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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 09:15

 

 

Le dilemme se pose depuis dimanche 23 avril : le fascisme ou le néolibéralisme. Et en définitive, il n’y a pas grande différence : instauration d’un « pouvoir fort », régression sociale, démantèlement de l’économie, carcan d’une pensée unique, etc. Nous vivons en réalité le choc de deux extrémismes.

 

 

Le Pen, c’est l’extrême-droite classique revêtue de la « post-modernité ». C’est avant tout l’exclusion, la haine de l’Autre. L’Autre, c’est l’Arabe, c’est le Juif (enfin, on le pense, mais on n’ose pas le dire … sauf quand on se lâche, comme sur le Vel d’Hiv), c’est l’Europe, c’est « Bruxelles ». C’est le retour au pétainisme, c’est la résurrection de Maurras. Et on use de la même stratégie que les « anciens » : on recouvre tout cela d’un vernis « social », miroir aux alouettes pour une classe ouvrière en détresse.

 

 

 

 

Ne vous fiez pas à son air rassurant !

Ne vous fiez pas à son air rassurant !

 

 

 

Ainsi, va-t-on connaître la violence de la guerre contre tout ce qui gêne le pouvoir, celle de la traque d’un bouc émissaire – essentiellement l’étranger, l’allochtone –, celle de la militarisation de la société, celle d’un Etat brutal, celle – et cela ne concerne pas que la France – d’un Frexit qui isolera le pays de Voltaire comme jamais il ne l’a été.

 

 

Macron, c’est l’extrême-centre. Pour le philosophe québécois Alain Denault, cité par « le Soir » du 27 avril : « Le discours centriste de Macron est extrémiste dans la mesure où il est destructeur du point de vue de l’écologie, inique d’un point de vue social et impérialiste d’un point de vue diplomatique. Il se présente abusivement sous les jours de la pondération. »

 

 

 

Emmanuel Macron et sa femme. A-t-il le bon profil pour le poste ?

Emmanuel Macron et sa femme. A-t-il le bon profil pour le poste ?

 

 

 

Ainsi, va-t-on connaître la violence d’un pouvoir privé, celle des usines que l’on délocalise, celle de l’exclusion par le chômage, celle de la précarité, celle d’un choc culturel qui balayera un édifice intellectuel, artistique, scientifique façonné depuis des générations, celle de la fin du progrès, au nom du progrès.

 

C’est donc choisir entre Charybde et Silla qui est demandé aux électeurs français. Aussi, la tentation est grande de renvoyer dos à dos les candidats représentant ces deux extrêmes.

 

Jean-Luc Mélenchon l’a fait le soir du scrutin. Il laisse à chacun le soin de prendre ses responsabilités. Tollé de l’establishment et des médias ! Une occasion de plus de « diaboliser » le leader de « France insoumise » qui est accusé d’être l’allié objectif de KriegsMarine Le Pen ! Michel Onfray, de son côté, prétend que cette élection est très bien combinée : le challenger de la candidate d’extrême-droite est certain de l’emporter ! Pour lui, ce scrutin est une élection à un tour.

 

Sans doute, mais c’est sans compter les aléas d’une campagne pour le deuxième tour qui est très mal partie pour le « favori ». En effet, Emmanuel Macron, sa victoire à peine connue, s’est montré d’une arrogance sans pareil. Et cela a commencé le soir même du premier tour.

 

La bulle Macron

 

 

Il prononça le dimanche soir un discours de victoire sans queue ni tête où il n’a parlé que de lui et de… sa femme, pour terminer la soirée dans une brasserie avec ses proches. Dans ce Fouquet’s au rabais, il a fêté sa « victoire » à la première mi-temps ! Pas très sérieux tout cela ! Pas très « pro », le banquier !

 

 

 

 

Macron avec Stéphane Bern à la Rotonde le dimanche 23 avril. Son Fouquet's au rabais...

Macron avec Stéphane Bern à la Rotonde le dimanche 23 avril. Son Fouquet's au rabais...

 

 

 

L’essayiste américain David Goldman dit à propos de Macron : « Macron is pure bubble ! » Il est une bulle telle celle qui se forme régulièrement sur les marchés financiers. Mais toutes les bulles finissant par éclater ! Aussi, on peut penser que KriegsMarine cherche une aiguille…

 

 

Suite à cela, un de mes correspondants, Luc-Paul Badet, a posé sur Facebook les questions pertinentes :

 

 

Pourquoi Macron, lors de sa victoire au premier tour, n’a-t-il pas parlé de la montée et du danger frontiste ?


Pourquoi ne s’est-il pas adressé à celles et ceux qui se sont ralliés à lui, non par adhésion, mais par raison ?


Pourquoi ne s’est-il pas adressé aux gens qui souffrent de la mondialisation, de la fracture sociale, de l’endettement, de la pauvreté ?


Pourquoi Macron n’a-t-il pas parlé de la Laïcité, de son programme concernant la montée des Frères musulmans en France ?


Pourquoi Macron n’a-t-il fait un discours fondateur, basé sur un socle de valeurs inaliénables ?


Pourquoi Macron n’a-t-il pas proposé un gouvernement d’Union Nationale, s’il était élu ?

 

 

 

Sans doute parce qu’il est justement cette bulle ! Son discours est vide, comme son programme. Ses attitudes sont arrogantes et agacent tout le monde. En plus, avec ses hurlements, il donne l’impression de ne pas se contrôler. Ce n’est pas rassurant pour un candidat à la magistrature suprême.

 

 

La suite de la campagne s’avère aussi chaotique. D’ailleurs, en deux jours, le « banquier » a perdu 2 points en faveur de son adversaire. Même la presse étrangère qui lui est favorable exprime son inquiétude. Ainsi, le New York Times mardi 26 avril a appelé le centriste français à retenir les leçons de l’arrogance mortifère de la campagne Clinton, enjoignant le candidat au «travail» et à « l’humilité ». En aparté, lors d’un déplacement à Laval, François Hollande a lui aussi distribué les mauvais points : « Il n’y a pas eu de prise de conscience de ce qui s’est passé dimanche. Rien n’est fait parce qu’un vote, ça se mérite, ça se conquiert, ça se justifie, ça se porte. »

 

 

Sa visite à Whirpool à Amiens a tourné à la catastrophe. Macron s’est fait rappeler à l’ordre par François Ruffin, le réalisateur du film Merci patron, qui est par ailleurs candidat de France insoumise » au législatives à Amiens.

 

 

 

Emmanuel Macron et KriegsMarine Le Pen à Whirpool : un lamentable fiasco

Emmanuel Macron et KriegsMarine Le Pen à Whirpool : un lamentable fiasco

 

 

 

« Vous êtes chez les vaincus de la mondialisation. Malheureusement les gens que vous avez autour de vous, ils peuvent tous citer plusieurs plans sociaux. Vous ne pouvez pas venir dire ici que la mondialisation et l’européanisation elle est bonne, alors que depuis 30 ans on se prend des coups dans la tronche. »

 

 

Et KriegsMarine Le Pen a brûlé la politesse à Macron en rendant une visite éclair juste pour faire des « selfies » avec des travailleurs de Whirpool. D’ailleurs, le même François Ruffin a déclaré :

 

 

« On s’excuse auprès de Marine Le Pen de ne pas lui avoir rappelé que dans ses 144 engagements n’apparaissent ni les mots « actionnaires », « PDG », « dividendes », « multinationales » : sa visite surprise, ça a été un passage trop éclair... »

 

 

Là aussi, il convient d’insister : les coups de gueule ouvriéristes de Le Pen sont du vent. Que les travailleurs ne tombent pas dans le piège qu’elle leur tend avec son ombre, Philippot et l’avocat raté Collard.

 

 

Une conclusion identique

 

 

Alors, quelle leçon tirer de cela ? Plusieurs analystes français qui vont de la droite à la gauche, comme Alain de Benoist, Jean-Pierre Le Goff, Christophe Guilluy, Jacques Julliard, Henri Slama, Michel Onfray et d’autres arrivent à la conclusion : le clivage Macron-Le Pen recouvre dans une très large mesure l’opposition entre la « France périphérique », celle des couches populaires humiliées, laissées pour compte, qui s’estiment à juste titre victimes d’une exclusion à la fois politique, sociale et culturelle, et celle des métropoles urbanisées où vivent les cadres supérieurs et les bobos, les classes possédantes et la bourgeoisie intellectuelle intégrée, qui profitent de la mondialisation et aspirent à toujours plus d’« ouverture ». D’un côté la France qui gagne bien sa vie, de l’autre celle qui souffre et qui s’inquiète.

 

 

Mais cette opposition spatiale, particulièrement bien explorée par Christophe Guilluy, a aussi (et surtout) le sens d’une opposition de classe. « La lutte des classes ressurgit politiquement à la faveur d’un duel de second tour qui oppose le libéral Emmanuel Macron à la souverainiste Marine Le Pen ».

 

 

« Derrière cette lutte des classes, ajoute Slama, se cache un affrontement entre deux visions du monde : la vision libérale et universaliste, qui ne croit ni en l’État ni en la nation, et la vision que l’on nomme aujourd’hui populiste ou encore souverainiste, qui veut restaurer l’État, les frontières et le sens de la communauté face aux ravages de la mondialisation ».

 

 

L’erreur symétrique de la droite et de la gauche classiques a toujours été de croire que la politique pouvait s’extraire des enjeux de classe – la droite par allergie au socialisme et au marxisme, la gauche parce qu’elle croit que la classe ouvrière a disparu et que le peuple ne l’intéresse plus.

 

Il est symptomatique que des intellectuels d’horizons les plus divers, voire farouchement opposés, arrivent à une conclusion quasi identique.

 

Opter pour le moindre mal.

 

Ajoutons que cette élection montre que nos valeurs fondamentales sont menacées de part et d’autre : la mondialisation dite heureuse cache mal un projet totalitaire destructeur de nos liens sociaux qui ont été tissés depuis les débuts de la révolution industrielle et notre édifice culturel qui a réussi à allier l’universel et le particulier.

Le repli sur soi, la haine de l’Autre, le retour à des pratiques nauséabondes sont inacceptables. Il ne peut être question de prendre le moindre risque de voir la candidate du FN s’installer au château de la rue du Faubourg St Honoré.

 

George Orwell écrivit un jour : « La plupart d’entre nous persistent à croire que tous les choix, et même les choix politiques, se font entre le bien et le mal et que du moment qu’une chose est nécessaire, elle doit être bonne. Il nous faudrait, je pense, nous dépouiller de cette croyance qui relève du jardin d’enfants. En politique, on ne peut jamais opter que pour un moindre mal. »

Et le moindre mal, c’est à notre corps défendant, voter Macron. Mais, comme disait le professeur Phlippe Marlière : « Le 7 mai, je vote Macron, le 8 mai, je le combats ! »

 

 

N’oublions pas que si le banquier croit qu’il a gagné le match à la première mi-temps. Il doit encore vaincre à la fin. Et, surtout, il lui faut emporter la troisième mi-temps, c’est-à-dire les législatives.

Et là, c’est loin d’être acquis et ce sera le moment de proclamer haut et fort : Ni Le Pen, ni Macron !

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 08:25

Par Aude Lancelin

 

 

Le lecteur voudra bien trouver un article signé de Aude Lancelin, la journaliste virée de l’hebdo de la gauche bobo parisienne, l’Obs, pour des raisons idéologiques. Elle a en plus le tort d’être la compagne de Frédéric Lordon, l’économiste de gauche qui a mené le mouvement « Nuit debout » lors de la contestation de la loi « travail » dite loi El Khomri qui a démantelé le Code du Travail français.

 

 

Dans ce « papier » publié sur son site « le feu sur la plaine » et repris par le site « Le Grand Soir », Aude Lancelin montre comment a été élaboré le présidentiable Emmanuel Macron par les grands patrons et argentiers du CAC 40 (les plus grandes entreprises françaises) et François Hollande, himself. Ajoutons que le travail de cette grande journaliste ne la classe certainement pas dans la catégorie des « complotistes » !

 

 

Ainsi, on peut bien mieux comprendre ce qu’il s’est passé et les tenants et aboutissants du « phénomène » Macron.

 

 

Ce genre de manœuvre est typique de la classe politique et des affairistes en France. Néanmoins, elle révèle les collusions qui existent entre les deux et laissent deviner ce que sera le pays de Voltaire après la très probable élection de Macron.

 

 

Encore un peu moins de démocratie, certes, bien plus de néolibéralisme, évidemment, avec ses conséquences sociales, mais sans doute une période troublée, car le premier tour a montré que se lève une opposition de plus en plus dure à une politique qui est menée depuis des années dans l’Union européenne et qui mène à la ruine.

 

 

Macron sera peut-être le dernier soubresaut de la déferlante ultralibérale, mais comme en toute période de bouleversement, on navigue dans le brouillard vers une destination inconnue.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

L'hebdo de la gauche bobo a activement participé à la campagne d'Emmanuel Macron.

L'hebdo de la gauche bobo a activement participé à la campagne d'Emmanuel Macron.

 

 

 

Comment le candidat d’« En marche ! » a été entièrement fabriqué par des médias entre les mains du capital, et pourquoi il est encore temps de résister à ce coup de force.

 

C’était à la fin de l’été dernier, je venais de rendre le manuscrit du « Monde libre ». Mon regard errait devant les images de BFM TV, dans les vestiges d’une canicule parisienne achevée il y a peu. C’est alors que je compris brutalement que l’année 2017 serait terrible, et que la présidentielle à venir ne ressemblerait à rien de ce que ce pays avait connu jusqu’ici. La première chaîne d’informations en continu du pays, fleuron du groupe Altice-SFR détenu par Patrick Drahi, n’avait pas lésiné sur les moyens en ce 30 août 2016. Le tout pour couvrir un événement considérable, imaginez du peu : la démission du ministère de l’économie d’un jeune baron du hollandisme encore quasi inconnu du public deux ans auparavant. Un scoop d’importance planétaire, on voit ça, qui valait bien la mobilisation générale de toutes les équipes de la chaîne détenue par ce milliardaire français issu des télécoms. L’étrange spectacle qui s’étalait sur les écrans du pays ce jour-là, c’était un chérubin en costume-cravate s’échappant du ministère de Bercy en navette fluviale pour remettre sa démission à l’Elysée, poursuivi par les caméras de BFM TV, le tout dans le style flouté et distant caractéristique de la paparazzade, de l’image arrachée à l’intimité d’une personnalité livrée bien malgré elle à la convoitise des foules. Comme l’Hyppolite de Racine, le futur ex-ministre en question, qui n’était autre qu’Emmanuel Macron, semblait ainsi être saisi par surprise en train de « traîner tous les cœurs après lui » sur la Seine, dans une étrange séance de ski nautique géant national. Ce que le téléspectateur ignorait à ce stade, c’est que ce sont les cœurs des patrons du CAC 40 qui battait la chamade pour lui depuis déjà un petit moment, et que tous avaient un plan pour la France : porter à la Présidence de la République le chérubin si compréhensif aux doléances du capital. A ce stade il n’était rien, mais ça n’était pas un problème. Ses Geppetto, les poches pleines de billets et les rédactions pleines de journalistes, étaient prêts à en faire tout.

 

 

La scène, totalement surréaliste, m’est toujours restée en mémoire. De même que la surexcitation des commentateurs en plateau, chargés de faire mousser le non-événement, et de faire passer la dérisoire péripétie pour en faire un événement susceptible de casser l’histoire du monde en deux. Ce jour-là, oui, j’eus le pressentiment que nous nous apprêtions à vivre une opération de propagande d’une dimension et d’une nature tout à fait inhabituelles. Une blitzkrieg médiatique à côté de laquelle les éditoriaux érotiques du « Monde » en faveur d’Edouard Balladur en 1995, ou les tribunes culpabilisatrices de « l’Obs » ou de « Libération » pour faire gagner le « Oui » en 2005, ne furent que de dérisoires et fort rudimentaires précurseurs. L’équivalent d’une longue-vue d’amiral de l’armée des Indes par rapport à un satellite d’observation de l’actuelle US army, pour prendre une comparaison d’ordre militaire.

 

 

 

 

La démission de Macron comme ministre de l'économie et des finances de François Hollande a été hyper médiatisée. Cela n'est évidemment pas un hasard.

La démission de Macron comme ministre de l'économie et des finances de François Hollande a été hyper médiatisée. Cela n'est évidemment pas un hasard.

 

 

 

Il est certain en effet que la situation dans les médias s’est spectaculairement dégradée depuis ces années là, jusqu’à faire chuter la France au 45ème rang du classement 2016 de la liberté de la presse établi par « Reporters sans Frontières », quelque part entre le Botswana et la Roumanie. Le tout à cause, contentons-nous de citer l’organisme international sur ce point, « d’une poignée d’hommes d’affaires ayant des intérêts extérieurs au champ des médias qui ont fini par posséder la grande majorité des médias privés à vocation nationale. » Jamais une situation pareille de mainmise quasi totale sur la presse ne s’était vue en France depuis 1945. De sinistre mémoire, le quinquennat Hollande restera du reste comme celui de la victoire par KO du capital sur l’indépendance des rédactions. Le candidat PS s’était fait élire aussi sur la promesse de relever les seuils anti-concentration dans ce domaine. La loi naine dont son règne accouchera fin 2016, dite « Loi Bloche », s’empressera d’enterrer la chose au profit de la mise en place de dérisoires « chartes éthiques » censées garantir la liberté des journalistes. Autant fournir de simples casques de chantier pour protéger des salariés travaillant en zone irradiée. A rebours de ses engagements, François Hollande favorisera en 2015 le rachat de titres historiques comme « Libération » et « l’Express » par Patrick Drahi, géant des télécoms, connu pour ses emplettes par effets de levier hautement destructrices d’emplois, et son contorsionnisme invétéré en matière fiscale. C’est également sous ce quinquennat qu’aura lieu la prise de contrôle du groupe « Canal+ » par Vincent Bolloré avec les conséquences sinistres que l’on sait. Ou encore le rachat en 2015 du « Parisien » par Bernard Arnault, déjà propriétaire des « Echos » et premier annonceur publicitaire de la presse, bien connu également pour son progressisme social, sans parler de sa sympathie pour le populo. Mais aussi, après l’absorption en 2010 du quotidien « le Monde » par un trio d’investisseurs emmené par Xavier Niel, ogre concurrent des télécoms, l’avalement par ce même groupe de la quasi totalité de la presse social-démocrate mainstream, avec le rachat en 2014 de « L’Obs », là encore surveillé comme le lait sur le feu par le président de la République.

 

Ainsi ce dernier pensait-il encore, début 2016, en dépit de sa popularité exécrable, avoir mis autant d’atouts que possible de son côté pour la reconquête de son fauteuil présidentiel. Las, c’était sans compter sur Emmanuel Macron, le polichinelle que lui avaient mis dans le tiroir ses nouveaux amis du CAC 40. Avec son consentement, c’est là toute la perfection de la farce. Il y a quelque chose de biblique dans le châtiment d’un Président qui, après avoir renoncé à faire de la finance son ennemi, confia à celle-ci sa politique économique, et se vit poignardé dans le dos par elle, jusqu’à devoir désormais escorter publiquement ses ambitions élyséennes. Plus précoce que sa dupe élyséenne, il y a des années que Macron plaçait ses pions auprès des géants des médias. Déjà lorsqu’il était banquier d’affaires chez Rothschild, le protégé d’Alain Minc avait conseillé le groupe Lagardère pour la vente de ses journaux à l’international. Excellentes aussi, les relations entretenues par Macron avec le sulfureux patron de Canal+, Vincent Bolloré, dont on connaît la passion pour les démocrates africains et l’indépendance des rédactions. L’ambitieux ne s’en était nullement caché auprès du journaliste Marc Endeweld, auteur de L’Ambigu monsieur Macron (Flammarion). Très étroites également, celles qu’il a avec le fils de ce dernier, Yannick Bolloré, PDG d’Havas, géant de la communication mondiale. Avec le groupe de Patrick Drahi, c’est carrément la love story à ciel ouvert, même si en période électorale les pudeurs de carmélite s’imposent. Ainsi le Directeur général de BFM TV est-il régulièrement obligé de se défendre de faire une « Télé Macron », sans convaincre grand monde, tant les affinités électives sont en effet avérées entre le candidat à la présidence et l’entité Altice-SFR Presse. Lorsque Martin Bouygues et Patrick Drahi s’affronteront pour le rachat du groupe SFR, c’est Macron lui-même, alors secrétaire général de l’Elysée, qui jouera un rôle décisif en faveur de ce dernier. Et en retour, lorsque celui-ci décidera de se lancer dans la course à la présidentielle fin 2016, on ne tardera pas à voir rejoindre son équipe l’ancien banquier Bernard Mourad, hier encore directeur d’Altice Media Group, à savoir SFR Presse. C’est du reste « Challenges » qui sortira cette dernière information, le magazine aujourd’hui encore dirigé par Claude Perdriel, autre organe fervent de la macronôlatrie. Un agenouillement public à la fois si étouffant et si peu contestable que même ses rédacteurs, peu soupçonnables de déviances gauchistes, s’en plaindront sous la forme d’un communiqué.

 

 

C’est toutefois avec Xavier Niel, à qui le même Perdriel revendit l’Obs en 2014, que les relations avec le candidat Macron sont devenues au fil du temps carrément torrides. Entre capitalistes qui s’assument, désirant pour la France un destin de « start up nation », peuplée de benêts rêvant de devenir milliardaires, c’est peu de dire que le courant passe. Alors même qu’un reportage diffusé au 20 heures de France 2 annonçait début 2016 que le patron de Free s’apprêtait à financer les ambitions de l’autre, Niel est devenu plus taiseux sur la question. Difficile en effet d’admettre publiquement pour l’homme fort du groupe « Le Monde » son degré de proximité avec le candidat d’En Marche!, alors même que beaucoup accusent déjà le quotidien du soir d’être devenu le bulletin paroissial du macronisme. Interrogé sur LCP le 16 mars dernier, à peine Niel consentira-t-il à admettre que deux candidats pourraient convenir à ses convictions libérales, à savoir Emmanuel Macron et François Fillon. Un second choix qui ne surprendra que ceux qui ignorent que le candidat LR est l’homme qui lui accorda en 2009 la quatrième licence de téléphonie mobile, dans des conditions toujours restées opaques.

 

Etrangement, le programme de Jean-Luc Mélenchon semble aujourd’hui résonner beaucoup moins favorablement aux oreille de Xavier Niel, qui le comparait même dans une récente interview accordée au « Temps » à celui de Marine Le Pen. Exactement ce que font les éditorialistes du « Monde » à longueur de semaines – simple communion de vues, vous expliqueront les journalistes du quotidien, dont la perspicacité semble hélas souvent peu en rapport avec la fonction revendiquée de vigie démocratique. Une sorte d’« harmonie préétablie » qui arrange décidément tout le monde. Pour le dire avec les mots de Leibniz : la « substance » actionnariale n’affecte qu’elle-même – c’est-à-dire qu’elle ne passe, par exemple, jamais de coups de fils. Et cependant, toutes les « substances » journalistiques qui oeuvrent sous ses ordres semblent interagir causalement avec elle – c’est-à-dire par se mettre comme par enchantement à son exact diapason. N’y a t-il pas là une merveille tout à fait étonnante à étudier pour l’esprit ?

 

Lui aussi actionnaire du groupe « Le Monde », le milliardaire du luxe Pierre Bergé, n’aura pas réussi à s’abstenir de tweeter sa fougue macronienne pendant la campagne. « J’apporte mon soutien sans la moindre restriction à Emmanuel Macron pour être le président qui nous conduira vers une sociale-démocratie », lira-t-on ainsi le 30 janvier. Là encore, les journalistes du quotidien se sont contentés de détourner le regard. Trop occupés pour certains à scruter les atteintes oligarchiques à la liberté d’expression chez nos voisins. Une imprudence due au grand âge, entend-on mezza voce au « Monde », sans que rien permette de dire hélas que ce jugement soit un simple effet de la terreur subie. La facilité, et en réalité aussi le bon sens, pousserait à penser que les journalistes, sous le joug de leurs bailleurs de fonds n’osent plus bouger une oreille. La réalité est hélas plus complexe. Certains d’entre eux crèvent de peur, c’est un fait. Beaucoup d’autres en revanche ne sentent même pas le poids de leurs chaînes. Ils pensent réellement qu’entre la finance à face de chérubin et le lepénisme à visage féminin, il n’y a plus rien à choisir, à penser, à tenter. Ils ont du reste souvent été sélectionnés pour cette aptitude-là, cette étonnante faculté à faire sien ce qu’on vous commande de penser, cette soumission anticipée aux desideratas actionnariaux qu’il serait en effet malséant d’avoir ne serait-ce qu’à énoncer.

 

La presse n’ayant quoiqu’il en soit pas été très empressée à fournir la Carte du Tendre permettant de s’orienter dans les relations entre Macron et les tycoons français, les lecteurs vraiment obstinés auront dû se contenter durant toute cette campagne de rabouter des petits cailloux épars. Une enquête particulièrement bien informée de « Vanity Fair » sur la reine de la presse people, Michèle Marchand dite « Mimi », levait début avril un coin du voile sur les dîners privés organisés entre Xavier Niel et le couple Macron un an avant la présidentielle. « Quand lors d’un dîner avec les Macron, j’ai entendu Brigitte se plaindre des paparazzis, explique ainsi tranquillement Niel à « Vanity Fair », je lui ai naturellement conseillé Mimi. » Et la journaliste Sophie des Déserts de préciser que c’est le patron du groupe « Le Monde » qui organisa la rencontre à son domicile. Un hôtel particulier du Ranelagh, où il réside avec la fille de Bernard Arnault, patron de LVMH et autre grand fan du petit prince Macron, dont le CAC 40 voulait faire son loyal gérant élyséen.

 

 

 

 

François Hollande avec Xavier Niel : d'évidentes complicités.

François Hollande avec Xavier Niel : d'évidentes complicités.

 

 

 

 

Pourquoi aucun grand titre de la presse n’a-t-il trouvé utile d’enquêter sur ce genre de connivences menaçantes ? Pourquoi a-t-on eu au contraire l’impression étrange d’assister pendant toute cette campagne à un putsch démocratique au ralenti, avec un terrible sentiment d’impuissance ? Davantage qu’une intuition, c’est une certitude : si Emmanuel Macron devait être élu à la Présidence de la République, on se réveillerait en mai avec une nouvelle nuit du Fouquet’s, des révélations feuilletonnées sur toutes sortes de grands donateurs, des histoires de premier cercle rappelant les pires heures du sarkozysme, de collusions d’une ampleur inédite entre très gros intérêts industriels, médiatiques et financiers. Partout l’argent rode autour de cette candidature, tout le monde le sait. Lorsque les conditions concrètes qui ont présidé à cette mise sur orbite sortiront enfin dans la presse, post festum, car elles finiront par sortir, ces choses là finissent toujours par sortir, les Français n’auront alors plus que leurs yeux pour pleurer. Entre temps, l’ISF sur les grands patrimoines financiers aura été supprimé, le code du travail ravagé à coups d’ordonnances, les services publics sévèrement amputés, les dividendes toujours mieux reversés. Un véritable continent oligarchique est là encore à demi-englouti, prêt à surgir sous nos yeux le 8 mai prochain, et personne n’a jugé bon jusqu’ici de le dévoiler aux citoyens. Surtout pas ceux dont c’est en théorie le métier, à savoir les journalistes. Au moment où ces lignes s’écrivent j’aperçois la pétition d’absurdité que celles-ci recèlent : comment la presse entre les mains de ces messieurs pourrait-elle enquêter sur sa propre nocivité et a fortiori sur la leur ?

 

 

Un tableau complet de l’ahurissante endogamie macronienne des médias français exige bien sûr pour finir de mentionner la dizaine de couvertures sur Macron réalisées en deux ans et demi par mon ancien journal, « l’Obs », titre historique de la deuxième gauche également tombé dans les mains de Niel et ses associés à la faveur de l’effondrement de la valeur des médias depuis la fin des années 2000. Pendant ce temps, une seule « Une » consacrée à Mélenchon, candidat pourtant surreprésenté chez les jeunes et les intellectuels, dont ce journal aurait eu terriblement besoin pour survivre en cette période, et retrouver un peu de son lustre passé. Une autre à Hamon, candidat pourtant officiel du PS. Un éditorial sidérant publié à quatre jours du scrutin appellera carrément les lecteurs à voter Macron, en contravention flagrante avec le pluralisme de gauche revendiqué depuis toujours par la direction du journal. On ne pourra décidément pas dire que le job n’aura pas été fait manu militari pour dégager la route à celui-ci. On ne pourra pas dire que tous les helpers milliardaires de la place ne se seront pas mis en marche, et même en déambulateurs, pour le gandin aux envolées oratoires poussives. On ne pourra pas dire que tous les moguls des télécoms qui entravent désormais la libre circulation des opinions n’auront pas tout tenté pour gonfler la baudruche à grand renfort de panégyriques dans leur presse, et d’enquêtes jamais faites.

 

 

 

L'Obs comme d'autres hebdos parisiens ont consacré plusieurs couvertures à Emmanuel Macron.

L'Obs comme d'autres hebdos parisiens ont consacré plusieurs couvertures à Emmanuel Macron.

 

 

 

Comment se fait-il que dans de grandes rédactions comme « l’Obs » ou « Le Monde », on ne puisse identifier aucun titulaire de carte de presse se réclamant à visage découvert des idées de la « France Insoumise », quand tant de leurs confrères brament sans vergogne leur macronisme sur les réseaux sociaux ? N’est-il pas prodigieux que, dans des journaux se réclamant encore de la gauche, on ne puisse trouver nulle expression, sorti de l’espace dédié aux tribunes extérieures, en faveur d’un ex-sénateur mitterrandiste ne faisant somme toute rien d’autre que de se réclamer des fondamentaux historiques du socialisme ? Hélas j’en connais les raisons. Ce sont déjà celles que je donnais dans le « Monde libre ». Toutes les idées sont tolérées dans ces rédactions-là où, non sans stupéfaction, j’ai par exemple pu entendre un chef de service défendre le programme économique de François Fillon comme étant le meilleur d’entre tous début 2016. Toutes les idées, oui, sauf celles de la gauche debout contre le néolibéralisme. Toutes les idées, sauf celles aujourd’hui portées par un social-démocrate conséquent comme Jean-Luc Mélenchon, repeint par le Président de la République actuel en dictateur et en ennemi de l’Occident. Il est tout de même ironique que de telles paroles viennent justement de François Hollande, ami autoproclamé du « Monde libre » comme on appelait il y a peu ledit Occident, qui aura passé tant de temps sous son quinquennat à fréquenter les oligarques de la presse nationale pour tenter d’acheter par avance une élection, à laquelle il n’aura finalement même pas pu prétendre.

 

 

Entièrement revenus dans le poing du capital, situation inédite depuis les lendemains de la Libération, les médias auront en moins de deux ans réussi à transformer en possible présidentiable un ex-banquier d’affaires à peine sorti de l’œuf, n’ayant jamais décroché le moindre mandat électif. C’est peu de dire que chez le chérubin de ses messieurs, comme dans la philosophie sartrienne, le passage à l’existence médiatique aura de loin précédé l’essence politique. En faut-il d’ailleurs du mépris pour le peuple français, pour tenter un coup de force pareil. Macron, ce n’est pas seulement la continuation de politiques usées, celles qui ont lepénisé les classes populaires depuis trois décennies et rétabli un quasi esclavage pour certains peuples européens. Macron, c’est le retour du tâcheronnage sous couvert de modernité. Macron, c’est le 19ème siècle à travers les âges et son indifférence complète à la souffrance populaire, à peine barbouillé de couleurs acidulées et de Silicon Valley. Macron, c’est en réalité ni plus ni moins que le retour du Comité des Forges, et de sa fameuse presse, entièrement asservie par l’argent de la haute finance et celui de la grande industrie, dont les anciens résistants formèrent le rêve de débarrasser le pays à jamais, une fois les « Jours heureux » venus.

 

 

Mais me direz-vous, nombre d’« opérations » médiatiques destinées par le passé à peser sur la présidentielle échouèrent finalement. Une percée spectaculaire de Jacques Chirac, au printemps 1995, eut ainsi raison du sacre attendu d’Edouard Balladur, le candidat que la caste s’était choisi. Et il en alla de même en 2005, alors qu’une campagne d’intimidation littéralement terroriste menée par le « cercle de la raison », s’était pourtant abattu sur les partisans du « Non ». Tout ceci est absolument vrai. Au jeu de la pédagogie à coup de matraque, les médias peuvent parfois rater leur coup, même si pour une opération loupée de temps à autres , on pourrait dénombrer tant de leurs réussites passées inaperçues. C’est la raison pour laquelle l’écriture de ce texte ne m’a pas semblé entièrement vaine, à quelques jours du premier tour d’une présidentielle à nulle autre pareille. Tant que le mal n’est pas fait, tout peut encore être défait. Français, ne vous laissez pas voler cette élection.

 

 

Aude Lancelin

 

 

 

Uranopole a publié une recension du livre d'Aude Lancelin où elle raconte sa carrière à l'Obs et la manière dont elle a été virée.

 

http://uranopole.over-blog.com/2017/01/l-imposture-permanente.html

 

 

Le personnage de Xavier Niel est révélateur de « l'éthique » de l'establishment français : Xavier Niel, personnage sulfureux, voire interlope, ayant connu les charmes d’un séjour à la Santé pour « proxénétisme aggravé », inventeur du « Minitel rose », fondateur de Free, disposant d’une firme installée à la Silicon Valley et propriétaire du « Monde » et de « l’Obs » associé à Pierre Bergé et Mathieu Pigasse au niveau d’une holding dénommée « le monde libre ».

 

 

 

 

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 12:45

 

 

 

Le premier tour des élections présidentielles françaises est enfin terminé après une campagne bien trop longue et totalement irrationnelle. Les coups bas, les rebondissements bien préparés, les « gaffes » programmées, les postures diverses, les discours creux ont émaillé cette danse de Saint-Guy de onze candidats dont il faut bien dire qu’à une ou deux exceptions, aucun n’avait l’envergure élyséenne. N’est pas de Gaulle ou Mitterrand qui veut !

 

 

Depuis dimanche soir, on a enfin une certitude dans cet imbroglio : le deuxième tour se fera entre le représentant des grands intérêts financiers et l’éternelle provocatrice prête à répandre sa haine et son fiel sur la France et sur l’Europe.

 

 

 

 

Les "finaliste"s Emmanuel Macron, la marionnette du "système" qu'il prétend combattre et KriegsMarine Le Pen, la facho. La déchéance du politique en France.

Les "finaliste"s Emmanuel Macron, la marionnette du "système" qu'il prétend combattre et KriegsMarine Le Pen, la facho. La déchéance du politique en France.

 

 

 

Fameux choix !

 

 

Cependant, la surprise du jour ne fut pas les noms des deux finalistes. On savait qu’ils avaient de fortes chances de se trouver au deuxième tour. La surprise est venue de Jean-Luc Mélenchon qui a raté le coche de très peu. Grâce à une campagne très bien organisée – tous ses adversaires le reconnaissent –, le candidat de « France insoumise » a réussi à rallier une grande partie de l’électorat de gauche désemparé par les sempiternelles divisions et la trahison des caciques du PS ; une grande partie, certes, mais insuffisante. Certaines attitudes et certains excès l’ont empêché de franchir la barrière du premier tour.

 

 

 

 

 

Jean-Luc Mélenchon digère mal de ne pas figurer au second tour, mais savoure une victoire exceptionnelle qui peut être à l'origine du réveil de la gauche, la vraie !

Jean-Luc Mélenchon digère mal de ne pas figurer au second tour, mais savoure une victoire exceptionnelle qui peut être à l'origine du réveil de la gauche, la vraie !

 

 

 

Un autre élément a aussi joué. Quand les fameux instituts de sondage qui ont faussé toute la campagne, ont noté la progression spectaculaire de Mélenchon, une véritable hystérie s’est emparée des médias et de plusieurs représentants politiques dont le premier fut le président sortant, François Hollande, qui n’a pas hésité à déclarer que « cette campagne est polluée » visant son ex « ami » Mélenchon plutôt que KriegsMarine Le Pen qui caracolait en tête dans les sondages depuis plusieurs mois. Cela rappelle le fameux « plutôt Hitler que le communisme » des années 1930.

 

 

Le sentiment que l’on a depuis quelques jours et surtout depuis dimanche soir 23 avril : les dés sont pipés.

 

 

La trahison des caciques du PS

 

 

La première victime en est Benoît Hamon qui a emporté les primaires de gauche haut la main et que son propre parti a saboté dès le départ. Les ministres de Hollande, sentant le navire couler, se sont ralliés les uns après les autres à Macron, laissant tomber le candidat officiel du PS. Plusieurs leaders socialistes ont fait de même, le premier d’entre eux étant Gérard Collomb, le maire de Lyon qui fut le premier à adhérer au mouvement « En marche ! ». S’il y a quelque-chose de nauséabond, c’est bien cela. Hamon avait cependant des atouts. Il avait un bon programme et avait réussi à s’entourer de conseillers de valeur comme l’économiste Thomas Piketty.

 

 

 

Benoît Hamon, trahi par les siens, assume sa défaite avec dignité.

Benoît Hamon, trahi par les siens, assume sa défaite avec dignité.

 

 

 

Plusieurs se posent la question : pourquoi n’a-t-il pas fait ticket commun avec Mélenchon ? Ce fut tenté, mais il y eut des erreurs de part et d’autre. Hamon a exigé trop vite que le candidat de « France insoumise » se retire en sa faveur et Mélenchon s’est bloqué sur certains points du programme du candidat officiel du PS, tout en refusant dans le fond de lui-même un accord avec les apparatchiks de la rue de Solferino. On peut le comprendre, mais la réalité est que tous les deux n’ont sans doute pas osé franchir le Rubicon…

 

 

 

Des « affaires » très opportunes…

 

 

 

À droite, Fillon était emberlificoté dans les affaires, a très mal réagi et n’a cessé de mentir. De plus, il était dangereux en apparaissant comme le leader de la fameuse « Manif pour tous » et en prônant un programme d’austérité drastique absolument imbuvable après les privations imposées par Hollande. Mais, on peut se poser la question : ces scandales n’ont-ils pas opportunément éclaté au bon moment, soit juste après sa victoire aux primaires de la droite ?

 

 

 

 

 

François Fillon assume lui aussi sa défaite. C'est l'échec de l'obscurantisme et de l'austérité "pénitente".

François Fillon assume lui aussi sa défaite. C'est l'échec de l'obscurantisme et de l'austérité "pénitente".

 

 

 

KriegsMarine Le Pen, elle aussi noyée dans les « affaires », en a fait fi et a poursuivi sa campagne avec les thèmes classiques de l’euroscepticisme et de l’hostilité à toute immigration, jusqu’à se lâcher sur le Vel d’Hiv, montrant ainsi que sous les habits neufs de la dédiabolisation, se cache à peine le « bon vieux » fascisme de papa…

 

 

Enfin, Macron, le banquier « anti-système » a incontestablement réussi son coup. Et, comme on va le voir plus loin, tout cela fut très bien préparé et incontestablement, transparaît la marque de François Hollande dans l’ascension fulgurante de son ex-ministre de l’économie et des finances. Il sera sans doute le prochain locataire de l’Elysée. Et son programme est déjà prêt : il va, dès le départ, réformer par ordonnances sur des questions fondamentales : compléter la loi El Khomri, réformer l’économie dans un sens encore plus libéral, etc.

 

 

Macron : apprenti-dictateur

 

 

 

Bref, Macron est un apprenti-dictateur (voir « Uranopole » http://uranopole.over-blog.com/2017/04/les-apprentis-dictateur.html ) comme le démontre cet extrait d’une interview dans « le Monde » du 4 avril :

 

 

 

 

 

Brigitte et Emmanuel Macron dansent en fêtant la victoire du premier tour... danse sur un volcan ?

Brigitte et Emmanuel Macron dansent en fêtant la victoire du premier tour... danse sur un volcan ?

 

 

 

« Si vous êtes élus, vous dites vouloir une majorité absolue au Parlement et refuser par avance tout accord d’appareil. N’est-ce pas trop orgueilleux ?

 

 

 

Réponse : « Non, c’est une condition d’efficacité. (…) Je souhaite une alternance profonde sur le fond comme sur la méthode, avec une orientation politique claire et une majorité politique cohérente. » Et puis, le petit couplet gaulliste : « Nos institutions sont ainsi faites que la présidentielle donne le cap. Nous ne sommes pas un régime parlementaire. »

 

 

 

Que se passera-t-il si Macron n’a pas de majorité ? Il élude la question. Et il ajoute : « Si les Français veulent ce changement, ils voteront pour moi et le confirmeront aux législatives. » Ben tiens !

 

 

 

Enfin, vient l’intention. « Quelles que soient les situations politiques, notre Constitution a mis en place un parlementarisme raisonné. Prenez l’exemple de 1988-1993. Beaucoup de choses ont été décidées et votées. C’est pour cela que Michel Rocard a autant utilisé le fameux 49-3. »

 

 

 

Alors, Emmanuel Macron gouvernera-t-il avec le 49-3 ? « J’assume les instruments qui ont été prévus par la Constitution de 1958. »

 

 

Le lecteur voudra bien trouver demain un excellent article d’Aude Lancelin, l’ancienne journaliste de « l’Obs » qui a été virée pour raisons idéologiques, où elle décortique le système Macron. Elle montre, en définitive, que le leader d’ « En marche ! » n’est qu’un instrument, pour ne pas dire une marionnette. Le risque est ainsi de voir l’institution présidentielle devenir l’instrument des grands intérêts financiers des entreprises du fameux CAC 40 qui y étaient déjà fort influents.

 

 

Alors, que faire le 7 mai ?

 

 

On tombe une fois de plus dans le piège du « vote utile » et du « Front républicain ». Les médias et plusieurs leaders politiques incitent à voter massivement pour Emmanuel Macron afin de faire « barrage » au « populisme » représenté par KriegsMarine Le Pen.

 

 

Et c’est là encore un piège : fort d’un vote massif, Macron se sentira assez fort pour imposer les « réformes » par tous les moyens et museler le parlement où il aura sans doute très difficile à trouver une majorité suffisamment solide.

 

 

Quand on a reproché, au soir du 23 avril, à Mélenchon de ne pas s’engager à voter Macron, c’était à nouveau un piège : le soi-disant choix entre le fascisme ou le néolibéralisme.

 

 

Non, ce qui va se passer : les mesures néolibérales dictées par le CAC 40 au jeune président ne feront que renforcer le « populisme » et, à l’élection suivante, le risque d’une majorité absolue pour la fille du tortionnaire d’Alger, lui, sera réel.

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 09:17

 

 

 

Danielle Mitterrand rapporta dans ses mémoires un entretien avec son mari, le président François Mitterrand, où elle lui posa la question fondamentale.

 

 

« Pourquoi maintenant que tu es au pouvoir ne fais-tu pas ce que tu avais promis ? Il me répondit qu’il n’avait pas le pouvoir d’affronter la banque mondiale, le capitalisme, le néolibéralisme. Qu’il avait gagné un gouvernement mais non pas le pouvoir. J’appris ainsi qu’être le gouvernement, être le président ne sert pas à grand-chose dans ces sociétés sujettes au capitalisme. »

 

 

On pourrait poser une autre question : pourquoi François Mitterrand étant informé de cet état des choses du monde, a-t-il promis le changement ? Pour la gloire dérisoire de diriger un gouvernement fantoche ? The awnser is blowing in the wind…

 

 

On pourrait encore poser une autre question : est-on contraint de subir éternellement le fameux TINA thatchérien ? N’y a-t-il donc aucune possibilité pour les peuples de modifier le cours des choses ? Faut-il laisser une oligarchie minoritaire régenter le monde dans son seul intérêt ? N’est-ce pas là le véritable enjeu ?

 

 

 

En corollaire, les « politiques » disposent-ils d’un pouvoir réel pour « changer les choses » ? A quoi sert donc toute l’agitation autour d’une élection présidentielle dans une puissance secondaire ?

 

 

 

 

Danielle Mitterrand posa la vraie question à son époux.

Danielle Mitterrand posa la vraie question à son époux.

 

 

 

Au regard de la campagne présidentielle française, toutes ces questions semblent n’avoir aucune réponse.

 

 

 

« Cette campagne sent mauvais ! » a déclaré François Hollande dans le « Monde » du 13 avril dernier. Il visait Mélenchon qui fait une montée vertigineuse dans les sondages et qui se retrouve troisième candidat aux élections présidentielles françaises selon les « analyses » des instituts de sondage d’opinion. Il fut plus explicite le week-end de Pâques où il attaqua « la gauche » représentée par Jean-Luc Mélenchon.

 

 

Certes, il y a une équation personnelle entre le président sortant et le candidat de « France insoumise ». Ils se détestent souverainement ! Mais, cela n’explique pas tout. François Hollande s’aperçoit sans doute qu’il est le dernier dirigeant d’un système qui s’effondre : la social-démocratie qui s’est mise sous la tutelle du capital depuis la chute du Mur de Berlin, il y aura bientôt trente ans. En outre, le vent de panique provoqué par la perspective d’une présence de Mélenchon au second tour est symptomatique d’une classe dirigeante qui sent vaciller ses bases.

 

 

Oui, cela sent mauvais ! Et ce, bien avant l’avancée de Mélenchon ! En réalité, depuis le début, depuis que les sondages donnent KriegsMarine Le Pen à 25 %, bien au-dessus de tous ses adversaires. La France qui, pour la deuxième fois sous la Ve République, pourrait avoir le leader de l’extrême-droite présent en finale, avec de sérieuses chances de l’emporter. Et pourtant, on a considéré cela comme tout à fait normal. Et ce ne l’est plus dès que le leader de gauche a de sérieuses chances de figurer au deuxième tour. À cela, on mesure le chamboulement des valeurs : une large partie de l’opinion est prête à renoncer aux principes fondamentaux parce que l’on lui a distillée la haine de l’Autre.

 

 

Mais, des onze candidats, un seul semble avoir un programme de changement crédible : Jean-Luc Mélenchon. Alors, deux questions se posent : aura-t-il le pouvoir de le réaliser ? Sa personnalité quelque peu fantasque n’est-elle pas un obstacle ?

 

 

Admettons donc que Jean-Luc Mélenchon passe le cap du premier tour et soit opposé soit à Le Pen, soit à Macron, soit à Fillon. Dans le premier cas, les jeux sont quasi faits : le « vote utile » bénéficiera massivement à « France insoumise ». Mais, ce ne sera pas un vote d’adhésion. Aussi, le nouveau président aura très difficile à imposer les points essentiels de son programme. En cas de duel avec l’ancien ministre de l’économie de Hollande, Mélenchon aura à faire à forte partie : Emmanuel Macron est soutenu par tout l’establishment, l’ensemble des médias publics et privés, une grande partie de la classe politique dont les sociaux-démocrates qui se sont détournés de Benoît Hamon, les libéraux classiques, le centre et une partie de la droite. Enfin, troisième hypothèse, Jean-Luc Mélenchon doit vaincre François Fillon. Ce serait aussi une partie difficile : en dépit des « affaires », Fillon rassemblerait sur lui toute la droite et une grande partie de l’extrême-droite, et sans doute une partie des centristes, les anciens du PS s’abstenant.

 

 

Donc, c’est loin d’être gagné pour l’ancien leader du « Front de gauche ». Mais tout reste possible.

 

 

Cependant, de tous les candidats à la présidence de la République française, « petits » comme « grands », Mélenchon présente le seul réel programme de rupture avec le cadre politique qui règne en France, mais aussi dans toute l’Europe occidentale depuis la fin de la Seconde guerre mondiale et dans l’Europe centrale depuis 1991. Les deux candidats d’extrême-gauche prônent les vieilles recettes ouvriéristes pseudo-révolutionnaires, Asselineau et Dupont-Aignant, l’euroscepticisme, Cheminade, son éternelle science fiction, Lassalle rêve d’un paradis bucolique. Benoît Hamon qui présente lui aussi un programme de changement, mais pas aussi radical et affiné que Mélenchon, a été trahi par les siens, malgré le soutien populaire dont bénéficie le chef des « frondeurs » socialistes depuis les primaires de la gauche. Les « éléphants » du PS sont quasi tous passés dans le camp Macron. Le vieux parti socialiste né au XIXe siècle, rénové à Epinay en 1970, vient de signer son arrêt de mort.

 

 

François Hollande, lui-même, sans le dire ouvertement, soutient le candidat soi-disant « anti système ». Et c’est tout à fait normal : Macron incarne la continuité de la politique de François Hollande avec un fragile vernis de jeunesse et de dynamisme.

 

En définitive, tout cela n’est que fétide jeu politicien et aura pour seul effet d’encore grossir l’armée des abstentionnistes.

 

 

Un enjeu fondamental

 

 

 

Outre que ce mécano politicien commence à lasser les Français – on les comprend ! – posons la question : quel est le véritable enjeu de cette campagne électorale et qui est capable d’y répondre ?

 

C’est – encore une fois – la journaliste présidente du Comité Orwell, Natacha Polony qui le définit clairement dans sa chronique au « Figaro » du 15 avril.

 

« Ce qui se joue dans cette campagne, comme toutes celles que connaissent depuis quelques années les pays occidentaux, est la survie de la démocratie comme régime politique permettant l’expression de la volonté commune, alors que des intérêts privés, ceux des grandes banques, des multinationales, grignotent peu à peu ce qui reste d’espace public, en s’appuyant sur les structures supranationales que sont l’Union européenne et l’OMC.

 

Ce que nous devons trancher c’est de savoir si nous entendons préserver la Res publica, la chose publique appartenant à tous les citoyens comme individus autonomes doués de libre arbitre, ou si nous acceptons de devenir une simple colonie de cet empire globalisé qui utilise les Etats-Unis comme base. »

 

Le véritable enjeu, c’est de sortir de la dictature des marchés. Et le seul qui a un programme cohérent en l’occurrence, c’est Mélenchon.

 

 

 

Jean-Luc Malenchon est le seul à présenter une alternative.

Jean-Luc Malenchon est le seul à présenter une alternative.

 

 

 

Mais quand on voit les réactions d’hostilité depuis l’annonce d’une possible présence de Jean-Luc Mélenchon au second tour, on peut se poser des questions. Après tout, l’ancien conseiller général de l’Essonne, l’ancien ministre de Jospin, l’ancien candidat malheureux à la présidentielle de 2012 a, somme toute, en plus de son verbe haut, un parcours assez banal qui ne devrait en aucun cas effrayer l’establishment. Alors, quoi ?

 

Ce n’est pas la personnalité relativement fantasque de Mélenchon qui les inquiète. C’est son programme et sa manière de la présenter. Pour la première fois, un candidat sérieux et expérimenté arrive à poser les questions essentielles et à tenter d’y apporter des réponses sérieuses.

 

Par exemple, son programme économique qui va totalement à l’encontre de la politique d’austérité imposée par le traité budgétaire et le pacte stabilité de la zone Euro de l’Union européenne est cohérent, chiffré, crédible. Même les adversaires du candidat de « France insoumise » reconnaissent qu’il est sérieux.

 

 

Un programme économique qui tient la route.

 

 

Nous reprenons ici des extraits de l’analyse qu’en a faite le journaliste Mathias Trépot dans le site « La Tribune.fr ».

 

Le candidat a évité le piège d’un programme laxiste et irréaliste. Il est vrai qu’il est aidé depuis des années par Jacques Généreux qui est un économiste de haut niveau et prof à Sciences po. Son plan de relance est basé sur trois chiffres : 100 milliards d'euros de nouveaux investissements financés par l'emprunt, 173 milliards de dépenses courantes supplémentaires, et une hausse des recettes de 190 milliards d'euros.

 

 

 

Jacques Généreux est le principal conseiller économique de Jean-Lus Mélenchon et n'hésite pas à sortir des sentiers battus.

Jacques Généreux est le principal conseiller économique de Jean-Lus Mélenchon et n'hésite pas à sortir des sentiers battus.

 

 

 

Le postulat de Mélenchon pose que les politiques de l'offre sont un échec cuisant et il est désormais nécessaire de mettre en œuvre un plan de relance. « La seule politique économique qui marche, c'est d'agir directement par la relance budgétaire », estie l'économiste Jacques Généreux.

 

« Nous avons absolument besoin d'un choc d'investissements en Europe. Même le FMI, l'OCDE et les économistes de la Commission européenne le disent désormais. »

 

Avec Benoît Hamon, qui cible une hausse de la consommation par le biais notamment de son revenu universel, Mélenchon est ainsi le seul « grand candidat » de cette élection à vouloir un plan de relance par la demande. Mais « un plan de relance ciblé uniquement vers la consommation favorise surtout les importations, et ne crée pas forcément des emplois supplémentaires », note Jacques Généreux.

 

Ce plan ne se ferait pas – et c’est essentiel – dans une logique déficitaire : « le budget de fonctionnement de l'Etat sera excédentaire », assure l’économiste Liêm Hoang Ngoc, ancien député européen PS et également conseiller économique du candidat. Le camp Mélenchon espère ainsi 55 milliards d'euros de recettes supplémentaires liées aux retombées économiques de la relance de l'activité, car « plus d'emplois, c'est plus de cotisations sociales et plus de recettes fiscales ». Les niches fiscales seront également rabotées de moitié pour environ 38 milliards d'euros, alors que la lutte contre l'évasion fiscale (estimée à 80 milliards d'euros par an) rapporterait 30 milliards d'euros. Symbole de la politique de l'offre menée par François Hollande, le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (21 milliards d'euros) sera par ailleurs supprimé, même si en parallèle, l'impôt sur les sociétés sera abaissé à 25 %. Une hausse de TVA sur les produits de grand luxe, pour financer les baisses de TVA sur les produits de première nécessité, rapportera également 5 milliards d'euros.

 

 

 

L'ancien député européen PS Liem Hoang Ngoc et brillant économiste a rejoint Jean-Luc Mélenchon.

L'ancien député européen PS Liem Hoang Ngoc et brillant économiste a rejoint Jean-Luc Mélenchon.

 

 

Enfin, les prélèvements obligatoires (c’est-à-dire les impôts directs et les cotisations sociales en France) seront augmentés de 33 milliards d'euros. La moitié de cette hausse étant supportée par les prélèvements sociaux afin de financer le remboursement des soins à 100 % par la sécurité sociale et la retraite à 60 ans. L'autre moitié reposera notamment sur une hausse de la fiscalité sur le revenu : un barème à 14 tranches sera instauré et augmentera la fiscalité des revenus supérieurs à 6.000 euros par mois. En parallèle, la hausse des droits de succession sur les gros patrimoines et le renforcement de l'ISF contribueront à hauteur de 3 milliards d'euros au budget de l'Etat. Enfin par une taxe progressive, les hautes transactions immobilières rapporteront 5 milliards d'euros supplémentaires chaque année.

 

On comprend que ce programme ne plaise pas au patronat, aux banques et à la droite libérale.

 

Une des principales objections est évidemment : ce programme est inapplicable. Or, un plan de relance est en cours au Portugal et est en passe de réussir.

 

 

L’exemple du Portugal

 

 

L’arrivée au pouvoir au Portugal de la gauche plurielle avait irrité les chantres de l’orthodoxie budgétaire. Un an et demi plus tard, ce pays fragile de la zone euro affiche un déficit public au plus bas depuis 1974 et rentre dans les clous de Bruxelles.

 

Après avoir amené le déficit en 2016 à 2%, le Portugal compte arriver à 1,5% cette année, puis 1% en 2018 avant de viser l’équilibre budgétaire en 2020: ce pari ambitieux figure dans le programme de stabilité adopté par le gouvernement de gauche de Lisbonne.

 

En plus, le Premier ministre socialiste Antonio Costa a réussi le tour de force de juguler les déficits tout en redonnant du pouvoir d’achat aux Portugais, en augmentant le salaire minimum et les prestations sociales.

 

 

 

 

Le Premier ministre socialiste portugais mène une politique audacieuse et qui donne ses fruits.

Le Premier ministre socialiste portugais mène une politique audacieuse et qui donne ses fruits.

 

 

 

Cette rigueur dans les comptes ne réjouit pas cependant les alliés du gouvernement minoritaire, le Bloc de gauche appelant les socialistes à «défier la Commission européenne» et le Parti communiste qui dénoncent «la soumission au diktat de Bruxelles».

 

Mis en selle en novembre 2015 grâce à une alliance inédite avec la gauche radicale, Antonio Costa a détricoté nombre de mesures de rigueur adoptées par la droite après l’appel du pays à une aide financière internationale en 2011.

 

Le gouvernement est ainsi revenu en partie sur la privatisation de la compagnie aérienne nationale TAP, a mis fin aux surtaxes sur les revenus et instauré le retour aux 35 heures dans la fonction publique.

 

Pour faire passer pour la première fois son déficit en dessous de la barre des 3% fixée par Bruxelles, le Portugal a dû tailler dans l’investissement public, en chute de 30% en 2016. Mais la croissance est au rendez-vous et de nombreux emplois ont été créés dans le tourisme, secteur important de l’économie lusitanienne.

 

 

Pour sauver le meilleur de la construction européenne, il faut abolir le pire.

 

 

Mais Mélenchon veut aller plus loin. Son principal conseiller économique, Jacques Généreux explique dans une interview à « Libération » le 24 mars :

 

 

« Pour sauver le meilleur de la construction européenne, il faut abolir le pire, à savoir la guerre économique par le dumping fiscal et social et l’obsession imbécile de l’équilibre budgétaire qui interdit des politiques économiques efficaces. Là-dessus, nous serons intransigeants, car si on ne remet pas cela en cause, l’Union est condamnée. Il faut bien comprendre à quel point la zone euro a viré à la folie. Les gouvernements prétendument proeuropéens n’ont pas sauvé la zone euro avec leurs fameux plans de sauvetage. Ils l’ont massacrée économiquement et humainement. Faut-il rappeler comment les Grecs ont été traités ? »

 

 

Ainsi, contrairement aux pseudo-analyses des économistes et journalistes médiatiques, Mélenchon et son équipe ne sont pas anti-européens, bien au contraire, mais veulent imposer une autre philosophie. Généreux ajoute :

 

 

« La question n’est donc plus de savoir s’il faut sortir ou non d’une Union déjà morte. Elle est de savoir comment redonner un souffle à un vrai projet de coopération européenne. Au sentiment nationaliste xénophobe s’ajoute un sentiment des classes populaires qui ne sont pas spécialement xénophobes ou racistes, mais qui sont devant le constat que cette Europe-là n’est plus celle de la paix et du progrès. Elle est celle de la régression sociale et de la rivalité des nations. Pensez à la fameuse directive sur les «travailleurs détachés». On voit concrètement à quel point l’UE est une Europe de la mise en compétition des travailleurs les uns contre les autres. On voudrait faire naître le sentiment antieuropéen ou xénophobe qu’on ne s’y prendrait pas autrement. »

 

 

Mélenchon propose donc une réelle alternative. Mais.

 

 

Mélenchon : oui, mais.

 

 

Je partage l’analyse du journaliste Hugues Lepaige parue sur son blog hébergé par la revue « Politique » :

 

« Le succès de Mélenchon s’inscrit dans un contexte européen : celui de la crise de la politique en général et celle de la social-démocratie en particulier. Cette fois, le cadre politique qui a conditionné la vie publique depuis 1945 est condamné. La recomposition est aussi souhaitable qu’inexorable. Mélenchon a pris option pour en être l’acteur central en France. En sera t-t-il capable en dépit de sa tendance à la personnalisation à outrance de sa campagne ? Le précédent de 2012 n’incite guère à l’optimisme. Faute de conclure des accords et de les gérer collectivement, le candidat du Front de Gauche avait alors dilapidé en deux temps trois mouvements le capital politique forgé autour de sa candidature. Le contexte a changé, certes. Mais les craintes de ce genre ne sont pas évanouies. A Mélenchon, dès les législatives, de faire la preuve qu’elles ne sont plus d’actualité.

 

L’extrême personnalisation de ses interventions provoque un sentiment de gêne : Mélenchon interdit bien que l’on scande son nom dans les meetings mais toute la scène, la gestuelle et l’organisation tournent autour d’un seul homme. Les accents chauvins de certains de ses propos, la manifestation d’une laïcité rigide peuvent aussi hérisser. Mais le fait est là, Mélenchon a su trouver les mots et l’accent pour redonner de l’espoir. Ses positions radicales contre un social libéralisme en faillite et une droite agressive en font aujourd’hui le leader incontestable pour les électeurs de gauche. « Mélenchon, malgré tout », diront certains ou même « Mélenchon, hélas », regretteront d’autres. Mais le fait est là : le candidat de la France Insoumise est bien aujourd’hui le vote utile à gauche. »

 

Oui, il y a des réserves. Elles sont également exprimées par les Amis du blog de Paul Jorion, avec en plus la crainte d’un dérapage autoritaire.

 

« ... Le plan B de la France Insoumise se veut radical. Ce radicalisme se nourrit dans la population d’une défiance encore jamais atteinte dans des « démocraties modernes » vis à vis des gouvernants qui se sont coupés de la vie sociale en faisant de la Politique un métier pour lequel la carrière personnelle prime sur les enjeux sociaux. Cette tendance s’est structurée, jusqu’à la sclérose, au sein des partis politiques.

 

Et comme dans tous les radicalismes historiques, le risque d’un dérapage autoritaire n’est pas à exclure. C’est sans doute ce qui fait dire, voir ou craindre à certains le risque Brun-rouge d’une arrivée au pouvoir de la France Insoumise. Cette crainte tout à fait justifiable fait malheureusement écho, ces derniers temps dans les médias, avec la volonté conservatrice des défenseurs de l’ordre libéral établi. (…)

 

Pour un changement de l’intérieur, peut-on compter sur un parti traditionnel, genre PS avec Hamon, PS qui s’est confortablement installé dans le paradigme libéral actuel pour un grand nombre de ses dirigeants ? Alors, il faut un candidat hors parti ! Macron ? Comment croire que le changement viendra de là ?

Pari du changement de paradigme par l’intérieur, avec le risque d’une dilution dans le temps et dans la nébuleuse institutionnelle, contre le pari d’un changement radical avec bouleversement des institutions, au risque d’un dérapage autoritaire.

 

C’est la contrainte temps qui brusque les choses. Le rythme de croissance des inégalités nourrit copieusement le populisme qui a déjà choisi en nombre l’autoritarisme brun certifié du FN. Sans représentant présidentiable, la voie du changement de l’intérieur a peu de chance d’exister et quand bien même, sa lenteur dans les transformations de société parviendra-t-elle à être visible aux yeux de cette partie de la population en colère ? L’hypothèse Macron, nous le savons, sera celle du statu quo et dans 5 ans le populisme aura gonflé dans quelles proportions et dans quelle couleur ?

 

Que choisir, que faire ? »

La vie politique comporte des risques. Et comme tout risque, il doit être calculé. Ici, le risque d’une dérive autoritaire pèse dans la balance.

Mais le risque le plus sérieux, c’est un raidissement de l’Union européenne qui pourrait envoyer la Troïka à Paris et imposer ainsi une drastique politique d’austérité. En effet, le programme de Mélenchon comporte une augmentation du déficit, du moins au départ. Cela pourrait servir de prétexte au Conseil européen et à l’Eurogroupe. Aussi, le danger est un conflit ouvert entre la France et l’Union européenne. Et ce bras de fer, nul ne sait qui va le gagner, car la France se trouverait isolée au sein de l’Union.

Néanmoins, l’immobilisme serait la pire des choses et, lui, pourrait entraîner la France et aussi toute l’Europe dans le « populisme », ou plutôt un fascisme larvé dont on voit déjà les prémisses notamment en Belgique.

Alors, en définitive, il faut courir le risque Mélenchon.

Amis français, votez Mélenchon !

 

Pierre Verhas

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 09:04

 

 

 

À défaut d’autorité, les hommes politiques en vue pratiquent l’autoritarisme. Cette tendance ne fait d’ailleurs que s’accroître et ce, au détriment des institutions démocratiques.

 

 

Les détenteurs du pouvoir ont de plus en plus tendance à dribbler les institutions chargée du contrôle de la légalité, de la régularité, de la fiscalité. Au contraire, ils tentent de les museler ou de les détourner de leurs fonctions. Ainsi, la Cour des comptes française devient une sorte de gardien des dogmes ultralibéraux. Son premier président « socialiste » ne cesse de proposer des solutions allant dans le sens de l’économie de l’offre et de la privatisation. En Belgique, la Cour des comptes a moins de pouvoir de contrôle, mais il faut reconnaître qu’elle parvient encore à dénoncer les dérives des institutions qu’elle contrôle en publiant de temps à autre des rapports au vitriol. La section administration du Conseil d’Etat belge a été également réduite à sa plus simple expression. Sur le plan de la fiscalité, l’Inspection spéciale des impôts et le Parquet financier sont quasi exsangues, car, au nom de la sacro-sainte austérité, le gouvernement leur a retiré des moyens essentiels. Pourtant, ce ne sont pas les « affaires » qui manquent…

 

 

Bref, le pouvoir tente de se débarrasser de ses contre-pouvoirs institutionnels et ce, depuis longtemps.

 

 

Mais certains hommes politiques vont plus loin. C’est le Parlement qui est visé. Prenons deux exemples : le candidat aux élections présidentielles françaises et ancien ministre du gouvernement de Manuel Valls, Emmanuel Macron et le président de l’Eurozone, ministre des Finances des Pays Bas, Jeroen Djisselnloem.

 

 

Lisons ce que la journaliste américaine Diana Johnstone écrit sur de Macron (site le « Grand soir »). On comprend mieux la dangerosité du personnage :

 

 

 

Emmanuel Macron : la tentation totalitaire

Emmanuel Macron : la tentation totalitaire

 

 

 

« Il suffit de regarder les couvertures des magazines pour saisir le rôle de Macron dans l’élection actuelle. Son joli minois accompagne une pléthore d’articles triviaux qui célèbrent le Wunderkind comme une vedette du show business. En janvier, la magazine Foreign Policy présentait Macron au public étasunien comme « le politicien français anglophone et germanophile que l’Europe attend ».

 

Son parcours professionnel ne laisse aucun doute sur les raisons pour lesquelles les médias apprivoisés perçoivent dans cet Emmanuel-là le Messie de la croissance.

 

Né à Amiens il y a 39 ans, Emmanuel Macron a passé une grande partie de sa vie à l’école. Comme la plupart des dirigeants français, Macron a accumulé des diplômes prestigieux. Il a raté l’ENS (Ecole Normale Supérieure) mais a fait Sciences Po et l’ENA, et fut admis en 2004 à l’Inspection Générale des Finances. A l’IGF il s’est fait remarquer par un homme d’influence, Jean-Pierre Jouyet, qui l’a recommandé à Jacques Attali, le plus spectaculaire des gourous de haut niveau, qui, depuis 35 ans, régale les dirigeants de ses visions futuristes (…). En 2007, Attal a coopté Macron dans sa prestigieuse « Commission pour la libération de la croissance française », chargée par le Président de la République de formuler des recommandations afin de relancer la croissance économique en France.

 

L’objectif principal de ce cénacle de grands patrons était d’ « instaurer une nouvelle gouvernance au service de la croissance ».

 

Inutile de souligner que les 40 membres de la commission représentaient les intérêts du grand capital, et pas seulement le capital français. Parmi les voisins invités à formuler la liste de 316 propositions pour remodeler la France se trouvaient la Deutsche Bank et Nestlé. Tout ce beau monde légua au jeune Macron un carnet d’adresses bien rempli.

 

En 2008, sur recommandation d’Attali, Macron est passé à la Banque Rothschild, où il est rapidement devenu millionnaire, grâce à sa commission sur un achat par Nestlé d’un montant de neuf milliards de dollars.

 

Comment expliquer une ascension digne d’un roman de Balzac ? Il était « impressionnant » se souvient Attali. Emmanuel « était très habile, extrêmement apprécié de tous les membres de la commission. Il n’a contrarié personne et s’est créé des relations personnelles et, pour un gamin de cet âge, arriver immédiatement à être visible par 40 personnes puissantes, influentes et qui jugent, c’est un accélérateur de carrière extraordinaire. »

 

Voilà le mot clé de l’ascension sociale : les « relations ».

 

Alain Minc, un autre bon connaisseur des réseaux du pouvoir, commente la réussite de Macron en expliquant qu’un banquier d’affaires doit être intelligent, souple, rapide et charmant – qualités nécessaires pour « un métier de pute ».

 

Macron exprime sa sagesse en petites phrases.

 

« Il faut des jeunes qui aient envie de devenir milliardaires. »

 

Ou bien :

 

« On se fout des programmes ! Ce qui compte c’est la vision ! »

 

Il est clair qu’il possède une vision parfaite des sommets. »

 

 

« On se fout des programmes… ». Cela est sans doute son point faible.

 

 

Le gouvernement 49-3

 

 

C’est donc un cas, le Macron, nommé dès l’élection de François Hollande, conseiller spécial à l’Elysée et puis ministre de l’Economie à la place d’Arnaud Montebourg considéré comme trop à gauche, Emmanuel Macron, qu’on le veuille ou non, est apparu comme l’homme des banques au sein du pouvoir socialiste français. Et, semble-t-il, les banques s’accommodant mal de critiques et contestations, le nouveau ministre a fait sortir deux lois – les lois Macron I et II – au forceps en usant du fameux article 49-3 de la Constitution française.

 

 

Quel est exactement ce fameux 49-3. Lisons le texte exact figurant dans la Constitution :

 

 

« Le premier ministre peut, après délibération du conseil des ministres, engager la responsabilité du gouvernement devant l’Assemblée nationale sur le vote d’un projet de loi de finance ou de financement de la Sécurité sociale. Dans ce cas, ce projet est considéré comme adopté, sauf si une motion de censure, déposée dans les vint-quatre heures qui suivent, est votée dans les conditions prévues à l’alinéa précédent. Le premier ministre peut, en outre, recourir à cette procédure pour un autre projet ou une proposition de loi par session. »

 

 

En clair, le conseil des ministres peut décider seul de l’adoption d’une loi sans passer par le Parlement, mais seulement une fois par session parlementaire pour un autre projet de loi.

 

 

C’est donc un aveu de faiblesse du gouvernement ou c’est tout simplement un mode de gouvernement. Il suffit qu’il use du 49-3 sur des lois « fourre-tout » comme le sont les lois Macron I et II, une fois par session et il évite ainsi que toute sa politique économique et sociale soit débattue au Parlement. Une troisième loi – et pas n’importe laquelle – est passée via le 49-3, c’est la loi « Travail » ou loi dite El Khomri du nom de la ministre française du Travail qui, en réalité, a été inspirée par l’omniprésent Emmanuel Macron.

 

 

Hollande, dans sa campagne de 2012 avait proclamé que « le 49-3 est un déni de démocratie »… On sait ce qu’il en est advenu.

 

 

Macron, lui, est plus direct dans la campagne présidentielle. Dans une interview accordée au « Monde » du 4 avril 2017, la question posée est :

 

 

« Si vous êtes élus, vous dites vouloir une majorité absolue au Parlement et refuser par avance tout accord d’appareil. N’est-ce pas trop orgueilleux ?

 

 

Réponse : « Non, c’est une condition d’efficacité. (…) Je souhaite une alternance profonde sur le fond comme sur la méthode, avec une orientation politique claire et une majorité politique cohérente. » Et puis, le petit couplet gaulliste : « Nos institutions sont ainsi faites que la présidentielle donne le cap. Nous ne sommes pas un régime parlementaire. »

 

 

Que se passera-t-il si Macron n’a pas de majorité ? Il élude la question. Et il ajoute : « Si les Français veulent ce changement, ils voteront pour moi et le confirmeront aux législatives. » Ben tiens !

 

 

Enfin, vient l’intention. « Quelles que soient les situations politiques, notre Constitution a mis en place un parlementarisme raisonné. Prenez l’exemple de 1988-1993. Beaucoup de choses ont été décidées et votées. C’est pour cela que Michel Rocard a autant utilisé le fameux 49-3. »

 

 

Alors, Emmanuel Macron gouvernera-t-il avec le 49-3 ? « J’assume les instruments qui ont été prévus par la Constitution de 1958. »

 

 

 

Le Parlement mis hors jeu

 

 

 

Les choses sont donc claires. Laissons à Emmanuel Macron le mérite de l’affirmer avec sincérité. Il gouvernera par décrets et mettra, si nécessaire, le Parlement entre parenthèses. Ce n’est pas l’esprit de la Constitution de 1958 qui ne voulait pas qu’un des pouvoirs bloque les deux autres et qui voulait éliminer ce que de Gaulle a appelé le « régime des partis ».

 

 

Macron est un homme dangereux...

 

 

Ici, Macron veut qu’une caste gouverne et qu’il n’y ait pas d’opposition « par souci d’efficacité ». Cela n’est pas du tout pareil. C’est en réalité mettre le politique et ses institutions à la botte du seul Capital. Voilà le programme de Macron. Des journalistes s’en rendent d’ailleurs compte et n’hésitent pas à dire que l’ex ministre de Hollande est un homme dangereux.

 

 

À Marseille, des électeurs ont quitté son meeting parce qu’ils estimaient qu’il ne leur vendait que du « vent ». Oui et c’est un vent mauvais : celui de l’exploitation, celui du pouvoir absolu des entreprises transnationales dont le candidat chouchou des grands médias n’est que le pâle servant.

 

 

Et un servant ne peut que faire le lit de la dictature.

 

 

L’autre apprenti dictateur : Jeroen Djisselbloem, le ministre des Finances social-démocrate des Pays-Bas et jusqu’à présent, président de l’Eurogroupe, l’homme qui a mis la Grèce à genou en bon serviteur de l’ordolibéralisme germanique de Herr Dr Schläube.

 

 

 

 

Jeroen Djisselbloem doit souvent réajuster sa cravate face aux critiques de plus en plus nombreuses, jusque dans son propre camp.

Jeroen Djisselbloem doit souvent réajuster sa cravate face aux critiques de plus en plus nombreuses, jusque dans son propre camp.

 

 

 

Ce personnage porte de lourdes responsabilités dans la déliquescence de la Grèce voulue et menée par la fameuse Troïka. Il a fait preuve, à l’occasion, d’un zèle inégalé au point qu’il a à un moment interdit au ministre grec des Finances de l’époque de siéger à l’Eurogroupe qui rassemble les 19 pays membres de la zone Euro, dont la Grèce.

 

 

Rappelons-nous la parole de Jean-Claude Juncker lorsqu’il prit la tête de la Commission européenne : « Il n’y a pas de démocratie en dehors des Traités. ». Or, l’Eurogroupe n’est pas prévu par les sacro-saints Traités, mais est doté d’un pouvoir énorme puisqu’il rassemble tous les « grands argentiers » de la zone Euro. Et comme chacun sait, certain – le sympathique Wolfgang Schäuble – est plus égal que les autres… Pas étonnant que le charmant Jeroen Djisselbloem le suit comme un petit chien…

 

Mais, fort de ce soutien, se croyant intouchable, notre Jeroen n’a pas jugé digne de répondre à une convocation du Parlement européen. En effet, dans une interview au Frankfurter Algemeine Zeitung, l’organe quasi officiel de l’establishment allemand, il avait fait des déclarations pour le moins peu amènes à l’égard des Européens du Sud :

 

 

« En tant que social-démocrate, je regarde la solidarité [avec les pays en crise] comme essentielle. Toutefois, celui qui exige cette solidarité a également des obligations. Je ne peux pas gaspiller tout mon argent dans l’alcool et avec les femmes et venir ensuite vous demander votre aide. »

 

 

 

L’Eurogroupe échappe à tout contrôle.

 

 

 

Tollé évidemment, mais Djisselbloem s’en moque. Son mandat court jusqu’en 2018 bien qu’il ne sera certainement plus ministre des Finances dans le prochain gouvernement des Pays-Bas, son parti, le PvdA (Parti du travail social-démocrate à ne pas confondre avec le PTB –PVDA belge…), ayant subi une raclée aux dernières élections ne représentant plus que 5,7 % de l’électorat batave. Drôle de conception de la démocratie dans les institutions européennes…

 

 

Le comble : Djisselbloem a été invité au Parlement européen à expliquer sa politique à l’égard des pays du Sud de l’Europe. Bien sûr ses déclarations auraient été évoquées. Cependant, il n’a rien trouvé de mieux de répondre au président de l’Assemblée européenne qu’il ne pouvait s’y rendre pour des… questions d’agenda !

 

 

Dans son article sur cet incident, Ludovic Lamant, le correspondant de « Mediapart » auprès des institutions européennes, explique :

 

 

« Comme le rappelle Politico mardi, le président de l’Eurogroupe a tout à fait le droit de ne pas se présenter devant le parlement européen, puisque l’Eurogroupe est une structure informelle qui émane du conseil européen (l’institution qui représente les États membres à Bruxelles). À l’inverse, par exemple, du président de la Banque centrale européenne (BCE) qui, lui, est contraint de rendre des comptes aux députés, qu’il le souhaite ou pas. »

 

 

En effet, l’Eurogroupe n’étant pas prévu par les fameux Traités, il n’est donc pas tenu à faire rapport au Parlement européen. Cela signifie qu’un des plus importants centres de décision européens échappe à tout contrôle. Rappelons que l’Eurogroupe décide de la politique monétaire de la zone Euro.

 

 

Alors, M. Juncker, comme il n’existe pas de démocratie en dehors des Traités, l’Eurogroupe est donc antidémocratique. Pour une fois, vous auriez raison ! Mais on ne vous entend pas à ce sujet…

 

 

Qu’il s’agisse d’Emmanuel Macron, de Jeroen Djisselbloem et d’autres, on voit poindre une orientation manifeste vers le totalitarisme, que ce soit au sein de l’Union européenne ou dans des Etats-membres. C’est un totalitarisme sans « homme providentiel », mais avec des servants de la politique financière des entreprises transnationales. Et les responsables des contre-pouvoirs et des corps intermédiaires sont bien timides face à cette dangereuse dérive.

 

Dans l'introduction à son dernier ouvrage « Se débarrasser du capitalisme est une question de survie », Paul Jorion avertit :

 

« L'irritation est à son comble face au manque de direction devenu criant au sommet, les élites autoproclamées se révèlent soucieuses essentiellement de préserver à court terme les privilèges qu'elles se sont accordés. »

 

On ne peut être plus clair.

 

 

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 08:51

 

 

 

Les PS français et belge francophone sont pour beaucoup à l’agonie. Et pour bon nombre, toute la social-démocratie sinon la gauche démocratique sont en voie de disparition.

 

Les deux partis sont effectivement atteints de sclérose politique. Ils semblent tous deux incapables de tenir un discours crédible pour répondre aux défis de notre temps. Ils se sont tous deux volontairement coupés de leur base populaire. Ils sont emberlificotés dans des scandales divers. Et surtout, ils semblent ne plus avoir la capacité d’imposer une politique – particulièrement celle résultant de leurs promesses électorales.

 

L’aspect le plus sérieux du diagnostic est la perte de raison d’être des deux Partis : la défense et l’épanouissement de la classe des travailleurs et des allocataires sociaux.

 

Quelles sont les causes ?

 

Tout d’abord, il faut remonter l’histoire : 1989, la chute du Mur de Berlin et la fin des démocraties dites populaires et de l’Union Soviétique. La social-démocratie européenne n’a pas réussi à combler le vide laissé par la chute du communisme. Elle n’a pas représenté une force d’opposition au capitalisme, au contraire, avec la fameuse « troisième voie » de l’Anglais Tony Blair et de l’Allemand Gérard Schröder, elle a accompagné le néolibéralisme.

 

 

 

Tony Blair, avec sa "troisième voie", a plongé la social-démocratie dans le néolibéralisme.

Tony Blair, avec sa "troisième voie", a plongé la social-démocratie dans le néolibéralisme.

 

 

 

Dès lors, les partis socialistes ne représentaient plus une alternative au capitalisme libéral, mais se prétendaient être une sorte de modérateur, de gardien des « acquis sociaux ». Il a fallu vite déchanter : la « troisième voie » s’est avérée être un véritable moteur de la construction néolibérale. En définitive, les partis socialistes servaient à juguler d’éventuelles contestations populaires face à la destruction de l’Etat social. Surtout pendant ces dernières années, les sociaux-démocrates ont contribué au démantèlement de l’économie mixte et de la sécurité sociale. Ils ont voté les traités budgétaires européens et ont largement favorisé le capital au détriment du travail.

 

C’est ce qu’il s’est passé en Belgique avec le gouvernement Di Rupo et en France avec le désastreux quinquennat de François Hollande qui s’achève dans la confusion.

 

 

 

Elio Di Rupo et François Hollande ont plié face aux diktats de la politique de l'offre.

Elio Di Rupo et François Hollande ont plié face aux diktats de la politique de l'offre.

 

 

 

Le politologue Rémi Lefebvre a écrit dans le « Monde diplomatique » :

 

« Les défaites à toutes les élections intermédiaires n’ont en rien arrêté la fuite en avant libérale dont la « loi travail » marque l’apogée. Malgré la timide embellie de l’emploi, (…), la politique de l’offre engagée dès l’automne 2012 ne produit toujours pas de résultats. Pour valoriser l’action du gouvernement, que le peuple de gauche désavoue massivement, le PS reprend mot pour mot les éléments de langage de la droite en 2012 : la nécessité de la « réforme » s’est imposée pour « préserver le modèle social français ». « La politique de l’offre n’est ni de droite ni de gauche : elle est nécessaire », a pu déclarer M. Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement. Désormais, l’aversion suscitée dépasse de très loin les franges de la gauche radicale et la déception que provoque immanquablement l’exercice « réformiste » du pouvoir. Comment comprendre ce qui s’apparente à une autodestruction ? »

 

En clair, le PS, en Belgique et en France, a renoncé à être de gauche. Le ralliement enthousiaste à la « politique de l’offre », autrement dit au néolibéralisme, est désormais la marque des reliquats de la social-démocratie en Europe. En Allemagne, le puissant SPD a pris cette voie depuis longtemps, notamment avec les réformes de Gérard Schröder. En Grande Bretagne, le parti travailliste est divisé entre la « troisième voie » blairiste et le retour au socialisme de Jeremy Corbyn qui a été terriblement affaibli suite au « Brexit » que, cependant, il combattait.

 

La Grèce a vu la disparition du PASOK, en Espagne, le PSOE parvient péniblement à se maintenir au-dessus de Podemos.

 

 

 

L’exemple portugais

 

 

Au Portugal, la situation est différente : la gauche est au pouvoir depuis avril 2015, mais un pouvoir pour le moins original. Il s’agit d’un accord entre le PS, le Parti communiste et le « Bloc des gauches », mais seul le PS est au gouvernement, formant ainsi une majorité parlementaire avec les deux autres partis.

 

L’élection en janvier 2016 du président conservateur Rebelo de Sousa a fragilisé ce nouveau pouvoir avec l’aide en coulisse de la Commission européenne, la Troïka voulant mettre la main sur le Portugal comme elle le fit en Grèce. Le gouvernement s’est quand-même maintenu jusqu’aujourd’hui et procède à une série de réformes progressistes qui ne vont pas dans le sens de la politique d’austérité de l’Union européenne. Néanmoins, ce pouvoir reste fragile. Il est à la merci de la moindre crise. Il a d’ailleurs failli tomber à l’occasion de divergences entre les trois partis au sujet de l’ancienne colonie portugaise, l’Angola.

 

Cependant, l’exemple portugais montre qu’il y a des alternatives possibles. La gauche démocratique ne se cantonne plus à un seul parti dominant. Elle est plurielle et se doit de trouver un tronc commun. Mais, il ne s’agit que d’un cas sur l’ensemble des pays de l’Union européenne et bien du chemin reste à parcourir.

 

 

Les partis socialistes ont changé de nature.

 

 

Que ce soit pour la Belgique francophone ou pour la France, les Partis socialistes ont profondément changé de nature. Les congrès où l’on brandit une rose en chantant l’Internationale ne font plus illusion. Les deux partis sont devenus des machineries électorales destinées à se maintenir au pouvoir à tout prix. Cependant, cette machinerie ne fonctionne plus. Le PS français qui détenait tous les leviers de pouvoir après l’élection de François Hollande en 2012, les a perdus lors des élections intermédiaires au point qu’il n’était plus question qu’il se présente pour un deuxième mandat sachant qu’il touchait le fond.

 

 

Du côté du PS francophone belge, jusqu’à présent, les pertes électorales sont limitées. Cependant, il chute dangereusement dans les sondages à cause, bien sûr, du scandale Publifin, mais aussi de la montée du Parti du Travail de Belgique (PTB), parti d’origine maoïste qui a réussi à s’implanter sur le terrain délaissé par les Socialistes, notamment dans les Maisons médicales et à assurer une présence visible au Parlement grâce entre autres à un de ses députés, Raoul Hedebouw, qui a de grands talents de tribun et qui est devenu une vedette des médias.

 

 

S’il y a manifestement un transfert de l’électorat traditionnel du PS vers le PTB, ce n’est pas par « populisme » comme le prétend un Di Rupo, mais parce qu’il y a une demande de politique de gauche pour une grande partie de la population.

 

 

L’historien André Burguière rappelle dans « Libération » du 31 mars 2017 :

 

« Quand la gauche semble admettre la réalité, ou ce que l’on appelle la réalité, elle n’est plus à sa place. Au fond, l’une des raisons essentielles de la possible disparition de la gauche, c’est qu’elle n’a jamais su se remettre conceptuellement et politiquement de la chute du mur de Berlin. Elle n’a pas su non plus se reconstruire après l’effondrement de ce que l’on a appelé «le marxisme réel». Nous ressentons encore les répercussions de la disparition de la société soviétique, pour aller vite. Depuis le début des années 80, le marxisme était largement discrédité, désacralisé. Le soutien aveugle d’une partie du prolétariat européen à l’égard de l’URSS avait disparu, il n’y avait plus que Georges Marchais pour en dresser «un bilan globalement positif». Mais, jusque-là, le Parti communiste portait une croyance. Ça ne veut pas dire qu’il y avait une réalité derrière, mais ça permettait d’exister contre ce qui se passait «chez nous». Il fallait cette menace pour contrer le patronat dans les années 50 et 60. Très généralement, ce qui a longtemps subsisté, c’est que le social est autre chose que l’individuel, il implique du collectif. Ce qui est tombé avec le mur de Berlin, c’est la perspective politique. (…) Les ouvriers français n’avaient aucune envie d’aller vivre en URSS, mais ils s’en servaient pour faire peur au patronat. C’était un point d’appui dans les revendications. Il n’y a donc plus eu l’espoir d’un changement radical. La gauche française s’est retrouvée orpheline d’un modèle alors même qu’elle n’a jamais su ou pu s’accrocher à la social-démocratie, telle l’alliance des gauches politique et syndicale en Allemagne, dans les pays scandinaves, au Royaume-Uni d’avant Thatcher ou aux Pays-Bas. Cela n’a jamais existé en France. Les syndicats étant désormais plus faibles que les partis, c’est une perspective sur laquelle il ne faut pas compter. »

 

 

 

Le rôle des « think tanks »

 

 

 

Burguière ne dit pas que la démarche « réaliste », c’est-à-dire accepter la politique néolibérale,  a été souhaitée par une partie des dirigeants de gauche dès le début des années 1980. A Paris, en 1982, sous l’impulsion du sociologue Pierre Rosanvallon, auteur du premier ouvrage critiquant l’Etat social « La crise de l’Etat providence » et de l’historien ex-communiste François Furet est créée la Fondation Saint-Simon qui est ce qu’on appelle aujourd’hui un think tank rassemblant des gens de gauche, des industriels, des dirigeants de droite, afin de trouver des convergences. Et ces convergences, c’est une adhésion pure et simple aux thèses néolibérales. La Fondation Saint-Simon que ses adversaires appelaient le « cercle de la pensée unique »  a été dissoute en 1999.

 

 

Lui a succédé en 2008 un autre think tank proche du PS, « Terra nova ». Il a prôné un changement de paradigme pour le PS. Au lieu de s’appuyer sur les classes populaires qui constituent sont électorat traditionnel, il faut prendre en main les questions sociétales (reconnaissance des droits des homosexuels, revendications féministes, dépénalisation des stupéfiants, etc.). Si certaines questions sociétales devaient être résolues dans un sens progressiste, ce n’est pas au prix de l’abandon de l’Etat social.

 

 

C’est pourtant exactement ce qu’il s’est passé. Le « mariage pour tous » a été adopté sans peine, mais a réveillé une droite catholique intégriste qui constitue d’ailleurs le gros des troupes du candidat républicain François Fillon. D’autre part, le pouvoir socialiste s’est attaqué aux acquis sociaux d’une manière particulièrement agressive. Les lois Macron I et II qui sont passées en force par l’utilisation du fameux article 49-3 qui permet de « dribbler » le Parlement, sont en fait des lois de dérégulation sociale. Elle fut suivie par la fameuse loi El Khomri de détricotage du code du travail qui consiste en un contrôle total des entreprises sur les négociations sociales. Malgré la forte contestation syndicale menée par la CGT, elle passa également en force.

 

 

 

 

 

 

Emmanuel Macron a faussé le jeu.

Emmanuel Macron a faussé le jeu.

 

 

 

Le résultat est évidemment désastreux : la gauche française est en pleine déliquescence. Le PS est en voie d’implosion suite aux catastrophiques primaires et suite à la candidature de Macron. Mélenchon rassemble les mécontents, mais n’a en réalité ni réelle base populaire, ni programme crédible, même si – incontestablement – il fera un « score » . Les communistes sont en voie de disparition et les écologistes sont évaporés…

 

 

En Belgique, la situation est un rien meilleure, mais n’est pas loin du point de non retour. Le PS est emberlificoté dans le scandale Publifin. En plus de l’affaire elle-même, le manque évident d’autorité du président Di Rupo et de son premier cercle sur l’ensemble du Parti et particulièrement sur la Fédération de Liège, est le signe d’une grave faiblesse qui coûtera très cher aux Socialistes wallons et bruxellois.

 

 

Tout se passe, aussi bien chez les Socialistes français et les belges, comme si leurs états-majors étaient coupés de la réalité : Cambadélis et Di Rupo ont bien des points communs dans leur manque d’appréhension des choses.

 

 

 

 

 

Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS français, a bien des points communs avec Elio Di Rupo, président du PS belge.

Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS français, a bien des points communs avec Elio Di Rupo, président du PS belge.

 

 

 

En Wallonie, un seul fait preuve de vitalité : Paul Magnette. Il a acquis une stature internationale en s’opposant fermement, comme ministre-président wallon, au CETA et avec une intelligence politique certaine et montre, en tant que bourgmestre, un grand dynamisme dans la rénovation de sa ville, Charleroi qui a enfin retrouvé une image de dynamisme qu’elle avait perdue depuis longtemps. Mais, Magnette parviendra-t-il à surmonter la crise du PS ?

 

 

Nul ne peut sérieusement prévoir le résultat des prochaines élections françaises. Tout le monde voit Le Pen au second tour et Macron élu président. Rien n’est moins sûr. Nul ne peut dire comment le PS francophone belge se dépêtrera de l’affaire Publifin. La véritable question est : une structure comme le Parti Socialiste a-t-elle encore un avenir, voire même une utilité ?

 

 

La social-démocratie elle-même est-elle une pensée politique porteuse ? On peut en douter. D’autres manières de voir apparaissent. Les unes sont bonnes, les autres non. Il n’y a pas encore une cohérence entre elles. Mais, il est évident que quelque-chose est en train de naître.

 

 

De nouveaux chantiers s’ouvrent, comme, par exemple, celui de l’allocation universelle qui est à débattre. Le revenu de base doit en effet s’inscrire dans un système global s’il ne veut être un gadget qui conviendrait très bien aux néolibéraux qui, eux, ne manquent pas d’idées.

 

 

On oublie aussi les organisations sociales comme les syndicats et les mutuelles qui sont aussi en pleine mutation et qui subissent de plein fouet l’offensive ultralibérale.

 

 

Bref, il ne faut pas perdre espoir. La social-démocratie est une espèce non protégée en voie de disparition, mais prenons garde de casser le jouet et d’être totalement démuni.

 

 

Nous aurons l’occasion d’en parler, car une nouvelle cohérence doit voir le jour. C’est au programme et la saison ne fait que commencer. Ne la gâchons pas.

 

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 14:20

 

 

 

Cette fois-ci, les choses sont allées trop loin. On a tergiversé, temporisé, ergoté pendant des années pour éviter la rupture. On a avancé des demi-solutions basées sur des analyses faussées par le refus de constater la réalité sur le terrain. On s’aperçoit aujourd’hui qu’on ne peut plus reculer. La rupture est consommée.

 

 

 

Deux incidents ont provoqué le séisme tant redouté : une carte blanche sur le communautarisme de l’ancienne députée Ecolo et actuelle cheffe de groupe de ce parti dans l’opposition au conseil communal de Bruxelles-Ville, Marie Nagy et une déclaration à l’emporte-pièce sur les mosquées salafistes de la part du PS Yvan Mayeur, bourgmestre de la même Ville de Bruxelles.

 

 

 

 

Marie Nagy a le courage et l'intelligence de défendre la laïcité même contre son propre parti qui se prétendlui aussi laïque.

Marie Nagy a le courage et l'intelligence de défendre la laïcité même contre son propre parti qui se prétendlui aussi laïque.

 

 

 

Mayeur a déclaré que selon lui toutes les mosquées situées sur le territoire de la commune de Bruxelles-Ville sont salafistes. Le lendemain, il a quelque peu nuancé son propos en affirmant que tous les « musulmans ne sont pas salafistes. » Sur le fond, le premier magistrat de Bruxelles n’a pas tort : la plupart des mosquées sont salafistes, dont la première d’entre elles, celle du Cinquantenaire gérée par l’Arabie Saoudite. Mayeur propose que chaque mosquée soit gérée par une Fabrique d’Eglise comme les églises catholiques. Il s’agit d’un organisme réunissant des représentants de la commune concernée et les membres de la paroisse dont le rôle est d’assurer le financement de ce lieu de culte. Pour les mosquées, cela aurait un avantage, en ce sens que le représentant municipal pourrait contrôler ce qu’il se passe à la mosquée et le système de Fabrique d’Eglise assure la transparence dans la gestion financière.

 

 

 

 

Yvan Mayeur est dans le collimateur des islamistes après ses déclarations sur les mosquées salafistes.

Yvan Mayeur est dans le collimateur des islamistes après ses déclarations sur les mosquées salafistes.

 

 

 

Cependant, Laurette Onkelinx, présidente de la Fédération bruxelloise du PS a fustigé les propos de Mayeur avec des mots très durs et il y risque d’y avoir un débat houleux à ce sujet qui pourrait déboucher sur une scission. De plus, le collectif contre l’islamophobie a déposé plainte contre le bourgmestre de Bruxelles pour propos islamophobes et a demandé au président Di Rupo de l’exclure du PS…

 

 

 

 

Du côté Ecolo, tout est parti d’une déclaration du député européen belge Ecolo Philippe Lamberts, par ailleurs un des meilleurs parlementaires de cette assemblée, qui proclama sa conviction religieuse et estimait dans une interview à l’hebdomadaire bruxellois Le Vif du 3 mars dernier qu’« En Europe, depuis les Lumières, le combat pour le libre-examen, pour la reconnaissance d’un être humain capable de penser par lui-même, a été un combat difficile contre le pouvoir des églises chrétiennes. Ce combat de la laïcité devait être mené. Mais je pense que c’est allé trop loin », sans par ailleurs préciser ce qu’il visait exactement. Il a ajouté qu’on ne pouvait cantonner la religion à la seule sphère privée.

 

 

 

 

 

Philippe Lamberts, député européen écolo, excellent parlementaire, ne cache pas ses convictions religieuses et estime que le combat laïque a été trop loin !

Philippe Lamberts, député européen écolo, excellent parlementaire, ne cache pas ses convictions religieuses et estime que le combat laïque a été trop loin !

 

 

 

 

Marie Nagy a réagi à cette déclaration dans une carte blanche au journal « Le Soir » daté du 21 mars, où elle fait part de son inquiétude devant l’évolution de son parti : « Cette tendance manifeste au retour du religieux dans l’espace public doit être confrontée à une approche qui cherche des solutions réelles aux défis de notre société. Veut-on faire d’Ecolo le nouveau porte-drapeau du « come back religieux » et, ce faisant, d’une approche communautariste, voire électoraliste de la politique ?

 

 

Dans le même ordre d’idées, l’évolution de mon groupe politique local m’inquiète. Sa position sur la neutralité et la laïcité dans les institutions prend une orientation qui ne me paraît pas être conforme aux valeurs défendues par Ecolo en vue de rendre possible le «vivre ensemble» dans le respect d’un socle commun. J’ai porté la question de la ligne politique d’Ecolo en la matière au niveau des instances fédérales sans obtenir à ce jour de réponse claire. Est-ce un débat qui fait peur ? »

 

 

« La neutralité et la laïcité visent à renforcer l’égalité… »

 

 

 

Rappelant son action : « La poursuite de l’égalité de traitement de tous les citoyens a toujours été l’un des piliers de mon action comme d’ailleurs des combats menés par Ecolo. En tant que parlementaire j’ai déposé ou cosigné des propositions de loi pour la régularisation des sans-papiers et pour le droit de vote des citoyens n’ayant pas la nationalité belge », Marie Nagy demande à son parti et aux autres formations démocratiques un débat pour clarifier les choses, car on n’hésite pas à affirmer que le combat laïque est discriminant à l’égard des musulmans. Et elle demande : « Ne devons-nous pas, au contraire, nous appliquer à faire de la pédagogie avec les citoyens et leur expliquer que la neutralité et la laïcité visent précisément à renforcer l’égalité et donner les mêmes chances à chacun ? Nous l’oublions trop souvent : c’est le fondement du principe de la séparation du religieux et de la gestion publique ! »

 

 

 

Horresco referens ! Après la publication de ce texte, la section locale de Bruxelles-Ville d’Ecolo se réunit d’urgence et les 12 membres présents (!) décident de retirer à Marie Nagy son mandat de cheffe de groupe et va jusqu’à demander son exclusion pure et simple du mouvement Ecolo !

 

 

 

Dans leur communiqué, les militants Ecolo parlent d’un conflit interne entre la locale et Marie Nagy et non d’un problème de fond sans préciser la nature dudit conflit qui aurait pour conséquence l'exclusion d'une militante historique de leur mouvement…

 

 

 

Sans prendre position sur ce fameux conflit, l’intellectuel bruxellois Henri Goldman, proche d’Ecolo, écrit sur son blog :

 

 

« Quand, en 1995, Marie Nagy a commencé sa carrière parlementaire ininterrompue depuis lors, la Région bruxelloise tardait à prendre corps et un mouvement urbain qui s’affirmait avait du mal à trouver des relais dans les assemblées. Sur ces deux terrains, elle fut créatrice et persévérante. Mais, au fil des années, une autre réalité a finit par émerger et par submerger tout le reste, et beaucoup ne l’ont pas vu venir. Cette ville, qui fut institutionnellement organisée sur base d’un mauvais compromis communautaire entre Flamands et francophones, dispose désormais d’une population qui n’a plus rien à voir avec ce schéma. En ce début de XXIe siècle, les deux « tribus belges » y sont devenues minoritaires tandis qu’une majorité de ses habitants est issue de l’immigration. Ceux-ci sont désormais des citoyens bruxellois à part entière qui souhaitent normalement peser sur l’organisation et l’image de leur cité, à égalité de droits et de devoirs. Beaucoup parmi eux se réclament de la religion musulmane. Dans une ville de vieille tradition libre-exaministe, cela n’est pas forcément facile à reconnaître et à accepter. Il y a du travail. »

 

 

La vieille tradition libre-exaministe

 

 

S’il est exact – et l’on s’en aperçoit quotidiennement – que les institutions régionales bruxelloises ne sont pas adaptées à la réalité sociologique de Bruxelles avec le poids de plus en plus important de sa population d’origine immigrée, ce n’est pas une raison pour renoncer aux principes fondamentaux que Goldman appelle la « vieille tradition libre-exaministe » !

 

 

Eh bien ! J’y tiens à la « vieille tradition libre-exaministe » et il y a des principes sur lesquels il n’est pas question de transiger : la liberté absolue de conscience et l’égalité hommes-femmes. Ces « fondamentaux » sont-ils incompatibles avec le fameux « Vivre ensemble » ? Non ! Bien au contraire. Ils en sont même la solution.

 

 

D’ailleurs, c’est précisément au nom de la liberté de conscience que je suis opposé à l’interdiction du foulard.

 

 

 

Quant à la religion et particulièrement la religion musulmane, parce que c’est bien sûr d’elle qu’il s’agit, Goldman écrit :

 

 

« La religion musulmane est un « fait culturel total » qui absorbe toutes les facettes de la vie sociale : se vêtir, se nourrir, se rencontrer. Bien malin qui pourrait, de l’extérieur, distinguer ce qui relève de la foi, de la tradition ou de normes sociales de comportement. Mais, « vu de l’intérieur », tout ceci est beaucoup plus fluide. Une sœur porte le foulard, l’autre pas et pourtant elles s’aiment, se comprennent et se soutiennent. »

 

 

Une fois de plus, c’est exact. Notons toutefois que les autres religions sont aussi un « fait culturel total ». Mais si ledit fait culturel impose de changer les règles de vie commune en société, il doit s’effacer devant la loi. Lorsque, par exemple, au nom de sa propre éthique, l’Eglise catholique en tant que telle fait pression sur le législateur pour qu’il n’adopte pas les projets de lois de dépénalisation de l’avortement, d’autorisation de l’euthanasie, du mariage homosexuel, etc., elle outrepasse son rôle. Lorsque la même Eglise ordonne via ses réseaux d’hôpitaux à des médecins de faire jouer la « clause de conscience » pour ne pas pratiquer l’IVG ou l’euthanasie, elle bafoue la loi au nom de ses propres règles. De même, quand certains imams prononcent dans les mosquées des prêches pour traquer les homosexuels, pour contraindre les femmes même non musulmanes à avoir une tenue « décente » dans l’espace public, pour interdire à des magasins d’alimentation de vendre des boissons alcoolisées, ils commettent de graves abus qui ne peuvent être tolérés.

 

 

La « question musulmane »

 

 

Mais où je ne suis plus Henri Goldman, c’est lorsqu’il écrit en conclusion de son article :

 

 

« Nous, Bruxellois, devrons tous apprendre à aborder la « question musulmane » de l’intérieur pour en saisir la finesse, sans trop se gargariser de quelques mots-valises mal définis, genre « neutralité » ou « laïcité ». Ceux qui resteront à distance, enfermés dans leur propre « entre-soi » et nourris de lectures parisiennes, auront forcément tout faux. Que cela nous plaise, nous déplaise ou nous indiffère, dans 20 ans, la moitié de la population bruxelloise aura quelque chose à voir avec l’islam par la généalogie, les références identitaires, la culture et/ou la religion… »

 

 

Il faut cesser de prendre la religion, qu’elle soit musulmane ou non, comme étant la principale dimension du problème et encore moins comme une solution. Le problème est avant tout la situation sociale de certaines communautés immigrées à Bruxelles. Cette situation sociale est due à plusieurs facteurs dont le premier est la crise qui a particulièrement frappé les couches les plus faibles de la société. Le second est politique : on a laissé ces communautés à l’abandon. On les a « ghettoïsées » dans certaines communes pour de sordides motifs électoraux et aussi parce qu’aucun politique à quelque niveau que ce soit ne savait quoi faire à ce sujet. Et c’est sur ce vide que l’islamisme s’est développé.

 

 

Il y eut à Molenbeek – la fameuse commune de Molenbeek ! – un bourgmestre qui a essayé : Philippe Moureaux que l’on accable aujourd’hui de tous les péchés, qu’on accuse même d’avoir été indirectement responsables des attentats terroristes de l’année dernière et de fin 2015.

 

 

 

Philippe Moureaux, ancien bourgmestre de Molenbeek, a commis la grave erreur de s'appuyer sur les mosquées.

Philippe Moureaux, ancien bourgmestre de Molenbeek, a commis la grave erreur de s'appuyer sur les mosquées.

 

 

 

 

À la fois par conviction politique et par calcul politique, Moureaux qui était aussi président de la Fédération bruxelloise du PS, a favorisé l’intégration des communautés issues de l’immigration dans sa commune et dans l’ensemble de la région bruxelloise. Il a également fait en sorte qu’ils puissent jouer un rôle politique en militant – comme, par ailleurs, des Ecolos comme Marie Nagy ou Zoé Genot – pour le droit de vote aux étrangers. Et ce fut en partie une réussite : aujourd’hui, de nombreux mandataires publics sont d’origine immigrée. Il y a même des ministres et des parlementaires de haut niveau.

 

 

Mais, chaque médaille a son revers. La politique de Moureaux a aussi favorisé la ghettoïsation. Il commit la grave erreur de s’appuyer sur les mosquées qu’il considérait comme des éléments modérateurs. Et ce fut la porte ouverte au salafisme et à sa domination sur un quartier de Molenbeek qui fut la base d’où partirent les jeunes djihadistes (on dit aujourd’hui les « radicalisés »…) pour la Syrie et où furent formés les commandos terroristes qui ensanglantèrent Paris le 13 novembre 2015 et Bruxelles le 22 mars 2016.

 

 

Et c’est entre autres parce qu’on a oublié à Molenbeek la neutralité et les principes de laïcité que cette terrible dérive s’est produite. Force aurait dû rester à la loi par la prévention et la répression des agissements islamistes. C’était possible et cela n’a pas été fait. L’école aurait pu reprendre en main les jeunes-gens afin de les intégrer dans le circuit de l’enseignement où les « imams de garage » n’ont pas la place. Mais, il n’y eut ni la volonté, ni les moyens pour ce faire.

 

 

La laïcité : est-ce ringard ?

 

 

La laïcité, n’en déplaise à Henri Goldman, n’est pas un enfermement dans un « entre-soi », sans quoi elle n’aurait aucun sens. Elle permet au contraire une ouverture sur le monde qui n’interdit en rien de pratiquer sa religion, à condition qu’on laisse se développer l’enseignement et que l’on permette à chacune et à chacun de vivre comme il ou elle l’entend.

 

 

Ce n’est pas en laissant tout le terrain à la religion que la société évoluera, bien au contraire, car, ainsi, ce sera la seule loi dictée par les imams qui s’imposera, comme c’est d’ailleurs déjà le cas à Molenbeek. Si « aborder la « question musulmane » de l’intérieur » amène à abandonner les principes de base de la vie sociale au profit de la loi religieuse, cela ne semble pas être la bonne recette…

 

 

Il n’y a pas une « question musulmane ». Il y a une situation sociale dramatique et la détresse qui en résulte est exploitée par des imams qui ne sont que les zélateurs d’une doctrine politico-religieuse mortifère issue des monarchies pétrolières de la péninsule arabique par ailleurs minoritaire dans le monde musulman, mais dotée de moyens considérables.

 

 

Va-t-on être complice de cela ? Croit-on vraiment que le sort des communautés issues de l’immigration en sera amélioré ?

 

 

Aussi, les vieux principes libre-exaministes doivent-ils reprendre force et vigueur, mais pour cela, au risque de me répéter, il faut du courage et de l’intelligence.

 

 

 

Pierre Verhas

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 18:18

 

 

 

Pays-Bas : redistribution des cartes

 

 

Chez nos voisins bataves, ce n’est pas la percée des « populistes » du faux blond aux idées noires, mais ce n’est pas la victoire de la démocratie « libérale » non plus. Certes, le PVV de Geert Wilders ne gagne « que » 5 sièges, alors que le VVD, le parti du Premier ministre Rutte en perd 9. Ce dernier reste le premier parti du royaume des Pays-Bas avec 34 sièges et le PVV est malgré tout le deuxième parti avec 20 sièges.

 

 

 

Geert Wilders, le faux blond aux idées noires, en débat avec le premier ministre hollandais, le très néolibéral Mark Rutte.

Geert Wilders, le faux blond aux idées noires, en débat avec le premier ministre hollandais, le très néolibéral Mark Rutte.

 

 

 

Quant aux sociaux-démocrates et aux chrétiens démocrates, ils sont laminés. Le SP (socialiste de gauche) a plus de sièges que le vieux PvdA (social-démocrate)…

 

 

Enfin, il y a la spectaculaire percée des écologistes de gauche (Groen links).

 

 

Pour former un gouvernement, Mark Rutte devra monter une coalition avec quatre partis, ce qui ne sera pas simple et cela n’augure pas d’un gouvernement stable, alors qu’il faudra prendre des positions claires sur des dossiers chauds comme l’Europe, les migrants, l’avenir économique et social, etc.

 

 

Que conclure de ce scrutin que l’on considérait « à risques » dans les chancelleries et dans les rédactions ?

 

 

En premier lieu, il y a une redistribution des cartes. Certes, les libéraux restent les plus forts, mais ils se tassent. L’extrême-droite progresse et s’installe durablement. La social-démocratie poursuit sa descente aux enfers et fait désormais partie des espèces politiques en voie de disparition, idem pour les chrétiens démocrates.

 

 

En second lieu, pendant plusieurs semaines, on n’a pas cessé de tirer la sonnette d’alarme sur la possibilité d’une victoire « éclatante » de Geert Wilders. Il fallait cependant faire un calcul simple : la différence entre les sièges du PVV (15) et ceux du VVD (41) était impossible à combler et les « populistes » n’auraient en aucun cas pu représenter une gêne pour Mark Rutte.

 

 

En troisième lieu, si les sociaux-démocrates s’effondrent, cela ne signifie pas que la gauche a disparu, bien au contraire. La gauche socialiste et les Ecolos de gauche font un score très honorable. La gauche change de nature et c’est une bonne chose.

 

 

Le néolibéralisme a donc pris un coup, mais n’a toujours pas ralenti sa marche.

 

 

 

Tous les regards se tournent vers la France.

 

 

Après les élections néerlandaises, ce sont les présidentielles les législatives françaises qui préoccupent l’opinion. On n’a jamais vu une élection présidentielle se présenter sous un pareil visage. Le vieux « clivage » gauche – droite semble avoir disparu. C’est une illusion d’optique : ici, les cartes ne sont pas redistribuées, elles sont brouillées.

 

 

C’est évidemment Emmanuel Macron qui brouille les cartes : l’énarque banquier qui se proclame « ni de droite ni de gauche », ou bien « de droite et de gauche ». Tout le monde le voit comme le prochain locataire de l’Elysée. Même Angela Merkel le reçoit comme s’il est le futur président. Attendons cependant ce qui se passera lors des prochaines élections.

 

 

 

Angela Merkel a reçu Emmanuel Macron à Berlin. L'ordolibéralisme allemand parie sur l'énarque banquier.

Angela Merkel a reçu Emmanuel Macron à Berlin. L'ordolibéralisme allemand parie sur l'énarque banquier.

 

 

 

Et peut-on concevoir une élection présidentielle en France sans scandales ? Non, évidemment. Mais, cette fois-ci, on se surpasse !

 

Les emplois fictifs chez Fillon et Le Pen, les costumes de Fillon, les soirées festives de Macron, le financement occulte de son mouvement émaillent cette élection atypique d’épisodes qui, en définitive, dépolitisent la campagne électorale.

 

 

 

 

François Fillon et Marine Le Pen ont bien des points communs : deux programmes aux relens pétainistes et xénophobes et objets de scandales politico-financiers...

François Fillon et Marine Le Pen ont bien des points communs : deux programmes aux relens pétainistes et xénophobes et objets de scandales politico-financiers...

 

 

 

Certes, il reste Hamon et Mélenchon, les deux candidats de gauche, qui se montrent dans l’incapacité de trouver un accord. Mélenchon reste animé par un ego à la limite de la caricature et Hamon, malgré sa victoire aux « primaires », n’arrive pas à s’imposer parmi les siens. En clair, l’unité de la gauche reste une illusion.

 

Or, tous les programmes, à l’exception de ceux de gauche, se résument à cinquante nuances de néolibéralisme.

 

Quant au « populisme », c’est-à-dire à Le Pen, contrairement à ce que l’on veut nous faire craindre, il est manifeste qu’il ne l’emportera pas, même si, comme aux Pays Bas, il confirmera sans nul doute son assise. Et n’oublions pas les relents pétainistes du camp Fillon. Notons que Fillon n’a pas dit son dernier mot et malgré ses « casseroles », il peut encore penser à se tailler un costume de président…

 

 

 

L’insupportable arrogance

 

 

 

L’affaire Publifin, Uranopole l’a déjà écrit, pourrait bien sonner le glas du PS francophone s’inscrivant ainsi dans la déliquescence générale de la social-démocratie en Europe occidentale. À cela, il faut ajouter les émoluments invraisemblables des dirigeants de la holding publique bruxelloise, la Société régionale d’investissement de Bruxelles, dont le patron est un membre éminent du PS.

 

 

Le Parlement wallon, suite à la pression de l’opinion publique, a bien été contraint de mettre sur pied une commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Publifin. Elle a auditionné plein de personnages mêlés à cette saga nauséabonde où s’entremêlent affairisme, magouille politique et système mafieux.

 

 

Des mandataires surpayés à ne rien faire, sans doute pour « la fermer », penauds et désemparés devant des parlementaires ahuris et surtout les deux « grands » patrons – parrains ? – du système, Stéphane Moreau et son égérie Bénédicte Bayer.

 

 

 

La directrice générale de Publifin Nethys, Bénédicte Bayer, devant la Commission : mépris et arrogance. C'est beau le socialisme alimentaire...

La directrice générale de Publifin Nethys, Bénédicte Bayer, devant la Commission : mépris et arrogance. C'est beau le socialisme alimentaire...

 

 

 

Cerise sur le gâteau : c’est tout un « système » PS qui est mis en pleine lumière, car, dans la pénombre, tout le monde savait et chacun se taisait. L’omerta politicienne comme avec le Kazakhgate qui touche, lui, la droite libérale.

 

 

Mais, ici, cela aura des conséquences politiques catastrophiques : le PS belge, parti d’une social-démocratie ayant viré au rose pâle, est lui aussi en pleine déliquescence. C’est donc la principale formation de gauche en Wallonie et à Bruxelles qui est touchée de plein fouet.

 

 

Alors, quelle gauche succédera ? Le PTB (extrême-gauche d’origine maoïste) est assuré de rassembler tous les déçus du PS et fera sans doute un score exceptionnel. Cette formation, vu les circonstances, changera-t-elle en sortant de son sectarisme et en clarifiant son positionnement politique ? Peut-être. Et sans doute faudra-t-il œuvrer pour que cela se fasse. Quant aux Ecolos, à l’exception de quelques mandataires comme Zoé Genot, ils ne parviennent pas à se dépêtrer de leur gangue centriste.

 

 

Et puis, comme cela a été écrit ici à plusieurs reprises, la renaissance de la gauche viendra de la base, c’est-à-dire des organisations syndicales et mutuellistes et aussi du mouvement des femmes.

 

 

Bref, il y a du pain sur la planche.

 

 

Populisme à tout va

 

 

L’épouvantail à la mode, c’est le « populisme ». Populisme est un mot poubelle, car on y fourre tout ce qu’on veut. Est « populiste » celui qu’on rejette : cela va de l’extrême-droite « classique » (Le Pen et consorts). Cela passe par des politiques non-conformistes refusant de s’inscrire dans le « système » comme le très original député béarnais Jean Lasalle qui a obtenu les 500 sésames pour se présenter à l’élection présidentielle et, ainsi, diffuser ses idées sur les grands médias. Et enfin, cela se termine à gauche avec le philosophe Jean-Claude Michéa, le candidat de « France insoumise », Jean-Luc Mélenchon.

 

 

 

 

Le "populiste" Jean-Luc Mélenchon est populaire. Il a réussi sa marche pour la 6e République.

Le "populiste" Jean-Luc Mélenchon est populaire. Il a réussi sa marche pour la 6e République.

 

 

 

Avouez que cela fait beaucoup de monde !

 

 

« Libération » avec son directeur Laurent Joffrin est le journal le plus prompt à dénicher les « populistes ». Une fois de plus, ces organes de presse de l’establishment bobo s’en donnent à cœur joie.

 

 

Dans une tribune intitulée « Impensable populisme de gauche » datée du 10 mars 2017, le journaliste Simon Blin commence à dresser une liste à droite (extrême) et à gauche et met tout ce monde dans le même sac : Frédéric Lordon, Mélenchon, Michéa, Jacques Julliard, Christophe Guilly qui « tous viennent de gauche » - Ah bon ! Ils n’appartiennent plus à la gauche ? Première nouvelle ! Et, bien entendu, il faut ajouter les personnalités xénophobes : Donald Trump, Geert Wilders, Viktor Orban, Nigel Farage, Erdogan et Marine Le Pen.

 

Il paraît que c’est très vilain de faire des amalgames ! Mais, assimiler tous ces leaders et penseurs de gauche à la fachosphère, non, c’est de l’analyse, ce n’est pas de l’amalgame !

 

Que reproche Blin à tout ce monde ? Etre anti-élite, anti « establishment », et ainsi nier la lutte des classes ! Alors, là, c’est le comble. M. Blin ferait bien de relire les écrits et les propos de Lordon, de Michéa, de Mélenchon, car il a certainement dû sauter quelques passages essentiels…

 

Et ce n’est pas tout : « Loin de combattre le modèle néolibéral, l’histoire montre que le populisme est, sinon l’ennemi direct de la gauche, au moins un de ses adversaires. »

 

 

Et dans la foulée, on reproche à Jean-Luc Mélenchon de chercher son inspiration chez les dirigeants anticapitalistes d’Amérique du Sud : Lula, Morales, Chavez, etc. qualifiés de « populistes de gauche ».

 

 

Blin s’attaque aussi à la philosophe belge Chantal Mouffe :

 

 

« Ces dernières années, les pays d’Europe occidentale ont connu des alternances, sans qu’on distingue bien les différences, en termes de politiques économiques notamment. Cette forme de régime gestionnaire mou aurait, selon Chantal Mouffe, annihilé tout espace de contestation politique. Tony Blair et sa troisième voie, Gerhard Schröder en Allemagne, José Luis Rodriguez Zapatero en Espagne, le Pasok en Grèce, etc. «Il est urgent de renouer avec une vision conflictuelle de la démocratie, déclare-t-elle à Libération. La politique consiste à établir une frontière entre un "nous" et un "eux", et tout ordre politique est fondé sur une certaine forme d’exclusion. La réflexion sur la démocratie doit reconnaître l’antagonisme.» Une politique du conflit qui privilégie donc la dualité entre les masses mouvantes et les institutions figées, entre «ceux d’en bas» et «ceux d’en haut», aux dépens même de la gauche. »

 

 

Il y a d’abord une contradiction : les soi-disant « populistes de gauche » nieraient la lutte des classes, mais ces méchants cocos veulent reproduire un espace de contestation, un terrain de lutte entre le peuple et l’establishment, surtout après le colossal échec de la social-démocratie et de sa « troisième voie » en Europe qui a ouvert un boulevard au néolibéralisme. Pourtant, ce combat ressemble fort à de la lutte des classes.

 

 

En réalité, c’est là le reproche qui va bien au-delà de la critique : les prétendus « populistes de gauche » combattent l’establishment, veulent redonner sa place au peuple. C’est évidemment intolérable pour les « bobos » en particulier qui ont le monopole de « la gauche », bien entendu !

 

 

Vous vous rendez compte : Ce serait une menace pour le « système » et ce serait la fin de la pensée unique.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 17:50

 

 

 

Depuis l’élection de l’infâme Donald Trump à la présidence des USA, c’est la panique dans les chancelleries européennes et dans les locaux de la Commission européenne et du tout nouveau bâtiment du Conseil de l’Union européenne.

 

Les relations pratiquement de vassal à suzerain entre l’Union européenne et les Etats-Unis sont désormais mises à mal par ce nouveau président atypique, à l’allure de brute, méprisant, misogyne et raciste qui souhaite une Amérique puissante, dominante et sans partenaires. Tout le monde s’accorde à dire que le nouveau locataire de la Maison Blanche est dangereux.

 

Cela dit, l’élection de Donald Trump a bouleversé la donne. On se trouve à un moment de rupture. Et pour comprendre cette rupture, il faut remonter l’histoire.

 

Pour bien appréhender cela, le correspondant à Bruxelles du quotidien français en ligne « Mediapart », Ludovic Lamant, a interviewé le politologue français Antonin Cohen, professeur à l’Université de Rennes, auteur d’un ouvrage intitulé De Vichy à la Communauté européenne, PUF, 2012. Le professeur Marc Olivier Baruch en a fait la recension dans CAIRN Info dont voici deux extraits :

 

 

 

Antonin Cohen, un politologue peu connu mais aux analyses fines et rigoureuses

Antonin Cohen, un politologue peu connu mais aux analyses fines et rigoureuses

 

 

 

« la matrice de la communauté telle que l’a méditée Vichy (à condition d’entendre par là non un régime – qui est, fût-ce à son corps défendant, d’abord étatiste – mais une tentative de penser le social) a enfanté la construction de l’Europe dont Monnet et Schuman furent les porte-drapeaux. Un des apports essentiels du travail d’A. Cohen, peu relevé jusque-là, réside dans sa capacité à nous proposer l’histoire, appelée à faire référence, du projet idéologique de Vichy. »

 

N’oublions pas que Robert Schuman fut ministre dans le premier gouvernement du Maréchal Pétain en 1940. Cohen situe la naissance non pas du projet européen mais de son concept à Vichy.

 

 

 

Jean Monnet et Robert Schuman, les fondateurs de l'Europe communautaire s'inspirant du corporatisme des vychissois.

Jean Monnet et Robert Schuman, les fondateurs de l'Europe communautaire s'inspirant du corporatisme des vychissois.

 

 

 

Et il y a un lien très net entre le corporatisme vichyste et le communautarisme européen (rien à voir avec le « communautarisme » multiculturel tant controversé aujourd’hui).

 

« Que ces continuités – qui ont pour nom corporatisme et communautarisme – existent, l’auteur se propose d’en apporter la preuve par l’exemple, en l’occurrence celui de l’antiparlementarisme. La démonstration est bien menée, et les correspondances ne semblent pas forcées entre les conceptions de Vichy selon lesquelles la souveraineté vient du haut, le rejet par le Congrès de La Haye de la proposition, avancée par Paul Reynaud, de faire élire une assemblée constituante européenne, et les mécanismes institutionnels de la Haute Autorité puis des constructions européennes, où le pouvoir législatif échappe aux élus au profit des conseils des ministres. »

 

Donc, la conception des institutions européennes est bien d’origine corporatiste et non démocratique : primauté d’un exécutif bicéphale (Commission ou Haute Autorité à l’origine d’une part, et Conseil des ministres, aujourd’hui Conseil européen, d’autre part) disposant du pouvoir législatif. Et cela dure depuis 62 ans, c’est-à-dire à la fondation de la CECA qui est devenue en 1957 la Communauté économique européenne par le Traité de Rome et puis en 2002, l’Union européenne suite au Traité de Maastricht.

 

En remontant l’histoire, on s’aperçoit que le Parlement européen qui, à l’origine, était composé de parlementaires nationaux, n’a été élu au suffrage universel que suite à la pression de l’opinion publique en 1979 et qu’il dispose de fort peu de pouvoirs.

 

L’Union européenne est donc celle du sommet et non de la base, non celle des peuples européens.

 

Mais elle est aussi une création euro-américaine. Le plan Marshall a joué un rôle très important dans la construction européenne et Jean Monnet fort proche des Etats-Unis fut sans doute le véritable fondateur de l’Union européenne.

 

Uranopole reproduit ici de larges extraits de l’interview d’Antonin Cohen effectuée par Ludovic Lamant, qui nous éclaire à travers l’histoire, sur les caractéristiques propres de l’Union européenne qui, aujourd’hui, après le Brexit et la montée de ce qu’on appelle les populismes, est à la croisée des chemins, car sa survie est mise en question.

 

(Les intertitres sont d’Uranopole)

 

Entre l’Europe et les Etats-Unis, une rupture de l’Histoire

 

 

13 mars 2017 Par Ludovic Lamant - Mediapart.fr

 

 

(…) Il n’était pas encore investi président des États-Unis que Donald Trump accueillait déjà dans sa Trump Tower Nigel Farage, l’une des figures xénophobes de l’opposition à l’UE, et faisait savoir qu’il misait sur un « éclatement » de l’Europe. Jamais peut-être, depuis la création de l’UE, les relations entre Bruxelles et Washington n’ont été aussi chaotiques. (…)




En quoi les débats sur les origines de l’UE peuvent-ils aider à comprendre l’ampleur de la rupture qui se joue, pour l’Europe, avec l’élection de Donald Trump ?

 

 

Antonin Cohen : Les États-Unis sont un peu partout présents dans les débuts de la construction européenne. Il y a des raisons structurelles, qui sont liées essentiellement à la Libération, donc à la présence militaire des États-Unis sur le territoire européen. Il y a aussi des intérêts commerciaux très forts pour les États-Unis, dans la construction européenne. Les entreprises américaines voulaient avoir accès à un marché relativement unifié.

 



Il faut se souvenir qu’au moment de l’élaboration du plan Schuman, en 1950, Jean Monnet travaille avec un avocat américain pour rédiger le traité et définir le statut de la Haute autorité. Cet avocat du cabinet Cleary & Gottlieb, le matin, travaille avec Monnet et, l’après-midi, travaille avec Pepsi-Cola et d’autres grandes entreprises américaines pour chercher à obtenir des autorisations de commercialisation sur le marché français. En fait, ces cabinets d’avocats sont, à l’époque, en train de démarcher chacun des gouvernements en Europe. Donc, l’un des enjeux, pour eux, c’était qu’il existe des règles commerciales communes en Europe.

 



Sans la pression des États-Unis, il n’y aurait pas eu de projet européen ? Est-ce qu’on peut le dire comme cela ?

 

 

La position des États-Unis consistait à dire : nous voulons, sinon une unification politique de l’Europe, du moins une zone de libre-échange. Puis, avec la guerre de Corée [1950-1953 – ndlr], ils ne veulent plus payer pour la défense de l’Europe. Une phrase est restée fameuse, celle du secrétaire d’État américain Dean Acheson : « Je veux des Allemands en uniforme pour l’automne 1951. » Or, pour la France, ce n’est possible que dans un cadre européen. Dès les années 1950, dans un contexte de guerre froide, la question est toujours liée à des aspects militaires. Mais elle se décline en fait sous la forme de différents projets sur le terrain. Les États-Unis, c’est un terme parapluie, qui regroupe des institutions politiques, des groupes économiques, etc.

 

 

 

L’Europe est le résultat d’une série de stratégies d’influences.


 


Mais les Européens eux-mêmes ont bien sûr joué un rôle capital. La construction européenne n’est pas le produit d’un complot qui viendrait d’un seul secteur. Elle est le résultat d’une série de stratégies d’influences : les réseaux libéraux, les réseaux américains, les réseaux keynésiens… Il y a énormément d’influences convergentes qui expliquent aussi des incohérences dans la manière dont tout cela s’est réalisé.



L’influence des États-Unis continue jusqu’à aujourd’hui. Ne serait-ce que du point de vue militaire. Si Donald Trump persiste dans sa direction, c’est donc une vraie rupture. Autant il me semble possible de nuancer la rupture induite par le Brexit – après tout, les Britanniques n’ont jamais été complètement dans l’UE, ils n’y sont entrés que tardivement, etc. –, autant la rupture est forte, avec la nouvelle donne aux États-Unis.



Paul Hoffman est l’un des personnages clés de cette histoire entre les États-Unis et l’Europe : c’est lui qui fait appliquer le plan Marshall et plaide pour le renforcement de l’intégration européenne.

 

 

Oui, il est le directeur de l’ECA, l’administration du plan Marshall, qui dispose d’un siège aux États-Unis et de plusieurs branches en Europe. Hoffman est tout à fait représentatif de la manière – l’exemple de Rex Tillerson, l’actuel secrétaire d’État pourrait être convoqué ici aussi – dont se construisent les passerelles entre les grands groupes de l’industrie américaine et la politique extérieure des États-Unis. Cela ne se passe pas tant au niveau du secrétaire d’État qu’au niveau de son administration : il est quasiment impossible de démêler l’aspect politique de l’aspect économique, dans ces trajectoires individuelles.

 

Cette élite américaine, qui brasse intérêts économiques et politiques, va militer pour le fédéralisme européen.

 

 

Aux États-Unis, vous n’avez pas de grand corps d’État à l’époque. L’État fédéral est un noyau creux, et d’anciens dirigeants d’entreprises et de banques vont alors prendre le pouvoir à Washington. C’est un système d’action très élaboré, qui inclut à la fois la CIA, le plan Marshall, les grandes fondations. La fondation Ford, par exemple, finance des programmes de recherche universitaire en Europe. La CIA va plutôt se concentrer sur le financement d’actions secrètes. Dans ce milieu, on retrouve un peu toujours les mêmes têtes. Ils forment une strate connue sous le nom de « foreign policy establishment ». Ce sont des gens issus de l’industrie ou des grands cabinets d’avocats, ou encore des banques d’investissement. C’est tout le milieu dans lequel baigne Jean Monnet dans les années 1930 [Monnet a travaillé dans le secteur bancaire aux États-Unis dans les années 1930 – ndlr].

 

 

Au départ, il n’est pas question d’un parlement et d’une cour de justice.

 



Vous avez analysé la manière dont la Haute autorité, défendue par Jean Monnet, s’inspire d’un précédent aux États-Unis, la Tennessee Valley Authority, une agence chargée de réguler l’énergie fournie par des barrages dans cette région. En raccourci, pourrait-on dire que c’est de là que viennent la « technocratie bruxelloise », le « règne des experts », ou encore une certaine méfiance envers le parlementarisme quand il s’agit de construire l’Europe ?

 

Si l’on va au plus près des archives, l’idée de Monnet est une Haute autorité composée d’une petite équipe, et surtout pas d’une bureaucratie. Ce sont des experts, issus du patronat ou des syndicats, et il leur revient de réguler le marché. Dans l’idée de Monnet, il n’est pas question d’un contrôle parlementaire. Mais des gens vont vite lui dire qu’il leur semble délicat de mettre sur pied une haute autorité sans contrôle d’un parlement. Dans le plan de départ, il n’est pas non plus question d’une cour de justice. Tout cela s’est ajouté au fil des discussions.
 


L’influence des États-Unis passe donc essentiellement par du financement, que ce soit par le plan Marshall ou par des aides à des mouvements pro-fédéralistes.

 

 

Oui, et cela explique pourquoi ce sont surtout des banquiers d’investissement et des avocats qui occupent les premiers postes. Si l’on prend l’exemple du directeur de la CIA dans les années 1950, Allen Dulles, c’est un avocat. Il fait partie, avec son frère John Foster Dulles, lui-même secrétaire d’État, d’un cabinet très important à l’époque, Sullivan & Cromwell. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Dulles est en mission à Berne, pour financer des mouvements de résistance allemands, italiens, français. Pourquoi Berne ? Parce qu’il utilise les technologies financières disponibles là-bas. Il y a tout un aspect de technique financière qui est très important dans cette histoire.

 

 

Financement des organisations pro-européennes par les services secrets US

 


Aux côtés de William Donovan, l’ancien dirigeant de l’Office of Strategic Services [l’OSS, l’ancêtre de la CIA – ndlr], Dulles va prendre la tête du Comité américain pour une Europe unie, après la guerre. Ils vont donc réactiver les réseaux qu’ils avaient constitués pendant la Seconde Guerre mondiale pour faire à peu près la même chose : recourir aux mécanismes internationaux pour financer des organisations pro-européennes.

 

 

Il y a dès le départ confrontation entre le keynésianisme euro-américain et l’ordolibéralisme allemand.

 

 

À l’époque, le keynésianisme connaît un grand succès parmi les élites américaines dont vous parlez, puis dans certains cercles en Europe, dont certains sont aussi des avocats du projet européen… C’est une surprise, alors que la crise de l’euro, depuis 2008, a surtout souligné l’influence de l’ordolibéralisme dans la construction du projet européen. Que s’est-il passé ? Le keynésianisme des Américains s’est incliné face à l’ordolibéralisme des Allemands ?

 

 

C’est la question la plus importante pour cerner l’évolution du projet européen. Si l’on s’attache à restituer une influence unique, on s’aveugle aux autres types d’influence. Dans l’entourage de Jean Monnet, parmi les élites européennes, l’influence de Keynes était manifeste. Elle est indéniable quand on lit les traités de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) comme de la CEE, le traité de Rome. Mais ce n’est pas la seule influence. L’ordolibéralisme allemand est présent lui aussi. Ces deux réalités se confrontent lors de l’écriture des premiers traités.



Les élites françaises se confrontent-elles aux élites allemandes ?

 

Je ne dirais pas que c’est une confrontation. Cela prend la forme de l’écriture de dispositions différentes dans les traités. D’un côté, on a une politique extrêmement régulationniste. Je pense à la Politique agricole commune (PAC), avec la fixation des prix par une bureaucratie. Je pense au tarif douanier commun, dans le traité de Rome. Mais d’autres dispositions, à l’inverse, sont plutôt d’inspiration ordolibérale. On décide, par exemple, que c’est la Cour de justice, et non la bureaucratie, qui va réguler le marché. Autant la Direction générale de l’agriculture est très régulationniste (et plutôt aux mains des Français), autant la Direction générale de la concurrence est, elle, ordolibérale (et plutôt aux mains des Allemands). Ces réseaux évoluent dans le temps, dans un rapport de force inavoué qui tourne au profit des uns et des autres, en fonction d’autres paramètres. Entre-temps, les accords du GATT ont par exemple exclu une série de possibles pour l’avenir de l’Europe.



Cela veut-il dire que les traités européens ne sont pas, par essence, néolibéraux ? Que le contexte international joue aussi ?

 

Oui. D’abord, il y a un emboîtement de traités qui ne disent pas tous la même chose. Il y a aussi les évolutions respectives qui résultent de ces traités, et des rapports de force au sein et en dehors des institutions. Tout cela fait qu’il est difficile de dire : voilà, nous avons identifié la source, claire et nette, qui permet d’expliquer les soixante années suivantes. Une fois qu’on a dit cela, il n’empêche qu’un tournant s’est clairement produit dans les années 1970. Jusqu’alors, l’idée d’un grand marché était couplée à celle d’une régulation des banques, d’une politique de relance qui bénéficie à tout le monde, etc. Par la suite, ce n’est plus le cas.

 

 

L’ordolibéralisme allemand a gagné.

 

 

Cette confrontation entre keynésianisme et ordolibéralisme n’a-t-elle plus lieu aujourd’hui ?

 

Il n’est pas abusif de dire que l’ordolibéralisme et le néolibéralisme ont très largement pris le pas sur d’autres influences de pensée économique. Mais n’oublions pas, dans le même temps, que le « miracle économique espagnol », dont on dit toujours qu’il s’explique par la libéralisation de l’économie espagnole, s’explique dans une large mesure par les investissements qui ont été réalisés par le biais de fonds régionaux européens (par exemple, le Feder) pour construire les infrastructures du pays. C’est cette dynamique qui a notamment alimenté la bulle immobilière.

 

L’Union européenne est profondément atlantiste.



Comment analysez-vous les négociations commerciales sur le TTIP (ou Tafta pour ses adversaires) ?

 

Ce projet figure dans l’ADN de l’Union européenne, dans le sens où, dès les origines, il y avait l’idée d’une zone atlantique à consolider entre les États-Unis et la Communauté européenne.



Le TTIP aurait-il été l’aboutissement logique des initiateurs du plan Marshall ?

 

On peut dire cela, mais d’autres directions auraient pu être empruntées : imposer un tarif douanier aux frontières, renforcer les instruments de protection commerciale, etc. Le fait que l’on aille systématiquement dans le sens de la dérégulation, de l’atlantisme, n’est, de mon point de vue, ni souhaitable, ni totalement inscrit dans le marbre.



Quel sens donnez-vous à l’échec des négociations aujourd’hui ?

 

Les Européens sont pris à rebours, à cause de l’arrivée de Trump, qui change, sur ce terrain-là aussi, beaucoup de choses… Même si l’on peut avoir du mal à comprendre quel est l’intérêt des États-Unis à ne pas pouvoir exporter davantage de produits sur le marché européen, avec 500 millions de personnes.



Vous avez déconstruit dans votre livre les usages politiques des commémorations du « plan Monnet » de 1950. Que vous inspire la commémoration des 60 ans du traité de Rome, prévue fin mars dans la capitale italienne, qui est censée « relancer » le projet européen après le Brexit ?

 

Les commémorations des traités sont toujours l’occasion de proposer des « relances » de l’Europe. Aujourd’hui, on peut se demander ce qu’il est encore possible de faire en matière de relance, dans un contexte de délégitimation de l’UE, dans un contexte international extrêmement mouvant, de la Syrie à Donald Trump, dans une conjoncture dominée par un Brexit particulièrement compliqué, qui pourrait déboucher sur une demande d’adhésion, un jour, de l’Écosse…



Le terrain est très mouvant. J’entends dire que l’une des possibilités de cette relance serait une défense européenne. Mais une fois le Royaume-Uni sorti de l’UE, et dans la mesure où Trump semble vouloir remettre en question l’OTAN, il ne restera plus dans l’UE qu’une seule puissance nucléaire, la seule qui consacre des dépenses substantielles à la défense, à savoir la France.

 

Relancer, d’accord, mais pour aller où ?

 

 

 

Que conclure ? La construction européenne est viciée dès le départ.

 

 

En premier lieu, ce n’est pas faire de « l’euroscepticisme » que de déplorer l’influence du capitalisme et de l’Etat profond américains sur l’Union européenne. Les propos d’Antonin Cohen le montrent. On voit d’ailleurs la panique provoquée par l’élection de Donald Trump. L’Union européenne devrait, si elle est digne de ce nom, avoir un sursaut d’indépendance : définir ses propres intérêts, sa propre politique étrangère, sa propre conception de la défense. Non, au contraire, les dirigeants actuels pleurent pour le maintien de l’OTAN et supplient que les traités commerciaux TTIP et CETA soient adoptés le plus rapidement possible.

 

 

En second lieu – le Livre blanc de Juncker le démontre – la construction d’une Union politique est quasi enterrée et l’on s’oriente de plus en plus vers une vaste zone de libre échange de l’Atlantique à la frontière russe sous le parapluie militaire de l’OTAN ou d’une défense européenne dominée par l’Allemagne. Ainsi, la conception corporatiste – communautariste née à Vichy et élaborée au congrès de La Haye de 1950 sera pleinement opérationnelle.

 

 

Ce n’est pas cela qu’ont voulu tous ceux qui ont milité pour la construction européenne, c’est-à-dire pour l’union des peuples dans la diversité et surtout dans la solidarité afin d’assurer la paix sur le continent et la prospérité pour tous.

 

 

Dans une tribune à la « Libre Belgique » du 15 mars 2017, Pierre Defraigne, directeur exécutif de Madariaga – Collège d’Europe à Bruges dresse un constat sans appel :

 

 


 

Pierre Defraigne a le mérite par son analyse indépendante et sans complaisance de remettre les montres à l'heure au niveau de l'Union européenne.

Pierre Defraigne a le mérite par son analyse indépendante et sans complaisance de remettre les montres à l'heure au niveau de l'Union européenne.

 

 

 

Il observe d’abord que l’opinion européenne se divise en deux camps : ceux qui se replient vers les Etats nations par peur du chaos du monde et ceux « qui pourraient se rallier à la construction d’une Europe forte et démocratique, ce que l’UE n’est pas encore. »

 

Defraigne estime qu’il faut consulter le citoyen européen sur la révision des traités. Ce qu’appréhendent les dirigeants de l’Union. Il propose en outre de soumettre aux peuples toute une série de réformes dont « la transformation de la Commission en véritable collège politique, l’abolition des délégations nationales au Parlement européen et la constitution d’authentiques partis politiques paneuropéens. »

 

Il estime en outre que « sans une défense commune et donc une vraie politique étrangère, l’Europe ne pourra assumer vis-à-vis des citoyens la fonction tutélaire que les Etats n’arrivent plus à remplir. (…) Ce vide paralysera l’Europe face au chômage et aux inégalités au-dedans, et à Poutine, à Erdogan, à Xi Jinp et à Trump au dehors. »

 

 

Defraigne critique le Livre blanc de la commission Juncker estimant qu’il ramènera à business as usual.

 

 

Aussi, préconise-t-il une consultation populaire, « s’adresser directement au citoyen. » par un référendum après préparation approfondie de l’opinion.

 

 

Oui, cette proposition n’est pas à rejeter, car elle donne enfin aux peuples le droit de s’exprimer, à condition que l’on garantisse la concrétisation du résultat.

 

 

On l’a vu avec les référendums précédents : quand le résultat gênait les dirigeants européens, ils étaient rejetés purement et simplement comme les référendums sur la constitution européenne de 2005 en France et aux Pays-Bas. Récemment, les Européens ont tenté de faire annuler le référendum sur le Brexit et d’en imposer un deuxième.

 

 

Mais, si l’idée de Pierre Defraigne est excellente, elle émanera du sommet. Et nous nous retrouvons à la case départ où un pouvoir européen illégitime impose au citoyen européen sa ligne de conduite.

 

 

Si on veut que les choses se concrétisent dans le sens de la construction d’une réelle et indispensable Europe démocratique, l’initiative doit venir d’en bas afin de jeter dans les poubelles de l’histoire ce corporatisme-communautarisme qui a fait tant de tort.

 

 

Alors, de deux choses l’une : soit sombrer dans l’euroscepticisme et donc, l’aventure, soit tenter la construction d’une autre Europe, mais ce flambeau là, il faudra le transmettre à la nouvelle génération.

 

 

 

Pierre Verhas

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Published by pierre verhas
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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 11:46

 

 

 

Scandales du Kazakhgate et de Publifin en Belgique où l’on s’aperçoit qu’une grande partie des représentants politiques sont mouillés dans des combines juteuses à la limite de l’illégalité, soit, dans quelques cas, franchement illégales. On sent un ahurissement du monde politique qui ne sait pas très bien comment réagir.

 

 

En France, jamais on n’a assisté à une campagne présidentielle aussi chaotique. Deux candidats, celui de la droite et celle de l’extrême-droite sont compromis dans des affaires d’emplois fictifs et de prises illégales d’intérêts. Sans doute, seront-ils tous deux mis en examen, voire placés en garde à vue… Les prochains jours seront fertiles en rebondissements !

 

 

L’Union européenne est en pleine déliquescence depuis le « Brexit ». Le « Livre blanc » de Juncker le prouve : on n’arrive plus à fixer une orientation et un projet commun. Mais, en même temps, on maintient la Grèce sous la chape de plomb d’une austérité mortifère.

 

 

 

 

Jean-Claude Juncker ne sait plus quel chemin prendre.

Jean-Claude Juncker ne sait plus quel chemin prendre.

 

 

 

Quelle est la signification de tout cela ?

 

 

Qu’il s’agisse de la Belgique, de la France, de l’Union européenne, ces péripéties montrent que les institutions sont inefficaces et ne répondent plus aux enjeux de notre temps. Elles montrent également qu’un autre système est en train de se mettre en place petit à petit. Et ce système est dangereux.

 

 

Ce système porte un nom : l’Etat profond.

 

 

L’Etat profond

 

 

Sans verser dans la théorie du complot qui, par les fantasmes qu’elle diffuse, nous mène n’importe où, on peut constater que le pouvoir politique se délite de plus en plus. L’Etat-nation qui en est son cadre implose et explose. Il implose par l’effritement du pouvoir central au profit d’instables entités régionales. Il implose par l’émergence d’une société multiculturelle qui n’est pas la rencontre de différentes cultures, mais leur cohabitation hostile, met en pièce l’homogénéité relative qui est le ciment d’une nation. Il explose par la mondialisation néolibérale qui confisque à la puissance publique tout pouvoir sur l’industrie, les échanges et la structure sociale et qui repousse les frontières – ce qui, en soi, n’est pas un mal si cela se fait dans un ordre consenti – vers un espace inconnu et surtout incontrôlé, mais violent et organisé. C’est ce qu’on appelle l’Etat profond.

 

 

Comment en est-on arrivé là ?

 

 

Une crise de confiance

 

 

Il y a une profonde crise de confiance entre les peuples et les mandataires politiques censés les représenter. Loïc Nicolas, rhétoricien spécialiste du discours politique à l’ULB, écrit dans une carte blanche parue le 1er mars 2017 dans « La Libre Belgique » où il distingue les deux sens du mot « confiance » :

 

 

 

Loïc Nicolas, chercheur à l'ULB, analyse la crise de confiance que nous vivons.

Loïc Nicolas, chercheur à l'ULB, analyse la crise de confiance que nous vivons.

 

 

 

« … cette crise de confiance n’est pas la simple expression d’une inquiétude générale face aux ténèbres d’un futur incertain. Inquiétude dont les mandataires politiques, incriminés sans nuances, paieraient les frais. Plus profonde, elle porte sur les valeurs qui fondent notre existence collective et nos institutions publiques. Elle touche à la façon de faire de la politique ainsi qu’au statut de ceux qui la font. La confiance qui est en cause ici - et que les citoyens jugent brisée - renvoie au terme anglais "trust".

 

Cette confiance-là naît dans l’identification chez autrui de valeurs et de principes partagés. Elle pointe vers l’appartenance à une communauté de sens, de discours, de destin. Elle répond à la parole donnée. Par contraste, le terme anglais "confidence" - qu’on traduit également par "confiance" - concerne la relation contractuelle qui met à l’honneur le bon technicien comme le bon gestionnaire. Dans ce cadre, l’expertise (du plombier, du comptable ou du chirurgien) prime sur l’éthique de la personne dont on attend d’abord le respect des termes du contrat. »

 

Les décideurs politiques – dans leur recherche frénétique de l’ « efficacité » – se basent en priorité sur la « confidence », autrement dit la compétence, tout en négligeant le « trust » qui implique la confiance en un projet d’avenir basé sur des principes éthiques fondamentaux – appelés aussi « valeurs » - comme l’Equité et la Justice, valeurs aujourd’hui mises à mal par les « politiques » et certains médias.

 

En définitive, n’est-ce pas là la rupture entre le peuple et les élites ?

 

Par exemple, à propos de l’institution judiciaire, Luc Hennart, le Président du Tribunal de Première instance de Bruxelles, dit dans une émission de la RTBF :

 

« Il n’y a rien de nouveau. Les attaques contre la justice deviennent une manière de faire de la politique, il suffit de regarder ce qui se passe dans le monde. La méthode de M. Fillon est pathétique puisque les juges ont été saisis, un dossier existe, ils doivent remplir leur fonction. En tout indépendance, que ça plaise ou non »

 

 

 

Le juge Luc Hennart tire la sonnette d'alarme sur l'état de déliquescence de la Justice belge.

Le juge Luc Hennart tire la sonnette d'alarme sur l'état de déliquescence de la Justice belge.

 

 

 

Pour le juge Hennart on use de méthodes qui servent à « s’attaquer non plus au fond des choses, mais aux figures qui ont la mission de remplir un métier difficile. »

 

Et il ajoute :

 

« A partir du moment où un juge statue dans un sens qui ne convient pas, l’exécutif va s’asseoir sur les décisions de justice. »

 

Il fait allusion ici au secrétaire d’Etat à l’accueil des étrangers, le nationaliste flamand Théo Francken qui se vante de ne pas respecter des décisions de Justice non-conforme à sa politique d’exclusion à l’égard des réfugiés.

 

Enfin, Hennart tire la sonnette d’alarme :

 

« L'indépendance de la justice recule en Belgique, pointant à nouveau du doigt des politiques de discrédit et un manque criant de moyens. »

 

Les attaques permanentes contre la Justice de la part de politiciens en délicatesse avec la loi, notamment de François Fillon, sévissent aussi en France. L’ancien Premier ministre gaulliste Dominique de Villepin avertit dans une tribune au « Figaro » du 3 mars :

 

« Attaquer les juges – quels que soient les défauts de la justice dans notre pays – c’est nécessairement fragiliser l’Etat de droit. Et appeler à la rue, c’est aussi dangereux qu’irresponsable. »

 

L’épouvantail : le « populisme »

 

Et on en arrive au fameux « populisme », ce mot poubelle où l’on y jette tout et son contraire.

 

Joan Condijts, Rédacteur en chef du quotidien financier « l’Echo » fait la réflexion suivante dans son édito de samedi 4 mars :

 

 

 

Joan Condijts, Rédacteur en chef de l'Echo, a souvent une vision juste des événements.

Joan Condijts, Rédacteur en chef de l'Echo, a souvent une vision juste des événements.

 

 

 

« L’affaire Publifin-Nethys n’est finalement que l’illustration d’un estompement de la norme au sein des élites politiques, de l’effacement progressif des contre-pouvoirs et d’une confusion des intérêts individuels et collectifs. Peut-être la commission d’enquête du Parlement wallon sur Publifin-Nethys révélera-t-elle quelques malversations, l’une ou l’autre magouille mais elle risque de passer à côté de ce véritable enjeu qu’est cet égarement politique. C’est cette dévalorisation de la charge politique par des hommes qui la font qui, entre autres, pousse des électeurs las d’assister à cette procession scandaleuse dans les bras des populistes. »

 

Oui, mais qu’entend-on par « populiste » ? C’est le leitmotiv actuel : tout qui marque une opposition au « système », ou encore qui émet une critique contre la classe politique ou les élites est automatiquement assimilé à un « populiste » et ainsi rejeté dans les ténèbres extérieures.

 

Dans le « Monde » du vendredi 3 mars, voici ce que déclare, dans le cadre de l’affaire Fillon,l’historien et professeur au Collège de France, Pierre Rosanvallon, de tendance démocrate-chrétienne, ancien fondateur de la « fondation Saint-Simon » dans les années 1980, qui est à l’origine du think tank « Terra nova » dont l’objectif était de rapprocher les libéraux et la gauche, auteur du fameux pamphlet « La crise de l’Etat-providence » qui fut le premier ouvrage de gauche remettant en question le programme du Conseil National de la Résistance, à l’origine du système de sécurité sociale.

 

 

 

Pierre Rosanvallon est le maître d'oeuvre de l'évolution "social libérale" du PS en France.

Pierre Rosanvallon est le maître d'oeuvre de l'évolution "social libérale" du PS en France.

 

 

 

D’emblée, il dénonce le « tournant populiste » pris par la campagne de l’actuel candidat de la droite républicaine.

 

« Entendre dans la bouche d’un candidat central des propos aussi agressifs à l’égard de la justice et de la presse est un événement inédit en France, car ils sont la marque de fabrique de la vision populiste de la démocratie. » Et l’historien note qu’on entend ce discours un peu partout dans le monde.

 

 

Alors, qu’est-ce que le « populisme » pour Rosanvallon ?

 

« Les régimes populistes se définissent par le rejet de la pluralité : ils veulent mettre à leur botte les cours constitutionnelles, supprimer les organismes indépendants et considèrent comme ennemis les pouvoirs d’analyse, de jugement et d’investigation qui sont ceux de la presse. »

 

Alors, M. Rosanvallon devrait considérer comme populistes les régimes qui font tout pour balayer les contre-pouvoirs institutionnels que sont, par exemple, le Conseil d’Etat, la Cour des comptes, la Cour de cassation. Oublie-t-il que cette dernière a été mise sous tutelle par un décret de Manuel Valls à la fin de son mandat de Premier ministre ? La Cour des comptes française a été littéralement noyautée par les tenants de la doxa ultralibérale. Le Conseil d’Etat, c’est cause toujours… Rosanvallon ne se rappelle pas non plus que Sarkozy a tout fait pour écarter les corps intermédiaires et son successeur s’y est attaché aussi. Quant à l’indépendance de la presse, elle n’est plus qu’une fiction depuis que les principaux médias sont entre les mains des patrons du CAC 40.

 

Ce sont donc des « populistes » pour reprendre la définition de Pierre Rosanvallon.

 

Faisons un tout d’horizon de cette campagne présidentielle inédite.

 

Le désarroi

 

Voilà donc le niveau du débat politique dans une campagne présidentielle comme jamais la Ve République n’a connu : des élections primaires qui ont mis à l’avant-scène deux candidats inattendus : à gauche, un Benoît Hamon, ancien ministre considéré comme « frondeur », dont le clou du programme est le très controversé « revenu universel », à droite, un François Fillon, ancien Premier ministre de l’ex-président Sarkozy, c’est-à-dire son ex « collaborateur » qui trouve sa vengeance dans un programme prônant une austérité drastique et un dangereux retour en arrière sur les plans philosophique et sociétal. C’est « Travail, Famille, Patrie » à la sauce 2017 ! En plus, le voilà emberlificoté dans un scandale d’emplois fictifs de membres de sa famille, dont il ne parvient pas à se dépêtrer.

 

 

À la « gauche de la gauche », un Jean-Luc Mélenchon bien seul, à peine soutenu par le parti communiste et quelques petites formations d’extrême-gauche, mais qui grimpe dans les sondages. Il aurait eu ses chances s’il n’y avait Hamon. Et la journaliste Natacha Polony se demande si Hamon n’a pas été désigné justement empêcher Mélenchon de figurer au deuxième tour. La question est pertinente.

 

 

Passons sur le candidat écologiste, un certain Jadot quasi inconnu au bataillon qui a fini par jeter l’éponge au profit de… Hamon. Les écolos supplétifs du PS ?

 

 

C’est l’extrême-droite qui – d’après les sondages – tient le haut du pavé. Marine Le Pen caracole à 26 ou 27 %, alors que ses adversaires, atteignent pour le mieux 14 à 15 points à l’exception notable de Macron. Il paraît que la Marine aurait arrangé les bidons dans la dispute entre sa nièce Marion Maréchal (nous voilà !) Le Pen – encore plus extrémiste qu’elle – et son numéro 2, l’énarque Florian Philippot qui souhaite faire du FN un classique parti souverainiste « dédiabolisé ».

 

 

Mais les « affaires » commencent à peser sur la Marine qui tangue de plus en plus. Aussi, l’électorat protestataire lui restera-t-il fidèle ou ira-t-il à la pêche ?

 

 

Le phénomène Macron

 

 

Enfin, il y a le phénomène Macron. Emmanuel Macron, énarque, pur produit de l’élite libérale, poulain de Jacques Attali, ancien responsable à la banque Rotshild, nommé conseiller à l’Elysée sur les questions économiques, grâce au soutien de Jouyet, ancien secrétaire d’Etat sous Sarkozy et puis Secrétaire général de l’Elysée de François Hollande. Bref, tout ce petit monde se tient par la « barbichette ». Et enfin, comme par hasard, Macron fut nommé ministre de l’économie en remplacement d’Arnaud Montebourg qui était décidément trop à gauche pour le président « ennemi de la finance »… Le nouveau ministre ne chôma pas au gouvernement : il fit adopter les lois Macron 1 et 2 qui consistent en des réformes ultralibérales dans plusieurs secteurs de l’économie dont les transports. Il est derrière la fameuse « loi travail » dite loi El Khomry qui déclencha un important mouvement de grèves et de protestations des organisations syndicales et particulièrement de la CGT. En parallèle, sous la direction de l’économiste et philosophe Frédéric Lordon, les jeunes étudiants et travailleurs se rassemblèrent plusieurs semaines de suite place de la République à Paris sous le nom de « Nuit debout ».

 

 

 

Emmanuel Macron : une étoile filante ou le maître d'oeuvre du renforcement de l'ultralibéralisme ?

Emmanuel Macron : une étoile filante ou le maître d'oeuvre du renforcement de l'ultralibéralisme ?

 

 

 

Macron démissionna comme ministre de l’économie pour lancer son propre rassemblement « En marche ! » afin de servir de base à sa campagne présidentielle. Il bénéficia d’un appui médiatique sans pareil. Tous les journaux mirent le « phénomène » Macron à la une et la télé et les réseaux sociaux ne furent pas en reste. Tout était organisé avec soin. Il entretint le suspense sur son évidente candidature et puis, il se présenta comme le candidat nouveau « antisystème » !

 

 

Assez piquant pour un ancien banquier manifestement soutenu par l’establishment, ses anciens employeurs et par les grands patrons du MEDEF. Il a flirté avec la droite catho en allant rendre visite au Vendéen de Villiers. Il a le culot d’aller voir des ouvriers dans leurs usines. Il se garde bien d’attaquer qui que ce soit… pour le moment. Et, en dépit de cette apparente incohérence, il talonne Le Pen dans les sondages, à tel point qu’on le voit comme ultime recours eu deuxième tout contre la candidate du FN.

 

 

En outre, il a eu l’astuce de se présenter pour quelque-chose et non contre quelqu’un. Il apparaît dès lors comme un espoir. C’est ce qu’attendent les Français marris des jeux politiciens. C’est cela le soi-disant « antisystème » qui n’est qu’une astucieuse forme de communication.

 

 

Mais tout cela n’est-il pas de la manipulation ? Tous les repères sont chamboulés. Les programmes des différents candidats sont obscurs et rien ne permet de réellement les distinguer. Un Fillon court derrière la « manif pour tous », c’est-à-dire les intégristes cathos et les ultralibéraux par son programme d’austérité. Mélenchon vient avec son idée floue de Sixième république. On connaît enfin le programme de Macron. Ce n’est pas une surprise : libéralisme, libéralisme et encore libéralisme… Le Pen est égale à elle-même avec son catalogue d’exclusions et son corporatisme économique. Hamon hésite sur son « revenu universel » et sur son engagement à abroger la loi El Khomry.

 

 

Le rejet de la classe politique

 

 

Alors, quels sont les enjeux de cette élection présidentielle ? Ils sont loin d’être clairs. Les clivages ne sont guère marqués. Le candidat républicain pêche dans les eaux troubles du FN, le candidat PS pique des idées à Mélenchon, tout en restant fidèle au schéma social-libéral du think tank boîte à penser du PS « Terra nova ». En définitive, alors que les défis sont énormes, les programmes des candidats même d’extrême-droite, à l’exception de Mélenchon, se résument à cinquante nuances de néolibéralisme, sans répondre à aucune question fondamentale.

 

 

Et puis, la fonction présidentielle a-t-elle encore un prestige ? Entre les péripéties conjugales, les tripotages financiers de Sarkozy, une guerre absurde et meurtrière en Libye et le scooter de Hollande, son aventurisme en Afrique, son détricotage de l’Etat social, on peut en douter. Un peu comme en Belgique, où une députée nationaliste flamande, actuellement ministre, se fait photographier en tenue affriolante dans les locaux du Parlement avec l’autorisation du président de la Chambre, lui aussi nationaliste et, en plus, emberlificoté dans un scandale politico-financier.

 

 

Avec leur conduite de potache, leurs magouilles financières, leur indécision doublée d’une arrogance indécente, les « politiques » ont fini par flétrir la fonction politique.

 

 

Le peuple ne croit plus en la politique. Pire, il la rejette.

 

 

Alors, évidemment, c’est la porte grande ouverte au pire ennemi : le populisme. Le populisme ! Cet ennemi redoutable de la démocratie libérale. C’est la panique !

 

 

Il suffit de se référer au premier paragraphe de la déclaration de la toute récente conférence de Munich sur la sécurité pour s’en rendre compte.

 

 

« Le monde fait face à un moment non libéral. Dans l’ensemble de l’Occident et au-delà, les forces intolérantes gagnent du terrain. De l’intérieur, les sociétés occidentales sont troublées par l’émergence de mouvements populistes qui s’opposent aux éléments critiques du statu quo libéral-démocratique. Du dehors, les sociétés occidentales sont contestées par des régimes non libéraux qui essaient de mettre en doute la démocratie libérale et d’affaiblir l’ordre international. Et les Etats occidentaux eux-mêmes semblent peu disposés et incapables de surmonter efficacement les plus grandes crises de sécurité – la Syrie en étant le premier exemple. »

 

 

 

La présence de Mike Pence, vice-président US, à la conférence de Munich sur la sécurité montre bien la dépendance de l'Europe à l'égard des USA.

La présence de Mike Pence, vice-président US, à la conférence de Munich sur la sécurité montre bien la dépendance de l'Europe à l'égard des USA.

 

 

 

Autrement dit, c’est le libéralisme qui est menacé par la critique du régime libéral-démocratique. Ce qui revient à dire que toute critique constitue une menace à éradiquer, car elle est par définition « populiste ». C’est le même schéma de pensée qui a fait dire au président de la Commission européenne, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker :

 

 

« Il n’y a pas de démocratie hors des traités [européens] ! »

 

 

Assez piquant que tout ce monde, de Rosanvallon à Juncker en passant par les délégués à la conférence de Munich, tient un discours identique. En dehors du libéralisme, point de salut. N’est-ce pas là la pensée unique ?

 

 

La journaliste de droite Natacha Polony – oui, nous la citons souvent parce qu’elle est la seule à donner une analyse pertinente que la gauche pourrait reprendre à son compte – répond dans sa chronique au « Figaro » du 4 mars :

 

 

« Ce n’est pas le populisme, contrairement à ce que croit Pierre Rosanvallon, qui menace la démocratie. C’est la confiscation de la démocratie par des intérêts corporatistes ou économiques qui pousse le peuple dans les bras de ceux qui prétendent, sincèrement ou non, lui rendre sa souveraineté. »

 

 

Un tournant

 

 

Alors que dire ? Nous sommes incontestablement à un tournant : l’Union européenne sérieusement ébranlée par le « Brexit », un Donald Trump qui jette le trouble dans son immense pays, les scandales politico-financiers qui font trembler la Belgique et la France et surtout l’incapacité de la classe dirigeante à trouver les solutions adéquates aux fléaux de notre époque : le chômage, la précarité, la guerre.

 

 

Nous laisserons la conclusion au journaliste Amid Faljaoui, directeur chroniqueur de Roularta, groupe de presse qui possède l’hebdomadaire belge « Le Vif » :

 

 

« Mes confrères du magazine suisse Bilan m'ont fait découvrir le romancier bulgare Guéorgui Gospodinov, dont la renommée a dépassé les frontières de son pays, qui estime que la mélancolie, si caractéristique de son pays, a désormais envahi toute l'Europe. La mélancolie est un sentiment dangereux, car en tant que romancier, il sait que si l'Histoire avec un grand H est écrite par les vainqueurs, mais les histoires, elles, sont écrites par les vaincus. Les romanciers sont souvent de meilleurs témoins de notre société que les sociologues, et c'est pour cela que ce romancier bulgare, au travers de mes confrères de Bilan, nous rappelle qu'il s'est accumulé dans notre monde une masse critique de haine, d'insécurité, de folie, et que hélas tout cela est démultiplié par les nouveaux médias qui en font leur beurre. Les avis se radicalisent, la parole se libère et, comme il l'écrit joliment, un « djihadisme intérieur sommeille en chacun de nous ».

 

Des démographes britanniques (Richard Wilkinson et Kate Pickett) vont dans le même sens que ce romancier. En analysant plusieurs pays sur plusieurs années, ils sont arrivés à la conclusion que la montée des inégalités est la cause du malaise ambiant. Ces chercheurs ont démontré qu'un statut social faible augmente le niveau de stress psychologique. C'est bien sûr ce qui arrive quand on est au chômage ou que l'on n'arrive pas à payer ses factures, même avec un travail stable. »

 

Mais nul professionnel des médias n’ose dire quelle est la source de ces maux : le totalitarisme ultralibéral ou l’Etat profond qui assoit le pouvoir d’une classe dirigeante mondiale qui exploite la planète à son seul profit.

 

 

Mais, chut ! C’est populiste de dire cela !

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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Published by pierre verhas
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