fields in Fields, le Complexe muséographique National d’Estonie, à Tartu.

 

Par après, Il s’orienta de plus en plus vers les projets écologiques. En 2008 il imagina un projet audacieux nommé Lilypad, c’est-à-dire une ville écologique flottante. En 2009, ce fut le projet 2009 : Dragonfly à New York, une ferme urbaine verticale auto-suffisante. En 2010, Callebaut conçut le projet Physalia, un jardin amphibie en vue de nettoyer les fleuves européens. Et en 2011, le Solar Drop, un complexe aquatique écologique à Abou Dhabi.

 

Mais venons-en à Paris. D’ici 2050, la ville de Paris compte réduire ses émissions polluantes de 75%. Un fameux défi qui nécessitera des changements fondamentaux dans la capitale.

 

Alors que les effets du changement climatique suscitent de plus en plus d'inquiétudes, la France s'est engagée depuis plusieurs années dans un plan visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

 

L'objet du plan annoncé est de réduire de 25% les émissions d'ici 2050. Mais la ville de Paris, elle, a décidé de nourrir un objectif encore plus ambitieux : celui de réduire ses émissions de 75% par rapport à 2004. Un défi qui va logiquement nécessite des changements importants. C’est de là qu’est né le projet Paris Smart City 2050.

 

 

Vue d'ensemble de la ville écologique Paris Smart City 2050

Vue d'ensemble de la ville écologique Paris Smart City 2050

 

 

Dans le cadre de la COP 21, Anne Hidalgo, maire de Paris, a organisé en 2014 un appel à candidatures pour le projet Paris Smart City 2050 qui devait répondre aux impératifs de lutte contre le réchauffement climatique. Le cabinet VCA (Vincent Callebaut Architecture) a été sélectionné. L’architecte urbaniste explique dans une interview : « L’idée au départ était de développer des prototypes d’immeuble de grande hauteur. Paris a une mauvaise expérience des tours. Montparnasse a un peu sonné le glas de la construction à la verticale. Mais la capitale française est aussi une des villes les plus denses au monde [22 000 habitants au kilomètre carré, contre 28 000 à New York]. Il n’y a plus de place pour des jardins au sol, la seule solution est la verticalité. »

 

 

Anne Hidalgo, la Maire de Paris, a incontestablement une vision d'avenir de sa ville. Elle voit au-delà de sa réélection. C'est rare !

Anne Hidalgo, la Maire de Paris, a incontestablement une vision d'avenir de sa ville. Elle voit au-delà de sa réélection. C'est rare !

 

 

VCA a imaginé le Paris de demain sur la base de plusieurs contraintes, dont le manque de place et le dérèglement climatique.

 

Les huit objectifs du projet sont :

 

1) La diminution de l’empreinte écologique valorisant la consommation locale par son autonomie alimentaire et par la réduction des moyens de transport.

 

2) La réintégration d’emplois locaux dans les secteurs primaire et secondaire coproduisant des produits frais biologiques.

 

3) Le recyclage en boucle courte et fermée des déchets organiques par compostage anaérobie, piles à combustible à hydrogène et lagune de phyto-épuration.

 

4) L’économie du territoire rural réduisant la déforestation, la désertification, la pollution des nappes phréatiques.

 

5) L’oxygénation des centres-villes pollués dont la qualité de l’air est saturée en particules de plomb.

 

6) La limitation du recours systématique aux pesticides, insecticides, herbicides et engrais chimiques.

 

7) L’économie des ressources en eau par le recyclage des eaux urbaines.

 

8) La protection des cycles écosystémiques au cœur de la cité. C’est un projet de pierres vivantes BEPOS réintégrant la biodiversité.

 

Comme on le voit, certains objectifs sont intéressants, mais l’ensemble pose plusieurs problèmes fondamentaux.

 

VCA a conçu deux projets pour chacun des quatre contextes urbains décrits ci-après :

 

• Paris historique : quartiers à forte dominante patrimoniale largement composés d’immeubles datant de la période 1850-1920

 

• Paris périphérique : immeubles construits de 1920 à 1940, des HBM aux immeubles modernes essentiellement situés sur le pourtour de Paris

 

• Paris moderne : immeubles datant des années 70 représentatifs de l’architecture nouvelle avec les premières tours et l’urbanisme sur dalle

 

• Paris futur : nouveau quartier sans identité propre à définir.

 

Avec ce leitmotiv biomimétique, VCA invente un Paris post carbone, post nucléaire, post fossile qui sera capable de réduire de 75% ses gaz à effet de serre d’ici 2050 par la construction de bâtiments à énergie positive qui misent sur la solidarité énergétique entre le tissu ancien de Paris et les nouvelles constructions.

 

L’énergie excédentaire produite par 8 prototypes de tours serait ainsi redistribuée en temps réel par un « internet » de l’énergie aux bâtiments anciens qui sont – pour la plupart – de véritables passoires thermiques et compliqués à isoler.

 

 

La construction à la verticale ne doit plus rester un tabou.

 

 

Ces 8 prototypes seront capables de produire leurs propres énergies (électrique, calorifique et même alimentaire), mais aussi de recycler leurs propres déchets en les transformant in situ en ressources naturelles comme peut le faire un écosystème mature telle qu’une forêt tropicale par exemple.

 

Vincent Callebaut explique par ailleurs : « La construction à la verticale ne doit plus rester, toujours selon moi, un tabou si on veut répondre à la crise chronique du logement dans la capitale sinon vouée à la gentrification et à la muséification. Il faut sortir du traumatisme urbain qu’on subit les citadins dans les années 70. Mon atelier propose tente donc de réconcilier les parisiens avec de nouvelles typologies de tours mixtes à énergie positive qui leur offriront les clés d’un avenir éco-responsable économisant le territoire, dés-asphyxiant le centre-ville et rapatriant une nature non pas cosmétique mais nourricière en son cœur.

 

La nature ? Cinq mètres carré d’espace vert à Paris par habitant contre quarante mètres carré à Berlin. Faute de place, les jardins parisiens ne seront plus construits au pied des bâtiments mais les bâtiments se transformeront eux-mêmes en jardins suspendus. Cette végétalisation par des balcons potagers et des vergers communautaires sera de plus très efficace pour lutter contre l’effet d’îlot de chaleur urbain et donc pour bio-climatiser notre ville aujourd’hui trop minérale et imperméable et dont le climat va augmenter de 2 degrés d’ici les trente-cinq prochaines années. »

 

Les tours envisagées par le cabinet Callebaut prétendent rapatrier la nature au cœur de la ville et intégrer de par leur conception, les règles du bioclimatisme et des énergies renouvelables et réutilisables en une courte boucle utilisant des systèmes innovants. Concrètement, le cabinet a ainsi développé des bâtiments à énergie positive qui seraient capables de redistribuer le surplus d'énergie autour d'eux.

 

 

Vincent Callebaut, l'architecte urbaniste belge, à la tête du projet VCA Paris Smart City 2050

Vincent Callebaut, l'architecte urbaniste belge, à la tête du projet VCA Paris Smart City 2050

 

 

Les architectes ont imaginé installer sur les toits des bâtiments de la célèbre rue de Rivoli des « montagnes solaires, hydrodynamiques » et aux balcons agrémentés de verdure, capables de fournir de l'électricité et de l'eau chaude utilisable. Comment ? Grâce à des panneaux solaires et un système de purification de l'eau de pluie.

 

 

Un corridor écologique dans Paris

 

 

Vincent Callebaut et ses collègues veulent installer un corridor de 23 kilomètres en utilisant la ligne aujourd'hui abandonnée de la Petite Ceinture. Le tracé ferroviaire serait ainsi « renaturalisé en poumon vert par l’intégration de jardins maraîchers » et « de tours dépolluantes photocatalytiques ».

 

 

 

 

Le couloir ou corridor écologique reprend le tracé du chemin de fer de la Petite Ceinture abandonné en 1934.

Le couloir ou corridor écologique reprend le tracé du chemin de fer de la Petite Ceinture abandonné en 1934.

 

 

Un concept inspiré du catastrophisme ambiant

 

 

Dans une interview à Libération du 18 décembre, Vincent Callebaut explique : « Une ville intelligente doit être autonome en énergie et, contrairement à ce qui se passait avant, les déchets doivent devenir des ressources. Nous pourrions, par exemple, recycler les déchets des fermes verticales dans des façades aquariums avec des bioréacteurs à base d’algues vertes - celles que nous trouvons sur les plages normandes et bretonnes - qui transforment tous les déchets organiques en biofioul. En bas de la tour, des lagunes de phyto-épuration assureraient le recyclage de toutes les eaux usées du bâtiment, avec des bassins agrémentés de poissons et de plantes. La pisciculture permet de fournir des poissons mais aussi de retraiter tous les nutriments qu’ils rejettent en engrais naturel pour les végétaux des jardins suspendus. Il s’agit avant tout d’une économie circulaire où tout est transformé à l’infini. »

 

 

La génération 2.0

 

 

Depuis qu’il est tout jeune et provenant du Borinage, une région sinistrée désindustrialiée et polluée, Vincent Callebaut a en plus été sensibilisé par la polémique sur le réchauffement climatique. Aussi, estime-t-il, dès qu’il a décroché son diplôme d’architecte, qu’il a un rôle à jouer pour que les choses changent.

 

De quoi est-il parti ? Vincent Callebaut explique dans la même interview : « A 20 ans, nous étions déjà condamnés à attendre la fin du monde en triant nos ordures et en éteignant la veilleuse de notre télévision. Mais j’appartiens aussi à la génération 2.0., celle qui croise les savoirs. Entre nouvelles technologies de communication et nouvelles technologies de végétalisation des villes, on peut créer des projets hybrides, en rapatriant la campagne dans les villes. Les architectes de mon âge veulent tous construire des bâtiments à énergie positive, déconnectés des réseaux d’énergies traditionnelles, et donc des énergies fossiles. Mon métier d’architecte m’a permis de faire des propositions pour sortir de cette logique de crise imposée. »

 

Et il ajoute : « Le carrefour de contraintes dans lequel nous vivons est aussi propice aux renouvellements. Je n’ai donc pas hésité à travailler sur des projets «manifestes» qui peuvent sembler utopiques mais qui sont tous réalisables, techniquement et économiquement. Dragonfly, par exemple, une ferme verticale à New York le long de l’East River. Pour ce prototype de ferme urbaine exploitée par ses propres habitants, nous avons collaboré avec le MIT [le Massachusetts Institute of Technology] qui était déjà très avancé sur l’agriculture étagée. Nous avons aussi établi des projets d’îles flottantes pour les réfugiés climatiques : Lilypad. »

 

 

 

 

 

Dragonfly est le projet d'une ferme verticale à New York

Dragonfly est le projet d'une ferme verticale à New York

Lilypad : projet d'île flottante destinée à recevoir les réfugiés climatiques

Lilypad : projet d'île flottante destinée à recevoir les réfugiés climatiques

 

 

Une autre société

 

 

C’est une autre société, une autre conception de l’homme qui, sans que ce soit explicite, préside intentionnellement ou non, un projet comme celui de VCA. Et pourtant, l’architecte voit dans la verticalité une nouvelle forme de vie sociale. Il l’explique dans son interview à Libération. Il veut accrocher la banlieue à la ville, il veut promouvoir la mixité sociale, il envisage une autre conception de l’éclairage public : « Des agriculteurs citadins, c’est un moyen de rediversifier des villes qui sont devenues entièrement tertiaires. De la biodiversité humaine et professionnelle et plus de mixité sociale. Ces villages verticalisés sont une nouvelle façon de créer du lien social. Ce qui nous tue, aujourd’hui, c’est la monofonctionnalité. Des banlieues-dortoirs ; au centre, des quartiers historiques muséifiés ; et enfin des quartiers d’affaires ou de bureaux…

 

La mixité sociale est aussi indispensable que la biodiversité. Nous pourrions aussi cicatriser le périphérique avec de grands jardins nourriciers et retisser des liens entre Paris et sa banlieue. De même, les espaces de circulations intérieures des immeubles ne doivent plus être plongés dans le noir et éclairés artificiellement mais éclairés et ventilés naturellement. Cela aussi facilite le lien. Sans parler des espaces glauques de parking, qui seront beaucoup moins nombreux et à l’air libre. »

 

 

 

 

Framscapers towers à la Porte d'Aubervilliers. Une ferme dans une tour...

Framscapers towers à la Porte d'Aubervilliers. Une ferme dans une tour...

 

Donc, l’espace au sol est remplacé par l’espace vertical, malgré l’échec patent de la tour Montparnasse. Notons que cette idée est étudiée dans d’autres grandes villes, comme à Bruxelles où le gouvernement régional actuel envisage d’en revenir aux immeubles – tours.

 

Mais ce Paris Smart City 2050 n’est-il pas totalitaire, parce qu’il se conçoit sur un critère unidimensionnel qui est aussi un postulat : la verticalité permettra un autre mode de vie plus conforme à la nature. On peut dire, au regard des expériences passées, que cela reste à prouver. Notre architecte évitera-t-il les effets catastrophiques des barres et des immeubles tours de la précédente génération ? Certes, l’idée des échanges énergétiques et celle du recyclage des déchets sont des plus intéressantes. Elle rappelle les chauffages urbains des cités ouvrières d’antan et peut constituer une solution aux problèmes énergétiques urbains et aussi à la pollution des sols provoquée par l’accumulation des déchets.

 

Il reste cependant le problème l’énergie consommée par les transports publics et privés, même si le projet envisage une forte réduction de ceux-ci, celle utilisée par l’industrie urbaine, etc.

 

Si on prend les huit points du projet, ne risque-t-on pas de créer une ville isolée de son arrière-pays vivant dans une sorte d’autarcie alimentaire ? C’est inquiétant ! Peut-on à la fois « désasphyxier » (il y a pas mal de néologismes dans le discours des urbanistes !), densifier et renaturaliser (néologisme pour mettre de la verdure sur les immeubles) l’espace urbain ? C’est fort ambitieux !

 

Enfin, le projet énergétique est lui aussi ambitieux par sa globalité : « Trois types d’énergie renouvelable sont embarqués dans chaque tour : Durant la journée, deux grands boucliers solaires photovoltaïques et thermiques bio-inspirés par la structure finement ciselée des ailes de libellule, produiront de l’électricité et de l’eau chaude sanitaire. Durant la nuit, une station hydroélectrique réversible de pompage-turbinage fera s’écouler une cascade urbaine sur toute la hauteur de la tour entre deux bassins de rétention d’eaux pluviales situés aux points haut et bas , évitant d’avoir recours à des batteries pour stocker l’électricité produite par les ailes de libellule solaires. »

 

 

Vincent Callebaut précise : « Les voitures seront devenues inutiles car tout serait produit sur place. Il faut d’ailleurs récupérer également l’énergie pédestre des piétons. La gare du Nord est la troisième gare mondiale en termes de trafic. Il y a plus de 750 000 voyageurs par jour qui empruntent les 32 quais de la gare. On pourrait recouvrir tout le hall et les quais de dalles piézoélectriques, transformant les pas de ces voyageurs en énergie. La gare serait un bâtiment à énergie positive. Les transports en commun auraient la part belle. »

 

 

Une réponse à la manipulation des esprits

 

 

Cette vision a un mérite majeur : au lieu d’économiser le moindre petit watt de puissance pour « sauver la planète » alors que cela ne sert à rien quand on sait que les entreprises transnationales extraient chaque année quelque 15 Gt (milliards de tonnes) de roche, qu’elles procèdent au pompage annuel de quelques 14 milliards de barils de pétrole, produisent annuellement plus de 70 millions de véhicules fonctionnant à l’énergie fossile, sans compter le développement de la déforestation, des OGM, des cultures intensives et des élevages en batterie, l’émission annuelle dans l’atmosphère de près de 55 Gt de CO2 eq (équivalent dioxyde de carbone), le déversement annuel dans les mers et les océans d’au moins 300 Mt (millions de tonnes) de produits toxiques !

 

(Blog de Paul Jorion, Philippe Soubeyrand, COP21 : un petit coup de marteau pour l’homme, un grand coup de masse sur l’Humanité… La grande parade des ONG est terminée ! http://www.pauljorion.com/blog/2015/12/16/cop21-un-petit-coup-de-marteau-pour-lhomme-un-grand-coup-de-masse-sur-lhumanite-des-lobbies-en-liesse-la-grande-parade-des-ong-est-terminee-par-philippe-soubeyrand/ 

 

Ce genre de mot d’ordre s’inscrit bien dans la manipulation des esprits à accepter l’austérité ambiante. Nos jeunes auteurs de projet imaginent eux de produire l’énergie dont ils ont besoin sur place et sans polluer. Ils n’ont nul besoin des hydrocarbures, de produits toxiques et d’autres saloperies, ils ont une ambition et cela est la meilleure réponse au stérile discours austéritaire qui veut nous imposer un style de vie conforme aux intérêts des transnationales.

 

Ainsi, tout cela part des meilleures intentions du monde exprimées par ailleurs avec une grande intelligence, mais peut-on, par exemple, parler de mixité sociale dans le projet de logements en alvéoles de la Porte des Lilas ? Il s’agit d’une « ruche » de logements alvéolaires énergétiquement solidaires. Très bien ! Mais qui va loger dans ces alvéoles ? Ce serait destiné à des étudiants et à des bénéficiaires du RSA, autrement dit des SDF. De quel espace disposera chacun de ses habitants : 9 m2. C’est 1,5 fois la surface minimum prévue pour une cellule de détenu !

 

 

 

 

"Ruche" de logements prévue Porte des Lilas pour des étudiants et des SDF

"Ruche" de logements prévue Porte des Lilas pour des étudiants et des SDF

 

 

Certes, un étudiant n’a pas besoin de beaucoup d’espace, encore qu’il est en l’occurrence fort à l’étroit. Mais, en quoi assurera-t-on la réinsertion sociale d’un SDF qui ne pourra que se retrouver seul dans son alvéole, tout aussi confortable soit-elle ? Et voit-on les étudiants et les « bénéficiaires » du RSA vivre en convivialité ?

 

 

N’imagine-t-on pas un enfer vert ?

 

 

L’idée de base de vivre « à la verticale » interdit toute convivialité contrairement à ce qu’affirment les architectes de VCA. Ne risque-t-on pas de faire une ville morte le soir où chacun restera calfeutré chez soi, au détriment de toute vie culturelle et sociale ?

 

Pourquoi tout concentrer dans les villes ? Quid de la banlieue, éternelle laissée pour compte de notre monde high tech. Ce n’est évidemment pas le fait du projet VCA puisque son rôle consistait à proposer une solution à la question bioclimatique à Paris intramuros. Certes, Vincent Callebaut est conscient de la dichotomie centre ville, banlieue. Mais la réalité de son projet est de ne concevoir que la ville et non la ville et son hinterland.

 

D’autre part, l’auteur de projet part du postulat de la densification de Paris. Si, aujourd’hui, c’est une réalité, pourquoi en complément au projet urbain de VCA qui, comme nous l’avons vu, ne manque pas de qualités et d’originalité, ne pas avoir un projet pour les banlieues et l’espace rural, nos campagnes ?

 

Au lieu de densifier nos villes et de désertifier nos campagnes, ne peut-on envisager l’inverse ? Repeupler l’espace rural et donner de l’air aux villes qui permettrait d’éviter la verticalité. Et aussi, l’idée d’échange qui préside au projet VCA ne concerne que la ville. Il est parfaitement possible de l’étendre à la banlieue et à la campagne.

 

 

 

Bridge Towers : pont habité doté d'éoliennes et d'hydroliennes sous l'eau de la Seine, reliant le XVIe au XIIe arrondissement.

Bridge Towers : pont habité doté d'éoliennes et d'hydroliennes sous l'eau de la Seine, reliant le XVIe au XIIe arrondissement.

 

 

Sinon, la ville sera une concentration de population si le projet est réalisé tel quel avec des individus isolés dans leur tour, sans espace de rencontres comme les parcs, les jardins, les places. La vieille ville de Paris sera recouverte de ces logements verts et étouffera. Ces rues de Paris qui ont traversé l’histoire tout en préservant leur caractère seraient dès lors écrasées sous le poids de cette verdure urbanisée. Le prolétariat sera les jardiniers des maga-tours de VCA. Où vivra-t-il ? Dans les alvéoles ? En banlieue ? Paris deviendra-t-il définitivement une cité « duale » ? Quel rêve pour les transnationales, quel cauchemar pour le peuple de Paris.

 

 

La Gare du Nord. Des quais photosensibles sur des dalles piezo électriques récupérant l'énergie dégagée par les pas des voyageurs. On ne pourra plus parler de "salle des pas perdus"...

La Gare du Nord. Des quais photosensibles sur des dalles piezo électriques récupérant l'énergie dégagée par les pas des voyageurs. On ne pourra plus parler de "salle des pas perdus"...

 

 

C’est l’enfer vert qui s’abattra sur Paname.

 

Non, Vincent Callebaut, laissez-nous la rue Vieille du Temple, la rue Pavée, l’impasse du Bon Secours et tant d’autres dont les noms évoquent la vie de Paris.

Ancienne maison au 127 rue Vieille du Temple dans le IVe arrondissement de Paris.

Ancienne maison au 127 rue Vieille du Temple dans le IVe arrondissement de Paris.

 

 

 

Revoyez votre copie, car vos ambitions – notamment en matière d’énergie, de culture urbaine et de recyclage des déchets – peuvent s’adapter à une vision allant au-delà de Paris, alors il y aura de la place pour une vie commune « au sol ». Vous pourrez ainsi nous donner un projet tenant compte des impératifs de mixité sociale qui vous sont chers, mais allant au-delà du carcan urbain pour que toutes et tous puissent en bénéficier.

 

 

 

Pierre Verhas

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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 21:03

 

Dans les chaumières de la gauche démocratique, c’est un ouf de soulagement. La couleuvre Marine et la vipère Marion ont perdu leur pari.

 

 

 

Mais, « ouf » ne signifie pas « on a gagné ». C’est la plus grande défaite de l'histoire de la gauche française. Avoir dû céder la région du Nord, vieille terre des luttes ouvrières, berceau de Jean Jaurès, à la droite pour faire barrage au fascisme est une catastrophe qui laissera des séquelles indélébiles.

 

 

 

La gauche de gouvernement a trahi.

 

 

 

François Hollande et Manuel Valls incarnent cette gauche de gouvernement de tous les renoncements.

François Hollande et Manuel Valls incarnent cette gauche de gouvernement de tous les renoncements.

 

 

Elle a renoncé aux valeurs qu’elle devait porter à bout de bras.

 

 

Elle a cédé sur le code du travail qui n’est pas la brique illisible dénoncée par la droite, mais qui contient toutes les garanties de pérennité des conquêtes sociales.

 

 

Elle a cédé sur l’économie en instaurant l’austérité.

 

 

Elle a cédé sur le TSCG que Hollande avait promis de modifier pendant sa campagne électorale, s’interdisant ainsi tout investissement public et donc toute politique économique et industrielle.

 

 

Elle a réduit les allocations sociales augmentant ainsi la précarité des plus faibles.

 

 

Elle a raté son pari en ne donnant pas à l’économie un souffle nouveau qui, seul, aurait pu inverser la fameuse courbe du chômage.

 

 

Elle n’a cessé de faire des cadeaux à un patronat boulimique et animé uniquement par la course au tout profit.

 

 

Elle a cédé à l’Union européenne et en particulier à l’Allemagne ordolibérale en n’ayant pas le courage d’arbitrer pour amener une solution juste à la crise grecque.

 

 

Elle n’a pas réussi à répondre à la crise financière, notamment en instaurant un réel régime de séparation des banques d’affaires et des banques de dépôts.

 

 

Elle n’a rien fait pour défendre les secteurs industriels nationaux et les services publics menacés de privatisations.

 

 

Elle a cédé en matière de politique étrangère en s’alignant systématiquement sur celle des USA.

 

 

Elle a lancé la France dans des aventures militaires sans issue en Afrique subsaharienne et au Moyen Orient.

 

 

Elle instaure petit à petit, via l’état d’urgence, un régime totalitaire basé sur le principe du Patriot Act.

 

 

Dans ces conditions, la gauche de gouvernement s’avère incapable de répondre aux défis d’aujourd’hui : la menace fasciste, le terrorisme islamiste, le modèle social, une politique de préservation de la paix.

 

 

Il n’est dès lors pas étonnant que la droite la plus réactionnaire reprend progressivement sa place.

 

 

La gauche de la gauche est divisée et ne parvient pas à se placer dans l’arène politique.

 

 

A part cela, tout va bien !

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 18:44

 

Ces trois dernières semaines ont été marquées par les massacres de l’Etat islamique à Paris et leurs conséquences sur les libertés fondamentales. Le juge d’instruction belge Michel Claise n’hésite pas à affirmer dans un entretien à la Libre Belgique du 5 décembre : « Le blanchiment d’argent et la corruption représentent 6 % du PIB mondial, soit des milliers de milliards d’euros. Sans criminalité financière, il n’y a pas de massacre au Bataclan. Tout est imbriqué. Ce qui s’est passé à Paris est un épiphénomène. Il va y avoir d’autres attentats ou des cyberattaques importantes, si l’on n’agit pas. On est dans une situation telle qu’on va prendre une vague en pleine poire. »

 

 

Depuis longtemps, on dénonce le financement occulte de ce nouvel Etat qui par la stratégie de l’horreur déstabilise tout le Moyen-Orient et répand la terreur en Europe et même aux Etats-Unis.

 

 

On désigne depuis longtemps l’Arabie Saoudite. La dépendance de l’Occident industrialisé aux hydrocarbures est telle que ce royaume féodal peut tout se permettre. Sa la loi est basée sur une conception rigoriste de la religion qui enferme son peuple dans un carcan tel que toute liberté est exclue, où la femme est réduite en esclavage.

 

 

On désigne depuis longtemps le Qatar, cet émirat gazier détenteur d’une immense manne financière qui lui donne la maîtrise de pans entiers de l’économie européenne, pratiquant l’esclavage et soumettant aussi son peuple au carcan de la religion.

 

 

On désigne depuis longtemps la Turquie dirigée par un parti religieux dont le chef est un apprenti dictateur aux ambitions démesurées qui instaure petit à petit la loi religieuse au détriment de la laïcité kémaliste.

 

 

Et Israël qui dérive de plus en plus vers l’extrême-droite joue un jeu ambigu à sa frontière syrienne. Et il est de notoriété publique que des combattants de Daesh sont soignés dans des hôpitaux israéliens, comme dans des établissements de soins en Turquie.

 

 

Tous ont donc une relation équivoque avec Daesh. L’aide financière provenant du royaume saoudien et/ou de grandes familles princières lui est essentielle et elle ne peut passer que par des circuits off shore. De même, la vente de pétrole par l’Etat islamique ne peut que prendre des circuits parallèles et son financement emprunte des filières illégales qui – par définition – échappent à tout contrôle international.

 

 

En outre, chacun sait que les bombardements effectués par la « coalition » sont inefficaces, meurtriers et générateurs indirects de terrorisme, alors que les grandes puissances ont les moyens de tarir, voire de couper ces circuits parallèles de financement et de récupérer l’argent « sale » qui y circule.

 

C’est donc la volonté qui n’existe pas. On peut même se poser la question : le souhaitent-ils vraiment ? C’est cela la culpabilité des puissances européennes et des USA.

 

 

Michel Claise constate : « C’est le cataclysme, la prise de pouvoir par les mafias, par l’argent sale. En Italie, 50 % de l’économie est dirigée par la mafia. Et si vous voulez tuer cette mafia, il faut s’en prendre à leurs avocats. Il n’y a pas de grande criminalité sans conseillers, institutions bancaires… Comme le dérèglement climatique, le dérèglement financier est irréversible. C’est la faute de l’homme et on ne peut plus faire marche arrière, mais on peut encore limiter la casse. Ce qui m’inquiète, c’est l’avenir des démocraties. Cette aggravation de la fracture sociale va entraîner des radicalisations et pas spécialement islamistes. »

 

 

 

Le juge d'instruction spécialiste de la criminalité financière, Michel Claise, met les pieds dans le plat dans son dernier ouvrage.

Le juge d'instruction spécialiste de la criminalité financière, Michel Claise, met les pieds dans le plat dans son dernier ouvrage.

 

Pour le démontrer, le juge financier de Bruxelles vient de publier un ouvrage intitulé : « Essai sur la criminalité financière – Le club des Cassandre ».

 

Ce cancer mondial

 

L’ouvrage commence par le texte de « l’appel de Genève ». Il s’agit d’un texte signé le 1er octobre 1996 à Genève par sept magistrats européens dont le juge français Renaud Van Ruymbeke, le Belge Benoît Dejemeppe, l’Espagnol Balthazar Garzon Rea, l’Italien Edmondo Bruti Liberati, etc.

 

Cet appel est une mise en garde de la société contre la criminalité financière « qui s’est emparée de l’économie et de la finance dans des proportions inquiétantes, de l’impact de ce phénomène dans la démocratie et de la réticence des dirigeants à vouloir la combattre. Et de plaider pour la création d’un espace judiciaire européen qui permettrait une lutte décente et cohérente contre ce cancer mondial. »

 

L’auteur fait ensuite un relevé historique. La criminalité financière est née selon lui quand « les sociétés se sont organisées en un système reposant sur une structure politique, mêlant étroitement pouvoir et richesse. » Il prend pour exemple l’Athènes de Périclès, société organisée avec un système sophistiqué d’impôts où déjà régnaient la corruption et la fraude fiscale. Les marchands créèrent dans les îles ioniennes des paradis fiscaux pour échapper aux taxes portuaires des ports du Pirée. On croirait déjà vivre le système « off shore » des armateurs grecs contemporains en grande partie responsables de la crise grecque !

 

Tout était objet de fraude, même les Jeux olympiques… Platini et Blatter n’ont rien inventé !

 

Ces systèmes se sont répandus par après dans la Rome de la république et de l’empire. Un magistrat, Cicéron, a lutté contre la fraude du gouverneur de Sicile Verrès et parvint à le faire condamner. Au Moyen-âge, les seigneurs et les paysans ne purent frauder la dîme (un dixième des récoltes dus à l’Eglise) sous peine des pires tourments. La fraude reprit lorsque se développèrent les villes.

 

La corruption s’est généralisée durant la Renaissance et sous le règne de Louis XIV, il y eut le scandale Fouquet accusé de fraude et condamné à la confiscation de ses biens et à l’exil ou emprisonné sous un masque de fer…

 

Au XVIIIe siècle, il y eut l’affaire de la Compagnie des Indes qui implique le célèbre poète Fabre d’Eglantine, ce qui le conduisit à la guillotine. Au XIXe siècle, il y eut l’affaire du canal de Panama où fut mêlé Ferdinand de Lesseps.

 

Au XXe siècle, la crise de 1929 permit le renforcement considérable des mafias. Le célèbre Al Capone (il y a un musée à son nom à Chicago !) outre sa violence inouïe fut un grand criminel financier. En France, en 1933, il y eut l’affaire Stavisky qui se « suicida » le 8 janvier 1934 à Chamonix. Michel Claise ne peut s’empêcher de reproduire le titre du Canard enchaîné à l'époque : « Stavisky s’est suicidé d’une balle tirée à trois mètres : voilà ce que c’est d’avoir le bras long ! »

 

Le temps des nouveaux chaos

 

Il y a donc dans l’histoire une constance de la criminalité financière. Cependant, d’après Claise qui se réfère à l'historien Hobsbawn, si le XXe siècle a commencé en août 1914 avec la Première guerre mondiale, il s’est achevé en novembre 1989 avec la chute du Mur de Berlin. La grande rupture eut lieu à ce moment lorsque les Allemands venus de l’Est et ceux de l’Ouest se rencontrèrent librement pour la première fois à Berlin.

 

 

Le "défilé" des "Traban" à Berlin-Ouest en novembre 1989.  Un rêve qui s'est vite transformé en cauchemar.

Le "défilé" des "Traban" à Berlin-Ouest en novembre 1989. Un rêve qui s'est vite transformé en cauchemar.

 

 

Il écrit : « Et pourtant cette date devenue symbole aux yeux des rêveurs se transforme en cauchemar, en nous faisant pénétrer brutalement dans le temps des nouveaux chaos, ceux des bouleversements économiques qui entraînent l’appauvrissement des classes moyennes, par la réduction du pouvoir d’achat la baisse des pensions… Le chemin qui mène au IIIe millénaire semble nous conduire droit vers un désastre. »

 

 

Cela rejoint ce qu’écrivait Naomi Klein en 2008 dans La stratégie du choc, [Chapitre 11 « Le feu de joie d’une jeune démocratie – La Russie choisit l’option « Pinochet », pp. 266 et suivantes] quand elle raconte comment les Occidentaux réunis à l’occasion d’un sommet G7 en juillet 1991 à Lancaster en Grande Bretagne où Mikhaïl Gorbatchev fut invité en tant que chef de la nouvelle URSS. Il y subit un diktat : vous devez appliquer immédiatement une thérapie de choc consistant en la libéralisation totale de l’économie soviétique sous le contrôle du FMI. Et ce n’est pas négociable ! Il n’eut aucune porte de sortie. L’URSS fut dissoute, Gorbatchev renversé au profit d’Eltsine qui imposa les réformes par un coup d’Etat en envoyant les chars bombarder le Parlement de Moscou appelé « la Maison blanche »…

 

 

L’analyse de Michel Claise est complémentaire : « La dislocation du bloc communiste va créer, dans un premier temps, une apparence de progrès démocratique par le retour des libertés, mais va aussi lâcher, avec la force destructrice de flots libérés par un barrage, le flux des criminalités venant de l’Est : prostitution, trafics en tous genres et surtout blanchiment de l’argent des oligarques. »

 

 

Vient ensuite l’explosion des moyens de communication qui font « disparaître les frontières nationales de notre planisphère, le transformant en circonférence plane sur laquelle se balade désormais librement les professionnels de l’économie et de la finance, licites comme illicites, alors que les pays restent engoncés dans les murs de leurs frontières, peinant à réglementer la folie des marchés, et que les autorités fiscales et judiciaires se sentent bien incapable de lutter efficacement contre les criminalités financières internationales. »

 

 

Ainsi, observe-t-on un parallèle entre la déréglementation voulue par les tenants du néolibéralisme et l’augmentation de la criminalité financière qui atteint des proportions inégalées dans l’histoire.

 

 

Avec la crise des subprimes de 2007-2008, on s’aperçoit que ce sont les banques elles-mêmes qui organisent la fraude. « Le plus grand risque est celui qui pousse le néolibéralisme à favoriser le flirt entre l’économie licite et les entreprises pirates, pour tenter de combler les trous. »

 

 

Ainsi, peut-on se poser la question : « les entreprises pirates » ne prennent-elles le dessus sur l’économie « licite », à l’instar des flibustiers qui furent les maîtres des mers aux temps glorieux de la navigation des XVIIe et XVIIIe siècles ?

 

 

La solution ? Changer la société tout simplement ! Michel Claise cite là nouveau l’historien Eric Hobsbawn : « … la rançon de l’échec, c’est-à-dire le refus de changer la société, ce sont les ténèbres. »

 

 

Un essai de définition par sept marches

 

 

Mais qu’est-ce que la criminalité financière ? Les conceptions des uns et des autres sont foncièrement différentes. Aussi, Michel Claise propose de se baser sur le comportement des gens dans leurs relations économiques. En l’analysant, il met en évidence sept « marches » qui conduisent à la criminalité financière.

 

 

À défaut d’une définition, cette image des sept marches permet de bien cerner la question.

 

 

La première est banale et est gravée dans nos mœurs : c’est l’appel à un corps de métier pour une réparation. On le paye sans facture. Ainsi, on élude la TVA. Bah ! Ce n’est pas trop grave…

 

 

La seconde, c’est plus sérieux, mais tout aussi courant. On transforme sa maison et on fait appel à un entrepreneur qu’on paye en partie « en noir ». Et des indépendants font passer la partie « officielle » en frais professionnels… Ainsi, ironise l’auteur, une piscine se transforme par miracle en cloisons de bureau ! En outre, on ne prête aucune attention sur le statut des ouvriers qui creusent ladite piscine.

 

 

La troisième, c’est la corruption de fonctionnaires notamment pour des projets immobiliers. « Il se murmure qu’il n’existe pas de projets immobiliers d’envergure sans dessous de table à certains politiques pour l’obtention d’autorisations administratives. ». Ici, on est à la limite de la criminalité financière.

 

 

La quatrième, c’est l’évasion de fonds pour éviter les taxes et précomptes. Dans ce cas, le quidam qui cherche à planquer son magot est obligé de faire appel à des intermédiaires. Ainsi, se tissent des réseaux qui peuvent devenir mafieux.

 

 

La cinquième marche, c’est la fraude fiscale organisée comme ce qu’on appelle « le carrousel de la TVA ». Ici, il s’agit d’un comportement volontairement délictueux. C’est donc un élément de la criminalité financière.

 

Quant à la sixième, c’est l’argent généré par le crime (stupéfiants, traite des êtres humains, trafics d’armes, etc.).

 

 

Enfin, la septième, c’est le terrorisme qui nécessite de grands moyens financiers pour être « opérationnel ».

 

 

En conclusion, Michel Claise « ose » une définition : « [la criminalité financière est] une somme de comportements de personnes physiques, morales et de droit public, parfaitement conscientes de la transgression de règles pénales nationales et internationales en vue de l’appropriation par celles- ci de produits illégaux et de leur recyclage, par le biais d’entreprises licites ou occultes et par l’utilisation de moyens financiers classiques, ou tous autres moyens en ce compris l’usage de la violence. »

 

 

Une nouvelle sorte de citoyens est née. Cette criminalité financière est tellement complexe, malgré son importance, qu’elle échappe à l’attention de l’opinion publique. Ce sont les lanceurs d’alerte qui jouent un rôle fondamental en dénonçant les pratiques frauduleuses comme l’Offshore leaks, Lux leaks 1 et 2 et Swiss leaks.

 

 

Stéphane Hessel avec son petit livre "Indignez-vous" a provoqué l'émergence d'une nouvelle sorte de citoyens.

Stéphane Hessel avec son petit livre "Indignez-vous" a provoqué l'émergence d'une nouvelle sorte de citoyens.

 

 

Face à cela, que peut faire la population ? Certes, les circuits de contestation classique comme les partis politiques et les syndicats sont totalement inopérants. Mais, comme l’observe Michel Claise : « Une nouvelle sorte de citoyens est en train de naître, ceux qui ont subi les conséquences sociales de la crise financière de 2008, qui ne supporte plus la vision de la fracture entre les mondes développés et en voie de développement – images des malheureux candidats à l’émigration échouant au large de Lampedusa –, qui s’intéressent enfin à l’information qui circule sur les raisons de ces déséquilibres, avec des mots comme blanchiment, évasion fiscale grave et organisée, paradis fiscaux… » Les héritiers des indignés de Stéphane Hessel. Ces indignés, notamment en Espagne : « … il s’agit pour ces citoyens de dénoncer les inégalités sociales, l’incompétence des gouvernants à y remédier, mais aussi la corruption qui gangrène les systèmes pourtant qualifiés de démocratiques. »

 

 

L’éthique : une denrée périssable

 

 

Ensuite, le juge-auteur dénonce la disproportion entre les entreprises multinationales qui disposent de moyens financiers colossaux et les petites et moyennes entreprises qui sont écrasées par des réglementations complexes et tatillonnes. Pourtant, selon Michel Claise, la simplicité et la transparence des règles sont des facteurs nécessaires à la croissance économique. Or, en matière sociale et fiscale, les entreprises arrivent difficilement à se conformer aux règlements. Et Claise d’avertir : « Pas facile pour lui [l’entrepreneur] de ne pas commettre une infraction pénale dans le cadre d’une gestion normale de son entreprise, sans pourtant développer la moindre intention criminelle. »

 

 

En corollaire, avec la recherche effrénée du profit, « l’éthique risque de se transformer directement en denrée périssable tant les tentations sont nombreuses. »

 

 

Le néolibéralisme et une fiscalité inadaptée et désorganisée sont les causes majeures de ce chaos qui génère misère et criminalité.

 

 

Ensuite, l’auteur évoque les chiffres relatifs à la criminalité financière. Ils sont vertigineux !

 

 

Citons-en quelques-uns : en UE, les profits de la traite des êtres humains représente 25 milliards d’euros par an… Et la Commission n’arrête pas de titiller les Etats pour des déficits dix fois moindres ! Et cela continue : le trafic des animaux sauvages de 18 à 26 milliards, des cigarettes, 10 milliards, le trafic d’armes légères de 150 à 250 millions. Une broutille, quoi ! La cybercriminalité entraîne des pertes annuelles équivalentes à 290 milliards d’euros.

 

 

Selon la Banque mondiale, la corruption représente 5 % du PIB mondial, soit quelque 2.600 milliards par an !

 

 

En UE, l’évasion et la fraude fiscales se montent à 1000 milliards d’euros, soit un coût annuel par citoyen européen de 2000 euros… Quant aux recettes de la TVA, 193 milliards ont été détournées en 2011, soit 1,5 % du PIB européen.

 

 

L’auteur dresse ensuite une liste des institutions qui, chacune de leur côté, luttent contre la criminalité financière. Il les appelle les « belligérants ». Cela va de l’OCDE en passant par le FMI et la Banque mondiale, l’Union européenne, le Conseil de l’Europe, l’ONU, etc.

 

 

Notons cependant que certaines de ces institutions œuvrent pour imposer le néolibéralisme partout. Il y a là une contradiction quand on sait que c’est la déréglementation néolibérale qui favorise la criminalité financière.

 

 

D’autres organismes sont moins connus comme Europol, Eurojust, Eurofisc, le GAFI, etc. Il y a également des ONG comme Transparency International. Et bien sûr, il ne faut pas oublier l’institution qui est sur le terrain : l’administration fiscale.

 

 

Un long chapitre est intitulé « forces et faiblesses de la répression » où le magistrat qu’est Michel Claise se pose des questions sur sa fonction de juge d’instruction.

 

 

La deuxième partie du livre est plus technique. L’auteur analyse les différentes catégories de « crimes » financiers comme la corruption, le blanchiment d’argent, le délit d’initié. Il se penche également sur les organisations criminelles.

 

 

Le fléau de la fraude sociale

 

 

Contrairement à une opinion assez répandue, Michel Claise considère que la fraude sociale est aussi grave que la fraude fiscale. « La fraude sociale est un mal endémique de notre société aggravé par la crise financière. »

 

 

Et, comme le démontre l’auteur, la fraude sociale n’est pas éloignée de la criminalité organisée : par exemple, l’arrivée clandestine de femmes provenant des pays de l’Est dans des « bars à champagne » où elles étaient contraintes de faire « boire » le client et en plus de nettoyer les locaux, en étant logée dans des greniers insalubres. Autre exemple, des mineurs que l’on fait travailler sur des chantiers, ou dans des fabriques textiles clandestines.

 

 

En plus de la fraude fiscale, un autre fléau est analysé par Michel Claise : la cybercriminalité qui est très diversifiée : cela va du faux appel à l’aide envoyé par courriel au skimming qui consiste à falsifier un document électronique, par exemple une carte de crédit qui est clandestinement reproduite avec son code à l’insu de son propriétaire. Il y a aussi le phishing qui consiste à prendre clandestinement des données confidentielles dans l’ordinateur d’une société ou d’un particulier. Et bien sûr, last but not least, le hacking ou le piratage informatique.

 

 

Et pour compléter le tableau, n’oublions pas la contrefaçon.

 

 

Cet éventail des infractions en matière financière est loin d’être exhaustif. Il faut y ajouter les plus « classiques » comme l’escroquerie et le faux et usage de faux. Tous ces comportements forment donc en partie le puzzle de la criminalité financière. En plus, ils montrent que l’homme a une imagination débordante pour flouer son prochain !

 

 

Créer une, deux, trois Islande !

 

 

Et on arrive à la conclusion de ce long inventaire critique de la criminalité financière qui est peut-être une calamité aussi grave que la faim dans le monde. Michel Claise écrit : « Quel carnage social que celui qui fit suite à l’effondrement de la pyramide factice des produits immobiliers surévalués made in USA ! Et le chantage qui s’ensuivit : à défaut de soutenir les banques, seules responsables de cette situation, et malgré leurs erreurs et leurs manœuvres dolosives pour s’en sortir (…), leurs dirigeants brandirent aux ministres des pays aisés l’épouvantail de leur faillite et brossèrent le tableau mortifère d’une crise sociale sans précédent qui en découlerait. Que firent les politiciens ? Ils cédèrent ! »

 

 

Sauf l’Islande ! ajoute le juge-auteur. Elle a laissé les banques aller à la faillite et a instauré un contrôle des capitaux. Dans les autres pays, les banques ont été renflouées sans aucun contrôle interne.

 

 

Et Michel Claise conclut sans appel : « Si la faiblesse des Etats est devenue telle qu’ils sont désormais dominés par l’omnipotence du pouvoir financier qui ne leur a guère, en 2008, laissé de choix ? (…) La dérive financière s’accompagne en outre de l’explosion de sa criminalité et des terribles conséquences qui en découlent. » Et il ajoute plus loin : « Ces deux phénomènes s’entrecroisent donc, liés malheureusement par les mêmes intérêts. Alors se pose cette terrible question : la lutte contre cette hydre ne serait-elle un combat perdu d’avance tant les armes sont inégales ? »

 

 

Les méthodes violentes utilisées par les tenants du néolibéralisme, comme on l’a récemment vu avec l’écrasement de la Grèce, ce que Naomi Klein appelle la stratégie du choc, sont identiques à celle des criminels et plusieurs indices tendent à montrer qu’ils sont en cheville sinon carrément associés.

 

 

La riposte est-elle possible ? Pour Michel Claise, il faudrait disposer de moyens colossaux. Certes, mais l’Islande y est arrivée, comme il l’a montré. Et la nouvelle sorte de citoyens qu’il a évoqués sont-ils devenus muets ?

 

 

 

Ernesto Che Guevara voulait mondialiser sa lutte. Face à la mondialisation néolibérale et son corollaire la criminalité financière, ne faut-il faire de même ?

Ernesto Che Guevara voulait mondialiser sa lutte. Face à la mondialisation néolibérale et son corollaire la criminalité financière, ne faut-il faire de même ?

 

 

Alors, pourquoi – à l’instar de Che Guevara – ne pas créer une, deux, trois Islande ? N’est-ce pas le même combat, après tout ?

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

Le club des Cassandre

 

Michel Claise

 

Essai sur la criminalité financière

 

Le club des Cassandre

 

Bruxelles, Racine, 2015, 19,95 €

ISBN 978-2-87386-960-1

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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 09:47

 

Merry Hermanus, ancien chef de cabinet de plusieurs ministres socialistes, ancien échevin de Jette – commune du Nord Ouest de Bruxelles – ancien secrétaire général du Ministère de la Communauté française, ancien député bruxellois, connu pour avoir fait en son temps la pluie et le beau temps à l’intérieur du PS, condamné dans les affaires INUSOP et Agusta, mais resté militant au sein de la mouvance de gauche de ce Parti, vient de publier sur son blog (https://hermanusinfo.wordpress.com/2015/11/28/lettre-ouverte-au-president-dups-et-au-membres-de-la-federation-bruxelloise/ ) une longue lettre ouverte au président du PS, l’ancien Premier ministre Elio Di Rupo.

 

 

On peut épiloguer sur le personnage qui est sans doute l’homme politique bruxellois qui détient le record d’ennemis mais qui conserve encore quelques solides amitiés. Cependant, force est de constater que son analyse sans complaisance est éclairante et qu’elle nous force à accepter la vérité telle quelle !

 

 

Merry Hermanus reste profondément attaché aux valeurs des Lumières qui sont aussi celles du Socialisme démocratique.

Merry Hermanus reste profondément attaché aux valeurs des Lumières qui sont aussi celles du Socialisme démocratique.

 

 

Cette lettre a été rédigée juste avant les attentats du 13 novembre et elle dénonce entre autres ce qu’il considère comme étant la dérive islamique de Philippe Moureaux, qui fut vice- président de ce Parti et président pendant une vingtaine d’années de la Fédération bruxelloise du PS et surtout bourgmestre de la commune bruxelloise de Molenbeek considérée comme étant par sa faute, à tort ou à raison, le fief djihadiste d’Europe occidentale.

 

 

Hermanus dénonce la lente descente aux enfers du principal parti de gauche à Bruxelles. Il y voit plusieurs raisons.

 

 

Il commence par analyser brièvement l’évolution démographique de la capitale de l’Europe. Il écrit que chacun sait que dans une quinzaine d’années, la majorité de la population bruxelloise sera de confession musulmane. Et Merry Hermanus ajoute – première pique à un leader socialiste bruxellois, Charles Picqué : « Ce qui se produit depuis dix ans à Bruxelles est une véritable explosion démographique, laquelle se poursuit encore aujourd’hui. Les conséquences sont multiples, souvent catastrophiques vu l’absence de perspectives et de prévisions. Or, beaucoup de ces désagréments étaient évitables. Mais force est de constater que malgré notre présence quasi permanente à la tête de la région depuis 1988, rien n’a été entrepris, rien n’a été anticipé ! Il est inutile d’accabler les individus mais il faut rappeler que Picqué, disposant d’un charisme exceptionnel et d’une présence au pouvoir d’une durée tout aussi exceptionnelle, n’a rigoureusement rien fait, se contentant de commander une multitude de plans aussi divers que variés…et coûteux ! Rudi [Vervoort, PS, l’actuel ministre-président de la Région], en six mois de présence, malgré un environnement insidieusement hostile à la tête de l’exécutif, sans tambours ni trompettes a été plus efficace que Picqué en vingt ans. »

 

 

Charles Picqué, ancien ministre-président de la Région de Bruxelles capitale et actuel président du Parlement bruxellois n'est pas épargné par Merry Hermanus.

Charles Picqué, ancien ministre-président de la Région de Bruxelles capitale et actuel président du Parlement bruxellois n'est pas épargné par Merry Hermanus.

 

 

Deuxième constat : la situation sociale à Bruxelles.

 

 

« Les derniers chiffres du baromètre social bruxellois synthétisent parfaitement ces questions. On y découvre que près d’un tiers des Bruxellois vit sous le seuil de pauvreté, soit avec moins de 1085 euros par mois. La moyenne belge se situe entre 14 et 16 %. Donc à Bruxelles, c’est près de trois fois plus de gens qui se trouvent sous ce seuil fatidique. Or, ces statistiques prennent en compte : les revenus, le travail, l’instruction, la santé, le logement et la participation sociale. Si le PIB à Bruxelles est de 61.899 euros pour 26.183 en Wallonie et 35.922 en Flandre, ce n’est que parce que 50 % de emplois sont occupés par des navetteurs. Enfin, et cela n’étonnera personne, 23,50 % des Bruxellois perçoivent une allocation ou un revenu de remplacement ; ce chiffre est en progression de 1,6 % par rapport à 2013. Le pire est que cette chute vertigineuse des revenus bruxellois se poursuit sans discontinuer depuis les années septante. Jamais on n’a pu observer le moindre redressement. Une véritable descente aux enfers…Mais qui n’émeut personne. Les exécutifs se succèdent, les ministres se suivent tout sourire, les programmes électoraux s’effeuillent, les promesses se multiplient… s’envolent… mais la seule courbe de croissance est celle de la misère ! Une question doit se poser, cette région telle qu’elle est institutionnellement constituée est-elle gouvernable ? Est-elle viable ? La réponse, évidente pour tous, est clairement non ! »

 

 

Quant au chômage :

 

 

« Les chiffres du chômage, même flattés, ne laissent aucun doute, non seulement sur la paupérisation mais, et c’est beaucoup plus grave, sur sa perpétuation, sa constante augmentation. Le taux de chômage est le plus élevé à Bruxelles, pour ce qui concerne le chômage des jeunes il atteint l’effroyable record de 30 %, 40 s’il faut croire les chiffres du VOKA [le patronat flamand]. Ne soyons pas dupes, les baisses dont il est question récemment sont le fruit des dernière mesures gouvernementales, sur lesquelles je n’ai pas le cœur de m’appesantir… il « saignerait ! » Je n’évoque pas le chômage des femmes dans ces mêmes quartiers, il dépasse les 45 %. »

 

 

L’invraisemblable usine à gaz

 

 

Quelles sont les causes de cette situation catastrophique ? Merry Hermanus épingle d’abord les réformes institutionnelles qui ont considérablement affaibli Bruxelles. « L’invraisemblable usine à gaz mise au point par Dehaene et Moureaux ne pouvait fonctionner que sur base d’une loyauté régionale réciproque entre Néerlandophones et Francophones. Or, les ministres flamands ont dès le début été très clairs, leur loyauté était d’abord et avant tout flamande. Certains de ces ministres ont été d’une particulière franchise en ce domaine, franchise assez rare en politique pour être soulignée. A de très nombreuses reprises, Brigitte Grouwels, ministre CVP a lourdement insisté pour souligner son lien indéfectible à la Flandre et le fait que Bruxelles n’avait qu’à se soumettre ! Que dire alors de son attitude en conseil des ministres. D’autres, plus hypocrites, ont eu la même attitude. Comment dans ces conditions tenter la moindre gouvernance avec un exécutif composé de huit ministres, dont trois Néerlandophones dont chacun peut bloquer en totalité le fonctionnement d’une tuyauterie crachoteuse. »

 

 

Philippe Moureaux et Jean-Luc Dehaene sont les architectes du "modèle" fédéral belge qu'Hermanus appelle "l'invraisemblable usine à gaz".

Philippe Moureaux et Jean-Luc Dehaene sont les architectes du "modèle" fédéral belge qu'Hermanus appelle "l'invraisemblable usine à gaz".

 

 

Breveter le « Monopoly » bruxellois ?

 

 

Résultat de ces réformes, ce qu’Hermanus appelle l’invraisemblable « mille-feuilles » bruxellois : « A cela s’ajoutent les aléas du mille-feuilles institutionnel bruxellois. La région compte un peu plus d’un million cent cinquante mille habitants, elle se découpe en dix-neuf communes, dix-neuf CPAS, plusieurs dizaines de sociétés de logement sociaux, un parlement de quatre-vingt-neuf députés (…) une VGC, une COCOM, une COCOF, une multitude d’O.I.P économiques ou sociaux… et j’en oublie. La région pourrait gagner pas mal d’argent en faisant breveter son puzzle institutionnel, en le commercialisant comme ce fut le cas du Monopoly en 1930 ; certain qu’il y aurait là une niche à exploiter ! Tout observateur objectif ne peut que conclure que l’usine à gaz est bonne pour la casse, plus rien ne fonctionne correctement, tout le monde le sait, tout le monde le constate…mais nombreux sont ceux qui en vivent. »

 

 

Pour nettoyer les bureaux, il reste des Bruxellois !

 

 

 

Le diagnostic est sans appel : fuite des classes moyennes et les emplois sont occupés par les navetteurs provenant de Flandre et de Wallonie.

 

 

« La part bruxelloise dans le PIB national s’est effondrée. L’analyse des statistiques, quel que soit le domaine, démontre une paupérisation qui se lit à l’œil nu dans les différents quartiers de la région. Les Bruxellois sont de plus en plus pauvres, les problèmes sociaux s’accumulent, s’aggravant année après année, se multipliant sans cesse. Depuis la fin des années septante, la classe moyenne payant l’impôt a voté avec ses pieds, quittant la région. Elle a été remplacée par une population d’infra-salariés, d’assistés sociaux à l’avenir professionnel de plus en plus problématique. On objecte toujours à cela le taux de création d’emploi, le plus élevé du pays… ce qui est exact. Mais les Bruxellois n’en bénéficient pas ! Il y a près de sept cent cinquante mille emplois à Bruxelles, plus de deux cent mille sont occupés par des Flamands et plus de cent cinquante mille par des Wallons. Ces navetteurs génèrent des coûts considérables pour la région… mais payent leurs impôts dans la commune de leur domicile. Si on recourt à une analyse plus fine, il apparaît que les cadres supérieurs sont majoritairement des navetteurs. Pour nettoyer les bureaux, il reste des Bruxellois ! »

 

 

La seule courbe de la croissance est celle de la misère.

 

 

Conséquences de tout cela, la paupérisation !

 

 

Hermanus ajoute : « Les derniers chiffres du baromètre social bruxellois synthétisent parfaitement ces questions. On y découvre que près d’un tiers des Bruxellois vit sous le seuil de pauvreté, soit avec moins de 1085 euros par mois. La moyenne belge se situe entre 14 et 16 %. Donc à Bruxelles, c’est près de trois fois plus de gens qui se trouvent sous ce seuil fatidique. Or, ces statistiques prennent en compte : les revenus, le travail, l’instruction, la santé, le logement et la participation sociale. Si le PIB à Bruxelles est de 61.899 euros pour 26.183 en Wallonie et 35.922 en Flandre, ce n’est que parce que 50 % de emplois sont occupés par des navetteurs. Enfin, et cela n’étonnera personne, 23,50 % des Bruxellois perçoivent une allocation ou un revenu de remplacement ; ce chiffre est en progression de 1,6 % par rapport à 2013. Le pire est que cette chute vertigineuse des revenus bruxellois se poursuit sans discontinuer depuis les années septante. Jamais on n’a pu observer le moindre redressement. Une véritable descente aux enfers…Mais qui n’émeut personne. Les exécutifs se succèdent, les ministres se suivent tout sourire, les programmes électoraux s’effeuillent, les promesses se multiplient… s’envolent… mais la seule courbe de croissance est celle de la misère ! Une question doit se poser, cette région telle qu’elle est institutionnellement constituée est-elle gouvernable ? Est-elle viable ? La réponse, évidente pour tous, est clairement non ! »

 

 

Une administration d’occupation

 

 

Et cette charge constituée par les navetteurs devient insupportable pour Bruxelles qui n’a d’autonomie que le nom.

 

 

« La région est structurée, façonnée, dessinée, et cela se comprend, pour faire face à cette arrivée journalière de ce flot de Flamands et de Wallons ; charge considérable pour Bruxelles, sans commune mesure avec les contreparties chichement concédées à la région par le fédéral qui plus est, les oriente souvent sans tenir compte des intérêts bruxellois. Il n’est pas rare que des mandataires bruxellois s’entendent dire par des auteurs de projet désignés souverainement par le pouvoir fédéral : « il faut que vous bruxellois commenciez à vous adapter ! » Ah ! Bon s’adapter mais à quoi ! Oserai-je le penser…à une administration d’occupation ! »

 

 

Et le PS – principal parti à Bruxelles jusqu’à présent – dans tout cela ? Il est gravement malade également, si ce n’est à l’agonie.

 

 

Un PS familial et communautariste

 

 

Autrefois, parti populaire, composé de militants qui en formaient la base dynamique, il était relativement démocratique et organisait des pools pour constituer les listes électorales où il y avait de la tricherie, certes, mais où on ne pouvait pas tout se permettre. Aujourd’hui, c’est autre chose ! Plus de pools, plus de « comités de sages », mais un comité secret. Résultat : on impose des candidats issus des mosquées et des « fils et filles de » : «… il n’est plus question de comité des sages mais d’un comité secret, c’est là qu’on agite le shaker d’où sortira le breuvage qui sera servi aux électeurs. Les résultats sont connus d’avance, la bouillabaisse comprenant une dose massive de Belges issus de l’immigration, logique vu la démographie de la population et de filles ou de fils de…ainsi naît sur les navrants décombres d’une idéologie une nouvelle aristocratie, dont les fiefs sont constitués d’une masse d’électeurs d’origine étrangère, un cheptel sur lequel on règne sans vergogne. Moderne féodalité… totale rupture avec une idéologie à l’allure d’astre mort ! La presse avait relevé lors des dernières élections cette présence massive des fils et filles de, mais les journalistes ne les avaient pas tous repérés, certains liens de parenté étant plus discrets ou mieux dissimulés, dans certains cas le nom de la mère était connu mais pas celui du père, de plus il fallait en outre tenir compte des compagnons, compagnes, nièces ou neveux. Qui osera encore dire qu’à Bruxelles le PS n’aime pas la famille, étonnant que la présidente fédérale n’ait pas été invitée au dernier synode de Rome consacré à l’avenir des familles, cette parole experte a manqué ! »

 

 

Quant aux militants : pfuuuit, évaporés !

 

 

« Le départ des militants a conduit un grand changement dans les campagnes électorales, plus rien ne fonctionne sur base du bénévolat, tout se paye, tout se rémunère, les collages, les distributions toutes boîtes. Ce n’est pas anecdotique mais lourdement symbolique. Logique aussi dans de telles conditions que la rupture soit consommée entre les organisations de l’action commune, plus besoin de syndicat, de mutuelle, d’organisation de jeunesse…tout le monde suit seul son chemin ! »

 

 

Et le communautarisme ?

 

 

Hermanus fait là aussi un constat sans concession : « Il n’y a donc plus de classe intermédiaire entre l’électorat et les élus ; les forces vives du parti, ses militants, ont disparu, reste une caste d’élus, rejetons dynastiques et la masse de ceux qu’un chercheur de la KUL d’origine maghrébine appelait récemment dans « Le Soir » « le bétail à voix, » qu’il estimait sous-représenté… j’ose supposer que ce chercheur flamand ne songeait pas à Bruxelles ! La disparition des militants conduit à d’étonnantes surprises. Ainsi voit-on surgir sur les listes électorales de parfaits inconnus, quasi absents de leur section locale, à peine affiliés, et encore pas toujours, (on se rappellera du fasciste turc sur une liste communale du PS, ce cas n’était ni accidentel ni unique) totalement absents de la vie politique locale, n’ayant aucune présence sur le terrain, mais qui réussissent des scores de rêve et parfois sont élus dépassant une bonne partie des autres candidats sur la liste. Il suffit pour s’en convaincre de reprendre les listes fédérales ou régionales du PS à Bruxelles, de regarder les scores et de mettre ceux-ci en rapport avec le militantisme dans les sections. Victor Hugo disait : « il y a du champignon dans l’homme politique, il pousse en une nuit. » Cela n’a jamais été plus vrai qu’à Bruxelles. Dans de nombreux cas, personne au sein de la section locale ne connaît ce recordman ou cette recordwoman. La raison du succès est simple, ce candidat ou cette candidate a appuyé sur un bouton, un seul… le bouton miracle, le bouton communautaire. Pas besoin de faire beaucoup d’efforts, il suffit à l’électeur de déchiffrer le patronyme, imparable boussole électorale bruxelloise. Dans de telles conditions doit-on encore défendre la laïcité ? Peut-on encore imaginer résister aux exigences religieuses d’un autre âge ? »

 

 

Le vote communautaire a incontestablement permis au PS de remplacer un électorat populaire « belge » en voie de disparition par une masse d’électeurs issus de l’immigration. Ce fut le calcul de Philippe Moureaux qui fut président de la Fédération bruxelloise du PS et bourgmestre de Molenbeek pendant une vingtaine d’années.

 

 

Philippe Moureaux porte-t-il toute la responsabilité de ce cataclysme ?

Philippe Moureaux porte-t-il toute la responsabilité de ce cataclysme ?

 

 

Mais si le succès électoral était au rendez-vous, ce fut au prix d’un terrible renoncement aux valeurs de bases d’un Parti socialiste, comme la laïcité.

 

 

« Il n’y a plus que très peu de rapport entre les campagnes électorales faites par les candidats et les valeurs fondatrices du PS. Le tramway, ligne directe vers le mandat implique une filiation dynastique ou un lien communautaire, sans cela pas de mandat, c’est le cul-de-sac. Les « tuyaux » d’accès au pouvoir ont changé…et comment ! A Bruxelles, les campagnes ne sont plus que communautaires, le programme ne compte que pour la presse et les adversaires, un nombre considérable de candidats s’en fichent complètement. Alors que pendant des années tu as insisté pour que nous évitions le communautarisme, aujourd’hui, c’est la dominante principale. Les tracts en arabe, en turc en albanais sont légions, plus personne ne s’en offusque à la fédération bruxelloise. Les temps ont changé, les militants se sont évanouis, nos valeurs sont chaque jour écornées. L’un des élus phare de l’une des importantes communautés de la région, occupant des responsabilités politiques majeures, n’hésite plus à dire « toutes les campagnes doivent être communautaires, Laanan et Madrane n’ont rien compris s’ils ne le font pas. » Au-delà de la question fondamentale de la transmission et de l’adhésion à nos valeurs, se pose indéniablement la question de la sauvegarde des principes de laïcité pour lesquelles nos prédécesseurs ont lutté pendant tant d’années contre l’hégémonie religieuse. Qu’on n’oublie pas qu’il nous a fallu des dizaines et des dizaines d’années d’âpres combats pour laïciser notre vie publique, échapper à l’oppression cléricale. »

 

 

Philippe Moureaux, le maître d’œuvre de tout ce gâchis ?

 

 

Merry Hermanus s’attaque au leader incontesté du PS bruxellois des années 1990 – 2012, Philippe Moureaux.

 

 

Issu d’une famille bourgeoise libérale, son père fut ministre de l’Instruction publique en 1958 et maître d’œuvre de ce compromis boiteux – déjà ! – que fut le Pacte scolaire entre les laïques et les cléricaux, Philippe Moureaux s’imprégna de marxisme – « marxiste autoproclamé » écrit Hermanus – sans doute en réaction à sa condition sociale. Il décrocha brillamment un diplôme d’historien à l’ULB. Il fut pendant des années professeur de Critique historique à cette Université. Via l’ancien président du Parti socialiste, André Cools, il entra en politique par la grande porte. Chef de cabinet de plusieurs ministres socialistes, il devint ministre de l’Intérieur en 1980 sans avoir été élu et mit sur les fonts baptismaux la réforme de l’Etat d’août 1980. En 1981, comme ministre de la Justice, Moureaux parvint à imposer la loi réprimant les actes de racisme et de xénophobie. En 1982, toujours sous l’impulsion de Cools, il partit à la conquête du mayorat de Molenbeek qu’il décrocha en 1992 et qu’il garda vingt ans.

 

 

Merry Hermanus explique qu’à ses débuts à Molenbeek, Moureaux s’affichait comme plutôt hostile à l’immigration. « Débarquant à Molenbeek en 1982, il mène la campagne communale sur le thème du « stop à l’immigration. » De nombreux tracts ont été conservés, étonnantes et encombrantes archives. Il débat à la même époque sur La RTBF matinale, il y est opposé à Albert Faust, secrétaire général du SETCA de Bruxelles Halle Vilvorde et s’oppose obstinément au vote des étrangers aux élections communales alors qu’Albert Faust lutte avec la FGTB pour l’obtenir. La RTBF dispose toujours de la cassette, on peut la réécouter… un régal d’anachronisme, une grande leçon sur l’adaptabilité du monde politique aux dures réalités électorales. En 1986, écrivant dans un journal communal consacré à l’enseignement, il évoque la nécessaire assimilation des citoyens d’origines étrangères. Au cours de la même période, il évoque plusieurs fois ses regrets que l’on ait reconnu l’Islam en qualité de religion subsidiée. De nos jours, même le terme « intégration » est devenu un gros mot ! »

 

 

En réalité – et là, je pense qu’Hermanus a tort – ce fut une stratégie de Philippe Moureaux. Il devait absolument étant fraîchement débarqué à Molenbeek et provenant d’une commune bourgeoise, gagner la confiance d’une population hostile aux immigrés. A cette époque, ces derniers n’avaient pas le droit de vote. Et attaquer l’immigration ne pouvait que lui rapporter des voix. Or, je sais personnellement, l’ayant connu avant, que Philippe Moureaux était particulièrement soucieux du sort des étrangers en Belgique. D’ailleurs, peu après 1982, il fit tout en tant que parlementaire et comme ministre pour que les étrangers non européens aient le droit de vote et d’éligibilité et pour leur faciliter la naturalisation.

 

 

Toutes ces réformes, comme la loi contre le racisme, le droit de vote, le changement du code de la nationalité, la reconnaissance de l’Islam portent incontestablement la marque de Philippe Moureaux. La droite le lui a suffisamment reproché !

 

 

Cela dit, Moureaux a été trop loin. Son militantisme pour la cause des immigrés l’a progressivement amené à renoncer aux valeurs de base comme la laïcité et à accepter les règles issues de la société confessionnelle musulmane au détriment de nos propres lois.

 

 

On a appelé cela les « accommodements raisonnables ». Certes, on pouvait et, je dirais, on devait admettre le port du voile, par exemple et non en faire un cheval de bataille par ailleurs perdue d’une laïcité bornée.

 

 

Par contre, il ne peut être question de renoncer à la mixité dans les écoles et dans les piscines. On ne peut en aucun cas renoncer à un principe fondamental : l’égalité hommes –femmes.

 

 

« Ainsi la fédération s’est de plus en plus appuyée sur les mosquées et donc forcément sur les milieux musulmans les plus rétrogrades. Cela explique la disparition d’un certain nombre d’élues féminines d’origine maghrébine, ces femmes les premières élues de ce milieu, étaient toutes des femmes libérées des contraintes religieuses, ayant un langage direct, ferme à l’égard du poids du religieux. Aujourd’hui, elles sont remplacées par des élues beaucoup plus « lisses, soumises » On sait qu’elles ne causeront aucun problème avec leur communauté ou avec ceux qui s’y arrogent le rôle de représentant desdites communautés. »

 

 

Et cela a parfois des conséquences cocasses :

 

 

« Il est de bon ton dans les instances dirigeantes du PS bruxellois d’estimer que toutes les cultures se valent, que ce serait faire preuve de racisme que de réagir à certaines pratiques. Ainsi la présidente fédérale monte-t-elle tout de suite aux barricades criant haut et fort qu’elle n’a jamais condamné les pratiques barbares liées à la nourriture Halal, la presse ayant osé émettre quelques doutes. Elle est nettement moins réactive quand un élu refuse de reconnaître le génocide arménien, à peine audible, d’une voix fluette, entre deux portes, pour une fois le sourire tarifé en berne, elle précise que l’intéressé devra se présenter devant une commission. »

 

 

 

Laurette Onkelinx, actuelle présidente de la Fédération bruxelloise du PS, est de plus en plus isolée avec sa politique clanique.

Laurette Onkelinx, actuelle présidente de la Fédération bruxelloise du PS, est de plus en plus isolée avec sa politique clanique.

 

L’encéphalogramme de la gauche et de la social-démocratie est plat.

 

 

Le constat d’Hermanus est clair : « Cela fait déjà pas mal de temps que l’encéphalogramme de la gauche et de la social-démocratie est plat. Le vide idéologique est abyssal. Tout souffle a disparu. Il règne dans le mouvement socialiste comme une odeur de décomposition, fût-elle institutionnelle, elle agresse nos narines. Mais a-t-on encore besoin d’idéologie ? Pathétique de constater que Moureaux n’hésite pas à se raccrocher au philosophe français Badiou, dernier maoïste n’hésitant pas à envisager un monde sans démocratie ! Cela en dit long sur une certaine dérive idéologique ou le rouge se mâtine de brun ! Pourtant Badiou n’est pas barbu ! »

 

 

Il y a d’abord l’Europe où l’auteur constate la déliquescence de la gauche.

 

 

« L’éclatement de la gauche, son évaporation dans l’Europe pose un problème général, une dimension nouvelle, car cette gauche, si malmenée, reste malgré tous ses défauts, le seul, l’ultime rempart contre le capitalisme fou, contre la financiarisation de la société, contre l’asservissement total des peuples au culte de Mammon. »

 

Et cette évidence qui a pourtant maintes et maintes fois répétée.

 

 

« La gauche refuse de voir le réel, c’est une constante, s’il ne cadre pas avec ses fantasmes, prisonnière d’un humanisme généreux mais impuissant, isolant le réel de l’imaginaire, elle croit éviter les drames en ignorant les faits… l’insécurité n’existait pas, seuls les petits vieux éprouvaient un sentiment d’insécurité…tout autre chose n’est-ce pas ? En ignorant les faits, elle sera considérée comme complice des faillites de l’autorité publique. On le lui reprochera avec raison pendant longtemps. »

 

 

Il faut absolument éradiquer un danger mortel : le renoncement à nos valeurs.

 

 

« Mais le pire serait la trahison de nos valeurs, l’abandon progressif, hypocrite de ce qui fût notre apport essentiel à notre culture, à notre mode de vie. Je ne vois que des avantages à la présence dans notre région de cultures multiples, c’est une richesse indéniable mais je ne vois que des dangers si l’une de ces cultures veut imposer ses normes, revenir sur nos acquis sociétaux ou politiques, imposer ses normes alimentaires, revenir sur l’absolue égalité homme-femme, revenir sur l’impact du religieux dans la sphère politique etc. En d’autres termes, pourquoi pas le remplacement d’une part de notre population ! Substitution de nos droits, de nos valeurs non ! Jamais ! A Bruxelles, c’est ce qui est en train de se jouer. C’est cela l’enjeu essentiel. »

 

 

Bruxelles a cependant un avenir, même si de nombreuses menaces assombrissent le ciel. Tout d’abord, les émigrés. « Pourtant, ils existent les habitants de notre région. Pour les évoquer, il me paraît essentiel de d’abord rendre hommage aux émigrés. Ceux qui les vouent aux gémonies feraient bien de se demander ce que serait leur attitude dans un pays étranger dont ils savent qu’ils n’y sont pas les bienvenus, dont ils ne connaissent pas la langue, dont les mœurs administratifs sont aux antipodes de ce qu’ils ont connu, dont l’accès à l’emploi est complexe et de plus en plus aléatoire. Et malgré tous ces obstacles, malgré les discriminations, le racisme, certaines réussites sont splendides, exemplaires. Réussites qui ne sont pas suffisamment mises en évidence. Quand Lévi-Strauss évoque l’universalité des hommes et leurs différences, c’est d’abord l’universalité qui m’importe ! C’est cela qu’il faut avoir à l’esprit quand on évoque la problématique liée aux émigrés ou leurs descendants. »

 

 

Mais il reste le facteur religieux que la gauche néglige, voire dont elle se sert.

 

 

« L’époque où le curé en chaire les jours d’élections expliquait à ses ouailles comment et pour qui voter appartenait au folklore électoral. Tout le monde sait à Bruxelles que les imams eux perpétuent cette sainte tradition. Pire, ce sont des élus PS qui supplient ou flattent les responsables des mosquées pour obtenir les mots d’ordre que nous avons reprochés aux curés pendant plus d’un siècle !

 

Le monde des émigrés et les Belges musulmans nous démontrent qu’ignorer, comme la gauche a tenté de le faire, le facteur religieux fut une lourde faute… le retour vers le passé nous saute à la gorge… avec notre complicité électoralement intéressée. »

 

 

Face à ce champ miné quasi infranchissable, Merry Hermanus esquisse quelques solutions : changer le système électoral des voix de préférence. Obliger les adhérents au PS à signer une déclaration s’engageant à respecter les valeurs de base.

 

 

Enfin, et c’est le plus important, il préconise la mixité sociale et ethnique aussi bien sur le plan de l’enseignement que sur le plan du logement, afin d’éviter les ghettos.

 

 

En conclusion, Hermanus déplore – à juste titre ! – l’abandon par la gauche de ses deux piliers essentiels : la notion de progrès et des perspectives d’avenir.

 

 

« J’ai déjà évoqué le trouble profond de la social-démocratie dans le monde, les élections qui se succèdent confirment l’effroyable ressac de notre représentation, quasi disparition du Pasok en Grèce, Hongrie, effondrement et division en Grande-Bretagne, phénomène identique en Pologne… dans l’attente de l’inévitable drame qui se profile en France. Lisant l’historienne française Mona Ozouf, je suis impressionné quand elle constate que si la gauche recule partout c’est notamment parce qu’elle a abandonné deux de ses piliers essentiels, les concepts d’avenir et de progrès. Ces notions sont les socles ontologiques sur lesquels se sont construits les idéaux socialistes. Il est donc permis à Régis Debray, tout en se revendiquant de gauche, d’écrire que pour la première fois, il n’y a plus d’après ni au ciel ni sur la terre. Incroyablement actuelle la définition du progrès par Michelet « Le progrès n’est pas du tout une ligne droite et suivie, c’est une ligne en spirale qui a des courbes, des retours énormes sur elle-même, des interruptions si fortes qu’il ne recommence qu’avec peine et lentement. »

 

 

Sans concession, mais parfois exagéré

 

 

Voilà ! Cette longue missive a le mérite de mettre le doigt sur les plaies de la gauche socialiste bruxelloise. Merry Hermanus a le courage de ne rien éluder. Cependant, sans doute dans sa terrible déception qui n’est pas découragement, certains propos, notamment à l’égard de Moureaux, sont exagérés.

 

 

La déliquescence de la gauche à Bruxelles n’est pas à mon sens le fait d’un seul homme qui fait l’objet de l’opprobre général suite aux attentats de Paris. Si Philippe Moureaux a commis de graves erreurs, s’il a mené la fédération bruxelloise du PS d’une poigne de fer en la cadenassant, cela a certes contribué à son déclin, mais c’est loin d’être la seule cause.

 

 

Il est vrai qu’il a laissé s’installer voire encouragé une « élite népotique » au sein de la Fédération au détriment de la base militante, « élite » qu’il pouvait aisément contrôler en distribuant, tel un seigneur féodal, avantages et prébendes aux plus dévoués et jetant dans les oubliettes celles et ceux qui, même timidement, exprimaient la moindre critique.

 

 

Il est vrai qu’il s’est basé sur les mosquées par calcul électoral, éliminant ainsi les candidats allochtones laïques et au prix de l’abandon de nos valeurs essentielles. Ce fut sans doute là sa plus grande erreur.

 

Malgré tout, il faut lui laisser une chose primordiale : grâce à son ouverture à l’égard des populations allochtones et particulièrement des musulmans, il a permis de mettre sur pied un Bruxelles multiculturel, ce que d’aucuns lui reprochent, qui a mené à une cohabitation relativement harmonieuse. Si Bruxelles a connu quelques émeutes, elles n’ont rien de comparables avec celles de Paris en 2005. Mais Hermanus a raison en évoquant les dangers de délitement qui guettent Bruxelles.

 

 

Les tensions au Moyen Orient et surtout les attentats de Paris servent de prétexte à ceux qui souhaitent la fin du modèle multiculturel bruxellois incarné par Moureaux.

 

 

Cela serait un recul considérable, car dans notre monde, si les valeurs contenues dans le triptyque « liberté, égalité, fraternité » sont universelles et sans dérogation, nous vivons aujourd’hui et pour longtemps dans un environnement multipolaire et donc multiculturel. Le nier ou le combattre serait une erreur fatale.

 

 

En tout cas, merci Hermanus !

 

 

 

Pierre Verhas

 

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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 17:51

 

Julien Suaudeau écrivain de l’apocalypse des banlieues

 

On reparle de l’écrivain Julien Suaudeau, auteur de « Dawa », son premier roman signé à 38 ans et qui connut un grand succès, il y a trois ans.

 

 

L’histoire se résume ainsi : A la veille des élections municipales, un groupuscule terroriste baptisé Dawa al-Islamiya diffuse une vidéo promettant de « détruire Paris ». Tandis que la panique s’empare de l’opinion publique et qu’un climat de chasse aux sorcières s’installe, les hommes de l’antiterrorisme investiguent pour identifier les cinq membres du réseau et les cibles de leurs attaques-suicides, prévues quinze jours après la publication de la vidéo.

 

 

Parallèlement à cette intrigue terroriste « classique », Dawa raconte l’histoire de deux vengeances, deux obsessions, deux destins liés par une fatalité primitive. Il y a d’abord Assan Bakiri, cerveau des attentats, agrégé d’arabe qui a tout réussi, mais rongé par une blessure personnelle et prisonnier de ses racines familiales, notamment l’ombre de son père, le terrible Al-Mansour, un ancien chef du FLN qui agonise dans un pavillon d’Aulnay-sous-Bois, atteint de la maladie d’Alzheimer. En face de lui, Daniel Paoli, grand patron du renseignement intérieur, pied-noir des Aurès qui a vu ses parents se faire massacrer sous ses yeux à la veille de l’indépendance algérienne, et qui a pourchassé toute sa vie leur meurtrier, qui n’est autre qu’Al-Mansour.

 

 

Julien Suaudeau, Dawa, Robert Laffont, 492 p..

 

 

Julien Suaudeau, écrivain sans concessions et homme discret

Julien Suaudeau, écrivain sans concessions et homme discret

 

 

Il y a bien des similitudes entre « Dawa » et les attaques du 13 novembre. L’hebdomadaire « Paris-Match » a interviewé son auteur. Voici les réponses qu’il apporte dans cet extrait. Tout d’abord, Suaudeau ne s’inscrit pas dans les « néoréacs » à la Houellebecq, même s’il ne respire pas l’optimisme.

 

 

Le vide de notre sous-culture

 

 

Dans votre dernier livre, "Le Français", un djihadiste normand dit : "Vous ne pouvez pas nous faire la guerre puisque nous sommes vous." La France a donc officiellement le cancer ?

 

 

« En phase terminale. La France telle qu’on l’a connue, la grandeur à laquelle tous les professionnels de la mélancolie se raccrochent, tout ça est en train de mourir. Mais, contrairement à Houellebecq, je ne pense pas que les barbares tiennent le marteau, clous dans le bec à califourchon sur le cercueil. Ce sont des losers bien de chez nous. Ecoutez la version française du communiqué de revendication publié par l’EI après les attaques de vendredi : le mec ânonne un texte grandiloquent dont il comprend un mot sur dix, avec quelques “h” aspirés histoire de faire bonne mesure et en fond sonore une infâme bouillie R’n’B. C’est le vide de notre sous-culture qui nous revient -aujourd’hui en pleine gueule. »

 

 

Les têtes d’œuf sur un corps sans muscle

 

 

Les statuts Facebook bleu, blanc, rouge et les bougies aux fenêtres : nos réponses à l’horreur sont-elles trop sages ? Ne sommes-nous pas dans le déni ?

 

 

« Ce n’est pas du déni, c’est un réflexe naturel mais qui ne peut pas se suffire à lui-même. Il faut montrer les dents, en sachant qu’on devra se battre, parce qu’il y a des gens que nos grognements de vieux toutous n’effraient plus. Le discours laïquard et prétendument dur de ceux qu’on appelle les néo-réacs n’a pas plus de sens aujourd’hui que l’excuse socio-économique des antiracistes. A Raqqa, ils doivent se bidonner en écoutant “On refait le monde”. L’idée, c’est d’arrêter d’être perçu comme un pays de jouisseurs et d’intellos à la langue bien pendue. Les petites brutes n’aiment rien tant que les têtes d’œuf sur un corps sans muscles. Nous voulons jouir ? Continuer à baiser, boire, manger, sortir, parce que c’est la France ? Alors soyons prêts à défendre ce qui nous est précieux. »

 

 

Ça veut dire que nous sommes entrés en guerre ?

 

 

« En guerre, ça ne fait aucun doute. Mais contre qui ? Le “Charles-de-Gaulle” et tous nos drones auront un impact sur les théâtres extérieurs. C’est à la maison que cette guerre se gagnera ou se perdra. »

 

 

A la maison justement, l’objectif de Daech semble de nous monter les uns contre les autres. Comment voyez-vous la suite ?

 

 

« L’EI veut la guerre civile : ses doctrinaires et ses stratèges l’ont écrit, c’est le plan que ses petits soldats amoureux de la mort sont en train d’appliquer à la lettre. De notre côté, la peur est inévitable puisque nous aimons la vie. Cette asymétrie-là est pour moi la clé du conflit. Nous n’avons pas le choix : nous devons vivre avec la terreur et faire preuve de courage quand nous le pouvons. J’imagine que les résistants dont l’Histoire a oublié le nom voyaient les choses à peu près dans ces termes. »

 

 

Les investissements sanguinaires

 

 

Quelle honte au JT de 19 h 30 à la RTBF, vendredi 27, où un représentant du patronat eut la muflerie d’affirmer que la Belgique ne pouvait se passer des investissements de l’Arabie Saoudite ! Donc, peu importent les conséquences des agissements des dirigeants de ce pays – décapitations, flagellations publiques, détentions arbitraires, complicité avec l’EI – pourvu que le pognon rentre.

 

 

Changeons de sujet : la vie continue.

 

 

Avec ses dangers ! Les multinationales sont toujours là. Voici une conférence qui ne doit pas manquer d’intérêt et qui aura lieu à Ixelles (une des communes de la deuxième ceinture de Bruxelles) le 9 décembre.

 

 

"Juger les Multinationales"

Droits humains bafoués, ressources naturelles pillées, impunité organisée.

 

Soirée-débat

Le mercredi 9 décembre - 20h

à la Quincaillerie des Temps Présents

66, rue du Viaduc - 1050 Ixelles

 

Intervenants : Gabrielle Lefèvre et Eric David

auteurs du livre : "Juger les multinationales"

qui vient de paraître aux éditions - Mardaga/GRIP -

(Préface de Jean Ziegler)

 

 

Coca-Cola, Monsanto,Shell, Nestlé, Bayer, Texaco... certaines marques sont associées à des scandales retentissants. Hydro-piraterie en Inde, pesticides aux effets dévastateurs, exploitations pétrolifères transformant le delta du Niger en désert écologique, drame du Rana Plaza au Bangladesh, enfants empoisonnés par le plomb au Pérou... la liste est longue et plus qu'inquiétante.

 

 

Les auteurs examinent quelques uns des crimes les plus significatifs commis par des multinationales.

 

 

Ils expliquent aussi comment ces sociétés ont conquis de vastes marchés. Une montée en puissance - et en impunité- grâce notamment aux soutien des Etats-Unis.

 

 

Ils analysent l'inefficacité des mécanismes de régulations, et interrogent le projet de grand marché transatlantique. Les multinationales n'échappent pas au droit. Le recours à la justice, c'est l'arme des victimes, les auteurs en donnent plusieurs exemples.

 

 

Un livre lumineux, clair, explicatif, condensé en 185 pages.

 

 

Organisé par : La Quincaillerie des Temps Présents, Vega et Entre les Lignes.

 

Venez nombreux.

 

 

TTIP : Cafouillage au conseil communal d’Uccle

 

 

Le Conseil communal de la commune d’Uccle (commune du Sud de Bruxelles) s’est réuni le jeudi 26 novembre et il fut question entre autres du TTIP (le projet de traité transatlantique de libre échange). Plusieurs communes du royaume de Belgique, pas toujours dirigées par la gauche, ont décidé d’être « hors TTIP ».

 

 

C’est évidemment plus symbolique que réel puisque le TTIP concerne avant tout l’Union européenne et les municipalités n’y ont pas voix au chapitre. Cependant, en exprimant ainsi leur opposition à ce projet de traité, elles expriment les inquiétudes de la population à ce sujet.

 

 

 

Le Conseil communal d'Uccle

Le Conseil communal d'Uccle

 

 

Nous aurons l’occasion de revenir sur le fond de cette question de première importance.

 

 

Le bourgmestre – le très mondain Armand De Decker, avocat du sulfureux homme d’affaires biélorusse Chodiev et à la droite du Mouvement Réformateur (MR) libéral – s’est toujours opposé à l’inscription de cette question à l’ordre du jour du Conseil communal. Il a bien dû le faire cette fois-ci.

 

 

Les Socialistes locaux avaient organisé le 16 novembre un débat sur le TTIP au Centre culturel d’Uccle en y invitant la députée européenne PS Marie Arena et un député libéral. Cela a suscité une initiative citoyenne (c’est-à-dire l’intervention d’un groupe de citoyens de la commune au Conseil communal sur un sujet précis). Dès lors, De Decker fut bien obligé de mettre le TTIP à l’ordre du jour des débats. Deux motions ont été déposées au Conseil suite à cela : celle de l’opposition composée du groupe Ecolo et du groupe PS et celle de la majorité conservatrice (libérale, chrétienne, francophones bruxellois du DeFi).

 

 

Ce fut bien sûr la motion conservatrice qui fut votée majorité contre opposition. Eh bien ! Ce fut une erreur de l’opposition.

 

 

En effet, même si la motion de la droite était le minimum possible, il aurait fallu la voter. En effet, elle dispose : « le respect de l'autonomie communale et que les services publics locaux soient effectivement EXCLUS du champ d'application du TTIP ». C’est donc loin d’être une approbation pure et simple du traité au nom de la sacro-sainte « libre entreprise »… libre entreprise s’entendant bien entendu « entreprises transnationales ».

 

 

Voilà donc une petite victoire transformée en défaite.

 

 

 

Pierre Verhas

 

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27 novembre 2015 5 27 /11 /novembre /2015 10:01

 

Prêtres et Imams intégristes : même combat !

 

 

Voici les propos ahurissants sur la boucherie du 13 novembre au « Bataclan » écrits par un curé français de la mouvance « Mgr Lefebvre » dénommé Hervé Benoît, parus dans une feuille appelée « Riposte catholique » - sans doute une réplique à la tout aussi facho « Riposte laïque »

 

 

« Je vais aller plus loin. Tant pis pour les lecteurs sensibles. Regardez les photos des spectateurs quelques instants avant le drame. Ces pauvres enfants de la génération bobo, en transe extatique, « jeunes, festifs, ouverts, cosmopolites… » comme dit le “quotidien de révérence”. Mais ce sont des morts-vivants. Leurs assassins, ces zombis-haschishin, sont leurs frères siamois. Mais comment ne pas le voir ? C’est tellement évident ! Même déracinement, même amnésie, même infantilisme, même inculture… Les uns se gavaient de valeurs chrétiennes devenues folles : tolérance, relativisme, universalisme, hédonisme… Les autres, de valeurs musulmanes devenues encore plus folles au contact de la modernité : intolérance, dogmatisme, cosmopolitisme de la haine… Les uns portent le maillot du PSG – « Fly Emirates » en effaçant le berceau de Louis XIV, et les autres profitent du même argent pour se faire offrir un costume en bombes. Une minute avant leur mort, les uns et les autres étaient penchés sur leurs smartphones, comme accrochés au sein de leur nourrice. Ce n’est pas le retour du Moyen Âge, contrairement à ce que disent les crétins, c’est la postmodernité dans toute son absurdité. Le drame de l’humanisme athée, qui aime le diable, la mort, la violence, et qui le dit… et qui en meurt ! Le signe de la mort et du chaos ne flotte pas que sur les rues de Paris, un vendredi soir maudit. 130 morts, c’est affreux ! Et 600 morts, c’est quoi ? C’est le chiffre des avortements en France le même jour (Ministère de la Santé – merci Orwell !). Où est l’horreur, la vraie ? »

 

 

Le concert rock au "Bataclan" au moment même où les assassins entament leur "travail"...

Le concert rock au "Bataclan" au moment même où les assassins entament leur "travail"...

 

Ce brûlot est intitulé : « Les aigles (déplumés) de la mort aiment le diable ! » - tout un programme ! L’évêque de son diocèse a réagi, mais on attend de voir si ce « fou de Dieu » catho va être viré de la Sainte mère l’Eglise…

 

En tout cas, la différence entre un cureton à la sauce Benoît et les imams de garage qui « radicalisent » les jeunes musulmans des banlieues et « quartiers » est loin d’être évidente !

 

Les maires Podemos d’Espagne se rebiffent.

 

Les maires de Barcelone, Cadix, Saragosse, La Corogne et autres personnalités espagnoles ont lancé un appel contre la guerre :

 

« Le terrorisme fanatique de Daesh est fonctionnel, il rétroalimente le raciste fanatique en Europe. Dans le même temps, nos gouvernements réduisent les droits sociaux et les libertés fondamentales, alimentent la xénophobie institutionnelle et bombardent aveuglement – bombardements qui se sont révélés inefficaces. Nous nous refusons à participer à ce marchandage entre droits et sécurité. Ici à Paris, en Irak ou en Syrie ce sont les peuples qui payent le prix alors que d’autres font du trafic d’armes sous fond d’intérêts géostratégiques. La haine fanatique de certains ne peut pas justifier de nouvelles haines. Nous nous refusons à être les otages de la haine, de la terreur y de l’intolérance. Ce serait rendre les armes devant le terrorisme. »

 

Ces messieurs dames nous réconcilient avec la politique.

 

Le flegmatique Times n’est pas content.

 

Le très conservateur journal britannique « The Times » n’est pas content de voir Bruxelles en état de siège. Il faut bien avouer que cela tourne au cirque. De samedi 21 au jeudi 26 novembre, l’alerte attentat est au niveau 4 – le plus élevé – ce qui implique la fermeture des lieux publics, des commerces, du métro, etc. avec présence massive de policiers et des militaires dans les rues. Mercredi 25, tout au restant au niveau 4, les écoles et le métro sont partiellement rouverts. Jeudi 26, on passe au niveau 3, mais la police et l’armée restent dans les rues.

 

Les militaires dans Bruxelles. Ils ne peuvent tirer qu'en cas de légitime défense ! Voilà leur seule mission !

Les militaires dans Bruxelles. Ils ne peuvent tirer qu'en cas de légitime défense ! Voilà leur seule mission !

 

Le journaliste du Times écrit ceci le 25 novembre :

 

« C’est très choquant. Et très triste. Un couvre-feu dans le centre d’une de vos villes pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale alors qu’aucune bombe n’a explosé, qu’aucune rafale n’a été tirée, cela abîme vraiment la vitalité du peuple belge. Cela sape le désir des gens de ne pas avoir peur et de continuer à vivre le plus normalement possible. Cette réaction exagérée du gouvernement belge est due à sa volonté de montrer au monde que la Belgique n’est pas un Etat faible. C’est une erreur. C’est disproportionné et cela entache la réputation de la Belgique. »

 

Mais, c’est tout bénéfice pour ceux qui cherchent à restreindre les libertés.

 

L’austérité contre la sécurité

 

Au journal télévisé de 13 heures de la RTBF, le délégué syndical du personnel roulant des chemins de fer est interrogé sur les mesures de sécurité prises pour ses affiliés. Dans la foulée, le syndicaliste révèle que le métro a été fermé parce que les unités de police qui y sont affectées ont été mobilisées pour assurer la sécurité en surface, faute d’effectifs suffisants.

 

D’autre part, aussi bien l’état-major que les syndicats s’inquiètent du maintien de l’alerte maximum, car étant donné ce manque d’effectifs, il est impossible d’assurer la relève. Cela représente un sérieux danger pour les personnels comme pour le public.

 

Austérité et sécurité ne font pas bon ménage. D’ailleurs, avec qui l’austérité pourrait-elle s’accorder ?

 

 

La sécurité contre la liberté

 

 

Dans ce climat d’hystérie sécuritaire, le MR (les libéraux francophones du gouvernement Michel) a déposé le 20 novembre au Parlement une proposition de loi interdisant les piquets de grèves et les barrages sur les routes pendant un mouvement de grève.

 

 

Autant profiter des circonstances pour tenter de faire passer ce brûlot législatif. Nous doutons cependant que les chrétiens flamands de la majorité votent cette proposition telle quelle.

 

 

Il n’empêche : le droit de grève est écorné.

 

 

Une leçon de démocratie

 

 

Dans une tribune à « Libération » du 26 novembre, Dominique de Villepin, l’ancien ministre chiraquien des Affaires étrangères français que nous citions souvent, écrit ceci :

 

 

Dominique de Villepin remet une fois de plus les montres à l'heure.

Dominique de Villepin remet une fois de plus les montres à l'heure.

 

 

« En nous lançant à corps perdu dans la restriction des libertés individuelles ou dans la suspicion généralisée envers l’islam à travers une laïcité de combat traquant barbes et voiles, nous leur donnerions le choix des armes.

 

 

Notre force, c’est notre Etat de droit et c’est la fidélité à nos principes, c’est l’équilibre et la mesure, en utilisant avec fermeté tous les moyens d’enquête et de poursuite de notre Etat, en mobilisant ses forces de sécurité et de défense.

 

Qu’il faille des mesures exceptionnelles pour faire face à l’urgence, je le crois. Mais méfions-nous de l’état d’urgence permanent et de la surenchère sécuritaire qui, je le crains, va dominer notre vie politique pour plusieurs années. On voudra toujours plus de fermeté vis-à-vis des étrangers et on n’obtiendra que le ressentiment. On voudra, de façon préventive, une lutte de plus en plus dure contre la délinquance, notamment dans les banlieues, et on obtiendra la criminalisation d’une frange de la société et l’incitation à la radicalisation. On voudra le contrôle accru de l’expression des religions et on n’obtiendra que la radicalisation de l’islam des caves. Bref, nous serons un pas plus proche de la guerre civile. Et nous aurons renié les libertés mêmes que les terroristes ont voulu attaquer. »

 

Ajoutons qu’on voudra une lutte plus dure contre les mouvements sociaux et on obtiendra la révolte du monde du travail…

 

 

Ce texte vient à point au moment où le gouvernement français informe officiellement le Conseil de l'Europe que, dorénavant, il ne respectera plus tous les termes de la Convention européenne des Droits de l'Homme. 

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 17:32

 

Robert Falony, figure de la gauche belge, ancien journaliste au « Peuple », à « la Wallonie », au « Matin », à « l’Eglantine », au « Journal du mardi » avec qui je collabore depuis des années au sein du Club « Osons le socialisme » (http://osons.le.socialisme.over-blog.com/# ) réplique à l’article intitulé « Paris zone de guerre » paru sur « Uranopole ». Il est en outre l’auteur d’un ouvrage de référence : Robert Falony 1914-2014 La véritable histoire du siècle en Belgique et dans le monde Editions Jourdan, Paris, 2014 (www.editionsjourdan.fr) voir « Uranopole » : http://uranopole.over-blog.com/2014/12/robert-falony-1914-2014-la-veritable-histoire-du-siecle-en-belgique-et-dans-le-monde-un-ouvrage-de-reference.html

 

Nos opinions ne divergent pas beaucoup en définitive, mais s’expriment de manière différente. Aussi, je lui réponds par après.

 

Tout débat est sain. Aussi, est-il ouvert à tous les lecteurs du blog « Uranopole ».

 

P.V.

 

 

Les sanglants attentats de Paris du 13 novembre (ici une rescapée du "Bataclan" est évacuée) ont secoué l'opinion et suscité des débats fondamentaux à côté d'exploitations politiciennes éhontées.

Les sanglants attentats de Paris du 13 novembre (ici une rescapée du "Bataclan" est évacuée) ont secoué l'opinion et suscité des débats fondamentaux à côté d'exploitations politiciennes éhontées.

 

 

Pas de vision manichéenne des évènements !

 

 

 

Il m'est impossible de souscrire à la thèse selon laquelle seul le monde "occidental" serait responsable des évènements actuels.

 

 

Oui, en Irak, la guerre anglo-américaine de 2003 a créé, par la destruction de l'Etat irakien, les conditions favorables à l'émergence de Daech avec le concours d'anciens officiers de Saddam Hussein et l'amertume des sunnites. Mais l'Histoire n'a pas commencé là. Bien auparavant, la première guerre du Golfe avait débuté avec l'annexion brutale du Koweit par le dictateur irakien. Lequel avait, tout au long des années 80, conduit une guerre criminelle contre l'Iran, qui a peut être sauvé le régime des mollahs. Une guerre dont les capitales occidentales se sont certes accommodées, mais dont elles ne sont quand même pas responsables.

 

 

Et le terrorisme de style Ben Laden est né en ce début des années 90: de l'indignation de ce pieux et richissime saoudien d'avoir assisté au passage de forces américaines en territoire arabe. Un premier attentat contre le WTC de New York a lieu en 1993. Il y eut ceux de Nairobi et de Dar es Salam. Comme la majorité des victimes étaient africaines, on ne s'en affligea pas trop en Europe. Puis Londres et Madrid. Ben Laden a fini sa vie au Pakistan. Dans l'ignorance des services secrets pakistanais, spécialisés dans le double jeu? Est ce "le monde occidental" qui a inventé le schisme entre sunnites et chiites, que les vils mécréants que nous sommes ont bien le droit de regarder comme une de ces sottises religieuses dont l'Histoire abonde, une obscure querelle sur la succession d'un prophète. (Washington n'existait pas à l'époque...).

 

 

Oui, le "monde occidental" a fait beaucoup de sottises en Afghanistan. Cela ne fait pas des talibans d'héroïques résistants et des démocrates zélés.

 

 

Oui, la partialité du "monde occidental" en faveur d'Israël rend compte de beaucoup d'animosité dans le monde arabe. Mais la plupart des régimes arabes se sont servis de la cause palestinienne, ils ne l'ont pas servie...

 

 

Allons droit au fait: la question du droit ou du devoir d'ingérence face aux situations d'oppression dans le monde divise et continuera de diviser la gauche. Cela a commencé avec la Yougoslavie. Elle divise aussi la droite. Il ne fallait pas voler au secours des rebelles de Benghazi ? Empêcher le déferlement des djihadistes au Mali ? Ceux qui raisonnent ainsi doivent aller au bout de leur raisonnement: jamais d'intervention extérieure, chacun chez soi.

 

 

On rejoint ainsi un polémiste comme Onfray en France. Sans parler du délire manichéen qui dégouline du site Investig.action du sieur M.C. Là, on en est à voir dans les "printemps arabes" la main des Etats-Unis... Les post-staliniens tombés du train de l'Histoire en sont toujours à courir le long de la voie, ne pouvant imaginer un monde autre que binaire…

 

 

Sur Daech et le califat ensuite: non seulement toute comparaison avec les terrorismes très sélectifs de l'ultragauche au siècle dernier est complètement inadéquate, mais encore on se trouve devant un phénomène entièrement nouveau, un terrorisme totalement aveugle dans un esprit de suicide collectif. Il y a là plus d'un point commun avec le nazisme de 1945...

 

 

Ne soyons pas des munichois.

 

 

Robert Falony

 

 

 

Réponse :

 

Continuons à nous écarter de la ligne officielle et sinueuse.

 

 

 

Contrairement à ce que l’on affirme un peu partout, je ne crois pas que la religion soit le véritable moteur des conflits que nous vivons actuellement au Proche Orient et qui se sont étendus par terrorisme interposé à l’Europe occidentale.

 

 

La religion est instrumentalisée et sert à manipuler les populations pratiquantes pour servir de chair à canon. Cela a d’ailleurs toujours été ainsi. Remontons à l’Inquisition, à ce qu’on a appelé les guerres de religion et d’autres exemples foisonnent. Le prétexte de la religion lors d’une guerre a toujours caché les objectifs réels pour lesquels les peuples ne se seraient pas mobilisés. Et c’est le cas aujourd’hui. Daech n’a qu’un très lointain rapport avec l’Islam en dépit des apparences. Le prétendu Etat islamique est l’instrument d’une guerre dont les enjeux sont bien plus importants que les interprétations intégristes de textes religieux surannés.

 

 

À l’heure actuelle, les besoins de consommation en Occident étant en croissance exponentielle et les sources énergétiques se raréfiant, le contrôle de ces dernières est vital pour toutes les puissances industrielles. Et deux d’entre elles sont rivales et se livrent à une guerre par peuples interposés. La Russie veut assurer le contrôle de son flanc Sud pour pouvoir protéger les gazoducs partant de la mer Caspienne. Les Etats-Unis veulent conserver le contrôle des ressources pétrolières de la péninsule arabique et assurer leur approvisionnement par mer et par gazoducs et oléoducs.

 

 

Dès lors, Israël « tête avancée » de l’Occident contribue à protéger les routes maritimes des Etatsuniens et des Européens. C’est la raison de l’impunité de l’Etat hébreu malgré ses nombreux viols des règles internationales. L’Afghanistan, la Syrie et la Turquie voient passer les oléoducs et gazoducs sur leur territoire et sont donc des enjeux vitaux dans cette configuration géopolitique. L’ennemi désigné est l’Iran et non Daech, car le régime des mollahs pourrait constituer une menace pour la navigation dans le Golfe. En outre, les monarchies féodales pétrolières redoutent une attaque de leur part.

 

 

Tout le reste coule de source (si l’on ose dire…) !

 

 

Alors, pourquoi s’inscrire dans cette logique de guerre ? Guerre qui, comme l’écrit Robert Falony, ne date pas de 2003, mais en réalité depuis l’agression de l’Irak de Saddam – appuyée par les Américains – contre l’Iran de Khomeiny en 1980. Cette guerre était d’ailleurs motivée par les mêmes enjeux.

 

 

D’autre part, il est exact que la problématique du droit d’ingérence fait débat. Il implique de soumettre la souveraineté d’une nation ou d’un peuple à des principes considérés comme supérieurs. C’est un ancien ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui est à l’origine de cette notion. Ces principes sont définis par la déclaration universelle des droits de l’homme de1948. Cependant, il n’existe aucun organe supranational indépendant des grandes puissances – en dehors du Conseil de sécurité de l’ONU – qui définisse les limites de ce droit d’ingérence.

 

 

Les rebelles de Benghazi ? On sait pertinemment qu’il ne s’agissait pas de la population de Benghazi qui se serait soulevée spontanément contre la dictature de Khadafi mais d’une partie de l’élite qui le servait et qui a utilisé ces gens pour renverser le tyran pour prendre sa place. Un de ses dirigeants était d’ailleurs l’ancien ministre de la Justice du « guide » responsable de meurtres d’Etat, de tortures et de détentions arbitraires. On sait aussi que le Conseil de sécurité a autorisé l’ingérence en donnant un mandat bien délimité, à savoir la protection de la population de Benghazi et non le renversement du dictateur et de son régime.

 

 

Alors, au-delà des grands principes, force est de constater que cette ingérence a des conséquences sanguinaires et catastrophiques et qu’elle n’a apporté aucune amélioration au sort de peuple libyen. Quant à Benghazi, elle est aujourd’hui aux mains des islamistes, la terreur y règne au point que l’ambassadeur des Etats-Unis y a été assassiné !

 

 

Le Mali ? Il s’agit d’une intervention française sans mandat de l’ONU dans une des ancienne colonies françaises. Typique de la « Francafrique » que Hollande avait promis d’éradiquer. Et puis, il suffit de lire une carte géologique pour se rendre compte ce pays de l’Afrique subsaharienne est détenteur de richesses en uranium et en or qui attirent toutes les convoitises. Et cela intéresse la transnationale française Areva. Une déferlante islamiste ? Certes, ce pays est menacé, mais qui se trouve derrière AQMI sinon d’autres puissants intérêts financiers ?

 

 

Alors, des interventions extérieures ? Oui si elles servent une politique bien définie et qu’elles ne soient pas basées sur des circonstances ponctuelles comme ce fut le cas en Libye et comme ce l’est au Mali où la France y est enlisée.

 

 

Depuis le 11 septembre 2001, le soi-disant « Occident » a déclaré la guerre contre le terrorisme. Qu’est-ce que le terrorisme sinon une stratégie ? Fait-on la guerre à une stratégie ? Et comme le répète l’ancien ministre des affaires étrangères Dominique de Villepin : Avant le 11 septembre, il y avait un foyer de terrorisme, l’Afghanistan. Aujourd’hui, il y en a une quinzaine répartis dans tout le Moyen Orient.

 

 

Nous faisons fausse route et dans la population, on commence à s’en convaincre. Ainsi, en Belgique, les mesures de sécurité qui paralysent l’économie de Bruxelles depuis quatre jours n’ont donné aucun résultat probant. On arrête dimanche soir, en mettant la capitale de l’Europe en état de siège, 16 personnes et on en relâche 15 le lendemain ! Et on s’indigne que la presse internationale se gausse des Belges. On maintient une « alerte » de niveau 4 à Bruxelles en fermant écoles et métros depuis samedi 21 novembre. On maintient le même niveau mercredi 25, mais avec écoles et métros ouverts ! Allez comprendre !

 

 

Cela a un caractère surréaliste, mais cet épisode fait partie d’un ensemble que l’on ne saisit pas bien, parce que les médias ne sont pas indépendants et ne peuvent dès lors se livrer à des analyses sérieuses de ce conflit pour éclairer l’opinion publique. Et ceux qui ont l’audace de s’écarter de la ligne – plus que sinueuse, certes – dictée aux médias font l’objet de l’opprobre « unanime ». Sans tomber dans les excès de Michel Collon qui ne fait guère l’objet d’attaques du monde médiatique – sert-il d’alibi ?, on s’aperçoit qu’un Michel Onfray, par exemple, en sait quelque-chose.

 

 

Eh bien, continuons à nous en écarter par nos analyses ! Et cela n’est pas une attitude de « munichois ».

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 15:02

par Marie-Jean Sauret

 

Marie-Jean Sauret est psychanalyste, professeur de psychopathologie clinique à l'université Toulouse Jean-Jaurès

Marie-Jean Sauret, psychanaliste et professeur à l'Université de Toulouse a une vision des choses particulièrement fine et courageuse.

Marie-Jean Sauret, psychanaliste et professeur à l'Université de Toulouse a une vision des choses particulièrement fine et courageuse.

 

Nous reproduisons ici la remarquable analyse de M. Marie-Jean Sauret, psychanalyste et professeur à l’Université de Toulouse Jean Jaurès, publiée sur le blog de notre ami Bernard Gensane (http://bernard-gensane.over-blog.com/ ).

 

L’émotion commençant à s’estomper, les observateurs que nous sommes toutes et tous sont inquiets. François Hollande et Manuel Valls, profitant du traumatisme provoqué par les attentats de Paris, présentent en urgence un projet de Patriot Act à la française.

 

En urgence ? Manifestement, ce projet était dans les cartons à l’Elysée ou à Matignon depuis longtemps. Voyons le calendrier : vendredi 13 novembre, les attentats meurtriers de Paris et de Saint-Denis, le soir même, François Hollande annonce la convocation du Congrès (Assemblée nationale et Sénat réunis) à Versailles pour le lundi 15. Dans son discours devant les représentants français, le président annonce une révision de la Constitution et une nouvelle loi sécuritaire.

 

Qu’on ne vienne pas nous raconter que ce projet a été élaboré en un week-end ! « On » attendait l’occasion de la présenter, car il ne serait certainement pas passé comme « une lettre à la Poste ». Et la boucherie de Paris est le prétexte idéal.

 

Cependant, des voix autorisée, comme celle de l’ancien Garde des Sceaux Robert Badinter, s’élèvent et dénoncent la dérive sécuritaire. L’Etat d’urgence qui avait été décrété par de Gaulle lors de la guerre d’Algérie, ne se justifie pas en l’occurrence actuelle. L’arsenal législatif français permet de prendre toutes les mesures nécessaires pour répondre efficacement aux menaces. D’ailleurs, l’opération policière de Saint-Denis, le 18 novembre, l’a démontré. Alors, pour quelles raisons veut-on renforcer le dispositif sécuritaire au point de fortement restreindre les libertés ?

 

La véritable raison ne serait-elle pas de prendre Daech comme prétexte pour mieux réprimer les mouvements sociaux qui se durcissent en France, surtout depuis la loi du banquier Macron ?

 

En définitive, les dirigeants français montrent qu’ils craignent plus l’arrachage de chemise à Air France que les bombes de Daech.

 

La réflexion du professeur Sauret est essentielle en ce sens qu’elle cerne les véritables causes de ces tragédies et nous montre comment ne pas tomber dans les pièges tendus par les médias officiels qui surfent sur l’émotion populaire.

 

D’ailleurs, le jour où l’on comprendra que la classe dirigeante cherche avant tout à se protéger au détriment du peuple qui est juste bon à encaisser les balles des kalachnikovs des djihadistes, et à empêcher ce même peuple de réagir face aux injustices qu’elle leur impose et à la misère dans laquelle elle le jette.

 

Les communistes d’antan traitaient les socialistes de « social-traîtres ». Les socialistes français d’aujourd’hui correspondent hélas de plus en plus à cette injure.

 

Pierre Verhas

 

Non, l’islamisme radical n’est pas la raison première du terrorisme, et son éradication n’est pas la solution miracle : un peu comme si les pompiers confrontés à un incendie se contentaient d’enlever du brasier le briquet du pyromane. Sans remonter aux croisades et à la cohabitation médiévale avec les musulmans finalement ratée (malgré « l’enrichissement » réciproque) en Europe, à s’en tenir à l’histoire moderne, tout témoigne d’une politique conduite par nos pays dans le seul souci de leurs intérêts « impérialistes » : la guerre d’Algérie, le soutien aux moudjahidin afghans (assassins d’instituteurs, maltraitant des femmes), contre le gouvernement laïque, l’instrumentation de l’Irak contre l’Iran, sa manipulation avec le Koweït, le mensonge sur les armes de destruction massive pour détruire Saddam Hussein (pas un saint), et maîtriser la région, le soutien aux royaumes totalitaires de la région du Moyen-Orient, la guerre à la Libye et l’assassinat de Kadhafi (pour le faire taire ?), jusqu’au calcul sordide de laisser l’« État islamique » (mal nommé) régler son compte à Bachar Al Assad, abandonnant entre deux feux la résistance née de la révolution du printemps arabe… Et il faudrait évoquer les retournements d’alliances : hier soutenant le tyran, aujourd’hui le dénonçant pour la même tyrannie en fonction des alliances et sans doute de l’opportunité de se partager les richesses de la région, et la vente d’armes à tous les camps. Le pire est sans doute de laisser s’éterniser le conflit israélo-palestinien dont les Palestiniens paient le plus lourd tribut, un peu comme si nous étions assurés d’un déséquilibre perpétuel et d’un motif tout trouvé d’intervention chez les voisins que ce conflit inquiète légitimement… Le tableau est à peaufiner (Rwanda, Mali, Tchad, Niger, République centrafricaine…).

 

Les attentats de Paris constituent un crime atroce et il convient de sortir de la logique qui amènera inéluctablement à leur répétition, plus terrible encore. Depuis des années, les mesures de sécurité ne cessent d’augmenter : forces de police, contrôles, portiques de sécurité, agences de surveillance privées, administration de plus en plus exigeante, mobilisation de l’armée, développement des services secrets, lois autorisant le contrôle et l’espionnage des particuliers, juridictions d’exception, collaborations internationales (pas toujours en confiance), autres mesures parfois aux limites de la démocratie ou franchement liberticides, et maintenant couvre-feu et état d’urgence. Elles n’ont jamais évité la survenue d’un crime de masse, d’autant plus important qu’il a dû s’élever au-dessus du mur de sécurité dressé pour protéger les citoyens : en nous proposant d’élever le mur encore plus haut, on crée les conditions pour des crimes encore plus odieux.

 

Abdelhamid Abaaoud, présumé cerveau des carnages de Paris et de Saint-Denis, tué lors de l'opération policière de Saint-Denis : un paumé ? Non un homme poussé aux crimes les plus abominables par le fanatisme et les frustrations.

Abdelhamid Abaaoud, présumé cerveau des carnages de Paris et de Saint-Denis, tué lors de l'opération policière de Saint-Denis : un paumé ? Non un homme poussé aux crimes les plus abominables par le fanatisme et les frustrations.

 

Non, malgré le nombre de morts, ce crime n’est pas le plus important que notre monde ait connu : le bombardement atomique délibéré des populations civiles d’Hiroshima et de Nagasaki, pour s’en tenir à celui-là, reste, espérons pour longtemps, une figure d’horreur difficilement égalable ! Mais c’était chez les « autres », et nous la pensions justifiée par la guerre ! Nous sommes d’un monde où il n’y a pas de place pour l’autre, le différent. Pour s’en convaincre, il n’est qu’à regarder comment sont traités les migrants – bien sûr aujourd’hui soupçonnés de receler les terroristes infiltrés, dont il faudrait mettre les suspects en camp de concentration. Sans compter que nous avons connu trois heures de guérilla urbaine (avec un cortège de morts et de blessures), quand d’autres vivent sous les bombes (y compris les nôtres). Le tri entre les réfugiés de guerre, invités à repartir une fois la paix revenue (jamais ?), et les réfugiés économiques, invités à aller mourir ailleurs que sur notre paillasson, révèle cette incapacité à penser l’altérité autrement que comme un danger à combattre : si nous ne sommes pas capables d’accueillir convenablement l’altérité là où elle se voit, il n’est pas étonnant qu’elle soit maltraitée là où elle est moins soupçonnée : cf. l’augmentation des violences à l’endroit des enfants et des femmes (ce n’est qu’un exemple !), et, finalement, le mépris de ce qui fait l’altérité de chacun (l’art, le handicap, la vieillesse…). C’est la démocratie à terme qui est menacée au nom d’un politiquement correct qui voudrait prendre l’allure d’un « tous unis ».

 

Nagasaki : des milliers de civils carbonisés et irradiés

Nagasaki : des milliers de civils carbonisés et irradiés

 

« Tous unis » pour quoi ? Pour que nous ne changions rien à la logique délétère qui voit le capitalisme accumuler de plus en plus en plus d’argent, les pauvres devenir de plus en plus en plus pauvres ? Six millions de morts de faim par an (une Shoah annuelle), un million pour ne pas avoir accès au vaccin contre les pneumopathies parce que vendu trop cher (pourtant amorti), et autant de morts pour bien d’autres vaccins et médicaments, à quoi il faut ajouter les victimes des maladies de l’eau, les maladies infantiles non soignées de par le monde, l’écrasement des peuples par les politiques d’austérité supposées sauver les banques et assurer les profits des spéculateurs, et finalement toutes les victimes du capitalisme (suicides, accidents du travail, management jusqu’au burn-out, etc.) : le voilà le plus grand crime contre l’humanité ! L’épisode des chemises d’Air France est éclairant de ce point de vue : il démontre que les serviteurs du discours capitaliste, médias, justice (et finalement beaucoup d’entre nous), considèrent spontanément qu’il y a une violence légitime du système qui nous enrôle, et une violence illégitime de ceux qui défendent leur vie.

 

Une Shoah annuelle : la faim dans le monde

Une Shoah annuelle : la faim dans le monde

 

Ce système ravale l’individu à sa valeur marchande, disqualifiant tous les idéaux nécessaires à donner un sens à leur existence que le calcul économique ne saurait fournir. Nos politiques ne ressortent les idéaux que pour tenter de maintenir la cohésion des peuples qu’ils régissent autour de ceux qui en profitent. Le nouveau maître, véritable religion des temps modernes, est cette « économystification » à laquelle les mêmes politiques ont fait allégeance. Rien d’étonnant à ce que certains cherchent alors des valeurs dans des formes capables de rivaliser avec ce scientisme (tout s’expliquerait par un calcul en dernière instance économique) : ils les trouvent dans des religions d’allure paranoïaque, et il n’y a pas que l’islamisme radical à s’offrir comme (fausse) solution. L’« État islamique » n’est que le reflet de notre monde, une maladie terrible et à combattre. La montée de l’extrême droite dans tous nos pays (et d’autres intégrismes religieux : christianisme, bouddhisme, judaïsme et d’autres sont dans la course) démontre que nous sommes largement contaminés : il ne suffira pas d’éradiquer les terroristes islamistes. Il convient de rendre impossibles les paranoïas religieuses et fascisantes.

 

Pour cela, il faut encore sortir du discours capitaliste, effacer la raison de la raison de ces attentats. Et rendre aux sujets, y compris à celui que tentait la religion folle, la possibilité de contribuer autrement à la construction du vivre-ensemble que nous souhaitons : l’énergie du migrant qui risque délibérément sa vie pour offrir un avenir meilleur à ses proches, l’énergie du terroriste qui se fait exploser préférant mourir que laisser l’« autre » vivre, pourraient rejoindre l’énergie de ceux qui témoignent dans les deux cas de leur solidarité pour éponger les dégâts. Il y a là les ressources dont nous pourrions disposer si nous savions éviter le gâchis criminel... Et nous devons inventer comment l’éviter.

 

Marie-Jean Sauret

 

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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 15:44

 

Je ne peux partager – une fois n’est pas coutume – les conclusions d’Henri Goldman dans son commentaire paru sur son blog (http://blogs.politique.eu.org/Les-Brigades-rouges-de-l-islam ) et dans la Libre Belgique du 18 novembre sur la tragédie de Paris. Il y établit un parallèle entre le terrorisme « rouge » des années de plomb (1970 -80) en Allemagne, en Italie, en France, en Espagne et en Belgique et celui des « djihadistes » de Daesh.

Une des nombreuses victimes évacuée par les services de secours. Quand se posera-t-on la vraie question : pourquoi ?

Une des nombreuses victimes évacuée par les services de secours. Quand se posera-t-on la vraie question : pourquoi ?

 

Certes, il estime à juste titre que les attentats du 11 septembre 2001, de Casablanca, de Madrid, de Londres, de Paris, de Bali n’ont rien de comparables avec le terrorisme « rouge » d’antan. Cependant, il écrit :

 

« À l’heure où les musulmans d’Europe se préparent une nouvelle fois à devoir se justifier pour ce qu’ils n’ont pas fait il est grand temps d’acter que tous ceux qui lisent le Coran n’y lisent pas la même chose. Ceux qu’on nomme « djihadistes » sont à l’islam ce que les Brigades rouges, les assassins « marxistes-léninistes » du Sentier lumineux péruvien ou les Khmers rouges génocidaires – et pourtant formés à Paris – étaient à la gauche démocratique. Ceux-là avaient rompu le cordon ombilical qui les rattachait à la grande tradition du socialisme de masse. Leur dérive sectaire les avait rendus insensible aux aspirations de celles et ceux dont ils s’étaient autoproclamés les porte-paroles. Au moment où il ne fait décidément pas bon de s’appeler Mohamed ou Fatima, de porter une barbe ou un foulard, est-il si difficile d’admettre que les musulmans d’aujourd’hui ne sont pas plus responsables des assassins qui parlent la langue de l’islam que les syndicalistes de naguère ne l’étaient d’autres assassins qui parlaient la langue du socialisme ? »

 

C’est vrai. On ne peut rendre les communautés musulmanes responsables des massacres et il faudra être très vigilant face aux réactions racistes et islamophobes exploitées politiquement par l’extrême-droite qui ne manqueront pas de se manifester dans les jours qui viennent.

 

Cependant, on ne peut comparer les deux formes de terrorisme. Umberto Eco évoquait ainsi l’action des groupes armés d’extrême-gauche : « Le terrorisme frappe la périphérie de nos sociétés ». Il avait raison. Ces actes, certes autant spectaculaires que meurtriers, restaient malgré tout marginaux.

 

Tout autre est le Djihad. Nous sommes ici devant des actes de guerre. Et cette guerre a débuté le 11 septembre 2001. Elle oppose « l’Occident » - c’est-à-dire les Etats-Unis et les puissances de l’OTAN ainsi que leurs « alliés » au Proche Orient – à ce que le président George Walker Bush a appelé « l’axe du mal », à savoir l’Irak et l’Iran. Le but proclamé de cette guerre étant la « lutte contre le terrorisme ».

 

Le cortège de 4 x 4 Toyota symbolise Daech. Comment a-t-il pu les acquérir sans une puissante complicité extérieure ?

Le cortège de 4 x 4 Toyota symbolise Daech. Comment a-t-il pu les acquérir sans une puissante complicité extérieure ?

 

Cette guerre se justifie est au niveau de la propagande par le concept historiquement faux de « choc des civilisations ». Son objectif réel est le contrôle des ressources en hydrocarbure du Moyen Orient et d’assurer une présence politique et militaire occidentale au Sud de la Russie pour achever son encerclement. Il est cependant intéressant de lire le « background » théorique qui mena à cette guerre :

 

« Cette thèse d’un « choc des civilisations » est développée par la suite par Samuel P. Huntington en 1993 dans la revue Foreign Affairs. Huntington y suggère que la source fondamentale de conflit n’est désormais ni idéologique ni économique mais culturelle, et qu’un choc des civilisations entre l’Islam et l’Occident dominera l’ère post-guerre froide. Sur la base de cette vision binaire des relations internationales, les défenseurs de la théorie de l’« affrontement » considèrent que l’islam politique a remplacé le communisme en tant que menace stratégique principale des intérêts américains. » (Mediapart : Pierre Pucot ,Syrie Irak, erreurs américaine, faillite internationale, 19 juin 2014)

 

George Walker Bush est l'instigateur du cataclysme au Moyen Orient avec la complicité de son vice-président Dick Cheney (à l'arrière-plan à gauche).

George Walker Bush est l'instigateur du cataclysme au Moyen Orient avec la complicité de son vice-président Dick Cheney (à l'arrière-plan à gauche).

 

Le premier coupable désigné du « 11 septembre » fut l’Afghanistan où Ben Laden était supposé se cacher, puis ce fut l’Irak. Le motif invoqué pour ce dernier fut la détention et la menace d’usage d’armes dites de destructions massives. Rarement, on connut mensonge d’Etat plus éhonté.

 

A l’exception de la France, de la Belgique et de quelques autres pays européens, en mars 2003, les Etats-Unis et la Grande Bretagne lancèrent, avec une coalition hétéroclite, une offensive contre l’Irak visant à éliminer le régime de Saddam Hussein. Cette attaque a mené au renversement du parti Baas et à l’exécution de Saddam, mais a surtout provoqué la destruction de l’Irak, de son patrimoine et une immense pagaille dans ce pays multireligieux et multiethnique. Cela en outre mené à la déstabilisation de l’ensemble de la région.

 

D’autre part, les Etats-Unis et l’OTAN ont envahi l’Afghanistan sous prétexte de vaincre les islamistes Taliban qu’ils n’ont jamais réussi à neutraliser. Jusqu’à ce qu’on a appelé les « printemps arabes », la guerre « contre le terrorisme » restait confinée au Pakistan et à l’Afghanistan jusqu’en 2010.

 

La révolte dite des printemps arabes de 2011 fut une surprise. Au départ, il ne s’agissait pas d’un mouvement à caractère religieux. En Tunisie où il a débuté, le soulèvement populaire s’est déclenché pour des raisons économiques et sociales, tout en luttant pour l’instauration d’un régime démocratique à l’occidentale. Le « printemps » s’est répandu dans quasi tout le monde arabe et a pratiquement échoué partout. De mouvement social, il s’est transformé en révolte religieuse, notamment en Egypte où les insurgés ont été noyautés par les Frères musulmans.

 

Le sacrifice du jeune Tunisien Mohammed Bouazizi apporta un immense espoir de libération des peuples arabes. Les religieux n'ont cependant pas manqué de récupérer les printemps arabes et les transformer en cauchemar.

Le sacrifice du jeune Tunisien Mohammed Bouazizi apporta un immense espoir de libération des peuples arabes. Les religieux n'ont cependant pas manqué de récupérer les printemps arabes et les transformer en cauchemar.

 

En Libye, il s’est agi essentiellement d’un soulèvement d’une partie de l’élite s’appuyant sur les différences ethniques entre la Tripolitaine et la Cyrénaïque. Cette élite qui collaborait avec le régime de feu Kadhafi fut soutenue par la France qui obtint de l’ONU l’autorisation d’une intervention internationale qui a renversé l’ancien dictateur. Les conséquences ne se firent pas attendre : la pagaille s’est installée et est toujours là et Daech en a profité pour durablement s’installer dans ce qu’il subsiste de la Libye.

 

Une révolte s’est déclenchée en Syrie. L’Occident a commencé par soutenir les rebelles syriens, puis les a lâchés au profit de Daech.

 

L’histoire s’est figée.

 

D’où vient Daesh ? Beaucoup d’encre a coulé pour en expliquer la genèse. Le meilleur ouvrage, à notre connaissance, est celui de Pierre-Jean Luizard aux éditions La Découverte, Le piège Daech L’Etat islamique ou le retour de l’histoire.

 

On avait parlé en ce début de XXIe siècle de fin de l’histoire, il eût mieux valu dire que l’histoire s’est figée. En effet, tout était bloqué au Moyen Orient. Les Etats issus des accords Sykes Picot de 1916 commençaient leur inéluctable déclin. L’Irak n’était plus qu’une fiction. La Syrie échappait au contrôle du pouvoir baasiste du clan El Assad. Le conflit israélo-palestinien était gelé suite à l’assassinat de Rabin et à l’échec des accords d’Oslo. Les monarchies pétrolières, par crainte de l’Iran, effectuaient de folles dépenses en armements dans le plus grand intérêt des complexes militaro-industriels américain, anglais et franco-allemand.

 

En Irak, les Américains qui y sont arrivés dans l’ignorance totale de l’histoire et des structures de ce pays et y ont créé le chaos. Ils se sont appuyés sur la majorité chiite et sur les Kurdes délaissant la minorité sunnite dont était issus Saddam Hussein et ses partisans. De nombreux attentats eurent lieu contre les chiites. Le gouvernement chiite de Bagdad, fantoche des Américains, exerça en représailles une répression féroce contre les sunnites en 2013-14.

 

D’autre part, le secrétaire d’Etat à la Défense de Bush, le sinistre Donald Rumsfeld, ne trouva rien de mieux que de dissoudre l’armée et l’administration irakiennes après l’invasion américaine. Cela déclencha l’anarchie et les cadres de l’armée de Saddam étaient dès lors disponibles pour fonder une nouvelle armée contre l’envahisseur étatsunien.

 

Un enfer sur terre

 

Voici ce qu’écrit le journaliste américain Chris Floyd le 14 novembre sur le site Information clearing house : « Nous, l’Occident, avons renversé Saddam par la violence. Nous avons renversé Kadhafi par la violence. Nous essayons de renverser Assad par la violence. Tous des régimes durs – mais de loin moins draconien que nos alliés saoudiens, et d’autres tyrannies dans le monde. Quel a été le résultat de ces interventions ? Un enfer sur terre, qui s’étend et est plus virulent d’année en années.

 

Bachar el Assad l'homme à abattre, mais qui convient à pas mal de monde.

Bachar el Assad l'homme à abattre, mais qui convient à pas mal de monde.

 

Sans le crime américain de guerre agressive contre l’Irak – qui, selon les mesures utilisées par les gouvernements occidentaux eux-mêmes, a laissé plus d’un million de morts innocents –il n’y aurait pas d’ISIS, pas « d’al-Qaeda en Irak. » Sans le financement et l’armement saoudiens et occidentaux d’un amalgame de groupes sunnites extrémistes dans tout le Moyen-Orient, utilisés par procuration pour attaquer l’Iran et ses alliés, il n’y aurait pas d’ISIS. Remontons un peu plus haut dans le temps. Sans la création directe, extensive et délibérée par les Etats-Unis et son allié saoudien d’un mouvement mondial d’extrémistes sunnites armés pendant les administrations de Carter et de Reagan (afin d’attirer les Soviets dans un bourbier en Afghanistan), il n’y aurait pas eu de « Guerre contre le terreur » - et pas d’attaques terroristes à Paris cette nuit.

 

Une fois de plus tâchons d’être aussi clair que possible : le monde infernal dans lequel on vit aujourd’hui est le résultat de politiques délibérées et d’actions entreprises par les Etats-Unis et ses alliés pendant les décennies écoulées. C’est Washington qui a dirigé/ou soutenu l’étouffement de la résistance politique laïque dans tout le Moyen-Orient, afin de mettre au pas des dirigeants récalcitrants comme Nasser et soutenir des dictateurs corrompus et brutaux, qui favoriseraient le programme US de domination politique et d’exploitation de ressources.

 

L’histoire publique du dernier demi siècle est très claire à cet égard. En retournant encore davantage en arrière, au renversement du gouvernement démocratique d’Iran en 1953, les Etats-Unis ont poussé délibérément et consciemment, les groupes sectaires les plus extrêmes afin de miner une résistance laïque plus large à leur programme de domination. »

 

La confessionalisation

 

C’est ainsi que le conflit se confessionnalisa, notamment avec l’aide de l’Arabie Saoudite et du Qatar qui voulaient à tout prix neutraliser l’Iran chiite qu’ils considèrent comme un danger mortel. Ils aidèrent massivement la résistance au pouvoir chiite d’Irak. C’est ainsi qu’est né l’Etat islamique en Irak sans que les Américains qui commençaient leur retrait puissent réagir.

 

Mais, l’Etat islamique en Irak et au Levant (c’était son nom) s’est surtout « épanoui » en Syrie, parce que la structure de la Syrie est différente. Pierre-Jean Louizard explique la complexité de la question : « Dans un contexte multiethnique et multiconfessionnel au Levant et à la Mésopotamie, la différence structurelle de l’espace syrien (…) est qu’au lieu de trois grandes communautés, comme en Irak, coexistent un nombre beaucoup plus élevés de minorités face à une grande majorité arabe sunnite (69 % et 6 % de Kurdes également sunnites). En comparaison avec l’Irak, les communautés non sunnites et non musulmanes sont donc plus diversifiées, plus dispersées, de plus petite taille et peuplent souvent les régions frontalières d’anciens vilayets (entités administratives ottomanes) ou le littoral méditerranéen. »

 

C’est bien entendu sur ces minorités que s’appuie le régime bassiste de Bachar El Assad. Cela explique – en dehors de l’aspect religieux – les persécutions de ces minorités, particulièrement les chrétiennes, par Daech aussi bien au Nord de l’Irak qu’en Syrie. Les Occidentaux n’ont absolument rien compris à la complexité du Moyen Orient – « l’Orient compliqué » selon la fameuse parole de Charles de Gaulle – et n’envisagent les choses que dans un esprit colonial alimenté par le fantasme du « choc des civilisations ». En outre, l’aveuglement occidental a permis l’expansion du wahhabisme issu d’Arabie Saoudite dans tout le Moyen Orient et même dans les communautés musulmanes d’Europe.

 

Les conséquences actuelles en sont le délitement des Etats irakiens et syriens, le Liban menacé, l’installation de Daech en Libye et dans le Sinaï égyptien. Et les attentats de plus en plus meurtriers en Europe sont aussi le fruit de la lâche stupidité de nos dirigeants dans cette guerre contre le terrorisme.

 

Enfin, il ne faut pas oublier le rôle de la Turquie qui, tout en faisant partie avec l’Arabie Saoudite et le Qatar, de la coalition occidentale contre Daech, aide financièrement et militairement l’Etat islamique, notamment dans sa lutte contre les Kurdes. Depuis sa triomphale réélection, Erdogan se montre encore plus arrogant. Des signes de plus en plus nombreux d’un soutien turc à Daech se font jour, dont le plus spectaculaire fut l’hostilité manifestée le 17 novembre par le public turc lors du match amical de football Turquie – Grèce à Istanbul.

 

Recep Tayyip Erdogan se veut être le calife des califes.

Recep Tayyip Erdogan se veut être le calife des califes.

 

La riposte française amenant aux bombardements intensifs de Raqa, capitale de Daech en Syrie montre son inefficacité. Aucune réponse actuelle n’est adéquate. Et on le sait pertinemment.

 

Comme le répète Dominique de Villepin à chacune de ses interventions, la guerre contre le terrorisme est une guerre sans fin. Elle ne peut pas s’arrêter. Et elle est menée par les Américains, non pas pour protéger le territoire et le peuple américain, mais parce que c’est tout profit pour le complexe militaro-industriel.

 

A l’aveuglement, nous avons ajouté le déshonneur.

 

Voici l’analyse impitoyable du professeur Jean-François Bayart dans « Libération » du 15 novembre, qui complète et renforce les arguments avancés par de Villepin.

 

« Les origines de ce 13 novembre sont aussi à chercher du côté de la politique étrangère de l’Europe et de la France ces quarante dernières années. La démission de l’Europe sur la question palestinienne, l’occasion manquée avec la Turquie que l’on aurait pu si facilement arrimer à l’UE, l’alliance de la France avec les pétromonarchies… sont autant d’erreurs qui n’ont fait qu’aggraver le désastre et nourrir rancœur et radicalisation au Proche-Orient.

 

Au-delà de la polémique électoralement intéressée, et assez indigne, sur les mesures de sécurité prises, ou mal prises, par le gouvernement, la classe politique, les médias, l’opinion elle-même devraient s’interroger sur leurs responsabilités de longue durée dans le désastre que nous vivons. Celui-ci est le fruit vénéneux d’un enchaînement d’erreurs que nous avons commises depuis au moins les années 1970, et que nous avons démocratiquement validées dans les urnes à intervalles réguliers.

 

La démission de l’Europe sur la question palestinienne, dès lors que sa diplomatie commençait là où s’arrêtaient les intérêts israéliens, a installé le sentiment d’un « deux poids deux mesures », propice à l’instrumentalisation et à la radicalisation de la rancœur antioccidentale, voire antichrétienne et antisémite. L’alliance stratégique que la France a nouée avec les pétromonarchies conservatrices du Golfe, notamment pour des raisons mercantiles, a compromis la crédibilité de son attachement à la démocratie – et ce d’autant plus que dans le même temps elle classait comme organisation terroriste le Hamas palestinien, au lendemain de sa victoire électorale incontestée.

 

Pis, par ce partenariat, la France a cautionné, depuis les années 1980, une propagande salafiste forte de ses pétrodollars, à un moment où le démantèlement de l’aide publique au développement, dans un contexte néolibéral d’ajustement structurel, paupérisait les populations, affaiblissait l’Etat séculariste et ouvrait une voie royale à l’islamo-Welfare dans les domaines de la santé et de l’éducation en Afrique et au Moyen-Orient.

 

Son alliance avec les pétromonarchies arabes a aussi conduit la France à appuyer diplomatiquement et militairement la guerre d’agression de l’Irak contre l’Iran (1980-1988) et à ostraciser ce dernier, alors qu’il représente, avec la Turquie, le seul môle de stabilité étatique de la région, qui détient l’une des clefs de la résolution de la plupart de ses conflits, comme nous le découvrons aujourd’hui au Liban et en Syrie.

 

La même désinvolture a présidé à la politique de la France à l’égard d’Ankara. Au lieu d’arrimer la Turquie à la construction européenne, Paris l’a snobée, au risque de perdre toute influence auprès d’elle, de favoriser sa « poutinisation » et de l’abandonner à ses liaisons dangereuses avec des mouvements djihadistes.

 

Non sans cynisme, la France a joué pendant des décennies la carte de l’autoritarisme en Algérie, en Tunisie, en Egypte, en Syrie, en Irak en y voyant un gage de stabilité, en s’accommodant de la polarisation ethno-confessionnelle sur laquelle reposaient souvent ces régimes, en espérant que les peuples se résigneraient éternellement au despotisme que l’on estimait congénital en terre d’islam, et en laissant à celui-ci le monopole de la dissidence, rendant ainsi les successions autoritaires inévitablement chaotiques. Une cocotte-minute qui explose, ce n’est jamais beau à voir.

 

Après avoir conforté les dictatures, la France s’est lancée avec puérilité dans l’aventure démocratique sans voir à quel point les sociétés avaient été meurtries par des décennies d’assujettissement, et en sous-estimant la froide détermination des détenteurs du pouvoir.

 

Puis, pour résoudre d’un bombardement magique les problèmes qu’elle avait contribué à envenimer au fil des ans, elle est à son tour entrée en guerre en suscitant de nouvelles inimitiés sans avoir les moyens de s’en préserver.

 

Les situations inextricables de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Syrie, de la Libye ne sont que la résultante de ces erreurs de calcul, ou de ces calculs à courte vue. Sans doute annoncent-elles ce que nous réserve la restauration autoritaire en Algérie (dès 1991) et en Egypte (en 2014). A l’aveuglement et aux inconséquences, nous avons ajouté le déshonneur par le traitement que nous avons réservé aux réfugiés qui fuyaient les guerres que nous (ou nos alliés) avions déclenchées, en Libye et en Irak, et les autoritarismes que nous avions soutenus. »

 

Daech est un monstre que nous avons engendré.

 

Daesh est un monstre que nous avons engendré. Il est né des frustrations des peuples arabo-musulmans du Proche Orient. Ce n’est pas l’Islam le problème, c’est le drapeau de l’Islam qui est brandi par ces gens comme l’étendard d’une illusoire et sanglante conquête.

 

Dans cette guerre, comme dans les précédentes, depuis la Yougoslavie, les Occidentaux ont pris parti pour celui qui, en définitive, n’était pas leur ennemi et ils persistent dans cette erreur en appuyant les monarchies pétrolières et en se pliant aux quatre volontés d’Erdogan qui rêve lui aussi d’un califat dominé par la Turquie.

 

Et puis, vient presqu’immédiatement la dérive sécuritaire. Les attentats ont eu lieu le 13 novembre, le président Hollande convoque le Congrès à Versailles le 16 novembre et propose une révision de la Constitution pour donner à l’Etat des pouvoirs d’exception et donc restreindre les libertés.

 

Il est impossible, en si peu de temps, de préparer une révision constitutionnelle. Aussi, on peut raisonnablement supposer qu’on attendait l’occasion pour la présenter. Merci Daech ! Et que vise cette révision vers plus de pouvoir sécuritaire à l’exécutif sinon des moyens accrus de répression des mouvements sociaux qui ne manqueront pas de se déclencher ?

 

La chemise arrachée à Air France aura fait très peur à ces messieurs !

 

Combien faudra-t-il de victimes pour enfin comprendre ?

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

PS. L’hédonisme est-il une bonne réponse ?

 

Le « New York Times » écrivait au lendemain des attentats de Paris :

 

« La France incarne tout ce que les fanatiques religieux du monde détestent : profiter de la vie sur terre par une multitude de petites voies : une tasse parfumée de café avec un croissant au beurre le matin, de belles femmes en robe courte souriant librement dans la rue, l’odeur du pain chaud, une bouteille de vin partagée avec des amis, des enfants qui jouent dans le jardin du Luxembourg, le droit de ne pas croire en un quelconque Dieu, ne pas s’inquiéter des calories, flirter, fumer et avoir une sexualité sans être forcément marié, prendre des vacances, pouvoir lire n’importe quel livre, aller à l’école gratuitement, jouer, rire, revendiquer, se moquer des prêtres comme des politiciens, laisser l’inquiétude sur l’après-vie aux morts. Aucun pays ne vit mieux sur terre que les Français. »

 

A chacun et à chacune d’en juger !

 

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Published by pierre verhas
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