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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 09:16

grande surfaces ordures

 

Comment les grandes surfaces traitent les pauvres !

Où sont les ordures ?

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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 10:36

La fameuse réplique de Jean Gabin dans le film « La traversée de Paris » de Claude Autan-Lara est plus que jamais d’actualité.

 

La pauvreté n’est pas uniquement matérielle, elle est avant tout l’exclusion. Et un salaud, c’est un exclu ! Et le nombre de salauds ne cesse d’augmenter. Jose Manuel Barroso, le mielleux président de la Commission européenne, a inscrit dans son programme pompeusement appelé « Stratégie Europe 2020 » l’objectif de réduction de la pauvreté – c’est-à-dire du nombre de gens qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté – à 20 millions de personnes sur l’ensemble de l’Union. Non seulement, on est loin du compte, mais en plus fixer un tel chiffre est en soi un terrible aveu d’impuissance.  

 

Le dernier rapport de la CE sur la pauvreté, non encore publié, indique notamment que pour la Belgique le nombre de personnes sous le seuil de pauvreté (826 €/mois) est de l'ordre de 15%, soit environ 1.800.000 personnes, dont situation aggravante de plus de 400.000 enfants.


La Belgique est passée en quatre ans (de 2008 à 2012) de 12,5% à 15% de la population globale touchée par la pauvreté.

 

Néanmoins, le rapport de la CE pour l'ensemble de l'Europe estime que la pauvreté touche au minimum 25% de la population des 28 pays, soit quelque 110 millions de personnes. On est loin de l'objectif de 20 millions !

 

 

 

On l’observe. Il n’y a aucune politique sérieuse en la matière. Les fonds européens de lutte contre la pauvreté ont failli être éliminés. Sans la forte pression de l’opinion publique, cela aurait certainement été fait. Aucun Etat-membre et encore moins les instances dirigeantes de l’UE ne prennent la question à bras le corps. La crise financière, les réformes néolibérales, la désindustrialisation, la déglingue des services publics, particulièrement ceux de la santé et de l’enseignement sont autant de causes de l’augmentation inquiétante de la pauvreté. On le sait et il n’y a guère d’initiatives pour renverser la vapeur.  

 

Depuis l’offensive néolibérale qui, ne l’oublions pas, dure depuis quelque trente-cinq ans, depuis Thatcher et Reagan, une nouvelle élite s’est constituée et devient une nouvelle classe dominante. Elle contrôle l’argent et les médias qui sont les deux mamelles du pouvoir totalitaire.

 

En voici un bel exemple. Un article fait grand bruit aux Pays Bas. Il s’agit d’une analyse de la pauvreté d’un jeune Hollandais, historien « branché », du nom de Ruter Bregman, publié dans le journal en ligne « De correspondent », sorte de « start-up » de jeunes journalistes prônant des réponses « originales » aux défis de notre société, mais toujours dans un sens libertarien.

 

Les pauvres à l’école !

 

Rutger Bregman est parti du constat qu’aux Pays-Bas, 1,3 million de Néerlandais vivent sous le seuil de pauvreté, au point que les banques alimentaires locales n’ont pas les capacités de répondre à la demande. La secrétaire d'Etat Jetta Klijnsma (membre du PvDA, l’équivalent du PS) veut inciter les plus pauvres à chercher du travail. Mais Bregan estime que le gouvernement néerlandais se trompe et devrait injecter plus de moyens dans l'éducation.

 

Jusque là, rien de très original. Tout le monde semble croire que l’école fera des miracles !

C’est ici que cela se corse. Bregman pose une nouvelle question: Que faire si les pauvres sont incapables de se prendre en charge? Si les incitations et l'éducation n’ont aucun effet ? Pire encore: si les investissements publics ne font qu'aggraver la situation ? Pour répondre à ces questions, Bregman a interrogé Eldar Shafir, psychologue de l'Université de Princeton, qui a récemment publié avec Sendhil Mullainathan, économiste de l'Université de Harvard, une nouvelle théorie sur la pauvreté.

 

Shafir n’est pas n’importe qui. Il serait même, selon la revue Foreign Policy, l'un des cent penseurs les plus influents du moment. Il a mis au point une théorie du comportement dont la philosophie ressemble à s’y méprendre au raisonnement réducteur typique chez les néolibéraux.

 

Le domaine de recherche d’Eldar Shafir porte sur la prise de décision, en particulier sur l'économie comportementale : l'étude de la façon dont les gens prennent des décisions quotidiennes. Sa méthode est empirique – elle se base sur des enquêtes d’opinions – et Shafir soutient l’idée que la prise de décision est souvent basée sur la prise en charge par les modèles d’agents rationnels. Il examine ensuite les effets des facteurs sociaux, cognitifs et émotionnels sur les décisions économiques des personnes. Il prétend entre autres que les gens ont tendance à penser en monnaie nominale, plutôt qu’en monnaie réelle. Donc, ils ne prennent pas de décisions financières rationnelles en prenant la valeur nominale de la monnaie au lieu de sa valeur réelle qui est le pouvoir d’achat. En clair, les gens dépenseraient n’importe comment sans tenir compte de la réalité des choses.

 

Apparemment, ce raisonnement part du bon sens. Cependant, il est réducteur, car il ne prend pas en compte tous les incitants à la dépense comme le matraquage publicitaire, les campagnes de promotions commerciales, la véritable pression sociale qui pousse les gens à acheter des biens et des services dont ils n’ont guère besoin. L’exemple des tablettes électroniques ou des consoles de jeux est probant à cet égard.

 

Shafir part du concept de la rareté: « Même les personnes les plus riches ne peuvent pas tout acheter. Or, les gens agissent différemment lorsqu'ils ont un sentiment de manque. Les gens qui agissent comme s'ils étaient sans cesse en pénurie gèrent bien leurs problèmes à court terme, mais on constate une absence de solutions à long terme ».  Encore une fois, Safir se contente de faire le constat d’une situation sans en expliquer la genèse, son évolution et y proposer des remèdes.

 

Une analogie loufoque

 

Il explique cela par une analogie loufoque et il en arrive aux pauvres : « Comparez un ordinateur comprenant dix programmes lourds fonctionnant simultanément. L'appareil est lent et fait des erreurs, non qu’il s’agisse d’un mauvais ordinateur, mais parce qu'il a trop de choses à faire en même temps. On peut comparer ce système aux pauvres qui ne prennent pas de décisions stupides parce qu'ils sont stupides, mais parce qu'ils vivent dans un environnement où tout le monde prend des décisions stupides ».

 

« Les pauvres se demandent chaque jour comment trouver de la nourriture ou de l'argent dans l'immédiat, ils n'arrivent plus à penser à long terme car ils ne bénéficient pas du temps nécessaire à une bonne réflexion. Ils sont dans l'urgence. »

 

A nouveau, c’est un raisonnement réducteur, car il n’explique en rien les causes de la pauvreté et le pauvre ne disposant pas de moyens est dans l’incapacité de prendre des décisions. C’est en cela qu’il n’est guère libre, mais M. Shafir s’en fiche puisqu’il ne prend pas en compte cette dimension essentielle. Pour pouvoir décider, il faut être libre.  C’est une fois de plus le concept de l’homme rationnel typique de la pensée néolibérale.

 

Ensuite, l’odieux s’ajoute au loufoque.

 

Le QI à géométrie variable

 

Il va même jusqu’à inventer le QI à géométrie variable !

 

« Notre recherche montre qu'en agissant de la sorte, on perd environ 13 points de QI. C'est comparable à une nuit sans sommeil ou à une dépendance à l'alcool » ajoute Eldar Shafir.

 

Cela va de soi, pourtant. Quelqu’un qui est en état de dépendance et de fatigue voit une diminution temporaire de ses capacités physiques et intellectuelles. Derrière cela, on voit bien le profond mépris affiché par ce jeune intellectuel américain pour les losers ! T’as perdu ! Tu es juste bon à jeter ! Le pauvre n’est donc qu’un imbécile qui ne mérite même pas notre compassion. Et surtout, il n’a aucune utilité économique, ce qui est la plus grave tare dans le monde de l’économie « dérégulée ».

 

Ensuite, Shafir enfonce des portes ouvertes !


 « Les États-Unis ont rassemblé récemment les résultats de 120 études sur l'efficacité des ateliers de réinsertion pour les pauvres et les chômeurs. Ils ont trouvé que rien ne les aidait véritablement. On peut comparer ces ateliers à l'apprentissage de la natation: si quelqu'un apprend à nager et qu'ensuite vous le jetez dans un océan déchaîné, il se noiera ».

L'éducation permettrait cependant d'aider ces gens à mieux gérer leurs capacités cognitives. « L'argent seul ne suffit pas. Vous aurez beau développer des aides pour aider ces populations, vous risquez fort de ne voir aucun résultat. Le sentiment de rareté continuera de vous influencer. Lorsque vous verrez autour de vous des gens avec une télévision à écran plat, vous voudrez la même. Plus l'inégalité augmente, plus les capacités cognitives diminuent ».

« Le problème n'est généralement pas un manque de motivation, mais la difficulté de sortir de ce cercle vicieux de manque de vision à long terme. Les pauvres ont surtout besoin de retrouver la pleine possession de leurs capacités de réflexion, il faudrait leur offrir le temps nécessaire qui leur permettrait de sortir de cette urgence permanente en analysant plus calmement les problèmes et aux solutions qui se posent à eux ».

 

Martine Maelschalck, l’éditorialiste en chef du journal « l’Echo » écrit :


« Contrairement au discours politique en vogue, il n’est écrit nulle part que la pauvreté socio-économique explique la pauvreté intellectuelle. Mais pour arriver à rencontrer cet objectif avec une population défavorisée, il faut réallouer les moyens (qui existent) là où c’est le plus nécessaire. Sans gaspillages, sans doublons, sans concurrence inutile au sein des bassins scolaires. La tâche est titanesque. » Voilà un raisonnement que feraient bien de lire Shafir et Bregman, car il s’inscrit dans la réalité et non dans la théorie basée sur une conception ahurissante de l’homme comme le mythe de l’homme rationnel.


La pauvreté : le défi social d’aujourd’hui


Le phénomène de la pauvreté dont on commence seulement à s’apercevoir qu’il prend une ampleur considérable et mènera à court terme à un grave déséquilibre social ne fait manifestement pas partie des priorités auprès des « décideurs » politiques.

 

C’est donc un rapport de forces qui sera seul à même de changer les choses. Il faut fixer les vrais besoins qui sont le logement, la santé, la réinsertion en plus bien sûr de l’éducation. De ces besoins, on ne parle pas. Ce sont des investissements qui n’apportent aucun « return ». Et cela, les néolibéraux ne peuvent l’accepter.

 

Eh bien, tant pis pour eux ! Cela prouve qu’il faut réinventer au plus vite l’Etat social.

 

Et n’oublions pas que le pire aspect de la situation de pauvreté est l’exclusion. Ceux qui tolèrent cela ne peuvent s’appeler démocrates. Le pauvre est un citoyen ! C’est un principe essentiel.

 

 

Pierre Verhas

 

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 14:59

La leçon de finance

 

Le Président équatorien, Rafael Correa qui a délibérément choisi la voie bolivarienne pour son pays, qui est prêt y à accueillir Julian Assange et Edgar Snowden, est venu le 6 novembre faire une conférence à la Sorbonne à Paris où il a démonté magistralement la machine financière qui écrase le monde. Nous aurons l’occasion d’en parler.

 

 

 

  Rafaele Correa 

 Rafel Correa, Président de l'Equateur, a brillamment passé son examen de prof d'économie à la Sorbonne.


Le « Monde diplomatique » du mois de décembre – le « Diplo » pour les intimes – a publié le texte de cette conférence qui constitue une véritable leçon de finance internationale. En voici les conclusions qui vous aideront à méditer :

   

« Les capacités européennes sont pourtant intactes. Vous disposez de tout : le talent humain, les ressources productives, la technologie. Je crois qu’il faut tirer de cela des conclusions fortes : il s’agit d’un problème de coordination sociale, c’est-à-dire de politique économique de la demande ou comme on voudra l’appeler. En revanche, les relations de pouvoir à l’intérieur de vos pays sont toutes favorables au capital, notamment financier, raison pour laquelle les politiques appliquées sont contraires à ce qui serait socialement souhaitable.  

 

Matraquées par la prétendue science économique et par les bureaucraties internationales, nombre de citoyens sont convaincus qu’ « il n’y a pas d’alternative ». Ils se trompent. »

   

 

 

Le Parlement européen met l’éthique en solde.

   

   

La majorité conservatrice du Parlement européen vient à nouveau de s’illustrer. Elle vient de rejeter un texte qui réclamait pour les femmes un accès à la contraception et à l’avortement. C’est une élue socialiste portugaise, Madame Edite Estrela, présidente de la commission des droits de la femme de ladite Assemblée, qui est à l’origine de ce texte. En réponse, les conservateurs ont opposé un texte affirmant la primauté des Etats sur ces matières. C’est ce dernier qui a été adopté par une courte majorité, certes, 334 contre 327, mais démontrant ainsi la puissance du courant réactionnaire en Europe.

 

 

marc Tarabella

 

Marc Tarabella, député européen PS belge, n'a pas sa langue dans la poche.

 

Comme l’a déclaré le député européen belge PS Marc Tarabella : « L’éthique de certains est en solde à six mois des élections. »  

   

Bolkestein n’est pas mort.

 

 

On commence tout doucement à se préoccuper du « plombier polonais », expression inventée par l’ancien commissaire européen hollandais Frits Bolkestein qui fut le géniteur de la célèbre directive qui porte son nom et qui permettait d’engager en masse des travailleurs au rabais dans la partie occidentale de l’Union européenne.  

 

Si ladite directive a finalement été rejetée, tout en ayant été par après noyée dans d’autres textes – les néolibéraux ne renoncent jamais – on commence à s’inquiéter de la généralisation du « dumping » social en Europe qui a avant tout de dramatiques conséquences sociales – ici, on ne s’en préoccupe pas trop –, mais il a aussi – et là, c’est plus gênant – des conséquences économiques, car il génère une concurrence déloyale et malsaine.

 

En 2004, les nouveaux pays adhérant à l’Union européenne étaient soumis à une phase transition de sept ans avant d’accorder la libre circulation des travailleurs. Ces clauses dites de « sauvegarde » sont levées pour la Roumanie et la Bulgarie qui sont entrées en 2007. En conséquence, un flux de main d’œuvre s’est développé vers les pays occidentaux.  

 

Or, les règles sont loin d’être précises. Le travailleur arrivant est en principe payé au SMIC local, mais paye ses cotisations sociales à sont pays d’origine. On est donc dans un système Bolkestein mitigé. Le salaire du pays d’accueil, la sécurité sociale du pays d’origine. Or, les inspections du travail des pays d’accueil ayant été affaiblies, les contrôles sont devenus inefficients. Des organisations syndicales portent plainte, mais on est loin de changer ce système anarchique qui arrange pas mal de monde, dont… les mafias.  

 

L’e-Frédérique

 

 

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Frédérique Ries, instrument consentant du lobby de l'e-cigarette

 

Revenons au Parlement européen. La très sexy députée européenne belge libérale et ancienne présentatrice du journal télévisé de RTL-TVI, Frédérique Ries, défend bec et ongle l’e-cigarette sous prétexte que cette géniale invention détournera le fumeur du tabac. Ben voyons ! La belle Frédérique est ostensiblement entre les mains du lobby des e-cigarettiers, au point qu’elle irrite ses collègues. Elle a même été jusqu’à tenir une conférence de presse avec un éminent scientifique connu pour être membre influent dudit lobby. Il se montrera sans doute généreux pour la campagne de mai prochain. Mais, chut !

 

 

Le Parlement européen : dépotoir des partis

 

 

Décidément, il n’y en a que pour la seule Assemblée parlementaire supranationale élue au suffrage universel – avec 75 % d’abstentions, mais ce n’est qu’un détail, comme dirait un de ses membres.

 

Les partis politiques nationaux qui n’en ont rien à faire de ce Parlement y fourguent toutes celles et tous ceux dont ils veulent se débarrasser, ou bien qui cherchent une planque ou une voie de garage. La construction européenne – on le sait – n’est guère leur préoccupation majeure.  

 

Ainsi, en France, l’UMP a mis en tête de liste la charmante Nadine Morano qu’on verrait mieux en uniforme de maton et aussi le brillant Auvergnat Brice Hortefeux qui n’aime les Arabes que lorsqu’ils sont seuls.

 

 

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La charmante Nadine Morano ne manquera pas de se glisser dans le bataillon réac du prochain Parlement européen.

 

En Belgique, ce n’est guère mieux. Marie Arena, l’ancienne ministre PS de l’éducation rendue célèbre par son décret inscription et dont personne ne veut dans une circonscription de Wallonie ou de Bruxelles, se verra sans doute casée en tête de liste, ou tout au moins en ordre utile, sur la liste européenne de ce Parti. Et ce, sans doute au détriment de Véronique De Keyser  qui fait depuis deux législatures un travail remarquable au Parlement européen tout en montrant un courage exceptionnel. Cela empêchera aussi Marc Tarabella, dont chacun reconnaît les grandes qualités et une conviction sans faille pour l’Europe et le Socialisme, d’accéder à des responsabilités parlementaires comme une vice-présidence, ou une présidence de commission.

 

 

 

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L'excellente députée Véronique De Keyser risque d'être victime de la politicaillerie de son Parti, au détriment du Socialisme, de l'Europe et d'une autre vision de la politique internationale.

 

Cela aussi promet un enthousiasme débordant de l’électeur européen pour ce Parlement…

   

Cela bouge.  

 

Après la grève « sauvage » des TEC, voici les fonctionnaires de la Justice et les pompiers qui manifestent. Ces derniers ont réussi sans trop de peine à envahir la zone neutre. Il faut dire que leurs autopompes sont bien plus puissantes que celles des gendarmes (pardon ! des policiers fédéraux).

 

 

 

pompiers_zone_neutre.jpg

 

Les pompiers réussissent à envahir la zone "neutre" et à manifester devant le "16" rue de la Loi, le bureau du Premier ministre belge.

 

En plus des quasis quotidiennes manifs contre les fermetures d’entreprises, cela commence à faire beaucoup de monde dans la rue, ces temps-ci.

 

Attention Elio ! Cela commence à sentir le soufre. Il faudrait peut-être vous rappeler que vous êtes Socialiste…

 

 

La grande Christine, une hypocrite ?

 

La grande Christine Lagarde, directrice générale du FMI, qui veut ponctionner 10 % de l’épargne des particuliers déposée en banque, se fend d’une nouvelle déclaration.

 

 

christine_lagarde01.jpg

Christine Lagarde essaie d'enfumer son monde avec ses déclarations contradictoires.

 

 

La « Libre Belgique » publie ceci en son édition électronique de ce jour : « Le Premier ministre portugais Pedro Passos Coelho a dénoncé vendredi "l'hypocrisie" du FMI qui prône, selon lui, l'allègement des cures d'austérité sans pour autant traduire ce discours en actes.

 

Il réagissait ainsi aux propos de la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, qui avait reconnu mardi à Bruxelles que les créanciers avaient exigé du Portugal et de la Grèce "trop de consolidation budgétaire, trop vite".

 

"J'ai été étonné" par ces déclarations car "cela fait deux ans que nous demandons un allègement du programme d'ajustement en matière d'objectifs budgétaires", a déclaré M. Passos Coelho lors d'un débat parlementaire.

 

"L'ancien ministre (des Finances) Vitor Gaspar a dit un jour, à propos de déclarations identiques de Mme Lagarde, qu'il y avait une certaine hypocrisie de la part de ces institutions internationales. Je ne cache pas que M. Gaspar avait tout à fait raison", a-t-il ajouté.

 

"Si la directrice générale du FMI reconnaît qu'il y a eu des erreurs en amont, alors le FMI aurait dû être cohérent et rejoindre les demandes du gouvernement portugais qui a défendu un allègement plus important", a-t-il fait valoir.

 

Lisbonne avait demandé en vain en septembre à la troïka (UE-FMI-BCE) d'assouplir sa cure d'austérité et de porter l'objectif de déficit public de 4% à 4,5% du PIB en 2014.

 

Jusqu'ici fidèle défenseur des préceptes de la troïka, le Premier ministre avait déjà estimé jeudi soir que le discours du FMI n'était "pas cohérent avec les décisions prises lors des négociations avec les experts de la troïka". »

 

Christine ressemble à ces chasseurs qui pleurent après avoir massacré leurs proies.

 

Quant au Premier ministre Coelho, il sait maintenant ce que signifie céder à ces valets et autres gardes chiourmes de la finance internationale.

 

 

Pierre Verhas

 

 

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 21:33

  

 

Les négociations entre l’Union européenne,  sous la férule du commissaire européen belge De Gucht, et les USA pour élaborer un Traité fondant une zone de libre échange transatlantique suscitent de sérieuses inquiétudes dans plusieurs milieux.

 

En effet, les enjeux sont fondamentaux. Ils touchent à notre système (déjà si peu) démocratique. En effet, si ce Traité est adopté, il interdira les Etats signataires d’édicter un certain nombre de lois comme, par exemple, celles qui concernent la protection de l’environnement ou la fabrication et la diffusion de produits toxiques, entre autres exemples. Tout cela pour interdire toute « entrave au commerce ».

 

On le verra dans l’article qui suit : « Si cet accord voit le jour, il est clair que les droits des investisseurs primeront sur les lois protégeant notre santé, l’environnement et les droits sociaux. La souveraineté des États passera après les droits des entreprises. Autrement dit : les derniers restes de démocratie seront abolis. »

L’article qui suit paru sur le site « le Grand Soir » que nous recommandons souvent a été rédigé par Susanne Schuster qui se présente ainsi sur son blog :

« Traductrice, militante, linguiste, penseure, blogueuse. 
Ma vie est une suite de ruptures et de détours, un voyage étrange plein de moments, de découvertes intellectuelles, de rencontres étonnantes, invraisemblables, qui ont changé ma vie.

J’ai grandi en Bavière dans un petit village de l’Allgäu. Collège, CAP de vendeuse en boucherie-charcuterie, séjour en Angleterre comme jeune fille au pair, après un an de remise à niveau lycée professionnel, études de gestion d’entreprise  à l’École technique supérieure de Ratisbonne et à l’Université Brookes d' Oxford . 

Installation à Brighton:  7 années d’activité professionnelle dans le marketing et la distribution  de haut-parleurs relativement haut de gamme, voyage de 7 mois en Amérique latine (Mexique, Pérou, Bolivie, Argentine, Brésil) puis master de langues appliquées à l’Université du Sussex  ;   parallèlement,  formation à distance de traductrice auprès de la City University de Londres. 

Je vis depuis comme traductrice free lance et employée à temps partiel dans une prison située à proximité de Brighton. 

Depuis 2008 je suis membre de l’organisation anglaise World Development Movement, au sein de laquelle je milite dans le groupe  local de  Brighton & Hove, ainsi que de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Et le voyage continue... »

Cet article se référant à de nombreuses sources a le grand intérêt de donner une synthèse substantielle des enjeux de ce fameux TTIP qui est la énième tentative des lobbies multinationaux d’imposer leur régime au monde, notamment après l’échec du fameux AMI (Accord Mutuel d’Investissements) à la fin des années 1990.

Ici, les choses sont allées beaucoup plus loin puisqu’on en est au stade des négociations au plus haut niveau entre les USA et l’Union européenne.

La lutte continue et elle est loin d’être terminée.

Pierre Verhas

 

 

 

mercredi 4 décembre 2013

Le TTIP et la zone de libre échange UE-USA ou comment brader notre démocratie.


Susanne Schuster


Vous connaissez sûrement la nouvelle mouture du vieux projet d’une zone de libre échange entre l’UE et les USA, n’est-ce pas ? On a en a fort peu parlé dans les médias dominants et les citoyens européens n’ont autant dire rien su de l’accord de libre échange, un projet qui est pourtant d’une brûlante actualité. Si l’on va un peu voir du côté des médias alternatifs et que l’on découvre les véritables enjeux, on a de quoi se mettre en rogne. Cet accord devrait déclencher un branle-bas de combat chez tous nos élus, s’ils prenaient leur tâche au sérieux et possédaient la moindre ombre d’intégrité. Car ce « traité de libre échange » n’est rien de moins qu’un attaque frontale contre notre démocratie, ou tout du moins ce qu’il en reste.

 

C’est en juillet dernier qu’ont débuté les négociations officielles relatives au « Transatlantic Trade and Investment Partnership » (Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement), en abrégé TTIP, un accord de commerce et d’investissement européo-usaméricain. L’objectif affiché est la signature, avant la fin de l’année 2014, d’un traité instituant une zone transatlantique de libre échange (Transatlantic Free Trade Area, TAFTA) entre l’UE et les USA.

La propagande officielle confirme que cet accord alignera les normes des deux zones - et que ce seront les grandes firmes et les investisseurs qui décideront de leur teneur. En langage clair, il s’agit d’une course au moins-disant permettant aux firmes US-américaines de mettre sur le marché européen leurs saloperies transgéniques ainsi que leurs poulets chlorés et leur porc et bœuf aux hormones. En cas de refus de ces normes, des sanctions d’une durée illimitée ou bien des dommages- intérêts astronomiques menacent les États rétifs. Développons.


Ce traité vise avant tout à la suppression de toutes les « entraves au commerce » qui existeraient encore (les droits de douane entre les USA et l’UE sont déjà abolis dans une large mesure ), autrement dit de tout ce qui fait tant de peine aux patrons - droit du travail, lois sociales et de protection des travailleurs, normes de sécurité alimentaire, mesures de protection de l’environnement et du climat et de régulation des marchés financiers - bref : de tout ce qui rend supportable la vie des travailleurs normaux.


Les négociations sont secrètes, pour empêcher le bon peuple de découvrir les véritables enjeux. D’autre part, 600 « conseillers » officiels des grandes firmes disposent d’un accès privilégié à ces négociations, pour y fourguer leur point de vue.


Lorri Wallach insiste : « Il y a une raison toute simple à ces cachotteries. Ce traité obligerait les instances dirigeantes nationales et jusqu’aux conseils municipaux à adapter leur politique intérieure actuelle et future à cette volumineuse réglementation. Le traité graverait dans le marbre des projets de loi, négociés au niveau international, qui, pour répondre aux vœux des entreprises, toucheraient nombre de domaines non commerciaux : par exemple la sécurité et l’étiquetage alimentaires, les teneurs maximales en produits chimiques et toxiques, la santé et le prix des médicaments, la protection de la vie privée sur Internet, la fourniture d’énergie et les « services » culturels, le brevets et les droits d’auteur, l’exploitation des matières premières et du sol, les droits des migrants et leur accès à l’emploi, les marchés publics et bien d’autres choses encore.(1)


Le plus scandaleux dans cet accord, c’est qu’un tribunal dominé par une petite clique d’avocats d’affaires pourra jeter l’anathème sur des États ou des instances qui enfreindraient ses dispositions. Les firmes seront en droit d’exiger de ces États ou instances des dommages et intérêts si certaines mesures (environnementales ou sociales) risquent d’entraîner pour elles un « manque à gagner ». Les accords de libre échange conclus par les USA ont déjà rapporté plus de 400 millions de dollars à diverses firmes qui ont porté plainte contre l’interdiction de substances toxiques, contre des régimes de licences, des lois protégeant l’eau potable ou la forêt et autres réglementations « gênant les investissements » (2). Par exemple, au sein de l’ALENA (NAFTA, Accord de libre-échange d’Amérique du Nord, entre USA, Canada et Mexique), le fabricant d’un additif cancérigène contenu dans l’essence, a exigé du Canada, pour avoir interdit cet additif, 250 millions de dollars pour « pertes de ventes et entrave au commerce ». Craignant de perdre le procès, le Canada a autorisé cet additif et versé un dédommagement de 10 millions de dollars au fabricant.(3)


Si cet accord voit le jour, il est clair que les droits des investisseurs primeront sur les lois protégeant notre santé, l’environnement et les droits sociaux. La souveraineté des États passera après les droits des entreprises. Autrement dit : les derniers restes de démocratie seront abolis.


Michael Parenti le résume parfaitement en se référant aux traités déjà en vigueur : « Il faut encore le répéter : ce que l’on abolit en même temps, c’est le droit d’avoir de telles lois. C’est le point le plus important et celui que les politiciens de tous bords ignorent le plus souvent. Les traités de libre échange garantissent aux investisseurs entrepreneuriaux une suprématie de type impérial qui leur permet de faire passer leurs droits avant tous les autres, dont ceux à un environnement sain et offrant une qualité de vie convenable et à des services publics à un coût accessible ainsi qu’au moindre recoin de démocratie politique et économique. Le « libre échange » subordonne tous les droits démocratiques au droit de propriété des entreprises.


Et dans quel but ? Ce qui prétend justifier la création d’une zone de libre échange, c’est l’éternel mantra, toujours non démontré, de la croissance économique et de la création d’emplois ainsi que du bien-être pour tous. Mais l’avantage économique que nous devons en retirer est ridiculement faible. En se fondant sur les estimations de la Commission européenne- optimistes et sans doute inventées de toutes pièces - le ménage européen moyen y gagnerait 500 euros par an, soit 42 euros par mois, sûrement vite dévorés par l’augmentation du coût de la vie. La bonne blague !


Ce sont d’autres intérêts qui fondent ce traité. Pour bien des produits et services fournis par les entreprises privées, les marchés sont saturés. Par exemple, le marché US-américain n’offre plus de débouchés supplémentaires au soja et au maïs transgéniques de Monsanto. Comment augmenter sans cesse les profits attendus par des actionnaires avides de rendement ? En trouvant de nouveaux marchés, bien sûr, et en vendant toujours plus. Le capital doit se chercher sans cesse de nouvelles possibilités d’investissement jusqu’à pénétrer les derniers recoins du monde pour les marchandiser. Pour la grande masse de la population humaine et pour l’environnement, ce serait une catastrophe de proportions démesurées. Nous ne pouvons stopper cette évolution qu’en prenant totalement conscience de la catastrophe qui nous menace - pour ainsi dire en nous dés-illusionnant - et en lui opposant une résistance énergique et résolue. Il nous faut estimer à leur juste valeur l’espace ainsi que les biens et services que nous détenons encore et les défendre bec et ongles. C’est une question de vie ou de mort, donc protestons et luttons.


Susanne Schuster


Source : TTIP-TAFTA – der Ausverkauf unserer Demokratie

Traduit par Michèle Mialane
Edité par Fausto Giudice

Notes

(1) Lori Wallach,
TAFTA – die große Unterwerfung, Le Monde Diplomatique,
8.11.2013. Version française : Le traité transatlantique, un typhon qui menace les Européens


(2) Lori Wallach, TAFTA – die große Unterwerfung


(3) Michael Parenti, The Face of Imperialism, Paradigm 2011, p. 64


(4) Ibid. , p.71


(5) Silvia Liebrich,
Es geht um mehr als nur Zölle, (Il ne s‘agit pas seulement de droits de douane), Süddeutsche Zeitung, 11.11.2013
 

 

En savoir plus

Faire échouer le Grand Marché Transatlantique - Jean-Luc Mélenchon

 

This transatlantic trade deal is a full-frontal assault on democracy - George Monbiot en français sur Le Grand Soir : http://www.legrandsoir.info/le-traite-transatlantique-est-un-affront-a...

 

http://www.labournet.de/politik/eu-politik/wipo-eu/freihandelsabkommen-mit-den-usa-tafta/

 

http://www.monde-diplomatique.de/pm/2013/11/08/a0003.text

 

http://www.tagesspiegel.de/meinung/handelszone-zwischen-usa-und-eu-der-transatlantische-freihandelsbluff/9037908.html

http://www.attac.de/aktuell/neuigkeiten/detailansicht/datum////freihandelsabkommen-eu-usa-kuhhandel-fuer-banken-und-konzerne/?no_cache=1&cHash=aef43cfcf280b7eae2e145f7ba2108f9

 

http://taftattipwatch.tumblr.com/

 

http://www.monbiot.com/2013/11/04/a-global-ban-on-left-wing-politics/

 

http://www.thenation.com/article/168627/nafta-steroids
http://wikileaks.org/tpp/

 

http://tlaxcala-int.org/article.asp++cs_INTERRO++reference=10896

http://tlaxcala-int.org/article.asp?reference=10896

 

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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 13:51

  

Je ne suis pas un fanatique de la langue française considérée par certains comme intouchable et immuable. Toute langue évolue avec son temps. Elle enrichit son vocabulaire de termes étrangers qui peuvent l’enrichir et la moderniser. Elle a un double objet : préserver et illustrer une culture propre à ses locuteurs et s’épanouir dans le monde par son rayonnement.

Mais la domination culturelle anglo-saxonne qui ne relève pas uniquement de la puissance étatsunienne, est un projet politique. Il consiste à imposer un seul modèle culturel tout en infériorisant les autres avant de les éliminer. Le véhicule linguistique de cette culture est l’anglo-saxon qui n’a plus grand’ chose à voir avec la langue de Shakespeare tant il l’a appauvrie.

Le pire est la complicité des médias francophones où des présentateurs prennent la liberté d’aligner les mots de la langue française dans le sens de leur équivalent en anglo-saxon. C’est ce qu’on appelle l’anglicisme. Ce serait drôle si cela ne devenait systématique, au point que le français « s’anglosaxonise » progressivement aussi bien dans la langue écrite que dans la langue parlée.

L’exemple cité ici par Jean-Louis Legalery, angliciste français, est symptomatique de cette dérive. Et cette dérive n’est autre que la culture mondialisée qui cherche à conquérir le « marché » culturel et ce, avec l’appui des grand médias qui, bien sûr, vivent du bon vouloir publicitaire des multinationales, mais aussi sont révélateurs de l’évolution culturelle des « élites » sensées défendre notre culture et faire barrage à cette offensive. Bien au contraire, elle ouvre tout grand les vannes. Juste pour voir, sans doute !

 

Pierre Verhas

 

 

Jusqu’à des temps proches, dans la langue française, juste, adjectif ou adverbe selon le contexte, était cantonné dans des emplois et fonctions restreints et bien délimités. En tant qu’adjectif il peut signifier : 1) équitable, impartial, intègre ; 2) correct, honnête, loyal, et par extension, fondé, légitime ; 3) adéquat, approprié, convenable, exact – incidemment les anglicistes appartenant aux générations d’après-guerre ont tous eu près d’eux, à un moment ou à un autre, Le mot juste de Lionel Guierre (1) - ; 4) (à propos de vêtements ou de chaussures) étroit, court. Dans sa fonction adverbiale juste a trois sens : 1) avec justesse, exactitude – il est généralement placé après un verbe, ex : parler juste, tomber juste - ; 2) exactement, précisément – et, dans ce cas, juste devient groupe circonstanciel, ex : la balle est passée juste au-dessus de sa tête - ; 3) d’une manière trop stricte, en quantité  à peine suffisante, ex : il fut tout juste rassasié. Ce sont, là, les recensions faites aussi bien par le TLFI(2) que par le Grand Robert (3) de la langue française.

 

Mais, depuis quelque temps déjà, une acception nouvelle et très « branchée » de juste a émergé, dans la langue parlée essentiellement, héritée de la fonction adverbiale du mot anglais just. Il s’agit donc d’un anglicisme – un de plus – mais dont le moins que l’on puisse dire est que sa traversée de la Manche (ou de l’Atlantique, bien sûr, il ne faut jamais oublier les cousins du nouveau monde...) a été chaotique et faite sans médicament préventif, car il arrive de ce côté-ci en mauvais état et en remplacement de la locution adverbiale tout simplement, un peu loin de ce qu’il est initialement. Entendu pour vous, lors de deux émissions de télévision consacrées au cinéma à propos de Sandra Bullock dans Gravity : « elle est juste incroyable », « Sandra Bullock est juste formidable (4) ». Or si just peut être adjectif et adverbe en anglais, sa fonction adverbiale le limite à modifier le sens d’un verbe ou d'un autre adverbe et non d’un adjectif. Tout le monde a en mémoire le refrain publicitaire d’un célèbre équipementier sportif, just do it, dans lequel just est clairement dans sa fonction adverbiale, en position préalable à un verbe.

 

Or si l’on se réfère à l’OALD (5), puisqu’il s’agit de toute évidence du détournement d’un anglicisme, l’entrée principale de just est celle d’un adverbe, l’usage de l’adjectif ayant tendance à tomber en désuétude dans la mesure où fair le remplace très souvent qu’il s’agisse du registre de langue soutenue ou familière. L’adjectif just a trois sens : 1) that most people consider to be morally fair and reasonable ; 2) référence est faite à l’adjectif substantivé, the just : people who are just ; 3) appropriate in a particular situation. On notera incidemment que la fonction adjectivale de just est limitée au sens juridique, a just decision, alors que a fair decision aura une connotation morale. Donc pour en revenir à l’adverbe just qui nous intéresse au plus haut point, a quatorze sens possibles, que l’on ne va pas détailler pour ne pas fatiguer les non-anglicistes. On retiendra les deux plus fréquents : 1) adverbe de manière, synonyme de exactly ; 2) adverbe de temps, ex : the clock struck six just as I arrived.

 

Une autre « bible » linguistique the LGSWE (6) nous confirme que les occurrences de just appartiennent exclusivement au registre du langage parlé, qu’il s’agisse de l’anglais britannique ou de l’anglais américain, et sont très rares dans la langue écrite académique. Dans ce domaine le sens de l’adverbe just a une action soit restrictive, soit complémentaire de l’action ou de l’intensité de l’échange (ex: I just want to show you the tape I bought, je veux simplement vous montrer la cassette que j’ai achetée). Dans tous les cas just complète toujours et uniquement le sens d’un verbe, parfois à l’impératif (Just keep your mouth shut, Contente toi de la fermer), mais jamais d’un adjectif. La transposition actuelle est donc puissamment farfelue et inappropriée dans la langue d’arrivée (pour reprendre des termes de la traduction) par rapport à la langue de départ, et, bien qu’une langue évolue toujours par la tradition et la pratique populaires, on serait vraiment tenté de dire : Just stop talking such nonsense, please!

 

Jean-Louis Legalery

 

 (1)    Guierre, L. 1959, Le mot juste, The right word, Paris : Vuibert.

(2)    Le Trésor de la Langue Française Informatisé, http://atilf.atilf.fr/

(3)    Société du Nouveau Littré, 1974, Le Robert, Tome III, p-894, Paris : Le Robert.

(4)    Le chroniqueur qui s’est fendu de cette mâle déclaration s’est aussi rendu coupable d’un intéressant lapsus, qui montre que ses pensées étaient plus tournées vers la chimie que vers la physique en général et la gravité en particulier, puisqu’il a parlé de Sandra Buttock au lieu de Bullock. Pour information buttocks, en anglais, signifie les fesses, que la célèbre SB montre généreusement pendant les deux heures qu’elle passe à tourner dans le vide, soit en combinaison de cosmonaute, soit en sous-vêtements dans une capsule…

(5)    Oxford Advanced Learner’s Dictionary, 2005, 7th edition, London : O.U.P., p-839.

(6)    Douglas Biber, Stig Johansson, Geoffrey Leech, Susan Conrad, Edward Finegan. 1999, The Longman Grammar of Spoken and Written English, Harlow : Pearson.

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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 20:44

Quel est le rapport entre l’attribution du Prix Nobel de Physique 2013 aux professeurs François Englert, docteur en Physique de l’Université Libre de Bruxelles et Peter W Higgs docteur en Physique du King’s College, université de Londres, et la mondialisation ?

 

 

François Englert

 

François Englert, professeur à l'ULB, prix Nobel de Physique 2013

 

 

Depuis la moitié du XIXe siècle où la révolution industrielle fit sentir ses effets, les équipes scientifiques étaient nationales et beaucoup de savants travaillaient individuellement ou pour les grandes entreprises de l’époque. Les universités n’avaient pas encore intégré la recherche scientifique, se concentrant en priorité sur l’enseignement. Cependant, depuis qu’elle existe, la recherche a été universelle. Jamais aucun pouvoir féodal, religieux, national n’a réussi à totalement l’empêcher de franchir les frontières.

 

Le XXe siècle a vu la naissance de la théorie de la relativité et donc d’une meilleure connaissance de l’Univers et de la matière qui a été confirmée par l’observation et l’expérience. La découverte de l’atome et de son noyau  qui restaient jusqu’alors ignorés ou mal connus, a permis une nouvelle exploitation de la matière par, entre autres, la découverte de la radioactivité. Dès lors, l’homme fut pour la première fois capable d’en dégager une énergie considérable, jamais atteinte auparavant.

 

Aussi, la nature de la recherche scientifique en fut profondément modifiée. Elle devenait pour la première fois un enjeu stratégique majeur. Auparavant, la science servait au prestige des rois et plus tard des nations. Lorsqu’on s’aperçut qu’elle pouvait générer des armes puissantes et dévastatrices, son statut a changé. La recherche n’était plus au service de la science, par définition universelle, mais à la botte des politiques stratégiques des puissances nationales.

 

D’autre part, elle était devenue indispensable à l’industrie.

 

Aussi, se mena  une guerre larvée entre, d’une part les chercheurs scientifiques et d’autre part les puissances et les grands intérêts financiers. Les scientifiques sont jaloux de leur indépendance qu’ils estiment vitale pour faire progresser la connaissance de l’Univers. Les utilisateurs – Etats ou multinationales – veulent mettre la science au seul service de leurs objectifs stratégiques et financiers.

 

Cependant, le développement scientifique devenant de plus en plus coûteux et nécessitant des laboratoires sophistiqués ne peut désormais se faire sans l’aide publique. Qui dit aide publique, dit contrôle de l’Etat. C’est d’ailleurs un paradoxe. La recherche scientifique publique parvient à échapper à la pression des lobbies des multinationales, ce qui assure son indépendance, mais, d’un autre côté, elle dépend du bon vouloir des gouvernements qui est souvent influencé par les lobbies des mêmes multinationales. Aujourd’hui, bien sûr, avec les politiques néolibérales d’affaiblissement de l’Etat, le secteur privé tente de mettre la main sur la recherche scientifique lui retirant ainsi toute liberté dans la recherche.

 

Le coût de la recherche a généré un autre phénomène : son internationalisation. Certes, les savants n’avaient pas attendu la question du financement pour travailler ensemble par delà les frontières. Mais la question financière et la division du monde en deux blocs amena les puissances occidentales et particulièrement les Etats-Unis à instaurer une coopération internationale sous leur contrôle.

 

Le CERN, premier organisme supranational de recherche scientifique

 

Depuis le Prix Nobel de Physique 2013, on parle beaucoup du CERN (Centre Européen de Recherche Nucléaire), organisme supranational résultant d’un traité entre douze Etats fondateurs : l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, la France, la Grèce, l’Italie, la Norvège, le Royaume Uni, la Suède, la Suisse, les Pays Bas et la Yougoslavie.

 

 

 

CERN Accélérateur particules 

L'immense accélérateur de particules du CERN près de Genève (vue aérienne)   

 

 

Remarquons que ce traité date d’avant la fondation de la Communauté économique européenne (actuelle Union européenne) et qu’il est constitué de pays membres de l’OTAN et de trois pays neutres à l’époque (la Suède, la Suisse et la Yougoslavie) qui se sont mis d’accord sur la recherche commune en une matière « sensible » : le nucléaire.

 

Une autre mondialisation

 

C’est sans doute grâce à son indépendance que le CERN a pu mettre en œuvre des innovations collaboratives pour faire travailler ensemble des milliers de chercheurs scientifiques répartis dans le monde entier. En plus des résultats scientifiques spectaculaires qui ont permis des avancées majeures dans la connaissance de la Physique des particules, de la Physique théorique et de la structure de l’Univers, le CERN a mis au point des techniques de communications qui permirent à ces chercheurs de disposer d’outils performants et qui ont, par ricochet, révolutionné l’économie mondiale.

 

Ainsi, le World Wide Web, la fameuse toile d’araignée, a été proposée au CERN par Tim Berners-Lee – physicien anglais, spécialiste des ordinateurs – et  mise au point avec Robert Caillau – ingénieur informaticien belge. Elle correspondait aux besoins des utilisateurs du plus grand accélérateur de particules, le LEP.

 

 

 

tim-berners-lee-robert-cailliau-2009-3-13-11-1-53.jpg 

 Tim Berners Lee et Robert Caillau ont inventé le World Wide Web au CERN 

 

 

Le CERN a décidé de rendre publics le concept et la réalisation du Web sans le breveter. Comme l’écrit Berners-Lee : « Le CERN était le lieu idéal, peut-être le seul susceptible de permettre au Web de prendre son envol. Il concilie la liberté académique, l’esprit d’entreprendre et le pragmatisme qui, bien équilibrés, constituent le terreau du succès. »

 

D’autre part, le CERN apporte une contribution majeure au développement des logiciels libres et gratuits (1), notamment le système LINUX. Le CERN a établi une charte de l’utilisateur de logiciels libres.

 

Enfin, le CERN a mis en place un nouveau paradigme pour les publications par les éditeurs de revues à comité de lecture. Au lieu que les éditeurs soient financés par les universités sur la base du prix des abonnements, le CERN négocie avec les éditeurs le coût de la publication des articles dans les revues en question.

 

Comme le rappellent Gilles Cohen-Tannoudji et Michel Spiro dans leur ouvrage Le boson et le chapeau mexicain, (Gallimard, folio essais, 2013) : « Ces exemples sont parmi les plus spectaculaires de la contribution du CERN à une mondialisation innovante et collaborative avec une gestion de projet qui maximise en permanence la créativité. »

 

Voilà donc un exemple d’une autre mondialisation que la mondialisation dite « néolibérale » ou celle purement dictée par des considérations marchandes. Cette démarche mise au point par des scientifiques me semble être une des plus sérieuses alternatives et peut s’appliquer à d’autres activités que la recherche scientifique, comme l’art, la littérature. Bref, à tous les domaines créateurs.

 

On devrait sérieusement y réfléchir.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

(1) Rappelons qu’un logiciel libre est un logiciel gratuit dont l'utilisation, l'étude, la modification et la duplication en vue de sa diffusion sont permises, techniquement et légalement. Ceci afin de garantir certaines libertés induites, dont le contrôle du programme par l'utilisateur et la possibilité de partage entre individus. Ainsi, l’utilisateur d’un logiciel libre dispose du programme source et peut donc le modifier à sa guise, mais doit laisser ses éventuelles innovations gratuitement à la disposition de tous les utilisateurs. Il ne faut pas confondre logiciel libre et logiciel gratuit comme « Open Office » d’ORACLE qui résulte de la politique commerciale de cette firme qui, en outre, ne met pas la source à la disposition de l’utilisateur.

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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 10:48

  

 

Une fois n’est pas coutume. L’Académie Goncourt a visé juste en primant le dernier roman de Pierre Lemaitre bien connu comme auteur de polars. Enfin, le Goncourt donne à un auteur ses lettres de noblesse, au-delà des intrigues entre éditeurs qui trop souvent caractérisent les prix littéraires parisiens.

A la veille des commémorations du centenaire de la boucherie de la Première guerre mondiale, voici un roman qui a le mérite de remettre les montres à l’heure. Nous n’aurons que faire des beaux discours sur l’Europe qui se construit « à la mémoire des Poilus » ou « par la réconciliation », ou encore des pleurnicheries du genre « plus jamais ça ! », alors qu’on sait bien que c’est « toujours ça ! » et même « pire que ça ! » - mais bien loin de notre « confortable » Vieux Continent qui a bien assez à faire avec ses millions de chômeurs, ses centaines de milliers de SDF, son indécrottable racisme et surtout avec ses dirigeants et avec ses clercs qui s’obstinent à refuser de voir les choses en face et sont trop pleutres pour prendre de réelles décisions.

Mon ami et camarade Bernard Gensane et sa femme Nathalie connaissent bien Pierre Lemaitre et ont travaillé avec lui sur cet ouvrage en assurant sa relecture. Le 20 août dernier, Bernard a publié  sur « Mediapart » une recension du roman de Pierre Lemaître. Je  la livre ici à l’attention des lecteurs du blog « Uranopole ».

Et surtout, je conseille la lecture du roman de Pierre Lemaitre « Au revoir là haut » (Albin Michel), roman qui s’inscrit dans la tradition orwellienne, comme le montre Bernard Gensane. Cela s’appelle tout simplement de la littérature.

Pierre Verhas

 

 

 

20 août 2013 | Par Bernard Gensane - Mediapart.fr

 

 

Je ne suis pas sûr que Pierre Lemaitre connaisse cet extrait d’Un Peu d’air frais, publié par George Orwell en 1939 :

 

« À la guerre, il arrive aux gens des choses extraordinaires. Et ce qu’il y a de plus extraordinaire que la façon dont on y trouve la mort, c’est la façon dont celle-ci vous épargne parfois. On aurait dit un flot impétueux vous emportant vers votre dernière heure et vous abandonnant soudain dans un bras mort, occupé à des tâches invraisemblables et futiles, avec une solde améliorée. Il y avait des bataillons de travailleurs traçant dans le désert des routes ne menant nulle part, des types oubliés dans des îles au milieu de l’océan, avec pour mission de repérer des croiseurs allemands coulés déjà depuis des années, des ministères de ci et de ça employant des armées de scribes et de dactylos qui subsistaient longtemps après avoir perdu leur raison d’être, par simple force d’inertie. On fourrait des gens dans des emplois sans objet, et ensuite ils y étaient perdus de vue jusqu’à perpète. »

 

Le narrateur de ce roman publié juste avant la Seconde Guerre mondiale nous dit que la guerre et, mieux encore, l’après guerre, c’est la mort de la démocratie (entre autre parce que la surabondance de bureaucratie laisse libre court à la bêtise et l’arbitraire), la lutte des classes exacerbée au profit des puissants et le bordel – pas vraiment joyeux – organisé.

 

L’histoire de ce roman, où Lemaitre se renouvelle complètement, est à la fois extravagante et fortement réaliste : Édouard, un fils de la grande bourgeoisie, artiste, homosexuel, a sauvé Albert, modeste comptable, d’une mort atroce au prix de sa défiguration par un éclat d’obus. Le lieutenant Pradelle, arriviste méprisant, va tenter de briser les deux hommes avant de se lancer après la victoire dans une arnaque ignoble consistant à vendre aux collectivités des cercueils remplis de terre et de cailloux, de morceaux de cadavres français, voire de soldats allemands. Les deux héros vont, quant à eux, monter une entourloupe plus géniale encore que celle de l’officier en profitant du climat du moment où le culte des Poilus est, en surface en tout cas, la nouvelle religion, pendant que les marchands du temple prospèrent comme jamais. Il s’agira de lancer une souscription nationale auprès des municipalités pour l’achat de monuments aux morts qui n’existeront que sur le papier. La première arnaque m’a remémoré une escroquerie similaire qui fit la fortune d’un industriel français dans les années cinquante, pendant et après la guerre d’Indochine. La seconde est le fruit de l’imagination de l’auteur, alors qu’elle semble au moins aussi authentique que la première.

 

 

george_orwell.png

 

 La tradition Orwellienne est toujours bien vivante. Et c'est tant mieux !

 

Je me demande si un roman a jamais aussi bien filé la métaphore de la chair à canons et celle de la lutte des classes autour de la guerre. Comme Orwell (qui combattit en Espagne), Lemaitre nous rappelle que les champs de bataille sont le lieu de la pestilence, d'une géhenne “ boschienne ” (« à la première accalmie, des rats gros comme des lièvres cavalent avec sauvagerie d’un  cadavre à l’autre pour disputer aux mouches les restes que les vers ont déjà entamés »), de la machine aveugle qui détruit le libre arbitre et qui broie (pour le soldat de base, l’ennemi c’est l’officier et non le bougre d’en face ; entre eux, une ligne de démarcation qui n’est pas que de verre). Dans cette lutte de classe poussée à l’extrême, l’individu cesse de résister car il sait, pour ne citer que cet exemple bien connu, que le refus de porter un pantalon rouge taché de sang peut l’amener devant un peloton d’exécution. S’il en allait autrement, les guerres ne dureraient pas trois semaines. Pendant les combats, les soldats sont durement manipulés : on leur demanderait d’aller se battre sur la lune, ils iraient. La résignation peut déboucher sur la déraison :

 

« [Les soldats] en ont subi tant et tant que voir cette guerre se terminer comme ça [par un armistice], avec autant de copains morts et autant d’ennemis vivants, on a presque envie d’un massacre, d’en finir une fois pour toutes. On saignerait n’importe qui. »

 

Après les combats, la machine guerrière est tellement lourde qu’elle ne peut s’arrêter, comme un Titanic sur son erre. Les Poilus ne servent plus à rien, mais on ne parvient pas à les démobiliser comme il convient, c’est-à-dire en leur donnant un métier autre que celui d'homme-sandwich et en réinsérant dans la société les blessés, les handicapés, les cassés de manière honorable.

 

Toujours près de ses personnages qui ont leur chance parce qu’il ne les juge pas, Pierre Lemaitre tient son lecteur en haleine pendant plus de 500 pages grâce à des intrigues aux rebondissements dont il a le secret et à des trouvailles stylistiques éblouissantes. Je ne déflorerai pas l’utilisation « daliesque » que l’auteur fait d’une tête de cheval mort car elle est consubstantielle au fil rouge du récit. J’ai quand même plaisir à citer la rencontre d’Albert avec la créature :

 

« Il agrippe la tête de cheval, parvient à saisir les grasses babines dont la chair se dérobe sous ses doigts, il attrape les grandes dents jaunes et, dans un effort surhumain, écarte la bouche qui exhale un souffle putride qu’Albert respire à pleins poumons. Il gagne ainsi quelques secondes de survie, son estomac se révulse, il vomit, son corps tout entier est de nouveau secoué de tremblements, mais tente de se retourner sur lui-même à la recherche d’une once d’oxygène, c’est sans espoir. »

 

Et j’invite à lire et relire les descriptions des combats, en d’autres termes la manière dont le Moloch pulvérise les combattants. Sous le feu d’enfer, Albert va, pense-t-il, mourir dans un trou d’obus. Voyez ceci :

 

« Et là, à la place du ciel, à une dizaine de mètres au-dessus de lui, il voit se dérouler presque au ralenti, une immense vague de terre brune dont la crête mouvante et sinueuse ploie lentement dans sa direction et s’apprête à descendre vers lui pour l’enlacer. Une pluie claire, presque paresseuse, de cailloux, de mottes de terre, de débris de toutes sortes annonce son arrivée imminente. » Une pluie claire et paresseuse : il fallait l’oser !

 

Lemaitre a désormais, non pas une, mais des manières de raconter, légèrement différentes, pour chacun de ses textes, et à l’intérieur d’un même texte. Tout coule comme de l’eau de source. Il y a chez lui une volonté d’imaginer très forte, un imaginaire puissant (ce qui n’est pas la même chose), le courage, le dessein de surprendre (avec ce qu’il faut de fantaisie, de dinguerie), et un très grand besoin d’écriture au sens durassien du terme. Au pire moment du récit, Lemaitre nous impose son humour machiavélique. Que donne-t-il après la « pluie claire » ? Un petit conseil technique :

 

« Albert se recroqueville et bloque sa respiration. Ce n’est pas du tout ce qu’il faudrait faire, au contraire, il faut se mettre en extension, tous les morts ensevelis vous le diront. » Se mettre en extension quand on va mourir au fond d’un trou d’obus ! Et puis quoi encore ? La remarque parfaitement idiote selon laquelle le petit comptable, au moment où des tonnes de terre, de cailloux, de ferraille vont l’asphyxier, ressemble, en temps normal – il y a beaucoup de peintres et de tableaux célèbres dans ce récit, à un Tintoret. Magnifique enchevêtrement du tragique et du comique. Sublime mais dérisoire irruption de la culture dans l’horreur séculière. On retrouvera cet embrouillamini au niveau de la nation. L’auteur nous explique par le menu ce qui se passe quand les militaires sont au pouvoir, comme pendant la période de démobilisation. Le chaos est « indescriptible ». Les morts sont enterrés, déterrés, réinhumés dans une puanteur qui n'importune guère les narines des dirigeants. Les gares sont pleines des cercueils qu’on est parvenu à extirper du front. Sous l’apparat, le sacré de l’honneur à rendre à ceux qui sont tombés, il y a la grande bouillie des cadavres anonymes de Poilus entombés n’importe comment : on brisera des nuques, on coupera des pieds, on cassera des chevilles pour faire entrer ces déchets humains dans des cercueils d’un mètre trente de long. Au passage, on raflera quelques montres, quelques tabatières, quelques alliances. Pour les capitalistes effrénés, les cadavres en putréfaction sont une marchandise. Cela n'adviendra que parce que le monde des affaires aura pris le pas sur les élus et l’administration. À la pestilence des champs de bataille succédera la puanteur de la vie politique et économique. Comme les soldats au Chemin des Dames, les citoyens qui sombreront seront ensevelis par les margoulins.

 

Lemaitre excelle dans l’ironie. Qu’un artiste, défiguré par un énorme trou béant en plein milieu du visage, un trou où l’on passe le poing sans peine, dessine des enfants de profil, il fallait le tenter ! Il faut suivre les méandres de l’instance narrative de l’auteur :

 

« Certes, la guerre avait été meurtrière au-delà de l’imaginable, mais si on regardait le bon côté des choses, elle avait permis aussi de grandes avancées en matière de chirurgies maxillofaciales. »

 

Ou mieux encore lorsqu’il y a une rupture de temps qui fait qu’on ne sait plus très bien qui parle :

 

« Ajoutez à cela qu’il était assez beau. Il fallait aimer les beautés sans imagination, bien sûr, mais tout de même, les femmes le désiraient, les hommes le jalousaient, ce sont des signes qui ne trompent pas. »

 

 

 

 Pierre-Lemaitre.jpg

Pierre Lemaître a réussi à relier le passé au présent. C'est la marque d'un grand auteur.

 

 

Le narrateur chez Lemaitre n’est jamais totalement objectif. Il joue avec les personnages sans se jouer d’eux, il les investit par différents côtés, mais pas globalement. Lemaitre, qui est pourtant fin psychologue, nous livre juste ce qu’il faut de la psychologie de ses créations. L’important pour lui est ailleurs. D’abord, dans la verticalité de ce monde déshumanisé (Au revoir là-haut), qui est la métaphore centrale, parce que politique, du livre :

 

« De se retrouver comme ça dans une fosse, même aussi peu profonde, de vraies sueurs d’angoisse le saisissent malgré le froid qui est descendu, parce que, avec lui dans le trou et le capitaine au-dessus campé sur ses jambes, toute l’histoire lui remonte à la gorge, il a l’impression qu’on va le recouvrir, l’ensevelir, il se met à trembler, mais il repense à son camarade, à son Édouard, et il se force à se baisser, à reprendre son ouvrage. »

 

C’est cette verticalité qui permet à l’officier, âme damnée du récit, d’être à la fois ferrailleur et membre du jockey-club, de reconstruire la demeure familiale en trois coups de cuiller à pot, en exploitant, selon une hiérarchie subtile, des travailleurs chinois, sénégalais et français.

 

L’important est en outre pour l’auteur de montrer comment les personnages, y compris l’ancien officier, sont les marionnettes figées d’une histoire qui ne se fait plus. Dans cet objectif, Lemaitre use abondamment du présent et invente un système de ponctuation qui nivelle les actants du récit, les ramène sans arrêt au niveau du sol ou plus bas que terre. Trois exemples entre cent :

 

« Maintenant, le voilà seul dans cette pièce, la porte est refermée, on va prévenir que M. Maillard est ici, son fou rire est calmé, ce silence, cette majesté, ce luxe vous en imposent quand même. »

 

« « Elle est derrière lui, en tablier ou en blouse, et porte un enfant dans ses bras, elle pleure, ils sont jeunes tous les deux, il y a le titre au-dessus du dessein : Départ pour le combat. »

 

« Ils avancent groupés, l’un tient haut son fusil prolongé par une baïonnette, le deuxième, près de lui, le bras tendu, s’apprête à lancer une grenade, le troisième, légèrement en retrait, vient d’être atteint d’une balle ou d’un éclat d’obus, il est cambré, ses genoux cèdent sous lui, il va tomber à la renverse… »

 

Dans tous ses romans, Lemaitre aime désarçonner le lecteur par des rebondissements totalement imprévus. Au revoir là-haut en compte une paire, sidérants. Mais ce que j’affectionne particulièrement dans ces pages censées narrer la petite et la grande histoires, c’est l’utilisation par l’auteur de prolepses qui authentifient un récit qui n’est que pure invention :

 

« Évidemment, voir comme ça Édouard Péricourt allongé dans la gadoue le 2 novembre 1918 avec une jambe en bouillie, on peut se demander si la chance ne vient pas de tourner, et dans le mauvais sens. En fait, non, pas tout à fait, parce qu’il va garder sa jambe. Il boitera le restant de ses jours, mais sur deux jambes. »

 

Au fait, quid de ce titre bizarroïde ? Quelques instants avant d’être fusillé pour traîtrise le 4 décembre 1914, le soldat Jean Blanchard écrivit ces quelques mots à sa femme : « Je te donne rendez-vous au ciel où j’espère que Dieu nous réunira. Au revoir là-haut, ma chère épouse… »

 

Blanchard fut réhabilité le 29 janvier 1921.

 

J’encourage tous les élèves de France à lire ce grand roman. Cela compensera un peu l’asthénie de l’enseignement de l’histoire dans nos classes.

 

 Pour mémoire : j'ai rendu compte de Cadres noirs ici ; d'Alex ici ; et de Sacrifices ici.

 

 

Les premières critiques dans les grands médias sont plus qu'élogieuses. Je sais que le rêve de Lemaitre serait d'obtenir le Goncourt des Lycées. Il le mérite !

 

 

 

Bernard Gensane

 

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Paris, Albin Michel 2013.

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http://www.mediapart.fr/print/333287

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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 21:26

 

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Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j’en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L’admirable, c’est qu’ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule, en leur donnant quelques sols. Et j’ai entendu dire de jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre.

 

C’est la haine qu’on porte au Bédouin, à l’Hérétique, au Philosophe, au Solitaire, au Poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton.

 

Gustave Flaubert, lettre à George Sand du 12 juin 1867

(Correspondance, éd. La Pléiade tome 5, pp. 653-654)

 

 

George Sand

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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 21:53

L’ambiance est sinistre au Parlement européen. Dans certains groupes politiques, elle frôle la panique au regard des prévisions de résultats des élections européennes. En outre, le nouveau président, le social-démocrate allemand Martin Schulz et candidat à la présidence de la Commission européenne, ne décolère pas.

 

En effet, après la molle réaction du Conseil européen suite aux révélations de Snowden sur l’espionnage par la NSA des responsables politiques européens et en particulier de la chancelière allemande, il avait proposé de bloquer les négociations sur l’accord de libre échange transatlantique tant que les Américains n’avaient pas donné de sérieuses garanties quant à la fin de ces pratiques. Bien sûr, ce fut une fin de non recevoir du Conseil européen qui préfère le cirage de bottes !

 

Autre chose. Si en France, il est quasi acquis que le Front national « bleu Marine » dépassera le Parti socialiste aux prochaines élections européennes, il y a fort à craindre que l’extrême-droite européenne dans son ensemble obtienne plus de sièges que le groupe socialiste et démocrate.  Ce serait une sinistre première lors d’élections démocratiques ! Ce serait un séisme à l’échelle d’un continent !

 

Une menace mortelle pour l’Europe

 

Voilà donc deux éléments qui constituent une menace mortelle pour l’Europe : l’alignement sur la mondialisation néo-libérale et la montée sans précédent dans l’histoire du populisme fascisant.

 

L’idée européenne est définitivement flétrie depuis la crise grecque. Un ami m’a dit récemment : « Merkel a réussi ce qu’Hitler n’a pu réaliser : écraser le peuple grec ! ». Exagéré ? Bien sûr, il n’y a pas eu de déportations, de massacres, de destructions. Mais cette brutale mise sous tutelle de tout un peuple est sans précédent dans un système apparemment  démocratique et réellement tyrannique. Ce pouvoir aussi occulte que totalitaire appelé la « troïka » n’a de parrain que la finance internationale.

 

Anecdote symptomatique : le principal syndicat de la police grecque connue pour être particulièrement répressive,  a publié cette lettre adressée à la « troïka » : « Comme vous poursuivez cette politique destructrice, nous vous prévenons que vous ne pouvez nous contraindre à nous battre contre nos frères. Nous refusons de nous élever face à nos parents, nos frères, nos enfants ou tout citoyen manifestant ou exigeant un changement de politique. Nous vous prévenons que, en tant que représentants légaux des policiers grecs, nous allons émettre des mandats d’arrêts pour une série d’infractions légales (…) telles que chantage, tentatives de subrepticement abolir ou ronger la démocratie et la souveraineté nationale. » Ce n’est bien sûr que symbolique – seul un juge peut émettre un mandat d’arrêt – mais c’est un signal fort ! Si les forces de l’ordre se rallient au peuple en lutte, cela deviendra très difficile pour le pouvoir supranational.

 

Cela montre que la construction d’une Europe politique et sociale basée sur un système de démocratie parlementaire n’est plus qu’une chimère. Il n’y aura pas d’autorité politique supranationale. L’Union européenne fonctionne à la fois dans l’intergouvernementalité, c’est-à-dire sous la tutelle du pays le plus fort, l’Allemagne qui est elle-même alignée sur les Etats-Unis et à la fois dans une supranationalité technocratique où la Commission européenne joue le rôle de gendarme, cette Commission dont les trois acteurs principaux sont un ancien Premier ministre portugais sans doute récompensé pour son alignement inconditionnel sur Bush junior, une « manager » batave noyée sous les conflits d’intérêts et un ancien ministre belge des affaires étrangères accusé de fraude fiscale et prêt à ouvrir en grand la porte aux multinationales. Et, bien sûr, n’oublions pas la Grande Bretagne conservatrice tentant d’imposer au continent son modèle culturel et néolibéral.

 

La montée en puissance de l’extrême-droite

 

Le phénomène nouveau est la montée en puissance de ce qu’on peut appeler l’extrême-droite dans l’ensemble de l’Union européenne (), mais aussi de ses idées.

 

D’un côté, il y a un pays comme la Hongrie, dont le pouvoir tenu par le Fidecz de Viktor Orban, parti reconnu par le PPE, a modifié la constitution pour asseoir un pouvoir fort proche du totalitarisme. En outre, un gouvernement de centre-gauche, comme le gouvernement français, dont le ministre de l’Intérieur tient un discours de stigmatisation des Roms et prend des mesures d’expulsions inacceptables. Plusieurs autres gouvernements de l’Union européenne adoptent des mesures de plus en plus dures en matière de Justice et de maintien de l’ordre. Tout cela dénote une tendance très dangereuse.

 

De l’autre, il y a le succès de plus en plus grand des formations « classiques » de l’extrême-droite qui tentent de canaliser les frustrations en proposant des solutions simplistes essentiellement axées sur le rejet et la stigmatisation de l’Autre. Cette expansion commence à prendre des proportions assez importantes pour bouleverser l’échiquier politique européen.

 

Ainsi, en Autriche, aux élections du 29 septembre dernier, alors que les sociaux-démocrates ont atteint leur plus mauvais score depuis la fin de la guerre (27 %), l’extrême-droite obtient 22 %.

 

Aux Pays-Bas, Geert Wilders, le leader du parti de la liberté, tente de regrouper toutes les factions fascisantes en vue des prochaines élections européennes.

 

En France, pour ce même scrutin, le Front national serait, d’après les sondages, le premier parti français en décrochant 24 %, l’UMP en aurait 22 et le PS tomberait à 19 %.

 

En Norvège, malgré le carnage provoqué par Breivik, le parti du progrès serait la première formation avec 23 % aux prochaines élections législatives.

 

En Bulgarie, un parti nommé Ataka s’attaque à la minorité turque, est rentré au Parlement avec 9 % et ne cesse de grimper dans les sondages.

 

En Hongrie, le parti fasciste Jobbik est crédité de 16 % en dépit de la politique droitière et antidémocratique de Viktor Orban.

 

En Belgique, la NV-A pourrait monter à 40 % et donc fortement augmenter son poids politique déjà très important. Le Vlaams Belang néo-nazi stagne autour de 10 %. Par contre, en Wallonie, jusqu’à présent et depuis la déliquescence du Front national belge, l’extrême-droite est insignifiante.

 

En Italie, la « Ligue du Nord » représente un danger politique sérieux. Mais la carte politique de la Péninsule pourrait être profondément bouleversée avec l’élimination de Berlusconi.

 

Arrêtons ici ce « passage en revue » pour constater ceci. D’abord, en dépit des graves excès de langage, voire des crimes commis comme ce fut le cas en Norvège et en Grèce, l’extrême-droite progresse. On verra ce que donnera la répression d’Aube dorée dans le pays des Hellènes. Ensuite, si partout l’extrême-droite désigne l’immigré comme bouc émissaire de la crise, il existe selon les pays, des formations au niveau national et des partis nationalistes régionaux comme en Flandre, en Catalogne, comme la Ligue du Nord italienne, etc qui cherchent à détruire l’Etat-nation et à morceler l’Europe en de multiples sous-nationalités, tout en adhérant au programme néolibéral à la mode aujourd’hui. Bref, l’extrême-droite a plusieurs multiples visages et « s’adapte » au terrain où elle se développe.

 

Ce qu’en disent Robert Falony et Robert Paxton

 

Voici l’analyse qu’en fait Robert Falony dans sa « Lettre socialiste » mensuelle diffusée par le blog « Osons le socialisme » ( http://osons.le.socialisme.over-blog.com/#) « L’extrême droite monte en puissance dans tous les pays européens ou presque. Son eau mère est ce vaste courant populiste de droite qui s’alimente à trois sources. La première est l’incompréhension face à la « crise », attribuée soit à « l’Europe », soit au monde politique en général - et non au libéralisme économique dont les thèses encrassent les cerveaux. Le sentiment que « cela allait mieux avant » joue ainsi en faveur des replis de type nationaliste, avec leur cortège d’illusions. La seconde source, teintée de xénophobie ou d’islamophobie, s’explique par la présence massive des communautés issues de l’émigration, « Nous ne sommes plus chez nous ». Quand la gauche fait preuve d’angélisme sur le sujet, ou verse dans le communautarisme, elle n’aide vraiment pas à contenir ce courant. Enfin, troisième source, la vaine recherche de l’homme providentiel, du sauveur, le culte de la personnalité entretenu par les médias. »

 

Un analyste du phénomène extrémiste de droite, quelque peu méconnu, est l’historien américain Robert Paxton.  Edwy Plenel, le directeur de « Mediapart » (http://blogs.mediapart.fr/blog/edwy-plenel/050112/leurope-la-hongrie-et-le-fascisme-daujourdhui-lalarme-de-paxton)  donne une synthèse de son analyse : « Paxton publia cette étude, titrée The Anatomy of Fascism pour sa version anglaise, dans le contexte particulier de l'après-11 Septembre et de la présidence de George W. Bush, marquée par une crispation essentialiste, missionnaire et guerrière, de la nation américaine. Tout le propos du livre est de répondre à cette question aussi complexe à éclairer qu'elle est simple à formuler: «Qu'est-ce que le fascisme?». Et, après y avoir répondu en revisitant les deux fascismes qui s'imposèrent, l'italien et l'allemand, de se demander quelles formes prendrait un fascisme d'aujourd'hui. Posées en 2004, ces questions ont encore plus de force sept ans après, quand la crise financière ébranle les certitudes et les situations apparemment les plus solides et les mieux établies. » Paxton pense qu'il faut repérer et catégoriser le fascisme sur la base de son action concrète plutôt que de son apparence conjoncturelle, historiquement datée. «Il n'y a pas d'habit particulier pour ce moine-là», écrit-il après avoir démontré que les fascismes ont toujours été «plus hétéroclites que les autres "ismes"». Tout simplement parce que leur socle commun – le refus du droit naturel, du droit d'avoir des droits, de l'égalité des individus, de celle des "races", ethnies ou origines, et donc de celle des peuples et des nations – les mène toujours à une essentialisation d'une identité nationale fantasmée et exacerbée. «La communauté vient avant l'humanité dans le système de valeurs fasciste, explique Paxton, et le respect des droits individuels ou des procédures légales y laisse la place à l'asservissement à la destinée du Volk (version allemande) ou de la razza (variante italienne). Il s'ensuit que les mouvements fascistes nationaux ont pleinement exprimé leurs particularismes culturels.»

 

 

Ces deux analyses – Robert Falony et Robert Paxton – rejoignent mon propos : il ya un « fascisme » de pouvoir qui restreint, sous le prétexte de terrorisme, ou encore de crise, les libertés fondamentales, c’est-à-dire la faculté du peuple  à participer à la décision et il y a un « fascisme » hétéroclite, politique, qui se veut être une menace permanente au processus démocratique et remettre en question les fondements de notre société par le rejet de l’universalisme. Cela n’est pas nouveau, bien sûr. Mais deux éléments sont incontestables : la progression constante de ces formations et la « banalisation » des idées distillées par ce courant politique, banalisation qui se marie avec le projet ultralibéral voulu par les lobbies des multinationales et par la pensée dominante au sein des institutions européennes. Prenons comme exemple la NV-A en Belgique flamande.

 

 

Le programme de la NV-A s’inscrit dans cette logique.

 

 

Le programme présenté récemment par le parti nationaliste flamand, NV-A (Nieuwe Vlaamse Alliantie – nouvelle alliance flamande) qui, ne l’oublions pas, est la plus importante formation politique de Belgique, s’inscrit bien dans la logique d’une société néolibérale. Donc, il y a une alliance objective entre l’extrême-droite et les tenants du néolibéralisme. Extrême-droite ? Oui, lorsqu’on voit le fondateur et patron de la NV-A, Bart De Wever, au côté de Jean-Marie Le Pen, même s’il y a plusieurs années. Oui, lorsqu’on apprend que le n°2 de cette formation, Jan Jambon, fréquente le St-Martens’fonds, l’association des anciens SS flamands qui ont fourni le plus important contingent de combattants SS étrangers.

 

Et cette alliance se concrétise lorsque De Wever déclare : « Ce programme n’est rien d’autre que ce qu’un gouvernement de gauche a fait en Allemagne Qui n’est rien d’autre que ce que font les pays voisins Qui n’est rien d’autre que ce que l’Union européenne nous demande de faire. » Et qu’est-ce que ce programme, sinon la diminution des prestations sociales, la privatisation des services publics et le gel drastique des finances publiques ? En clair, le programme de l’école de Chicago de feu Milton Friedman qui a commencé à être appliqué au Chili de Pinochet, il y a quarante ans, qui fut imposé – le plus souvent par la force – dans de nombreux pays et que prépare depuis des années la Commission européenne.

 

Cette alliance implique nécessairement la fin du contrat social, autrement dit la fin du processus démocratique aussi bien au niveau politique qu’au niveau social. D’ailleurs, le programme de la NV-A suggère d’en finir avec la concertation sociale au niveau national et de ne l’accepter qu’au niveau des entreprises ou des secteurs d’activités économiques. En clair, c’est la fin de l’Etat social. C’est exactement ce que souhaitait Margaret Thatcher il y a trente-cinq ans. Cependant, elle déclarait à l’époque que ce processus serait lent à cause des contraintes du régime démocratique. Aujourd’hui, on ne s’embarrasse plus de ces contingences !

 

Ce programme a rencontré des échos favorables dans une large partie de l’opinion flamande et auprès de politiciens démocrates-chrétiens flamands. Le silence des dirigeants libéraux dans la partie francophone du pays est aussi révélateur.

 

Les pions du marché

 

Que conclure de tout cela ? Cette alliance réelle entre les grands intérêts multinationaux, des pouvoirs autoritaires et des formations politiques extrémistes sape les fondements de nos sociétés démocratiques basées sur des valeurs reconnues comme universelles et inaliénables et sur le contrat social destiné à instaurer l’équité.

 

Cela a été, dès le départ, la volonté de l’école de Chicago qui, depuis un demi-siècle, a tenté d’imposer une société organisée pour le seul intérêt de ce pouvoir bien plus puissant que les Etats.

 

Mais les événements actuels qui s’enchevêtrent permettent de tirer une autre conclusion : « Soyons honnêtes, ce n'est pas une surprise d'apprendre que la NSA espionne la France. Elle n'est d'ailleurs pas la seule agence américaine à agir ainsi. En revanche, la vraie découverte dans cette affaire, c'est l'ampleur et la systématicité de ces écoutes. Ces pratiques sont totalement démesurées et inadmissibles. Elles flétrissent considérablement l'image de cette grande nation démocratique et interrogent sur sa conception du monde et des libertés fondamentales. » déclare Jean-Jacques Urvoas, président de la Commission des lois à l’Assemblée nationale française ajoute : « Au final, cette nouvelle péripétie révèle que les Etats-Unis n'ont pas d'alliés, ils n'ont que des cibles ou des vassaux. »

 

Ajoutons que les multinationales n’ont pas d’alliés non plus. Leur unique objectif est d’introduire un pouvoir absolu contrôlant, évaluant et réprimant s’il y a lieu les hommes et les femmes, les citoyens qui ne sont plus que les pions du marché.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

C’est volontairement que le mot « populisme » n’est pas utilisé qui est un terme piège. La raison en sera expliquée dans un prochain article.

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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 21:18

 Thierry Willemarck

Thierry Willemarck, patron des patrons bruxellois, spécialste du dérapage

 

Il y a quelques semaines, le météorologiste de l’IRM (la météo belge) et présentateur à RTL-TVI, Luc Trullemans, dérape suite à des propos racistes. Après une partie de bras de fer médiatique, il est viré de RTL-TVI et subit une légère sanction à l’IRM. Il se rapproche du parti de son défenseur, Me Modrikamen, le parti « populaire » dont les idées sont proches de celles de l’extrême-droite. Le sémillant avocat ne cache d’ailleurs pas son admiration pour Marine Le Pen.

 

 

 

 Trullemans RTL

Luc Trullemans viré de RTL et faiblement sanctionné à l'IRM, ne regrette rien.

 

 

Il y a une dizaine de jours, l’animateur de cette même RTL-TVI et footballeur, Stéphane Pauwels, tient des propos scabreux à l’égard du chanteur métis "stromae" lors d'un match de l’équipe nationale belge. Il est suspendu.

 

 

Enfin, hier, le « patron des patrons » de la région bruxelloise, Thierry Willemarck, déclare qu’il faut supprimer les allocations familiales pour les parents d’enfants d’origine maghrébine qui font l’école buissonnière et qu’ils ont juste besoin « d’un coup de pied au cul ». Tollé général dans la presse et dans la classe politique bruxelloise. Le sénateur socialiste, grand spécialiste de la fiscalité, Ahmed Laaouej, met les points sur les « i » : « Si je comprends Thierry Willemarck, c’est parce que ces jeunes sont de culture différente, qu’ils sont dans un environnement différent, qu’ils ont besoin d’un coup de cul, et donc que les déficits dans les familles sont le propre des jeunes maghrébins ? C’est raciste ! ». Oui, c’est raciste. Il n’y a pas d’autre mot. Le ministre-président de la Région bruxelloise, Rudi Vervoort, socialiste lui aussi remet les montres à l’heure : « Plutôt que de stigmatiser les parents ou pire l’entièreté d’une communauté, le Président de BECI – l’association patronale de Bruxelles – se doit de proposer des mesures concrètes pour mener les jeunes à l’emploi, les motiver à trouver une voie professionnelle épanouissante, créatrice de richesse, de bien-être et de fierté. »

 

 

 

 

 

 ahmed-laaouej

Ahmed Laaouej a mis les points sur les "i". Espérons qu'il soit écouté.

 

 

Ne parlons pas de la France où une candidate du FN, une certaine Anne-Sophie Leclère, compare la Garde des Sceaux, Christiane Taubira, une grande dame, à un singe ; où un ministre de l’Intérieur socialiste fait arrêter une jeune Rom dans le car d’un voyage scolaire, violant ainsi le sanctuaire de l’école, sanctuaire à la base des principes républicains ; où le même ministre de l’Intérieur socialiste fustige la communauté Rom au point d’être rappelé à l’ordre par la Commissaire européenne à la Justice.

 

 

 

 Christiane-Taubira

Christiane Taubira, une grande dame.

 

 

Des gens « connus »

 

Tous ces propos sont déplorables, mais font partie du quotidien, direz-vous. Non ! Ils sont inacceptables et il y a un élément nouveau inquiétant : ces propos et ces actes émanent non pas des habituels nervis fascistoïdes, mais de gens « connus ». Un ministre présidentiable, des personnages médiatiques connus, un dirigeant économique important, cela commence à faire beaucoup de monde. Cela prouve aussi que l’idéologie raciste se répand et pénètre dans tous les milieux.

 

Cela prouve qu’il sera très difficile de trouver des solutions sérieuses et démocratiques aux relations entre les « autochtones » et les communautés immigrées. Les dirigeants n’analysent plus, ils fustigent. Ils suivent le plus « gueulard » et n’osent même plus le contrer. Ils font également preuve de versatilité : rappelez-vous les torrents de larmes médiatisées versées après la tragédie de Lampedusa. Et puis, plus rien. Nul ne veut comprendre qu’il s’agit d’une question fondamentale, que l’Europe forteresse ne fonctionne pas, qu’il faudra une politique intelligente et humaniste pour tenter de résoudre ce problème majeur.

 

 

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Manuel Valls reste toujours en place en dépit de la lame de fond de la jeunesse lycéenne.

 

 

La lutte contre le racisme implique une nouvelle stratégie. Il ne suffit plus de fustiger. Valls est toujours en place, le FN ne perdra pas une seule voix après les dérapages de nombre de ses militants, les « personnalités » aux propos dits « imprudents » sont bien présentes.

 

Une autre politique, une autre manière de voir

 

 

 

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Après le battage médiatique, aucune leçon n'a été tirée de la tragédie de Lampedusa.

  

  

C’est à une autre politique de relations internationales qu’il faut s’atteler. L’Afrique ne doit plus être le continent à piller et qui sert à régler les comptes entre puissances. Le développement indispensable nécessitera des moyens considérables et une autre manière d’établir les relations avec les Africains. Il faut en finir avec le néocolonialisme, qu’il s’appelle « Franceafrique » (ou France à fric ?) ou qu’il prenne prétexte de « l’ingérence humanitaire ».

 

Cela s’appelle sans doute « révolution ».

 

Les pays européens ne peuvent plus laisser pour compte des milliers de gens d’origine maghrébine, africaine ou d’autres régions du monde. Une réelle politique sociale est indispensable dans le respect de la culture de l’Autre. La soi-disant « intégration » de ces populations n’implique pas le renoncement à leur mode de penser et de croire. La lutte contre l’islamisme intégriste n’implique pas la lutte contre l’Islam.

 

Il faudra apprendre à voir les choses autrement si on ne veut pas que les dérapages se transforment en catastrophe majeure. Tout cela s’appelle sans doute « révolution ». Nous y reviendrons.

 

 

Pierre Verhas

 

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