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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 19:57

Dégâts collatéraux

 

On s’en doutait ! Les révélations de l’ex analyste de la NSA, le courageux Edward Snowden, allaient déclencher un séisme. Eh bien ! C’est fait ! Et il a surmonté de loin l’échelle de Richter… L’inamovible Premier ministre luxembourgeois  – il sévit depuis dix-huit années – et aussi ancien président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, est obligé de faire une vraie fausse sortie.

 

Suite aux révélations sur les indiscrétions des services secrets luxembourgeois qui sont sous sa tutelle, il a bien dû remettre son tablier et demander au Grand Duc de procéder à des élections anticipées. Tout cela, parce que les socialistes de son gouvernement l’ont lâché. Au passage : pas très malin de leur part. L’électeur ne pardonne jamais au parti qui a fait chuter un gouvernement.

 

 

Jean-Claude Juncker-copie-1 

 Jean-Claude Juncker l'ex futur Premier Ministre du GD de Luxembourg     

 

 

Mais le plus amusant, voici ce que les fouineurs d’ATTAC France ont découvert. Nous vous le livrons tel quel (sous la plume de Jacques Cossart) :

 

« Le 11 juin 2013, Monsieur Juncker, président de 2005 à janvier 2013 de l’Eurogroupe - assemblée des ministres des finances de la zone euro - déclare :
"Ce n’est pas nous qui avons déclenché la crise, c’est les États-Unis, où la crise économique est née de la trahison des principales vertus de l’économie sociale et de marché. Nous avons toujours suivi les gourous et nous sommes dans la situation où nous sommes aujourd’hui".

Plein de compassion, le même personnage déclarait à Singapour en novembre 2012 "Nos amis grecs n’ont pas d’autre choix [...] et mon impression est que les réformes qui sont mises en œuvre en Grèce sont de mieux en mieux comprises par les citoyens grecs".


Devant pareils personnages, il n’est pas le seul en effet, on s’interroge toujours pour savoir si c’est le mépris ou l’incompétence qui le disputent à une naïveté inouïe. »

Disons : les deux !

 

 

La berlusconisation de Sarkozy

 

 

Encore un vrai faux retour ! Depuis que la Cour constitutionnelle française a rejeté les comptes de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, l’ex fulmine parce que son instrument politique, l’UMP, est en faillite. Bon. Le « Canard enchaîné » révèle que Sarkozy a reçu en son cabinet les avocats de l’UMP, les représentants des banques créancières et les « dirigeants » de ce parti. On est arrivé à un accord d’étalement de la dette, mais l’UMP est dans l’incapacité d’honorer la première échéance au 31 juillet. Aussi, Sarkozy a lancé sa campagne d’appel de fonds (A vot’ bon cœur pour sauver l’UMP et accessoirement me donner la possibilité de me représenter en 2017). Des facétieux ont appelé cela le « sarkothon ».

 

 

 

Nicolas_Sarkozy01.jpg

 

Nicolas Sarkozy inspiré par son "maître" Silvio Berlusconi ?

 

 

Mais, le Sarko, il n’a pas arrêté de perdre depuis son élection à la présidence : les municipales, les régionales, l’élection présidentielle, les législatives. Voici qu’il perd le pognon de ses bons amis !

 

Et, au lieu de faire profil bas, car il traîne pas mal de casseroles qui commencent à déborder, il plastronne. Vraiment ! L’ex a bien retenu les leçons de son maître Silvio Berlusconi…

 

La fuite en Egypte

 

Les événements d’Egypte ont fait sortir de sa réserve le Ministre belge des Affaires étrangères, le très néolibéral Didier Reynders. Il a déconseillé aux touristes belges de se rendre dans le pays des Pharaons. Jusque là, rien de bien original. Il a étendu sa mise en garde aux zones touristiques du golfe d’Akaba où l’on n’a recensé aucun désordre. Et il n’a pu s’empêcher d’ajouter : « Comme père de famille, je n’accepterais pas d’envoyer ma famille là-bas. »

 

 

 

 

Didier-Reynders.jpg 

 Didier Reynders n'enverrait pas sa petite famille bronzer au pays des Pharaons. 

 

 

Tollé des agences de voyages et autres tour opérateurs ! Pas très malin, comme « bon » libéral de se mettre à dos ce secteur de l’économie qui a son importance et qui compte beaucoup de PME. Quelques électeurs en moins, Didier !

 

La liberté de la presse

 

La Cour d’appel de Versailles a contraint le site « Mediapart » et le journal « Le Point » de retirer les copies des enregistrements pris clandestinement par le majordome des Bettencourt.  Ces documents ont servi de pièces à convictions au procès en cours. Aussi, il y a une contradiction évidente au sein de la Justice française.

 

 

 

Liliane_Bettencourt.jpg 

 La famille Bettencourt (dont les aïeux étaient pétanistes) n'aime pas la liberté de la presse. 

 

 

Il est vrai que la Cour d’appel de Versailles est composée de magistrats nommés sous la présidence précédente. Y aurait-il un lien de cause à effet ? On n’oserait le penser…

 

 

L’utilisation des compétences

 

Le Parlement européen vient de désigner… Jean-Luc Dehaene comme rapporteur du nouveau projet de budget de l’Union européenne. L’ancien Premier ministre qui a imposé l’austérité en Belgique et qui fut président de Dexia où il n’a pas fini de devoir expliquer la raison pour laquelle il n’a pas réussi à éviter la catastrophe et qui est aussi  administrateur d’Inbev (la multinationale brésilio-belge de la bière), a le temps et les compétences pour présenter le budget européen.

 

 

 

Dehaene.jpg

 

Jean-Luc Dehaene cumule compétences et jetons de présence...

 

 

On se demande quand le taureau de Vilvorde a le temps de dépenser tout le pognon que lui rapportent tous ses mandats publics et privés.

 

 

Un accord hybride

 

 

L’accord patrons-syndicats sur l’alignement des régimes employés – ouvriers concernant les préavis fait déjà l’objet de contestations. Les spécialistes du droit du travail affirment que le texte de cet accord est bourré d’erreurs et, dès lors, il ne pourra pas tenir. D’autre part, la CNE – la centrale du syndicat chrétien des employés – rejette l’accord en bloc. Seule la FEB se réjouit. Le SETCa (syndicat des employés de la FGTB) se tait dans toutes les langues. Et le gouvernement fait fi de tout cela : il a adopté l’accord tel quel au « kern ».

 

Chipoter ainsi avec le droit social s’avérera très vite contreproductif.

 

Anne : Quid ?

 

Les trotskystes de la LCR ont dénoncé un texte signé par Anne Demelenne, la secrétaire générale de la FGTB, publié dans le cadre de la campagne « citoyens engagés » de l’Institut Emile Vandervelde (IEV), sous le titre de « l’action commune socialiste ».

 

 

 

Demelenne-Belga.jpg 

 Anne Demelenne : peut mieux faire pour l'indépendance syndicale !  

 

 

Il semblerait que ce texte plus politique que syndicaliste ait en réalité été rédigé par  le directeur général adjoint de l’IEV, un cabinetard du nom de Gilles Doutrelepont qui n’a absolument pas la fibre syndicale…

 

Anne Demelenne et Gilles Doutrelepont démentent, mais ce texte est incontestablement mauvais et ne reflète en rien une position socialiste et… syndicaliste. Jugez plutôt en vous reportant sur le site de l’IEV :

http://www.citoyensengages.be/getattachment/49e65bc3-a8d8-4d68-984f-e4f8f05012fc/L%E2%80%99Action-commune-en-2013%C2%A0-pourquoi-et-comment.aspx

 

En tout cas, cela fait désordre. Et on se pose la question de l’indépendance syndicale tant revendiquée par Anne Demelenne…

 

Hommage à Malala

 

 

UN INSTITUTEUR, UN LIVRE, UN STYLO PEUVENT CHANGER LE MONDE !

 

http://www.dailymotion.com/video/x11u5dh_malala-a-l-onu-les-talibans-voulaient-nous-reduire-au-silence-mais-ils-ont-echoue_news

 

La remarquable intervention de Malala à l'ONU.

 

Malala

 

 

Des évidences qu'il est interdit de dire en bien des endroits du monde et même "près de chez  nous"...

 

 

Pierre Verhas

 
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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 22:40

Le 6 juin 2013, le journaliste Glenn Greenwald publie dans le Guardian un article retentissant dans lequel il fait état d’un analyste américain, employé à la NSA (National Security Agency), le plus important service secret US après la CIA, du nom de Edward Snowden. Il lui a révélé l’existence d’un logiciel au doux acronyme de PRISM qui permet à cette agence de capter, d’enregistrer et d’analyser toutes les communications électroniques dans le monde ; aussi bien des quidams que les plus importants organismes publics ou privés dans le monde. Il révéla également que la NSA enregistrait les communications des alliés européens des Etats-Unis et celles des institutions européennes.

 

 

 glenn-greenwald-cc.jpg

Glenn Greenwald : un journaliste rigoureux et courageux

 

 

Qui est Glenn Greenwald ? Il est né à New York en 1967 et a étudié le droit à l’université de Washington. Il commença sa carrière comme avocat. Ensuite, il s’est tourné vers le journalisme d’investigation. Il est devenu également écrivain. Très vite, il a acquis une très bonne réputation pour le sérieux de ses investigations, bien qu’il soit critiqué pour aller au fond des choses dans les dossiers délicats. Il a figuré dans le « top 25 » et le « top 50 » des journalistes américains. Il a toujours dénoncé le caractère tyrannique du gouvernement américain – qu’il soit républicain ou démocrate – et on lui reproche d’avoir eu des contacts avec Wikileaks. Greenwald a violemment critiqué la politique de Bush et le fameux Patriot Act  et également l’influence d’Israël sur la politique étrangère américaine. Cela lui a valu de solides inimitiés dans l’establishment anglo-saxon. En 2012, il a commencé à travailler pour le Guardian. Gay, Glenn Greenwald vit entre Londres et Rio de Janeiro où habite son compagnon.

 

 

edward_snowden.jpg

 

Edward Snowden a eu le courage de bouleverser et de risquer sa vie par fidélité à ses principes.

 

 

Connaissant la réputation de Greenwald, Edward Snowden l’a choisi pour l’aider à dénoncer ces pratiques totalitaires à l’échelle mondiale. En tout cas, si on en croit Glenn Greenwald, c’est un scénario digne d’un des plus tordus films d’espionnage. James Bond est dépassé !

 

 

James Bond dépassé

 

 

Le 4 juillet, Greenwald prononça un discours à la Conférence Annuelle du Socialisme de Chicago où il décrit l’aventure qu’il a vécue avec Snowden et en tire les conclusions politiques.

 

 

Tout aurait commencé il y a plusieurs mois. Snowden contacte le journaliste du Guardian par mails, d’abord en ne révélant pas son nom. Il prétendait avoir des documents qui pourraient l’intéresser. Greenwald ajoute : « ce qui devait devenir par la suite le plus grand euphémisme de la décennie ». Après plusieurs échanges infructueux, c’est de Hong Kong que Snowden l’appelle à nouveau, toujours sans donner son nom, où il évoqua pouvoir lui transmettre plusieurs documents dont il donne la substance au journaliste. Snowden tentait de faire venir Greenwald à Hong Kong, ce qu’il refusa bien entendu. Alors, le jeune analyste lui fait parvenir quelques documents « à titre de hors d’œuvre ». Et Greenwald en dit : « Ces documents, même si ce n’était qu’un petit échantillon, étaient les choses les plus extraordinaires que j’avais jamais vues. Je me souviens qu’après avoir lu les deux premières pages, j’étais littéralement étourdi, étourdi par une sorte d’extase et d’euphorie par rapport à ce qu’il avait en sa possession. » Cela le convainquit d’aller à Hong Kong ! Il y est resté onze jours…

 

L’affaire prit des proportions considérables dont les conséquences allaient être énormes. Même au sein de ce monument médiatique qu’est le Guardian, tout fut bouleversé. Glenn Greenwald dit : « J’ai juré que quoi que je fasse dans la vie avec cette histoire et au delà, j’allais dédier ma vie à faire justice à l’incroyable acte de sacrifice personnel qu’Edward Snowden a accompli. Et cette énergie, je le constatais alors, infecta tout le monde au Guardian, qui est une organisation médiatique assez grande, et je suis la dernière personne à faire l’éloge d’une organisation médiatique, même une pour laquelle je travaille, surtout une pour laquelle je travaille. Pourtant j’ai vu depuis quatre semaines, les rédacteurs du Guardian, les rédacteurs en chef qui ont dirigé le Guardian depuis des années, s’engager dans un journalisme intrépide et courageux en ignorant jour après jour le climat de terreur et les menaces d’un gouvernement US et en disant nous allons continuer à publier toute information que nous pensons devoir publier pour le bien commun. » Hallucinant !

 

Les réactions à ces révélations ne se sont pas fait attendre. On tenta tout de suite de faire passer Snowden pour un malade mental, un désaxé, un psychopathe. Ce n’est pas du tout l’avis de Greenwald qui dénonce cette campagne destinée à le discréditer. En outre, les médias américains voulaient tous avoir leur entretien avec Snowden, ce qu’il refusa systématiquement. « Il a refusé toutes ces propositions d’entretien parce que sa vraie motivation pour faire ce qu’il a fait est exactement ce qu’il a dit, c’est, non pas se rendre célèbre, mais de rendre compte aux gens des Etats-Unis et du monde de ce qui est en train de leur être fait en secret par le gouvernement US. La raison pour laquelle c’est toujours une habitude pour les gens comme Edward Snowden d’être diabolisées, la raison pour laquelle il est important de leur attribuer une maladie psychologique, comme ils l’ont fait avec Bradley Manning, comme ils essaient de faire avec tous les déclencheurs d’alerte, comme ils l’ont fait avec Daniel Ellsberg, c’est parce qu’ils savent précisément ce que j’ai dit, que le courage est contagieux. Et qu’il va être un exemple pour d’autres gens qui vont venir donner l’alerte sur le devant de la scène en ce qui concerne la tromperie, l’illégalité et la corruption des choses qu’ils font dans l’ombre. »

 

La fin de la vie privée

 

Greenwald a une conviction qu’il s’est forgée depuis quelques années et qui a été confortée par les révélations de Snowden. « . Je n’ai cessé d’écrire que le but de l’état de surveillance américain, la NSA et l’appareil de surveillance nationale tout entier sur laquelle elle est basée, est de s’assurer qu’il n’existe plus aucune vie privée humaine, non seulement aux Etats-Unis mais dans le monde. Et on n‘a cessé de me répéter que c’était une hyperbole absurde, que c’était une pensée complotiste, que la NSA est restreinte dans son activité par tous ces cadres admirables, et dans une certaine mesure, je me sens capable de dire : “Bien, vous savez, j’ai justement une énorme pile de documents secrets de la NSA ici même.”. Les problèmes concernant la surveillance et le système de surveillance qu’ils sont en train de construire sont complexes. Ils sont légalement complexes. Ils sont technologiquement complexes. »

 

 

 

 nsa.jpg

Le siège de la NSA dans le Maryland cache les enregistrements de toutes les communications électroniques dans le monde.

 

 

 

Des conséquences incalculables

 

Ainsi, le séisme déclenché par Snowden met à terre tout le système de propagande et les techniques d’ahurissement ne fonctionnent plus. Rappelons-nous. Tout qui émet le moindre doute sur les « vérités » assenées par la propagande occidentale est automatiquement un adepte de la théorie du complot. Le plus bel exemple est la mise en doute de la version officielle sur les attentats du 11 septembre 2001. On peut en plus compter sur les « compagnons de route » de l’Occident – dont le plus beau spécimen est l’ami BHL – pour discréditer tout qui ose s’opposer, ou simplement mettre en doute la politique étatsunienne. Enfin, les médias ne sont pas en reste. Qu’il s’agisse de la presse écrite ou des médias audiovisuels, c’est le même message qui est distillé en vue d’endormir ce qu’on ose encore appeler « l’opinion publique »

 

 

 

 BHL_ineffable.jpg

BHL : l'exemple type du compagnon de route du totalitarisme

 

 

Certes, on peut dire qu’on découvre la Lune. On sait depuis longtemps que les Etats-Unis et leurs principaux alliés surveillent les communications par voie électronique. On a connu le fameux réseau « Echelon ». Mais, cela relevait en partie de la spéculation. On ne disposait d’aucune preuve concrète. Snowden a permis par son courage, de franchir un pas décisif : la preuve existe et la réalité est encore plus épouvantable. Comme l’écrit Greenwald : la vie privée n’existe plus. Elle a été rendue impossible par les tenants d’un « nouvel ordre mondial » chargé de contrôler chaque individu. Orwell avait vu juste. « 1984 » existe et est bien plus redoutable encore, car Winston et Julia ne pourront plus s’aimer sans être vus par des yeux inquisiteurs. Exagéré ? Pourquoi, alors, surveiller tout le monde ? Après tout, il est parfaitement envisageable que des chefs religieux tentent par le biais de l’espionnage électronique d’instaurer un totalitarisme des plus puritains. Dépassés les ayatollahs et autres imams salafistes ! A moins qu’ils ne parviennent à disposer de ces technologies…

 

De la parano ? Allons, lisez la fin du discours de Glenn Greenwald à Chicago : « Il y a deux jours, nous avons publié un document d’une petite partie de la NSA appelée Opérations des Sources Secrètes (Secret Source Opérations ou SSO), une des branches les plus secrètes de la NSA. Et il y avait un document interne de la SSO daté du 12 décembre 2012, donc fin de l’année dernière. Ce que contenait ce document, il célébrait une étape, de la manière dont on fête un anniversaire. Ce qu’il disait était ceci : félicitations à nous tous, unité de la SSO. Nous venons juste de collecter notre mille milliardième mail électronique, de métadata d’internet. C’est mille milliards soit un trillion avec un “t”. Ce que cela signifie, c’est que chaque jour ils enregistrent des centaines de millions de mails de par le monde pour voir qui nous envoie des mails, à qui nous en envoyons, quelle est notre adresse IP, à quel moment nous les envoyons, où nous ouvrons nos mails, quand nous les lisons, quelle est notre position géographique, et ensuite ils sont capables de reconstituer notre réseau, qui sont nos associations, quel est notre mode de vie, ce que l’on fait sur Internet, quels sont nos intérêts, ce qui nous anime, une grande variété d’informations qu’ils sucent et aspirent, non pas à propos d’individus qu’ils pensent être coupables de terrorisme, mais au sujet d’êtres humains sans discrimination aucune. Un autre document que je ne devrais sans doute pas partager, puisqu’il n’a pas été publié, mais je vais quand même le partager avec vous, et il va bientôt être publié et donc vous l’avez en avant-première. Cela concerne une toute nouvelle technologie qui permet à la NSA de rediriger dans ses dépôts un milliard de conversations téléphoniques cellulaires par jour, un milliard d’appels chaque jour. Ce à quoi nous avons vraiment affaire dans ce cas, c’est un système globalisé qui empêche toute forme de communication électronique d’avoir lieu sans qu’elle soit aussi archivée et surveillée par la NSA. Cela ne veut pas dire qu’ils écoutent chaque appel. Cela signifie qu’ils archivent chaque appel et ont la capacité de les écouter à tout moment, et cela veut dire qu’ils récoltent des millions et des millions et des millions de données concernant nos appels téléphoniques et nos mails. C’est un système globalisé visant à détruire toute vie privée, et ce qui constitue une menace incroyable, c’est que tout se passe dans l’ombre, avec aucune responsabilisation, et virtuellement aucun garde-fou. »

 

Assez naïvement, le journaliste américain conclut : « Le but de cette affaire et le but de l’alerte déclenchée par Edward Snowden n’est pas de détruire particulièrement ou unilatéralement ces systèmes. Le but c’est de dire que si vous, le gouvernement américain, et les gouvernements dans le monde, voulez créer un système de surveillance dans lequel nous n’avons plus de vie privée individuelle ou sur internet, vous devriez au moins nous en informer, en le faisant publiquement pour que nous puissions décider démocratiquement quelle genre de système et dans quelle sorte de monde nous voulons vivre. » (Le traduction du texte du discours de Glenn Greenwald a été publiée par le site du « Grand Soir » http://www.legrandsoir.info/ )

 

Non ! Ce système n’est qu’un des épouvantables outils que l’Etat profond mis en évidence par l’ancien diplomate canadien, le professeur Peter Dale Scott (http://uranopole.over-blog.com/article-les-realites-des-11-septembre-83939382.html) utilise pour imposer son pouvoir absolu avec l’appui de la bourgeoisie financière mondialisée dont l’intérêt est de contrôler et de manipuler  tout un chacun dans le plus grand intérêt du marché.

 

 

 scott-peter-dale-3-.jpg

Peter Dale Scott a dénoncé dans "Le nouveau désordre mondial" l'épouvante de "l'Etat profond" alliant les services secrets à la bourgeoisie financière mondialisée.

 

 

En tout cas, remercions et rendons hommage à Greenwald et à Snowden de nous avoir ouvert les yeux. Dès à présent, nul ne pourra dire : « Je ne savais pas », ou « Ce sont des foutaises ».

 

Pierre Verhas

 

Prochain article : Quel camouflet !

 

 

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 08:59

Bernard Gensane nous le rappelle opportunément sur son blog (http://bernard-gensane.over-blog.com/) en citant un extrait du discours de Pierre Mendès-France prononcé à l’Assemblée nationale française le 18 janvier 1957, juste avant la signature du Traité de Rome qui a institué la Commission économique européenne, devenue depuis 1992 (traité de Maastricht), l’Union européenne :

 

 

 

mendes france pierre 

Pierre Mendès-France avait vu clair, il y a un demi-siècle !      

 

 

 

« Le projet de marché commun tel qu’il nous est présenté est basé sur le libéralisme classique du XXème siècle selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique au sens le plus large du mot, nationale et internationale. »

 

 

L’illusion de l’Europe politique

 

 

A l’époque, les défenseurs d’une Europe politique, c’est-à-dire une Fédération déléguant des pouvoirs des Etats mis en commun à une autorité supranationale désignée démocratiquement et contrôlée par un Parlement élu au suffrage universel, disaient : On commença par une union économique – le projet Shuman, ancien ministre de Pétain, et Monnet, exportateur de cognac –  qui ouvrirait la voie à une union politique. Le Parlement élu au suffrage universel en sera la constituante. Quelle illusion !

 

 

schuman-monnet.jpg   

Jean Monnet et Robert Shuman : une union économique tout simplement !

 

 

Les Fédéralistes européens dont le mouvement a été fondé à Milan en août 1943 par Altiero Spinelli, ancien militant communiste italien condamné par les fascistes en 1927 à 10 ans de prison, puis à 6 ans d’isolement, considérent que le responsable de la guerre est l’Etat nation.  En juin 1941, Spinelli et Ernesto Rossi rédigent un « Manifeste pour une Europe libre et unie », connu sous le nom de « Manifeste de Ventotene ». Ce Manifeste indique que la priorité stratégique pour les progressistes doit être la lutte pour la constitution d’une fédération européenne en lieu et place de l’État nation.

 

 

altiero_spinelli-1-.jpg 

 Altiero Spinelli symbolise le fédéralisme européen. 

 

Le Manifeste circulera clandestinement dans la Résistance italienne et sera adopté comme programme du Mouvement fédéraliste européen  que Spinelli fonda les 27-28 août 1943 à Milan. En mars 1945, à Paris, sous la présidence d’Albert Camus et avec la participation d’Altiero Spinelli, il y eut la première réunion à l’échelle européenne du Mouvement fédéraliste européen (1)

 

Spinelli et plusieurs autres dirigeants de ce mouvement jouèrent un rôle important dans les institutions européennes. Spinelli aida le Premier ministre italien de Gasperi à rédiger le Traité de Rome. Il fut commissaire européen de 1970 à 1976. Il fut membre du Parlement européen dès 1976 et après son élection au suffrage universel en 1979 jusqu’à sa mort en 1986. Il participa à la rédaction d’un nouveau traité européen en 1984.

 

Les fédéralistes européens se sont divisés dès la fondation de la CEE entre une aile « institutionnaliste » qui concevait le fédéralisme comme une méthode de construction politique et institutionnelle, et une aile « radicale » qui voyait dans le fédéralisme un nouveau modèle social débarrassé des oripeaux du nationalisme.

 

Bien que largement soutenus par les institutions européennes, les fédéralistes européens ont eu relativement peu d’influence sur l’évolution de la construction européenne. Par exemple, ils n’ont pas réussi à empêcher l’intergouvernementalité qu’ils considèrent comme une addition des nationalismes, chaque Etat-membre gardant un droit de veto.

 

Encore aujourd’hui, les deux fédéralistes européens les plus connus, l’écologiste franco-allemand Daniel Cohn Bendit et le libéral belge Guy Verhofstadt plaident pour la construction d’une Europe fédérale par un Parlement européen se transformant en assemblée constituante en 2014, comme seule solution à la crise politique européenne. Peu de chances, cependant : l’ancien leader soixante-huitard va prendre ses invalides et il y a de fortes chances que Guy Verhofstadt soit écarté du devant de la scène politique européenne par l’aile droite des libéraux européens.

 

 

conh_bendit_verhofstadt.jpg 

 Daniel Cohn Bendit et Guy Verhofstadt : les derniers militants de l'union politique de l'Europe ? 

 

 

L’Europe du capital a de beaux jours devant elle.

 

L’une des ailes du bâtiment principal du Parlement européen à Bruxelles, mieux connu sous le nom de « Caprice des dieux » (2) est appelée Altiero Spinelli, l'autre aile étant baptisée Paul-Henri Spaak.  C’est symbolique des deux conceptions opposées de la construction européenne : l’idée fédérale progressiste qui voit dans le fédéralisme européen le moyen de construire une société plus libre et plus juste, incarnée par Spinelli, face à l’Europe économique, capitaliste, se servant de la supranationalité pour imposer les canons de l’ultralibéralisme et qui cherche à faire de l’Europe une vaste zone de libre échange accolée aux Etats-Unis, au plus grand bénéfice des multinationales, dont Spaak fut un des plus dévoués serviteurs. (3)

 

jose-manuel-barroso

Jose Manuel Barroso au service du capital et des USA et non de l'Europe !

 

 

Il est de bon ton de s’affirmer « fédéraliste » face aux « eurosceptiques ».  Cela, c’est pour la galerie ! Un Barroso, un De Gucht, une Neellie Kroes « fédéralistes » ? A mourir de rire !

 

 

Neelie_kroes.jpg 

Neelie Kroes plus au service des affaires que de l'Europe

 

 

Durant ses huit années de présidence de la Commission européenne, Jose Manuel Barroso n’a cessé de s’opposer à toute avancée politique de l’Union européenne, à toute velléité d’autonomie par rapport aux Etats-Unis et à son bras militaire, l’OTAN. La Néerlandaise Neellie Kroes qui fut commissaire européen à la concurrence est fortement critiquée, notamment au Parlement européen, pour être membre de 43 – excusez du peu – conseils d’administration de grandes entreprises et faire partie de 12 « boards » de grosses boîtes européennes. Elle a en outre défrayé la chronique pour ses fréquentations avec des hommes d’affaires sulfureux. On la surnomme « Nickel Neellie » en référence à « Iron lady » pour Margaret Thatcher, car elle a privatisé les PTT hollandais. Le Belge Karel De Gucht, libéral également, commissaire au Commerce extérieur, est opposé à l’exception culturelle (que nous critiquons par ailleurs, mais pas pour les mêmes raisons) ne cache pas sa volonté de faire aboutir à la hussarde les négociations du traité de libre échange avec les USA. Et on pourrait multiplier les exemples sur la composition de cette Commission qui est la plus conservatrice de l’histoire des institutions européennes. Le seul socialiste du groupe est bien isolé : le Hongrois Laszlo Andor chargé des Affaires sociales et – il faut lui rendre hommage – qui tente avec ténacité d’insuffler une dimension sociale à cette Europe du capital. 

 

Vers moins de liberté et d’égalité

 

L’évolution institutionnelle de l’Union européenne est symptomatique du déclin progressif de la démocratie formelle.

 

Comme l’a rappelé Pierre Mendès-France en 1957, la concurrence ne peut être la garantie d’une construction démocratique. Aussi, plusieurs Etats-membres ont freiné la construction européenne voyant d’un mauvais œil des transferts de souveraineté vers une autorité supranationale. De plus, les milieux progressistes se méfiaient de cette « Europe du marché commun » qui ne faisait qu’accroître l’emprise du capitalisme sur les sociétés européenne au détriment des conquêtes sociales.

 

 

  georges_Debunne.jpg

Georges Debunne avait compris avant tout le monde les enjeux de l'Union européenne.

 

Un homme comprit avant tout le monde l’importance de l’évolution européenne vers une forme de capitalisme absolu, tout en souhaitant une union politique européenne forte : Georges Debunne. Il était le président de la FGTB (le syndicat socialiste belge). Il fut le fondateur en 1973 de la Confédération européenne des syndicats (CES) qu’il présida en 1983. Debunne, forgeron de la concertation sociale, estimait que le travail avait son mot à dire dans la construction européenne. Il accrut considérablement l’influence de la CES au sein des institutions européennes, mais le rapport de forces était trop déséquilibré pour infléchir l’orientation générale de l’Europe « libérale ».

 

La technique des traités

 

Il y eut un réel changement après la crise pétrolière. Sous l’influence de la Commission Delors, la Communauté européenne s’orienta résolument vers le « tout marché » par l’Acte unique de 1986 qui fut la première réforme importante du Traité de Rome. Il instaura un marché unique sur l’ensemble du territoire européen, en transformant la CEE en une vaste zone de libre échange. Cet Acte comportait de nouveaux principes tels que la libre circulation des biens, des services et des capitaux, ainsi que des personnes par les fameux accords Schengen et – ce qui est moins connu – la libre prestation des banques et des compagnies d’assurance.

 

 

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Jacques Delors a cru qu'en renforçant le marché, l'union politique de l'Europe s'amorcerait ! Quelle illusion !

 

Cet Acte ne fut pas compensé par un renforcement de l’autorité politique. C’est donc par un traité qu’une orientation politique nettement ultralibérale fut instaurée, sans qu’il y ait possibilité pour un gouvernement d’y changer quoi que ce soit.

 

Le second changement fondamental fut le traité de Maastricht de 1992 qui institua la monnaie unique dont les critères étaient directement inspirés par l’ordolibéralisme allemand (voir « Uranopole » : http://uranopole.over-blog.com/article-hitler-a-t-il-gagne-112282797.html). Ces dispositions imposèrent aux Etats membres des contraintes budgétaires tels que les fameux 3 % de déficit par rapport au PIB. Là également, sans qu’il y ait un transfert démocratique de souveraineté, l’initiative d’orientation politique était fortement entravée. D’autre part, des garanties étaient accordées aux Etats-membres par le fameux « principe de subsidiarité » et les pouvoirs du Conseil européen furent renforcés. Autrement dit, les gouvernements des Etats-membres avaient la suprématie sur la Commission européenne, organe supranational. C’était donc une hydre à deux têtes. Maastricht montra vite son inefficacité puisqu’il fallut revoir les traités à Amsterdam, à Nice et enfin à Lisbonne.

 

 

D’autre part, deux pays soumirent la ratification du traité de Maastricht (dit « instituant l’Union européenne ») au référendum en 1992 : la France où il fut adopté à une très courte majorité et le Danemark qui le rejeta.

 

 

Les autorités européennes imposèrent au Danemark de réorganiser un référendum, ce qui fut fait en 1993. Cela est la négation même du suffrage universel : dorénavant, les institutions européennes ne tinrent plus aucun compte de la volonté populaire.

 

 

En 2005, après la généralisation de l’Euro en 2002 et après l’échec du traité de Nice de 2001, un projet de Constitution européenne fut adopté. Ce projet fut élaboré par une conférence dirigée par l’ex-président français Giscard d’Estaing, l’ancien commissaire européen italien Mario Monti et l’ancien premier ministre belge Jean-Luc Dehaene, trois personnalités chrétiennes et adeptes du capitalisme pur et dur. Il fut lui aussi soumis à ratification par les Etats-membres. Trois référendums furent organisés : l’Espagne qui approuva le projet, la France et les Pays Bas qui le rejetèrent. Cela provoqua une grave crise politique au sein de l’Union européenne.

     

 

 

 

Au terme de diverses négociations au sein d’une conférence intergouvernementale, le traité de Lisbonne est adopté et ratifié en 2007. Il s’agit d’un « copié-collé » de l’ex constitution européenne. Une fois de plus, la volonté populaire est balayée. D’ailleurs, la ratification de ce traité qui porte le charmant acronyme de TFUE, s’est faite, à l’exception de l’Irlande, par les Parlements des Etats-membres. Le référendum était devenu vraiment trop dangereux ! On se méfie du peuple au sein de l’Union européenne.

 

 

L’Etat nation l’emporte sur l’Union.

 

 

Une des principales réformes instituée par le traité de Lisbonne est la création d’une présidence du Conseil européen. Le premier président désigné fut le Belge, démocrate-chrétien de droite, Herman Van Rompuy qui termine son mandat l’année prochaine. Son rôle réel est de renforcer l’influence du Conseil européen, donc de l’intergouvernementalité, ce qui revient à une Europe des gouvernements nationaux. La décision est prise dans un rapport de forces où les plus puissants Etats imposent leur diktat aux autres membres du « club ». C’est ainsi que cela a fonctionné depuis 2010, c’est-à-dire dès les débuts de la crise de la dette souveraine. On usa de la procédure dite « Merkozy »,  où la chancelière allemande Merkel imposait ses vues aux autres Etats, suivie par le président français Sarkozy qui ne jouait qu’un rôle de chien de garde. La Commission européenne restait au balcon avec à sa tête le mielleux Barroso qui s’inclinait devant Merkel, comme il le fit devant Bush lors de la guerre d’Irak, alors qu’il était Premier ministre du Portugal.

 

 

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Angela Merkel et son chien de garde Nicolas Sarkozy, le fameux couple "Merkozy"

 

Le processus est lancé. La Grèce est mise sous la tutelle de la fameuse « troïka ». On faut jouer la propagande : les médias accusent ce pays de tous les maux, alors que la réalité est bien plus complexe. Au niveau européen, l’Allemagne exige au printemps 2010, l’adoption d’un traité imposant l’équilibre budgétaire à tous les Etats membres, la fameuse « règle d’or ». Après avoir adopté un système appelé MES (mécanisme européen de stabilité) permettant dans des conditions très strictes une entraide entre Etats, le fameux traité budgétaire est signé le 2 mars 2012. Il est en voie de ratification, en dépit de plusieurs réticences, par les différents Parlements nationaux. Seule l’Irlande a procédé par référendum.

 

 

Le TSCG (Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance) impose des conditions budgétaires tellement strictes qu’il empêche les Parlements de voter des politiques différentes. Le Parlement européen, lui, n’a d’ailleurs quasi aucun pouvoir pour donner une orientation politique au niveau de l’Union.

 

 

Il s’agit là aussi d’une atteinte majeure à la démocratie. Tout d’abord, des gouvernements, sous la pression du plus puissant, sont contraints d’accepter une politique qui est coulée sous forme de Traité. Or, on sait très bien qu’un Traité ne se discute, ni ne s’amende comme une loi. Ainsi, la démocratie représentative est devenue une coquille vide.

 

 

D’autre part, la supranationalité est utilisée pour contraindre les Etats membres à appliquer à la lettre le TSCG, mais on garde le principe de subsidiarité pour l’Europe sociale. Où est la cohérence ?

 

 

Vers le retour des colonels ?

 

 

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La sinistre dictature des colonels ressucitera-t-elle en Grèce avec la bénédiction des banques ?

 

On se rappelle le régime des colonels en Grèce de 1967 à 1973. Va-t-on en revenir ? Deux indices le prouvent.

      

 

Nous avons déjà évoqué la fermeture de la chaîne de radiotélévision de service public à Athènes, ERT, le 13 juin dernier. Eh bien. Cette mesure qui ne représente qu’une goutte d’eau dans l’océan déficitaire de la Grèce, avait déjà été prise lors de la prise de pouvoir des colonels. De plus, tout en se défendant d’avoir imposé cette décision à l’actuel gouvernement grec, la Commission européenne l’a en réalité approuvé et a fait fi d’une disposition des traités garantissant la pérennité du service public de télévision comme étant le seul à pouvoir assurer la pluralité de l’expression dans un pays. Voilà encore une atteinte au processus démocratique dans un pays connaissant de graves difficultés économiques et sociales et auquel on impose une « cure » d’austérité sans pareil.

 

 

Observons au passage la double lecture des traités. Lorsqu’il s’agit des dispositions néolibérales, elles sont appliquées avec rigueur, lorsqu’il est question des garanties démocratiques, on passe outre.

 

 

Et les banques s’en mêlent.

 

 

En deuxième lieu, les choses vont encore plus loin. La banque américaine JP Morgan qui a joué un rôle important lors de la crise financière de 2008 publie fin mai une étude sur la zone Euro. C’est la quatrième Internationale (trotskyste) qui a découvert le pot aux roses.

 

     

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L'étude de la banque JP Morgan a le mérite d'être claire : les peuples entravent les affaires.

 

 

Le document de 16 pages a été réalisé par le groupe Europe Economic Research de JPMorgan et est intitulé « L’ajustement de la zone euro – bilan à mi-parcours » Le document commence par faire remarquer que la solution à la crise de la zone euro a deux dimensions.

 

 

Premièrement, des mesures financières sont nécessaires pour garantir que les principales institutions d’investissement. Ensuite, les auteurs soutiennent qu’il faut imposer des « réformes politiques » destinées à supprimer l’opposition aux mesures d’austérité massivement impopulaires.

 

 

Tout en soulignant l’efficacité des mécanismes de garanties des intérêts bancaires introduits par l’Union Européenne,  le rapport réclame davantage d’action de la part de la Banque centrale européenne (BCE).

 

 

Depuis l’éruption de la crise financière mondiale de 2008, la BCE débloque des milliers de milliards d’euros en faveur des banques pour leur permettre d’effacer leurs créances douteuses et de redémarrer une nouvelle série de spéculations.

 

En ce qui concerne les analystes de JPMorgan, ceci n’est cependant pas suffisant. Ils exigent de la part de la BCE une « réponse plus spectaculaire » à la crise.

 

 

Les critiques les plus dures du document sont cependant formulées à l’égard des gouvernements nationaux qui ont mis bien trop de temps à appliquer le genre de mesures autoritaires nécessaires à l’imposition de l’austérité. Le processus d’une telle « réforme politique » précise l’étude, a « même à peine commencé. »

 

 

En conclusion du document, les auteurs expliquent ce qu’ils entendent par « réforme politique » : « Au début de la crise l’on avait pensé que ces problèmes nationaux hérités du passé étaient en grande partie d’ordre économique, » mais « il est devenu manifeste qu’il y a des problèmes politiques profondément enracinés dans la périphérie qui, à notre avis, doivent être changés si l’Union monétaire européenne (UME) est censée fonctionner à long terme. »

 

 

L’étude met en exergue les problèmes existant dans les systèmes politiques des pays de la périphérie de l’Union européenne – la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie – qui sont au centre de la crise de l’endettement en Europe.

 « Les systèmes politiques de la périphérie ont été établis après une dictature et ont été définis par cette expérience-là. Les constitutions ont tendance à montrer une forte influence socialiste, reflétant la force politique que les partis de gauche ont acquise après la défaite du fascisme. »

 

 

« Les systèmes politiques autour de la périphérie affichent de manière typique les caractéristiques suivantes : des dirigeants faibles ; des Etats centraux faibles par rapport aux régions ; une protection constitutionnelle des droits des travailleurs ; des systèmes recherchant le consensus et qui encouragent le clientélisme politique ; et le droit de protester si des modifications peu appréciées sont apportées au statu quo politique. Les lacunes de cet héritage politique ont été révélées par la crise. »

 

 

En clair, les analystes de JP Morgan soulignent la nécessité d’en finir avec le système démocratique, d’éliminer l’Etat social et d’éradiquer les libertés, du moins dans la « périphérie » de l’Europe. On a commencé en Grèce avec une répression policière particulièrement violente, à fermer les yeux sur les exactions des groupes nazis comme « Aube dorée » et à couper la télévision de service public. L’étape suivante : un retour des colonels ?

 

 

Quarante ans après le coup d’Etat sanglant de Pinochet au Chili, ce serait la terrible confirmation de la stratégie visant à imposer la dictature des marchés sur les peuples.

 

 

Qui a dit que l’histoire ne repassait jamais les plats ?

 

 

Pierre Verhas

 

(1) L’écrivain britannique George Orwell participa à cette réunion, mais il n’y prit pas une part active. Il était partisan des « Etats-Unis d’Europe », mais ne se faisait guère d’illusions sur leur réalisation.

 

 (2) Appelé ainsi parce que le bâtiment a la forme de la boîte du fromage de la marque « Caprice des dieux ».

 

 (3) On ne rappellera jamais assez, en évoquant le personnage de Paul-Henri Spaak, qu’il fut un des administrateurs de la multinationale ITT qui a joué un rôle majeur dans l’installation des régimes militaires fascistes dans plusieurs pays d’Amérique latine.

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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 14:25

« Ils » ? Ce sont nos ennemis néolibéraux qui veulent rétablir le capitalisme absolu au service d’une bourgeoisie financière mondialisée. Pour ce faire, ils noyautent les institutions internationales, les gouvernements et parlements, les universités et les médias. Leur combat est global : économique, politique, culturel.

 

Parlez « globish ».

 

Leur premier objectif est de détruire tous les mécanismes de solidarité existant dans les sociétés, au sein des peuples et entre les peuples. Ils fomentent une révolution culturelle sans précédent en plaçant l’individu au-dessus de tout, en détruisant les cultures locales, régionales, nationales. Par exemple, comme l’a récemment dénoncé notre ami Bernard Gensane sur son blog, ils cherchent à imposer au niveau des élites un sabir d’origine anglo-saxonne appelé « globish » - il envahit déjà les institutions européennes et plusieurs universités –  qui n’a qu’un lointain rapport avec la langue de Shakespeare et qui cherche à imposer une sous-culture mercantile destinée avant tout à communiquer. Cela n’a plus rien à voir avec les échanges éminemment profitables entre cultures qui peuvent se faire par l’apprentissage de plusieurs langues. La diversité est ainsi remplacée par la globalité. 

 

La stratégie de la « forteresse »

 

Dans toute offensive, l’attaquant se sert des faiblesses de l’ennemi – c’est-à-dire notre camp – pour le vaincre. Il en est ainsi du domaine culturel. Deux événements importants se sont récemment déroulés : le maintien de l’exception culturelle française et donc de l’audiovisuel hors des négociations sur l’instauration d’une zone de libre-échange euro-atlantique. Bon nombre considère qu’il s’agit d’une victoire. Ils se trompent.

 

Depuis le début de l’offensive néolibérale, le camp – appelons-le progressiste – a une fâcheuse tendance à se replier sur lui-même dans une forteresse qu’il pense inexpugnable. C’est offrir le terrain à l’ennemi. Il a toute latitude pour prendre les initiatives qu’il souhaite et à les mener à leur fin. On l’a vu sur le plan social. Au nom du redressement des finances publiques, les conquêtes sociales sont renversées les unes après les autres. Les réformes successives des retraites, les  diminutions, voire les suppressions des prestations sociales, l’expansion de la précarisation sont autant d’exemples. On a trop longtemps cru que les conquêtes du monde du travail étaient des « acquis » intouchables !

 

Cette affaire de l’exception culturelle ressemble aussi à ces forteresses aux murailles lézardées. Tout d’abord, que signifie « exception » en la matière ? Pour quels motifs une culture – la française, en l’occurrence – mérite une protection plutôt qu’une autre ? L’offensive culturelle néolibérale concerne toutes les cultures et non une seule. Pourquoi dès lors, les tenants des autres cultures ne réclament-ils aussi une « exception » ? La culture française serait-elle seule à être menacée ?

 

freres dardenne 

 Les frères Dardenne : un talent exceptionnel pour du cinéma subventionné. 

À écouter les discours des principaux défenseurs de l’exception culturelle française – avant tout des personnalités du monde du cinéma – comme en Belgique, les frères Dardenne dont les œuvres ont été plusieurs fois primées au festival de Cannes et en France, Costa Gavras, l’auteur de l’inoubliable « Z », en acceptant le libre-échange en la matière, on va vers une marchandisation de la culture qui finira par tuer toute création en imposant le modèles culturel des multinationales du cinéma hollywoodien. 

 

Costa-Gavras

 Costa Gavras, l'auteur de l'inoubliable "Z" : le porte-drapeau de l'exception culturelle

 

Voilà une démarche typiquement « forteresse » ! C’est partir perdante, puisque l’on considère a priori que le cinéma européen – et donc francophone – est plus faible que le cinéma américain. Non, il l’est parce qu’il n’arrive pas à s’imposer. Il n’existe aucune entrave à sa diffusion dans le monde. Autrefois, le cinéma français était le meilleur au monde. Certes, le cinéma anglo-saxon a réussi à s’imposer par la formidable machine commerciale qu’il a mise en place. Mais reconnaissons que l’arme du talent s’est usée. Le cinéma francophone est avant tout du cinéma d’auteurs destiné à un public restreint. Le cinéma populaire d’antan de facture française qui eut tant de succès se retrouve dans les programmes de télé en été et dans les ciné-clubs de province.

 

Si le cinéma d’auteurs est certes de grande qualité, il est loin de connaître le succès des films populaires aujourd’hui monopolisés par les multinationales hollywoodiennes. De plus, le cinéma d’auteurs ne peut exister que s’il est subventionné. Et c’est là où le bât blesse.

 

Prétendre d’une part, que la culture n’est pas une marchandise et d’autre part, accepter qu’elle soit subventionnée est hypocrite. Les films subventionnés sont projetés dans des salles payantes et sont traduits en DVD qui sont censés se vendre. Les films non subventionnés vivent le même sort, sans subventions.

 

L’ultralibéral Corentin de Salle a ici raison.

 

Sur ce plan, on ne peut que donner raison à un Corentin de Salle, le chantre belge de l’ultralibéralisme, quand il dit, avec astuce, reconnaissons-le : « Tout bien et tout produit  résultent d’un travail, lequel est, selon Karl Marx, l’activité fondamentale de l’homme, celle qui permet l’épanouissement de la personne. Exprimer l’humanité par son travail n’est pas le privilège des artistes. Ainsi reconnaître que l’objet culturel est – entre autres choses – une marchandise, ce n’est nullement attenter à son authentique dignité. » (Le Soir, 14 juin 2013)

 

 

     corentin de salle 

Corentin de Salle : le penseur de l'ultralibéralisme en Belgique francophone

 

En outre, prétendre que l’Etat garantit l’indépendance des artistes est absurde. Corentin de Salle a une fois de plus raison lorsqu’il affirme : « La politique culturelle européenne fait largement dépendre les artistes de l’Etat, maintient la plupart d’entre eux dans la pauvreté et crée des injustices et des inégalités. Dans un système de subsides, les artistes « bien en cour » et les « gros » acteurs (…) raflent tout. La majorité des artistes, elle, doit se contenter des miettes. » Pour prendre un exemple, le sort des intermittents du spectacle est loin d’être enviable dans ce système. Cela dit, on peut rétorquer à de Salle que par le seul financement privé, les artistes sont totalement dépendants de l’intérêt des actionnaires des firmes « sponsors ».

 

Enfin, en ces temps d’instabilité politique, où existe une réelle menace d’installation de régimes autoritaires, il est illusoire de penser que l’Etat soit un garant pérenne de la liberté artistique !

 

Le système de subventions, comme celui du financement privé, en définitive, ne servent pas la création artistique. Et l’Etat actuellement ne peut plus être considéré comme le gardien des libertés.  Il faudra trouver une autre voie. Par exemple, des formes d’autogestion responsabilisant les artistes sous forme de coopératives, par exemple, et des garanties publiques contrôlées par les pouvoirs législatifs, pourraient être envisagées.

 

La « victoire » de la France à ce stade des négociations sur la création de la zone de libre-échange euro-américaine – qui comporte bien d’autres enjeux sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir – offre une opportunité : revoir notre système hybride d’audiovisuel où le secteur public se fait progressivement grignoter par les compagnies audiovisuelles privées dépendantes de grands groupes financiers. Mais aura-t-on le courage politique de se pencher sur une réforme assurant un secteur audiovisuel répondant à l’intérêt général et assurant une réelle liberté de la création ? Et en aura-t-on le temps, car le commissaire européen au commerce extérieur a averti ce 17 juin : « L’exception culturelle n’est que provisoire ! » ?

 

La stratégie du choc

 

L’autre événement est la fermeture de la chaîne publique audiovisuelle grecque ERT par le gouvernement d’Athènes dont le Premier ministre Samaras se prend pour un successeur de Reagan et de Thatcher. Cette mesure unilatérale et brutale prétextée par l’exigence de la Troïka européenne de réduire les services publics à leur plus simple expression. La télévision en est évidemment un puissant symbole.

 

Samaras Merkel

 Antonis Samaras, le Premier ministre grec a été encouragé par Angela Markel le 16 juin, à poursuivre ses "réformes". (Ici photo datant du 8 janvier 2013)

Si cette mesure, par sa violence, son unilatéralisme, son autoritarisme est totalitaire, admettons aussi que les réformes structurelles imposées par la Commission européenne à tous les Etats-membres qui ont pour effet de démolir le système social, sont aussi violentes, unilatérales autoritaires et donc, totalitaires. Le fameux TSCG (Traité budgétaire) actuellement en voie de ratification par les parlements des différents Etats-membres s’inscrit aussi dans cette philosophie du TINA (There is no alternative) qui interdit toute réorientation de la politique. Si ce n’est pas du totalitarisme, cela y ressemble fort.

 

Certes, la Grèce dominée par la trop fameuse Troïka (Commission, BCE, FMI) est la nation qui subit le plus – et de la manière la plus injuste – les coups de l’offensive ultralibérale. Elle s’inscrit dans le triptyque de la stratégie du choc mise en évidence en 2007 par la journaliste canadienne Naomi Klein que nous avons souvent évoquée sur « Uranopole » : réduction drastique des dépenses sociales, privatisations, déréglementation. Le pays des Hellènes est devenu le véritable laboratoire de la révolution ultralibérale. La fermeture de la télévision publique ERT n’est en définitive qu’une étape de ce processus.

 

 

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Naomi Klein, dans la stratégie du choc, avait vu juste en 2007.

 

Mais c’est une étape spectaculaire destinée à marquer les esprits s’inscrivant clairement dans la stratégie du choc, le choc étant destiné à franchir une étape vers la destruction de l’Etat et de la société de démocratie sociale.

 

La critique constante du service public s’inscrit dans cette stratégie, mais il faut bien admettre qu’elle est souvent fondée. L’inefficacité, les coûts de fonctionnement, les gaspillages, la politisation, l’immobilisme des services publics  sont des réalités que les usagers vivent quotidiennement.

 

Le « protectariat »

 

Cette sclérose est aussi due à la constitution d’une classe se développant dans tous les services de l’Etat que nous appellerons le protectariat. Il s’agit de gens souvent inaptes à un parcours professionnel normal, ou issus du chômage qui ont été placés dans les services publics par des réseaux politiques. Ces « protégés » prennent progressivement la place des fonctionnaires qui ont été recrutés sur la base de règles bien définies. Le protectariat se divise en deux catégories : une masse de gens « aidés » qui constituent le fond de réserve électoral des partis politiques et une caste technocratique issue des universités et des hautes écoles qui, dès la fin de leurs études, sont « parachutés » à des postes clé de haut niveau dans les administrations et dans les services publics, via les fameux cabinets ministériels. Ils appliquent la politique définie par les responsables gouvernementaux, souvent en accord avec les grandes entreprises multinationales.

 

Cette caste est indispensable au maintien des politiques au pouvoir, mais elle est aussi dangereuse, car, dans bien des cas, elle finit par transformer leurs « patrons » politiciens en instruments au service de leurs ambitions démesurées.

 

Tout en fustigeant le « bas » protectariat, les ultralibéraux se servent du « haut » protectariat qui leur rend bien. En définitive, ils finissent par se confondre, car avec le lobbying qui se répand dans toutes les institutions et qui arrive à s’imposer dans le processus de décision, les dirigeants des multinationales et les hauts « protectaires » interagissent et forment la nouvelle classe dirigeante mondialisée. Combien de hauts fonctionnaires propulsés par la politique ne sont-ils devenus chefs de grandes entreprises ? Certains d’entre eux, dans les services publics, ont même plus de pouvoir que leurs ministres-patrons !

 

Cela n’est pas du « populisme », c’est la description d’une réalité que tout un chacun peut appréhender. L’ERT était sclérosée par le « protectariat ». Elle n’avait pratiquement plus d’audience, sauf dans les îles grecques de la mer Egée où elle remplissait encore sa mission de service public.

 

A quand une stratégie en réponse ?

 

Il faut bien reconnaître que les instituts publics audiovisuels en Europe, soit sont sclérosés, soit sont devenus des clones des organismes privés. Ces derniers dépendent tout autant de la publicité et ont bien été forcés d’aligner leur niveau culturel – qui est le principal atout du service public – sur la débilité des émissions audiovisuelles privées qui n’ont qu’un objectif commercial. L’information elle-même n’est guère différente. Le manque de moyens attribués empêche de construire une information originale et indépendante, sans oublier les journalistes de talent qui s’évadent vers les cieux plus dorés des TV commerciales.

 

L’ultralibéralisme a frappé là où cela fait mal. En dehors de concerts d’indignations, il n’a rencontré aucune opposition réelle. C’est une fameuse leçon !

 

Nous payons cher notre philosophie de la « forteresse », notre manque d’imagination, notre immobilisme et notre aveuglement. Pour paraphraser Marx, le « protectariat » a tout à perdre à briser ses chaînes dorées et pourtant, il constitue aujourd’hui la base de la gauche.

 

Aussi, à la stratégie du choc, nous devons élaborer une stratégie en réponse mais avec celles et ceux qui acceptent le principe qu’ils n’ont à perdre que leurs chaînes et surtout qu’ils admettent de prendre des risques.

 

 

Pierre Verhas

 

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 19:52

Monsanto : ou comment les « médias » taisent la révolte mondiale

Je ne regarde pas la TV, mais visiblement ceux que j’ai questionnés ne savaient pas ce qu’était Monsanto, donc je pense que les journaux n’en ont jamais parlé ces 15 derniers jours.

En fait, le 25 mai dernier il y a eu plus de 450 manifestions dans les rues de plus de 250 villes et mobilisant plus de 2 millions de personnes partout dans le monde, pour protester contre le géant américain de l’agroalimentaire Monsanto et le fait que l’administration d’Obama lui a donné pratiquement les plein pouvoirs sur la nutrition des êtres humains.


Pourquoi les @#%$µ! médias ne font pas leur @$*%&/! de boulot qui est d’informer le peuple ? Pourquoi cette réaction citoyenne face à l’injustice ne fait-elle pas la une de tous les journaux ?

Monsanto est un géant de l’agroalimentaire sans lois qui n’hésitent pas à faire des raids chez les fermiers et tout saccager (sans mandat) pour protéger leur économie. Ils font aussi beaucoup de pressions (y compris en Europe et en France) sur les gouvernements pour imposer leurs semences partout.

Pour ceux qui se demande pourquoi seulement maintenant Monsanto fait l’objet de marches de protestation un peu partout : la cour suprême aux USA a (en gros) donné la possibilité de Monsanto de breveter le vivant de lui même, mettant le monde à ses genoux et empêchant l’homme de se donner la possibilité de subvenir seul à son besoin de plus vital, le plus premier : celui de se nourrir.


Oui, maintenant pour se nourrir il faudra passer par Monsanto : semer son propre potager sera bientôt illégal, l’UE va tout faire pour.

On comprend tout de suite mieux pourquoi les USA étaient le seul pays au monde à ne pas vouloir d’un droit universel à la nourriture en 2008.

 

Extrait du blog « Le Hollandais volant » : http://lehollandaisvolant.net/

 

 

Dexia : la catastrophe pour longtemps

 

A la lecture du « Monde » de ce 3 juin 2013, une tribune de Michel Klopfer consultant des finances publiques auprès de la Cour des comptes française est très inquiétante.

 

Selon l’auteur, on n’en a pas fini – loin de là – avec les actifs toxiques vendus par Dexia aux collectivités locales en France – ne vous en faites pas : pour les p’tits Belges, c’est la même chose ! – qui se sont fait piéger par un système d’options.

 

Il s’agit donc d’acheter des options sur des actifs à hauts risques – autrement dit, les actifs dits « toxiques » composés d’actions et d’obligations spéculatives. Tant que les options ne sont pas « déclenchées », ça va. Mais si elles sont activées, les collectivités locales concernées seront amenées à rembourser des emprunts, non plus sur les options, mais sur des capitaux à risque à des taux de l’ordre de 10 à 15 % ! Certaines de ces « bombes à retardement » en Euros, comme explique Klopfer, sont fondées sur la parité du franc suisse. Or, depuis la crise grecque, le franc suisse s’envole par rapport à l’Euro et les options se déclenchent lorsque l’Euro tombe au-dessous de 1,45 franc suisse. Il est à 1,24 aujourd’hui !

 

Comme Dexia s’est effondrée, ces actifs sont transférés à une Société financière garantie par l’Etat français. En Belgique, on a créé une filiale de Dexia…

 

Enfin, lesdites options ont été revendues à des banques suisses et américaines, comme les célèbres UBS et Goldman Sachs. Et c’est donc à ces dernières que l’Etat devra rembourser un jour ou l’autre. 

 

Cette affaire risque de mettre définitivement en pièces les finances publiques de la Belgique et de la France.

 

La naïveté de nos dirigeants relève soit de l’imbécillité, soit de la complicité ! Nous optons pour les deux…

 

Le nouvel accord de libre échange va tuer la vie privée.

 

Chacun sait que l’Union européenne négocie un accord de libre échange avec les USA. On sait que c’est pratiquement plié, en dépit des vociférations des « dirigeants » des Etats-membres.

 

Et cela va si loin qu’une clause demandée par les Européens va plus que probablement être rejetée par le Parlement européen sous la pression des Américains. Il s’agit de la protection des données privées sur Internet. Les Amerloques n’en veulent à aucun prix.

 

Ils tablent sur le lobbying exercé auprès des membres conservateurs du Parlement européen pour rendre cette clause caduque.

 

C’est d’ailleurs assez subtil : les lobbyistes rédigent pour ces Messieurs dames les député(e)s des amendements au projet de règlement qui aboutiront au contraire de la proposition de la Commission qui se défend pour la forme…

 

Ne vous inquiétez pas, ils vont y arriver !

 

L’UMP découvre la démocratie !

 

De l’aveu même de son vrai-faux président, Joseph Copé, avec les primaires organisée par le parti sarkozyste pour désigner la candidate (choisie depuis longtemps) Nathalie Kosciusko-Morizet, dite NKM. « Nous apprenons effectivement la démocratie. C’est assez nouveau ! ».

 

Il faut bien commencer un jour, mais il y a beaucoup à apprendre. On soupçonne ces primaires entachées de fraudes en tout genre.

 

En plus, il n’a pas la baraka

 

Tout le monde sait que ce n’est pas la vraie fausse abdication du roi Albert II annoncée à grands coups de rumeurs qui pose problème. Après tout, le Sire belge a bien le droit de prendre ses invalides à 79 ans ! Il a largement dépassé l’âge légal de la retraite, même pour les ultralibéraux.

 

La vraie question : c’est son successeur. Le rejeton prénommé Philippe est tout à fait incapable d’avoir ne fût-ce que l’apparence d’un chef d’Etat. Il n’est pas fait pour ça. Point barre ! Les stupides efforts de « com » de son entourage – notamment en le faisant suer aux 20 kms de Bruxelles – n’y changeront rien.

 

Mais, en plus, il n’a pas la baraka ! Le zinc qui le conduisait pour une de ces autant pléthoriques qu’inefficaces missions commerciales, vers Los Angeles, a dû faire demi-tour dare dare, suite à une avarie.

 

C’est vraiment mal parti !

 

Le double Bosphore

 

En Europe, on ne comprend pas très bien une telle mobilisation de la jeunesse stambouliote contre un simple projet immobilier. Il y en a tant à travers le monde !

 

Simple projet ? Pas évident. Il s’agit de transformer de fond en comble le centre d’Istanbul pour en faire une ville entièrement consacrée au tourisme et aux affaires. L’idée, en plus, est de creuser un canal qui ferait de la Turquie d’Europe une île, l’isolant ainsi du continent en dédoublant le Bosphore, et où passeraient les immenses paquebots de croisières, immeubles flottants, enfin pas toujours…, style Costa Concordia.

 

L’alliance de la mondialisation et de l’islamisme, c’est un ménage qui n’est pas fort aimé de la jeunesse et d’une partie importante de la population turque.

 

 

Pierre Verhas

 

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 10:21

  

 

Voici un mot de notre ami Bernard Gensane paru sur son blog ( http://bernard-gensane.over-blog.com/ ). Aujourd’hui que le tortionnaire argentin Videla est mort, voici un aspect peu connu des procédés de ces dictateurs soutenus et protégés par la « grande démocratie », le « pays de la liberté », à savoir les Etats-Unis.

 

Au passage, on s’apercevra de l’exploitation que l’on fait du football qui est devenu aujourd’hui l’enjeu sordide de la basse politique et du fric sale.

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

Lors de la Coupe du monde de football de 1978 en Argentine, le pays hôte s’est qualifié miraculeusement par un 6 à 0 face au Pérou. Cette victoire écrasante a toujours parue suspecte à beaucoup. Mais l’important est que, pendant que l’équipe trouvait le chemin des filets adverses, la dictature torturait et tuait sans répit.

 

 

 foot_argentine.jpg

Une vaste campagne pour le boycott de la Coupe du monde de football en Argentine ne donna pas l'effet escompté : le fric en a décidé autrement.

 

 

En 1978, le Pérou subit la dictature militaire du général Francisco Morales Bermudez. Il est très vraisemblable que Videla et lui ont scellé un pacte de mort : l’équipe péruvienne prenait une déculotté (les Argentins devaient gagner par quatre buts d’écart pour se qualifier en demi-finale) et Videla s’occupait d’éliminer treize ressortissants péruviens opposés à la dictature.

 

 

 Videla.jpg

Videla recevant l'hostie : l'alliance du fric, du sabre et du goupillon est toujours sanglante.

 

 

Selon l'ancien sénateur péruvien Genaro Ledesma Izquieta, Buenos Aires s’était engagée, en échange de la victoire, à accueillir ces opposants puis à les faire disparaître au cours d'un “ vol de la mort ”. C’était la première fois que le Pérou rejoignait les régimes qui collaboraient – au sein de l’opération Condor  – avec les régimes qui éliminaient leurs opposants politiques (Chili, Argentine, Uruguay, Paraguay, Brésil et Bolivie).

 

Capturés pour avoir participé à la grève générale qui parvint à mettre un terme à la dictature péruvienne en mai 1978, les treize opposants péruviens furent emmenés par la force en Argentine par avion militaire. À San Salvador de Jujuy, on les obligea à demander l’asile politique, ce qu’ils refusèrent. Ils furent transférés, toujours par la force, à Buenos Aires et jetés en prison. Le gouvernement de Videla finit par accepter de les libérer à condition que la France paye les frais occasionnés par cette libération !

 

La victoire footballistique miraculeuse survint après des pressions exercées contre les footballeurs péruviens, mais aussi après l’envoi au Pérou d’un chargement de 14 000 tonnes de grain argentin.

 

En 1986, lors de la Coupe du monde au Mexique, Maradona sera aidé par dieu lui-même qui lui accordera de pousser le ballon à la main (« la mano de Dios ») au fond des filets anglais. Ce qui était tout de même plus urbain que les menées des crapules galonnées.

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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 10:07

« Be afraid ! », voici l’avertissement de Carmen Reinhart dans l’Echo de ce 15 mai 2013. Souvenez-vous, cette économiste américaine, professeur à Harvard, fut évoquée sur ce blog suite à une erreur qui a été détectée dans l’ouvrage This time is different  qu’elle a publiée avec Kenneth Rogoff et qui veut démontrer que le seuil fatidique de 90 % de dette par rapport au PIB empêche le retour à la croissance. (http://uranopole.over-blog.com/article-l-ideologie-tue-les-idees-117554611.html) Mais, bien que Carmen Reinhart s’en défende, les erreurs et omissions condamnent sa thèse sans appel.

 

 

carmen_reinhart.jpg

 

Carmen Reinhart, l'économiste de Harvard, veut piquer dans le bas de laine des p'tits Belges !

 

 

Mais, comme tous les fanatiques, ces gens sont obstinés. Carmen Reinhart persiste et signe. Non seulement, elle balaye les erreurs d’un revers de la main et considère que sa thèse des 90 % ne peut être discutée, mais elle en rajoute pour la Belgique tout particulièrement.  Elle estime indispensable de restructurer la dette en Europe. Pour la Belgique, en particulier, une mesure urgente et bien entendu inéluctable à prendre est : « transférer la dette des emprunteurs aux épargnants ». En clair, cela signifie prélever dans l’épargne des ménages pour payer la dette. Et voilà la « patrie des arts et de la pensée » transformée en un second Chypre !

 

 

Un bas de laine belge bien tentant

 

 

Pourquoi la Belgique ? Tout simplement parce que l’épargne des particuliers y est très importante, surtout en livrets. On estime le pactole à quelque 450 milliards d’Euros. C’est fort tentant, n’est-ce pas ? Aussi, les banques seraient particulièrement intéressées à ajouter une partie substantielle de cette manne à la dette publique qui leur rapporte tant.

 

 

Si une mesure pareille est prise, c’est tout le système fiscal qui sera bouleversé. Les différents impôts et taxes sur les revenus de toutes sortes sont prélevés de commun accord entre les pouvoirs exécutifs et législatifs. Tout est motivé en détail et visible pour tous. C’est le Ba ba de la démocratie parlementaire.

 

 

Baal n’est jamais rassasié !

 

 

 

Ici, il s’agirait d’une mesure d’urgence et en fait d’une véritable spoliation des avoirs du plus grand nombre. Elle ne serait motivée que par idéologie : 90 % de dette est insupportable par définition. Donc, il n’y a qu’un moyen de faire face : préserver sur l’épargne des particuliers. Après avoir imposé l’austérité qui provoque une anémie volontaire des pouvoirs publics, après avoir considérablement réduit les revenus du travail, on appauvrit les ménages en prélevant dans leur épargne. En économie, cela s’appelle des transferts. On transfère tout vers le capital qui se comporte comme le dieu Baal à qui est offert des humains en holocauste et qui n’est jamais rassasié !

 

 

 

peter_hartz.jpg

 

Peter Hartz : penseur du nouvel esclavagisme

 

 

D’ailleurs, ces transferts ont commencé il y a déjà pas mal de temps. Ainsi, en Allemagne, en 2003-2005, du temps du chancelier Schröder, une réforme portant le nom de Peter Hartz, a consisté à transférer des ressources et des richesses du citoyen vers les entreprises et vers le secteur financier – que l’Allemagne doit d’avoir dopé ses exportations. Ce sont effectivement les réductions salariales et les réformes drastiques de son marché du travail qui ont amélioré notablement sa productivité, en y comprimant à l’extrême le coût du travail. L’initiateur de cette réforme, Peter Hartz, était à l’époque  le DRH de Volkswagen. Il a présenté ses propositions au chancelier (socialiste !) de l’époque, Gérard Schröder, qui les a mises en œuvre. Arrêtons-nous un instant sur ces réformes.

 

 

 Gerhard_Schroder.jpg

Gerard Schröder, chancelier allemand de 1998 à 2005, a profondément libéralisé le système social et politique allemand.

 

 

Le 16 août 2002, Peter Hartz, remettait au chancelier fédéral, le social-démocrate Gerhard Schröder, un rapport sur « la remise à plat en profondeur de l’Etat social » allemand. Ce fut le coup d’envoi d’une série de réformes législatives, connues sous le nom des « lois Hartz » qui durèrent jusqu’en 2005 et changèrent profondément l’Allemagne.

 

Un « Big Brother social »

 

Ces réformes libéralisent le marché du travail allemand, permettant aux employeurs de payer des salaires de 400 euros mensuels aux salariés ou de 1 euro par jour aux chômeurs de longue durée. Gerhard Schröder ne se lance pas dans une flexibilité à la scandinave ou à la britannique : les salariés restent « protégés » dans leur contrat par la loi. En revanche, le travail partiel est favorisé et le temps de travail flexibilisé. Le point d’orgue de cette réforme, c’est donc la loi « Hartz IV ». Elle réduit de deux à un an le temps d’indemnisation du chômage, quelque soit la durée de cotisation. Ensuite, tout le monde passe dans la catégorie « indemnisation chômage II » (Arbeitlosengeld II) où l’on bénéficie de certaines protections : un loyer et le chauffage sont payés par la commune et une indemnisation forfaitaire qui est aujourd’hui de 374 euros par adulte et par mois est versée. Mais en retour, le bénéficiaire, qui sera désormais en Allemagne appelé « Hartz IV », doit se soumettre à un contrôle permanent : sur son train de vie et ses recherches d’emplois. Avant de toucher son indemnisation, il doit utiliser la majeure partie de ses économies pour son propre entretien. Il doit accepter les emplois que lui propose l’agence du travail, même payé 1 euro de l’heure tout en continuant à toucher une partie de son indemnité).

 

Il s’agit donc de transformer l’Etat social en système d’assistanat où la vie quotidienne du « bénéficiaire » est surveillée. De plus, il est dans l’obligation d’accepter l’emploi que l’agence de travail lui offre, même le plus dégradant et le plus mal payé.

 francois-hollande.jpg

François Hollande a bien réfléchi : les réformes seront libérales et basées sur celle de Schröder.

 

 

On remarquera que le travailleur « Hartz IV » est plongé dans une pauvreté relative permanente et perd tout pouvoir de décision. Il est en réalité soumis à un « Big Brother » social ! Il n’y a pas de quoi sourire : ce genre de système se répand à travers toute l’Europe. En outre, les réformes Hartz ont créé un marché du travail parallèle « ouvert » aux travailleurs sous-payés et précarisés. On s’aperçoit d’ailleurs que ce système a été adopté par un social-démocrate et c’est un autre social-démocrate qui, aujourd’hui, souhaiterait l’appliquer à son pays : François Hollande.

 

Et le coût du capital ?

 

Pour justifier ces abominations, on se base sur des notions floues et non chiffrables comme la compétitivité. Voici ce qu’en dit ATTAC France dans un document paru en décembre 2012 (« En finir avec la compétitivité ») : « Le thème de la compétitivité est un marronnier des débats de politique économique. C’est une obsession tenace malgré la difficulté à en proposer une définition claire et admise par tous, sinon sous une forme tellement vague qu’elle se prête à toutes les interprétations : « la définition généralement retenue de la compétitivité d’une nation est la capacité à améliorer durablement le niveau de vie de ses habitants et à leur procurer un haut niveau d’emploi et de cohésion sociale » (…). Les auteurs ne cachent pas « les réserves méthodologiques que le concept suscite»et ils rapportent même le propos de Paul Krugman « contre la “dangereuse obsession” de compétitivité de l’administration Clinton et de l’Union européenne » car « la compétitivité est un mot vide de sens lorsqu’il est appliqué aux économies nationales ». Vide de sens, mais symbolisant très bien les stratégies patronales de pousser encore plus avant la libéralisation de l’économie et du « marché » du travail en particulier, malgré « l’inscription de la cohésion sociale dans les politiques de compétitivité » affirmée par la Stratégie de Lisbonne. »

 

La grande problématique porte évidemment sur le coût du travail. Cette question est devenue obsessionnelle dans le chef des syndicats patronaux et des gouvernements européens. Là aussi, ATTAC répond : « Le débat public se concentre sur le coût du travail sur la base de données souvent discutables. En effet, les données de référence d’Eurostat posent problème tant sur la comptabilisation des heures de travail qui sous-estime la durée du travail en France, que sur le calcul de la masse salariale qui surestime le poids, en France, de la formation professionnelle dans le coût du travail. De plus, ce débat est en général biaisé. D’une part, il ne prend que rarement en compte la productivité du travail, c’est-à-dire le coût salarial unitaire. Or les écarts de productivité entre pays sont plus grands que les écarts de coût horaire. D’autre part, il mêle allégrement coût du travail dans l’industrie et dans les services marchands. Or la productivité augmente plus faiblement dans les services que dans l’industrie. le coût salarial unitaire baisse en moyenne dans la zone euro sauf pour le Royaume-Uni, le Danemark, l’Italie, l’Espagne et la Grèce. En France, il baisse de 0,5 % par an de 1996 à 2008, en Allemagne de 0,7 %. Globalement, on constate une tendance à la convergence des coûts salariaux unitaires dans la zone euro, avec une baisse dans l’industrie et une hausse dans les services. Ces constats, combinés au caractère biaisé de certaines données statistiques, démentent l’affirmation selon laquelle il y a eu en France une dérive du coût du travail qui plomberait la compétitivité des entreprises. »

 

 

Et l’association altermondialiste pose une question jamais évoquée : celle du coût du capital. « Mais surtout, on met toujours en avant le coût du travail alors que le coût du capital n’est quasiment jamais évoqué. Pourtant, les revenus nets distribués représentent aujourd’hui 9 % de la valeur ajoutée des sociétés non financières, niveau historique record depuis la Seconde Guerre mondiale, contre 5,6% en 1999. La part dévolue aux actionnaires a donc crû dans des proportions considérables ces douze dernières années. autrement dit, la complainte patronale faisant de la baisse du taux de marge la raison profonde des faibles investissements et du moindre effort en matière de recherche et développement, passe sous silence le fait que, crise ou pas crise, la part de plus en plus lourde que les entreprises choisissent de distribuer aux propriétaires du capital affaiblit leur capacité à faire face à tous les aspects de la compétitivité.

 

Dans cette situation, l’exigence patronale d’un transfert massif des cotisations sociales vers les ménages (en grande majorité salariés) apparaît pour ce qu’elle est : le refus de toucher aux dividendes versés aux actionnaires. »

 

 

En définitive, il n’y a globalement pas de réduction des coûts de l’entreprise, il y a transfert des dépenses afférentes au travail vers les actionnaires.

 

 

Il serait plus que temps que des économistes honnêtes et indépendants se penchent sur cette question des coûts. Mais il y en aura peu qui oseront compromettre leur carrière pour effectuer enfin un travail scientifique digne de ce nom.

 

 

Ce seront les colossaux échecs auxquels ils devront faire face qui pourront éventuellement susciter un changement. Aujourd’hui, cependant, il y a danger. On étend le « Big Brother » social aux pays de la zone Euro et on propose, après « l’expérience » cypriote de puiser dans l’épargne des ménages. Après l’austérité, la privatisation des services publics, le détricotage du droit du travail, voilà les nouvelles étapes de la révolution ultralibérale.

 

 

Y a-t-il une opposition ?

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 14:24

Le météorologiste – prévisionniste belge, Luc Trullemans, est depuis quelques semaines la coqueluche du microcosme politico-médiatique en Belgique.

 

Trullemans est sans conteste un excellent prévisionniste. Il débuta sa carrière à l’Institut royal météorologique (IRM) belge. Il doit sa notoriété au routage météorologique qu’il a établi pour l’aérostier américain Steve Fossett qui fut le premier à effectuer le tour du monde en ballon. Luc Trullemans a aussi routé le premier vol international de l’avion à énergie solaire, Solar Impulse.

 

 

 

 Trullemans_RTL.jpg

Luc Trullemans, prévisionniste de talent et ex- M. Météo de RTL-TVI

 

 

 

Sa réputation a intéressé la chaîne médiatique privée belge, membre du groupe CLT, RTL-TVI/Bel RTL qui l’a engagé pour présenter la météo tout en poursuivant son travail à mi-temps à l’IRM. Cette médiatisation, manifestement, lui est montée à la tête et ses collègues s’en sont d’ailleurs plaints en privé. Il se sentait désormais intouchable !

 

Fort présent sur le réseau social Facebook, Trullemans l’inondait d’images de toutes sortes sur la météo. S’il était resté très prudent sur la controverse relative au réchauffement climatique, il l’était devenu de moins en moins en diffusant de plus en plus souvent des propos populistes et à la limite de la xénophobie.

 

 

 Delusinne.jpg

Philippe Delusinne, administrateur de RTL-TVI : les annonceurs publicitaires n'accepteraient pas être associés à des propos islamophobes. C'est une évolution, incontestablement !

 

 

Il a franchi le pont trop loin le 26 avril 2013 où, sur un post facebook, il fustige les Musulmans en concluant par une menace : « Intégrez-vous ou dégagez ! ». Il accompagne en outre ce post d’images et de caricatures à caractères islamophobe et anti-arabe. Aussitôt, l’administrateur-délégué de RTL-TVI, Philippe Delusinne, licencie le « Monsieur Météo » le 29 avril 2013. Dès lors, l’affaire prend une toute autre tournure.

 

Trullemans menteur et provocateur

 

En premier lieu, on s’aperçoit très vite que Trullemans a menti : il avait affirmé, pour se justifier, qu’il avait tenu ces propos sous le coup de la colère et de l’émotion, suite à une agression. En réalité, il s’agissait d’une bagarre entre un automobiliste maghrébin et Trullemans qui s’est déroulée sur l’autoroute reliant l’aéroport à Bruxelles. Le météorologiste reconnaît lui-même qu’il l’avait « fait ch… pendant cent mètres ! ». On observera au passage son excellent usage de la langue française…

 

En outre, au lieu de calmer le jeu, Trullemans en rajoute dans les médias et sur Facebook. Là, cela irrite son second employeur, le patron du Ministère de la Politique scientifique, Philippe Metten, qui chapeaute l’IRM. Il convoque le directeur de l’IRM et exige qu’une sanction soit prise à l’égard de Luc Trullemans. Comme l’administration est lente, on ignore, pour l’instant, de quelle nature sera ladite sanction.

 

 

 modrikamen.jpg

Maître Michael Modrikamen avocat sulfureux et chef du Parti populiste "Parti populaire" (un seul siège occupé par un député qu'il a exclu de son parti...) va certainement profiter de "l'affaire" Trullemans pour relancer son parti en attisant le feu.

 

 

Enfin, Trullemans conteste son licenciement de RTL-TVI et prend comme avocat Michaël Modrikamen, le défenseur des petits actionnaires de Fortis, mais aussi le président du Parti populaire, formation proche de l’extrême-droite et qui ne cache pas son admiration pour Marine Le Pen. Mais notre prévisionniste exclu prétend ignorer que son nouveau défenseur fait de la politique ! Il l’aurait choisi par hasard ! Ben, voyons !

 

Luc Trullemans se transforme en Frigide Barjot.

 

Enfin, le beau Luc qui ne doute de rien, sans doute inspiré par la brillante animatrice de manifs’, Frigide Barjot, s’est décidé à appeler à manifester pour la « liberté d’expression », le 25 mai prochain à Bruxelles. Au passage, il a affirmé, la bouche en cœur, qu’il ne fait pas lui non plus de politique…

 

 

 manif_trullemans.jpg

Une manif d'une vingtaine de manifestants membres du groupuscule fasciste "Nation" - beaucoup sont courageusement masqués - a eu lieu devant le siège de RTL-TVI pour la réintégration de Luc Trullemans, au nom de la liberté d'expression. Le météorologiste n'a pas désavoué cet encombrant copinage... (photo 7 sur 7)

 

 

Cette affaire rocambolesque n’arrive pas à s’éteindre. Au-delà du pâle personnage de Trullemans, elle est révélatrice d’un climat malsain. La communauté musulmane en Belgique et particulièrement à Bruxelles fait l’objet d’une profonde méfiance de la part du reste de la population. Il est incontestable que cette communauté est tiraillée par diverses tendances.

 

Nous avons déjà montré, en racontant ici l’histoire de Rachid ( http://uranopole.over-blog.com/article-rachid-110867284.html) combien il est difficile à des jeunes Musulmans de s’intégrer dans notre société : ils sont rejetés par les Belges qui s’en méfient et ils sont haïs par leurs jeunes congénères qui les considèrent comme des traîtres. Aucun effort sérieux n’a été consenti pour leur intégration. L’éternelle excuse du manque de moyens financiers ne tient pas. Il n’y a jamais eu une réelle volonté politique de trouver une solution à la cohabitation. Les moyens de base manquent cruellement. Il n’y a pas de système scolaire digne de ce nom, en dépit des fameuses ZEP (zones d’éducation prioritaire), de services sociaux efficaces – c’est le secteur associatif qui assure tant bien que mal ces missions – d’équipements collectifs dignes de ce nom ; les quartiers ghettos sont laissés à l’abandon, les « marchands de sommeil », les trafiquants de toutes sortes y pullulent, etc. Tout cela est une véritable poudrière qui peut exploser d’un jour à l’autre. On a d’ailleurs vite oublié les émeutes de Forest et de Cureghem qui ont eu lieu il y a quelques années. Mais l’appareil répressif est là, s’il est inefficace à prévenir des débordements qui pourraient très mal tourner, il est prêt à se mettre en marche, à la moindre alerte « terroriste ».

 

La répression n’est pas la solution.

 

Croit-on que la répression, la traque des islamistes, l’encadrement policier vont résoudre le problème ? Au contraire, cela ne fait qu’attiser les tensions. On a trop tendance à confondre l’ensemble des communautés musulmanes avec des groupuscules terroristes.

 

Cependant, il existe un danger visible. C’est la propagande radicale musulmane qui se répand par les chaînes satellitaires arabes comme Al Jazeera complaisamment financée par l’Emirat du Qatar, et par des imams venus d’on ne sait où, qui attisent le feu dans les mosquées. En dehors d’actions ponctuelles, on ne fait rien de sérieux.

 

 

 Al_Jazeera.jpg

Studio de la TV satellitaire Al Jazeera au Qatar.

 

 

On refuse un dialogue digne de ce nom. Un exemple : il est absurde de refuser de débattre avec un homme comme Tariq Ramadan qui a incontestablement une influence considérable sur l’ensemble des Musulmans en Europe. Est-il ou non un Frère musulman ? Peu importe. Si on veut un débat efficace et pouvant aboutir à un résultat, il faut le faire avec un interlocuteur influent et ne pas lancer d’exclusives à son égard.

 

 

 tariqramadan.jpg

Il est absurde de refuser le débat avec Tariq Ramadan.

 

 

Ne rien éluder.

 

Ce débat ne doit rien éluder. Toutes les questions – surtout celles qui fâchent – doivent être abordées. Sinon, une vie commune entre communautés d’origines diverses sera impossible. C’est aussi une raison pour laquelle il ne faut pas céder aux idées brutales et imbéciles de personnages comme Trullemans et Modrikamen.

 

Si nous avons écrit « vie commune », c’est volontairement pour ne pas user du mot « intégration ». On peut se poser la question : l’intégration est-elle obligatoire pour une cohabitation harmonieuse ? Faut-il renoncer « pour s’intégrer » à sa culture originelle ? Là aussi, ce serait une grave erreur et aussi une source de conflits. Les cultures peuvent vivre ensemble et s’imprégner les unes des autres. Cela a toujours été ainsi et c’est un des moteurs du progrès de l’humanité, contrairement à ce que pensent des esprits animés par l’exclusion comme un certain ex-prévisionniste.

 

Sans oublier bien sûr la question sociale qui est vitale pour tous.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 21:53

Une des principales critiques de la droite à l’égard de la gauche porte sur son enfermement idéologique. La gauche serait prisonnière de dogmes qui l’empêcheraient de produire une quelconque idée nouvelle dans tous les domaines. Ce serait l’explication du conservatisme de la gauche.

 

Reconnaissons que cette analyse n’est pas tout à fait fausse. Depuis la Révolution russe de 1917 jusqu’à la chute du Mur de Berlin, le marxisme léninisme a marqué la pensée des partis de gauche en Europe occidentale. Or, la prise du Palais d’hiver en octobre 1917 par les Bolchéviks ne fut qu’un classique coup d’Etat. Lénine, qui était un authentique révolutionnaire, sut rallier à sa cause les Soviets d’ouvriers, de paysans et de soldats, notamment grâce à l’aide de Trotsky. Le putsch eut dès lors une assise populaire et le contrôle sur l’armée.

 

La « troisième révolution » de Kronstadt

 

Cependant, un autre personnage agissait dans l’ombre : Joseph Staline manœuvra à la centralisation du pouvoir, ce qui revint à écarter les Soviets. D’ailleurs, tout finit en 1921, avant Staline, par l’écrasement dans le sang des marins de Kronstadt. En effet, les habitants de ce port situé au golfe de Finlande avaient décrété la ville « commune libre » se ralliant ainsi aux Soviets. Après la guerre civile, en 1921, la Russie était ruinée après sept ans de conflit. Des grèves se déclenchèrent, notamment à Kronstadt qui était devenue le symbole de la Révolution.

 

 

 

 

 

Cronstadt1917

 

La révolte des marins de Kronstadt en 1921 fut sans doute le moment le plus important de l'histoire du socialisme.

 

 

Ces grèves avaient pour objectif le rétablissement des Soviets, des libertés de réunion, de la presse, d’opinion. Les marins de Kronstadt s’allièrent à ceux de Petrograd. La répression du pouvoir soviétique fut particulièrement sévère. Le 6 mars 1921, les marins élisent un comité révolutionnaire provisoire. Ils envoyèrent un message radio aux « ouvriers du monde entier » libellé comme suit :

 

« Nous sommes partisans du pouvoir des Soviets, non des partis. Nous sommes pour l’élection libre de représentants des masses travailleuses. Les soviets fantoches manipulés par le Parti communiste ont toujours été sourds à nos besoins et à nos revendications ; nous n’avons reçu qu’une réponse : la mitraille (...). Camarades ! Non seulement ils vous trompent, mais ils travestissent délibérément la vérité et nous diffament de la façon la plus méprisable (...). À Kronstadt, tout le pouvoir est exclusivement entre les mains des marins, soldats et ouvriers révolutionnaires (...). »

 

Voici l’analyse du Soviet de Kronstadt : « Il est clair que le parti communiste russe n'est pas le défenseur des travailleurs qu'il prétend être. Les intérêts des travailleurs lui sont étrangers. S'étant emparé du pouvoir, il n'a plus qu'une seule crainte : le perdre et c'est pourquoi il croit que tous les moyens lui sont bons : calomnie, violence, fourberie, assassinat, vengeance sur la famille des rebelles. Ici, à Kronstadt, nous avons posé la première pierre de la troisième révolution qui fera sauter les dernières entraves des masses laborieuses et ouvrira toute grande la voie nouvelle de la créativité socialiste. (…) Sans coup férir, sans qu'une goutte de sang ait été versée, le premier pas a été franchi. Les travailleurs ne veulent pas de sang. Ils ne le verseront que réduits à l'autodéfense. (…) Les ouvriers et les paysans ne cessent d'aller de l'avant, laissant derrière eux l'Assemblée constituante et son régime bourgeois, la dictature communiste, sa Tchéka et son capitalisme d'État. »

 

 

trotsky_leon_03.jpg 

Trotsky n'hésita pas à réprimer dans le sang les marins de Kronstadt. 

 

La seule réponse fut la sanglante répression par l’Armée Rouge commandée par Trotsky. La « troisième révolution » était donc définitivement écrasée. L’URSS était désormais une fausse dénomination : cette « Union » n’était ni « Socialiste », ni « Soviétique ». Ainsi, il est clair que seul le parti communiste centralisé détenait le pouvoir absolu au détriment des Soviets et était le seul gardien de l’idéologie qui n’avait plus rien à voir avec le Socialisme et qui n’évolua qu’en fonction des intérêts des castes se succédaient au pouvoir à Moscou. La moindre critique et toute idée nouvelle étaient désormais châtiées avec la plus grande intransigeance. Et par après, bien des épisodes aussi sanglants eurent lieu réprimés par le stalinisme, aussi bien en Union Soviétique qu’en bien d’autres lieux dans le monde, comme en Espagne, à Berlin, en Hongrie, en Tchécoslovaquie.

 

 

Toujours la même méthode

 

 

Et ce toujours avec la même méthode : le travestissement des faits, l’avilissement de leurs adversaires, le refus de toute négociation et enfin, la répression sanglante. Et aussi, toujours avec ceux qu’on a appelé les compagnons de route : des intellectuels occidentaux aveuglés – ou complices – servant de faire valoir et de diffuseur des mensonges de la propagande.

 

 

Si les communistes staliniens mirent au point cette formidable machine totalitaire usant de toutes les technologies générées au XXe siècle, ils eurent de zélés disciples a priori inattendus. Très vite, les plus ultras du capitalisme comprirent le parti qu’ils pouvaient tirer de cette formidable machine d’ahurissement et de propagande.

 

 

Prenons l’actualité récente. Dans les analyses – ou plutôt disons les conclusions sur commande – des économistes qui prônent l’austérité, apparaissent depuis quelques temps de sérieuses erreurs de calcul, d’omissions ou de déformations de données, voire de falsifications qui remettent en question les soi-disant effets bénéfiques à moyen terme de l’austérité imposée aux Etats membres de la zone Euro depuis la crise grecque.

 

 

La nouvelle dogmatique

 

 

Les économistes de la Troïka (FMI, BCE, Commission européenne) qui ont travaillé à mettre au point les politiques d’austérité imposées par l’Union européenne suite aux pressions allemandes, ont affirmé haut et clair : « Au-delà d’un endettement dépassant les 90 % du PIB, les pays endettés ne peuvent connaître qu’un effondrement de leur croissance, l’essentiel de leurs ressources étant mobilisé pour rembourser la dette »  

 

 

Cet acte de foi résonne comme un dogme auprès des gouvernements de toute l’Union. Il semblait donc établi qu’au-delà d’un certain niveau d’endettement, la  croissance s’effondrait et la faillite était au bout du chemin, quelles que soient les circonstances historiques, politiques ou géographiques. Cette thèse fut publiée en 2010 dans un ouvrage qui devint vite un best seller : « This time is different » dont les auteurs, Carmen Reinhart et Ken Rogoff, sont deux historiens économistes.

 

 

 

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 Kenneth Rogoff : un adversaire acharné de Joseph Stiglitz

 

 

Quelle aubaine pour les néolibéraux. La démonstration est du pain bénit. Les keynésiens sont définitivement à terre ! Comme l’écrit Martine Orange dans Mediapart : « En moins de trois mois, l’axiome de Reinhart et Rogoff devint un dogme pour les politiques de droite : point de salut pour un pays endetté à plus de 90 %. Avec son dogmatisme désormais bien connu, la Commission européenne reprit en urgence cette nouvelle doxa et l’inscrivit dans les tables de la loi aux côtés du fameux 3 % (de déficit public). » Au passage, quand on s’aperçoit que Kenneth Rogoff est le principal adversaire de l’économiste keynésien, prix Nobel, Joseph Stiglitz, on n’est guère surpris.

 

Le festival des erreurs

 

Mais il y a un hic. Les calculs qui ont permis d’aboutir à ce modèle, sont faux. Et ce sont Thomas Herndon, Michael Ash et Robert Pollin, trois économistes de la même université que celle de Rogoff, le prestigieux MIT, qui ont démonté la thèse de leur confrère. Et, au départ, leur objectif était de reprendre la démonstration de Reinhart et Rogoff. Ils ont simplement repris les chiffres publiés dans l’ouvrage. Celle-ci était impossible à partir de ces données. Ils ont demandé aux deux auteurs de leur donner les chiffres bruts sur lesquels ils avaient travaillé. Patatras ! Sur cette base, les travaux des auteurs de « This time is different » étaient truffés d’erreurs !

 

Il y eut d’abord des erreurs par omissions. Il n’a pas été tenu compte de la croissance de la Nouvelle Zélande qui a une dette de l’ordre de 90 % et a connu pendant quatre années une croissance de 2,6 % par an ! Un rêve pour les Européens ! Ensuite, il y a des erreurs dans la pondération qui, selon Hendon, Ash et Pollin, donnent un écart en ce qui concerne la croissance de l’ordre de deux points ! Une paille !

 

La réaction ? Bon ! Il y a une petite erreur due à l’utilisation du logiciel Excel, mais Reinhart et Rogoff maintiennent leur thèse envers et contre tout. Et très vite, ils bénéficient du soutien de tous leurs collègues néolibéraux. Et en lisant le site d’informations ultralibéral « Atlantico », on a un splendide spécimen de la novlangue propre aux idéologues.

 

A la question : En quoi l’erreur de Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff justifierait-elle les théories de Keynes ? Nicolas Goetzmann (économiste et conseiller financier) répond : « En rien. Mais les économistes qui ont découvert l’erreur elle-même sont Keynésiens eux-mêmes. La découverte d’une erreur chez le voisin ne permet pas de justifier sa propre théorie. La seule chose qui a été mise en avant est l’invalidité du seuil de 90% d’endettement qui provoquerait la récession.

 

Ensuite, et plus insidieusement Rogoff & Reinhart ont dénoncé l’interprétation abusive de leurs travaux qui consistait à évoquer un lien de causalité entre fort endettement et récession. Ils acceptent « l’association » des deux, mais pas le lien de causalité. La conclusion de la Tribune qui vise à valider la relance keynésienne est absurde. Ce n’est pas parce que le lien de causalité entre endettement et récession est rompu que plus d’endettement veut dire plus de croissance. C’est une extrapolation gratuite et sans fondement. De plus, même les néo-keynésiens admettent que dans un système monétaire comme le nôtre, la relance budgétaire est neutre, son effet est de 0. C’est que nous avons vécu en Europe : après la relance des années 2009 et 2010, la BCE est venue en contrer les effets en 2011. »

 

Cela vaut la peine de se pencher sur ce morceau de duplicité. D’abord, être keynésien implique que l’on est malhonnête dans la dénonciation de « l’erreur ». Vient ensuite la déformation : la soi-disant interprétation abusive du lien de causalité entre endettement et récession. Les critiques de Rogoff et Reinhart ont montré au contraire qu’il était possible de connaître une croissance en même temps qu’un fort endettement. Et la conclusion qui est faussement attribuée aux trois critiques n’a rien à voir avec le sujet.

 

Et on dit tout et son contraire ! Simone Wapler, conseiller financier, explique : « La barre des 90 % est cependant très symbolique. D’abord il s’agit d’un pourcentage d’endettement en fonction du PIB ce qui n’a pas grande signification. Un État ne possède pas le PIB d’un pays, il lève des impôts. Il vaudrait donc mieux regarder la dette d’un État exprimée en fonction des rentrées fiscales. Ensuite, il est important de savoir qui détient la dette. Les citoyens, comme au Japon ou bien des investisseurs institutionnels étrangers comme en France ou encore la Banque centrale comme aux États-Unis ? Bref le seuil de 90 % est sans grande importance. Ce qui importe est le sens de la variation : plus la dette grossit, plus un pays sape son dynamisme. »

 

Sans doute, mais alors pourquoi cette dogmatique des chiffres du FMI et de l’Union européenne : ne pas dépasser la barre fatidique des 90 % d’endettement et des 3 % de déficit ? Pourquoi Madame Wapler ne réclame-t-elle pas plus de souplesse de la part des autorités monétaires et européennes ?

 

En tout cas, voilà un solide coup de canif dans la dogmatique de l’austérité. Mais, bien évidemment, pas question de le reconnaître. Il faut envers et contre tout poursuivre le même chemin.

 

Toujours la même méthode (bis)

 

Et ici, comme aux débuts de la dictature soviétique, il y a travestissement volontaire des faits, l’avilissement des contradicteurs, le refus de toute négociation. On n’en est pas encore à la répression sanglante, mais les contre-pouvoirs sont muselés et toute alternative est exclue.

 

Il y a eu peu avant une autre erreur. Au FMI, cette fois-là. Ce fut dans l’évaluation de l’effet multiplicateur des mesures budgétaires. Le FMI annonça que cet effet était de l’ordre de 0,5 %, alors qu’il se situe entre 0,9 et 1,7%. En clair, lorsque l’Etat réduit sa dépense d’un euro, cela entraîne une baisse de l’activité économique entre 90 centimes et 1,7 Euro. Cela n’est pas négligeable.

 

Mais une relance est impossible pour nos économistes ultralibéraux. Simone Wapler, toujours dans « Atlantico » déclare péremptoire : « Mais ce que nous appelons « croissance » n’est en réalité qu’une somme de dépenses dont une part substantielle est financée à crédit. Donc plus les dépenses augmentent, plus il y a de « croissance ». Imaginez un ménage qui comptabiliserait comme des revenus ses crédits à la consommation. Le jour où sa banque lui coupe ses crédits ses revenus baissent. 

 

Les plans de relance keynésiens ne fonctionnent pas car la consommation n’a jamais créé de richesse. La consommation n’est que le reflet de la richesse à condition que cette consommation soit financée par de l’argent réellement gagné et non redistribué. » Circulez ! Il n’y a rien à voir !

 

Trois dogmes tombent.

 

Mais voilà trois dogmes qui tombent : les 3 % de déficit, les 90 % d’endettement et le coefficient budgétaire erroné. Pensez-vous que l’on en tiendra compte ? Va-t-on remettre tout à plat et voir ce qui peut nous sortir de ce « merdier » ? Bien sûr que non ! Le Commissaire européen à l’économie, le Finlandais Olli Rehn, refuse de reconnaître ces erreurs et prône la poursuite de la politique d’austérité.

 

 

 

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 La sévère Christine Lagarde a sifflé la fin de la récréation ! 

 

 

Après cela, il y eut un certain flottement. Barroso  a exprimé des doutes, le FMI qui se posait la question de la relance, même le Premier ministre néerlandais, Karl Rutte, pourtant ami d’Angela Merkel, demande que l’on change de cap. Et last but not least, en visite en Europe en avril, le secrétaire d’Etat américain au Trésor, Jacob Lew, invite les Européens à donner du lest à l’austérité.

 

 

 

 

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 Jose Manuel Barroso fut-il saisi par le doute ? 

 

 

Mais tout de suite, c’est le rappel à l’ordre. Christine Lagarde avertit qu’il n’est pas question de relâcher l’effort budgétaire. Olli Rehn tape du poing sur la table et Barroso rentre dans les rangs.

 

L’idéologie tue les idées, car elles ne parviennent à s’exprimer. Ces dirigeants entre les mains de la haute finance ne veulent rien entendre. Ils ne se rendent pas compte qu’ils jettent l’Europe et une grande partie du monde dans la misère et qu’ils ouvrent un boulevard à l’aventure totalitaire.

 

Pourtant, des idées, il y en a. Et il faudra bien avoir le courage de les mettre sur la table.

 

Pierre Verhas

 

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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 20:12

Le Président légal du Chili s’est donné la mort le 11 septembre 1973 pour ne pas tomber entre les mains des putschistes fascistes de Pinochet qui attaquaient la Moneda, le Palais présidentiel de Santiago de Chili.

 

La dernière entreprise socialiste démocratique était définitivement assassinée !

 

2013 : Perpétuons et faisons fructifier l’héritage de Salvador Allende !

 

Comité Allende 40

 

Sergio Rojas Fernandez         Monique Discalcius            Pierre Verhas

 

Compte : BE51 5230 8056 6962 de Comité Allende 40

pour financer les manifestations prévues en ce quarantième anniversaire.

 

 

 

Allende 40

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