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  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 20:02

 

La Grèce n’est ni la Belgique, ni les Pays Bas, ni la France et encore moins l’Allemagne. Or, on cherche à lui imposer des règles qui ne peuvent être appliquées que dans des pays industrialisés développés. Et ces pays ont eux-mêmes des difficultés à les suivre.

 

Les dispositions des traités de Maastricht et du TSCG, ou « traité budgétaire », ont un objectif politique : réduire l’Etat à sa plus simple expression au nom d’une chimérique construction européenne qui se substituerait aux Etats-nations. Cette « construction » exclut les peuples et implique une sévère austérité démantelant en premier lieu l’Etat providence, visant à « libéraliser le marché du travail » pour mieux pratiquer le dumping social, privatise les services publics et impose le libre échange sans aucune restriction au détriment des productions locales.

 

Si les pays d’Europe occidentale, fondateurs de la Communauté économique européenne devenue par après Union européenne ont connu après la guerre un développement économique et social sans précédent dans l’histoire, les pays d’Europe centrale et orientale ayant appartenu à l’ancien bloc soviétique et les pays méditerranéens, à l’exception de l’Italie, sont restés à la traîne.

 

C’est le cas de la Grèce qui est entrée dans le « club » européen en 1981 par la petite porte et a intégré presque clandestinement l’Union économique et monétaire en 2002. Et, au nom d’une égalité mal comprise, sans doute par ignorance, la Grèce a été considérée comme un partenaire à part entière de la zone Euro. Grave erreur ou volonté cachée ?

 

On a parlé colonisation ? On est en plein dedans !

 

Dans une tribune à « Mediapart », Dominique de Villepin qui fut un piètre Premier ministre français, mais un excellent ministre des Affaires étrangères doublé d’un diplomate de talent, écrit :

 

Dominique de Villepin a une vision claire de la situation européenne suite à la crise grecque.

Dominique de Villepin a une vision claire de la situation européenne suite à la crise grecque.

 

« L’Europe a cru pouvoir faire table rase de son histoire. Mais, aujourd’hui, avec la crise grecque, c’est l’Histoire qui lui saute à la figure

 

On ne peut rien comprendre à la crise grecque en pensant que la Grèce, c’est au fond une petite Allemagne, mais une Allemagne mal gérée.

 

L’Histoire de la Grèce, ce n’est pas la démocratie athénienne, les tragédies de Sophocle et le Parthénon, tout le folklore repris dans les articles de presse qui titrent paresseusement sur la « tragédie grecque ».

 

C’est au fond l’histoire d’une colonie ottomane soumise pendant trois siècles, devenue au XIXe siècle jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale une quasi colonie britannique. Et comme partout, la colonisation crée un effondrement des élites d’un pays, coupées du peuple qui les considère comme vendues à l’étranger. En résulte un climat de division permanente, depuis la guerre civile larvée de 1945-46 jusqu’au régime des colonels. Comme partout, la colonisation crée une faiblesse profonde, une illégitimité de l’Etat, parce que l’Etat c’est toujours l’occupant. En résulte évidemment un pays sans cadastre, qui ne paye pas d’impôts, avec une armée hypertrophiée et une Eglise qui seule est le ciment identitaire historique. C’est une Irlande qui ne s’est pas libérée elle-même.

 

L’histoire de la Grèce, c’est l’histoire d’un pays des Balkans, pas très différent de ses voisins albanais, bulgares, macédoniens, avec une économie incapable de se libérer des vestiges du féodalisme, gouvernée par des clans, armateurs, grands propriétaires fonciers, dignitaires politiques. Des clans qui ne changent pas, quel que soit le régime politique, et qui préservent leurs propres intérêts. On fait mine de rendre l’industrie grecque compétitive, mais l’industrie grecque, c’est 10% du PIB grec – quand en Allemagne ce sont 30%.

 

La Grèce est donc un pays qui, depuis toujours, dépend de l’arrivée de devises de l’extérieur, par les touristes, par ses travailleurs immigrés dans les années 50 et 60, par les fonds structurels européens dans les années 80, par la dette dans les années 90 et 2000. En somme, rien n’a changé. Le problème de la Grèce, c’est sa balance des paiements. Elle doit s’inventer une économie. Cela prend du temps. »

 

En bon chrétien, Villepin oublie de signaler le poids de l’Eglise orthodoxe…

 

S’inventer une économie, souhaite l’ancien Premier ministre ?

Evidemment, c’est la meilleure voie pour résoudre la question grecque. Cependant, tant que les structures sociales ne seront pas profondément bouleversées, cela ne marchera pas. Aussi, est-il apparemment curieux de voir les dirigeants de l’Eurozone préférer les vieux partis traditionnels qui sont des piliers de ce système archaïque, à Syriza dont la raison d’être est le changement… Apparemment, bien sûr, parce qu’avec les « anciens », on reste entre « personnes connues » pour reprendre l’expression de Juncker avant les élections du 25 janvier. Et entre personnes connues, cela signifie celles qui se plient aux règles de l’Union économique et monétaire (UEM).

 

Rien n’a été réellement fait pour permettre à la Grèce d’intégrer normalement l’UEM. Depuis le traficotage des comptes grecs jusqu’au diktat du 13 juillet. On connaît la suite : plans d’aide destinés avant tout à sauver les banques françaises et allemandes qui avaient investi en masse dans les titres de la dette grecque, suivis d’un endettement encore plus fort de la Grèce. On inventa la troïka qui imposa deux mémorandums à Athènes contenant de drastiques mesures d’austérité qui appauvrirent considérablement la population grecque et particulièrement les classes moyennes. Ces mesures étaient accompagnées de privatisations qui ressemblaient plus à du pillage qu’à une soi-disant politique de redressement des finances publiques.

 

Au Sommet des 12-13 juillet, les « Européens » écrasèrent littéralement Tsipras avec un « accord » qui ressemble plus à un diktat. Ce n’était pas Munich, comme on l’a dit, c’était Versailles ! De cela est sorti un troisième « mémorandum » bien plus sévère que les deux précédents.

 

 

Alexis Tsipras a dû capituler devant le diktat européen, mais l'enjeu était la survie de la Grèce.

Alexis Tsipras a dû capituler devant le diktat européen, mais l'enjeu était la survie de la Grèce.

 

Une disposition dont on parle peu et qui est pourtant fondamentale, est la privatisation de l’énergie. En effet, différentes sources évoquent la découverte ou la forte probabilité de la présence de très importantes réserves de gaz naturel dans le Sud du Péloponnèse et même le long du littoral grec. Derrière toutes ces mesures, les transnationales ne chercheraient-elles pas à s’approprier ce pactole ?

 

On a parlé de colonisation. On est en plein dedans !

 

Des erreurs qui coûtent cher

 

De sérieuses erreurs ont été commises par Tsipras et Varoufakis. La première d’entre elles : ils ne font pas partie du « club ». Les dirigeants européens et ceux de la Troïka les considèrent comme des ennemis à anéantir. Et c’est ce qu’ils ont fait.

 

La seconde fut non pas le référendum du 5 juillet mais le fait que Tsipras voulait, quoi qu’il arrive, maintenir la Grèce dans l’Euro. Dès lors, il était devant un dilemme : ou bien le « Grexit » que plusieurs « Européens » voulaient lui imposer, mais maintenir le mandat que le peuple grec lui a donné le 5 juillet tout en voulant rester dans l’UEM, c’est-à-dire en acceptant l’application la plus stricte des règles imposées par le traité de Lisbonne et le traité budgétaire ne pouvait que l’écraser. D’autre part, Alexis Tsipras partait avec un handicap de taille : la BCE, dès la victoire de Syriza et encore une fois le lendemain du référendum, a asséché les banques grecques. Il n’y avait plus de liquidités disponibles. C’était la paralysie la plus totale.

 

Mais, posons-nous la question : Alexis Tsipras pouvait-il faire autrement ?

 

Sortir de l’Euro : une aventure

 

Ceux qui proclament qu’il faut sortir de l’Euro, parce qu’ils considèrent que cette monnaie impose de par ses règles l’austérité permanente, oublient deux aspects fondamentaux : comme l’écrit Villepin, « Le coût d’une sortie de l’euro serait économiquement effarant pour une Grèce qui importe tout ce qu’elle consomme et serait politiquement calamiteux pour une zone euro qui reviendrait trente ans en arrière au Serpent Monétaire Européen, ni assez souple, ni assez rigide et conduisant à la concurrence de tous contre tous par la désinflation compétitive. » Il en serait de même pour les autres Etats membres de l’UEM.

 

D’autre part, une réforme de l’Euro, telle qu’on pourrait le souhaiter, à savoir une harmonisation fiscale accompagnée d’un gouvernement économique européen – à la condition qu’il soit démocratique – ne peut être possible avec la majorité actuelle en Union européenne. La Commission est dominée par les conservateurs et le Parlement européen par le PPE (droite conservatrice où la CSU allemande fait la pluie et le beau temps) « allié » au groupe social-démocrate dominé par le SPD allemand. Le président de cette assemblée, le social-démocrate Martin Schultz a prouvé à plusieurs reprises qu’il suit le doigt sur la couture du pantalon les diktats du tandem Merkel-Schläube.

 

Les incohérences de la gauche radicale

 

Il ne faut pas rêver d’un changement profond par la voie parlementaire ou par les négociations intra-européennes. Ce sera par une autre voie que l’on pourra y arriver, mais certainement pas avec la gauche radicale actuelle qui a prouvé son incohérence et ses divisions dans la crise grecque. Syriza est divisée depuis le 13 juillet – c’était l’objectif des « Européens » - mais reste majoritairement solidaire avec la politique de Tsipras, Podemos a montré ses faiblesses également : au lieu d’analyser la situation en Grèce devant le peuple espagnol, ce fut le silence et par conséquent une perte de confiance. Le Front de gauche Mélenchon – PCF est toujours aussi incohérent. Seul, le PTB (Belge) maintient une position solidaire, mais aussi prudente.

 

Jean-Luc Mélenchon manque totalement de cohérence dans la question grecque.

Jean-Luc Mélenchon manque totalement de cohérence dans la question grecque.

 

Un exemple révélateur. Personne ne s’est posé la question sur la dichotomie entre l’opinion grecque et les radicaux de Syriza : les Grecs ont accepté l’accord du 13 juillet à une écrasante majorité parlementaire comme populaire et ont approuvé Tsipras. D’ailleurs, la majorité des parlementaires de Syriza reste encore fidèle à Tsipras. Même Varoufakis qui avait voté contre l’accord, a accepté ses modalités lors du deuxième vote. Il s’en est d’ailleurs expliqué.

 

En conclusion, ce qu’on appelle la « gauche de la gauche » ne représente pas une alternative sérieuse. En cela, elle a raté une chance historique.

 

Aussi, si dans certains cénacles, il est de bon ton d’appeler à la fin de l’Euro, cela relève d’un manque d’analyse des rapports de force géopolitiques au sein de l’Europe. C’est tout simplement appeler à l’aventure même si la critique de cette monnaie est parfaitement justifiée.

 

De graves atteintes aux droits de l’homme

 

Le traitement qui a été infligé à la Grèce est injustifiable. Il relève d’une volonté d’une victoire totale, d’obliger à la capitulation sans condition, comme si ce pays devait expier les pires crimes. Villepin ajoute : « L’histoire récente de la Grèce, c’est l’histoire de la plus grande punition d’un pays en temps de paix. Il n’y a guère d’exemple d’un pays développé subissant, sans guerre, une telle chute de son revenu -25% depuis 2009. Un chômage des jeunes de 60%, c’est à dire une génération sacrifiée. Peut-on imaginer la rancœur qui s’installe pour des décennies dans ce pays, cultivant le ressentiment et le sentiment d’être victime de l’histoire ? La morale de l’histoire grecque, c’est bien : « Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » Les grands pays ne payent pas les dettes quand elles sont écrasantes. Les Allemands en premier – ni en 1919, ni en 1945 puisque les dettes ont été remises en 1953. Et la France n’a cessé de dissoudre ses dettes par la planche à billets du temps du franc. Nous ne sommes pas les mieux placés pour donner des leçons à la Grèce, y compris dans notre histoire récente. »

 

Villepin, en homme de droite, oublie aussi que cette volonté de punir est aussi et avant tout celle d’éliminer Syriza à tout prix, car cette formation est gênante et ne correspond pas au schéma européen.

 

Eric Toussaint avec - à sa gauche - Zoe Konstantopoulo, présidente du Parlement grec, la Vouli

Eric Toussaint avec - à sa gauche - Zoe Konstantopoulo, présidente du Parlement grec, la Vouli

 

Eric Toussaint dans son rapport préliminaire au Parlement grec, la Vouli, sur la dette grecque a démontré les graves atteintes aux droits de l’homme de la part de la Troïka. Cette politique est criminelle et mérite elle des sanctions. Nous évoquerons cela très bientôt.

 

Mais pour attraper des criminels, les incantations sont inutiles. Il faut aussi une stratégie.

 

 

Pierre Verhas

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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 17:09

 

Tout est relatif.

 

Nos brillants politiques, économistes et chroniqueurs néolibéraux n’arrêtent pas de nous bassiner les oreilles sur l’importance de la dette grecque par rapport au PIB de ce pays. C’est vrai, c’est énorme. Mais, comme toujours, on fait dire aux chiffres ce qu’on a envie qu’ils disent.

 

Et on s’aperçoit que Yanis Varoufakis a raison : la dette est impayable et la Grèce est insolvable. Mais, elle n’est pas la seule !

Il a souvent vu juste, Yanis Varoufakis. Ils n'aiment pas ça au Berlaymont et à la BCE... (Ici à la Vouli pour signifier son nom à l'accord du 13 juillet)

Il a souvent vu juste, Yanis Varoufakis. Ils n'aiment pas ça au Berlaymont et à la BCE... (Ici à la Vouli pour signifier son nom à l'accord du 13 juillet)

 

Aussi, voyons les chiffres d’une autre manière. Voici des données issues d’un site intitulé « Compteur de la dette publique mondiale et par pays »

 

(http://science-economique.com/concepts-economiques/finance/deficit-dette/compteur-de-la-dette-publique-mondiale-et-par-pays-692 ).

 

Prenons à ce jour la dette de quelques pays de l’Eurozone. Commençons par la Grèce :

 

Dette publique totale : 249. 643.169.399 dollars

Dette publique par habitant : 22.689, 69 dollars

Population : 11.350.928 habitants

Dette publique / PIB : 148,9 %

 

Ensuite, l’Allemagne :

 

Dette publique totale : 2.793.062.841.530 dollars

Dette publique par habitant : 34.202, 08 dollars

Population : 81.776.393 habitants

Dette publique / PIB : 85,3 %

 

La France :

 

Dette publique totale : 2.490.614.754.098 dollars

Dette publique par habitant : 38.652, 30 dollars

Population : 64.389.398 habitants

Dette publique / PIB : 100 %

 

La Belgique :

 

Dette publique totale : 484.354.644.809 dollars

Dette publique par habitant : 45.377, 51 dollars

Population : 10.852.786 habitants

Dette publique / PIB : 109,02 %

 

L’Italie :

 

Dette publique totale : 2.350.024.043.716 dollars

Dette publique par habitant : 38.260, 36 dollars

Population : 61.534.754 habitants

Dette publique / PIB : 122,3 %

 

L’Espagne :

 

 

Dette publique totale : 1.110.256.830.601 dollars

Dette publique par habitant : 23.751, 02 dollars

Population : 46.732.896 habitants

Dette publique / PIB : 88,3 %

 

Le Portugal :

 

Dette publique totale : 288.772.677.596 dollars

Dette publique par habitant : 27.032, 10 dollars

Population : 10.827.322 habitants

Dette publique / PIB : 153.6 %

 

La Slovaquie :

 

Dette publique totale : 52.212.589.306 dollars

Dette publique par habitant : 9700, 85 dollars

Population : 5.294.322 habitants

Dette publique / PIB : 49,4 %

 

A la lecture de ces chiffres, on observe que la dette par habitant de la Grèce est inférieure à celle de tous les autres pays à l’exception de la Slovaquie qui est le seul Etat membre de la zone Euro à répondre aux critères des traités et qui est aussi un des plus pauvres du continent.

 

Pour la dette publique par rapport au PIB, paramètre qui est le plus souvent utilisé, le Portugal (153,6 %) « dépasse » la Grèce (148,9 %). Chaque habitant du Portugal a une dette de 27.032, 10 dollars pour 22.689, 69 dollars par habitant de la Grèce. On peut se demander dès lors pourquoi les Etats membres de l’Union économique et monétaire (UEM) s’acharnent sur la Grèce et ne semblent guère se soucier du Portugal.

 

La France et la Belgique ont toutes deux une dette / PIB supérieure à 100 % et par habitant bien supérieure à celle de la Grèce.

 

On pourrait extrapoler autant qu’on voudra. Que conclure à ce stade ?

 

1) La dette en valeur absolue représente un montant énorme pour chaque pays de l’UEM, pas seulement pour la Grèce ;

2) La dette par habitant est largement supérieure dans les pays « riches » de l’Eurozone.

 

Il est clair que la question de la dette se pose pour l’ensemble de l’UEM et qu’il est non seulement odieux mais aussi contreproductif de se focaliser sur un seul pays. L’UEM sera menacée tant qu’elle ne règlera pas globalement la question de la dette en envisageant une mutualisation de celle-ci.

 

Mais le lobby bancaire le voudra-t-il ?

 

Rectification

 

A la demande de mon ami Alan, un paragraphe de son intervention a été rajouté à l’article précédent sur « Uranopole » daté du 17 juillet : « Grèce : l’accord du 13 juillet et l’avenir de l’Europe » Il tient à insister sur l’indispensable réveil du caractère social de l’Union européenne.

 

http://uranopole.over-blog.com/2015/07/grece-l-accord-du-13-juillet-et-l-avenir-de-l-europe.html

 

Romano Prodi

 

L’ancien président de la Commission européenne (1999 – 2004), l’Italien Romano Prodi a accordé une interview au « Monde » daté du 21 juillet où il analyse la crise de l’Union européenne après le 13 juillet. Tout d’abord, il constate : « elles [les conditions imposées à la Grèce] ont été imposées de la pire manière qui soit. On a transformé un petit problème en un énorme problème. Si on avait fait preuve de bonne volonté dans un contexte de solidarité qui prévalait autrefois, tout aurait été plus facile. La confiance qui doit être à la base des relations entre les pays européens a été anéantie. Nous avons évité le pire, mais nous avons créé le mal. » Je dirais plutôt que c’est le mal qui a créé le pire…

 

Romano Prodi, président de la Commission européenne de 1999 à 2004, a une position critique nuancée.

Romano Prodi, président de la Commission européenne de 1999 à 2004, a une position critique nuancée.

 

Ensuite, il rejoint l’analyse de Varoufakis : « Tout le monde sait depuis longtemps que la Grèce ne pourra pas rembourser la totalité de sa dette. Réduction forte, abaissement des taux d’intérêt ou allongement des durées de prêt ? Au fond, cela ne fait pas une grande différence pratique. Mais quand un malade est dans un état grave, il faut mieux agir de façon chirurgicale. » On se demande vraiment pourquoi on a jeté l’ancien ministre grec des finances comme un malpropre…

 

L’ancien président avertit ensuite : « Quand nous avons décidé de lancer l’euro, puis d’aller de l’avant avec la Constitution, rejetée par les Français et les Hollandais [en 2005], nous étions tous d’accord pour dire que cette construction reposait sur deux piliers : le pilier monétaire et le pilier économique et fiscal. Malheureusement, seul le premier pilier a été érigé. Donc, l’Europe est un pain à moitié cuit. Le pain mal cuit est difficile à mastiquer, à avaler… Les citoyens européens ne peuvent pas se sentir protégés dans une Europe à moitié achevée. Restent deux solutions : ou bien nous finissons la cuisson, c’est-à-dire que l’Europe se dote d’une politique économique et fiscale, ou bien d’autres crises surgiront. Elles peuvent venir aussi bien de l’Allemagne que de la France, de l’Italie ou de l’Espagne. »

 

On sait très bien que le pilier fiscal – remarquez que Prodi « oublie » le pilier social – est inacceptable pour les néolibéraux qui font la pluie et le beau temps dans les institutions européennes.

 

Le professeur Prodi veut démontrer : « Dans un entretien au Monde [en octobre 2002], j’avais déclaré que le pacte de stabilité était stupide. Parce qu’il y a des années où il faut avoir des budgets excédentaires et d’autres où il faut faire du déficit. Treize ans plus tard, c’est encore plus évident : il est stupide, car il n’est qu’une norme arithmétique. A partir du moment où l’on a empêché la Commission de gérer le pacte de stabilité et où l’on a choisi la voie des égoïsmes nationaux, on a ouvert la voie à la crise grecque et à mille autres problèmes dans l’avenir. » On peut douter que la Commission aurait été plus efficace. Une gestion technocratique ne fait qu’empirer les choses, mais il est évident que l’ordolibéralisme allemand et l’intergouvernementalité – ou plutôt la non-Europe – sont les causes premières de cette crise.

 

Appel pour une Europe fédérale

 

Justement, les fédéralistes européens fustigent cette « non-Europe » et lancent un appel pour la construction d’une Europe fédérale.

 

Sur le fond, ils ont raison. Ils le font depuis 1945 ! Mais, on doute que la classe dirigeante les écoute. Ils recevront tout juste un baiser de ce gentil Jean-Claude Juncker…

 

Les établissements scientifiques fédéraux belges menacés

 

J’ai lancé sur mon compte Facebook un appel pour les institutions scientifiques fédérales (les musées royaux, la bibliothèque royale, l’observatoire, l’institut météorologique, l’institut des sciences naturelles, etc.) qui font l’objet de coupes budgétaires drastiques par le gouvernement libéral – extrême-droite de Charles Michel. Par deux fois, le conclave budgétaire s’attaque par haine de la recherche scientifique publique et par nationalisme flamand à ces établissements de réputation internationale.

 

Observatoire royal de Belgique et Institut royal météorologique, deux établissements scientifiques fédéraux menacés par l'extrême-droite flamande

Observatoire royal de Belgique et Institut royal météorologique, deux établissements scientifiques fédéraux menacés par l'extrême-droite flamande

 

Certes, cet appel est insuffisant. Il faut une mobilisation de masse. En espérant qu’il y aura une prise de conscience. Nous nous y attellerons à la rentrée.

 

Lorsqu’on attaque la science, les ténèbres s’abattent sur le monde.

 

Menaces sur les établissements scientifiques fédéraux

 

Les établissements scientifiques fédéraux (ils sont 11 dont les musées royaux, la bibliothèque royale, l’institut des sciences naturelles, l’observatoire, l’IRM, l’Institut d’aéronomie spatiale, etc.) qui ont déjà subi en 2014 des coupes budgétaires drastiques, sont à nouveau visés par le conclave budgétaire du gouvernement Michel qui se déroule maintenant.

 

Par ces nouvelles économies, ces institutions qui font la réputation scientifique et culturelle de la Belgique au niveau mondial, sont menacées dans leur existence.

 

En novembre 2014, 1600 chercheurs belges et étrangers, dont des professeurs de Princeton, Harvard, Oxford et d'autres universités réputées d'Europe et des États-Unis, ont exprimé dans une pétition adressée à la secrétaire d'État à la Politique scientifique, Elke Sleurs (N-VA), leur préoccupation au sujet des coupes budgétaires annoncées pour les établissements scientifiques fédéraux. Ils avaient déjà attiré l’attention des autorités « belges » sur les risques pour leur existence même que font prendre ces graves restrictions budgétaires.

 

En juillet 2015, le gouvernement en remet une couche. Cette deuxième offensive contre ces institutions qui ont le tort de rester fédérales peut leur être fatale.

 

Au nom des idéaux de progrès et de développement, une mobilisation est indispensable sur le plan politique, l’appel des chercheurs n’ayant rien donné.

 

Pierre Verhas

Auteur de l’histoire de l’Observatoire royal de Belgique (Académie royale de Belgique, 2014)

 

« Uranopole » prend quelques congés.

 

Pas de posts sur « Uranopole » avant la semaine prochaine. Quelque congé bien mérité ! Enfin, c’est nous qui le disons.

 

 

Pierre Verhas

 

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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 09:29

 

Le Parlement grec, comme prévu, a adopté le couteau sur la gorge ou le revolver sur la tempe (au choix…) l’accord de Bruxelles du 13 juillet au prix de la rupture de la majorité gouvernementale et de contestations sociales dans le pays.

 

Faisons cependant une pause avant de poursuivre la saga grecque. Un ami dont je ne citerai pas le nom – appelons-le Alan – mais qui se reconnaîtra, m’a envoyé une intéressante analyse qui mérite une réplique. Yanis Varoufakis a lui aussi fait une sorte de bilan de son ministère, ainsi qu’une analyse des accords du 13 juillet. Les économistes dénoncent un plan qu’ils jugent irréaliste. Enfin, décryptons l’interview dans le Soir du 15 juillet, d’un eurocrate de haut niveau, Mario Telò, professeur à l’ULB, ancien de l’Institut européen de la même Université et professeur à la LUISS (Université libre des Sciences sociales à Rome).

 

Qu’ils sont agaçants ces prêcheurs de l’Europe libérale quand ils vous toisent avec le regard supérieur et le sourire entendu, vous prenant comme des minus habens parce que vous vous obstinez à ne pas comprendre les évidences qu’ils vous assènent !

 

C’est cela le coup d’Etat !

 

Ce qu’il s’est passé au Conseil européen des 12 et 13 juillet ? Rien que du classique. Il ne s’agit que de négociations « institutionnalisées » au sein des Conseils (l’Eurogroupe et le Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement) « soutenus par la Commission et la BCE ». M. Telò oublie de préciser que le FMI qui était présent.

 

Mario Telò, professeur à l'ULB et à l'Université libre des Sciences sociales à Rome, ancien de l'Institut européen de l'ULB défend bec et ongle les institutions européennes.

Mario Telò, professeur à l'ULB et à l'Université libre des Sciences sociales à Rome, ancien de l'Institut européen de l'ULB défend bec et ongle les institutions européennes.

 

Premier aveu : l’autorité politique, c’est officiellement le Conseil européen. La Commission n’est là que comme gardienne des traités et a un droit de proposition. Elle n’intervient pas – selon lesdits traités – dans le processus de décision. Cela, c’est la théorie. En réalité, comme déjà écrit dans les articles précédents, c’est le Conseil plus la Troïka (BCE, FMI, Commission) qui ont pris ensemble la décision politique. Mario Telò n’y voit là aucune violation des traités.

 

Au-delà du juridisme, cette procédure « nouvelle » pose un problème politique fondamental : des institutions administratives et financières interviennent dans le processus politique, voire y sont dominantes. On ne dispose que de témoignages parcellaires, mais ce ne serait pas une surprise. Or, ni la BCE, ni la Commission ne peuvent participer à la décision politique. Et encore moins le FMI qui est une organisation mondiale et non européenne.

 

C’est cela le coup d’Etat ! Et il ne sera pas sans conséquences.

 

Vient ensuite le sophisme. Sur ce qui s’est passé, M. Telò dit que l’UE est « une énorme machine à négocier » - cela, on s’en est aperçu ! – et que le résultat a été atteint non par un diktat de Merkel ou des pourparlers franco-allemands mais par un accord multilatéral.

 

Comme si, dans cette négociation, les rapports de force s’étaient neutralisés. Or, toutes les relations diffusées sur ce Conseil sont unanimes : l’accord a été imposé par une coalition entre l’Allemagne et ses « satellites » avec en plus les Pays Bas, l’Espagne, le Portugal et l’Italie. La Belgique a logiquement suivi l’Allemagne. Hollande qui souhaitait un compromis a été isolé, même s’il crie victoire.

 

Hollande est resté le « premier secrétaire ».

 

Au sujet du président français, on a l’impression qu’il est resté le premier secrétaire du PS français à vouloir à tout prix chercher la synthèse entre les différentes opinions émises. Or, il est sans doute, de par sa culture politique, incapable de comprendre qu’on ne peut faire la synthèse entre des conceptions de la société diamétralement opposées. Il faut faire un choix ! Et, dans son choix, il a toujours cédé à celui qu’il a appelé très imprudemment son principal ennemi : la finance.

 

Et en termes de « synthèse », Alexis Tsipras a parfaitement compris ce que cela signifie !

 

François Hollande tente-t-il de consoler ou d'écraser Alexis Tsipras ?

François Hollande tente-t-il de consoler ou d'écraser Alexis Tsipras ?

 

Dans les institutions européennes, le rapport de forces dans un système intergouvernemental se joue de facto entre les pays les plus importants, les autres s’accrochant au plus fort selon leurs intérêts.

 

Dans les faits, le professeur Telò pense que l’Allemagne a cédé sur beaucoup de points, comme « le possible » allongement de l’échéance de la dette grecque – il n’y a aucun accord là-dessus – et le troisième plan d’aide à la Grèce « à concurrence de 82-87 milliards malgré les difficultés pour les pays créditeurs ». Il ne précise pas que cette « aide » ne peut être accordée à la Grèce qu’après avoir effectué une série impressionnante de réformes en un minimum de temps. Il ne s’agit donc pas d’une aide, mais d’un prêt assorti des conditions extrêmement drastiques qui sont dénoncées par tous. Enfin, pour François Hollande et Mario Telò, c’est « la victoire de l’Europe de la solidarité ». Et Telò ajoute que « cette solidarité relance l’Euro comme projet politique. » Tout dépend ce qu’on entend par solidarité…

 

Le président français a ajouté : « L’objectif était de faire en sorte que la zone euro puisse être préservée dans son intégrité, dans son unité, dans sa solidarité ». En clair, c’est l’Euro qu’il fallait sauver et non la Grèce en dépit de la terrible crise humanitaire qu’elle vit.

 

Le pouvoir politique européen est exercé par la finance.

 

En effet, il y a un aspect politique fondamental. Et on rejoint ici les propos de mon ami Alan. Il écrit (en anglais) :

 

« This is the point at which “power politics” have come into play.

 

“Alexis Tsipras believes the existing deal is a disaster and says he has a democratic mandate to demand changes. And this exposes democracy's limits within the European Union. The German finance minister Wolfgang Schaeuble says: "Elections change nothing. There are rules".

 

The president of the European Commission Jean-Claude Juncker said "there can be no democratic choice against the European treaties. One cannot exit the euro without leaving the EU".”

 

We now know clearly that the electorate of a participating state in the Eurozone cannot elect a government that does not want to apply the rules of that zone. It cannot apply an economic policy that goes against the common policy of the zone. In 2012 the newly-elected French President, François Hollande, immediately realised that he could not honour his election pledge of opposing the “balanced budget” “règle d’or” being introduced at that time. He quickly realised that the “balance of power” inside the Eurozone was favourable to the group of countries that wanted to impose this rule.

 

In 2015 we have had another similar lesson. The Greek electorate twice voted in favour of a political party that opposed the economic policy that had been agreed by the member states of the Eurozone. The Greek government tried to negotiate with the other member states of the Eurozone but, even with its electoral support, it could not convince its partners inside to change their stances.

 

Where does POWER come into this analysis? “POLITICAL POWER” is the ability to force the other party to act as one wishes. “Political Power” is exercised by using two instruments, namely finance and/or military force. Inside the European Union in general and the Eurozone in particular, “political power” is only exercised by using finance. It is the ability to give or refuse financial aide.

 

Et Alan tire une première conclusion :

 

« The current Greek crisis is an important lesson and eye-opener for the citizens of the European Union. Those who had illusions now see clearly how the Eurozone functions. The rules will most probably be applied much more strictly in the future. Those member states, such as Finland, Germany and The Netherlands, that have the financial power to give or refuse aide have now decided to exercise that power. Politically, they have chosen to make a statement. Even after the Greek electorate voted in favour of the political stance of its government, the other member states did not budge in their refusal to accept the policy for which the Greek electorate had voted. Knowing that the Greek banks were closed and that finance was drying up inside Greece they waited until the uncomfortable facts on the ground forced the Greek government to accept what it and the Greek electorate had just rejected. Mr. Tzipras’s political legitimacy was no match for real “political power”. »

 

Ainsi, tout en n’émettant pas de jugement de valeur, Alan démontre que les règles régissant la monnaie unique relèvent d’une seule politique définie par les traités dont l’arme est la finance et des élections ou la volonté de changement émise par un gouvernement n’y changeront rien.

 

Enfin, Alan écrit en prônant une autre conception de l'économie plus axée sur l'intérêt général, tenant compte du facteur social :

 

« With this lesson in mind, how should the electorates of other Eurozone and EU countries react? In the “realpolitics” of the Eurozone, the European Union and the world they have to arm their states with finance. They have to work hard in order to produce the goods and services that sell in today’s and tomorrow’s markets. This means producing the best quality goods and services so that they are “competitive”. This will generate the tax revenues for their state so that these institutions can provide the public services that the citizens need and want and, at the same time, ensure strong public finances that provide political power. That is what “realpolitics” means today. »

 

Politique ou idéologique ?

 

Dès lors, le professeur Mario Telò a raison quand il parle de l’Euro comme instrument politique. Mais, ici, on confond « politique » et « idéologique ». Remarquons au passage qu’il n’utilise jamais le mot de « démocratie ».

 

Mais, cette rigueur tant louée est en réalité une formidable escroquerie.

 

Dans une interview publiée par La Libre Belgique et Libération ce 15 juillet, Joseph Stiglitz met les points sur les i : « C’est une question de gouvernance politique. Mais, elle n’existe pas ou, plutôt, elle ne sert aujourd’hui qu’une idéologie et la logique des seuls intérêts financiers, une alliance qui n’a jamais fait bon ménage. Le monde de la finance et les banquiers, les plus grands avocats du laissez-faire économique, ont pourtant prié pour que les Etats volent à leur secours en les arrosant de centaines de milliards de dollars pour les sauver du naufrage. Et ce sont les mêmes qui ont multiplié le lobbying pour que le plan d’aide à la Grèce soit le plus sévère possible. L’hypocrisie, là encore, est générale. »

 

Joseph Stiglitz est particulièrement remonté contre l'Allemagne de Merkel et de Schläube.

Joseph Stiglitz est particulièrement remonté contre l'Allemagne de Merkel et de Schläube.

 

Et là, on touche le fond du problème. Yanis Varoufakis dans l’analyse de son action comme ministre des Finances grec avait parfaitement compris que l’enjeu était idéologique. Ou bien, on s’agrippait au dogmatisme monétariste qui prévaut au sein de la zone Euro depuis la création de l’Union économique et monétaire et de la monnaie unique, ou bien, on y ajoutait un zeste de mesures keynésiennes destinées à la relance de l’économie grecque paralysée depuis cinq années par les fameux « mémoranda », l’accord du 13 juillet n’étant en définitive qu’un troisième « mémorandum », mais bien pire que les précédents. On a voulu punir ces méchants Grecs qui refusent de s’agenouiller devant les idoles de la pensée ultralibérale.

 

L’ex-ministre des Finances grec note en outre : l'Eurogroupe n'est pas un lieu de débat, mais un cénacle où l'on prend des décisions, coûte que coûte. Comme s'il était impossible de combiner expertise économique et prise de décision efficace. Comme si tout débat d'idées n'avait pas sa place à Bruxelles.

 

Forcément, les traités depuis Maastricht sont imprégnés par l’idéologie monétariste et tout débat à ce sujet est dès lors sans objet. Ou bien, on applique à la lettre le catéchisme néolibéral ou, l’on se retire dans les ténèbres extérieures.

 

Le viol de la démocratie

 

Et comme on vient de le voir, on a aussi violé la démocratie. Les règles régissant l’Union économique et monétaire étant supérieures à la volonté des peuples, il n’a été tenu aucun compte du référendum du 5 juillet. Stiglitz précise : « Certes, la politique de la zone Euro n’a jamais été un projet très démocratique. La plupart des Etats-membres n’ont pas cherché l’approbation des citoyens pour remettre la souveraineté monétaire de la zone entre les mains de la BCE. Mais au moins, il y avait une vision commune, une forme d’entraide et de solidarité. Cette vision-là est révolue. » Ajoutons que l’entraide et la solidarité évoquées par Joseph Stiglitz ont été dès le départ proscrites par les dispositions du traité de Maastricht, puisqu’il est interdit à la BCE d’apporter une aide à un Etat en difficulté. Tout doit se faire par l’intermédiaire des banques. Et on sait depuis la dénonciation faite il y a trois ans dans « le Monde » par Michel Rocard et Pierre Larrouturou que les prêts accordés par la BCE aux banques privées sont à des taux ridiculement bas par rapport à ceux des emprunts que les Etats sont contraints de leur contracter.

 

Bref, les propos tenus par Juncker – « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités » - s’appliquent à la lettre dans les décisions prises par le Conseil européen. C’est la concrétisation juridique et politique du « TINA » thatchérien !

 

En outre, cela vole bas entre économistes. L'équipe d'économistes gravitant autour de Merkel n'hésite pas à qualifier Krugman et Stiglitz de « paléo-keynésiens ». Là aussi, le débat n'est pas de mise !

 

Mais beaucoup s’accordent pour dire que cette folie ne peut durer. Le plan du 13 juillet est inapplicable. Et l’on se pose la question si, derrière ces excès, sachant pertinemment que cela ne marchera pas, ne se cache pas la volonté de procéder in fine au Grexit prétextant que la Grèce est décidément incapable de se sauver en dépit de l’aide accordée.

 

Les apprentis-sorciers ne pensant et n’agissant que dans leur carcan idéologique risquent dès lors de provoquer un cataclysme qui pourrait à terme entraîner la fin de l’Union européenne avec toutes les conséquences sociales, économiques, politiques et géopolitiques.

 

Pierre Verhas

 

Prochain article : Grèce : les conséquences géopolitiques

 

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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 14:47

 

« L’accord » arraché au sommet des chefs d’Etat de la zone Euro ce lundi 13 juillet à l’heure du laitier à Bruxelles marque la fin de l’illusion européenne.

 

Aujourd’hui, on voit qu’il n’y a pas – et qu’il n’y a sans doute jamais eu – de solidarité européenne. Seul, l’intérêt des créanciers – c’est-à-dire des banques – compte. Et ne nous faisons pas d’illusion. La Grèce ne sera pas le seul pays à subir une terrible humiliation comme celle de lundi. Les autres pays endettés de l’Union européenne suivront sous peu.

 

Et n’accusons pas Alexis Tsipras. On a parlé de capitulation, on l’a traité de traître. Non seulement, il subit la violence de ses « partenaires » européens, mais en outre, les « purs et durs » de la gauche européenne tranquillement installés dans leurs fauteuils jouent les Fouquier-Tinville.

 

Angela Merkel en conversation avec Martin Schultz, le Président du Parlement européen. A l'arrière paln (de dos) le "tweeter" Charles Michel, François Hollande, Jean-Claude Juncker et Alexis Tsipras juste avant l'ouverture du Sommet du 13 juillet.

Angela Merkel en conversation avec Martin Schultz, le Président du Parlement européen. A l'arrière paln (de dos) le "tweeter" Charles Michel, François Hollande, Jean-Claude Juncker et Alexis Tsipras juste avant l'ouverture du Sommet du 13 juillet.

 

Voici ce qu’en dit un militant grec, Alex Andreou : « Nous nous excusons devant les marxistes du monde entier que la Grèce refuse de commettre son suicide rituel pour faire avancer la cause. Vous, vous avez souffert depuis votre canapé. (…) Comme ça vous est facile d'être idéologiquement purs quand vous ne risquez rien. Quand vous n'affrontez pas de pénuries, l'effondrement de la cohésion sociale, les conflits sociaux, la vie et la mort. Comme c'est facile de demander un accord qui clairement ne serait jamais accepté par le moindre des États-membres. Comme sont faciles les décisions braves quand votre peau n'est pas en jeu, quand vous ne comptez pas, comme je le fais, les dernières 24 doses du médicament qui empêche votre mère d'avoir une attaque. »

 

Le jusqu’auboutisme de la gauche radicale est insupportable, inefficace et fait le jeu de l’adversaire. Le marché que Tsipras avait en main : ou passer sous les fourches caudines de la Troïka, car ce fut elle qui était présente avec les chefs d’Etat, ou jeter la Grèce dans une misère encore pire qu’aujourd’hui.

 

Les dés étaient pipés au départ.

 

Un Grexit aurait signifié la ruine totale du pays des Hellènes. L’ancien ministre des Finances Yanis Varoufakis l’a récemment démontré sur son blog : « Le drame financier de la Grèce a dominé les titres depuis cinq ans pour une raison : le refus entêté de nos créanciers de permettre un allégement indispensable de la dette. Mais, en dépit du bon sens, contre le verdict du FMI et contre les pratiques quotidiennes des banquiers face à des débiteurs stressés, pourquoi résistent-ils à une restructuration de la dette ? La réponse ne peut pas être trouvée dans l’économie parce qu’elle réside au fond dans le labyrinthe politique de l’Europe.

 

Yanis Varoufakis avec son successeur Euclide Tsakalotos

Yanis Varoufakis avec son successeur Euclide Tsakalotos

 

En 2010, l’état grec est devenu insolvable. Deux options cohérentes avec l’adhésion dans la zone euro se sont présentées : la raisonnable, que tout banquier décent recommanderait – la restructuration de la dette et la réforme de l’économie ; et l’option toxique – l’extension de nouveaux prêts à une entité ruinée, en faisant semblant de croire qu’elle demeure solvable.

 

L’Europe officielle a choisi la deuxième option, laissant des banques françaises et allemandes exposées à la dette publique grecque, sans se préoccuper de la viabilité socio-économique de la Grèce. Une restructuration de dette aurait impliqué des pertes pour les banquiers sur leurs titres de dette grecque. Evitant soigneusement d’avouer aux parlements que les contribuables devraient à nouveau payer pour les banques au moyen de nouveaux prêts insoutenables , les fonctionnaires de l’UE ont présenté l’insolvabilité de l’état grec comme un problème de liquidités et ont justifié le « plan de sauvetage » comme un cas de « solidarité » avec les Grecs.

 

Pour encadrer le transfert cynique des pertes privées irrémédiables sur les épaules des contribuables comme un exercice « de qui aime bien châtie bien » , une austérité record a été imposée à la Grèce, dont le revenu national – à partir duquel les nouvelles et vieilles dettes devaient être remboursées – a, en retour, diminué de plus d’un quart. Les connaissances mathématiques d’un enfant de huit ans suffiraient pour savoir que ce processus ne pouvait pas bien se terminer. »

 

En définitive, l’accord du 13 juillet ne fait que renforcer violemment cette politique au détriment du peuple grec. Mais un Grexit aurait été encore pire, malgré les propos de certains gauchistes qui, curieusement, rejoignent certains néolibéraux comme Luc Coene en l’occurrence (voir l’Echo du 14 juillet). Varoufakis raconte : « La menace de Grexit a eu des hauts et des bas dans l’histoire. En 2010, elle a mis une peur de tous les diables dans le cœur et l’esprit des financiers puisque leurs banques étaient bourrées de dette grecque. Même en 2012, quand le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, a décidé que le prix du Grexit était un « investissement » intéressant, comme moyen de discipliner la France, cette perspective a continué à flanquer une trouille bleue à presque tout le monde.

 

Wolfgang Schäuble, le ministre des finances allemand dont l'intransigeance empêche tout compromis.

Wolfgang Schäuble, le ministre des finances allemand dont l'intransigeance empêche tout compromis.

 

Lorsque Syriza est arrivé au pouvoir en janvier dernier et comme pour confirmer ce que nous affirmions, c’est à dire que les « sauvetages » n’avaient rien à voir avec le fait de sauver la Grèce (et tout à voir avec le ring fencing de l’Europe septentrionale (NDT – ring fencing : préserver les activités de banques commerciales des fluctuations de marchés et des risques financiers spécifiques aux banques d’investissement) ), une grande majorité dans l’Eurogroupe – sous la tutelle de Schäuble – avait adopté le Grexit comme sa solution préférée ou comme arme de choix contre notre gouvernement.

 

Les Grecs, à juste titre, tremblent à la pensée de leur expulsion de l’union monétaire. Sortir de la monnaie commune, ce n’est pas comme si on sectionnait un tendon important, comme la Grande-Bretagne l’a fait en 1992, illustré par ce célèbre épisode où Norman Lamont l’a annoncé en chantant sous la douche, le matin où la sterling a quitté le mécanisme de taux de change (ERM) européen. Hélas, la Grèce n’a pas de devise relié avec avec l’euro par un tendon que l’on peut couper. Elle a l’euro – une devise étrangère complètement administrée par un créancier hostile à la restructuration de la dette non viable de notre nation.

 

Pour sortir, nous devrions créer une nouvelle devise à partir de cette rupture. Dans l’Irak occupé, l’introduction d’un nouveau papier-monnaie a pris presque une année, environ 20 Boeing 747s, la mobilisation de la puissance des militaires américains, trois sociétés d’imprimerie et des centaines de camions. Faute d’un tel soutien, le Grexit serait l’équivalent de l’annonce d’une grande dévaluation plus de 18 mois à l’avance : le meilleur moyen pour liquider tout le stock de capital grec et le transférer à l’étranger par tous les moyens disponibles.

 

Avec le Grexit renforçant la BCE grâce aux retraits massifs induits, nos tentatives de remettre la restructuration de dette sur la table de négociation sont tombées dans de sourdes oreilles. Maintes et maintes fois on nous a dit que c’était une affaire pour un futur non défini qui suivrait l’achèvement réussi du « programme » – un prodigieux remake de « Catch-22″ (film de Guerre parodique), puisque le « programme » ne pourrait jamais réussir sans une restructuration de dette. »

 

Certes, dans la perspective du Grexit, l’ancien ministre des Finances a proposé de créer provisoirement une monnaie « intermédiaire » appelée IOU, comme il l’écrit plus haut, mais cette idée a été vite enterrée. Alexis Tsipras l’a clairement dit dans son discours au Parlement européen : « Si mon objectif avait été de mener la Grèce hors de l’euro, je n’aurais pas, immédiatement après la fin du scrutin, fait les déclarations que j’ai faites et interprété le résultat du référendum, non comme un mandat pour rompre avec l’Europe, mais comme un mandat pour renforcer nos efforts de négociation afin de parvenir à un meilleur accord ».

 

Alexis Tsipras avec le président du Conseil européen Donald Tusk, à sa gauche le ministre grec des Finances Euclide Tsakalotos.

Alexis Tsipras avec le président du Conseil européen Donald Tusk, à sa gauche le ministre grec des Finances Euclide Tsakalotos.

 

Cette déclaration confirme ce qui a été dit pendant la courte campagne référendaire : le résultat du référendum a un but spécifique, à savoir la négociation. Et, contrairement à ce que pense l’extrême-gauche, c’est le mandat que le peuple grec a donné à Tsipras en votant « non » au référendum.

 

L’erreur du Premier ministre grec a été de penser que ses « partenaires » européens tiendraient compte de l’expression du peuple de Grèce. Le piège s’est donc refermé.

 

Peu de biscuits dans la corbeille

 

Alexis Tsipras a donc repris les propositions de l’Eurogroupe du 26 juin (et non du 25…) comme base de discussion pour la réunion de l’Eurogroupe du 11 juillet. Le Sommet prévu dimanche 12 d’abord pour les 28 Etats-membres, a été limité aux 19 Etats de la zone Euro. Il a duré 17 heures et on sait ce qu’il en est advenu.

 

Le Premier grec a pensé qu’il suffirait de revenir avec les propositions du 26 juin et qu’il arrivait renforcé par le référendum du 5 juillet. Première erreur. Il n’avait pas de biscuits dans sa corbeille.

 

La Grèce, pour en sortir, a besoin d’un prêt considérable – environ 85 milliards d’Euros. Pour l’accorder, les chefs d’Etat ont exigé de nouvelles conditions encore plus drastiques que les précédentes. Comme l’écrit Ludovic Lamant, le correspondant de Mediapart à Bruxelles : « Soit il [Tsipras] accepte, renie une bonne partie de ses promesses, se met en danger politiquement. L'affaire risque de provoquer une nouvelle crise politique à Athènes cette semaine. Mais au moins, le Grexit est évité – pour un temps. Soit il s'y oppose, claque la porte du sommet, et les banques grecques dès lundi sont menacées d'effondrement, en l'absence du signal politique des dirigeants de la zone euro nécessaire au déblocage d'un nouveau plan d'aide. »

 

Le pistolet sur la tempe

 

En réalité, de sommet de la « dernière chance » en sommet de la « dernière chance », les Européens les plus durs, en particulier les Allemands, cherchaient le pourrissement. Ils montrent par là que depuis le 25 janvier – l’arrivée au pouvoir de Syriza à Athènes – il n’y a jamais eu de véritables négociations. C’était diktat sur diktat à prendre ou à laisser avec la perspective d’une exclusion de la Grèce de la zone Euro.

 

Ludovic Lamant ajoute : « En une nuit, celui qui a été élu avec 36 % des voix en janvier dernier, encore renforcé par la victoire du 'non' au référendum (61 % des suffrages) en juillet, a dû consentir de nouvelles concessions majeures, sous la pression du Grexit. Tsipras avait promis aux citoyens grecs qu'un 'non' au référendum le renforcerait dans la négociation à Bruxelles. Mais c'est l'inverse qui s'est produit. Les créanciers sont allés jusqu'à définir le contenu d'une loi et fixer le jour de son adoption au parlement. » Et, à la fin de cette terrible nuit, Tsipras a dit : « Le reste des propositions, c'est OK, mais pas vraiment OK... Disons qu'avec un pistolet sur votre tempe, vous diriez aussi OK à tout. »

 

Un coup d’Etat européen

 

Quand on lit le texte de « l’accord », ou plutôt du nouveau « mémorandum », tous les principes fondamentaux ont été violés. D’ailleurs, la réaction de l’économiste et prix Nobel américain Paul Krugman est édifiante : « Même si vous prenez Tsipras pour une andouille incompétente, même si vous souhaitez ardemment écarter Syriza, son parti, du pouvoir, et même si vous êtes favorable à la perspective d'éjecter ces Grecs agaçants hors de la zone euro, même dans ce cas-là la liste des demandes de l'Eurogroupe est de la pure folie », s'indigne Paul Krugman dans le New York Times.

 

Paul Krugman est particulièrement indigné par l'accord proposé à la Grèce.

Paul Krugman est particulièrement indigné par l'accord proposé à la Grèce.

 

Le Nobel d'économie ne cache pas son accord avec le hashtag #thisisacoup lancé par des internautes pour dénoncer un coup d'Etat de l'Allemagne contre la Grèce. Les efforts demandés à Athènes « dépassent la sévérité, ils recèlent un esprit de vengeance, la destruction totale de la souveraineté nationale et effacent tout espoir de soulagement ».

 

On assiste à « une grotesque trahison de tout ce que prétend être le projet européen. » Pour Krugman, « l'argumentation économique est devenue presque secondaire. Durant les deux dernières semaines, nous avons tout simplement constaté qu'être membre de la zone euro signifie que votre économie peut être détruite si vous sortez des rangs. »

 

Et d'asséner : « Le projet européen vient de subir un coup terrible voire fatal. Et quoique vous pensiez de Syriza ou de la Grèce, ce ne sont pas les Grecs qui ont porté ce coup. »

 

L’Union européenne a sa première colonie.

 

Le paquet de mesures contenu dans l’accord du 13 juillet revient à coloniser la Grèce. Désormais, elle perd toute souveraineté. Et c’est là le piège de l’Euro. Les règles imposées depuis Maastricht jusqu’au TSCG impliquent qu’un Etat qui en dévierait, serait mis sous la tutelle de l’Union européenne. Cela n’est d’ailleurs pas nouveau pour la Grèce, puisqu’elle est déjà soumise depuis trois ans aux diktats de la fameuse Troïka.

 

Tout d’abord, ni le gouvernement, ni le parlement grec n’ont un pouvoir d’initiative. L’accord leur donne un délai exceptionnellement court pour adopter une série de réformes fondamentales.

 

Mercredi 15 juillet : un texte de loi qui contient certaines « actions prioritaires » chères aux créanciers. Parmi les dispositions attendues, un nivellement des systèmes de TVA (y compris une hausse de la TVA pour les îles, a priori) et une réforme du système de retraite, soit deux des sujets les plus sensibles sur lesquels les négociations s'étaient crispées depuis cinq mois.

 

L’application complète du TSCG. Donc des coupes budgétaires automatiques en cas de dépassement.

 

Lundi 20 juillet : Réformer et « dépolitiser » l’administration avec l’aide de la Commission européenne.

 

Mercredi 22 juillet : une réforme du code judiciaire afin d’accélérer les procédures et réduire les coûts.

 

En même temps, des parlements nationaux – dont le Bundestag – doivent se prononcer sur le principe d’une nouvelle aide.

 

Il faudra aussi que Tsipras fasse annuler toutes les mesures prises par le gouvernement et la majorité actuelle qui visaient à supprimer celles de la Troïka. Ce point sera très dur à obtenir pour Tsipras : il oblige le Parlement à se désavouer !

 

« Si tous ces signaux sont au vert, rien n'est encore réglé : de véritables négociations vont s'ouvrir pour négocier le détail d'un « mémorandum » – ce sera le troisième depuis le début de la crise grecque. Une liste de réformes est déjà identifiée. L'enveloppe globale sera comprise entre 82 et 86 milliards d'euros, à débloquer sur trois ans, jusqu'en 2018 ».

 

Vient ensuite le train des privatisations qui doivent être achevées en 2018. Il est prévu un fonds pour les recettes issues des privatisations qui devait – initialement – être installé au Luxembourg et géré par des fonctionnaires européens de la BEI basée aussi dans ce paradis fiscal cher au président de la Commission européenne. Tsipras a obtenu que ce fonds soit installé en Grèce et géré par des fonctionnaires grecs. En outre, il est prévu 50 milliards pour ce Fonds, alors que les privatisations rapporteraient au maximum 17 milliards. Ce Fonds serait destiné à rembourser les créanciers et pour une petite partie (2 milliards !) à des investissements dans le pays.

 

Enfin, le FMI dont les Grecs ne voulaient plus entendre parler, reste bien accroché au système, les Européens en ayant fait une condition préalable.

 

C’est l’indignation générale

 

Nous avons vu la réaction de Paul Krugman face à ce plan. « C'est la dictature d'une idéologie », ajoutait, de son côté, l'eurodéputé Ecolo Philippe Lamberts, dimanche soir, avant la conclusion de l'accord. L'élu estime que l'Europe était en train de mettre « la démocratie grecque sous tutelle comme pourraient le faire les pires régimes colonialistes ». En Espagne, où le suivi du feuilleton grec passionne, les leaders « indignés » d'Ada Colau, la maire de Barcelone, à Pablo Iglesias, sont montés au créneau pour dénoncer ce « coup » dès dimanche soir.

 

L'eurodéputé Ecolo Philippe Lamberts est plus que critique à l'égard de l'accord du 13 juillet.

L'eurodéputé Ecolo Philippe Lamberts est plus que critique à l'égard de l'accord du 13 juillet.

 

Même certains fonctionnaires européens de premier plan ont réagi, comme l'ex-commissaire européen à l'emploi et aux affaires sociales sous Barroso II, le social-démocrate hongrois Laszlo Andor qui a exprimé dimanche soir son indignation sans détour, évoquant « l'arrogance, le cynisme et l'incompétence » de ceux qui évoquent un Grexit provisoire.

 

Le pire pouvoir

 

Nul ne sait ce qu’il va se produire. Il y aura probablement une crise politique en Grèce. Une grande partie des députés Syriza ne pourront voter ce plan. Tsipras devra donc s’appuyer sur l’opposition de droite et social-démocrate.

 

Enfin, on peut se poser une question fondamentale : ce plan marchera-t-il mieux que les autres ? Rien n’est moins sûr. Comme le rappelle l’économiste Paul De Grauwe, cinq ans d’austérité en Grèce, c’est cinq ans de récession. Cela va donc être pire.

 

La Grèce est désormais colonisée par les transnationales et les banques essentiellement allemandes. Cette colonisation a un seul objectif : instaurer une dictature ultralibérale, en Grèce d’abord, dans toute l’Europe ensuite.

 

Peu importe la dette pour les dirigeants européens. Depuis le début, cette question n’a jamais été sérieusement posée dans les négociations. La réalité est la volonté d’écraser un Etat pour mettre à la place le plus dangereux pouvoir qui existe : celui de la finance.

 

Mais, ces Messieurs dames ne doivent pas crier victoire trop tôt. Ce plan est tellement déséquilibré qu’il peut s’effondrer de lui-même. François Leclerc qui collabore au blog de Paul Jorion écrit ce 14 juillet : « Ils ne croient tellement pas à leur plan qu’ils ne sont pas prêts à y mettre un sou de plus. Et ils en sont à étudier des bricolages qui posent des problèmes juridiques, ne sont pas suffisants, ou rencontrent des vétos. 12 milliards d’euros sont recherchés et ne sont pas trouvés ! La prochaine grosse échéance de la Grèce est dans six jours, envers la BCE, et un défaut entrainerait la suppression des liquidités d’urgence et l’effondrement immédiat des banques, suivi d’une sortie de la zone euro en catastrophe.

 

Wolfgang Schäuble et ses alliés, notamment finlandais, jouent la montre et pourraient créer un fait accompli. Le ministre allemand a proposé que des IOU (I Owe You = je vous dois) soient émis par le gouvernement grec pour compléter ce qui manquera du bricolage s’il est trouvé. Il continue de savonner la planche et a déjà annoncé qu’il va falloir renforcer l’union monétaire… à sa manière. » Il s’obstine dans le Grexit, le vieux renard teuton !

 

Des réactions peuvent venir d’autres pays qui ne veulent en aucun cas subir le même sort que la Grèce. Et puis, que feront les voisins de l’Union européenne, comme la Russie, par exemple.

 

En Europe, si l’on s’obstine un mouvement de résistance peut surgir d’un moment à l’autre et c’est même à espérer.

 

 

Pierre Verhas

 

Prochain article : L’accord du 13 juillet et l’avenir de l’Europe

 

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 09:22

 

C’est un raz de marée de « non » au référendum du 5 juillet. Toutes les régions grecques ont voté majoritairement contre le plan de l’Union européenne du 25 juin.

 

Le choix était entre la peur et la résistance aux diktats de la Troïka qui jettent les Grecs et particulièrement les plus démunis dans la pire des pauvretés, qui empêchent son gouvernement d’agir en fonction des intérêts du peuple et non en fonction de ceux des seuls « créanciers ». C’est la résistance qu’il l’a emportée et largement ! Plus de 61 % ! C’est un « non » franc et massif. Du jamais vu !

Alexis Tsipras peut savourer son triomphe !

Alexis Tsipras peut savourer son triomphe !

 

Cependant, toutes les forces de la réaction étaient rassemblées pour le « oui » : les télévisions privées, on a fait venir un animateur vedette des médias français, la presse était déchaînée et même l’Eglise orthodoxe qui soutenait Syriza depuis le 25 janvier, s’est ralliée au camp du « oui ». Et n’oublions pas les médias européens qui ont fait un terrible agitprop. Et, last but not least, Juncker et Schultz qui se sont mêlés directement d’une campagne d’un pays souverain ! Mal leur en prit, d’ailleurs !

Juncker ne montrera plus son "affectueux" paternalisme devant les médias.

Juncker ne montrera plus son "affectueux" paternalisme devant les médias.

 

Les médias ont en effet joué un rôle scandaleux. Tous, sans exception, se sont mobilisés pour le « oui ». Les pires assertions ont été lancées. De faux sondages ont été effectués. Tout a été fait pour faire peur aux Grecs, mais aussi aux Européens. Le « non » serait un tsunami qui emporterait l’Europe, notre liberté et notre bien-être.

 

Les moralistes

 

Mais cela ne suffit pas. On fait la morale aux vilains Grecs assimilés à la cigale de La Fontaine.

 

Paul De Grauwe pense avec bon sens qu’il « est inutile de poursuivre les mesures d’austérité si elles n’atteignent pas leur objectif. N'est-ce pas absurde ? » Il y a pourtant bien une logique sous cette apparente absurdité mais une logique irrationnelle d'un point de vue économique, une logique qui relève d'une dimension morale : il faut punir les fautifs. « L'idée de base, c'est qu'une punition est nécessaire : si on ne punit pas, ils ne vont pas se réformer... Ça devient presque religieux. C'est cette dimension morale, moralisante, qui crée les conditions politiques dans lesquelles toute cette politique d'austérité peut émerger. Et c'est aussi une situation qui rend un accord très difficile ».

 

Paul De Grauwe, professeur à la London Scholl of Economics dénonce les "moralisateurs".

Paul De Grauwe, professeur à la London Scholl of Economics dénonce les "moralisateurs".

 

Et on va plus loin : la Grèce représente un danger pour l’Europe et pas seulement sur le plan financier ! Les propos des « sages » de l’Europe comme Jacques Delors, le président de la Commission européenne qui a fondé le marché unique et qui a mis Maastricht sur les fonts baptismaux, Pascal Lamy, l’ancien patron de l’OMC et Antonio Vitorino, ancien commissaire européen portugais, tous trois catalogués sociaux-démocrates, sont révélateurs de leur vision étriquée de l’Union européenne.

 

La Grèce demeurera un problème européen quel que soit le résultat du référendum de dimanche et ce problème n'est pas seulement économique et financier mais aussi géopolitique, estiment-ils dans une tribune publiée ce week-end dans la presse européenne. Pour les trois dirigeants de l'Institut Jacques Delors, « Penser que notre Europe doit considérer la crise grecque que sous l'angle des conséquences économiques et financières d'une sortie de la Grèce de l'union monétaire serait une erreur.

 

Jacques Delors considère que la Grèce est un danger géopolitique.

Jacques Delors considère que la Grèce est un danger géopolitique.

 

« Il s'agit d'appréhender l'évolution de la Grèce dans une perspective géopolitique, comme un problème européen et qui le demeurera », écrivent- ils. Il conviendrait de ne pas regarder la Grèce avec les seules lunettes du Fonds monétaire international mais aussi avec celles de l'Organisation des nations unies. « C'est-à-dire comme un pays appartenant à des Balkans dont l'instabilité n'a guère besoin d'être encouragée en ces temps de guerre en Ukraine et en Syrie et de défi terroriste, sans oublier la crise migratoire. »

 

Voilà donc la Grèce considérée comme un danger majeur dans tous les domaines ! Ces propos sont clairs. L’élite européenne veut se débarrasser de la Grèce. Il est vrai qu’elle correspond de moins en moins au « modèle libéral » et qu’elle se « désoccidentalise » de plus en plus.

 

La débâcle des médiacrates

 

Les médiacrates (néologisme volontaire), eux aussi, se sont surpassés. La palme de la déclaration la plus abjecte revient à l’affairiste Alain Minc : « Si les Grecs votent non et sortent de l’Euro, et donc inventent une monnaie hyper-dévaluée, l’État grec, enfin ce qui tient lieu d’État parce que c’est déjà un État un peu faiblard, va s’effondrer. Alors on va avoir une espèce de Libye de religion chrétienne orthodoxe, à un endroit qui est un endroit stratégique. » Cela rejoint nos vieux « sages ».

 

Et nous avons évoqué BHL, Leparmentier (Le « Monde »). Leurs tweets valent leur pesant d’or, pardon d’Euros.

 

BHL

 

 

Les twwets de BHL sont à mourir de rire ! Au secours le Gloupier !

Les twwets de BHL sont à mourir de rire ! Au secours le Gloupier !

Leparmentier

 

 

Voilà un grand prévisionniste. Il devrait se recycler dans la météo...

Voilà un grand prévisionniste. Il devrait se recycler dans la météo...

 

Eh bien ! Cela n’a pas marché, le peuple grec a surmonté la peur qu’on lui inculquait. Il a choisi l’honneur ! Il n’a pas cédé aux sirènes de la panique. Il a montré qu’il est le seul et le vrai souverain !

 

Oui, nous avons fêté cela. Oui, ce référendum est historique. La Grèce n’a pas été écrasée. Certes, ses puissants adversaires pourraient n’en faire qu’une bouchée, mais en ce cas, ils devraient user de la violence – hypothèse qui a d’ailleurs été envisagée. Mais cela aurait des conséquences internationales incalculables et l’idée européenne s’effondrerait.

 

La grande surprise : la démission de Yanis Varoufakis

 

Contrairement à ce que disent ses partisans, il y avait manifestement un froid entre Alexis Tsipras, le politique, l’homme du terrain et Yanis Varoufakis, le militant, l’homme d’idées. Il y a quelques semaines, Le Premier ministre grec avait demandé à son ministre des Finances de faire un pas de côté dans les négociations avec l’Eurogroupe où, manifestement, il détonnait. Son style plaisait à l’opinion publique, son langage franc et sans détour donnait de l’air frais, mais cela ne faisait pas avancer le schmilblick. Ici, il faut bien le reconnaître. Il y a urgence et Tsipras doit mettre tous les atouts de son côté. Cela dit, on peut être convaincu qu’on entendra parler de Yanis Varoufakis sous peu. Et son successeur qui a certes un autre style est, paraît-il, encore plus dur que lui.

 

Les relations entre Tsipras et Varoufakis n'étaient plus au beau fixe.

Les relations entre Tsipras et Varoufakis n'étaient plus au beau fixe.

 

Le bras de fer

 

Après la victoire du « non », ce sera un terrible bras de fer avec les dirigeants de l’Union européenne. Ils ne supportent pas ce qui est sans doute leur plus grande défaite. Ils ont réussi à rattraper les référendums français, hollandais, danois sur les différents traités européens. Ici, ils ont cherché l’affrontement. Ils l’ont et ils ne lâcheront pas. Et il y a deux options : de vraies négociations sans le chantage des créanciers, ou bien le « Grexit », voire l’expulsion de l’Union européenne.

Alain Juppé annonce la couleur : le Grexit.

Alain Juppé annonce la couleur : le Grexit.

 

Un exemple : Alain Juppé, probable successeur de François Hollande, y est allé de sa sortie :

 

« Le peuple grec a choisi. Il a dit non au plan que lui proposait la zone euro », écrit l'ancien Premier ministre Les Républicains sur son blog. « C'est son droit souverain et nous devons le respecter. Il faut maintenant tirer les conséquences de cette situation. »

 

La « Grèce n'est plus en mesure aujourd'hui d'assumer les disciplines de la zone euro », poursuit le maire de Bordeaux. « Chercher à l'y maintenir à tout prix, par des arrangements de circonstance, fragiliserait l'ensemble du système ».

 

« Nous devons l'aider à organiser sa sortie, sans drame. Ce qui ne veut pas dire qu'elle doit aussi sortir de l'Union. Elle doit, si elle le souhaite, y garder sa place comme les autres Etats membres qui n'ont pas intégré la zone euro. »

 

Et Juppé n’est pas le seul : les courtiers en Bourse, eux aussi, se préparent au scénario du « Grexit ». Et bien des responsables politiques européens l’envisagent sérieusement. Ce serait, dans l’état actuel des choses, une catastrophe pour la Grèce qui se répercuterait sur toute l’Europe.

 

Au lieu du « Grexit », n’est-ce pas à l’Euro à se réformer ? En effet, la sortie de la Grèce entraînera inéluctablement le départ volontaire ou non d’autres pays de l’Eurozone avec le rsique d’une crise monétaire sans précédent. C’est cela que Piketty appelle « jouer à l’apprenti sorcier ».

 

Réformer l’Euro. C’est indispensable si l’on ne veut pas un « Eurexit » qui suivrait le « Grexit ». Dès le départ, en 1992, lors du Traité de Maastricht, les normes imposées par l’Allemagne et la France avec ce pacte entre François Mitterrand qui avait depuis longtemps renoncé au socialisme et Helmut Kohl qui devait payer la réunification allemande, et qui ont été renforcée ensuite par le Pacte de stabilité et puis par le TSCG, sont beaucoup trop strictes. En outre, elles n’ont pas comme seul objectif la création d’une force un équilibre « salutaire », quasi impossible à atteindre, mais leur but réel est d’affaiblir la puissance publique au profit de la finance. Ce n’est plus économique, c’est politique. C’est l’ordolibéralisme de Friedrich Hayek, un des pères du néolibéralisme.

 

Après le référendum, deux attitudes sont possibles : un assouplissement des Européens et du FMI ou un durcissement par le « Grexit ».

 

Le « Grexit » signifierait l’effondrement de la zone Euro par un effet domino. Même la France et la Belgique connaissent un endettement allant au-delà des 100 % de la richesse nationale. Et il ne faut pas oublier l’Italie, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, le Danemark. Avec huit pays en difficulté, la zone Euro est intenable et les dogmatismes allemand, hollandais et finlandais n’y changeront rien.

 

L’Euro n’a jamais été une vraie monnaie. Une monnaie ne peut qu’être régentée par une autorité politique supérieure, ce qui n’est pas le cas. La BCE est une institution privée qui agit dans l’intérêt des grandes institutions financières transnationales et non dans celui des Etats-membres de la zone Euro. Et, on l’a vu lors de la crise grecque, elle interfère dans le champ politique, en dépit des interdictions prévues par les Traités.

 

D’autre part, dans un continent aussi diversifié que l’Europe, la monnaie unique n’est tenable que si elle tient compte des disparités économiques des différents Etats-membres. Avec les normes imposées (les fameux 3 % suivis de la « règle d’or » et les 60 % de dette), chaque pays supporte différemment ce régime. Aucun Etat de la zone Euro, même l’Allemagne, ne répond réellement à ces normes.

 

Paul Jorion est un ardent partisan du "non" grec.

Paul Jorion est un ardent partisan du "non" grec.

 

Paul Jorion a écrit sur son blog dimanche soir : « Si l’euro devait s’effondrer devant l’expression démocratique, c’est qu’il n’aurait jamais été rien de plus que ce que ses maîtres ont voulu qu’il soit : un outil à l’usage exclusif des « marchés », et il mériterait le sort qu’il subirait alors. »

 

Quelles réformes en Grèce ?

 

La Grèce devra se réformer, mais c’est à elle à le faire selon des critères qu’elle doit fixer et non à la Troïka à lui imposer des réformes qui détruisent son tissu social déjà fragile.

 

La Grèce est encore une société patriarcale qui n’a jamais été une nation industrialisée au même titre que l’Italie, par exemple.

 

La corruption règne en maître en Grèce. Cela n’est pas nouveau. Mais, balayons devant notre porte. Nombre d’affaires de corruption touchant la tête de l’Etat et de la Finance, en France, en Belgique, en Italie et même dans la « vertueuse » Allemagne défrayent la chronique depuis des années. Ces affaires tournent pour la plupart en eau de boudin. Les juges n’arrivent pas à rassembler les preuves suffisantes pour traîner les corrupteurs et les corrompus devant les tribunaux, ou bien on fait porter le chapeau à un homme de paille. Alors, nous sommes très mal placés pour donner des leçons aux Grecs.

 

Corruption et fraude fiscale sont intimement liées. La classe supérieure, et particulièrement les armateurs, se livre à une fraude fiscale effrénée et quasi impunie. D’autre part, la perception de l’impôt est tout à fait obsolète. Cependant, ce qu’on ne dit pas, c’est que les travailleurs grecs et les allocataires sociaux, eux, paient leurs impôts puisqu’ils sont taxés à la source. Et ce sont donc eux qui paient le prix fort des mesures d’austérité, sans compter les augmentations de TVA imposées par la « Troïka » et qui touchent – comme toujours – les plus faibles.

 

On oublie trop souvent que la Grèce n’a pas eu la chance de sauter dans le train de la modernisation des XIXe et XXe siècles. Son économie est liée aux chantiers navals, au tourisme et à une agriculture archaïque. Il n’y a pas une administration digne de ce nom capable de percevoir l’impôt là où il serait le plus rentable, c’est-à-dire auprès de la classe supérieure et aussi de l’Eglise orthodoxe

 

Le rôle de l’Eglise est en effet essentiel. Il n’y a pas de séparation de l’Eglise et de l’Etat en Grèce. L’Eglise est le premier propriétaire foncier et ne paie pas l’impôt. Cela représente un immense manque à gagner pour l’Etat grec. C’est un blocage sérieux pour la Grèce et on ignore ce que compte faire le gouvernement Tsipras en la matière.

 

Les dépenses militaires sont un poids insupportable pour la Grèce. Mais sous la pression du complexe militaro-industriel et de l’OTAN, elles sont maintenues à un niveau bien trop élevé. Là aussi, Tsipras est devant un sac de nœuds, sans compter que l’armée représente un danger politique. Les « colonels grecs » ne sont pas si loin. Mais réduire les dépenses militaires ne doit pas servir au seul remboursement de la dette, l’UE doit accepter les transferts des dépenses militaires vers le social et l’éducation pour aider à la construction d’un Etat moderne et ce ne serait que justice.

 

Laisser tomber la Grèce ?

 

Nous avons déjà cité Charles Sannat, le « vilain coco » du microcosme des économistes français. Voici les conclusions qu’il a publiées ce 7 juillet sur sa chronique « Le contrairien matin ».

 

« Laisser tomber la Grèce c’est commettre une erreur politique fondamentale dont l’Europe et l’euro ne pourront pas se remettre (et dont nous paierons aussi le prix). Laisser tomber la Grèce ce serait une erreur économique évidente parce que ce serait ouvrir la boîte de Pandore de la sortie de l’euro et de la non-irréversibilité de la monnaie unique (…). Une erreur économique encore parce qu’en éjectant le maillon faible, nous prendrions la pire des décisions. Car il y a toujours un dernier et un premier dans une classe. Virez le dernier et l’avant-dernier prend sa place. Au bout du compte, il ne restera que l’Allemagne. La seule solution efficiente en termes économiques serait l’éjection du maillon fort.

 

Enfin, ce serait une erreur démocratique car ce serait l’Europe des europathes contre celles des peuples. L’Europe des technocrates contre l’intérêt des populations. Ce serait nier la démocratie et les choix populaires qu’une certaine élite aime à qualifier de « populistes » dès que cela vient contrarier ses plans bien établis d’enrichissement entre amis.

 

Si l’Europe veut survivre elle doit se montrer généreuse et humaine. Pour le moment, elle n’y arrive toujours pas. Comme l’Europe ne sait pas faire notre bien, cela, par définition, la condamne à faire notre mal. »

 

La question la plus angoissante : les dirigeants européens en seront-ils capables ?

 

 

Pierre Verhas

 

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 14:13

 

Les urnes sont ouvertes sur l’ensemble du territoire grec. Nul ne peut dire avant ce soir si la résistance ou la peur l’emportera.

 

C’est le moment, en ces quelques heures d’attente, de récapituler, de passer en revue les événements depuis la victoire de Syriza le 25 janvier dernier.

 

Ne disposant pas de la majorité absolue, Tsipras forme assez vite une coalition avec un parti souverainiste de droite. Beaucoup lui reprochent de ne pas s’être allié avec le centre-gauche.

 

On n’a pas compris que le centre-gauche était prêt à céder au consortium appelé Troïka, ce qui aurait déforcé Tsipras et Varoufakis dans les négociations. L’objectif numéro un était d’en finir avec cette Troïka et de négocier avec les institutions européennes (Conseil, Commission, Eurogroupe) de la question de la dette et non avec un consortium de créanciers qui interviennent directement dans la décision politique en Grèce.

 

En cela, c’est un échec de Tsipras. La Troïka a été remplacée par le « groupe de Bruxelles », pure fiction grammaticale et le FMI, en la personne de sa directrice générale, Christine Lagarde, était invitée aux négociations.

 

Un changement profond est intervenu au sein des institutions européennes. Le nouveau président de la Commission, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, quasi inamovible Premier ministre du Grand Duché, ayant organisé ce paradis fiscal en « refuge » efficace pour les transnationales, ancien président de l’Eurogroupe, n’est certainement pas la personne idéale à ce poste. Beaucoup d’observateurs à droite comme à gauche l’ont fait remarquer. « Le Premier ministre d’un paradis fiscal, président de l’Europe ! C’est déconcertant ! » Ce sont les paroles que j’ai entendues d’Alain-Gérard Slama, écrivain, chroniqueur au Figaro.

 

Une de ses premières actions a été d’étouffer l’affaire « Lux-leaks » qui aurait pu être gênante pour le frais émoulu Président de la Commission européenne.

 

A la veille des élections grecques, il a osé déclarer : « J’espère que nous retrouverons nos amis, lundi prochain ! ».

 

Tsipras n’était pas encore élu qu’il savait très bien à qui il aura affaire.

 

Les Européens ont trahi leur promesse.

 

Le 4 février, la Banque Centrale Européenne (BCE) décide de priver les banques grecques de l’un de leurs canaux de financement auprès d’elle, en suspendant un régime de « faveur » dont elles bénéficiaient jusqu’alors. Il s’agit donc d’une intervention purement politique de Mario Draghi, ancien de Goldman Sachs.

 

C’est la première phase de l’offensive.

 

La phase suivante se déroulera dans des négociations où la Grèce se trouva seule face à 27 Etats européens, le FMI et la BCE. Et, grâce à l’exceptionnelle personnalité d’Alexis Tsipras et de Yanis Varoufakis, les Grecs tinrent bon. Car, enfin, quel était l’enjeu ?

 

L’économiste Thomas Piketty l’explique dans le « Monde » daté de dimanche 5 et lundi 6 juillet : « En 2012, ils [les Européens] avaient promis une restructuration [de la dette] aux Grecs dès qu’ils dégageraient un excédent primaire, c’est-à-dire un excédent budgétaire hors service de la dette [en langage courant : les recettes publiques sont supérieures aux dépenses compte non tenu du remboursement de la dette]. On y est depuis fin 2014, mais les Européens ont trahi leur promesse. »

 

Le 20 février, l’Eurogroupe prolonge le plan d’aide se montant à 7,2 milliards d’Euros, tout en le conditionnant à une série de réformes ultralibérales (coupes dans les retraites, hausse de la TVA, etc.). La date butoir est le 30 juin, date à laquelle la Grèce doit rembourser 1,6 milliards d’Euros au FMI. Tsipras et Varoufakis cèdent sur certains points, mais fixent ce qu’ils appellent les « lignes rouges ».

 

Les « créanciers » vont chaque fois intervenir lorsqu’une proposition est déposée au Parlement grec, comme par exemple l’aide humanitaire suite à l’appauvrissement majeur consécutif de l’austérité imposée depuis des années.

 

Jusqu’en juin, les réunions se multiplient, mais sans aucun résultat probant. La partie grecque fait plusieurs fois des propositions qui sont systématiquement rejetées.

 

Le 18 juin, il faut bien constater l’échec des négociations.

 

Le 25 juin, un plan est proposé par les Européens et prend un caractère solennel puisqu’il est publié au Journal Officiel de l’Union européenne.

 

Le lendemain 26 juin, suite au refus des Grecs, des amendements plus avantageux sont proposés, mais c’est le FMI qui s’y oppose. Dès lors, c’est le blocage.

 

Dans la nuit du 26 au 27 juin, Alexis Tsipras annonce au peuple grec le référendum qui est approuvé par le Parlement grec dans la nuit du 27 au 28 juin par 178 voix sur 300. Notons que les 17 députés nazis d’Aube dorée ont rejoint la majorité, mais leur apport, tout aussi gênant qu’il fût, n’était pas nécessaire. Néanmoins, leur rôle ambigu est pour le moins gênant et présage des troubles à l’avenir.

 

Le lundi 29 juin, la BCE ne bloque pas l’apport de liquidités aux banques grecques. Cependant, pour éviter la fuite des capitaux, le ministre des Finances Varoufakis décrète la fermeture des banques et n’autorise qu’un retrait quotidien de 60 Euros par personne.

 

Le 30 juin, la Grèce ne rembourse pas la tranche due au FMI. L’Eurogroupe suspend l’aide à la Grèce.

 

Les médias grecs pour la plupart entre les mains des financiers, ainsi que les télévisions privées ont mené une camapgne violente contre le "non" en jouant sur la peur.

Les médias grecs pour la plupart entre les mains des financiers, ainsi que les télévisions privées ont mené une camapgne violente contre le "non" en jouant sur la peur.

 

 

Les apprentis sorciers

 

La campagne a été terrible. Cela a été évoqué sur Uranopole. Tout a été fait pour faire peur aux Grecs. On a menacé du Grexit, voire même de la sortie de l’Union européenne. Piketty le dit lui-même : ceux qui disent cela sont des apprentis sorciers. Nous en reparlerons. Voici la lettre qu’Alexis Tsipras avait écrit janvier, aux lecteurs du journal allemand Hansdelsblatt, particulièrement critique à son égard juste avant les élections du 25 janvier.

 

 

Alexis Tsipras s'adressant à ses partisans du haut de la Vouli au soir du samedi 4 juillet.

Alexis Tsipras s'adressant à ses partisans du haut de la Vouli au soir du samedi 4 juillet.

 

 

Chers lecteurs de Handelsblatt,

 

Je sais d’avance que la plupart d’entre vous ont probablement une opinion déjà formée sur le contenu de cette lettre. Je vous invite, cependant, à la lire sans préjugés. Les préjugés n’ont jamais été un bon conseiller, et encore moins à un moment où la crise économique les renforce, en entretenant l’intolérance, le nationalisme, l’obscurantisme, et même la violence. Avec cette lettre ouverte, je souhaite vous exposer un récit différent de celui qui vous a été fait au sujet de la Grèce depuis 2010. Et je tiens aussi et surtout à exposer avec franchise les projets et les objectifs de SYRIZA, si le 26 Janvier par le choix des électeurs devient le nouveau gouvernement grec.

 

En 2010, l’État grec a cessé d’être en mesure de servir sa dette. Malheureusement, les dirigeants européens ont décidé de faire croire que ce problème pourrait être surmonté par l’octroi du plus grand prêt jamais consenti à un état, sous condition que certaines mesures budgétaires seraient appliquées, alors que celles ci, manifestement, ne pouvaient que diminuer le revenu national destiné au remboursement des nouveaux et anciens prêts. Un problème de faillite a été donc traité comme s’ il s’ agissait d’un problème de liquidité. En d’autres termes, l’attitude adoptée, était celle du mauvais banquier qui, au lieu d’admettre que le prêt accordé à la société en faillite a « sauté », il lui accorde des prêts supplémentaires, prétextant que les anciennes dettes restent servies et prolonge ainsi la faillite à perpétuité.

 

Il s’agissait pourtant d’une question de bon sens de voir que l’application de la doctrine «extend and pretend» [étendre les maturités de la dette et prétendre que payer les intérêts ne pose aucun problème] dans le cas de mon pays aboutirait à une tragédie. Qu’au lieu de stabiliser la Grèce, l’application de ce dogme installerait une crise auto-alimentée qui sape les fondations de l’UE.

 

Notre parti, et moi-même, nous nous sommes opposés à l’accord de prêt de mai 2010, non pas parce que l’Allemagne et nos autres partenaires ne nous ont pas donné assez d’argent, mais parce que vous nous avez donné beaucoup plus d’argent que ce qu’il fallait et que nous pouvions accepter. De l’argent qui par ailleurs ne pouvait ni aider le peuple grec puisqu’il disparaissait aussitôt dans le trou noir du service de la dette ni arrêter l’alourdissement continu de celle-ci, obligeant de la sorte nos partenaires prolonger ce fardeau à perpétuité aux frais des citoyens.

 

Et cette vérité était bien connue par les gouvernants allemands, mais ils n’ont jamais voulu vous la dévoiler.

 

Et en effet, et avant même que la première année ne se soit écoulée et depuis 2011, nos prévisions ont été vérifiées. L’enchaînement des nouveaux prêts aux réductions drastiques des dépenses a non seulement échoué à dompter la dette, mais il a par surcroît puni les citoyens les plus faibles, en transformant les citoyens ordinaires qui avaient un emploi et un toit à des chômeurs sans-abri qui ont tout perdu, de plus, leur dignité.

 

L’effondrement des revenus a conduit à la faillite de milliers d’entreprises, augmentant ainsi le pouvoir oligopolistique des entreprises qui ont survécu. De ce fait, les prix diminuaient moins que les revenus tandis que les dettes, publiques et privées, ne cessaient de s’alourdir. Dans ce contexte, où le déficit d’espoir a dépassé tous les autres déficits «l’œuf du serpent » n’a pas mis longtemps pour éclore – et les néo-nazis ont commencé à patrouiller les quartiers en semant la haine.

 

Malgré son échec manifeste, la logique de «extend and pretend» continue à s’appliquer systématiquement encore aujourd’hui. Le deuxième accord de prêt de 2012, a ajouté une charge supplémentaire sur les épaules affaiblies de l’état grec, en réduisant les fonds de pension, en donnant un nouvel élan à la récession, en finançant aussi une nouvelle kleptocratie avec l’argent de nos partenaires.

 

Des commentateurs sérieux ont parlé récemment de stabilité et même de croissance à propos de mon pays pour « prouver » que les politiques appliquées ont été efficaces. Aucune analyse sérieuse ne soutient cette «réalité» virtuelle. L’augmentation récente de 0,7% du revenu national réel ne marque pas la fin de la récession mais sa poursuite, puisqu’elle a été réalisée dans une période d’inflation de 1,8%, ce qui signifie que (en euros) le revenu national a continué de baisser. Simplement, il diminue moins que la moyenne des prix – tandis que les dettes augmentent.

 

Cet effort de mobilisation des «statistiques grecques», pour démontrer que l’application de la politique de la troïka est efficace en Grèce, est outrageant pour tous les européens qui ont enfin le droit de connaître la vérité.

 

Et la vérité est que la dette publique grecque ne peut pas être honorée tant que l’économie sociale grecque se trouve en situation de simulation de noyade budgétaire (fiscal waterboarding).

 

En outre, persévérer dans ces politiques misanthropes et sans issue, dans le refus de reconnaître une simple question d’arithmétique, coûte au contribuable allemand et condamne en même temps un peuple fier à l’indignité. Et le pire: de cet fait, les Grecs se retournent contre les Allemands, les Allemands contre les Grecs, et l’idée d’une Europe Unie Démocratique est offensée cruellement.

 

L’Allemagne, et plus particulièrement le contribuable allemand qui travaille dur n’a rien à craindre d’un gouvernement SYRIZA. Au contraire. Notre objectif n’est pas d’entrer en conflit avec nos partenaires. Notre objectif n’est pas d’obtenir des prêts supplémentaires ou un blanc-seing pour de nouveaux déficits. Notre objectif est la stabilité économique, des budgets primaires équilibrés et, bien sûr, la cessation des saignées fiscales opérées sur les contribuables depuis quatre ans par un accord de prêt inadéquat aussi bien pour la Grèce que pour l’Allemagne. Nous exigerons la fin de l’application du dogme «extend and pretend» non pas contre le peuple allemand, mais pour le bénéfice de nous tous.

 

Je sais, chers lecteurs, que derrière les demandes d’une «stricte application des accords» se cache la peur que « si nous laissons les Grecs faire ce qu’ils veulent, ils vont refaire le même coup». Je comprends cette inquiétude. Mais ce n’était pas SYRIZA qui a érigé en institutions dans mon pays la collusion des intérêts privés et la kleptocratie qui feignent de se soucier de l’observation «des accords» et des réformes puisque celles ci ne les affectent pas, comme le démontrent les quatre dernières années des réformes engagées par le gouvernement Samaras sous la direction de la troïka. Nous, nous sommes prêts à entrer en conflit avec ce système afin de promouvoir des réformes radicales au niveau du fonctionnement de l’état, en établissant la transparence de l’administration publique, la méritocratie, la justice fiscale, la lutte contre le blanchissement d’argent. Ce sont ces réformes que nous soumettons à l’appréciation des nos citoyens aux prochaines élections.

 

Notre objectif est la mise en place d’un New Deal pour l’ensemble de la zone euro qui permettra aux grecs comme à l’ensemble des peuples européens de respirer, de créer, de vivre avec dignité. Avec une dette publique socialement viable. Avec une croissance qui est stimulée par des investissements publics financés – seul moyen de sortir de la crise – et non pas par la recette échouée de l’austérité qui ne fait que recycler la récession. En renforçant la cohésion sociale, la Solidarité et la Démocratie.

 

Le 25 Janvier en Grèce, une nouvelle opportunité surgit pour l’Europe. Ne ratons pas cette chance ».

 

Alexis Tsipras | 13 janvier 2015

 

Tout était déjà dit à ce moment. Nul n’en a tenu compte.

 

Tout sera dit ce soir.

 

Pierre Verhas

 

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 16:11
Extrait du "Contrarien matin" du 3 juillet 2015

Extrait du "Contrarien matin" du 3 juillet 2015

 

La panique

 

L’enjeu est tellement énorme que c’est la panique. La panique provoque immanquablement une perte de contrôle de soi et certaines déclarations révèlent ainsi la vraie nature de quelqu’un. Ainsi, le président du Parlement européen, le social-démocrate allemand Martin Schultz qui, par ailleurs, milite pour que son Assemblée adopte le TTIP, a osé dire dans une interview au Handelsblatt : « De nouvelles élections seraient impératives, si le peuple grec vote pour le programme de réformes et donc en faveur du maintien dans la zone euro et que Tsipras, de façon logique, démissionne ». Il ajoute jubilatoire : « Ce serait la fin de Syriza » Et il souhaite à la place un gouvernement de technocrates « pour que nous puissions continuer à négocier. »

 

Martin Schultz, président du Parlement européen est-il l'homme de la Troïka ?

Martin Schultz, président du Parlement européen est-il l'homme de la Troïka ?

 

Autrement dit, au cas où le « oui » l’emporte, le gouvernement Tsipras est invité à dégager dès la proclamation des résultats. Il ne lui serait même plus permis d’organiser des élections. Evidemment, avec des technocrates, on se retrouve entre amis !

 

Il est vraiment difficile de rester socialiste avec un leader pareil.

 

La seconde déclaration vient du chef du gouvernement italien, Matteo Renzi : « Si chacun fait comme il entend, on ne va nulle part. » Il estime que le référendum pose « un choix surprenant et erroné » et « les amis grecs doivent respecter les règles. » On a vu le Premier italien mieux inspiré. L’objectif est clair : isoler Tsipras.

 

Le chantage à l’Euro

 

En outre, on joue sur la peur. La BCE a ainsi ouvertement fait du référendum un vote pour ou contre l'euro. Outre son action sur l'ELA, les déclarations mardi 30 juin au matin de Benoît Cœuré, membre français du directoire de la BCE, a mis fin par une simple reconnaissance de la possibilité du Grexit à l'irréversibilité officielle de l'euro. Dès lors, les électeurs grecs, favorables, selon les derniers sondages, à 81 % au maintien dans la zone euro sont prévenus. Le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem a abondé dans ce sens.

 

Finalement, cette stratégie de la panique avait déjà commencé avec l’expulsion de Varoufakis de l’Eurogroupe le 28 juin. Elle se poursuit par cette intox. Or, on sait qu’un « Grexit » ne peut se faire comme ça ! Le commissaire européen français Moscovici a eu l’honnêteté de déclarer qu’il n’était pas question que la Grèce quitte la zone Euro.

 

Le chantage est donc clair. Vous votez « non », vous perdez l’Euro. Cela peut jouer évidemment, notamment sur les PME et les petits commerces qui vivent du tourisme. Les sondages dont il faut bien évidemment se méfier, montrent une certaine hésitation des électeurs.

 

Sur le terrain, la Troïka a lancé sa formidable machine de propagande avec la droite grecque. Des campagnes d’affiches, des manifestations monstres, etc. Les partisans du « oui » étaient plus nombreux devant la Vouli – le Parlement grec – que ceux du « non ». Ce sont des signes, mais cela peut aussi ne rien signifier. Le vrai sondage se produira dimanche soir.

 

Juncker a été encore plus loin en déclarant que le « non » signifierait que la Grèce se séparerait de l’Europe, autrement dit de l’Union européenne.

 

En tout cas, tout cela prouve au moins une chose : la Troïka n’a pas d’argument, en dehors du chantage dans lequel elle est passée maître.

 

Des amis dans le monde

 

En tout cas, le gouvernement Tsipras bénéficie d’appuis internationaux. Ainsi, l’économiste américain Joseph Stiglitz a écrit dans le « Guardian » ce lundi 29 juin : « « En fait, les leaders européens ont commencé de révéler la vraie nature du litige autour de la dette (...) Celle-ci porte bien davantage sur des enjeux de pouvoir et de démocratie que sur la monnaie et l’économie. (…) Les dates butoirs sont destinées à forcer la Grèce à accepter l’inacceptable – pas seulement des mesures d’austérité mais de nouvelles politiques régressives et punitives. » Dans ces conditions, conclut l’économiste « un vote “oui”, le 5 juillet, signifierait la dépression quasiment sans fin (...) d’un pays qui a vendu l’ensemble de ses actifs et dont les plus brillants de ses jeunes ont dû émigrer. À l’inverse, un vote “non” laisserait au moins ouverte la possibilité que la Grèce puisse, avec ses fortes traditions démocratiques, reprendre sa destinée en main. Et même s’ils restent confrontés à d’immenses difficultés, les Grecs pourraient y gagner l’opportunité de construire un avenir bien plus riche d’espoir. »

 

Joseph Stiglitz, Prix Nobel de l'économie, néo-keynésien, se montre solidaire des Grecs.

Joseph Stiglitz, Prix Nobel de l'économie, néo-keynésien, se montre solidaire des Grecs.

 

D’autre part, le 30 juin, à Genève, deux experts des Nations Unies en matière de droits humains ont salué la tenue de référendum en Grèce pour décider démocratiquement de la voie à suivre pour résoudre la crise économique grecque sans détériorer davantage la situation des droits humains. Les experts indépendants pour la promotion d’un ordre international équitable et démocratique, Alfred de Zayas et pour les droits humains et la solidarité internationale, Virginia Dandan, ont souligné qu’il y a bien plus en jeu que les obligations de remboursement de la dette faisant écho à un précédent avertissement au cours du mois de juin de l’expert indépendant de l’ONU sur la dette externe et les droits humains, Juan Pablo Bohoslavsky.

 

Ces experts font partie de ce qui est connu comme Procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme. Le nom Procédures Spéciales désigne le Conseil indépendant de recherche et surveillance en charge des situations spécifiques à des pays ou des questions thématiques globales. Il s’agit du plus vaste organe d’experts (et d’expertes) indépendant€s du système des Nations Unies. Ils ne sont pas membres du personnel de l’ONU mais travaillent de manière volontaire et non rémunérée. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et sont reconnus pour leur grande valeur.

 

« Toutes les institutions et mécanismes de protection des droits humains devraient saluer le référendum grec en tant qu’expression éloquente de l’auto-détermination du peuple grec conformément aux articles 1 et 25 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. En effet, un ordre international démocratique et équitable requiert la participation de toutes les parties au processus de décision et le respect dudit processus qui peut être atteint au travers de la solidarité internationale et de l’approche des droits humains comme solution à tous les problèmes y compris les crises financières.

 

Il est décevant que le FMI et l’Union européenne refusent d’accepter une solution qui n’implique pas des mesures régressives supplémentaires. Certains dirigeants ont exprimé leur mécontentement à l’annonce de la tenue d’un référendum en Grèce. Pourquoi ? Les référendums sont pourtant la quintessence d’une gouvernance démocratique.

 

Personne ne peut attendre du Premier ministre grec qu’il renonce aux engagements donné à son peuple qui l’a élu avec un mandat clair de négocier une solution juste qui ne porte pas davantage préjudice à la démocratie grecque et qui entraîne l’accroissement du chômage et de la misère sociale. La capitulation face à un ultimatum qui impose encore davantage d’austérité réduirait à néant la confiance démocratique de l’électorat dans son Premier ministre. Chaque État a le devoir de protéger le bien-être de la population qui se trouve sous sa juridiction. Les acteurs extérieurs, qu’ils soient des États, des organisations internationales ou des créanciers ne peuvent intervenir dans ce qui est du ressort de la souveraineté fiscale et budgétaire et de la régulation territoriale d’un État.

 

L’article 103 de la Charte des Nations Unies stipule que les dispositions de la Charte prévalent sur n’importe quel autre Traité, d’où il découle qu’aucun traité ou accord de prêt ne peut nier la souveraineté de l’État. Tout accord entraînant une telle violation des droits humains et du droit international coutumier est contra bonos mores (allant à l’encontre de la morale) et donc considéré comme nul et non avenu suivant l’article 53 de la Convention de Vienne sur le droit des Traités.

 

Un ordre international démocratique et équitable requiert un régime commercial et financier qui permette la réalisation de tous les droits humains. Les organisations intergouvernementales doivent favoriser et en aucun cas faire obstacle à la pleine réalisation des droits humains.

 

La dette externe n’est nullement une excuse pour déroger aux droits humains ou pour provoquer une régression sociale violant les articles 2 et 5 du Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels.

 

Le moment est venu pour la communauté internationale de démontrer sa solidarité avec le peuple grec, pour respecter sa volonté démocratique exprimée dans un référendum, pour l’aider activement à surmonter la crise financière qui trouve son origine dans l’effondrement financier de 2007-2008 dans lequel la Grèce n’a aucune responsabilité.

 

La démocratie implique en effet l’auto-détermination des peuple, auto-détermination qui appelle souvent à des référendums comme c’est également le cas en Grèce ».

 

Enfin, nous laisserons la conclusion au caustique économiste français Charles Sannat qui tient sur le toile une chronique quotidienne intitulée « Le Contrarien » :

 

« La crise financière grecque est insignifiante. Économiquement parlant, cela n’est pas un problème.

 

Le véritable sujet est politique car lorsque les choses tournent mal, et elles tournent mal, alors au bout du compte tout n’est plus que politique et c’est la primauté de la politique sur l’économique qui devient une évidence.

 

Nous sommes dans un conflit ou plusieurs « raisons d’États » s’affrontent et dans ce combat, pour le moment, pour notre pays c’est la débâcle et l’esprit de Munich.

 

N’imaginez pas un seul instant que notre destin est différent de celui des Grecs. Si nous laissons gagner la visions ultralibérale des europtahes, si nous laissons l’Europe diriger nos nations et nous asservir par la dette, si nous acceptons de nous coucher face aux diktats allemands pour éviter la guerre économique alors, je vous le dis sans détours, nous serons demain les Grecs des Allemands, et la presse allemande et les europathes expliqueront à quel point ces Français se sont gavés avec tous leurs déficits et toutes leurs dettes et qu’ils méritent de souffrir et de payer jusqu’au dernier centime…

 

Lorsque l’on est en faillite, on est en faillite. On ne peut pas tondre un œuf. Vouloir le faire, c’est donc vouloir asservir.

 

Ne vous y trompez pas mes amis, la lutte pour notre liberté et contre notre asservissement a pris une tournure beaucoup plus concrète depuis quelques jours. »

 

Plus que deux jours avant la vérité.

 

Pierre Verhas

 

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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 20:35

 

Les négociations ont échoué. Tsipras a tranché. Il maintient le référendum et il appelle à voter « non ». Varoufakis n’a pas payé la tranche de juin 2015 au FMI. Les négociations sont bloquées jusqu’à dimanche.

 

Pour autant, les « créanciers » n’ont pas dit leur dernier mot. Ils ont changé d’orientation. Ils attaquent sur les plans juridique et politique. Et ils sonnent l’hallali ! Ils pensent sans doute faire une bouchée du gibier grec. Il leur faudra attendre !

 

Le référendum : illégal ?

 

Première offensive : la légalité du référendum. Le Conseil de l’Europe.

 

Il s’agit d’une organisation intergouvernementale instituée le 5 mai 1949 par le traité de Londres. Par le biais des normes juridiques dans les domaines de la protection des droits de l'homme, du renforcement de la démocratie et de la prééminence du droit en Europe, c’est une organisation internationale dotée d’une personnalité juridique reconnue en droit international public et qui rassemble 800 millions de ressortissants de 47 États membres.

 

Cette organisation s’est penchée sur ce scrutin et estime qu’il n’est pas régulier. Le délai de huit jours est trop court. Il n’est pas possible d’envoyer des observateurs internationaux. Bref, le référendum risque d’être entaché d’irrégularités. De là à prétendre qu’il est illégal, il n’y aura qu’un pas qui sera aussitôt franchi, si c’est le « non » qui l’emporte. Par contre, il y a fort à parier que s’il y a une majorité de « oui », les « Européens » se réjouiront de la « maturité » du peuple grec…

 

Didier Reynders déguisé en noblion à l'Ommegang ce 30 juin, la grande parade des aristos belges célébrant Charles Quint. Tout un programme !

Didier Reynders déguisé en noblion à l'Ommegang ce 30 juin, la grande parade des aristos belges célébrant Charles Quint. Tout un programme !

 

Cela n’empêche pas le très néolibéral ministre belge des affaires étrangères, Didier Reynders, le beau figurant à la fête bruxelloise des noblions, de déclarer : « Tout cela ne correspond pas du tout aux critères du Conseil de l’Europe (…) il est difficilement compréhensible qu’un gouvernement organise un référendum pour demander à sa population de dire non. »

 

Et voilà tous les médias qui se mobilisent pour dire que les Grecs ne comprennent pas la question posée à ce référendum – à savoir la proposition du 25 juin dont les amendements proposés le 26 n’ont pas été acceptés par le FMI. Cela pour répondre à M. Quatremer…

 

Oublie-t-on que l’enjeu est tel que le gouvernement grec, pour empêcher la fuite des capitaux, a dû fermer les banques jusqu’à la tenue du référendum. Nul ne pose la question de mesurer quelles seraient les conséquences d’une fermeture plus longue pour l’économie grecque qui n’est déjà pas au beau fixe.

Le Grexit ?

 

Deuxième offensive : si le « non » l’emporte, cela signifie le « Grexit », la sortie de la Grèce de la zone Euro. C’est faux ! Les traités sont très clairs à ce sujet : un Etat-membre de l’Eurozone ne peut pas sortir ou être exclu. Il s’agit donc d’un mensonge pour faire peur aux électeurs grecs.

 

L'économiste Thomas Piketty ne mache pas ses mots.

L'économiste Thomas Piketty ne mache pas ses mots.

 

D’ailleurs, comme le dit l’économiste Thomas Piketty dans une interview au « Soir » du 2 juillet : « Ceux qui pensent que l’expulsion d’un pays permettrait de discipliner et de stabiliser la zone Euro sont des apprentis sorciers. En vérité, la sortie d’un pays fragiliserait l’ensemble de la zone. Ce serait sans doute le début de la fin… »

 

On se demande qui sont les « apprentis sorciers ». Les Grecs ou les gens de « Bruxelles » ?

 

La presse aux ordres

 

L’attitude de la presse a déjà été évoquée ici. Que des organes de presse ne soient pas d’accord avec Tsipras, c’est bien entendu leur droit, mais qu’ils fassent preuve de mauvaise foi en chœur, cela est inquiétant. Cela pose la question de la liberté de la presse, une des libertés fondamentales, ne l’oublions pas. La tendance est à la financiarisation des organes de presse, ce qui fait de leur indépendance une fiction.

 

Le « Monde » n’est d’ailleurs pas en reste avec son chroniqueur Arnaud Leparmentier ce jeudi 2 juillet, qui dépasse Jean Quatremer dans la technique d’ahurissement. Se référant à Giscard, il proclame que « Tsipras n’a pas le monopole de la démocratie ». Oui, et alors ? Il accuse Syriza d’imposer ses vues à toute l’Europe. Rien que ça ! Et puis, notre bel Arnaud fustige Varoufakis qui menace de saisir la Cour de Justice européenne si l’Eurogroupe veut expulser la Grèce de la zone Euro. Autrement dit, tu as des dettes et tu fermes ta gueule !

 

Et puis, avec sa courtoisie habituelle, notre gâchis Leparmentier s’en prend à Tsipras qui a déclaré qu’il n’est pas « premier ministre pour l’éternité ». Il réplique : « Plus l’éternité sera courte, mieux ce sera. »

 

Cela s’appelle l’objectivité, prétend-on.

 

L’avis d’une banque

 

Pour conclure, voici l’avis de la banque hollando-belge ING impliquée dans la crise grecque envoyé à ses clients les « zinvestisseurs » :

 

« Le dossier grec crée de la nervosité sur les marchés. Ces derniers vont devoir composer avec un mouvement de fuite vers la qualité si aucune issue positive n’était trouvée dans les prochains jours. Ce sont donc les actifs à risque ainsi que les emprunts d’Etat des pays de la périphérie qui pourraient souffrir de l’anticipation par les marchés d’un éventuel Grexit. Nous ne pouvons, toutefois, comparer les effets d’un défaut de paiement de la Grèce et de son éventuelle sortie de la zone Euro à ceux que l’on a connu lors de la faillite de Lehman Brothers en 2008. La dette grecque étant majoritairement détenue par les gouvernements européens et la Banque Centrale Européenne (BCE), et non plus par les banques privées, il est peu probable que l’on assiste à un écroulement du système bancaire continental.

 

Enfin, nous pouvons compter sur les mesures de la BCE. Ces dernières permettent, en effet, d’atténuer les répercussions néfastes sur les autres pays de la périphérie et de contrecarrer le risque de contagion. »

 

Bref, on rassure. Mais on oublie de dire que la dette grecque a été transférée des banques vers le secteur public. Cela a dû échapper au rédacteur de cette note…

 

Plus que trois jours avant la vérité.

 

 

Pierre Verhas

 

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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 20:49

 

Cette première journée du mois de juillet a été fertile en rebondissements. Le bruit a couru, émanant des institutions européennes, que Tsipras renoncerait au référendum suite à un « nouvel » accord ou, à tout le moins, proposerait de voter « oui ».

 

« Oui » pour les quidams que nous sommes, c’est bien entendu, « oui » à l’Europe telle qu’elle est. Le « non » signifierait le « Grexit »… On dramatise la situation à l’envi ! C’est l’intox à tout crin.

 

Même les vieux leaders droitiers, le post-franquiste Aznar et le parfait démocrate Sarkozy estiment que cela a assez duré et qu’il faut « suspendre » les négociations avec la Grèce.

 

Aznar et Sarkozy s'entendent très bien pour écraser la Grèce.

Aznar et Sarkozy s'entendent très bien pour écraser la Grèce.

 

Messieurs les Européens, excluez les premiers !

 

Passons aux choses « sérieuses ». Ce mardi 30 juin, date fatidique, puisque c’était l’échéance du remboursement d’une tranche de 1,6 milliards d’Euros au FMI, la Commission européenne a présenté à Athènes une offre de la dernière chance afin de tenter de parvenir à un accord « argent frais contre réformes » avant l'expiration au même jour de l'actuel programme de renflouement. Inutile de dire que Berlin n’était pas d’accord.

 

Le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis informe qu’il ne payera pas l’échéance au FMI. Dans un tweet adressé à Christine Lagarde, il lui a annoncé sur un ton qui ne doit certainement pas lui plaire : « DESOLE POUR LE RETARD DE PAIEMENT, J'ESSAIE ENCORE DE POUVOIR PAYER VOTRE DU, MAIS JE N'ARRIVE PAS A TROUVER UNE BANQUE OUVERTE. SIGNE Y.VAROUFAKIS »

 

Tweet de Yanis Varoufakis à Christine Lagarde

Tweet de Yanis Varoufakis à Christine Lagarde

 

Selon les termes de l'offre présentée à Athènes, le gouvernement d'Alexis Tsipras devrait s'engager par écrit à accepter la dernière version de la proposition des « institutions », celle rendue publique dimanche par la Commission, et à mener campagne pour les faire accepter lors du référendum prévu dimanche prochain.

 

S'il l'accepte, les ministres des Finances de la zone euro pourraient se réunir en urgence dans la journée de mardi et adopter une déclaration réaffirmant leur engagement pris en 2012 de discuter d'un réexamen de la dette grecque, que le gouvernement issu du parti de la gauche anti-austérité Syriza réclame depuis des mois.

 

Ce réexamen porterait sur un allongement des maturités des prêts, c’est-à-dire leur échéance, une réduction des taux d'intérêt et une prolongation du moratoire sur le paiement des intérêts des crédits débloqués par la zone euro et serait mis en œuvre au mois d'octobre.

 

Autant demander d’acheter un chat dans un sac !

 

La réaction d’Athènes ne se fait pas attendre. Selon le quotidien grec Ekathimerini, les services du Premier ministre ont annoncé dans l'après-midi de mardi avoir proposé un accord sur deux ans avec le Mécanisme européen de stabilité (MES) pour couvrir ses besoins financiers avec, en parallèle, une restructuration de la dette.

 

L'objectif, ajoutent les services du chef du gouvernement, est de faire en sorte que la Grèce demeure dans la zone euro.

 

Cela fait taire les rumeurs d’une volonté de Tsipras de sortir de l’Eurozone. Et cela signifie : Messieurs les Européens, excluez les premiers !

 

Jean-Claude « Drunker »

 

L'existence d'offre de la Commission a semblé surprendre un certain nombre d'acteurs, à commencer par la chancelière allemande Angela Merkel a dit ne pas être au courant d'une quelconque offre de dernière minute présentée au gouvernement grec. Elle a déclaré : « Tout ce que je sais, c'est que la dernière offre dont je suis informée remonte à vendredi dernier ».

 

Mais du côté français, Michel Sapin, a au contraire laissé entendre que la porte des négociations n'était pas encore totalement refermée.

 

Cela cafouille au sein de la Commission, c’est le moins qu’on puisse dire ! Le bruit court en effet dans les couloirs du Berlaymont que Juncker est quelque peu fatigué. Son surnom, pour les initiés, serait Jean-Claude « Drunker »…

 

Le Président de la Commission serait-il un peu fatigué ?

Le Président de la Commission serait-il un peu fatigué ?

 

Tsipras a réagi, montrant ainsi qu’il ne ferme pas la porte après l’annonce du référendum.

 

Il y aura un autre « niet » qu’on écrit en grec « oxi »

 

Dans une nouvelle lettre adressée aux créanciers de la Grèce (Troïka ou « groupe de Bruxelles», comme on voudra), Alexis Tsipras se déclare prêt à céder aux exigences des institutions moyennant quelques amendements, additions ou clarifications, selon le Financial Times (qui, il faut le dire, est assez objectif en cette affaire). Selon cette lettre, le gouvernement grec se dit prêt à accepter la liste d'actions prioritaires dressée par les créanciers, dans le document publié sur le site internet de la Commission européenne dimanche.

 

Ce texte servirait alors de base à un accord sur une nouvelle aide financière pour le pays, notamment via le Mécanisme européen de stabilité (MES), dont une demande a été introduite par le gouvernement grec mardi après-midi. M. Tsipras conditionne toutefois l'aval à ce document à certains amendements « concrets, respectant la solidité et la crédibilité de l'ensemble du programme ».

 

Athènes accepterait les réformes de la TVA, à condition qu'une ristourne de 30% soit accordée aux îles helléniques pour compenser leurs désavantages. L'âge de la pension pourrait être reporté à 67 ans en 2022, au lieu d'octobre prochain. Enfin, l'indemnité de solidarité pour les pensionnés les plus défavorisés devrait aussi disparaitre plus tardivement.

 

Cette nouvelle proposition transmise ce mercredi 1er juillet n'est nullement une capitulation. L'acceptation partielle de la dernière proposition des créanciers prend en compte les « lignes rouges » défendues par le gouvernement et il demande de nouvelles concessions : maintien du rabais de 30 % de la TVA dans les îles, report de la suppression de la retraite complémentaire EKAS pour les plus fragiles à 2019. Les créanciers avaient déjà accepté leur folle proposition d'une TVA de 23 % contre 13 % dans les hôtels. Mais surtout, cet accord, comme auparavant, ne peut s'accompagner que d'un accord sur la dette. Sans accord sur la dette, pas de « solution globale ». Et alors, le référendum sera maintenu puisque le gouvernement ne peut remplir son mandat.

 

Beau jeu tactique du Premier ministre hellène : il veut bien accepter les propositions de la Troïka qui ne sont d’ailleurs pas nouvelles, à quelques détails près, et surtout faire les réformes pour lesquelles il a été élu, dans la mesure où les conditions qu’il pose, soit acceptées. Pour les « créanciers », c’est évidemment un « niet » ! Eh bien, il y aura un autre « niet » qu’on écrit en grec « oxi »…

 

Nouvel appel au peuple

 

Alexis Tsipras est un fameux stratège.

Alexis Tsipras est un fameux stratège.

 

Alexis Tsipras s'est s'adressé mercredi 1er juillet après-midi à la Nation après la publication de nouvelles propositions de la Grèce à la Troïka. Il met les points sur les « i » : pas question de quitter la zone Euro, pas question de quitter l’Europe. En voici le texte :

 

« Le référendum de dimanche ne pose pas la question de l'appartenance de la Grèce à la zone euro. Après l'annonce du référendum, de meilleures propositions ont été formulées à propos de la restructuration de la dette. Lundi prochain, le gouvernement grec sera à la table des négociations, avec un meilleur mandat du peuple grec. Le verdict populaire est bien plus fort que la volonté d'un gouvernement.

 

Il est inacceptable que dans une Europe solidaire, on soit contraint de fermer les banques du fait d'avoir appelé le peuple à voter. Cela a gêné des milliers de personnes âgées, mais malgré l'asphyxie financière, le gouvernement garantit leurs retraites. Ces derniers mois, nous avons négocié avec acharnement pour défendre vos retraites, protéger votre droit à une retraite décente. Vous avez fait l'objet d'un chantage au vote « Oui » à l'ensemble des mesures des « Institutions » qui ne comportent aucune solution de sortie de crise.

 

Le « Non » n'est pas juste un slogan. C'est un pas décisif pour un meilleur accord.

 

Le « Non » ne signifie pas rompre avec l'Europe, mais au contraire revenir aux valeurs européennes.

 

Le « Non » signifie une forte pression. Pour un accord socialement juste qui met la charge sur ceux qui peuvent l'assumer et non, encore une fois, sur les retraités et les travailleurs.

 

Il y a ceux qui disent que j'ai un plan caché, qu'avec un vote « Non », je vais faire sortir la Grèce de l'euro. Ils vous mentent. Ceux qui font ces déclarations aujourd'hui faisaient les mêmes hier. Ils ne servent pas le peuple européen. Ils voient l'Europe comme une union superficielle dont le FMI est le garrot. Ils ne sont pas les visionnaires dont l'Europe a besoin.

 

Je fais part de ma gratitude sincère au peuple grec pour son calme et sa retenue. Les salaires et les retraites sont garantis.

 

Les dépôts bancaires des citoyens qui ne retirent pas leur argent sont garantis. Tournons la page, maintenons la démocratie et nos convictions pour un meilleur accord. Nous le devons à nos parents, à nos enfants, à nous-mêmes. Dire "Non" ce dimanche est notre devoir historique. »

 

Tsipras veut la poursuite des négociations » et il n’est pas question d’une sortie de la zone euro ». Il sait que c’est difficile pour le peuple grec, mais il faut en sortir.

 

Tsipras a en outre tenu à rassurer le peuple grec sur l’avenir des salaires et des pensions.

 

Et il a rappelé le principe d’une Europe solidaire.

 

En définitive, n’est-ce pas ainsi qu’on construit une autre Europe ? Celle des peuples dans une « maison commune » de l’Atlantique à l’Oural ?

 

 

Pierre Verhas

 

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 15:43

 

Les organes de presse les plus déchaînés contre le référendum grec et le gouvernement Tsipras sont ceux qui se réclament de la gauche, le « Monde », « Libération », le « Guardian » en tête.

 

La palme revient à « Libé » (pour les intimes) ce 30 juin. Il faut dire que son correspondant, l’ineffable Jean Quatremer, ancien maoïste converti à l’ultralibéralisme pur et dur, mais ayant bien retenu les méthodes d’intox qu’il a apprises dans son jeune temps. Tout d’abord, il prétend que Tsipras a « interrompu les négociations » en décidant du référendum. Et il prétend que le Premier ministre grec a soumis le texte de la Troïka du jeudi 25 juin à l’avis du peuple et non celui du vendredi 26 juin qui, d’après Quatremer, est plus avantageux pour les Grecs.

 

Jean Quatremer : sous ses airs de gentil garçon se cache un redoutable propagandiste de l'ultralibéralisme.

Jean Quatremer : sous ses airs de gentil garçon se cache un redoutable propagandiste de l'ultralibéralisme.

 

Il va même jusqu’à affirmer que Tsipras a refusé « les coupes dans le budget militaire elles aussi demandées par le groupe de Bruxelles [autre nom de la Troïka] ». Or, il n’a jamais été question de cela !

 

Or, c’est dans la nuit du vendredi 26 au samedi 27 juin que Tsipras a annoncé le référendum. Premier mensonge.

 

D’autre part, ici, il s’agit de mauvaise foi, le brillant correspondant n’a manifestement pas lu le discours de Tsipras – ou n’en a pas tenu compte : « Après cinq mois de négociations, nos partenaires en sont venus à nous poser un ultimatum, ce qui contrevient aux principes de l’UE et sape la relance de la société et de l’économie grecque. Ces propositions violent absolument les acquis européens. Leur but est l’humiliation de tout un peuple, et elles manifestent avant tout l’obsession du FMI pour une politique d’extrême austérité. »

 

C’est clair : c’est le FMI qui a fait tout capoter. Plusieurs commentateurs et responsables politiques l’ont dit. L’ancien président de la BEI (Banque Européenne d’Investissement), Philippe Maystadt, l’a affirmé également : c’est le FMI qui, avec ses exigences inacceptables pour le gouvernement d’Athènes, a fait capoter la négociation. Quatremer n’est sans doute pas au courant, parce qu’il ne dit mot là-dessus…

 

Christine Lagarde n'a pas les mains libres étant candidate à sa propre succession.

Christine Lagarde n'a pas les mains libres étant candidate à sa propre succession.

 

Il y a d’ailleurs une raison à cette intransigeance de Chritine Lagarde. Le FMI est une institution mondiale et bien des pays – dont le Brésil – qui ont subi les catastrophiques diktat de cet organisme, voient d’un mauvais œil un « traitement de faveur » à l’égard de la Grèce, par-dessus le marché, pays européen. Et comme la grande Christine est candidate à un second mandat…

 

Et notre honorable correspondant va jusqu’à dire – en jouant ici la « voix de son maître » - qu’en cas de victoire du non, « le seul plan B, c’est le « Grexit » et les partenaires d’Athènes ont tenu à faire passer le message. » En effet, les déclarations guerrières de Junker et de Merkel vont dans ce sens. On dramatise. La chancelière allemande et le président de la Commission pénètrent dans la campagne, ce qui réjouit Jean Quatremer : « Manifestement, la Commission, mais aussi les Etats- membres, ont décidé de faire campagne et de ne pas laisser les mains libres à Alexis Tsipras, qui joue à pile ou face avec l’avenir de la zone euro. »

 

Laurent Joffrin, directeur de "Libération" est un virtuose de la pensée unique en plus d'être un amateur de... Napoléon !

Laurent Joffrin, directeur de "Libération" est un virtuose de la pensée unique en plus d'être un amateur de... Napoléon !

 

Et Laurent Joffrin, le directeur de « Libé », en rajoute une couche dans son éditorial : « … l’Europe avait commencé d’assouplir sa position, sous l’influence de la France notamment. Elle était prête à accepter le maintien des retraites ou à aborder le difficile dossier de la réduction des retraites. C’est le moment qu’a choisi Alexis Tsipras pour rompre la discussion… » Et, bien entendu, il faut salir Tsipras : « … Tsipras a-t-il cédé à la pression des antieuropéens de sa majorité qu’il s’agisse de ses alliés d’extrême-droite ou de la partie la plus radicale de son parti ? On se prend à douter. ». Ses « alliés » sont de droite, certes, mais démocrates et souverainistes. On voit poindre là l’innommable « populisme » qui est le pire fléau de notre temps !

 

Un autre fait – là, Quatremer fait preuve d’un peu de prudence, puisqu’il n’en parle pas – c’est la soi-disant rupture des négociations à l’Eurogroupe de samedi 27 juin par Yanis Varoufakis. C’est exactement l’inverse qui s’est passé.

 

George Katougralos, ministre Syriza de la Réforme, remet les montres à l'heure.

George Katougralos, ministre Syriza de la Réforme, remet les montres à l'heure.

 

Dans le même « Libération » (heureusement qu’il y en a qui font encore du journalisme dans cette rédaction), une interview de George Katrougalos, ministre Syriza de la Réforme répond à la question de savoir si, comme ils l’ont déclaré, Hollande et Merkel, lors des dernières négociations, n’avaient pas abordé la question de la baisse des retraites et avaient commencé à discuter de la dette. Le ministre répond : « … je suis contraint de vous dire que c’est faux. D’ailleurs Nikos Pappàs (bras droit de Tsipras qui participait aux négociations) a mis les documents photographiés des dernières propositions des créanciers sur son compte Twitter. Tout le monde peut aller vérifier. À aucun moment des discussions ils n’ont voulu envisager réaménagement de la dette… » Et un mensonge de plus, un !

 

Quant à l’Eurogroupe, Katrougalos répond : « D’ailleurs au lendemain de l’annonce du référendum, Yanis Varoufakis est venu à l’Eurogroupe de samedi. On lui a demandé de quitter la salle. Mais ça aussi, ils disent que c’est faux et que c’est Varoufakis qui a choisi de partir. Franchement, c’est facile de vérifier. Varoufakis s’en est plaint publiquement alors qu’il était encore à Bruxelles et a même contesté la validité légale de cette décision de Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe. On lui a répondu que l’Eurogroupe était un groupe informel où il n’y avait pas de règles de procédures. » Ben tiens !

 

Ils mentent, on le sait, mais en plus, ils mentent mal ! En d’autres termes, c’est la panique.

 

Ces Messieurs dames détestent le suspense.

 

Plus que cinq jours avant la vérité.

 

 

Pierre Verhas

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