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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 22:24

Un mien ami m’a rappelé il y a peu qui était André Pieyre de Mandiargues, cet écrivain, poète, romancier, dramaturge né en 1909 à Paris et y décédé en 1991 et qui a marqué la génération d’après-guerre. Un roman de l’auteur, La Marge, l’a marqué. Je ne l’ai toujours pas lu. À l’écouter, je me disais que j’avais encore raté une occasion.

 

 

La Margeretrace l’histoire d’un homme, Sigismond, qui part à Barcelone, à la place d’un cousin, en mission de représentant de commerce. Il y apprend le suicide de sa compagne. Effondré, il n’a d’autres recours que de se mettre en marge où il vit un parcours initiatique en errant dans le quartier des prostituées de la capitale catalane. Mais, c’est aussi la dictature franquiste et Mandiargues affuble l’abominable dictateur du surnom de « furhoncle » qui est la contraction de « führer » et de « furoncle », cette infection purulente et douloureuse suppurant sur le derme.

 

 

L’auteur décrit l’ambiance de ce régime où la peur et la pauvreté forment un ménage sans avenir. L’auteur écrit : «  Beaucoup ont perdu la fierté, mais sous leurs vêtements misérables, dans leurs corps chétifs, ils sont distingués par une spéciale noblesse que l’on reconnaît avec un peu d’attention et quelque habitude et qui est celle de la défaite. La grâce des vaincus les habite. Avec moins d’évidence, à cause d’une verdeur qui tient au muscle, à l’estomac, et au sexe, elle habite aussi leurs cadets, qui ont grandi sous la loi du furhoncle, et dont il est reconnaissable qu’ils marchent, courent, dansent, boivent, se cognent ou s’étreignent comme s’ils vivaient en état provisoire d’évasion, dans le bonheur fiévreux de la liberté provisoire ». L’état provisoire d’évasion, la consolation des gens sans espoir.

 

 

Franco, le furhoncle, a fini par mourir. L’Espagne est devenue une démocratie, certes quelque peu surveillée. La liberté a été retrouvée, des avancées que l’on croyait impossibles comme la dépénalisation de l’IVG, se sont menées sans trop de heurts. La crise financière de 2008 et la crise immobilière espagnole stoppèrent net ce mouvement vers le progrès et plus de liberté. Un gouvernement conservateur a été mis en place. Il a commencé par une sévère politique d’austérité appuyée par la Commission européenne et le FMI. Les droits sociaux ont été bafoués. Et comme cela ne suffisait pas, ce pouvoir s’attaque au droit à l’avortement. Il programme une terrible marche arrière. Les nombreux mouvements de protestation en Espagne et aussi dans les pays de l’Union européenne semblent rester lettre morte jusqu’à présent.

 


 FPS_avortement02.jpg

Le 24 janvier dernier à Bruxelles, les Femmes Prévoyantes Socialistes à la tête de la manifestation de protestation contre la loi d'interdiction de l'avortement en Espagne qui est partie de l'ambassade d'Espagne pour se rendre à l'esplanade du siège bruxellois du Parlement européen. Plus sympathique que les braillards réactionnaires à Paris et à Madrid !


 

Mais, il y a aussi des mouvements de masse favorables à ce retour en arrière et qui le clament haut et fort. Ils rassemblent la frange la plus conservatrice de la société ibérique. Des catholiques intégristes aux nostalgiques du franquisme. Comme le disait un analyste politique, le PPE au pouvoir (parti populaire espagnol incorporé au groupe PPE – parti populaire européen – d’obédience chrétienne) est un parti de droite qui a intégré l’extrême-droite.

 

 

Et l’Espagne n’est pas seule ! En Italie, les IVG deviennent de plus en plus difficiles à cause de la clause de « conscience » de gynécologues pour refuser de pratiquer des avortements. En Belgique, plusieurs médecins font aussi état de l’objection de conscience pour éluder cet acte. Mais, l’Eglise attaque également. C’est ainsi que pour faire pression sur des parlementaires, Mgr Léonard, l’archevêque de Bruxelles-Malines, a décrété une journée de prière et de jeûne. 

 

 

Mais c’est en France que le conservatisme se montre le plus virulent.

 

 

Les manifestations contre Hollande le 14 juillet, les jacqueries des bonnets rouges bretons, l’affaire Dieudonné ont attisé les tensions déjà exacerbées par le chômage endémique et la précarité qui s’étend. Et cela s’accélère ! À trois reprises depuis le début 2014, la France réactionnaire, la France antisémite, la France raciste, la France intégriste, la France de Pétain et de Maurras, cette France répugnante que d’aucuns pensaient à jamais enterrée, a battu les pavés de Paris et de plusieurs métropoles françaises !  La première fois, ce fut très violent. Ensuite, cela s’est calmé, mais les démonstrations furent à chaque fois massives. Le cycle provocation répression était une fois de plus enclenché.

 


 manif-pour-tous.jpg

La "Manif pour tous" à Paris dimanche 2 février. Nettement moins sympathique. Pas content ? Nous non plus !

 

Le cri « Dehors les Juifs ! » plus jamais entendu depuis la Libération, comme l’a rappelé Robert Badinter, témoigne d’une déliquescence de l’opinion, que la France n’a connue que lors de toutes ses graves crises : l’Ordre moral est né après la terrible défaite de 1871 et l’écrasement de la Commune de Paris, l’affaire Dreyfus fut exacerbée dans un climat de grave crise sociale et de répression du mouvement ouvrier. Après la tentative de prise de pouvoir fasciste en février 1934 consécutive de la grande crise de 1929, le Front populaire eut la force de rétablir la démocratie. Cependant, la débâcle de 1940 amena la « révolution nationale » de Pétain, avec son cortège de décrets d’interdiction et de persécution des Juifs, des Francs-maçons, des Communistes, des Résistants pour aboutir à l’abomination du Vel d’Hiv’ en 1943. En 1958, suite à la guerre d’Algérie, s’il n’y avait eu l’autorité et le prestige de Charles de Gaulle, la République aurait été à nouveau ébranlée.

 

 

En réalité, le furhoncle en sommeil se nourrit pour se réveiller de la faiblesse du corps politique et social.

 

 

Aujourd’hui, les mêmes causes produisent les mêmes effets. L’interminable crise financière provoque un chômage jamais atteint, la pauvreté prend des proportions catastrophiques et personne n’offre une alternative crédible. Ainsi, le mouvement réactionnaire ressuscite parfois encouragé par le pouvoir en place, comme en Espagne. Il revendique essentiellement un retour au rigorisme moral sous la tutelle de l’Eglise, tandis que le pouvoir installe la rigueur de l’austérité. Il n’est donc guère étonnant que le gouvernement Rajoy dépose ces temps-ci son projet d’interdiction de l’IVG. Rigorisme moral et rigueur économique, ou régressions morale et sociale font bon ménage.

 

 

Il restait une seule carte à la gauche de gouvernement : sa capacité à mettre en œuvre des réformes sociétales. Aujourd’hui, elle l’a perdue.

 

 

Il était d’ailleurs illusoire de dissocier le social du sociétal, comme le souhaite la frange « bobo » de la gauche de pouvoir. On ne bâtit pas une société égalitaire et sans discrimination sur un corps social décharné.

 

 

L’historienne Danielle Tartakowsky livre une intéressante analyse dans « Libération » du 5 février. « Ce qui est nouveau, c’est effectivement la force de l’expression de cette France [catholique conservatrice]. Une réalité qui a pris une forme spectaculaire avec des démonstrations indéniablement de masse orchestrée par la Manif pour tous. L’autre fait marquant, c’est l’absence de riposte de la gauche : son silence et sa très grande difficulté à occuper le terrain. Quand je dis gauche, je parle de formes à construire, à inventer, et non pas de la gauche institutionnelle telle qu’elle existe. La manifestation des ligues factieuses, le 6 février 1934, a eu pour conséquence d’engager le processus du Front populaire et les droites ne sont plus descendues dans la rue jusqu’au 30 mai 1968. Mais, à gauche, on n’a jamais eu de mouvements de masse sans que les organisations syndicales y jouent un rôle majeur. »

 

 

Le vide laissé par ce que Madame Tartakowsky appelle la « gauche institutionnelle » a été comblé par cette droite réactionnaire. Tout simplement parce que la gauche a perdu sa substance. En pliant devant les diktats néolibéraux, elle s’est séparée des organisations ouvrières, du monde du travail. Aussi, il y a belle lurette que les syndicalistes ne collaborent plus avec la gauche de pouvoir. En Belgique, il y a encore des liens organiques mais de plus en plus ténus entre les syndicats et la gauche politique.

 

 

Ainsi, des réformes sociétales sont impossibles à réaliser sans l’appui des organisations syndicales, du monde du travail. Voilà la grande erreur de la gauche de gouvernement et de sa « base » bobo.

 

 

Le pire : Hollande, très vite, a cédé à la rue. Par peur ? Comme si ces réformes ne lui plaisaient pas au fond de lui-même ? Déjà, lors du débat sur le mariage gay, il a voulu introduire une clause de conscience pour les maires ne voulant pas marier des homosexuels. Il dut reculer, là aussi.

 

 

Cela aura de sérieuses conséquences. Non seulement, tous les projets de réforme du statut de la famille, une éventuelle révision de l’interdiction de l’euthanasie sont reportés – autrement dit enterrés – en outre, loin de calmer le jeu pour soi-disant se consacrer exclusivement à cette fameuse courbe du chômage qui s’obstine à ne pas s’inverser, la mouvance réactionnaire s’est renforcée et reste plus que jamais déterminée à inverser l’ordre des choses quitte à acculer le pouvoir à la démission. Ludovine de la Rochère (la bien nommée !) , la présidente de la Manif pour tous a averti : « Si le gouvernement espère calmer l’inquiétude profonde qui habite les familles et la société en se contentant de repousser l’examen d’un projet de loi. Il commet une erreur. »

 

 

Si on n’y prend garde, toute nouvelle avancée en matière éthique pourrait être exclue pour longtemps et l’application des lois existantes notamment concernant l’avortement entravée, comme cela se passe avec « l’objection de conscience » de certains gynécologues, sans compter les pressions sur d’autres.

 

 

Le furhoncle suppure à nouveau. Et à travers le temps, il prend plusieurs formes. Aujourd’hui, ce n’est plus le vieux dictateur reclus dans son palais, mais un système complexe et inaccessible qui s’installe petit à petit en attisant la force exacerbée des préjugés, l’individualisme qui laisse la place à la somme des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général, en démantelant les solidarités au profit d’une société atomisée, sans défenses, sous le joug  d’une élite mondialisée aux manettes des grands organismes supranationaux et des plus puissantes multinationales qui imposent leur seule loi, leur unique modèle culturel.

 

 

Ah oui ! C’est un ami qui m’a ouvert les yeux sur cette nocive et dégoûtante infection qui l’inquiète autant sinon plus que moi. Qui est –il ? Un « infâme » syndicaliste gauchiste ? Non, un banquier.

 

 

 

Pierre Verhas

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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 14:25

 

La gauche sociale démocrate va-t-elle longtemps encore pratiquer les soins palliatifs à un agonisant qui s’appelle l’Etat ?

 

 

La puissance publique, le pouvoir politique, les services publics passent progressivement aux mains du capital privé. Les Etats-nations, du moins en Europe, sont en pleine déliquescence par l’émergence de sous-nationalismes qui les craquellent de l’intérieur et ils sont écartelés par les pouvoirs de plus en plus importants d’organisations supranationales comme l’Union européenne ou le Fonds monétaire international qui fixent désormais les règles à suivre. Et derrière ces organisations, il y a les banques et les multinationales.

 

 

Ces règles sont basées sur une pensée que certains appellent « unique » et qui est en réalité révolutionnaire. Cette idéologie se base sur une conception nouvelle de l’homme – fausse, par ailleurs – et la volonté d’un bouleversement radical des rapports sociaux au profit d’un individualisme effréné afin d’élaborer une société atomisée où toutes les solidarités sont exclues. C’est surtout une société sans liberté, inégalitaire, égoïste. Cela au profit d’un pouvoir absolu, inaccessible, inconnu.

 

 

La gauche sociale démocrate n’a pas vu venir ce fléau. Elle a ouvert la porte au libéralisme croyant naïvement ainsi pouvoir préserver l’Etat social qu’elle a fondé après guerre. L’extrême-gauche restait figée dans ses fantasmes d’une révolution inaccessible. Face à la crise surgie dès 1973 avec le premier choc pétrolier, les organisations syndicales n’eurent dès lors comme objectif que de tenter de préserver l’emploi face à une désindustrialisation qui a débuté dès les années 1950 avec la fermeture des charbonnages des bassins wallons, du Nord de la France et du Limbourg belge. Elles pensèrent, un temps, que la réduction du temps de travail pourrait sauver l’emploi et maintenir le pouvoir d’achat des travailleurs. Ce fut une grossière erreur.

 

 

En Belgique, le syndicaliste André Renard, en réponse à l’offensive de droite qui émanait surtout de Flandre, a revendiqué en 1960 le fédéralisme pour arracher l’autonomie de la Wallonie qui aurait été ainsi à même de réaliser les réformes de structures. Ce fut une colossale erreur stratégique. La régionalisation a mené à la division du pays, à l’isolement et à la faillite de la Wallonie ainsi qu’à la domination du pays par le courant conservateur flamand.

 

 

Pour quelles raisons ? La première tient à une évidence : le socialisme est avant tout internationaliste et ce n’est pas en isolant une région certes dépendante que l’on instaure des réformes de structures qui demandent au contraire une dimension et une solidarité supranationales.

 

 

C’était vers l’Europe qu’il fallait se diriger. Certes, à l’époque, la gauche se méfiait de l’intégration européenne qu’elle considérait comme un renforcement du capitalisme face au bloc soviétique. La construction européenne n’intéressait en définitive que quelques cénacles sociaux-démocrates qui étaient cependant relativement puissants par les personnalités qui les composaient.

 

 

La critique de gauche de l’intégration européenne par Mendès France en 1957 est juste dans son analyse : cette construction a pour objet de construire une société libérale et exclut toute dimension sociale. Cependant, Mendès commit l’erreur de ne pas envisager en réponse la dimension supranationale. La social-démocratie aurait dû être le fer de lance d’une Europe sociale. En cela elle a raté une occasion historique.

 

 

La seconde raison tient à l’élaboration même du fédéralisme à la Belge qui fut le fruit d’un compromis boiteux entre un fédéralisme d’autonomie économique et un nationalisme ethniste et dominateur. En Wallonie et à Bruxelles, les partis sont devenus le champ clos de sous-régionalismes et de localismes égoïstes. La bataille de la sidérurgie a été en partie perdue suite à la concurrence artificielle entre les bassins liégeois et carolorégiens, sans compter la rivalité avec les aciéries luxembourgeoises et de Lorraine. Une fois de plus, la solution aurait pu survenir dans un cadre supranational. C’eût été le meilleur moyen de lutter contre l’offensive des multinationales, comme Mittal, qui n’ont eu aucune difficulté à achever l’agonisant.

 

 

C’est ainsi que le PS francophone belge s’est dénaturé.  

 

 

Aujourd’hui, et le revirement de Hollande – pour autant qu’il y ait « revirement » - et la faiblesse du gouvernement Di Rupo résultant d’un compromis impossible plongeant le pays dans l’immobilisme ont décrédibilisé la social-démocratie. Et l’avenir proche s’annonce assombri : le politique ne cesse de céder au capital. Ainsi, le TSCG (le Pacte budgétaire européen) ôte désormais toute marge de manœuvre pour donner des moyens à une politique nouvelle.

 


 

Les élections générales en Belgique et européennes dans l’Union européenne seront sans doute une étape importante. Le risque d’un triomphe du populisme est énorme. Comme l’a dit Pierre Larrouturou : « On risque de voir un Parlement européen composé de fachos et d’eurosceptiques ». Et, malheureusement, les forces de progrès ne sont pas prêtes. L’offensive conservatrice est rude. On le voit en Espagne avec le projet de loi d’interdiction de l’avortement.


 


 LarrouturouP.jpg

 L'économiste français Pierre Larrouturou, ancien conseiller de Michel Rocard, est conscient des dangers qui guettent la gauche et propose un programme audacieux de réformes politiques, financières et sociales au niveau européen par son mouvement "Nouvelle donne".


Cela dit, il ne faut pas rejeter en bloc la social-démocratie qui a joué un rôle historique après la guerre. Lisons l’analyse très pertinente du blogueur français Yves Quignou parue le 30 janvier sur son blog hébergé par « Mediapart » : « L’analyse de « La social-démocratie, à laquelle Marx appartenait d’ailleurs, a eu son heure de gloire tout au long du 20ème siècle, jusqu’à la chute du mur de Berlin. Elle a été une authentique forme du mouvement ouvrier qui entendait réformer le capitalisme de l’intérieur sur la base d’un compromis entre le monde du travail et le Capital, organisé démocratiquement par L’Etat – quitte à envisager à terme le dépassement du capitalisme lui-même (hormis en Allemagne lorsque le SPD a rompu avec le marxisme à Bade-Godesberg), mais pas à pas. D’où un ensemble de conquêtes positives arrachées à la classe capitaliste par les syndicats et les partis de gauche, dans toute une série de domaines comme les salaires, les droits sociaux, les services publics, etc. Réformer c’était donc améliorer le sort des classes populaires et initier un progrès économique et social en leur faveur, ce qui explique que dans certains pays comme la France, cela ait pu se faire avec l’appui des communistes (1936, 1946, 1981) pourtant partisans d’une rupture révolutionnaire, dont le PS français était d’ailleurs idéologiquement partisan à l’époque de Mitterrand et du programme commun de la gauche. »

 

 

Cependant, aujourd’hui, on est passé au social-libéralisme qui est devenu le compagnon de route de l’ultralibéralisme. La faiblesse des socialistes dans le gouvernement Di Rupo, le ralliement de Hollande à la « troisième voie » d’un Blair et d’un Schröder ont fait des partis sociaux-démocrates européens au pouvoir des collaborateurs zélés de la politique ultralibérale au niveau de l’Union européenne. Il faut cependant noter un changement significatif avec l’attitude du SPD dans la nouvelle « grande coalition » en Allemagne. La réinstauration du SMIC, par exemple, est un élément important. Et n’oublions pas que le SPD est le parti social-démocrate le plus important d’Europe.

 

 

En plus, l’immobilisme général de la gauche de gouvernement et l’offensive ultralibérale et conservatrice provoquent la naissance d’un mouvement qui pourrait donner de toutes nouvelles orientations à la gauche démocratique en Europe occidentale, du moins.

 

 

En effet, on note de très nets changements à gauche, en France comme en Belgique. En France, le PS est sclérosé par ses incessantes luttes de clans et son orientation social-libérale de plus en plus marquée. Le Front de gauche avec ses divisions et les excès de Jean-Luc Mélenchon ne représente plus l’alternative qu’il s’était donné comme objectif aux élections présidentielles de 2012. La gauche écologiste est elle aussi empêtrée dans ses contradictions et ses querelles de personnes. L’ensemble de la gauche parlementaire a perdu son caractère innovateur. Et pire, elle ne représente plus la classe ouvrière et le monde du travail qui se trouvent à la merci du populisme.

 

 

 

Des mouvements comme « Nouvelle donne » en France et le « PTB-GO » en Belgique, apportent un souffle nouveau tout en ne sombrant pas dans le populisme et l’euroscepticisme. Le programme de « Nouvelle donne » qui a été mis au point par Pierre Larrouturou, ancien membre du bureau du PS, ancien conseiller de Michel Rocard, et feu Stéphane Hessel, est particulièrement intéressant. Ses bases furent élaborées par la motion malheureusement minoritaire « Oser aller plus loin plus vite » proposée au Congrès de Toulouse du PS français en octobre 2012. Larrouturou fonda ensuite le Collectif « Roosevelt 2012 » qui milite pour un nouveau système bancaire basé entre autres sur la fameuse séparation des banques d’affaires et des banques de dépôts, de redonner du pouvoir au politique en matière monétaire. « Nouvelle donne » propose également de revoir les traités européens à huit ou neuf Etats-membres. Il serait en effet impossible d’élaborer une quelconque réforme à 28 !

 

 

Le PTB, Parti du Travail de Belgique, issu du mouvement flamand AMADA (Alle macht aan de arbeiders – tout le pouvoir aux travailleurs) né en 1970 lors des grèves des mineurs du Limbourg, était initialement maoïste et son organisation comme son action étaient très sectaires, au point qu’il suscitait une grande méfiance de la part de l’ensemble de la gauche en Belgique. Le PTB, depuis quelques temps, a incontestablement évolué.  Il est très présent sur le terrain des luttes sociales et de la solidarité à l’égard des exclus de la société. C’est une grande force : aucune autre formation de gauche ne peut prétendre à une telle mobilisation.

 

 

En outre, il s’est ouvert à des personnalités de gauche pour les prochaines élections. Il a su rassembler les reliquats du Parti communiste et des trotskystes de la LCR. Il a répondu ainsi à l'appel de la FGTB de Charleroi qui souhaite la constitution d'une force politique à la gauche du PS. Le PTB a déjà de fortes chances de décrocher un siège dans l’arrondissement de Liège, suite à ce que les travailleurs de la sidérurgie considèrent comme la trahison des Socialistes. En plus, le PTB a pris l’initiative de présenter des listes d’ouverture où seront présents des militants et des intellectuels connus comme le journaliste et ancien sénateur Ecolo Josy Dubié, la philosophe Isabelle Stengers, Hugues Lepaige, un des fondateurs et rédacteur à la revue « Politique ». L’historienne Anne Morelli et d’autres personnalités des mondes académique et syndical soutiennent cette initiative.


 

PTB_elections.jpg

 Le porte-parole du PTB-GO, Raoul Hellebouw, présente les personnalités qui soutiennent ce rassemblement : de gauche à droite, Christian Viroux, FGTB Charleroi, Josy Dubié, Raoul Hellebouw et Hugues Le Paige.



En outre, on constate que ce genre de formation plus ouverte correspond à une nécessité. Par la politique de collaboration de classe du PS, il y a un besoin réel d’une régénération de la gauche qui devra à terme redevenir cette force de proposition populaire capable de transformer la société dans un sens de plus de justice et d’égalité.

 

Certes, ces initiatives sont critiquées par la gauche de gouvernement qui craint de perdre des plumes, ces nouvelles formations étant pour elle des facteurs de division et non de renforcement.

 

Comme l’écrit Henri Goldman sur son blog : « Toute l’histoire politique des démocraties est pleine de ces initiatives au départ très minoritaires qui ont modifié le champ politique et qui ont parfois inversé le rapport de forces à l’intérieur d’un « camp ». Ça ne veut pas dire que se lancer dans une aventure minoritaire est forcément justifié par principe. C’est toujours une gageure. Seule l’analyse concrète d’une situation concrète pourrait l’établir. Mais la récuser en général « pour ne pas diviser », ça vole vraiment bas. »

 

Sans doute – et c’est à espérer – une nouvelle dynamique s’est mise en place. Il est à souhaiter qu’elle ne soit pas un feu de paille qui se consumerait après les élections de mai prochain. En effet, le PTB – GO et « Nouvelle Donne » ont peu de chances de faire un résultat spectaculaire. Le PTB-GO décrochera sans doute deux ou trois sièges au Parlement fédéral belge et quelques-uns à la Région wallonne, mais ni en France, ni en Belgique, ces deux formations ne peuvent prétendre à un mandat au Parlement européen.

 

 

Tout en restant vigilant sur d’éventuelles dérives de la gauche radicale, il n’en reste pas moins que c’est un élément nouveau qui donne des couleurs aux forces de progrès et surtout qui apporte des idées et donc un programme. Ce qui est indispensable.

 

 

Pierre Verhas

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 13:39

 C’est reparti ! Cela devait arriver ! Voici que l’émission de Frédéric Taddéï sur France 2 est menacée suite au débat qu’il avait programmé vendredi 10 janvier sur l’affaire Dieudonné. En effet, cette prestation de « Ce soir ou jamais » fut un véritable pugilat entre le lobby de la pensée unique et un ou deux contradicteurs dont le physicien belge Jean Bricmont.


 Jean-Bricmont---Belgium-one.jpg

Jean Bricmont n'est pas apprécié parce qu'il sort des schémas classiques.

 

Pour vous faire une idée du climat de ce « débat », voici le synopsis établi par le site Agoravox.fr  d’une petite partie de ce « grand » moment de télévision, un dialogue surréaliste entre Jean Bricmont et Jean-François Kahn :

 

Ambiance :


Jean Bricmont : Il y a une phrase de Voltaire que de plus en plus de gens répètent et si j’étais vous, je ferai attention à ça, ils disent « si vous voulez savoir qui a réellement le pouvoir, demandez vous de qui on ne peut pas parler "… (silence)… sans commentaire !

 

 Brouhaha général

 

-J-F K. : Cela dit ça, c’est une phrase antisémite ! 

-Rihan-Cypel : Oui !

Jean Bricmont : Pourquoi elle est antisémite ? 

-J-F K. Bah vous savez pourquoi… (rire de fond) … alors là faut pas quand même faire un dessin …ha ha ha.

-Jean Bricmont : Mais je dis simplement qu’elle n’était pas antisémite chez Voltaire.

J-F K : Ah là bah oui, parce que …heu…en même…a…ca dép… c’est une phrase … mais parce que ça dépend … à partir ....

 

-Jean Bricmont : Pourquoi elle devient antisémite ? Parce que qui essaie d’empêcher qu’on parle d’eux ?

 

J-F K : Aaaaah »

 

Edifiant, non ? Et tout est à l’avenant. En plus, Taddéï avait invité en aparté l’écrivain controversé – et que je déteste –  Marc-Edouard Nabe qui avait déjà été condamné pour propos antisémites et qui inscrit cette affaire Dieudonné dans le « conspirationnisme ». Tollé des participants ! Nabe refuse de condamner l’antisémitisme… Et il sera reproché à Taddéï de l’avoir invité.


frederic_taddei.jpg

Frédéric Taddéï, l'animateur à la fois de talent et à l'esprit indépendant de l'émission "Ce soir ou jamais" est menacé par le nomenkaltura.

 

Dialogue de sourds

 

Cela dit, « Ce soir ou jamais » est visé depuis plusieurs semaines. Sur France 5, le 12 mars 2013, il y eut un « clash » entre Taddéï et le journaliste Patrick Cohen. Ce dernier émit, sur le ton de la courtoisie hypocrite, des menaces à peine voilées à l’égard de l’animateur de « Ce soir ou jamais ». Ici, c’est « Acrimed », l’observatoire des médias qui en a diffusé le synopsis.


patrick-cohen-600.jpg

Patrick Cohen : journaliste ou censeur ?

 

- Frédéric Taddeï : « Sur ce sujet, j’ai toujours été clair, et j’ai toujours fait ça partout, y compris sur les stations de radio que nous avons fréquentées tous les deux, pour moi, il n’y a pas de liste noire, il n’y a  pas d’invité que je refuse d’inviter par principe parce que je ne l’aime pas. Voilà, je me l’interdis, je suis sur le service public, ce n’est pas à moi d’inviter les gens en fonction de mes sympathies et de mes antipathies, voilà c’est tout, donc à partir de ce moment-là … Non, mais c’est très important. »

- Patrick Cohen : «Ce n’est pas juste une question de sympathie ou d’antipathie. »

 

- F T : « Bah si. »

 

- P C : « Non, non, non, vous avez une responsabilité, quand on anime une émission de débat, de débat public, on a une responsabilité, par exemple de ne pas propager de thèse complotiste, de ne pas donner la parole à des cerveaux malades, parce que dans les gens que j’ai cités, je pense qu’il y a des cerveaux malades. » (…)

 

- P C : « Non, non, ce n’est pas un jugement… des gens qui pensent qu’on a jamais marché sur la lune, que le 11 septembre n’a pas existé, ou que les chambres à gaz… »

- F T : « Qui dans les gens… peut-être Soral, c’est à lui que vous faites allusion ? »

 

- Patrick Cohen : « Soral sur le 11 septembre, enfin bon bref, il y a… »

 

- F T : « Oui mais bon… C’est un débat éternel on ne sera jamais d’accord sur ce sujet, j’anime une émission de service public, si j’étais sur Fox News, je serais comme vous, je déciderais que les gens qui regardent Fox News vont entendre un certain son de cloche et je le privilégierais. »

 

- P C : « Non, non, non, non, non… »

 

- Alessandra Sublet : « On a chacun le droit de penser ce qu’on veut Patrick. »

- P C : « Non ! » (…)

 

- P C : « Non, non, on a le droit de penser ce qu’on veut, mais dans les limites de la loi, et pardon mais là… » (…)

 

- P C : « Je dis qu’il y a… Complotiste, vous savez ce que c’est les complotistes, et le complotistes ça finit généralement… » (…)

 

- F T : « Sur ce sujet j’ai eu à m’expliquer, et je me suis expliquer, et je crois que les gens ont été assez convaincus, tant qu’il n’y aura pas une loi en France, et vous pouvez écrire à votre député si vous voulez que les gens ne puissent plus dire qu’ils doutent de ce qu’ils appellent la version officielle d 11 septembre, si vous voulez qu’ils n’aient plus le droit de le dire… »

 

- P C : « Ils ont le droit de le dire… »

 

- F T : « Et ben alors ? » (…)

 

- P C : « Non, il y a eu d’autres choses… » (…)

 

- F T : « Il y avait des gens en face de lui qui lui[Mathieu Kassowitz] ont dit qu’il était fou, le débat a eu lieu, point terminé. Si vous, si je disais là, si je vous disais là « j’ai des doutes sur le fait que Lee Harvey Oswald était le seul tireur le jour de l’assassinat de Kennedy », qu’est-ce que vous faites, vous m’accusez de négationnisme et me faites arrêter par la police ? »

 

- P C : « Non évidemment pas, évidemment pas, évidemment pas. »

 

- F T : « Bon, quelle différence ? Quelle différence ? »

 

- P C : « Je, je, je pointe… Non simplement vous dites toutes les opinions… » (…)

 

- P C : « Vous dites simplement que toutes les opinions se valent et qu’on peut entendre absolument toutes les opinions, moi je… »

 

- F T : « Toutes les opinions autorisées par la loi, et en France sont défendues par la Constitution, tout ce qui n’est pas interdit est autorisé, et ce n’est pas moi, animateur de télévision qui vais décider de ce que l’on a le droit de dire, il y a des livres qui paraissent, des films qui sortent, vous avez le droit de faire le tri, c’est votre responsabilité… »

 

- P C : « Je dis simplement qu’on a une responsabilité. »

 

- F T : « Et ben c’est la vôtre, moi la mienne, c’est de… »

 

- P C : « Vous avez une responsabilité aussi. » (…)

 

- F T : « Moi, ma responsabilité c’est que en tant qu’animateur d’une émission de débat sur le service public je m’interdis d’être le procureur ou le défenseur des uns et des autres et surtout de censure qui que ce soir sur quelque sujet que ce soit, à partir du moment où il respecte la loi. Mais il n’y a eu le moindre problème dans « Ce soir ou jamais » y compris avec les gens que vous avez cité, je parle de Dieudonné et d’Alain Soral qui sont dans des positions un peu spéciales… »

 

- P C : « Il y en eu d’autres, y’en a eu d’autres… »

 

- F T : « Je ne parle pas de Tariq Ramadan et de Marc-Edouard Dabe qui sont invités partout… »

 

- P C : « Condamnés, condamnés plusieurs fois… » (…)

 

- F T : « Vous voulez que je vous fasse la liste d’un certain nombre de ministres qui ont été condamnés, y compris pour racisme, ça ne vous a pas empêché de les inviter dans votre émission de radio le lendemain… »

 

- P C : « Ah, pas beaucoup. »

 

- F T : « Ah oui ? Vous voulez qu’on cite des noms, vous les avez invités le lendemain, ça ne vous a pas gêné, bon voilà, parce qu’il se trouve que c’étaient des ministres ou des élus de la république, point. »


  Le processus totalitaire

 

Que conclure de ces échanges ? Tout le caractère totalitaire de la « pensée unique » y est exprimé. Et ici apparaît le processus totalitaire.

 

 

Toutes les opinions ne se valent pas, affirme Cohen. On n’a pas le droit de penser ce qu’on veut ! Il y a des positions admises et d’autres interdites, même si la loi ne les condamne pas. Ainsi, il n’est pas question de critiquer le rapport officiel sur les attentats du 11 septembre 2001 sous peine d’être traité de « complotiste ». Ces gens là sont des « cerveaux malades ». Eh bien ! Voilà exactement ce qu’a imaginé Orwell dans « 1984 » et ce que les Staliniens ont fait en envoyant les opposants considérés comme des « cerveaux malades » en asile psychiatrique.


 

Taddéï dans le collimateur de la nomenklatura

 

 

À cela, Taddéï répond qu’il estime remplir sa mission de service public en ne dressant pas une liste noire de personnes à ne pas inviter et en laissant toutes les opinions s’exprimer tant qu’elles ne sont pas interdites par la loi. Il s’interdit de jouer au procureur ou de se livrer à une quelconque censure. Mais, pour Cohen, en plus de la loi, les animateurs ont une responsabilité d’interdire à certaines opinions de s’exprimer. Ainsi, comme en tout régime totalitaire, la pensée unique est au-dessus de la loi et ne souffre aucune contestation.


 

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 Il eût été surprenant que BHL ne rajoute son grain de sel...

 

 

En écoutant Cohen, l’affaire est entendue. « Ce soir ou jamais » est dans le collimateur de la nomenklatura.  Et c’est terminé. Taddéï est foutu : ses adversaires ne lâchent jamais leur proie. Voici un extrait édifiant du « Monde »     où interviennent BHL et Caroline Fourest : « En persistant à inviter tous les assassins du vivre-ensemble de l’Hexagone sur la durée (Nabe, Soral, Ramadan, Dieudonné, Bouteldja, j’en passe et des plus pitoyables), Taddeï, anar zinzin et par conséquent véritable homme de convictions, a permis de faire émerger des leaders d’opinions là où il n’y avait que des esprits malades [NDLA - les « malades » du ciboulot, cela devient une obsession !], détruisant la République". "Ce soir ou jamais" ? Du "sous-Polac" avec "du clash et du buzz" sans intérêt. Au lendemain de l'émission sur Dieudonné, Caroline Fourest sur twitter, renchérit finement sur le même thème : "Chez Taddei, la démocratie médiatique, c'est 5 minutes pour les Juifs, et 10 minutes pour Hitler". » Il est curieux que ce « sous-Polac » attire des personnalités comme l’écrivain Philippe Sollers ou le directeur du Collège de France, Pierre Rosanvallon qui étaient présentes la semaine suivante sur le plateau de Taddéï.

 

 

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Alain Soral, écrivain sulfureux au parcours chaotique se livre volontiers à la provocation et à l'abjection. Faut-il, pour autant, le faire taire ?

 


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 Marc - Edouard Nabe autre écrivain sulfureux s'apprête à publier à compte d'auteur un bouquin de 1000 pages contre Soral. Son manque d'esprit de synthèse lui coûte cher !

 

 

La réalité de l’antisémitisme

 

 

 

Essayons de raisonner en dehors de passions malsaines. L’antisémitisme existe en France. C’est une réalité qui se manifeste sous deux formes.


En premier lieu, il subsiste, cela a déjà été écrit ici, un vieux fond antisémite dans une partie de la population française qui s’exprime par une hostilité latente à l’égard de la Communauté juive. Cet antisémitisme est ancien. Il date de l’affaire Dreyfus. Il a connu son paroxysme par les lois antijuives du régime de Pétain et la rafle du Vel d’Hiv en 1943. Il n’a jamais totalement disparu depuis. Ce fut le négationnisme cautionné par un Le Pen avec son fameux « détail de l’histoire ». Il est l’apanage de personnage comme Soral ou Nabe. Il se retrouve également dans la partie réactionnaire du monde catholique, celle que l’on a vu dans la rue lors de la controverse sur le mariage « pour tous » et qui fait campagne aujourd’hui pour l’abrogation de la loi Veil sur l’avortement.


 

 

Le second antisémitisme est lié au conflit israélo-palestinien. Il émane de groupes radicalisés au sein de la population musulmane maghrébine et africaine. Il s’exprime par la violence à l’égard de jeunes Juifs qui peut aller jusqu’au crime, comme ce fut le cas avec le crime de l’Ivoirien Youssouf Fofana qui a enlevé, séquestré, torturé à mort le jeune Juif Ilan Halimi. Résultat : le climat entre Musulmans et Juifs s’est plus que tendu et la moindre étincelle peut déclencher l’explosion.


Face à ce crime et à ces violences, la réponse de certains Juifs est plus que musclée. Ainsi, la Ligue de Défense Juive, milice privée très agressive interdite aux Etats-Unis et en… Israël, a pignon sur rue dans les quartiers juifs des grandes villes françaises. Les affiches de la LDJ fleurissent dans le quartier du Marais à Paris où se trouve la rue des Rosiers. Des groupes de jeunes Juifs hassidim y manifestent le vendredi en fin d’après-midi à chaque début de shabbat qui devrait en principe être un moment de recueillement et de sérénité annonçant le repos hebdomadaire, en scandant « shabbat shalom ! » comme un slogan et font pression sur les passants pour qu’ils rentrent chez eux. J’en ai été personnellement témoin.


Bref, de tous les côtés, rien n’est fait pour réduire les tensions.

 

Le rôle du CRIF

 

En outre, des lobbies de la Communauté juive se radicalisent. C’est le cas du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France) qui se transforme en une officine politique et de propagande du gouvernement conservateur israélien et de sa politique. En effet, l’opinion publique en Europe occidentale est de plus en plus critique à l’égard de la politique agressive de la droite au pouvoir en Israël. Toute critique de cette politique est dénoncée avec force comme une manifestation d’antisémitisme. Comme le CRIF entretient d’excellentes relations avec des hommes et des femmes de médias, il arrive aisément à faire passer son message. La pression qu’il exerce est telle que la plupart des grands responsables politiques lui font allégeance.


Cela a évidemment une influence sur la diplomatie française et sur l’opinion publique. Il est devenu malaisé d’émettre une critique de la politique israélienne sans se faire étiqueter comme antisémite. Aussi, les adversaires de la droite israélienne se taisent. Cela laisse le champ libre aux extrémistes qui ne manquent pas d’en profiter pour envenimer les choses.


Enfin, toute tentative de dialogue entre les deux parties, toute initiative de paix est considérée comme suspecte. Les personnes qui se sont engagées dans cette voie sont surveillées par la police et fichées par les services israéliens.

 

La liberté d’expression est inaliénable.

 

Ce constat inquiétant doit-il servir de prétexte à des atteintes au droit fondamental de la liberté d’expression ? 


Après tout les Soral, Nabe, Dieudonné et consorts ne sont pas au sommet des ventes en librairie. Mais, ils ont le droit de s’exprimer dans le cadre de la loi.


On va m’accuser de théorie du complot, mais tant pis ! En définitive, ne met-on pas en avant les propos abjects de ces personnages qui ne méritent que des haussements d’épaule et le silence du mépris dans le but de restreindre la capacité critique de l’opinion publique ?


En corollaire, pourquoi n’applique-ton pas la loi à l’égard de ces individus ?  N’en prendra-t-on prétexte pour restreindre la liberté d’expression ?


Ce ne sera jamais assez dit : il existe des moyens de lutte contre les tenants de l’antisémitisme et du racisme. Utilisons-les. Et surtout, battons-nous pour éliminer les causes de leur développement.


Enfin, quand on voit les attaques contre l’humoriste Nicolas Bedos, aura-t-on encore droit à l’outrance ?


Oui, sous peine de perdre notre libre examen, la liberté d’expression est inaliénable.

 

Pierre Verhas

 

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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 16:14

 

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Washington se heurte aux résistances et aux nouvelles réalités

Les États-Unis mènent-ils une contre-offensive en Amérique latine ?

 

 

Voici une analyse intéressante de Jean Ortiz parue sur le site « le Grand Soir » du vendredi 3 janvier 2014 sur l’interventionnisme étatsunien en Amérique latine.

 


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Jean Ortiz

 

Jean Ortiz est né en 1948 dans le Tarn et est fils d’un combattant républicain espagnol et puis résistant en Aveyron. . Il fait des études supérieures à Montpellier et Toulouse. Dans le Tarn et dans l'Aveyron, il participe aux grandes batailles ouvrières pour défendre le textile, la sidérurgie, la métallurgie, la mine. Après un séjour en Amérique latine comme journaliste à L'Humanité, il enseigne dans l'Aveyron, le Lot-et-Garonne et à Toulouse. Il est maître de Conférences à l'Université de Pau, syndicaliste universitaire adhérent au SNESUP, il travaille sur la République espagnole, l'anti-franquisme, les maquis, et sur le vingtième siècle latino-américain (les révolutions cubaine, vénézuélienne, bolivienne…).

 


Il a créé et anime depuis 1992, à Pau, le festival latino-américain « CulturAmérica ».Ortiz est donc d’un homme engagé et bien placé pour traiter ce sujet.


L’article que jean Ortiz présente ici montre combien les aléas de l’hégémonisme étatsunien qui s’est enlisé au Moyen Orient et a quelque peu délaissé sa chasse gardée qu’est l’Amérique latine, peuvent encore être dangereux, notamment par une nouvelle offensive des multinationales pour imposer à nouveau des politiques néolibérales.


Au moment où l’on discute du Traité de libre échange transatlantique, nous devons regarder avec intérêt et vigilance ce qu’il se passe en Amérique latine.

 

Pierre Verhas

 

 

 

En mai 2013, le président Obama prévenait : « L’Amérique latine représente une opportunité incroyable pour les États-Unis. » Durant son premier mandat, les États-Unis, trop occupés en Irak, an Afghanistan, en Libye, relâchèrent un peu la pression sur une arrière-cour qui commençait à leur échapper. L’influence de Washington en Amérique latine a désormais reculé au point de susciter aujourd’hui une contre-offensive impérialiste multiforme. L’empire est désormais en difficulté et son hégémonie contestée comme jamais dans l’histoire ; il n’a pas renoncé pour autant à récupérer le terrain perdu dans une région où plusieurs gouvernements se réclament de politiques post-néolibérales, voire anticapitalistes.

 

Le cœur de cible de la contre-offensive nord-américaine demeure le Venezuela bolivarien, qu’il faut faire tomber par une stratégie à la chilienne, d’usure et de déstabilisation, de guerre économique, de coup d’État rampant. Cette stratégie, ajoutée aux freins que constituent la corruption, la bureaucratie, l’insécurité, marque des points, perturbe une économie encore trop dépendante de la rente pétrolière et des importations.


Le patronat, le secteur privé, la bourgeoisie parasitaire contrôlent encore environ 70 % de l’économie ; ils provoquent des pénuries de produits de base, des sabotages économiques, des hausses de prix injustifiées… Ils les attribuent ensuite sans vergogne et avec tout leur mépris de classe au président Maduro, ce «  vulgaire chauffeur de bus  », cet «  ouvrier incompétent  ».


Or, précisément, cet ouvrier très politique et compétent, devenu président, a pris le taureau par les cornes et gouverne collectivement, au plus près du peuple. Sa pratique révolutionnaire de gouvernement de rue, la construction d’un État communal, la mise en place de communes (sortes de gouvernements locaux) qui transfèrent le pouvoir aux citoyens et activent le processus de construction, par la voie démocratique, d’un socialisme du XXIe siècle. L’État a pris des mesures enfin concrètes pour faire face à l’inflation chronique, à la spéculation, à la corruption endémique, à l’insécurité (ancienne). Une nouvelle instance du pouvoir populaire, les comités de défense populaire de l’économie, implique les citoyens dans la riposte à la guerre économique par le contrôle ouvrier, l’autogestion…


Le chavisme, pluriel, et son énorme parti (encore fragile), le Psuv, surmontent peu à peu le traumatisme de la mort de Chavez (leader au charisme exceptionnel, à la haute stature politique). Ils sortent orphelins du deuil collectif, convalescents, mais renouvelés et conquérants. Les élections municipales du 8 décembre constitueront un test politique de la plus haute importance.


La stratégie états-unienne de reconquête passe également par la riposte à l’intégration continentale en marche, qui, de fait, traverse un moment difficile. Washington met en place une sorte d’étau, une immense zone de libre-échange, un grand marché de consommateurs : l’alliance du Pacifique, l’accord d’association trans-pacifique (TPP), un clone du projet transatlantique États-Unis - Union européenne. Cet ensemble – Chili, Mexique, Colombie, Pérou, Canada, Malaisie, Vietnam, Nouvelle-Zélande, etc. – vise à torpiller l’Alba, l’Unasur, la Celac, à soumettre la région à une nouvelle donne économique, politique et géostratégique très libérale. Le repositionnement impérialiste permettra en outre d’«  accorder la priorité aux bénéfices des multinationales  » (déclaration du président équatorien Correa, à Paris, le 8 novembre 2013).


Ce retour de Washington dans la région butte sur les nouveaux rapports de forces, sur un élan populaire émancipateur, toujours dynamique. Au Chili, Michelle Bachelet va être élue avec le soutien des communistes. Au Honduras – victime, en juin 2009, d’un coup d’État pro-américain contre le président progressiste Zelaya –, les manipulations après le vote du 24 novembre prouvent que Barack Obama, la droite hondurienne, les paramilitaires, les forces répressives, l’oligarchie veulent empêcher à tout prix la victoire de la candidate du nouveau parti Liberté et Refondation, qui était en tête dans les sondages et s’est proclamé vainqueur sur la base des premiers résultats sortis des urnes. Ce parti, fédérateur, se revendique courageusement du socialisme. Sa candidate, Xiomara Castro, est précisément l’épouse du président Zelaya, renversé par le coup d’État. Insupportable pour Washington, la CIA et le Pentagone ! Selon le régime illégitime en place, J.-O. Fernandez, richissime homme d’affaires, partisan du coup d’État, serait en tête. Le peuple hondurien ne l’entend pas de cette oreille.


Au Brésil, la présidente Dilma Rousseff fulmine contre l’espionnage électronique de la NSA dont elle a été victime, ainsi que la puissante compagnie pétrolière nationale Petrobras. Lors de l’Assemblée générale de l’ONU, le 16 octobre 2013, à la tribune, elle a accusé Washington de violer la souveraineté nationale des pays. Elle a même annulé, événement majeur, un voyage officiel à l’invitation du président Obama.


Le repositionnement des États-Unis en Amérique latine accentue les polarisations sociales, politiques ; il menace la stabilité d’un continent qui reste envié pour sa croissance, ses politiques de redistribution, d’inclusion sociale, de souveraineté nationale, son recul de la pauvreté, sa déconstruction des rapports de domination, la primauté du politique, la recherche de chemins post-capitalistes, l’ouverture de chantiers socialistes du XXIe siècle, d’utopies en actes. «  L’arrière-cour des États-Unis, répètent avec pertinence les militants latino-américains, c’est aujourd’hui vous, l’Europe. »

 


Jean Ortiz

 

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 14:39

Il fallait s’y attendre. Suite à mon « papier » intitulé « I-n-a-l-i-é-n-a-b-l-e », je me suis fait traiter de tous les noms, notamment sur Facebook. Pour les uns, je suis un antisémite acharné défenseur de Dieudonné, pour d’autres, je suis un agent du « lobby sioniste » qui veut jusqu’à interdire les goïms de s’exprimer. Je n’aurais comme références que BHL – mon grand copain ! – Zemmour – que vient-il faire là dedans, celui-là ? – et bien entendu Finkielkraut…

 

Allez savoir !

 

Bon. Je récapitule.

 

Il existe en France un vieux fond antisémite qui s’est manifesté à plusieurs reprises depuis l’affaire Dreyfus – il y en a, encore aujourd’hui, qui pensent que le capitaine alsacien est coupable. Il se manifeste aujourd’hui à travers l’historien révisionniste Faurisson, des extrémistes de droite comme Alain Soral ou Bruno Gollnish, et aussi… Dieudonné qui – bien qu’il s’en défende – surfe sur l’antisémitisme dans ses sketches et se pose en une sorte de mauvais démiurge du « système ».

 

Le pouvoir représenté par Manuel Valls veut interdire à Dieudonné d’organiser des spectacles dans toute la France, parce qu’il distille la haine.

 

C’est là que cela ne va pas ! On ne peut accepter que le pouvoir empêche quelqu’un de s’exprimer. Si ces propos tombent sous le coup de la loi, il suffit de l’appliquer. Et M. M’Bala a été condamné à plusieurs reprises, mais ces jugements n’ont eu aucun effet. Pourquoi ? Personne ne répond à cette question. Une autre question : pourquoi les médias font-ils une telle publicité des prestations de Dieudonné, au point de diffuser ses propos les plus scabreux pris en caméra cachée ? Pourquoi, aussi, attacher tant d’importance à ce geste vulgaire appelé la quenelle ?

 

Si les défenseurs des droits fondamentaux et de l’égalité entre les peuples sont incapables d’imposer leur philosophie, ce qui, dès lors, rendrait inopérante la diffusion d’idées nauséabondes sous quelque forme que ce soit, comme l’humour, alors, les choses vont très mal !

 

Et si, pour ce faire, on laisse le pouvoir porter atteinte à un droit fondamental, la liberté d’expression, alors on va à la dérive. C’est tout ce que j’ai écrit. Et je persiste et je signe !

 

La liberté d’expression est un droit inaliénable. Et si l’expression d’idées tombe sous le coup de la loi, c’est au pouvoir judiciaire à l’appliquer. À partir du moment où le pouvoir limite cette liberté, c’est la porte ouverte vers l’aventure la plus dramatique. Et cela peut aboutir à Unter den Linden en 1933.

 

Là aussi, un interlocuteur sur Facebook m’a accusé de faire du relativisme et de tenir des propos odieux « sur le nuit de crystal » (sic). L’autodafé des livres des plus grands auteurs allemands ne doit pas – me semble-t-il – être confondu avec cette nuit du 9 au 10 novembre 1938 qui déclencha la persécution des Juifs en Allemagne et que je n’ai même pas évoquée.

 

Cette passion déchaînée est dangereuse, car elle attise les haines et aussi détourne des questions fondamentales comme la pauvreté, le chômage, le déclin industriel qui sont aussi le limon des idéologies d’exclusion.

 

Et par ses excès, un Dieudonné est bien utile au « système » qu’il condamne avec tant de virulence.

 

Dans ce piège là, je refuse de tomber. Il y a assez à faire dans d’autres domaines essentiels, ceux-là en nous préservant bien des tentatives totalitaires des pouvoirs en place.

 

Bonne année à toutes et à tous !

 

Pierre Verhas

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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 00:05

 

Dieudonné est antisémite ! Oui. Dieudonné est révisionniste ! Oui. Dieudonné doit être sanctionné ! Non. Dieudonné doit se taire ! Non.

 

 

 

 

dieudonne.jpg

 Dieudonné, antisémite, révisionniste n'est pas une exception dans l'inaliénabilité de la liberté d'expression.

 

Dieudonné n’est pas ma tasse de thé. Cela n’a d’ailleurs aucune importance. Ce chansonnier exprime des propos qui déplaisent à l’establishment. C’est le rôle de tout chansonnier. Sa manière est odieuse pour certains. Sans aucun doute, mais nul n’est obligé de l’écouter. Et comme il est quasi interdit de médias, il y a peu de chance que ses propos aient un impact sur le bon peuple endormi. À moins, comme on le fait, qu’on ne cesse de l’évoquer en faisant passer « en boucle » les passages les plus « croustillants » de son spectacle pris en caméra cachée !

 

 

 

Le chansonnier avait aussi lancé un signe provocateur appelé la « quenelle » qui consiste à tendre le bras droit vers le bas et mettre l’avant-bras gauche sur la poitrine, main sur le bras droit. C’est un salut nazi à l’envers doublé d’un bras d’honneur.

 

À chacune de ses provocations, répond un tollé dans le monde médiatique, au point qu’on peut se demander si Dieudonné ne sert pas de repoussoir bon gré mal gré. Il devient une sorte d’incarnation du mal. En cela, jouerait-il les idiots utiles ? Difficile à croire, car il est sans doute un des chansonniers les plus intelligents du monde francophone (dixit François Pirette sur RTL-TVI). En tout cas, son promoteur n’aurait pas rêvé meilleure publicité !

 

Cependant, on peut se poser la question : Dieudonné n’est-il pas utile là où l’argumentation ne passe plus, là où les élites politiques et médiatiques se trouvent décrédibilisées ?

 

Et cela continue ! Après plusieurs procès où Dieudonné s’est vu condamné pour propos antisémites, le ministre PS de l’Intérieur Manuel Valls – le grand ami des Roms – ne trouva rien de mieux que de prôner l’interdiction préalable de tous les spectacles de Dieudonné pour des raisons de maintien de l’ordre public, estimant que ses propos de haine ne pouvaient plus être acceptés. C’est tout à fait contraire aux règles de droit. Cela consiste à sanctionner l’intention et non les actes.

 

Dieudonné pousse le bouchon très loin.

 

Dieudonné pousse souvent  le bouchon très loin. Ainsi, dire : « Quand je pense à Cohen, je pense à une chambre à gaz ! ». Non seulement, ce n’est pas drôle, mais c’est à vomir. Pourtant, nul n’est obligé d’aller écouter ce genre de propos. Et les médias du système ne sont en rien contraints à les diffuser à une heure de grande écoute (le journal de 20 heures sur France 2), sans compter qu’ils ont été pris en caméra cachée. De même, pour la quenelle, le Huffington Post diffuse des photos de personnages qui l’exécutent devant des lieux éminemment symboliques, comme Auschwitz, l’école juive de Toulouse où Merah a répandu le sang, le Mur des lamentations, etc. Provocations largement répandues par la presse du système, donnant ainsi un impact fortement exagéré à ces aussi stupides que sinistres plaisanteries. Alors, que cherche-ton ?

 

N’est-ce pas parce que Dieudonné dérange bien au-delà de ses provocations ? N’est-ce pas parce qu’il s’attaque au système en usant d’une arme redoutablement efficace : le rire ? Le directeur de philosophie François Cousin en donne une analyse très intéressante à ce sujet : http://fr.sott.net/article/18493-Reaction-d-un-directeur-de-philosophie-au-communique-de-Valls-sur-Dieudonne

 

Il explique que Dieudonné a débuté sa carrière avec la lutte contre le racisme. Il s’est assez vite senti pris au piège, car, selon Cousin, l’antiracisme avait en définitive pour objet de se substituer à la lutte des classes.  En réalité, Dieudonné s’en serait rendu compte et dès lors, a épousé la cause palestinienne et a rapidement dérivé vers l’antisémitisme en cautionnant le révisionnisme, en fréquentant Le Pen et des milieux notoirement antisémites.

 

Au-delà de Dieudonné, l’analyse de Cousin est à retenir. En effet, l’antiracisme s’est montré inefficace. Le racisme, malgré tout l’arsenal légal, est plus nuisible que jamais. En outre, l’antiracisme a divisé durablement la gauche qui s’est divisée en deux branches : la « sociétale » et la sociale. Et les choses se sont compliquées avec l’islamophobie. On n’en sort pas !

 

La liberté d’expression à la carte

 

Nous avons d’un côté les propagandistes du système qui se gargarisent de grands principes. Et il n’y a pas que Dieudonné. Et de l’autre, des atteintes inacceptables à la liberté d’expression et à la liberté d’information que les mêmes propagandistes passent sous silence, voire approuvent.

 

Ainsi, l’éditorialiste de l’Express, bien en vue dans le microcosme, dit à propos de l’affaire des caricatures islamophobes de Charlie Hebdo : « La liberté d’expression n’a pas de limite ! ». Le même, quelques mois après, au sujet de Dieudonné : « Il y a des limites à la liberté d’expression ! ». Il y aurait donc une liberté d’expression à la carte. En tout cas, ce type est indigne d’être journaliste, car il ne défendra que les idées qu’agréent les dominants.

 

Qu’on le veuille ou non, c’est la liberté d’expression qui est attaquée, car elle est inaliénable que ce soit pour Dieudonné ou pour quiconque.

 

Atteintes à la liberté d’expression : il n’y a pas que Dieudonné.

 

Une autre atteinte à la liberté d’expression a lieu en ce moment dans cette même France « socialiste ». Le quotidien en ligne « Mediapart » vient de se voir signifier par Bercy (le ministère des finances français) un redressement fiscal de près de trois millions d’Euros sous prétexte de l’application d’un taux de TVA erroné. La réalité est, comme l’écrit Edwy Plenel, sont rédacteur en chef : « La « régression numérique » sur laquelle le courant socialiste La gauche durable alertait récemment, en mentionnant l’injustice qui est faite à la presse en ligne, témoigne d’une France oligarchique, isolée de la société et déconnectée du monde, au point d’être aveugle à la nouveauté, voire de vouloir l’étouffer dans l’œuf. Les règles à calcul invoquées par une administration des finances sans envergure dont le fisc est ici, sur ordre, le bras armé ne sont que les instruments destructeurs d’une politique ambitieuse pour la liberté de l’information, au service du droit de savoir des citoyens. »

 

Il est clair ici que c’est la liberté d’information qui est attaquée.

 


edwy_plenel.JPG 

Le pouvoir veut aussi faire taire Edwy Plenel et "Mediapart".

 

 

Et il n’y a pas que Dieudonné et Mediapart. Rappelez-vous Charles Enderlin, l’excellent correspondant de France 2 en Israël qui a été persécuté pendant des années, traîné devant les tribunaux, menacé pour avoir diffusé un reportage où l’on voit un jeune père et son enfant palestiniens pris entre deux feux dans un échange de tirs entre une patrouille israélienne et des Palestiniens. Finalement, les deux succombent sous les balles israéliennes malgré les appels au secours. C’en était trop pour les fanatiques du sionisme ! Ce reportage ne pouvait être qu’un faux et Enderlin était un antisémite à condamner. Soutenu du bout des lèvres par sa direction et la profession, il a été récemment « blanchi » par un tribunal.


 

charles-enderlin2.jpg

 Charles Enderlin, un des meilleurs journalistes a été traqué par des Israéliens fanatiques.

 

 

Là, c’est le journalisme critique qui était visé. On ne peut pas s’attaquer à la politique israélienne.

 


 Julian_Assange.jpg

Julian Assange toujours réfugié à l'ambassade d'Equateur à Londres est victime de l'acharnement occidentaliste.

 

Rappelez-vous Julian Assange accusé de viol par la Justice suédoise, viol qui s’est transformé en relations librement consenties, mais sans préservatifs, ce qui est un délit en Suède et qui est toujours réfugié à l’ambassade d’Equateur à Londres, les autorités britanniques lui interdisant de quitter le territoire, souhaitant l’extrader en Suède, avec le risque que les Suédois le livrent aux USA où il risque la peine de mort, suite à Wikileaks !

 

Il y a aussi le soldat Manning qui a été condamné bien trop sévèrement parce qu’il a estimé devoir montrer à tous l’illégalité des attaques américaines en Irak. Enfin, il y a Edward Snowden qui a dénoncé les pratiques illégales et extrêmement graves de la principale agence américaine de renseignements

 

Là, c’est la liberté d’informer que l’on veut éliminer.

 

Alors ? Cela ne suffit-il pas ? Comprenez-vous pourquoi la liberté d’expression, celle d’informer sont inaliénables ? A moins que vous vouliez vivre un régime orwellien.

 

Pierre Verhas

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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 09:16

grande surfaces ordures

 

Comment les grandes surfaces traitent les pauvres !

Où sont les ordures ?

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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 10:36

La fameuse réplique de Jean Gabin dans le film « La traversée de Paris » de Claude Autan-Lara est plus que jamais d’actualité.

 

La pauvreté n’est pas uniquement matérielle, elle est avant tout l’exclusion. Et un salaud, c’est un exclu ! Et le nombre de salauds ne cesse d’augmenter. Jose Manuel Barroso, le mielleux président de la Commission européenne, a inscrit dans son programme pompeusement appelé « Stratégie Europe 2020 » l’objectif de réduction de la pauvreté – c’est-à-dire du nombre de gens qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté – à 20 millions de personnes sur l’ensemble de l’Union. Non seulement, on est loin du compte, mais en plus fixer un tel chiffre est en soi un terrible aveu d’impuissance.  

 

Le dernier rapport de la CE sur la pauvreté, non encore publié, indique notamment que pour la Belgique le nombre de personnes sous le seuil de pauvreté (826 €/mois) est de l'ordre de 15%, soit environ 1.800.000 personnes, dont situation aggravante de plus de 400.000 enfants.


La Belgique est passée en quatre ans (de 2008 à 2012) de 12,5% à 15% de la population globale touchée par la pauvreté.

 

Néanmoins, le rapport de la CE pour l'ensemble de l'Europe estime que la pauvreté touche au minimum 25% de la population des 28 pays, soit quelque 110 millions de personnes. On est loin de l'objectif de 20 millions !

 

 

 

On l’observe. Il n’y a aucune politique sérieuse en la matière. Les fonds européens de lutte contre la pauvreté ont failli être éliminés. Sans la forte pression de l’opinion publique, cela aurait certainement été fait. Aucun Etat-membre et encore moins les instances dirigeantes de l’UE ne prennent la question à bras le corps. La crise financière, les réformes néolibérales, la désindustrialisation, la déglingue des services publics, particulièrement ceux de la santé et de l’enseignement sont autant de causes de l’augmentation inquiétante de la pauvreté. On le sait et il n’y a guère d’initiatives pour renverser la vapeur.  

 

Depuis l’offensive néolibérale qui, ne l’oublions pas, dure depuis quelque trente-cinq ans, depuis Thatcher et Reagan, une nouvelle élite s’est constituée et devient une nouvelle classe dominante. Elle contrôle l’argent et les médias qui sont les deux mamelles du pouvoir totalitaire.

 

En voici un bel exemple. Un article fait grand bruit aux Pays Bas. Il s’agit d’une analyse de la pauvreté d’un jeune Hollandais, historien « branché », du nom de Ruter Bregman, publié dans le journal en ligne « De correspondent », sorte de « start-up » de jeunes journalistes prônant des réponses « originales » aux défis de notre société, mais toujours dans un sens libertarien.

 

Les pauvres à l’école !

 

Rutger Bregman est parti du constat qu’aux Pays-Bas, 1,3 million de Néerlandais vivent sous le seuil de pauvreté, au point que les banques alimentaires locales n’ont pas les capacités de répondre à la demande. La secrétaire d'Etat Jetta Klijnsma (membre du PvDA, l’équivalent du PS) veut inciter les plus pauvres à chercher du travail. Mais Bregan estime que le gouvernement néerlandais se trompe et devrait injecter plus de moyens dans l'éducation.

 

Jusque là, rien de très original. Tout le monde semble croire que l’école fera des miracles !

C’est ici que cela se corse. Bregman pose une nouvelle question: Que faire si les pauvres sont incapables de se prendre en charge? Si les incitations et l'éducation n’ont aucun effet ? Pire encore: si les investissements publics ne font qu'aggraver la situation ? Pour répondre à ces questions, Bregman a interrogé Eldar Shafir, psychologue de l'Université de Princeton, qui a récemment publié avec Sendhil Mullainathan, économiste de l'Université de Harvard, une nouvelle théorie sur la pauvreté.

 

Shafir n’est pas n’importe qui. Il serait même, selon la revue Foreign Policy, l'un des cent penseurs les plus influents du moment. Il a mis au point une théorie du comportement dont la philosophie ressemble à s’y méprendre au raisonnement réducteur typique chez les néolibéraux.

 

Le domaine de recherche d’Eldar Shafir porte sur la prise de décision, en particulier sur l'économie comportementale : l'étude de la façon dont les gens prennent des décisions quotidiennes. Sa méthode est empirique – elle se base sur des enquêtes d’opinions – et Shafir soutient l’idée que la prise de décision est souvent basée sur la prise en charge par les modèles d’agents rationnels. Il examine ensuite les effets des facteurs sociaux, cognitifs et émotionnels sur les décisions économiques des personnes. Il prétend entre autres que les gens ont tendance à penser en monnaie nominale, plutôt qu’en monnaie réelle. Donc, ils ne prennent pas de décisions financières rationnelles en prenant la valeur nominale de la monnaie au lieu de sa valeur réelle qui est le pouvoir d’achat. En clair, les gens dépenseraient n’importe comment sans tenir compte de la réalité des choses.

 

Apparemment, ce raisonnement part du bon sens. Cependant, il est réducteur, car il ne prend pas en compte tous les incitants à la dépense comme le matraquage publicitaire, les campagnes de promotions commerciales, la véritable pression sociale qui pousse les gens à acheter des biens et des services dont ils n’ont guère besoin. L’exemple des tablettes électroniques ou des consoles de jeux est probant à cet égard.

 

Shafir part du concept de la rareté: « Même les personnes les plus riches ne peuvent pas tout acheter. Or, les gens agissent différemment lorsqu'ils ont un sentiment de manque. Les gens qui agissent comme s'ils étaient sans cesse en pénurie gèrent bien leurs problèmes à court terme, mais on constate une absence de solutions à long terme ».  Encore une fois, Safir se contente de faire le constat d’une situation sans en expliquer la genèse, son évolution et y proposer des remèdes.

 

Une analogie loufoque

 

Il explique cela par une analogie loufoque et il en arrive aux pauvres : « Comparez un ordinateur comprenant dix programmes lourds fonctionnant simultanément. L'appareil est lent et fait des erreurs, non qu’il s’agisse d’un mauvais ordinateur, mais parce qu'il a trop de choses à faire en même temps. On peut comparer ce système aux pauvres qui ne prennent pas de décisions stupides parce qu'ils sont stupides, mais parce qu'ils vivent dans un environnement où tout le monde prend des décisions stupides ».

 

« Les pauvres se demandent chaque jour comment trouver de la nourriture ou de l'argent dans l'immédiat, ils n'arrivent plus à penser à long terme car ils ne bénéficient pas du temps nécessaire à une bonne réflexion. Ils sont dans l'urgence. »

 

A nouveau, c’est un raisonnement réducteur, car il n’explique en rien les causes de la pauvreté et le pauvre ne disposant pas de moyens est dans l’incapacité de prendre des décisions. C’est en cela qu’il n’est guère libre, mais M. Shafir s’en fiche puisqu’il ne prend pas en compte cette dimension essentielle. Pour pouvoir décider, il faut être libre.  C’est une fois de plus le concept de l’homme rationnel typique de la pensée néolibérale.

 

Ensuite, l’odieux s’ajoute au loufoque.

 

Le QI à géométrie variable

 

Il va même jusqu’à inventer le QI à géométrie variable !

 

« Notre recherche montre qu'en agissant de la sorte, on perd environ 13 points de QI. C'est comparable à une nuit sans sommeil ou à une dépendance à l'alcool » ajoute Eldar Shafir.

 

Cela va de soi, pourtant. Quelqu’un qui est en état de dépendance et de fatigue voit une diminution temporaire de ses capacités physiques et intellectuelles. Derrière cela, on voit bien le profond mépris affiché par ce jeune intellectuel américain pour les losers ! T’as perdu ! Tu es juste bon à jeter ! Le pauvre n’est donc qu’un imbécile qui ne mérite même pas notre compassion. Et surtout, il n’a aucune utilité économique, ce qui est la plus grave tare dans le monde de l’économie « dérégulée ».

 

Ensuite, Shafir enfonce des portes ouvertes !


 « Les États-Unis ont rassemblé récemment les résultats de 120 études sur l'efficacité des ateliers de réinsertion pour les pauvres et les chômeurs. Ils ont trouvé que rien ne les aidait véritablement. On peut comparer ces ateliers à l'apprentissage de la natation: si quelqu'un apprend à nager et qu'ensuite vous le jetez dans un océan déchaîné, il se noiera ».

L'éducation permettrait cependant d'aider ces gens à mieux gérer leurs capacités cognitives. « L'argent seul ne suffit pas. Vous aurez beau développer des aides pour aider ces populations, vous risquez fort de ne voir aucun résultat. Le sentiment de rareté continuera de vous influencer. Lorsque vous verrez autour de vous des gens avec une télévision à écran plat, vous voudrez la même. Plus l'inégalité augmente, plus les capacités cognitives diminuent ».

« Le problème n'est généralement pas un manque de motivation, mais la difficulté de sortir de ce cercle vicieux de manque de vision à long terme. Les pauvres ont surtout besoin de retrouver la pleine possession de leurs capacités de réflexion, il faudrait leur offrir le temps nécessaire qui leur permettrait de sortir de cette urgence permanente en analysant plus calmement les problèmes et aux solutions qui se posent à eux ».

 

Martine Maelschalck, l’éditorialiste en chef du journal « l’Echo » écrit :


« Contrairement au discours politique en vogue, il n’est écrit nulle part que la pauvreté socio-économique explique la pauvreté intellectuelle. Mais pour arriver à rencontrer cet objectif avec une population défavorisée, il faut réallouer les moyens (qui existent) là où c’est le plus nécessaire. Sans gaspillages, sans doublons, sans concurrence inutile au sein des bassins scolaires. La tâche est titanesque. » Voilà un raisonnement que feraient bien de lire Shafir et Bregman, car il s’inscrit dans la réalité et non dans la théorie basée sur une conception ahurissante de l’homme comme le mythe de l’homme rationnel.


La pauvreté : le défi social d’aujourd’hui


Le phénomène de la pauvreté dont on commence seulement à s’apercevoir qu’il prend une ampleur considérable et mènera à court terme à un grave déséquilibre social ne fait manifestement pas partie des priorités auprès des « décideurs » politiques.

 

C’est donc un rapport de forces qui sera seul à même de changer les choses. Il faut fixer les vrais besoins qui sont le logement, la santé, la réinsertion en plus bien sûr de l’éducation. De ces besoins, on ne parle pas. Ce sont des investissements qui n’apportent aucun « return ». Et cela, les néolibéraux ne peuvent l’accepter.

 

Eh bien, tant pis pour eux ! Cela prouve qu’il faut réinventer au plus vite l’Etat social.

 

Et n’oublions pas que le pire aspect de la situation de pauvreté est l’exclusion. Ceux qui tolèrent cela ne peuvent s’appeler démocrates. Le pauvre est un citoyen ! C’est un principe essentiel.

 

 

Pierre Verhas

 

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 14:59

La leçon de finance

 

Le Président équatorien, Rafael Correa qui a délibérément choisi la voie bolivarienne pour son pays, qui est prêt y à accueillir Julian Assange et Edgar Snowden, est venu le 6 novembre faire une conférence à la Sorbonne à Paris où il a démonté magistralement la machine financière qui écrase le monde. Nous aurons l’occasion d’en parler.

 

 

 

  Rafaele Correa 

 Rafel Correa, Président de l'Equateur, a brillamment passé son examen de prof d'économie à la Sorbonne.


Le « Monde diplomatique » du mois de décembre – le « Diplo » pour les intimes – a publié le texte de cette conférence qui constitue une véritable leçon de finance internationale. En voici les conclusions qui vous aideront à méditer :

   

« Les capacités européennes sont pourtant intactes. Vous disposez de tout : le talent humain, les ressources productives, la technologie. Je crois qu’il faut tirer de cela des conclusions fortes : il s’agit d’un problème de coordination sociale, c’est-à-dire de politique économique de la demande ou comme on voudra l’appeler. En revanche, les relations de pouvoir à l’intérieur de vos pays sont toutes favorables au capital, notamment financier, raison pour laquelle les politiques appliquées sont contraires à ce qui serait socialement souhaitable.  

 

Matraquées par la prétendue science économique et par les bureaucraties internationales, nombre de citoyens sont convaincus qu’ « il n’y a pas d’alternative ». Ils se trompent. »

   

 

 

Le Parlement européen met l’éthique en solde.

   

   

La majorité conservatrice du Parlement européen vient à nouveau de s’illustrer. Elle vient de rejeter un texte qui réclamait pour les femmes un accès à la contraception et à l’avortement. C’est une élue socialiste portugaise, Madame Edite Estrela, présidente de la commission des droits de la femme de ladite Assemblée, qui est à l’origine de ce texte. En réponse, les conservateurs ont opposé un texte affirmant la primauté des Etats sur ces matières. C’est ce dernier qui a été adopté par une courte majorité, certes, 334 contre 327, mais démontrant ainsi la puissance du courant réactionnaire en Europe.

 

 

marc Tarabella

 

Marc Tarabella, député européen PS belge, n'a pas sa langue dans la poche.

 

Comme l’a déclaré le député européen belge PS Marc Tarabella : « L’éthique de certains est en solde à six mois des élections. »  

   

Bolkestein n’est pas mort.

 

 

On commence tout doucement à se préoccuper du « plombier polonais », expression inventée par l’ancien commissaire européen hollandais Frits Bolkestein qui fut le géniteur de la célèbre directive qui porte son nom et qui permettait d’engager en masse des travailleurs au rabais dans la partie occidentale de l’Union européenne.  

 

Si ladite directive a finalement été rejetée, tout en ayant été par après noyée dans d’autres textes – les néolibéraux ne renoncent jamais – on commence à s’inquiéter de la généralisation du « dumping » social en Europe qui a avant tout de dramatiques conséquences sociales – ici, on ne s’en préoccupe pas trop –, mais il a aussi – et là, c’est plus gênant – des conséquences économiques, car il génère une concurrence déloyale et malsaine.

 

En 2004, les nouveaux pays adhérant à l’Union européenne étaient soumis à une phase transition de sept ans avant d’accorder la libre circulation des travailleurs. Ces clauses dites de « sauvegarde » sont levées pour la Roumanie et la Bulgarie qui sont entrées en 2007. En conséquence, un flux de main d’œuvre s’est développé vers les pays occidentaux.  

 

Or, les règles sont loin d’être précises. Le travailleur arrivant est en principe payé au SMIC local, mais paye ses cotisations sociales à sont pays d’origine. On est donc dans un système Bolkestein mitigé. Le salaire du pays d’accueil, la sécurité sociale du pays d’origine. Or, les inspections du travail des pays d’accueil ayant été affaiblies, les contrôles sont devenus inefficients. Des organisations syndicales portent plainte, mais on est loin de changer ce système anarchique qui arrange pas mal de monde, dont… les mafias.  

 

L’e-Frédérique

 

 

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Frédérique Ries, instrument consentant du lobby de l'e-cigarette

 

Revenons au Parlement européen. La très sexy députée européenne belge libérale et ancienne présentatrice du journal télévisé de RTL-TVI, Frédérique Ries, défend bec et ongle l’e-cigarette sous prétexte que cette géniale invention détournera le fumeur du tabac. Ben voyons ! La belle Frédérique est ostensiblement entre les mains du lobby des e-cigarettiers, au point qu’elle irrite ses collègues. Elle a même été jusqu’à tenir une conférence de presse avec un éminent scientifique connu pour être membre influent dudit lobby. Il se montrera sans doute généreux pour la campagne de mai prochain. Mais, chut !

 

 

Le Parlement européen : dépotoir des partis

 

 

Décidément, il n’y en a que pour la seule Assemblée parlementaire supranationale élue au suffrage universel – avec 75 % d’abstentions, mais ce n’est qu’un détail, comme dirait un de ses membres.

 

Les partis politiques nationaux qui n’en ont rien à faire de ce Parlement y fourguent toutes celles et tous ceux dont ils veulent se débarrasser, ou bien qui cherchent une planque ou une voie de garage. La construction européenne – on le sait – n’est guère leur préoccupation majeure.  

 

Ainsi, en France, l’UMP a mis en tête de liste la charmante Nadine Morano qu’on verrait mieux en uniforme de maton et aussi le brillant Auvergnat Brice Hortefeux qui n’aime les Arabes que lorsqu’ils sont seuls.

 

 

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La charmante Nadine Morano ne manquera pas de se glisser dans le bataillon réac du prochain Parlement européen.

 

En Belgique, ce n’est guère mieux. Marie Arena, l’ancienne ministre PS de l’éducation rendue célèbre par son décret inscription et dont personne ne veut dans une circonscription de Wallonie ou de Bruxelles, se verra sans doute casée en tête de liste, ou tout au moins en ordre utile, sur la liste européenne de ce Parti. Et ce, sans doute au détriment de Véronique De Keyser  qui fait depuis deux législatures un travail remarquable au Parlement européen tout en montrant un courage exceptionnel. Cela empêchera aussi Marc Tarabella, dont chacun reconnaît les grandes qualités et une conviction sans faille pour l’Europe et le Socialisme, d’accéder à des responsabilités parlementaires comme une vice-présidence, ou une présidence de commission.

 

 

 

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L'excellente députée Véronique De Keyser risque d'être victime de la politicaillerie de son Parti, au détriment du Socialisme, de l'Europe et d'une autre vision de la politique internationale.

 

Cela aussi promet un enthousiasme débordant de l’électeur européen pour ce Parlement…

   

Cela bouge.  

 

Après la grève « sauvage » des TEC, voici les fonctionnaires de la Justice et les pompiers qui manifestent. Ces derniers ont réussi sans trop de peine à envahir la zone neutre. Il faut dire que leurs autopompes sont bien plus puissantes que celles des gendarmes (pardon ! des policiers fédéraux).

 

 

 

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Les pompiers réussissent à envahir la zone "neutre" et à manifester devant le "16" rue de la Loi, le bureau du Premier ministre belge.

 

En plus des quasis quotidiennes manifs contre les fermetures d’entreprises, cela commence à faire beaucoup de monde dans la rue, ces temps-ci.

 

Attention Elio ! Cela commence à sentir le soufre. Il faudrait peut-être vous rappeler que vous êtes Socialiste…

 

 

La grande Christine, une hypocrite ?

 

La grande Christine Lagarde, directrice générale du FMI, qui veut ponctionner 10 % de l’épargne des particuliers déposée en banque, se fend d’une nouvelle déclaration.

 

 

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Christine Lagarde essaie d'enfumer son monde avec ses déclarations contradictoires.

 

 

La « Libre Belgique » publie ceci en son édition électronique de ce jour : « Le Premier ministre portugais Pedro Passos Coelho a dénoncé vendredi "l'hypocrisie" du FMI qui prône, selon lui, l'allègement des cures d'austérité sans pour autant traduire ce discours en actes.

 

Il réagissait ainsi aux propos de la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, qui avait reconnu mardi à Bruxelles que les créanciers avaient exigé du Portugal et de la Grèce "trop de consolidation budgétaire, trop vite".

 

"J'ai été étonné" par ces déclarations car "cela fait deux ans que nous demandons un allègement du programme d'ajustement en matière d'objectifs budgétaires", a déclaré M. Passos Coelho lors d'un débat parlementaire.

 

"L'ancien ministre (des Finances) Vitor Gaspar a dit un jour, à propos de déclarations identiques de Mme Lagarde, qu'il y avait une certaine hypocrisie de la part de ces institutions internationales. Je ne cache pas que M. Gaspar avait tout à fait raison", a-t-il ajouté.

 

"Si la directrice générale du FMI reconnaît qu'il y a eu des erreurs en amont, alors le FMI aurait dû être cohérent et rejoindre les demandes du gouvernement portugais qui a défendu un allègement plus important", a-t-il fait valoir.

 

Lisbonne avait demandé en vain en septembre à la troïka (UE-FMI-BCE) d'assouplir sa cure d'austérité et de porter l'objectif de déficit public de 4% à 4,5% du PIB en 2014.

 

Jusqu'ici fidèle défenseur des préceptes de la troïka, le Premier ministre avait déjà estimé jeudi soir que le discours du FMI n'était "pas cohérent avec les décisions prises lors des négociations avec les experts de la troïka". »

 

Christine ressemble à ces chasseurs qui pleurent après avoir massacré leurs proies.

 

Quant au Premier ministre Coelho, il sait maintenant ce que signifie céder à ces valets et autres gardes chiourmes de la finance internationale.

 

 

Pierre Verhas

 

 

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 21:33

  

 

Les négociations entre l’Union européenne,  sous la férule du commissaire européen belge De Gucht, et les USA pour élaborer un Traité fondant une zone de libre échange transatlantique suscitent de sérieuses inquiétudes dans plusieurs milieux.

 

En effet, les enjeux sont fondamentaux. Ils touchent à notre système (déjà si peu) démocratique. En effet, si ce Traité est adopté, il interdira les Etats signataires d’édicter un certain nombre de lois comme, par exemple, celles qui concernent la protection de l’environnement ou la fabrication et la diffusion de produits toxiques, entre autres exemples. Tout cela pour interdire toute « entrave au commerce ».

 

On le verra dans l’article qui suit : « Si cet accord voit le jour, il est clair que les droits des investisseurs primeront sur les lois protégeant notre santé, l’environnement et les droits sociaux. La souveraineté des États passera après les droits des entreprises. Autrement dit : les derniers restes de démocratie seront abolis. »

L’article qui suit paru sur le site « le Grand Soir » que nous recommandons souvent a été rédigé par Susanne Schuster qui se présente ainsi sur son blog :

« Traductrice, militante, linguiste, penseure, blogueuse. 
Ma vie est une suite de ruptures et de détours, un voyage étrange plein de moments, de découvertes intellectuelles, de rencontres étonnantes, invraisemblables, qui ont changé ma vie.

J’ai grandi en Bavière dans un petit village de l’Allgäu. Collège, CAP de vendeuse en boucherie-charcuterie, séjour en Angleterre comme jeune fille au pair, après un an de remise à niveau lycée professionnel, études de gestion d’entreprise  à l’École technique supérieure de Ratisbonne et à l’Université Brookes d' Oxford . 

Installation à Brighton:  7 années d’activité professionnelle dans le marketing et la distribution  de haut-parleurs relativement haut de gamme, voyage de 7 mois en Amérique latine (Mexique, Pérou, Bolivie, Argentine, Brésil) puis master de langues appliquées à l’Université du Sussex  ;   parallèlement,  formation à distance de traductrice auprès de la City University de Londres. 

Je vis depuis comme traductrice free lance et employée à temps partiel dans une prison située à proximité de Brighton. 

Depuis 2008 je suis membre de l’organisation anglaise World Development Movement, au sein de laquelle je milite dans le groupe  local de  Brighton & Hove, ainsi que de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Et le voyage continue... »

Cet article se référant à de nombreuses sources a le grand intérêt de donner une synthèse substantielle des enjeux de ce fameux TTIP qui est la énième tentative des lobbies multinationaux d’imposer leur régime au monde, notamment après l’échec du fameux AMI (Accord Mutuel d’Investissements) à la fin des années 1990.

Ici, les choses sont allées beaucoup plus loin puisqu’on en est au stade des négociations au plus haut niveau entre les USA et l’Union européenne.

La lutte continue et elle est loin d’être terminée.

Pierre Verhas

 

 

 

mercredi 4 décembre 2013

Le TTIP et la zone de libre échange UE-USA ou comment brader notre démocratie.


Susanne Schuster


Vous connaissez sûrement la nouvelle mouture du vieux projet d’une zone de libre échange entre l’UE et les USA, n’est-ce pas ? On a en a fort peu parlé dans les médias dominants et les citoyens européens n’ont autant dire rien su de l’accord de libre échange, un projet qui est pourtant d’une brûlante actualité. Si l’on va un peu voir du côté des médias alternatifs et que l’on découvre les véritables enjeux, on a de quoi se mettre en rogne. Cet accord devrait déclencher un branle-bas de combat chez tous nos élus, s’ils prenaient leur tâche au sérieux et possédaient la moindre ombre d’intégrité. Car ce « traité de libre échange » n’est rien de moins qu’un attaque frontale contre notre démocratie, ou tout du moins ce qu’il en reste.

 

C’est en juillet dernier qu’ont débuté les négociations officielles relatives au « Transatlantic Trade and Investment Partnership » (Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement), en abrégé TTIP, un accord de commerce et d’investissement européo-usaméricain. L’objectif affiché est la signature, avant la fin de l’année 2014, d’un traité instituant une zone transatlantique de libre échange (Transatlantic Free Trade Area, TAFTA) entre l’UE et les USA.

La propagande officielle confirme que cet accord alignera les normes des deux zones - et que ce seront les grandes firmes et les investisseurs qui décideront de leur teneur. En langage clair, il s’agit d’une course au moins-disant permettant aux firmes US-américaines de mettre sur le marché européen leurs saloperies transgéniques ainsi que leurs poulets chlorés et leur porc et bœuf aux hormones. En cas de refus de ces normes, des sanctions d’une durée illimitée ou bien des dommages- intérêts astronomiques menacent les États rétifs. Développons.


Ce traité vise avant tout à la suppression de toutes les « entraves au commerce » qui existeraient encore (les droits de douane entre les USA et l’UE sont déjà abolis dans une large mesure ), autrement dit de tout ce qui fait tant de peine aux patrons - droit du travail, lois sociales et de protection des travailleurs, normes de sécurité alimentaire, mesures de protection de l’environnement et du climat et de régulation des marchés financiers - bref : de tout ce qui rend supportable la vie des travailleurs normaux.


Les négociations sont secrètes, pour empêcher le bon peuple de découvrir les véritables enjeux. D’autre part, 600 « conseillers » officiels des grandes firmes disposent d’un accès privilégié à ces négociations, pour y fourguer leur point de vue.


Lorri Wallach insiste : « Il y a une raison toute simple à ces cachotteries. Ce traité obligerait les instances dirigeantes nationales et jusqu’aux conseils municipaux à adapter leur politique intérieure actuelle et future à cette volumineuse réglementation. Le traité graverait dans le marbre des projets de loi, négociés au niveau international, qui, pour répondre aux vœux des entreprises, toucheraient nombre de domaines non commerciaux : par exemple la sécurité et l’étiquetage alimentaires, les teneurs maximales en produits chimiques et toxiques, la santé et le prix des médicaments, la protection de la vie privée sur Internet, la fourniture d’énergie et les « services » culturels, le brevets et les droits d’auteur, l’exploitation des matières premières et du sol, les droits des migrants et leur accès à l’emploi, les marchés publics et bien d’autres choses encore.(1)


Le plus scandaleux dans cet accord, c’est qu’un tribunal dominé par une petite clique d’avocats d’affaires pourra jeter l’anathème sur des États ou des instances qui enfreindraient ses dispositions. Les firmes seront en droit d’exiger de ces États ou instances des dommages et intérêts si certaines mesures (environnementales ou sociales) risquent d’entraîner pour elles un « manque à gagner ». Les accords de libre échange conclus par les USA ont déjà rapporté plus de 400 millions de dollars à diverses firmes qui ont porté plainte contre l’interdiction de substances toxiques, contre des régimes de licences, des lois protégeant l’eau potable ou la forêt et autres réglementations « gênant les investissements » (2). Par exemple, au sein de l’ALENA (NAFTA, Accord de libre-échange d’Amérique du Nord, entre USA, Canada et Mexique), le fabricant d’un additif cancérigène contenu dans l’essence, a exigé du Canada, pour avoir interdit cet additif, 250 millions de dollars pour « pertes de ventes et entrave au commerce ». Craignant de perdre le procès, le Canada a autorisé cet additif et versé un dédommagement de 10 millions de dollars au fabricant.(3)


Si cet accord voit le jour, il est clair que les droits des investisseurs primeront sur les lois protégeant notre santé, l’environnement et les droits sociaux. La souveraineté des États passera après les droits des entreprises. Autrement dit : les derniers restes de démocratie seront abolis.


Michael Parenti le résume parfaitement en se référant aux traités déjà en vigueur : « Il faut encore le répéter : ce que l’on abolit en même temps, c’est le droit d’avoir de telles lois. C’est le point le plus important et celui que les politiciens de tous bords ignorent le plus souvent. Les traités de libre échange garantissent aux investisseurs entrepreneuriaux une suprématie de type impérial qui leur permet de faire passer leurs droits avant tous les autres, dont ceux à un environnement sain et offrant une qualité de vie convenable et à des services publics à un coût accessible ainsi qu’au moindre recoin de démocratie politique et économique. Le « libre échange » subordonne tous les droits démocratiques au droit de propriété des entreprises.


Et dans quel but ? Ce qui prétend justifier la création d’une zone de libre échange, c’est l’éternel mantra, toujours non démontré, de la croissance économique et de la création d’emplois ainsi que du bien-être pour tous. Mais l’avantage économique que nous devons en retirer est ridiculement faible. En se fondant sur les estimations de la Commission européenne- optimistes et sans doute inventées de toutes pièces - le ménage européen moyen y gagnerait 500 euros par an, soit 42 euros par mois, sûrement vite dévorés par l’augmentation du coût de la vie. La bonne blague !


Ce sont d’autres intérêts qui fondent ce traité. Pour bien des produits et services fournis par les entreprises privées, les marchés sont saturés. Par exemple, le marché US-américain n’offre plus de débouchés supplémentaires au soja et au maïs transgéniques de Monsanto. Comment augmenter sans cesse les profits attendus par des actionnaires avides de rendement ? En trouvant de nouveaux marchés, bien sûr, et en vendant toujours plus. Le capital doit se chercher sans cesse de nouvelles possibilités d’investissement jusqu’à pénétrer les derniers recoins du monde pour les marchandiser. Pour la grande masse de la population humaine et pour l’environnement, ce serait une catastrophe de proportions démesurées. Nous ne pouvons stopper cette évolution qu’en prenant totalement conscience de la catastrophe qui nous menace - pour ainsi dire en nous dés-illusionnant - et en lui opposant une résistance énergique et résolue. Il nous faut estimer à leur juste valeur l’espace ainsi que les biens et services que nous détenons encore et les défendre bec et ongles. C’est une question de vie ou de mort, donc protestons et luttons.


Susanne Schuster


Source : TTIP-TAFTA – der Ausverkauf unserer Demokratie

Traduit par Michèle Mialane
Edité par Fausto Giudice

Notes

(1) Lori Wallach,
TAFTA – die große Unterwerfung, Le Monde Diplomatique,
8.11.2013. Version française : Le traité transatlantique, un typhon qui menace les Européens


(2) Lori Wallach, TAFTA – die große Unterwerfung


(3) Michael Parenti, The Face of Imperialism, Paradigm 2011, p. 64


(4) Ibid. , p.71


(5) Silvia Liebrich,
Es geht um mehr als nur Zölle, (Il ne s‘agit pas seulement de droits de douane), Süddeutsche Zeitung, 11.11.2013
 

 

En savoir plus

Faire échouer le Grand Marché Transatlantique - Jean-Luc Mélenchon

 

This transatlantic trade deal is a full-frontal assault on democracy - George Monbiot en français sur Le Grand Soir : http://www.legrandsoir.info/le-traite-transatlantique-est-un-affront-a...

 

http://www.labournet.de/politik/eu-politik/wipo-eu/freihandelsabkommen-mit-den-usa-tafta/

 

http://www.monde-diplomatique.de/pm/2013/11/08/a0003.text

 

http://www.tagesspiegel.de/meinung/handelszone-zwischen-usa-und-eu-der-transatlantische-freihandelsbluff/9037908.html

http://www.attac.de/aktuell/neuigkeiten/detailansicht/datum////freihandelsabkommen-eu-usa-kuhhandel-fuer-banken-und-konzerne/?no_cache=1&cHash=aef43cfcf280b7eae2e145f7ba2108f9

 

http://taftattipwatch.tumblr.com/

 

http://www.monbiot.com/2013/11/04/a-global-ban-on-left-wing-politics/

 

http://www.thenation.com/article/168627/nafta-steroids
http://wikileaks.org/tpp/

 

http://tlaxcala-int.org/article.asp++cs_INTERRO++reference=10896

http://tlaxcala-int.org/article.asp?reference=10896

 

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Published by pierre verhas
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