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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 11:10

 

Les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et la crise des migrants ont été le révélateur de l’état de déliquescence de l’Etat nation européen.

 

Certains disent aussi « de l’Europe ». C’est en partie vrai. Il serait plus juste de parler de l’échec de « l’intergouvernementalité », autrement dit, la somme des Etats-nations ne forment pas une entité supranationale.

 

Qu’il s’agisse des attentats ou de la venue massive de migrants, les Etats européens se sont avérés incapables d’avoir une réponse adéquate et efficace. En outre, les principes fondamentaux de vie sociale sont bafoués.

 

La France a connu deux vagues d’attentats en 2015 : en janvier, « Charlie Hebdo » et l’hyper casher et en novembre, le « Bataclan », le stade de France et les terrasses. Quels furent les causes de ces tragédies et quelles furent les répliques du gouvernement français ?

 

Les causes

 

Les causes. Michel Onfray – le maudit ! – écrit : « Vous bombardez leur pays, vous déchirez leurs familles, vous dessinez leur Prophète dans les dessins les plus ridicules, vous encouragez les chrétiens africains puis vous les armez pour tuer des Musulmans au Mali et en Afrique centrale… Puis vous manifestez comme des victimes ! » Cela, côté cour.

 

 

Michel Onfray - le maudit - voit le monde sous un autre éclairage.

Michel Onfray - le maudit - voit le monde sous un autre éclairage.

 

Ajoutons, côté jardin : vous appuyez les rebelles syriens contre le régime de Hassad, non à cause de ses atrocités, mais pour son alliance avec l’Iran et la Russie, tout en sachant bien que ces rebelles font partie de Daesh financé et armé par le Qatar et l’Arabie Saoudite.

 

Par ces contradictions, n’est-ce pas vous la cause ? La politique étrangère des pays européens dont la France systématiquement alignée sur les néoconservateurs américains mène à la catastrophe. François Hollande fait tout pour réintégrer totalement la France à l’OTAN. Cette politique ne répond en rien aux intérêts vitaux des peuples européens. Où est l’intérêt de se positionner dans un bloc contre la Russie ? En quoi, ce pays est-il ennemi de l’Europe ?

 

Au Moyen Orient, l’alliance systématique avec le gouvernement nationaliste israélien n’apporte rien à la paix. Elles sont pitoyables, les tergiversations avec la Turquie d’Erdogan qui se transforme en un pays fasciste et qui n’est pas loin de procéder à un nouveau génocide, avec les Kurdes, cette fois-ci. En outre, le régime islamiste « modéré » d’Ankara est en cheville avec Daesh.

 

Recep Tayyip Erdogan, un dangereux dictateur avec qui la France entretient d'excellentes relations.

Recep Tayyip Erdogan, un dangereux dictateur avec qui la France entretient d'excellentes relations.

 

De plus, le commerce des armes – et particulièrement du Rafale de Dassault – provoque des compromissions avec des pays dont les intérêts sont fondamentalement contraires à ceux de la France et de l’Europe. Des liens douteux se forment entre les hommes d’affaires français et l’émirat du Qatar qui rachète systématiquement les hôtels de haut de gamme à Paris et sur la côte d’Azur, la principale équipe de football bradant ainsi des secteurs florissants pour le seul intérêt de quelques personnages aussi puissants que douteux qui hantent les allées du pouvoir.

 

Donc, un Etat faible prêt à toutes les compromissions ne peut organiser une résistance efficace à l’offensive terroriste dont sa population est victime. Mais, on peut se poser une question : mesure-t-on réellement ce qu’est le terrorisme ?

 

Le terrorisme n’est pas ce que l’on croit.

 

Tout aussi atroce qu’il soit, le terrorisme est une arme psychologique. Mesurons les choses : le terrorisme en France a provoqué 149 décès et 51 blessés graves et handicapés – on les oublie, ceux-là, ils ne sont pas médiatiques –, combien y a-t-il de victimes, de blessés, d’handicapés de la route chaque année avec leur lot de terribles conséquences pour les familles ? Bien plus nombreux que les victimes du terrorisme.

 

 

149 tués et 51 blessés graves et handicapés par les attaques du 13 novembre 2015.

149 tués et 51 blessés graves et handicapés par les attaques du 13 novembre 2015.

 

Le terrorisme est une arme psychologique. Il frappe spectaculairement avant tout des symboles du pouvoir ou de la culture du pays à combattre : le WTC et le Pentagone aux USA lieux des pouvoirs financier et militaire, « Charlie Hebdo » pour ses caricatures, le « Bataclan » pour le modèle culturel qu’il représente, le Musée juif de Bruxelles contre la communauté juive, etc.

 

Sur un plan purement stratégique, ces frappes n’ébranlent pas – ou très peu – l’infrastructure de base de l’Etat et de sa défense. Elles frappent les opinions. Leur surmédiatisation y contribue largement, d’ailleurs. Cette surmédiatisation a d’ailleurs comme objectif la manipulation de l’opinion publique.

 

Les actes terroristes sont avant tout des messages destinés aux Etats où ils se produisent. Ils peuvent constituer un avertissement ou des représailles de la part de la puissance qui les fait commettre. Ils sont l’œuvre de l’Etat profond ou d’une nouvelle forme de puissance structurée : l’Etat terroriste, comme le fameux Etat islamique. Ils sont donc un instrument de ce qu’on appelle « la diplomatie parallèle » et non des actes de guerre comme on veut le faire accroire.

 

Le terrorisme : un levier !

 

Alors, pourquoi ? Parce que l’Etat « victime » se sert du terrorisme pour imposer des mesures qu’il ne pourrait jamais appliquer en des circonstances ordinaires.

 

C’est le cas du fameux « Patriot Act » pris sous la présidence de George W Bush après les attaques du 11 septembre 2001. Il y a bien des points communs avec l’Etat d’urgence proclamé par François Hollande après les massacres du 13 novembre 2015. Et c’est cela qui est inquiétant.

 

 

George Walker Bush fut l'instigateur du Patriot Act qui ébranla la démocratie américaine.

George Walker Bush fut l'instigateur du Patriot Act qui ébranla la démocratie américaine.

 

Le USA PATRIOT Act est une loi antiterroriste qui a été votée par le Congrès des États-Unis et signée par George W. Bush le 26 octobre 2001.

 

Dans la pratique cette loi autorise les services de sécurité à accéder aux données informatiques détenues par les particuliers et les entreprises, sans autorisation préalable et sans en informer les utilisateurs.

 

- Le Patriot Act renforce les pouvoirs des agences gouvernementales (FBI, CIA, NSA et armée) et réduit les droits de la défense.

 

- Il crée les statuts de "combattant ennemi" et de "combattant illégal", utilisé notamment pour les détenus de Guantanamo et qui peuvent être détenus indéfiniment.

 

- Il prévoit que toute intrusion dans un système informatique peut être assimilée à un acte de terrorisme.

 

- Il autorise le FBI à épier la circulation des messages électroniques et à conserver les traces de la navigation sur le Web de toute personne suspectée de contact avec une puissance étrangère.

 

- En août 2006, une juge fédérale a déclaré contraire à la constitution les écoutes téléphoniques et a ordonné l'arrêt du programme secret de surveillance intérieure de la NSA. La loi autorisait la mise sur écoute de toute personne ayant un rapport proche ou lointain avec une personne présumée terroriste. Après les révélations d’Edward Snowden, on a vu ce que cela a donné !

 

- Une disposition autorisant l'administration à avoir accès aux bases de données des bibliothèques et des libraires a été supprimée par un amendement.

 

Et il existe une autre loi qui a été prise dans la foulée du 11 septembre en même temps que la proclamation de l’état d’urgence et qui est bien moins connue du public européen, c’est l’AUMF (Authorization for Use Military Forces) votée par le Congrès des Etats-Unis le 14 septembre 2001. Cette autorisation permet toute intervention militaire dans le cadre de la répression des attentats du 11 septembre à l’extérieur des Etats-Unis. On a voulu élargir la portée de cette autorisation, mais les diplomates s’y sont opposés estimant que ces interventions sont contreproductives. Néanmoins, comme l’écrit Peter Dale Scott dans L’Etat profond américain : « La récente intensification du militarisme de ce pays [les USA] découle en grande partie de « l’état d’urgence » décrété le 14 septembre 2001 et renouvelé chaque année par le Président. »

 

 

Julian Assange a dénoncé les turpitudes de l'Etat profond américain et d'autres Etats. Il est toujours réfugié à l'ambassade d'Equateur à Londres.

Julian Assange a dénoncé les turpitudes de l'Etat profond américain et d'autres Etats. Il est toujours réfugié à l'ambassade d'Equateur à Londres.

 

Quelques années après, Julian Assange au moyen de son réseau Wikileaks a pu donner les preuves des interventions criminelles de l’armée et des services secrets américains en Irak. Et ensuite, Edward Snowden dénonça preuves à l’appui la « surveillance générale » et mondiale instaurée par la NSA, une des plus importantes agence américaine.

 

En France, l’état d’urgence ne va pas aussi loin, parce qu’elle ne dispose pas des moyens équivalents à ceux des Etats-Unis et aussi, car l’opinion publique n’accepterait pas l’extension des pouvoirs de l’armée. Mais l’état d’esprit est le même : restreindre les libertés sous prétexte de lutte contre le terrorisme.

 

Confusion entre l’état d’urgence et la lutte contre le terrorisme

 

Comme le rappelle Charlotte Girard, maître de conférence en droit public à l’université Paris-X dans « Libération » du 25 janvier : « Toutes les constitutions prévoient des mesures d’exception, même si leur nom peut varier d’un pays à l’autre. (…) Leur mise en œuvre et leur mode de renouvellement dépendent des régimes juridiques propres à chaque pays. Ces mesures sont prises quand la sécurité de l’Etat est menacée par un péril imminent, terroriste, mais aussi environnemental. » Ce sont les Parlements qui décrètent l’état d’urgence dans tous les pays démocratiques, même aux Etats-Unis avec le Patriot Act, à l’exception notable de la en France où c’est le Président de la République qui décrète l’état d’urgence.

 

L’universitaire s’inquiète d’une évolution dangereuse : il y a une forme de normalisation de la réaction des Etats face au terrorisme. « Il y a une confusion entre l’état d’urgence et la lutte contre le terrorisme, qui brouille la séparation des pouvoirs. Le Patriot Act a donné le la après le 11 septembre. On a ensuite vu ce système se perpétuer dans le temps et dans l’espace, notamment en Europe et dans les pays du Maghreb. Ce pack sécuritaire antiterroriste revêt toujours les mêmes formes. »

 

Charlotte Girard pointe la les mesures contre les flux migratoires, l’extension des pouvoirs des services de renseignement et de la police mettant ainsi le juge à l’écart, notamment en matière de perquisitions, de gardes à vue, de mises en résidence surveillée, etc. Cela bouleverse la séparation des pouvoirs « avec la captation du pouvoir normatif par l’exécutif et l’éloignement de l’autorité judiciaire » Et dans les Etats fédéraux ou décentralisés, le pouvoir de décision est confisqué au profit du pouvoir exécutif central. Et elle conclut par ce constat : « La nouveauté actuelle réside dans le double langage : nous sommes toujours en démocratie, tout en appliquant des mesures qui ne relèvent pas de ce régime. La réaction au terrorisme a pour effet de renverser la hiérarchie des normes : il s’agit désormais de préserver la sécurité au détriment de la liberté. »

 

Manuel Valls pousse à la pérennité de l'état d'urgence. François Hollande le fera inscrire dans la Constitution.

Manuel Valls pousse à la pérennité de l'état d'urgence. François Hollande le fera inscrire dans la Constitution.

 

Le gouvernement de Manuel Valls veut prolonger l’état d’urgence décrété en novembre dernier de trois mois et François Hollande souhaite l’inscrire dans la Constitution, donnant ainsi la possibilité de le rendre permanent.

 

Merci les terroristes !

 

Certes, face aux attaques meurtrières, à l’exception de quelques extrémistes, personne ne conteste la nécessité de prendre des mesures exceptionnelles et temporaires pour assurer un minimum de sécurité et éradiquer ces bandes redoutables de voyous terroristes.

 

Cependant, on observe que ces mesures ne sont guère temporaires. Alors, pourquoi ? Est-ce vraiment le terrorisme que l’on combat, ou autre chose ?

 

On en a déjà eu un aperçu lors de la COP 21. Des militants écologistes ont été mis en résidence surveillée sans aucune décision judiciaire motivée.

 

Bientôt, ce sera le tour de tout militant jugé « dangereux » par le pouvoir. Or, avec le train de mesures antisociales en préparation en France, notamment sous la férule du banquier Macron, il faut s’attendre à des mouvements sociaux de grande ampleur dans tous les secteurs et dans plusieurs catégories de travailleurs. L’état d’urgence et son train de mesure sera donc bien utile !

 

Et chacun sait qu’un pouvoir fort sonne le glas d’un Etat fort.

 

Merci les terroristes !

 

Pierre Verhas

 

Prochain article : la déliquescence de l’Union européenne

 

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 17:49

 

Voulez-vous savoir comment est produit votre smartphone, votre Ipad, votre Iphone, votre PC, votre Play Station ?

 

En définitive, si ces appareils que tout le monde possède, exhibe et qui envahissent notre vie quotidienne, sont très bon marché, il doit y avoir une raison.

 

La plupart d’entre eux sont fabriqués à Shenzen par l’entreprise transnationale Foxconn.

 

La ville de Shenzhen au Sud de la Chine, non loin de Hong Kong est un ancien village de pêcheurs devenu une immense métropole, grâce à l’adhésion de la Chine au système économique capitaliste, sous le fameux mot d’ordre de Deng Xiao Ping « Enrichissez-vous ! ».

 

 

La mégalopole de Shenzen pure réalisation du capitalisme communiste chinois abrite la grande usine de l'entreprise transnationale Foxconn

La mégalopole de Shenzen pure réalisation du capitalisme communiste chinois abrite la grande usine de l'entreprise transnationale Foxconn

 

Cette mégalopole surgie de terre qui fut déclarée zone franche, ou paradis fiscal, si vous voulez, a été en 1980 la première zone économique spéciale ouverte aux investissements étrangers ou chinois à l’étranger. Foxconn s’y est installée dès 1988 bénéficiant des avantages fiscaux, de l’eau à bon marché et de normes environnementales minima, voire inexistantes. Il y a peu, des habitants de Shenzen furent victimes d’un glissement de terrain suite à l’effondrement d’une montagne de déchets provenant des usines Foxconn.

 

Foxconn Technology, anciennement Hon Hai Precision Industry Company Ltd., est un groupe industriel taïwanais spécialisé dans la fabrication de produits électroniques, principalement implanté en République populaire de Chine.

 

Terry Gou sans doute un des plus puissants tyran.

 

Cette entreprise a été fondée par le Taïwanais Terry Gou qui est né en 1950 à Taiwan d’une famille de Chinois ayant fui le régime maoïste.

 

 

Terry Gou le milliardaire taiwanais fondateur de Foxconn

Terry Gou le milliardaire taiwanais fondateur de Foxconn

 

Autodidacte, en 1974 , il fonde l'usine de plasturgie Foxconn avec dix employés dans la banlieue de Taipei à Taiwan sous le nom de Hon Hai avec 7500 dollars de capital de départ prêté par sa mère. Il fabrique en sous-traitance des pièces en plastique pour des téléviseurs, puis de la connectique et des circuits imprimés et commence à prendre de l'importance en 1980 en participant à la fabrication d'une des premières consoles de jeux vidéo au monde, l'Atari 2600 d'Atari, son premier gros client mondial.

 

Au début des années 1980 il est un des pionniers du miracle taïwanais et de la mondialisation économique en parcourant personnellement les États-Unis pour proposer avec succès les premières offres commerciales d'exploitation de la main-d'œuvre taïwanaise à très bas prix, imbattable et très offensive en sous-traitance. Il avait compris bien avant d’autres les avantages du dumping social !

 

Il travaille alors pour les marques IBM, Lenovo, Hewlett-Packard, Dell, Acer, Apple, Asus, Intel, Motorola, Cisco, Microsoft, Nintendo, Sony, LG Group, Samsung, Nokia, HTC, etc.

 

En 1988 à la suite de la flambée de ses commandes, des coûts de main d'œuvre à Taïwan, et du développement de l'économie socialiste de marché de la Chine – autrement dit le capitalisme totalitaire – Gou fonde une usine forteresse de 22 km² à Shenzhen où le prix de la main d'œuvre est un des plus bas au monde.

 

En 1991, il finance son gigantesque développement mondial par un apport de 43 milliards de dollars issus de la mise en bourse de Foxconn.

 

En 2011, le groupe continue son développement en installant de nouvelles usines vers les provinces les moins développées de Chine, d'Asie et du monde. Foxconn est le fabricant N°1 de matériel électronique multimarques dans le monde, premier employeur en Chine, plus important chiffre d'affaires à l'exportation de Chine, avec plus de 100 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel et 2,64 milliards de dollars de bénéfice net en 2011.

 

Comme quoi le quasi état de guerre entre la Chine et Taïwan n’a aucune signification au regard des intérêts économiques de Foxconn et de l’oligarchie chinoise.

 

Actuellement, Foxconn Technology est la firme réalisant le plus important chiffre d'affaires à l'exportation en Chine continentale. Elle est aussi la deuxième société pour le chiffre d'affaires à l'exportation en République tchèque et est classée dans les dix premières à Taïwan, Hong Kong et en Inde.

 

Cette société s’est aussi fondée sur le constant afflux de populations en provenance des zones rurales suite au dépeuplement programmé par le gouvernement de la République populaire de Chine. C’est ainsi que Foxconn a mis au point un véritable système d’esclavage.

 

La machine est ton maître.

 

Ce système est dépeint dans un excellent petit livre intitulé La machine est ton seigneur et ton maître, signé par Yang, Jenny, Chan et Xu Lizhi.

 

Les travailleurs appelés aussi iSlaves sont happés par l’entreprise grâce à une propagande agressive et mensongère qui leur vante une brillante carrière. Aussitôt qu’ils franchissent les portes des ateliers, leurs illusions disparaissent. Ils s’aperçoivent instantanément que le paradis promis est en réalité un enfer dont il est difficile de s’échapper.

 

 

Calicot de propagande de Foxconn dans un village chinois pour appâter de la main d'oeuvre à laquelle on vante un paradis qui est en réalité un enfer.

Calicot de propagande de Foxconn dans un village chinois pour appâter de la main d'oeuvre à laquelle on vante un paradis qui est en réalité un enfer.

 

Les travailleurs sont immédiatement soumis à une discipline de fer. Les journées de travail sont particulièrement longues. Les heures supplémentaires sont quasi obligatoires. Les ouvriers – essentiellement des femmes – sont disposés dans un atelier les uns à côté des autres sur de longues tables appelées « lignes de production ». Chaque ouvrier ou ouvrière sur une ligne de production est responsable devant un chef de ligne qui, lui-même, est responsable devant le chef de production qui répond au chef d’atelier.

 

Croissance, ton nom est souffrance !

 

Chaque journée commence par une assemblée des travailleurs – temps non payé – avant le travail où les chefs leur exposent les résultats des contrôles de qualité et des quotas de production. L’assemblée commence par l’appel de tous les ouvriers. Les chefs les obligent ensuite à répondre à la question : How are you ? à laquelle toutes et tous sont tenus de répondre en chœur : Good, very good, very very good ! , puis les chefs expliquent les tâches du jour et enfin ils énoncent les reproches sur le travail de la veille. Les mots d’ordre ressemblent à une formule orwellienne et ce n’est sans doute pas fortuit :

 

« - Croissance, ton nom est souffrance.

 

 - Un environnement dur est une bonne chose.

 

 - Exécuter c’est avoir intégré rapidité, exactitude et précision. »

 

Le travailleur est devenu la prolongation de la machine.

 

Le modèle de production à Foxconn ressemble à du taylorisme classique. Mais le travail de l’ouvrier sur les machines est simplifié au maximum. Il n’a besoin d’aucune connaissance technique. Le travail ne nécessite aucune capacité de réflexion par soi-même. Il se compose de gestes simples répétés à l’infini. Le travailleur est au service des machines qui absorbent les matières premières et qui, après les avoir ingérées, crachent les produits finis auxquels il doit ajouter un élément ou un accessoire. Ainsi, l’ouvrier n’assure plus de fonction importante dans la production. Il est devenu la prolongation de la machine. Il lui est interdit de penser. Ce travail lui enlève toute capacité d’innovation, d’accomplissement ou d’initiative.

 

 

L'atelier de Foxconn où l'on fabrique les Iphones.

L'atelier de Foxconn où l'on fabrique les Iphones.

 

Foxconn applique ce qu’on appelle la politique des « 8S ». « La politique des 8S de Foxconn s’inspire de la technique de management japonais dite des « 5S » conçue pour améliorer l’efficacité et la performance organisationnelle : « trie [seiri], range [seiton], nettoie [seiso], standardise les trois premières procédures [seiketsu], continue à trier, ranger, nettoyer, standardiser », etc. A ces règles s’ajoutent dans le système sino-taïwanais, la protection, l’économie et la sécurité. »

 

Le travailleur est donc totalement soumis à ces règles qu’il est tenu de respecter de manière absolue. Des milliers d’agents de sécurité parcourent l’immense complexe et font des rondes dans chaque unité de fabrication et dans chaque dortoir. À la pause de midi, très courte, l’ouvrier(e) se rend à la cantine et avale son repas en toute vitesse pour retourner aussitôt à son poste de travail. Bon nombre de travailleurs sautent le repas pour pouvoir faire des heures supplémentaires. Bien entendu, le silence absolu est de rigueur. Même pendant la pause déjeuner, parler n’est pas de coutume. Aussi, toute relation sociale ou amicale est impossible.

 

Normal : cela pourrait générer des solidarités qui constitueraient un danger pour le système.

 

 

Même la pause déjeuner ne permet pas aux travailleurs de nouer des relations.

Même la pause déjeuner ne permet pas aux travailleurs de nouer des relations.

 

À la fin de la journée, il arrive que les ouvriers soient tenus de rester sur place.

 

« Cela arrive à chaque fois qu’un salarié est puni. Une fille est obligée de rester debout devant tout le monde et de lire une autocritique. Il faut qu’elle parle suffisamment fort. Le responsable de ligne peut demander à un ouvrier tout au fond de l’atelier s’il entend bien quelle faute elle a commise. » Bien entendu, l’ouvrière humiliée, ayant le sentiment d’avoir perdu la face, s’effondre en larmes.

 

Et le chef de ligne hurle : « Si un employé perd ne serait-ce qu’une minute sur la cadence, combien de temps fait-il perdre à cent personnes ? »

 

Il y a vraiment bien des points communs entre les pratiques les plus abominables du maoïsme et celles du capitalisme absolu !

 

Enfin, il y a alternance de travail de jour et de travail de nuit. Ainsi, le travailleur ne parvient pas à trouver un rythme normal de vie. Cela empêche également toute vie sociale, parce que ce système à horaires décalés interdisait de facto de nouer des liens avec ses voisin(e)s de dortoirs. En plus, chaque travailleur est tenu de changer régulièrement de chambre. Même la nuit et dans le peu d’intimité dont il dispose, le travailleur est soumis aux diktats de Foxconn !

 

 

Même dans les dortoirs de Foxconn, il est impossible de nouer la moindre relation...

Même dans les dortoirs de Foxconn, il est impossible de nouer la moindre relation...

 

Le travailleur touche sa paie à la fin du mois. Le salaire de base mensuel est d’environ 1.400 Yuans, soit 175 Euros. À ce moment, il est tenu de se rendre à un guichet où il reçoit une carte de débit. Ensuite, il doit aller à un autre guichet pour recevoir son salaire en espèces. Cependant, beaucoup d’entre eux n’ont pas été embauchés initialement dans l’atelier qui les occupe. Aussi, doivent-ils se rendre au lieu de leur engagement pour disposer de leur argent. Cela nécessite dans certains cas de fastidieuses recherches et une longue route, car le site est immense et plusieurs ateliers se trouvent dans des localités aux environs de Shenzen. Il arrive que certains travailleurs n’arrivent pas à toucher leur paie.

 

En définitive, si Foxconn accumule les capitaux, ses travailleurs accumulent les désarrois.

 

Un système militaire qui mène au suicide

 

Comment fonctionne l’entreprise Foxconn ? Il s’agit d’un système de travail militarisé basé sur une hiérarchie bien définie et sur l’obéissance absolue.

 

« Le système de management de Terry Gou fondé sur son expérience à l’armée, repose sur une obéissance absolue du sommet à la base de ce qui forme une chaîne de commandement. (…) Chez Foxconn, treize niveaux de management forment une pyramide traversée par des lignes hiérarchiques claires. Les dirigeants seniors définissent la stratégie du groupe et les objectifs de profits annuels ; le management intermédiaire planifie la mise en œuvre et distribue les responsabilités tandis qu’à l’atelier les opérateurs de production travaillent sous la supervision constante de plusieurs niveaux de managers : responsables de lignes adjoints, responsables de ligne, chefs d’équipe, superviseur, etc. »

 

Il y a cependant des rébellions. Ainsi, il arrive qu’un travailleur pousse sur le bouton d’arrêt d’urgence de la machine et aussitôt sur le bouton de mise en marche. Bien entendu, la machine tombe en panne. Ainsi, pourra-t-il se reposer le temps que les techniciens réparent l’appareil. Un autre jette des pièces en parfait état en les faisant passer pour défectueuses. Il y a plein d’autres astuces de ce genre difficilement détectables par les chefs de ligne.

 

Mais la manifestation la plus fréquente de révolte est le suicide des ouvrières et des ouvriers. Le travailleur à bout se donne la mort en se jetant d’une des fenêtres de son atelier qui se situent aux étages. Ce phénomène tragique a pris de l’ampleur au point que la presse et les autorités chinoises s’en sont émues.

 

La promesse de « non-suicide »

 

Terry Gou a admis que cela posait question et a promis de prendre des mesures pour résoudre les problèmes « psychologiques » des travailleurs. Voici ce qu’il a déclaré en 2010 : « A Taiwan, si un ouvrier se suicide à cause de problèmes émotionnels, son employeur ne sera pas tenu pour responsable alors qu’en Chine nous nous faisons taper sur les doigts à partir du moment où ils habitent et dorment dans nos dortoirs. » Le seul souci du « n° 1 » de Foxconn était l’impact de cette vague de suicides sur l’image de l’entreprise !

 

Evidemment, rien n’a été modifié dans la structure de Foxconn et au niveau de l’organisation du travail. La DRH a même tenté de faire signer au travailleur une déclaration qui consiste à dégager au préalable Foxconn de ses responsabilités aussi bien pénales que civiles en cas de suicide, tout en empêchant tout recours de la part de la famille. Cette « promesse de non-suicide » a provoqué un tollé dans la société civile et bon nombre de travailleurs ont refusé de la signer. Aussi, ce projet a été abandonné. Et ce mois-là – mai 2010 – connaît un record de suicides : sept dont six décès.

 

La seule réponse trouvée par Foxconn fut de souder les fenêtres et d’installer des filets « anti-suicides » le long des immeubles, aux étages des ateliers…

 

 

Les filets "anti-suicides" disposés en dessous des fenêtres ateliers de Foxconn

Les filets "anti-suicides" disposés en dessous des fenêtres ateliers de Foxconn

 

« Dans les deux principaux complexes industriels Foxconn de Longhua [Longhua rassemble plus de 350.000 ouvriers sur un espace de 3 km2] et de Guanlan où plus de 500.000 ouvriers vivent dans une environnement totalisant et surpeuplé, ainsi que dans toutes les usines du pays, des filets anti-suicides sont installés. (…) Les dortoirs des usines abritent un nombre immense de travailleurs migrants privés du soutien de leurs réseaux familiaux et de la vie communale. »

Hypermarché de Foxconn à Longhua. Le travailleur vit par et pour l'entreprise.

Hypermarché de Foxconn à Longhua. Le travailleur vit par et pour l'entreprise.

 

 

Ainsi, les mesures anti-suicides ont accru le sentiment d’enfermement et d’étouffement des travailleurs. Finalement, le suicide restait leur seule et ultime liberté !

 

Quant aux syndicats, malgré la politique du gouvernement chinois qui encourageait la constitution d’organisations syndicales dans les usines à capitaux étrangers, Foxconn a longtemps résisté, et puis, face aux pressions, a fondé un syndicat dans l’usine de Longhua. Terry Gou a placé à sa tête son assistante personnelle, Cheng Peng !

 

Certains espoirs, fort ténus cependant, sont permis : l’expansion de Foxconn l’oblige à ouvrir de nouvelles usines et les travailleurs qui y sont employés viennent des localités proches. Ils ont donc conservé les liens sociaux et familiaux et une résistance peut ainsi s’organiser. Mais ce sera à long terme et on verra si le rapport de forces sera suffisant.

 

En plus de l’épouvantable condition ouvrière chez Foxconn, on peut se demander si son « exemple » ne finira pas par inspirer l’organisation du travail ailleurs. Tout est bon dans le néolibéralisme ambiant pour étouffer toute velléité de résistance de la part des travailleurs.

 

Vers un être sous-humain ?

 

Etant donné le rapport de forces chez Foxconn, la traditionnelle politique de la carotte et du bâton a été remplacée par celle du bâton. Le travailleur n’a aucun espoir de promotion, aucune prime. La perfection telle que définie par Foxconn est considérée comme la normalité. Mais, il lui est interdit de réfléchir, de proposer, d’innover.

 

Les pratiques du management sont basées sur la punition et l’humiliation. D’ailleurs, la pression est mise à chaque niveau de la hiérarchie. Les ouvriers sont sous la pression des chefs de lignes qui sont tenus d’atteindre les objectifs de production exigés et qui sont responsables auprès des chefs de production, eux-mêmes devant rendre compte au chef d’atelier et ainsi de suite.

 

C’est ainsi que progressivement, l’humain devient un robot.

 

La vie d’un employé est atomisée. Il n’est qu’un individu devant s’identifier à l’entreprise : « Famille unie au cœur plein d’amour ». En réalité, il vit dans une profonde solitude au sein de la multitude. Il lui est impossible de nouer des relations sociales signifiantes.

 

En y réfléchissant bien, cela correspond à l’idéal de la pensée néolibérale qui voit la société comme un conglomérat d’individus animés par ses seuls intérêts matériels.

 

Et Terry Gou s'oriente dans cette voie. A une conférence de presse qui eut lieu à Taipeh en 2013, il exprima sa volonté de se débarrasser de ses travailleurs humains et de les remplacer par des robots qu'il appelle les « foxbots » et déclara qu'il était las de gérer « un million d'animaux » !

 

Cependant, cela n'est pas aussi facile, car aucun robot n'a encore la souplesse et la finesse de geste des mains humaines qui font la richesse de Foxconn.

 

Prenons garde à ce que Foxconn ne se transforme avec ses iSlaves en un laboratoire où l'être humain sous-humanisé ne soit dominé par des robots créant ainsi des être sous-humains dans le seul but de produire au plus grand profit de Terry Gou et de ses congénères.

 

Pierre Verhas

 

Yang, Jenny Chan, Xu Lizhi, La machine est ton seigneur et maître, Editions Agone, Marseille, 2015, 110 pp., ISBN 978-2-7489-0238-9

 

Question subsidiaire :

 

Vous êtes sans nul doute un chaud partisan du commerce équitable. Vous n’achetez donc pas des produits manufacturés par des esclaves. Aussi, vous ne continuerez certainement pas, après avoir lu ceci, à acheter des Iphones, Ipad, PC, Play Stations, smartphones Samsung et autres PC fabriqués par les iSlaves de Foxconn. N’est-ce pas ?

 

 

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 10:50

Oui ! Il faut bien céder à la tradition des vœux de début d’année.

 

Eh bien ! Souhaitons – sans aucune illusion, mais c’est la coutume – que les menaces qui ont pesé sur 2015 s’estompent, voire disparaissent en 2016.

 

 

La menace financière (I)

 

 

La Grèce est sans doute le pays qui a été le plus meurtri par des mesures aussi drastiques qu’injustes, ayant par-dessus le marché (financier) prouvées leur inefficacité. Tsipras a dû manger son chapeau après un référendum qui l’enjoignait à ne pas céder face au diktat de la sinistre troïka. Il a été réélu, les Grecs sachant bien qu’ils n’avaient plus le choix.

 

Et ce n’est pas fini. La troïka vient d’interdire au gouvernement d’Athènes de prendre des mesures sociales destinées à soulager sa population la plus pauvre meurtrie par une austérité sans précédent, mesures dont le coût était supporté par la Grèce sans nuire aux « plans » de remboursement d’une dette illégitime, comme l’a montré Eric Toussaint.

 

 

Erci Toussaint qui a été chargé de mission par le premier gouvernement Tsipras a fait une analyse rigoureuse de la crise grecque et de ses causes. Nous ne partageons malheureusement pas sa proposition de quitter l'Eurozone.

Erci Toussaint qui a été chargé de mission par le premier gouvernement Tsipras a fait une analyse rigoureuse de la crise grecque et de ses causes. Nous ne partageons malheureusement pas sa proposition de quitter l'Eurozone.

 

La gauche a fini par accéder au pouvoir au Portugal en dépit de l’obstruction du président de ce pays et de l’Union européenne. Va-t-elle pouvoir changer le cap en dépit d’une situation financière catastrophique ?

 

Podemos a eu un grand succès en Espagne, mais insuffisant pour gouverner. On se dirige vers une coalition conservatrice – socialiste avec la bénédiction de l’Union européenne. À moins qu’il faille revoter dans quelques mois…

 

Première illusion perdue. Mais le combat n’est pas terminé.

 

 

La menace financière (II)

 

 

Lisez attentivement ce petit article du site en ligne « Capital » qui donne des conseils aux « investisseurs » particuliers, c’est-à-dire au quidam qui veut placer ses sous :

 

« Nos conseils pour doper le rendement de votre épargne, malgré la baisse des livrets et des assurance vie.

 

Décidément incorrigibles, les épargnants français… Alors qu’ils enragent contre le repli du taux du Livret A, abaissé de 1 à 0,75% en août dernier, ou de la rémunération moyenne de l’assurance vie, passée à 2,5% cette année, ils n’ont rien trouvé de mieux en réaction que de garnir leur compte-chèques, qui, lui, ne rapportera jamais un euro ! Mi-2015, les liquidités en dépôt avaient ainsi bondi de 13% sur un an au sein des réseaux du Crédit agricole, et même de 15% dans ceux du Crédit mutuel Centre Est Europe. Pour un total, selon la Banque de France, de près de 737 milliards d’euros fin octobre.

 

Le pire, c’est que ce scénario risque de se répéter en 2016. La Banque centrale européenne a en effet annoncé début décembre que son programme de rachat mensuel d’actifs de 60 milliards d’euros, prévu pour durer jusqu’en septembre 2016, serait prolongé d’au moins six mois. «Les taux d’intérêt vont rester bas pour un moment, pour le plus grand bonheur des Etats qui trouvent ainsi facilement à se refinancer», conclut Bruno Colmant, chef économiste à la banque privée Degroof Petercam.

 

Les épargnants prudents auront moins le sourire, car le Livret A et les autres produits sans risque continueront du coup à rapporter des nèfles. Cette politique pourrait en revanche enrichir ceux qui s’aventurent sur les marchés actions. L’afflux de liquidités à investir devrait en effet soutenir les cours dans les prochains mois. «La valeur des actions européennes suit souvent celle des américaines à la hausse, avec deux à trois ans de retard», rappelle Bruno Colmant.

 

Mais les meilleures affaires, ce seront sans doute les adeptes du crowdfunding (ou «financement participatif») qui les feront. Ce mode d’investissement ne cesse de progresser : après le secteur du prêt aux PME (7,5% de rendement moyen), c’est à celui de l’énergie verte (environ 5%) ou de la promotion immobilière (jusqu’à 14%) de s’y intéresser. Quant au risque, il est considérablement amoindri depuis l’annonce, début décembre, d’une nouvelle niche fiscale. Dès 2016, les pertes en capital enregistrées sur ces prêts seront en effet déductibles des intérêts perçus.

 

Bien sûr, pour accéder à de tels placements, pas d’autre choix que d’opérer en ligne. Mais, qu’il s’agisse d’assurance vie ou d’immobilier, cela devient désormais la règle : les meilleurs plans sont réservés aux internautes.

 

Julien Bouyssou »

 

 

Christine Lagarde, directrice générale du FMI, ne manque pas une occasion pour tenter de détrousser les gens.

Christine Lagarde, directrice générale du FMI, ne manque pas une occasion pour tenter de détrousser les gens.

 

Donc, adieu votre épargne ! Confiez vos sous par Internet – il faut être de son temps – aux multinationales. Prenez des risques, que diable ! Elles sauront quoi en faire dans leur propre intérêt et vous serez tout aussi pigeon ! Bah ! Quand la grande copine de Bernard Tapie, Christine Lagarde, propose de ponctionner 10 % de vos économies pour renflouer les banques…

 

 

La menace terroriste

 

 

Attentats de Charlie hebdo – hyper-casher en janvier et de Paris en novembre. Bilan total : près de 150 morts. Manifestation monstre « républicaine » qui a fait pshiiit.

 

Hommages un peu plus discrets aux victimes du « Bataclan » et des restaurants parisiens. Surmédiatisation et, bien entendu, des mesures renforçant l’autoritarisme de l’exécutif destinée avant tout à réprimer les mouvements sociaux qui ne vont pas tarder à se manifester suite aux restructurations en cours et à venir des entreprises transnationales – sans doute en vue du traité transatlantique, le TTIP.

 

Est-ce là lutter efficacement contre le terrorisme ? Arrêtons de nous chatouiller pour nous faire rire ! C’est en s’attaquant au fond du problème, à savoir la question du Moyen-Orient et la situation catastrophique dans les banlieues et « quartiers », que l’on éradiquera le terrorisme. L’autoritarisme et la répression ne suffisent pas et on le sait !

 

D’ailleurs, depuis le 13 novembre, une dizaine de voyous – car c’est le profil des « djihadistes » arrêtés ou tués jusqu’à présent – parvient à mettre deux capitales internationales sens dessus dessous, sans que les autorités arrivent à les neutraliser. Rappelons-nous l’histoire abracadabrantesque de la fuite d’un des terroristes dans un meuble au nez et à la barbe des policiers !

 

 

La menace de l’invasion

 

 

Les réfugiés venant massivement en Europe pour fuir la guerre et la misère au Moyen Orient et en Afrique ont suscité des mouvements inquiétants aussi bien chez les responsables politiques que dans la population. Il y a environ 1.500.000 réfugiés en Europe.

 

Qu’est-ce que cela représente par rapport aux 500 millions de citoyens de l’ensemble des pays de l’Union européenne ?

 

Ce n’est pas le « camp des saints » !

 

Qu’il y ait des problèmes à résoudre, c’est évident. C’est le rôle de l’autorité politique à tous les échelons.

 

Mais il faut cesser de proclamer que les réfugiés constituent une menace. Et il ne faut pas non plus répondre par des discours de « bisounours ».

 

Il y a des principes fondamentaux à rappeler. Il y a des contrôles à faire mais de manière humaine, ce qui les rendra bien plus efficaces.

 

La vraie menace n’est-elle pas l’incapacité des dirigeants européens à répondre à la crise des réfugiés ? Et qu’on ne vienne pas avec la « générosité » d’Angela Merkel. Elle voit dans l’afflux de réfugiés une masse de main d’œuvre à bon marché pour l’industrie allemande !

 

L’exploitation de l’homme par l’homme a toujours été une menace…

 

 

La menace fasciste

 

 

Le Front national a fait un tabac aux élections régionales françaises qui n’intéressent même pas un électeur sur deux. Coalition de la droite et de la gauche dite « Front républicain » pour endiguer la vague bleu marine… Il n’empêche que la fille du tortionnaire d’Alger a engrangé 6.800.000 voix, score jamais atteint !

 

 

 

Fac similé de la couverture de la BD "La Présidente" qui décrit ce qu'il se passerait si Marine Le Pen était élue Présidente de la République. A lire et à méditer.

Fac similé de la couverture de la BD "La Présidente" qui décrit ce qu'il se passerait si Marine Le Pen était élue Présidente de la République. A lire et à méditer.

 

 

Désormais, elle sera au deuxième tour des présidentielles de 2017. Le seul suspense : qui sera son challenger ? Un homme de droite ou un homme de gauche ? D’aucuns voient Juppé, mais rien n’est encore fait.

 

La menace fasciste ne concerne pas que la France. Depuis la crise des réfugiés, les pays de l’Est européen se « radicalisent » (pas dans le sens islamique du terme !), particulièrement la Pologne et la Hongrie. Au point que les fondements démocratiques de ces pays sont menacés.

 

 

Jaroslaw Kaczynski, le président du PiS (parti droit et justice), le De Wever polonais, est bien plus dangereux que Marine Le Pen.

Jaroslaw Kaczynski, le président du PiS (parti droit et justice), le De Wever polonais, est bien plus dangereux que Marine Le Pen.

 

 

Cette menace-là – qui ne concerne pas seulement les pays de l’ancien bloc soviétique – est bien plus dangereuse que le jeu politicien des fachos français qui, on peut raisonnablement l’espérer, ne parviendront pas à porter leur « championne » au perron de l’Elysée. Mais ce sera par le chas de l’aiguille, aussi il conviendrait de ne pas jouer avec le feu…

 

 

La menace intégriste

 

 

Henri Goldman – qui manifeste une certaine aversion à l’égard de la laïcité proclamée et « organisée » – écrit sur son blog : « Pour les historiens du futur, ça restera un mystère digne de l’Immaculée Conception que ce vêtement [le voile] ait pu, au basculement du XXIe siècle, obséder certaines personnalités politiques au point de vouloir changer la constitution dans le seul but de l’éradiquer. Si cette obsession n’aboutissait pas à refouler dans les marges de la société des femmes – et seulement des femmes – déjà particulièrement vulnérables, je me contenterais de hausser les épaules. »

 

 

 

Henri Goldman est très critique à l'égard de la campagne "laïque" contre le port du voile islamique.

Henri Goldman est très critique à l'égard de la campagne "laïque" contre le port du voile islamique.

 

 

Et on reparle de laïcité : la chef de l’opposition socialiste Laurette Onkelinx ne verrait pas d’un mauvais œil que l’on inscrive la laïcité dans la Constitution. Il faut bien tenter de récupérer les électeurs « laïques » qui ont été choqués par le prétendu « communautarisme » de son prédécesseur, Philippe Moureaux. Le libéral flamand, ancien président de la Chambre, Patrick Dewaele, applaudit des deux mains. Encore une alliance « droite-gauche » en perspective !

 

Mais, est-ce vraiment la réponse adéquate à l’intégrisme religieux qui devient de plus en plus envahissant – et pas seulement chez les musulmans ?…

 

Jean-Philippe Schreiber , historien des religions, professeur d’histoire à l’ULB et président de l’Observatoire des religions et de la laïcité (ORELA), déclare au quotidien bruxellois « le Soir » :

 

« On pourrait marquer encore plus clairement un caractère laïque en Belgique, mais à condition que cela ne reste pas juste rhétorique et déclamatoire. Et surtout, qu’on ne prenne pas la laïcité pour ce qu’en font certains aujourd’hui à droite et à l’extrême droite, à savoir une laïcité uniquement défensive, qui aurait pour seul but de brider l’expression convictionnelle de l’islam et du protestantisme évangélique. La laïcité ne doit pas être brandie comme un outil défensif, un rempart civilisationnel contre une supposée menace des fondamentalismes religieux. »

 

 

 

Jean-Philippe Schreiber recadre la laïcité dans le rôle qu'elle doit jouer.

Jean-Philippe Schreiber recadre la laïcité dans le rôle qu'elle doit jouer.

 

 

Il ajoute :

 

« En Belgique, on a enterré la hache de guerre du débat politico-religieux avec le pacte scolaire. Or, nous sommes dans un contexte intéressant, et il n’est pas forcément négatif de lancer ce débat maintenant, à condition qu’il y ait un réel débat de fond. Nous avons l’occasion de faire table rase et de réfléchir à ce que l’on veut proposer comme voûte idéologique commune à tous les citoyens, à l’heure où la cohésion sociale se délite. D’autant plus que depuis le pacte scolaire, la société a énormément évolué. La Belgique, sur le plan symbolique, s’est quand même fortement laïcisée sur des sujets comme l’euthanasie, le mariage gay ; le tout de façon sereine et avec beaucoup de maturité. Si on décide de rouvrir ce débat, il faut clairement laïciser la Belgique dans tous les lieux, dans tous les aspects où elle ne l’est pas encore… »

 

Précisons cependant que le nouvel archevêque de Malines, Mgr De Kesel catalogué comme « progressiste » et proche du Pape François, a estimé publiquement que les hôpitaux pouvaient faire état de l’objection de conscience en ce qui concerne l’avortement et l’euthanasie. Signalons au passage que ledit Monseigneur s’est mis en délicatesse avec la loi, puisqu’il est interdit à un ecclésiastique de critiquer une loi en vigueur pour des motifs religieux.

 

Comme le note Jean-Philippe Schreiber :

 

« Ce qui est loin de concerner uniquement le port du voile…

 

Si on est capable d’aborder les choses sereinement, il serait bon de s’atteler à réformer de grands secteurs où le droit n’est plus du tout en adéquation avec l’état de la société actuelle : l’école, avec les cours de religion – on a avancé, certes, mais on n’a fait que la moitié du chemin –, le financement des cultes, certains événements archaïques comme le « Te Deum », etc. »

 

Se réapproprier la laïcité.

 

« Mais est-ce que c’est ça, la laïcité ? Est-ce interdire les signes religieux partout ? Il faut arrêter de se braquer sur des symboles. Si on veut inscrire la laïcité dans la Constitution juste pour lutter contre le port du voile, alors on rate complètement une occasion.

 

Inscrire la laïcité pour prohiber, comme un rempart culturel ou un outil juridique, c’est aller à l’inverse de la laïcité même, qui vise d’abord à mettre tous les citoyens sur le même pied.

 

Nous devons être attentifs à ce que cette « laïcité » n’entraîne pas un rejet brutal des particularismes, ce qui irait à rebours par ailleurs de l’évolution de nos sociétés. Travailler à la laïcité, c’est travailler à l’égalité, une valeur en crise aujourd’hui. Nous devons nous réapproprier la laïcité comme le bien commun de tous. »

 

Cela s’appelle répondre à l’intégrisme !

 

Bonne année malgré tout !

 

Pierre Verhas

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 21:16

 

Le shopping du soldat

 

Nos vaillants bidasses nous protègent depuis les attentats de Paris et l’aussi funeste que grotesque week-end d’alerte dite de « niveau 4 » des 21 et 22 novembre à Bruxelles. Après un char à la Grand Place sans doute pour protéger le mayeur Yvan Mayeur de la colère des riverains du boulevard désormais piétonnier, voici la patrouille qui fait ses emplettes pour les fêtes. Un soldat a été photographié tenant un sac rempli d’emplettes, sans doute pour les cadeaux de fin d’année à sa famille.

 

Les bidasses font leurs emplettes !

Les bidasses font leurs emplettes !

 

 

Scrogneugneu ! Cela ne va pas se passer ainsi ! hurle-t-on à l’état-major. Le soldat-client a été sanctionné ! Pendant la patrouille, on ne se laisse pas distraire en faisant du shopping ! Il faut laisser cela aux pékins et surtout au pékines.

 

Plusieurs internautes et « facebookers » trouvent la sanction excessive et estiment que ce brave troufion avait bien le droit de profiter de sa patrouille dans les galeries commerciales pour améliorer son ordinaire.

 

Oui mais, si on voit les choses ainsi, cela signifie qu’on ne prend plus la menace au sérieux et qu’elle n’est pas aussi grave qu’on nous le chante en haut lieu. Dès lors, un militaire a bien le droit de se distraire quelques instants de sa mission…

 

Alors, franchement. A quoi sert-il de faire patrouiller nos clinquants militaires dans nos rues ? Ah oui ! Le gouvernement a trouvé la solution : la moitié des soldats iront désormais gonfler les effectifs de la police. Et cela, notre petit doigt nous dit, que cela ne vise pas uniquement la menace terroriste…

 

P.V.

 

 

Et une petite saloperie solférinienne, une !

 

Pour faire plaisir à ses copains assureurs, un de ses frères au premier chef (dirigeant de Malakoff Médéric et viré depuis), mais aussi pour affaiblir encore plus le système de santé républicain, Sarkozy avait lancé le projet de mutuelles d’entreprises. Privées, donc. Les Solfériniens lui ont naturellement emboité le pas et ont parachevé l'esquisse.

 

Le 1er janvier 2016, une couverture complémentaire santé collective obligatoire (mutuelle d’entreprise) doit être proposée par l’employeur du secteur privé à tous les salariés, n’en disposant pas déjà, en complément des garanties de la Sécurité sociale. Cette couverture doit être négociée avec les « partenaires sociaux ». Si les négociations échouent, l’employeur installe, par décision unilatérale, une couverture santé, après mise en concurrence des assureurs.

 

 

Morceaux d’humeur du 24 décembre 2015

 

 

La participation de l’employeur doit être au moins égale à 50%. Donc, celle des employés doit être d’environ 50%. Le contrat doit proposer un panier de soins minimum. Là où cela se corse, c’est que ces mutuelles de groupe protègeront avec des garanties « adaptées » aux spécificités des employés. Elles varieront donc d’une entreprise à une autre, d’une branche professionnelle à une autre. Toujours diviser, au nom d’une prétendue équité, la classe salariale pour mieux régner. Les cadres et les non-cadres ne seront pas forcément protégés de la même manière.

 

La touche finale de cette saloperie, c’est que, jusqu’ici, le montant de la cotisation était déduit du revenu imposable du salarié. La loi de finances de 2014 est revenu sur ce principe : la part payée par l’employeur sera désormais imposable car considérée comme un avantage en argent à déclarer à l’administration fiscale.

 

Bernard Gensane

 

 

Où l’on reparle du voile.

 

 

Décidément, la question du voile n’arrêtera pas de défrayer la chronique ! Actiris (l’ANPE bruxelloise) a perdu son procès sur le voile. Désormais, ses fonctionnaires pourront le porter à leur guise. Tollé, évidemment ! Encore une victoire des islamistes !

 

 

Les différentes catégories de voiles musulmans

Les différentes catégories de voiles musulmans

 

 

Islamistes ? Le voile n’est pourtant pas un monopole musulman. Ce sont les chrétiens qui ont commencé. Témoins ces extraits de l’épitre aux Corinthiens de Saint – Paul :

 

« Toute femme qui prie ou parle sous l'inspiration de Dieu sans voile sur la tête, commet une faute identique, comme si elle avait la tête rasée. Si donc une femme ne porte pas de voile, qu'elle se tonde; ou plutôt, qu'elle mette un voile, puisque c'est une faute pour une femme d'avoir les cheveux tondus ou rasés »

 

Et aussi :

 

« L'homme, lui, ne doit pas se voiler la tête: il est l'image et la gloire de Dieu, mais la femme est la gloire de l'homme. Car ce n'est pas l'homme qui a été tiré de la femme, mais la femme de l'homme, et l'homme n'a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l'homme. Voilà pourquoi la femme doit porter sur la tête la marque de sa dépendance. »

 

Les religions dites du Livre sont en définitive bien d’accord entre elles lorsqu’elles évoquent le statut de la femme. Inférieure et dépendante de l’homme !

 

C’est au « Livre » qu’il faudrait mettre un voile, non ?...

 

P.V.

 

 

Les biens des réfugiés

 

 

Le gouvernement conservateur – populiste danois veut confisquer les diamants et les biens précieux des réfugiés qui viennent demander asile. Tollé – parfaitement justifié – dans toute l’Europe ! Sauf – tiens, tiens – au niveau de la Commission européenne… Cette disposition rappelle la spoliation des biens des Juifs par les nazis pendant la guerre.

 

Ce qui est le plus inattendu est la réaction de la police danoise. Elle a fait savoir qu’elle n’exécutera pas cette mesure.

 

 

 

Un policier danois jouant avec une jeune réfugiée

Un policier danois jouant avec une jeune réfugiée

 

 

On accuse toujours les flics d’être des fachos en puissance. Ici, il est évident que les pandores danois ont parfaitement compris que les droits fondamentaux l’emportent sur des lois abjectes.

 

« Il ne faut jamais obéir à des ordres absurdes ! » disait le général Leclerc à ses hommes de la 2e DB en 1944. La tradition se perpétue jusqu’au Danemark.

 

P.V.

 

 

A l’incompétence économique, le gouvernement ajoute l’infamie !

 

Ainsi s’exprime l’économiste Thomas Piketty après l’annonce par le gouvernement Valls d’un projet de loi instaurant la déchéance de la nationalité française pour les binationaux nés en France.

 

Nous avions déjà écrit que le gouvernement Hollande – Valls prenait prétexte du carnage de Paris le 13 novembre pour instaurer un régime autoritaire. Après quelques hésitations tactiques destinées à endormir ceux qui restent attachés envers et contre tout aux principes fondamentaux, Valls a confirmé lors du Conseil des ministres de ce mercredi que la Constitution serait révisée et qu’une loi sera votée instaurant la déchéance de nationalité.

 

C’est l’infamie ! C’est le retour à Vichy !

 

Edwy Plenel rappelle dans « Mediapart » les heures sombres des débuts du pétainisme : « A peine renversée la République et instauré l’Etat français, les 10 et 11 juillet 1940, le premier geste du régime de Vichy ne fut-il pas de promulguer, le 16 juillet, une loi « relative à la procédure de déchéance de la qualité de Français ». Dans la foulée, le 17 juillet, les naturalisés furent exclus de toute la fonction publique, puis, successivement, dès l’année 1940, des professions suivantes: médecins, dentistes, pharmaciens, avocats, vétérinaires, architectes. Le 22 juillet, une nouvelle « loi » – en fait, l'acte autoritaire d'un pouvoir dictatorial, le maréchal Pétain exerçant seul le pouvoir législatif – instaura une procédure expéditive de révision des naturalisations. Enfin, le 23 juillet 1940, était promulguée la « loi relative à la déchéance de la nationalité à l’égard des Français qui ont quitté la France », dont furent notamment victimes Charles de Gaulle et Pierre Mendès France.

 

Quand elle est ainsi élargie et renforcée, la déchéance nationale devient une pathologie du droit de la nationalité : elle ouvre une brèche dans laquelle peuvent s’engouffrer les fantasmes de communauté nationale épurée, avec des hiérarchies de loyauté. En visant explicitement des citoyens nés Français, et non pas des personnes nées étrangères ayant ensuite acquis la nationalité française, qui plus est des Français n’ayant aucun lien de citoyenneté avec le pays dont ils ont l’autre nationalité par héritage familial, le projet de loi constitutionnelle ouvre grand la porte aux pires arrière-pensées : sous la binationalité, c’est l’origine qui est disqualifiée, qu’elle soit culturelle, ethnique ou religieuse. De fait, tous nos compatriotes issus de la communauté juive d’Algérie se souviennent de l’abrogation par Vichy, dès octobre 1940, du décret Crémieux qui faisait d’eux des citoyens français à part entière. Soudain, tous, sans distinction, furent déchus de leur nationalité, à raison de leur origine. »

 

Anne Hidalgo, maire PS de Paris, a exprimé sa totale réprobation à l’égard de ce projet. D’autres ont suivi.

 

Mais, c’est un homme de droite, un gaulliste, Jacques Toubon, ancien ministre de la Justice RPR, nommé Défenseur des Droits par François Hollande, qui donne une leçon de démocratie au Président « socialiste » : « Si cette déchéance était votée, je pense que nous passerions d’une république indivisible à une république divisible, et nous passerions d’une citoyenneté indivisible à une citoyenneté divisible. Ces principes figurent dans notre constitution. Cela veut dire qu’il y aurait deux sortes de nationalités. L’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme de 1789 garantit ce droit acquis dès l’instant de la naissance en France. Si le cas échéant, l’expulsion se fait vers un régime dictatorial ? Cette mesure n’est pas juridiquement et symboliquement une bonne mesure. »

 

 

Jacques Toubon, ancien Garde des Sceaux, gaulliste pur et dur, fait la leçon à la "gauche".

Jacques Toubon, ancien Garde des Sceaux, gaulliste pur et dur, fait la leçon à la "gauche".

 

 

Laissons la conclusion au syndicat de la magistrature : « Le gouvernement doit sortir de l’état de sidération qui le conduit à brader l’Etat de droit : introduire l’état d’urgence dans la constitution, c’est assurément « saper les fondements de la démocratie » au prétexte de la défendre et oublier l’avertissement donné, dès le 6 septembre 1978, par la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui enjoignait les États à ne « pas prendre, au nom de la lutte contre...le terrorisme, n’importe quelle mesure jugée par eux appropriée »

 

Une question : quand va-t-on rouvrir les camps ?

 

 

P.V.

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 09:49

par Luciana Bohne

 

 

L’Etatsunienne Luciana Bohne est une critique de cinéma engagée. Elle est co-fondatrice de la revue Film-criticism et enseigne à l’Université Edinboro de Pennsylvanie.

 

Elle écrit de nombreux articles critiques et alternatifs sur la politique étrangère US et sur le néolibéralisme qui sont publiés entre autres par la revue en ligne Intrepid Report d’où vient cet article qui a été publié en français sur le site « Le Grand Soir », la traduction étant de Dominique Muselet.

 

Dans ce court article, Luciana Bohne se penche sur l’histoire qui bégaye à nouveau d’où resurgit le passé. Les réfugiés, le terrorisme, les nazis en Ukraine, la nostalgie de l’anticommunisme, le triomphe des idées de rejet, l’état d’urgence, la stratégie de la tension. Bref, le mal infeste à nouveau l’Europe et « il est porté par un vent ouest réactionnaire qui vient de centres situés des deux côtés de l’Atlantique ».

 

Les barbelés ferment à nouveau les frontières qui pourtant, ont été oubliées quelques années pour permettre à toutes et à tous d’aller et venir. A la poubelle les idéaux d’une Union qui se mue en tyrannie financière. Aux orties les grands principes : « Respecte l’étranger, aide-le, sa personne est sacrée. ». Au contraire, les insultes, les amalgames, les fausses accusations fusent : ceux que nous avions le devoir d’accueillir il y a encore quelques semaines, doivent maintenant dégager au plus vite.

 

L’état d’urgence en France et les niveaux d’alerte en Belgique consécutifs aux massacres de Paris ressemblent au « Décret d’habilitation » nazi de 1933 qui suspendait les libertés individuelles suite à l’incendie du Reichtag. Ne montez pas sur vos grands chevaux : c’est la même démarche ! L’état d’urgence décrété et qui sera sans doute prolongé pour devenir permanent, la déchéance de nationalité, la Convention européenne des Droits de l’Homme volontairement mise de côté sont les signes de la progressive mise en place d’un régime « fort ».

 

La montée du « populisme » ou plutôt d’un ersatz de fascisme tout aussi dangereux que l’original semble inéluctable. En France, la coalition des partis « républicains » a empêché que le Front national gouverne deux ou trois régions, mais il n’a jamais capitalisé autant de voix aux élections depuis sa naissance. En Belgique, nous l’avons écrit à plusieurs reprises, le parti nationaliste flamand impose à la fois des mesures ultralibérales et des restrictions de libertés. Il est également question d’encadrer le droit de grève. Au Danemark, le gouvernement conservateur à la merci d’une formation d’extrême-droite prend des mesures odieuses à l’égard des réfugiés rappelant la spoliation des biens des Juifs pendant la guerre. En Pologne et en Hongrie, les mesures contre les réfugiés constituent autant de violation des droits de l’Homme. En Espagne, le gouvernement conservateur Rajoy a pris de sévères mesures contre tout mouvement de contestation.

 

La raison de cette régression est double : la politique étrangère atlantique inspirée par les néo conservatisme et dont l’instrument est l’OTAN cherchant à garantir l’approvisionnement de l’Occident en hydrocarbures pour entretenir l’accumulation de richesses sans se soucier de la destruction de la nature ni du sang versé et aussi à juguler le seul adversaire potentiel : la Russie, quitte à nouer des alliances de circonstance avec la Turquie islamiste et les monarchies pétrolières du Golfe et indirectement avec les groupes terroristes ; en second lieu, tuer dans l’œuf tous les mouvements sociaux qui pourraient surgir par des mesures restrictives des libertés et de circulation, car la classe dirigeante a peur.

 

Et la cupidité et la peur l’ont toujours guidées.

 

Pierre Verhas

 

 

Thomas Mann et bien après, Albert Camus ont averti. Comme bien d'autres, ils ont prêché dans le désert.

Thomas Mann et bien après, Albert Camus ont averti. Comme bien d'autres, ils ont prêché dans le désert.

 

La barbarie gagne du terrain

 

Les rats infestés de la peste sont de retour dans une Europe frappée de stupeur opiacée

 

En Octobre de 1930, Thomas Mann lançait un « Appel à la raison » dans le Berliner Tageblatt :

 

« Cet état d’esprit fantastique, d’une humanité qui n’a plus d’idées, est compensé par une mise en scène politique grotesque, qui utilise les techniques de l’Armée du Salut : alléluias, tintements de cloche et la répétition de slogans monotones à la manière des derviches, jusqu’à ce que tout le monde ait l’écume à la bouche.

 

Le fanatisme se transforme en une source de salut, l’enthousiasme en extase épileptique . . . et le visage de la raison disparaît sous un voile. »

 

L’appel a échoué. Hitler est devenu chancelier en 1933 et, peu de temps après, l’incendie du Reichstag, il a fait passer un « Décret d’habilitation » qui suspendait les libertés individuelles, la liberté d’opinion, y compris la liberté de la presse, la liberté d’organiser des rassemblements et de se rassembler, la confidentialité des communications postales, télégraphiques et téléphoniques. Bien que soumis à des perquisitions, des restrictions sur la propriété et des confiscations, les Allemands se sentaient libres tant qu’ils se comportaient comme de « bons Allemands » et obéissaient à la loi.

 

On dirait qu’en Europe, on est revenu aux années 1930, bien que les « idéologies » soient censées avoir disparu avec la chute de l’Union soviétique. Heureusement, le parti de droite radicale de Marine Le Pen, le Front National, vient de perdre les élections régionales en France, mais on n’a pas coupé à la « crise d’épilepsie » des médias sur son éventuelle victoire. Et la France est toujours maintenue dans « l’état d’urgence » instauré par le gouvernement socialiste après les attaques sur Paris.

 

L’Europe d’aujourd’hui me rappelle la ville du roman d’Albert Camus, La Peste (1947). Dans le roman, l’Oran des années 1940, à l’époque de la colonisation française de l’Algérie, était dépeinte comme une ville commerçante, sans arbres, ni jardins, ni pigeons, où les fleurs importées d’ailleurs annonçaient la venue du printemps. Une ville artificielle avec une vie artificielle et une conscience inerte. Dans un premier temps, les colons industrieux d’Oran ont refusé de voir roder les rats infestés de la peste dont les corps s’entassaient à la périphérie de la ville. « Ils se croyaient libres [mais] personne ne sera jamais libre tant qu’il y aura des fléaux ». La Peste offre la meilleure métaphore possible d’un mal sournois soigneusement ignoré.

 

Aujourd’hui, les rats infestés de la peste sont de retour en Europe. L’Ukraine est en proie à un délire convulsif de retour en arrière historique. Le 14 octobre, elle a célébré la première Journée des défenseurs, une fête nationale légalement créée par le Parlement ukrainien. La date est importante, car c’est ce jour-là que l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) a été créée, il y a soixante-trois ans. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’UPA a collaboré avec les nazis en leur fournissant une division SS de volontaires, la SS-Freiwilligen-Division « Galizien », l’infâme Division de Galicie.

 

Que se passerait-il si un de nos dignes alliés de l’OTAN en d’Europe – l’Allemagne, par exemple – instituait, de la même manière, un Jour des défenseurs de la patrie, en l’honneur de la Schutzstaffel (la SS), « l’escadron de protection » paramilitaire ou « le corps de défense » de l’armée de la mort industrielle de Heinrich Himmler, condamnée à Nuremberg comme organisation criminelle en même temps que le parti nazi et ses élites ? Israël s’accorderait-il une pause dans son dernier épisode de folie meurtrière pour évoquer à juste titre la colère des fantômes de la Shoah ? Les États-Unis, très sensibilisés à l’Holocauste, feraient-ils entendre leur voix indignée pour dénoncer la profanation du sacrifice de la Génération la plus Glorieuse ? Les membres de l’Union européenne, lauréats du prix Nobel de la paix, arrêteraient-ils la construction frénétique de murs destinés à endiguer le raz de marée de réfugiés, et verseraient-ils de larmes de repentir en criant « Jamais plus ! » ?

 

Peut-être pas. Si l’on en juge par le silence des médias et des officiels sur la bouffonnerie ukrainienne, il semble que le retour du fascisme ne provoque même pas un froncement de sourcil. Après tout, « la Russie n’a-t-elle pas envahi l’Ukraine » ? Comment les néo-nazis pourraient-ils circuler dans le pays alors qu’il est soi-disant rempli de soldats russes, déterminés à restaurer « l’empire soviétique de Poutine » ?

 

La nostalgie de l’anticommunisme ajoute un élément surréaliste à l’acceptation tacite des réveils fascistes. On ne peut tout simplement pas se déchaîner contre les nazis lorsqu’une épouvantable menace soviétique imaginaire se profile à nouveau aux frontières de l’OTAN. Comme les sables mouvants, ces frontières se déplacent de plus en plus inexorablement vers l’est pour encercler la Russie, de sorte que la carte de l’Europe de l’OTAN d’aujourd’hui ressemble à s’y méprendre à celle de l’Europe sous l’occupation nazie en 1941, quand Hitler a lancé sa maudite invasion Barbarossa de l’Union soviétique en juin.

 

Le défilé à Kiev du Jour des défenseurs ne comptait que 3 500 participants, membres des partis Svoboda et Secteur droit, du Congrès des nationalistes ukrainiens et de l’infâme bataillon Azov. Le politicien le plus important présent à l’événement était Oleh Tyahnybok, une personnalité d’extrême-droite qui, en avril 2005, a écrit au président Iouchtchenko, pour demander une enquête parlementaire sur « les activités criminelles de la communauté juive en Ukraine. » Il a parlé en ces termes des collaborateurs UPA nazis :

 

Ils n’avaient pas peur et nous ne devrions pas avoir peur. Ils ont accroché leurs armes automatiques à leurs cous et sont partis dans les bois, et se sont battus contre les Moscovites, les Allemands, les Juifs et d’autres racailles qui voulaient nous prendre notre Etat ukrainien.

 

C’est la vérité. L’UPA et ses suzerains nazis ont réellement délivré l’Ukraine d’une quantité considérable de « racailles » : ils ont tué trois millions de non-juifs ukrainiens et d’autres nationalités et un million de Juifs ; ils ont déporté 2,3 millions d’Ukrainiens vers les camps de travail allemands. Si l’Armée rouge n’avait pas remporté la victoire, les nazis auraient sans doute exterminé 65% des 23,2 millions d’Ukrainiens et germanisé ou réduit à l’esclavage les 35% restants, comme ils l’avaient programmé.

 

Partout ailleurs en Europe, l’ennemi intérieur officiel – une composante essentielle de la foi fasciste – a été remis au goût du jour en passant du « Juif » ou du « communiste » au « musulman ».

 

L’ancien Premier ministre de la Pologne, Jaroslaw Kaczynski, l’éminence grise du parti Droit et Justice, a utilisé des mots qui font écho à la propagande nazie lorsqu’il a dit que les réfugiés musulmans apportaient « le choléra dans les îles grecques, la dysenterie à Vienne et divers types de parasites au reste de l’Europe ». Russophobe, violemment nationaliste, le parti Droit et Justice a remporté les élections et tient maintenant la barre en Pologne. En Hongrie, Viktor Orban est au pouvoir depuis 2010 et y restera jusqu’en 2018. Sa seule opposition est le mouvement Jobbik néo-nazi, mais sa xénophobie est typiquement fasciste. Il a dit ouvertement qu’il n’y a pas de place en Hongrie pour les musulmans et que lui, en tant que chrétien, devait défendre les frontières de l’Europe contre une invasion musulmane. Orban est très populaire, les deux tiers des électeurs le soutiennent. En Allemagne, un porte-parole du parti des Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident (PEGIDA), a lancé un appel voilé à renouer avec la politique des camps de concentration.

 

Comme dans le roman de Mann, Mario et le magicien (1929), Le « mal » a atteint, à nouveau, en Europe, un degré de perversité qui hypnotise et envoute. Il est porté par un vent ouest réactionnaire qui vient de centres situés des deux côtés de l’Atlantique.

 

Ce vent-là engendre un état de stupeur opiacée et une complicité passive avec les magiciens démagogues, en exploitant et détournant les peurs, les désirs et les frustrations des masses. Ce qui aujourd’hui se rapproche le plus du plus tortueux, du plus envoutant des manipulateurs, le Cavaliere Cipolla, le magicien boiteux de Mann, ce sont les médias occidentaux.

 

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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 12:38

 

Un architecte belge, Vincent Callebaut né en 1977, originaire du Borinage, invente des villes végétales répondant ainsi aux objectifs écologiques imposés par le dérèglement climatique.

 

Il est diplômé de l’Institut supérieur d’architecture de la Cambre à Bruxelles en 2000. Il obtient une bourse pour travailler à Paris. Très vite, son talent est distingué et il reçoit en 2001 le prix Napoléon Godecharle. Il s’intéresse à l’urbanisme écologique. Il élabore plusieurs projets d’urbanisme qu’il qualifie d’alternatif pour plusieurs villes de pays émergents (Hong Kong, la ville chinoise industrielle de Shenzhen, etc.). Il réalise plusieurs projets toujours dans l’optique du recyclage et des énergies dites alternatives en Belgique et en France.

 

 

Vincent Callebaut a travaillé sur de grands projets urbanistiques, notamment sur des musées et des équipements collectifs de dimension en Europe et dans les pays émergents. Ainsi, en 2007, l’Ecomic Tower, le Centre informatique métropolitain à Mexico City, la même année, le Childhood’s Greentower, soit le Berceau de la petite enfance à Paris, et le Neuronal Alien, l’Aménagement paysager de l’aéroport Vatnsmyri à Reykjavik, en 2006, le Red Baobab, la Librairie Nationale à Prague, aussi 2006, le Basalt Precipice, le Musée de la Préhistoire, Gyeonggi-do Jeongok en Corée du Sud. La même année, il élabora le Fields in Fields, le Complexe muséographique National d’Estonie, à Tartu.

 

Par après, Il s’orienta de plus en plus vers les projets écologiques. En 2008 il imagina un projet audacieux nommé Lilypad, c’est-à-dire une ville écologique flottante. En 2009, ce fut le projet 2009 : Dragonfly à New York, une ferme urbaine verticale auto-suffisante. En 2010, Callebaut conçut le projet Physalia, un jardin amphibie en vue de nettoyer les fleuves européens. Et en 2011, le Solar Drop, un complexe aquatique écologique à Abou Dhabi.

 

Mais venons-en à Paris. D’ici 2050, la ville de Paris compte réduire ses émissions polluantes de 75%. Un fameux défi qui nécessitera des changements fondamentaux dans la capitale.

 

Alors que les effets du changement climatique suscitent de plus en plus d'inquiétudes, la France s'est engagée depuis plusieurs années dans un plan visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

 

L'objet du plan annoncé est de réduire de 25% les émissions d'ici 2050. Mais la ville de Paris, elle, a décidé de nourrir un objectif encore plus ambitieux : celui de réduire ses émissions de 75% par rapport à 2004. Un défi qui va logiquement nécessite des changements importants. C’est de là qu’est né le projet Paris Smart City 2050.

 

 

Vue d'ensemble de la ville écologique Paris Smart City 2050

Vue d'ensemble de la ville écologique Paris Smart City 2050

 

 

Dans le cadre de la COP 21, Anne Hidalgo, maire de Paris, a organisé en 2014 un appel à candidatures pour le projet Paris Smart City 2050 qui devait répondre aux impératifs de lutte contre le réchauffement climatique. Le cabinet VCA (Vincent Callebaut Architecture) a été sélectionné. L’architecte urbaniste explique dans une interview : « L’idée au départ était de développer des prototypes d’immeuble de grande hauteur. Paris a une mauvaise expérience des tours. Montparnasse a un peu sonné le glas de la construction à la verticale. Mais la capitale française est aussi une des villes les plus denses au monde [22 000 habitants au kilomètre carré, contre 28 000 à New York]. Il n’y a plus de place pour des jardins au sol, la seule solution est la verticalité. »

 

 

Anne Hidalgo, la Maire de Paris, a incontestablement une vision d'avenir de sa ville. Elle voit au-delà de sa réélection. C'est rare !

Anne Hidalgo, la Maire de Paris, a incontestablement une vision d'avenir de sa ville. Elle voit au-delà de sa réélection. C'est rare !

 

 

VCA a imaginé le Paris de demain sur la base de plusieurs contraintes, dont le manque de place et le dérèglement climatique.

 

Les huit objectifs du projet sont :

 

1) La diminution de l’empreinte écologique valorisant la consommation locale par son autonomie alimentaire et par la réduction des moyens de transport.

 

2) La réintégration d’emplois locaux dans les secteurs primaire et secondaire coproduisant des produits frais biologiques.

 

3) Le recyclage en boucle courte et fermée des déchets organiques par compostage anaérobie, piles à combustible à hydrogène et lagune de phyto-épuration.

 

4) L’économie du territoire rural réduisant la déforestation, la désertification, la pollution des nappes phréatiques.

 

5) L’oxygénation des centres-villes pollués dont la qualité de l’air est saturée en particules de plomb.

 

6) La limitation du recours systématique aux pesticides, insecticides, herbicides et engrais chimiques.

 

7) L’économie des ressources en eau par le recyclage des eaux urbaines.

 

8) La protection des cycles écosystémiques au cœur de la cité. C’est un projet de pierres vivantes BEPOS réintégrant la biodiversité.

 

Comme on le voit, certains objectifs sont intéressants, mais l’ensemble pose plusieurs problèmes fondamentaux.

 

VCA a conçu deux projets pour chacun des quatre contextes urbains décrits ci-après :

 

• Paris historique : quartiers à forte dominante patrimoniale largement composés d’immeubles datant de la période 1850-1920

 

• Paris périphérique : immeubles construits de 1920 à 1940, des HBM aux immeubles modernes essentiellement situés sur le pourtour de Paris

 

• Paris moderne : immeubles datant des années 70 représentatifs de l’architecture nouvelle avec les premières tours et l’urbanisme sur dalle

 

• Paris futur : nouveau quartier sans identité propre à définir.

 

Avec ce leitmotiv biomimétique, VCA invente un Paris post carbone, post nucléaire, post fossile qui sera capable de réduire de 75% ses gaz à effet de serre d’ici 2050 par la construction de bâtiments à énergie positive qui misent sur la solidarité énergétique entre le tissu ancien de Paris et les nouvelles constructions.

 

L’énergie excédentaire produite par 8 prototypes de tours serait ainsi redistribuée en temps réel par un « internet » de l’énergie aux bâtiments anciens qui sont – pour la plupart – de véritables passoires thermiques et compliqués à isoler.

 

 

La construction à la verticale ne doit plus rester un tabou.

 

 

Ces 8 prototypes seront capables de produire leurs propres énergies (électrique, calorifique et même alimentaire), mais aussi de recycler leurs propres déchets en les transformant in situ en ressources naturelles comme peut le faire un écosystème mature telle qu’une forêt tropicale par exemple.

 

Vincent Callebaut explique par ailleurs : « La construction à la verticale ne doit plus rester, toujours selon moi, un tabou si on veut répondre à la crise chronique du logement dans la capitale sinon vouée à la gentrification et à la muséification. Il faut sortir du traumatisme urbain qu’on subit les citadins dans les années 70. Mon atelier propose tente donc de réconcilier les parisiens avec de nouvelles typologies de tours mixtes à énergie positive qui leur offriront les clés d’un avenir éco-responsable économisant le territoire, dés-asphyxiant le centre-ville et rapatriant une nature non pas cosmétique mais nourricière en son cœur.

 

La nature ? Cinq mètres carré d’espace vert à Paris par habitant contre quarante mètres carré à Berlin. Faute de place, les jardins parisiens ne seront plus construits au pied des bâtiments mais les bâtiments se transformeront eux-mêmes en jardins suspendus. Cette végétalisation par des balcons potagers et des vergers communautaires sera de plus très efficace pour lutter contre l’effet d’îlot de chaleur urbain et donc pour bio-climatiser notre ville aujourd’hui trop minérale et imperméable et dont le climat va augmenter de 2 degrés d’ici les trente-cinq prochaines années. »

 

Les tours envisagées par le cabinet Callebaut prétendent rapatrier la nature au cœur de la ville et intégrer de par leur conception, les règles du bioclimatisme et des énergies renouvelables et réutilisables en une courte boucle utilisant des systèmes innovants. Concrètement, le cabinet a ainsi développé des bâtiments à énergie positive qui seraient capables de redistribuer le surplus d'énergie autour d'eux.

 

 

Vincent Callebaut, l'architecte urbaniste belge, à la tête du projet VCA Paris Smart City 2050

Vincent Callebaut, l'architecte urbaniste belge, à la tête du projet VCA Paris Smart City 2050

 

 

Les architectes ont imaginé installer sur les toits des bâtiments de la célèbre rue de Rivoli des « montagnes solaires, hydrodynamiques » et aux balcons agrémentés de verdure, capables de fournir de l'électricité et de l'eau chaude utilisable. Comment ? Grâce à des panneaux solaires et un système de purification de l'eau de pluie.

 

 

Un corridor écologique dans Paris

 

 

Vincent Callebaut et ses collègues veulent installer un corridor de 23 kilomètres en utilisant la ligne aujourd'hui abandonnée de la Petite Ceinture. Le tracé ferroviaire serait ainsi « renaturalisé en poumon vert par l’intégration de jardins maraîchers » et « de tours dépolluantes photocatalytiques ».

 

 

 

 

Le couloir ou corridor écologique reprend le tracé du chemin de fer de la Petite Ceinture abandonné en 1934.

Le couloir ou corridor écologique reprend le tracé du chemin de fer de la Petite Ceinture abandonné en 1934.

 

 

Un concept inspiré du catastrophisme ambiant

 

 

Dans une interview à Libération du 18 décembre, Vincent Callebaut explique : « Une ville intelligente doit être autonome en énergie et, contrairement à ce qui se passait avant, les déchets doivent devenir des ressources. Nous pourrions, par exemple, recycler les déchets des fermes verticales dans des façades aquariums avec des bioréacteurs à base d’algues vertes - celles que nous trouvons sur les plages normandes et bretonnes - qui transforment tous les déchets organiques en biofioul. En bas de la tour, des lagunes de phyto-épuration assureraient le recyclage de toutes les eaux usées du bâtiment, avec des bassins agrémentés de poissons et de plantes. La pisciculture permet de fournir des poissons mais aussi de retraiter tous les nutriments qu’ils rejettent en engrais naturel pour les végétaux des jardins suspendus. Il s’agit avant tout d’une économie circulaire où tout est transformé à l’infini. »

 

 

La génération 2.0

 

 

Depuis qu’il est tout jeune et provenant du Borinage, une région sinistrée désindustrialiée et polluée, Vincent Callebaut a en plus été sensibilisé par la polémique sur le réchauffement climatique. Aussi, estime-t-il, dès qu’il a décroché son diplôme d’architecte, qu’il a un rôle à jouer pour que les choses changent.

 

De quoi est-il parti ? Vincent Callebaut explique dans la même interview : « A 20 ans, nous étions déjà condamnés à attendre la fin du monde en triant nos ordures et en éteignant la veilleuse de notre télévision. Mais j’appartiens aussi à la génération 2.0., celle qui croise les savoirs. Entre nouvelles technologies de communication et nouvelles technologies de végétalisation des villes, on peut créer des projets hybrides, en rapatriant la campagne dans les villes. Les architectes de mon âge veulent tous construire des bâtiments à énergie positive, déconnectés des réseaux d’énergies traditionnelles, et donc des énergies fossiles. Mon métier d’architecte m’a permis de faire des propositions pour sortir de cette logique de crise imposée. »

 

Et il ajoute : « Le carrefour de contraintes dans lequel nous vivons est aussi propice aux renouvellements. Je n’ai donc pas hésité à travailler sur des projets «manifestes» qui peuvent sembler utopiques mais qui sont tous réalisables, techniquement et économiquement. Dragonfly, par exemple, une ferme verticale à New York le long de l’East River. Pour ce prototype de ferme urbaine exploitée par ses propres habitants, nous avons collaboré avec le MIT [le Massachusetts Institute of Technology] qui était déjà très avancé sur l’agriculture étagée. Nous avons aussi établi des projets d’îles flottantes pour les réfugiés climatiques : Lilypad. »

 

 

 

 

 

Dragonfly est le projet d'une ferme verticale à New York

Dragonfly est le projet d'une ferme verticale à New York

Lilypad : projet d'île flottante destinée à recevoir les réfugiés climatiques

Lilypad : projet d'île flottante destinée à recevoir les réfugiés climatiques

 

 

Une autre société

 

 

C’est une autre société, une autre conception de l’homme qui, sans que ce soit explicite, préside intentionnellement ou non, un projet comme celui de VCA. Et pourtant, l’architecte voit dans la verticalité une nouvelle forme de vie sociale. Il l’explique dans son interview à Libération. Il veut accrocher la banlieue à la ville, il veut promouvoir la mixité sociale, il envisage une autre conception de l’éclairage public : « Des agriculteurs citadins, c’est un moyen de rediversifier des villes qui sont devenues entièrement tertiaires. De la biodiversité humaine et professionnelle et plus de mixité sociale. Ces villages verticalisés sont une nouvelle façon de créer du lien social. Ce qui nous tue, aujourd’hui, c’est la monofonctionnalité. Des banlieues-dortoirs ; au centre, des quartiers historiques muséifiés ; et enfin des quartiers d’affaires ou de bureaux…

 

La mixité sociale est aussi indispensable que la biodiversité. Nous pourrions aussi cicatriser le périphérique avec de grands jardins nourriciers et retisser des liens entre Paris et sa banlieue. De même, les espaces de circulations intérieures des immeubles ne doivent plus être plongés dans le noir et éclairés artificiellement mais éclairés et ventilés naturellement. Cela aussi facilite le lien. Sans parler des espaces glauques de parking, qui seront beaucoup moins nombreux et à l’air libre. »

 

 

 

 

Framscapers towers à la Porte d'Aubervilliers. Une ferme dans une tour...

Framscapers towers à la Porte d'Aubervilliers. Une ferme dans une tour...

 

Donc, l’espace au sol est remplacé par l’espace vertical, malgré l’échec patent de la tour Montparnasse. Notons que cette idée est étudiée dans d’autres grandes villes, comme à Bruxelles où le gouvernement régional actuel envisage d’en revenir aux immeubles – tours.

 

Mais ce Paris Smart City 2050 n’est-il pas totalitaire, parce qu’il se conçoit sur un critère unidimensionnel qui est aussi un postulat : la verticalité permettra un autre mode de vie plus conforme à la nature. On peut dire, au regard des expériences passées, que cela reste à prouver. Notre architecte évitera-t-il les effets catastrophiques des barres et des immeubles tours de la précédente génération ? Certes, l’idée des échanges énergétiques et celle du recyclage des déchets sont des plus intéressantes. Elle rappelle les chauffages urbains des cités ouvrières d’antan et peut constituer une solution aux problèmes énergétiques urbains et aussi à la pollution des sols provoquée par l’accumulation des déchets.

 

Il reste cependant le problème l’énergie consommée par les transports publics et privés, même si le projet envisage une forte réduction de ceux-ci, celle utilisée par l’industrie urbaine, etc.

 

Si on prend les huit points du projet, ne risque-t-on pas de créer une ville isolée de son arrière-pays vivant dans une sorte d’autarcie alimentaire ? C’est inquiétant ! Peut-on à la fois « désasphyxier » (il y a pas mal de néologismes dans le discours des urbanistes !), densifier et renaturaliser (néologisme pour mettre de la verdure sur les immeubles) l’espace urbain ? C’est fort ambitieux !

 

Enfin, le projet énergétique est lui aussi ambitieux par sa globalité : « Trois types d’énergie renouvelable sont embarqués dans chaque tour : Durant la journée, deux grands boucliers solaires photovoltaïques et thermiques bio-inspirés par la structure finement ciselée des ailes de libellule, produiront de l’électricité et de l’eau chaude sanitaire. Durant la nuit, une station hydroélectrique réversible de pompage-turbinage fera s’écouler une cascade urbaine sur toute la hauteur de la tour entre deux bassins de rétention d’eaux pluviales situés aux points haut et bas , évitant d’avoir recours à des batteries pour stocker l’électricité produite par les ailes de libellule solaires. »

 

 

Vincent Callebaut précise : « Les voitures seront devenues inutiles car tout serait produit sur place. Il faut d’ailleurs récupérer également l’énergie pédestre des piétons. La gare du Nord est la troisième gare mondiale en termes de trafic. Il y a plus de 750 000 voyageurs par jour qui empruntent les 32 quais de la gare. On pourrait recouvrir tout le hall et les quais de dalles piézoélectriques, transformant les pas de ces voyageurs en énergie. La gare serait un bâtiment à énergie positive. Les transports en commun auraient la part belle. »

 

 

Une réponse à la manipulation des esprits

 

 

Cette vision a un mérite majeur : au lieu d’économiser le moindre petit watt de puissance pour « sauver la planète » alors que cela ne sert à rien quand on sait que les entreprises transnationales extraient chaque année quelque 15 Gt (milliards de tonnes) de roche, qu’elles procèdent au pompage annuel de quelques 14 milliards de barils de pétrole, produisent annuellement plus de 70 millions de véhicules fonctionnant à l’énergie fossile, sans compter le développement de la déforestation, des OGM, des cultures intensives et des élevages en batterie, l’émission annuelle dans l’atmosphère de près de 55 Gt de CO2 eq (équivalent dioxyde de carbone), le déversement annuel dans les mers et les océans d’au moins 300 Mt (millions de tonnes) de produits toxiques !

 

(Blog de Paul Jorion, Philippe Soubeyrand, COP21 : un petit coup de marteau pour l’homme, un grand coup de masse sur l’Humanité… La grande parade des ONG est terminée ! http://www.pauljorion.com/blog/2015/12/16/cop21-un-petit-coup-de-marteau-pour-lhomme-un-grand-coup-de-masse-sur-lhumanite-des-lobbies-en-liesse-la-grande-parade-des-ong-est-terminee-par-philippe-soubeyrand/ 

 

Ce genre de mot d’ordre s’inscrit bien dans la manipulation des esprits à accepter l’austérité ambiante. Nos jeunes auteurs de projet imaginent eux de produire l’énergie dont ils ont besoin sur place et sans polluer. Ils n’ont nul besoin des hydrocarbures, de produits toxiques et d’autres saloperies, ils ont une ambition et cela est la meilleure réponse au stérile discours austéritaire qui veut nous imposer un style de vie conforme aux intérêts des transnationales.

 

Ainsi, tout cela part des meilleures intentions du monde exprimées par ailleurs avec une grande intelligence, mais peut-on, par exemple, parler de mixité sociale dans le projet de logements en alvéoles de la Porte des Lilas ? Il s’agit d’une « ruche » de logements alvéolaires énergétiquement solidaires. Très bien ! Mais qui va loger dans ces alvéoles ? Ce serait destiné à des étudiants et à des bénéficiaires du RSA, autrement dit des SDF. De quel espace disposera chacun de ses habitants : 9 m2. C’est 1,5 fois la surface minimum prévue pour une cellule de détenu !

 

 

 

 

"Ruche" de logements prévue Porte des Lilas pour des étudiants et des SDF

"Ruche" de logements prévue Porte des Lilas pour des étudiants et des SDF

 

 

Certes, un étudiant n’a pas besoin de beaucoup d’espace, encore qu’il est en l’occurrence fort à l’étroit. Mais, en quoi assurera-t-on la réinsertion sociale d’un SDF qui ne pourra que se retrouver seul dans son alvéole, tout aussi confortable soit-elle ? Et voit-on les étudiants et les « bénéficiaires » du RSA vivre en convivialité ?

 

 

N’imagine-t-on pas un enfer vert ?

 

 

L’idée de base de vivre « à la verticale » interdit toute convivialité contrairement à ce qu’affirment les architectes de VCA. Ne risque-t-on pas de faire une ville morte le soir où chacun restera calfeutré chez soi, au détriment de toute vie culturelle et sociale ?

 

Pourquoi tout concentrer dans les villes ? Quid de la banlieue, éternelle laissée pour compte de notre monde high tech. Ce n’est évidemment pas le fait du projet VCA puisque son rôle consistait à proposer une solution à la question bioclimatique à Paris intramuros. Certes, Vincent Callebaut est conscient de la dichotomie centre ville, banlieue. Mais la réalité de son projet est de ne concevoir que la ville et non la ville et son hinterland.

 

D’autre part, l’auteur de projet part du postulat de la densification de Paris. Si, aujourd’hui, c’est une réalité, pourquoi en complément au projet urbain de VCA qui, comme nous l’avons vu, ne manque pas de qualités et d’originalité, ne pas avoir un projet pour les banlieues et l’espace rural, nos campagnes ?

 

Au lieu de densifier nos villes et de désertifier nos campagnes, ne peut-on envisager l’inverse ? Repeupler l’espace rural et donner de l’air aux villes qui permettrait d’éviter la verticalité. Et aussi, l’idée d’échange qui préside au projet VCA ne concerne que la ville. Il est parfaitement possible de l’étendre à la banlieue et à la campagne.

 

 

 

Bridge Towers : pont habité doté d'éoliennes et d'hydroliennes sous l'eau de la Seine, reliant le XVIe au XIIe arrondissement.

Bridge Towers : pont habité doté d'éoliennes et d'hydroliennes sous l'eau de la Seine, reliant le XVIe au XIIe arrondissement.

 

 

Sinon, la ville sera une concentration de population si le projet est réalisé tel quel avec des individus isolés dans leur tour, sans espace de rencontres comme les parcs, les jardins, les places. La vieille ville de Paris sera recouverte de ces logements verts et étouffera. Ces rues de Paris qui ont traversé l’histoire tout en préservant leur caractère seraient dès lors écrasées sous le poids de cette verdure urbanisée. Le prolétariat sera les jardiniers des maga-tours de VCA. Où vivra-t-il ? Dans les alvéoles ? En banlieue ? Paris deviendra-t-il définitivement une cité « duale » ? Quel rêve pour les transnationales, quel cauchemar pour le peuple de Paris.

 

 

La Gare du Nord. Des quais photosensibles sur des dalles piezo électriques récupérant l'énergie dégagée par les pas des voyageurs. On ne pourra plus parler de "salle des pas perdus"...

La Gare du Nord. Des quais photosensibles sur des dalles piezo électriques récupérant l'énergie dégagée par les pas des voyageurs. On ne pourra plus parler de "salle des pas perdus"...

 

 

C’est l’enfer vert qui s’abattra sur Paname.

 

Non, Vincent Callebaut, laissez-nous la rue Vieille du Temple, la rue Pavée, l’impasse du Bon Secours et tant d’autres dont les noms évoquent la vie de Paris.

Ancienne maison au 127 rue Vieille du Temple dans le IVe arrondissement de Paris.

Ancienne maison au 127 rue Vieille du Temple dans le IVe arrondissement de Paris.

 

 

 

Revoyez votre copie, car vos ambitions – notamment en matière d’énergie, de culture urbaine et de recyclage des déchets – peuvent s’adapter à une vision allant au-delà de Paris, alors il y aura de la place pour une vie commune « au sol ». Vous pourrez ainsi nous donner un projet tenant compte des impératifs de mixité sociale qui vous sont chers, mais allant au-delà du carcan urbain pour que toutes et tous puissent en bénéficier.

 

 

 

Pierre Verhas

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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 21:03

 

Dans les chaumières de la gauche démocratique, c’est un ouf de soulagement. La couleuvre Marine et la vipère Marion ont perdu leur pari.

 

 

 

Mais, « ouf » ne signifie pas « on a gagné ». C’est la plus grande défaite de l'histoire de la gauche française. Avoir dû céder la région du Nord, vieille terre des luttes ouvrières, berceau de Jean Jaurès, à la droite pour faire barrage au fascisme est une catastrophe qui laissera des séquelles indélébiles.

 

 

 

La gauche de gouvernement a trahi.

 

 

 

François Hollande et Manuel Valls incarnent cette gauche de gouvernement de tous les renoncements.

François Hollande et Manuel Valls incarnent cette gauche de gouvernement de tous les renoncements.

 

 

Elle a renoncé aux valeurs qu’elle devait porter à bout de bras.

 

 

Elle a cédé sur le code du travail qui n’est pas la brique illisible dénoncée par la droite, mais qui contient toutes les garanties de pérennité des conquêtes sociales.

 

 

Elle a cédé sur l’économie en instaurant l’austérité.

 

 

Elle a cédé sur le TSCG que Hollande avait promis de modifier pendant sa campagne électorale, s’interdisant ainsi tout investissement public et donc toute politique économique et industrielle.

 

 

Elle a réduit les allocations sociales augmentant ainsi la précarité des plus faibles.

 

 

Elle a raté son pari en ne donnant pas à l’économie un souffle nouveau qui, seul, aurait pu inverser la fameuse courbe du chômage.

 

 

Elle n’a cessé de faire des cadeaux à un patronat boulimique et animé uniquement par la course au tout profit.

 

 

Elle a cédé à l’Union européenne et en particulier à l’Allemagne ordolibérale en n’ayant pas le courage d’arbitrer pour amener une solution juste à la crise grecque.

 

 

Elle n’a pas réussi à répondre à la crise financière, notamment en instaurant un réel régime de séparation des banques d’affaires et des banques de dépôts.

 

 

Elle n’a rien fait pour défendre les secteurs industriels nationaux et les services publics menacés de privatisations.

 

 

Elle a cédé en matière de politique étrangère en s’alignant systématiquement sur celle des USA.

 

 

Elle a lancé la France dans des aventures militaires sans issue en Afrique subsaharienne et au Moyen Orient.

 

 

Elle instaure petit à petit, via l’état d’urgence, un régime totalitaire basé sur le principe du Patriot Act.

 

 

Dans ces conditions, la gauche de gouvernement s’avère incapable de répondre aux défis d’aujourd’hui : la menace fasciste, le terrorisme islamiste, le modèle social, une politique de préservation de la paix.

 

 

Il n’est dès lors pas étonnant que la droite la plus réactionnaire reprend progressivement sa place.

 

 

La gauche de la gauche est divisée et ne parvient pas à se placer dans l’arène politique.

 

 

A part cela, tout va bien !

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 18:44

 

Ces trois dernières semaines ont été marquées par les massacres de l’Etat islamique à Paris et leurs conséquences sur les libertés fondamentales. Le juge d’instruction belge Michel Claise n’hésite pas à affirmer dans un entretien à la Libre Belgique du 5 décembre : « Le blanchiment d’argent et la corruption représentent 6 % du PIB mondial, soit des milliers de milliards d’euros. Sans criminalité financière, il n’y a pas de massacre au Bataclan. Tout est imbriqué. Ce qui s’est passé à Paris est un épiphénomène. Il va y avoir d’autres attentats ou des cyberattaques importantes, si l’on n’agit pas. On est dans une situation telle qu’on va prendre une vague en pleine poire. »

 

 

Depuis longtemps, on dénonce le financement occulte de ce nouvel Etat qui par la stratégie de l’horreur déstabilise tout le Moyen-Orient et répand la terreur en Europe et même aux Etats-Unis.

 

 

On désigne depuis longtemps l’Arabie Saoudite. La dépendance de l’Occident industrialisé aux hydrocarbures est telle que ce royaume féodal peut tout se permettre. Sa la loi est basée sur une conception rigoriste de la religion qui enferme son peuple dans un carcan tel que toute liberté est exclue, où la femme est réduite en esclavage.

 

 

On désigne depuis longtemps le Qatar, cet émirat gazier détenteur d’une immense manne financière qui lui donne la maîtrise de pans entiers de l’économie européenne, pratiquant l’esclavage et soumettant aussi son peuple au carcan de la religion.

 

 

On désigne depuis longtemps la Turquie dirigée par un parti religieux dont le chef est un apprenti dictateur aux ambitions démesurées qui instaure petit à petit la loi religieuse au détriment de la laïcité kémaliste.

 

 

Et Israël qui dérive de plus en plus vers l’extrême-droite joue un jeu ambigu à sa frontière syrienne. Et il est de notoriété publique que des combattants de Daesh sont soignés dans des hôpitaux israéliens, comme dans des établissements de soins en Turquie.

 

 

Tous ont donc une relation équivoque avec Daesh. L’aide financière provenant du royaume saoudien et/ou de grandes familles princières lui est essentielle et elle ne peut passer que par des circuits off shore. De même, la vente de pétrole par l’Etat islamique ne peut que prendre des circuits parallèles et son financement emprunte des filières illégales qui – par définition – échappent à tout contrôle international.

 

 

En outre, chacun sait que les bombardements effectués par la « coalition » sont inefficaces, meurtriers et générateurs indirects de terrorisme, alors que les grandes puissances ont les moyens de tarir, voire de couper ces circuits parallèles de financement et de récupérer l’argent « sale » qui y circule.

 

C’est donc la volonté qui n’existe pas. On peut même se poser la question : le souhaitent-ils vraiment ? C’est cela la culpabilité des puissances européennes et des USA.

 

 

Michel Claise constate : « C’est le cataclysme, la prise de pouvoir par les mafias, par l’argent sale. En Italie, 50 % de l’économie est dirigée par la mafia. Et si vous voulez tuer cette mafia, il faut s’en prendre à leurs avocats. Il n’y a pas de grande criminalité sans conseillers, institutions bancaires… Comme le dérèglement climatique, le dérèglement financier est irréversible. C’est la faute de l’homme et on ne peut plus faire marche arrière, mais on peut encore limiter la casse. Ce qui m’inquiète, c’est l’avenir des démocraties. Cette aggravation de la fracture sociale va entraîner des radicalisations et pas spécialement islamistes. »

 

 

 

Le juge d'instruction spécialiste de la criminalité financière, Michel Claise, met les pieds dans le plat dans son dernier ouvrage.

Le juge d'instruction spécialiste de la criminalité financière, Michel Claise, met les pieds dans le plat dans son dernier ouvrage.

 

Pour le démontrer, le juge financier de Bruxelles vient de publier un ouvrage intitulé : « Essai sur la criminalité financière – Le club des Cassandre ».

 

Ce cancer mondial

 

L’ouvrage commence par le texte de « l’appel de Genève ». Il s’agit d’un texte signé le 1er octobre 1996 à Genève par sept magistrats européens dont le juge français Renaud Van Ruymbeke, le Belge Benoît Dejemeppe, l’Espagnol Balthazar Garzon Rea, l’Italien Edmondo Bruti Liberati, etc.

 

Cet appel est une mise en garde de la société contre la criminalité financière « qui s’est emparée de l’économie et de la finance dans des proportions inquiétantes, de l’impact de ce phénomène dans la démocratie et de la réticence des dirigeants à vouloir la combattre. Et de plaider pour la création d’un espace judiciaire européen qui permettrait une lutte décente et cohérente contre ce cancer mondial. »

 

L’auteur fait ensuite un relevé historique. La criminalité financière est née selon lui quand « les sociétés se sont organisées en un système reposant sur une structure politique, mêlant étroitement pouvoir et richesse. » Il prend pour exemple l’Athènes de Périclès, société organisée avec un système sophistiqué d’impôts où déjà régnaient la corruption et la fraude fiscale. Les marchands créèrent dans les îles ioniennes des paradis fiscaux pour échapper aux taxes portuaires des ports du Pirée. On croirait déjà vivre le système « off shore » des armateurs grecs contemporains en grande partie responsables de la crise grecque !

 

Tout était objet de fraude, même les Jeux olympiques… Platini et Blatter n’ont rien inventé !

 

Ces systèmes se sont répandus par après dans la Rome de la république et de l’empire. Un magistrat, Cicéron, a lutté contre la fraude du gouverneur de Sicile Verrès et parvint à le faire condamner. Au Moyen-âge, les seigneurs et les paysans ne purent frauder la dîme (un dixième des récoltes dus à l’Eglise) sous peine des pires tourments. La fraude reprit lorsque se développèrent les villes.

 

La corruption s’est généralisée durant la Renaissance et sous le règne de Louis XIV, il y eut le scandale Fouquet accusé de fraude et condamné à la confiscation de ses biens et à l’exil ou emprisonné sous un masque de fer…

 

Au XVIIIe siècle, il y eut l’affaire de la Compagnie des Indes qui implique le célèbre poète Fabre d’Eglantine, ce qui le conduisit à la guillotine. Au XIXe siècle, il y eut l’affaire du canal de Panama où fut mêlé Ferdinand de Lesseps.

 

Au XXe siècle, la crise de 1929 permit le renforcement considérable des mafias. Le célèbre Al Capone (il y a un musée à son nom à Chicago !) outre sa violence inouïe fut un grand criminel financier. En France, en 1933, il y eut l’affaire Stavisky qui se « suicida » le 8 janvier 1934 à Chamonix. Michel Claise ne peut s’empêcher de reproduire le titre du Canard enchaîné à l'époque : « Stavisky s’est suicidé d’une balle tirée à trois mètres : voilà ce que c’est d’avoir le bras long ! »

 

Le temps des nouveaux chaos

 

Il y a donc dans l’histoire une constance de la criminalité financière. Cependant, d’après Claise qui se réfère à l'historien Hobsbawn, si le XXe siècle a commencé en août 1914 avec la Première guerre mondiale, il s’est achevé en novembre 1989 avec la chute du Mur de Berlin. La grande rupture eut lieu à ce moment lorsque les Allemands venus de l’Est et ceux de l’Ouest se rencontrèrent librement pour la première fois à Berlin.

 

 

Le "défilé" des "Traban" à Berlin-Ouest en novembre 1989.  Un rêve qui s'est vite transformé en cauchemar.

Le "défilé" des "Traban" à Berlin-Ouest en novembre 1989. Un rêve qui s'est vite transformé en cauchemar.

 

 

Il écrit : « Et pourtant cette date devenue symbole aux yeux des rêveurs se transforme en cauchemar, en nous faisant pénétrer brutalement dans le temps des nouveaux chaos, ceux des bouleversements économiques qui entraînent l’appauvrissement des classes moyennes, par la réduction du pouvoir d’achat la baisse des pensions… Le chemin qui mène au IIIe millénaire semble nous conduire droit vers un désastre. »

 

 

Cela rejoint ce qu’écrivait Naomi Klein en 2008 dans La stratégie du choc, [Chapitre 11 « Le feu de joie d’une jeune démocratie – La Russie choisit l’option « Pinochet », pp. 266 et suivantes] quand elle raconte comment les Occidentaux réunis à l’occasion d’un sommet G7 en juillet 1991 à Lancaster en Grande Bretagne où Mikhaïl Gorbatchev fut invité en tant que chef de la nouvelle URSS. Il y subit un diktat : vous devez appliquer immédiatement une thérapie de choc consistant en la libéralisation totale de l’économie soviétique sous le contrôle du FMI. Et ce n’est pas négociable ! Il n’eut aucune porte de sortie. L’URSS fut dissoute, Gorbatchev renversé au profit d’Eltsine qui imposa les réformes par un coup d’Etat en envoyant les chars bombarder le Parlement de Moscou appelé « la Maison blanche »…

 

 

L’analyse de Michel Claise est complémentaire : « La dislocation du bloc communiste va créer, dans un premier temps, une apparence de progrès démocratique par le retour des libertés, mais va aussi lâcher, avec la force destructrice de flots libérés par un barrage, le flux des criminalités venant de l’Est : prostitution, trafics en tous genres et surtout blanchiment de l’argent des oligarques. »

 

 

Vient ensuite l’explosion des moyens de communication qui font « disparaître les frontières nationales de notre planisphère, le transformant en circonférence plane sur laquelle se balade désormais librement les professionnels de l’économie et de la finance, licites comme illicites, alors que les pays restent engoncés dans les murs de leurs frontières, peinant à réglementer la folie des marchés, et que les autorités fiscales et judiciaires se sentent bien incapable de lutter efficacement contre les criminalités financières internationales. »

 

 

Ainsi, observe-t-on un parallèle entre la déréglementation voulue par les tenants du néolibéralisme et l’augmentation de la criminalité financière qui atteint des proportions inégalées dans l’histoire.

 

 

Avec la crise des subprimes de 2007-2008, on s’aperçoit que ce sont les banques elles-mêmes qui organisent la fraude. « Le plus grand risque est celui qui pousse le néolibéralisme à favoriser le flirt entre l’économie licite et les entreprises pirates, pour tenter de combler les trous. »

 

 

Ainsi, peut-on se poser la question : « les entreprises pirates » ne prennent-elles le dessus sur l’économie « licite », à l’instar des flibustiers qui furent les maîtres des mers aux temps glorieux de la navigation des XVIIe et XVIIIe siècles ?

 

 

La solution ? Changer la société tout simplement ! Michel Claise cite là nouveau l’historien Eric Hobsbawn : « … la rançon de l’échec, c’est-à-dire le refus de changer la société, ce sont les ténèbres. »

 

 

Un essai de définition par sept marches

 

 

Mais qu’est-ce que la criminalité financière ? Les conceptions des uns et des autres sont foncièrement différentes. Aussi, Michel Claise propose de se baser sur le comportement des gens dans leurs relations économiques. En l’analysant, il met en évidence sept « marches » qui conduisent à la criminalité financière.

 

 

À défaut d’une définition, cette image des sept marches permet de bien cerner la question.

 

 

La première est banale et est gravée dans nos mœurs : c’est l’appel à un corps de métier pour une réparation. On le paye sans facture. Ainsi, on élude la TVA. Bah ! Ce n’est pas trop grave…

 

 

La seconde, c’est plus sérieux, mais tout aussi courant. On transforme sa maison et on fait appel à un entrepreneur qu’on paye en partie « en noir ». Et des indépendants font passer la partie « officielle » en frais professionnels… Ainsi, ironise l’auteur, une piscine se transforme par miracle en cloisons de bureau ! En outre, on ne prête aucune attention sur le statut des ouvriers qui creusent ladite piscine.

 

 

La troisième, c’est la corruption de fonctionnaires notamment pour des projets immobiliers. « Il se murmure qu’il n’existe pas de projets immobiliers d’envergure sans dessous de table à certains politiques pour l’obtention d’autorisations administratives. ». Ici, on est à la limite de la criminalité financière.

 

 

La quatrième, c’est l’évasion de fonds pour éviter les taxes et précomptes. Dans ce cas, le quidam qui cherche à planquer son magot est obligé de faire appel à des intermédiaires. Ainsi, se tissent des réseaux qui peuvent devenir mafieux.

 

 

La cinquième marche, c’est la fraude fiscale organisée comme ce qu’on appelle « le carrousel de la TVA ». Ici, il s’agit d’un comportement volontairement délictueux. C’est donc un élément de la criminalité financière.

 

Quant à la sixième, c’est l’argent généré par le crime (stupéfiants, traite des êtres humains, trafics d’armes, etc.).

 

 

Enfin, la septième, c’est le terrorisme qui nécessite de grands moyens financiers pour être « opérationnel ».

 

 

En conclusion, Michel Claise « ose » une définition : « [la criminalité financière est] une somme de comportements de personnes physiques, morales et de droit public, parfaitement conscientes de la transgression de règles pénales nationales et internationales en vue de l’appropriation par celles- ci de produits illégaux et de leur recyclage, par le biais d’entreprises licites ou occultes et par l’utilisation de moyens financiers classiques, ou tous autres moyens en ce compris l’usage de la violence. »

 

 

Une nouvelle sorte de citoyens est née. Cette criminalité financière est tellement complexe, malgré son importance, qu’elle échappe à l’attention de l’opinion publique. Ce sont les lanceurs d’alerte qui jouent un rôle fondamental en dénonçant les pratiques frauduleuses comme l’Offshore leaks, Lux leaks 1 et 2 et Swiss leaks.

 

 

Stéphane Hessel avec son petit livre "Indignez-vous" a provoqué l'émergence d'une nouvelle sorte de citoyens.

Stéphane Hessel avec son petit livre "Indignez-vous" a provoqué l'émergence d'une nouvelle sorte de citoyens.

 

 

Face à cela, que peut faire la population ? Certes, les circuits de contestation classique comme les partis politiques et les syndicats sont totalement inopérants. Mais, comme l’observe Michel Claise : « Une nouvelle sorte de citoyens est en train de naître, ceux qui ont subi les conséquences sociales de la crise financière de 2008, qui ne supporte plus la vision de la fracture entre les mondes développés et en voie de développement – images des malheureux candidats à l’émigration échouant au large de Lampedusa –, qui s’intéressent enfin à l’information qui circule sur les raisons de ces déséquilibres, avec des mots comme blanchiment, évasion fiscale grave et organisée, paradis fiscaux… » Les héritiers des indignés de Stéphane Hessel. Ces indignés, notamment en Espagne : « … il s’agit pour ces citoyens de dénoncer les inégalités sociales, l’incompétence des gouvernants à y remédier, mais aussi la corruption qui gangrène les systèmes pourtant qualifiés de démocratiques. »

 

 

L’éthique : une denrée périssable

 

 

Ensuite, le juge-auteur dénonce la disproportion entre les entreprises multinationales qui disposent de moyens financiers colossaux et les petites et moyennes entreprises qui sont écrasées par des réglementations complexes et tatillonnes. Pourtant, selon Michel Claise, la simplicité et la transparence des règles sont des facteurs nécessaires à la croissance économique. Or, en matière sociale et fiscale, les entreprises arrivent difficilement à se conformer aux règlements. Et Claise d’avertir : « Pas facile pour lui [l’entrepreneur] de ne pas commettre une infraction pénale dans le cadre d’une gestion normale de son entreprise, sans pourtant développer la moindre intention criminelle. »

 

 

En corollaire, avec la recherche effrénée du profit, « l’éthique risque de se transformer directement en denrée périssable tant les tentations sont nombreuses. »

 

 

Le néolibéralisme et une fiscalité inadaptée et désorganisée sont les causes majeures de ce chaos qui génère misère et criminalité.

 

 

Ensuite, l’auteur évoque les chiffres relatifs à la criminalité financière. Ils sont vertigineux !

 

 

Citons-en quelques-uns : en UE, les profits de la traite des êtres humains représente 25 milliards d’euros par an… Et la Commission n’arrête pas de titiller les Etats pour des déficits dix fois moindres ! Et cela continue : le trafic des animaux sauvages de 18 à 26 milliards, des cigarettes, 10 milliards, le trafic d’armes légères de 150 à 250 millions. Une broutille, quoi ! La cybercriminalité entraîne des pertes annuelles équivalentes à 290 milliards d’euros.

 

 

Selon la Banque mondiale, la corruption représente 5 % du PIB mondial, soit quelque 2.600 milliards par an !

 

 

En UE, l’évasion et la fraude fiscales se montent à 1000 milliards d’euros, soit un coût annuel par citoyen européen de 2000 euros… Quant aux recettes de la TVA, 193 milliards ont été détournées en 2011, soit 1,5 % du PIB européen.

 

 

L’auteur dresse ensuite une liste des institutions qui, chacune de leur côté, luttent contre la criminalité financière. Il les appelle les « belligérants ». Cela va de l’OCDE en passant par le FMI et la Banque mondiale, l’Union européenne, le Conseil de l’Europe, l’ONU, etc.

 

 

Notons cependant que certaines de ces institutions œuvrent pour imposer le néolibéralisme partout. Il y a là une contradiction quand on sait que c’est la déréglementation néolibérale qui favorise la criminalité financière.

 

 

D’autres organismes sont moins connus comme Europol, Eurojust, Eurofisc, le GAFI, etc. Il y a également des ONG comme Transparency International. Et bien sûr, il ne faut pas oublier l’institution qui est sur le terrain : l’administration fiscale.

 

 

Un long chapitre est intitulé « forces et faiblesses de la répression » où le magistrat qu’est Michel Claise se pose des questions sur sa fonction de juge d’instruction.

 

 

La deuxième partie du livre est plus technique. L’auteur analyse les différentes catégories de « crimes » financiers comme la corruption, le blanchiment d’argent, le délit d’initié. Il se penche également sur les organisations criminelles.

 

 

Le fléau de la fraude sociale

 

 

Contrairement à une opinion assez répandue, Michel Claise considère que la fraude sociale est aussi grave que la fraude fiscale. « La fraude sociale est un mal endémique de notre société aggravé par la crise financière. »

 

 

Et, comme le démontre l’auteur, la fraude sociale n’est pas éloignée de la criminalité organisée : par exemple, l’arrivée clandestine de femmes provenant des pays de l’Est dans des « bars à champagne » où elles étaient contraintes de faire « boire » le client et en plus de nettoyer les locaux, en étant logée dans des greniers insalubres. Autre exemple, des mineurs que l’on fait travailler sur des chantiers, ou dans des fabriques textiles clandestines.

 

 

En plus de la fraude fiscale, un autre fléau est analysé par Michel Claise : la cybercriminalité qui est très diversifiée : cela va du faux appel à l’aide envoyé par courriel au skimming qui consiste à falsifier un document électronique, par exemple une carte de crédit qui est clandestinement reproduite avec son code à l’insu de son propriétaire. Il y a aussi le phishing qui consiste à prendre clandestinement des données confidentielles dans l’ordinateur d’une société ou d’un particulier. Et bien sûr, last but not least, le hacking ou le piratage informatique.

 

 

Et pour compléter le tableau, n’oublions pas la contrefaçon.

 

 

Cet éventail des infractions en matière financière est loin d’être exhaustif. Il faut y ajouter les plus « classiques » comme l’escroquerie et le faux et usage de faux. Tous ces comportements forment donc en partie le puzzle de la criminalité financière. En plus, ils montrent que l’homme a une imagination débordante pour flouer son prochain !

 

 

Créer une, deux, trois Islande !

 

 

Et on arrive à la conclusion de ce long inventaire critique de la criminalité financière qui est peut-être une calamité aussi grave que la faim dans le monde. Michel Claise écrit : « Quel carnage social que celui qui fit suite à l’effondrement de la pyramide factice des produits immobiliers surévalués made in USA ! Et le chantage qui s’ensuivit : à défaut de soutenir les banques, seules responsables de cette situation, et malgré leurs erreurs et leurs manœuvres dolosives pour s’en sortir (…), leurs dirigeants brandirent aux ministres des pays aisés l’épouvantail de leur faillite et brossèrent le tableau mortifère d’une crise sociale sans précédent qui en découlerait. Que firent les politiciens ? Ils cédèrent ! »

 

 

Sauf l’Islande ! ajoute le juge-auteur. Elle a laissé les banques aller à la faillite et a instauré un contrôle des capitaux. Dans les autres pays, les banques ont été renflouées sans aucun contrôle interne.

 

 

Et Michel Claise conclut sans appel : « Si la faiblesse des Etats est devenue telle qu’ils sont désormais dominés par l’omnipotence du pouvoir financier qui ne leur a guère, en 2008, laissé de choix ? (…) La dérive financière s’accompagne en outre de l’explosion de sa criminalité et des terribles conséquences qui en découlent. » Et il ajoute plus loin : « Ces deux phénomènes s’entrecroisent donc, liés malheureusement par les mêmes intérêts. Alors se pose cette terrible question : la lutte contre cette hydre ne serait-elle un combat perdu d’avance tant les armes sont inégales ? »

 

 

Les méthodes violentes utilisées par les tenants du néolibéralisme, comme on l’a récemment vu avec l’écrasement de la Grèce, ce que Naomi Klein appelle la stratégie du choc, sont identiques à celle des criminels et plusieurs indices tendent à montrer qu’ils sont en cheville sinon carrément associés.

 

 

La riposte est-elle possible ? Pour Michel Claise, il faudrait disposer de moyens colossaux. Certes, mais l’Islande y est arrivée, comme il l’a montré. Et la nouvelle sorte de citoyens qu’il a évoqués sont-ils devenus muets ?

 

 

 

Ernesto Che Guevara voulait mondialiser sa lutte. Face à la mondialisation néolibérale et son corollaire la criminalité financière, ne faut-il faire de même ?

Ernesto Che Guevara voulait mondialiser sa lutte. Face à la mondialisation néolibérale et son corollaire la criminalité financière, ne faut-il faire de même ?

 

 

Alors, pourquoi – à l’instar de Che Guevara – ne pas créer une, deux, trois Islande ? N’est-ce pas le même combat, après tout ?

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

Le club des Cassandre

 

Michel Claise

 

Essai sur la criminalité financière

 

Le club des Cassandre

 

Bruxelles, Racine, 2015, 19,95 €

ISBN 978-2-87386-960-1

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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 09:47

 

Merry Hermanus, ancien chef de cabinet de plusieurs ministres socialistes, ancien échevin de Jette – commune du Nord Ouest de Bruxelles – ancien secrétaire général du Ministère de la Communauté française, ancien député bruxellois, connu pour avoir fait en son temps la pluie et le beau temps à l’intérieur du PS, condamné dans les affaires INUSOP et Agusta, mais resté militant au sein de la mouvance de gauche de ce Parti, vient de publier sur son blog (https://hermanusinfo.wordpress.com/2015/11/28/lettre-ouverte-au-president-dups-et-au-membres-de-la-federation-bruxelloise/ ) une longue lettre ouverte au président du PS, l’ancien Premier ministre Elio Di Rupo.

 

 

On peut épiloguer sur le personnage qui est sans doute l’homme politique bruxellois qui détient le record d’ennemis mais qui conserve encore quelques solides amitiés. Cependant, force est de constater que son analyse sans complaisance est éclairante et qu’elle nous force à accepter la vérité telle quelle !

 

 

Merry Hermanus reste profondément attaché aux valeurs des Lumières qui sont aussi celles du Socialisme démocratique.

Merry Hermanus reste profondément attaché aux valeurs des Lumières qui sont aussi celles du Socialisme démocratique.

 

 

Cette lettre a été rédigée juste avant les attentats du 13 novembre et elle dénonce entre autres ce qu’il considère comme étant la dérive islamique de Philippe Moureaux, qui fut vice- président de ce Parti et président pendant une vingtaine d’années de la Fédération bruxelloise du PS et surtout bourgmestre de la commune bruxelloise de Molenbeek considérée comme étant par sa faute, à tort ou à raison, le fief djihadiste d’Europe occidentale.

 

 

Hermanus dénonce la lente descente aux enfers du principal parti de gauche à Bruxelles. Il y voit plusieurs raisons.

 

 

Il commence par analyser brièvement l’évolution démographique de la capitale de l’Europe. Il écrit que chacun sait que dans une quinzaine d’années, la majorité de la population bruxelloise sera de confession musulmane. Et Merry Hermanus ajoute – première pique à un leader socialiste bruxellois, Charles Picqué : « Ce qui se produit depuis dix ans à Bruxelles est une véritable explosion démographique, laquelle se poursuit encore aujourd’hui. Les conséquences sont multiples, souvent catastrophiques vu l’absence de perspectives et de prévisions. Or, beaucoup de ces désagréments étaient évitables. Mais force est de constater que malgré notre présence quasi permanente à la tête de la région depuis 1988, rien n’a été entrepris, rien n’a été anticipé ! Il est inutile d’accabler les individus mais il faut rappeler que Picqué, disposant d’un charisme exceptionnel et d’une présence au pouvoir d’une durée tout aussi exceptionnelle, n’a rigoureusement rien fait, se contentant de commander une multitude de plans aussi divers que variés…et coûteux ! Rudi [Vervoort, PS, l’actuel ministre-président de la Région], en six mois de présence, malgré un environnement insidieusement hostile à la tête de l’exécutif, sans tambours ni trompettes a été plus efficace que Picqué en vingt ans. »

 

 

Charles Picqué, ancien ministre-président de la Région de Bruxelles capitale et actuel président du Parlement bruxellois n'est pas épargné par Merry Hermanus.

Charles Picqué, ancien ministre-président de la Région de Bruxelles capitale et actuel président du Parlement bruxellois n'est pas épargné par Merry Hermanus.

 

 

Deuxième constat : la situation sociale à Bruxelles.

 

 

« Les derniers chiffres du baromètre social bruxellois synthétisent parfaitement ces questions. On y découvre que près d’un tiers des Bruxellois vit sous le seuil de pauvreté, soit avec moins de 1085 euros par mois. La moyenne belge se situe entre 14 et 16 %. Donc à Bruxelles, c’est près de trois fois plus de gens qui se trouvent sous ce seuil fatidique. Or, ces statistiques prennent en compte : les revenus, le travail, l’instruction, la santé, le logement et la participation sociale. Si le PIB à Bruxelles est de 61.899 euros pour 26.183 en Wallonie et 35.922 en Flandre, ce n’est que parce que 50 % de emplois sont occupés par des navetteurs. Enfin, et cela n’étonnera personne, 23,50 % des Bruxellois perçoivent une allocation ou un revenu de remplacement ; ce chiffre est en progression de 1,6 % par rapport à 2013. Le pire est que cette chute vertigineuse des revenus bruxellois se poursuit sans discontinuer depuis les années septante. Jamais on n’a pu observer le moindre redressement. Une véritable descente aux enfers…Mais qui n’émeut personne. Les exécutifs se succèdent, les ministres se suivent tout sourire, les programmes électoraux s’effeuillent, les promesses se multiplient… s’envolent… mais la seule courbe de croissance est celle de la misère ! Une question doit se poser, cette région telle qu’elle est institutionnellement constituée est-elle gouvernable ? Est-elle viable ? La réponse, évidente pour tous, est clairement non ! »

 

 

Quant au chômage :

 

 

« Les chiffres du chômage, même flattés, ne laissent aucun doute, non seulement sur la paupérisation mais, et c’est beaucoup plus grave, sur sa perpétuation, sa constante augmentation. Le taux de chômage est le plus élevé à Bruxelles, pour ce qui concerne le chômage des jeunes il atteint l’effroyable record de 30 %, 40 s’il faut croire les chiffres du VOKA [le patronat flamand]. Ne soyons pas dupes, les baisses dont il est question récemment sont le fruit des dernière mesures gouvernementales, sur lesquelles je n’ai pas le cœur de m’appesantir… il « saignerait ! » Je n’évoque pas le chômage des femmes dans ces mêmes quartiers, il dépasse les 45 %. »

 

 

L’invraisemblable usine à gaz

 

 

Quelles sont les causes de cette situation catastrophique ? Merry Hermanus épingle d’abord les réformes institutionnelles qui ont considérablement affaibli Bruxelles. « L’invraisemblable usine à gaz mise au point par Dehaene et Moureaux ne pouvait fonctionner que sur base d’une loyauté régionale réciproque entre Néerlandophones et Francophones. Or, les ministres flamands ont dès le début été très clairs, leur loyauté était d’abord et avant tout flamande. Certains de ces ministres ont été d’une particulière franchise en ce domaine, franchise assez rare en politique pour être soulignée. A de très nombreuses reprises, Brigitte Grouwels, ministre CVP a lourdement insisté pour souligner son lien indéfectible à la Flandre et le fait que Bruxelles n’avait qu’à se soumettre ! Que dire alors de son attitude en conseil des ministres. D’autres, plus hypocrites, ont eu la même attitude. Comment dans ces conditions tenter la moindre gouvernance avec un exécutif composé de huit ministres, dont trois Néerlandophones dont chacun peut bloquer en totalité le fonctionnement d’une tuyauterie crachoteuse. »

 

 

Philippe Moureaux et Jean-Luc Dehaene sont les architectes du "modèle" fédéral belge qu'Hermanus appelle "l'invraisemblable usine à gaz".

Philippe Moureaux et Jean-Luc Dehaene sont les architectes du "modèle" fédéral belge qu'Hermanus appelle "l'invraisemblable usine à gaz".

 

 

Breveter le « Monopoly » bruxellois ?

 

 

Résultat de ces réformes, ce qu’Hermanus appelle l’invraisemblable « mille-feuilles » bruxellois : « A cela s’ajoutent les aléas du mille-feuilles institutionnel bruxellois. La région compte un peu plus d’un million cent cinquante mille habitants, elle se découpe en dix-neuf communes, dix-neuf CPAS, plusieurs dizaines de sociétés de logement sociaux, un parlement de quatre-vingt-neuf députés (…) une VGC, une COCOM, une COCOF, une multitude d’O.I.P économiques ou sociaux… et j’en oublie. La région pourrait gagner pas mal d’argent en faisant breveter son puzzle institutionnel, en le commercialisant comme ce fut le cas du Monopoly en 1930 ; certain qu’il y aurait là une niche à exploiter ! Tout observateur objectif ne peut que conclure que l’usine à gaz est bonne pour la casse, plus rien ne fonctionne correctement, tout le monde le sait, tout le monde le constate…mais nombreux sont ceux qui en vivent. »

 

 

Pour nettoyer les bureaux, il reste des Bruxellois !

 

 

 

Le diagnostic est sans appel : fuite des classes moyennes et les emplois sont occupés par les navetteurs provenant de Flandre et de Wallonie.

 

 

« La part bruxelloise dans le PIB national s’est effondrée. L’analyse des statistiques, quel que soit le domaine, démontre une paupérisation qui se lit à l’œil nu dans les différents quartiers de la région. Les Bruxellois sont de plus en plus pauvres, les problèmes sociaux s’accumulent, s’aggravant année après année, se multipliant sans cesse. Depuis la fin des années septante, la classe moyenne payant l’impôt a voté avec ses pieds, quittant la région. Elle a été remplacée par une population d’infra-salariés, d’assistés sociaux à l’avenir professionnel de plus en plus problématique. On objecte toujours à cela le taux de création d’emploi, le plus élevé du pays… ce qui est exact. Mais les Bruxellois n’en bénéficient pas ! Il y a près de sept cent cinquante mille emplois à Bruxelles, plus de deux cent mille sont occupés par des Flamands et plus de cent cinquante mille par des Wallons. Ces navetteurs génèrent des coûts considérables pour la région… mais payent leurs impôts dans la commune de leur domicile. Si on recourt à une analyse plus fine, il apparaît que les cadres supérieurs sont majoritairement des navetteurs. Pour nettoyer les bureaux, il reste des Bruxellois ! »

 

 

La seule courbe de la croissance est celle de la misère.

 

 

Conséquences de tout cela, la paupérisation !

 

 

Hermanus ajoute : « Les derniers chiffres du baromètre social bruxellois synthétisent parfaitement ces questions. On y découvre que près d’un tiers des Bruxellois vit sous le seuil de pauvreté, soit avec moins de 1085 euros par mois. La moyenne belge se situe entre 14 et 16 %. Donc à Bruxelles, c’est près de trois fois plus de gens qui se trouvent sous ce seuil fatidique. Or, ces statistiques prennent en compte : les revenus, le travail, l’instruction, la santé, le logement et la participation sociale. Si le PIB à Bruxelles est de 61.899 euros pour 26.183 en Wallonie et 35.922 en Flandre, ce n’est que parce que 50 % de emplois sont occupés par des navetteurs. Enfin, et cela n’étonnera personne, 23,50 % des Bruxellois perçoivent une allocation ou un revenu de remplacement ; ce chiffre est en progression de 1,6 % par rapport à 2013. Le pire est que cette chute vertigineuse des revenus bruxellois se poursuit sans discontinuer depuis les années septante. Jamais on n’a pu observer le moindre redressement. Une véritable descente aux enfers…Mais qui n’émeut personne. Les exécutifs se succèdent, les ministres se suivent tout sourire, les programmes électoraux s’effeuillent, les promesses se multiplient… s’envolent… mais la seule courbe de croissance est celle de la misère ! Une question doit se poser, cette région telle qu’elle est institutionnellement constituée est-elle gouvernable ? Est-elle viable ? La réponse, évidente pour tous, est clairement non ! »

 

 

Une administration d’occupation

 

 

Et cette charge constituée par les navetteurs devient insupportable pour Bruxelles qui n’a d’autonomie que le nom.

 

 

« La région est structurée, façonnée, dessinée, et cela se comprend, pour faire face à cette arrivée journalière de ce flot de Flamands et de Wallons ; charge considérable pour Bruxelles, sans commune mesure avec les contreparties chichement concédées à la région par le fédéral qui plus est, les oriente souvent sans tenir compte des intérêts bruxellois. Il n’est pas rare que des mandataires bruxellois s’entendent dire par des auteurs de projet désignés souverainement par le pouvoir fédéral : « il faut que vous bruxellois commenciez à vous adapter ! » Ah ! Bon s’adapter mais à quoi ! Oserai-je le penser…à une administration d’occupation ! »

 

 

Et le PS – principal parti à Bruxelles jusqu’à présent – dans tout cela ? Il est gravement malade également, si ce n’est à l’agonie.

 

 

Un PS familial et communautariste

 

 

Autrefois, parti populaire, composé de militants qui en formaient la base dynamique, il était relativement démocratique et organisait des pools pour constituer les listes électorales où il y avait de la tricherie, certes, mais où on ne pouvait pas tout se permettre. Aujourd’hui, c’est autre chose ! Plus de pools, plus de « comités de sages », mais un comité secret. Résultat : on impose des candidats issus des mosquées et des « fils et filles de » : «… il n’est plus question de comité des sages mais d’un comité secret, c’est là qu’on agite le shaker d’où sortira le breuvage qui sera servi aux électeurs. Les résultats sont connus d’avance, la bouillabaisse comprenant une dose massive de Belges issus de l’immigration, logique vu la démographie de la population et de filles ou de fils de…ainsi naît sur les navrants décombres d’une idéologie une nouvelle aristocratie, dont les fiefs sont constitués d’une masse d’électeurs d’origine étrangère, un cheptel sur lequel on règne sans vergogne. Moderne féodalité… totale rupture avec une idéologie à l’allure d’astre mort ! La presse avait relevé lors des dernières élections cette présence massive des fils et filles de, mais les journalistes ne les avaient pas tous repérés, certains liens de parenté étant plus discrets ou mieux dissimulés, dans certains cas le nom de la mère était connu mais pas celui du père, de plus il fallait en outre tenir compte des compagnons, compagnes, nièces ou neveux. Qui osera encore dire qu’à Bruxelles le PS n’aime pas la famille, étonnant que la présidente fédérale n’ait pas été invitée au dernier synode de Rome consacré à l’avenir des familles, cette parole experte a manqué ! »

 

 

Quant aux militants : pfuuuit, évaporés !

 

 

« Le départ des militants a conduit un grand changement dans les campagnes électorales, plus rien ne fonctionne sur base du bénévolat, tout se paye, tout se rémunère, les collages, les distributions toutes boîtes. Ce n’est pas anecdotique mais lourdement symbolique. Logique aussi dans de telles conditions que la rupture soit consommée entre les organisations de l’action commune, plus besoin de syndicat, de mutuelle, d’organisation de jeunesse…tout le monde suit seul son chemin ! »

 

 

Et le communautarisme ?

 

 

Hermanus fait là aussi un constat sans concession : « Il n’y a donc plus de classe intermédiaire entre l’électorat et les élus ; les forces vives du parti, ses militants, ont disparu, reste une caste d’élus, rejetons dynastiques et la masse de ceux qu’un chercheur de la KUL d’origine maghrébine appelait récemment dans « Le Soir » « le bétail à voix, » qu’il estimait sous-représenté… j’ose supposer que ce chercheur flamand ne songeait pas à Bruxelles ! La disparition des militants conduit à d’étonnantes surprises. Ainsi voit-on surgir sur les listes électorales de parfaits inconnus, quasi absents de leur section locale, à peine affiliés, et encore pas toujours, (on se rappellera du fasciste turc sur une liste communale du PS, ce cas n’était ni accidentel ni unique) totalement absents de la vie politique locale, n’ayant aucune présence sur le terrain, mais qui réussissent des scores de rêve et parfois sont élus dépassant une bonne partie des autres candidats sur la liste. Il suffit pour s’en convaincre de reprendre les listes fédérales ou régionales du PS à Bruxelles, de regarder les scores et de mettre ceux-ci en rapport avec le militantisme dans les sections. Victor Hugo disait : « il y a du champignon dans l’homme politique, il pousse en une nuit. » Cela n’a jamais été plus vrai qu’à Bruxelles. Dans de nombreux cas, personne au sein de la section locale ne connaît ce recordman ou cette recordwoman. La raison du succès est simple, ce candidat ou cette candidate a appuyé sur un bouton, un seul… le bouton miracle, le bouton communautaire. Pas besoin de faire beaucoup d’efforts, il suffit à l’électeur de déchiffrer le patronyme, imparable boussole électorale bruxelloise. Dans de telles conditions doit-on encore défendre la laïcité ? Peut-on encore imaginer résister aux exigences religieuses d’un autre âge ? »

 

 

Le vote communautaire a incontestablement permis au PS de remplacer un électorat populaire « belge » en voie de disparition par une masse d’électeurs issus de l’immigration. Ce fut le calcul de Philippe Moureaux qui fut président de la Fédération bruxelloise du PS et bourgmestre de Molenbeek pendant une vingtaine d’années.

 

 

Philippe Moureaux porte-t-il toute la responsabilité de ce cataclysme ?

Philippe Moureaux porte-t-il toute la responsabilité de ce cataclysme ?

 

 

Mais si le succès électoral était au rendez-vous, ce fut au prix d’un terrible renoncement aux valeurs de bases d’un Parti socialiste, comme la laïcité.

 

 

« Il n’y a plus que très peu de rapport entre les campagnes électorales faites par les candidats et les valeurs fondatrices du PS. Le tramway, ligne directe vers le mandat implique une filiation dynastique ou un lien communautaire, sans cela pas de mandat, c’est le cul-de-sac. Les « tuyaux » d’accès au pouvoir ont changé…et comment ! A Bruxelles, les campagnes ne sont plus que communautaires, le programme ne compte que pour la presse et les adversaires, un nombre considérable de candidats s’en fichent complètement. Alors que pendant des années tu as insisté pour que nous évitions le communautarisme, aujourd’hui, c’est la dominante principale. Les tracts en arabe, en turc en albanais sont légions, plus personne ne s’en offusque à la fédération bruxelloise. Les temps ont changé, les militants se sont évanouis, nos valeurs sont chaque jour écornées. L’un des élus phare de l’une des importantes communautés de la région, occupant des responsabilités politiques majeures, n’hésite plus à dire « toutes les campagnes doivent être communautaires, Laanan et Madrane n’ont rien compris s’ils ne le font pas. » Au-delà de la question fondamentale de la transmission et de l’adhésion à nos valeurs, se pose indéniablement la question de la sauvegarde des principes de laïcité pour lesquelles nos prédécesseurs ont lutté pendant tant d’années contre l’hégémonie religieuse. Qu’on n’oublie pas qu’il nous a fallu des dizaines et des dizaines d’années d’âpres combats pour laïciser notre vie publique, échapper à l’oppression cléricale. »

 

 

Philippe Moureaux, le maître d’œuvre de tout ce gâchis ?

 

 

Merry Hermanus s’attaque au leader incontesté du PS bruxellois des années 1990 – 2012, Philippe Moureaux.

 

 

Issu d’une famille bourgeoise libérale, son père fut ministre de l’Instruction publique en 1958 et maître d’œuvre de ce compromis boiteux – déjà ! – que fut le Pacte scolaire entre les laïques et les cléricaux, Philippe Moureaux s’imprégna de marxisme – « marxiste autoproclamé » écrit Hermanus – sans doute en réaction à sa condition sociale. Il décrocha brillamment un diplôme d’historien à l’ULB. Il fut pendant des années professeur de Critique historique à cette Université. Via l’ancien président du Parti socialiste, André Cools, il entra en politique par la grande porte. Chef de cabinet de plusieurs ministres socialistes, il devint ministre de l’Intérieur en 1980 sans avoir été élu et mit sur les fonts baptismaux la réforme de l’Etat d’août 1980. En 1981, comme ministre de la Justice, Moureaux parvint à imposer la loi réprimant les actes de racisme et de xénophobie. En 1982, toujours sous l’impulsion de Cools, il partit à la conquête du mayorat de Molenbeek qu’il décrocha en 1992 et qu’il garda vingt ans.

 

 

Merry Hermanus explique qu’à ses débuts à Molenbeek, Moureaux s’affichait comme plutôt hostile à l’immigration. « Débarquant à Molenbeek en 1982, il mène la campagne communale sur le thème du « stop à l’immigration. » De nombreux tracts ont été conservés, étonnantes et encombrantes archives. Il débat à la même époque sur La RTBF matinale, il y est opposé à Albert Faust, secrétaire général du SETCA de Bruxelles Halle Vilvorde et s’oppose obstinément au vote des étrangers aux élections communales alors qu’Albert Faust lutte avec la FGTB pour l’obtenir. La RTBF dispose toujours de la cassette, on peut la réécouter… un régal d’anachronisme, une grande leçon sur l’adaptabilité du monde politique aux dures réalités électorales. En 1986, écrivant dans un journal communal consacré à l’enseignement, il évoque la nécessaire assimilation des citoyens d’origines étrangères. Au cours de la même période, il évoque plusieurs fois ses regrets que l’on ait reconnu l’Islam en qualité de religion subsidiée. De nos jours, même le terme « intégration » est devenu un gros mot ! »

 

 

En réalité – et là, je pense qu’Hermanus a tort – ce fut une stratégie de Philippe Moureaux. Il devait absolument étant fraîchement débarqué à Molenbeek et provenant d’une commune bourgeoise, gagner la confiance d’une population hostile aux immigrés. A cette époque, ces derniers n’avaient pas le droit de vote. Et attaquer l’immigration ne pouvait que lui rapporter des voix. Or, je sais personnellement, l’ayant connu avant, que Philippe Moureaux était particulièrement soucieux du sort des étrangers en Belgique. D’ailleurs, peu après 1982, il fit tout en tant que parlementaire et comme ministre pour que les étrangers non européens aient le droit de vote et d’éligibilité et pour leur faciliter la naturalisation.

 

 

Toutes ces réformes, comme la loi contre le racisme, le droit de vote, le changement du code de la nationalité, la reconnaissance de l’Islam portent incontestablement la marque de Philippe Moureaux. La droite le lui a suffisamment reproché !

 

 

Cela dit, Moureaux a été trop loin. Son militantisme pour la cause des immigrés l’a progressivement amené à renoncer aux valeurs de base comme la laïcité et à accepter les règles issues de la société confessionnelle musulmane au détriment de nos propres lois.

 

 

On a appelé cela les « accommodements raisonnables ». Certes, on pouvait et, je dirais, on devait admettre le port du voile, par exemple et non en faire un cheval de bataille par ailleurs perdue d’une laïcité bornée.

 

 

Par contre, il ne peut être question de renoncer à la mixité dans les écoles et dans les piscines. On ne peut en aucun cas renoncer à un principe fondamental : l’égalité hommes –femmes.

 

 

« Ainsi la fédération s’est de plus en plus appuyée sur les mosquées et donc forcément sur les milieux musulmans les plus rétrogrades. Cela explique la disparition d’un certain nombre d’élues féminines d’origine maghrébine, ces femmes les premières élues de ce milieu, étaient toutes des femmes libérées des contraintes religieuses, ayant un langage direct, ferme à l’égard du poids du religieux. Aujourd’hui, elles sont remplacées par des élues beaucoup plus « lisses, soumises » On sait qu’elles ne causeront aucun problème avec leur communauté ou avec ceux qui s’y arrogent le rôle de représentant desdites communautés. »

 

 

Et cela a parfois des conséquences cocasses :

 

 

« Il est de bon ton dans les instances dirigeantes du PS bruxellois d’estimer que toutes les cultures se valent, que ce serait faire preuve de racisme que de réagir à certaines pratiques. Ainsi la présidente fédérale monte-t-elle tout de suite aux barricades criant haut et fort qu’elle n’a jamais condamné les pratiques barbares liées à la nourriture Halal, la presse ayant osé émettre quelques doutes. Elle est nettement moins réactive quand un élu refuse de reconnaître le génocide arménien, à peine audible, d’une voix fluette, entre deux portes, pour une fois le sourire tarifé en berne, elle précise que l’intéressé devra se présenter devant une commission. »

 

 

 

Laurette Onkelinx, actuelle présidente de la Fédération bruxelloise du PS, est de plus en plus isolée avec sa politique clanique.

Laurette Onkelinx, actuelle présidente de la Fédération bruxelloise du PS, est de plus en plus isolée avec sa politique clanique.

 

L’encéphalogramme de la gauche et de la social-démocratie est plat.

 

 

Le constat d’Hermanus est clair : « Cela fait déjà pas mal de temps que l’encéphalogramme de la gauche et de la social-démocratie est plat. Le vide idéologique est abyssal. Tout souffle a disparu. Il règne dans le mouvement socialiste comme une odeur de décomposition, fût-elle institutionnelle, elle agresse nos narines. Mais a-t-on encore besoin d’idéologie ? Pathétique de constater que Moureaux n’hésite pas à se raccrocher au philosophe français Badiou, dernier maoïste n’hésitant pas à envisager un monde sans démocratie ! Cela en dit long sur une certaine dérive idéologique ou le rouge se mâtine de brun ! Pourtant Badiou n’est pas barbu ! »

 

 

Il y a d’abord l’Europe où l’auteur constate la déliquescence de la gauche.

 

 

« L’éclatement de la gauche, son évaporation dans l’Europe pose un problème général, une dimension nouvelle, car cette gauche, si malmenée, reste malgré tous ses défauts, le seul, l’ultime rempart contre le capitalisme fou, contre la financiarisation de la société, contre l’asservissement total des peuples au culte de Mammon. »

 

Et cette évidence qui a pourtant maintes et maintes fois répétée.

 

 

« La gauche refuse de voir le réel, c’est une constante, s’il ne cadre pas avec ses fantasmes, prisonnière d’un humanisme généreux mais impuissant, isolant le réel de l’imaginaire, elle croit éviter les drames en ignorant les faits… l’insécurité n’existait pas, seuls les petits vieux éprouvaient un sentiment d’insécurité…tout autre chose n’est-ce pas ? En ignorant les faits, elle sera considérée comme complice des faillites de l’autorité publique. On le lui reprochera avec raison pendant longtemps. »

 

 

Il faut absolument éradiquer un danger mortel : le renoncement à nos valeurs.

 

 

« Mais le pire serait la trahison de nos valeurs, l’abandon progressif, hypocrite de ce qui fût notre apport essentiel à notre culture, à notre mode de vie. Je ne vois que des avantages à la présence dans notre région de cultures multiples, c’est une richesse indéniable mais je ne vois que des dangers si l’une de ces cultures veut imposer ses normes, revenir sur nos acquis sociétaux ou politiques, imposer ses normes alimentaires, revenir sur l’absolue égalité homme-femme, revenir sur l’impact du religieux dans la sphère politique etc. En d’autres termes, pourquoi pas le remplacement d’une part de notre population ! Substitution de nos droits, de nos valeurs non ! Jamais ! A Bruxelles, c’est ce qui est en train de se jouer. C’est cela l’enjeu essentiel. »

 

 

Bruxelles a cependant un avenir, même si de nombreuses menaces assombrissent le ciel. Tout d’abord, les émigrés. « Pourtant, ils existent les habitants de notre région. Pour les évoquer, il me paraît essentiel de d’abord rendre hommage aux émigrés. Ceux qui les vouent aux gémonies feraient bien de se demander ce que serait leur attitude dans un pays étranger dont ils savent qu’ils n’y sont pas les bienvenus, dont ils ne connaissent pas la langue, dont les mœurs administratifs sont aux antipodes de ce qu’ils ont connu, dont l’accès à l’emploi est complexe et de plus en plus aléatoire. Et malgré tous ces obstacles, malgré les discriminations, le racisme, certaines réussites sont splendides, exemplaires. Réussites qui ne sont pas suffisamment mises en évidence. Quand Lévi-Strauss évoque l’universalité des hommes et leurs différences, c’est d’abord l’universalité qui m’importe ! C’est cela qu’il faut avoir à l’esprit quand on évoque la problématique liée aux émigrés ou leurs descendants. »

 

 

Mais il reste le facteur religieux que la gauche néglige, voire dont elle se sert.

 

 

« L’époque où le curé en chaire les jours d’élections expliquait à ses ouailles comment et pour qui voter appartenait au folklore électoral. Tout le monde sait à Bruxelles que les imams eux perpétuent cette sainte tradition. Pire, ce sont des élus PS qui supplient ou flattent les responsables des mosquées pour obtenir les mots d’ordre que nous avons reprochés aux curés pendant plus d’un siècle !

 

Le monde des émigrés et les Belges musulmans nous démontrent qu’ignorer, comme la gauche a tenté de le faire, le facteur religieux fut une lourde faute… le retour vers le passé nous saute à la gorge… avec notre complicité électoralement intéressée. »

 

 

Face à ce champ miné quasi infranchissable, Merry Hermanus esquisse quelques solutions : changer le système électoral des voix de préférence. Obliger les adhérents au PS à signer une déclaration s’engageant à respecter les valeurs de base.

 

 

Enfin, et c’est le plus important, il préconise la mixité sociale et ethnique aussi bien sur le plan de l’enseignement que sur le plan du logement, afin d’éviter les ghettos.

 

 

En conclusion, Hermanus déplore – à juste titre ! – l’abandon par la gauche de ses deux piliers essentiels : la notion de progrès et des perspectives d’avenir.

 

 

« J’ai déjà évoqué le trouble profond de la social-démocratie dans le monde, les élections qui se succèdent confirment l’effroyable ressac de notre représentation, quasi disparition du Pasok en Grèce, Hongrie, effondrement et division en Grande-Bretagne, phénomène identique en Pologne… dans l’attente de l’inévitable drame qui se profile en France. Lisant l’historienne française Mona Ozouf, je suis impressionné quand elle constate que si la gauche recule partout c’est notamment parce qu’elle a abandonné deux de ses piliers essentiels, les concepts d’avenir et de progrès. Ces notions sont les socles ontologiques sur lesquels se sont construits les idéaux socialistes. Il est donc permis à Régis Debray, tout en se revendiquant de gauche, d’écrire que pour la première fois, il n’y a plus d’après ni au ciel ni sur la terre. Incroyablement actuelle la définition du progrès par Michelet « Le progrès n’est pas du tout une ligne droite et suivie, c’est une ligne en spirale qui a des courbes, des retours énormes sur elle-même, des interruptions si fortes qu’il ne recommence qu’avec peine et lentement. »

 

 

Sans concession, mais parfois exagéré

 

 

Voilà ! Cette longue missive a le mérite de mettre le doigt sur les plaies de la gauche socialiste bruxelloise. Merry Hermanus a le courage de ne rien éluder. Cependant, sans doute dans sa terrible déception qui n’est pas découragement, certains propos, notamment à l’égard de Moureaux, sont exagérés.

 

 

La déliquescence de la gauche à Bruxelles n’est pas à mon sens le fait d’un seul homme qui fait l’objet de l’opprobre général suite aux attentats de Paris. Si Philippe Moureaux a commis de graves erreurs, s’il a mené la fédération bruxelloise du PS d’une poigne de fer en la cadenassant, cela a certes contribué à son déclin, mais c’est loin d’être la seule cause.

 

 

Il est vrai qu’il a laissé s’installer voire encouragé une « élite népotique » au sein de la Fédération au détriment de la base militante, « élite » qu’il pouvait aisément contrôler en distribuant, tel un seigneur féodal, avantages et prébendes aux plus dévoués et jetant dans les oubliettes celles et ceux qui, même timidement, exprimaient la moindre critique.

 

 

Il est vrai qu’il s’est basé sur les mosquées par calcul électoral, éliminant ainsi les candidats allochtones laïques et au prix de l’abandon de nos valeurs essentielles. Ce fut sans doute là sa plus grande erreur.

 

Malgré tout, il faut lui laisser une chose primordiale : grâce à son ouverture à l’égard des populations allochtones et particulièrement des musulmans, il a permis de mettre sur pied un Bruxelles multiculturel, ce que d’aucuns lui reprochent, qui a mené à une cohabitation relativement harmonieuse. Si Bruxelles a connu quelques émeutes, elles n’ont rien de comparables avec celles de Paris en 2005. Mais Hermanus a raison en évoquant les dangers de délitement qui guettent Bruxelles.

 

 

Les tensions au Moyen Orient et surtout les attentats de Paris servent de prétexte à ceux qui souhaitent la fin du modèle multiculturel bruxellois incarné par Moureaux.

 

 

Cela serait un recul considérable, car dans notre monde, si les valeurs contenues dans le triptyque « liberté, égalité, fraternité » sont universelles et sans dérogation, nous vivons aujourd’hui et pour longtemps dans un environnement multipolaire et donc multiculturel. Le nier ou le combattre serait une erreur fatale.

 

 

En tout cas, merci Hermanus !

 

 

 

Pierre Verhas

 

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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 17:51

 

Julien Suaudeau écrivain de l’apocalypse des banlieues

 

On reparle de l’écrivain Julien Suaudeau, auteur de « Dawa », son premier roman signé à 38 ans et qui connut un grand succès, il y a trois ans.

 

 

L’histoire se résume ainsi : A la veille des élections municipales, un groupuscule terroriste baptisé Dawa al-Islamiya diffuse une vidéo promettant de « détruire Paris ». Tandis que la panique s’empare de l’opinion publique et qu’un climat de chasse aux sorcières s’installe, les hommes de l’antiterrorisme investiguent pour identifier les cinq membres du réseau et les cibles de leurs attaques-suicides, prévues quinze jours après la publication de la vidéo.

 

 

Parallèlement à cette intrigue terroriste « classique », Dawa raconte l’histoire de deux vengeances, deux obsessions, deux destins liés par une fatalité primitive. Il y a d’abord Assan Bakiri, cerveau des attentats, agrégé d’arabe qui a tout réussi, mais rongé par une blessure personnelle et prisonnier de ses racines familiales, notamment l’ombre de son père, le terrible Al-Mansour, un ancien chef du FLN qui agonise dans un pavillon d’Aulnay-sous-Bois, atteint de la maladie d’Alzheimer. En face de lui, Daniel Paoli, grand patron du renseignement intérieur, pied-noir des Aurès qui a vu ses parents se faire massacrer sous ses yeux à la veille de l’indépendance algérienne, et qui a pourchassé toute sa vie leur meurtrier, qui n’est autre qu’Al-Mansour.

 

 

Julien Suaudeau, Dawa, Robert Laffont, 492 p..

 

 

Julien Suaudeau, écrivain sans concessions et homme discret

Julien Suaudeau, écrivain sans concessions et homme discret

 

 

Il y a bien des similitudes entre « Dawa » et les attaques du 13 novembre. L’hebdomadaire « Paris-Match » a interviewé son auteur. Voici les réponses qu’il apporte dans cet extrait. Tout d’abord, Suaudeau ne s’inscrit pas dans les « néoréacs » à la Houellebecq, même s’il ne respire pas l’optimisme.

 

 

Le vide de notre sous-culture

 

 

Dans votre dernier livre, "Le Français", un djihadiste normand dit : "Vous ne pouvez pas nous faire la guerre puisque nous sommes vous." La France a donc officiellement le cancer ?

 

 

« En phase terminale. La France telle qu’on l’a connue, la grandeur à laquelle tous les professionnels de la mélancolie se raccrochent, tout ça est en train de mourir. Mais, contrairement à Houellebecq, je ne pense pas que les barbares tiennent le marteau, clous dans le bec à califourchon sur le cercueil. Ce sont des losers bien de chez nous. Ecoutez la version française du communiqué de revendication publié par l’EI après les attaques de vendredi : le mec ânonne un texte grandiloquent dont il comprend un mot sur dix, avec quelques “h” aspirés histoire de faire bonne mesure et en fond sonore une infâme bouillie R’n’B. C’est le vide de notre sous-culture qui nous revient -aujourd’hui en pleine gueule. »

 

 

Les têtes d’œuf sur un corps sans muscle

 

 

Les statuts Facebook bleu, blanc, rouge et les bougies aux fenêtres : nos réponses à l’horreur sont-elles trop sages ? Ne sommes-nous pas dans le déni ?

 

 

« Ce n’est pas du déni, c’est un réflexe naturel mais qui ne peut pas se suffire à lui-même. Il faut montrer les dents, en sachant qu’on devra se battre, parce qu’il y a des gens que nos grognements de vieux toutous n’effraient plus. Le discours laïquard et prétendument dur de ceux qu’on appelle les néo-réacs n’a pas plus de sens aujourd’hui que l’excuse socio-économique des antiracistes. A Raqqa, ils doivent se bidonner en écoutant “On refait le monde”. L’idée, c’est d’arrêter d’être perçu comme un pays de jouisseurs et d’intellos à la langue bien pendue. Les petites brutes n’aiment rien tant que les têtes d’œuf sur un corps sans muscles. Nous voulons jouir ? Continuer à baiser, boire, manger, sortir, parce que c’est la France ? Alors soyons prêts à défendre ce qui nous est précieux. »

 

 

Ça veut dire que nous sommes entrés en guerre ?

 

 

« En guerre, ça ne fait aucun doute. Mais contre qui ? Le “Charles-de-Gaulle” et tous nos drones auront un impact sur les théâtres extérieurs. C’est à la maison que cette guerre se gagnera ou se perdra. »

 

 

A la maison justement, l’objectif de Daech semble de nous monter les uns contre les autres. Comment voyez-vous la suite ?

 

 

« L’EI veut la guerre civile : ses doctrinaires et ses stratèges l’ont écrit, c’est le plan que ses petits soldats amoureux de la mort sont en train d’appliquer à la lettre. De notre côté, la peur est inévitable puisque nous aimons la vie. Cette asymétrie-là est pour moi la clé du conflit. Nous n’avons pas le choix : nous devons vivre avec la terreur et faire preuve de courage quand nous le pouvons. J’imagine que les résistants dont l’Histoire a oublié le nom voyaient les choses à peu près dans ces termes. »

 

 

Les investissements sanguinaires

 

 

Quelle honte au JT de 19 h 30 à la RTBF, vendredi 27, où un représentant du patronat eut la muflerie d’affirmer que la Belgique ne pouvait se passer des investissements de l’Arabie Saoudite ! Donc, peu importent les conséquences des agissements des dirigeants de ce pays – décapitations, flagellations publiques, détentions arbitraires, complicité avec l’EI – pourvu que le pognon rentre.

 

 

Changeons de sujet : la vie continue.

 

 

Avec ses dangers ! Les multinationales sont toujours là. Voici une conférence qui ne doit pas manquer d’intérêt et qui aura lieu à Ixelles (une des communes de la deuxième ceinture de Bruxelles) le 9 décembre.

 

 

"Juger les Multinationales"

Droits humains bafoués, ressources naturelles pillées, impunité organisée.

 

Soirée-débat

Le mercredi 9 décembre - 20h

à la Quincaillerie des Temps Présents

66, rue du Viaduc - 1050 Ixelles

 

Intervenants : Gabrielle Lefèvre et Eric David

auteurs du livre : "Juger les multinationales"

qui vient de paraître aux éditions - Mardaga/GRIP -

(Préface de Jean Ziegler)

 

 

Coca-Cola, Monsanto,Shell, Nestlé, Bayer, Texaco... certaines marques sont associées à des scandales retentissants. Hydro-piraterie en Inde, pesticides aux effets dévastateurs, exploitations pétrolifères transformant le delta du Niger en désert écologique, drame du Rana Plaza au Bangladesh, enfants empoisonnés par le plomb au Pérou... la liste est longue et plus qu'inquiétante.

 

 

Les auteurs examinent quelques uns des crimes les plus significatifs commis par des multinationales.

 

 

Ils expliquent aussi comment ces sociétés ont conquis de vastes marchés. Une montée en puissance - et en impunité- grâce notamment aux soutien des Etats-Unis.

 

 

Ils analysent l'inefficacité des mécanismes de régulations, et interrogent le projet de grand marché transatlantique. Les multinationales n'échappent pas au droit. Le recours à la justice, c'est l'arme des victimes, les auteurs en donnent plusieurs exemples.

 

 

Un livre lumineux, clair, explicatif, condensé en 185 pages.

 

 

Organisé par : La Quincaillerie des Temps Présents, Vega et Entre les Lignes.

 

Venez nombreux.

 

 

TTIP : Cafouillage au conseil communal d’Uccle

 

 

Le Conseil communal de la commune d’Uccle (commune du Sud de Bruxelles) s’est réuni le jeudi 26 novembre et il fut question entre autres du TTIP (le projet de traité transatlantique de libre échange). Plusieurs communes du royaume de Belgique, pas toujours dirigées par la gauche, ont décidé d’être « hors TTIP ».

 

 

C’est évidemment plus symbolique que réel puisque le TTIP concerne avant tout l’Union européenne et les municipalités n’y ont pas voix au chapitre. Cependant, en exprimant ainsi leur opposition à ce projet de traité, elles expriment les inquiétudes de la population à ce sujet.

 

 

 

Le Conseil communal d'Uccle

Le Conseil communal d'Uccle

 

 

Nous aurons l’occasion de revenir sur le fond de cette question de première importance.

 

 

Le bourgmestre – le très mondain Armand De Decker, avocat du sulfureux homme d’affaires biélorusse Chodiev et à la droite du Mouvement Réformateur (MR) libéral – s’est toujours opposé à l’inscription de cette question à l’ordre du jour du Conseil communal. Il a bien dû le faire cette fois-ci.

 

 

Les Socialistes locaux avaient organisé le 16 novembre un débat sur le TTIP au Centre culturel d’Uccle en y invitant la députée européenne PS Marie Arena et un député libéral. Cela a suscité une initiative citoyenne (c’est-à-dire l’intervention d’un groupe de citoyens de la commune au Conseil communal sur un sujet précis). Dès lors, De Decker fut bien obligé de mettre le TTIP à l’ordre du jour des débats. Deux motions ont été déposées au Conseil suite à cela : celle de l’opposition composée du groupe Ecolo et du groupe PS et celle de la majorité conservatrice (libérale, chrétienne, francophones bruxellois du DeFi).

 

 

Ce fut bien sûr la motion conservatrice qui fut votée majorité contre opposition. Eh bien ! Ce fut une erreur de l’opposition.

 

 

En effet, même si la motion de la droite était le minimum possible, il aurait fallu la voter. En effet, elle dispose : « le respect de l'autonomie communale et que les services publics locaux soient effectivement EXCLUS du champ d'application du TTIP ». C’est donc loin d’être une approbation pure et simple du traité au nom de la sacro-sainte « libre entreprise »… libre entreprise s’entendant bien entendu « entreprises transnationales ».

 

 

Voilà donc une petite victoire transformée en défaite.

 

 

 

Pierre Verhas

 

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Published by pierre verhas
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