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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 13:37

La troïka européenne en Grèce, en plus des drastiques coupes budgétaires, a imposé de sévères « réformes » du travail qui constituent sans doute la pire régression sociale qu’un pays européen ait connu depuis la Deuxième guerre mondiale.

 

Prenons l’exemple du secteur culturel. On lit dans le « Monde diplomatique » de ce mois d’avril : « La convention collective des acteurs de théâtre a pris fin en décembre 2013. L’organisation patronale de la branche se proposait de rétribuer désormais les acteurs entre 3,25 et 5,54 euros brut de l’heure. Le temps consacré aux répétitions, jusque-là rémunéré, ne le sera plus que par le plaisir de jouer... »

 

Donc, le travail rémunéré se limite à la seule production, c’est-à-dire à ce qui apporte une valeur ajoutée au patronat. Et ce n’est pas nouveau !

 

George Orwell fut chargé en janvier 1936 par son éditeur Victor Gollancz d’effectuer un reportage sur la condition ouvrière dans les mines du Nord de l’Angleterre. Il en sortira son premier ouvrage d’analyse politique et sociale intitulé Le Quai de Wigan qui sera publié en 1937.

 

George Orwell, avec le « Quai de Wigan », prit conscience non seulement de la condition ouvrière, mais aussi de la question industrielle. Il en tira une critique radicale du monde de son époque : « Notre civilisation, n’en déplaise à Chesterton, est fondée sur le charbon et ce à un point qu’on ne saurait imaginer tant qu’on ne prend pas la peine d’y réfléchir posément. Les machines qui nous permettent de vivre, et les machines qui fabriquent des machines, sont toutes directement ou indirectement, tributaires du charbon. » (Le Quai de Wigan, Ed Ivrea, Paris, 1995, p. 25.)

 

Remplacez le mot « charbon » par celui de « pétrole » et vous avez la description de la fin de XXe siècle et du début du XXIe. Il se pencha aussi – et surtout – sur la condition ouvrière. Il écrit : « En voyant les mineurs au travail, on se rend compte à quel point peuvent être éloignés les univers dans lesquels vivent les gens. Au fond, là où on extrait le charbon, c’est une sorte de monde à part qu’on peut aisément ignorer sa vie durant. Il est probable que la plupart des gens préféreraient ne jamais en entendre parler. Pourtant, c’est la contrepartie obligée de notre monde d’en haut. »

 

Certes, le charbon qui n’est utilisé aujourd’hui que pour l’industrie « délocalisée » dans les pays dits « émergents », ne fait plus partie de notre monde « occidental ». De même que nous ignorons – sans doute volontairement – le sort des millions de travailleurs aux antipodes qui sacrifient leur pauvre vie à notre bien-être artificiel, pour le plus grand intérêt des multinationales. En outre, Orwell ne se limitait pas à se pencher sur une seule catégorie de travailleurs. Pour décrire le monde social de son temps, il savait qu’il devait aller voir partout. Et il en tire cette analyse.

 

« Combien sont-ils, dans l’armée misérable et tremblante des garçons de bureau et sous-chefs de rayon – qui, sous certains rapports, vivent plus mal qu’un mineur ou un docker – à se regarder comme des prolétaires ? Pour eux – c’est du moins ce qu’on leur a appris – un prolétaire est un homme sans faux-col. Si bien que, quand vous essayez de secouer leur torpeur en invoquant la « lutte des classes », vous ne faites que leur ficher la frousse. Ils oublient leurs misérables salaires, appellent leur bon accent à la rescousse et se portent aux côtés de la classe qui les exploite. » (QW, p. 255.)

 

Toute l’ambiguïté de la social-démocratie se trouve décrite ici. Celle-ci s’appuie sur la classe ouvrière, mais aussi sur les classes moyennes composées d’employés et de cadres moyens qui sont aussi, sinon plus, exploités que les ouvriers tout simplement parce qu’ils sont mieux organisés. Aujourd’hui, certains socialistes se basent sur de faux marginaux qui sont de vrais bourgeois.

 

Orwell aborde la question sociale dans son ensemble. Il ne se limite pas à discuter du rapport de forces capital – travail, il décrit la vie des mineurs, de leur famille, leur environnement. Orwell a à la fois la vue de Fabrice à la bataille de Waterloo qui a la sensation du petit univers qui l’entoure, et sur la base de cette vision et de vécu qu’il décrit, il élargit son horizon et dresse un tableau général de la question sociale dans les charbonnages du Nord de l’Angleterre.

 

Partir du détail pour arriver à l’universel est la démarche d’Orwell. C’est cette méthode qui déconcerte la plupart des critiques de George Orwell, car ils sont habitués à la démarche inverse. Et ce genre de description, Blair – Orwell l’a fait dans toute son œuvre.

 

Le « Quai de Wigan » est une description sans concession d’un monde inconnu – ou volontairement ignoré – de l’extérieur.

 

L’éveil d’une conscience sociale chez Orwell est avant tout le fruit de l’expérience, du vécu. Orwell n’est pas un rat de bibliothèque fouinant dans les archives, mais un observateur de terrain qui ne tombe pas dans le piège de Fabrice qui n’a rien compris à la bataille de Waterloo. En observant et en participant à la vie ouvrière dans ces houillères du Yorkshire et du Lancashire, Blair – Orwell part du quotidien pour arriver à poser les questions fondamentales.

 

D’ailleurs, Charles Jacquier écrit : « Alors que de très nombreux écrivains de sa génération sont, au cours des années trente, fascinés par l’U.R.S.S., censée représenter la «patrie des travailleurs» et le «socialisme en construction», Orwell échappe à ce tropisme dominant et y préfère une expérience directe des problèmes sociaux aux côtés des marginaux et des chômeurs, puis une enquête auprès des travailleurs dans les régions industrielles en crise du Nord de l’Angleterre. L’adhésion d’Orwell au socialisme passe donc par « une sorte de communion originaire opérée dans l’ordre sensible» (J.-C. Michéa) auprès des classes laborieuses, et va s’affirmer définitivement avec son engagement en Espagne. A partir des expériences ouvrière et espagnole d'Orwell, quasi contemporaines de celles de Simone Weil, il serait intéressant de tenter une comparaison entre l'écrivain anglais et la philosophe française. » (Fondacion Andres Nin)

 

Ainsi, concernant la définition du travail, les patrons charbonniers ne tiennent pas compte du chemin que doivent parcourir les mineurs pour accéder à la veine à exploiter. Dans le Quai de Wigan, il fait une longue description de ce chemin où le mineur est tenu de ramper pendant une à deux heures pour parvenir au lieu d’extraction du charbon. Toute la question était la rémunération de ces heures de parcours. Pour le patron, le mineur ne produisait rien et n’avait donc pas à être payé. Pour les syndicats et pour les ouvriers, cela faisait partie intégrante du travail et devaient donc toucher un salaire pour toutes les heures passées « au fond ». Orwell a un avis clair et net sur la question : « Bien sûr d’un point de vue technique ce voyage n’est pas du travail et le mineur ne perçoit aucun salaire en contrepartie. Mais je voudrais bien qu’on m’explique à quoi cela ne correspond pas à un travail. » (QW, pp. 34, 35)

 

Il estima d’ailleurs que les mineurs fournissaient « un effort comparable à celui que vous devez fournir pour escalader une petite montagne au début et à la fin de votre journée de travail. » Et il décrit le chemin que doivent parcourir les mineurs avant de parvenir à la veine d’où il devait extraire le charbon. Il le décrit parce qu’il l’a fait. Orwell ne parle jamais de quelque-chose qu’il n’a pas ressenti par lui-même.

 

Ainsi, deux époques se rejoignent : celle des mineurs anglais et celle des acteurs grecs. Les mêmes odieux procédés d’exploitation de l’homme par l’homme sont en vigueur. Le quai de Wigan est toujours là. Les gouvernements ferment les yeux. Et, en outre, on sait que cela ne résout rien.

 

Laissons la conclusion à Matthieu Pigasse qui vient de publier une analyse sans concession de notre société, Eloge de l’anormalité, Plon, Paris, 2014 : « Nous sommes aujourd’hui dans une impasse, avec des systèmes démocratiques à bout de souffle et menacés. Il faut inventer quelque-chose de neuf, tracer un nouvel horizon. Il est possible de faire plus et mieux. Sans dommage. Sans drame. Sans larmes. Maintenant. »

 

Pour que les quais de Wigan qui pourrissent dans toute l’Europe, soient démolis une fois pour toutes.

 

 

Pierre Verhas

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 17:31

Demain, dimanche 30 mars 2014, les Français sont appelés aux urnes pour le deuxième tour des élections municipales. Le premier tour a donné un recul sévère de la gauche de gouvernement (le PS et un peu moins les Ecologistes), un progrès de la droite classique (UMP – UDI) et – contrairement à ce qui a été dit – une stagnation du FN. Le Front de gauche dont on parle peu a connu une légère avance.

 

Symboliquement, cependant, le FN a été la vedette de ce premier tour. Il a conquis une ville symbole : Hénin-Beaumont. Cette ville située dans le Département du Pas de Calais, près de Tourcoing, non loin de la frontière belge, fut une cité minière, fief du mouvement ouvrier. Aux élections législatives qui ont directement suivies les présidentielles de 2012, Hénin Beaumont a été le théâtre d’une bataille entre le PS et le FN. Le parti « solférinien » a gagné tout juste contre l’extrême-droite, cela au détriment du Front de gauche où Jean-Luc Mélenchon a commis l’erreur d’affronter directement Marine Le Pen.

 

Aujourd’hui, le FN a sa revanche. Il a emporté Hénin Beaumont qui a le pénible « honneur » d’être la seule ville de France à avoir donné au premier tour un maire à l’extrême-droite. Les fachos emporteront sans doute d’autres cités dont probablement Béziers et Avignon. Une fois de plus, Marine Le Pen avec ses 17 % de voix sur l’ensemble du territoire français sera la vedette de ce deuxième tour. Le PS qui n’a plus de « S » que le nom confirmera sa déliquescence et la droite classique bien qu’empêtrée dans les scandales tirera les marrons du feu. Joyeuse perspective !

 

Mon ami Bernard Gensane, originaire de cette commune qui s'appelait Hénin-Liétard,  Hénin-Beaumont étant issu de la fusion entre Hénin-Liétard et Beaumont en Artois en 1970, a écrit une lettre posthume à Fernand Darchicourt qui fut mineur, maire d’Hénin et député socialiste représentant cette région des charbonnages, symbole de la lutte rouge, qui a été progressivement abandonnée. Malheureusement, un de ses fils a intégré le FN pour le quitter aussitôt après pour passer au dangereux radicalisme du bloc identitaire. Son autre fils fut un pâle maire d’Hénin-Liétard pendant quelques années.

 

En cette lettre nostalgique et quelque peu amère, Bernard retrace la pénible évolution d’une terre, aujourd’hui laissée pour compte et qui fut à l’origine du mouvement ouvrier. Les « solfériniens » s’en fichent, tout autant qu’à Bruxelles, les locataires du « 13 » (boulevard de l’Empereur).

 

Interpellant !

 

Pierre Verhas

 

Cher Monsieur Darchicourt,

 

Je sais bien que vous êtes mort en 1968, mais en cette lugubre soirée d’élections municipales, aussi sinistre que les commentaires sans intérêt, sans souffle, sans substance du Premier ministre Ayrault, je souhaite ardemment écrire au socialiste que vous fûtes – un peu poussé par le patron Guy Mollet, certes – à l’ouvrier, à l’ancien mineur devenu maire d’Hénin-Liétard, puis député, jamais battu dans une élection.

 

Votre femme et vous même étiez voisins de mes parents Boulevard Basly (Basly qui inspira à Zola le personnage d’Étienne Lantier). Ce boulevard, qui deviendra résidentiel, était situé dans le quartier qu’on appelait le « Vieux Hénin », célèbre pour sa fête annuelle, une fête populaire qui rassemblait les ouvriers et les petits bourgeois, ceux qui constituaient le common people cher à Orwell qu'il voyait porteur de la “ décence ” nécessaire à la démocratie et au progrès. Orwell qui, à la fin de sa vie, quand vous êtes entré en politique, soutiendra le parti travailliste parce qu’il avait créé une vraie sécurité sociale, démocratisé l'éducation et nationalisé les grands moyens de production. Je doute qu’à cette époque vous auriez pu imaginer, même dans vos pires cauchemars, des figures telles que Strauss-Kahn, Moscovici, Hollande et toute cette cohorte de petits marquis roses qui suscite la désespérance populaire depuis bientôt trente cinq ans.

 

Vous aviez deux fils. L’aîné, Yves (“ Yvon ” pour nous) était un modèle de sagesse, de bon sens pour notre petite bande du Boulevard Basly et ses terrains d’aventure : le stade de foot ouvert à tous et un terril désaffecté où nous faisions du vélo. Tout jeune homme, il intègrera calmement, en pleine connaissance de cause, un Front National plafonnant à l’époque à 1 ou 2% de l’électorat. Il quittera le parti de la famille Le Pen, le jugeant mou du genou, et animera avec sa femme un groupement identitaire (les néofascistes flamands ne sont pas très loin) qui crache sur ce qu’il appelle la “ Ripoublique ”. Son jeune frère Pierre (Pierrot) ne laissera pas que des regrets lorsqu’il quittera la mairie d’Hénin. Mais, cher Monsieur Darchicourt, vous ne verrez pas votre progéniture dans ses œuvres.

 

Dès le début des années soixante, avec la fermeture des puits, Hénin a raté sa reconversion. Et puis, ce ne fut que marchés bizarroïdes et privatisation rampante des services publics. Avec à la clé, une puis deux générations de gens complètement déboussolés. Un exemple. Il y a deux ans, une de mes amis d’enfance, boucher de son état (vous vous fournissiez chez ses parents), voit deux jeunes lascars en passe-montagne faire irruption dans sa boutique, armés d’un 7.65. Hé oui, aujourd’hui, des Héninois de 17 ans possèdent des armes de poing. Ils s’emparent de la caisse (65 euros) et bouclent le commerçant dans sa chambre froide. Le boucher connaît ces deux jeunes, des voisins, depuis le temps du landau. Il sort par la porte arrière de sa chambre froide, appelle la police qui coffre des gamins qui écoperont de deux mois de prison ferme. Paumés ces jeunes ? Assurément. Mais pas plus que ces deux femmes lourdement voilées que j’ai repérées sur Google Earth en train de poireauter devant le café où mon père et ses collègues instits allaient faire un 421 devant une bière le samedi après-midi après les cours. Alors, cher Monsieur Darchicourt, vous avez dû penser comme moi que le brave Jean-Luc Mélenchon avait bien du mérite d'aller défier le lepénisme en son terreau. Steeve Briois, votre désormais successeur, est sûrement, comme on dit là-bas, un bon garchon. C’est en tout cas un sacré militant qui a conquis la ville maison par maison pendant que vos suivants solfériniens magouillaient et grenouillaient. Des Solfériniens qui, depuis bien longtemps, ne se disent même plus socialistes mais « divers gauche ».

 

Les Héninois vont connaître les horreurs de la politique frontiste : clientélisme, prises illégales d’intérêt, réaction à tous les étages. Le gentil Steeve, au sourire à la fois doux et carnassier, ne résoudra rien. Le chômage continuera de frapper une population qui abandonne son RSA ou son RMI à des hypermarchés florissants qui ont vidé la ville de sa substance (ne jamais se tromper d'ennemi !). Les gens pensent que si Briois et son équipe ne font pas l’affaire, ils seront battus aux prochaines élections. Ils oublient qu’avec l’extrême droite ce n’est jamais aussi simple.

 

Bernard Gensane

Fernand Darchicourt, mineur, maire d'Hénin Liétard, député socialiste décédé en 1968

Fernand Darchicourt, mineur, maire d'Hénin Liétard, député socialiste décédé en 1968

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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 10:17

La treizième tribu d’Israël : le royaume Khazar ? Nous livrons ici un très intéressant texte de M. Michel Hencart, chercheur retraité en pharmacie. Ayant beaucoup voyagé, il s’intéresse tout spécialement à l’histoire des peuples le long de la route de la Soie. Il est membre du Cercle d’histoire de Walcourt présidé par M. André Koeckelenbergh.

 

L’article qu’il présente ici sur un peuple relativement méconnu, les Kazars, est passionnant et colle en plus à l’actualité. C’est volontiers et avec plaisir qu’Uranopole ouvre ses « colonnes » à M. Hencart.

 

Pierre Verhas

 

Il m’a paru intéressant de vous faire découvrir un peuple unique : les Kazars. Ce courriel reste ainsi dans la lignée des articles précédents, à savoir : l’histoire des peuples vivant le long de la route de la Soie, dans le bassin du Tarim riche en momies de type « caucasien » datées de 200 ans av. JC.

 

Qui sont donc ces Kazars qui ont formé le seul royaume judaïque en Europe ?

 

Parler du judaïsme est toujours délicat, pour preuve, j’ai cherché dans différentes sources le sens de certains mots ou expressions.

 

*Que sous -entend être « juif » ?

Est-ce faire partie d’une religion ?

Est-ce appartenir à un peuple lié au judaïsme ?

Est-ce appartenir à une ethnie ?

Peut-on être juif laïc ou chrétien ou musulman ?

 

La langue française fait une distinction entre les Juifs (avec une majuscule) qui descendent de l’ancien peuple d’Israël et les juifs (sans majuscule) qui professent le judaïsme. Distinguo difficile !

 

Ce qui est certain c’est que ce mot s’est structuré au fil de l’histoire des 3 derniers millénaires.

 

Les premiers documents égyptiens évoquent le peuple d’Israël et pas le peuple juif. Sur la stèle de Mérenptha datée de -1207, il est écrit « Israël est détruite….. » Dans les premiers livres de la Thora on cite « Les Enfants d’Israël…. »

 

Le mot « juif » dans son sens le plus péjoratif est apparu au Moyen-âge. Le « Petit Larousse » dit que c’est une personne appartenant à la communauté Israélite. Que je sache Israël est un état souverain avec des israéliens laïques, chrétiens et musulmans.

 

Certains diront que c’est pratiquer la religion judaïque, ou être descendant du peuple d’Israël, ou d’être né de mère juive (pour le père cela n’a aucune importance).

 

Les périodes monstrueuses de la dernière guerre y ont rajouté l’aspect racial. Idiotie, puisque ce sont des sémites au même titre que les Arabes. Justement qui sont ces sémites ?

 

En ethnologie ce sont les peuples parlant une langue du groupe sémite. C’est donc lié à la linguistique et non à la race.

 

Comme les populations d’Irak, Syrie, Iran, Ethiopie, péninsule Arabique, Israël, Palestine, Malte, Proche-Orient, Afrique du Nord.

 

Après ces précautions sémantiques, plantons le décor !

 

Nous sommes dans la région allant de la Mer Caspienne à la mer d’Azov et à la Mer Noire, englobant au nord, l’Ukraine actuelle et la Crimée.

 


 

 

Les Khazars ne sont évidemment pas nés de l’air du temps. Il existe plusieurs thèses concernant leur origine. *Certains historiens les considèrent comme des populations turques. « Khazar » signifiant « errant » en turc. *

 

D’autres les considèrent comme des Ouighours du Xinjiang chinois.

*Certains leur donnent la même origine que les Huns.

*D’autres les situent en Transoxiane, région correspondant à l’Ouzbékistan moderne et au Kazakhstan.

*Une thèse les situe comme descendant de Kozar, un des fils de Togarma, petit fils de Japhet cité dans le Livre de la Genèse.

*D’autres comme la 13° tribu perdue d’Israël.

*Les historiens soviétiques, les considèrent comme un peuple originaire de Ciscaucasie, une région englobant les territoires actuels de Karatchaïévo-Tcherkessie (Région de Sochi), la Kabardino-Balkarie (où se trouve le mont Elbrouz) , l’Ossétie du Nord, l’Ingouchie, la Tchétchénie, le Daguestan et le Caucase du Nord.

 

Ce qui est certain, c’est qu’au VI° siècle, les Kazars s’installent dans la région comprenant le Kazakhstan, l’Ukraine, la Crimée, l’est des Carpates, l’Azerbaïdjan et la Géorgie.

 

Si ce peuple semi-nomade décide de s’installer dans cette région vers le VI° siècle, ce n’est pas par hasard.

 

Imaginons leur situation !

 

Sédentarisés depuis une centaine d’années, ils sont en but à des attaques permanentes de leurs voisins : Byzance, les puissances d’Asie Mineure qui deviendront 100 ans plus tard, une puissance musulmane, les chrétiens d’Europe Occidentale et les « barbares » du nord.

 

Un petit mot concernant ces peuples du nord.

 

Il s’agit du peuple « Russ ».Ce sont des descendants des Varègues et des Vikings, venus de Scandinavie. Ils sont sans « foi ni lois » mais ils gèrent la route de l’étain et de l’ambre qui relie la Baltique à la mer Noire, à la Caspienne par le Dniepr, la Volga et le Don. En fonction des circonstances ils sont alliés ou ennemis de Byzance.

 

Le royaume Khazar occupe un territoire privilégié, puisqu’il est à l’intersection de 3 grandes voies commerciales.

 

D’est en ouest, la route de la soie, qui relie la Chine à la Méditerranée, du nord au sud, la route de l’étain et de l’ambre, vers le sud la route de l’encens, en provenance de la corne de l’Afrique et du Yémen en passant par l’Egypte. La route de la soie est un trait d’union entre l’empire chrétien de Byzance et les puissances perses et ensuite musulmanes de l’est et du sud.

 

La route de l’étain qui part de la Baltique est le trait d’union avec des puissances « païennes » et chamaniques.

 

Cette route de l'étain réceptionne le minerai, acheminé en suite de la mer Baltique vers la Mer Noire et Byzance. Elle passe par Novgorod et utilise le Dniepr vers la mer Noire et la Volga vers la mer Caspienne.

 

Bulan, un des premiers roi Khazar doit donc imaginer un moyen de ne pas se faire écraser par ces grandes puissances. Comment ?

 

Il faut être riche !

Il faut avoir une religion qui satisfait le plus de monde possible !

Il faut devenir indispensable aux voisins !

Il faut avoir une langue nationale !

 

Il faut un état stable où la sécurité est garantie pour les caravanes.

 

Au VII° s. il décide d’interdire la pratique des différents cultes païens.

 

Il choisit d’imposer une religion monothéiste comme religion d’état. Il rejette le christianisme et l’islam et choisit le culte religieux connu au VII° s. sous le nom de « talmudisme » et actuellement sous le nom de « judaïsme ». Cela est attesté par de nombreux documents.

 

Ce choix pourrait paraître bizarre, mais répond à de la « real politic ». Il sait que faire des alliances avec un de ces empires, c’est s’aliéner automatiquement les autres.

 

La vie de son royaume est en jeu.

 

Il va donc décider que la religion d’état est le talmudisme. Cette religion est bien intégrée dans le monde musulman, les barbares du nord la connaissent à peine et Byzance la tolère par nécessité.

 

Le roi Bulan compte donc pouvoir s’en sortir avec Byzance.

 

Il s’en sort tellement bien que sa fille, Tzitzk de Khazaria épouse Constantin V, empereur de Byzance. Pour le mariage, elle doit se faire baptiser et prend le nom d’Irène de Khazaria. Ils auront un fils Léon IV (en 750) surnommé Léon IV le Khazar

 

 

Monnaie byzantine représentant l’Empereur Léon IV le Khazar et son père Constantin V Copronyme.

 

Pour la petite histoire, Constantin V est décrit comme l’empereur le plus pervers. Son surnom de « copronyme » (litt. « Au nom de la merde ») il le doit au fait que lors de son baptême, il aurait déféqué dans les fonds baptismaux. Le patriarche Germain I° aurait eu ces mots « Cet enfant remplira l’Eglise de sa puanteur ». Il fut plus tard accusé de débauche, d’homosexualité, de mariages multiples, de pédophilie, etc…

 

Le roi Bulan et ses successeurs firent de la Khazarie, un rempart entre les musulmans et les chrétiens de la même manière qu’ils empêchent les barbares du nord d’attaquer Byzance.

 

Bulan sait par expérience que les Byzantins sont peu fiables, Ils rompent les traités aussi vite qu’ils les signent.

 

Les Khazars décident donc de choisir une religion qui n’est pas représentée sur leurs frontières.

 

Le talmudisme devient religion d’état en 740.

 

Cela n’empêchera pas malheureusement plusieurs affrontements avec les chrétiens et les musulmans.

 

Il existe des preuves écrites de cette judaïsation : des lettres entre Hasdaï Ibn Shaprut, ministre juif du calife de Cordoue Abd-er-Rahman III et Joseph, roi des Khazars.

 

Les textes nous informent de la conversion au Judaïsme de 4000 nobles par des rabbins venus de Babylone.

 

Voici les premiers mots de la lettre envoyée de Cordoue :

 

« Moi, Hasdaï, fils de Isaac, fils de Ezra, appartenant au peuple juif exilé de Jérusalem en pays séfarade [Espagne], un servant de mon seigneur le Roi, je me plie jusqu'à terre devant toi et me prosterne vers la demeure de votre Majesté, à partir d'une terre lointaine. ».

 

Voici les premiers mots de la réponse du roi Khazar :

 

« Lettre du Roi Joseph, fils d'Aaron le Roi, à Hasdaï, le fils d'Isaac, fils d'Ezra; Que le créateur le préserve à la tête de son assemblée. « ....Je désire vous informer que votre lettre magnifiquement rédigée m'a été donnée par Isaac, fils d'Eliezer, un Juif de la terre d'Allemagne »

 

Ces Khazars deviennent donc la première population de « juifs » en Europe orientale.

 

Après cette conversion, seul un « juif » pouvait monter sur le trône du royaume qui devient une théocratie .Il y a donc confusion des lois religieuses et civiles. Le roi Obadiah, successeur du roi Bulan, invite un grand nombre d’érudits et de commerçants juifs à s’installer dans son royaume. Beaucoup viennent de Babylone.

 

L’instruction de la Bible et du Talmud devient obligatoire ainsi que l’utilisation de l’alphabet hébreu.

 

La langue Khazar est uniquement orale et est traduite phonétiquement en hébreu.

 

Gros problème !

 

Les textes sacrés et les lois sont en « bon » hébreux mais incompréhensibles par la population.

 

Tous les rois portèrent des noms hébraïques.

 

Dans l’ordre : Isaac, Moïse (traduit par les byzantins en Manassé II), Aaron II et Joseph.

 

Pour la petite histoire Joseph eut 25 femmes et 60 concubines.

 

Au X° siècle, les « Russ Varègues » s’associent aux Byzantins et déferlent vers le sud. Ils occupent Kiev et en quelques années font une conquête partielle du royaume Khazar.

 

Des combats acharnés continuèrent pendant 4 ans. Les Russes avaient conquis tout le territoire Khazar de la Caspienne à la mer d’Azov.

 

Carte du royaume Khazar en 900 de notre ère. Département des Études Slaves de l’université de Californie (Los Angeles).

 

Au 13° siècle, le royaume est complètement disloqué par les invasions mongoles. Le sort des Khazars juifs se perd… !

 

Il est fort probable que la famille royale, la noblesse, les religieux immigrèrent vers l’Espagne, la Hongrie, la Pologne et l’Europe de l’est, mais le peuple resta sur l’ancien territoire Khazar.

 

Une importante communauté khazar se fixa à Kiev, en Lituanie et en Ukraine centrale.

 

Shlomo Sand (Historien israélien) pense que les Khazars et les Slaves auraient pu fonder la communauté « Yiddish » d’Europe de l’Est.

 

Le linguiste P. Weshler de l’Université de Tel Aviv, a démontré qu’il n’y avait aucun lien linguistique entre le bas Allemand du Moyen-âge et le yiddish.

 

Celui-ci semble pourtant être un « melting pot » de bas allemand, de slave, d’hébreu et d’une langue mongole, sans doute la langue d’origine des Khazars.

 

Le célèbre historien Ben Tzion Dinour, père de l’historiographie israélienne, ne craint pas d’affirmer que les Khazars sont à l’origine des Juifs d’Europe de l’Est. Il dit avec emphase que » la Khazarie est la mère des communautés juives en Europe de l’Est ».

 

Peut-on faire un parallèle géopolitique avec les événements actuels ?

 

Au VII° siècle jusqu’au XI° siècle, la Khazarie se trouve à l’intersection des grandes voies commerciales.

 

Celle-ci est entourée de voisins puissants avec une volonté d’expansion, de maîtriser le commerce et d’imposer des dictats tant économiques, politiques que religieux.

 

Il faut aussi se rendre compte que Kiev est plus qu’un symbole aux yeux des Russes actuels.

 

Au X° et XI° siècle la « Russ’ de Kiev » est le plus grand Etat d’Europe en superficie. Kiev est une cité slave, féodalisée aux Khazars qui occuperont Kiev en 864. Mais ne nous trompons pas le mot slave ne désigne pas une ethnie particulière mais bien un mélange de Germains, de Finnois, de Norvégiens, de Suédois et de Baltes. On retrouve toujours des similitudes dans les noms. Par ex. Olaf devient Oleg, Waldémar devient Vladimir, etc…

 

Kiev donne même une reine de France. : Anne de Kiev qui épouse le roi Henri I° de France en 1051.

 

Ce mariage est aussi de la « real politic » car il donne à la France un privilège sur les voies commerciales entre la Scandinavie, Constantinople et l’Asie Mineure.

 

La main mise de la Russie sur l’Ukraine n’est donc pas nouvelle.

 

En 1863, un décret russe interdit l’usage de la langue ukrainienne, la déclarant inexistante, de la même manière qu’il nie l’existence d’une population ukrainienne.

 

Ce qui se passe donc en mars 2014, n’est pas une nouveauté mais un retour à une politique nationaliste aussi bien de la part des Russes que des Ukrainiens Pourquoi ce retour au nationalisme ?

 

Chacun désire sa part de gâteau économique, nous y reviendrons, mais il existe aussi une vieille rancœur politique.

 

ci ne l'ont certainement pas oublié ! Cela explique cette attitude des russophones qui qualifient les Ukrainiens de fascistes.

 

La Crimée a toujours été un sujet de discorde entre les Russes, les Ukrainiens et l’Europe.

 

La Crimée vit passer dans son histoire plus de 125 nationalités différentes. Cela va des Thraces et Iraniens vers le 8° s. av.JC, en passant par les Grecs, les Romains, les Byzantins, Les Khazars, les Huns, les Tatars et les Russes. De tout temps, le statut de la Crimée fut géographico-politiquo-économico-nationaliste (j’invente le mot…).

 

La Crimée est une forteresse qui contrôle la côte Nord de la Mer Noire, le passage vers la Russie, la mer Caspienne et l’Iran.

 

Militairement et économiquement, c’est un endroit stratégique, épicé du nationalisme des différentes populations.

 

Comme en Ukraine, les russophones ont un puissant ressentiment envers les indigènes de la Crimée, que sont les Tatars.

 

Pendant la guerre 1940-1945, comme les Ukrainiens, leur préférence va vers l’Allemagne. Du 18 au 21 mai 1944, les Tatars sont tous déportés, sous l’accusation « d’aide à l’armée allemande ». 46% des 193.865 déportés meurent de faim. Le 30 juin 1945, la République de Crimée est abolie et devient une province russe.

 

En mars 2014, comme en 1940-1945 et en 1914-1918, Sébastopol est le grand port de la marine de guerre russe qui contrôle la Mer Noire.

 

Ce 5 mars, les pro-russes proposent aux Tatars (12% de la population) des postes dans un futur gouvernement de Crimée lié à la Russie (Courrier diplomatique).

 

Voyons maintenant l’aspect économique.

 

Remplaçons la soie, les pierres précieuses, l’encens, l’étain, etc., par le gaz et le pétrole et nous nous retrouvons dans une situation de déjà vu.

 

La carte ci-après nous montre l’importance de cette région pour le gaz et le pétrole.

 

La carte suivante représente les oléoducs et gazoducs en Ukraine.

 

Un simple coup d’œil vaut tous les discours.

 

L’or noir est en fait le cœur du conflit. La Caspienne, l’Iran et l’Afghanistan ont des réserves de pétrole et de gaz faramineuses et ce gaz et ce pétrole, doit transiter vers la Russie et la Méditerranée.

 

Celui qui possède le contrôle de cette région, possède aussi le contrôle de l’énergie fossile de l’Europe.

 

Poutine a donc toutes les cartes en main.

 

Terminons en revenant aux Khazars, thème principal de l’article. En 1930, on a mis au jour les vestiges de la capitale Khazar.

 

 

 

Le site de la capitale Khazar de Sarkel fouillée en 1930

 

Les vestiges de Sarkel se trouvent dans la partie inférieure du Don, près de Rostov en Russie. Sarkel était certainement un centre commercial important. La ville contrôlait la Volga, le portage à partir du Don, utilisé par les « Russ » pour passer de la Mer Noire à la Volga et de là, à la mer Caspienne.

 

La ville est maintenant au fond du réservoir d’un barrage. .

 

Bibliographie :

*Les Juifs de Khazaria par K. Alan Brook. Histoire 1999

*L’empire khazar du VII au XI° siècle Sapir Jacques Edition Autrement.

*La problématique Khazars-Ashkénazes *Histoire des juifs Khazars de Douglas Morton Dunlop

*Comment le peuple juif fut inventé Shlomo Sand (historien israélien)

¨Shalom « Magazine Juif Européen » Médecine Roland R.Sussmann et le Prf. Orlel Peleg pédiatre et généticien) l’hôpital Shaare Tsedek de Jérusalem.

*Pour la Science 11//2013 de Maurice Mashaal

* Excellente vidéo de Luc Ferry sur les juifs Khazars. http://www.youtube.com/watch?v=988eyCUMKl8

* Traduction du travail de l’historien Shloma Sand. http://www.geostrategie.com/781/shlomo-sand-l%E2%80%99exil-du-peuple-juif-est-un-mythe/

*Traduction anglaise des deux lettres effectuée par Jacob Marcus et publiée dans: The Jew in the Medieval World: A Sourcebook, 315-1791; New York: JPS; 1938; pages: 227-232.

*La 13° tribu d’ Arthur Koestler Calmann Levy 1976

* http://www.teheran.ir/spip.php?article1081 La revue de Téhéran

*Le Monde Diplomatique mars 2014.

*Jean-Baptiste Naudet, grand reporter du Nouvel Observateur, spécialisé sur l'Ukraine. *http://www.france-ukraine.com/1933-l-annee-noire-Temoignages-sur.html

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 18:56

Une fois de plus, lors d’événements majeurs, l’information diffusée par les médias et la presse est – à de rares exceptions près – à sens unique. Ce fut le cas le 11 septembre 2001, lors des guerres d’Irak et d’Afghanistan, lors de la guerre de Yougoslavie, aujourd’hui, avec le Venezuela et enfin, avec l’Ukraine. On conditionne l’opinion à un « manichéisme » aussi caricatural qu’odieux qui vise à la manipuler afin d’accepter sans sourciller des décisions qui, en d’autres temps, n’auraient guère été tolérées. Eh oui ! Les « bons » révolutionnaires Ukrainiens de Kiev brandissant le drapeau de l’Union européenne face aux « méchants » Russes qui veulent écraser la malheureuse Ukraine. Et on n’a pas le droit de nuancer, car on risque les foudres des « faiseurs » d’opinion ! Sans compter l’ineffable BHL qui est allé se faire photographier sur les barricades de la place Maïdan à Kiev…

 

Et pourtant, cette tragédie est bien plus complexe que ce qu’on cherche à nous faire avaler.

 

Une histoire tragique

 

Certes, l’histoire de l’Ukraine est tragique depuis longtemps, depuis Staline qui l’a écrasée, qui en a brutalement collectivisé l’agriculture en détruisant tout le tissu de la classe paysanne qui faisait de ce pays le grenier de l’Europe. Il a aussi mis en esclavage une grande partie de la population qui a été décimée avant la Seconde guerre mondiale. Ce n’est d’ailleurs pas sans raisons que les Allemands ont été accueillis en libérateurs au début de l’invasion de l’URSS, mais les nazis montrèrent leur vrai visage et le peuple d’Ukraine s’est retourné contre eux et a fourni à l’Armée rouge le plus important contingent de partisans qui eut un rôle majeur dans la victoire de l’Union Soviétique sur l’Allemagne nazie.

 

Après Staline, l’Ukraine a joui d’une relative autonomie par rapport à Moscou, tout en restant une pièce essentielle dans la géopolitique de l’Union Soviétique. En effet, et c’est toujours le cas aujourd’hui, la flotte russe est basée à Sébastopol, principal port de Crimée, ouverture sur la Mer Noire et puis sur la Méditerranée. La fin de l’URSS en 1991 a mené à la CEI (Communauté des Etats Indépendants) qui était une sorte de marché commun des anciennes républiques soviétiques ayant acquis leur indépendance, y compris l’Ukraine.

 

L'Ukraine est divisée en deux parties.

 

La réalité, cependant, est que l’Ukraine est divisée entre une partie occidentale proche de la Pologne, catholique, penchant vers l’Europe et une partie orientale russophone. Quant à la Crimée, sa population est essentiellement composée de Russes de religion orthodoxe.

 

Depuis l’indépendance, les choses ne se déroulent pas bien en Ukraine. L’ancien journaliste de la RTBF, Jean-Marie Chauvier, spécialiste de l’Europe orientale, constate dans une interview au journal de gauche Solidaire ( ) : « Depuis le démembrement de l’Union soviétique en 1991, l’Ukraine est passée de 51,4 à 45 millions d’habitants. Cette diminution s’explique par une baisse de la natalité, une augmentation de la mortalité due en partie au démantèlement des services de santé. L’émigration est très forte. 6,6 millions d’Ukrainiens vivent maintenant à l’étranger. Nombreux sont les gens de l’est de l’Ukraine qui sont partis travailler en Russie où les salaires sont sensiblement plus élevés, tandis que ceux de l’ouest se sont plutôt dirigés vers l’Europe occidentale, par exemple dans les serres de l’Andalousie ou dans le secteur de la construction au Portugal. L’émigration fait rentrer annuellement, en Ukraine, 3 milliards de dollars. »

 

Ce n’est bien sûr pas ce que les « grands » médias nous racontent.

 

Et ce n’est pas tout, Jean-Marie Chauvier ajoute : « Alors que le chômage est officiellement de 8 % en Ukraine, une partie importante de la population vit en dessous du seuil de pauvreté : 25 %, selon le gouvernement, jusqu’à 80 % selon d’autres estimations. L’extrême pauvreté, accompagnée de sous-alimentation, est estimée entre 2 à 3 % jusqu’à 16 %. Le salaire moyen est de 332 dollars par mois, un des plus bas d’Europe. Les régions les plus pauvres sont les régions rurales à l’ouest. Les allocations de chômage sont faibles et limitées dans le temps.

 

Les problèmes les plus pressants sont accentués par les risques liés à la signature d’un traité de libre échange avec l’Union européenne et l’application des mesures préconisées par le FMI. Il y a ainsi la perspective de fermeture d’entreprises industrielles, surtout à l’Est, ou leur reprise-restructuration-démantèlement par les multinationales. En ce qui concerne les terres fertiles et l’agriculture, se pointe à l’horizon la ruine de la production locale qui est assurée actuellement par les petits paysans et les sociétés par action, héritières des kolkhozes et par l’arrivée en grand des multinationales de l’agro-alimentaire. L’achat massif des riches terres s’accélérera. Ainsi Landkom, un groupe britannique, a acheté 100 000 hectares (ha) et le hedge fund russe Renaissance a acheté 300 000 ha ( ) »

 

L’ultralibéralisme a fait des ravages dans ce pays comme ailleurs, avec les conséquences habituelles : chômage, précarité, émigration, pillage des ressources par des fonds d’investissement étrangers.

 

L'Union européenne facteur de division

 

Et nul n’ajoute que le fameux accord de libre échange avec l’Union européenne rejeté par Ianoukovitch et qui est à l’origine des émeutes de Kiev a pour conséquence la fermeture des industries situées essentiellement dans l’Est russophone du pays dont les friches seraient mises entre les mains des multinationales. Si on y réfléchit bien, ce ne sont pas les Russes qui provoquent la division de l’Ukraine, mais l’Union européenne !

 

L’Ukraine est donc « à reprendre » : quelques industries, les oléoducs et les gazoducs essentiels pour la Russie, les terres agricoles et une main d’œuvre qualifiée à bon marché. Joyeuses perspectives !

 

D’ailleurs, il y eut durant les événements de Kiev des épisodes curieux. Trouve-t-on normal que la secrétaire d’Etat adjointe américaine, Victoria Nuland connue pour son adhésion au néo conservatisme, rencontre les manifestants, de même que la présence de Mme Ashton, chargée des affaires étrangères de l’Union européenne ? Il est clair que ce mouvement « spontané » est téléguidé. D’ailleurs, Mme Nuland a reconnu que les USA ont versé 5 milliards de dollars pour financer le mouvement « démocratique » à Kiev ( ) On observe entre autres que la compagnie pétrolière Chevron s’implique dans la question ukrainienne. Etrange coïncidence !

 

La leçon de l'histoire

 

Pour comprendre la portée de ces bouleversements, il faut en revenir à l’histoire.

 

La Russie, la Biélorussie et l’Ukraine ont une même origine : l’Etat des Slaves orientaux qui a duré du IXe au XIe siècle dont la capitale était Kiev. Par les différences de langues et de religions qui sont apparues, cet Etat s’est démantelé. L’Ouest a été rattaché à la Lituanie, à la Pologne et plus tard à l’empire austro-hongrois.

 

Après la Révolution d’octobre 1917 et la guerre civile qui s’en est suivi, un premier Etat a été fondé qui portait le nom d’Ukraine et qui a été co-fondateur de l’URSS en 1922. La partie occidentale est restée à la Pologne et a été rattachée à l’Ukraine en 1945 suite aux accords de Yalta ( ). En 1954, l’Ukraine s’est élargie à la Crimée.

 

Sur le plan économique, l’Est de l’Ukraine est plus industrialisé et est russophone, tandis que l’Ouest est agricole et parle l’Ukrainien. Sur le plan religieux, l’Ukraine occidentale dépend de l’Eglise uniate (gréco-catholique) qui est traditionnellement germanophile. Quant à la capitale Kiev, sa population est très majoritairement russophone, ses élites aident l’opposition et sont proches des oligarques ultralibéraux de Moscou et des Occidentaux.

 

Moscou ne cédera pas.

 

Chauvier avertit : « L’Ukraine est donc partagée – historiquement, culturellement, politiquement – entre l’Est et l’Ouest, et il n’y a aucun sens à dresser l’une contre l’autre, sauf à miser sur l’éclatement voire la guerre civile, ce qui est sans doute le calcul de certains. A force de pousser à la cassure, comme le font les Occidentaux et leurs petits soldats sur place, le moment pourrait bien venir où l’UE et l’OTAN obtiendront « leur morceau » mais où la Russie prendra le sien ! Ce ne serait pas le premier pays qu’on aurait fait délibérément exploser. Nul ne doit ignorer non plus que le choix européen serait également militaire : l’OTAN suivra et aussitôt se posera la question de la base russe de Sebastopol en Crimée, majoritairement russe et stratégiquement cruciale pour la présence militaire en Mer Noire. On peut imaginer que Moscou ne laissera pas s’installer une base américaine à cet endroit ! »

 

Qui a provoqué cette "révolution" ?

 

C’est dans ce contexte que les Occidentaux ont provoqué délibérément cette « révolution ». Et ils ont mis les moyens. Tout d’abord le rôle de la presse et des médias européens et américains.

 

Avez-vous remarqué que les journalistes occidentaux envoyés à Kiev n’ont rencontré que les manifestants « pro-européens » et ne se sont pas donné la peine d’enquêter du côté de l’autre partie ? Cela prouve une fois de plus la partialité de ces médias.

 

Un élément essentiel à retenir : le peuple ukrainien est le grand absent de ce conflit. Ecrasé par un pouvoir fort, par la machine oppressive des employeurs ultralibéraux ou recru de misère, il lui est impossible de se soulever pour faire entendre sa voix. Les manifestants de la place Maidan en uniforme, bien équipés, voire armés sont des militants formés et organisés. Ce n’est pas le peuple d’Ukraine.

 

Les trois partis de l'opposition à Kiev

 

Trois partis sont en lice dans l’opposition contre Ianoukovitch. Tout d’abord, Batkivschina – la Patrie – qui est le parti de l’égérie de la « révolution orange » Ioulia Timochenko qui est malade et qui était emprisonnée par le pouvoir, il est dirigé par Arseni Iatseniouk, ensuite le parti Oudar (des réformes) du boxeur Vitali Klitschko qui est l’homme des Allemands. Ses militants ont été formés par la fondation Adenauer. Enfin, il y a le parti fasciste Svoboda (Liberté). Chauvier ajoute : « Svoboda est en filiation directe avec l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN) – fasciste, sur le modèle de Mussolini – fondée en 1929 en Galicie orientale sous régime polonais. Avec l’arrivée d’Adolf Hitler en 1933, contact est pris avec le motif « nous nous servirons de l’Allemagne pour faire avancer nos revendications ». Les relations avec les nazis sont parfois tumultueuses – car Hitler ne veut pas d’une Ukraine autonome – mais tous sont fermement unis dans leur objectif commun d’éliminer les communistes et les Juifs et d’asservir les Russes. Les fascistes ukrainiens opposent le caractère « européen » de l’Ukraine à celui, « asiatique » de la Russie. En 1939, Andriy Melnik est à la tête de l’OUN, avec le soutien d’Andriy Cheptytskyi, métropolite de l’Eglise gréco-catholique (uniate), germanophile, « leader spirituel » de la Galicie, passée en 1939 sous régime soviétique. En 1940, le radical Stepan Bandera fait dissidence : son OUN-b forme deux bataillons de la Wehrmacht, Nachtigall et Roland, pour prendre part à l’agression menée par l’Allemagne et ses alliés contre l’URSS, le 22 juin 1941. Immédiatement déferle une vague de pogroms. » Notons que des manifestations antisémites ont eu lieu à Kiev et que le grand rabbin de Kiev a conseillé aux Juifs ukrainiens de s’exiler. Svoboda a été renforcé après la « révolution orange » de 2004. Il a obtenu de 20 à 30 % des voix dans les villes occidentales d’Ukraine au cours des différentes élections qui se sont déroulées depuis.

 

Des fascistes pas comme les autres...

 

Pour BHL, ces fascistes ukrainiens ne sont pas comme les autres fascistes européens… Leurs victimes apprécieront ! Cet aspect inquiétant de l’opposition ukrainienne est passé sous silence par les médias et par les intellectuels si prompts à dénoncer la résurgence du fascisme…

 

Le Parti communiste ukrainien qui n’est pas au pouvoir est la formation la plus démocratique ukrainienne. Il a organisé une pétition qui a recueilli plus de trois millions de signatures pour organiser un référendum sur l’acceptation ou non du traité de libre échange avec l’Union européenne. Mais il est bien seul face à l’ancien pouvoir corrompu de Ianoukovitch et les partis d’opposition nationalistes et dans un cas, carrément fasciste.

 

Quid après la prise du pouvoir "démocratique" à Kiev ?

 

Le nouveau pouvoir issu de l’insurrection de Kiev a tout de suite été reconnu par les chancelleries occidentales. L’ancien diplomate indien M K Bhadrakumar, aujourd’hui écrivain et journaliste, autorité en matière de géopolitique écrit dans Indian Punchline : « Le projet occidental est d’organiser au plus vite, c’est à dire en mai, de nouvelles élections qui donnent une légitimité constitutionnelle à ses hommes de main pour qu’ils puissent signer l’Accord d’Adhésion à l’Union Européenne. Autrement dit, l’Occident a répondu au challenge de la Russie en exigeant d’elle qu’elle avale la pilule amère que constitue une Ukraine hostile à sa porte, une Ukraine qui tôt ou tard serait intégrée à l’OTAN, amenant l’alliance occidentale aux frontières russes pour la première fois dans l’histoire. » Mais, c’est compter sans la réaction russe. Après le renversement de Ianoukovitch, les choses ont changé. Les Russes qui en cette affaire, étaient restés aux abonnés absents réagissent. Poutine demande au Sénat l’autorisation pour une intervention militaire en Ukraine après un « appel » d’un dirigeant de Crimée. L’armée russe est sur place depuis longtemps. Une éventuelle intervention ne soulèvera aucune difficulté.

 

Cette fermeté soudaine a une cause fondamentale : il n’est pas question que l’Ukraine se rattache à l’OTAN pour que les Américains installent une base en Crimée. Et cela, Barack Obama le sait. S’il doit ménager le camp néoconservateur dont Hillary Clinton, son ancienne secrétaire d’Etat, est la représentante chez les Démocrates, en faisant des déclarations fermes sur l’intervention russe en Crimée, sa position réelle et son action sont bien plus nuancées.

 

La relance du jeu diplomatique

 

Le jeu diplomatique a été relancé, mais les choses ne seront pas aisées. M K Bhadrakumar a écrit le 1er mars : « D’un, les ministres russes et étasuniens de la Défense devaient avoir une conversation téléphonique hier soir. Les remarques, jeudi à Bruxelles, du secrétaire général à la Défense, Chuck Hagel sur l’Ukraine semblaient raisonnables. Et de deux, le secrétaire d’Etat étasunien, John Kerry, a dit, jeudi au téléphone, à son homologue russe, Sergey Lavrov, qu’il privilégiait un dialogue russo-étasunien pour stabiliser la situation en Ukraine.

 

Le problème c’est de savoir sur quoi portera le "dialogue". La Russie soutient que l’accord de paix du 21 février devrait faire référence (ce que d’ailleurs avait aussi suggéré Obama à Poutine au téléphone). Tandis que les Etats-Unis ont évolué depuis, ont vite "reconnu" le renversement de Ianoukovitch et se préparent à faire des affaires avec les individus qui ont usurpé le pouvoir.

 

De fait, le vice-président Joe Biden s’est empressé de traiter le nouveau "premier ministre" ukrainien, Arseny Iatseniouk comme son homologue à Kiev. Il n’y a aucun doute que le fossé est profond entre les Russes et les Américains - peut-être qu’il ne sera pas facile à combler et les deux camps vont s’en rendre compte. Moscou va penser que Washington exige virtuellement que la Russie change de position et accepte la réalité géopolitique : à savoir que l’Ukraine est en passe de rejoindre l’orbite occidentale. Mais la Russie ne peut pas accepter une telle défaite stratégique.

 

La Russie a non seulement reconnu que Ianoukovitch était en Russie mais elle a souligné clairement que Moscou continuait à le considérer comme la tête légitime de l’état. C’est un affront indéniable pour Washington et le début d’une situation aberrante (et dangereuse) dans laquelle les Etats-Unis et la Russie traiteraient avec deux interlocuteurs différents représentant l’état souverain d’Ukraine et pourraient se prévaloir l’un comme l’autre du droit international pour légitimer leurs actions.

 

Les derniers rapports en provenance de Moscou indiquent que Poutine a "demandé au gouvernement russe d’étudier la question d’une aide humanitaire pour la Crimée". Une boîte de Pandore s’ouvrira si Ianoukovitch demande l’aide de la Russie pour calmer la situation en Crimée. »

 

Ianoukovitch est loin d’être la marionnette de Moscou comme le décrivent les médias. S’il est russophile, il a su entretenir des relations avec les Occidentaux et spécialement les Républicains américains qui l’ont aidé dans sa communication. C’est donc un personnage dangereux. Mais, tout en s’étonnant du « silence » de Poutine, il n’a pas demandé l’intervention russe. Et Kiev, de son côté, semble privilégier la voie diplomatique.

 

Obama a eu l’intelligence de ne pas jeter d’huile sur le feu avec l’affaire de l’emploi des gaz en Syrie, il l’aura certainement pour ne pas allumer un incendie en Ukraine. En effet, on constate que les dirigeants US tout en « roulant des mécaniques » tentent de calmer le jeu. Sans doute, pour faire bonne figure, le président US boycottera le prochain G8 qui doit avoir lieu à Sotchi. Poutine n’en mourra pas, même si les négociations commerciales russo-étatsuniennes sont gelées.

 

Le danger vient des néoconservateurs.

 

Le danger réel vient des néoconservateurs étatsuniens qui ont de puissants relais en Europe. L’un d’entre eux, Zbigniew Brzezinski, l’ancien conseiller spécial de Jimmy Carter, influent géostratège étasunien, d’origine polonaise a tracé, dans les années 1990, la stratégie étasunienne pour maîtriser l’Eurasie et installer durablement l’hégémonie de son pays, avec l’Ukraine comme maillon essentiel. Pour lui, il y avait des « Balkans mondiaux », d’un côté l’Eurasie, de l’autre le grand Moyen-Orient. Chauvier ajoute : « Cette stratégie a donné ses fruits en Ukraine avec la « révolution orange » de 2004. Elle a installé un réseau tentaculaire de fondations étasuniennes – comme Soros et la reaganienne National Endowment for Democracy (NED) - qui rémunèrent des milliers de gens pour « faire progresser la démocratie ». En 2013-2014, la stratégie est différente. C’est surtout l’Allemagne d’Angela Merkel et l’UE qui sont aux commandes, aidées par des politiciens étasuniens comme le républicain John McCain. On harangue les foules sur Maïdan et ailleurs avec une grande irresponsabilité : pour atteindre facilement leur objectif de faire basculer l’Ukraine dans le camp euro-atlantique, dont l’OTAN, ils s’appuient sur les éléments les plus antidémocratiques de la société ukrainienne. Mais cet objectif est irréalisable sans faire éclater l’Ukraine, entre l’Est et l’Ouest et avec la Crimée qui rejoindra la Russie comme sa population le souhaite. Le parlement de Crimée a déclaré : « Nous ne vivrons jamais sous un régime bandériste (fasciste) ». Et pour Svoboda et les autres fascistes, c’est la revanche de 1945 qu’ils vivent. Je crois malgré tout que la très grande majorité des Ukrainiens ne veut pas de cette nouvelle guerre civile ni de l’éclatement du pays. Mais la société est à reconstruire… »

 

L'échec du projet européen

 

Il faut en finir avec cette stratégie suicidaire des néoconservateurs américains et de leurs amis européens « atlantistes ». Qu’a-t-elle donné jusqu’à présent ? La partition dramatique de la Yougoslavie en micro-états en proie à toutes les dérives intégristes et mafieuses. Elle risque de faire éclater l’Ukraine en deux régions hostiles dont la première victime sera le peuple ukrainien.

 

Est-ce là le projet européen ? L’Union européenne qui ne cesse de prétendre qu’elle a garanti la paix en Europe depuis 1945 a de lourdes responsabilités dans la guerre en Yougoslavie et entretient la tension en Ukraine risquant ainsi d’embraser tout l’Est européen. Cette conception de l’organisation du continent mènera inéluctablement à l’échec. Le projet européen tel qu’il est aujourd’hui mené par les Barroso, Merkel, Hollande, Cameron et consorts doit être profondément modifié pour construire une organisation répondant aux aspirations des peuples.

 

Hélène Carrère d’Encausse a signé dans le Point et le Figaro des éditoriaux recommandant de ne pas se couper de la Russie. La situation ne se résume pas, selon elle, aux aspirations démocratiques d’un pays qui est tiré par la Russie vers son rêve de reconstitution d’un empire déchu. L’UE doit comprendre que la Russie est étroitement liée à l’Ukraine et ne se laissera pas exclure. L’UE doit donc arrêter d’ignorer la Russie, ainsi l’Ukraine pourrait librement faire son choix. Elle a raison !

 

Rappelons-nous la « maison commune » de Gorbatchev. Pourquoi persister dans cette politique des blocs qui n’a plus de raison d’être ? La Russie est un partenaire indispensable et ne doit pas être isolée dans un glacis qui ne pourrait que rapporter sang et misère.

 

Pierre Verhas

 

 

BHL A peine caricatural ! Les milices sur les barricades de Kiev. De parfaits démocrates.

BHL A peine caricatural ! Les milices sur les barricades de Kiev. De parfaits démocrates.

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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 15:31

 

Passez devant une prison. Vous détournez le regard. Ou bien, si vous vous trouvez non loin d’un établissement pénitentiaire, vous faites instinctivement un détour. La prison fait peur, on la cache, elle cache les détenus et se cache elle-même. Tous la connaissent et en même temps l’ignorent. Elle indiffère !

 

La prison fait sans doute honte, mais on devrait surtout avoir honte d’elle, car ce qu’il s’y passe est indigne d’une démocratie. On le sait, on ferme les yeux.

 

Il n’est pas question ici d’angélisme. De nombreux détenus méritent leur peine. Cependant, la privation de liberté est en soi une sanction très lourde. Si, à cela, s’ajoute un régime de vie tel que les détenus subissent une véritable déshumanisation, c’est non seulement intolérable mais cela ne favorise en rien la soi disant réinsertion tant évoquée dans les cénacles. Le dramatique échec de notre système pénitentiaire et a fortiori du système judicaire est dès lors patent.

 

Prenons comme exemple le rapport 2013 de la Commission de surveillance de la Prison de Namur. Il est accablant ! A sa lecture, on peut conclure qu’en dépit des efforts des gens de terrain qui composent cette Commission dont certains sont bénévoles, la prison est un lieu qui laisse les décideurs indifférents et ne représente pour eux aucun intérêt. Ça n’a pas d’impact électoral, une prison !

 

La prison est un petit univers en soi méconnu où vivent tant bien que mal de trop nombreux détenus agglomérés dans des cellules nauséabondes, trop petites, sans aucune hygiène, des gardiens surnommés « matons », mal payés, mal considérés, mal protégés, méprisés par les prisonniers, mais aussi par l’administration et l’opinion publique, des médecins, des infirmières, des assistantes sociales et quelques fonctionnaires qui assurent l’administration de l’ensemble, et bien entendu, au-dessus de tout cela, le directeur, arbitre et tampon entre « sa » prison et l’administration pénitentiaire.

 

La prison de Namur est très ancienne. Elle a été construite en 1876. Elle a été conçue selon un modèle élaboré par Edouard Ducpétiaux, premier Inspecteur général des prisons de la Belgique indépendante, qui a servi aussi à la prison de Forest près de Bruxelles.

 

Ce modèle consiste en une étoile à quatre branches. Autour d’un centre initialement destiné à l’observation, trois ailes accueillent les détenus de sexe masculin et les femmes étaient logées dans les deux étages de la quatrième aile. Aujourd’hui, la prison de Namur est uniquement « masculine ». Une annexe psychiatrique a été construite dans le prolongement de l’aile B.

 

Si, au départ, le régime cellulaire visait l’isolement des détenus que l’on considérait favorable à leur amendement ; suite à la surpopulation, on s’est orienté progressivement vers un régime communautaire, c’est-à-dire plus d’un prisonnier par cellule.

 

Bien entendu, l’objectif officiellement visé « est la réinsertion socioprofessionnelle du détenu, la prison devant servir non seulement de lieu de neutralisation mais surtout de passerelle vers un comportement et une vie socialement adaptés. » Voilà le parfait exemple d’un morceau d’anthologie de la langue de bois !

 

« Réinsertion socioprofessionnelle » ? La prison de Namur dispose d’un seul atelier dit « entrepreneur » d’une surface de 180 m2 et de 300 m2 de stockage. Vingt détenus au maximum peuvent y travailler sur une population de plus de deux-cents prisonniers.  Bel effort de « réinsertion » !

 

Et dans quelles conditions ! L’hygiène, par exemple.

 

L’hygiène ! Oui, l’hygiène sans doute plus vitale que le pain, facteur essentiel de santé et de dignité. Cette dignité qui leur est refusée

 

Les douches de la prison de Namur, au nombre de douze, se trouvent dans une seule des quatre ailes de l’édifice. Un membre de la Commission écrit : « Il reste pourtant un monde où les senteurs d’antan rappellent le coron et les airs soucieux de nos arrière-grand-mères deux fois par mois : la prison de Namur ! Car s’il s’y trouve quatre très belles ailes en étoile, chacune dûment sécurisée, une seule d’entre elles est dotée de douches ! On voit tout de suite le problème : la circulation des détenus ! La sacro-sainte sécurité ! » Il ajoute : « Observons l’ambigüité des règlements : pour se limiter à cette offre sporadique de douches, l’Administration se réfugie derrière l’obligation de se laver au moins deux fois par semaine. C’est oublier qu’une directive européenne impose que le détenu soit en mesure de prendre une douche chaque jour ! Imaginez-vous partager avec un camarade détenu (…) un espace de 6 m2 où on trouve la place de mettre une cuvette de WC et ce sans s’imposer une trempette régulière ! »

 

Un WC par cellule pour trois détenus. Il est inutile d’en rajouter…

 

La santé est elle aussi laissée à l’abandon avec les risques individuels comme collectifs que l’on peut imaginer. Elle est vraiment le parent pauvre de la prison !

 

Sur le plan de la santé mentale, on mélange des détenus malades mentaux et débiles mentaux. Il y a aussi une inadéquation de la prison pour la prise en charge d’un nombre excédent de détenus de l’aile psychiatrique.

 

Le médecin de la Commission a des difficultés pour obtenir des informations sur le statut médical des détenus… en fonction du secret médical ! L’administration de la santé des détenus laisse plus qu’à désirer. Ainsi, le statut de la santé d’un détenu à transférer (par exemple vers un Palais de Justice) n’est pas communiqué.

 

Les prestations des médecins sont payées avec des retards considérables qui peuvent aller jusqu’à un an et demi ! En outre, il n’y a plus de médecin fonctionnaire et l’engagement de médecins privés est de plus en plus difficile. Ils sont payés à l’heure et en période de garde à la prestation. C’est loin d’être motivant ! Quant au service infirmier, il fonctionne en semaine de 8 h à 16 h et en week-end de 8h à midi. Pas question de se blesser ou de nécessiter de soins en dehors de ces périodes !

 

Un autre exemple – bien inquiétant ! – est le dépistage de la tuberculose. Il n’y a plus de car de dépistage en Province de Namur. La prison utilise donc l’intradermo. Mais depuis novembre 2012, il y a rupture de stock et le contrôle des détenus ne se fait plus.

 

Cette négligence pose un sérieux problème de santé publique. Que fera-t-on si la prison devient un foyer d’épidémie ?

 

Quant aux médicaments, les détenus sont tenus à payer de leur poche des médicaments dits « de luxe » résultant d’une liste établie par l’administration pénitentiaire. Il y a des problèmes de distribution des médicaments. En effet, les détenus ne peuvent les distribuer, sauf les médicaments dits de « la pharmacie de famille ». Concernant les médicaments dits « sensibles » ils sont directement donnés au détenu à la pharmacie. Et là aussi, il y a des difficultés vu le manque de disponibilité des infirmiers. La prison n’est autre qu’un univers kafkaïen !

 

La culture ? Qui a dit un jour que l’homme a besoin de culture comme de pain ? Je l’ignore. Et la prison, aussi. La seule activité culturelle, c’est la télé. Et la télé, chaque détenu doit la payer.

 

Finalement, cela coûte cher la prison. La télé, les médicaments, la cantine. D’où vient l’argent ? C'est la porte ouverte aux trafics et à la constitution de clans de prisonniers plus « riches » dominant forcément les plus démunis. Mais, face à cela, « on » ferme les yeux. Tant que la sécurité est assurée, tout baigne !

 

Et puis, on est nombreux en prison. La surpopulation est la question la plus fréquemment posée. Chaque fois qu’une chaîne de télé effectue un reportage sur le milieu carcéral, on montre les images de cellules exigües où deux ou trois détenus croupissent l’un sur l’autre. L’intimité est un vain mot en prison ! Et la population pénitentiaire s’accroît sans cesse. En avril 2013, elle comptait 5.932 détenus dans toutes les prisons de la partie francophone du pays, toutes surpeuplées.

 

Personne ne se penche sur les causes de cette surpopulation. Les citoyens, d’ailleurs, n’y comprennent rien : on leur raconte – surtout en période électorale – que les chiffres de la criminalité et de la délinquance diminuent et on met de plus en plus de gens en prison…

 

Si on lit ceux relatifs à la prison de Namur, 47,5 % de la population carcérale est en préventive, il y a 12,9 % d’internés mentaux et 24 % de condamnés correctionnels. Ce qui fait 84,4 % de la population, le reste étant les condamnés à de plus lourdes peines et les prisonniers en transit.

 

 

Les détenus en préventive représentent donc la principale partie de la population de cette prison, comme dans toutes les autres. Cette question de préventive est récurrente. En droit pénal, la détention préventive constitue l’exception pour le prévenu d’un délit. Or, en réalité, c’est le contraire qui se passe !

 

Certes, la tendance à notre époque est d’alourdir les peines. Mais ne pourrait-on demander à la magistrature, elle aussi mal organisée, manquant d’effectifs, démotivée, de revoir cette question de préventive ? Est-il vraiment nécessaire, par exemple, de mettre un petit dealer en préventive ? Avec la promiscuité, il risque d’en sortir encore plus marginalisé qu’avant.

 

Les surveillants, les fameux « matons », sont eux aussi mal traités. Ils sont sous équipés en matière de sécurité en plus de leur statut peu enviable. Résultat : les conflits sociaux sont fréquents. Et les autorités ne trouvent rien de mieux que de remplacer les gardiens en grève par des policiers. Policiers qui ne sont pas heureux non plus, car ils estiment à juste titre que ce n’est pas leur métier. Et lors de chaque grève, c’est l’arrêt des visites pour les prisonniers et de la distribution des colis. Tout cela est source de sérieuses tensions qui peuvent aller jusqu’à l’émeute dans certains cas.

 

Les responsables du secteur pénitentiaire sont conscients de la vétusté de plusieurs établissements comme la prison de Namur. On programme des travaux qui, faute de budget, sont lents et consistent souvent en des emplâtres sur des jambes de bois.

 

Bref, la prison n’intéresse personne. Ce foyer de graves maladies sociales où les détenus sont traités à la limite de l’humainement acceptable, où les vœux pieux de réinsertion ne sont que tromperies, où le personnel est démotivé et déconsidéré, est une bombe à retardement.

 

 

Mais, le prisonnier n’intéresse pas. L’opinion publique tenaillée par la peur des actes de délinquance se moque de son sort, voire l'estime juste sinon trop clément. Aussi, le politique a d’autres choses à faire. Il y a révolte des détenus ? On mate ! Il y a grève des surveillants ? On temporise ! Il y a insalubrité des maisons d’arrêt ? On rafistole ! Et pour le reste, on ferme les yeux.

 

Devant ces murs, le passant vaque indifférent. Pourtant, il ne s’aperçoit pas qu’il passe près d’une bombe. La pire d’entre elles, parce qu’elle est humaine. Et quand elle explosera…

 

 

 

Pierre Verhas

Les quatre ailes de la prison de Namur

Les quatre ailes de la prison de Namur

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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 20:58

 Anne Wolff est une militante sociale – elle s’occupe des SDF en France – et une coopérante active au Venezuela. Elle est également blogueuse : http://les-etats-d-anne.over-blog.com/ Elle rapporte ici son analyse de la situation au Venezuela. Les événements inquiétants qui s’y déroulent depuis quelques mois sont présentés de manière tronquée dans la presse et dans les médias. On tente de faire accroire qu’il s’agit d’émeutes contre la vie chère et l’insécurité qui règnent au Venezuela. En réalité, il s’agit d’une tentative de coup d’Etat par une déstabilisation du pouvoir bolivarien. Quand on lit le récit d’Anne Wolff paru sur le site du « Grand soir », on est frappé par la similitude avec le coup d’Etat militaire du 11 septembre 1973 qui renversa le gouvernement du Président Salvador Allende dans les circonstances sanglantes que l’on sait. Là aussi, il s’était agi d’abord d’une déstabilisation bien orchestrée à l’époque par la CIA suivie du putsch militaire appuyé par les Etats-Unis. Dès le lendemain, les Américains avec l’économiste Milton Friedman en tête aidèrent le « nouveau » régime à installer le néolibéralisme dans le cadre bien connu de la stratégie du choc si bien décrite par la journaliste canadienne Naomi Klein. En cas de réussite de ce coup d’Etat, ce serait toute l’Amérique latine qui serait ébranlée. L’objectif des Etatsuniens étant double : récupérer le pétrole du Venezuela et mettre fin à l’expérience bolivarienne non seulement à Caracas, mais aussi en Equateur et en Bolivie. Dans ce dernier pays, le président Evo Morales a fait expulser des ONG américaines qui, sous couvert d’aide au développement, opéraient là aussi des tentatives de déstabilisation. En réalité, la stratégie du choc n’a jamais cessé.

 

Pierre Verhas

 

URL du blog de Anne Wolff

 

http://les-etats-d-anne.over-blog.com/

 

Venezuela : la tentative de coup d’état se poursuit

 

Le problème n’est pas Maduro, c’est le pétrole

 

Anne WOLFF

 

Les actes violents se poursuivent aujourd’hui au Venezuela. Le bilan actuel est de trois morts, 66 blessés et de nombreux dégâts matériels. Alors que – comme d’habitude – les chiens de garde médiatiques mènent une campagne de presse contre le gouvernement et le peuple bolivariens du Venezuela. Le but de la manœuvre est de susciter les prémisses d’une guerre civile qui servirait de prétexte à une intervention de l’Empire du Nord pour rétablir l’ordre dans le pays, un de plus dans ce monde qui serait victime des atrocités fratricide d’une guerre civile fomentée de l’extérieur.

 

Les visages de l’opposition extraits du reportage photo du Correo del Orinico Le Venezuela étant une cible privilégiée de par son double caractère de pays riches de ressources naturelles et de mauvais exemples pour ceux qui voudraient dominer le spectre complet, la planète et ses habitants.

 

Depuis l’élection de Maduro, le coup d’état permanent s’était manifesté à travers une opération à grande échelle de déstabilisation économique, le détournement par millions de tonnes de produits de bases, la pratique de marges bénéficiaires atteignant les 1000%, la spéculation monétaire, et dans une guerre psychologique qui passe par la désinformation, utilisant des images de manifestations en Égypte ou du tournage d’un film sur les bandes violentes pour illustrer les articles stigmatisant une police brutale ou le climat d’insécurité qui règne dans le pays.

 

Il existe également des groupes de gauchistes armés, prônant la révolution par les armes et l’éradication du capitalisme par extinction des capitalistes, dont les bases de replis voisinent à la frontière colombienne avec celles de paramilitaires colombiens infiltrés, qui sèment la terreur chez les peuples indigènes et petits paysans qui voudraient voir appliquer la réforme agraire mise en route par Chavez et récupérer leurs terres volées toujours aux mains de riches terranientes, qui parfois se cachent sous une façade chaviste. Au cours des derniers mois, les meurtres d’indigènes et de paysans ont connu une recrudescence inquiétante au Venezuela.

 

Dans les composantes de violence se retrouve également les groupes de narcos et les délinquants en bande. Mais ce qui est très différents de pays comme le Mexique, la Colombie ou le Honduras, c’est que – insuffisamment jusqu’ici – ici, aidé par le peuple le gouvernement les combat, alors que dans les pays cités précédemment, narco, paramilitaires et autres bandes sont très clairement des alliés des oligarchies transnationales et des gouvernements oligarchiques locaux qui s’approprient le territoire, les diverses bandes contribuant à semer la terreur qui chasse les habitants de leur terre ou les extermine.

 

Et comme partout en Amérique Latine, au cours de ces 10 dernières années, un courant de jeunes, néonazis, qui témoignent une admiration inconditionnelle pour Hitler, a fait son apparition, curieusement ils ont pour slogan le nom même du groupe "Patria, honor y familia" de "très" droite auquel Caprilès Radonski et sa famille sont affiliés. La montée du néonazisme, partout en Amérique Latine, qui cible en particulier de très jeunes gens est à tenir à l’œil.

 

Patria, honor y familia, Deux gros échecs déjà pour les fascistes (et l’usage du terme est fondé) vénézuéliens depuis les élections qui ont fait de Maduro, le président du Venezuela suite à la disparition de Chavez, le premier est l’élection – de justesse de Maduro – et ses suites immédiates, les exactions ordonnées par Capriles qui ce sont heurtées à la capacité du peuple bolivarien de garder le calme dans des circonstances parfois très difficiles, alors par exemple, que des groupes d’opposants tentent de pénétrer dans des logements de chavistes, lançant des pierres, frappant la porte, lançant des menaces contre des militants et leur famille. Un de ces bolivariens dit que « Ouf, ils n’ont pas réussi à entrer, mais s’ils devaient toucher un seul cheveu de mes enfants ou de ma femme, je les tue, je vais chercher mes copains ex-paras comme moi, et on les traquera jusqu’à la mort ». Les opposants n’hésiteront pas à mettre le feu de nuit à des logements sociaux dont les habitants incluant de jeunes enfants ; seront sauvés de justesse par un voisin insomniaque… De telles actions sont à double tranchant. A travers elles, le peuple à une vision de ce que serait un gouvernement de cette extrême droite, qui mènerait le Venezuela vers la terreur arbitraire et la répression ciblée qui culmine au Honduras. Et donc, grâce à la possibilité d’une critique active, impitoyable et constructive contre les écarts faits au « Plan de la Patrie », programme sur lequel Chavez avait été élu, il sert les coudes avec le gouvernement.

 

Pendant ses premiers jours d’existence, le gouvernement de Maduro – Cabello – Jaua était sur le fil… encore une fois, c’est la maturité d’un peuple à la conscience politique élevée qui a fait la différence. C’est cela aussi, le legs de Chavez, un sens des responsabilités personnelles et collectives d’un peuple conscient de ses droits, aussi parce que le peuple est encouragé à lire la Constitution et à prendre connaissance de toute nouvelle loi, mais aussi à participer à leur élaboration. Ce qui ne va pas toujours sans mal, comme c’est le cas en ce moment en ce qui concerne les semences et les transgéniques… je reviendrai sur ce sujet quand la tempête sera passée. Le Venezuela n’est plus un pays libre de transgéniques ni de semences Monsanto. Et des luttes se mènent aussi sur ce terrain.

 

La deuxième phase de tentative de déstabilisation massive aurait du se dérouler en décembre lors des élections communales de décembre dernier. Caprilès Radonski entendait bien en faire une plateforme de discrédit du gouvernement et de plébiscite de l’alliance d’opposition la MUD dont son parti Primero Justicia est un membre très à droite. Manque de bol, à quelques semaines du scrutin, le gouvernement qui battait de l’aile en conséquence des effets de la guerre économique intensive qu’affronte le pays, a joué un magistral quitte ou double, et a gagné. Maduro a demandé à l’Assemblée Nationale de lui accorder une Ley Habilitante qui lui permettrait de gouverner par décret pendant un an pour tout ce qui concerne les matières économiques… Il lui fallait pour cela obtenir 3/5 des voix de l’Assemblée Nationale, il les a eues - sa première grande victoire strictement personnelle qui lui délie les mains - à partir de là un spectaculaire redressement économique a été initié et les élections communales furent un immense succès pour le PSUV et ses alliés, qui confirme le raz-de- marée des régionales de 2012, qui a vu la victoire chaviste dans 20 états sur 23, autrement dit dans le système étasunien, un tel score représente une majorité plus qu’absolue dans une élection présidentielle… et le paltoquet qui joue le rôle de président des EU, ferait bien de la boucler… Et les communales, un an plus tard… le Grand Pôle Patriotique (alliance bolivarienne) obtient 240 des 337 mairies, mais aussi presque un million de voix de plus que la MUD (GPP 5.216.522 soit 48.69%, MUD 4.373.910 soit 39.34%) ce qui montre que depuis les élections sur le fil d’avril l’écart, s’est largement creusé entre les 2 formations, en faveur du gouvernement et de ceux qui le soutiennent.

 

Bien sûr que pour beaucoup ce n’est pas un soutien inconditionnel, loin de là, nombreux sont ceux qui voudraient voir la fin du capitalisme au Venezuela, d’autres défendent le modèle de Souveraineté Alimentaire qui souhaite voir une réduction drastique de l’industrialisme et extractivisme débridés qui sont un pillage des richesses, un incroyable gaspillage et une menace pour la survie de l’humanité. Et qui était aussi défendu par Chavez, faut-il le rappeler ? Et qui réunit des associations régionales et planétaires qui ne cessent de se renforcer, comme la Via Campesina, partenaire privilégié de la réforme agraire dans le Venezuela de Chavez, et dont l’implantation planétaire compte deux cents millions de membres et au moins autant de sympathisants. Mais tous ces critiques là et d’autres sont critiques en tant que co-héritiers de Chavez, dont ils entendent bien poursuivre l’œuvre inachevée comme une grande majorité du peuple du Venezuela, y compris ceux qui leurré par la campagne présidentielle « bolivarienne » du candidat Radonski ont été dessillée par les exactions que ce dernier avait ordonnées immédiatement après sa défaite et visaient toutes ces acquis du chavisme qu’il prétendait reprendre à charge et protéger.

 

Capriles est politiquement mort, et la MUD discute le choix d’un nouveau candidat, ce qui ne va pas sans de profondes divisions internes. L’empire lui doit « impérativement » reprendre le Venezuela sous sa coupe pour pouvoir poursuivre son projet de reprise en main de l’Amérique Latine et de domination du monde. Et voici qu’aujourd’hui Leopoldo Lopez est sur le devant de la scène, jusque-là, il était resté dans l’ombre parce que trop clairement catalogué comme fasciste, ce qui ne lui permet pas d’être un candidat recevable pour la MUD, composée aussi de partis « modérés » et de gauche « déçue »… Mais les prochaines élections sont loin, la possibilité d’un referendum révocatoire de mi-mandat présidentielle aussi, l’Assemblée de la CELAC a été un grand succès et le fait qu’elle ce soit tenue à Cuba est un soufflet aux visages occultes de Washington. Et donc nous entrons dans une stratégie qui ne s’embarrasse plus de faux semblants.

 

C’est donc le chef de guerre Lopez et sa copine Machado (qui a accompagné Caprilez dans tous les déplacements qu’il a fait au cours des derniers mois sur tout le continent pour organiser la subversion) qui reprennent les choses en main avec manifestement le but de mettre le feu aux poudres, quand bien même ils doivent assassiner et blesser un grand nombre de gens et détruire quantité de bien public pour y parvenir.

 

Aujourd’hui les actes de violences et les provocations se sont multipliés, de même que les manifestations de soutien au gouvernement. Les derniers chiffres officiels sont de trois morts et 66 blessés, Arragua 41 blessés, Lara 4, Mérida 11, Táchira 1, Caracas 9 et trois morts, dont au moins deux par balles, plusieurs blessés dont un cameraman ont également été victimes de tirs. Il a été procédé à 69 arrestations.

 

Peu importe à Washington dans sa nouvelle stratégie que les opposants suivant Lopez soient une infime minorité, ni que lui-même soit un fasciste notoire, organisant le paramilitarisme d’opposition, il n’est plus question ici d’élection, mais bien de coup d’état suivi d’une intervention militaire de l’Empire, ce qui importe donc, c’est que même peu nombreux, les uns fassent la figuration qui justifie l’affirmation d’un peuple mécontent, pendant que d’autres usent d’une violence d’une telle intensité, aidé par quelques sicaires aux cibles bien choisies, afin que se produise l’étincelle qui mettrait le feu aux poudres.

 

Et tout pourrait basculer, rapidement, il faut donc que le gouvernement agisse avec fermeté vis-à- vis des organisateurs, des meneurs et des délinquants payés pour déstabiliser le pays, pendant que le peuple s’unit pour éteindre les incendies et faire barrage à la violence sans tomber dans la provocation. Et j’insiste, il est vital pour la poursuite des projets d’expansion de l’Empire Corporatiste du Nord de remettre la main sur le Venezuela à tout prix, et il y met les moyens. Après, que le Venezuela sombre dans une guerre civile meurtrière serait tout à son avantage. S’il agit maintenant, c’est qu’il estime avoir quelques atouts dans son jeu. Lesquels ?

 

En tout cas le gouvernement bolivarien du Venezuela n’a pas tardé à réagir, et la nuit dernière un ordre de capture a été lancé contre Leopold Lopez.

 

 

 

Un des atouts de Washington est très certainement la campagne de diabolisation du peuple bolivarien du Venezuela menée par les médias aux ordres qui manipulent de manière éhontée l’opinion publique occidentale et parfois locale, puisque contrairement à la légende, en Amérique Latine une écrasante majorité des médias de grande audience est au mains des oligarchies. Contribuer à créer un mouvement de soutien à ce peuple digne, constructif, combatif, inventeur de nouveaux possibles pour lui-même, la région, et le monde est certainement ce que nous pouvons faire de mieux pour lui venir en aide, et à nous même. Sans l’épine dans le Talon d’Achille des Corporations et de leur Monde-Marché que représentent les peuples en mouvements d’Amérique Latine, et le mur de contention du Venezuela, je ne donne pas cher de notre avenir.

 

Anne Wolff

 

 

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 00:25

 

Le professeur de sociologie Roland Pfefferkorn met les choses au point dans cet article paru dans le « Grand Soir ». Les nouveaux tenants de l’Ordre moral en France et qui sévissent aussi en Belgique, nébuleuse de groupes allant des intégrismes religieux à l’extrême-droite, en passant par les représentants de droite « dure » dans les partis conservateurs traditionnels, attaquent en France sur l’enseignement de « la théorie du genre » qui consisterait, d’après eux, à ne plus différencier les sexes au nom de l’égalité.

 

Il s’agirait d’un complot ourdi par la gauche française pour imposer une éducation non différenciée aux élèves des écoles.

 

Comme le dénonce l’auteur : ce qui est visé est le concept de l’égalité et surtout de l’égalité hommes femmes ainsi que toutes les émancipations individuelles. En outre, la finalité même de l’école est remise en question. La recherche scientifique est elle-même suspecte. Bref, c’est à une véritable régression que cet Ordre moral appelle avec l’appui de la branche la plus conservatrice de l’Eglise catholique, comme celui des intégristes des autres religions monothéistes.

 

Cette analyse du professeur Pfefferkorm est un précieux apport pour les combats qui s’annoncent afin de préserver les principes de base qui sont notre raison d’être : la liberté, l’égalité, la fraternité.

 

Il ne faut d’ailleurs pas perdre espoir. Après avoir connu les affres d’un pouvoir islamiste, les Tunisiens se sont dotés d’une constitution où figure la notion de « liberté de conscience ». A notre connaissance, il n’y a aucune constitution au monde qui se réfère à cette notion.

 

Pierre Verhas

 

 

Pourquoi une campagne dénonçant une supposée « théorie du genre » s’est-elle développée via sms et Internet à l’instigation de réseaux liés pour les uns à des groupes d’extrême-droite, pour les autres à des courants religieux, chrétiens ou musulmans ? Quels sont les enjeux de la différenciation entre sexe et genre ?

 

L’expression polémique « théorie du genre » n’a jamais été utilisée par les sociologues ou les chercheures d’autres disciplines pour la bonne et simple raison qu’il n’existe pas une telle théorie unifiée. Le genre est d’abord une catégorie ou un concept qui permet de penser la mise en forme sociale d’un donné naturel, le sexe biologique. C’est aussi un champ d’études, l’ensemble des études portant sur les rapports entre les hommes et les femmes, qui a été caricaturé par ceux qui ont lancé les rumeurs récentes et qui œuvrent à la disqualification de telles recherches. Ce n’est ni une doctrine ni une idéologie, c’est un champ de travail qui interroge les représentations sociales liées aux différences de sexe.

 

Cette campagne de dénonciation s’en prend avant tout à l’égalité, plus particulièrement à l’égalité entre hommes et femmes, mais aussi aux droits des minorités sexuelles[2]. L’objectif de ses promoteurs est de délégitimer des connaissances scientifiques, notamment celles produites par les sciences sociales, voire de remettre en cause les finalités de l’école, lieu par excellence, dans l’idéal, où les enseignants promeuvent l’égalité et le respect mutuel, où les enfants apprennent à respecter les différences (culturelle, sexuelle, religieuse) et à réfléchir sur les stéréotypes associés aux sexes biologiques.

 

L’expression polémique a été forgée par le Vatican il y a 10 ans et elle est relayée par les évêchés de France et de Navarre. Le cardinal Ratzinger, le futur pape Benoît XVI, alors à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi [3], a adressé en août 2004 une Lettre aux 4000 évêques de la planète dans laquelle il critique vivement les approches distinguant sexe et genre [4]. Son épître s’attaque plus particulièrement aux féministes ayant « des visées égalitaires » à qui elle reproche « l’occultation de la différence ou de la dualité des sexes ». « Une telle anthropologie qui entend favoriser des visées égalitaires pour la femme en la libérant de tout déterminisme biologique, a inspiré en réalité des idéologies qui promeuvent la mise en cause de la famille, de sa nature bi-parentale, c’est-à-dire composée d’un père et d’une mère, ainsi que la mise sur le même plan de l’homosexualité et de l’hétérosexualité, soit un modèle nouveau de sexualité polymorphe » [5], écrit notamment le cardinal Ratzinger dans son message.

 

Plus largement, ce sont toutes les formes d’émancipation, individuelle et collective, en premier lieu celle des femmes, qui sont attaquées par cette campagne rétrograde. Au regard de la loi, en France comme dans nombre d’autres pays, les femmes sont à présent censées être les égales des hommes ce qui était loin d’être le cas pendant très longtemps. Le droit de vote n’a été obtenu qu’en 1944 [en Suisse, en 1971], quelques décennies après les campagnes menées par les féministes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle alors qualifiées de « suffragettes ».

 

Au cours des années 1970-1976 la seconde vague du mouvement des femmes a rendu possibles des avancées quant au droit des femmes à disposer de leur propre corps : elle a notamment permis de rendre effectif le droit à la contraception voté en France en 1967 et d’arracher la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse votée une première fois en 1975, sous conditions et à titre provisoire pour cinq ans, définitivement fin 1979. Mais des remises en cause sont toujours à craindre, y contribuent notamment le harcèlement permanent mis en œuvre par les anti-IVG en France comme partout dans le monde ou les attaques contre le droit à l’avortement qui ont abouti à des reculs importants dans plusieurs pays, y compris récemment en Espagne.

 

Le mouvement des femmes a de même contribué à la modification des régimes matrimoniaux et parentaux. La scolarisation massive des filles, le développement de l’activité professionnelle des femmes et la maîtrise de la fécondité ont participé structurellement à la transformation des rapports entre les femmes et les hommes au cours des dernières décennies. Cependant, des inégalités persistent dans de très nombreux domaines, dans la sphère privée comme dans l’espace public ou l’activité professionnelle [6].

 

Parallèlement à ces avancées, les chercheuses féministes ont contribué au développement des connaissances critiques portant sur les rapports entre les femmes et les hommes. Il faut insister sur la diversité, la richesse, mais aussi certaines limites des analyses produites dans les sciences sociales. Pour l’essentiel c’est le mouvement des femmes des années 1969/1976 qui a été à l’origine de ces recherches. Bien sûr des réflexions et analyses plus anciennes ont aussi alimenté cette pensée critique féministe, par exemple le livre de Simone de Beauvoir Le deuxième sexe paru au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ou celui, plus ancien encore, de Friedrich Engels [7] qui avait montré que l’asservissement des femmes n’est pas une donnée « naturelle », mais bien le produit de rapports historiques et sociaux.

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Le corpus des catégories de pensée qui s’est constitué au cours des années 1970-1990 est très riche. Dans une première phase furent dégagés, entre autres, les concepts de patriarcat, de mode de production domestique et de division sexuelle du travail, sans compter ceux de sexe social, sexage, classe de sexe. Par la suite, les concepts de genre et de rapports sociaux de sexe ont marqué le paysage. Mais cette sociologie critique n’a pas bénéficié des feux médiatiques en comparaison avec le féminisme essentialiste qui avait largement été relayé dans la presse magazine et encensé par le Vatican. La diversité des catégories tient au caractère multidimensionnel de l’oppression qui renvoie à la fois à l’exploitation, à la domination, à la discrimination et à la stigmatisation des femmes.

 

Les chercheuses féministes sont parties de l’idée que les hommes et les femmes sont des catégories qui procèdent d’une mise en forme sociale d’un donné naturel, ce qui explique largement les variations rencontrées dans le temps et dans l’espace. Les travaux antérieurs privilégiaient des approches en termes de « condition féminine », expression renvoyant à un état prédéterminé, ou de « rôles de sexe » attendus ou prescrits, notamment en ce qui concerne les « rôles conjugaux » [8]. La sociologie de la famille était fortement imprégnée de conceptions normatives : la famille nucléaire standard reposait sur la complémentarité d’un rôle instrumental dévolu en son sein à l’homme et d’un rôle expressif revenant à la femme. Le premier était censé assurer le lien avec la société globale et à pourvoir par son activité professionnelle à l’entretien des membres de la famille. La seconde était chargée d’assurer par son travail domestique et sa présence permanente le fonctionnement quotidien de la famille et la socialisation des enfants. Les a priori naturalistes sur lesquels repose cette vision seront identifiés de même que les rapports de pouvoir qui sous-tendent cette soi-disant « complémentarité des rôles ».

 

En France, le concept de rapports sociaux de sexe a été élaboré en connexion forte avec celui de division sexuelle du travail. Celle-ci renvoie d’abord au constat de l’assignation des hommes et des femmes à des tâches différentes, tant dans la sphère professionnelle que dans la sphère domestique. Le concept de rapports sociaux de sexe vise à articuler rapports de sexe et rapports de classe et à souligner la dimension antagonique des rapports entre la classe des hommes et celle des femmes, sans oublier la centralité du travail. Celui-ci est le levier de la domination qui s’exerce sur elles dans le cadre des rapports sociaux de sexe, mais aussi, et en même temps, celui de leur émancipation [9].

 

Quand le terme genre [gender] a fait son apparition en 1972 dans le contexte féministe anglo-saxon il renvoie d’abord au sexe social par opposition au sexe biologique, mais très vite le genre est pensé comme un système puis comme un rapport social. C’est pourquoi il doit toujours être au singulier. Au pluriel le concept est vidé de sa dimension critique et fonctionne simplement comme un vague synonyme pseudo-savant de sexe.

 

C’est surtout dans le sens de rapport de pouvoir ou de rapport social que le concept de genre s’est imposé dans les sciences sociales. La polysémie du concept explique à la fois son succès et ses limites. Par exemple dans certains usages, quand la dimension relationnelle est oubliée, voire niée, le genre en arrive à gommer la dimension inégalitaire et conflictuelle des rapports entre les hommes et les femmes. Et quand l’approche genrée est menée sans prendre en compte les autres rapports sociaux, notamment les classes sociales d’appartenance des hommes et des femmes, cette approche peut contribuer à l’occultation des classes. L’oubli ou le recouvrement des classes peuvent ainsi succéder à la dénégation antérieure des sexes sociaux.

 

Le genre est donc d’abord un concept qui repose sur tout un corpus de recherches et c’est aussi un champ d’études, les études de genre, à l’intérieur duquel cohabitent des approches et des positions très diverses qui visent à penser l’oppression des femmes et à proposer des moyens d’y mettre un terme. C’est précisément cela qui inquiète tant ceux qui ont lancé cette campagne de dénonciation et de désinformation.

 

Roland Pfefferkorn

 

[1] Roland Pfefferkorn est professeur de sociologie à l’université de Strasbourg, il est l’auteur de nombreux livres, notamment Hommes-femmes. Quelle égalité ? (Editions de l’Atelier, 2002, avec Alain Bihr), Inégalités et rapports sociaux. Rapports de classe, rapports de sexe (La Dispute, 2007). Il a coordonné deux numéros de la revue Les cahiers du genre. Il a publié récemment dans une collection de poche un petit livre pédagogique : Genre et rapports sociaux de sexe (Lausanne, Editions Page 2, 2012 ; réédité au Québec, M éditions, 2013).

[2] On pourra trouver ici une des réactions collectives face à cette campagne : http://www.petitionpublique.fr/?pi=P2014N45876

[3] Elle a succédé à la Sacrée congrégation de l’inquisition romaine et universelle.

[4] Lettre aux Évêques de l’Église catholique sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Église et dans le monde. En ligne sur le site du Vatican : http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_co...

[5] Lettre citée par Le Monde, 7 août 2004.

[6] Pour un bilan synthétique voir : Alain Bihr, Roland Pfefferkorn, Hommes-Femmes, quelle égalité ?, Paris, Éditions de l’Atelier, 2002.

[7] L’origine de la famille, de la propriété et de l’Etat [1884], Le temps des cerises, 2012, avec une introduction critique de Christophe Darmangeat.

[8] En Suisse, Le Matin Dimanche du 9 février 2014 donnait la parole à une libérale-conservatrice, protestante, bien connue, Suzette Sandoz, qui résumait au premier degré la complémentarité dite naturelle et vitale de l’homme et de la femme : « Pour des raisons liées à la nature, l’homme est certainement plus belliqueux que la femme. Tandis que la femme, de par son instinct maternel, a une capacité d’adaptation, elle recherche la survie. C’est le mariage de ces deux forces qui fait progresser la vie. » (Réd. A l’Encontre)

[9] C’est cette question que nous avons traitée dans un précédent livre que nous avons publié avec Philippe Cardon et Danielle Kergoat : Chemins de l’émancipation et rapports sociaux de sexe (La Dispute, 2009).

 

»» http://alencontre.org/europe/france/sexe-et-genre-de-quoi-parle-t-on.html

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 22:24

Un mien ami m’a rappelé il y a peu qui était André Pieyre de Mandiargues, cet écrivain, poète, romancier, dramaturge né en 1909 à Paris et y décédé en 1991 et qui a marqué la génération d’après-guerre. Un roman de l’auteur, La Marge, l’a marqué. Je ne l’ai toujours pas lu. À l’écouter, je me disais que j’avais encore raté une occasion.

 

 

La Margeretrace l’histoire d’un homme, Sigismond, qui part à Barcelone, à la place d’un cousin, en mission de représentant de commerce. Il y apprend le suicide de sa compagne. Effondré, il n’a d’autres recours que de se mettre en marge où il vit un parcours initiatique en errant dans le quartier des prostituées de la capitale catalane. Mais, c’est aussi la dictature franquiste et Mandiargues affuble l’abominable dictateur du surnom de « furhoncle » qui est la contraction de « führer » et de « furoncle », cette infection purulente et douloureuse suppurant sur le derme.

 

 

L’auteur décrit l’ambiance de ce régime où la peur et la pauvreté forment un ménage sans avenir. L’auteur écrit : «  Beaucoup ont perdu la fierté, mais sous leurs vêtements misérables, dans leurs corps chétifs, ils sont distingués par une spéciale noblesse que l’on reconnaît avec un peu d’attention et quelque habitude et qui est celle de la défaite. La grâce des vaincus les habite. Avec moins d’évidence, à cause d’une verdeur qui tient au muscle, à l’estomac, et au sexe, elle habite aussi leurs cadets, qui ont grandi sous la loi du furhoncle, et dont il est reconnaissable qu’ils marchent, courent, dansent, boivent, se cognent ou s’étreignent comme s’ils vivaient en état provisoire d’évasion, dans le bonheur fiévreux de la liberté provisoire ». L’état provisoire d’évasion, la consolation des gens sans espoir.

 

 

Franco, le furhoncle, a fini par mourir. L’Espagne est devenue une démocratie, certes quelque peu surveillée. La liberté a été retrouvée, des avancées que l’on croyait impossibles comme la dépénalisation de l’IVG, se sont menées sans trop de heurts. La crise financière de 2008 et la crise immobilière espagnole stoppèrent net ce mouvement vers le progrès et plus de liberté. Un gouvernement conservateur a été mis en place. Il a commencé par une sévère politique d’austérité appuyée par la Commission européenne et le FMI. Les droits sociaux ont été bafoués. Et comme cela ne suffisait pas, ce pouvoir s’attaque au droit à l’avortement. Il programme une terrible marche arrière. Les nombreux mouvements de protestation en Espagne et aussi dans les pays de l’Union européenne semblent rester lettre morte jusqu’à présent.

 


 FPS_avortement02.jpg

Le 24 janvier dernier à Bruxelles, les Femmes Prévoyantes Socialistes à la tête de la manifestation de protestation contre la loi d'interdiction de l'avortement en Espagne qui est partie de l'ambassade d'Espagne pour se rendre à l'esplanade du siège bruxellois du Parlement européen. Plus sympathique que les braillards réactionnaires à Paris et à Madrid !


 

Mais, il y a aussi des mouvements de masse favorables à ce retour en arrière et qui le clament haut et fort. Ils rassemblent la frange la plus conservatrice de la société ibérique. Des catholiques intégristes aux nostalgiques du franquisme. Comme le disait un analyste politique, le PPE au pouvoir (parti populaire espagnol incorporé au groupe PPE – parti populaire européen – d’obédience chrétienne) est un parti de droite qui a intégré l’extrême-droite.

 

 

Et l’Espagne n’est pas seule ! En Italie, les IVG deviennent de plus en plus difficiles à cause de la clause de « conscience » de gynécologues pour refuser de pratiquer des avortements. En Belgique, plusieurs médecins font aussi état de l’objection de conscience pour éluder cet acte. Mais, l’Eglise attaque également. C’est ainsi que pour faire pression sur des parlementaires, Mgr Léonard, l’archevêque de Bruxelles-Malines, a décrété une journée de prière et de jeûne. 

 

 

Mais c’est en France que le conservatisme se montre le plus virulent.

 

 

Les manifestations contre Hollande le 14 juillet, les jacqueries des bonnets rouges bretons, l’affaire Dieudonné ont attisé les tensions déjà exacerbées par le chômage endémique et la précarité qui s’étend. Et cela s’accélère ! À trois reprises depuis le début 2014, la France réactionnaire, la France antisémite, la France raciste, la France intégriste, la France de Pétain et de Maurras, cette France répugnante que d’aucuns pensaient à jamais enterrée, a battu les pavés de Paris et de plusieurs métropoles françaises !  La première fois, ce fut très violent. Ensuite, cela s’est calmé, mais les démonstrations furent à chaque fois massives. Le cycle provocation répression était une fois de plus enclenché.

 


 manif-pour-tous.jpg

La "Manif pour tous" à Paris dimanche 2 février. Nettement moins sympathique. Pas content ? Nous non plus !

 

Le cri « Dehors les Juifs ! » plus jamais entendu depuis la Libération, comme l’a rappelé Robert Badinter, témoigne d’une déliquescence de l’opinion, que la France n’a connue que lors de toutes ses graves crises : l’Ordre moral est né après la terrible défaite de 1871 et l’écrasement de la Commune de Paris, l’affaire Dreyfus fut exacerbée dans un climat de grave crise sociale et de répression du mouvement ouvrier. Après la tentative de prise de pouvoir fasciste en février 1934 consécutive de la grande crise de 1929, le Front populaire eut la force de rétablir la démocratie. Cependant, la débâcle de 1940 amena la « révolution nationale » de Pétain, avec son cortège de décrets d’interdiction et de persécution des Juifs, des Francs-maçons, des Communistes, des Résistants pour aboutir à l’abomination du Vel d’Hiv’ en 1943. En 1958, suite à la guerre d’Algérie, s’il n’y avait eu l’autorité et le prestige de Charles de Gaulle, la République aurait été à nouveau ébranlée.

 

 

En réalité, le furhoncle en sommeil se nourrit pour se réveiller de la faiblesse du corps politique et social.

 

 

Aujourd’hui, les mêmes causes produisent les mêmes effets. L’interminable crise financière provoque un chômage jamais atteint, la pauvreté prend des proportions catastrophiques et personne n’offre une alternative crédible. Ainsi, le mouvement réactionnaire ressuscite parfois encouragé par le pouvoir en place, comme en Espagne. Il revendique essentiellement un retour au rigorisme moral sous la tutelle de l’Eglise, tandis que le pouvoir installe la rigueur de l’austérité. Il n’est donc guère étonnant que le gouvernement Rajoy dépose ces temps-ci son projet d’interdiction de l’IVG. Rigorisme moral et rigueur économique, ou régressions morale et sociale font bon ménage.

 

 

Il restait une seule carte à la gauche de gouvernement : sa capacité à mettre en œuvre des réformes sociétales. Aujourd’hui, elle l’a perdue.

 

 

Il était d’ailleurs illusoire de dissocier le social du sociétal, comme le souhaite la frange « bobo » de la gauche de pouvoir. On ne bâtit pas une société égalitaire et sans discrimination sur un corps social décharné.

 

 

L’historienne Danielle Tartakowsky livre une intéressante analyse dans « Libération » du 5 février. « Ce qui est nouveau, c’est effectivement la force de l’expression de cette France [catholique conservatrice]. Une réalité qui a pris une forme spectaculaire avec des démonstrations indéniablement de masse orchestrée par la Manif pour tous. L’autre fait marquant, c’est l’absence de riposte de la gauche : son silence et sa très grande difficulté à occuper le terrain. Quand je dis gauche, je parle de formes à construire, à inventer, et non pas de la gauche institutionnelle telle qu’elle existe. La manifestation des ligues factieuses, le 6 février 1934, a eu pour conséquence d’engager le processus du Front populaire et les droites ne sont plus descendues dans la rue jusqu’au 30 mai 1968. Mais, à gauche, on n’a jamais eu de mouvements de masse sans que les organisations syndicales y jouent un rôle majeur. »

 

 

Le vide laissé par ce que Madame Tartakowsky appelle la « gauche institutionnelle » a été comblé par cette droite réactionnaire. Tout simplement parce que la gauche a perdu sa substance. En pliant devant les diktats néolibéraux, elle s’est séparée des organisations ouvrières, du monde du travail. Aussi, il y a belle lurette que les syndicalistes ne collaborent plus avec la gauche de pouvoir. En Belgique, il y a encore des liens organiques mais de plus en plus ténus entre les syndicats et la gauche politique.

 

 

Ainsi, des réformes sociétales sont impossibles à réaliser sans l’appui des organisations syndicales, du monde du travail. Voilà la grande erreur de la gauche de gouvernement et de sa « base » bobo.

 

 

Le pire : Hollande, très vite, a cédé à la rue. Par peur ? Comme si ces réformes ne lui plaisaient pas au fond de lui-même ? Déjà, lors du débat sur le mariage gay, il a voulu introduire une clause de conscience pour les maires ne voulant pas marier des homosexuels. Il dut reculer, là aussi.

 

 

Cela aura de sérieuses conséquences. Non seulement, tous les projets de réforme du statut de la famille, une éventuelle révision de l’interdiction de l’euthanasie sont reportés – autrement dit enterrés – en outre, loin de calmer le jeu pour soi-disant se consacrer exclusivement à cette fameuse courbe du chômage qui s’obstine à ne pas s’inverser, la mouvance réactionnaire s’est renforcée et reste plus que jamais déterminée à inverser l’ordre des choses quitte à acculer le pouvoir à la démission. Ludovine de la Rochère (la bien nommée !) , la présidente de la Manif pour tous a averti : « Si le gouvernement espère calmer l’inquiétude profonde qui habite les familles et la société en se contentant de repousser l’examen d’un projet de loi. Il commet une erreur. »

 

 

Si on n’y prend garde, toute nouvelle avancée en matière éthique pourrait être exclue pour longtemps et l’application des lois existantes notamment concernant l’avortement entravée, comme cela se passe avec « l’objection de conscience » de certains gynécologues, sans compter les pressions sur d’autres.

 

 

Le furhoncle suppure à nouveau. Et à travers le temps, il prend plusieurs formes. Aujourd’hui, ce n’est plus le vieux dictateur reclus dans son palais, mais un système complexe et inaccessible qui s’installe petit à petit en attisant la force exacerbée des préjugés, l’individualisme qui laisse la place à la somme des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général, en démantelant les solidarités au profit d’une société atomisée, sans défenses, sous le joug  d’une élite mondialisée aux manettes des grands organismes supranationaux et des plus puissantes multinationales qui imposent leur seule loi, leur unique modèle culturel.

 

 

Ah oui ! C’est un ami qui m’a ouvert les yeux sur cette nocive et dégoûtante infection qui l’inquiète autant sinon plus que moi. Qui est –il ? Un « infâme » syndicaliste gauchiste ? Non, un banquier.

 

 

 

Pierre Verhas

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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 14:25

 

La gauche sociale démocrate va-t-elle longtemps encore pratiquer les soins palliatifs à un agonisant qui s’appelle l’Etat ?

 

 

La puissance publique, le pouvoir politique, les services publics passent progressivement aux mains du capital privé. Les Etats-nations, du moins en Europe, sont en pleine déliquescence par l’émergence de sous-nationalismes qui les craquellent de l’intérieur et ils sont écartelés par les pouvoirs de plus en plus importants d’organisations supranationales comme l’Union européenne ou le Fonds monétaire international qui fixent désormais les règles à suivre. Et derrière ces organisations, il y a les banques et les multinationales.

 

 

Ces règles sont basées sur une pensée que certains appellent « unique » et qui est en réalité révolutionnaire. Cette idéologie se base sur une conception nouvelle de l’homme – fausse, par ailleurs – et la volonté d’un bouleversement radical des rapports sociaux au profit d’un individualisme effréné afin d’élaborer une société atomisée où toutes les solidarités sont exclues. C’est surtout une société sans liberté, inégalitaire, égoïste. Cela au profit d’un pouvoir absolu, inaccessible, inconnu.

 

 

La gauche sociale démocrate n’a pas vu venir ce fléau. Elle a ouvert la porte au libéralisme croyant naïvement ainsi pouvoir préserver l’Etat social qu’elle a fondé après guerre. L’extrême-gauche restait figée dans ses fantasmes d’une révolution inaccessible. Face à la crise surgie dès 1973 avec le premier choc pétrolier, les organisations syndicales n’eurent dès lors comme objectif que de tenter de préserver l’emploi face à une désindustrialisation qui a débuté dès les années 1950 avec la fermeture des charbonnages des bassins wallons, du Nord de la France et du Limbourg belge. Elles pensèrent, un temps, que la réduction du temps de travail pourrait sauver l’emploi et maintenir le pouvoir d’achat des travailleurs. Ce fut une grossière erreur.

 

 

En Belgique, le syndicaliste André Renard, en réponse à l’offensive de droite qui émanait surtout de Flandre, a revendiqué en 1960 le fédéralisme pour arracher l’autonomie de la Wallonie qui aurait été ainsi à même de réaliser les réformes de structures. Ce fut une colossale erreur stratégique. La régionalisation a mené à la division du pays, à l’isolement et à la faillite de la Wallonie ainsi qu’à la domination du pays par le courant conservateur flamand.

 

 

Pour quelles raisons ? La première tient à une évidence : le socialisme est avant tout internationaliste et ce n’est pas en isolant une région certes dépendante que l’on instaure des réformes de structures qui demandent au contraire une dimension et une solidarité supranationales.

 

 

C’était vers l’Europe qu’il fallait se diriger. Certes, à l’époque, la gauche se méfiait de l’intégration européenne qu’elle considérait comme un renforcement du capitalisme face au bloc soviétique. La construction européenne n’intéressait en définitive que quelques cénacles sociaux-démocrates qui étaient cependant relativement puissants par les personnalités qui les composaient.

 

 

La critique de gauche de l’intégration européenne par Mendès France en 1957 est juste dans son analyse : cette construction a pour objet de construire une société libérale et exclut toute dimension sociale. Cependant, Mendès commit l’erreur de ne pas envisager en réponse la dimension supranationale. La social-démocratie aurait dû être le fer de lance d’une Europe sociale. En cela elle a raté une occasion historique.

 

 

La seconde raison tient à l’élaboration même du fédéralisme à la Belge qui fut le fruit d’un compromis boiteux entre un fédéralisme d’autonomie économique et un nationalisme ethniste et dominateur. En Wallonie et à Bruxelles, les partis sont devenus le champ clos de sous-régionalismes et de localismes égoïstes. La bataille de la sidérurgie a été en partie perdue suite à la concurrence artificielle entre les bassins liégeois et carolorégiens, sans compter la rivalité avec les aciéries luxembourgeoises et de Lorraine. Une fois de plus, la solution aurait pu survenir dans un cadre supranational. C’eût été le meilleur moyen de lutter contre l’offensive des multinationales, comme Mittal, qui n’ont eu aucune difficulté à achever l’agonisant.

 

 

C’est ainsi que le PS francophone belge s’est dénaturé.  

 

 

Aujourd’hui, et le revirement de Hollande – pour autant qu’il y ait « revirement » - et la faiblesse du gouvernement Di Rupo résultant d’un compromis impossible plongeant le pays dans l’immobilisme ont décrédibilisé la social-démocratie. Et l’avenir proche s’annonce assombri : le politique ne cesse de céder au capital. Ainsi, le TSCG (le Pacte budgétaire européen) ôte désormais toute marge de manœuvre pour donner des moyens à une politique nouvelle.

 


 

Les élections générales en Belgique et européennes dans l’Union européenne seront sans doute une étape importante. Le risque d’un triomphe du populisme est énorme. Comme l’a dit Pierre Larrouturou : « On risque de voir un Parlement européen composé de fachos et d’eurosceptiques ». Et, malheureusement, les forces de progrès ne sont pas prêtes. L’offensive conservatrice est rude. On le voit en Espagne avec le projet de loi d’interdiction de l’avortement.


 


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 L'économiste français Pierre Larrouturou, ancien conseiller de Michel Rocard, est conscient des dangers qui guettent la gauche et propose un programme audacieux de réformes politiques, financières et sociales au niveau européen par son mouvement "Nouvelle donne".


Cela dit, il ne faut pas rejeter en bloc la social-démocratie qui a joué un rôle historique après la guerre. Lisons l’analyse très pertinente du blogueur français Yves Quignou parue le 30 janvier sur son blog hébergé par « Mediapart » : « L’analyse de « La social-démocratie, à laquelle Marx appartenait d’ailleurs, a eu son heure de gloire tout au long du 20ème siècle, jusqu’à la chute du mur de Berlin. Elle a été une authentique forme du mouvement ouvrier qui entendait réformer le capitalisme de l’intérieur sur la base d’un compromis entre le monde du travail et le Capital, organisé démocratiquement par L’Etat – quitte à envisager à terme le dépassement du capitalisme lui-même (hormis en Allemagne lorsque le SPD a rompu avec le marxisme à Bade-Godesberg), mais pas à pas. D’où un ensemble de conquêtes positives arrachées à la classe capitaliste par les syndicats et les partis de gauche, dans toute une série de domaines comme les salaires, les droits sociaux, les services publics, etc. Réformer c’était donc améliorer le sort des classes populaires et initier un progrès économique et social en leur faveur, ce qui explique que dans certains pays comme la France, cela ait pu se faire avec l’appui des communistes (1936, 1946, 1981) pourtant partisans d’une rupture révolutionnaire, dont le PS français était d’ailleurs idéologiquement partisan à l’époque de Mitterrand et du programme commun de la gauche. »

 

 

Cependant, aujourd’hui, on est passé au social-libéralisme qui est devenu le compagnon de route de l’ultralibéralisme. La faiblesse des socialistes dans le gouvernement Di Rupo, le ralliement de Hollande à la « troisième voie » d’un Blair et d’un Schröder ont fait des partis sociaux-démocrates européens au pouvoir des collaborateurs zélés de la politique ultralibérale au niveau de l’Union européenne. Il faut cependant noter un changement significatif avec l’attitude du SPD dans la nouvelle « grande coalition » en Allemagne. La réinstauration du SMIC, par exemple, est un élément important. Et n’oublions pas que le SPD est le parti social-démocrate le plus important d’Europe.

 

 

En plus, l’immobilisme général de la gauche de gouvernement et l’offensive ultralibérale et conservatrice provoquent la naissance d’un mouvement qui pourrait donner de toutes nouvelles orientations à la gauche démocratique en Europe occidentale, du moins.

 

 

En effet, on note de très nets changements à gauche, en France comme en Belgique. En France, le PS est sclérosé par ses incessantes luttes de clans et son orientation social-libérale de plus en plus marquée. Le Front de gauche avec ses divisions et les excès de Jean-Luc Mélenchon ne représente plus l’alternative qu’il s’était donné comme objectif aux élections présidentielles de 2012. La gauche écologiste est elle aussi empêtrée dans ses contradictions et ses querelles de personnes. L’ensemble de la gauche parlementaire a perdu son caractère innovateur. Et pire, elle ne représente plus la classe ouvrière et le monde du travail qui se trouvent à la merci du populisme.

 

 

 

Des mouvements comme « Nouvelle donne » en France et le « PTB-GO » en Belgique, apportent un souffle nouveau tout en ne sombrant pas dans le populisme et l’euroscepticisme. Le programme de « Nouvelle donne » qui a été mis au point par Pierre Larrouturou, ancien membre du bureau du PS, ancien conseiller de Michel Rocard, et feu Stéphane Hessel, est particulièrement intéressant. Ses bases furent élaborées par la motion malheureusement minoritaire « Oser aller plus loin plus vite » proposée au Congrès de Toulouse du PS français en octobre 2012. Larrouturou fonda ensuite le Collectif « Roosevelt 2012 » qui milite pour un nouveau système bancaire basé entre autres sur la fameuse séparation des banques d’affaires et des banques de dépôts, de redonner du pouvoir au politique en matière monétaire. « Nouvelle donne » propose également de revoir les traités européens à huit ou neuf Etats-membres. Il serait en effet impossible d’élaborer une quelconque réforme à 28 !

 

 

Le PTB, Parti du Travail de Belgique, issu du mouvement flamand AMADA (Alle macht aan de arbeiders – tout le pouvoir aux travailleurs) né en 1970 lors des grèves des mineurs du Limbourg, était initialement maoïste et son organisation comme son action étaient très sectaires, au point qu’il suscitait une grande méfiance de la part de l’ensemble de la gauche en Belgique. Le PTB, depuis quelques temps, a incontestablement évolué.  Il est très présent sur le terrain des luttes sociales et de la solidarité à l’égard des exclus de la société. C’est une grande force : aucune autre formation de gauche ne peut prétendre à une telle mobilisation.

 

 

En outre, il s’est ouvert à des personnalités de gauche pour les prochaines élections. Il a su rassembler les reliquats du Parti communiste et des trotskystes de la LCR. Il a répondu ainsi à l'appel de la FGTB de Charleroi qui souhaite la constitution d'une force politique à la gauche du PS. Le PTB a déjà de fortes chances de décrocher un siège dans l’arrondissement de Liège, suite à ce que les travailleurs de la sidérurgie considèrent comme la trahison des Socialistes. En plus, le PTB a pris l’initiative de présenter des listes d’ouverture où seront présents des militants et des intellectuels connus comme le journaliste et ancien sénateur Ecolo Josy Dubié, la philosophe Isabelle Stengers, Hugues Lepaige, un des fondateurs et rédacteur à la revue « Politique ». L’historienne Anne Morelli et d’autres personnalités des mondes académique et syndical soutiennent cette initiative.


 

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 Le porte-parole du PTB-GO, Raoul Hellebouw, présente les personnalités qui soutiennent ce rassemblement : de gauche à droite, Christian Viroux, FGTB Charleroi, Josy Dubié, Raoul Hellebouw et Hugues Le Paige.



En outre, on constate que ce genre de formation plus ouverte correspond à une nécessité. Par la politique de collaboration de classe du PS, il y a un besoin réel d’une régénération de la gauche qui devra à terme redevenir cette force de proposition populaire capable de transformer la société dans un sens de plus de justice et d’égalité.

 

Certes, ces initiatives sont critiquées par la gauche de gouvernement qui craint de perdre des plumes, ces nouvelles formations étant pour elle des facteurs de division et non de renforcement.

 

Comme l’écrit Henri Goldman sur son blog : « Toute l’histoire politique des démocraties est pleine de ces initiatives au départ très minoritaires qui ont modifié le champ politique et qui ont parfois inversé le rapport de forces à l’intérieur d’un « camp ». Ça ne veut pas dire que se lancer dans une aventure minoritaire est forcément justifié par principe. C’est toujours une gageure. Seule l’analyse concrète d’une situation concrète pourrait l’établir. Mais la récuser en général « pour ne pas diviser », ça vole vraiment bas. »

 

Sans doute – et c’est à espérer – une nouvelle dynamique s’est mise en place. Il est à souhaiter qu’elle ne soit pas un feu de paille qui se consumerait après les élections de mai prochain. En effet, le PTB – GO et « Nouvelle Donne » ont peu de chances de faire un résultat spectaculaire. Le PTB-GO décrochera sans doute deux ou trois sièges au Parlement fédéral belge et quelques-uns à la Région wallonne, mais ni en France, ni en Belgique, ces deux formations ne peuvent prétendre à un mandat au Parlement européen.

 

 

Tout en restant vigilant sur d’éventuelles dérives de la gauche radicale, il n’en reste pas moins que c’est un élément nouveau qui donne des couleurs aux forces de progrès et surtout qui apporte des idées et donc un programme. Ce qui est indispensable.

 

 

Pierre Verhas

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 13:39

 C’est reparti ! Cela devait arriver ! Voici que l’émission de Frédéric Taddéï sur France 2 est menacée suite au débat qu’il avait programmé vendredi 10 janvier sur l’affaire Dieudonné. En effet, cette prestation de « Ce soir ou jamais » fut un véritable pugilat entre le lobby de la pensée unique et un ou deux contradicteurs dont le physicien belge Jean Bricmont.


 Jean-Bricmont---Belgium-one.jpg

Jean Bricmont n'est pas apprécié parce qu'il sort des schémas classiques.

 

Pour vous faire une idée du climat de ce « débat », voici le synopsis établi par le site Agoravox.fr  d’une petite partie de ce « grand » moment de télévision, un dialogue surréaliste entre Jean Bricmont et Jean-François Kahn :

 

Ambiance :


Jean Bricmont : Il y a une phrase de Voltaire que de plus en plus de gens répètent et si j’étais vous, je ferai attention à ça, ils disent « si vous voulez savoir qui a réellement le pouvoir, demandez vous de qui on ne peut pas parler "… (silence)… sans commentaire !

 

 Brouhaha général

 

-J-F K. : Cela dit ça, c’est une phrase antisémite ! 

-Rihan-Cypel : Oui !

Jean Bricmont : Pourquoi elle est antisémite ? 

-J-F K. Bah vous savez pourquoi… (rire de fond) … alors là faut pas quand même faire un dessin …ha ha ha.

-Jean Bricmont : Mais je dis simplement qu’elle n’était pas antisémite chez Voltaire.

J-F K : Ah là bah oui, parce que …heu…en même…a…ca dép… c’est une phrase … mais parce que ça dépend … à partir ....

 

-Jean Bricmont : Pourquoi elle devient antisémite ? Parce que qui essaie d’empêcher qu’on parle d’eux ?

 

J-F K : Aaaaah »

 

Edifiant, non ? Et tout est à l’avenant. En plus, Taddéï avait invité en aparté l’écrivain controversé – et que je déteste –  Marc-Edouard Nabe qui avait déjà été condamné pour propos antisémites et qui inscrit cette affaire Dieudonné dans le « conspirationnisme ». Tollé des participants ! Nabe refuse de condamner l’antisémitisme… Et il sera reproché à Taddéï de l’avoir invité.


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Frédéric Taddéï, l'animateur à la fois de talent et à l'esprit indépendant de l'émission "Ce soir ou jamais" est menacé par le nomenkaltura.

 

Dialogue de sourds

 

Cela dit, « Ce soir ou jamais » est visé depuis plusieurs semaines. Sur France 5, le 12 mars 2013, il y eut un « clash » entre Taddéï et le journaliste Patrick Cohen. Ce dernier émit, sur le ton de la courtoisie hypocrite, des menaces à peine voilées à l’égard de l’animateur de « Ce soir ou jamais ». Ici, c’est « Acrimed », l’observatoire des médias qui en a diffusé le synopsis.


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Patrick Cohen : journaliste ou censeur ?

 

- Frédéric Taddeï : « Sur ce sujet, j’ai toujours été clair, et j’ai toujours fait ça partout, y compris sur les stations de radio que nous avons fréquentées tous les deux, pour moi, il n’y a pas de liste noire, il n’y a  pas d’invité que je refuse d’inviter par principe parce que je ne l’aime pas. Voilà, je me l’interdis, je suis sur le service public, ce n’est pas à moi d’inviter les gens en fonction de mes sympathies et de mes antipathies, voilà c’est tout, donc à partir de ce moment-là … Non, mais c’est très important. »

- Patrick Cohen : «Ce n’est pas juste une question de sympathie ou d’antipathie. »

 

- F T : « Bah si. »

 

- P C : « Non, non, non, vous avez une responsabilité, quand on anime une émission de débat, de débat public, on a une responsabilité, par exemple de ne pas propager de thèse complotiste, de ne pas donner la parole à des cerveaux malades, parce que dans les gens que j’ai cités, je pense qu’il y a des cerveaux malades. » (…)

 

- P C : « Non, non, ce n’est pas un jugement… des gens qui pensent qu’on a jamais marché sur la lune, que le 11 septembre n’a pas existé, ou que les chambres à gaz… »

- F T : « Qui dans les gens… peut-être Soral, c’est à lui que vous faites allusion ? »

 

- Patrick Cohen : « Soral sur le 11 septembre, enfin bon bref, il y a… »

 

- F T : « Oui mais bon… C’est un débat éternel on ne sera jamais d’accord sur ce sujet, j’anime une émission de service public, si j’étais sur Fox News, je serais comme vous, je déciderais que les gens qui regardent Fox News vont entendre un certain son de cloche et je le privilégierais. »

 

- P C : « Non, non, non, non, non… »

 

- Alessandra Sublet : « On a chacun le droit de penser ce qu’on veut Patrick. »

- P C : « Non ! » (…)

 

- P C : « Non, non, on a le droit de penser ce qu’on veut, mais dans les limites de la loi, et pardon mais là… » (…)

 

- P C : « Je dis qu’il y a… Complotiste, vous savez ce que c’est les complotistes, et le complotistes ça finit généralement… » (…)

 

- F T : « Sur ce sujet j’ai eu à m’expliquer, et je me suis expliquer, et je crois que les gens ont été assez convaincus, tant qu’il n’y aura pas une loi en France, et vous pouvez écrire à votre député si vous voulez que les gens ne puissent plus dire qu’ils doutent de ce qu’ils appellent la version officielle d 11 septembre, si vous voulez qu’ils n’aient plus le droit de le dire… »

 

- P C : « Ils ont le droit de le dire… »

 

- F T : « Et ben alors ? » (…)

 

- P C : « Non, il y a eu d’autres choses… » (…)

 

- F T : « Il y avait des gens en face de lui qui lui[Mathieu Kassowitz] ont dit qu’il était fou, le débat a eu lieu, point terminé. Si vous, si je disais là, si je vous disais là « j’ai des doutes sur le fait que Lee Harvey Oswald était le seul tireur le jour de l’assassinat de Kennedy », qu’est-ce que vous faites, vous m’accusez de négationnisme et me faites arrêter par la police ? »

 

- P C : « Non évidemment pas, évidemment pas, évidemment pas. »

 

- F T : « Bon, quelle différence ? Quelle différence ? »

 

- P C : « Je, je, je pointe… Non simplement vous dites toutes les opinions… » (…)

 

- P C : « Vous dites simplement que toutes les opinions se valent et qu’on peut entendre absolument toutes les opinions, moi je… »

 

- F T : « Toutes les opinions autorisées par la loi, et en France sont défendues par la Constitution, tout ce qui n’est pas interdit est autorisé, et ce n’est pas moi, animateur de télévision qui vais décider de ce que l’on a le droit de dire, il y a des livres qui paraissent, des films qui sortent, vous avez le droit de faire le tri, c’est votre responsabilité… »

 

- P C : « Je dis simplement qu’on a une responsabilité. »

 

- F T : « Et ben c’est la vôtre, moi la mienne, c’est de… »

 

- P C : « Vous avez une responsabilité aussi. » (…)

 

- F T : « Moi, ma responsabilité c’est que en tant qu’animateur d’une émission de débat sur le service public je m’interdis d’être le procureur ou le défenseur des uns et des autres et surtout de censure qui que ce soir sur quelque sujet que ce soit, à partir du moment où il respecte la loi. Mais il n’y a eu le moindre problème dans « Ce soir ou jamais » y compris avec les gens que vous avez cité, je parle de Dieudonné et d’Alain Soral qui sont dans des positions un peu spéciales… »

 

- P C : « Il y en eu d’autres, y’en a eu d’autres… »

 

- F T : « Je ne parle pas de Tariq Ramadan et de Marc-Edouard Dabe qui sont invités partout… »

 

- P C : « Condamnés, condamnés plusieurs fois… » (…)

 

- F T : « Vous voulez que je vous fasse la liste d’un certain nombre de ministres qui ont été condamnés, y compris pour racisme, ça ne vous a pas empêché de les inviter dans votre émission de radio le lendemain… »

 

- P C : « Ah, pas beaucoup. »

 

- F T : « Ah oui ? Vous voulez qu’on cite des noms, vous les avez invités le lendemain, ça ne vous a pas gêné, bon voilà, parce qu’il se trouve que c’étaient des ministres ou des élus de la république, point. »


  Le processus totalitaire

 

Que conclure de ces échanges ? Tout le caractère totalitaire de la « pensée unique » y est exprimé. Et ici apparaît le processus totalitaire.

 

 

Toutes les opinions ne se valent pas, affirme Cohen. On n’a pas le droit de penser ce qu’on veut ! Il y a des positions admises et d’autres interdites, même si la loi ne les condamne pas. Ainsi, il n’est pas question de critiquer le rapport officiel sur les attentats du 11 septembre 2001 sous peine d’être traité de « complotiste ». Ces gens là sont des « cerveaux malades ». Eh bien ! Voilà exactement ce qu’a imaginé Orwell dans « 1984 » et ce que les Staliniens ont fait en envoyant les opposants considérés comme des « cerveaux malades » en asile psychiatrique.


 

Taddéï dans le collimateur de la nomenklatura

 

 

À cela, Taddéï répond qu’il estime remplir sa mission de service public en ne dressant pas une liste noire de personnes à ne pas inviter et en laissant toutes les opinions s’exprimer tant qu’elles ne sont pas interdites par la loi. Il s’interdit de jouer au procureur ou de se livrer à une quelconque censure. Mais, pour Cohen, en plus de la loi, les animateurs ont une responsabilité d’interdire à certaines opinions de s’exprimer. Ainsi, comme en tout régime totalitaire, la pensée unique est au-dessus de la loi et ne souffre aucune contestation.


 

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 Il eût été surprenant que BHL ne rajoute son grain de sel...

 

 

En écoutant Cohen, l’affaire est entendue. « Ce soir ou jamais » est dans le collimateur de la nomenklatura.  Et c’est terminé. Taddéï est foutu : ses adversaires ne lâchent jamais leur proie. Voici un extrait édifiant du « Monde »     où interviennent BHL et Caroline Fourest : « En persistant à inviter tous les assassins du vivre-ensemble de l’Hexagone sur la durée (Nabe, Soral, Ramadan, Dieudonné, Bouteldja, j’en passe et des plus pitoyables), Taddeï, anar zinzin et par conséquent véritable homme de convictions, a permis de faire émerger des leaders d’opinions là où il n’y avait que des esprits malades [NDLA - les « malades » du ciboulot, cela devient une obsession !], détruisant la République". "Ce soir ou jamais" ? Du "sous-Polac" avec "du clash et du buzz" sans intérêt. Au lendemain de l'émission sur Dieudonné, Caroline Fourest sur twitter, renchérit finement sur le même thème : "Chez Taddei, la démocratie médiatique, c'est 5 minutes pour les Juifs, et 10 minutes pour Hitler". » Il est curieux que ce « sous-Polac » attire des personnalités comme l’écrivain Philippe Sollers ou le directeur du Collège de France, Pierre Rosanvallon qui étaient présentes la semaine suivante sur le plateau de Taddéï.

 

 

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Alain Soral, écrivain sulfureux au parcours chaotique se livre volontiers à la provocation et à l'abjection. Faut-il, pour autant, le faire taire ?

 


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 Marc - Edouard Nabe autre écrivain sulfureux s'apprête à publier à compte d'auteur un bouquin de 1000 pages contre Soral. Son manque d'esprit de synthèse lui coûte cher !

 

 

La réalité de l’antisémitisme

 

 

 

Essayons de raisonner en dehors de passions malsaines. L’antisémitisme existe en France. C’est une réalité qui se manifeste sous deux formes.


En premier lieu, il subsiste, cela a déjà été écrit ici, un vieux fond antisémite dans une partie de la population française qui s’exprime par une hostilité latente à l’égard de la Communauté juive. Cet antisémitisme est ancien. Il date de l’affaire Dreyfus. Il a connu son paroxysme par les lois antijuives du régime de Pétain et la rafle du Vel d’Hiv en 1943. Il n’a jamais totalement disparu depuis. Ce fut le négationnisme cautionné par un Le Pen avec son fameux « détail de l’histoire ». Il est l’apanage de personnage comme Soral ou Nabe. Il se retrouve également dans la partie réactionnaire du monde catholique, celle que l’on a vu dans la rue lors de la controverse sur le mariage « pour tous » et qui fait campagne aujourd’hui pour l’abrogation de la loi Veil sur l’avortement.


 

 

Le second antisémitisme est lié au conflit israélo-palestinien. Il émane de groupes radicalisés au sein de la population musulmane maghrébine et africaine. Il s’exprime par la violence à l’égard de jeunes Juifs qui peut aller jusqu’au crime, comme ce fut le cas avec le crime de l’Ivoirien Youssouf Fofana qui a enlevé, séquestré, torturé à mort le jeune Juif Ilan Halimi. Résultat : le climat entre Musulmans et Juifs s’est plus que tendu et la moindre étincelle peut déclencher l’explosion.


Face à ce crime et à ces violences, la réponse de certains Juifs est plus que musclée. Ainsi, la Ligue de Défense Juive, milice privée très agressive interdite aux Etats-Unis et en… Israël, a pignon sur rue dans les quartiers juifs des grandes villes françaises. Les affiches de la LDJ fleurissent dans le quartier du Marais à Paris où se trouve la rue des Rosiers. Des groupes de jeunes Juifs hassidim y manifestent le vendredi en fin d’après-midi à chaque début de shabbat qui devrait en principe être un moment de recueillement et de sérénité annonçant le repos hebdomadaire, en scandant « shabbat shalom ! » comme un slogan et font pression sur les passants pour qu’ils rentrent chez eux. J’en ai été personnellement témoin.


Bref, de tous les côtés, rien n’est fait pour réduire les tensions.

 

Le rôle du CRIF

 

En outre, des lobbies de la Communauté juive se radicalisent. C’est le cas du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France) qui se transforme en une officine politique et de propagande du gouvernement conservateur israélien et de sa politique. En effet, l’opinion publique en Europe occidentale est de plus en plus critique à l’égard de la politique agressive de la droite au pouvoir en Israël. Toute critique de cette politique est dénoncée avec force comme une manifestation d’antisémitisme. Comme le CRIF entretient d’excellentes relations avec des hommes et des femmes de médias, il arrive aisément à faire passer son message. La pression qu’il exerce est telle que la plupart des grands responsables politiques lui font allégeance.


Cela a évidemment une influence sur la diplomatie française et sur l’opinion publique. Il est devenu malaisé d’émettre une critique de la politique israélienne sans se faire étiqueter comme antisémite. Aussi, les adversaires de la droite israélienne se taisent. Cela laisse le champ libre aux extrémistes qui ne manquent pas d’en profiter pour envenimer les choses.


Enfin, toute tentative de dialogue entre les deux parties, toute initiative de paix est considérée comme suspecte. Les personnes qui se sont engagées dans cette voie sont surveillées par la police et fichées par les services israéliens.

 

La liberté d’expression est inaliénable.

 

Ce constat inquiétant doit-il servir de prétexte à des atteintes au droit fondamental de la liberté d’expression ? 


Après tout les Soral, Nabe, Dieudonné et consorts ne sont pas au sommet des ventes en librairie. Mais, ils ont le droit de s’exprimer dans le cadre de la loi.


On va m’accuser de théorie du complot, mais tant pis ! En définitive, ne met-on pas en avant les propos abjects de ces personnages qui ne méritent que des haussements d’épaule et le silence du mépris dans le but de restreindre la capacité critique de l’opinion publique ?


En corollaire, pourquoi n’applique-ton pas la loi à l’égard de ces individus ?  N’en prendra-t-on prétexte pour restreindre la liberté d’expression ?


Ce ne sera jamais assez dit : il existe des moyens de lutte contre les tenants de l’antisémitisme et du racisme. Utilisons-les. Et surtout, battons-nous pour éliminer les causes de leur développement.


Enfin, quand on voit les attaques contre l’humoriste Nicolas Bedos, aura-t-on encore droit à l’outrance ?


Oui, sous peine de perdre notre libre examen, la liberté d’expression est inaliénable.

 

Pierre Verhas

 

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Published by pierre verhas
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