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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 13:51

  

Je ne suis pas un fanatique de la langue française considérée par certains comme intouchable et immuable. Toute langue évolue avec son temps. Elle enrichit son vocabulaire de termes étrangers qui peuvent l’enrichir et la moderniser. Elle a un double objet : préserver et illustrer une culture propre à ses locuteurs et s’épanouir dans le monde par son rayonnement.

Mais la domination culturelle anglo-saxonne qui ne relève pas uniquement de la puissance étatsunienne, est un projet politique. Il consiste à imposer un seul modèle culturel tout en infériorisant les autres avant de les éliminer. Le véhicule linguistique de cette culture est l’anglo-saxon qui n’a plus grand’ chose à voir avec la langue de Shakespeare tant il l’a appauvrie.

Le pire est la complicité des médias francophones où des présentateurs prennent la liberté d’aligner les mots de la langue française dans le sens de leur équivalent en anglo-saxon. C’est ce qu’on appelle l’anglicisme. Ce serait drôle si cela ne devenait systématique, au point que le français « s’anglosaxonise » progressivement aussi bien dans la langue écrite que dans la langue parlée.

L’exemple cité ici par Jean-Louis Legalery, angliciste français, est symptomatique de cette dérive. Et cette dérive n’est autre que la culture mondialisée qui cherche à conquérir le « marché » culturel et ce, avec l’appui des grand médias qui, bien sûr, vivent du bon vouloir publicitaire des multinationales, mais aussi sont révélateurs de l’évolution culturelle des « élites » sensées défendre notre culture et faire barrage à cette offensive. Bien au contraire, elle ouvre tout grand les vannes. Juste pour voir, sans doute !

 

Pierre Verhas

 

 

Jusqu’à des temps proches, dans la langue française, juste, adjectif ou adverbe selon le contexte, était cantonné dans des emplois et fonctions restreints et bien délimités. En tant qu’adjectif il peut signifier : 1) équitable, impartial, intègre ; 2) correct, honnête, loyal, et par extension, fondé, légitime ; 3) adéquat, approprié, convenable, exact – incidemment les anglicistes appartenant aux générations d’après-guerre ont tous eu près d’eux, à un moment ou à un autre, Le mot juste de Lionel Guierre (1) - ; 4) (à propos de vêtements ou de chaussures) étroit, court. Dans sa fonction adverbiale juste a trois sens : 1) avec justesse, exactitude – il est généralement placé après un verbe, ex : parler juste, tomber juste - ; 2) exactement, précisément – et, dans ce cas, juste devient groupe circonstanciel, ex : la balle est passée juste au-dessus de sa tête - ; 3) d’une manière trop stricte, en quantité  à peine suffisante, ex : il fut tout juste rassasié. Ce sont, là, les recensions faites aussi bien par le TLFI(2) que par le Grand Robert (3) de la langue française.

 

Mais, depuis quelque temps déjà, une acception nouvelle et très « branchée » de juste a émergé, dans la langue parlée essentiellement, héritée de la fonction adverbiale du mot anglais just. Il s’agit donc d’un anglicisme – un de plus – mais dont le moins que l’on puisse dire est que sa traversée de la Manche (ou de l’Atlantique, bien sûr, il ne faut jamais oublier les cousins du nouveau monde...) a été chaotique et faite sans médicament préventif, car il arrive de ce côté-ci en mauvais état et en remplacement de la locution adverbiale tout simplement, un peu loin de ce qu’il est initialement. Entendu pour vous, lors de deux émissions de télévision consacrées au cinéma à propos de Sandra Bullock dans Gravity : « elle est juste incroyable », « Sandra Bullock est juste formidable (4) ». Or si just peut être adjectif et adverbe en anglais, sa fonction adverbiale le limite à modifier le sens d’un verbe ou d'un autre adverbe et non d’un adjectif. Tout le monde a en mémoire le refrain publicitaire d’un célèbre équipementier sportif, just do it, dans lequel just est clairement dans sa fonction adverbiale, en position préalable à un verbe.

 

Or si l’on se réfère à l’OALD (5), puisqu’il s’agit de toute évidence du détournement d’un anglicisme, l’entrée principale de just est celle d’un adverbe, l’usage de l’adjectif ayant tendance à tomber en désuétude dans la mesure où fair le remplace très souvent qu’il s’agisse du registre de langue soutenue ou familière. L’adjectif just a trois sens : 1) that most people consider to be morally fair and reasonable ; 2) référence est faite à l’adjectif substantivé, the just : people who are just ; 3) appropriate in a particular situation. On notera incidemment que la fonction adjectivale de just est limitée au sens juridique, a just decision, alors que a fair decision aura une connotation morale. Donc pour en revenir à l’adverbe just qui nous intéresse au plus haut point, a quatorze sens possibles, que l’on ne va pas détailler pour ne pas fatiguer les non-anglicistes. On retiendra les deux plus fréquents : 1) adverbe de manière, synonyme de exactly ; 2) adverbe de temps, ex : the clock struck six just as I arrived.

 

Une autre « bible » linguistique the LGSWE (6) nous confirme que les occurrences de just appartiennent exclusivement au registre du langage parlé, qu’il s’agisse de l’anglais britannique ou de l’anglais américain, et sont très rares dans la langue écrite académique. Dans ce domaine le sens de l’adverbe just a une action soit restrictive, soit complémentaire de l’action ou de l’intensité de l’échange (ex: I just want to show you the tape I bought, je veux simplement vous montrer la cassette que j’ai achetée). Dans tous les cas just complète toujours et uniquement le sens d’un verbe, parfois à l’impératif (Just keep your mouth shut, Contente toi de la fermer), mais jamais d’un adjectif. La transposition actuelle est donc puissamment farfelue et inappropriée dans la langue d’arrivée (pour reprendre des termes de la traduction) par rapport à la langue de départ, et, bien qu’une langue évolue toujours par la tradition et la pratique populaires, on serait vraiment tenté de dire : Just stop talking such nonsense, please!

 

Jean-Louis Legalery

 

 (1)    Guierre, L. 1959, Le mot juste, The right word, Paris : Vuibert.

(2)    Le Trésor de la Langue Française Informatisé, http://atilf.atilf.fr/

(3)    Société du Nouveau Littré, 1974, Le Robert, Tome III, p-894, Paris : Le Robert.

(4)    Le chroniqueur qui s’est fendu de cette mâle déclaration s’est aussi rendu coupable d’un intéressant lapsus, qui montre que ses pensées étaient plus tournées vers la chimie que vers la physique en général et la gravité en particulier, puisqu’il a parlé de Sandra Buttock au lieu de Bullock. Pour information buttocks, en anglais, signifie les fesses, que la célèbre SB montre généreusement pendant les deux heures qu’elle passe à tourner dans le vide, soit en combinaison de cosmonaute, soit en sous-vêtements dans une capsule…

(5)    Oxford Advanced Learner’s Dictionary, 2005, 7th edition, London : O.U.P., p-839.

(6)    Douglas Biber, Stig Johansson, Geoffrey Leech, Susan Conrad, Edward Finegan. 1999, The Longman Grammar of Spoken and Written English, Harlow : Pearson.

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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 20:44

Quel est le rapport entre l’attribution du Prix Nobel de Physique 2013 aux professeurs François Englert, docteur en Physique de l’Université Libre de Bruxelles et Peter W Higgs docteur en Physique du King’s College, université de Londres, et la mondialisation ?

 

 

François Englert

 

François Englert, professeur à l'ULB, prix Nobel de Physique 2013

 

 

Depuis la moitié du XIXe siècle où la révolution industrielle fit sentir ses effets, les équipes scientifiques étaient nationales et beaucoup de savants travaillaient individuellement ou pour les grandes entreprises de l’époque. Les universités n’avaient pas encore intégré la recherche scientifique, se concentrant en priorité sur l’enseignement. Cependant, depuis qu’elle existe, la recherche a été universelle. Jamais aucun pouvoir féodal, religieux, national n’a réussi à totalement l’empêcher de franchir les frontières.

 

Le XXe siècle a vu la naissance de la théorie de la relativité et donc d’une meilleure connaissance de l’Univers et de la matière qui a été confirmée par l’observation et l’expérience. La découverte de l’atome et de son noyau  qui restaient jusqu’alors ignorés ou mal connus, a permis une nouvelle exploitation de la matière par, entre autres, la découverte de la radioactivité. Dès lors, l’homme fut pour la première fois capable d’en dégager une énergie considérable, jamais atteinte auparavant.

 

Aussi, la nature de la recherche scientifique en fut profondément modifiée. Elle devenait pour la première fois un enjeu stratégique majeur. Auparavant, la science servait au prestige des rois et plus tard des nations. Lorsqu’on s’aperçut qu’elle pouvait générer des armes puissantes et dévastatrices, son statut a changé. La recherche n’était plus au service de la science, par définition universelle, mais à la botte des politiques stratégiques des puissances nationales.

 

D’autre part, elle était devenue indispensable à l’industrie.

 

Aussi, se mena  une guerre larvée entre, d’une part les chercheurs scientifiques et d’autre part les puissances et les grands intérêts financiers. Les scientifiques sont jaloux de leur indépendance qu’ils estiment vitale pour faire progresser la connaissance de l’Univers. Les utilisateurs – Etats ou multinationales – veulent mettre la science au seul service de leurs objectifs stratégiques et financiers.

 

Cependant, le développement scientifique devenant de plus en plus coûteux et nécessitant des laboratoires sophistiqués ne peut désormais se faire sans l’aide publique. Qui dit aide publique, dit contrôle de l’Etat. C’est d’ailleurs un paradoxe. La recherche scientifique publique parvient à échapper à la pression des lobbies des multinationales, ce qui assure son indépendance, mais, d’un autre côté, elle dépend du bon vouloir des gouvernements qui est souvent influencé par les lobbies des mêmes multinationales. Aujourd’hui, bien sûr, avec les politiques néolibérales d’affaiblissement de l’Etat, le secteur privé tente de mettre la main sur la recherche scientifique lui retirant ainsi toute liberté dans la recherche.

 

Le coût de la recherche a généré un autre phénomène : son internationalisation. Certes, les savants n’avaient pas attendu la question du financement pour travailler ensemble par delà les frontières. Mais la question financière et la division du monde en deux blocs amena les puissances occidentales et particulièrement les Etats-Unis à instaurer une coopération internationale sous leur contrôle.

 

Le CERN, premier organisme supranational de recherche scientifique

 

Depuis le Prix Nobel de Physique 2013, on parle beaucoup du CERN (Centre Européen de Recherche Nucléaire), organisme supranational résultant d’un traité entre douze Etats fondateurs : l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, la France, la Grèce, l’Italie, la Norvège, le Royaume Uni, la Suède, la Suisse, les Pays Bas et la Yougoslavie.

 

 

 

CERN Accélérateur particules 

L'immense accélérateur de particules du CERN près de Genève (vue aérienne)   

 

 

Remarquons que ce traité date d’avant la fondation de la Communauté économique européenne (actuelle Union européenne) et qu’il est constitué de pays membres de l’OTAN et de trois pays neutres à l’époque (la Suède, la Suisse et la Yougoslavie) qui se sont mis d’accord sur la recherche commune en une matière « sensible » : le nucléaire.

 

Une autre mondialisation

 

C’est sans doute grâce à son indépendance que le CERN a pu mettre en œuvre des innovations collaboratives pour faire travailler ensemble des milliers de chercheurs scientifiques répartis dans le monde entier. En plus des résultats scientifiques spectaculaires qui ont permis des avancées majeures dans la connaissance de la Physique des particules, de la Physique théorique et de la structure de l’Univers, le CERN a mis au point des techniques de communications qui permirent à ces chercheurs de disposer d’outils performants et qui ont, par ricochet, révolutionné l’économie mondiale.

 

Ainsi, le World Wide Web, la fameuse toile d’araignée, a été proposée au CERN par Tim Berners-Lee – physicien anglais, spécialiste des ordinateurs – et  mise au point avec Robert Caillau – ingénieur informaticien belge. Elle correspondait aux besoins des utilisateurs du plus grand accélérateur de particules, le LEP.

 

 

 

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 Tim Berners Lee et Robert Caillau ont inventé le World Wide Web au CERN 

 

 

Le CERN a décidé de rendre publics le concept et la réalisation du Web sans le breveter. Comme l’écrit Berners-Lee : « Le CERN était le lieu idéal, peut-être le seul susceptible de permettre au Web de prendre son envol. Il concilie la liberté académique, l’esprit d’entreprendre et le pragmatisme qui, bien équilibrés, constituent le terreau du succès. »

 

D’autre part, le CERN apporte une contribution majeure au développement des logiciels libres et gratuits (1), notamment le système LINUX. Le CERN a établi une charte de l’utilisateur de logiciels libres.

 

Enfin, le CERN a mis en place un nouveau paradigme pour les publications par les éditeurs de revues à comité de lecture. Au lieu que les éditeurs soient financés par les universités sur la base du prix des abonnements, le CERN négocie avec les éditeurs le coût de la publication des articles dans les revues en question.

 

Comme le rappellent Gilles Cohen-Tannoudji et Michel Spiro dans leur ouvrage Le boson et le chapeau mexicain, (Gallimard, folio essais, 2013) : « Ces exemples sont parmi les plus spectaculaires de la contribution du CERN à une mondialisation innovante et collaborative avec une gestion de projet qui maximise en permanence la créativité. »

 

Voilà donc un exemple d’une autre mondialisation que la mondialisation dite « néolibérale » ou celle purement dictée par des considérations marchandes. Cette démarche mise au point par des scientifiques me semble être une des plus sérieuses alternatives et peut s’appliquer à d’autres activités que la recherche scientifique, comme l’art, la littérature. Bref, à tous les domaines créateurs.

 

On devrait sérieusement y réfléchir.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

(1) Rappelons qu’un logiciel libre est un logiciel gratuit dont l'utilisation, l'étude, la modification et la duplication en vue de sa diffusion sont permises, techniquement et légalement. Ceci afin de garantir certaines libertés induites, dont le contrôle du programme par l'utilisateur et la possibilité de partage entre individus. Ainsi, l’utilisateur d’un logiciel libre dispose du programme source et peut donc le modifier à sa guise, mais doit laisser ses éventuelles innovations gratuitement à la disposition de tous les utilisateurs. Il ne faut pas confondre logiciel libre et logiciel gratuit comme « Open Office » d’ORACLE qui résulte de la politique commerciale de cette firme qui, en outre, ne met pas la source à la disposition de l’utilisateur.

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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 10:48

  

 

Une fois n’est pas coutume. L’Académie Goncourt a visé juste en primant le dernier roman de Pierre Lemaitre bien connu comme auteur de polars. Enfin, le Goncourt donne à un auteur ses lettres de noblesse, au-delà des intrigues entre éditeurs qui trop souvent caractérisent les prix littéraires parisiens.

A la veille des commémorations du centenaire de la boucherie de la Première guerre mondiale, voici un roman qui a le mérite de remettre les montres à l’heure. Nous n’aurons que faire des beaux discours sur l’Europe qui se construit « à la mémoire des Poilus » ou « par la réconciliation », ou encore des pleurnicheries du genre « plus jamais ça ! », alors qu’on sait bien que c’est « toujours ça ! » et même « pire que ça ! » - mais bien loin de notre « confortable » Vieux Continent qui a bien assez à faire avec ses millions de chômeurs, ses centaines de milliers de SDF, son indécrottable racisme et surtout avec ses dirigeants et avec ses clercs qui s’obstinent à refuser de voir les choses en face et sont trop pleutres pour prendre de réelles décisions.

Mon ami et camarade Bernard Gensane et sa femme Nathalie connaissent bien Pierre Lemaitre et ont travaillé avec lui sur cet ouvrage en assurant sa relecture. Le 20 août dernier, Bernard a publié  sur « Mediapart » une recension du roman de Pierre Lemaître. Je  la livre ici à l’attention des lecteurs du blog « Uranopole ».

Et surtout, je conseille la lecture du roman de Pierre Lemaitre « Au revoir là haut » (Albin Michel), roman qui s’inscrit dans la tradition orwellienne, comme le montre Bernard Gensane. Cela s’appelle tout simplement de la littérature.

Pierre Verhas

 

 

 

20 août 2013 | Par Bernard Gensane - Mediapart.fr

 

 

Je ne suis pas sûr que Pierre Lemaitre connaisse cet extrait d’Un Peu d’air frais, publié par George Orwell en 1939 :

 

« À la guerre, il arrive aux gens des choses extraordinaires. Et ce qu’il y a de plus extraordinaire que la façon dont on y trouve la mort, c’est la façon dont celle-ci vous épargne parfois. On aurait dit un flot impétueux vous emportant vers votre dernière heure et vous abandonnant soudain dans un bras mort, occupé à des tâches invraisemblables et futiles, avec une solde améliorée. Il y avait des bataillons de travailleurs traçant dans le désert des routes ne menant nulle part, des types oubliés dans des îles au milieu de l’océan, avec pour mission de repérer des croiseurs allemands coulés déjà depuis des années, des ministères de ci et de ça employant des armées de scribes et de dactylos qui subsistaient longtemps après avoir perdu leur raison d’être, par simple force d’inertie. On fourrait des gens dans des emplois sans objet, et ensuite ils y étaient perdus de vue jusqu’à perpète. »

 

Le narrateur de ce roman publié juste avant la Seconde Guerre mondiale nous dit que la guerre et, mieux encore, l’après guerre, c’est la mort de la démocratie (entre autre parce que la surabondance de bureaucratie laisse libre court à la bêtise et l’arbitraire), la lutte des classes exacerbée au profit des puissants et le bordel – pas vraiment joyeux – organisé.

 

L’histoire de ce roman, où Lemaitre se renouvelle complètement, est à la fois extravagante et fortement réaliste : Édouard, un fils de la grande bourgeoisie, artiste, homosexuel, a sauvé Albert, modeste comptable, d’une mort atroce au prix de sa défiguration par un éclat d’obus. Le lieutenant Pradelle, arriviste méprisant, va tenter de briser les deux hommes avant de se lancer après la victoire dans une arnaque ignoble consistant à vendre aux collectivités des cercueils remplis de terre et de cailloux, de morceaux de cadavres français, voire de soldats allemands. Les deux héros vont, quant à eux, monter une entourloupe plus géniale encore que celle de l’officier en profitant du climat du moment où le culte des Poilus est, en surface en tout cas, la nouvelle religion, pendant que les marchands du temple prospèrent comme jamais. Il s’agira de lancer une souscription nationale auprès des municipalités pour l’achat de monuments aux morts qui n’existeront que sur le papier. La première arnaque m’a remémoré une escroquerie similaire qui fit la fortune d’un industriel français dans les années cinquante, pendant et après la guerre d’Indochine. La seconde est le fruit de l’imagination de l’auteur, alors qu’elle semble au moins aussi authentique que la première.

 

 

george_orwell.png

 

 La tradition Orwellienne est toujours bien vivante. Et c'est tant mieux !

 

Je me demande si un roman a jamais aussi bien filé la métaphore de la chair à canons et celle de la lutte des classes autour de la guerre. Comme Orwell (qui combattit en Espagne), Lemaitre nous rappelle que les champs de bataille sont le lieu de la pestilence, d'une géhenne “ boschienne ” (« à la première accalmie, des rats gros comme des lièvres cavalent avec sauvagerie d’un  cadavre à l’autre pour disputer aux mouches les restes que les vers ont déjà entamés »), de la machine aveugle qui détruit le libre arbitre et qui broie (pour le soldat de base, l’ennemi c’est l’officier et non le bougre d’en face ; entre eux, une ligne de démarcation qui n’est pas que de verre). Dans cette lutte de classe poussée à l’extrême, l’individu cesse de résister car il sait, pour ne citer que cet exemple bien connu, que le refus de porter un pantalon rouge taché de sang peut l’amener devant un peloton d’exécution. S’il en allait autrement, les guerres ne dureraient pas trois semaines. Pendant les combats, les soldats sont durement manipulés : on leur demanderait d’aller se battre sur la lune, ils iraient. La résignation peut déboucher sur la déraison :

 

« [Les soldats] en ont subi tant et tant que voir cette guerre se terminer comme ça [par un armistice], avec autant de copains morts et autant d’ennemis vivants, on a presque envie d’un massacre, d’en finir une fois pour toutes. On saignerait n’importe qui. »

 

Après les combats, la machine guerrière est tellement lourde qu’elle ne peut s’arrêter, comme un Titanic sur son erre. Les Poilus ne servent plus à rien, mais on ne parvient pas à les démobiliser comme il convient, c’est-à-dire en leur donnant un métier autre que celui d'homme-sandwich et en réinsérant dans la société les blessés, les handicapés, les cassés de manière honorable.

 

Toujours près de ses personnages qui ont leur chance parce qu’il ne les juge pas, Pierre Lemaitre tient son lecteur en haleine pendant plus de 500 pages grâce à des intrigues aux rebondissements dont il a le secret et à des trouvailles stylistiques éblouissantes. Je ne déflorerai pas l’utilisation « daliesque » que l’auteur fait d’une tête de cheval mort car elle est consubstantielle au fil rouge du récit. J’ai quand même plaisir à citer la rencontre d’Albert avec la créature :

 

« Il agrippe la tête de cheval, parvient à saisir les grasses babines dont la chair se dérobe sous ses doigts, il attrape les grandes dents jaunes et, dans un effort surhumain, écarte la bouche qui exhale un souffle putride qu’Albert respire à pleins poumons. Il gagne ainsi quelques secondes de survie, son estomac se révulse, il vomit, son corps tout entier est de nouveau secoué de tremblements, mais tente de se retourner sur lui-même à la recherche d’une once d’oxygène, c’est sans espoir. »

 

Et j’invite à lire et relire les descriptions des combats, en d’autres termes la manière dont le Moloch pulvérise les combattants. Sous le feu d’enfer, Albert va, pense-t-il, mourir dans un trou d’obus. Voyez ceci :

 

« Et là, à la place du ciel, à une dizaine de mètres au-dessus de lui, il voit se dérouler presque au ralenti, une immense vague de terre brune dont la crête mouvante et sinueuse ploie lentement dans sa direction et s’apprête à descendre vers lui pour l’enlacer. Une pluie claire, presque paresseuse, de cailloux, de mottes de terre, de débris de toutes sortes annonce son arrivée imminente. » Une pluie claire et paresseuse : il fallait l’oser !

 

Lemaitre a désormais, non pas une, mais des manières de raconter, légèrement différentes, pour chacun de ses textes, et à l’intérieur d’un même texte. Tout coule comme de l’eau de source. Il y a chez lui une volonté d’imaginer très forte, un imaginaire puissant (ce qui n’est pas la même chose), le courage, le dessein de surprendre (avec ce qu’il faut de fantaisie, de dinguerie), et un très grand besoin d’écriture au sens durassien du terme. Au pire moment du récit, Lemaitre nous impose son humour machiavélique. Que donne-t-il après la « pluie claire » ? Un petit conseil technique :

 

« Albert se recroqueville et bloque sa respiration. Ce n’est pas du tout ce qu’il faudrait faire, au contraire, il faut se mettre en extension, tous les morts ensevelis vous le diront. » Se mettre en extension quand on va mourir au fond d’un trou d’obus ! Et puis quoi encore ? La remarque parfaitement idiote selon laquelle le petit comptable, au moment où des tonnes de terre, de cailloux, de ferraille vont l’asphyxier, ressemble, en temps normal – il y a beaucoup de peintres et de tableaux célèbres dans ce récit, à un Tintoret. Magnifique enchevêtrement du tragique et du comique. Sublime mais dérisoire irruption de la culture dans l’horreur séculière. On retrouvera cet embrouillamini au niveau de la nation. L’auteur nous explique par le menu ce qui se passe quand les militaires sont au pouvoir, comme pendant la période de démobilisation. Le chaos est « indescriptible ». Les morts sont enterrés, déterrés, réinhumés dans une puanteur qui n'importune guère les narines des dirigeants. Les gares sont pleines des cercueils qu’on est parvenu à extirper du front. Sous l’apparat, le sacré de l’honneur à rendre à ceux qui sont tombés, il y a la grande bouillie des cadavres anonymes de Poilus entombés n’importe comment : on brisera des nuques, on coupera des pieds, on cassera des chevilles pour faire entrer ces déchets humains dans des cercueils d’un mètre trente de long. Au passage, on raflera quelques montres, quelques tabatières, quelques alliances. Pour les capitalistes effrénés, les cadavres en putréfaction sont une marchandise. Cela n'adviendra que parce que le monde des affaires aura pris le pas sur les élus et l’administration. À la pestilence des champs de bataille succédera la puanteur de la vie politique et économique. Comme les soldats au Chemin des Dames, les citoyens qui sombreront seront ensevelis par les margoulins.

 

Lemaitre excelle dans l’ironie. Qu’un artiste, défiguré par un énorme trou béant en plein milieu du visage, un trou où l’on passe le poing sans peine, dessine des enfants de profil, il fallait le tenter ! Il faut suivre les méandres de l’instance narrative de l’auteur :

 

« Certes, la guerre avait été meurtrière au-delà de l’imaginable, mais si on regardait le bon côté des choses, elle avait permis aussi de grandes avancées en matière de chirurgies maxillofaciales. »

 

Ou mieux encore lorsqu’il y a une rupture de temps qui fait qu’on ne sait plus très bien qui parle :

 

« Ajoutez à cela qu’il était assez beau. Il fallait aimer les beautés sans imagination, bien sûr, mais tout de même, les femmes le désiraient, les hommes le jalousaient, ce sont des signes qui ne trompent pas. »

 

 

 

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Pierre Lemaître a réussi à relier le passé au présent. C'est la marque d'un grand auteur.

 

 

Le narrateur chez Lemaitre n’est jamais totalement objectif. Il joue avec les personnages sans se jouer d’eux, il les investit par différents côtés, mais pas globalement. Lemaitre, qui est pourtant fin psychologue, nous livre juste ce qu’il faut de la psychologie de ses créations. L’important pour lui est ailleurs. D’abord, dans la verticalité de ce monde déshumanisé (Au revoir là-haut), qui est la métaphore centrale, parce que politique, du livre :

 

« De se retrouver comme ça dans une fosse, même aussi peu profonde, de vraies sueurs d’angoisse le saisissent malgré le froid qui est descendu, parce que, avec lui dans le trou et le capitaine au-dessus campé sur ses jambes, toute l’histoire lui remonte à la gorge, il a l’impression qu’on va le recouvrir, l’ensevelir, il se met à trembler, mais il repense à son camarade, à son Édouard, et il se force à se baisser, à reprendre son ouvrage. »

 

C’est cette verticalité qui permet à l’officier, âme damnée du récit, d’être à la fois ferrailleur et membre du jockey-club, de reconstruire la demeure familiale en trois coups de cuiller à pot, en exploitant, selon une hiérarchie subtile, des travailleurs chinois, sénégalais et français.

 

L’important est en outre pour l’auteur de montrer comment les personnages, y compris l’ancien officier, sont les marionnettes figées d’une histoire qui ne se fait plus. Dans cet objectif, Lemaitre use abondamment du présent et invente un système de ponctuation qui nivelle les actants du récit, les ramène sans arrêt au niveau du sol ou plus bas que terre. Trois exemples entre cent :

 

« Maintenant, le voilà seul dans cette pièce, la porte est refermée, on va prévenir que M. Maillard est ici, son fou rire est calmé, ce silence, cette majesté, ce luxe vous en imposent quand même. »

 

« « Elle est derrière lui, en tablier ou en blouse, et porte un enfant dans ses bras, elle pleure, ils sont jeunes tous les deux, il y a le titre au-dessus du dessein : Départ pour le combat. »

 

« Ils avancent groupés, l’un tient haut son fusil prolongé par une baïonnette, le deuxième, près de lui, le bras tendu, s’apprête à lancer une grenade, le troisième, légèrement en retrait, vient d’être atteint d’une balle ou d’un éclat d’obus, il est cambré, ses genoux cèdent sous lui, il va tomber à la renverse… »

 

Dans tous ses romans, Lemaitre aime désarçonner le lecteur par des rebondissements totalement imprévus. Au revoir là-haut en compte une paire, sidérants. Mais ce que j’affectionne particulièrement dans ces pages censées narrer la petite et la grande histoires, c’est l’utilisation par l’auteur de prolepses qui authentifient un récit qui n’est que pure invention :

 

« Évidemment, voir comme ça Édouard Péricourt allongé dans la gadoue le 2 novembre 1918 avec une jambe en bouillie, on peut se demander si la chance ne vient pas de tourner, et dans le mauvais sens. En fait, non, pas tout à fait, parce qu’il va garder sa jambe. Il boitera le restant de ses jours, mais sur deux jambes. »

 

Au fait, quid de ce titre bizarroïde ? Quelques instants avant d’être fusillé pour traîtrise le 4 décembre 1914, le soldat Jean Blanchard écrivit ces quelques mots à sa femme : « Je te donne rendez-vous au ciel où j’espère que Dieu nous réunira. Au revoir là-haut, ma chère épouse… »

 

Blanchard fut réhabilité le 29 janvier 1921.

 

J’encourage tous les élèves de France à lire ce grand roman. Cela compensera un peu l’asthénie de l’enseignement de l’histoire dans nos classes.

 

 Pour mémoire : j'ai rendu compte de Cadres noirs ici ; d'Alex ici ; et de Sacrifices ici.

 

 

Les premières critiques dans les grands médias sont plus qu'élogieuses. Je sais que le rêve de Lemaitre serait d'obtenir le Goncourt des Lycées. Il le mérite !

 

 

 

Bernard Gensane

 

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Paris, Albin Michel 2013.

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http://www.mediapart.fr/print/333287

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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 21:26

 

Gustave_Flaubert.jpg

 

 

 

Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j’en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L’admirable, c’est qu’ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule, en leur donnant quelques sols. Et j’ai entendu dire de jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre.

 

C’est la haine qu’on porte au Bédouin, à l’Hérétique, au Philosophe, au Solitaire, au Poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton.

 

Gustave Flaubert, lettre à George Sand du 12 juin 1867

(Correspondance, éd. La Pléiade tome 5, pp. 653-654)

 

 

George Sand

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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 21:53

L’ambiance est sinistre au Parlement européen. Dans certains groupes politiques, elle frôle la panique au regard des prévisions de résultats des élections européennes. En outre, le nouveau président, le social-démocrate allemand Martin Schulz et candidat à la présidence de la Commission européenne, ne décolère pas.

 

En effet, après la molle réaction du Conseil européen suite aux révélations de Snowden sur l’espionnage par la NSA des responsables politiques européens et en particulier de la chancelière allemande, il avait proposé de bloquer les négociations sur l’accord de libre échange transatlantique tant que les Américains n’avaient pas donné de sérieuses garanties quant à la fin de ces pratiques. Bien sûr, ce fut une fin de non recevoir du Conseil européen qui préfère le cirage de bottes !

 

Autre chose. Si en France, il est quasi acquis que le Front national « bleu Marine » dépassera le Parti socialiste aux prochaines élections européennes, il y a fort à craindre que l’extrême-droite européenne dans son ensemble obtienne plus de sièges que le groupe socialiste et démocrate.  Ce serait une sinistre première lors d’élections démocratiques ! Ce serait un séisme à l’échelle d’un continent !

 

Une menace mortelle pour l’Europe

 

Voilà donc deux éléments qui constituent une menace mortelle pour l’Europe : l’alignement sur la mondialisation néo-libérale et la montée sans précédent dans l’histoire du populisme fascisant.

 

L’idée européenne est définitivement flétrie depuis la crise grecque. Un ami m’a dit récemment : « Merkel a réussi ce qu’Hitler n’a pu réaliser : écraser le peuple grec ! ». Exagéré ? Bien sûr, il n’y a pas eu de déportations, de massacres, de destructions. Mais cette brutale mise sous tutelle de tout un peuple est sans précédent dans un système apparemment  démocratique et réellement tyrannique. Ce pouvoir aussi occulte que totalitaire appelé la « troïka » n’a de parrain que la finance internationale.

 

Anecdote symptomatique : le principal syndicat de la police grecque connue pour être particulièrement répressive,  a publié cette lettre adressée à la « troïka » : « Comme vous poursuivez cette politique destructrice, nous vous prévenons que vous ne pouvez nous contraindre à nous battre contre nos frères. Nous refusons de nous élever face à nos parents, nos frères, nos enfants ou tout citoyen manifestant ou exigeant un changement de politique. Nous vous prévenons que, en tant que représentants légaux des policiers grecs, nous allons émettre des mandats d’arrêts pour une série d’infractions légales (…) telles que chantage, tentatives de subrepticement abolir ou ronger la démocratie et la souveraineté nationale. » Ce n’est bien sûr que symbolique – seul un juge peut émettre un mandat d’arrêt – mais c’est un signal fort ! Si les forces de l’ordre se rallient au peuple en lutte, cela deviendra très difficile pour le pouvoir supranational.

 

Cela montre que la construction d’une Europe politique et sociale basée sur un système de démocratie parlementaire n’est plus qu’une chimère. Il n’y aura pas d’autorité politique supranationale. L’Union européenne fonctionne à la fois dans l’intergouvernementalité, c’est-à-dire sous la tutelle du pays le plus fort, l’Allemagne qui est elle-même alignée sur les Etats-Unis et à la fois dans une supranationalité technocratique où la Commission européenne joue le rôle de gendarme, cette Commission dont les trois acteurs principaux sont un ancien Premier ministre portugais sans doute récompensé pour son alignement inconditionnel sur Bush junior, une « manager » batave noyée sous les conflits d’intérêts et un ancien ministre belge des affaires étrangères accusé de fraude fiscale et prêt à ouvrir en grand la porte aux multinationales. Et, bien sûr, n’oublions pas la Grande Bretagne conservatrice tentant d’imposer au continent son modèle culturel et néolibéral.

 

La montée en puissance de l’extrême-droite

 

Le phénomène nouveau est la montée en puissance de ce qu’on peut appeler l’extrême-droite dans l’ensemble de l’Union européenne (), mais aussi de ses idées.

 

D’un côté, il y a un pays comme la Hongrie, dont le pouvoir tenu par le Fidecz de Viktor Orban, parti reconnu par le PPE, a modifié la constitution pour asseoir un pouvoir fort proche du totalitarisme. En outre, un gouvernement de centre-gauche, comme le gouvernement français, dont le ministre de l’Intérieur tient un discours de stigmatisation des Roms et prend des mesures d’expulsions inacceptables. Plusieurs autres gouvernements de l’Union européenne adoptent des mesures de plus en plus dures en matière de Justice et de maintien de l’ordre. Tout cela dénote une tendance très dangereuse.

 

De l’autre, il y a le succès de plus en plus grand des formations « classiques » de l’extrême-droite qui tentent de canaliser les frustrations en proposant des solutions simplistes essentiellement axées sur le rejet et la stigmatisation de l’Autre. Cette expansion commence à prendre des proportions assez importantes pour bouleverser l’échiquier politique européen.

 

Ainsi, en Autriche, aux élections du 29 septembre dernier, alors que les sociaux-démocrates ont atteint leur plus mauvais score depuis la fin de la guerre (27 %), l’extrême-droite obtient 22 %.

 

Aux Pays-Bas, Geert Wilders, le leader du parti de la liberté, tente de regrouper toutes les factions fascisantes en vue des prochaines élections européennes.

 

En France, pour ce même scrutin, le Front national serait, d’après les sondages, le premier parti français en décrochant 24 %, l’UMP en aurait 22 et le PS tomberait à 19 %.

 

En Norvège, malgré le carnage provoqué par Breivik, le parti du progrès serait la première formation avec 23 % aux prochaines élections législatives.

 

En Bulgarie, un parti nommé Ataka s’attaque à la minorité turque, est rentré au Parlement avec 9 % et ne cesse de grimper dans les sondages.

 

En Hongrie, le parti fasciste Jobbik est crédité de 16 % en dépit de la politique droitière et antidémocratique de Viktor Orban.

 

En Belgique, la NV-A pourrait monter à 40 % et donc fortement augmenter son poids politique déjà très important. Le Vlaams Belang néo-nazi stagne autour de 10 %. Par contre, en Wallonie, jusqu’à présent et depuis la déliquescence du Front national belge, l’extrême-droite est insignifiante.

 

En Italie, la « Ligue du Nord » représente un danger politique sérieux. Mais la carte politique de la Péninsule pourrait être profondément bouleversée avec l’élimination de Berlusconi.

 

Arrêtons ici ce « passage en revue » pour constater ceci. D’abord, en dépit des graves excès de langage, voire des crimes commis comme ce fut le cas en Norvège et en Grèce, l’extrême-droite progresse. On verra ce que donnera la répression d’Aube dorée dans le pays des Hellènes. Ensuite, si partout l’extrême-droite désigne l’immigré comme bouc émissaire de la crise, il existe selon les pays, des formations au niveau national et des partis nationalistes régionaux comme en Flandre, en Catalogne, comme la Ligue du Nord italienne, etc qui cherchent à détruire l’Etat-nation et à morceler l’Europe en de multiples sous-nationalités, tout en adhérant au programme néolibéral à la mode aujourd’hui. Bref, l’extrême-droite a plusieurs multiples visages et « s’adapte » au terrain où elle se développe.

 

Ce qu’en disent Robert Falony et Robert Paxton

 

Voici l’analyse qu’en fait Robert Falony dans sa « Lettre socialiste » mensuelle diffusée par le blog « Osons le socialisme » ( http://osons.le.socialisme.over-blog.com/#) « L’extrême droite monte en puissance dans tous les pays européens ou presque. Son eau mère est ce vaste courant populiste de droite qui s’alimente à trois sources. La première est l’incompréhension face à la « crise », attribuée soit à « l’Europe », soit au monde politique en général - et non au libéralisme économique dont les thèses encrassent les cerveaux. Le sentiment que « cela allait mieux avant » joue ainsi en faveur des replis de type nationaliste, avec leur cortège d’illusions. La seconde source, teintée de xénophobie ou d’islamophobie, s’explique par la présence massive des communautés issues de l’émigration, « Nous ne sommes plus chez nous ». Quand la gauche fait preuve d’angélisme sur le sujet, ou verse dans le communautarisme, elle n’aide vraiment pas à contenir ce courant. Enfin, troisième source, la vaine recherche de l’homme providentiel, du sauveur, le culte de la personnalité entretenu par les médias. »

 

Un analyste du phénomène extrémiste de droite, quelque peu méconnu, est l’historien américain Robert Paxton.  Edwy Plenel, le directeur de « Mediapart » (http://blogs.mediapart.fr/blog/edwy-plenel/050112/leurope-la-hongrie-et-le-fascisme-daujourdhui-lalarme-de-paxton)  donne une synthèse de son analyse : « Paxton publia cette étude, titrée The Anatomy of Fascism pour sa version anglaise, dans le contexte particulier de l'après-11 Septembre et de la présidence de George W. Bush, marquée par une crispation essentialiste, missionnaire et guerrière, de la nation américaine. Tout le propos du livre est de répondre à cette question aussi complexe à éclairer qu'elle est simple à formuler: «Qu'est-ce que le fascisme?». Et, après y avoir répondu en revisitant les deux fascismes qui s'imposèrent, l'italien et l'allemand, de se demander quelles formes prendrait un fascisme d'aujourd'hui. Posées en 2004, ces questions ont encore plus de force sept ans après, quand la crise financière ébranle les certitudes et les situations apparemment les plus solides et les mieux établies. » Paxton pense qu'il faut repérer et catégoriser le fascisme sur la base de son action concrète plutôt que de son apparence conjoncturelle, historiquement datée. «Il n'y a pas d'habit particulier pour ce moine-là», écrit-il après avoir démontré que les fascismes ont toujours été «plus hétéroclites que les autres "ismes"». Tout simplement parce que leur socle commun – le refus du droit naturel, du droit d'avoir des droits, de l'égalité des individus, de celle des "races", ethnies ou origines, et donc de celle des peuples et des nations – les mène toujours à une essentialisation d'une identité nationale fantasmée et exacerbée. «La communauté vient avant l'humanité dans le système de valeurs fasciste, explique Paxton, et le respect des droits individuels ou des procédures légales y laisse la place à l'asservissement à la destinée du Volk (version allemande) ou de la razza (variante italienne). Il s'ensuit que les mouvements fascistes nationaux ont pleinement exprimé leurs particularismes culturels.»

 

 

Ces deux analyses – Robert Falony et Robert Paxton – rejoignent mon propos : il ya un « fascisme » de pouvoir qui restreint, sous le prétexte de terrorisme, ou encore de crise, les libertés fondamentales, c’est-à-dire la faculté du peuple  à participer à la décision et il y a un « fascisme » hétéroclite, politique, qui se veut être une menace permanente au processus démocratique et remettre en question les fondements de notre société par le rejet de l’universalisme. Cela n’est pas nouveau, bien sûr. Mais deux éléments sont incontestables : la progression constante de ces formations et la « banalisation » des idées distillées par ce courant politique, banalisation qui se marie avec le projet ultralibéral voulu par les lobbies des multinationales et par la pensée dominante au sein des institutions européennes. Prenons comme exemple la NV-A en Belgique flamande.

 

 

Le programme de la NV-A s’inscrit dans cette logique.

 

 

Le programme présenté récemment par le parti nationaliste flamand, NV-A (Nieuwe Vlaamse Alliantie – nouvelle alliance flamande) qui, ne l’oublions pas, est la plus importante formation politique de Belgique, s’inscrit bien dans la logique d’une société néolibérale. Donc, il y a une alliance objective entre l’extrême-droite et les tenants du néolibéralisme. Extrême-droite ? Oui, lorsqu’on voit le fondateur et patron de la NV-A, Bart De Wever, au côté de Jean-Marie Le Pen, même s’il y a plusieurs années. Oui, lorsqu’on apprend que le n°2 de cette formation, Jan Jambon, fréquente le St-Martens’fonds, l’association des anciens SS flamands qui ont fourni le plus important contingent de combattants SS étrangers.

 

Et cette alliance se concrétise lorsque De Wever déclare : « Ce programme n’est rien d’autre que ce qu’un gouvernement de gauche a fait en Allemagne Qui n’est rien d’autre que ce que font les pays voisins Qui n’est rien d’autre que ce que l’Union européenne nous demande de faire. » Et qu’est-ce que ce programme, sinon la diminution des prestations sociales, la privatisation des services publics et le gel drastique des finances publiques ? En clair, le programme de l’école de Chicago de feu Milton Friedman qui a commencé à être appliqué au Chili de Pinochet, il y a quarante ans, qui fut imposé – le plus souvent par la force – dans de nombreux pays et que prépare depuis des années la Commission européenne.

 

Cette alliance implique nécessairement la fin du contrat social, autrement dit la fin du processus démocratique aussi bien au niveau politique qu’au niveau social. D’ailleurs, le programme de la NV-A suggère d’en finir avec la concertation sociale au niveau national et de ne l’accepter qu’au niveau des entreprises ou des secteurs d’activités économiques. En clair, c’est la fin de l’Etat social. C’est exactement ce que souhaitait Margaret Thatcher il y a trente-cinq ans. Cependant, elle déclarait à l’époque que ce processus serait lent à cause des contraintes du régime démocratique. Aujourd’hui, on ne s’embarrasse plus de ces contingences !

 

Ce programme a rencontré des échos favorables dans une large partie de l’opinion flamande et auprès de politiciens démocrates-chrétiens flamands. Le silence des dirigeants libéraux dans la partie francophone du pays est aussi révélateur.

 

Les pions du marché

 

Que conclure de tout cela ? Cette alliance réelle entre les grands intérêts multinationaux, des pouvoirs autoritaires et des formations politiques extrémistes sape les fondements de nos sociétés démocratiques basées sur des valeurs reconnues comme universelles et inaliénables et sur le contrat social destiné à instaurer l’équité.

 

Cela a été, dès le départ, la volonté de l’école de Chicago qui, depuis un demi-siècle, a tenté d’imposer une société organisée pour le seul intérêt de ce pouvoir bien plus puissant que les Etats.

 

Mais les événements actuels qui s’enchevêtrent permettent de tirer une autre conclusion : « Soyons honnêtes, ce n'est pas une surprise d'apprendre que la NSA espionne la France. Elle n'est d'ailleurs pas la seule agence américaine à agir ainsi. En revanche, la vraie découverte dans cette affaire, c'est l'ampleur et la systématicité de ces écoutes. Ces pratiques sont totalement démesurées et inadmissibles. Elles flétrissent considérablement l'image de cette grande nation démocratique et interrogent sur sa conception du monde et des libertés fondamentales. » déclare Jean-Jacques Urvoas, président de la Commission des lois à l’Assemblée nationale française ajoute : « Au final, cette nouvelle péripétie révèle que les Etats-Unis n'ont pas d'alliés, ils n'ont que des cibles ou des vassaux. »

 

Ajoutons que les multinationales n’ont pas d’alliés non plus. Leur unique objectif est d’introduire un pouvoir absolu contrôlant, évaluant et réprimant s’il y a lieu les hommes et les femmes, les citoyens qui ne sont plus que les pions du marché.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

C’est volontairement que le mot « populisme » n’est pas utilisé qui est un terme piège. La raison en sera expliquée dans un prochain article.

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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 21:18

 Thierry Willemarck

Thierry Willemarck, patron des patrons bruxellois, spécialste du dérapage

 

Il y a quelques semaines, le météorologiste de l’IRM (la météo belge) et présentateur à RTL-TVI, Luc Trullemans, dérape suite à des propos racistes. Après une partie de bras de fer médiatique, il est viré de RTL-TVI et subit une légère sanction à l’IRM. Il se rapproche du parti de son défenseur, Me Modrikamen, le parti « populaire » dont les idées sont proches de celles de l’extrême-droite. Le sémillant avocat ne cache d’ailleurs pas son admiration pour Marine Le Pen.

 

 

 

 Trullemans RTL

Luc Trullemans viré de RTL et faiblement sanctionné à l'IRM, ne regrette rien.

 

 

Il y a une dizaine de jours, l’animateur de cette même RTL-TVI et footballeur, Stéphane Pauwels, tient des propos scabreux à l’égard du chanteur métis "stromae" lors d'un match de l’équipe nationale belge. Il est suspendu.

 

 

Enfin, hier, le « patron des patrons » de la région bruxelloise, Thierry Willemarck, déclare qu’il faut supprimer les allocations familiales pour les parents d’enfants d’origine maghrébine qui font l’école buissonnière et qu’ils ont juste besoin « d’un coup de pied au cul ». Tollé général dans la presse et dans la classe politique bruxelloise. Le sénateur socialiste, grand spécialiste de la fiscalité, Ahmed Laaouej, met les points sur les « i » : « Si je comprends Thierry Willemarck, c’est parce que ces jeunes sont de culture différente, qu’ils sont dans un environnement différent, qu’ils ont besoin d’un coup de cul, et donc que les déficits dans les familles sont le propre des jeunes maghrébins ? C’est raciste ! ». Oui, c’est raciste. Il n’y a pas d’autre mot. Le ministre-président de la Région bruxelloise, Rudi Vervoort, socialiste lui aussi remet les montres à l’heure : « Plutôt que de stigmatiser les parents ou pire l’entièreté d’une communauté, le Président de BECI – l’association patronale de Bruxelles – se doit de proposer des mesures concrètes pour mener les jeunes à l’emploi, les motiver à trouver une voie professionnelle épanouissante, créatrice de richesse, de bien-être et de fierté. »

 

 

 

 

 

 ahmed-laaouej

Ahmed Laaouej a mis les points sur les "i". Espérons qu'il soit écouté.

 

 

Ne parlons pas de la France où une candidate du FN, une certaine Anne-Sophie Leclère, compare la Garde des Sceaux, Christiane Taubira, une grande dame, à un singe ; où un ministre de l’Intérieur socialiste fait arrêter une jeune Rom dans le car d’un voyage scolaire, violant ainsi le sanctuaire de l’école, sanctuaire à la base des principes républicains ; où le même ministre de l’Intérieur socialiste fustige la communauté Rom au point d’être rappelé à l’ordre par la Commissaire européenne à la Justice.

 

 

 

 Christiane-Taubira

Christiane Taubira, une grande dame.

 

 

Des gens « connus »

 

Tous ces propos sont déplorables, mais font partie du quotidien, direz-vous. Non ! Ils sont inacceptables et il y a un élément nouveau inquiétant : ces propos et ces actes émanent non pas des habituels nervis fascistoïdes, mais de gens « connus ». Un ministre présidentiable, des personnages médiatiques connus, un dirigeant économique important, cela commence à faire beaucoup de monde. Cela prouve aussi que l’idéologie raciste se répand et pénètre dans tous les milieux.

 

Cela prouve qu’il sera très difficile de trouver des solutions sérieuses et démocratiques aux relations entre les « autochtones » et les communautés immigrées. Les dirigeants n’analysent plus, ils fustigent. Ils suivent le plus « gueulard » et n’osent même plus le contrer. Ils font également preuve de versatilité : rappelez-vous les torrents de larmes médiatisées versées après la tragédie de Lampedusa. Et puis, plus rien. Nul ne veut comprendre qu’il s’agit d’une question fondamentale, que l’Europe forteresse ne fonctionne pas, qu’il faudra une politique intelligente et humaniste pour tenter de résoudre ce problème majeur.

 

 

 manuel valls reference

Manuel Valls reste toujours en place en dépit de la lame de fond de la jeunesse lycéenne.

 

 

La lutte contre le racisme implique une nouvelle stratégie. Il ne suffit plus de fustiger. Valls est toujours en place, le FN ne perdra pas une seule voix après les dérapages de nombre de ses militants, les « personnalités » aux propos dits « imprudents » sont bien présentes.

 

Une autre politique, une autre manière de voir

 

 

 

lampedusa--1-.jpg

Après le battage médiatique, aucune leçon n'a été tirée de la tragédie de Lampedusa.

  

  

C’est à une autre politique de relations internationales qu’il faut s’atteler. L’Afrique ne doit plus être le continent à piller et qui sert à régler les comptes entre puissances. Le développement indispensable nécessitera des moyens considérables et une autre manière d’établir les relations avec les Africains. Il faut en finir avec le néocolonialisme, qu’il s’appelle « Franceafrique » (ou France à fric ?) ou qu’il prenne prétexte de « l’ingérence humanitaire ».

 

Cela s’appelle sans doute « révolution ».

 

Les pays européens ne peuvent plus laisser pour compte des milliers de gens d’origine maghrébine, africaine ou d’autres régions du monde. Une réelle politique sociale est indispensable dans le respect de la culture de l’Autre. La soi-disant « intégration » de ces populations n’implique pas le renoncement à leur mode de penser et de croire. La lutte contre l’islamisme intégriste n’implique pas la lutte contre l’Islam.

 

Il faudra apprendre à voir les choses autrement si on ne veut pas que les dérapages se transforment en catastrophe majeure. Tout cela s’appelle sans doute « révolution ». Nous y reviendrons.

 

 

Pierre Verhas

 

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 10:37
Il s’appelait Alain Vigneron, il avait quarante-cinq ans, il était sidérurgiste à Arcelor Mittal à Liège dans l’unité de Chertal. Il avait fait ses études primaires – que l’école primaire, diront les pédants – puis, par la force de sa volonté et de son intelligence, il a grimpé les échelons dans cette grande famille de l’acier pour terminer comme brigadier de production – un poste technique à haute responsabilité – et jusqu’à samedi dernier, luttait pour sauver son entreprise, les emplois de ses camarades et sa famille. À l’annonce de la fermeture définitive par les sbires de Lakshmi Mittal, il a décidé d’en finir. Il s’est pendu.
 
Ce suicide, selon ses camarades, n’est pas un hasard du calendrier : il a eu lieu deux ans après, jour pour jour, la premières annonces de la fermeture des aciéries et des hauts fourneaux. Deux ans de lutte acharnée. Epuisé, il a décidé d’y mettre fin.
 
Alain Vigneron laisse une lettre à sa famille, dont il a envoyé une copie à son délégué syndical.
 
« Chère famille, je vous dis mes derniers mots.

Je veux que vous respectiez ma femme et ma fille. Elles n’y sont pour rien. Je les ai fait souffrir énormément à cause de mon boulot pour monsieur Mittal. Il m’a tout pris, mon emploi, ma famille. Combien de familles va-t-il encore détruire ? Moi je n’en peux plus de ce milliardaire. Vous savez, je me bats depuis 31 ans pour avoir un petit quelque chose et voilà, je vais perdre mon emploi et combien de familles vont le perdre, monsieur Mittal ?

Cher gouvernement, allez vous enfin sauver les milliers d’emplois des familles qui en valent la peine ?

Ma petite femme et ma fille, je veux que vous sachiez que je vous aime mais monsieur Mittal m’a tout repris : la fierté, la politesse et le courage de me battre pour ma famille.

Et que la presse soit au courant de mon acte. J’ai fait des panneaux, je voudrais qu’ils soient à l’église, que tout le monde voie pourquoi j’ai mis fin à mes jours.
 »


Quand va-t-on sortir du fatalisme et de la servitude dans lesquels les gouvernements successifs qu’ils soient de droite, de gauche, du centre ou encore du trou du cul, ont placé les travailleurs et le peuple ?
 
 
 metallurgistes_Lorraine.jpg

Le désespoir des metallos (ici en Lorraine) peut se transformer en révolution.

 
 
Le message d’Alain Vigneron ne doit pas rester sans réponse. Ce serait lâche et indécent. Un nouveau combat de longue haleine doit commencer pour retrouver le chemin de la dignité.
 
Les assassins de Vigneron s’appellent d’abord Mittal, mais aussi Barroso, Lagarde, Draghi, cette troïka qui a mis l’Europe sous la tutelle des multinationales. Ces gens qui jettent des milliers de familles, de travailleurs dans la misère, ces Attila en col cravate qui détruisent des régions entières, ces ignares arrogants sont coupables de crimes contre l’humanité – car c’est de cela qu’il s’agit.
 
Exigeons une Cour pénale internationale pour les juger et les punir. Cela calmera sans doute les autres.
 
 
Pierre Verhas 

 

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 15:01

La révolte n'est pas loin ! Et elle risque d'être pire que la révolution.

 

Regardez :

 

 

http://fr.news.yahoo.com/video/je-suis-d%C3%A9sol%C3%A9e-monsieur-cop%C3%A9-213205249.html

 

Quel formidable exemple nous donne cette dame !

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 08:38

Marine Le Pen traîne devant les tribunaux toute personne qui proclame que le Front national est d’extrême-droite.

 

À l’appui de sa plainte, elle produit une pièce à conviction qui ne souffre aucune discussion.

FN_propagande-copie-1.jpg

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 15:43

Le Front national français rafle 40 % des suffrages lors d’une élection cantonale partielle à Brignolles dans le Var. Et encore, il aurait eu la majorité absolue s’il n’y avait eu un dissident d’extrême-droite qui a raflé 9,5 % des voix. La gauche est laminée (le PCF a 19 %, les Verts, 9 % et le PS ne se présentait pas). Le candidat « bleu marine » sera opposé au deuxième tour à un UMP (21 %) qui ne cache pas son adhésion aux thèses de la droite dure.

 

Le Pen pourrait battre Hitler. 

 

En France, les prochaines élections seront les municipales et les européennes. Des sondages prévoient que la FN conquerra un grand nombre de mairies dont, sans doute, celle d’une grande ville : Marseille.

 

 

 

Marine Le Pen triomphe 

 Marine Le Pen peut étendre les bras : un bras de mer s'ouvre devant elle ! 

 

 

Quant aux « européennes », il est prévu que le FN dépasse le PS, le parti du Président de la République et aussi principale formation de gauche. Ce serait un fait unique dans l’histoire ! Jamais l’extrême-droite n’a réussi à emporter plus de suffrages que la gauche (1) lors d’un scrutin à l’échelle nationale.

 

 

Le PS ce gros pachyderme endormi 

 

 

Et ici, inutile de dire que « ce ne sont que des sondages ». D’élections en élections, le FN progresse dangereusement. Le PS, ce gros pachyderme endormi, a l’air de ne rien voir. Le Front de gauche a manifestement adopté une mauvaise stratégie. Quant à la droite « démocratique » qui a été « extrême-droitisée » par Sarkozy, c’est une véritable catastrophe. Ce n’est pas un boulevard, c’est un bras de mer qui s’ouvre devant Marine Le Pen et ses sbires.

 

 

 

manuel_valls_reference.jpeg 

Manuel Valls se trompe de stratégie en se voulant plus ferme que la droite.

 

Et, comme toujours, ou bien on fait gros dos comme le PS, ou bien on court derrière le FN, comme Manuel Valls et ses propos sur les Roms, comme François Fillon qui est prêt à rompre le « front républicain », ou encore on s’attaque aux effets et non aux causes dans les déclarations et les analyses à l’emporte-pièce des intellectuels et journalistes médiatiques.

 

 

On s'attaque aux effets et non aux causes. 

 

 

Les causes ? Il est trop facile de balayer la question en affirmant que l’extrême-droite est le fruit vénéneux de la crise. Certes, elle joue un rôle fondamental dans son émergence, mais elle est aussi et avant tout l’expression violente de frustrations. L’extrême-droite s’épanouit, par exemple, parmi les frustrés de la décolonisation. Ce sont eux qui ont fourni les troupes de l’OAS dans la métropole française et cela a laissé des traces. Ainsi, le voit-on dans des villes comme Béziers : « Ville de 70 000 habitants qui compte pas mal d’habitants d’origine espagnole (amnésiques ?), mais aussi beaucoup de pieds-noirs (rien compris ?), Béziers a vu le FN frôler les 26 %, des voix aux élections présidentielles de 2012, talonnant le président sortant, devançant François Hollande et laissant Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Front de gauche, à 15 points derrière elle. Eva Joly pour les Verts n’atteint pas 2 % et Philippe Poutou, pour le NPA, plafonne à 0,8 %. » (voir le blog de Bernard Gensane  http://bernard-gensane.over-blog.com/b%C3%A9ziers-laboratoire-de-la-d%C3%A9diabolisation-du-fn-par-maxime-vivas).

 

Les gens d’origine espagnole, la plupart enfants et petits enfants des réfugiés de la guerre d’Espagne et du régime franquiste, vivent mal en France et à Béziers en particulier. Ils s’y adaptent difficilement et se sentent rejetés. Les pieds noirs, eux aussi, ont stagné après avoir quitté l’Algérie. Ce mal vivre leur ôte toute confiance en la société française et ils se tournent naturellement vers ceux qui leur font miroiter des changements profonds.

 

 

L'ultralibéralisme génère l'extrême-droite. 

 

 

Une autre cause est la politique ultralibérale qui consiste à transférer les revenus du travail vers le capital provoquant ainsi l’appauvrissement et le chômage. Molle réaction de la gauche de gouvernement qui s’en est faite l’exécutante.

 

 

Les propagandistes néolibéraux ne cessent de taper sur le secteur public responsable selon eux de tous les maux. Le fonctionnaire fainéant, profiteur, incompétent est l’ennemi. Le secteur privé est par contre l’eldorado qui assurera l’avenir de chacun s’il renonce à faire appel à « l’Etat providence » qui crée une société d’assistés et adhère au principe de l’effort individuel. Réaction de la gauche de gouvernement : c’est elle qui a le plus privatisé.

 

 

Le militantisme aujourd'hui se trouve chez les fachos ! 

 

 

Cette pauvreté endémique tue tout espoir et cette propagande matraquée par les médias depuis des lustre ont pour résultat la défiance à l’égard du politique. Cela a un double résultat : l’abstention aux élections qui est surtout préjudiciable à la gauche et le succès d’une extrême-droite militante qui s’offre comme alternative. C’est ce qu’il s’est passé à Brignolles.

 

 

 

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Jean-Luc Mélenchon ne parvient pas à créer un nouveau militantisme à gauche.

 

 

A cela, il faut ajouter la perte de crédibilité des partis traditionnels, ceux de gauche en particulier. La gauche de gouvernement fait exactement le contraire de ce qu’elle a promis et surtout elle trahit sa raison d’être au nom du TINA thatchérien (2). Dès lors, la force de la gauche qui était son implantation dans la population et un militantisme nombreux et bien organisé a disparu. Le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon n’a pas réussi à le réanimer. Le militantisme aujourd’hui se trouve chez les fachos !

 

 

C’est donc un virage à 180° que la gauche doit effectuer. Ce sera une œuvre de longue haleine pour peu qu’elle en ait la volonté. Cela doit se faire également au niveau européen. Faire appel, comme certains, au rejet de l’Union européenne est renforcer l’extrême-droite. Au contraire, il faut agir à cette échelle pour espérer un changement, car c’est à ce niveau que se définit la politique actuelle. Les élections européennes donnent l’occasion d’un début de changement. Mais, qui est candidat ?

 

 

Le scrutin de Brignolles est un dernier avertissement. Qui en tiendra compte ?

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

(1)   Le scrutin qui a permis à Hitler de prendre le pouvoir en 1933 eut lieu en novembre 1932. Le NSDAP obtint 33,1 % (en régression de 4,2 %). Le parti social-démocrate eut 20,4 % (en régression de 1,2%) et le parti communiste 16,9% (avance de 2,6 %). Le solde des voix se partagea entre le centre (8,5%) et des petites formations de droite. Donc, aux dernières élections libres allemandes avant la prise de pouvoir d’Hitler en janvier 1933, l’ensemble de la gauche engrangea plus de suffrages que les nazis.

 (2)  TINA « There Is No Alternative » était le slogan de Margaret Thatcher pour justifier sa politique ultralibérale.

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Published by pierre verhas
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