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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 20:00

Notre ami Bernard Gensane vient de publier sur son blog (http://bernard-gensane.over-blog.com/) une citation d’Albert Camus (1913 – 1960) né en Algérie d’une famille de « pieds noirs » pauvres. C’est parce qu’il fut remarqué par un de ses instituteurs, un certain Louis Germain, un de ces hussards de la République qui alphabétisaient les enfants issus des classes sociales les plus défavorisées. Avec d’autres élèves de l’école, « Monsieur Germain » donna deux heures de leçons supplémentaires afin de leur permettre d’avancer et de préparer le lycée. Ce fut pour le jeune Albert Camus une ouverture sur le monde. « Monsieur Germain » lui indiqua le chemin pour sortir de la pauvreté.

Albert Camus (1913 - 1960) connaissait la réalité sociale mieux que tout autre, parce qu'il était issu du peuple.

Albert Camus (1913 - 1960) connaissait la réalité sociale mieux que tout autre, parce qu'il était issu du peuple.

 

Ainsi, contrairement à d’autres intellectuels « radicaux » qui étaient en réalité des grands bourgeois ayant mal assimilé Marx et qui ne juraient que par le « prolétariat » dont ils ne connaissaient en rien la réalité quotidienne, Albert Camus, lui, savait.

 

Dans « Le premier homme », livre posthume paru en 1994, sans doute écrit en 1960 juste avant sa mort, consistant en des réflexions sur son enfance pauvre, Camus, tout en décrivant la condition de son milieu social, se livre à une analyse étonnamment contemporaine remarquée par Bernard Gensane :

 

« Les vacances aussi ramenaient Jacques à sa famille, du moins dans les premières années. Personne chez eux n'avait de congés, les hommes travaillaient sans répit, tout au long de l'année. Seul l'accident de travail, quand ils étaient employés par des entreprises qui les avaient assurés contre ce genre de risques, leur donnait du loisir, et leurs vacances passaient par l'hôpital et le médecin. L'oncle Ernest par exemple, à un moment où il se sentait épuisé, s'était, comme il disait, « mis à l'assurance », en s'enlevant volontairement à la varlope un épais copeau de viande sur la paume de la main. Quant aux femmes, et Catherine Cormery [mère de Camus] elles travaillaient sans trêve, pour la bonne raison que le repos signifiait pour eux tous des repas plus légers. Le chômage, qui n'était assuré par rien, était le mal le plus redouté. Cela expliquait que ces ouvriers, chez Pierre comme chez Jacques, qui toujours dans la vie quotidienne étaient les plus tolérants des hommes, fussent toujours xénophobes dans les questions de travail, accusant successivement les Italiens, les Juifs, les Arabes et finalement la terre entière de leur voler leur travail – attitude déconcertante certainement pour les intellectuels qui font la théorie du prolétariat, et pourtant fort humaine et bien excusable. Ce n'était pas la domination du monde ou les privilèges d'argent et de loisirs que ces nationalistes inattendus disputaient aux autres nationalités, mais le privilège de la servitude. Le travail dans ce quartier n'était pas une vertu, mais une nécessité qui, pour faire vivre, conduisait à la mort. » (Le Premier homme, Folio, pp. 278-279)

 

Les distillateurs de haine

 

Cette analyse nous ramène au phénomène du vote extrême-droite des classes populaires. Les intellectuels, journalistes, politiciens médiatiques attribuent la « xénophobie » de ces gens à leur manque de culture, à leur analyse « sommaire », à leurs préjugés « indécrottables ». Bref ! Ces grands bourgeois qui ont eu le privilège de « faire » les grandes écoles, ne peuvent s’empêcher de montrer leur vraie nature : leur profond mépris de toutes celles et tous ceux qui ne sont pas de « leur » monde et, particulièrement, du peuple.

 

Les plus puissants d’entre eux – les gens de la haute finance et les patrons des multinationales – sont pourtant les premiers responsables de cette montée de xénophobie.

 

Qu’ont-ils fait sinon délocaliser les entreprises au nom de la sacro-sainte rentabilité ? Qu’est devenue la sidérurgie, grande pourvoyeuse de main d’œuvre, bradée d’abord à des Etats incapables de la prendre en main et ensuite à un financier indien en cheville avec la banque la plus puissante au monde ? Qu’est devenue l’industrie textile transformée en ateliers aux esclaves aussi bien dans nos villes que dans des pays en proie à la pire pauvreté employant des milliers d’esclaves à qui on donne à peine de quoi se nourrir pour qu’ils continuent leur labeur encore plus d’heures jusqu’à épuisement ?

 

Les esclaves du Rana Plaza tuées, blessées, mutilées au profit des "marques" derrière lesquelles se cachent les multinationales du textile

Les esclaves du Rana Plaza tuées, blessées, mutilées au profit des "marques" derrière lesquelles se cachent les multinationales du textile

 

Et le cynisme ! Un de ces ateliers s’effondre en plein Dacca et tue et mutile des centaines d’esclaves, surtout des femmes et des enfants ! La réponse d’une de ces multinationales du textile et de la grande distribution : « Nous allons moderniser l’électricité pour améliorer leurs conditions de travail ». Ainsi, les esclaves pourront travailler encore plus au plus grand profit de ces consortiums.

 

Alors ! En délocalisant et ainsi en jetant des centaines de milliers de travailleurs à la rue, comment ne pas comprendre leur haine de ces autres travailleurs – esclaves du bout du monde qu’ils estiment avoir volé leur pain et leur dignité ? C’est cela que Camus appelle « le privilège de la servitude ».

 

Quelle aubaine dès lors pour les distillateurs de haine ces cohortes de chômeurs aigris et au bord du désespoir à qui ils désignent un si aisé bouc émissaire ! Les médias s’en donnent à cœur joie en diffusant leur venin. L’indignation feinte des intellectuels « radicaux » convertis au néolibéralisme ne dupe d’ailleurs plus personne. Marine Le Pen « fait » 25 %, en dehors des habituels cris d’orfraie, on attend toujours un réel mouvement de masse antifasciste. En Belgique, les nationalistes flamands qui n’ont rien à envier à leurs voisins dits « populistes » (1) pourraient entrer en force au gouvernement et démolir la Sécu et l’Etat social avec l’appui non dissimulé des organisations patronales.

 

Créer un « prolétariat » précarisé et atomisé.

 

Et ce n’est pas fini. Souvenez-vous, avant la crise financière de 2008, on conseillait aux chômeurs : investissez et devenez entrepreneurs ! Fondez votre PME ! C’est le seul moyen d’en sortir. Et plusieurs sont tombés dans le piège et se sont retrouvés en faillite et endettés, accroissant ainsi l’armée des précarisés et des sans-abris. Car, c’était un piège : tout est fait pour tuer l’artisanat et le commerce local dit de « proximité » au profit des grandes surfaces dites « maxi » à la périphérie des villes et des « proxy » franchisés dans les quartiers (2) pour vendre des produits à des prix prétendument attractifs à la qualité médiocre.

 

Ainsi dépouillés et dispersés, les innombrables « prolétaires » - dans le sens donné par George Orwell dans 1984 – sont atomisés. Certains osent prétendre même qu’ils sont devenus des individus libres, alors que précarisés, esseulés, ils sont en réalité écrasés par la machine de destruction sociale. Ils sont à sa merci, manipulables, malléables, voire corvéables sous peine de perdre la misérable obole que leur laisse le chômage ou le revenu pudiquement appelé « d’intégration » (RMI en France). De précarisés, eux-mêmes sont devenus esclaves d’un système dont il est quasi impossible de s’affranchir.

 

La seule réponse serait de fonder au sein de cette masse des réseaux de solidarité. Qui dit solidarité, dit rapport de forces. C’est la mission future des gens de progrès. C’est un véritable mouvement de libération au-delà des frontières et des cultures qui doit naître et se développer. Pourquoi ? Pour que le premier homme soit le dernier esclave. Comment ? En redonnant à toutes et à tous l’initiative de la solidarité. Ce ne pourra qu’être l’œuvre de toute une génération, mais notre raison d’être est à ce prix.

 

Pierre Verhas

 

(1) Le terme « populiste » est un de ces pièges sémantique dont raffole la pensée unique. On assimile le populisme au fascisme et ledit populisme émane de peuple. Ne s’agit-il pas en fin de compte considérer le peuple comme une entité nuisible, comme l’ennemi de la société libérale à abattre? Le peuple ne peut qu’être « fasciste ».

 

(2) Nous avons évoqué récemment le conflit social chez Delhaize (http://uranopole.over-blog.com/2014/06/delhaize-la-faute-aux-travailleurs.html ) dont la direction veut fermer plusieurs grandes surfaces au profit de superettes de « proximité » avec un personnel précarisé et destinées à éliminer les commerces locaux.

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 15:27

Nous sommes à l’époque de la « mémoire ». On évoque à tout moment le devoir de mémoire pour tous les malheurs qui ont frappé l’humanité depuis un ou deux siècles.

 

Cette année 2014 voit un nombre considérable de commémorations : le centenaire de la Première guerre mondiale, les soixante-dix ans du débarquement Allié en Normandie, la Libération de Paris, celle de Bruxelles, sans doute, au mois de décembre, l’offensive Von Runstedt, etc. Plus proche : le vingt-cinquième anniversaire de la chute du mur de Berlin en novembre. Et plus loin : la bataille de Waterloo !

 

Nous n’échappons pas non plus, en tant que militants de gauche, à cette pléthore de commémorations. C’est ainsi qu’à Bruxelles, afin de célébrer le quarantième anniversaire du pronunciamiento militaire du 11 septembre 1973 qui renversa dans le sang la démocratie au Chili et qui vit le suicide du Président Salvador Allende, s’est constitué début 2013 un Comité Allende 40 présidé par Sergio Rojas Fernandez, militant syndicaliste et ancien prisonnier de la junte, Monique Discalcius, journaliste, Pierre Verhas, militant socialiste, Pierre Galand, président à l’époque du Centre d’action laïque, ancien sénateur socialiste, président du Tribunal Russell pour la Palestine et responsable d’ONG, Josy Dubié, ancien sénateur écolo, ancien journaliste international qui fut le dernier à interviewer le Président Allende et d’autres militants belges et chiliens.

Monique Discalcius, coordinatrice du Comité Allende 40 et Sergio Rojas Fernandez, Président du Comité Allende 40 révisant une dernière fois le programme de la cérémonie. A l'arrière plan, Mariette Leurquin et Daniel Fuld..

Monique Discalcius, coordinatrice du Comité Allende 40 et Sergio Rojas Fernandez, Président du Comité Allende 40 révisant une dernière fois le programme de la cérémonie. A l'arrière plan, Mariette Leurquin et Daniel Fuld..

Le Comité Allende 40 organisa tout au long de l’année 2013 plusieurs manifestations en mémoire de Salvador Allende et de l’Unité populaire. Il décida de terminer sa campagne en offrant à l’Université Libre de Bruxelles un buste de Salvador Allende posé au pied de la Salle Allende qui sert aujourd’hui de salle d’expositions à l’Université. Sergio Rojas Fernandez syndicaliste emprisonné par la junte de 1973 à 1975 et expulsé du Chili vers la Belgique rappela les motifs profonds de cette action.

 

L’objectif n’en est pas la nostalgie, mais de faire prendre conscience à tous qu’aujourd’hui de tels événements peuvent se reproduire, surtout lorsque le capitalisme se montre de plus en plus agressif.

Sergio Rojas Fernandez montrant l'affiche du Comité Allende 40 réalisée par le graphiste chilien Claudio Maldonado Diaz

Sergio Rojas Fernandez montrant l'affiche du Comité Allende 40 réalisée par le graphiste chilien Claudio Maldonado Diaz

L’autre 11 septembre

 

Le 11 septembre 1973 est aussi appelé « l’autre 11 septembre ». En effet, dans la mémoire collective, cette date évoque avant tout les attentats de New York et de Washington survenus en 2001. Le renversement de la démocratie au Chili est – sans doute volontairement – passé sous silence. Ce n’est pas un hasard ! Substituer une mémoire à une autre est aussi un moyen d’effacer le passé.

 

Aussi, au devoir de mémoire, ne devons-nous pas substituer le devoir d’histoire ? La mémoire est souvent sélective, partielle, sinon partiale.

 

Un exemple : dans l’euphorie des commémorations du débarquement de Normandie, on a fait penser que la victoire contre le IIIe Reich fut avant tout l’œuvre des Alliés anglo-américains qui pénétrèrent le continent européen le 6 juin 1944. Or, sans ôter aucun mérite aux combattants anglais et américains, l’écrasement d’Hitler est à l’évidence le fait de la gigantesque offensive de l’Armée Rouge dans les plaines de Russie en cette même année 1944.

 

Et le 11 septembre ? Pourquoi considérer que le 11 septembre 2001 est une date plus importante que le 11 septembre 1973 ? Le nombre de victimes ? Il y eut environ trois mille cinq-cents morts à New York et à Washington. Au Chili, la répression des sbires de Pinochet a provoqué quasi le même nombre de morts, souvent au terme d’atroces tortures. Les conséquences politiques ? La fin de la démocratie au Chili ne fut-elle une régression aussi importante pour l’ensemble du continent Sud-Américain que, pour le monde, la guerre « contre le terrorisme » et les violations des droits de l’homme ainsi que les graves restrictions des libertés aux USA, en Europe et au Proche Orient prétextées par les attaques du World Trade Center et du Pentagone ?

 

Le 11 septembre 2001 servit de prétexte à l’invasion de l’Afghanistan au nom de la « guerre contre le terrorisme » et à celle de l’Irak après le mensonge des « armes de destruction massive ». Le coup d’Etat au Chili préparé et soutenu par les services secrets américains avait pour objectif d’éradiquer toute avancée sociale et démocratique en Amérique du Sud et d’imposer le néolibéralisme au plus grand profit des multinationales. Aussi, les médias sont-ils restés bien plus « discrets » sur ce 11 septembre là.

Des 11 septembre plus égaux que d'autres ?

Des 11 septembre plus égaux que d'autres ?

C’est précisément ce que la cérémonie du 26 juin 2014 organisée par le Comité Allende 40, coordonnée par Monique Discalcius, avec l’Université Libre de Bruxelles a permis de montrer. En dépit des attaques permanentes des puissances économiques, financières et militaires contre la liberté et la justice sociale, il existe toujours une Résistance. Le Recteur Didier Viviers l’a rappelé dans son discours : « Dès le 2 octobre 1973, moins d’un mois après le putsch tragique qui vit aussi le suicide du président chilien encerclé par les putschistes au palais présidentiel de la Moneda, l’Université Libre de Bruxelles décernait le titre de Docteur Honoris Causa à titre posthume à cet Homme d’Etat qui incarnait les valeurs de liberté, de solidarité et de justice sociale qui sont celles de l’ULB ».

Le Recteur de l'ULB, Didier Viviers, a rappelé que les principes fondamentaux de libre examen prônés par l'Université ne pouvaient qu'aboutir à une solidarité concrète avec le peuple chilien.

Le Recteur de l'ULB, Didier Viviers, a rappelé que les principes fondamentaux de libre examen prônés par l'Université ne pouvaient qu'aboutir à une solidarité concrète avec le peuple chilien.

L’Université de Bruxelles fut à la pointe du combat contre les putschistes et de la solidarité avec les militants chiliens. C’est ainsi qu’elle apporta une aide concrète aux étudiants et professeurs chiliens qui ont dû s’exiler ou qui ont été relâchés et expulsés par le « nouveau » régime. Pierre Galand mit son ONG au service des exilés (1), mais aussi en organisant un soutien concret à la Résistance. C’est ainsi que du matériel électronique fut fourni aux syndicalistes au Chili afin de leur permettre de communiquer sans être écoutés par la DINA (la « Gestapo » de Pinochet). Des artistes belges de toutes les disciplines se rendirent ensemble au Chili et effectuèrent leurs prestations dans les rues de Santiago du Chili – les uns chantaient, d’autres lisaient des poèmes, des peintres peignirent, des dessinateurs dessinèrent – sans que les sbires du régime ne puissent réagir.

 

Le putsch de Pinochet a provoqué une telle émotion en Belgique que l’ensemble de la gauche belge s’est mobilisée, allant du parti communiste au parti socialiste, ainsi que les organisations syndicales, les étudiants et toutes les associations de solidarité.

Pierre Galand qui fut en Belgique un des principaux organisateurs de la Résistance chilienne montre le disque vinyl "33 tours" qui fut gravé en l'honneur de l'Unité populaire chilienne et de ses militants. Il remit ce disque à Madame Isabel Allende.

Pierre Galand qui fut en Belgique un des principaux organisateurs de la Résistance chilienne montre le disque vinyl "33 tours" qui fut gravé en l'honneur de l'Unité populaire chilienne et de ses militants. Il remit ce disque à Madame Isabel Allende.

J’ai pu recueillir via Ralph Coeckelberghs, le témoignage de Jacques Bourgaux, avocat et militant de gauche bruxellois défenseur de plusieurs militants chiliens qui n’était malheureusement pas présent à cette cérémonie.

 

« J’ai été 5 fois en missions au Chili à un moment (surtout au début, ce qui n’était pas évident), créé le Comité National Chili avec Ralph Coeckelberghs et Pierre Galand, ainsi que le Comité du Juriste pour le Chili. J’ai témoigné à l’AG de l’OIT à Genève pour les questions d’atteintes aux droits syndicaux durant la dictature chilienne après une mission mandatée par l’Association Nationale des Juristes Démocrates, la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, l’ancienne Confédération Mondiale du Travail & la Confédération Internationale des Syndicats Libres et j’ai participé à plusieurs colloques internationaux d’appui pour la lutte contre la junte chilienne (notamment à Rome, Berlin en RDA, à Paris et Alger).

 

Nous avons aussi animés l’ancienne asbl Services Etudiants Universitaires Latinos-Américains (SEUL) pour sa transformation en Maison de l’Amérique Latine, dont j’ai assuré la présidence pendant quasi 10 ans. Et, plus discrètement, pour le Chili avec ma chère épouse Loretta Cappellini, nous avons apporté à deux reprises pas mal d’argent pour les premières initiatives tolérées par le régime de défenses des prisonniers et des droits de l’homme (devenu ensuite l’Association Chilienne pour les Droits de l’Homme, via des réseaux d’avocats amis, toujours un peu exposés à la répression).

 

Enfin, nous avons ensemble et avec beaucoup d’autres dû intervenir moult fois pour éviter des divisions extérieures intra-chiliennes entre les 2 PS (Altamirano et Almeida), MAPU-OC, MAPU, etc… »

Jacques Bourgaux, son épouse Loretta Cappellini et Josy Dubié

Jacques Bourgaux, son épouse Loretta Cappellini et Josy Dubié

Josy Dubié qui fut le dernier journaliste à rencontrer Salvador Allende a bien mis en évidence le rôle des Etats-Unis dans le renversement du gouvernement de l’Unité populaire au Chili. C’était nécessaire en un temps où la mémoire devient de plus en plus sélective.

Josy Dubié remettant au lauréat francophone, Monsieur Martin Lamand, le prix du Comité Allende 40.in

Josy Dubié remettant au lauréat francophone, Monsieur Martin Lamand, le prix du Comité Allende 40.in

Dubié intervenait comme co-président du jury Allende 40 du concours de rédaction d’un texte sur la vision qu’ont les jeunes de l’évolution de la société chilienne depuis le renversement d’Allende jusqu’à aujourd’hui. On observe que les deux lauréats auteurs des textes retenus – Martinl Lamand, un universitaire francophone et Paola Verhaert, une universitaire néerlandophone – insistaient sur le lien entre l’actualité – notamment la contestation étudiante au Chili – et la tragédie d’il y a quarante ans. L’autre co-président du jury est le professeur Henri Eisendrath de la VUB (le pendant néerlandophone de l’ULB) qui a aussi joué un rôle important dans le mouvement de solidarité à l’égard du peuple chilien.

Henri Eisendrath remet à  Madame Paola Verhaert, lauréate néerlandophone, le prix du Comité Allende 40.

Henri Eisendrath remet à Madame Paola Verhaert, lauréate néerlandophone, le prix du Comité Allende 40.

Le discours prononcé par Isabel Allende, fille de Salvador Allende et présidente du Sénat du Chili – à ne pas confondre avec l’écrivaine Isabel Allende qui est une cousine – s’inscrivit aussi dans ce lien entre le passé et le présent. Les révoltes étudiantes contre le précédent gouvernement de droite ont défini une priorité fondamentale au nouveau gouvernement de centre-gauche issu des urnes, présidé par Michelle Bachelet : l’enseignement.

Madame Isabel Allende, fille de Salvador Allende, actuelle Présidente du Sénat du Chili a montré les grands enjeux politiques et sociaux au Chili depuis l'Unité populaire jusqu'à aujourd'hui.

Madame Isabel Allende, fille de Salvador Allende, actuelle Présidente du Sénat du Chili a montré les grands enjeux politiques et sociaux au Chili depuis l'Unité populaire jusqu'à aujourd'hui.

L’enseignement au Chili a été privatisé sous Pinochet. Pour que les pouvoirs publics puissent à nouveau le régir, il faut modifier la Constitution qui date de la dictature militaire. Dès lors, le gouvernement actuel a besoin d’une majorité spéciale pour réviser la Constitution. (2) En effet, sans avoir effacé du texte fondamental les principales mesures prises durant la dictature, il est impossible de faire une quelconque réforme. C’est la raison pour laquelle le gouvernement actuel cherche à avoir la majorité la plus large possible. Et s’il n’y parvient pas, les socialistes n’excluent pas de nouvelles élections « pour solder l’héritage Pinochet ».

Le buste de Salvador Allende inauguré par Madame Isabel Allende. De gauche à droite : l'ambassadeur du Chili, Pierre Galand, André Flahaut, Président de la Chambre des représentants de Belgique, Isabel Allende, Sergio Rojas Fernandez, le Recteur Didier Viviers, le Président de l'ULB Alain Delchambre, Josy Dubié

Le buste de Salvador Allende inauguré par Madame Isabel Allende. De gauche à droite : l'ambassadeur du Chili, Pierre Galand, André Flahaut, Président de la Chambre des représentants de Belgique, Isabel Allende, Sergio Rojas Fernandez, le Recteur Didier Viviers, le Président de l'ULB Alain Delchambre, Josy Dubié

C’est donc avec joie, fierté, émotion, mais aussi avec une détermination militante que le buste sculpté en marbre du Chili réalisé par le sculpteur chilien Oscar Planduria Viera a été inauguré. La plaque placée au pilier sur lequel repose cette œuvre contient les derniers mots de l’ultime discours prononcé par Salvador Allende et diffusé par les ondes : « Travailleurs de mon pays, je crois au Chili et en son destin. D’autres hommes dépasseront ce moment gris et amer où la trahison prétend s’imposer. Continuez et sachez que le jour où vous rouvrirez les larges avenues par où passe l’homme libre pour construire une société meilleure est plus proche que lointain. »

Devoir d'histoire

Un autre devoir d’histoire a été rappelé – à juste titre – par des militants lors des cérémonies de l’ULB : le sort du peuple mapuche qui est depuis longtemps laissé pour compte au Chili, même à l’époque d’Allende. Or, historiquement, ce sont les Mapuches qui furent les seuls à repousser la conquista espagnole au Chili au XVIe siècle. Peut-on prôner les grands principes d’égalité, de justice et de liberté, si on ne donne à ce peuple le droit à la dignité ?

Des militants ont rappelé les droits du peuple Mapuche au Chili.

Des militants ont rappelé les droits du peuple Mapuche au Chili.

Pour s’approcher davantage de ce jour « plus proche que lointain », un énorme travail reste à accomplir.

 

Pierre Verhas

 

(1) Henri Simonet, à l’époque bourgmestre d’Anderlecht, commune de la région bruxelloise et Ministre des Affaires étrangères de Belgique – bien que connu pour son atlantisme militant et sa fibre néolibérale – apporta une aide concrète et efficace aux réfugiés chiliens en leur attribuant des logements sociaux et en facilitant l’accès de leurs enfants à l’école. En cela, il prouva son attachement aux droits fondamentaux.

 

(2) Observons que c’est une stratégie de la droite ultralibérale à travers le monde : bétonner dans les textes fondamentaux leurs réformes les plus odieuses. Ainsi, par exemple, Viktor Orban, le leader fascisant de la Hongrie, a inscrit les points principaux de son programme dans la Constitution hongroise. L’Union européenne, par les traités budgétaires, empêche tout changement dans la politique d’austérité. Et le projet de Traité Transatlantique enlèvera – s’il est ratifié – définitivement aux Etats la faculté de prendre souverainement des mesures sociales et environnementales.

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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 09:51

Il y a dans la vie de chacun de rares personnes qui vous laissent une marque indélébile et qui vous accompagnent tout au long du sinueux parcours de l’existence. C’est le cas, en ce qui me concerne, d’André Koeckelenbergh qui nous a quittés le 23 juin 2014 à l’âge de quatre-vingt cinq ans.

 

André Koeckelenbergh était docteur en Physique de l’Université Libre de Bruxelles, chargé de cours d’astronomie à cette même Alma mater et astronome à l’Observatoire royal de Belgique.

 

Toute sa vie, il s’est préoccupé d’ouvrir les portes d’Uranie aux jeunes générations à l’Université bien sûr, où il a formé plusieurs astronomes de grande qualité dont certains sont mondialement connus comme Frédéric Clette et Alain Jorissen. En plus, Koeckelenbergh a tenu à bout de bras les cours publics d’astronomie qui étaient organisés par la Ville de Bruxelles.

 

André Koeckelenbergh aimait transmettre ses connaissances au plus grand nombre.

André Koeckelenbergh aimait transmettre ses connaissances au plus grand nombre.

 

Ces cours qui avaient été mis sur les fonts baptismaux par Adolphe Quetelet en… 1826 sont ouverts à tout un chacun. Ils se sont perpétués jusqu’aujourd’hui en dépit des aléas de l’histoire. C’est au cours public d'astronomie que j’ai connu André Koeckelenbergh qui avait un extraordinaire sens pédagogique en parvenant à passionner de jeunes ignares et à les amener à approfondir leurs connaissances en cette matière vaste, complexe et surtout à en apprécier la beauté.

 

S’il savait transmettre la connaissance, il nous poussait à la pratique. Il a soutenu toute sa vie ceux qu’on appelle avec une certaine condescendance les « astronomes amateurs » dont certains sont devenus des observateurs de grande qualité et dont quelques-uns ont franchi le pas vers une brillante carrière scientifique.

 

Astronome, Koeckelenbergh fut engagé à l’Observatoire juste après la guerre. Il fut formé au Département de Radioastronomie et de Physique solaire par Raymond Coutrez. Très vite, son métier devint passion. Il s’occupa tout particulièrement de la table équatoriale automatique d’observation du Soleil conçue et construite par Raymond Coutrez, également professeur à l’ULB, qui était, à l’époque, un des instruments les plus performants en la matière. Cet appareil est toujours opérationnel aujourd’hui. Il suit l’activité solaire en permanence – si la météo le permet – et l’équipe qui y travaille est très active dans les grandes missions spatiales d’observation du Soleil, comme SOHO.

 

André Koeckelenbergh, jeune astronome, écoute avec grand intérêt les conseils de Raymond Coutrez

André Koeckelenbergh, jeune astronome, écoute avec grand intérêt les conseils de Raymond Coutrez

 

Outre la table équatoriale, André Koeckelenbergh parvint à faire transférer de Suisse en Belgique, le SIDC (Sunspot Index Data Center) qui centralise les observations de l’activité solaire émanant d’un réseau d’observateurs répartis dans le monde entier. Le SIDC est à l’origine de la météorologie spatiale qui est destinée à mesurer les conséquences sur la Terre des éruptions solaires et des cycles de l’activité solaire.

André Koeckelenbergh devant la mythique table équatoriale solaire à l'Observatoire royal de Belgique

André Koeckelenbergh devant la mythique table équatoriale solaire à l'Observatoire royal de Belgique

 

André Koeckelenbergh participa à plusieurs expéditions d’observations d’éclipses totales de Soleil dont la première, en 1973, au Kenya. La dernière à laquelle il a pris part, fut pour l’observation de l’éclipse du 22 juin 2001 en Zambie. Je me rappelle que nous étions surpris par son extraordinaire condition physique. Il passa la nuit précédente à montrer l’extraordinaire ciel austral et était en pleine forme le lendemain pour l’observation de l’éclipse. Il avait septante-deux ans.

 

Après sa retraite survenue en 1994, Koeckelenbergh poursuivit encore quelques années les cours publics d’astronomie à l’ULB et à l’Institut des Hautes études (1) et puis orienta ses activités vers l’extension de l’ULB à Parentville (commune de Couillet à côté de Charleroi) où il organisa jusqu’à la fin de nombreuses conférences et activités en astronomie. Il s'occupa aussi du Centre de Culture scientifique de Charleroi, ainsi que de l'ASBL Jeunesse & Sciences qu'il a toujours appuyée.

 

Ernest Glinne et André Koeckelenbergh avaient les mêmes convictions politiques et les appliquaient avec fermeté.

Ernest Glinne et André Koeckelenbergh avaient les mêmes convictions politiques et les appliquaient avec fermeté.

 

André Koeckelenbergh était un homme de conviction. Dès son plus jeune âge, il milita aux Jeunes Gardes Socialistes, puis aux Etudiants socialistes de l’ULB et au sein du Parti socialiste de Belgique. Il était un grand ami du député socialiste de gauche, Ernest Glinne (voir Uranopole : http://uranopole.over-blog.com/article-34896233.html ) qui se présenta en 1981 à la présidence du Parti et qui, bien qu’ayant plus de voix que son concurrent, fut évincé dans des circonstances qui n’ont d’ailleurs jamais été éclaircies. Glinne était trop à gauche pour certains…

 

Déçu et même révolté par l’évolution du PS vers le néolibéralisme et profondément choqué par les procès de corruption qui éclaboussèrent le Parti, Koeckelenbergh le quitta avec Ernest Glinne pour rejoindre le parti Ecolo. Cependant, il garda ancrées jusqu’à la fin de sa vie ses profondes convictions socialistes.

 

Ernest Glinne et André Koeckelenbergh, parce qu’ils étaient internationalistes, étaient aussi des Fédéralistes européens dans la mouvance d’Altiero Spinelli, tout en se méfiant de l’évolution néolibérale des institutions européennes.

 

Enfin, André Koeckelenbergh était franc-maçon. Il attachait une importance primordiale aux valeurs prônées par l’Ordre maçonnique. Imprégné du libre examen, athée, chaud partisan de la laïcité, il était aussi tolérant et se plaisait à dialoguer et à débattre avec des personnes d’autres convictions politiques, philosophiques et religieuses.

 

Si André Koeckelenbergh était homme d’action et de réflexion, s’il transmettait par vocation le savoir avec talent, il savait aussi écouter l’Autre.

 

Pierre Verhas

 

(1) L'Institut des hautes études, aujourd'hui attenant à l'Université de Bruxelles est une émanation de « l'Université nouvelle» issue du schisme de l'ULB intervenu en 1894 suite au refus du Conseil d'administration de cette Université de donner une chaire au géographe Elisée Reclus auteur du monumental ouvrage « La géographie universelle» parce qu'il était anarchiste.

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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 21:13

Le dernier homme d’Europe est le titre que George Orwell s’était proposé de donner à son ultime roman qui fut intitulé « 1984 ». Le dernier homme d’Europe signifiant sans doute l’ultime être incarnant les valeurs de décence commune que d’autres appellent avec solennité et parfois avec condescendance les Lumières ou l’humanisme.

 

Surnageant seul dans un océan infesté de corruption, un magistrat d’un pays du bloc de l’Est, aujourd’hui membre de l’Union européenne, représente lui aussi ce « dernier homme d’Europe » dans le roman de Michel Claise et d’Alain-Charles Faidherbe « Les poches cousues » (1).

Un livre à lire, toutes affaires cessantes !

Un livre à lire, toutes affaires cessantes !

Michel Claise né en 1956 fit ses études de droit aux facultés Saint-Louis et à l’Université Libre de Bruxelles. Il fut d’abord avocat et en 1999, il passa à la magistrature et est aujourd’hui juge d’instruction à Bruxelles, spécialisé dans les affaires financières, de blanchiment d’argent, de corruption. Cela ne lui fait pas que des amis aussi bien parmi ses collègues que dans les mondes politiques et financiers. Michel Claise est aussi auteur de romans policiers qui ont du succès, car il a la fibre de l’écrivain.

 

Alain Charles Faidherbe est le pseudonyme d’un de ses amis. Il est un ancien magistrat d’un pays du bloc de l’Est, aujourd’hui membre de l’Union européenne, mais ne faisant pas encore partie de l’espace Schengen. Ce magistrat intègre luttait contre la corruption déjà au temps du communisme et qui s’est largement accrue après la chute du Mur et de l’URSS avec la toute puissante mafia russe. Sa fille fut tuée à ses côtés et sa famille et lui étant désormais en danger, il fut exfiltré vers la Belgique. Il reprit des études de droit à Bruxelles qu’il réussit brillamment. Il travaille comme employé au Palais de Justice et a fait la connaissance de Michel Claise.

 

Ils se lient d’amitié et considèrent que le meilleur moyen de raconter son histoire est d’en faire un roman. Ils ont raison.

Michel Claise de face et Alain-Charles Faidherbe de dos qui est, malgré le temps qui a passé, toutjours menacé par la mafia russe.

Michel Claise de face et Alain-Charles Faidherbe de dos qui est, malgré le temps qui a passé, toutjours menacé par la mafia russe.

C’est cette histoire que raconte ce roman écrit à quatre mains. Histoire qui est aussi une formidable leçon d’éthique et de politique.

 

Enfant issu des classes populaires, son père l’avait conduit assister à un procès dont le juge était un ami. Mikhaïl Mikhaïlovitch, dès cet instant, voulut être juge. Il entama et réussit brillamment des études de droit sans tomber dans le piège de la « nomenklatura », cette classe dirigeante pourrie, en déclin, mais encore toute puissante. Dès le début, il refuse de rentrer dans le « système ». Il ne participe pas aux soirées trop arrosées avec des filles faciles et refuse même de toucher à l’alcool qui coule à flot. Il se lie à une de ses condisciples cependant convoitée par les autres étudiants, sans doute parce qu’il refuse de rentrer dans la vulgarité ambiante. Elle s’appelle Katarina et devient son épouse.

 

Dès ses débuts dans la carrière, il est confronté à la corruption. Pire, dès l’abord, ses supérieurs et ses collègues font pression pour qu’il rentre dans le « système ». Comme toujours, on commence par la carotte. On lui propose un beau logement gratuit, une voiture avec chauffeur, bref, tous les attributs des privilégiés. Mikhaïl refuse. Ses supérieurs n’en reviennent pas. Alors, on le menace. Un de ses supérieurs dira à son propos : « Faudra qu’on le surveille. Il sera comme cela nous arrange. Sinon, on s’en débarrasse. »

 

On lui tend toutes sortes de pièges. Il les évite. Il tient tête aux plus puissants, il a la chance de rencontrer parfois un policier ou un collègue qui n’est pas éclaboussé par la corruption. Par sa connaissance aigüe du droit et de la procédure, il arrive parfois à faire condamner des « puissants » qui se croyaient invincibles. Il se retrouve isolé. Ses ennemis de plus en plus nombreux l’oppressent, mais il tient bon.

 

Les nouveaux tsars encore plus cruels

 

Le choc du 9 novembre 1989 représente un immense espoir. La chute du Mur va amener un régime nouveau. Mais, les détenteurs du pouvoir avaient humé le vent. Ils se débarrassent du dictateur et de ses proches et prennent leurs places. Un de ses anciens ennemis, le maire corrompu jusqu’à la moelle de la ville où siège son tribunal, partant en retraite, l’avertit : « Faites attention à vous. Les nouveaux tsars sont plus cruels que les précédents. »

 

Et ce sera le cas. Mikhaïl se heurte à la mafia russe qui est bien plus redoutable que les sbires du régime de « démocratie populaire ». Son pays est admis comme membre de l’Union européenne, mais l’espace Schengen ne lui est pas ouvert, car la Commission considère que la corruption est encore trop importante. Mais Mikhaïl ne se fait aucune illusion : les rapports de la Commission ne reflètent qu’une infime partie de la réalité. Un jour, elle acceptera de faire entrer ce pays dans Schengen. « La Vérité est tellement insoutenable qu’on lui préfère le mensonge et la cécité. »

 

Et les choses tournent au tragique. Sa fille aînée est abattue en pleine rue alors qu’il se promenait avec Katarina et sa cadette. Ensuite, c’est la descente aux enfers. Mikhaïl est menacé, fait l’objet de déstabilisation et d’intimidation. Il est rétrogradé pour un motif aussi faux que futile. Quelques hommes courageux le soutiennent cependant. Le juge se défend avec honneur, il parvient même à avoir l’opinion publique de son côté. Mais, cela ne suffit pas.

 

Mikhaïl est suspendu et on tente de l’assassiner. Dès lors, il n’a qu’une solution : partir. C’est l’ambassade de Belgique qu’il choisit. Il est exfiltré avec Katarina et sa fille et obtient le statut de réfugié politique.

 

Il fut un ennemi dans son pays, parce que, tout jeune, sur les conseils de l’ami magistrat de son père, il a cousu ses poches.

 

La métastase de la corruption

 

Et là où il se trouve désormais, c’est certes mieux, mais d’inquiétants indices se multiplient et montrent une dégradation. 18 juillet 1991, l’assassinat toujours non résolu de l’ancien président du Parti socialiste, André Cools, suivi de retentissants procès de corruption qui éclaboussent les principaux dirigeants de cette formation, les « affaires » de Liège, de Charleroi, les « travaux inutiles », et tant d’autres. En France, les scandales se multiplient et atteignent les plus hautes instances de la République. En Grande Bretagne, de nombreux membres de la Chambre des communes furent pris la main dans le sac. L’Italie fut dirigée pendant une décennie par un affairiste véreux qui a été condamné à une peine ridicule. Un haut dirigeant de la police et un juge intègre furent assassinés par la mafia toute puissante dans le Sud de la péninsule. La Grèce s’avère être le pays le plus corrompu de l’Union européenne. En Allemagne, des ministres ont dû démissionner pour des obscures affaires de pots de vin ou des comportements sexuels inacceptables. Il n’y a pas un seul pays qui n’est pas atteint par la « métastase de la corruption ».

 

Est-ce une fatalité ? Est-ce une évolution voulue ou non de nos sociétés ? Le roman de Michel Claise et d’Alain-Charles Faidherbe ne répond pas à ces questions. Il nous livre une réalité décrite avec force et talent. C’est au lecteur à y répondre et à en tirer les conclusions.

 

Certes, la corruption a toujours existé, mais il existait des outils efficaces pour la combattre. Progressivement, on a muselé les contre-pouvoirs institutionnels : en Belgique, le Comité supérieur de contrôle – la « police » des fonctionnaires – a été dissous, la Cour des comptes et le Conseil d’Etat ont été bâillonnés. La Justice, au nom de l’austérité budgétaire, se voit progressivement ôter ses moyens.

 

En outre, la dérégulation, l’ouverture des frontières, le libre échange, au nom de la liberté de circulation des hommes et des marchandises, donnent de considérables moyens aux mafias de toutes sortes qui répandent le sang, la misère et la déchéance. Bien des observateurs se demandent : la finance folle, la liberté absolue des banques, la richesse et les énormes pouvoirs des multinationales ne sont-ils des facteurs de renforcement de cette pègre de plus en plus prospère qui a sauté dans le train de la mondialisation et qui s’empare d’un pouvoir dont la puissance n’a jamais été atteinte ?

 

En dernière analyse, n’est-ce pas notre civilisation qui court un danger mortel en étant contaminée par ce cancer de la corruption ?

 

Mikhaïl Mikhaïlovitch est-il à l’instar de Winston Smith dans 1984, le dernier homme d’Europe ? Le dernier à porter haut les valeurs fondamentales de l’être humain ? Le dernier à coudre ses poches ?

 

Il est à espérer que l’alerte lancée par Michel Claise et Alain-Charles Faidherbe ouvrira les yeux de ceux qui sont élus pour protéger notre société, sinon les peuples eux-mêmes se chargeront de sauver leurs biens les plus chers : la dignité et la liberté.

 

Pierre Verhas

 

(1) Michel Claise & Alain-Charles Faidherbe, Les poches cousues, Visé, Belgique, éd. Luce Wilquin, 2014, ISBN 978-2-88253-487-3, 21 Euros.

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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 09:57

Rappelez-vous Saigon le 30 avril 1975 : l’armée du Nord Vietnam a lancé son offensive de printemps et occupé – ou libéré, selon le point-de vue – la capitale du Vietnam du Sud, pays fantoche, corrompu, aux mains des Etatsuniens qui y ont mené une guerre sanglante pendant près de dix années.

Saigon : 30 avril 1975. La fuite éperdue des Américains et de leurs supplétifs vietnamiens

Saigon : 30 avril 1975. La fuite éperdue des Américains et de leurs supplétifs vietnamiens

Tous les moyens furent bons : bombardements massifs de villes et de villages, usage de l’agent orange (fabriqué par Monsanto… déjà !), terreur des commandos tuant, arrêtant, torturant tout qui était un tant soit peu soupçonné de complicité avec le Nord ou le FNL Vietnamien.

 

Et tout cela s’acheva par une lamentable défaite, par la fuite effrénée des Américains et de leurs supplétifs vietnamiens. Le Vietnam se réunifia. Il dut faire la guerre à un Cambodge tombé entre les mains de fous sanguinaires et génocidaires. Les Vietnamiens durent reconstruire, redresser le pays. Une nouvelle vague de réfugiés – les « boat people » - quitta un pays exsangue et un régime politique très dur et vint, dans des conditions souvent tragiques, chercher refuge en Europe à une époque où elle était plus accueillante.

La défaite dans la peur et dans le déshonneur

La défaite dans la peur et dans le déshonneur

Petit à petit, le Vietnam progressa. Le régime politique s’adoucit quelque peu. Et aujourd’hui, incontestablement, ce pays retrouve la sérénité et une certaine prospérité, même si bien des choses restent à faire.

 

Aujourd’hui, l’Irak, cette nation artificielle issue du criminel traité de Sèvres, qui a toujours été l’objet de convoitises et de guerres internes ethnico-religieuses, est plongé dans le chaos.

 

En déclenchant en 2003 une « guerre contre le terrorisme » illégale au regard du droit international, prétextant le mensonge des « armes de destruction massive » et en réalité, dans le but de contrôler le pétrole et les oléoducs et gazoducs d’Irak, les Américains ont provoqué une crise politique et militaire qui ne pourra se résoudre de si tôt.

George Walker Bush par sa folie de conquête destructrice porte une terrible responsabilité au regard de l'histoire

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Leur attitude a été plus qu’ambiguë en ce « grand Moyen Orient » dont ils rêvent. En Irak, ils combattent les sunnites qui sont noyautés par Al Qaeda, en appuyant les chiites qui sont en relation avec l’Iran que les mêmes Américains désignent comme ennemi. Et en Afghanistan, ils ont aidé pendant des années les moudjahidines sunnites qui ont constitué Al Qaeda, contre les Soviétiques et qui se sont retournés contre les Etatsuniens.

 

Il faut ajouter dans tout ce méli mélo l’Arabie Saoudite et le Qatar qui apportent un soutien réel aux djihadistes de toutes sortes.

Une invasion "au nom de la démocratie" qui fut en réalité une oppression.

Une invasion "au nom de la démocratie" qui fut en réalité une oppression.

Dès le début de la guerre de Syrie, les néoconservateurs américains ont fait pression sur les Européens pour livrer des armes aux rebelles syriens qui sont des djihadistes. On a diabolisé Bachar – qui est loin d’être un ange – en favorisant les djihadistes et le résultat est la victoire des djihadistes et une résurgence du terrorisme en Europe. L’attentat du Musée juif de Bruxelles en est une des conséquences.

 

Quant aux djihadistes, ils ont transformé le Nord de la Syrie avec la relative complicité de la Turquie d’Erdogan en base arrière pour l’invasion de l’Irak. L’offensive vient d’être lancée et elle est jusqu’à présent un succès. Mossoul est tombé quasi sans résistances, Kirkouk est encerclé, cependant, les Pesmerghas bien armés sont bien décidés à ne pas les laisser passer, mais Bagdad est à portée de canon de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) qui veut concrétiser le rêve fou des intégristes sunnites : reconstituer le califat. Y arriveront-ils ? Nul ne peut répondre, mais ils auront démoli en quelques semaines le fragile et branlant édifice que les Etatsuniens ont mis dix ans à ériger avec la brutalité habituelle qui les caractérise. Souvenons-nous de la prison d’Abou Ghraïb.

Torture à la prison d'Abou Ghraib. Comme à Guantanemo, les Etatsuniens pratiquent systématiquement la torture avec la complicité de leurs alliés occidentaux.

Torture à la prison d'Abou Ghraib. Comme à Guantanemo, les Etatsuniens pratiquent systématiquement la torture avec la complicité de leurs alliés occidentaux.

Obama va être contraint d’intervenir. Mais l’opinion américaine n’est pas prête à accepter une nouvelle guerre d’Irak. Face à l’EIIL, il n’y a plus que les drones. Et sans doute, ont-ils la riposte.

Barack Obama hésite à envoyer des troupes au sol. Il a tout fait pour réparer les pots cassés par son prédecesseurs, mais en vain.

Barack Obama hésite à envoyer des troupes au sol. Il a tout fait pour réparer les pots cassés par son prédecesseurs, mais en vain.

Cependant, il est peu probable que le président US ramène des troupes au sol, seules à même de sauver le régime chiite à Bagdad. Laissons à Barack Obama que durant toutes les crises traversées sous sa présidence, il a tout fait pour éviter l’option militaire.

 

Si la situation militaire ne s’inverse pas, Bagdad tombera dans quelques heures. Cette ville est un symbole pour tout le monde musulman. Elle fut la capitale des Califes. Ce sera une victoire majeure pour les Islamistes.

Les djihadistes d'EIIJ progressent inéluctablement. Bientôt, sans doute, le drapeau noir du Djihad flottera sur Bagdad.

Les djihadistes d'EIIJ progressent inéluctablement. Bientôt, sans doute, le drapeau noir du Djihad flottera sur Bagdad.

Et pour les Etatsuniens, ce sera un deuxième Saigon. On assistera à une fuite éperdue des Américains et des Occidentaux qui se trouvent encore à Bagdad, les conséquences diplomatiques seront majeures, avec à la clé une nouvelle crise pétrolière et financière qui entraîneront des dégâts sociaux inégalés.

 

Cela sonnera sans doute le glas de l’empire étatsunien et la fin de la folie des tenants du « choc des civilisations ».

 

Dans ce chaos aux conséquences incalculables, ce sera peut-être une chance pour les forces de progrès de tenter de reconstruire une société plus juste.

 

Pierre Verhas

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 20:07

L’annonce d’un plan de restructuration de la chaîne de grandes surfaces AD Delhaize avec à la clé la suppression de 2.500 emplois et la fermeture de quatorze magasins a été précédée par un mouvement au sein de la haute direction de cette entreprise d’abord familiale et qui est devenue une multinationale.

L'entreprise au lion fondée en 1867 est devenue une multinationale où les décideurs sont les fonds d'investissements, les fonds de pension et autres hedge funds

L'entreprise au lion fondée en 1867 est devenue une multinationale où les décideurs sont les fonds d'investissements, les fonds de pension et autres hedge funds

Denis Knoops vient de remplacer comme CEO pour la Belgique et le Luxembourg, Dirk Van den Berghe qui avait annoncé sa démission le 29 mai. Peu avant, Pierre Olivier Beckers qui est aussi président du Comité Olympique belge, CEO et Président du groupe, considéré comme « trop émotionnel » selon de Tijd, avait été prié d’aller voir ailleurs. Franz Muller a pris sa place. Tout cela n’annonçait rien de bon.

 

Il faut savoir que le groupe Delhaize, au départ vieille entreprise familiale depuis 1867 a voulu, durant la décennie 1990, s’étendre en dehors de la Belgique en créant des filiales aux Etats-Unis et dans plusieurs pays d’Europe, le Luxembourg et la Bulgarie. Cette transformation en multinationale ne fut guère heureuse. Le groupe n’a manifestement pas réussi son implantation aux Etats-Unis.

Denis Knoops, CEO pour la Belgique, a été chargé du sale boulot par le groupe multinational Delhaize : liquider les p'tits Belges trop traditionnalistes et teigneux.

Denis Knoops, CEO pour la Belgique, a été chargé du sale boulot par le groupe multinational Delhaize : liquider les p'tits Belges trop traditionnalistes et teigneux.

Il s'agit des activités de Sweetbay, Harveys et Reid's, des chaînes de supermarchés situées dans le sud-est des Etats-Unis, dont la cession avait été annoncée il y a un an. Delhaize avait alors précisé que 155 magasins étaient concernés.

 

Delhaize a également finalisé, dans une transaction séparée, la vente de son centre de distribution de Plant City, en Floride, à C&S Wholesale Grocers pour un montant de 28 millions de dollars (20,6 millions d'euros).

 

Delhaize, présent dans neuf pays, comptait un réseau de vente de 3.520 magasins à la fin du premier trimestre. En 2013, il a réalisé un chiffre d'affaires de 20,9 milliards d'euros et un bénéfice net de 179 millions d'euros. Les Etats-Unis constituent son premier marché devant la Belgique, à travers notamment la chaîne de distribution Food Lion.

Pierre Olivier Beckers, CEO du Groupe et président du Comité Olympique belge, considéré comme trop émotif a cédé sa place au Hollandais Frans Muller.

Pierre Olivier Beckers, CEO du Groupe et président du Comité Olympique belge, considéré comme trop émotif a cédé sa place au Hollandais Frans Muller.

Frans Muller a l'air en effet bien installé et bien décidé à congner.

Frans Muller a l'air en effet bien installé et bien décidé à congner.

Si on prend les résultats : avec un chiffre d’affaires de 21 milliards d’euros, un bénéfice par action qui devrait passer de 4 à 4,35 euros cette année et un dividende qui reste en croissance, l’action Delhaize, aux alentours de 52 euros, est en bonne forme avec un rapport cours/bénéfice (P/E) de 12, l’action n’est pas très chère, surtout si on la compare à Colruyt, l’autre action du secteur cotée à Bruxelles et qui affiche un P/E de 18.

 

Mais ce qui fait la différence, c’est avant tout la marge bénéficiaire : 0,85 % en 2013 pour Delhaize contre 4,2 % pour Colruyt. Evidemment, on compare un groupe multinational dont l’enseigne au lion est très présente aux Etats-Unis notamment, avec une entreprise essentiellement nationale. "Le handicap de Delhaize, c’est de ne plus être leader sur aucun de ses marchés", commente un analyste. Pourtant, l’évolution du cours de bourse est loin d’être négative. Depuis le début de l’année, le titre a gagné plus de 20 % à la Bourse de Bruxelles.

 

Il est donc clair que la restructuration est motivée par le positionnement du groupe sur le marché et non par ses marges qui sont parfaitement acceptables. Cela, bien entendu, Denis Knoops qui a été envoyé au feu pour annoncer la suppression de 2.500 emplois et la fermeture de quatorze magasins en Belgique, ne le dira pas. Il motivera la décision du groupe par le coût excessif des charges salariales !

 

L'image de marque de Delhaize en a pris un coup. Cela ne peut être que la faute des travailleurs pour un patronat agressif et sans scrupules.

L'image de marque de Delhaize en a pris un coup. Cela ne peut être que la faute des travailleurs pour un patronat agressif et sans scrupules.

Autrement dit, c’est la faute aux travailleurs !

 

Et on voit les réactions sur les réseaux sociaux. Les grèves « émotionnelles » qui se déroulent dans plusieurs magasins sont considérées comme irresponsables, ce qui se passe, c’est à cause des syndicats ringards et des « droitzacquis ». Bref, toujours la même rengaine populiste !

 

Personne ne se posera la question de la politique des actionnaires, c’est-à-dire ces Fonds de pension et ces hedge funds qui mettent la main sur les entreprises et qui exigent des rentabilités intenables.

 

C’est là où se trouve le problème. Delhaize, vieille entreprise familiale assez paternaliste, s’est transformé en une multinationale. D’ailleurs, le groupe a réalisé un bénéfice net de 179 millions d'euros en 2013 sur un revenu total de 20,9 milliards dont 24% en Belgique. Cela signifie que les trois quarts des activités du groupe se situent hors de Belgique.

Les travailleurs ont débrayé dans plusieurs magasins suite à la brusque annonce de ce plan de restructuration supprimant 2.500 emplois.

Les travailleurs ont débrayé dans plusieurs magasins suite à la brusque annonce de ce plan de restructuration supprimant 2.500 emplois.

Cela dit, le groupe Delhaize a manifestement des faiblesses en Belgique. Mais ces carences ne sont pas dues aux travailleurs. Bien au contraire, connus dans le monde syndical, pour avoir une très aigüe conscience professionnelle, les « Delhaize » ont, à plusieurs reprises, attiré l’attention de la direction sur de sérieuses lacunes dans l’organisation des rayons, la répartition du travail, l’assortiment des marchandises, etc.

 

C’est un prétexte pour Muller. Il faut dégager 450 millions de cash en Belgique pour la période 2015-2017. Aussi, a-t-il programmé la fermeture de quatorze magasins, ce qui représente la suppression de 2.500 postes. Il s’agit des magasins considérés comme non rentables :

 

- d'Eupen,

- de Dinant,

- d'Herstal,

- de La Louvière,

- de Tubize,

- de Schaerbeek (Verhaeren),

- d'Aarschot,

- de Diest,

- de Berlaar,

- de Genk (Stadsplein),

- de Courtrai (Ring),

- de Lommel,

- de Termonde,

- de Turnhout.

 

On observe que la plupart de ces magasins se situent dans des zones populaires, voire précarisées.

 

Les organisations syndicales qui ont été mises devant le fait accompli mercredi 11 juin ont décidé de soutenir tout mouvement de protestation spontané dans l’un ou l’autre magasin du groupe, mais n’a pas lancé un mot d’ordre de grève générale afin de préserver les forces lors de l’ultime négociation. En outre, les syndicats évitent de précipiter les choses et font en sorte que les négociations aient lieu à la rentrée afin de prévenir des actions de la direction pendant les vacances d’été.

 

Les politiques sont restés silencieux. On n’a pas entendu, notamment les dirigeants du PS qui avaient proclamé qu’avec eux on éviterait le « bain de sang social ». Eh bien ! C’est loupé. Est-ce pour cela qu’ils se murent dans un silence gêné ? Le député européen écolo, Lamberts, a quant à lui, invité les actionnaires à prendre leurs responsabilités.

 

Malgré cela, on ne peut pas dire que les Delhaize bénéficient jusqu’à présent d’un grand mouvement de solidarité. Sans doute va-t-il venir, ou est-ce que le discours patronal visant à faire porter la faute aux travailleurs et complaisamment relayé par les médias, commence à distiller son poison dans une opinion mise en léthargie par le mondial de foot ?

 

Ce conflit est sans doute le premier en Belgique d’une longue série. En effet, à la veille de la formation d’un gouvernement de droite, on propose, via la Banque nationale, de raboter les pensions et pourquoi pas les salaires dans la foulée ?

 

Solidarité et vigilance sont les mots d’ordre indispensables en ces jours.

 

 

Pierre Verhas

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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 21:07

Voici l’analyse du sociologue et philosophe Edgar Morin de la catastrophe du 25 mai. « Eloignés du peuple, le peuple s’est éloigné d’eux » : compagnon aussi fidèle que critique de la gauche depuis toujours, Edgar Morin lance sur Mediapart une alerte passionnée sur l’aveuglement des somnambules qui nous dirigent et nous gouvernent.

 

C’est volontiers qu’Uranopole publie cette analyse sans complaisance d’un des plus grands intellectuels francophones de notre temps. Il parle essentiellement de la France évidemment. Mais son propos vaut aussi pour la Belgique et les autres pays d’Europe où la gauche, même si elle s’est maintenue sur le plan électoral, contrairement à son effondrement en France, se trouve au bord du gouffre.

 

Oui : elle s’est éloignée du peuple ! Oui : elle n’a aucune perspective historique ! Oui : elle ne voit que l’échéance électorale et les sordides jeux de partage du pouvoir ! Oui : elle est dirigée par des technocrates bardés de diplôme, mais incapable d’appréhender la réalité et d’apporter une réponse cohérente à la crise, au chômage, à la misère endémique ! Oui : elle n’a pas répondu au défi du multiculturalisme qui est une réalité ! Oui : elle a renoncé en même temps aux valeurs laïques, elle qui est chargée de les épanouir au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité !

 

Pire ! Par son aveuglement, elle a laissé s’installer si elle n’en a été complice, la domination de la finance, la diffusion de cette pensée mortifère qu’est le néolibéralisme. Elle s’est rendue complice de ce que Susan George appelle « la classe de Davos » si bien représentée dans les institutions européennes, alors qu’elle aurait dû être le fer de lance de l’union de tous les peuples d’Europe.

 

Mais, timidement encore, des forces de progrès se réveillent. Ce furent d’abord les « indignés », c’est une partie de la gauche de la gauche, ce sont des personnalités comme Alexis Tsipras, un des rares hommes de gauche en ce vieux continent qui semble avoir la stature d’un homme d’Etat, ce sont des économistes comme Pierre Larrouturou et son mouvement « Nouvelle donne », etc.

 

Mais place à l’analyse sans complaisance d’un ancien qui, à l’automne de sa vie, a le cran de nous asséner la Vérité.

 

Pierre Verhas

Edgar Morin et Stéphane Hessel, ce dernier malheureusement disparu, sont des secoueurs d'idées dont nous devons retenir les leçons.

Edgar Morin et Stéphane Hessel, ce dernier malheureusement disparu, sont des secoueurs d'idées dont nous devons retenir les leçons.

07 juin 2014 | Par Edgar Morin - Mediapart.fr

 

Ils n’ont pas su voir le lent dépérissement du peuple de gauche, éduqué sous la Troisième République par les idées issues de la Révolution française, assumées et développées par le socialisme, réassumées après 1933 par les communistes, propagées par les instituteurs de campagne, les enseignants secondaires, les écoles de formation du PS et du PC. Ils n’ont pas perçu le vide que laissait la mort du radical socialisme, la dévitalisation du PS, la désintégration du PC.

 

Ils n’ont pas su voir le vide de leur pensée politique, désormais à la remorque des dogmes pseudo-scientifiques du néo-libéralisme économique, s’accrochant aux mots gris-gris de croissance et de compétitivité.

 

Ils n’ont pas réfléchi sur les angoisses de plus en plus corrosives suscitées par les incertitudes et menaces du présent, la crise économique s’insérant dans une crise de civilisation, la perte d’un espoir dans le futur.

 

Ils n’ont pas su voir la mort d’une époque avec la fin des paysans, le déracinement généralisé, la perte de repères, la crise de la famille, la corrosion des précarités et des incertitudes, et leur impact sur des consciences troublées se fixant sur le fantasme d’une invasion migrante d’Africains, Maghrébins et Roms.

 

Ils n’ont pas rétroactivement découvert que la France était multiculturelle tout au long de sa formation historique qui engloba les ethnies les plus diverses, bretons, basques, catalans, alsaciens, flamands, etc., et que les implantations de nouveaux immigrants prolongeaient cette multiculturalité.

 

Eloignés du peuple, le peuple s’est éloigné d’eux.

 

Enfermés dans les calculs qui masquent les réalités humaines, ils n’ont pas vu les souffrances, les peurs, les désespoirs des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux qui conduisent si souvent au délire.

 

Ils ont vécu pensé et agi dans les mondes clos de l’énarchie, de la technocratie, de l’éconocratie, de la fricocratie.

 

Ils ont fermé les yeux sur l’inexorable croissance des inégalités de l’école jusqu’à la fin de vie, provoquées par la « mondialisation heureuse » d’Alain Minc, laquelle crée de nouvelles pauvretés et transforme des pauvretés en misère.

 

Ils ont fermé les yeux sur la domination insolente de la finance qui a réussi à noyauter les états-majors politiques y compris dans le gouvernement PS.

 

Ils n’ont pas vu la progression d’un vichysme rampant, issu d’une deuxième France qui fut monarchiste, antidreyfusarde, anti-laïque, xénophobe, antisémite, raciste, toujours dans l’opposition jusqu’à l’effondrement national de 1940, décomposée en 1944, aujourd’hui recomposée dans le dépérissement républicain et la crise de notre temps.

 

Ils ont toujours voulu croire que le Front national resterait figé au dessous de 20% alors qu’il devenait de plus en plus visible non seulement que le bleu Marine gagnait sur l’opinion de droite, mais qu’il s’implantait dans les sphères populaires et ouvrières qui furent les bastions communistes et socialistes.

Jean-Marie Le Pen distille sa haine antisémite. En dépit de la vague d'indignations qu'il provoque volontairement, il sait qu'une frange non négligeable de la population française l'approuve.

Jean-Marie Le Pen distille sa haine antisémite. En dépit de la vague d'indignations qu'il provoque volontairement, il sait qu'une frange non négligeable de la population française l'approuve.

Ils ont été incapables de voir que l’Europe bureaucratisée de Bruxelles, paralysée politiquement et militairement, survivait au bord de la décomposition sans qu’ils puissent concevoir ou imaginer la métamorphose régénératrice.

 

Y a-t-il eu victoire du parti des abstentionnistes, désormais majoritaires ? Y a-t-il eu victoire du Front National ? L’un et l’autre ? L’un dans l’autre ? En tout cas défaite pour la République, défaite pour la démocratie, faillite pour le Parti socialiste.

 

Il y eut un somnambulisme d’avant-guerre qui, un moment réveillé par la stupeur de l’accession de Hitler au pouvoir dans le cadre de la démocratie de Weimar, se réassoupit et chemina dans l’inconscience jusqu’à la tragédie de 1940. La grande erreur de la non-intervention en Espagne fut d’y laisser l’intervention germano-italienne donner la victoire à Franco. La grande erreur de Munich fut de provoquer le pacte germano-soviétique. La grande erreur de 1939 fut de déclarer une guerre sans la faire. Les grandes erreurs de l’Etat-Major en 1940 conduisirent au désastre.

 

Ne sommes nous pas en train de suivre somnambuliquement de nouveaux somnambules, en attendant de nouveaux désastres ?

 

Le mal du XXème siècle s’est annoncé en 1914. Le mal du XXIème siècle s’annonce dans l’accumulation des nuages noirs, les déferlements de forces obscures, l’aveuglement au jour le jour.

 

Et pourtant dans ce pays il y a des forces régénératrices se manifestant en associations, initiatives de toutes sortes dans les villes et les campagnes. Mais elles sont dispersées. Bien que le salut dépende de la convergence de leurs actions, elles n’arrivent pas à faire confluer chacune de leurs voies en une Voie commune et ainsi elles restent sans Voix.

 

Il est temps que s’expriment les Voix qui indiqueront la Voie de salut.

 

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http://blogs.mediapart.fr/blog/edgar-morin/070614/les-somnambules-se-rendorment
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17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 21:27

Antonio Muñoz Molina est un écrivain espagnol de renom. Il est l’auteur, entre autres, de romans comme « Dans la grande nuit des temps » qui évoque le sort des déracinés. Son héros est un architecte qui a quitté Madrid en 1936, au début de la guerre civile, pour se réfugier aux Etats-Unis.

 

Est-ce cette question du déracinement qui a poussé Muñoz Molina à publier une carte blanche intitulée : « Il suffit de quitter l’Europe pour voir tout ce que nous perdrions. » dans l’édition du 15 mai du quotidien « Libération » ?

L'écrivain espagnol Antonio Muñoz Molina est un Européen cconvaincu

L'écrivain espagnol Antonio Muñoz Molina est un Européen cconvaincu

Il défend bec et ongle le projet européen. À ceux qui s’y opposent, il répond : « … il suffit de quitter l’Europe, de se rappeler le temps où elle n’existait pas, le temps où certains d’entre nous n’en faisaient pas partie, pour avoir une idée de ce que nous avons et pour imaginer ce que nous perdrions si le projet que nous appelons « Europe » échouait. »

 

L’auteur dit être bien placé pour le savoir. Antonio Muñoz Molina est né en Andalousie le 10 janvier 1956. Il a passé toute sa jeunesse dans l’Espagne franquiste et a fait ses études à l’Université de Grenade. Par après, il fut engagé comme fonctionnaire et publia une série d’articles dans des journaux qui furent rassemblés en 1984 sous le titre El Robinson urbano. Son premier récit Beatus Ille publié en 1986 entama une brillante carrière d’écrivain.

 

Il explique : « Je suis né dans un pays isolé et arriéré, soumis à une dictature militaire et ecclésiastique, où j’ai grandi en prenant l’habitude, comme tout progressiste espagnol, de regarder de l’autre côté des Pyrénées pour trouver les idéaux et les formes de bien-être qui étaient alors inimaginables dans mon pays. » Muñoz Molina et les gens de sa génération ont grandi avec l’Europe qui leur était encore inaccessible, à moins de s’exiler. Elle représentait pour eux l’idéal de liberté et de bien-être. « L’Europe, pour ceux qui construisaient une conscience politique en se révoltant contre la dictature de Franco, était exactement l’inverse de ce que nous avions, et tout le portrait – certes idéalisé, mais pas échevelé – de nos aspirations. »

 

Cet idéal d’Europe – qui n’était pas encore devenue un monstre ultralibéral – était essentiel pour ses voisins méridionaux. Il correspondait à leurs aspirations les plus profondes : justice, liberté, bien-être. Les dictatures militaires ibérique et grecque et même les jeunes tyrannies issues de la décolonisation en Afrique du Nord n’apportaient que misère, oppression et désespoir aux jeunes générations qui n’aspiraient qu’à connaître cette Europe si attrayante.

Francisco Franco, sanguinaire dcitateur d'une Espagne qu'il a appauvri socialement, économiquement, culturellent avec la complicité de l'Eglise.

Francisco Franco, sanguinaire dcitateur d'une Espagne qu'il a appauvri socialement, économiquement, culturellent avec la complicité de l'Eglise.

Pour beaucoup, c’était d’ailleurs l’espoir d’une vie meilleure sans oublier les populations subsahariennes recrues de misère qui cèdent leurs maigres biens à des mafias pour pénétrer dans le havre européen au péril de leur vie. Jusqu’il y a peu, cette Europe si attachée aux principes de justice qu’elle brandit comme un étendard n’hésitait pas à entretenir un dictateur sanguinaire pour qu’il bloque la marche de ces gens. Aujourd’hui, elle tente d’empêcher l’accès à de frêles esquifs surchargés de migrants prêts à sombrer corps et biens pour aborder un illusoire paradis.

Les réfugiés de la faim amassés dans de frêles esquifs tentent de rejoindre le "paradis" européen.

Les réfugiés de la faim amassés dans de frêles esquifs tentent de rejoindre le "paradis" européen.

Et la mort est souvent au bout de la route.

Et la mort est souvent au bout de la route.

Etudiant à l’Université après la chute de Franco, Antonio Muñoz Molina rapporte le dilemme idéologique qui déchirait le monde universitaire en Espagne, comme d’ailleurs dans le reste de l’Europe : « Il semblait, à l’époque où j’allais à l’université, une époque encore secouée par la guerre du Vietnam et les putschs militaires sanglants en Amérique latine, qu’il fallait choisir entre l’Empire américain et l’Empire soviétique, entre ceux qui bombardaient le Cambodge et ceux qui envoyaient des chars à Prague. » Par après, observons que bon nombre d’admirateurs des Empires soviétiques et chinois ont basculé sans aucune difficulté dans le camp de l’Empire américain. Et les mêmes qui chantaient haut et fort l’idéal d’une société collective et égalitaire sur les modèles de la Chine populaire, du Cambodge, du Vietnam, de Cuba, etc., se convertirent à l’individualisme et au capitalisme pur et dur.

Du col Mao au col cravate : l'exemple de Denis Kessler, militant trotskiste soixante-huitard qui a travaillé au MEDEF pour démanteler le programme du Conseil national de la Résistance.

Du col Mao au col cravate : l'exemple de Denis Kessler, militant trotskiste soixante-huitard qui a travaillé au MEDEF pour démanteler le programme du Conseil national de la Résistance.

Mais pour des hommes comme Antonio Muñoz Molina qui avaient vécu la dictature franquiste où tout leur était interdit, qui n’adhéraient pas à la dévotion à un Empire quelconque, leur modèle était l’Europe. « L’Europe était une troisième voie : la recherche d’une justice et d’une égalité qui n’exige pas en échange de renoncer aux libertés personnelles ; le choix d’un dynamisme économique qui ne condamne pas une partie de la population à la misère. Non pas le paradis sur terre, car les paradis n’existent pas, mais l’espoir raisonnable d’éviter l’enfer ».

 

Et l’auteur qui vit la moitié de l’année aux Etats-Unis – il est président de l’Institut Cervantès de New York – proclame sa nette préférence pour la société européenne. « C’est dans ce pays, me semble-t-il, que je suis devenu le plus intensément, le plus consciemment européen. »

 

Antonio Muñoz Molina illustre son propos : « Le communisme soviétique fut une horreur, mais le capitalisme sans contreparties ni contrôles publics qui s’est imposé aux Etats-Unis et plus encore en Chine fait aussi très peur quand on voit ses effets de près. Que Barack Obama ait dû se donner tant de mal pour obtenir un embryon de couverture sociale universelle, beaucoup plus limité que celui de n’importe quel pays de l’Union européenne, voilà qui devrait nous rappeler la valeur de ce que nous avons. »

Barack Obama a eu toutes les peines du monde à faire passer son projet d'assurance maladie universelle appelé Obamacare.

Barack Obama a eu toutes les peines du monde à faire passer son projet d'assurance maladie universelle appelé Obamacare.

Il ajoute : « Aux Etats-Unis, l’argent domine cruellement tout : la santé, l’éducation, les élections. Et tout ce qui est public, sauf les forces armées, s’appauvrit de jour en jour et se dégrade, aussi bien les vieux ponts de New York que les pavés des rues ou les bureaux de la Poste. »

 

Pourtant, l’écrivain espagnol ne s’illusionne-t-il pas sur l’Europe ? Certes, l’Union européenne est une construction unique dans l’histoire. De plus, en dépit des soubresauts de l’histoire, elle a tenu et s’est même agrandie. C’est la première fois dans l’histoire qu’une autorité supranationale se renforce au détriment des pouvoirs des nations qui la composent.

 

Mais dans quel but ? A l’origine, l’objectif était d’introduire la paix sur le continent après deux guerres meurtrières. En créant une entité regroupant les différentes nations d’Europe, on pensait qu’il était désormais impossible aux nations européennes de déclencher un nouveau conflit. Le centriste français Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen, dit à juste titre : « Ce n’est pas l’Europe qui a fait la paix, c’est la paix qui a fait l’Europe. »

Jean-Louis Bourlanges a une vision correcte de la réalité européenne.

Jean-Louis Bourlanges a une vision correcte de la réalité européenne.

Et c’est bien exact. L’Union européenne est avant tout une union économique et commerciale. Elle n’a ni diplomatie commune, ni défense. Les pays membres sont tenus d’être adhérents à l’OTAN, donc de placer leur défense sous le contrôle américain. Et depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, la défense en Europe fut régie par les Etats-Unis via le traité de l’Atlantique nord. Ce qui signifie que les pays d’Europe ne sont pas indépendants. En outre, le traité franco-allemand pris à l’initiative de de Gaulle et d’Adenauer constitue un accord entre deux Etats sans interventions de la Communauté européenne.

 

La seule intervention militaire européenne se déroula en ex-Yougoslavie sous le contrôle US. L’Allemagne avait commis la grossière erreur de reconnaître la Slovénie lors de la scission de la Yougoslavie. Elle a ouvert la boîte de Pandore et on sait ce qu’il en est advenu. Au lieu d’afficher sa neutralité dans ce conflit, l’Europe a ouvertement soutenu plusieurs parties au conflit au détriment de l’une d’entre elles, la Serbie. Elle a même contribué à créer un micro-état, le Kosovo.

 

Et nous ignorons encore les conséquences de l’intervention de l’Union européenne en Ukraine.

 

Le résultat de tout cela est d’avoir accentué le désordre dans les Balkans, désordre qui s’est étendu au plus grand profit des mafias. En outre, l’indépendance du Kosovo a réveillé les velléités indépendantistes de nombreuses régions européennes à l’égard des Etats-nations dont elles font partie, comme la Catalogne, l’Ecosse, le Nord de l’Italie, la Flandre belge.

 

Tout cela prouve l’inconséquence du système politique de l’Union européenne.

L'Union européenne a ouvert ka boîte de Pandore en Ukraine. Ici, l'incendie de la maison des syndicats à Odessa qui fit 41 morts chez les "pro-russes".

L'Union européenne a ouvert ka boîte de Pandore en Ukraine. Ici, l'incendie de la maison des syndicats à Odessa qui fit 41 morts chez les "pro-russes".

Les Américains tant critiqués par Antonio Muñoz Molina ont tout fait pour empêcher la construction d’une Europe politique. Ce fut le cas en 1962 après le plan Fouchet où ils firent pression sur l’Allemagne pour le rejeter. Tout cela n’est donc pas nouveau.

 

En outre, il y a controverse au sein de l’Europe même sur l’existence ou non d’un peuple européen. De Gaulle s’y était opposé en 1962 et récemment la Cour constitutionnelle de Karlsruhe a estimé qu’il « n’existe pas de peuple européen. » La cause semble être entendue, sauf s’il y a une volonté populaire qui s’exprime avec force en l’espèce. On est donc loin du compte.

 

Enfin, les réformes successives de l’Europe commencées en 1980, ainsi que l’élargissement rendu possible suite à la chute du Mur de Berlin ont profondément bouleversé le « projet européen ». De l’idéal d’une Europe fédérale il est arrivé à la réalité d’une vaste zone de libre échange avec comme corollaire les délocalisations et le dumping social. Par les traités successifs de l’Acte unique en 1986 au traité de Lisbonne en 2007, les structures de l’Union européenne ont renforcé son caractère néolibéral. En outre, sa politique – du moins celle dictée par la Commission – est foncièrement ultralibérale. Cette institution est devenue l’implacable gendarme de la concurrence et de la privatisation des entreprises et services publics. L’Europe sociale et l’harmonie fiscale sont explicitement interdites par les Traités. En outre, le nouveau traité budgétaire interdit tout changement de politique budgétaire à chaque Etat-membre et les budgets nationaux sont placés sous le sévère contrôle de la Commission. Ainsi, des fonctionnaires non élus ont désormais le pouvoir de tutelle sur des chefs d’Etat et des gouvernements issus directement ou non du suffrage universel.

 

D’ailleurs, les dirigeants des institutions européennes se moquent éperdument du processus démocratique. Ainsi, le traité de Maastricht qui avait été rejeté par référendum au Danemark a dû être recommencé. Le traité constitutionnel qui avait été rejeté également par référendum en 2005 par deux Etats fondateurs de l’Union, la France et les Pays Bas, a été adopté deux ans plus tard, sans changement notable, via le traité de Lisbonne qui fut soumis à la ratification via les parlements et non par référendums.

 

Pire, deux gouvernements – ceux de la Grèce et de l’Italie – furent constitués par la fameuse « troïka » sans contrôle des parlements de ces pays.

Mario Monti, ancien commissaire européen, fut nommé non par le Président et le Parlement italiens, mais par la "troïka" européenne Premier ministre d'Italie. Il n'était même pas parlementaires.

Mario Monti, ancien commissaire européen, fut nommé non par le Président et le Parlement italiens, mais par la "troïka" européenne Premier ministre d'Italie. Il n'était même pas parlementaires.

Tout cela constitue de graves dénis de démocratie. Il est d’ailleurs probable que la prochaine cible de l’exécutif européen soit le Parlement lui-même. Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, a exprimé son agacement à l’égard de l’Assemblée européenne. Sera-t-elle muselée après les élections de ces 22 - 25 mai 2014 ?

Herman Van Rompuy souhaite museler le Parlement européen. Y arrivera-t-il ?

Herman Van Rompuy souhaite museler le Parlement européen. Y arrivera-t-il ?

Une autre question : l’Etat nation a-t-il encore un avenir dans la construction européenne ? Sans doute non, car il est déchiré entre les forces centripètes de l’émergence des sous-nationalismes régionaux et les forces centrifuges de la mondialisation. Ce serait normal si, par la construction européenne, l’Etat nation soit remplacé par des institutions supranationales aux compétences politiques et organisées démocratiquement. C’est évidemment loin d’être le cas.

 

Enfin – et c’est le débat du jour – le Traité transatlantique de libre échange (le fameux TTIP ou TAFTA) – risque de profondément bouleverser, sans qu’il n’y ait aucune confrontation démocratique, nos structures économiques et même de mettre nos lois et règlements sous tutelle de tribunaux « privés » agissant dans le seul intérêt des multinationales en abrogeant des dispositions relatives à la protection sociale et à celle de l’environnement.

 

Antonio Muñoz Molina conclut son plaidoyer européen par ceci : « Je ne veux pas passer ma vie entière dans un tel monde. » parlant des USA. Il ne s’aperçoit pas que ce monde pourrait être encore pire en Europe.

 

Cependant, je reste convaincu que la réponse à cette menace mortelle ne pourra qu’être européenne au prix d’une profonde réforme politique, sociale et économique.

 

Pierre Verhas

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 20:28

Une réunion était organisée au Palais d’Egmont à Bruxelles par le European Business Summit sous la présidence du Commissaire européen, l’ultralibéral belge Karel De Gucht, pour évaluer l’état d’avancement des négociations secrètes du TTIP, le projet de traité de libre échange transatlantique qui fondera, s’il est ratifié, une vaste zone de libre échange Amérique – Union européenne dans le plus grand intérêt des multinationales.

 

Outre que ce Traité permettrait l’importation massive de produits jusqu’à présent interdits en Europe, tel que le poulet à la « Javel » ou la viande aux hormones, il instaurerait des tribunaux « privés » qui pourraient imposer l’abrogation de normes sociales et environnementales au nom du seul intérêt des « investisseurs ».

 

C’est évidemment intolérable pour tout progressiste et toute personne de bon sens !

Le Commissaire européen au Commerce extérieur, le Belge Karel De Gucht, connu pour son ultralibéralisme militant

Le Commissaire européen au Commerce extérieur, le Belge Karel De Gucht, connu pour son ultralibéralisme militant

Le parti Ecolo qui compte plusieurs ministres dans les gouvernements régionaux et des organisations syndicales ont appuyé ce matin du 15 mai une manifestation pacifique de protestation organisée à Bruxelles par le groupe Alliance D1-20 avec l’intention de se rassembler devant les lieux de la conférence, afin de transmettre leur message aux responsables politiques. Et non de « bloquer » le sommet, comme l’écrit « Le Soir ».

 

Mais non ! C’en était trop pour la police de Bruxelles. Les manifestants n’avaient pas le droit de s’exprimer ainsi en se détournant de l’itinéraire autorisé !

 

Comme c’est grave, ne pas aller dans le droit chemin !

L'intervention musclée de la police de Bruxelles contre les "activistes" altermondialistes

L'intervention musclée de la police de Bruxelles contre les "activistes" altermondialistes

Résultat : sur les 500 manifestants qualifiés « d’activistes » par des journaux comme « La Capitale » dont les sympathies droitières sont bien connues, mais aussi par « le Soir », 240 ont été « interpellés », menottés et assis par terre pendant plus de deux heures avant d’être embarqués pour une garde à vue de douze heures. Les flics ont même fait usage d’autopompes !

Les forces dites de l'ordre (ultralibéral) arrosent généreusement les "activistes"...

Les forces dites de l'ordre (ultralibéral) arrosent généreusement les "activistes"...

Trois députés Ecolos ont fait partie des « prisonniers ». Suite à l’intervention de la présidente du parti Ecolo, Emily Hoyos, les députés ont été relâchés. Mais les autres manifestants ont quand-même été embarqués vers midi, mais libérés dans l’après-midi.

Interpellation "démocratique" d'un "activiste"

Interpellation "démocratique" d'un "activiste"

Le bétail sous bonne garde attend d'être transféré.

Le bétail sous bonne garde attend d'être transféré.

Le frais émoulu bourgmestre (maire) de Bruxelles, le socialiste prétendument de gauche, Yvan Mayeur, a déclaré qu’il allait faire une enquête. Il aurait sans doute été plus simple qu’il calme le zèle de ses pandores en ayant le courage d’aller constater de visu …

 

En tout cas, ses beaux discours de solidarité au 1er mai semblent être oubliés.

 

Mais non, au-delà de tout ce barnum, chacun sait qu’il est désormais interdit de contester la mondialisation ultralibérale. Et Yvan Mayeur le sait, lui qui vise très haut dans son plan de carrière.

Yvan Mayeur, le frais émoulu bourgmestre (maire pour nos lecteurs français) de Bruxelles ne veut sans doute pas se mettre à dos les lobbies multinationaux...

Yvan Mayeur, le frais émoulu bourgmestre (maire pour nos lecteurs français) de Bruxelles ne veut sans doute pas se mettre à dos les lobbies multinationaux...

Cet incident est un sérieux avertissement : les dirigeants politiques, à quelques exceptions près, sont à la solde de l’ultralibéralisme.

 

La pensée unique devient la norme et que celui qui s’en détourne prenne garde !

Josy Dubié, ancien correspondant de guerre et ancien sénateur (ne figure pas sur la photo) a dit à ce zélé officier de police : " Cela se passait comme ça au Chili, il y a quarante ans !"

Josy Dubié, ancien correspondant de guerre et ancien sénateur (ne figure pas sur la photo) a dit à ce zélé officier de police : " Cela se passait comme ça au Chili, il y a quarante ans !"

 

Un seul mot d’ordre après l’abdication de nos élites : A nous de reprendre la main !

 

 

Pierre Verhas

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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 08:56
Michel Platini : Qu'importe la souffrance du peuple, du moment que le foot se porte bien !

Michel Platini : Qu'importe la souffrance du peuple, du moment que le foot se porte bien !

L’ancien champion de football français et actuel président de l’UEFA, celui qui a dansé sur les 39 cadavres du Heysel en 1985, s’est à nouveau distingué.

 

Il vient de déclarer à propos de la coupe du monde de football qui va se dérouler au Brésil dans deux semaines :

 

« Il faut absolument dire aux Brésiliens qu'ils ont la Coupe du monde, qu'ils sont là pour montrer la beauté de leur pays, leur passion pour le football, et que, s'ils peuvent attendre un mois avant de faire des éclats un peu sociaux, ce serait bien pour le Brésil et pour la planète football, quoi. Mais bon, après, après, on ne maîtrise pas, quoi ».

 

M. Platini n’apprécie guère les protestations des Brésiliens indignés par les sommes colossales englouties pour ce show de deux semaines, au détriment de l’éducation, de la santé, du logement.

 

M. Platini est fâché sur ces méchants Brésiliens qui n’apprécient guère les expulsions musclées des favelas qui entourent les touts neufs – et encore inachevés – terrains de foot qui ne serviront qu’une fois.

 

Les forces de «l'ordre» brésiliennes ont décidé d'obéir à M. Platini.

 

Les forces de "l'ordre" brésiliennes obéissent à ce bon M. Platini.

Les forces de "l'ordre" brésiliennes obéissent à ce bon M. Platini.

Car, il est très puissant, M. Platini :

 

Lisez cet extrait de l’interview que le journal « Le Point » du journaliste Pascal Praud qui fut un des premiers à s’indigner des propos de M. Platini

 

« Michel Platini a raison. Qui sont ces gueux qui menacent la compétition ? Qu'ils retournent dans leur bidonville ! Et s'ils n'ont pas de pain, qu'ils mangent de la brioche. Rio vaut bien une messe. Qui sont ces va-nu-pieds qui dénoncent les investissements du foot ? Rien n'est plus important qu'un ballon qui roule. Le Brésil, c'est le folklore, Copacabana, une carte postale, un monde magique, des plages et des filles. S'il vous plaît, rangez vos pancartes et faites la fête. On vous a choisis pour ça. C'est un ordre. Souriez, dansez chantez. La Fifa vous regarde. »

 

Et Praud conclut : « Dans le monde merveilleux de la Fifa, on imagine jouer au football par 50°, des ouvriers meurent en construisant des stades, mais que vaut la vie d'un Népalais à l'aune d'une Coupe du monde ? Et que valent les revendications des manants du Brésil quand la Fifa débarque ? Alors, emmenez-moi, emmenez-moi au pays des merveilles. Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil »

 

A la question : Les pouvoirs sportifs sont-ils au-dessus des lois ?,

 

Pascal Praud répond : « Ils le sont. Ils font ce qu'ils veulent quand ils veulent, car ils ne sont pas soumis à l'opinion publique. C'est un vrai pouvoir d'être président d'une fédération ! Le pouvoir de Sepp Blatter (président de la Fédération internationale du football association) et son train de vie sont ceux d'un chef d'État. La Fifa est assise sur des milliards de dollars de réserves. Et elle n'est pas soumise au contrôle de l'opinion publique, ni à celui des États, ni à celui d'une justice indépendante. Mieux, ses membres se cooptent. »

 

Du moment que le fric coule à flot, que les benêts sont heureux devant leur télé, le peuple brésilien peut crever, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ultralibéral !

 

 

Pierre Verhas

 

On ne veut pas de ces "supporters" là !

On ne veut pas de ces "supporters" là !

Décidément, il y en a qui ne comprennent rien ! Pourtant, M. Platini leur a dit.

Décidément, il y en a qui ne comprennent rien ! Pourtant, M. Platini leur a dit.

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