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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 09:04

 

 

 

À défaut d’autorité, les hommes politiques en vue pratiquent l’autoritarisme. Cette tendance ne fait d’ailleurs que s’accroître et ce, au détriment des institutions démocratiques.

 

 

Les détenteurs du pouvoir ont de plus en plus tendance à dribbler les institutions chargée du contrôle de la légalité, de la régularité, de la fiscalité. Au contraire, ils tentent de les museler ou de les détourner de leurs fonctions. Ainsi, la Cour des comptes française devient une sorte de gardien des dogmes ultralibéraux. Son premier président « socialiste » ne cesse de proposer des solutions allant dans le sens de l’économie de l’offre et de la privatisation. En Belgique, la Cour des comptes a moins de pouvoir de contrôle, mais il faut reconnaître qu’elle parvient encore à dénoncer les dérives des institutions qu’elle contrôle en publiant de temps à autre des rapports au vitriol. La section administration du Conseil d’Etat belge a été également réduite à sa plus simple expression. Sur le plan de la fiscalité, l’Inspection spéciale des impôts et le Parquet financier sont quasi exsangues, car, au nom de la sacro-sainte austérité, le gouvernement leur a retiré des moyens essentiels. Pourtant, ce ne sont pas les « affaires » qui manquent…

 

 

Bref, le pouvoir tente de se débarrasser de ses contre-pouvoirs institutionnels et ce, depuis longtemps.

 

 

Mais certains hommes politiques vont plus loin. C’est le Parlement qui est visé. Prenons deux exemples : le candidat aux élections présidentielles françaises et ancien ministre du gouvernement de Manuel Valls, Emmanuel Macron et le président de l’Eurozone, ministre des Finances des Pays Bas, Jeroen Djisselnloem.

 

 

Lisons ce que la journaliste américaine Diana Johnstone écrit sur de Macron (site le « Grand soir »). On comprend mieux la dangerosité du personnage :

 

 

 

Emmanuel Macron : la tentation totalitaire

Emmanuel Macron : la tentation totalitaire

 

 

 

« Il suffit de regarder les couvertures des magazines pour saisir le rôle de Macron dans l’élection actuelle. Son joli minois accompagne une pléthore d’articles triviaux qui célèbrent le Wunderkind comme une vedette du show business. En janvier, la magazine Foreign Policy présentait Macron au public étasunien comme « le politicien français anglophone et germanophile que l’Europe attend ».

 

Son parcours professionnel ne laisse aucun doute sur les raisons pour lesquelles les médias apprivoisés perçoivent dans cet Emmanuel-là le Messie de la croissance.

 

Né à Amiens il y a 39 ans, Emmanuel Macron a passé une grande partie de sa vie à l’école. Comme la plupart des dirigeants français, Macron a accumulé des diplômes prestigieux. Il a raté l’ENS (Ecole Normale Supérieure) mais a fait Sciences Po et l’ENA, et fut admis en 2004 à l’Inspection Générale des Finances. A l’IGF il s’est fait remarquer par un homme d’influence, Jean-Pierre Jouyet, qui l’a recommandé à Jacques Attali, le plus spectaculaire des gourous de haut niveau, qui, depuis 35 ans, régale les dirigeants de ses visions futuristes (…). En 2007, Attal a coopté Macron dans sa prestigieuse « Commission pour la libération de la croissance française », chargée par le Président de la République de formuler des recommandations afin de relancer la croissance économique en France.

 

L’objectif principal de ce cénacle de grands patrons était d’ « instaurer une nouvelle gouvernance au service de la croissance ».

 

Inutile de souligner que les 40 membres de la commission représentaient les intérêts du grand capital, et pas seulement le capital français. Parmi les voisins invités à formuler la liste de 316 propositions pour remodeler la France se trouvaient la Deutsche Bank et Nestlé. Tout ce beau monde légua au jeune Macron un carnet d’adresses bien rempli.

 

En 2008, sur recommandation d’Attali, Macron est passé à la Banque Rothschild, où il est rapidement devenu millionnaire, grâce à sa commission sur un achat par Nestlé d’un montant de neuf milliards de dollars.

 

Comment expliquer une ascension digne d’un roman de Balzac ? Il était « impressionnant » se souvient Attali. Emmanuel « était très habile, extrêmement apprécié de tous les membres de la commission. Il n’a contrarié personne et s’est créé des relations personnelles et, pour un gamin de cet âge, arriver immédiatement à être visible par 40 personnes puissantes, influentes et qui jugent, c’est un accélérateur de carrière extraordinaire. »

 

Voilà le mot clé de l’ascension sociale : les « relations ».

 

Alain Minc, un autre bon connaisseur des réseaux du pouvoir, commente la réussite de Macron en expliquant qu’un banquier d’affaires doit être intelligent, souple, rapide et charmant – qualités nécessaires pour « un métier de pute ».

 

Macron exprime sa sagesse en petites phrases.

 

« Il faut des jeunes qui aient envie de devenir milliardaires. »

 

Ou bien :

 

« On se fout des programmes ! Ce qui compte c’est la vision ! »

 

Il est clair qu’il possède une vision parfaite des sommets. »

 

 

« On se fout des programmes… ». Cela est sans doute son point faible.

 

 

Le gouvernement 49-3

 

 

C’est donc un cas, le Macron, nommé dès l’élection de François Hollande, conseiller spécial à l’Elysée et puis ministre de l’Economie à la place d’Arnaud Montebourg considéré comme trop à gauche, Emmanuel Macron, qu’on le veuille ou non, est apparu comme l’homme des banques au sein du pouvoir socialiste français. Et, semble-t-il, les banques s’accommodant mal de critiques et contestations, le nouveau ministre a fait sortir deux lois – les lois Macron I et II – au forceps en usant du fameux article 49-3 de la Constitution française.

 

 

Quel est exactement ce fameux 49-3. Lisons le texte exact figurant dans la Constitution :

 

 

« Le premier ministre peut, après délibération du conseil des ministres, engager la responsabilité du gouvernement devant l’Assemblée nationale sur le vote d’un projet de loi de finance ou de financement de la Sécurité sociale. Dans ce cas, ce projet est considéré comme adopté, sauf si une motion de censure, déposée dans les vint-quatre heures qui suivent, est votée dans les conditions prévues à l’alinéa précédent. Le premier ministre peut, en outre, recourir à cette procédure pour un autre projet ou une proposition de loi par session. »

 

 

En clair, le conseil des ministres peut décider seul de l’adoption d’une loi sans passer par le Parlement, mais seulement une fois par session parlementaire pour un autre projet de loi.

 

 

C’est donc un aveu de faiblesse du gouvernement ou c’est tout simplement un mode de gouvernement. Il suffit qu’il use du 49-3 sur des lois « fourre-tout » comme le sont les lois Macron I et II, une fois par session et il évite ainsi que toute sa politique économique et sociale soit débattue au Parlement. Une troisième loi – et pas n’importe laquelle – est passée via le 49-3, c’est la loi « Travail » ou loi dite El Khomri du nom de la ministre française du Travail qui, en réalité, a été inspirée par l’omniprésent Emmanuel Macron.

 

 

Hollande, dans sa campagne de 2012 avait proclamé que « le 49-3 est un déni de démocratie »… On sait ce qu’il en est advenu.

 

 

Macron, lui, est plus direct dans la campagne présidentielle. Dans une interview accordée au « Monde » du 4 avril 2017, la question posée est :

 

 

« Si vous êtes élus, vous dites vouloir une majorité absolue au Parlement et refuser par avance tout accord d’appareil. N’est-ce pas trop orgueilleux ?

 

 

Réponse : « Non, c’est une condition d’efficacité. (…) Je souhaite une alternance profonde sur le fond comme sur la méthode, avec une orientation politique claire et une majorité politique cohérente. » Et puis, le petit couplet gaulliste : « Nos institutions sont ainsi faites que la présidentielle donne le cap. Nous ne sommes pas un régime parlementaire. »

 

 

Que se passera-t-il si Macron n’a pas de majorité ? Il élude la question. Et il ajoute : « Si les Français veulent ce changement, ils voteront pour moi et le confirmeront aux législatives. » Ben tiens !

 

 

Enfin, vient l’intention. « Quelles que soient les situations politiques, notre Constitution a mis en place un parlementarisme raisonné. Prenez l’exemple de 1988-1993. Beaucoup de choses ont été décidées et votées. C’est pour cela que Michel Rocard a autant utilisé le fameux 49-3. »

 

 

Alors, Emmanuel Macron gouvernera-t-il avec le 49-3 ? « J’assume les instruments qui ont été prévus par la Constitution de 1958. »

 

 

 

Le Parlement mis hors jeu

 

 

 

Les choses sont donc claires. Laissons à Emmanuel Macron le mérite de l’affirmer avec sincérité. Il gouvernera par décrets et mettra, si nécessaire, le Parlement entre parenthèses. Ce n’est pas l’esprit de la Constitution de 1958 qui ne voulait pas qu’un des pouvoirs bloque les deux autres et qui voulait éliminer ce que de Gaulle a appelé le « régime des partis ».

 

 

Macron est un homme dangereux...

 

 

Ici, Macron veut qu’une caste gouverne et qu’il n’y ait pas d’opposition « par souci d’efficacité ». Cela n’est pas du tout pareil. C’est en réalité mettre le politique et ses institutions à la botte du seul Capital. Voilà le programme de Macron. Des journalistes s’en rendent d’ailleurs compte et n’hésitent pas à dire que l’ex ministre de Hollande est un homme dangereux.

 

 

À Marseille, des électeurs ont quitté son meeting parce qu’ils estimaient qu’il ne leur vendait que du « vent ». Oui et c’est un vent mauvais : celui de l’exploitation, celui du pouvoir absolu des entreprises transnationales dont le candidat chouchou des grands médias n’est que le pâle servant.

 

 

Et un servant ne peut que faire le lit de la dictature.

 

 

L’autre apprenti dictateur : Jeroen Djisselbloem, le ministre des Finances social-démocrate des Pays-Bas et jusqu’à présent, président de l’Eurogroupe, l’homme qui a mis la Grèce à genou en bon serviteur de l’ordolibéralisme germanique de Herr Dr Schläube.

 

 

 

 

Jeroen Djisselbloem doit souvent réajuster sa cravate face aux critiques de plus en plus nombreuses, jusque dans son propre camp.

Jeroen Djisselbloem doit souvent réajuster sa cravate face aux critiques de plus en plus nombreuses, jusque dans son propre camp.

 

 

 

Ce personnage porte de lourdes responsabilités dans la déliquescence de la Grèce voulue et menée par la fameuse Troïka. Il a fait preuve, à l’occasion, d’un zèle inégalé au point qu’il a à un moment interdit au ministre grec des Finances de l’époque de siéger à l’Eurogroupe qui rassemble les 19 pays membres de la zone Euro, dont la Grèce.

 

 

Rappelons-nous la parole de Jean-Claude Juncker lorsqu’il prit la tête de la Commission européenne : « Il n’y a pas de démocratie en dehors des Traités. ». Or, l’Eurogroupe n’est pas prévu par les sacro-saints Traités, mais est doté d’un pouvoir énorme puisqu’il rassemble tous les « grands argentiers » de la zone Euro. Et comme chacun sait, certain – le sympathique Wolfgang Schäuble – est plus égal que les autres… Pas étonnant que le charmant Jeroen Djisselbloem le suit comme un petit chien…

 

Mais, fort de ce soutien, se croyant intouchable, notre Jeroen n’a pas jugé digne de répondre à une convocation du Parlement européen. En effet, dans une interview au Frankfurter Algemeine Zeitung, l’organe quasi officiel de l’establishment allemand, il avait fait des déclarations pour le moins peu amènes à l’égard des Européens du Sud :

 

 

« En tant que social-démocrate, je regarde la solidarité [avec les pays en crise] comme essentielle. Toutefois, celui qui exige cette solidarité a également des obligations. Je ne peux pas gaspiller tout mon argent dans l’alcool et avec les femmes et venir ensuite vous demander votre aide. »

 

 

 

L’Eurogroupe échappe à tout contrôle.

 

 

 

Tollé évidemment, mais Djisselbloem s’en moque. Son mandat court jusqu’en 2018 bien qu’il ne sera certainement plus ministre des Finances dans le prochain gouvernement des Pays-Bas, son parti, le PvdA (Parti du travail social-démocrate à ne pas confondre avec le PTB –PVDA belge…), ayant subi une raclée aux dernières élections ne représentant plus que 5,7 % de l’électorat batave. Drôle de conception de la démocratie dans les institutions européennes…

 

 

Le comble : Djisselbloem a été invité au Parlement européen à expliquer sa politique à l’égard des pays du Sud de l’Europe. Bien sûr ses déclarations auraient été évoquées. Cependant, il n’a rien trouvé de mieux de répondre au président de l’Assemblée européenne qu’il ne pouvait s’y rendre pour des… questions d’agenda !

 

 

Dans son article sur cet incident, Ludovic Lamant, le correspondant de « Mediapart » auprès des institutions européennes, explique :

 

 

« Comme le rappelle Politico mardi, le président de l’Eurogroupe a tout à fait le droit de ne pas se présenter devant le parlement européen, puisque l’Eurogroupe est une structure informelle qui émane du conseil européen (l’institution qui représente les États membres à Bruxelles). À l’inverse, par exemple, du président de la Banque centrale européenne (BCE) qui, lui, est contraint de rendre des comptes aux députés, qu’il le souhaite ou pas. »

 

 

En effet, l’Eurogroupe n’étant pas prévu par les fameux Traités, il n’est donc pas tenu à faire rapport au Parlement européen. Cela signifie qu’un des plus importants centres de décision européens échappe à tout contrôle. Rappelons que l’Eurogroupe décide de la politique monétaire de la zone Euro.

 

 

Alors, M. Juncker, comme il n’existe pas de démocratie en dehors des Traités, l’Eurogroupe est donc antidémocratique. Pour une fois, vous auriez raison ! Mais on ne vous entend pas à ce sujet…

 

 

Qu’il s’agisse d’Emmanuel Macron, de Jeroen Djisselbloem et d’autres, on voit poindre une orientation manifeste vers le totalitarisme, que ce soit au sein de l’Union européenne ou dans des Etats-membres. C’est un totalitarisme sans « homme providentiel », mais avec des servants de la politique financière des entreprises transnationales. Et les responsables des contre-pouvoirs et des corps intermédiaires sont bien timides face à cette dangereuse dérive.

 

Dans l'introduction à son dernier ouvrage « Se débarrasser du capitalisme est une question de survie », Paul Jorion avertit :

 

« L'irritation est à son comble face au manque de direction devenu criant au sommet, les élites autoproclamées se révèlent soucieuses essentiellement de préserver à court terme les privilèges qu'elles se sont accordés. »

 

On ne peut être plus clair.

 

 

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 08:51

 

 

 

Les PS français et belge francophone sont pour beaucoup à l’agonie. Et pour bon nombre, toute la social-démocratie sinon la gauche démocratique sont en voie de disparition.

 

Les deux partis sont effectivement atteints de sclérose politique. Ils semblent tous deux incapables de tenir un discours crédible pour répondre aux défis de notre temps. Ils se sont tous deux volontairement coupés de leur base populaire. Ils sont emberlificotés dans des scandales divers. Et surtout, ils semblent ne plus avoir la capacité d’imposer une politique – particulièrement celle résultant de leurs promesses électorales.

 

L’aspect le plus sérieux du diagnostic est la perte de raison d’être des deux Partis : la défense et l’épanouissement de la classe des travailleurs et des allocataires sociaux.

 

Quelles sont les causes ?

 

Tout d’abord, il faut remonter l’histoire : 1989, la chute du Mur de Berlin et la fin des démocraties dites populaires et de l’Union Soviétique. La social-démocratie européenne n’a pas réussi à combler le vide laissé par la chute du communisme. Elle n’a pas représenté une force d’opposition au capitalisme, au contraire, avec la fameuse « troisième voie » de l’Anglais Tony Blair et de l’Allemand Gérard Schröder, elle a accompagné le néolibéralisme.

 

 

 

Tony Blair, avec sa "troisième voie", a plongé la social-démocratie dans le néolibéralisme.

Tony Blair, avec sa "troisième voie", a plongé la social-démocratie dans le néolibéralisme.

 

 

 

Dès lors, les partis socialistes ne représentaient plus une alternative au capitalisme libéral, mais se prétendaient être une sorte de modérateur, de gardien des « acquis sociaux ». Il a fallu vite déchanter : la « troisième voie » s’est avérée être un véritable moteur de la construction néolibérale. En définitive, les partis socialistes servaient à juguler d’éventuelles contestations populaires face à la destruction de l’Etat social. Surtout pendant ces dernières années, les sociaux-démocrates ont contribué au démantèlement de l’économie mixte et de la sécurité sociale. Ils ont voté les traités budgétaires européens et ont largement favorisé le capital au détriment du travail.

 

C’est ce qu’il s’est passé en Belgique avec le gouvernement Di Rupo et en France avec le désastreux quinquennat de François Hollande qui s’achève dans la confusion.

 

 

 

Elio Di Rupo et François Hollande ont plié face aux diktats de la politique de l'offre.

Elio Di Rupo et François Hollande ont plié face aux diktats de la politique de l'offre.

 

 

 

Le politologue Rémi Lefebvre a écrit dans le « Monde diplomatique » :

 

« Les défaites à toutes les élections intermédiaires n’ont en rien arrêté la fuite en avant libérale dont la « loi travail » marque l’apogée. Malgré la timide embellie de l’emploi, (…), la politique de l’offre engagée dès l’automne 2012 ne produit toujours pas de résultats. Pour valoriser l’action du gouvernement, que le peuple de gauche désavoue massivement, le PS reprend mot pour mot les éléments de langage de la droite en 2012 : la nécessité de la « réforme » s’est imposée pour « préserver le modèle social français ». « La politique de l’offre n’est ni de droite ni de gauche : elle est nécessaire », a pu déclarer M. Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement. Désormais, l’aversion suscitée dépasse de très loin les franges de la gauche radicale et la déception que provoque immanquablement l’exercice « réformiste » du pouvoir. Comment comprendre ce qui s’apparente à une autodestruction ? »

 

En clair, le PS, en Belgique et en France, a renoncé à être de gauche. Le ralliement enthousiaste à la « politique de l’offre », autrement dit au néolibéralisme, est désormais la marque des reliquats de la social-démocratie en Europe. En Allemagne, le puissant SPD a pris cette voie depuis longtemps, notamment avec les réformes de Gérard Schröder. En Grande Bretagne, le parti travailliste est divisé entre la « troisième voie » blairiste et le retour au socialisme de Jeremy Corbyn qui a été terriblement affaibli suite au « Brexit » que, cependant, il combattait.

 

La Grèce a vu la disparition du PASOK, en Espagne, le PSOE parvient péniblement à se maintenir au-dessus de Podemos.

 

 

 

L’exemple portugais

 

 

Au Portugal, la situation est différente : la gauche est au pouvoir depuis avril 2015, mais un pouvoir pour le moins original. Il s’agit d’un accord entre le PS, le Parti communiste et le « Bloc des gauches », mais seul le PS est au gouvernement, formant ainsi une majorité parlementaire avec les deux autres partis.

 

L’élection en janvier 2016 du président conservateur Rebelo de Sousa a fragilisé ce nouveau pouvoir avec l’aide en coulisse de la Commission européenne, la Troïka voulant mettre la main sur le Portugal comme elle le fit en Grèce. Le gouvernement s’est quand-même maintenu jusqu’aujourd’hui et procède à une série de réformes progressistes qui ne vont pas dans le sens de la politique d’austérité de l’Union européenne. Néanmoins, ce pouvoir reste fragile. Il est à la merci de la moindre crise. Il a d’ailleurs failli tomber à l’occasion de divergences entre les trois partis au sujet de l’ancienne colonie portugaise, l’Angola.

 

Cependant, l’exemple portugais montre qu’il y a des alternatives possibles. La gauche démocratique ne se cantonne plus à un seul parti dominant. Elle est plurielle et se doit de trouver un tronc commun. Mais, il ne s’agit que d’un cas sur l’ensemble des pays de l’Union européenne et bien du chemin reste à parcourir.

 

 

Les partis socialistes ont changé de nature.

 

 

Que ce soit pour la Belgique francophone ou pour la France, les Partis socialistes ont profondément changé de nature. Les congrès où l’on brandit une rose en chantant l’Internationale ne font plus illusion. Les deux partis sont devenus des machineries électorales destinées à se maintenir au pouvoir à tout prix. Cependant, cette machinerie ne fonctionne plus. Le PS français qui détenait tous les leviers de pouvoir après l’élection de François Hollande en 2012, les a perdus lors des élections intermédiaires au point qu’il n’était plus question qu’il se présente pour un deuxième mandat sachant qu’il touchait le fond.

 

 

Du côté du PS francophone belge, jusqu’à présent, les pertes électorales sont limitées. Cependant, il chute dangereusement dans les sondages à cause, bien sûr, du scandale Publifin, mais aussi de la montée du Parti du Travail de Belgique (PTB), parti d’origine maoïste qui a réussi à s’implanter sur le terrain délaissé par les Socialistes, notamment dans les Maisons médicales et à assurer une présence visible au Parlement grâce entre autres à un de ses députés, Raoul Hedebouw, qui a de grands talents de tribun et qui est devenu une vedette des médias.

 

 

S’il y a manifestement un transfert de l’électorat traditionnel du PS vers le PTB, ce n’est pas par « populisme » comme le prétend un Di Rupo, mais parce qu’il y a une demande de politique de gauche pour une grande partie de la population.

 

 

L’historien André Burguière rappelle dans « Libération » du 31 mars 2017 :

 

« Quand la gauche semble admettre la réalité, ou ce que l’on appelle la réalité, elle n’est plus à sa place. Au fond, l’une des raisons essentielles de la possible disparition de la gauche, c’est qu’elle n’a jamais su se remettre conceptuellement et politiquement de la chute du mur de Berlin. Elle n’a pas su non plus se reconstruire après l’effondrement de ce que l’on a appelé «le marxisme réel». Nous ressentons encore les répercussions de la disparition de la société soviétique, pour aller vite. Depuis le début des années 80, le marxisme était largement discrédité, désacralisé. Le soutien aveugle d’une partie du prolétariat européen à l’égard de l’URSS avait disparu, il n’y avait plus que Georges Marchais pour en dresser «un bilan globalement positif». Mais, jusque-là, le Parti communiste portait une croyance. Ça ne veut pas dire qu’il y avait une réalité derrière, mais ça permettait d’exister contre ce qui se passait «chez nous». Il fallait cette menace pour contrer le patronat dans les années 50 et 60. Très généralement, ce qui a longtemps subsisté, c’est que le social est autre chose que l’individuel, il implique du collectif. Ce qui est tombé avec le mur de Berlin, c’est la perspective politique. (…) Les ouvriers français n’avaient aucune envie d’aller vivre en URSS, mais ils s’en servaient pour faire peur au patronat. C’était un point d’appui dans les revendications. Il n’y a donc plus eu l’espoir d’un changement radical. La gauche française s’est retrouvée orpheline d’un modèle alors même qu’elle n’a jamais su ou pu s’accrocher à la social-démocratie, telle l’alliance des gauches politique et syndicale en Allemagne, dans les pays scandinaves, au Royaume-Uni d’avant Thatcher ou aux Pays-Bas. Cela n’a jamais existé en France. Les syndicats étant désormais plus faibles que les partis, c’est une perspective sur laquelle il ne faut pas compter. »

 

 

 

Le rôle des « think tanks »

 

 

 

Burguière ne dit pas que la démarche « réaliste », c’est-à-dire accepter la politique néolibérale,  a été souhaitée par une partie des dirigeants de gauche dès le début des années 1980. A Paris, en 1982, sous l’impulsion du sociologue Pierre Rosanvallon, auteur du premier ouvrage critiquant l’Etat social « La crise de l’Etat providence » et de l’historien ex-communiste François Furet est créée la Fondation Saint-Simon qui est ce qu’on appelle aujourd’hui un think tank rassemblant des gens de gauche, des industriels, des dirigeants de droite, afin de trouver des convergences. Et ces convergences, c’est une adhésion pure et simple aux thèses néolibérales. La Fondation Saint-Simon que ses adversaires appelaient le « cercle de la pensée unique »  a été dissoute en 1999.

 

 

Lui a succédé en 2008 un autre think tank proche du PS, « Terra nova ». Il a prôné un changement de paradigme pour le PS. Au lieu de s’appuyer sur les classes populaires qui constituent sont électorat traditionnel, il faut prendre en main les questions sociétales (reconnaissance des droits des homosexuels, revendications féministes, dépénalisation des stupéfiants, etc.). Si certaines questions sociétales devaient être résolues dans un sens progressiste, ce n’est pas au prix de l’abandon de l’Etat social.

 

 

C’est pourtant exactement ce qu’il s’est passé. Le « mariage pour tous » a été adopté sans peine, mais a réveillé une droite catholique intégriste qui constitue d’ailleurs le gros des troupes du candidat républicain François Fillon. D’autre part, le pouvoir socialiste s’est attaqué aux acquis sociaux d’une manière particulièrement agressive. Les lois Macron I et II qui sont passées en force par l’utilisation du fameux article 49-3 qui permet de « dribbler » le Parlement, sont en fait des lois de dérégulation sociale. Elle fut suivie par la fameuse loi El Khomri de détricotage du code du travail qui consiste en un contrôle total des entreprises sur les négociations sociales. Malgré la forte contestation syndicale menée par la CGT, elle passa également en force.

 

 

 

 

 

 

Emmanuel Macron a faussé le jeu.

Emmanuel Macron a faussé le jeu.

 

 

 

Le résultat est évidemment désastreux : la gauche française est en pleine déliquescence. Le PS est en voie d’implosion suite aux catastrophiques primaires et suite à la candidature de Macron. Mélenchon rassemble les mécontents, mais n’a en réalité ni réelle base populaire, ni programme crédible, même si – incontestablement – il fera un « score » . Les communistes sont en voie de disparition et les écologistes sont évaporés…

 

 

En Belgique, la situation est un rien meilleure, mais n’est pas loin du point de non retour. Le PS est emberlificoté dans le scandale Publifin. En plus de l’affaire elle-même, le manque évident d’autorité du président Di Rupo et de son premier cercle sur l’ensemble du Parti et particulièrement sur la Fédération de Liège, est le signe d’une grave faiblesse qui coûtera très cher aux Socialistes wallons et bruxellois.

 

 

Tout se passe, aussi bien chez les Socialistes français et les belges, comme si leurs états-majors étaient coupés de la réalité : Cambadélis et Di Rupo ont bien des points communs dans leur manque d’appréhension des choses.

 

 

 

 

 

Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS français, a bien des points communs avec Elio Di Rupo, président du PS belge.

Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS français, a bien des points communs avec Elio Di Rupo, président du PS belge.

 

 

 

En Wallonie, un seul fait preuve de vitalité : Paul Magnette. Il a acquis une stature internationale en s’opposant fermement, comme ministre-président wallon, au CETA et avec une intelligence politique certaine et montre, en tant que bourgmestre, un grand dynamisme dans la rénovation de sa ville, Charleroi qui a enfin retrouvé une image de dynamisme qu’elle avait perdue depuis longtemps. Mais, Magnette parviendra-t-il à surmonter la crise du PS ?

 

 

Nul ne peut sérieusement prévoir le résultat des prochaines élections françaises. Tout le monde voit Le Pen au second tour et Macron élu président. Rien n’est moins sûr. Nul ne peut dire comment le PS francophone belge se dépêtrera de l’affaire Publifin. La véritable question est : une structure comme le Parti Socialiste a-t-elle encore un avenir, voire même une utilité ?

 

 

La social-démocratie elle-même est-elle une pensée politique porteuse ? On peut en douter. D’autres manières de voir apparaissent. Les unes sont bonnes, les autres non. Il n’y a pas encore une cohérence entre elles. Mais, il est évident que quelque-chose est en train de naître.

 

 

De nouveaux chantiers s’ouvrent, comme, par exemple, celui de l’allocation universelle qui est à débattre. Le revenu de base doit en effet s’inscrire dans un système global s’il ne veut être un gadget qui conviendrait très bien aux néolibéraux qui, eux, ne manquent pas d’idées.

 

 

On oublie aussi les organisations sociales comme les syndicats et les mutuelles qui sont aussi en pleine mutation et qui subissent de plein fouet l’offensive ultralibérale.

 

 

Bref, il ne faut pas perdre espoir. La social-démocratie est une espèce non protégée en voie de disparition, mais prenons garde de casser le jouet et d’être totalement démuni.

 

 

Nous aurons l’occasion d’en parler, car une nouvelle cohérence doit voir le jour. C’est au programme et la saison ne fait que commencer. Ne la gâchons pas.

 

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 14:20

 

 

 

Cette fois-ci, les choses sont allées trop loin. On a tergiversé, temporisé, ergoté pendant des années pour éviter la rupture. On a avancé des demi-solutions basées sur des analyses faussées par le refus de constater la réalité sur le terrain. On s’aperçoit aujourd’hui qu’on ne peut plus reculer. La rupture est consommée.

 

 

 

Deux incidents ont provoqué le séisme tant redouté : une carte blanche sur le communautarisme de l’ancienne députée Ecolo et actuelle cheffe de groupe de ce parti dans l’opposition au conseil communal de Bruxelles-Ville, Marie Nagy et une déclaration à l’emporte-pièce sur les mosquées salafistes de la part du PS Yvan Mayeur, bourgmestre de la même Ville de Bruxelles.

 

 

 

 

Marie Nagy a le courage et l'intelligence de défendre la laïcité même contre son propre parti qui se prétendlui aussi laïque.

Marie Nagy a le courage et l'intelligence de défendre la laïcité même contre son propre parti qui se prétendlui aussi laïque.

 

 

 

Mayeur a déclaré que selon lui toutes les mosquées situées sur le territoire de la commune de Bruxelles-Ville sont salafistes. Le lendemain, il a quelque peu nuancé son propos en affirmant que tous les « musulmans ne sont pas salafistes. » Sur le fond, le premier magistrat de Bruxelles n’a pas tort : la plupart des mosquées sont salafistes, dont la première d’entre elles, celle du Cinquantenaire gérée par l’Arabie Saoudite. Mayeur propose que chaque mosquée soit gérée par une Fabrique d’Eglise comme les églises catholiques. Il s’agit d’un organisme réunissant des représentants de la commune concernée et les membres de la paroisse dont le rôle est d’assurer le financement de ce lieu de culte. Pour les mosquées, cela aurait un avantage, en ce sens que le représentant municipal pourrait contrôler ce qu’il se passe à la mosquée et le système de Fabrique d’Eglise assure la transparence dans la gestion financière.

 

 

 

 

Yvan Mayeur est dans le collimateur des islamistes après ses déclarations sur les mosquées salafistes.

Yvan Mayeur est dans le collimateur des islamistes après ses déclarations sur les mosquées salafistes.

 

 

 

Cependant, Laurette Onkelinx, présidente de la Fédération bruxelloise du PS a fustigé les propos de Mayeur avec des mots très durs et il y risque d’y avoir un débat houleux à ce sujet qui pourrait déboucher sur une scission. De plus, le collectif contre l’islamophobie a déposé plainte contre le bourgmestre de Bruxelles pour propos islamophobes et a demandé au président Di Rupo de l’exclure du PS…

 

 

 

 

Du côté Ecolo, tout est parti d’une déclaration du député européen belge Ecolo Philippe Lamberts, par ailleurs un des meilleurs parlementaires de cette assemblée, qui proclama sa conviction religieuse et estimait dans une interview à l’hebdomadaire bruxellois Le Vif du 3 mars dernier qu’« En Europe, depuis les Lumières, le combat pour le libre-examen, pour la reconnaissance d’un être humain capable de penser par lui-même, a été un combat difficile contre le pouvoir des églises chrétiennes. Ce combat de la laïcité devait être mené. Mais je pense que c’est allé trop loin », sans par ailleurs préciser ce qu’il visait exactement. Il a ajouté qu’on ne pouvait cantonner la religion à la seule sphère privée.

 

 

 

 

 

Philippe Lamberts, député européen écolo, excellent parlementaire, ne cache pas ses convictions religieuses et estime que le combat laïque a été trop loin !

Philippe Lamberts, député européen écolo, excellent parlementaire, ne cache pas ses convictions religieuses et estime que le combat laïque a été trop loin !

 

 

 

 

Marie Nagy a réagi à cette déclaration dans une carte blanche au journal « Le Soir » daté du 21 mars, où elle fait part de son inquiétude devant l’évolution de son parti : « Cette tendance manifeste au retour du religieux dans l’espace public doit être confrontée à une approche qui cherche des solutions réelles aux défis de notre société. Veut-on faire d’Ecolo le nouveau porte-drapeau du « come back religieux » et, ce faisant, d’une approche communautariste, voire électoraliste de la politique ?

 

 

Dans le même ordre d’idées, l’évolution de mon groupe politique local m’inquiète. Sa position sur la neutralité et la laïcité dans les institutions prend une orientation qui ne me paraît pas être conforme aux valeurs défendues par Ecolo en vue de rendre possible le «vivre ensemble» dans le respect d’un socle commun. J’ai porté la question de la ligne politique d’Ecolo en la matière au niveau des instances fédérales sans obtenir à ce jour de réponse claire. Est-ce un débat qui fait peur ? »

 

 

« La neutralité et la laïcité visent à renforcer l’égalité… »

 

 

 

Rappelant son action : « La poursuite de l’égalité de traitement de tous les citoyens a toujours été l’un des piliers de mon action comme d’ailleurs des combats menés par Ecolo. En tant que parlementaire j’ai déposé ou cosigné des propositions de loi pour la régularisation des sans-papiers et pour le droit de vote des citoyens n’ayant pas la nationalité belge », Marie Nagy demande à son parti et aux autres formations démocratiques un débat pour clarifier les choses, car on n’hésite pas à affirmer que le combat laïque est discriminant à l’égard des musulmans. Et elle demande : « Ne devons-nous pas, au contraire, nous appliquer à faire de la pédagogie avec les citoyens et leur expliquer que la neutralité et la laïcité visent précisément à renforcer l’égalité et donner les mêmes chances à chacun ? Nous l’oublions trop souvent : c’est le fondement du principe de la séparation du religieux et de la gestion publique ! »

 

 

 

Horresco referens ! Après la publication de ce texte, la section locale de Bruxelles-Ville d’Ecolo se réunit d’urgence et les 12 membres présents (!) décident de retirer à Marie Nagy son mandat de cheffe de groupe et va jusqu’à demander son exclusion pure et simple du mouvement Ecolo !

 

 

 

Dans leur communiqué, les militants Ecolo parlent d’un conflit interne entre la locale et Marie Nagy et non d’un problème de fond sans préciser la nature dudit conflit qui aurait pour conséquence l'exclusion d'une militante historique de leur mouvement…

 

 

 

Sans prendre position sur ce fameux conflit, l’intellectuel bruxellois Henri Goldman, proche d’Ecolo, écrit sur son blog :

 

 

« Quand, en 1995, Marie Nagy a commencé sa carrière parlementaire ininterrompue depuis lors, la Région bruxelloise tardait à prendre corps et un mouvement urbain qui s’affirmait avait du mal à trouver des relais dans les assemblées. Sur ces deux terrains, elle fut créatrice et persévérante. Mais, au fil des années, une autre réalité a finit par émerger et par submerger tout le reste, et beaucoup ne l’ont pas vu venir. Cette ville, qui fut institutionnellement organisée sur base d’un mauvais compromis communautaire entre Flamands et francophones, dispose désormais d’une population qui n’a plus rien à voir avec ce schéma. En ce début de XXIe siècle, les deux « tribus belges » y sont devenues minoritaires tandis qu’une majorité de ses habitants est issue de l’immigration. Ceux-ci sont désormais des citoyens bruxellois à part entière qui souhaitent normalement peser sur l’organisation et l’image de leur cité, à égalité de droits et de devoirs. Beaucoup parmi eux se réclament de la religion musulmane. Dans une ville de vieille tradition libre-exaministe, cela n’est pas forcément facile à reconnaître et à accepter. Il y a du travail. »

 

 

La vieille tradition libre-exaministe

 

 

S’il est exact – et l’on s’en aperçoit quotidiennement – que les institutions régionales bruxelloises ne sont pas adaptées à la réalité sociologique de Bruxelles avec le poids de plus en plus important de sa population d’origine immigrée, ce n’est pas une raison pour renoncer aux principes fondamentaux que Goldman appelle la « vieille tradition libre-exaministe » !

 

 

Eh bien ! J’y tiens à la « vieille tradition libre-exaministe » et il y a des principes sur lesquels il n’est pas question de transiger : la liberté absolue de conscience et l’égalité hommes-femmes. Ces « fondamentaux » sont-ils incompatibles avec le fameux « Vivre ensemble » ? Non ! Bien au contraire. Ils en sont même la solution.

 

 

D’ailleurs, c’est précisément au nom de la liberté de conscience que je suis opposé à l’interdiction du foulard.

 

 

 

Quant à la religion et particulièrement la religion musulmane, parce que c’est bien sûr d’elle qu’il s’agit, Goldman écrit :

 

 

« La religion musulmane est un « fait culturel total » qui absorbe toutes les facettes de la vie sociale : se vêtir, se nourrir, se rencontrer. Bien malin qui pourrait, de l’extérieur, distinguer ce qui relève de la foi, de la tradition ou de normes sociales de comportement. Mais, « vu de l’intérieur », tout ceci est beaucoup plus fluide. Une sœur porte le foulard, l’autre pas et pourtant elles s’aiment, se comprennent et se soutiennent. »

 

 

Une fois de plus, c’est exact. Notons toutefois que les autres religions sont aussi un « fait culturel total ». Mais si ledit fait culturel impose de changer les règles de vie commune en société, il doit s’effacer devant la loi. Lorsque, par exemple, au nom de sa propre éthique, l’Eglise catholique en tant que telle fait pression sur le législateur pour qu’il n’adopte pas les projets de lois de dépénalisation de l’avortement, d’autorisation de l’euthanasie, du mariage homosexuel, etc., elle outrepasse son rôle. Lorsque la même Eglise ordonne via ses réseaux d’hôpitaux à des médecins de faire jouer la « clause de conscience » pour ne pas pratiquer l’IVG ou l’euthanasie, elle bafoue la loi au nom de ses propres règles. De même, quand certains imams prononcent dans les mosquées des prêches pour traquer les homosexuels, pour contraindre les femmes même non musulmanes à avoir une tenue « décente » dans l’espace public, pour interdire à des magasins d’alimentation de vendre des boissons alcoolisées, ils commettent de graves abus qui ne peuvent être tolérés.

 

 

La « question musulmane »

 

 

Mais où je ne suis plus Henri Goldman, c’est lorsqu’il écrit en conclusion de son article :

 

 

« Nous, Bruxellois, devrons tous apprendre à aborder la « question musulmane » de l’intérieur pour en saisir la finesse, sans trop se gargariser de quelques mots-valises mal définis, genre « neutralité » ou « laïcité ». Ceux qui resteront à distance, enfermés dans leur propre « entre-soi » et nourris de lectures parisiennes, auront forcément tout faux. Que cela nous plaise, nous déplaise ou nous indiffère, dans 20 ans, la moitié de la population bruxelloise aura quelque chose à voir avec l’islam par la généalogie, les références identitaires, la culture et/ou la religion… »

 

 

Il faut cesser de prendre la religion, qu’elle soit musulmane ou non, comme étant la principale dimension du problème et encore moins comme une solution. Le problème est avant tout la situation sociale de certaines communautés immigrées à Bruxelles. Cette situation sociale est due à plusieurs facteurs dont le premier est la crise qui a particulièrement frappé les couches les plus faibles de la société. Le second est politique : on a laissé ces communautés à l’abandon. On les a « ghettoïsées » dans certaines communes pour de sordides motifs électoraux et aussi parce qu’aucun politique à quelque niveau que ce soit ne savait quoi faire à ce sujet. Et c’est sur ce vide que l’islamisme s’est développé.

 

 

Il y eut à Molenbeek – la fameuse commune de Molenbeek ! – un bourgmestre qui a essayé : Philippe Moureaux que l’on accable aujourd’hui de tous les péchés, qu’on accuse même d’avoir été indirectement responsables des attentats terroristes de l’année dernière et de fin 2015.

 

 

 

Philippe Moureaux, ancien bourgmestre de Molenbeek, a commis la grave erreur de s'appuyer sur les mosquées.

Philippe Moureaux, ancien bourgmestre de Molenbeek, a commis la grave erreur de s'appuyer sur les mosquées.

 

 

 

 

À la fois par conviction politique et par calcul politique, Moureaux qui était aussi président de la Fédération bruxelloise du PS, a favorisé l’intégration des communautés issues de l’immigration dans sa commune et dans l’ensemble de la région bruxelloise. Il a également fait en sorte qu’ils puissent jouer un rôle politique en militant – comme, par ailleurs, des Ecolos comme Marie Nagy ou Zoé Genot – pour le droit de vote aux étrangers. Et ce fut en partie une réussite : aujourd’hui, de nombreux mandataires publics sont d’origine immigrée. Il y a même des ministres et des parlementaires de haut niveau.

 

 

Mais, chaque médaille a son revers. La politique de Moureaux a aussi favorisé la ghettoïsation. Il commit la grave erreur de s’appuyer sur les mosquées qu’il considérait comme des éléments modérateurs. Et ce fut la porte ouverte au salafisme et à sa domination sur un quartier de Molenbeek qui fut la base d’où partirent les jeunes djihadistes (on dit aujourd’hui les « radicalisés »…) pour la Syrie et où furent formés les commandos terroristes qui ensanglantèrent Paris le 13 novembre 2015 et Bruxelles le 22 mars 2016.

 

 

Et c’est entre autres parce qu’on a oublié à Molenbeek la neutralité et les principes de laïcité que cette terrible dérive s’est produite. Force aurait dû rester à la loi par la prévention et la répression des agissements islamistes. C’était possible et cela n’a pas été fait. L’école aurait pu reprendre en main les jeunes-gens afin de les intégrer dans le circuit de l’enseignement où les « imams de garage » n’ont pas la place. Mais, il n’y eut ni la volonté, ni les moyens pour ce faire.

 

 

La laïcité : est-ce ringard ?

 

 

La laïcité, n’en déplaise à Henri Goldman, n’est pas un enfermement dans un « entre-soi », sans quoi elle n’aurait aucun sens. Elle permet au contraire une ouverture sur le monde qui n’interdit en rien de pratiquer sa religion, à condition qu’on laisse se développer l’enseignement et que l’on permette à chacune et à chacun de vivre comme il ou elle l’entend.

 

 

Ce n’est pas en laissant tout le terrain à la religion que la société évoluera, bien au contraire, car, ainsi, ce sera la seule loi dictée par les imams qui s’imposera, comme c’est d’ailleurs déjà le cas à Molenbeek. Si « aborder la « question musulmane » de l’intérieur » amène à abandonner les principes de base de la vie sociale au profit de la loi religieuse, cela ne semble pas être la bonne recette…

 

 

Il n’y a pas une « question musulmane ». Il y a une situation sociale dramatique et la détresse qui en résulte est exploitée par des imams qui ne sont que les zélateurs d’une doctrine politico-religieuse mortifère issue des monarchies pétrolières de la péninsule arabique par ailleurs minoritaire dans le monde musulman, mais dotée de moyens considérables.

 

 

Va-t-on être complice de cela ? Croit-on vraiment que le sort des communautés issues de l’immigration en sera amélioré ?

 

 

Aussi, les vieux principes libre-exaministes doivent-ils reprendre force et vigueur, mais pour cela, au risque de me répéter, il faut du courage et de l’intelligence.

 

 

 

Pierre Verhas

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 18:18

 

 

 

Pays-Bas : redistribution des cartes

 

 

Chez nos voisins bataves, ce n’est pas la percée des « populistes » du faux blond aux idées noires, mais ce n’est pas la victoire de la démocratie « libérale » non plus. Certes, le PVV de Geert Wilders ne gagne « que » 5 sièges, alors que le VVD, le parti du Premier ministre Rutte en perd 9. Ce dernier reste le premier parti du royaume des Pays-Bas avec 34 sièges et le PVV est malgré tout le deuxième parti avec 20 sièges.

 

 

 

Geert Wilders, le faux blond aux idées noires, en débat avec le premier ministre hollandais, le très néolibéral Mark Rutte.

Geert Wilders, le faux blond aux idées noires, en débat avec le premier ministre hollandais, le très néolibéral Mark Rutte.

 

 

 

Quant aux sociaux-démocrates et aux chrétiens démocrates, ils sont laminés. Le SP (socialiste de gauche) a plus de sièges que le vieux PvdA (social-démocrate)…

 

 

Enfin, il y a la spectaculaire percée des écologistes de gauche (Groen links).

 

 

Pour former un gouvernement, Mark Rutte devra monter une coalition avec quatre partis, ce qui ne sera pas simple et cela n’augure pas d’un gouvernement stable, alors qu’il faudra prendre des positions claires sur des dossiers chauds comme l’Europe, les migrants, l’avenir économique et social, etc.

 

 

Que conclure de ce scrutin que l’on considérait « à risques » dans les chancelleries et dans les rédactions ?

 

 

En premier lieu, il y a une redistribution des cartes. Certes, les libéraux restent les plus forts, mais ils se tassent. L’extrême-droite progresse et s’installe durablement. La social-démocratie poursuit sa descente aux enfers et fait désormais partie des espèces politiques en voie de disparition, idem pour les chrétiens démocrates.

 

 

En second lieu, pendant plusieurs semaines, on n’a pas cessé de tirer la sonnette d’alarme sur la possibilité d’une victoire « éclatante » de Geert Wilders. Il fallait cependant faire un calcul simple : la différence entre les sièges du PVV (15) et ceux du VVD (41) était impossible à combler et les « populistes » n’auraient en aucun cas pu représenter une gêne pour Mark Rutte.

 

 

En troisième lieu, si les sociaux-démocrates s’effondrent, cela ne signifie pas que la gauche a disparu, bien au contraire. La gauche socialiste et les Ecolos de gauche font un score très honorable. La gauche change de nature et c’est une bonne chose.

 

 

Le néolibéralisme a donc pris un coup, mais n’a toujours pas ralenti sa marche.

 

 

 

Tous les regards se tournent vers la France.

 

 

Après les élections néerlandaises, ce sont les présidentielles les législatives françaises qui préoccupent l’opinion. On n’a jamais vu une élection présidentielle se présenter sous un pareil visage. Le vieux « clivage » gauche – droite semble avoir disparu. C’est une illusion d’optique : ici, les cartes ne sont pas redistribuées, elles sont brouillées.

 

 

C’est évidemment Emmanuel Macron qui brouille les cartes : l’énarque banquier qui se proclame « ni de droite ni de gauche », ou bien « de droite et de gauche ». Tout le monde le voit comme le prochain locataire de l’Elysée. Même Angela Merkel le reçoit comme s’il est le futur président. Attendons cependant ce qui se passera lors des prochaines élections.

 

 

 

Angela Merkel a reçu Emmanuel Macron à Berlin. L'ordolibéralisme allemand parie sur l'énarque banquier.

Angela Merkel a reçu Emmanuel Macron à Berlin. L'ordolibéralisme allemand parie sur l'énarque banquier.

 

 

 

Et peut-on concevoir une élection présidentielle en France sans scandales ? Non, évidemment. Mais, cette fois-ci, on se surpasse !

 

Les emplois fictifs chez Fillon et Le Pen, les costumes de Fillon, les soirées festives de Macron, le financement occulte de son mouvement émaillent cette élection atypique d’épisodes qui, en définitive, dépolitisent la campagne électorale.

 

 

 

 

François Fillon et Marine Le Pen ont bien des points communs : deux programmes aux relens pétainistes et xénophobes et objets de scandales politico-financiers...

François Fillon et Marine Le Pen ont bien des points communs : deux programmes aux relens pétainistes et xénophobes et objets de scandales politico-financiers...

 

 

 

Certes, il reste Hamon et Mélenchon, les deux candidats de gauche, qui se montrent dans l’incapacité de trouver un accord. Mélenchon reste animé par un ego à la limite de la caricature et Hamon, malgré sa victoire aux « primaires », n’arrive pas à s’imposer parmi les siens. En clair, l’unité de la gauche reste une illusion.

 

Or, tous les programmes, à l’exception de ceux de gauche, se résument à cinquante nuances de néolibéralisme.

 

Quant au « populisme », c’est-à-dire à Le Pen, contrairement à ce que l’on veut nous faire craindre, il est manifeste qu’il ne l’emportera pas, même si, comme aux Pays Bas, il confirmera sans nul doute son assise. Et n’oublions pas les relents pétainistes du camp Fillon. Notons que Fillon n’a pas dit son dernier mot et malgré ses « casseroles », il peut encore penser à se tailler un costume de président…

 

 

 

L’insupportable arrogance

 

 

 

L’affaire Publifin, Uranopole l’a déjà écrit, pourrait bien sonner le glas du PS francophone s’inscrivant ainsi dans la déliquescence générale de la social-démocratie en Europe occidentale. À cela, il faut ajouter les émoluments invraisemblables des dirigeants de la holding publique bruxelloise, la Société régionale d’investissement de Bruxelles, dont le patron est un membre éminent du PS.

 

 

Le Parlement wallon, suite à la pression de l’opinion publique, a bien été contraint de mettre sur pied une commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Publifin. Elle a auditionné plein de personnages mêlés à cette saga nauséabonde où s’entremêlent affairisme, magouille politique et système mafieux.

 

 

Des mandataires surpayés à ne rien faire, sans doute pour « la fermer », penauds et désemparés devant des parlementaires ahuris et surtout les deux « grands » patrons – parrains ? – du système, Stéphane Moreau et son égérie Bénédicte Bayer.

 

 

 

La directrice générale de Publifin Nethys, Bénédicte Bayer, devant la Commission : mépris et arrogance. C'est beau le socialisme alimentaire...

La directrice générale de Publifin Nethys, Bénédicte Bayer, devant la Commission : mépris et arrogance. C'est beau le socialisme alimentaire...

 

 

 

Cerise sur le gâteau : c’est tout un « système » PS qui est mis en pleine lumière, car, dans la pénombre, tout le monde savait et chacun se taisait. L’omerta politicienne comme avec le Kazakhgate qui touche, lui, la droite libérale.

 

 

Mais, ici, cela aura des conséquences politiques catastrophiques : le PS belge, parti d’une social-démocratie ayant viré au rose pâle, est lui aussi en pleine déliquescence. C’est donc la principale formation de gauche en Wallonie et à Bruxelles qui est touchée de plein fouet.

 

 

Alors, quelle gauche succédera ? Le PTB (extrême-gauche d’origine maoïste) est assuré de rassembler tous les déçus du PS et fera sans doute un score exceptionnel. Cette formation, vu les circonstances, changera-t-elle en sortant de son sectarisme et en clarifiant son positionnement politique ? Peut-être. Et sans doute faudra-t-il œuvrer pour que cela se fasse. Quant aux Ecolos, à l’exception de quelques mandataires comme Zoé Genot, ils ne parviennent pas à se dépêtrer de leur gangue centriste.

 

 

Et puis, comme cela a été écrit ici à plusieurs reprises, la renaissance de la gauche viendra de la base, c’est-à-dire des organisations syndicales et mutuellistes et aussi du mouvement des femmes.

 

 

Bref, il y a du pain sur la planche.

 

 

Populisme à tout va

 

 

L’épouvantail à la mode, c’est le « populisme ». Populisme est un mot poubelle, car on y fourre tout ce qu’on veut. Est « populiste » celui qu’on rejette : cela va de l’extrême-droite « classique » (Le Pen et consorts). Cela passe par des politiques non-conformistes refusant de s’inscrire dans le « système » comme le très original député béarnais Jean Lasalle qui a obtenu les 500 sésames pour se présenter à l’élection présidentielle et, ainsi, diffuser ses idées sur les grands médias. Et enfin, cela se termine à gauche avec le philosophe Jean-Claude Michéa, le candidat de « France insoumise », Jean-Luc Mélenchon.

 

 

 

 

Le "populiste" Jean-Luc Mélenchon est populaire. Il a réussi sa marche pour la 6e République.

Le "populiste" Jean-Luc Mélenchon est populaire. Il a réussi sa marche pour la 6e République.

 

 

 

Avouez que cela fait beaucoup de monde !

 

 

« Libération » avec son directeur Laurent Joffrin est le journal le plus prompt à dénicher les « populistes ». Une fois de plus, ces organes de presse de l’establishment bobo s’en donnent à cœur joie.

 

 

Dans une tribune intitulée « Impensable populisme de gauche » datée du 10 mars 2017, le journaliste Simon Blin commence à dresser une liste à droite (extrême) et à gauche et met tout ce monde dans le même sac : Frédéric Lordon, Mélenchon, Michéa, Jacques Julliard, Christophe Guilly qui « tous viennent de gauche » - Ah bon ! Ils n’appartiennent plus à la gauche ? Première nouvelle ! Et, bien entendu, il faut ajouter les personnalités xénophobes : Donald Trump, Geert Wilders, Viktor Orban, Nigel Farage, Erdogan et Marine Le Pen.

 

Il paraît que c’est très vilain de faire des amalgames ! Mais, assimiler tous ces leaders et penseurs de gauche à la fachosphère, non, c’est de l’analyse, ce n’est pas de l’amalgame !

 

Que reproche Blin à tout ce monde ? Etre anti-élite, anti « establishment », et ainsi nier la lutte des classes ! Alors, là, c’est le comble. M. Blin ferait bien de relire les écrits et les propos de Lordon, de Michéa, de Mélenchon, car il a certainement dû sauter quelques passages essentiels…

 

Et ce n’est pas tout : « Loin de combattre le modèle néolibéral, l’histoire montre que le populisme est, sinon l’ennemi direct de la gauche, au moins un de ses adversaires. »

 

 

Et dans la foulée, on reproche à Jean-Luc Mélenchon de chercher son inspiration chez les dirigeants anticapitalistes d’Amérique du Sud : Lula, Morales, Chavez, etc. qualifiés de « populistes de gauche ».

 

 

Blin s’attaque aussi à la philosophe belge Chantal Mouffe :

 

 

« Ces dernières années, les pays d’Europe occidentale ont connu des alternances, sans qu’on distingue bien les différences, en termes de politiques économiques notamment. Cette forme de régime gestionnaire mou aurait, selon Chantal Mouffe, annihilé tout espace de contestation politique. Tony Blair et sa troisième voie, Gerhard Schröder en Allemagne, José Luis Rodriguez Zapatero en Espagne, le Pasok en Grèce, etc. «Il est urgent de renouer avec une vision conflictuelle de la démocratie, déclare-t-elle à Libération. La politique consiste à établir une frontière entre un "nous" et un "eux", et tout ordre politique est fondé sur une certaine forme d’exclusion. La réflexion sur la démocratie doit reconnaître l’antagonisme.» Une politique du conflit qui privilégie donc la dualité entre les masses mouvantes et les institutions figées, entre «ceux d’en bas» et «ceux d’en haut», aux dépens même de la gauche. »

 

 

Il y a d’abord une contradiction : les soi-disant « populistes de gauche » nieraient la lutte des classes, mais ces méchants cocos veulent reproduire un espace de contestation, un terrain de lutte entre le peuple et l’establishment, surtout après le colossal échec de la social-démocratie et de sa « troisième voie » en Europe qui a ouvert un boulevard au néolibéralisme. Pourtant, ce combat ressemble fort à de la lutte des classes.

 

 

En réalité, c’est là le reproche qui va bien au-delà de la critique : les prétendus « populistes de gauche » combattent l’establishment, veulent redonner sa place au peuple. C’est évidemment intolérable pour les « bobos » en particulier qui ont le monopole de « la gauche », bien entendu !

 

 

Vous vous rendez compte : Ce serait une menace pour le « système » et ce serait la fin de la pensée unique.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 17:50

 

 

 

Depuis l’élection de l’infâme Donald Trump à la présidence des USA, c’est la panique dans les chancelleries européennes et dans les locaux de la Commission européenne et du tout nouveau bâtiment du Conseil de l’Union européenne.

 

Les relations pratiquement de vassal à suzerain entre l’Union européenne et les Etats-Unis sont désormais mises à mal par ce nouveau président atypique, à l’allure de brute, méprisant, misogyne et raciste qui souhaite une Amérique puissante, dominante et sans partenaires. Tout le monde s’accorde à dire que le nouveau locataire de la Maison Blanche est dangereux.

 

Cela dit, l’élection de Donald Trump a bouleversé la donne. On se trouve à un moment de rupture. Et pour comprendre cette rupture, il faut remonter l’histoire.

 

Pour bien appréhender cela, le correspondant à Bruxelles du quotidien français en ligne « Mediapart », Ludovic Lamant, a interviewé le politologue français Antonin Cohen, professeur à l’Université de Rennes, auteur d’un ouvrage intitulé De Vichy à la Communauté européenne, PUF, 2012. Le professeur Marc Olivier Baruch en a fait la recension dans CAIRN Info dont voici deux extraits :

 

 

 

Antonin Cohen, un politologue peu connu mais aux analyses fines et rigoureuses

Antonin Cohen, un politologue peu connu mais aux analyses fines et rigoureuses

 

 

 

« la matrice de la communauté telle que l’a méditée Vichy (à condition d’entendre par là non un régime – qui est, fût-ce à son corps défendant, d’abord étatiste – mais une tentative de penser le social) a enfanté la construction de l’Europe dont Monnet et Schuman furent les porte-drapeaux. Un des apports essentiels du travail d’A. Cohen, peu relevé jusque-là, réside dans sa capacité à nous proposer l’histoire, appelée à faire référence, du projet idéologique de Vichy. »

 

N’oublions pas que Robert Schuman fut ministre dans le premier gouvernement du Maréchal Pétain en 1940. Cohen situe la naissance non pas du projet européen mais de son concept à Vichy.

 

 

 

Jean Monnet et Robert Schuman, les fondateurs de l'Europe communautaire s'inspirant du corporatisme des vychissois.

Jean Monnet et Robert Schuman, les fondateurs de l'Europe communautaire s'inspirant du corporatisme des vychissois.

 

 

 

Et il y a un lien très net entre le corporatisme vichyste et le communautarisme européen (rien à voir avec le « communautarisme » multiculturel tant controversé aujourd’hui).

 

« Que ces continuités – qui ont pour nom corporatisme et communautarisme – existent, l’auteur se propose d’en apporter la preuve par l’exemple, en l’occurrence celui de l’antiparlementarisme. La démonstration est bien menée, et les correspondances ne semblent pas forcées entre les conceptions de Vichy selon lesquelles la souveraineté vient du haut, le rejet par le Congrès de La Haye de la proposition, avancée par Paul Reynaud, de faire élire une assemblée constituante européenne, et les mécanismes institutionnels de la Haute Autorité puis des constructions européennes, où le pouvoir législatif échappe aux élus au profit des conseils des ministres. »

 

Donc, la conception des institutions européennes est bien d’origine corporatiste et non démocratique : primauté d’un exécutif bicéphale (Commission ou Haute Autorité à l’origine d’une part, et Conseil des ministres, aujourd’hui Conseil européen, d’autre part) disposant du pouvoir législatif. Et cela dure depuis 62 ans, c’est-à-dire à la fondation de la CECA qui est devenue en 1957 la Communauté économique européenne par le Traité de Rome et puis en 2002, l’Union européenne suite au Traité de Maastricht.

 

En remontant l’histoire, on s’aperçoit que le Parlement européen qui, à l’origine, était composé de parlementaires nationaux, n’a été élu au suffrage universel que suite à la pression de l’opinion publique en 1979 et qu’il dispose de fort peu de pouvoirs.

 

L’Union européenne est donc celle du sommet et non de la base, non celle des peuples européens.

 

Mais elle est aussi une création euro-américaine. Le plan Marshall a joué un rôle très important dans la construction européenne et Jean Monnet fort proche des Etats-Unis fut sans doute le véritable fondateur de l’Union européenne.

 

Uranopole reproduit ici de larges extraits de l’interview d’Antonin Cohen effectuée par Ludovic Lamant, qui nous éclaire à travers l’histoire, sur les caractéristiques propres de l’Union européenne qui, aujourd’hui, après le Brexit et la montée de ce qu’on appelle les populismes, est à la croisée des chemins, car sa survie est mise en question.

 

(Les intertitres sont d’Uranopole)

 

Entre l’Europe et les Etats-Unis, une rupture de l’Histoire

 

 

13 mars 2017 Par Ludovic Lamant - Mediapart.fr

 

 

(…) Il n’était pas encore investi président des États-Unis que Donald Trump accueillait déjà dans sa Trump Tower Nigel Farage, l’une des figures xénophobes de l’opposition à l’UE, et faisait savoir qu’il misait sur un « éclatement » de l’Europe. Jamais peut-être, depuis la création de l’UE, les relations entre Bruxelles et Washington n’ont été aussi chaotiques. (…)




En quoi les débats sur les origines de l’UE peuvent-ils aider à comprendre l’ampleur de la rupture qui se joue, pour l’Europe, avec l’élection de Donald Trump ?

 

 

Antonin Cohen : Les États-Unis sont un peu partout présents dans les débuts de la construction européenne. Il y a des raisons structurelles, qui sont liées essentiellement à la Libération, donc à la présence militaire des États-Unis sur le territoire européen. Il y a aussi des intérêts commerciaux très forts pour les États-Unis, dans la construction européenne. Les entreprises américaines voulaient avoir accès à un marché relativement unifié.

 



Il faut se souvenir qu’au moment de l’élaboration du plan Schuman, en 1950, Jean Monnet travaille avec un avocat américain pour rédiger le traité et définir le statut de la Haute autorité. Cet avocat du cabinet Cleary & Gottlieb, le matin, travaille avec Monnet et, l’après-midi, travaille avec Pepsi-Cola et d’autres grandes entreprises américaines pour chercher à obtenir des autorisations de commercialisation sur le marché français. En fait, ces cabinets d’avocats sont, à l’époque, en train de démarcher chacun des gouvernements en Europe. Donc, l’un des enjeux, pour eux, c’était qu’il existe des règles commerciales communes en Europe.

 



Sans la pression des États-Unis, il n’y aurait pas eu de projet européen ? Est-ce qu’on peut le dire comme cela ?

 

 

La position des États-Unis consistait à dire : nous voulons, sinon une unification politique de l’Europe, du moins une zone de libre-échange. Puis, avec la guerre de Corée [1950-1953 – ndlr], ils ne veulent plus payer pour la défense de l’Europe. Une phrase est restée fameuse, celle du secrétaire d’État américain Dean Acheson : « Je veux des Allemands en uniforme pour l’automne 1951. » Or, pour la France, ce n’est possible que dans un cadre européen. Dès les années 1950, dans un contexte de guerre froide, la question est toujours liée à des aspects militaires. Mais elle se décline en fait sous la forme de différents projets sur le terrain. Les États-Unis, c’est un terme parapluie, qui regroupe des institutions politiques, des groupes économiques, etc.

 

 

 

L’Europe est le résultat d’une série de stratégies d’influences.


 


Mais les Européens eux-mêmes ont bien sûr joué un rôle capital. La construction européenne n’est pas le produit d’un complot qui viendrait d’un seul secteur. Elle est le résultat d’une série de stratégies d’influences : les réseaux libéraux, les réseaux américains, les réseaux keynésiens… Il y a énormément d’influences convergentes qui expliquent aussi des incohérences dans la manière dont tout cela s’est réalisé.



L’influence des États-Unis continue jusqu’à aujourd’hui. Ne serait-ce que du point de vue militaire. Si Donald Trump persiste dans sa direction, c’est donc une vraie rupture. Autant il me semble possible de nuancer la rupture induite par le Brexit – après tout, les Britanniques n’ont jamais été complètement dans l’UE, ils n’y sont entrés que tardivement, etc. –, autant la rupture est forte, avec la nouvelle donne aux États-Unis.



Paul Hoffman est l’un des personnages clés de cette histoire entre les États-Unis et l’Europe : c’est lui qui fait appliquer le plan Marshall et plaide pour le renforcement de l’intégration européenne.

 

 

Oui, il est le directeur de l’ECA, l’administration du plan Marshall, qui dispose d’un siège aux États-Unis et de plusieurs branches en Europe. Hoffman est tout à fait représentatif de la manière – l’exemple de Rex Tillerson, l’actuel secrétaire d’État pourrait être convoqué ici aussi – dont se construisent les passerelles entre les grands groupes de l’industrie américaine et la politique extérieure des États-Unis. Cela ne se passe pas tant au niveau du secrétaire d’État qu’au niveau de son administration : il est quasiment impossible de démêler l’aspect politique de l’aspect économique, dans ces trajectoires individuelles.

 

Cette élite américaine, qui brasse intérêts économiques et politiques, va militer pour le fédéralisme européen.

 

 

Aux États-Unis, vous n’avez pas de grand corps d’État à l’époque. L’État fédéral est un noyau creux, et d’anciens dirigeants d’entreprises et de banques vont alors prendre le pouvoir à Washington. C’est un système d’action très élaboré, qui inclut à la fois la CIA, le plan Marshall, les grandes fondations. La fondation Ford, par exemple, finance des programmes de recherche universitaire en Europe. La CIA va plutôt se concentrer sur le financement d’actions secrètes. Dans ce milieu, on retrouve un peu toujours les mêmes têtes. Ils forment une strate connue sous le nom de « foreign policy establishment ». Ce sont des gens issus de l’industrie ou des grands cabinets d’avocats, ou encore des banques d’investissement. C’est tout le milieu dans lequel baigne Jean Monnet dans les années 1930 [Monnet a travaillé dans le secteur bancaire aux États-Unis dans les années 1930 – ndlr].

 

 

Au départ, il n’est pas question d’un parlement et d’une cour de justice.

 



Vous avez analysé la manière dont la Haute autorité, défendue par Jean Monnet, s’inspire d’un précédent aux États-Unis, la Tennessee Valley Authority, une agence chargée de réguler l’énergie fournie par des barrages dans cette région. En raccourci, pourrait-on dire que c’est de là que viennent la « technocratie bruxelloise », le « règne des experts », ou encore une certaine méfiance envers le parlementarisme quand il s’agit de construire l’Europe ?

 

Si l’on va au plus près des archives, l’idée de Monnet est une Haute autorité composée d’une petite équipe, et surtout pas d’une bureaucratie. Ce sont des experts, issus du patronat ou des syndicats, et il leur revient de réguler le marché. Dans l’idée de Monnet, il n’est pas question d’un contrôle parlementaire. Mais des gens vont vite lui dire qu’il leur semble délicat de mettre sur pied une haute autorité sans contrôle d’un parlement. Dans le plan de départ, il n’est pas non plus question d’une cour de justice. Tout cela s’est ajouté au fil des discussions.
 


L’influence des États-Unis passe donc essentiellement par du financement, que ce soit par le plan Marshall ou par des aides à des mouvements pro-fédéralistes.

 

 

Oui, et cela explique pourquoi ce sont surtout des banquiers d’investissement et des avocats qui occupent les premiers postes. Si l’on prend l’exemple du directeur de la CIA dans les années 1950, Allen Dulles, c’est un avocat. Il fait partie, avec son frère John Foster Dulles, lui-même secrétaire d’État, d’un cabinet très important à l’époque, Sullivan & Cromwell. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Dulles est en mission à Berne, pour financer des mouvements de résistance allemands, italiens, français. Pourquoi Berne ? Parce qu’il utilise les technologies financières disponibles là-bas. Il y a tout un aspect de technique financière qui est très important dans cette histoire.

 

 

Financement des organisations pro-européennes par les services secrets US

 


Aux côtés de William Donovan, l’ancien dirigeant de l’Office of Strategic Services [l’OSS, l’ancêtre de la CIA – ndlr], Dulles va prendre la tête du Comité américain pour une Europe unie, après la guerre. Ils vont donc réactiver les réseaux qu’ils avaient constitués pendant la Seconde Guerre mondiale pour faire à peu près la même chose : recourir aux mécanismes internationaux pour financer des organisations pro-européennes.

 

 

Il y a dès le départ confrontation entre le keynésianisme euro-américain et l’ordolibéralisme allemand.

 

 

À l’époque, le keynésianisme connaît un grand succès parmi les élites américaines dont vous parlez, puis dans certains cercles en Europe, dont certains sont aussi des avocats du projet européen… C’est une surprise, alors que la crise de l’euro, depuis 2008, a surtout souligné l’influence de l’ordolibéralisme dans la construction du projet européen. Que s’est-il passé ? Le keynésianisme des Américains s’est incliné face à l’ordolibéralisme des Allemands ?

 

 

C’est la question la plus importante pour cerner l’évolution du projet européen. Si l’on s’attache à restituer une influence unique, on s’aveugle aux autres types d’influence. Dans l’entourage de Jean Monnet, parmi les élites européennes, l’influence de Keynes était manifeste. Elle est indéniable quand on lit les traités de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) comme de la CEE, le traité de Rome. Mais ce n’est pas la seule influence. L’ordolibéralisme allemand est présent lui aussi. Ces deux réalités se confrontent lors de l’écriture des premiers traités.



Les élites françaises se confrontent-elles aux élites allemandes ?

 

Je ne dirais pas que c’est une confrontation. Cela prend la forme de l’écriture de dispositions différentes dans les traités. D’un côté, on a une politique extrêmement régulationniste. Je pense à la Politique agricole commune (PAC), avec la fixation des prix par une bureaucratie. Je pense au tarif douanier commun, dans le traité de Rome. Mais d’autres dispositions, à l’inverse, sont plutôt d’inspiration ordolibérale. On décide, par exemple, que c’est la Cour de justice, et non la bureaucratie, qui va réguler le marché. Autant la Direction générale de l’agriculture est très régulationniste (et plutôt aux mains des Français), autant la Direction générale de la concurrence est, elle, ordolibérale (et plutôt aux mains des Allemands). Ces réseaux évoluent dans le temps, dans un rapport de force inavoué qui tourne au profit des uns et des autres, en fonction d’autres paramètres. Entre-temps, les accords du GATT ont par exemple exclu une série de possibles pour l’avenir de l’Europe.



Cela veut-il dire que les traités européens ne sont pas, par essence, néolibéraux ? Que le contexte international joue aussi ?

 

Oui. D’abord, il y a un emboîtement de traités qui ne disent pas tous la même chose. Il y a aussi les évolutions respectives qui résultent de ces traités, et des rapports de force au sein et en dehors des institutions. Tout cela fait qu’il est difficile de dire : voilà, nous avons identifié la source, claire et nette, qui permet d’expliquer les soixante années suivantes. Une fois qu’on a dit cela, il n’empêche qu’un tournant s’est clairement produit dans les années 1970. Jusqu’alors, l’idée d’un grand marché était couplée à celle d’une régulation des banques, d’une politique de relance qui bénéficie à tout le monde, etc. Par la suite, ce n’est plus le cas.

 

 

L’ordolibéralisme allemand a gagné.

 

 

Cette confrontation entre keynésianisme et ordolibéralisme n’a-t-elle plus lieu aujourd’hui ?

 

Il n’est pas abusif de dire que l’ordolibéralisme et le néolibéralisme ont très largement pris le pas sur d’autres influences de pensée économique. Mais n’oublions pas, dans le même temps, que le « miracle économique espagnol », dont on dit toujours qu’il s’explique par la libéralisation de l’économie espagnole, s’explique dans une large mesure par les investissements qui ont été réalisés par le biais de fonds régionaux européens (par exemple, le Feder) pour construire les infrastructures du pays. C’est cette dynamique qui a notamment alimenté la bulle immobilière.

 

L’Union européenne est profondément atlantiste.



Comment analysez-vous les négociations commerciales sur le TTIP (ou Tafta pour ses adversaires) ?

 

Ce projet figure dans l’ADN de l’Union européenne, dans le sens où, dès les origines, il y avait l’idée d’une zone atlantique à consolider entre les États-Unis et la Communauté européenne.



Le TTIP aurait-il été l’aboutissement logique des initiateurs du plan Marshall ?

 

On peut dire cela, mais d’autres directions auraient pu être empruntées : imposer un tarif douanier aux frontières, renforcer les instruments de protection commerciale, etc. Le fait que l’on aille systématiquement dans le sens de la dérégulation, de l’atlantisme, n’est, de mon point de vue, ni souhaitable, ni totalement inscrit dans le marbre.



Quel sens donnez-vous à l’échec des négociations aujourd’hui ?

 

Les Européens sont pris à rebours, à cause de l’arrivée de Trump, qui change, sur ce terrain-là aussi, beaucoup de choses… Même si l’on peut avoir du mal à comprendre quel est l’intérêt des États-Unis à ne pas pouvoir exporter davantage de produits sur le marché européen, avec 500 millions de personnes.



Vous avez déconstruit dans votre livre les usages politiques des commémorations du « plan Monnet » de 1950. Que vous inspire la commémoration des 60 ans du traité de Rome, prévue fin mars dans la capitale italienne, qui est censée « relancer » le projet européen après le Brexit ?

 

Les commémorations des traités sont toujours l’occasion de proposer des « relances » de l’Europe. Aujourd’hui, on peut se demander ce qu’il est encore possible de faire en matière de relance, dans un contexte de délégitimation de l’UE, dans un contexte international extrêmement mouvant, de la Syrie à Donald Trump, dans une conjoncture dominée par un Brexit particulièrement compliqué, qui pourrait déboucher sur une demande d’adhésion, un jour, de l’Écosse…



Le terrain est très mouvant. J’entends dire que l’une des possibilités de cette relance serait une défense européenne. Mais une fois le Royaume-Uni sorti de l’UE, et dans la mesure où Trump semble vouloir remettre en question l’OTAN, il ne restera plus dans l’UE qu’une seule puissance nucléaire, la seule qui consacre des dépenses substantielles à la défense, à savoir la France.

 

Relancer, d’accord, mais pour aller où ?

 

 

 

Que conclure ? La construction européenne est viciée dès le départ.

 

 

En premier lieu, ce n’est pas faire de « l’euroscepticisme » que de déplorer l’influence du capitalisme et de l’Etat profond américains sur l’Union européenne. Les propos d’Antonin Cohen le montrent. On voit d’ailleurs la panique provoquée par l’élection de Donald Trump. L’Union européenne devrait, si elle est digne de ce nom, avoir un sursaut d’indépendance : définir ses propres intérêts, sa propre politique étrangère, sa propre conception de la défense. Non, au contraire, les dirigeants actuels pleurent pour le maintien de l’OTAN et supplient que les traités commerciaux TTIP et CETA soient adoptés le plus rapidement possible.

 

 

En second lieu – le Livre blanc de Juncker le démontre – la construction d’une Union politique est quasi enterrée et l’on s’oriente de plus en plus vers une vaste zone de libre échange de l’Atlantique à la frontière russe sous le parapluie militaire de l’OTAN ou d’une défense européenne dominée par l’Allemagne. Ainsi, la conception corporatiste – communautariste née à Vichy et élaborée au congrès de La Haye de 1950 sera pleinement opérationnelle.

 

 

Ce n’est pas cela qu’ont voulu tous ceux qui ont milité pour la construction européenne, c’est-à-dire pour l’union des peuples dans la diversité et surtout dans la solidarité afin d’assurer la paix sur le continent et la prospérité pour tous.

 

 

Dans une tribune à la « Libre Belgique » du 15 mars 2017, Pierre Defraigne, directeur exécutif de Madariaga – Collège d’Europe à Bruges dresse un constat sans appel :

 

 


 

Pierre Defraigne a le mérite par son analyse indépendante et sans complaisance de remettre les montres à l'heure au niveau de l'Union européenne.

Pierre Defraigne a le mérite par son analyse indépendante et sans complaisance de remettre les montres à l'heure au niveau de l'Union européenne.

 

 

 

Il observe d’abord que l’opinion européenne se divise en deux camps : ceux qui se replient vers les Etats nations par peur du chaos du monde et ceux « qui pourraient se rallier à la construction d’une Europe forte et démocratique, ce que l’UE n’est pas encore. »

 

Defraigne estime qu’il faut consulter le citoyen européen sur la révision des traités. Ce qu’appréhendent les dirigeants de l’Union. Il propose en outre de soumettre aux peuples toute une série de réformes dont « la transformation de la Commission en véritable collège politique, l’abolition des délégations nationales au Parlement européen et la constitution d’authentiques partis politiques paneuropéens. »

 

Il estime en outre que « sans une défense commune et donc une vraie politique étrangère, l’Europe ne pourra assumer vis-à-vis des citoyens la fonction tutélaire que les Etats n’arrivent plus à remplir. (…) Ce vide paralysera l’Europe face au chômage et aux inégalités au-dedans, et à Poutine, à Erdogan, à Xi Jinp et à Trump au dehors. »

 

 

Defraigne critique le Livre blanc de la commission Juncker estimant qu’il ramènera à business as usual.

 

 

Aussi, préconise-t-il une consultation populaire, « s’adresser directement au citoyen. » par un référendum après préparation approfondie de l’opinion.

 

 

Oui, cette proposition n’est pas à rejeter, car elle donne enfin aux peuples le droit de s’exprimer, à condition que l’on garantisse la concrétisation du résultat.

 

 

On l’a vu avec les référendums précédents : quand le résultat gênait les dirigeants européens, ils étaient rejetés purement et simplement comme les référendums sur la constitution européenne de 2005 en France et aux Pays-Bas. Récemment, les Européens ont tenté de faire annuler le référendum sur le Brexit et d’en imposer un deuxième.

 

 

Mais, si l’idée de Pierre Defraigne est excellente, elle émanera du sommet. Et nous nous retrouvons à la case départ où un pouvoir européen illégitime impose au citoyen européen sa ligne de conduite.

 

 

Si on veut que les choses se concrétisent dans le sens de la construction d’une réelle et indispensable Europe démocratique, l’initiative doit venir d’en bas afin de jeter dans les poubelles de l’histoire ce corporatisme-communautarisme qui a fait tant de tort.

 

 

Alors, de deux choses l’une : soit sombrer dans l’euroscepticisme et donc, l’aventure, soit tenter la construction d’une autre Europe, mais ce flambeau là, il faudra le transmettre à la nouvelle génération.

 

 

 

Pierre Verhas

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 11:46

 

 

 

Scandales du Kazakhgate et de Publifin en Belgique où l’on s’aperçoit qu’une grande partie des représentants politiques sont mouillés dans des combines juteuses à la limite de l’illégalité, soit, dans quelques cas, franchement illégales. On sent un ahurissement du monde politique qui ne sait pas très bien comment réagir.

 

 

En France, jamais on n’a assisté à une campagne présidentielle aussi chaotique. Deux candidats, celui de la droite et celle de l’extrême-droite sont compromis dans des affaires d’emplois fictifs et de prises illégales d’intérêts. Sans doute, seront-ils tous deux mis en examen, voire placés en garde à vue… Les prochains jours seront fertiles en rebondissements !

 

 

L’Union européenne est en pleine déliquescence depuis le « Brexit ». Le « Livre blanc » de Juncker le prouve : on n’arrive plus à fixer une orientation et un projet commun. Mais, en même temps, on maintient la Grèce sous la chape de plomb d’une austérité mortifère.

 

 

 

 

Jean-Claude Juncker ne sait plus quel chemin prendre.

Jean-Claude Juncker ne sait plus quel chemin prendre.

 

 

 

Quelle est la signification de tout cela ?

 

 

Qu’il s’agisse de la Belgique, de la France, de l’Union européenne, ces péripéties montrent que les institutions sont inefficaces et ne répondent plus aux enjeux de notre temps. Elles montrent également qu’un autre système est en train de se mettre en place petit à petit. Et ce système est dangereux.

 

 

Ce système porte un nom : l’Etat profond.

 

 

L’Etat profond

 

 

Sans verser dans la théorie du complot qui, par les fantasmes qu’elle diffuse, nous mène n’importe où, on peut constater que le pouvoir politique se délite de plus en plus. L’Etat-nation qui en est son cadre implose et explose. Il implose par l’effritement du pouvoir central au profit d’instables entités régionales. Il implose par l’émergence d’une société multiculturelle qui n’est pas la rencontre de différentes cultures, mais leur cohabitation hostile, met en pièce l’homogénéité relative qui est le ciment d’une nation. Il explose par la mondialisation néolibérale qui confisque à la puissance publique tout pouvoir sur l’industrie, les échanges et la structure sociale et qui repousse les frontières – ce qui, en soi, n’est pas un mal si cela se fait dans un ordre consenti – vers un espace inconnu et surtout incontrôlé, mais violent et organisé. C’est ce qu’on appelle l’Etat profond.

 

 

Comment en est-on arrivé là ?

 

 

Une crise de confiance

 

 

Il y a une profonde crise de confiance entre les peuples et les mandataires politiques censés les représenter. Loïc Nicolas, rhétoricien spécialiste du discours politique à l’ULB, écrit dans une carte blanche parue le 1er mars 2017 dans « La Libre Belgique » où il distingue les deux sens du mot « confiance » :

 

 

 

Loïc Nicolas, chercheur à l'ULB, analyse la crise de confiance que nous vivons.

Loïc Nicolas, chercheur à l'ULB, analyse la crise de confiance que nous vivons.

 

 

 

« … cette crise de confiance n’est pas la simple expression d’une inquiétude générale face aux ténèbres d’un futur incertain. Inquiétude dont les mandataires politiques, incriminés sans nuances, paieraient les frais. Plus profonde, elle porte sur les valeurs qui fondent notre existence collective et nos institutions publiques. Elle touche à la façon de faire de la politique ainsi qu’au statut de ceux qui la font. La confiance qui est en cause ici - et que les citoyens jugent brisée - renvoie au terme anglais "trust".

 

Cette confiance-là naît dans l’identification chez autrui de valeurs et de principes partagés. Elle pointe vers l’appartenance à une communauté de sens, de discours, de destin. Elle répond à la parole donnée. Par contraste, le terme anglais "confidence" - qu’on traduit également par "confiance" - concerne la relation contractuelle qui met à l’honneur le bon technicien comme le bon gestionnaire. Dans ce cadre, l’expertise (du plombier, du comptable ou du chirurgien) prime sur l’éthique de la personne dont on attend d’abord le respect des termes du contrat. »

 

Les décideurs politiques – dans leur recherche frénétique de l’ « efficacité » – se basent en priorité sur la « confidence », autrement dit la compétence, tout en négligeant le « trust » qui implique la confiance en un projet d’avenir basé sur des principes éthiques fondamentaux – appelés aussi « valeurs » - comme l’Equité et la Justice, valeurs aujourd’hui mises à mal par les « politiques » et certains médias.

 

En définitive, n’est-ce pas là la rupture entre le peuple et les élites ?

 

Par exemple, à propos de l’institution judiciaire, Luc Hennart, le Président du Tribunal de Première instance de Bruxelles, dit dans une émission de la RTBF :

 

« Il n’y a rien de nouveau. Les attaques contre la justice deviennent une manière de faire de la politique, il suffit de regarder ce qui se passe dans le monde. La méthode de M. Fillon est pathétique puisque les juges ont été saisis, un dossier existe, ils doivent remplir leur fonction. En tout indépendance, que ça plaise ou non »

 

 

 

Le juge Luc Hennart tire la sonnette d'alarme sur l'état de déliquescence de la Justice belge.

Le juge Luc Hennart tire la sonnette d'alarme sur l'état de déliquescence de la Justice belge.

 

 

 

Pour le juge Hennart on use de méthodes qui servent à « s’attaquer non plus au fond des choses, mais aux figures qui ont la mission de remplir un métier difficile. »

 

Et il ajoute :

 

« A partir du moment où un juge statue dans un sens qui ne convient pas, l’exécutif va s’asseoir sur les décisions de justice. »

 

Il fait allusion ici au secrétaire d’Etat à l’accueil des étrangers, le nationaliste flamand Théo Francken qui se vante de ne pas respecter des décisions de Justice non-conforme à sa politique d’exclusion à l’égard des réfugiés.

 

Enfin, Hennart tire la sonnette d’alarme :

 

« L'indépendance de la justice recule en Belgique, pointant à nouveau du doigt des politiques de discrédit et un manque criant de moyens. »

 

Les attaques permanentes contre la Justice de la part de politiciens en délicatesse avec la loi, notamment de François Fillon, sévissent aussi en France. L’ancien Premier ministre gaulliste Dominique de Villepin avertit dans une tribune au « Figaro » du 3 mars :

 

« Attaquer les juges – quels que soient les défauts de la justice dans notre pays – c’est nécessairement fragiliser l’Etat de droit. Et appeler à la rue, c’est aussi dangereux qu’irresponsable. »

 

L’épouvantail : le « populisme »

 

Et on en arrive au fameux « populisme », ce mot poubelle où l’on y jette tout et son contraire.

 

Joan Condijts, Rédacteur en chef du quotidien financier « l’Echo » fait la réflexion suivante dans son édito de samedi 4 mars :

 

 

 

Joan Condijts, Rédacteur en chef de l'Echo, a souvent une vision juste des événements.

Joan Condijts, Rédacteur en chef de l'Echo, a souvent une vision juste des événements.

 

 

 

« L’affaire Publifin-Nethys n’est finalement que l’illustration d’un estompement de la norme au sein des élites politiques, de l’effacement progressif des contre-pouvoirs et d’une confusion des intérêts individuels et collectifs. Peut-être la commission d’enquête du Parlement wallon sur Publifin-Nethys révélera-t-elle quelques malversations, l’une ou l’autre magouille mais elle risque de passer à côté de ce véritable enjeu qu’est cet égarement politique. C’est cette dévalorisation de la charge politique par des hommes qui la font qui, entre autres, pousse des électeurs las d’assister à cette procession scandaleuse dans les bras des populistes. »

 

Oui, mais qu’entend-on par « populiste » ? C’est le leitmotiv actuel : tout qui marque une opposition au « système », ou encore qui émet une critique contre la classe politique ou les élites est automatiquement assimilé à un « populiste » et ainsi rejeté dans les ténèbres extérieures.

 

Dans le « Monde » du vendredi 3 mars, voici ce que déclare, dans le cadre de l’affaire Fillon,l’historien et professeur au Collège de France, Pierre Rosanvallon, de tendance démocrate-chrétienne, ancien fondateur de la « fondation Saint-Simon » dans les années 1980, qui est à l’origine du think tank « Terra nova » dont l’objectif était de rapprocher les libéraux et la gauche, auteur du fameux pamphlet « La crise de l’Etat-providence » qui fut le premier ouvrage de gauche remettant en question le programme du Conseil National de la Résistance, à l’origine du système de sécurité sociale.

 

 

 

Pierre Rosanvallon est le maître d'oeuvre de l'évolution "social libérale" du PS en France.

Pierre Rosanvallon est le maître d'oeuvre de l'évolution "social libérale" du PS en France.

 

 

 

D’emblée, il dénonce le « tournant populiste » pris par la campagne de l’actuel candidat de la droite républicaine.

 

« Entendre dans la bouche d’un candidat central des propos aussi agressifs à l’égard de la justice et de la presse est un événement inédit en France, car ils sont la marque de fabrique de la vision populiste de la démocratie. » Et l’historien note qu’on entend ce discours un peu partout dans le monde.

 

 

Alors, qu’est-ce que le « populisme » pour Rosanvallon ?

 

« Les régimes populistes se définissent par le rejet de la pluralité : ils veulent mettre à leur botte les cours constitutionnelles, supprimer les organismes indépendants et considèrent comme ennemis les pouvoirs d’analyse, de jugement et d’investigation qui sont ceux de la presse. »

 

Alors, M. Rosanvallon devrait considérer comme populistes les régimes qui font tout pour balayer les contre-pouvoirs institutionnels que sont, par exemple, le Conseil d’Etat, la Cour des comptes, la Cour de cassation. Oublie-t-il que cette dernière a été mise sous tutelle par un décret de Manuel Valls à la fin de son mandat de Premier ministre ? La Cour des comptes française a été littéralement noyautée par les tenants de la doxa ultralibérale. Le Conseil d’Etat, c’est cause toujours… Rosanvallon ne se rappelle pas non plus que Sarkozy a tout fait pour écarter les corps intermédiaires et son successeur s’y est attaché aussi. Quant à l’indépendance de la presse, elle n’est plus qu’une fiction depuis que les principaux médias sont entre les mains des patrons du CAC 40.

 

Ce sont donc des « populistes » pour reprendre la définition de Pierre Rosanvallon.

 

Faisons un tout d’horizon de cette campagne présidentielle inédite.

 

Le désarroi

 

Voilà donc le niveau du débat politique dans une campagne présidentielle comme jamais la Ve République n’a connu : des élections primaires qui ont mis à l’avant-scène deux candidats inattendus : à gauche, un Benoît Hamon, ancien ministre considéré comme « frondeur », dont le clou du programme est le très controversé « revenu universel », à droite, un François Fillon, ancien Premier ministre de l’ex-président Sarkozy, c’est-à-dire son ex « collaborateur » qui trouve sa vengeance dans un programme prônant une austérité drastique et un dangereux retour en arrière sur les plans philosophique et sociétal. C’est « Travail, Famille, Patrie » à la sauce 2017 ! En plus, le voilà emberlificoté dans un scandale d’emplois fictifs de membres de sa famille, dont il ne parvient pas à se dépêtrer.

 

 

À la « gauche de la gauche », un Jean-Luc Mélenchon bien seul, à peine soutenu par le parti communiste et quelques petites formations d’extrême-gauche, mais qui grimpe dans les sondages. Il aurait eu ses chances s’il n’y avait Hamon. Et la journaliste Natacha Polony se demande si Hamon n’a pas été désigné justement empêcher Mélenchon de figurer au deuxième tour. La question est pertinente.

 

 

Passons sur le candidat écologiste, un certain Jadot quasi inconnu au bataillon qui a fini par jeter l’éponge au profit de… Hamon. Les écolos supplétifs du PS ?

 

 

C’est l’extrême-droite qui – d’après les sondages – tient le haut du pavé. Marine Le Pen caracole à 26 ou 27 %, alors que ses adversaires, atteignent pour le mieux 14 à 15 points à l’exception notable de Macron. Il paraît que la Marine aurait arrangé les bidons dans la dispute entre sa nièce Marion Maréchal (nous voilà !) Le Pen – encore plus extrémiste qu’elle – et son numéro 2, l’énarque Florian Philippot qui souhaite faire du FN un classique parti souverainiste « dédiabolisé ».

 

 

Mais les « affaires » commencent à peser sur la Marine qui tangue de plus en plus. Aussi, l’électorat protestataire lui restera-t-il fidèle ou ira-t-il à la pêche ?

 

 

Le phénomène Macron

 

 

Enfin, il y a le phénomène Macron. Emmanuel Macron, énarque, pur produit de l’élite libérale, poulain de Jacques Attali, ancien responsable à la banque Rotshild, nommé conseiller à l’Elysée sur les questions économiques, grâce au soutien de Jouyet, ancien secrétaire d’Etat sous Sarkozy et puis Secrétaire général de l’Elysée de François Hollande. Bref, tout ce petit monde se tient par la « barbichette ». Et enfin, comme par hasard, Macron fut nommé ministre de l’économie en remplacement d’Arnaud Montebourg qui était décidément trop à gauche pour le président « ennemi de la finance »… Le nouveau ministre ne chôma pas au gouvernement : il fit adopter les lois Macron 1 et 2 qui consistent en des réformes ultralibérales dans plusieurs secteurs de l’économie dont les transports. Il est derrière la fameuse « loi travail » dite loi El Khomry qui déclencha un important mouvement de grèves et de protestations des organisations syndicales et particulièrement de la CGT. En parallèle, sous la direction de l’économiste et philosophe Frédéric Lordon, les jeunes étudiants et travailleurs se rassemblèrent plusieurs semaines de suite place de la République à Paris sous le nom de « Nuit debout ».

 

 

 

Emmanuel Macron : une étoile filante ou le maître d'oeuvre du renforcement de l'ultralibéralisme ?

Emmanuel Macron : une étoile filante ou le maître d'oeuvre du renforcement de l'ultralibéralisme ?

 

 

 

Macron démissionna comme ministre de l’économie pour lancer son propre rassemblement « En marche ! » afin de servir de base à sa campagne présidentielle. Il bénéficia d’un appui médiatique sans pareil. Tous les journaux mirent le « phénomène » Macron à la une et la télé et les réseaux sociaux ne furent pas en reste. Tout était organisé avec soin. Il entretint le suspense sur son évidente candidature et puis, il se présenta comme le candidat nouveau « antisystème » !

 

 

Assez piquant pour un ancien banquier manifestement soutenu par l’establishment, ses anciens employeurs et par les grands patrons du MEDEF. Il a flirté avec la droite catho en allant rendre visite au Vendéen de Villiers. Il a le culot d’aller voir des ouvriers dans leurs usines. Il se garde bien d’attaquer qui que ce soit… pour le moment. Et, en dépit de cette apparente incohérence, il talonne Le Pen dans les sondages, à tel point qu’on le voit comme ultime recours eu deuxième tout contre la candidate du FN.

 

 

En outre, il a eu l’astuce de se présenter pour quelque-chose et non contre quelqu’un. Il apparaît dès lors comme un espoir. C’est ce qu’attendent les Français marris des jeux politiciens. C’est cela le soi-disant « antisystème » qui n’est qu’une astucieuse forme de communication.

 

 

Mais tout cela n’est-il pas de la manipulation ? Tous les repères sont chamboulés. Les programmes des différents candidats sont obscurs et rien ne permet de réellement les distinguer. Un Fillon court derrière la « manif pour tous », c’est-à-dire les intégristes cathos et les ultralibéraux par son programme d’austérité. Mélenchon vient avec son idée floue de Sixième république. On connaît enfin le programme de Macron. Ce n’est pas une surprise : libéralisme, libéralisme et encore libéralisme… Le Pen est égale à elle-même avec son catalogue d’exclusions et son corporatisme économique. Hamon hésite sur son « revenu universel » et sur son engagement à abroger la loi El Khomry.

 

 

Le rejet de la classe politique

 

 

Alors, quels sont les enjeux de cette élection présidentielle ? Ils sont loin d’être clairs. Les clivages ne sont guère marqués. Le candidat républicain pêche dans les eaux troubles du FN, le candidat PS pique des idées à Mélenchon, tout en restant fidèle au schéma social-libéral du think tank boîte à penser du PS « Terra nova ». En définitive, alors que les défis sont énormes, les programmes des candidats même d’extrême-droite, à l’exception de Mélenchon, se résument à cinquante nuances de néolibéralisme, sans répondre à aucune question fondamentale.

 

 

Et puis, la fonction présidentielle a-t-elle encore un prestige ? Entre les péripéties conjugales, les tripotages financiers de Sarkozy, une guerre absurde et meurtrière en Libye et le scooter de Hollande, son aventurisme en Afrique, son détricotage de l’Etat social, on peut en douter. Un peu comme en Belgique, où une députée nationaliste flamande, actuellement ministre, se fait photographier en tenue affriolante dans les locaux du Parlement avec l’autorisation du président de la Chambre, lui aussi nationaliste et, en plus, emberlificoté dans un scandale politico-financier.

 

 

Avec leur conduite de potache, leurs magouilles financières, leur indécision doublée d’une arrogance indécente, les « politiques » ont fini par flétrir la fonction politique.

 

 

Le peuple ne croit plus en la politique. Pire, il la rejette.

 

 

Alors, évidemment, c’est la porte grande ouverte au pire ennemi : le populisme. Le populisme ! Cet ennemi redoutable de la démocratie libérale. C’est la panique !

 

 

Il suffit de se référer au premier paragraphe de la déclaration de la toute récente conférence de Munich sur la sécurité pour s’en rendre compte.

 

 

« Le monde fait face à un moment non libéral. Dans l’ensemble de l’Occident et au-delà, les forces intolérantes gagnent du terrain. De l’intérieur, les sociétés occidentales sont troublées par l’émergence de mouvements populistes qui s’opposent aux éléments critiques du statu quo libéral-démocratique. Du dehors, les sociétés occidentales sont contestées par des régimes non libéraux qui essaient de mettre en doute la démocratie libérale et d’affaiblir l’ordre international. Et les Etats occidentaux eux-mêmes semblent peu disposés et incapables de surmonter efficacement les plus grandes crises de sécurité – la Syrie en étant le premier exemple. »

 

 

 

La présence de Mike Pence, vice-président US, à la conférence de Munich sur la sécurité montre bien la dépendance de l'Europe à l'égard des USA.

La présence de Mike Pence, vice-président US, à la conférence de Munich sur la sécurité montre bien la dépendance de l'Europe à l'égard des USA.

 

 

 

Autrement dit, c’est le libéralisme qui est menacé par la critique du régime libéral-démocratique. Ce qui revient à dire que toute critique constitue une menace à éradiquer, car elle est par définition « populiste ». C’est le même schéma de pensée qui a fait dire au président de la Commission européenne, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker :

 

 

« Il n’y a pas de démocratie hors des traités [européens] ! »

 

 

Assez piquant que tout ce monde, de Rosanvallon à Juncker en passant par les délégués à la conférence de Munich, tient un discours identique. En dehors du libéralisme, point de salut. N’est-ce pas là la pensée unique ?

 

 

La journaliste de droite Natacha Polony – oui, nous la citons souvent parce qu’elle est la seule à donner une analyse pertinente que la gauche pourrait reprendre à son compte – répond dans sa chronique au « Figaro » du 4 mars :

 

 

« Ce n’est pas le populisme, contrairement à ce que croit Pierre Rosanvallon, qui menace la démocratie. C’est la confiscation de la démocratie par des intérêts corporatistes ou économiques qui pousse le peuple dans les bras de ceux qui prétendent, sincèrement ou non, lui rendre sa souveraineté. »

 

 

Un tournant

 

 

Alors que dire ? Nous sommes incontestablement à un tournant : l’Union européenne sérieusement ébranlée par le « Brexit », un Donald Trump qui jette le trouble dans son immense pays, les scandales politico-financiers qui font trembler la Belgique et la France et surtout l’incapacité de la classe dirigeante à trouver les solutions adéquates aux fléaux de notre époque : le chômage, la précarité, la guerre.

 

 

Nous laisserons la conclusion au journaliste Amid Faljaoui, directeur chroniqueur de Roularta, groupe de presse qui possède l’hebdomadaire belge « Le Vif » :

 

 

« Mes confrères du magazine suisse Bilan m'ont fait découvrir le romancier bulgare Guéorgui Gospodinov, dont la renommée a dépassé les frontières de son pays, qui estime que la mélancolie, si caractéristique de son pays, a désormais envahi toute l'Europe. La mélancolie est un sentiment dangereux, car en tant que romancier, il sait que si l'Histoire avec un grand H est écrite par les vainqueurs, mais les histoires, elles, sont écrites par les vaincus. Les romanciers sont souvent de meilleurs témoins de notre société que les sociologues, et c'est pour cela que ce romancier bulgare, au travers de mes confrères de Bilan, nous rappelle qu'il s'est accumulé dans notre monde une masse critique de haine, d'insécurité, de folie, et que hélas tout cela est démultiplié par les nouveaux médias qui en font leur beurre. Les avis se radicalisent, la parole se libère et, comme il l'écrit joliment, un « djihadisme intérieur sommeille en chacun de nous ».

 

Des démographes britanniques (Richard Wilkinson et Kate Pickett) vont dans le même sens que ce romancier. En analysant plusieurs pays sur plusieurs années, ils sont arrivés à la conclusion que la montée des inégalités est la cause du malaise ambiant. Ces chercheurs ont démontré qu'un statut social faible augmente le niveau de stress psychologique. C'est bien sûr ce qui arrive quand on est au chômage ou que l'on n'arrive pas à payer ses factures, même avec un travail stable. »

 

Mais nul professionnel des médias n’ose dire quelle est la source de ces maux : le totalitarisme ultralibéral ou l’Etat profond qui assoit le pouvoir d’une classe dirigeante mondiale qui exploite la planète à son seul profit.

 

 

Mais, chut ! C’est populiste de dire cela !

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 18:26

 

 

 

Ces 27 et 28 février 2017 marquent le 96e anniversaire de l’écrasement de la révolte des marins de Cronstadt, port de la Baltique à une trentaine de kilomètres de Petrograd.

 

 

2017 est aussi l’année du centenaire de la révolution bolchévique, la « Révolution d’Octobre » de 1917 qui a installé après la prise du Palais d’hiver à Petrograd (appelée par après Leningrad et aujourd’hui Saint-Pétersbourg), le pouvoir des Soviets, c’est-à-dire des comités d’ouvriers, de paysans et de soldats, en réalité celui du parti communiste.

 

 

 

L’impossible prise de pouvoir

 

 

 

La Russie tsariste était en pleine déliquescence. Les troupes du Reich allemand de Guillaume II avançaient dans les plaines de Russie sans rencontrer de réelle résistance. La capitale de l’empire des tsars s’était déplacée à Petrograd. Dans la nuit du 6 au 7 novembre 1917 (25 octobre du calendrier julien encore en vigueur dans l’empire russe), les Bolchéviks s’emparent des centres de décision de la capitale, renversant ainsi la toute nouvelle démocratie dirigée par Alexandre Kerenski. Ils attaquent le Palais d’hiver où siège le gouvernement et s’en emparent sans trop de difficultés. Ils renversent Kerenski et installent leur propre gouvernement dirigé par Lénine. Trotsky est nommé secrétaire aux armées. Les Bolchéviks doivent cependant s’allier aux Socialistes révolutionnaires de gauche bien implantés chez les paysans russes qui formaient la classe sociale la plus importante à l’époque et particulièrement touchée par la guerre.

 

 

 

Le Palais d'hiver à Petrograd

Le Palais d'hiver à Petrograd

 

 

 

Une controverse existe entre les historiens soviétiques et anticommunistes. Pour ces derniers, la prise de pouvoir par les Bolcheviks n’est qu’un coup d’Etat qui a réussi. Ainsi, l’historien juif russe Léon Poliakov écrit dans son ouvrage Les totalitarismes au XXe siècle, Fayard, Paris, 1987 :

 

 

« Jamais une échauffourée de si petite envergure (une dizaine de victimes, d'après les historiens soviétiques) n'a eu des conséquences aussi prodigieuses, et une fois de plus, le sort de la capitale décida de celui du pays tout entier», écrit Léon Poliakov (Les totalitarismes du XXe siècle »

 

 

Pour les Soviétiques, la prise du Palais d’hiver résulte d’un mouvement de masse qui a amené le parti communiste considéré comme le fer de lance de la Révolution à prendre le pouvoir pour les Soviets.

 

 

La réalité semble se situer entre ces deux thèses. Cette prise du pouvoir par les Bolchéviks ne fut possible que grâce à la vaste révolution sociale multiforme qui se déroulait dans l’armée, dans les campagnes – les soldats pour la plupart issus de la classe paysanne désertaient en masse et se ralliaient aux paysans en révolte –, au sein de la classe ouvrière naissante et parmi les diverses nationalités qui composent la Russie.

 

 

L’action des Bolcheviks alla dans le sens des aspirations générales : la paix, la terre aux paysans, le contrôle ouvrier, tout le pouvoir aux Soviets et l’émancipation des nationalités. Mais tout cela fut complexe et confus.

 

 

Comme l’écrit Benedikt Arden dans « le Grand Soir » :

 

 

« … c’est dans la nuit du 7 novembre (25 octobre) que les bolcheviks mirent leur plan à exécution. Bien peu crurent sur le coup à leur chance du succès, mais la faible garde du palais d’hiver (siège du gouvernement provisoire) ainsi que la désorganisation générale des autorités permit une prise de pouvoir sans grande effusion de sang et la mise en place du « Comité militaire révolutionnaire ». À partir de ce moment, le chaos deviendra maximal. Peu de temps après, les menchéviks ainsi que l’aile droite des socialistes-révolutionnaires (S.R.) créèrent le « Comité de Salut de la Patrie et de la Révolution » en réaction à la prise du pouvoir des bolcheviks. Ces derniers considéraient cette prise de pouvoir comme illégale et craignaient que la constituante ne soit annulée. De plus, ce groupe n’était pas d’accord avec les plans de paix précipitée et voulait continuer la guerre. Enfin, ce qui importe est que seule une partie de S.R. (les S.R. de gauche) soutenait le comité militaire révolutionnaire.

 

La suite est d’une complexité encore accrue et les circonstances qui rendirent les bolcheviks seuls maitres du pouvoir peuvent se résumer ainsi. Le nouveau pouvoir du comité ne tenait littéralement qu’à un fil et se maintenait essentiellement par l’assentiment des prolétaires urbains et des soldats qui avaient soutenu leur prise du pouvoir. De ce point de vu, il fallait impérieusement livrer la marchandise et celle-ci devait commencer par la fin de la guerre. Mais hormis les bolcheviks, peu était enclin à la faire sans victoire militaire chez les alliés de Lénine. De plus, les réactions au pouvoir commençaient à poindre dès les premiers moments de la révolution, alors il était nécessaire de faire un compromis avec les SR de gauche et leur électorat, les paysans. En effet, ces derniers n’étaient pas du tout partisans de la nationalisation des terres, mais bien de leur distribution. C’est pourquoi les bolcheviks acceptèrent de les distribuer, mais ce compromis était envisagé dans la pensée qu’il était nécessaire de fournir les villes en blé. Les réquisitions chez les paysans étaient dans les faits inévitables, mais de cette façon la pilule était plus facile à avaler et maintenait un espoir en l’avenir. »

 

 

 

Lénine n'eut pas facile à imposer le nouveau pouvoir bolchevik.

Lénine n'eut pas facile à imposer le nouveau pouvoir bolchevik.

 

 

 

 

La dictature

 

 

On note donc une divergence fondamentale parmi les révolutionnaires : les Socialistes révolutionnaires s’opposaient à la nationalisation des terres, mais voulaient leur distribution aux paysans. Lénine a dû céder pour les raisons exposées ci-dessus. Mais, sentant la fragilité de son pouvoir, il installa aussitôt la dictature. La presse « bourgeoise » est interdite, la police politique, la Tcheka, est fondée le 7 décembre et toute grève est interdite le 20. Il fallait à tout prix éviter une insurrection des Soviets de paysans et de soldats au nom desquels les Bolchéviks prétendaient agir…

 

Mais la priorité était d’assurer la paix. L’armée russe en pleine déroute ne combattait plus depuis juillet 1917. Le 26 octobre – soit le lendemain de la prise du Palais d’hiver – Krilenko, le nouveau commandant de l’armée russe, fait parvenir aux Allemands et aux Autrichiens une demande d’armistice qui est aussitôt acceptée. Le 30 novembre, le gouvernement bolchévik demande aux Empires centraux d’entamer des négociations pour assurer une paix sans annexion de territoires ni indemnités. Le 21 février 1918, ce sera la paix de Brest Litovsk, mais Trotski qui dirigeait les négociations, espérait une insurrection en Allemagne qui échoua et a dû céder l’Ukraine et les pays baltes qui avaient été conquis par les Allemands.

 

 

 

Léon Trotsky négocia la paix de Brest Litovsk qui fut humiliante pour la Russie.

Léon Trotsky négocia la paix de Brest Litovsk qui fut humiliante pour la Russie.

 

 

 

Cette paix humiliante ne fut pas du goût de tout le monde. Les socialistes révolutionnaires quittent le gouvernement.

 

C’est à ce moment là que les tsaristes déclenchent la guerre civile sous la direction du général Korlinov. On appellera les insurgés les « Blancs ». Cela provoqua une union des Soviets en faveur du pouvoir léniniste. La guerre civile débutait et il fallait à tout prix sauver la révolution.

 

 

La guerre civile

 

 

Trotsky prit la tête de l’armée rouge et parvint à contenir les armées blanches qui étaient en outre aidées par des unités de l’armée française. Finalement, les Bolchéviks l’emportèrent en 1921. La guerre civile fit 5 millions de morts. Plus que la guerre 14-18 ! Le pays était ruiné et la famine sévissait partout.

Lénine, dès lors, instaura la fameuse NEP (Nouvelle Politique Economique) qui réinstaura la notion de profit et une partie de secteur privé et de liberté du commerce. En plus de la NEP, la dictature fut renforcée.

Ainsi, si le pouvoir bolchevik fut sauvé, on ne peut en dire autant de la Révolution. Et c’est Cronstadt qui marqua la fin de l’espoir d’un réel pouvoir paysan et ouvrier.

 

 

 

La révolte des marins de Cronstadt marqua la fin des espoirs révolutionnaires en Russie.

La révolte des marins de Cronstadt marqua la fin des espoirs révolutionnaires en Russie.

 

 

 

Voici ce qu’écrit Vingtras, alias le réalisateur scénariste et historien français Jean André Chérasse, sur son blog hébergé par Mediapart :

 

« Il y a quatre-vingt-seize ans, un port de la Baltique allait être le théâtre d'une tragédie qui allait non seulement endeuiller tout le XXe siècle, mais qui allait hypothéquer lourdement l'existence et le développement d'une des plus belles idées humaines : le communisme.

 

En parallèle avec les événements révolutionnaires d'octobre 1917 à Petrograd, les habitants d'une base navale sur la mer Baltique, s'étaient insurgés et avaient créé une "commune libre", autonome, pratiquant une forme de démocratie directe...à l'instar des Communeux parisiens, quarante-six ans plus tôt.

 

Mais les Bolcheviques et leur « bureaucratie rouge » ne supportant pas cette enclave libertaire, exercèrent à Cronstadt les rigueurs imbéciles de la « dictature du prolétariat » : ils subjuguèrent les soviets d'ouvriers, de paysans et de soldats, multiplièrent les exécutions sommaires, et réquisitionnèrent les récoltes au risque d'affamer la population...

 

L'équipage d'un cuirassé à quai, le Petropavlosk, protesta contre cette répression absurde, réclama le respect de la liberté d'expression, le droit pour les paysans et les artisans de travailler librement à la seule condition de ne pas employer de salariés, etc...

 

 

 

Le cuirassé Petropavlosk amarré au port de Cronstadt d'où partit la révolte.

Le cuirassé Petropavlosk amarré au port de Cronstadt d'où partit la révolte.

 

 

 

Le leader de la contestation, Petrichenko, alla même jusqu'à appeler de ses vœux une troisième révolution après celles de 1905 et 1917. Et cette résolution fut adoptée non seulement par l'équipage d'un autre cuirassé, le Sébastopol, mais validée au cours d'un meeting dans la ville qui réunit une bonne dizaine de milliers de personnes.

 

Un comité révolutionnaire élit un « collectif » pour gérer Cronstadt. Cette « nébuleuse anarchiste » dirigera le port avec bonheur... pendant seize jours, car à Moscou, le pouvoir bolchevique a pris la funeste décision d'envoyer l'Armée rouge pour mater la révolte. Elle sera noyée dans le sang par le futur maréchal Toukhatchevski.

 

 

 

Les marins de Cronstadt

Les marins de Cronstadt

 

 

 

Cette erreur fatale du nouveau pouvoir soviétique allait avoir des conséquences irréparables sur le destin du communisme russe car, malgré la mise en œuvre de la NEP (nouvelle politique économique) relançant l'initiative paysanne, la bureaucratie prit le pouvoir au détriment de la réflexion et de l'action politiques faisant le lit du pouvoir personnel et du stalinisme.

 

Cette chape de plomb a recouvert de son sarcophage grisâtre une des plus belles idées de l'émancipation humaine.

 

Le 27 février est donc un jour de deuil pour la gauche. »

 

 

Non, ce n’est pas une erreur.

 

 

Chérasse - Vingtras écrit donc qu’il s’agit d’une « erreur fatale du nouveau pouvoir soviétique ». Non, ce n’est pas une erreur. Au contraire, le nouveau pouvoir ne pouvait tolérer une insurrection révolutionnaire en son sein. Il fallait écraser à tout prix la « Commune libre » de Cronstadt. Elle représentait pour les Bolchéviks un danger mortel. Et c’est Trotsky qui s’en chargea avec zèle. Il est curieux que les trotskistes en Europe esquivent cet aspect de la carrière de leur idole…

 

Les débuts du pouvoir léniniste et la guerre civile n’ont fait qu’instaurer le pouvoir totalitaire d’une oligarchie qui allait régner sans partages sur la Russie pendant septante quatre ans et quarante quatre ans sur l’Europe centrale. La Russie d’aujourd’hui est toujours sous le joug d’une oligarchie dont certains membres sont les héritiers de la précédente.

 

Leur force fut l’extraordinaire maîtrise de la propagande qui réussit pendant des années à faire illusion sur la classe ouvrière dans le monde et particulièrement en Europe. On ne pouvait toucher à la « patrie du socialisme ». On connaît ces épisodes pitoyables où des intellectuels occidentaux furent invités et reçus comme des princes à Moscou et ne tarirent pas d’éloges sur le pouvoir communiste soviétique. On se rappelle la terrible parole de Jean-Paul Sartre après l’écrasement de l’insurrection hongroise en 1956 : « Il ne faut pas désespérer Billancourt ! ». C’est-à-dire évitons de dire la vérité aux ouvriers. Ils pourraient se poser des questions et prendre exemple sur les marins de Cronstadt.

 

Et aujourd’hui, cette maîtrise de la propagande est entre les mains des « libéraux libertariens » qui usent des mêmes techniques que leurs prédécesseurs communistes bolchéviks, techniques bien plus sophistiquées grâce aux innovations technologiques, tout cela dans l’intérêt d’une oligarchie qui tient les leviers de l’économie mondiale.

 

La Commune de Paris de 1871, la Commune libre de Cronstadt de 1921, le pouvoir ouvrier à Barcelone de 1937, toutes tentatives d’instaurer une vraie révolution démocratique et sociale, un réel pouvoir du peuple sans intermédiaires aussi inutiles que nuisibles, toutes tentatives écrasées par les pouvoirs bourgeois, bolchéviks et fascistes.

 

Jean Chérasse a raison : c’est un triste anniversaire pour la gauche, mais surtout pour les peuples.

 

 

 

Pierre Verhas

 

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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 21:51

 

 

 

Dans les médias, dans ces lieux divers où l’on prétend penser notamment avec des ouvrages prétendument savants, combien ne perçoit-on de bavardages, de pédanteries, d’analyses « définitives » sur les bouleversements de notre société occidentale confrontée au chaos de l’économie engendrant la misère, à ce qu’on nomme le choc des cultures source d’exclusions, à la peur de l’avenir ?

 

 

Autant le XXe siècle, en dépit des pires tragédies qui s’y sont déroulées, engendra l'espérance, autant ces deux premières décennies du XXIe inspirent la crainte et nourrissent le désespoir. « No future », cette expression née il y a trente ans, est aujourd’hui très actuelle.

 

 

Epiloguer à ce sujet est aisé, prétend nourrir la réflexion, mais relève du domaine de l’abstraction, de l’apparence. Certes, nous détectons des signes inquiétants, mais la seule discussion conceptuelle est loin d’être suffisante.

 

 

Ah oui ! C’est l’éternel débat sur Fabrice à la bataille de Waterloo qui voit les choses de trop près et qui est donc incapable d’expliquer ce qu’il s’est passé, de dire qui a perdu, qui a gagné ! Ou de Jean Gabin dans le film « Le Président » qui avoue : « On voit mal les choses quand on est trop près ! Pour ma part, à Verdun, je n’ai vu que six camarades à mes côtés, tombés tout près de moi ! »

 

 

Or, pour bon nombre, la vérité ne peut être établie que si l’on a une vision lointaine des choses. Mais tellement éloignée que la réalité est noyée dans la brume et il est si confortable d’ergoter dans le flou.

 

 

C'est sur le terrain que cela se passe !

 

 

C’est sur le terrain que cela se passe. Et le terrain en l’occurrence, c’est le Tribunal de la Jeunesse de Bruxelles. Tribunal où l’on voit passer des jeunes mineurs d’âge ou à peine adultes, empesés d’un passé de violences et à l’avenir compromis, des parents inconscients dans certains cas, ou désemparés dans d’autres. Tribunal où l’on voit surtout l’impuissance de la société à répondre à ce défi malgré les efforts constants de magistrats, d’avocats et d’assistants sociaux – le plus souvent des femmes – qui tentent de sortir ces jeunes gens du guêpier où la société et eux-mêmes sont tombés. Tribunal qui est leur seule bouée de sauvetage et que ces jeunes paumés répugnent à saisir.

 

 

Appelons un chat un chat ! La majorité des jeunes délinquants passant devant le prétoire sont de jeunes garçons d’origine maghrébine, c’est-à-dire confrontés dès la naissance à la précarité et à des traditions ancestrales venues de « là bas » et aussi à l’indifférence des autorités incapables d’assurer une éducation adéquate et un véritable apprentissage des règles assurant une vie sociale normale.

 

 

La présidente du Tribunal nous l’a dit : « Leur culture est un enrichissement et il serait criminel de la rejeter, mais sans le respect des règles de base, rien n’est possible ! »

 

 

J’ai trois enfants et deux filles…

 

 

Oui – et les choses vont souvent très loin. Un jeune délinquant ayant atteint la majorité légale de 18 ans, il y a quelques semaines, « vieux client » du Tribunal – sa première comparution date de 2013 – est en aveu pour des faits très graves commis l’année dernière : vol à main armée et en bande, vol simple, violence contre des personnes, détournement de fonds via une carte bancaire subtilisée à son propriétaire avec laquelle il a notamment « acheté » une bouteille de vodka dans un night shop pour tester la validité de la carte. Sa spécialité : s’attaquer la nuit dans le quartier chaud des environs de la gare du Nord de Bruxelles aux « clients » des prostituées. Et cerise sur le gâteau : consommation permanente de cannabis.

 

 

Faits très graves, certes, mais tellement courants que les médias n’en font même plus état. L’opinion s’en fout. Seules, les victimes ne s’en foutent pas…

 

 

Revenons à notre gamin debout, penaud et tremblant devant la Présidente du Tribunal et le Procureur du roi. Ses parents divorcés sont également présents. Le père est un marchand ambulant d’olives sur les marchés de Bruxelles et environs. La Présidente lui demande combien il a d’enfants. Le père répond :

 


  - J’ai trois enfants et deux filles !

 

 

Face à la surprise du Tribunal sur cette réponse, il ajoute, un peu décontenancé :

 

   - Mais pas tous de la même femme !

 

 

Ah ! Les grands discours sur l’égalité hommes – femmes ! A quoi servent-ils sinon à l’autosatisfaction des beaux esprits ? Voilà un homme âgé d’une cinquantaine d’années qui est convaincu que le père – le pater familias – est le maître absolu de la famille, que la femme est juste bonne à procréer et à faire la cuisine et le ménage.

 

 

En réalité, c’est le rejeton qui est le « caïd ». Il terrorise sa mère qui l’héberge et, de son côté, son paternel ne parle que de l’embaucher pour l’aider à vendre ses olives et sans doute, si pas surtout, l’exploiter… Il avoue payer son fils 50 Euros en noir pour dix heures de travail. Sans doute, juste de quoi acheter sa dose quotidienne de cannabis. La bouffe, le logis et le blanchissage, c’est bon pour la mère.

 

La Présidente propose même à la mère de mettre son fils à la porte. Après tout, il est majeur et la loi le lui permet. Silence terrifié de la mère. Si elle fait cela, elle n'ignore pas le sort que lui réserve son fils...

 

 

Odieux, révoltant, évidemment ! Mais prenons le temps de la réflexion.

 

 

Quand les travailleurs maghrébins sont arrivés en Europe il y a plus de quarante ans, pour contribuer à notre prospérité et à l’accroissement du capital, ils ont apporté leur société dans leurs bagages et ne l’ont jamais déballée. Ils vivent comme « là bas » et, en définitive, on ne peut le leur reprocher. De la Palestine au Rif, la société de « là bas » est archaïque. C’est le patriarcat. Et l’accueil ici fut purement économique. Autrement dit, on les embauchait en masse pour faire du fric et le reste, on s’en foutait !

 

 

Heureusement qu’il y eut les organisations syndicales qui luttèrent pour leur accorder un statut social égal à celui des travailleurs belges, autrement dit, un minimum de dignité. Cependant, aucun effort réel n’a été consenti par les autorités politiques pour leur adaptation – c’est volontairement que je n’écris pas « intégration » - et pour l’éducation des enfants. Ajoutons à cela les conséquences de la crise et on devine le résultat.

 

 

Retour à notre affaire. La mère, elle, est désemparée et lâche sa colère devant le Tribunal. Elle héberge son jeune fils, alors que son père l’emploie de temps à autre pour l’aider à son étal dans les marchés. Le gamin erre à sa guise, rentre aux aurores, dort la journée, glande. Le reste du temps, il fume de la « moquette ». Avec quel argent se la procure-t-il ? Mystère !

 

 

Quant à la scolarité, passons à l’ordre du jour…

 

 

Le père intervient à plusieurs reprises pour dire au Tribunal qu’il est prêt à engager son fils pour qu’il l’aide sur les marchés. Il s’engage à ce qu’il soit régulier et qu’il se lève tôt… pour mieux l’exploiter, sans doute.

 

 

Le Procureur du roi qui siège à côté de la présidente du Tribunal, consent pour finir à cette solution. Le fils doit travailler avec son père, régulièrement et sous contrôle, faute de quoi il sera transféré au tribunal correctionnel pour adultes. Son salaire servira à rembourser les victimes de ses méfaits. Tout le monde est d’accord, sauf sans doute la présidente du Tribunal qui, sceptique, précise qu’elle n’est pas tenue à suivre les réquisitions du Procureur…

 

 

L’avocate du gamin se rallie à la réquisition du Procureur tout en reconnaissant les difficultés et en enjoignant son « client » et ses parents à prendre enfin leurs responsabilités.

 

 

Bref, tout semble pour le mieux dans le meilleur des mondes.

 

 

Le jeune homme soulagé – il tremblait comme une feuille pendant toute l’audience – n’a manifestement pas très bien compris l’enjeu, ou  n'a pas voulu comprendre. Il s’adresse au Procureur ayant retrouvé l’arrogance typique des voyous :

 

      - Je boirai un verre de vodka à votre santé !

 

 

C’en était trop ! Cela déclencha l’ire tonitruante du magistrat marri par ce mépris. Il menaça même de revoir ses réquisitions devant pareille attitude. Le paternel tenta de calmer le jeu en s’engageant à surveiller son fils à son travail et promettant même d'avertir le Tribunal s’il ne remplissait pas ses devoirs.

 

Ah oui ! J'oubliais parce que cela me semblait aller de soi : Le Procureur est aussi d'origine maghrébine. Deux parcours qui s'entrechoquent. Et un magistrat de la même origine que l'inculpé, cela n'a en définitive aucune importance. Et pourtant, nous en sommes encore à trouver cela surprenant...

 

 

L’audience était terminée pour cette affaire. Les parents et le gamin se retirent. Le Procureur eut la curiosité de les observer à leur sortie. Le fils est parti sans ses parents… Le jugement sera prononcé le mois prochain. On verra ! Ou bien, à l’évidence, c’est tout vu.

 

 

Je n’aime pas l’hôpital !

 

 

Voilà deux parents. La mère, 49 ans, et le père, la cinquantaine, qui comparaissent pour négligences à l’égard de leurs enfants. Ils vivent dans un appartement à une chambre, la mère et le père et sept enfants.

 

 

Le père est en invalidité. Un gaillard ayant l’air en pleine forme, pourtant… Enfin, passons.

 

 

La Présidente du Tribunal demande à la mère si elle compte travailler. Réponse :

 

 

    - Non, je n’en vois pas l’utilité !

 

 

Silence gêné. Que répondre à cela ?

 

 

Pourtant les faits sont préoccupants : les personnels de l’école ont constaté que les enfants étaient insuffisamment nourris. En outre, ils avaient tous les quatre un sérieux retard d’apprentissage.

 

 

La Présidente rappelle à la mère - sept enfants dont le dernier né il y a quelques mois - qu’il existe des moyens pour éviter d’avoir encore des enfants. Indifférence de celle-ci.

 

 

Mais, il y a pire : les enfants ne sont pas vaccinés et le père refuse de procéder à la vaccination.

 

 

Une fois de plus, la Présidente tente de faire prendre conscience aux parents des conséquences catastrophiques qu’entraîne ce refus.

 

 

  • La polio a été éradiquée, mais elle revient ! Mesurez-vous les conséquences ?

     

     

    Le père ne répond pas. La mère est tétanisée. La Présidente menace.

     

     

  • Les témoins de Jéhovah qui refusent de faire vacciner leurs enfants sont sanctionnés. Vous pourriez l’être comme eux, ne l’oubliez-pas !

     

     

    En vain ! Finalement, après pas mal d’insistance, le père finit par « avouer » :

     

  • Les vaccinations se font en hôpital. J’ai peur de l’hôpital ! Je n’aime pas l’hôpital !

     

     

    La juge lui rappelle que les vaccinations peuvent se faire ailleurs qu’en milieu hospitalier, dans des maisons médicales, par exemple. Rien n’y fait.

     

     

    Et puis, le rapport des services sociaux est sans appel : outre la non vaccination, en plus de la malnutrition, les enfants sont mal vêtus : ils portent des habits trop petits !

     

     

    Pas de vaccination, nourriture et habillement insuffisants, logement insalubre et promiscuité, refus de travail de la mère. Rien n’est positif.

     

     

    Que faire ? La Présidente prononcera le jugement à la fin du mois d’avril prochain.

     

     

    Mais que va-t-il se passer ? Si la juge ordonne le placement des enfants, certes, cela les préservera quelques temps, mais est-ce une solution à long terme ? Cela leur apportera-t-il enfin l’éducation qu’ils méritent pour plus tard affronter la vie, la « mordre à pleine dents »… Combien de fois ai-je entendu cette expression en ce Tribunal ?

     

     

    Bon, une date est proposée pour le prononcé du jugement. Le père hésite. Il informe la juge qu’à ce moment, il se fera soigner à l’hôpital…

     

     

    Tiens, il me semble avoir entendu qu’il a peur de l’hôpital… Un ange passe !

     

     

    Voilà. Les deux autres audiences sont celles d’un adolescent placé en IPPJ et la Juge a permis après un certain temps qu’il réintègre sa famille et d'un jeune délinquant.

     

     

    Le gamin a une scolarité incomplète. Il se rend deux jours par semaine à l’école. Le reste du temps, il prétend travailler dans une grande surface pour vivre.

     

     

    Mais il est incapable de produire un curriculum vitae, un contrat de son employeur, son journal de classe.

     

     

    Bah ! Inutile d’insister ! Il est bientôt majeur et le dossier au Tribunal de la jeunesse sera bientôt clôturé. On sent bien que le jeune homme le sait et qu’il est venu parce qu’il le fallait bien.

     

     

    L'autre gosse. Lui, c’est un délinquant : cambriolage, bagarres diverses, renvoyé de son école parce qu’il s’est amusé avec un « camarade » à tabasser un autre élève.

     

     

    Un léger espoir sans doute. Les rapports provenant de sa nouvelle école sont favorables. OK, on verra.

  •  

  •  

    La revue des deux mondes

     

     

     

    Comme dans la revue, deux mondes s’affrontent en ce Tribunal : d’une part, des magistrats, des avocats et des assistants sociaux animés par une volonté inébranlable de sortir ces jeunes de la mélasse. Et, de l’autre côté, des parents et des jeunes gens irresponsables, ignorant les fondamentaux de notre société, indifférents aux propos des juges, n’ayant aucune considération pour leurs jeunes avocates pour la plupart commises d’office qui tentent, elles aussi, de contribuer à l’élaboration de la solution la plus adéquate pour leurs jeunes clients.

     

     

    Deux mondes ne parlant pas la même langue et qui ne peuvent se comprendre.

     

     

    Et ces jeunes gens ? Que faire et surtout, qu’en faire ? Que deviendront-ils ?

     

     

     

    Something wrong

     

     

     

    « Something wrong in the State of Denmark »… Quelque-chose est brisé ! La société qui nous est depuis si longtemps chantée comme libre, protectrice, progressiste, est en réalité moribonde. Les juges et les avocats revêtus de leurs toges que nous avons rencontrés, ne peuvent qu’appliquer la loi qui est leur seule arme, mais une arme qui, depuis longtemps, n’a plus de cartouches.

     

     

    Force doit rester à la loi, dit-on. Non, la force est ailleurs. Elle se trouve chez ces jeunes paumés qui le savent et qui en font le pire usage. Et cela finira par les emporter.

     

     

    Et cette force a échappé à celles et ceux qui ont la charge de préserver et de transmettre les principes fondamentaux devant animer notre société et donner à chacun les moyens de leur épanouissement.

     

     

     

    À qui la faute ? A ceux qui ont mis leurs intérêts personnels et leurs ambitions au détriment du bien de tous et, pour ce faire, imposé les idées mortifères qui nous mènent à la ruine et au chaos.

     

     

     

    Par leur aveuglement et leur égoïsme, ils ont allumé la mèche d’une bombe à retardement. Bientôt, elle explosera et tout sera anéanti.

     

     

    Y a-t-il un espoir ? Oui mais, comme tous les espoirs, il est ténu. Il porte un nom :

     

     

    Résistance !

     

     

     

    Pierre Verhas

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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 11:05

 

 

 

Depuis plus de deux décennies, les habitants du Nord et de l’Est de la Région bruxelloise se plaignent du bruit infernal des avions au décollage et à l’atterrissage de l’aéroport de Zaventem, officiellement « Brussels airport ».

 

 

Ce sont surtout les vols de nuit effectués par des appareils des compagnies cargo – il y en a vingt-six à Bruxelles – qui sont visés. En effet, les aéronefs utilisés par ces compagnies sont assez anciens et ne répondent pas aux normes de bruit actuelles.

 

 

Pour compléter le tableau, la solution à ce problème est introuvable. La ministre écologiste Isabelle Durant a voulu interdire les vols de nuit, au grand dam des compagnies et suscitant l’indignation des partenaires libéraux du gouvernement de l’époque. En plus, ce problème a une connotation « communautaire » : le survol à basse altitude a lieu au-dessus de la Région bruxelloise et l’aéroport de Zaventem est situé en Région flamande… Par après, on a tenté avec Belgocontrol – la société qui gère le contrôle de l’espace aérien belge – de trouver des « routes » afin de gêner au minimum les habitants. Ce fut entre autres la fameuse « route Onkelinx » du nom de la ministre socialiste des communications de l’époque.

 

 

Passons les multiples péripéties de ce dossier. Le gouvernement bruxellois a tranché : un arrêté d’interdiction de survol avant 7h du matin des aéronefs dépassant les normes de bruit, sous peine d’amendes substantielles, a été pris et est d’application.

 

 

 

 

Michael O'Leary est très fâché sur la région bruxelloise et menace de geler les investissements de Ryanair à l'aéroport de Bruxelles. Bof !

Michael O'Leary est très fâché sur la région bruxelloise et menace de geler les investissements de Ryanair à l'aéroport de Bruxelles. Bof !

 

 

 

Cela provoque une levée de boucliers de la part des responsables de l’aéroport de Zaventem et des différentes compagnies aériennes. Même le fantasque patron de Ryanair, Michael O’Leary, y est allé de ses menaces : si cet arrêté n’est pas abrogé, nous gelons les investissements à Brussels airport ! Rien que ça ! Bernard Gustin, le CEO de Bussels airlines, la compagnie aérienne belge qui a succédé à la défunte Sabena, propose une concertation pour arriver à un accord global et durable entre toutes les parties, mais il ajoute :

 

 

 

Bernard Gustin, CEO de Brussels airlines, a un discours plus policé qu'O'Leary, mais il est tout aussi ferme.

Bernard Gustin, CEO de Brussels airlines, a un discours plus policé qu'O'Leary, mais il est tout aussi ferme.

 

 

 

« Nous n'avons pas besoin d'un aéroport qui doit être restreint. Celui-ci doit être développé et il faut arrêter de survoler Bruxelles comme on le fait aujourd'hui. » Autrement dit, plus d’amendes. On recherche d’autres plans de vol et on permet l’extension de Zaventem – Brussels airport.

 

 

Observons au passage que les médias donnent bien plus de temps d’antenne aux responsables des compagnies aériennes et de l’aéroport qu’au gouvernement bruxellois et aux opposants au survol de Bruxelles.

 

 

Alors, au vu des difficultés, on pourrait s’orienter vers une solution bien néolibérale : la transaction.

 

 

Paul Jorion, dans son ouvrage « Le dernier qui s’en va éteint la lumière » (Fayard 2016) cite Ronald Coase, un économiste britannique qui a vécu 103 ans ! (1910 – 2013), titulaire du prix Nobel d’économie, théoricien du néolibéralisme.

 

 

Ronald Coase pense que la solution des problèmes écologiques passe par la privatisation des biens communs qui nous restent. Pour lui, au lieu d’interdire aux entreprises de polluer, organisons un commerce du droit de polluer et « l’intérêt bien compris des pollueurs fera baisser d’un point de vue global les émissions ».

 

 

C’est un raisonnement digne de celui de la « main invisible ». C’est ainsi qu’a été élaborée la fameuse et catastrophique bourse du carbone.

 

 

Il n’y aurait pas de réglementation de limitation de la pollution, mais concurrence du droit à produire et du droit des tiers à ne plus subir la pollution. Autrement dit, le producteur achèterait le droit de nuire à la santé des tiers !

 

 

Autant dire à un condamné à mort qu’on lui paiera l’usage de la lame de la guillotine !

 

 

Ce raisonnement est typique de celui des économistes libéraux : la marchandisation des biens et des droits collectifs.

 

 

Et, une fois de plus, on ne se trouve pas entre partenaires égaux. Que peuvent des particuliers, même associés, face à des entreprises transnationales ? Il s’agit une fois de plus de transactions léonines présentées comme des solutions équitables.

 

 

Jorion ajoute : « Autrement dit, pour appeler un chat un chat : la théorie économique standard fait comme si les financiers étaient des philanthropes plutôt que des marchands. »

 

 

En quelque circonstance que ce soit, les producteurs cherchent avant tout à maximiser les profits. Et cela n’est pas mesurable en science économique…

 

 

Alors, verra-t-on dans le cadre du conflit riverains – compagnies aériennes une solution du genre d’une indemnisation, par exemple, pour isoler acoustiquement les habitations, ou simplement en espèces sonnantes et trébuchantes ?

 

 

 

 

Parfois, des avions passent très bas au-dessus de Bruxelles. Bonjour le bruit et les gaz à effet de serre...

Parfois, des avions passent très bas au-dessus de Bruxelles. Bonjour le bruit et les gaz à effet de serre...

 

 

 

Ce serait la plus mauvaise des solutions, car la source du mal restera, au plus grand bénéfice des compagnies aériennes et de l’aéroport. Et on oublie souvent un autre aspect : la pollution par le bruit est accompagnée de la pollution de l’atmosphère.

 

 

Alors, bonjour dès potron minet aux bruyants gaz à effet de serre…

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 22:13

 

 

 

Les choses changent. Brexit, victoire de Bachar elAssad à Alep, élection de Donald Trump, campagne électorale présidentielle française allant dans tous les sens. Tout cela ne va manifestement pas dans le sens voulu par l’establishment. Faut-il s’en réjouir ? D’un côté, on ne va pas pleurer et c’est même réjouissant qu’il en prenne plein la figure, mais de l’autre, on aurait souhaité que cela se passe autrement. Il faut s’appeler Marine Le Pen ou Geert Wilders pour se réjouir de la victoire du milliardaire de New York.

 

 

Le prix Nobel d’économie 2001, l’économiste américain Joseph Stiglitz bien connu des lecteurs d’Uranopole et le chef économiste de l’Agence française de développement, Gaël Giraud ont accordé un entretien au quotidien « Le Monde » daté de vendredi 3 février 2017 sur le piège populiste et particulièrement sur l’entrée de Donald Trump à la Maison blanche.

 

 

Face à la mondialisation néolibérale, beaucoup pensent que le protectionnisme est la solution pour éviter les délocalisations, le chômage, la précarité. L’infâme Donald Trump a basé sa campagne électorale sur le protectionnisme, la fermeture des frontières US à l’immigration et sur l’isolationnisme en matière de politique étrangère.

 

 

 

 

L'infâme plastronnant avec ses immondes décrets de rejet de l'Autre.

L'infâme plastronnant avec ses immondes décrets de rejet de l'Autre.

 

 

 

Stiglitz qui est un adversaire farouche de la mondialisation néolibérale s’insurge contre le programme du nouveau locataire de la Maison blanche. Il a pris comme premières mesures d’interdire au secteur automobile qui est le plus important secteur industriel étatsunien de délocaliser et de taxer les importations de voitures étrangères, essentiellement allemandes.

 

 

Les dégâts de l’infâme

 

 

Ensuite, l’infâme Trump veut réduire les impôts des plus riches – comme Reagan l’avait fait dans les années 1980 – mais il feint ne pas prendre en compte le déficit public US qui est déjà énorme et qui, en plus, risque de s’accroître avec l’augmentation des dépenses en matière de défense. Bref, rien de nouveau sous le Soleil, la typique politique de droite agrémentée de protectionnisme. Et sans aucune perspective, car comme l’explique Joseph Stiglitz qui veut, au contraire, réduire les dépenses militaires :

 

 

 

 

¨L'économiste français Gaël Giraud avec le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz

¨L'économiste français Gaël Giraud avec le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz

 

 

 

« … en réduisant nos dépenses militaires, qui entretiennent un armement correspondant à celui de la guerre froide, plus du tout adapté aux enjeux d’aujourd’hui, tels que le terrorisme. »

 

 

C’est oublier les pressions du complexe militaro-industriel qui produit ses armements obsolètes à son plus grand profit…

 

 

Cet isolationnisme et cette politique de réduction d’impôts pour les plus nantis n’est évidemment pas la solution pour le prix Nobel. Au contraire, ce seront les travailleurs victimes des délocalisations qui seront les premiers atteints.

 

 

« L'ironie est que les personnes qui ont le plus souffert ces vingt-cinq dernières années en seront les premières victimes. Le programme de Donald Trump risque d'enclencher un cercle vicieux. En réduisant les impôts pour les plus riches, il va creuser le déficit. Ce déficit devra être financé par l'entrée de capitaux étrangers, ce qui fera mécaniquement monter le dollar, tout comme les restrictions au commerce qu'il veut imposer. Or, le dollar fort va pénaliser durement le secteur industriel exportateur. M. Trump sauvera peut-être quelques centaines de jobs en convainquant des usines de ne pas délocaliser, mais cela ne compensera pas les emplois ainsi perdus.»
 

 

 

 

Le déficit devra être financé par des capitaux étrangers et cela fera monter le dollar, ce qui réduira les exportations US. Alors, les emplois « sauvegardés » ne feront pas le poids face aux emplois perdus.

 

 

 

Trump tente d’instaurer un ordre ultralibéral mondial.

 

 

 

Certes, Trump s’est engagé à en finir avec les traités de libre échange comme le TTIP, mais comme le dit Stiglitz :

 

 

« Il faut maintenir un système mondial ouvert. Si l’on se renferme, on va perdre. » Et cela vaut pour les USA comme pour l’Europe. L’économiste américain ajoute :

 

 

« La mondialisation doit être pensée de façon à protéger les perdants – et il y en a.

 

 

Des questions se posent sur le bien-fondé de certains accords commerciaux. Prenons le TTIP : son effet positif était estimé à 0,15 point de produit intérieur brut sur quinze ans. Autant dire rien. Le TTIP n’était pas un accord commercial, mais un accord d’investissement pour restreindre la régulation et avantager les grosses firmes. »

 

 

Autrement dit instaurer un régime ultralibéral mondial.

 

 

Et cette politique de droite engagée par Donald Trump est bien entendu accompagnée par la dernière phase de la privatisation des ressources naturelles (le gaz de schiste qui est extrait sans permis, les exploitations minières dans les pays du Tiers-monde, etc.), du travail (par l’uberisation et l’économie dite de « partage ») et de la monnaie (par la généralisation des transactions électroniques). C’est ce que dénonce Gaël Giraud :

 

 

« La privatisation des ressources naturelles, du travail et de la monnaie amorcée depuis la première vague de mondialisation à la fin du XIXe siècle, a conduit à la hausse des inégalités, au chômage et une dépression déflationniste suite au krach de 1929, intolérables pour les sociétés ouest-européennes. Ces évolutions ont provoqué une forte réaction populiste analogue à ce que nous observons aujourd’hui. »

 

 

Il y a cependant une différence fondamentale entre la régression d’aujourd’hui et la crise de 1929. La technologie n’avait pas encore pris la place du travail et il y avait un puissant mouvement des travailleurs qui exerçait une pression efficace sur les pouvoirs. Si les fascismes sont le fruit du désarroi de la population, ils ont été aussi alimentés par le grand capital de l’époque.

 

 

Aujourd’hui, le travail a été délocalisé et est aussi remplacé par les robots. Ce n’est donc pas la « fin du travail » comme certains le prétendent, c’est en réalité son transfert là où il est au moindre coût.

 

 

Alors, que faire ?

 

 

Stiglitz préconise :

 

 

« L’Europe doit surtout se détourner plus franchement des politiques d’austérité. Pour éviter le désenchantement et le populisme, il faut montrer que la politique économique est efficiente. Une relance budgétaire bien utilisée peut produire des résultats à court et plus long terme. Une réforme de la gouvernance dans la zone euro est aussi nécessaire. »

 

 

Très bien. Mais qui le fera ? Les dirigeants européens actuels usés, rejetés et décrédibilisés n’en sont pas capables et n’en ont même pas la volonté.

 

 

Le monétarisme a tué l’Europe.

 

 

La monnaie unique est dénigrée de partout. Ainsi, le ministre- président wallon Paul Magnette rendu célèbre après son opposition au CETA dit dans une interview au journal « l’Echo » :

 

 

 

 

Paul Magnette envisage de sortir la Wallonie de certaines compétences européennes.

Paul Magnette envisage de sortir la Wallonie de certaines compétences européennes.

 

 

 

« C’est une monnaie mal pensée. Elle a été conçue selon une logique monétariste: créons une monnaie et l’économie suivra. Cela n’a pas marché. La convergence économique ne s’est pas réellement produite par l’effet de l’euro. Cela n’a pas non plus amené à créer une vraie politique économique européenne: il n’y a pas de vrai budget, pas de vraies ressources propres. Une union monétaire sans union économique a pour seul effet de neutraliser la variable monétaire dans les ajustements entre les Etats membres. Du coup, l’ajustement se fait sur des législations sociales et fiscales qui n’ont pas convergé. Cela a produit ce qu’on pouvait craindre: l’euro a accéléré une dérégulation sociale et fiscale, il a inversé la logique de l’Union européenne. »

 

 

Et Paul Magnette précise :

 

 

« Toute la logique de l’Union européenne est une logique de convergence et de protection. Aujourd’hui, il y a une asymétrie fondamentale: la monnaie est contraignante; la libéralisation se décide à la majorité absolue des États membres; mais l’union sociale et l’union fiscale, c’est l’unanimité. Donc il y a quelque chose de bancal dans le système. Ce sont une vingtaine d’années qui ont complètement retourné le sens de l’Union européenne. Parce que jusqu’alors, la logique des traités fondateurs, l’idée c’était toujours: je dérégule au niveau national mais je rerégule en même temps au niveau européen est une logique de convergence et de protection. Aujourd’hui, il y a une asymétrie fondamentale. »

 

 

Et des conséquences dramatiques ! Il aurait pu ajouter que les traités qui accompagnent cette politique monétariste ont précipité la Grèce dans la régression et sa population dans la précarité. Et ce n’est pas fini ! La « Troïka » menace à nouveau le gouvernement grec de représailles s’il ne prend pas de nouvelles mesures d’austérité.

 

 

Cette politique est criminelle et est aussi condamnable que les actes de guerre passibles de la Cour pénale internationale.

 

 

Cela dit, les excès de Trump pourraient se retourner contre lui et amener des changements fondamentaux dans la structure géopolitique mondiale.

 

 

Un nouvel ordre mondial… chinois

 

 

Gaël Giraud explique :

 

 

« De nouveaux arrangements se dessinent déjà entre émergents comme le Brésil, l’Inde, la Chine, la Russie. Ils sont en train de mettre en place leurs propres banques de développement et s’efforcent à réduire leur dépendance à l’égard du système né à Bretton Woods. L’ère Trump pourrait donner un nouvel élan à la Chine pour devenir le leader de ces pays et forger un ordre international à sa façon. »

 

 

Et l’Europe dans tout cela ? On voit mal un Juncker ou un Tusk s’atteler à une profonde réforme de la politique économique européenne, d’autant plus que l’Allemagne, que ce soit Merkel ou Schultz qui l’emportera en septembre 2017, n’en voudra à aucun prix. L’ordolibéralisme a de beaux jours devant lui au détriment des peuples d’Europe, même si Giraud estime que « l’Europe a même aujourd’hui une occasion unique de jouer un rôle plus important sur la scène internationale et dépasser les tensions entre les créanciers du nord de l’Europe et les débiteurs du Sud. »

 

 

Bref, le changement n’est pas pour maintenant, à moins que d’autres en décident.

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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