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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 21:07

Voici l’analyse du sociologue et philosophe Edgar Morin de la catastrophe du 25 mai. « Eloignés du peuple, le peuple s’est éloigné d’eux » : compagnon aussi fidèle que critique de la gauche depuis toujours, Edgar Morin lance sur Mediapart une alerte passionnée sur l’aveuglement des somnambules qui nous dirigent et nous gouvernent.

 

C’est volontiers qu’Uranopole publie cette analyse sans complaisance d’un des plus grands intellectuels francophones de notre temps. Il parle essentiellement de la France évidemment. Mais son propos vaut aussi pour la Belgique et les autres pays d’Europe où la gauche, même si elle s’est maintenue sur le plan électoral, contrairement à son effondrement en France, se trouve au bord du gouffre.

 

Oui : elle s’est éloignée du peuple ! Oui : elle n’a aucune perspective historique ! Oui : elle ne voit que l’échéance électorale et les sordides jeux de partage du pouvoir ! Oui : elle est dirigée par des technocrates bardés de diplôme, mais incapable d’appréhender la réalité et d’apporter une réponse cohérente à la crise, au chômage, à la misère endémique ! Oui : elle n’a pas répondu au défi du multiculturalisme qui est une réalité ! Oui : elle a renoncé en même temps aux valeurs laïques, elle qui est chargée de les épanouir au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité !

 

Pire ! Par son aveuglement, elle a laissé s’installer si elle n’en a été complice, la domination de la finance, la diffusion de cette pensée mortifère qu’est le néolibéralisme. Elle s’est rendue complice de ce que Susan George appelle « la classe de Davos » si bien représentée dans les institutions européennes, alors qu’elle aurait dû être le fer de lance de l’union de tous les peuples d’Europe.

 

Mais, timidement encore, des forces de progrès se réveillent. Ce furent d’abord les « indignés », c’est une partie de la gauche de la gauche, ce sont des personnalités comme Alexis Tsipras, un des rares hommes de gauche en ce vieux continent qui semble avoir la stature d’un homme d’Etat, ce sont des économistes comme Pierre Larrouturou et son mouvement « Nouvelle donne », etc.

 

Mais place à l’analyse sans complaisance d’un ancien qui, à l’automne de sa vie, a le cran de nous asséner la Vérité.

 

Pierre Verhas

Edgar Morin et Stéphane Hessel, ce dernier malheureusement disparu, sont des secoueurs d'idées dont nous devons retenir les leçons.

Edgar Morin et Stéphane Hessel, ce dernier malheureusement disparu, sont des secoueurs d'idées dont nous devons retenir les leçons.

07 juin 2014 | Par Edgar Morin - Mediapart.fr

 

Ils n’ont pas su voir le lent dépérissement du peuple de gauche, éduqué sous la Troisième République par les idées issues de la Révolution française, assumées et développées par le socialisme, réassumées après 1933 par les communistes, propagées par les instituteurs de campagne, les enseignants secondaires, les écoles de formation du PS et du PC. Ils n’ont pas perçu le vide que laissait la mort du radical socialisme, la dévitalisation du PS, la désintégration du PC.

 

Ils n’ont pas su voir le vide de leur pensée politique, désormais à la remorque des dogmes pseudo-scientifiques du néo-libéralisme économique, s’accrochant aux mots gris-gris de croissance et de compétitivité.

 

Ils n’ont pas réfléchi sur les angoisses de plus en plus corrosives suscitées par les incertitudes et menaces du présent, la crise économique s’insérant dans une crise de civilisation, la perte d’un espoir dans le futur.

 

Ils n’ont pas su voir la mort d’une époque avec la fin des paysans, le déracinement généralisé, la perte de repères, la crise de la famille, la corrosion des précarités et des incertitudes, et leur impact sur des consciences troublées se fixant sur le fantasme d’une invasion migrante d’Africains, Maghrébins et Roms.

 

Ils n’ont pas rétroactivement découvert que la France était multiculturelle tout au long de sa formation historique qui engloba les ethnies les plus diverses, bretons, basques, catalans, alsaciens, flamands, etc., et que les implantations de nouveaux immigrants prolongeaient cette multiculturalité.

 

Eloignés du peuple, le peuple s’est éloigné d’eux.

 

Enfermés dans les calculs qui masquent les réalités humaines, ils n’ont pas vu les souffrances, les peurs, les désespoirs des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux qui conduisent si souvent au délire.

 

Ils ont vécu pensé et agi dans les mondes clos de l’énarchie, de la technocratie, de l’éconocratie, de la fricocratie.

 

Ils ont fermé les yeux sur l’inexorable croissance des inégalités de l’école jusqu’à la fin de vie, provoquées par la « mondialisation heureuse » d’Alain Minc, laquelle crée de nouvelles pauvretés et transforme des pauvretés en misère.

 

Ils ont fermé les yeux sur la domination insolente de la finance qui a réussi à noyauter les états-majors politiques y compris dans le gouvernement PS.

 

Ils n’ont pas vu la progression d’un vichysme rampant, issu d’une deuxième France qui fut monarchiste, antidreyfusarde, anti-laïque, xénophobe, antisémite, raciste, toujours dans l’opposition jusqu’à l’effondrement national de 1940, décomposée en 1944, aujourd’hui recomposée dans le dépérissement républicain et la crise de notre temps.

 

Ils ont toujours voulu croire que le Front national resterait figé au dessous de 20% alors qu’il devenait de plus en plus visible non seulement que le bleu Marine gagnait sur l’opinion de droite, mais qu’il s’implantait dans les sphères populaires et ouvrières qui furent les bastions communistes et socialistes.

Jean-Marie Le Pen distille sa haine antisémite. En dépit de la vague d'indignations qu'il provoque volontairement, il sait qu'une frange non négligeable de la population française l'approuve.

Jean-Marie Le Pen distille sa haine antisémite. En dépit de la vague d'indignations qu'il provoque volontairement, il sait qu'une frange non négligeable de la population française l'approuve.

Ils ont été incapables de voir que l’Europe bureaucratisée de Bruxelles, paralysée politiquement et militairement, survivait au bord de la décomposition sans qu’ils puissent concevoir ou imaginer la métamorphose régénératrice.

 

Y a-t-il eu victoire du parti des abstentionnistes, désormais majoritaires ? Y a-t-il eu victoire du Front National ? L’un et l’autre ? L’un dans l’autre ? En tout cas défaite pour la République, défaite pour la démocratie, faillite pour le Parti socialiste.

 

Il y eut un somnambulisme d’avant-guerre qui, un moment réveillé par la stupeur de l’accession de Hitler au pouvoir dans le cadre de la démocratie de Weimar, se réassoupit et chemina dans l’inconscience jusqu’à la tragédie de 1940. La grande erreur de la non-intervention en Espagne fut d’y laisser l’intervention germano-italienne donner la victoire à Franco. La grande erreur de Munich fut de provoquer le pacte germano-soviétique. La grande erreur de 1939 fut de déclarer une guerre sans la faire. Les grandes erreurs de l’Etat-Major en 1940 conduisirent au désastre.

 

Ne sommes nous pas en train de suivre somnambuliquement de nouveaux somnambules, en attendant de nouveaux désastres ?

 

Le mal du XXème siècle s’est annoncé en 1914. Le mal du XXIème siècle s’annonce dans l’accumulation des nuages noirs, les déferlements de forces obscures, l’aveuglement au jour le jour.

 

Et pourtant dans ce pays il y a des forces régénératrices se manifestant en associations, initiatives de toutes sortes dans les villes et les campagnes. Mais elles sont dispersées. Bien que le salut dépende de la convergence de leurs actions, elles n’arrivent pas à faire confluer chacune de leurs voies en une Voie commune et ainsi elles restent sans Voix.

 

Il est temps que s’expriment les Voix qui indiqueront la Voie de salut.

 

URL source:

http://blogs.mediapart.fr/blog/edgar-morin/070614/les-somnambules-se-rendorment
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17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 21:27

Antonio Muñoz Molina est un écrivain espagnol de renom. Il est l’auteur, entre autres, de romans comme « Dans la grande nuit des temps » qui évoque le sort des déracinés. Son héros est un architecte qui a quitté Madrid en 1936, au début de la guerre civile, pour se réfugier aux Etats-Unis.

 

Est-ce cette question du déracinement qui a poussé Muñoz Molina à publier une carte blanche intitulée : « Il suffit de quitter l’Europe pour voir tout ce que nous perdrions. » dans l’édition du 15 mai du quotidien « Libération » ?

L'écrivain espagnol Antonio Muñoz Molina est un Européen cconvaincu

L'écrivain espagnol Antonio Muñoz Molina est un Européen cconvaincu

Il défend bec et ongle le projet européen. À ceux qui s’y opposent, il répond : « … il suffit de quitter l’Europe, de se rappeler le temps où elle n’existait pas, le temps où certains d’entre nous n’en faisaient pas partie, pour avoir une idée de ce que nous avons et pour imaginer ce que nous perdrions si le projet que nous appelons « Europe » échouait. »

 

L’auteur dit être bien placé pour le savoir. Antonio Muñoz Molina est né en Andalousie le 10 janvier 1956. Il a passé toute sa jeunesse dans l’Espagne franquiste et a fait ses études à l’Université de Grenade. Par après, il fut engagé comme fonctionnaire et publia une série d’articles dans des journaux qui furent rassemblés en 1984 sous le titre El Robinson urbano. Son premier récit Beatus Ille publié en 1986 entama une brillante carrière d’écrivain.

 

Il explique : « Je suis né dans un pays isolé et arriéré, soumis à une dictature militaire et ecclésiastique, où j’ai grandi en prenant l’habitude, comme tout progressiste espagnol, de regarder de l’autre côté des Pyrénées pour trouver les idéaux et les formes de bien-être qui étaient alors inimaginables dans mon pays. » Muñoz Molina et les gens de sa génération ont grandi avec l’Europe qui leur était encore inaccessible, à moins de s’exiler. Elle représentait pour eux l’idéal de liberté et de bien-être. « L’Europe, pour ceux qui construisaient une conscience politique en se révoltant contre la dictature de Franco, était exactement l’inverse de ce que nous avions, et tout le portrait – certes idéalisé, mais pas échevelé – de nos aspirations. »

 

Cet idéal d’Europe – qui n’était pas encore devenue un monstre ultralibéral – était essentiel pour ses voisins méridionaux. Il correspondait à leurs aspirations les plus profondes : justice, liberté, bien-être. Les dictatures militaires ibérique et grecque et même les jeunes tyrannies issues de la décolonisation en Afrique du Nord n’apportaient que misère, oppression et désespoir aux jeunes générations qui n’aspiraient qu’à connaître cette Europe si attrayante.

Francisco Franco, sanguinaire dcitateur d'une Espagne qu'il a appauvri socialement, économiquement, culturellent avec la complicité de l'Eglise.

Francisco Franco, sanguinaire dcitateur d'une Espagne qu'il a appauvri socialement, économiquement, culturellent avec la complicité de l'Eglise.

Pour beaucoup, c’était d’ailleurs l’espoir d’une vie meilleure sans oublier les populations subsahariennes recrues de misère qui cèdent leurs maigres biens à des mafias pour pénétrer dans le havre européen au péril de leur vie. Jusqu’il y a peu, cette Europe si attachée aux principes de justice qu’elle brandit comme un étendard n’hésitait pas à entretenir un dictateur sanguinaire pour qu’il bloque la marche de ces gens. Aujourd’hui, elle tente d’empêcher l’accès à de frêles esquifs surchargés de migrants prêts à sombrer corps et biens pour aborder un illusoire paradis.

Les réfugiés de la faim amassés dans de frêles esquifs tentent de rejoindre le "paradis" européen.

Les réfugiés de la faim amassés dans de frêles esquifs tentent de rejoindre le "paradis" européen.

Et la mort est souvent au bout de la route.

Et la mort est souvent au bout de la route.

Etudiant à l’Université après la chute de Franco, Antonio Muñoz Molina rapporte le dilemme idéologique qui déchirait le monde universitaire en Espagne, comme d’ailleurs dans le reste de l’Europe : « Il semblait, à l’époque où j’allais à l’université, une époque encore secouée par la guerre du Vietnam et les putschs militaires sanglants en Amérique latine, qu’il fallait choisir entre l’Empire américain et l’Empire soviétique, entre ceux qui bombardaient le Cambodge et ceux qui envoyaient des chars à Prague. » Par après, observons que bon nombre d’admirateurs des Empires soviétiques et chinois ont basculé sans aucune difficulté dans le camp de l’Empire américain. Et les mêmes qui chantaient haut et fort l’idéal d’une société collective et égalitaire sur les modèles de la Chine populaire, du Cambodge, du Vietnam, de Cuba, etc., se convertirent à l’individualisme et au capitalisme pur et dur.

Du col Mao au col cravate : l'exemple de Denis Kessler, militant trotskiste soixante-huitard qui a travaillé au MEDEF pour démanteler le programme du Conseil national de la Résistance.

Du col Mao au col cravate : l'exemple de Denis Kessler, militant trotskiste soixante-huitard qui a travaillé au MEDEF pour démanteler le programme du Conseil national de la Résistance.

Mais pour des hommes comme Antonio Muñoz Molina qui avaient vécu la dictature franquiste où tout leur était interdit, qui n’adhéraient pas à la dévotion à un Empire quelconque, leur modèle était l’Europe. « L’Europe était une troisième voie : la recherche d’une justice et d’une égalité qui n’exige pas en échange de renoncer aux libertés personnelles ; le choix d’un dynamisme économique qui ne condamne pas une partie de la population à la misère. Non pas le paradis sur terre, car les paradis n’existent pas, mais l’espoir raisonnable d’éviter l’enfer ».

 

Et l’auteur qui vit la moitié de l’année aux Etats-Unis – il est président de l’Institut Cervantès de New York – proclame sa nette préférence pour la société européenne. « C’est dans ce pays, me semble-t-il, que je suis devenu le plus intensément, le plus consciemment européen. »

 

Antonio Muñoz Molina illustre son propos : « Le communisme soviétique fut une horreur, mais le capitalisme sans contreparties ni contrôles publics qui s’est imposé aux Etats-Unis et plus encore en Chine fait aussi très peur quand on voit ses effets de près. Que Barack Obama ait dû se donner tant de mal pour obtenir un embryon de couverture sociale universelle, beaucoup plus limité que celui de n’importe quel pays de l’Union européenne, voilà qui devrait nous rappeler la valeur de ce que nous avons. »

Barack Obama a eu toutes les peines du monde à faire passer son projet d'assurance maladie universelle appelé Obamacare.

Barack Obama a eu toutes les peines du monde à faire passer son projet d'assurance maladie universelle appelé Obamacare.

Il ajoute : « Aux Etats-Unis, l’argent domine cruellement tout : la santé, l’éducation, les élections. Et tout ce qui est public, sauf les forces armées, s’appauvrit de jour en jour et se dégrade, aussi bien les vieux ponts de New York que les pavés des rues ou les bureaux de la Poste. »

 

Pourtant, l’écrivain espagnol ne s’illusionne-t-il pas sur l’Europe ? Certes, l’Union européenne est une construction unique dans l’histoire. De plus, en dépit des soubresauts de l’histoire, elle a tenu et s’est même agrandie. C’est la première fois dans l’histoire qu’une autorité supranationale se renforce au détriment des pouvoirs des nations qui la composent.

 

Mais dans quel but ? A l’origine, l’objectif était d’introduire la paix sur le continent après deux guerres meurtrières. En créant une entité regroupant les différentes nations d’Europe, on pensait qu’il était désormais impossible aux nations européennes de déclencher un nouveau conflit. Le centriste français Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen, dit à juste titre : « Ce n’est pas l’Europe qui a fait la paix, c’est la paix qui a fait l’Europe. »

Jean-Louis Bourlanges a une vision correcte de la réalité européenne.

Jean-Louis Bourlanges a une vision correcte de la réalité européenne.

Et c’est bien exact. L’Union européenne est avant tout une union économique et commerciale. Elle n’a ni diplomatie commune, ni défense. Les pays membres sont tenus d’être adhérents à l’OTAN, donc de placer leur défense sous le contrôle américain. Et depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, la défense en Europe fut régie par les Etats-Unis via le traité de l’Atlantique nord. Ce qui signifie que les pays d’Europe ne sont pas indépendants. En outre, le traité franco-allemand pris à l’initiative de de Gaulle et d’Adenauer constitue un accord entre deux Etats sans interventions de la Communauté européenne.

 

La seule intervention militaire européenne se déroula en ex-Yougoslavie sous le contrôle US. L’Allemagne avait commis la grossière erreur de reconnaître la Slovénie lors de la scission de la Yougoslavie. Elle a ouvert la boîte de Pandore et on sait ce qu’il en est advenu. Au lieu d’afficher sa neutralité dans ce conflit, l’Europe a ouvertement soutenu plusieurs parties au conflit au détriment de l’une d’entre elles, la Serbie. Elle a même contribué à créer un micro-état, le Kosovo.

 

Et nous ignorons encore les conséquences de l’intervention de l’Union européenne en Ukraine.

 

Le résultat de tout cela est d’avoir accentué le désordre dans les Balkans, désordre qui s’est étendu au plus grand profit des mafias. En outre, l’indépendance du Kosovo a réveillé les velléités indépendantistes de nombreuses régions européennes à l’égard des Etats-nations dont elles font partie, comme la Catalogne, l’Ecosse, le Nord de l’Italie, la Flandre belge.

 

Tout cela prouve l’inconséquence du système politique de l’Union européenne.

L'Union européenne a ouvert ka boîte de Pandore en Ukraine. Ici, l'incendie de la maison des syndicats à Odessa qui fit 41 morts chez les "pro-russes".

L'Union européenne a ouvert ka boîte de Pandore en Ukraine. Ici, l'incendie de la maison des syndicats à Odessa qui fit 41 morts chez les "pro-russes".

Les Américains tant critiqués par Antonio Muñoz Molina ont tout fait pour empêcher la construction d’une Europe politique. Ce fut le cas en 1962 après le plan Fouchet où ils firent pression sur l’Allemagne pour le rejeter. Tout cela n’est donc pas nouveau.

 

En outre, il y a controverse au sein de l’Europe même sur l’existence ou non d’un peuple européen. De Gaulle s’y était opposé en 1962 et récemment la Cour constitutionnelle de Karlsruhe a estimé qu’il « n’existe pas de peuple européen. » La cause semble être entendue, sauf s’il y a une volonté populaire qui s’exprime avec force en l’espèce. On est donc loin du compte.

 

Enfin, les réformes successives de l’Europe commencées en 1980, ainsi que l’élargissement rendu possible suite à la chute du Mur de Berlin ont profondément bouleversé le « projet européen ». De l’idéal d’une Europe fédérale il est arrivé à la réalité d’une vaste zone de libre échange avec comme corollaire les délocalisations et le dumping social. Par les traités successifs de l’Acte unique en 1986 au traité de Lisbonne en 2007, les structures de l’Union européenne ont renforcé son caractère néolibéral. En outre, sa politique – du moins celle dictée par la Commission – est foncièrement ultralibérale. Cette institution est devenue l’implacable gendarme de la concurrence et de la privatisation des entreprises et services publics. L’Europe sociale et l’harmonie fiscale sont explicitement interdites par les Traités. En outre, le nouveau traité budgétaire interdit tout changement de politique budgétaire à chaque Etat-membre et les budgets nationaux sont placés sous le sévère contrôle de la Commission. Ainsi, des fonctionnaires non élus ont désormais le pouvoir de tutelle sur des chefs d’Etat et des gouvernements issus directement ou non du suffrage universel.

 

D’ailleurs, les dirigeants des institutions européennes se moquent éperdument du processus démocratique. Ainsi, le traité de Maastricht qui avait été rejeté par référendum au Danemark a dû être recommencé. Le traité constitutionnel qui avait été rejeté également par référendum en 2005 par deux Etats fondateurs de l’Union, la France et les Pays Bas, a été adopté deux ans plus tard, sans changement notable, via le traité de Lisbonne qui fut soumis à la ratification via les parlements et non par référendums.

 

Pire, deux gouvernements – ceux de la Grèce et de l’Italie – furent constitués par la fameuse « troïka » sans contrôle des parlements de ces pays.

Mario Monti, ancien commissaire européen, fut nommé non par le Président et le Parlement italiens, mais par la "troïka" européenne Premier ministre d'Italie. Il n'était même pas parlementaires.

Mario Monti, ancien commissaire européen, fut nommé non par le Président et le Parlement italiens, mais par la "troïka" européenne Premier ministre d'Italie. Il n'était même pas parlementaires.

Tout cela constitue de graves dénis de démocratie. Il est d’ailleurs probable que la prochaine cible de l’exécutif européen soit le Parlement lui-même. Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, a exprimé son agacement à l’égard de l’Assemblée européenne. Sera-t-elle muselée après les élections de ces 22 - 25 mai 2014 ?

Herman Van Rompuy souhaite museler le Parlement européen. Y arrivera-t-il ?

Herman Van Rompuy souhaite museler le Parlement européen. Y arrivera-t-il ?

Une autre question : l’Etat nation a-t-il encore un avenir dans la construction européenne ? Sans doute non, car il est déchiré entre les forces centripètes de l’émergence des sous-nationalismes régionaux et les forces centrifuges de la mondialisation. Ce serait normal si, par la construction européenne, l’Etat nation soit remplacé par des institutions supranationales aux compétences politiques et organisées démocratiquement. C’est évidemment loin d’être le cas.

 

Enfin – et c’est le débat du jour – le Traité transatlantique de libre échange (le fameux TTIP ou TAFTA) – risque de profondément bouleverser, sans qu’il n’y ait aucune confrontation démocratique, nos structures économiques et même de mettre nos lois et règlements sous tutelle de tribunaux « privés » agissant dans le seul intérêt des multinationales en abrogeant des dispositions relatives à la protection sociale et à celle de l’environnement.

 

Antonio Muñoz Molina conclut son plaidoyer européen par ceci : « Je ne veux pas passer ma vie entière dans un tel monde. » parlant des USA. Il ne s’aperçoit pas que ce monde pourrait être encore pire en Europe.

 

Cependant, je reste convaincu que la réponse à cette menace mortelle ne pourra qu’être européenne au prix d’une profonde réforme politique, sociale et économique.

 

Pierre Verhas

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 20:28

Une réunion était organisée au Palais d’Egmont à Bruxelles par le European Business Summit sous la présidence du Commissaire européen, l’ultralibéral belge Karel De Gucht, pour évaluer l’état d’avancement des négociations secrètes du TTIP, le projet de traité de libre échange transatlantique qui fondera, s’il est ratifié, une vaste zone de libre échange Amérique – Union européenne dans le plus grand intérêt des multinationales.

 

Outre que ce Traité permettrait l’importation massive de produits jusqu’à présent interdits en Europe, tel que le poulet à la « Javel » ou la viande aux hormones, il instaurerait des tribunaux « privés » qui pourraient imposer l’abrogation de normes sociales et environnementales au nom du seul intérêt des « investisseurs ».

 

C’est évidemment intolérable pour tout progressiste et toute personne de bon sens !

Le Commissaire européen au Commerce extérieur, le Belge Karel De Gucht, connu pour son ultralibéralisme militant

Le Commissaire européen au Commerce extérieur, le Belge Karel De Gucht, connu pour son ultralibéralisme militant

Le parti Ecolo qui compte plusieurs ministres dans les gouvernements régionaux et des organisations syndicales ont appuyé ce matin du 15 mai une manifestation pacifique de protestation organisée à Bruxelles par le groupe Alliance D1-20 avec l’intention de se rassembler devant les lieux de la conférence, afin de transmettre leur message aux responsables politiques. Et non de « bloquer » le sommet, comme l’écrit « Le Soir ».

 

Mais non ! C’en était trop pour la police de Bruxelles. Les manifestants n’avaient pas le droit de s’exprimer ainsi en se détournant de l’itinéraire autorisé !

 

Comme c’est grave, ne pas aller dans le droit chemin !

L'intervention musclée de la police de Bruxelles contre les "activistes" altermondialistes

L'intervention musclée de la police de Bruxelles contre les "activistes" altermondialistes

Résultat : sur les 500 manifestants qualifiés « d’activistes » par des journaux comme « La Capitale » dont les sympathies droitières sont bien connues, mais aussi par « le Soir », 240 ont été « interpellés », menottés et assis par terre pendant plus de deux heures avant d’être embarqués pour une garde à vue de douze heures. Les flics ont même fait usage d’autopompes !

Les forces dites de l'ordre (ultralibéral) arrosent généreusement les "activistes"...

Les forces dites de l'ordre (ultralibéral) arrosent généreusement les "activistes"...

Trois députés Ecolos ont fait partie des « prisonniers ». Suite à l’intervention de la présidente du parti Ecolo, Emily Hoyos, les députés ont été relâchés. Mais les autres manifestants ont quand-même été embarqués vers midi, mais libérés dans l’après-midi.

Interpellation "démocratique" d'un "activiste"

Interpellation "démocratique" d'un "activiste"

Le bétail sous bonne garde attend d'être transféré.

Le bétail sous bonne garde attend d'être transféré.

Le frais émoulu bourgmestre (maire) de Bruxelles, le socialiste prétendument de gauche, Yvan Mayeur, a déclaré qu’il allait faire une enquête. Il aurait sans doute été plus simple qu’il calme le zèle de ses pandores en ayant le courage d’aller constater de visu …

 

En tout cas, ses beaux discours de solidarité au 1er mai semblent être oubliés.

 

Mais non, au-delà de tout ce barnum, chacun sait qu’il est désormais interdit de contester la mondialisation ultralibérale. Et Yvan Mayeur le sait, lui qui vise très haut dans son plan de carrière.

Yvan Mayeur, le frais émoulu bourgmestre (maire pour nos lecteurs français) de Bruxelles ne veut sans doute pas se mettre à dos les lobbies multinationaux...

Yvan Mayeur, le frais émoulu bourgmestre (maire pour nos lecteurs français) de Bruxelles ne veut sans doute pas se mettre à dos les lobbies multinationaux...

Cet incident est un sérieux avertissement : les dirigeants politiques, à quelques exceptions près, sont à la solde de l’ultralibéralisme.

 

La pensée unique devient la norme et que celui qui s’en détourne prenne garde !

Josy Dubié, ancien correspondant de guerre et ancien sénateur (ne figure pas sur la photo) a dit à ce zélé officier de police : " Cela se passait comme ça au Chili, il y a quarante ans !"

Josy Dubié, ancien correspondant de guerre et ancien sénateur (ne figure pas sur la photo) a dit à ce zélé officier de police : " Cela se passait comme ça au Chili, il y a quarante ans !"

 

Un seul mot d’ordre après l’abdication de nos élites : A nous de reprendre la main !

 

 

Pierre Verhas

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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 08:56
Michel Platini : Qu'importe la souffrance du peuple, du moment que le foot se porte bien !

Michel Platini : Qu'importe la souffrance du peuple, du moment que le foot se porte bien !

L’ancien champion de football français et actuel président de l’UEFA, celui qui a dansé sur les 39 cadavres du Heysel en 1985, s’est à nouveau distingué.

 

Il vient de déclarer à propos de la coupe du monde de football qui va se dérouler au Brésil dans deux semaines :

 

« Il faut absolument dire aux Brésiliens qu'ils ont la Coupe du monde, qu'ils sont là pour montrer la beauté de leur pays, leur passion pour le football, et que, s'ils peuvent attendre un mois avant de faire des éclats un peu sociaux, ce serait bien pour le Brésil et pour la planète football, quoi. Mais bon, après, après, on ne maîtrise pas, quoi ».

 

M. Platini n’apprécie guère les protestations des Brésiliens indignés par les sommes colossales englouties pour ce show de deux semaines, au détriment de l’éducation, de la santé, du logement.

 

M. Platini est fâché sur ces méchants Brésiliens qui n’apprécient guère les expulsions musclées des favelas qui entourent les touts neufs – et encore inachevés – terrains de foot qui ne serviront qu’une fois.

 

Les forces de «l'ordre» brésiliennes ont décidé d'obéir à M. Platini.

 

Les forces de "l'ordre" brésiliennes obéissent à ce bon M. Platini.

Les forces de "l'ordre" brésiliennes obéissent à ce bon M. Platini.

Car, il est très puissant, M. Platini :

 

Lisez cet extrait de l’interview que le journal « Le Point » du journaliste Pascal Praud qui fut un des premiers à s’indigner des propos de M. Platini

 

« Michel Platini a raison. Qui sont ces gueux qui menacent la compétition ? Qu'ils retournent dans leur bidonville ! Et s'ils n'ont pas de pain, qu'ils mangent de la brioche. Rio vaut bien une messe. Qui sont ces va-nu-pieds qui dénoncent les investissements du foot ? Rien n'est plus important qu'un ballon qui roule. Le Brésil, c'est le folklore, Copacabana, une carte postale, un monde magique, des plages et des filles. S'il vous plaît, rangez vos pancartes et faites la fête. On vous a choisis pour ça. C'est un ordre. Souriez, dansez chantez. La Fifa vous regarde. »

 

Et Praud conclut : « Dans le monde merveilleux de la Fifa, on imagine jouer au football par 50°, des ouvriers meurent en construisant des stades, mais que vaut la vie d'un Népalais à l'aune d'une Coupe du monde ? Et que valent les revendications des manants du Brésil quand la Fifa débarque ? Alors, emmenez-moi, emmenez-moi au pays des merveilles. Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil »

 

A la question : Les pouvoirs sportifs sont-ils au-dessus des lois ?,

 

Pascal Praud répond : « Ils le sont. Ils font ce qu'ils veulent quand ils veulent, car ils ne sont pas soumis à l'opinion publique. C'est un vrai pouvoir d'être président d'une fédération ! Le pouvoir de Sepp Blatter (président de la Fédération internationale du football association) et son train de vie sont ceux d'un chef d'État. La Fifa est assise sur des milliards de dollars de réserves. Et elle n'est pas soumise au contrôle de l'opinion publique, ni à celui des États, ni à celui d'une justice indépendante. Mieux, ses membres se cooptent. »

 

Du moment que le fric coule à flot, que les benêts sont heureux devant leur télé, le peuple brésilien peut crever, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ultralibéral !

 

 

Pierre Verhas

 

On ne veut pas de ces "supporters" là !

On ne veut pas de ces "supporters" là !

Décidément, il y en a qui ne comprennent rien ! Pourtant, M. Platini leur a dit.

Décidément, il y en a qui ne comprennent rien ! Pourtant, M. Platini leur a dit.

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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 09:42

Pourquoi faut-il que le travail, cette activité humaine tant chantée par les philosophes, soit trop souvent associé à la tragédie ?

 

Il y a un an, s’effondrait à Rana Plaza dans la banlieue de Dacca, capitale du Bangladesh, un immeuble – atelier de confection. Il y eut 1.138 victimes, essentiellement des ouvrières travaillant dans des conditions proches de l’esclavage pour un salaire de misère, dans ce taudis loué à un prix exorbitant par un propriétaire sans scrupule.

 

Ces travailleuses étaient exploitées en sous-traitance pour le plus grand bénéfice des multinationales du textile aux marques bien connues comme le Suédois H & M, l’Américain Benetton, les grands distributeurs Carrefour, Walmart, Auchan, etc. Cette catastrophe a ému le monde entier. Pour une fois, le système médiatique a jeté à la figure de centaines de millions de téléspectateurs de par le monde, l’épouvantable réalité de cet esclavage moderne.

 

Ah ! Elles allaient réagir, nos multinationales. On allait changer ! En réalité – cela va de soi – rien n’a réellement été réformé. Le Nouvel Observateur, dans son édition électronique, constate : « Le suédois H&M a même annoncé le lancement d'une politique de "salaires équitables" pour les ouvriers du textile les plus mal payés, qui devrait s'appliquer ... d'ici 2018.

 

Mais en attendant, les conditions de production dans ces pays n'ont guère évolué : les salaires, bien qu'ayant été un peu augmentés, restent misérables, et le différentiel social sur les conditions de travail demeure très important. » Le plus cynique reste Walmart – le grand distributeur américain qui a une politique sociale telle qu’elle indigne même les conservateurs Etatsuniens : « Le numéro un de la grande distribution Walmart atteste d'une amélioration de "48% de la sécurité électrique" et de 30% sur la sécurité moyenne de ses usines de fabrication. » Eh oui ! La sécurité électrique est indispensable pour assurer une fabrication continue et donc rentable.

 

Le travail, grande valeur éthique ? Face à ce drame épouvantable, posons-nous la question !

Toute la tragédie de l'esclavage moderne dans le regard de cette jeune fille mutilée

Toute la tragédie de l'esclavage moderne dans le regard de cette jeune fille mutilée

Le travail rend libre !

 

Oui, j’ose intituler mon « papier » de cette formule abominable. Oui, elle figure en lettres d’acier sur le portail d’entrée du camp de concentration d’Auschwitz 1. Oui, elle symbolise le cynisme dans toute son aberration. Oui, sous ce « mot d’ordre », des millions d’êtres humains furent victimes de la pire barbarie du XXe siècle, celle de gens aptes à mettre en œuvre un système concentrationnaire avec les moyens que leur donnaient les techniques les plus affinées de leur époque.

 

Mais est une aliénation.

 

Pourtant, la liberté acquise par le travail est une réalité. Mais pas par n’importe quel travail. Durant la période de développement intensif de l’industrie en Europe et aux Etats-Unis, au milieu du XIXe siècle, Karl Marx considérait à juste titre que le travail était une aliénation. En effet, il était imposé à une classe qu’il appela le prolétariat issu essentiellement de la paysannerie pauvre et littéralement déporté vers les zones industrielles qui, essentiellement, extrayaient le charbon et produisaient de l’acier. Les conditions de travail étaient proches de l’esclavage. Le prolétaire était contraint à travailler pendant plus de dix heures quotidiennes pour un salaire de misère. Même les enfants sont astreints à descendre au fond des mines parce que leur petite taille et leur souplesse les rendent plus aptes à ramper dans les veines de charbon. En outre, ils sont fort utiles dans l’industrie textile.

 

Les luttes ouvrières qui ont commencé dès les débuts de la révolution industrielle ont progressivement mené à de meilleures conditions de travail. Le travail des enfants a été interdit, le temps de travail a été réduit, les conditions et la sécurité du travail ont été améliorées, les salaires ont été augmentés. Tout cela, au prix de combats parfois sanglants entre une bourgeoisie arrogante et cupide ne voulant rien céder et une classe ouvrière de mieux en mieux organisée.

 

Malgré tout, le travail par son système restait aliénant. Le travail créatif, « accomplissant », pour reprendre l’expression de Jacques Demorgon dans Révolution prolétarienne n’était réservé qu’à une petite élite instruite et issue de la bourgeoisie. Ce n’est qu’après l’introduction de l’instruction laïque et obligatoire que l’on vit s’étendre cette élite à des gens issus de la moyenne et de la petite bourgeoisie. Cependant, étant donné le coût exorbitant des études supérieures, l’Université n’était accessible qu’aux fils de la haute bourgeoisie (les filles ne pouvaient encore effectuer des études supérieures au début du XXe siècle).

 

Cependant, malgré le travail aliénant, les ouvriers y trouvaient des valeurs fondamentales qui leur permettaient de résister physiquement et moralement aux conditions épouvantables qu’un patronat sans scrupules leur imposait. Ainsi, les mineurs de fond comme aussi les sidérurgistes, face au danger, étaient par nécessité vitale profondément solidaires. Cela fut d’évidence à l’origine de la force du mouvement syndical.

 

La solidarité était vitale pour les mineurs de fond.

La solidarité était vitale pour les mineurs de fond.

Les illusoires « trente glorieuses »

 

La crise du charbon en Europe occidentale, le poids de plus en plus important du pétrole ont profondément modifié la structure industrielle et la nature du travail. Le chômage de masse a commencé à sévir à la fin des années soixante. Pendant quelques temps, il fut compensé par un développement considérable des secteurs de service et il n’y avait pas encore la concurrence des pays du Tiers-monde à peine décolonisés et ne disposant d’aucune industrie de transformation. C’étaient la période des illusoires « trente glorieuses ».

 

Le travail a fondamentalement changé suite à l’évolution technologique et à la mondialisation. L’automatisation et les ordinateurs rayent des millions d’emplois dans les secteurs industriels et des services. La mondialisation, elle, déplace les emplois vers des « paradis » économiques qui sont des « enfers » sociaux.

 

La grande transformation du travail

 

Dans sa chronique parue dans « le Monde » du 22 avril 2014, Paul Jorion analyse ce qu’il appelle « la grande transformation du travail » au regard de l’évolution technologique. Il part d’un constat très juste : « Il est demandé à chacun de se trouver un emploi et aux entreprises de créer les emplois que chacun occupera. » Cette recette élémentaire et mille fois répétée par tous les gouvernements européens ne tient pas la route.

 

Paul Jorion : un des meilleurs analystes contemporains

Paul Jorion : un des meilleurs analystes contemporains

C’est en réalité culpabiliser ce que ces gens osent appeler « pudiquement » des travailleurs « sans emploi ». Il faut prouver qu’on cherche un emploi qui n’existe pas. Bien des entreprises sont complices de ce petit jeu en lançant des annonces – subventionnées – pour des emplois déjà pourvus, voire fictifs. Jorion écrit : « Les travaux des champs, la transformation des matières premières, la manufacture de biens, le traitement de dossiers requéraient de la main-d’œuvre en quantité considérable. Cela a cessé d’être le cas. »

 

Si c’est incontestablement exact, c’est incomplet.

 

Les travailleurs « détachés » et les entreprises « délocalisées »

 

Paul Jorion ne tient pas compte dans son raisonnement de deux phénomènes qui sont devenus quotidiens : les délocalisations des entreprises et la « mobilité » des travailleurs.

 

Les entreprises industrielles de pratiquement tous les secteurs économiques installées en Europe occidentales délocalisent les unes après les autres. Où ? En Europe orientale, ou bien dans les pays du Tiers-monde, essentiellement ceux qu’on appelle « émergents ».

 

Que se passe-t-il en Europe ? Les délocalisations sont facilitées par la dérégulation de l’Union européenne au nom de la libre circulation des capitaux, des biens, des services et des personnes.

 

Or, de nombreuses entreprises, notamment automobiles, on installé des ateliers en Europe orientale, car elles disposent d’une main-d’œuvre à la fois qualifiée et à bas prix.

 

En outre, la question des « travailleurs détachés ». Il s’agit de travailleurs provenant de ces mêmes pays de l’Est et qui sont transférés en Europe occidentale, surtout dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. Il s’agit de l’application de la fameuse « directive Bolkestein » révisée en 1996 après de nombreuses protestations, mais qui reprend les principes édictés par l’inventeur du « plombier polonais ». En principe, de sévères contrôles doivent avoir lieu, mais sur le terrain, la réalité est tout autre.

 

Selon Ludovic Lamant, correspondant de « Mediapart » auprès des institutions européennes : « Environ 1,2 million de travailleurs étaient considérés comme « détachés » en 2011 sur le continent – c'est-à-dire envoyés dans un autre État membre par leur entreprise, au nom de la « libre prestation des services » prévue par les traités. À l'origine, le texte, entré en vigueur en 1999, encadrait surtout l'arrivée de travailleurs grecs ou portugais dans les pays d'Europe du Nord. Mais l'élargissement à l'Est à partir de 2004 a changé la donne, et accéléré le phénomène.

 

Dans les principaux pays d'accueil (l'Allemagne, la France, la Belgique et les Pays-Bas), des entreprises ont recours à ces travailleurs « low cost », sans toujours respecter la durée maximale du temps de travail, ou encore les règles salariales en vigueur. Une forme de concurrence déloyale pour les travailleurs « locaux » des États membres en question, alors que les taux de chômage enregistrent des pics, sous l'effet de la crise. La situation est particulièrement sensible dans le secteur du BTP, qui emploie au moins le quart des « détachés ». C'est pour répondre à ces abus que la commission a proposé de « toiletter » sa directive de 1996. Pour le commissaire européen chargé des affaires sociales, M. László Andor, il s’agit d’un « signal clair : l’Europe n’accepte pas la fraude ou l’abus des règles applicables au détriment des travailleurs détachés ».

 

Incontestablement, cela relève du vœu pieux !

 

Margaret Thatcher a gagné !

 

Ajoutons qu’on nous « enfume » avec la soi-disant « Union » européenne. Comment considérer que 28 pays sont « unis » alors que chacun d’entre eux a des régimes sociaux et fiscaux différents, alors que le traité de Lisbonne interdit d’harmoniser ces régimes. Certes, des institutions existent, mais elles n’œuvrent en rien à la construction d’une Europe des peuples démocratique. Au contraire, l’élargissement à marche forcée depuis 2004 a permis de créer une vaste zone de libre échange qui va de l’Irlande à la frontière ukrainienne, mais sans aucune destinée commune. C’est la porte ouverte à tous les abus du capital contre l’humain.

 

Margaret Thatcher a gagné !

Margaret Thatcher a construit l'Europe ultralibérale !

Margaret Thatcher a construit l'Europe ultralibérale !

L’homme et la machine

 

S’il faut se rendre compte que dans bien des domaines, la main-d’œuvre est remplacée par des machines qu'elle-même a perfectionné, si, de ce fait, l’exploitation est devenue de plus en plus dure par les délocalisations, par le régime intolérable des travailleuses et des travailleurs dans le Tiers-monde, il faut admettre qu’il n’y aura sans doute jamais de « relocalisation ».

 

L’espoir réside dans la résistance des travailleurs. Des signes avant-coureurs se montrent en Chine, notamment. Le pouvoir en Chine qui n’a retenu du communisme que son système totalitaire tout en pratiquant le néolibéralisme le plus absolu. Il représente actuellement l’alliance abjecte de l’oppression et du capital. Et pourtant, cette résistance des travailleurs commence à donner ses effets. Le pouvoir est contraint de lâcher du lest, certes, très peu encore. Mais, c’est sans doute le début d’une véritable révolution. Ces gens cupides et dénués de scrupules apprendront qu’on ne détruit pas impunément une civilisation plurimillénaire.

 

Paul Jorion pense à juste titre que l’homme a cherché depuis son origine à remplacer le travail lourd, abrutissant, répétitif et dangereux auquel il est astreint, par la machine. « Le robot nous remplace dans les tâches manuelles et le logiciel nous remplace dans les tâches intellectuelles. » Il donne un exemple où l’on se rend compte de la volonté des détenteurs de capitaux d’éradiquer les travailleurs par définition trop coûteux : « En décembre 2013, alors que le président Barack Obama plaidait pour un relèvement du salaire minimum, la chaîne de restauration rapide Applebee’s faisait savoir que les commandes seraient désormais passées sur des tablettes intégrées dans les tables à l’aide desquelles se ferait aussi le règlement par carte de crédit. »

 

L’humain coûte trop cher et il faut introduire partout la dépendance aux banques par la généralisation du système de cartes de crédit.

 

En clair, la machine qui était destinée à libérer l’homme, est devenue un instrument d’oppression.

 

La fin de l’emploi ?

 

Selon une étude de l’Université d’Oxford citée par Jorion, 47 % de la force de travail occupée par un emploi sera remplacée par des ordinateurs. Paul Jorion pense que ce taux est trop optimiste. Il ajoute que des tâches complexes sont remplacées par des algorithmes de plus en plus sophistiqués inscrits dans des logiciels. Il prend comme exemple le remplacement des traders en Bourse ! On a vu ce qu’il en était lors de la crise financière…

 

Paul Jorion participe en outre à une étude avec l’économiste ultralibéral Bruno Colmant où ils constatent en gros une augmentation de la « quantité de travail accumulé sous forme de capital » au détriment de « la quantité de travail effectif à consentir comme avance dans la production et la distribution ». En clair, le travail capitalisé – c’est-à-dire sous forme d’investissements dans des machines automatiques – surpasse le travail provenant de la force de travail humaine. Ou, schématiquement, l’homme est progressivement remplacé par la machine.

 

Est-ce la fin de l’emploi ? Dans une certaine mesure, oui. Le constat ci-dessus est incontestable. Cependant, une partie du travail a été délocalisé dans les pays du Tiers-monde, une autre est effectuée par une main-d’œuvre étrangère non plus immigrée, mais « détachée ».

 

Il reste également le travail « artisan », c’est-à-dire les services aux personnes comme la plomberie, l’entretien des immeubles, etc. En outre, il y a le travail dit « non marchand » de services aux personnes comme les infirmières aussi bien dans les hôpitaux qu’à domicile, les assistantes sociales, etc. Ajoutons aussi le secteur culturel. D’autre part, on ne compte pas le secteur primaire, c’est-à-dire agricole, qui reste, qu’on le veuille ou non, un important pourvoyeur de main-d’œuvre.

 

Cela dit, le plein emploi est une illusion et ceux qui prétendent œuvrer pour le rétablir sont des démagogues.

Nulle machine ne pourra remplacer une infirmière !

Nulle machine ne pourra remplacer une infirmière !

L’humain coûte trop cher.

 

Dans sa démonstration, Jorion évoque le fameux « coût du travail » tant décrié par la classe dirigeante. « Les salaires qu’obtiennent ceux dont les avances sont en travail plutôt qu’en capital (…) sont comptabilisés en tant que coût. » Le travail grève donc la marge bénéficiaire !

 

« Les salaires qu’obtiennent ceux dont les avances sont en travail plutôt qu’en capital ou en gestion sont comptabilisés en tant que coûts, c’est-à-dire envisagés comme grevant le profit dont les seuls bénéficiaires légitimes sont les investisseurs et les dirigeants de l’entreprise. » En clair – et cela explique les revenus exorbitants des « patrons » des grandes entreprises – l’investissement en travail représente un coût insupportable et la mission desdits « patrons » revient à réduire ce coût. S’il y parvient, il en est récompensé, même si l’entreprise n’a pas réalisé de profits substantiels. Le « socialiste » Pascal Lamy lorsqu’il était patron de l’OMC a exigé une plus value de 32 % de ses émoluments. Et il préconise que les jeunes qui auront la « chance » de pénétrer dans le marché du travail soient payés moins que le SMIC !

 

Qui proteste ?

Le "socialiste" Pascal Lamy estime avoir droit à sa juste récompense au détriment du plus grand nombre.

Le "socialiste" Pascal Lamy estime avoir droit à sa juste récompense au détriment du plus grand nombre.

Le programme d’une génération

 

Une nouvelle division du travail doit être l’objectif fondamental des forces de progrès. Rien ne sera plus comme avant. Les entreprises « exilées » dans les pays à bas coût de main-d’œuvre ne reviendront plus. Un des objectifs prioritaires sera de combattre les dumpings social et fiscal au niveau de l’Union européenne. Un autre objectif sera de soutenir le combat des travailleurs des pays du Tiers-monde dans leur lutte pour la dignité.

 

En clair, c’est le programme d’une génération si l’on veut un monde juste.

 

Jorion rappelle : « Jean-Charles Léonard Simonde de Sismondi (1779-1842) proposait que le travailleur remplacé par la machine obtienne une rente perçue sur la richesse que celle-ci créerait ensuite. »

 

Aujourd’hui, suggère Paul Jorion, une taxe sur les gains de productivité et son bénéfice devrait être redistribué prioritairement aux travailleurs victimes de ce qu’il appelle « l’ordinisation ». Un peu illusoire !

 

Bien sûr, il ne sera plus possible de distribuer des emplois à tous ceux et toutes celles qui seront aptes à entrer dans le marché du travail. Jorion a raison en préconisant un nouveau système de redistribution des richesses qui sera indispensable pour l’humanité entière.

 

L’allocation universelle

 

Une idée a été lancée déjà au XVIIIe siècle, il s’agit de l’allocation universelle ou comme on dit aujourd’hui le revenu de base.

 

L’idée d’attribuer une allocation à tous de la naissance – ou de l’entrée à l’âge adulte – jusqu’à la mort, non liée au travail et sans aucune condition, est assez ancienne. Elle fut pour la première fois émise par Thomas More (1478 – 1535) dans son Utopie. Elle fut reprise lors de la Révolution française par Thomas Paine et Condorcet. Leur proposition était une dotation forfaitaire à chaque adulte, justifiée par une redistribution égale de la valeur de la terre (« Justice agraire »), la terre étant la propriété commune de l’humanité. Karl Marx reprit aussi cette idée dans la perspective d’une réappropriation des conditions sociales de la production « où le revenu distribué cesse d’être fonction de la quantité de travail fournie, pour devenir fonction de la quantité de richesse que la société décide de produire. ».

 

L’idée d’allocation universelle, ou revenu de base, ou encore revenu minimum renaît lors de chaque période de crise. Ainsi, en 1921, Bertrand Russell propose un « revenu de citoyenneté ». Après la Seconde guerre mondiale, l’idée du revenu de base est relancée et défendue par des économistes comme Tinbergen, Meade et Tobin. L’allocation universelle revient à l’ordre du jour depuis une trentaine d’années, en gros depuis les débuts de ce que l’historien et homme de lettres français et actuel directeur du Collège de France, Pierre Rosanvallon a appelé dans un ouvrage célèbre paru en 1981, La crise de l’Etat providence.

 

Néanmoins, l’idée de l’allocation universelle fait l’objet de nombreuses critiques.

 

Ainsi, le 6 janvier 2013, Paul Jorion écrivait sur son blog : « Si on pose le fait que le travail disparaît, du moins le travail salarié (au profit du non-travail du capital ?), on en vient à ‘justifier’ la persistance du revenu sous forme de revenu ‘socialisé’, afin de permettre aux plus-du-tout-salariés (ou moins-salariés) de toujours pouvoir continuer à consommer avec ces revenus – même socialisés – les biens et les services proposés par l’économie. »

 

Jorion ajoute : « Pour autant, il me semble que ce biais (cognitif me semble-t-il) n’est pas obligatoire : la question de la socialisation des revenus se pose en apparence parce que le travail disparaît mais aussi parce qu’on lie revenus et accès. En réalité, ce dont ont besoin les futurs moins-salariés (ou plus-du-tout-salariés), ce ne sont pas des revenus, qui continueront d’alimenter d’une part la consommation (avec le risque de surproduction là encore) mais aussi les inégalités de richesses, mais surtout d’un accès aux biens et services définis comme socialement utiles pour chacun et de la garantie de cet accès. »

 

Sur un plan philosophique, on ne peut donner tort à Paul Jorion. En effet, l’allocation universelle alimentera la consommation, pourrait accentuer les inégalités, mais il est impossible, dans l’état actuel des choses de répondre efficacement et dans l’urgence à la proposition d’accès garanti aux biens et aux services socialement utiles. On le voit, par exemple, avec le logement.

 

Une autre critique consiste à voir, une fois cette allocation instituée, un désintérêt des pouvoirs publics au problème du chômage. L’allocation universelle ne peut en aucun cas être considérée comme une solution globale mettant de côté les problèmes d’emplois et la question des pensions.

 

Cela dit, l’instauration de l’allocation universelle au niveau de l’Union européenne pourrait être une solution concrète à court terme pour diminuer la pauvreté. Cela dit également, pour qu’elle soit efficace, l’allocation universelle (ou revenu d’existence) doit

 

- être un moyen de lutter contre la misère, voire de l’éradiquer ;

- être un moyen de rééquilibrer les ressources entre le capital et le travail ;

- développer une économie alternative et solidaire. L’allocation universelle doit reposer sur les trois principes suivants :

 

  - l’inconditionnalité de son attribution ;

  - la cohérence de son montant avec le coût de la vie autrement dit son indexation, de sorte à être suffisante pour vivre ;

  - la garantie inscrite dans un traité européen.

 

Mais, est-elle un projet de société où la solidarité basée sur le progrès de l’humanité reste une des valeurs majeures ? La réponse est non. Cependant, elle est un moyen révolutionnaire.

 

Car, notre société a besoin d’une révolution.

 

Pierre Verhas

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 15:09

À l’approche des élections européennes, le patronat et les multinationales lancent une offensive antisociale tous azimut et sans précédent.

 

Des propositions sont faites de transformation fondamentale des relations sociales et de travail par le Medef en France et en Belgique par le patronat via le consultant Roland Berger avec la collaboration de l’économiste ultralibéral, ancien chef de cabinet de Reynders, ancien patron de la Bourse de Bruxelles, académicien et professeur à l’Université Catholique de Louvain, Bruno Colmant.

 

Ces propositions relèvent d'une « logique esclavagiste » ! Ce n'est pas Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche français), ni Raoul Hedebouw (porte -parole du PTB belge) qui disent cela, mais Laurence Parisot, ancienne patronne du Medef !

 

De quoi s’agit-il ?

 

Des jeunes aux plus âgés

 

Place aux jeunes ! Pierre Gattaz le nouveau patron des patrons français, homme très puissant qui a une (trop) grande influence sur le gouvernement Hollande – Valls, préconise un SMIC « jeunes » inférieur au SMIC, qu’il appelle pudiquement « salaire transitoire » à 800 Euros mensuel. Rappelons que le SMIC français s’élève à 1445,38 Euros par mois. Certes, Valls a rejeté cette proposition, mais, sans conteste, elle fait partie d’une offensive de démantèlement de l’Etat social, d’autant plus que cette initiative n’est pas la seule.

 

Et pour les vieux !  L« quatre mesures pour sauver les pensions ». Ces mesures consistent en gros à liquider le système de pension par répartition et à supprimer tous leurs avantages sociaux pour les cotisants, c’est-à-dire les travailleurs salariés des secteurs public et privé.

 

Il s’agit d’abord de réduire le montant des pensions progressivement de 8 % à 44 % de 2020 à 2050…, ensuite d’augmenter les cotisations des travailleurs en portant le taux d’imposition des ménages qui est aujourd’hui de 20 % à 32 % en 2030, en troisième lieu d’augmenter le taux de la TVA qui est aujourd’hui en moyenne de 14 % en Belgique à 24 % en 2050. Il va de soi, quatrièmement, qu’il conviendra également de travailler plus longtemps en portant l’âge légal de la pension à 70 ans.

 

Les auteurs du rapport sont conscients qu’aucune de ces quatre mesures ne pourra être acceptée « séparément », qu’elles susciteraient une levée de boucliers, voire la révolte. Aussi, les économistes du consultant Roland Berger proposent ce qu’ils appellent ce qu’ils appellent cette « quadrithérapie optimale » en y allant progressivement. On n’est jamais trop prudent !

 

Rappelons au passage que les pensions en Belgique sont parmi les plus basses de toute l’Europe occidentale. Cela prouve une fois de plus que ce genre de proposition s’inscrit dans une vaste opération de démantèlement de l’Etat social.

 

Les arguments avancés sont classiques. L’économiste français de mouvance « économie de l’offre » Jean-Luc Ginder affirme : « Pour lutter contre le fléau du chômage, il est impératif de réviser le coût du travail et dans cette idée, il faudra accepter de compresser le Smic sachant qu'il est populaire et cher pour chacun d'entre nous.

 

Cette mesure n'est pas une provocation mais une attitude réaliste. »

 

Cette question du « coût du travail » est d’ailleurs obsessionnelle pour Ginder. Dans sa chronique dans « Les Echos », il écrit le 25 février dernier : « Ce qui est en cause ce n’est pas le salaire c’est le fait qu’une série de choses auxquelles nous tenons fondamentalement dans notre modèle repose sur le travail. Dans un même temps, nous sommes dans un univers de compétition fiscale. Beaucoup de pays ont misé sur des réformes qui basculent une partie de la fiscalité qui pesait sur le travail sur l’impôt.

 

Ces mesures permettent aux entreprises d’être en situation de compétitivité. Là encore sur ce terrain, toi État tu ne prends pas la mesure du danger et tu laisses s’installer un niveau de coût de travail surtaxé qui fragilise encore les entreprises, qui nourrit le chômage et brise la productivité française, ton "made in France" si recherché. »  

 

Donc, au lieu de combattre cette « compétitivité fiscale » au niveau européen – là, l’Union européenne ferait œuvre utile –, il faut s’attaquer au sempiternel « coût du travail ». On dirait que pour ces gens-là, payer un travailleur un Euro de l’heure serait encore trop cher !

 

Lamy qui vous veut du bien.

 

En outre, Gattaz a un soutien de poids pour sa proposition : Pascal Lamy, l’ancien patron de l’OMC, étiqueté « socialiste », ex-chef de cabinet de Delors à la Commission européenne, un des pionniers du fameux « Acte Unique » à l’origine des dispositions ultralibérales des traités de Maastricht et des autres qui ont suivi.

 

Pour Lamy qui avait d’ailleurs lui-même lancé cette idée, la proposition de Gattaz est un progrès considérable et il va jusqu’à insulter ceux qui s’y opposent. Il déclare : « C'est l'état d'esprit des Français qui est le problème (...) C'est un état d'esprit défensif ». Et il ajoute : « Aussi longtemps que cette pédagogie ne sera pas faite, je pense que nous resterons, en quelque sorte, tétanisés, coincés, peureux. » Donc, les travailleurs sont des lâches qui refusent d’être « offensifs » pour le plus grand intérêt du marché.

 

Il est symptomatique de constater qu’un des principaux décideurs mondiaux préconise pareille chose. Voilà donc leur conception de la « mondialisation heureuse ». Tout pour l’entreprise, tout pour le capital, rien pour le travail, l’humanité étant réduite à devenir consommatrice dans le marché le plus vaste possible.

 

C’est un cauchemar, mais on finit toujours par se réveiller d’un cauchemar.

 

La civilisation coûte trop cher !

 

Donc, aussi bien les jeunes, à peine sortis des études, et les anciens – allons, disons-le carrément, les vieux – se trouveraient précarisés parce que tout simplement l’être humain coûte trop cher pour une classe possédante dont la cupidité égale la puissance.

 

Ce n’est pas un hasard si des deux côtés de Quiévrain, ce genre de propositions est lancé. Il s’est mis en place une stratégie en vue de détruire notre contrat social, notre mode de vie, notre pacte entre générations. Bref, notre civilisation ! La civilisation qui s’est progressivement mise en place à partir de la Renaissance visait en définitive à donner à l’être humain sa dignité en lui accordant progressivement le droit d’intervenir librement dans la vie de la Cité et le droit de jouir équitablement des richesses qu’il produit par son travail. Elle est remise en question par cette classe dominante qui a réussi à conquérir les marchés mondiaux.

 

L’esclavage revient en force.

 

Madame Parisot a déclenché, sans doute à son corps défendant, un vaste débat sur la question de la dégradation du travail qui vire de plus en plus à de nouvelles formes d’esclavage.

 

L’esclavage, bien qu’il soit juridiquement aboli depuis longtemps, n’a jamais réellement disparu. Il y a celui que nous côtoyons dans nos villes et sur lequel nous détournons les yeux, comme la prostitution où des milliers de femmes sont à la merci de « protecteurs » prêts à tout pour empocher un maximum d’argent sur leur dos, quitte à les enchaîner et les torturer, voire les éliminer. Celui où des hommes et des femmes provenant en cachette de terres lointaines sans aucune protection, travaillent dans des ateliers clandestins de confection, de boulangerie-pâtisserie, dans de grands hôtels internationaux, etc., celui de domestiques étrangers en séjour illégal à la merci de riches familles, de diplomates sans scrupules qui sont à la peine jour et nuit pour leurs « maîtres » avec pour seule rémunération l’enfermement dans un placard dans une soupente de grenier ou dans une cave.

 

Il ya l’esclavage dans les grands travaux essentiellement dans les pays dits émergents comme le Brésil pour la coupe mondiale de football et aussi le Qatar pour la suivante. Et on peut se poser la question du régime réel des travailleurs « détachés » au sein de l’Union européenne.

 

À l’exception de quelques associations, aucune des grandes ligues de défense des droits de l’homme ne se mobilise sur cette question. Certes, la CSI (Confédération Internationale des Syndicats) et la CES (Confédération Européenne des Syndicats) réagissent régulièrement, mais c’est largement insuffisant. Cette faiblesse de ce qu’il reste du mouvement ouvrier est inquiétante.

 

Les beaux films hollywoodiens

 

Ah oui ! On réalise de beaux films hollywoodiens sur l’esclavage qui font pleurer les belles âmes et gagner beaucoup d’argent à leurs producteurs et aux banques qui les financent et qui tirent aussi profit de l’esclavage contemporain, mais face à l’esclavage d’aujourd’hui, face à l’esclavage quotidien, face à la volonté manifeste de dégradation du travail vers l’esclavage, il n’y a pas de soulèvement ! Marx proclamait à la fin du « Manifeste » : « Les prolétaires n’y ont rien à perdre que leurs chaînes ! Ils ont un monde à y gagner ! »

 

Dans la très vénérable revue trimestrielle française inscrite dans la tradition« Révolution prolétarienne », à laquelle ont jadis collaboré des gens comme Victor Serge, Simone Weil, George Orwell, Albert Camus, etc., Jacques Demorgon écrit au sujet de l’esclavage, dans le numéro 781 daté de juin 2013 : «  Abdennour Bidar [philosophe français président de l’Observatoire de la laïcité et collaborateur à la revue Esprit] (…) pose une « capabilité » de l’humanité entière. Il pense que jusqu’ici les religions ont été le support imaginaire de la toute-puissance. Par la suite, les humains ont commencé à s’approprier la toute-puissance. Cela commença par une modernité critique des autoritarismes théologico-politiques ou politico-religieux. En s’appuyant sur une association de l’information technoscientifique et de l’économie, elle entraîne une succession de révolutions industrielles grâce aux puissances de la machine à vapeur, de l’électricité, de l’atome et de l’informatique.

 

Toutefois, cette modernité n’a pas assez distingué entre « travail d’asservissement et travail d’accomplissement ». »

 

Demorgon ajoute : ce qui compte, c’est moins le travail que ce qu’il produit. Il poursuit : « Or, le travail d’accomplissement de chacun est autrement plus producteur pour tous que le travail d’asservissement de multitudes humaines. »

 

Le travail (d’accomplissement) rend libre.

 

Cependant, par la dégradation matérielle et qualitative du travail, le patronat, les multinationales, la finance, tout ce « nouveau » capital qui domine le monde rétablissent l’esclavage. Seul le travail d’asservissement compte pour eux.

 

Il est vrai que le travail d’accomplissement peut être dangereux, car il apporte l’épanouissement, donc la liberté. Ce n’est pas la « liberté » proclamée à Auschwitz à des millions d’esclaves forcés n’ayant que la mort au bout du chemin, ni l’esclavage des ateliers clandestins, ni celui de millions de gens n’ayant comme alternative la précarité dans l’esclavage ou la misère dans le chômage, c’est ce travail là qui fait des hommes et des femmes libres.

 

Des femmes et des hommes libres, c’est en effet très dangereux.

 

Pierre Verhas

Pierre Gattaz et Laurence Parisot. Une évolution dangereuse d'un patronat déjà très agressif.

Pierre Gattaz et Laurence Parisot. Une évolution dangereuse d'un patronat déjà très agressif.

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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 08:38

Depuis leur découverte, les cellules souches font l’objet d’une polémique larvée, échappant aux grands médias et donc méconnue du public. Cependant, il ne s’agit guère d’une vaine querelle entre hommes et femmes de science et clercs gardiens d’une éthique dépassée. Il s’agit d’un débat fondamental qui pourrait mettre en question les principes de base de notre société.

 

De quoi parlons-nous ? La cellule souche d’après la définition généralement admise (source « Wikipedia ») est une cellule indifférenciée se caractérisant par la capacité à engendrer des cellules spécialisées par différenciation cellulaire et une capacité à se maintenir par prolifération dans l'organisme (auto-renouvellement) ou, indéfiniment, en culture. Ces cellules souches sont présentes chez tous les êtres vivants multicellulaires. Les cellules souches animales concentrent l'attention de la recherche, en particulier celle de l'homme pour leurs applications en médecine.

 

Il existe plusieurs types de techniques pour obtenir des cellules souches :

 

• à partir d'embryons (cellules souches embryonnaires),

 

• à partir d'œufs non fécondés,

 

• à partir de cellules souches embryonnaires modifiées en laboratoire,

 

• à partir d'une cellule mature reprogrammée génétiquement,

 

• à partir d'une cellule différenciée et mature puis cultivées en laboratoire.

 

Les cellules souches embryonnaires sont dites pluripotentes. Elles ont la propriété de pouvoir se différencier en n’importe quel tissu de l’organisme.

 

On comprend dès lors que la recherche en la matière ouvre des perspectives majeures dans le progrès de la médecine et de la connaissance de la vie.

 

Où on mélange éthique et science.

 

Les travaux scientifiques n’en sont encore qu’à l’état expérimental, mais la capacité de ces cellules souches, qui permettraient de régénérer tous types de tissus dont les cellules mortes, offre des perspectives thérapeutiques importantes.

 

Cette découverte majeure pose bien entendu des questions éthiques.

 

En effet, cette recherche des cellules souches à partir d’embryons humains bien qu’étant d’ailleurs au tout premier stade de leurs développements est combattue avec virulence au nom des principes éthiques de protection absolue du vivant édictés par les Eglises et les différentes obédiences religieuses.

 

Ils appellent cette recherche : « abortion-related research ». Symptomatique détournement de langage ! En effet, pour les religieux, l’embryon humain ne peut que provenir de l’avortement. Donc, on pratique l’avortement pour fournir des êtres humains en devenir à l’holocauste de la recherche ! On va donc faire l’amalgame entre la recherche et l’IVG qu’un gouvernement comme celui de l’Espagne tente d’interdire.

 

Les partisans de cette nouvelle recherche en sont d’ailleurs conscients. Ainsi, en France, la loi de bioéthique de juillet 2011 interdisait les recherches sur les cellules souches. En juillet 2013, Roger Gérard Schwartzenberg qui avait été ministre de la Recherche de 2000 à 2002 déposa une proposition de loi à l’Assemblée nationale française pour abroger cette interdiction.

 

Le débat est très complexe. Il porte sur la question éthique et les adversaires de cette recherche vont jusqu’à invoquer des arguments scientifiques : ces recherches seraient aujourd’hui dépassées ! Depuis les premiers travaux en 1998 sur les cellules souches embryonnaires, il y a eu la découverte des cellules souches pluripotentes induites (IPS), une technique originale développée en 2006 par le Professeur Shinya Yamanaka, Prix Nobel de médecine 2012, qui permet de reprogrammer une cellule adulte pour se comporter comme des cellules souches embryonnaires.

 

En mai 2013, des chercheurs américains ont créé des cellules souches embryonnaires humaines à partir de cellules adultes de peau en recourant à une technique de clonage, une première après plusieurs tentatives infructueuses dans le monde ces dernières années.

 

Ces avancées techniques permettent-elles de se passer de la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines ? La réponse est non. « Les techniques sont complémentaires, aujourd’hui pratiquement toutes les équipes de recherche françaises travaillent sur les cellules souches embryonnaires humaines et sur les cellules IPS », explique le Professeur français Marc Peschanski.

 

Donc, les cellules IPS et les cellules souches embryonnaires ne sont pas à opposer. Ces techniques sont complémentaires et permettent de mieux définir les pistes de la thérapie cellulaire. La proposition de loi des députés du parti radical, républicain est a priori soutenue par la majorité socialiste. Les chercheurs n'oublient pas que François Hollande en avait fait une promesse lors de sa campagne présidentielle. Mais on sait ce que valent les « engagements » de l’actuel président français…

 

La question des valeurs

 

Les choses vont cependant bien plus loin. Cette problématique concerne tout le territoire de l’Union européenne. En effet, le débat est bien plus vaste. Il porte en fait sur la question des valeurs qui sont à la base de notre société. Les Eglises et les organisations religieuses tentent de « monopoliser ce débat » (Pierre Galand, Président de la Fédération humaniste européenne).

 

La recherche scientifique est bien entendu concernée. Galand ajoute que certains croyants « tentent d’en limiter les progrès et les avancées, au nom de principes discutables, comme le principe de précaution ou le respect inconditionnel du vivant. » Ajoutons cependant que cette position n’est pas le seul fait des croyants, elle est aussi défendue par le courant écologiste radical et un certain nombre d’associations extrémistes de défense des animaux, par exemple, sans compter de nombreuses sectes qui ne se réclament pas spécifiquement de croyances religieuses.

 

En 2011, les Eglises via, entre autres, le COMECE (Commission des Episcopats de la Communauté européenne, donc le Vatican) ont lancé une forte offensive sur le programme « Horizon 2020 » de l’Union européenne pour la recherche scientifique. Ce n’est pas rien : ce programme porte sur un apport de 100 milliards d’Euros à la recherche en Europe entre 2014 et 2020. Suite aux restrictions budgétaires, il est ramené à 70 milliards… L’intervention du Vatican vise évidemment et principalement le financement de la recherche sur les cellules souches.

 

D’autre part, le COMECE rappelle l’engagement pris par la Commission européenne en 2006 de « ne soumettre au comité de réglementation aucune proposition de projet comportant des activités de recherche qui impliquent de détruire des embryons humains, y compris pour l'approvisionnement en cellules souche. »

 

L’embryon, être vivant à part entière : l'ahurissant concept !

 

Cette affirmation de l’embryon comme étant un être vivant à part entière a en outre de sérieuses conséquences sur la recherche que mettent en avant les Evêques.

 

La Cour de Justice européenne de Luxembourg a défini l’embryon humain au sens large : « La Cour relève que le législateur de l’Union a entendu exclure toute possibilité de brevetabilité, dès lors que le respect dû à la dignité humaine pourrait en être affecté. Il en résulte, selon la Cour, que la notion d’« embryon humain » doit être comprise largement. Dans ce sens, la Cour considère que tout ovule humain doit, dès le stade de sa fécondation, être considéré comme un « embryon humain » dès lors que cette fécondation est de nature à déclencher le processus de développement d’un être humain. L’ovule humain non fécondé, dans lequel le noyau d’une cellule humaine mature a été implanté, et l’ovule humain non fécondé induit à se diviser et à se développer par voie de parthénogenèse doivent également être qualifiés d’« embryon humain ».

 

Les Juges européens ajoutent : « Même si ces organismes n’ont pas fait l’objet, à proprement parler, d’une fécondation, ils sont par l’effet de la technique utilisée pour les obtenir, de nature à déclencher le processus de développement d’un être humain comme l’embryon créé par fécondation d’un ovule. Elle confirme que les inventions biotechnologiques mettant en œuvre des cellules souches embryonnaires humaines ne peuvent être brevetées. »

 

Cette jurisprudence convient parfaitement aux Evêques qui ajoutent : « Par conséquent, si le corpus législatif de l’UE veut garder sa logique et sa cohérence interne, tout projet de recherche impliquant l’utilisation de cellules souches embryonnaires à des stades suivant leur dérivation devrait être exclu d’une possibilité de financement. »

 

L’argumentaire avancé par l’Episcopat est édifiant. Sous le couvert d’arguties juridiques, il remet en cause les principes fondamentaux de notre société. En clair, les Evêques prônent un inquiétant et dangereux retour en arrière.

 

Leur raisonnement se base en outre sur les fondements de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe. Il invoque l’article 1er de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « La dignité humaine est inviolable. Elle doit être respectée et protégéemédicale« L'intérêt et le bien de l'être humain doivent prévaloir sur le seul intérêt de la société ou de la science. ». Rien que cela !

 

Les Evêques comme la Cour de Justice estiment donc que l’embryon est un être humain à part entière et doit être protégé par les dispositions des textes fondamentaux de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe.

 

Or, considérer un embryon comme un être humain est insensé. Depuis la nuit des temps, un être est considéré comme humain au moment où il est sorti vivant du ventre de sa mère. Ainsi, avec la question des cellules souches embryonnaires, les obédiences religieuses relancent une fois de plus le débat sur cette question qui peut aboutir à une remise en cause de la faculté de pratiquer légalement des IVG.

 

Est-il plus respectueux de détruire un embryon humain plutôt que de le soumettre à une recherche approfondie en vue d'étendre les connaissances et accroître lesautres vies humaines présentes et à venir.

 

En plus, les embryons surnuméraires non utilisés par leurs géniteurs sont voués à disparaître sauf s’ils sont utilisés dans le cadre d’un programme de recherche thérapeutique.

 

Alors, où est la contradiction entre la singularité de l’embryon humain et l’emploi d’embryons voués à l’élimination dans des projets de recherche de grande qualité et apportant à l’humanité la possibilité de soulager des souffrances jusqu’à présent incurables ?

 

Décision ambiguë

 

L’extrait relatif aux « principes éthiques » du communiqué de presse du Conseil de l’Union européenne qui a adopté « Horizon 2020 » (Conseil de l’Union européenne, Bruxelles, le 3 décembre 2013, 16939/13, Presse 510) est un monument d’hypocrisie :

 

« Les principes éthiques applicables au 7e PC [programme-cadre] seront maintenus. C'est pourquoi les activités de recherche menées au titre d'Horizon 2020 respectent les principes éthiques et les législations nationales, européennes et internationales pertinentes. Toutes les activités de recherche se concentreront exclusivement sur les applications civiles.

 

Les activités de recherche sur les cellules souches humaines, adultes et embryonnaires, peuvent être financées en fonction à la fois du contenu de la proposition scientifique et du cadre juridique des États membres intéressés.

 

Cependant, aucun financement n'est accordé aux activités de recherche interdites dans l'ensemble des États membres et aucune activité n'est financée dans un État membre où ce type d'activités est interdit. »

 

Ainsi, par un compromis boiteux, l’Union européenne accepte de financer la recherche sur la base de cellules souches embryonnaires humaines, mais le chercheur soit déjà disposer de ces cellules avant de demander le financement à l’UE. Cela est donc conforme à la jurisprudence de la Cour de Justice européenne et surtout aux demandes des lobbies religieux. Le Parlement européen, quant à lui, a laissé la question en suspens jusqu’après les prochaines élections européennes.

 

Dès lors, au lieu d’encourager une recherche fondamentale, le projet se base avant tout les restrictions dont on sait pertinemment qu’elles émanent des milieux les plus obscurantistes. Cette ambiguïté traduit une curieuse de conception de la construction européenne !

 

Cette restriction concernant le financement de la recherche sur les cellules souches équivaut à son interdiction légale. Que signifie en effet « activités de recherches interdites dans l’ensemble des Etats-membres » ?

 

En vertu du traité de Lisbonne, les questions éthiques relèvent de la seule compétence des Etats membres. Comment dès lors concevoir l’interdiction des recherches dans tous les Etats-membres, si ce n’est par une décision au niveau de l’Union elle-même via notamment la Cour de Justice européenne, comme on l’a vu ?

 

À partir du moment où l’on porte entrave à la recherche scientifique au nom de principes éthiques édictés par une seule obédience, celle-ci impose sa loi à l’ensemble de la société et c’est la régression.

 

L’arme de la pétition

 

Les choses n’en restent pas là. Fort d’une évolution de l’opinion publique pour une politique restrictive en la matière que la haute hiérarchie catholique a observée, suite à ses campagnes virulentes contre la recherche sur les cellules souches, une pétition européenne a été organisée.

 

En effet, les milieux catholiques se servent d’une nouvelle disposition figurant dans le traité de Lisbonne : l’initiative citoyenne. La procédure est : en premier lieu, il convient de créer un comité de citoyens composé d’au moins 7 citoyens en âge de voter au Parlement européen, dans au moins 7 Etats membres de l’UE. Ce comité sera l’organisateur de l’initiative en question. De plus, il doit désigner en son sein un membre qui sera chargé des contacts avec la Commission européenne. Ils doivent ensuite enregistrer leur proposition d’initiative sur un site web de la Commission en indiquant son objet, les noms des membres du comité, etc. La Commission examine la validité de l’initiative, ses sources de financement et si elle rentre dans le cadre des compétences de l’UE. Si l’initiative est considérée comme valide, elle sera publiée sur le site en question. La collecte des signatures peut se faire en ligne ou sur papier, selon des modalités fixées par la Commission.

 

Ensuite, les organisateurs doivent demander à chacun des Etats membres la validité des signatures recueillies. Après avoir reçu les certificats des autorités nationales, la pétition est présentée à la Commission. L’initiative doit recueillir plus d’un million de signatures.

 

Par après, se déroulent des rencontres avec les organisateurs etci organise une audition publique.

 

Enfin, si la Commission décide de donner suite à l’initiative, la procédure législative commence.

 

Lancé en mai 2012 sur l’idée de l’eurodéputé italien Carlo Casini, membre très droitier du PPE (Parti populaire européen d'obédience chrétienne) et président de la Commission des affaires constitutionnelles au parlement de Strasbourg, l’initiative intitulée « Un de nous » visant à « interdire et mettre fin au financement des activités qui impliquent la destruction d'embryons humains, en particulier dans les domaines de la recherche, de l’aide au développement et de la santé publique », argumentée sur la base de la jurisprudence de la Cour de Justice européenne, financée par des organisations catholiques anti IVG, a recueilli plus de 1.760.000 signatures et a été déposée le 27 février 2014. Elle est donc à l’examen. L’audition publique aura lieu jeudi prochain, 10 avril 2014. Il n’en sortira sans doute rien avant les élections européennes, mais il s’agit de la pétition qui a recueilli jusqu’à présent le plus grand nombre de signatures. Le débat est donc lancé et il rebondira sans doute assez vite avec le nouveau Parlement européen.

 

La régression est en route.

 

Les milieux religieux et le Vatican en particulier sont fortement mobilisés pour interdire la recherche sur les cellules souches embryonnaires en introduisant la notion d’embryon humain comme étant un être vivant à part entière. La Cour de Justice a confirmé cette notion dans sa jurisprudence. Donc, ce n’est pas sans « biscuits » que les religieux agissent.

 

Les conséquences, en cas d’interdiction définitive, seraient une régression aussi bien sur le plan du progrès scientifique et thérapeutique que sur le plan social et également sur celui de la condition féminine. En effet, si cette notion d’embryon – être vivant est adoptée par l’Union européenne, cela aura pour conséquence à terme de provoquer un peu partout l’interdiction de pratiquer l’avortement.

 

En outre, sur le plan économique, les effets ne sont pas négligeables non plus. Aux Etats-Unis, la recherche sur les cellules souches est autorisée et fonctionne à plein. Et n’oublions pas que cette recherche peut aboutir à d’importants résultats dans bien des secteurs. Dès lors, dans un domaine fondamental pour la science comme pour l’industrie, l’Union européenne sous la pression des lobbies religieux sera volontairement à la traîne.

 

Face à cette menace, le monde progressiste fait preuve, à quelques exceptions près, d’une passivité coupable.

 

Il est urgent qu’il reprenne force et vigueur !

 

 

Pierre Verhas

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 13:37

La troïka européenne en Grèce, en plus des drastiques coupes budgétaires, a imposé de sévères « réformes » du travail qui constituent sans doute la pire régression sociale qu’un pays européen ait connu depuis la Deuxième guerre mondiale.

 

Prenons l’exemple du secteur culturel. On lit dans le « Monde diplomatique » de ce mois d’avril : « La convention collective des acteurs de théâtre a pris fin en décembre 2013. L’organisation patronale de la branche se proposait de rétribuer désormais les acteurs entre 3,25 et 5,54 euros brut de l’heure. Le temps consacré aux répétitions, jusque-là rémunéré, ne le sera plus que par le plaisir de jouer... »

 

Donc, le travail rémunéré se limite à la seule production, c’est-à-dire à ce qui apporte une valeur ajoutée au patronat. Et ce n’est pas nouveau !

 

George Orwell fut chargé en janvier 1936 par son éditeur Victor Gollancz d’effectuer un reportage sur la condition ouvrière dans les mines du Nord de l’Angleterre. Il en sortira son premier ouvrage d’analyse politique et sociale intitulé Le Quai de Wigan qui sera publié en 1937.

 

George Orwell, avec le « Quai de Wigan », prit conscience non seulement de la condition ouvrière, mais aussi de la question industrielle. Il en tira une critique radicale du monde de son époque : « Notre civilisation, n’en déplaise à Chesterton, est fondée sur le charbon et ce à un point qu’on ne saurait imaginer tant qu’on ne prend pas la peine d’y réfléchir posément. Les machines qui nous permettent de vivre, et les machines qui fabriquent des machines, sont toutes directement ou indirectement, tributaires du charbon. » (Le Quai de Wigan, Ed Ivrea, Paris, 1995, p. 25.)

 

Remplacez le mot « charbon » par celui de « pétrole » et vous avez la description de la fin de XXe siècle et du début du XXIe. Il se pencha aussi – et surtout – sur la condition ouvrière. Il écrit : « En voyant les mineurs au travail, on se rend compte à quel point peuvent être éloignés les univers dans lesquels vivent les gens. Au fond, là où on extrait le charbon, c’est une sorte de monde à part qu’on peut aisément ignorer sa vie durant. Il est probable que la plupart des gens préféreraient ne jamais en entendre parler. Pourtant, c’est la contrepartie obligée de notre monde d’en haut. »

 

Certes, le charbon qui n’est utilisé aujourd’hui que pour l’industrie « délocalisée » dans les pays dits « émergents », ne fait plus partie de notre monde « occidental ». De même que nous ignorons – sans doute volontairement – le sort des millions de travailleurs aux antipodes qui sacrifient leur pauvre vie à notre bien-être artificiel, pour le plus grand intérêt des multinationales. En outre, Orwell ne se limitait pas à se pencher sur une seule catégorie de travailleurs. Pour décrire le monde social de son temps, il savait qu’il devait aller voir partout. Et il en tire cette analyse.

 

« Combien sont-ils, dans l’armée misérable et tremblante des garçons de bureau et sous-chefs de rayon – qui, sous certains rapports, vivent plus mal qu’un mineur ou un docker – à se regarder comme des prolétaires ? Pour eux – c’est du moins ce qu’on leur a appris – un prolétaire est un homme sans faux-col. Si bien que, quand vous essayez de secouer leur torpeur en invoquant la « lutte des classes », vous ne faites que leur ficher la frousse. Ils oublient leurs misérables salaires, appellent leur bon accent à la rescousse et se portent aux côtés de la classe qui les exploite. » (QW, p. 255.)

 

Toute l’ambiguïté de la social-démocratie se trouve décrite ici. Celle-ci s’appuie sur la classe ouvrière, mais aussi sur les classes moyennes composées d’employés et de cadres moyens qui sont aussi, sinon plus, exploités que les ouvriers tout simplement parce qu’ils sont mieux organisés. Aujourd’hui, certains socialistes se basent sur de faux marginaux qui sont de vrais bourgeois.

 

Orwell aborde la question sociale dans son ensemble. Il ne se limite pas à discuter du rapport de forces capital – travail, il décrit la vie des mineurs, de leur famille, leur environnement. Orwell a à la fois la vue de Fabrice à la bataille de Waterloo qui a la sensation du petit univers qui l’entoure, et sur la base de cette vision et de vécu qu’il décrit, il élargit son horizon et dresse un tableau général de la question sociale dans les charbonnages du Nord de l’Angleterre.

 

Partir du détail pour arriver à l’universel est la démarche d’Orwell. C’est cette méthode qui déconcerte la plupart des critiques de George Orwell, car ils sont habitués à la démarche inverse. Et ce genre de description, Blair – Orwell l’a fait dans toute son œuvre.

 

Le « Quai de Wigan » est une description sans concession d’un monde inconnu – ou volontairement ignoré – de l’extérieur.

 

L’éveil d’une conscience sociale chez Orwell est avant tout le fruit de l’expérience, du vécu. Orwell n’est pas un rat de bibliothèque fouinant dans les archives, mais un observateur de terrain qui ne tombe pas dans le piège de Fabrice qui n’a rien compris à la bataille de Waterloo. En observant et en participant à la vie ouvrière dans ces houillères du Yorkshire et du Lancashire, Blair – Orwell part du quotidien pour arriver à poser les questions fondamentales.

 

D’ailleurs, Charles Jacquier écrit : « Alors que de très nombreux écrivains de sa génération sont, au cours des années trente, fascinés par l’U.R.S.S., censée représenter la «patrie des travailleurs» et le «socialisme en construction», Orwell échappe à ce tropisme dominant et y préfère une expérience directe des problèmes sociaux aux côtés des marginaux et des chômeurs, puis une enquête auprès des travailleurs dans les régions industrielles en crise du Nord de l’Angleterre. L’adhésion d’Orwell au socialisme passe donc par « une sorte de communion originaire opérée dans l’ordre sensible» (J.-C. Michéa) auprès des classes laborieuses, et va s’affirmer définitivement avec son engagement en Espagne. A partir des expériences ouvrière et espagnole d'Orwell, quasi contemporaines de celles de Simone Weil, il serait intéressant de tenter une comparaison entre l'écrivain anglais et la philosophe française. » (Fondacion Andres Nin)

 

Ainsi, concernant la définition du travail, les patrons charbonniers ne tiennent pas compte du chemin que doivent parcourir les mineurs pour accéder à la veine à exploiter. Dans le Quai de Wigan, il fait une longue description de ce chemin où le mineur est tenu de ramper pendant une à deux heures pour parvenir au lieu d’extraction du charbon. Toute la question était la rémunération de ces heures de parcours. Pour le patron, le mineur ne produisait rien et n’avait donc pas à être payé. Pour les syndicats et pour les ouvriers, cela faisait partie intégrante du travail et devaient donc toucher un salaire pour toutes les heures passées « au fond ». Orwell a un avis clair et net sur la question : « Bien sûr d’un point de vue technique ce voyage n’est pas du travail et le mineur ne perçoit aucun salaire en contrepartie. Mais je voudrais bien qu’on m’explique à quoi cela ne correspond pas à un travail. » (QW, pp. 34, 35)

 

Il estima d’ailleurs que les mineurs fournissaient « un effort comparable à celui que vous devez fournir pour escalader une petite montagne au début et à la fin de votre journée de travail. » Et il décrit le chemin que doivent parcourir les mineurs avant de parvenir à la veine d’où il devait extraire le charbon. Il le décrit parce qu’il l’a fait. Orwell ne parle jamais de quelque-chose qu’il n’a pas ressenti par lui-même.

 

Ainsi, deux époques se rejoignent : celle des mineurs anglais et celle des acteurs grecs. Les mêmes odieux procédés d’exploitation de l’homme par l’homme sont en vigueur. Le quai de Wigan est toujours là. Les gouvernements ferment les yeux. Et, en outre, on sait que cela ne résout rien.

 

Laissons la conclusion à Matthieu Pigasse qui vient de publier une analyse sans concession de notre société, Eloge de l’anormalité, Plon, Paris, 2014 : « Nous sommes aujourd’hui dans une impasse, avec des systèmes démocratiques à bout de souffle et menacés. Il faut inventer quelque-chose de neuf, tracer un nouvel horizon. Il est possible de faire plus et mieux. Sans dommage. Sans drame. Sans larmes. Maintenant. »

 

Pour que les quais de Wigan qui pourrissent dans toute l’Europe, soient démolis une fois pour toutes.

 

 

Pierre Verhas

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 17:31

Demain, dimanche 30 mars 2014, les Français sont appelés aux urnes pour le deuxième tour des élections municipales. Le premier tour a donné un recul sévère de la gauche de gouvernement (le PS et un peu moins les Ecologistes), un progrès de la droite classique (UMP – UDI) et – contrairement à ce qui a été dit – une stagnation du FN. Le Front de gauche dont on parle peu a connu une légère avance.

 

Symboliquement, cependant, le FN a été la vedette de ce premier tour. Il a conquis une ville symbole : Hénin-Beaumont. Cette ville située dans le Département du Pas de Calais, près de Tourcoing, non loin de la frontière belge, fut une cité minière, fief du mouvement ouvrier. Aux élections législatives qui ont directement suivies les présidentielles de 2012, Hénin Beaumont a été le théâtre d’une bataille entre le PS et le FN. Le parti « solférinien » a gagné tout juste contre l’extrême-droite, cela au détriment du Front de gauche où Jean-Luc Mélenchon a commis l’erreur d’affronter directement Marine Le Pen.

 

Aujourd’hui, le FN a sa revanche. Il a emporté Hénin Beaumont qui a le pénible « honneur » d’être la seule ville de France à avoir donné au premier tour un maire à l’extrême-droite. Les fachos emporteront sans doute d’autres cités dont probablement Béziers et Avignon. Une fois de plus, Marine Le Pen avec ses 17 % de voix sur l’ensemble du territoire français sera la vedette de ce deuxième tour. Le PS qui n’a plus de « S » que le nom confirmera sa déliquescence et la droite classique bien qu’empêtrée dans les scandales tirera les marrons du feu. Joyeuse perspective !

 

Mon ami Bernard Gensane, originaire de cette commune qui s'appelait Hénin-Liétard,  Hénin-Beaumont étant issu de la fusion entre Hénin-Liétard et Beaumont en Artois en 1970, a écrit une lettre posthume à Fernand Darchicourt qui fut mineur, maire d’Hénin et député socialiste représentant cette région des charbonnages, symbole de la lutte rouge, qui a été progressivement abandonnée. Malheureusement, un de ses fils a intégré le FN pour le quitter aussitôt après pour passer au dangereux radicalisme du bloc identitaire. Son autre fils fut un pâle maire d’Hénin-Liétard pendant quelques années.

 

En cette lettre nostalgique et quelque peu amère, Bernard retrace la pénible évolution d’une terre, aujourd’hui laissée pour compte et qui fut à l’origine du mouvement ouvrier. Les « solfériniens » s’en fichent, tout autant qu’à Bruxelles, les locataires du « 13 » (boulevard de l’Empereur).

 

Interpellant !

 

Pierre Verhas

 

Cher Monsieur Darchicourt,

 

Je sais bien que vous êtes mort en 1968, mais en cette lugubre soirée d’élections municipales, aussi sinistre que les commentaires sans intérêt, sans souffle, sans substance du Premier ministre Ayrault, je souhaite ardemment écrire au socialiste que vous fûtes – un peu poussé par le patron Guy Mollet, certes – à l’ouvrier, à l’ancien mineur devenu maire d’Hénin-Liétard, puis député, jamais battu dans une élection.

 

Votre femme et vous même étiez voisins de mes parents Boulevard Basly (Basly qui inspira à Zola le personnage d’Étienne Lantier). Ce boulevard, qui deviendra résidentiel, était situé dans le quartier qu’on appelait le « Vieux Hénin », célèbre pour sa fête annuelle, une fête populaire qui rassemblait les ouvriers et les petits bourgeois, ceux qui constituaient le common people cher à Orwell qu'il voyait porteur de la “ décence ” nécessaire à la démocratie et au progrès. Orwell qui, à la fin de sa vie, quand vous êtes entré en politique, soutiendra le parti travailliste parce qu’il avait créé une vraie sécurité sociale, démocratisé l'éducation et nationalisé les grands moyens de production. Je doute qu’à cette époque vous auriez pu imaginer, même dans vos pires cauchemars, des figures telles que Strauss-Kahn, Moscovici, Hollande et toute cette cohorte de petits marquis roses qui suscite la désespérance populaire depuis bientôt trente cinq ans.

 

Vous aviez deux fils. L’aîné, Yves (“ Yvon ” pour nous) était un modèle de sagesse, de bon sens pour notre petite bande du Boulevard Basly et ses terrains d’aventure : le stade de foot ouvert à tous et un terril désaffecté où nous faisions du vélo. Tout jeune homme, il intègrera calmement, en pleine connaissance de cause, un Front National plafonnant à l’époque à 1 ou 2% de l’électorat. Il quittera le parti de la famille Le Pen, le jugeant mou du genou, et animera avec sa femme un groupement identitaire (les néofascistes flamands ne sont pas très loin) qui crache sur ce qu’il appelle la “ Ripoublique ”. Son jeune frère Pierre (Pierrot) ne laissera pas que des regrets lorsqu’il quittera la mairie d’Hénin. Mais, cher Monsieur Darchicourt, vous ne verrez pas votre progéniture dans ses œuvres.

 

Dès le début des années soixante, avec la fermeture des puits, Hénin a raté sa reconversion. Et puis, ce ne fut que marchés bizarroïdes et privatisation rampante des services publics. Avec à la clé, une puis deux générations de gens complètement déboussolés. Un exemple. Il y a deux ans, une de mes amis d’enfance, boucher de son état (vous vous fournissiez chez ses parents), voit deux jeunes lascars en passe-montagne faire irruption dans sa boutique, armés d’un 7.65. Hé oui, aujourd’hui, des Héninois de 17 ans possèdent des armes de poing. Ils s’emparent de la caisse (65 euros) et bouclent le commerçant dans sa chambre froide. Le boucher connaît ces deux jeunes, des voisins, depuis le temps du landau. Il sort par la porte arrière de sa chambre froide, appelle la police qui coffre des gamins qui écoperont de deux mois de prison ferme. Paumés ces jeunes ? Assurément. Mais pas plus que ces deux femmes lourdement voilées que j’ai repérées sur Google Earth en train de poireauter devant le café où mon père et ses collègues instits allaient faire un 421 devant une bière le samedi après-midi après les cours. Alors, cher Monsieur Darchicourt, vous avez dû penser comme moi que le brave Jean-Luc Mélenchon avait bien du mérite d'aller défier le lepénisme en son terreau. Steeve Briois, votre désormais successeur, est sûrement, comme on dit là-bas, un bon garchon. C’est en tout cas un sacré militant qui a conquis la ville maison par maison pendant que vos suivants solfériniens magouillaient et grenouillaient. Des Solfériniens qui, depuis bien longtemps, ne se disent même plus socialistes mais « divers gauche ».

 

Les Héninois vont connaître les horreurs de la politique frontiste : clientélisme, prises illégales d’intérêt, réaction à tous les étages. Le gentil Steeve, au sourire à la fois doux et carnassier, ne résoudra rien. Le chômage continuera de frapper une population qui abandonne son RSA ou son RMI à des hypermarchés florissants qui ont vidé la ville de sa substance (ne jamais se tromper d'ennemi !). Les gens pensent que si Briois et son équipe ne font pas l’affaire, ils seront battus aux prochaines élections. Ils oublient qu’avec l’extrême droite ce n’est jamais aussi simple.

 

Bernard Gensane

Fernand Darchicourt, mineur, maire d'Hénin Liétard, député socialiste décédé en 1968

Fernand Darchicourt, mineur, maire d'Hénin Liétard, député socialiste décédé en 1968

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Published by pierre verhas
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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 10:17

La treizième tribu d’Israël : le royaume Khazar ? Nous livrons ici un très intéressant texte de M. Michel Hencart, chercheur retraité en pharmacie. Ayant beaucoup voyagé, il s’intéresse tout spécialement à l’histoire des peuples le long de la route de la Soie. Il est membre du Cercle d’histoire de Walcourt présidé par M. André Koeckelenbergh.

 

L’article qu’il présente ici sur un peuple relativement méconnu, les Kazars, est passionnant et colle en plus à l’actualité. C’est volontiers et avec plaisir qu’Uranopole ouvre ses « colonnes » à M. Hencart.

 

Pierre Verhas

 

Il m’a paru intéressant de vous faire découvrir un peuple unique : les Kazars. Ce courriel reste ainsi dans la lignée des articles précédents, à savoir : l’histoire des peuples vivant le long de la route de la Soie, dans le bassin du Tarim riche en momies de type « caucasien » datées de 200 ans av. JC.

 

Qui sont donc ces Kazars qui ont formé le seul royaume judaïque en Europe ?

 

Parler du judaïsme est toujours délicat, pour preuve, j’ai cherché dans différentes sources le sens de certains mots ou expressions.

 

*Que sous -entend être « juif » ?

Est-ce faire partie d’une religion ?

Est-ce appartenir à un peuple lié au judaïsme ?

Est-ce appartenir à une ethnie ?

Peut-on être juif laïc ou chrétien ou musulman ?

 

La langue française fait une distinction entre les Juifs (avec une majuscule) qui descendent de l’ancien peuple d’Israël et les juifs (sans majuscule) qui professent le judaïsme. Distinguo difficile !

 

Ce qui est certain c’est que ce mot s’est structuré au fil de l’histoire des 3 derniers millénaires.

 

Les premiers documents égyptiens évoquent le peuple d’Israël et pas le peuple juif. Sur la stèle de Mérenptha datée de -1207, il est écrit « Israël est détruite….. » Dans les premiers livres de la Thora on cite « Les Enfants d’Israël…. »

 

Le mot « juif » dans son sens le plus péjoratif est apparu au Moyen-âge. Le « Petit Larousse » dit que c’est une personne appartenant à la communauté Israélite. Que je sache Israël est un état souverain avec des israéliens laïques, chrétiens et musulmans.

 

Certains diront que c’est pratiquer la religion judaïque, ou être descendant du peuple d’Israël, ou d’être né de mère juive (pour le père cela n’a aucune importance).

 

Les périodes monstrueuses de la dernière guerre y ont rajouté l’aspect racial. Idiotie, puisque ce sont des sémites au même titre que les Arabes. Justement qui sont ces sémites ?

 

En ethnologie ce sont les peuples parlant une langue du groupe sémite. C’est donc lié à la linguistique et non à la race.

 

Comme les populations d’Irak, Syrie, Iran, Ethiopie, péninsule Arabique, Israël, Palestine, Malte, Proche-Orient, Afrique du Nord.

 

Après ces précautions sémantiques, plantons le décor !

 

Nous sommes dans la région allant de la Mer Caspienne à la mer d’Azov et à la Mer Noire, englobant au nord, l’Ukraine actuelle et la Crimée.

 


 

 

Les Khazars ne sont évidemment pas nés de l’air du temps. Il existe plusieurs thèses concernant leur origine. *Certains historiens les considèrent comme des populations turques. « Khazar » signifiant « errant » en turc. *

 

D’autres les considèrent comme des Ouighours du Xinjiang chinois.

*Certains leur donnent la même origine que les Huns.

*D’autres les situent en Transoxiane, région correspondant à l’Ouzbékistan moderne et au Kazakhstan.

*Une thèse les situe comme descendant de Kozar, un des fils de Togarma, petit fils de Japhet cité dans le Livre de la Genèse.

*D’autres comme la 13° tribu perdue d’Israël.

*Les historiens soviétiques, les considèrent comme un peuple originaire de Ciscaucasie, une région englobant les territoires actuels de Karatchaïévo-Tcherkessie (Région de Sochi), la Kabardino-Balkarie (où se trouve le mont Elbrouz) , l’Ossétie du Nord, l’Ingouchie, la Tchétchénie, le Daguestan et le Caucase du Nord.

 

Ce qui est certain, c’est qu’au VI° siècle, les Kazars s’installent dans la région comprenant le Kazakhstan, l’Ukraine, la Crimée, l’est des Carpates, l’Azerbaïdjan et la Géorgie.

 

Si ce peuple semi-nomade décide de s’installer dans cette région vers le VI° siècle, ce n’est pas par hasard.

 

Imaginons leur situation !

 

Sédentarisés depuis une centaine d’années, ils sont en but à des attaques permanentes de leurs voisins : Byzance, les puissances d’Asie Mineure qui deviendront 100 ans plus tard, une puissance musulmane, les chrétiens d’Europe Occidentale et les « barbares » du nord.

 

Un petit mot concernant ces peuples du nord.

 

Il s’agit du peuple « Russ ».Ce sont des descendants des Varègues et des Vikings, venus de Scandinavie. Ils sont sans « foi ni lois » mais ils gèrent la route de l’étain et de l’ambre qui relie la Baltique à la mer Noire, à la Caspienne par le Dniepr, la Volga et le Don. En fonction des circonstances ils sont alliés ou ennemis de Byzance.

 

Le royaume Khazar occupe un territoire privilégié, puisqu’il est à l’intersection de 3 grandes voies commerciales.

 

D’est en ouest, la route de la soie, qui relie la Chine à la Méditerranée, du nord au sud, la route de l’étain et de l’ambre, vers le sud la route de l’encens, en provenance de la corne de l’Afrique et du Yémen en passant par l’Egypte. La route de la soie est un trait d’union entre l’empire chrétien de Byzance et les puissances perses et ensuite musulmanes de l’est et du sud.

 

La route de l’étain qui part de la Baltique est le trait d’union avec des puissances « païennes » et chamaniques.

 

Cette route de l'étain réceptionne le minerai, acheminé en suite de la mer Baltique vers la Mer Noire et Byzance. Elle passe par Novgorod et utilise le Dniepr vers la mer Noire et la Volga vers la mer Caspienne.

 

Bulan, un des premiers roi Khazar doit donc imaginer un moyen de ne pas se faire écraser par ces grandes puissances. Comment ?

 

Il faut être riche !

Il faut avoir une religion qui satisfait le plus de monde possible !

Il faut devenir indispensable aux voisins !

Il faut avoir une langue nationale !

 

Il faut un état stable où la sécurité est garantie pour les caravanes.

 

Au VII° s. il décide d’interdire la pratique des différents cultes païens.

 

Il choisit d’imposer une religion monothéiste comme religion d’état. Il rejette le christianisme et l’islam et choisit le culte religieux connu au VII° s. sous le nom de « talmudisme » et actuellement sous le nom de « judaïsme ». Cela est attesté par de nombreux documents.

 

Ce choix pourrait paraître bizarre, mais répond à de la « real politic ». Il sait que faire des alliances avec un de ces empires, c’est s’aliéner automatiquement les autres.

 

La vie de son royaume est en jeu.

 

Il va donc décider que la religion d’état est le talmudisme. Cette religion est bien intégrée dans le monde musulman, les barbares du nord la connaissent à peine et Byzance la tolère par nécessité.

 

Le roi Bulan compte donc pouvoir s’en sortir avec Byzance.

 

Il s’en sort tellement bien que sa fille, Tzitzk de Khazaria épouse Constantin V, empereur de Byzance. Pour le mariage, elle doit se faire baptiser et prend le nom d’Irène de Khazaria. Ils auront un fils Léon IV (en 750) surnommé Léon IV le Khazar

 

 

Monnaie byzantine représentant l’Empereur Léon IV le Khazar et son père Constantin V Copronyme.

 

Pour la petite histoire, Constantin V est décrit comme l’empereur le plus pervers. Son surnom de « copronyme » (litt. « Au nom de la merde ») il le doit au fait que lors de son baptême, il aurait déféqué dans les fonds baptismaux. Le patriarche Germain I° aurait eu ces mots « Cet enfant remplira l’Eglise de sa puanteur ». Il fut plus tard accusé de débauche, d’homosexualité, de mariages multiples, de pédophilie, etc…

 

Le roi Bulan et ses successeurs firent de la Khazarie, un rempart entre les musulmans et les chrétiens de la même manière qu’ils empêchent les barbares du nord d’attaquer Byzance.

 

Bulan sait par expérience que les Byzantins sont peu fiables, Ils rompent les traités aussi vite qu’ils les signent.

 

Les Khazars décident donc de choisir une religion qui n’est pas représentée sur leurs frontières.

 

Le talmudisme devient religion d’état en 740.

 

Cela n’empêchera pas malheureusement plusieurs affrontements avec les chrétiens et les musulmans.

 

Il existe des preuves écrites de cette judaïsation : des lettres entre Hasdaï Ibn Shaprut, ministre juif du calife de Cordoue Abd-er-Rahman III et Joseph, roi des Khazars.

 

Les textes nous informent de la conversion au Judaïsme de 4000 nobles par des rabbins venus de Babylone.

 

Voici les premiers mots de la lettre envoyée de Cordoue :

 

« Moi, Hasdaï, fils de Isaac, fils de Ezra, appartenant au peuple juif exilé de Jérusalem en pays séfarade [Espagne], un servant de mon seigneur le Roi, je me plie jusqu'à terre devant toi et me prosterne vers la demeure de votre Majesté, à partir d'une terre lointaine. ».

 

Voici les premiers mots de la réponse du roi Khazar :

 

« Lettre du Roi Joseph, fils d'Aaron le Roi, à Hasdaï, le fils d'Isaac, fils d'Ezra; Que le créateur le préserve à la tête de son assemblée. « ....Je désire vous informer que votre lettre magnifiquement rédigée m'a été donnée par Isaac, fils d'Eliezer, un Juif de la terre d'Allemagne »

 

Ces Khazars deviennent donc la première population de « juifs » en Europe orientale.

 

Après cette conversion, seul un « juif » pouvait monter sur le trône du royaume qui devient une théocratie .Il y a donc confusion des lois religieuses et civiles. Le roi Obadiah, successeur du roi Bulan, invite un grand nombre d’érudits et de commerçants juifs à s’installer dans son royaume. Beaucoup viennent de Babylone.

 

L’instruction de la Bible et du Talmud devient obligatoire ainsi que l’utilisation de l’alphabet hébreu.

 

La langue Khazar est uniquement orale et est traduite phonétiquement en hébreu.

 

Gros problème !

 

Les textes sacrés et les lois sont en « bon » hébreux mais incompréhensibles par la population.

 

Tous les rois portèrent des noms hébraïques.

 

Dans l’ordre : Isaac, Moïse (traduit par les byzantins en Manassé II), Aaron II et Joseph.

 

Pour la petite histoire Joseph eut 25 femmes et 60 concubines.

 

Au X° siècle, les « Russ Varègues » s’associent aux Byzantins et déferlent vers le sud. Ils occupent Kiev et en quelques années font une conquête partielle du royaume Khazar.

 

Des combats acharnés continuèrent pendant 4 ans. Les Russes avaient conquis tout le territoire Khazar de la Caspienne à la mer d’Azov.

 

Carte du royaume Khazar en 900 de notre ère. Département des Études Slaves de l’université de Californie (Los Angeles).

 

Au 13° siècle, le royaume est complètement disloqué par les invasions mongoles. Le sort des Khazars juifs se perd… !

 

Il est fort probable que la famille royale, la noblesse, les religieux immigrèrent vers l’Espagne, la Hongrie, la Pologne et l’Europe de l’est, mais le peuple resta sur l’ancien territoire Khazar.

 

Une importante communauté khazar se fixa à Kiev, en Lituanie et en Ukraine centrale.

 

Shlomo Sand (Historien israélien) pense que les Khazars et les Slaves auraient pu fonder la communauté « Yiddish » d’Europe de l’Est.

 

Le linguiste P. Weshler de l’Université de Tel Aviv, a démontré qu’il n’y avait aucun lien linguistique entre le bas Allemand du Moyen-âge et le yiddish.

 

Celui-ci semble pourtant être un « melting pot » de bas allemand, de slave, d’hébreu et d’une langue mongole, sans doute la langue d’origine des Khazars.

 

Le célèbre historien Ben Tzion Dinour, père de l’historiographie israélienne, ne craint pas d’affirmer que les Khazars sont à l’origine des Juifs d’Europe de l’Est. Il dit avec emphase que » la Khazarie est la mère des communautés juives en Europe de l’Est ».

 

Peut-on faire un parallèle géopolitique avec les événements actuels ?

 

Au VII° siècle jusqu’au XI° siècle, la Khazarie se trouve à l’intersection des grandes voies commerciales.

 

Celle-ci est entourée de voisins puissants avec une volonté d’expansion, de maîtriser le commerce et d’imposer des dictats tant économiques, politiques que religieux.

 

Il faut aussi se rendre compte que Kiev est plus qu’un symbole aux yeux des Russes actuels.

 

Au X° et XI° siècle la « Russ’ de Kiev » est le plus grand Etat d’Europe en superficie. Kiev est une cité slave, féodalisée aux Khazars qui occuperont Kiev en 864. Mais ne nous trompons pas le mot slave ne désigne pas une ethnie particulière mais bien un mélange de Germains, de Finnois, de Norvégiens, de Suédois et de Baltes. On retrouve toujours des similitudes dans les noms. Par ex. Olaf devient Oleg, Waldémar devient Vladimir, etc…

 

Kiev donne même une reine de France. : Anne de Kiev qui épouse le roi Henri I° de France en 1051.

 

Ce mariage est aussi de la « real politic » car il donne à la France un privilège sur les voies commerciales entre la Scandinavie, Constantinople et l’Asie Mineure.

 

La main mise de la Russie sur l’Ukraine n’est donc pas nouvelle.

 

En 1863, un décret russe interdit l’usage de la langue ukrainienne, la déclarant inexistante, de la même manière qu’il nie l’existence d’une population ukrainienne.

 

Ce qui se passe donc en mars 2014, n’est pas une nouveauté mais un retour à une politique nationaliste aussi bien de la part des Russes que des Ukrainiens Pourquoi ce retour au nationalisme ?

 

Chacun désire sa part de gâteau économique, nous y reviendrons, mais il existe aussi une vieille rancœur politique.

 

ci ne l'ont certainement pas oublié ! Cela explique cette attitude des russophones qui qualifient les Ukrainiens de fascistes.

 

La Crimée a toujours été un sujet de discorde entre les Russes, les Ukrainiens et l’Europe.

 

La Crimée vit passer dans son histoire plus de 125 nationalités différentes. Cela va des Thraces et Iraniens vers le 8° s. av.JC, en passant par les Grecs, les Romains, les Byzantins, Les Khazars, les Huns, les Tatars et les Russes. De tout temps, le statut de la Crimée fut géographico-politiquo-économico-nationaliste (j’invente le mot…).

 

La Crimée est une forteresse qui contrôle la côte Nord de la Mer Noire, le passage vers la Russie, la mer Caspienne et l’Iran.

 

Militairement et économiquement, c’est un endroit stratégique, épicé du nationalisme des différentes populations.

 

Comme en Ukraine, les russophones ont un puissant ressentiment envers les indigènes de la Crimée, que sont les Tatars.

 

Pendant la guerre 1940-1945, comme les Ukrainiens, leur préférence va vers l’Allemagne. Du 18 au 21 mai 1944, les Tatars sont tous déportés, sous l’accusation « d’aide à l’armée allemande ». 46% des 193.865 déportés meurent de faim. Le 30 juin 1945, la République de Crimée est abolie et devient une province russe.

 

En mars 2014, comme en 1940-1945 et en 1914-1918, Sébastopol est le grand port de la marine de guerre russe qui contrôle la Mer Noire.

 

Ce 5 mars, les pro-russes proposent aux Tatars (12% de la population) des postes dans un futur gouvernement de Crimée lié à la Russie (Courrier diplomatique).

 

Voyons maintenant l’aspect économique.

 

Remplaçons la soie, les pierres précieuses, l’encens, l’étain, etc., par le gaz et le pétrole et nous nous retrouvons dans une situation de déjà vu.

 

La carte ci-après nous montre l’importance de cette région pour le gaz et le pétrole.

 

La carte suivante représente les oléoducs et gazoducs en Ukraine.

 

Un simple coup d’œil vaut tous les discours.

 

L’or noir est en fait le cœur du conflit. La Caspienne, l’Iran et l’Afghanistan ont des réserves de pétrole et de gaz faramineuses et ce gaz et ce pétrole, doit transiter vers la Russie et la Méditerranée.

 

Celui qui possède le contrôle de cette région, possède aussi le contrôle de l’énergie fossile de l’Europe.

 

Poutine a donc toutes les cartes en main.

 

Terminons en revenant aux Khazars, thème principal de l’article. En 1930, on a mis au jour les vestiges de la capitale Khazar.

 

 

 

Le site de la capitale Khazar de Sarkel fouillée en 1930

 

Les vestiges de Sarkel se trouvent dans la partie inférieure du Don, près de Rostov en Russie. Sarkel était certainement un centre commercial important. La ville contrôlait la Volga, le portage à partir du Don, utilisé par les « Russ » pour passer de la Mer Noire à la Volga et de là, à la mer Caspienne.

 

La ville est maintenant au fond du réservoir d’un barrage. .

 

Bibliographie :

*Les Juifs de Khazaria par K. Alan Brook. Histoire 1999

*L’empire khazar du VII au XI° siècle Sapir Jacques Edition Autrement.

*La problématique Khazars-Ashkénazes *Histoire des juifs Khazars de Douglas Morton Dunlop

*Comment le peuple juif fut inventé Shlomo Sand (historien israélien)

¨Shalom « Magazine Juif Européen » Médecine Roland R.Sussmann et le Prf. Orlel Peleg pédiatre et généticien) l’hôpital Shaare Tsedek de Jérusalem.

*Pour la Science 11//2013 de Maurice Mashaal

* Excellente vidéo de Luc Ferry sur les juifs Khazars. http://www.youtube.com/watch?v=988eyCUMKl8

* Traduction du travail de l’historien Shloma Sand. http://www.geostrategie.com/781/shlomo-sand-l%E2%80%99exil-du-peuple-juif-est-un-mythe/

*Traduction anglaise des deux lettres effectuée par Jacob Marcus et publiée dans: The Jew in the Medieval World: A Sourcebook, 315-1791; New York: JPS; 1938; pages: 227-232.

*La 13° tribu d’ Arthur Koestler Calmann Levy 1976

* http://www.teheran.ir/spip.php?article1081 La revue de Téhéran

*Le Monde Diplomatique mars 2014.

*Jean-Baptiste Naudet, grand reporter du Nouvel Observateur, spécialisé sur l'Ukraine. *http://www.france-ukraine.com/1933-l-annee-noire-Temoignages-sur.html

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