Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
  • Contact

Recherche

28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 20:12

Le Président légal du Chili s’est donné la mort le 11 septembre 1973 pour ne pas tomber entre les mains des putschistes fascistes de Pinochet qui attaquaient la Moneda, le Palais présidentiel de Santiago de Chili.

 

La dernière entreprise socialiste démocratique était définitivement assassinée !

 

2013 : Perpétuons et faisons fructifier l’héritage de Salvador Allende !

 

Comité Allende 40

 

Sergio Rojas Fernandez         Monique Discalcius            Pierre Verhas

 

Compte : BE51 5230 8056 6962 de Comité Allende 40

pour financer les manifestations prévues en ce quarantième anniversaire.

 

 

 

Allende 40

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 09:53

  

 

Le CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-monde) et ATTAC France ont publié un communiqué commun demandant la mise en faillite de la bad bank Dexia qui fait l’objet d’une garantie de 87,5 milliards d’Euros des Etats français et belge. (Voir sur "Uranopole" : http://uranopole.over-blog.com/article-dexia-la-facture-n-arrive-qu-une-fois-112074726.html)   

 

Ces deux associations arguent à juste titre que la garantie ne doit plus courir dès lors que le créancier a pris des risques excessifs. Pour le CADTM et ATTAC, cette garantie des deux Etats à l’égard de Dexia est l’exemple type de « dette illégitime ». Rappelons que le CADTM appelle à juste titre à procéder à un audit de la dette publique, afin d’en séparer la partie illégitime (intérêts usuraires, dettes non justifiées voire indues, etc.) de la partie légale. Si on maintient cette garantie et que la France et surtout la Belgique recapitalisent régulièrement Dexia, il leur sera de plus en plus difficile de résorber la dette publique et cela justifiera de nouveaux trains de mesures antisociales.

 

Des jugements sont en attente en France et en Belgique sur cette question de la garantie de Dexia et des procédés scandaleux pratiqués par cette banque à l’égard de leurs clients comme les pouvoirs locaux et régionaux.

 

Une mise en faillite de la bad bank est indispensable : elle permettra d’éliminer une bête nuisible. Nous insistons cependant sur les conséquences sociales de cette mise en faillite pour le personnel. Il convient dès à présent de prévoir des indemnités substantielles de licenciement pour les travailleurs de Dexia.

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

 DEXIA

                                            Dexia a assez nui ! Il est plus que temps d'en finir !

 

 

Le CADTM et ATTAC soutiennent les collectivités publiques en procès contre Dexia et exigent la mise en faillite de la « bad bank »

 

 
Dexia Crédit Local est un gouffre sans fond pour les finances publiques locales et nationales en Belgique et en France. Attac et le CADTM invitent les collectivités territoriales lésées par Dexia à suspendre le versement des intérêts, comme la loi les y autorise. Les États français et belge doivent annuler les 85 milliards d'euros de garanties consenties à Dexia et à ses créanciers : s'ils ont pris des risques excessifs, les créanciers doivent assumer leurs pertes, pas les contribuables !


Dexia Crédit Local (DCL) fait l'objet en France d'au moins 80 plaintes intentées par les collectivités locales. En cause, ses prêts « toxiques » reposant sur des indices plus spéculatifs les uns que les autres : la parité entre l’euro et le franc suisse, mais aussi le yen, le dollar, l’inflation, les indices de la courbe des swaps, jusqu’au cours du pétrole ! La banque a ainsi pu augmenter considérablement ses bénéfices tandis que les acteurs publics locaux (collectivités territoriales, hôpitaux publics) se trouvent aujourd'hui piégés par des taux d'intérêt dépassant souvent les 20 %.

Ces taux usuraires pourraient toutefois être réduits radicalement en cas de victoire des collectivités locales, à l'instar des trois jugements rendus le 8 février dernier par le tribunal de grande instance (TGI) de Nanterre. Ce dernier a condamné Dexia à ne recevoir que le taux légal, soit 0,04% sur trois crédits contractés par le département de la Seine-Saint-Denis. Dexia vient de faire appel de ce jugement. Sans attendre l'issue de ce procès, tous les acteurs lésés par Dexia ont intérêt à suspendre unilatéralement et immédiatement la totalité des intérêts dus à Dexia, comme l'a fait la commune de Sassenage. En effet, le paiement des intérêts, considéré comme sérieusement contesté, ne constitue pas une dépense obligatoire comme l'a souligné la Chambre régionale des comptes d’Auvergne Rhône-Alpes dans un avis rendu le 31 mai 2012.

Sans occulter la responsabilité de certains élus politiques dans ces dettes toxiques illégales et illégitimes, le CADTM et ATTAC soutiennent les actions en justice intentées par les pouvoirs publics contre Dexia et les responsables de la débâcle en France et ailleurs comme en Belgique où plusieurs communes ont décidé de porter plainte contre les administrateurs du Holding communal de Dexia, qui était l'un des principaux actionnaires de la banque en Belgique. Le CADTM et ATTAC invitent les collectivités locales, les hôpitaux et les organismes de logement social impactés par les prêts toxiques à suspendre le paiement de leurs échéances et à attaquer en justice les banques qui leur ont fait souscrire ces prêts.

Il est temps de mettre fin à l'impunité des responsables du fiasco Dexia qui continue de plomber les finances de nos États et de mettre un terme aux sauvetages à répétition. Rappelons que Dexia a déjà été sauvée trois fois depuis 2008 grâce à l'argent public et que cela peut encore durer jusqu'en 2031 ! Car la Belgique, la France et le Luxembourg ont décidé de garantir les dettes de la bad bank de Dexia, dont fait partir DCL, pendant près de 20 ans pour un montant atteignant 85 milliards d'euros (sans compter les intérêts et les accessoires).

Autrement dit, si Dexia ne rembourse pas ses créanciers dont nous ne connaissons toujours pas l'identité malgré nos demandes répétées, ce sont les citoyens qui devront régler ses dettes. Cerise sur le gâteau : nos États se sont même engagés à renoncer à tout moyen de défense contre Dexia et ses créanciers en s'engageant à payer automatiquement même si ces dettes sont illégales, précise la Convention de garantie signée par les ministres des finances !

Cette convention et tous les autres engagements de nos États à garantir les emprunts de Dexia doivent donc être annulés. Rappelons qu'une action en justice pour l'annulation de la garantie accordée par la Belgique a été introduite par le CADTM, ATTAC et deux députées belges et est en cours d'examen par le Conseil d'État belge. Une fois ces engagements annulés, il est dans l'intérêt des citoyens de mettre la bad bank de Dexia en faillite afin de stopper ces sauvetages à répétition.

Le cas Dexia est un cas emblématique de dettes illégitimes léguées par les banques aux États ou, autrement dit, de socialisation des pertes. Ces sauvetages bancaires expliquent largement l'augmentation de la dette publique en Europe depuis ces cinq dernières années. Or, cette dette illégitime sert aujourd'hui de prétexte pour imposer des coupes budgétaires dans les secteurs sociaux et privatiser les services publics au détriment des populations qui ne sont pas responsables.

Ce n'est pas aux populations de payer la facture à travers les augmentations d'impôts injustes comme la TVA, les coupes budgétaires, les licenciements, le démantèlement du code du travail, les baisses de salaires, d'allocations de chômage, etc.

Pour refuser le paiement de ces dettes illégitimes et remettre en cause ces politiques d'austérité, la mobilisation autour de l'audit citoyen de la dette est plus que jamais nécessaire. L'audit permettra d'identifier toutes les dettes illégitimes mais aussi les créances odieuses sur les pays en développement et pousser à leur annulation.

À cette fin, le CADTM et ATTAC s'engagent à renforcer les comités d'audits citoyens de la dette existant notamment en France et en Belgique et appellent à en créer de nouveaux.

 

Attac France,

Paris, le 19 avril 2013

 

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 23:41

La droite française a aussi sa novlangue « politiquement correcte », sa pensée unique.

 

 

UMP_homo.jpg

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 10:50

Le bréviaire hebdomadaire de la pensée unique néolibérale en général et de la City londonienne en particulier vient encore de montrer son objectivité après les disparitions de Hugo Chavez et de Margaret Thatcher. De l’injure à la dévotion…

 

 

Presse économique

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 20:17

  

 

Dans le Journal du Dimanche du 13 janvier, voici ce que répond l’économiste et anthropologue belge Paul Jorion sur l’affaire Cahuzac, ses suites et ses conséquences.

 

Jorion dénonce la collusion entre le monde politique et les milieux financiers les plus véreux. Il alerte sur le fait que la troïka qui est le véritable gouvernement de l’Europe va chercher l’argent là où il y en a encore, dans les comptes bancaires de tout un chacun.

 

En effet, seulement 25 à 30 % des crédits sont tournés vers l’économie réelle. Donc, des masses considérables d’argent échappent à celle-ci et donc, à une très hypothétique reprise. Les Etats ont commencé par sauver les banques ruinées par la spéculation. Les contribuables ont supporté aussi bien la perte réelle, mais en plus paient les paris perdus des banques. Ces « paris perdus » représentent 80 % de la dette !

 

Enfin, cette crise profite évidemment aux riches qui ne sont guère prêts à aide à la résoudre. La concentration de capital entre les mains d’une petite minorité n’a sans doute jamais été aussi importante dans l’histoire. Et les politiques ne peuvent rien faire, les plus cyniques et cupides d’entre eux ramassant les miettes.

 

Pierre Verhas

 

 

Paul_Jorion.jpg

 

Paul Jorion a une vue lucide de la société d'aujourd'hui.

 

Extrait du JDD du 13 avril 2013 (propos recueillis par Laurent Vadiguié)

Que vous inspirent les réactions à l'affaire Cahuzac?


Il y a un certain nombre de choses que l'on savait déjà dans la façon dont le politique fonctionne. Dans ses grandes lignes, l'affaire Cahuzac ne nous apprend rien. Mais comme on est dans une période de crise, que l'on demande aux citoyens ordinaires de plus en plus d'efforts, le niveau de tolérance a baissé. Pour moi, le tournant, c'est Chypre. La troïka qui nous gouverne, la Banque centrale, le FMI et la Commission européenne, a préparé un plan dans lequel il est prévu d'aller chercher de l'argent là où il en reste, c'est-à-dire sur les comptes bancaires des simples citoyens ! Aujourd'hui, l'affaire Cahuzac ne peut pas passer. Cette situation me fait penser aux années trente en France.

C'est-à-dire?


C'est le même genre de période de crise, où l'on demande davantage de contributions aux gens et où on découvre que ceux qui pourraient contribuer le plus à l'effort collectif non seulement ne le font pas, mais parviennent à y échapper. En 1934, il y a eu l'affaire Stavisky, un scandale qui a montré les collusions entre les milieux financiers peu recommandables et les milieux politiques. Cahuzac, c'est la même chose… la collusion des milieux financiers offshore, de leurs montages dans des paradis fiscaux, avec le super-gendarme du fisc chargé de les contrôler.

La réponse de François Hollande est celle de la transparence. La trouvez-vous adaptée?


La transparence est une notion tout droit venue de la théorie économique. En économie, on est persuadé que si les acteurs sont transparents, la fixation des prix sur les marchés sera optimale. La transparence, c'est le vocabulaire de l'économie adapté à la politique. En politique, je ne suis pas sûr que le concept soit adapté. On n'a pas besoin de transparence, mais tout simplement d'honnêteté. Ce n'est pas davantage de transparence que réclament les gens. D'ailleurs personne n'aimerait vivre dans une maison de verre, tout le monde aspire à avoir une vie privée à l'abri des regards, et on ne demande pas cela aux politiques. On leur demande tout simplement de faire primer l'intérêt général sur les intérêts particuliers. Comme on a l'impression que ce n'est pas le cas, le divorce est profond. Il ne se voit pas seulement dans les courbes des sondages de popularité, mais surtout dans les taux d'abstention aux élections.

 

Quelle devrait être la réponse?


Il y aurait des mesures lourdes, de grandes réformes institutionnelles, à prendre simultanément. De façon générale, il faut pouvoir réinjecter dans l'économie réelle non seulement l'argent qui échappe à l'impôt via la fraude fiscale, mais aussi les 80 % de l'activité financière consacrés à la pure spéculation. Ce sont ces énormes masses de capitaux flottants, qui bougent d'un pays à un autre, simplement dans le but de spéculer sur les prix, qui dérèglent les économies. Simplement en France, seulement 25 à 30% des crédits bancaires sont tournés vers l'économie réelle, et le reste ce sont des crédits spéculatifs… Cela fait des masses gigantesques d'argent qui échappent au monde réel.

 

Quelles sont les différences avec la crise de 1929?


Il y a de nombreuses similitudes entre la situation actuelle et celle de 1929, mais il y a surtout une différence énorme. En 1929, les riches ont perdu beaucoup d'argent. Mais pas cette fois-ci. Lors de la crise de 2007, les systèmes financiers ont réussi à s'immuniser contre leurs propres pertes. De 2007 à 2011, les États sont intervenus pour régler les pertes de leurs banques! En acceptant de payer ces pertes, les États ont pris à leur charge 80% de dettes qui étaient en fait les paris perdus des financiers entre eux. Les contribuables ont donc supporté non seulement les pertes de l'économie, 20% des dettes seulement, mais aussi les paris perdus des financiers. En résumé, les riches n'ont rien perdu, contrairement à 1929. On sait même grâce à une étude de l'Insee que la concentration de richesses en France, depuis 2007, non seulement ne s'est pas ralentie mais s'est accélérée. Et c'est vrai pour tout l'Occident. En 2000, les 1% d'Américains les plus riches détenaient 32,8 % de la ­richesse nationale. En 2010, cela monte à 40%! C'est cela la grande spécificité de la crise actuelle. Non seulement elle ne touche pas les riches, mais elle leur profite…

Mais les régimes d'austérité frappent tout le monde…


Ces politiques aggravent encore plus le problème. Elles font baisser le pouvoir d'achat des moins nantis, en augmentant leurs impôts et, au nom de la compétitivité, en baissant leurs salaires! C'est absurde. Le pire, dans la situation actuelle, c'est le désarroi des dirigeants, que je perçois en discutant avec certains d'entre eux. Ils ont un discours sur "le cap à pendre", "la rigueur", mais ils n'y croient pas eux-mêmes. Ils ne savent plus ce qu'ils doivent faire… Ils semblent même avoir le sentiment déroutant qu'il n'y aurait plus de solutions.

 

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 23:02

Pour une raison technique, les illustrations n'ont pu être jointes à cet article. Nous prions nos lecteurs de bien vouloir nous en excuser.

 

 

Depuis les « aveux » de Jérôme Cahuzac, on ne parle plus que de mensonges en politique et, ce, bien au-delà de l’Hexagone. « On » - c’est-à-dire François Hollande – exige la transparence, soi-disant pour montrer qu’on surveille ces vilains politiciens par trop sensibles aux sirènes de la finance internationale et des magots planqués dans des « paradis fiscaux ».  Les ministres et les parlementaires seront tenus d’étaler leur patrimoine sur la place publique afin de montrer combien ils sont dévoués à la cause publique. Même le président des Etats-Unis publie sa feuille d’impôts avec tous les détails de ses revenus. Barack Obama et sa charmante () épouse ont gagné l’équivalent de 606.611 Euros en 2012. « Pas de quoi faire les gros titres de la presse habituée à ce genre de chiffres. » écrit le Huffington Post. Mais aux USA, c’est entré dans les mœurs et le politicien qui fait la moindre tricherie là-dessus est immédiatement et irrémédiablement broyé.

 

En France, c’est la grosse bagarre sur cet étalage des avoirs des responsables politiques. Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale – et pourtant considéré comme proche de Hollande – y est farouchement opposé craignant du « voyeurisme ». Jean-François Copé en profite pour tenter de se refaire une vertu après le cirque de la présidence de l’UMP, Jean-Luc Mélenchon demande à David Pujadas de France 2 qui l’interroge, de publier lui-même son patrimoine ! Belle cacophonie.

 

Pire que le mensonge, la tromperie

 

Nous dirons plutôt : belle tromperie ! On amuse la galerie avec cette affaire. Les politiciens paniquent : Les citoyens – électeurs vont-ils encore tolérer que ceux qui leur serrent la ceinture jusqu’à l’étouffement, aillent en toute quiétude faire fructifier leur très illégitime pactole dans de lointaines îles fiscalement et climatiquement paradisiaques ? Même Marine Le Pen, Notre Dame de l’immaculée moralité, est éclaboussée ! Et son digne papa a sans doute considéré l’existence de son compte en Suisse comme un détail de sa trouble histoire.

 

Tout cela est en définitive dérisoire, car les politiques ne disposent plus que d’un pouvoir très limité. Les décisions importantes en matière budgétaire leur sont imposées par l’Union européenne, par un Pacte budgétaire que les parlementaires ont bien dû voter. Et l’Union européenne a imposé cette politique, non par une décision politique commune, mais sous la pression des « marchés » et des banques. Même des adaptations budgétaires de moindre importance sont soumises à l’autorisation de la Commission européenne. Ainsi, en Belgique par exemple, sous la pression des Socialistes, « l’effort » d’austérité a été quelque peu relâché uniquement grâce à l’autorisation de la Commission européenne.

 

La classe politique n’a rien fait pour enrayer cette évolution. D’abord, par les privatisations, ensuite par les accords du GATT qui ont mis en place l’OMC (l’Organisation Mondiale du Commerce) qui impose le libre échange dans tous les secteurs de l’économie, et puis par la financiarisation de l’économie via la dérégulation et enfin par le transfert de souveraineté vers des organes supranationaux non démocratiques, la classe politique s’est volontairement mise hors jeu.

 

TINA a tué la gauche de gouvernement.

 

Que s’est-il passé ? Un homme politique belge un peu plus lucide et cynique que les autres a dit un jour : « On fait de la politique pour l’argent ou pour le pouvoir ». Le pouvoir n’est donné qu’à ceux qui s’en montrent capables, mais bon nombre furent attirés par l’argent. Et ce phénomène de « financiarisation » de la classe politique que la droite, vu sa nature de parti de la classe dominante, intègre plus ou moins aisément, affaiblit considérablement la gauche.

 

Voici l’analyse qu’en fait pour Mediapart l’historien Christophe Prochasson, se référant à l’affaire Panama qui fit scandale en France dans les années 1880 : « C’est une nouvelle classe sociale qui accède aux commandes et fréquente des milieux d’affaires dont elle était à distance jusque-là, ce qui multiplie les risques de compromissions et de conflits d’intérêts.

 

La situation me semble analogue dans les années 1980, qui accroît les liaisons dangereuses. Une classe sociale qu’on pourrait définir comme la petite bourgeoisie, notamment intellectuelle, se trouve mise en relation avec des classes sociales plus élevées, qu’elle ne fréquentait guère jusque-là, par les places qu’elle exerce désormais dans l’État : des rencontres se font, des amitiés se nouent, des mariages sont contractés… On peut penser à Pierre Bérégovoy, cheminot qui, en devenant ministre, se trouve amené à fréquenter certains milieux financiers, et notamment des personnes qui lui octroieront un petit prêt lui permettant d’acheter son appartement.

 

Cette dimension sociologique n’excuse pas les dérives morales liées à l’argent, mais permet de comprendre comment elle a pu se produire. La gauche, quand elle parvient au pouvoir, a plus de mal à rester sur des engagements et des conduites qu’elle était « obligée » de respecter lorsqu’elle demeurait dans l’opposition, et que les tentations étaient moins présentes. L’exercice du pouvoir est périlleux en démocratie, parce que la démocratie est fondée sur une négociation permanente avec l’ensemble de la société, ce qui conduit à rencontrer des gens qui sont menaçants en termes éthiques. C’est parce qu’elle n’a jamais exercé le pouvoir que l’extrême gauche se trouve indemne. »

 

Si ce tournant eut lieu dans la décennie 1980-90, il est lié à l’offensive ultralibérale qui commença à attaquer les places fortes de l’Etat social. Et les personnels politiques de gauche n’étaient pour la plupart guère préparés à ce phénomène, d’autres – plus subtils – l’intégrèrent avec l’illusion de pouvoir sinon l’enrayer, du moins l’adapter à cet Etat social. Enfin, sentant l’évolution inéluctable de la société – le fameux « TINA » (2) de feu Margaret Thatcher – certains décidèrent d’en profiter pour eux-mêmes et pour leur clan.

 

Ainsi, les partis politiques de la gauche de pouvoir se muèrent en champs clos de luttes de clans qui prirent dans certains cas un tour sanguinaire. C’est particulièrement vrai pour les PS français et belge qui étaient à l’époque les seuls d’Europe à ne pas se proclamer sociaux-démocrates, c’est-à-dire « libéraux sociaux ».

 

D’ailleurs, les scandales politico-financiers se multiplièrent dès les années 1980 et touchèrent aussi bien la gauche que la droite. Cependant, étant donné la contradiction entre la pensée, l’éthique et les engagements de la gauche, et son exercice du pouvoir, ces « affaires » la flétrissent bien plus que la droite représentant la classe dirigeante et coutumière de certaines dérives.

 

Et en dehors de cet aspect, une des faiblesses majeures de la gauche de gouvernement est petit à petit de ne plus représenter la classe laborieuse issue de la classe ouvrière et des classes moyennes. La désindustrialisation provoquée par la mondialisation néolibérale a effrité la classe ouvrière et la disparité de plus en plus grande des revenus provoque la disparition de la classe moyenne. On s’oriente de plus en plus vers une société duale avec une masse précarisée vivant de l’assistance, de « petits boulots », de travail noir et une petite élite concentrant entre ses mains la quasi-totalité des richesses mondiales.

 

 

Le changement c’est maintenant ? Une coquille vide !

 

 

La gauche de gouvernement est incapable d’opérer un quelconque changement. Le fameux slogan de campagne de François Hollande « Le changement, c’est maintenant » s’est vite avéré être une coquille vide. D’ailleurs, on peut se poser la question : cette gauche souhaite-t-elle réellement un changement de cap ?

 

Comme l’écrit l’économiste Frédéric Lordon dans sa rubrique du « Monde diplomatique », « la pompe à phynance », ce 12 avril 2013 : « Sauf vocation à épouser l’Europe libérale, la raison en cercle et le socialisme de gouvernement jusqu’au bout de l’austérité, à l’image de Libération par exemple, c’est bien l’impressionnante continuité de la politique économique qui frappe n’importe quel regard, à commencer bien sûr par la reconduction telle quelle des grandes contraintes européennes — objectif insane des 3 % en pleine récession et pacte budgétaire européen (TSCG) négocié-Sarkozy ratifié-Hollande —, mais complétée par le déploiement intégral du modèle compétitivité-flexibilité, simplement rêvé par le prédécesseur, enfin réalisé par le successeur.

 

Sans vouloir empiler les paradoxes, il se pourrait pourtant que cette continuité-là recouvre un « changement qui est maintenant », bien réel celui-là, un changement non pas d’orientation de la politique publique — puisque de ce point de vue, c’est bien le même qui prolonge le même ! —, mais un changement plus profond et plus lourd, qui précisément rend possible que la « gauche » poursuive la politique de la droite à ce point d’indistinction : un changement d’alliance de classes. Sans doute l’issue d’une trajectoire historique de long terme qui l’aura vu se déporter tendanciellement, et irréversiblement, vers la droite, le socialisme de gouvernement, après avoir abandonné la classe ouvrière pour se vouer aux dites « classes moyennes », puis « moyennes-supérieures », mais, formellement, toujours « dans le salariat », a maintenant fait, un cran plus loin, le choix de l’alliance… avec le capital. »

 

Alors, y a-t-il un espoir politique ?

 

L’extrême-gauche est divisée et incapable de s’organiser et de s’imposer autrement que par la violence. L’exemple belge du PTB (Parti du Travail de Belgique) est emblématique. D’origine maoïste, ayant toujours essayé de s’intégrer dans le mouvement syndical et parfois même dans un syndicalisme critique, il a réussi à devenir représentatif dans des « fiefs » traditionnellement socialistes, comme le bassin sidérurgiste liégeois, en faisant élire des conseillers communaux () et dans la banlieue anversoise, il a réussi sous le nom de PvdA à faire désigner un échevin (). Dans le système électoral proportionnel belge, il rogne dangereusement sur l’électorat du PS et du SPa (PS flamand) qui pourraient ainsi perdre un ou deux sièges au profit de… la droite. Ces deux partis paient leur passivité dans l’affaire Arcelor Mittal et leur ambigüité dans leur attitude sur la question des populations issues de l’immigration.

 

Mais, le PTB – PvdA n’est pas clair quant à son renoncement au maoïsme et ses rapports qu’il entretient avec la dictature « communiste-capitaliste » chinoise.  En France, les rodomontades et les incohérences de Mélenchon le décrédibilisent.

 

Les écologistes belges comme français, quant à eux, restent enfermés dans leurs contradictions et dans leurs divisions. Leur participation au gouvernement est désastreuse et fleure un amateurisme dont ils ne parviennent pas à se débarrasser.

 

 

L’espoir viendra d’ailleurs. Sans doute du mouvement des « Indignés » ou « d’Occupy Wall Street », certes pleins de contradictions, mais où l’on sent une énergie et une intelligente volonté de changement réel. Dans les pays du Tiers-monde, les choses évoluent aussi. Dans plusieurs pays arabes, les « printemps » se désislamisent peu à peu pour se transformer en mouvements de revendications laïques et aussi sociales, comme en Egypte et en Tunisie. En Amérique latine, la révolution bolivarienne semble se consolider en dépit d’erreurs importantes. En Chine, le syndicalisme prend petit à petit de l’ampleur et oblige le pouvoir central à faire des concessions, certes minimes, mais réelles, notamment dans les salaires. Et les exemples de ce genre sont légion.

 

 

Le néolibéralisme : cela ne marche pas !

 

 

Utopique ?

 

 

Pas tellement. Le système néolibéral, en réalité, ne fonctionne pas. Il entrave l’économie. Un des plus importants indicateurs, la vitesse de circulation de la monnaie – paradoxalement fort peu utilisé – montre la fragilité de ce système qui a réussi à s’imposer dans le monde depuis 1980. Tout étudiant en première année d’économie ou de sciences politiques connaît la fameuse formule de Fisher :

 

MV = PT

 

où M est la masse monétaire, V la vitesse de circulation, P l’indice des prix et T le nombre de transactions.

 

Par la financiarisation, les banques centrales – avant tout la Fed étatsunienne et la BCE européenne – augmentent considérablement la masse monétaire. Le nombre de transactions est en nette diminution avec la crise et les prix en forte augmentation. Dès lors, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que la vitesse de circulation de la monnaie diminue. Selon plusieurs sources, elle n’a jamais été aussi faible depuis 57 ans !

 

Si le facteur V est faible, cela signifie que l’économie fonctionne mal. Sur le plan industriel, on procède de la même manière. On provoque la surproduction,  on compresse les coûts de production – essentiellement les salaires par les mesures antisociales et les délocalisations – mais il reste des postes de prix de revient incompressibles, comme ceux de l’énergie. Résultat : les produits se vendent mal, ce qui n’empêche pas une inflation de plus en plus grande.

 

La seule solution financière se trouvera dans une réforme monétaire où l’on redéfinira le rôle de la monnaie dont la valeur doit être basée sur celle de la production et de la vente des biens et des services.

 

La seule solution économique se trouvera dans un changement radical de nos modes de production  et de consommation. La politique de l’offre néolibérale a montré ses dramatiques limites. La surproduction est source de misère, de graves dégâts sur l’environnement et est antiéconomique.

 

Un autre mode de vie est indispensable. Nous aurons l’occasion d’y revenir. C’est à une réelle révolution culturelle qu’il faudra nous atteler. Il faudra, si l’on veut vivre mieux, connaître un réel progrès, mieux partager les ressources se remémorer le vieux mot d’ordre de Karl Marx : « A chacun selon ses besoins, de chacun selon ses capacités ».

 

 

Pierre Verhas

 


L’expression« charmante épouse » n’est pas du tout ironique, ici.

TINA : there is no alternative

« Conseiller communal » est l’équivalent belge de « conseiller municipal ».

« Echevin » est l’équivalent belge de « maire-adjoint ».

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 19:58

Le dernier personnage du trio infernal du XXe siècle vient de disparaître !

 

 

Thatcher_Pinochet-copie-1.jpg

 

 

Après Adolf (1945), Augusto (2006), voici Maggie (2013), qui prend la meilleure décision de son existence : nous quitter !

 

 

 

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 13:01

Notre ami Bernard Gensane publie sur son  blog (http://bernard-gensane.over-blog.com/) un très intéressant article sur la multinationale SODEXO – bien connue des Belges qui se servent des fameux « titres service » pour leur femme de ménage (appelée « technicienne de surface » en novlangue ultralibérale). Le rôle de SODEXO s’inscrit dans le système des prisons dénoncé avec brio et rigueur par la célèbre militante Noire américaine, Angela Davis que nous avons évoquée récemment (http://uranopole.over-blog.com/article-angela-davis-l-epouvantable-projet-de-societe-116428270.html).

 

Le puzzle commence à prendre forme. Grâce à des militant(e)s courageux(ses), grâce à des journalistes qui sont restés indépendants et qui pratiquent encore leur métier, le système mondial installé petit à petit par le capitalisme globalisé commence à être connu. La société ainsi construite sur les ruines des anciens Etats et par la destruction de la culture des peuples, commence à faire sentir sa redoutable efficacité. Rien ne peut s’opposer aujourd’hui à cette marche forcée vers le pire des totalitarismes mis en place à l’échelle mondiale. Ni syndicats, ni politiques – souvent complices consciemment ou inconsciemment, les derniers événements le montrent –, ni groupes militants, ni même la violence ne sont à même d’arrêter la marche de cette monstrueuse machine mise en place progressivement depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale.

 

Sodexo – initialement Sodexho – est une firme française fondée en 1966 et emploie aujourd’hui quelque 420.000 travailleurs dans 80 pays. Elle a pour objet d’organiser les services personnels aux entreprises (restaurations collectives, services d’accueil, etc.), les services à la personne et à domicile (personnel domestique, conciergeries) et la fidélisation ( !) des travailleurs aux entreprises (la partie visible en est les fameux chèques repas).

 

Cependant, Sodexo a été sévèrement critiqué, il n’y a pas longtemps, notamment aux Etats-Unis. Human Rights Watch affirme dans un rapport du 2 septembre 2010 que Sodexo, dans le cadre de ses activités aux États-Unis, empêche ses employés de s'organiser et de négocier, en violation des normes internationales, voire souvent du droit du travail américain. On reproche à Sodexo, particulièrement aux États-Unis et en Colombie, d'avoir soumis des salariés qui avaient tenté de monter un syndicat à des menaces, à des entretiens s'apparentant à des interrogatoires, ainsi qu'à des licenciements. Ainsi, le secrétaire général du syndicat marocain ODT a été licencié par Sodexo.

 

Voilà donc une nouvelle pièce au puzzle. Il y en aura d’autres, soyons-en certains.

 

Pierre Verhas

 

 

 

Télérama du 5 avril 2013 propose un entretien magnifique avec Angela Davis. Dommage qu’il soit illustré par des photos aussi lugubres de la vénérable militante, dont le visage, aujourd’hui, est toujours aussi solaire. Une bonne partie de cet entretien est centrée sur les  Noirs aux États-Unis, dont la condition s’est améliorée à la marge mais qui souffrent du démantèlement de l’État providence. Les États-Unis représentent 5% de la population mondiale, mais 25% de la population carcérale dans le monde. Un adulte sur trente-sept, nous dit Angela Davis, est incarcéré ou sous contrôle judiciaire. Les Noirs, les Latinos sont surreprésentés.

 

 

 

 Angela Davis 8881w 0

Angela Davis a montré l'épouvantable projet de "carcérisation". Sodexo en est un acteur.

 

 

Pour Angela Davis, les prisons sont au cœur du système capitaliste : « Pourquoi de plus en plus d’entreprises s’intéressent-elles aux prisons ? Parce que c’est un secteur rentable. Prenez l’entreprise française Sodexo, qui a bâti une multinationale sur trois piliers. L’industrie alimentaire, d’abord : ils fournissent les cantines scolaires, d’entreprises, distribuent des tickets restaurants. L’industrie carcérale ensuite : Sodexo construit et/ou gère des prisons pour “ optimiser leur coût de fonctionnement ”, au Chili, au Royaume-Uni [par exemple celle de Salford link], en France. L’industrie militaire enfin : Sodexo gère des munitions, des champs de tir pour les armées, en Australie par exemple. » Ajoutons que Sodexo intervient dans les prisons aux Pays-Bas, en Espagne, au Portugal et en Italie. Tout cela sous l’appellation “ Services de Justice ” (Justice Services).

 

 

 prison stanford

Expérience "psychologique" dans la prison de Stanford en Grande Bretagne. Sodexo participe aussi à ce système.

 

 

La philosophie de cette multinationale familiale (420 000 personnes réparties sur 34 300 sites dans 80 pays) est de proposer « des Services de Qualité de Vie qui contribuent au bien-être des personnes et à la performance des organisations » (voir son site link). Sodexo est le premier employeur français dans le monde, le septième employeur européen dans le monde et le vingt-deuxième employeur mondial. Elle est présente dans de nombreux milieux : entreprises, cliniques et hôpitaux, aide aux personnes âgées, aux handicapés, collectivités territoriales, établissements d’enseignement, sport et loisir. Et aussi dans la défense. Si, depuis 2001, la société n’est plus présente dans les prisons étasuniennes, comme dans celles des pays qui appliquent toujours la peine de mort, elle nourrit cinquante et une bases de marines étatsuniens.

 

Les relations de la multinationale avec les représentants des travailleurs et les collectivités territoriales n’ont jamais été au beau fixe. Ainsi, en 2010, le procureur général de l’État de New York a condamné Sodexo à indemniser l’État à hauteur de 20 millions de dollars, après des irrégularités constatées dans la facturation de services à vingt et une écoles.

 

Mais revenons à ce qui préoccupait Angela Davis : le processus accéléré de privatisation des prisons de par le monde.

 

Je reprends des éléments d’un article du site OWNI de 2010 (link). Sodexo, mais aussi Bouygues ou encore GDF-Suez raflent la mise à mesure que les incarcérés deviennent des marchandises comme les autres. Aujourd’hui en France, un quart des prisons jouissent de la « gestion mixte », la proportion devant s’accélérer dans les années qui viennent. Le secteur privé prend tout en charge, hormis ce qui relève de la Justice proprement dite (direction, surveillance, greffe) : restauration, hôtellerie, transport, travail des détenus etc. Il y a maintenant plus de vingt ans que cela dure. Angela Davies a parfaitement raison : de grandes entreprises gagnent de l’argent grâce aux prisonniers. En 2009, Sodexo a remporté un contrat d’un milliard d’euros pour intervenir pendant huit ans dans vingt-sept prisons. En d’autres termes, le ministère de la Justice est devenu son principal client.

C’est Albin Chalandon (ancien résistant, ancien inspecteur des Finances puis banquier, le Chalandon de l’affaire Chaumet link), garde des Sceaux de 1986 à 1988 qui a lancé les premiers contrats de gestions mixte. Sa protégée Rachida Dati – également en tant que garde des Sceaux – poursuivra sur cette lancée en permettant à Bouygues de construire, de financer et d’entretenir trois nouveaux centres pénitentiaires. Un contrat d’1,8 milliard d’euros pour une durée de vingt-sept ans. Le fin du fin serait désormais qu’il y ait des centre d’appels dans les prisons !

 

chalandon-1973

 

Albin Chalandon ancien Garde des Sceaux et ancien PDG d'Elf Aquitaine : l'habituel mélange des genres. 

En bonne libérale, Dati expliquait en 2008 que le privé savait mieux « optimiser » la chaîne carcérale que le public. Cet argument n’a pas convaincu la Cour des comptes : « Force est de constater que ce choix stratégique n’a reposé ni sur des critères de coût ni sur l’appréciation effective des performances, alors qu’il engage durablement les finances publiques » (link).

Mais l’important – en France comme aux États-Unis, où la gestion privée est plus onéreuse que la publique – est que les actionnaires soient contents.

Bernard Gensane

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 20:06

Dans L’Etrange défaite, une analyse implacable de la débâcle française de mai 1940, l’historien Marc Bloch qui a payé de sa vie ses convictions républicaines, écrivit : « Mal instruit des ressources infinies d’un peuple resté beaucoup plus sain que des leçons empoisonnées ne les avaient inclinés à le croire, incapables, par dédain comme par routine, d’en appeler à temps à ses réserves profondes, nos chefs ne se sont pas seulement laissé battre, ils ont estimé très naturel d’être battus ».

 

La banale affaire Cahuzac a sans doute déclenché un séisme qui n’est pas prêt de s’arrêter. Banale ? Bien sûr, en dépit des cris de vierges effarouchées de la « bonne » presse. Combien de politiciens et de grands responsables économiques n’ont pas menti devant leurs pairs et devant la Justice ? Combien d’entre eux ne furent-ils empêtrés dans des « affaires » de fraude fiscale, de sociétés dites off shore, de marchés truqués ? Combien encore sont-ils passés à travers les mailles du filet de la Justice souvent justement symbolisée par une dame aveugle ?

 

Alors, pourquoi cette affaire-ci soulève un  tel tollé, au point d’ébranler le pouvoir républicain actuel ? A notre avis, trois éléments sont rassemblés : le mensonge de Cahuzac, certes ; mais aussi le conflit d’intérêt et surtout le dédain des élites à l’égard du peuple qui apparaît particulièrement en ce scandale.

 

C’est vilain de mentir !

 

C’est très vilain, mentir ! dit-on aux enfants… L’homme politique, lui, vit de mensonges. Il est souvent obligé de déformer la vérité, ou bien c’est tout simplement un système de défense. L’indignation des pairs de Cahuzac après ses aveux, du Président Hollande au député de base, est risible. Hollande n’a tenu aucune de ses promesses importantes de campagne. Il a fait le contraire de ce qu’il prétendait projeter. Sur le plan politique, c’est bien plus grave que la négation de l’existence – par ailleurs évidente – d’un compte en Suisse. Sur le plan éthique, c’est le contraire. On ne peut condamner un responsable politique de ne pas tenir ses promesses, mais s’il ment sur ses actes personnels, il est aussitôt condamné par tous. Or, qu’est la personne de Cahuzac au regard des enjeux politiques majeurs auxquels le pouvoir actuel est confronté ? L’unique reproche qui lui est fait est d’avoir flétri la caste dont il est membre.

 

 

 cahuzac.jpg

Cahuzac n'est pas le premier à mentir !

 

 

La classe dirigeante politique, comme affairiste se drape dans la vertu et prétend agir pour l’intérêt général. Les médias qu’elle contrôle, l’aident dans cette entreprise d’ahurissement. Ainsi, on promet de limiter les cumuls des mandats. Applaudissements du bon peuple, mais résistance des caciques. L’affaire est dès lors reportée à 2017, c’est-à-dire au successeur de François Hollande. En Belgique, on pond une loi qui oblige tous les mandataires publics à faire une déclaration de patrimoine et à donner à la Cour des comptes la liste de tous leurs mandats. Chaque année, cette liste est publiée au Moniteur belge – l’équivalent du Journal officiel français – et est donc à la disposition de tout un chacun. Aucun journaliste n’exploite cette mine d’informations. La Justice qui, au départ, s’est quelque peu intéressée à ces données, les néglige depuis. Comme si, en définitive, on s’en moque.

 

Le pire : les conflits d’intérêts

 

Et puis ce fameux cumul des mandats n’est-il pas l’arbre qui cache la forêt ? En général, les citoyens ne sont pas mécontents que leur maire soit en même temps parlementaire. Ou bien, le plus souvent, ils s’en fichent. Dans un régime politique comme celui des démocraties parlementaires d’Europe occidentale, le cumul n’est en rien répréhensible, si ce n’est cette désagréable impression de profiter du système en espèces sonnantes et trébuchantes.

 

Non ! Le pire ce sont les conflits d’intérêts et ceux-là minent notre société et renforcent l’injustice sociale de l’ultralibéralisme. Et on en parle relativement peu. Les médias n’en font d’ailleurs guère état. Et pour cause ! L’exemple de Jérôme Cahuzac est éclairant.

 

 jerome_cahuzac-copie-1.jpg

Jérôme Cahuzac est chirurgien et surtout lobbyiste.

 

 

Cahuzac, tout le monde le sait, est chirurgien de métier. Il se lance aussi dans la politique, dans la mouvance du PS, et est nommé conseiller au cabinet du Ministre de la Santé de l’époque, Claude Evin, de 1988 à 1991. Cahuzac aide efficacement son patron à combattre les abus de l’industrie pharmaceutique en faisant prendre des mesures de régulation des prix et de réduction des dépenses de santé. Mais, selon Mediapart, ce conte n’est pas si joli que cela. Evin a pu financer sa campagne électorale de 1993 grâce à un laboratoire pharmaceutique et au syndicat de l’industrie pharmaceutique. Quant à Cahuzac, il fonde cette même année 1993 un cabinet « Cahuzac conseil » de conseils aux entreprises (pharmaceutiques, cela va de soi…) et d’exploitation des brevets. En clair, il devient lobbyiste pour l’industrie pharmaceutique. Il se met au service d’un certain Daniel Vial qui coordonne le lobbying du secteur pharmaceutique. Il a pas mal d’amis, M. Vial, dont Bernard Kouchner et Roselyne Bachelot, tous deux anciens ministres de la Santé. On rassemble ainsi les « compétences » bien au dessus des clivages politiques. Qui a dit que l’argent divise ?

 

 

 claude_evin.jpg

Claude Evin, ministre de la Santé sous Mitterrand a été le mentor de Cahuzac... surtout dans le lobbying.

 

 

Et les affaires tournent bien pour le beau Jérôme : en 1995, le chiffre d’affaires monte à l’équivalent de 318.000 Euros, puis cela baisse petit à petit jusqu’à son élection à la députation en 1997. Et là, afin d’éviter un trop flagrant conflit d’intérêts, Cahuzac ramène à zéro le chiffre d’affaires de sa boîte de conseils.

 

Mais – et c’est ici que le dérapage commence – en réalité, Cahuzac, bien que député, travaille toujours comme « consultant ». Il aide les laboratoires pharmaceutiques à obtenir la meilleure évaluation possible pour un médicament, grâce à sa connaissance des arcanes administratifs. En outre, il favorise tout spécialement un laboratoire du nom d’Innothera. Mediapart  rapporte cette histoire à la fois rocambolesque et significative : « … le Tot’hema, un vieil élixir d’Innothera à base de fer, censé traiter l’anémie, que le laboratoire vendait surtout en Afrique dans les années 1980, comme remède à la fatigue sexuelle (avec un taureau sur la boîte d’emballage).

 

En 1991, cependant, une décision du ministre Claude Évin lui a soudain redonné sa chance en France. Le 28 février, le ministère décide en effet de stopper le remboursement des « antiasthéniques », 141 médicaments peu efficaces censés lutter contre la fatigue (essentiellement des vitamines). Pour le Tot’hema, qui n’appartient pas tout à fait à la même classe, une annexe de cet arrêté prévoit un sort plus favorable : elle maintient son remboursement à 70 % pendant une année supplémentaire. C’est l’effet d’aubaine : les patients se reportent illico sur le Tot’hema, dont les ventes hexagonales explosent pour atteindre 70 à 80 millions de francs de chiffres d’affaires annuel (14,5 à 16,5 millions d’euros).

 

Bizarrement, en 1992, alors que le remboursement du Tot’hema doit s’arrêter à son tour, un arrêté signé en juin prolonge son remboursement de six mois. Puis en septembre 1992, rebelote : un nouvel arrêté reporte le déremboursement à mars 1993. Et là, pile entre les deux tours des élections législatives (ingagnables pour la gauche), miracle : le Tot’hema est de nouveau sauvé (par un arrêté signé des ministres Kouchner et Teulade). Il faudra attendre juillet 1994, soit deux ans et demi après la date initialement prévue, pour que ce médicament inefficace soit enfin radié de la liste des produits remboursables par la Sécu. L’arrêté final indique « que la spécialité Tot’hema a fait l’objet à partir de 1991… d’une hausse de consommation considérable des quantités auparavant commercialisées… entraînant des dépenses injustifiées pour les systèmes de protection sociale ». » Voilà donc comment des intérêts sordides font courir de graves dangers à la santé publique, se servant de politiciens peu scrupuleux qui leur permettent de diffuser ainsi sur le marché, au mieux des « placebos », au pire du poison !

 

Un curieux copinage

 

Et la cerise sur le gâteau est le personnage qui a ouvert le fameux compte de Cahuzac à UBS. C’est un membre du Front national, ami de Marine Le Pen ! La boucle est bouclée. Tout est bafoué.

 

Cet exemple est révélateur du type de conflits d’intérêts qui deviennent de plus en plus courants parmi les hauts responsables politiques. La frontière entre l’intérêt général censé être défendu par les politiques et les intérêts particuliers des entreprises et des multinationales est de plus en plus poreuse. On peut d’ailleurs poser la question : étant donné le coût exorbitant des campagnes électorales, les politiciens n’ont-ils pas une dette à l’égard de leurs « mécènes » et défendront ainsi leurs intérêts dans les assemblées où ils sont élus, ou dans les postes exécutifs où ils ont été nommés ? Il existe aussi une autre catégorie – et c’est sans doute celle à laquelle Cahuzac appartient – des personnages déjà fortunés ne se font-ils élire pour défendre leurs propres intérêts et ceux de leurs « amis » ?

 

 

 francois-hollande-moscovici-cahuzac.jpg

François Hollande, Pierre Moscovici et Jérôme Cahuzac : les trois premiers concernés par l'affaire.

 

 

Dans les deux cas, le rôle du politique est détourné et les institutions ne sont plus que le champ clos où manœuvrent les  différents lobbies avec comme relais les « responsables » politiques. Dans ces conditions, plus aucune règle ne peut être respectée. C’est la loi de la jungle. L’économie sans contrôle devient mafieuse, tout simplement.

 

Et – est-ce un hasard ? – est révélé juste à ce moment un  énorme scandale de fraude fiscale qui touche des milliers de personnes et d’entreprises à travers le monde. Jamais, une telle forfaiture ne fut portée à la connaissance de tous. Et les journalistes qui ont pu révéler cette affaire qui porte désormais le nom de « Offshore leaks » se sont inspiré des méthodes tant décriées de Wikileaks. Des personnalités connues du monde des affaires, de la politique, des commerçants, des particuliers sont mouillés dans des milliers de sociétés dites offshore pour planquer des sommes considérables dans des paradis fiscaux situés aux quatre points cardinaux. Tout se passe dans la plus détendue des illégalités avec l’utilisation sans vergogne de réseaux de blanchiment. Edwy Plenel écrit aujourd’hui dans Mediapart : « L’évasion fiscale n’est pas à la marge mais au centre d’une économie devenue mafieuse parce que livrée à la finance. »

 

 edwy_plenel.JPG

Edwy Plenel, directeur de Mediapart : le citizen Kane français

 

 

Le peuple est évidemment tenu à l’écart de ce mécanisme de relations économico-financières entre le monde politique et le monde des affaires. Face à la politique d’austérité à marche forcée imposée par le capitalisme anglo-saxon via l’Union européenne et des gouvernements de droite comme de gauche qui ont adhéré à la politique ultralibérale de dérégulation, face à la politique de démantèlement industriel imposée par les mêmes, jetant ainsi des dizaines de milliers de travailleurs et leurs familles dans les rues, le peuple commence à bouger, à exprimer une révolte encore sourde, non organisée, mais réelle. Alors, les médias hurlent à la montée du « populisme ». Ce mot a une définition : cri de désespoir du peuple que les politiques sont censés représenter.

 

 

La gauche : une longue descente aux enfers

 

 

Comment, après tout cela, la gauche réformiste peut-elle encore être crédible ? Elle cède tout aux diktats des ultralibéraux, qu’il s’agisse des ordolibéraux de Merkel au niveau européen, des exigences de la City via Cameron, des revendications du MEDEF. Toutes les promesses de réformes de gauche sont reportées sine die ou tout simplement abandonnées. On peut se demander dès lors : à quoi sert la gauche de gouvernement ?

 

Voici comment Louis Madouit, journaliste à Mediapart décrit ce qu’on peut appeler la longue descente aux enfers d’une gauche réformiste qui s’est laissé bercer par les sirènes de l’ultralibéralisme, et ce depuis 1981, année de la première élection de François Mitterrand.

 

« Or, tout est là! C’est une histoire stupéfiante et sans précédent pour la gauche qui commence avec la victoire de François Hollande à l’élection présidentielle. Non pas que les socialistes français n’aient pas connu des revers et de graves échecs dans leur longue histoire. Mais, dans le passé, avant d’échouer sinon même avant de se renier, au moins ont-ils tenté, dans un premier temps, d’honorer leurs engagements. Au moins ont-ils cherché à faire voter des réformes sociales ; à retoucher, ne serait-ce qu’à la marge, les règles de fonctionnement du capitalisme. Oui, au moins ont-ils à chaque fois essayé. Au moins ont-ils commencé à faire ce qu’ils avaient promis.

 

Ce fut le cas sous le Front populaire, qui fit de formidables réformes sociales, parmi lesquelles les congés payés, avant de se heurter au « mur de l’argent » - celui-là même auquel, dix ans plus tôt, le Cartel des Gauches s’était heurté, ce qui avait provoqué sa chute, en juillet 1926. Ce fut le cas encore en 1981, quand la gauche victorieuse chercha à « changer la vie », avant de venir se fracasser sur l’autre « mur », celui de la contrainte extérieure, et de se convertir à une rigueur sans fin. Ce fut le cas enfin en 1997, quand Lionel Jospin chercha à sortir les socialistes de l’ornière libérale dans laquelle elle avait versé avec Pierre Bérégovoy (1925-1993), avant finalement de céder à son tour, face aux avancées du nouveau capitalisme anglo-saxon.

 

 

 Pierre_Beregovoy.jpg

Pierre Beregovoy a lui aussi cédé à la pression néolibérale. Une cause de son tragique décès ?

 

 

Mais, à la différence de ces illustres prédécesseurs, François Hollande, lui, ne cherche pas un seul instant, une fois élu, à résister. C’est ce qu’il y a d’inédit et de stupéfiant dans son histoire : à l’instant même où il entre à l’Élysée, il conduit une politique qui par bien des aspects prolonge celle défendue et mise en œuvre auparavant, à quelques petits symboles près, par Nicolas Sarkozy. C’est, sur le champ, la mise en œuvre du sinistre principe que Tancredi professe à l’oreille de son oncle, le Prince de Salina, dans le Guépard de Lampedusa (1896-1957): « Il faut que tout change pour que rien ne change ». »

 

 

Nous n’insisterons pas sur la Belgique où le socialiste Di Rupo est l’otage des nationalistes flamands et de la branche la plus ultralibérale de son gouvernement représentée par le petit parti libéral flamand (l’Open VLD) qui impose des réformes dites « structurelles », qui consistent à démolir l’Etat social. Son partenaire libéral francophone lui tire dans le dos via son ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, qui se fait décorer en grande pompe par l’ex-président français Nicolas Sarkozy au lendemain de sa mise en examen.

 

 

 

 reyndes_sarkozy.jpg

 Reynders reçoit la Légion d'honneur du mis en examen Sarkozy. L'éthique est sauve... 

 

 

Les faits sont là. Le socialisme réformiste est mort. Et nous citons ici en conclusion Marc Bloch : « Ils tombèrent sans gloire. Le pis est que leurs adversaires y furent pour peu de choses ».

 

Une nouvelle bataille s’enclenche, la plus difficile, reconstituer une force populaire.

 

 

Pierre Verhas

 

Le lecteur s’étonnera sans doute d’avoir trouvé l’inspiration uniquement chez « Mediapart ». La raison en est simple : c’est le seul organe d’informations qui n’a pas cédé aux pressions et qui a pu  faire la meilleure analyse de ces événements.

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 15:45

Angela Davis ; vous connaissez ? Bien sûr, pour un vieux paletot soixante-huitard, c’est la référence à la fois de la lutte des classes, du féminisme, de l’antiracisme. Une femme noire américaine qui a payé son militantisme de sa liberté. Elle est aussi une image : la Noire à la coiffure afro. Certains pensent aujourd’hui qu’elle est rangée des affaires. Qu’est-ce qu’ils se gourent !

 

Angela Davis ne se démobilise jamais.

 

 

 

angela_davis.jpg

 La grande Angela Davis était et est toujours une référence.

 

Pensez, une femme noire née dans l’Etat le plus raciste des USA, l’Alabama, en 1944, qui a subi les pires humiliations et discriminations dès son adolescence, qui, après avoir fui l’Alabama où elle n’avait aucun avenir, termine son éducation à New York dans une école privée de Greenwich Village qui propose une forme d’éducation égalitaire. Angela adhère au marxisme-léninisme dans un pays encore gangréné par le maccarthysme. Elle a choisi la lutte pour la libération plutôt que l’intégration. Elle sera en désaccord avec Martin Luther King à ce sujet. Après avoir voyagé en Europe, elle retourne aux Etats-Unis où elle se retrouve, par son radicalisme, dans une position minoritaire au sein du mouvement Noir d’émancipation civique.

 

 

Elle  est mêlée à une affaire de prise d’otages en vue de libérer des Noirs où Jonathan Jackson, le frère de George, le dirigeant des Blacks Panters, a été tué, ainsi qu’un juge. Angela Davis eut à ce moment le « privilège » d’être la femme la plus recherchée des Etats-Unis. Elle est arrêtée après quelques semaines de cavale et emprisonnée pendant seize mois à New York. Après une grève de la faim, ses conditions d’incarcération  sont améliorées, mais en 1971, l’Etat de Californie la poursuit pour meurtre, kidnapping et conspiration. Angela Davis est finalement libérée en 1972, suite à des pressions internationales dont celles de Jean-Paul Sartre. Elle décroche une chaire de professeur dans une Université californienne. Elle n’a cessé de militer depuis contre le racisme, dans le mouvement féministe et plus tard contre la guerre en Irak, ainsi que contre le système carcéral américain.

 

 

Un épouvantable projet de société

 

 

C’est pour traiter de cette dernière question qu’Angela Davis a accordé une interview au journal « Libération » de ce 21 mars 2013. Son analyse est très intéressante en ce sens qu’elle décrit à travers ce système carcéral un épouvantable projet de société conçu par les néolibéraux et qui est en train de se mettre en place.

 

 angela_davis01.jpg

Pour Angela Davis, la question des prisons reste centrale.

 

À la question : « Vous militez pour l’abolition des prisons. En quoi la question des prisons est-elle centrale ? », Angela Davis répond :

 

 « Il y a environ 2,5 millions de personnes derrière les barreaux aux Etats-Unis. Cela représente 25 % de la population carcérale mondiale. Pourtant, la population des Etats-Unis ne représente que 5 % de la population mondiale. Les Etats-Unis sont un « Etat prison ». Les prisons sont des complexes industriels. La disproportion des personnes de couleur en prison est à souligner.

 

C’est une politique de gestion, c’est comme ça qu’on traite le problème de la surpopulation de surplus. Il s’agit d’une population qui ne peut trouver sa place dans le dispositif actuel. Il n’y a pas assez de travail, le système d’éducation a été totalement démantelé, la santé est privatisée, confiée aux multinationales, et tous ces changements sont dus au système de capitalisme global. Alors que fait-on des laissés pour compte ?

 

On détruit les services sociaux là où ils existaient. Nous avons des citoyens qui ne peuvent pas trouver de moyens de survie dans ce système ? Nous avons une solution : nous les mettons en prison. Et cette politique ne se pratique plus seulement aux Etats-Unis, elle s’étend progressivement aux autres pays.

 

En Europe, en Amérique latine, en Afrique, les pays ont été encouragés à suivre l’exemple américain, et à construire des prisons pour gérer cette population. Les Banques mondiales, le FMI, refusent que les Etats investissent dans l’éducation ou dans les services sociaux, mais ils encouragent à construire des prisons. »

 

 

Est-ce exagéré ?

 

 

Les propos d’Angela Davis sont-ils exagérés ? Non. Si on prend la Belgique, la surpopulation carcérale est un mal endémique. Les « autorités » ont pour seule réponse : on va construire de nouvelles prisons ! Et, on en a édifié. Résultat : la surpopulation n’a pas diminué et ces « nouvelles » maisons d’arrêt sont très vite saturées. De plus, rien n’est fait pour améliorer le sort parfois abominable des détenus. Le personnel pénitentiaire est insuffisant et mal équipé. Tout cela pour quelles raisons ? La priorité est à l’efficacité, ce qui implique la marginalisation ou l’exclusion de ceux qui ne contribuent pas à cette fameuse efficacité. Et la prison est « idéale » pour cela : les détenus n’ont plus de contacts avec la société et surtout, ils ne peuvent y jouer un rôle.

 

 

 

prison-break-the-conspiracy-xbox-360-028.jpg

 Le modèle carcéral convient parfaitement au projet de société néolibéral.

 

 

La majorité des détenus sont des « prévenus » ou des « inculpés » (on dit en France des « mis en examen ») qui attendent parfois plusieurs mois avant d’être jugés, souvent pour des petits délits. Alors que d’après la loi, la détention préventive est l’exception, pour des récidivistes, des personnes susceptibles d’être dangereuses, ou encore pouvant entraver l’enquête ; elle est devenue la règle. Autrement dit, on met en « boîte » des délinquants mineurs, fort souvent des paumés et des rejetés de la société. Ainsi, ils ne « dérangent » pas pendant un bon bout de temps.

 

 

Bien sûr, on prétend multiplier les solutions alternatives comme le bracelet électronique ou la condamnation à des travaux d’intérêt général. Ce ne sont que de piètres alternatives à la prison. Le condamné est laissé à son propre sort et rien de sérieux n’est mis en œuvre pour ce qu’on appelle en « pc » sa « réinsertion ». Ce serait cependant un facteur fondamental de lutte contre l’insécurité et de reconstitution du tissu social. Mais le souhaite-t-on vraiment ? A lire les propos d’Angela Davis, il est permis d’en douter.

 

 

La prison est l’instrument de l’épouvantable projet de société.

 

 

Angela Davis a compris – elle l’a vécu ! – que la prison est l’instrument d’un projet de société qui est en train de se mettre en place. En définitive, la prison n’aura plus sa fonction initiale – détenir des condamnés pour purger leurs peines – pour se transformer en un « espace » où seront enfermés les marginaux délictueux ou non qui dérangent la société ultralibérale.

 

 

Ainsi, la base même du droit s’effrite. Les détentions sans jugement se multiplieront dans cet objectif d’épuration de la société. Angela Davis l’analyse ainsi : tous les moyens de progressions sociales sont soit supprimés, soit privatisés. Ainsi, l’enseignement devient une marchandise par la privatisation des écoles même fondamentales. Les populations déshéritées sont désormais privées de tout système éducatif. De même pour les services sociaux : le système de solidarité ayant été mis en place en Europe depuis la fin du XIXe siècle qui a abouti à la sécurité sociale est en voie de démantèlement. On passe de la solidarité à l’assistance, ce qui constitue une régression majeure.

 

 

En effet, les mécanismes de sécurité sociale aussi imparfaits soient-ils ont permis d’éradiquer des fléaux majeurs comme la pauvreté endémique et d’apporter de considérables progrès en matière de santé, par exemple. Aujourd’hui, la « philosophie » est de transformer la santé en une marchandise entre les mains des lobbies pharmaceutiques et hospitaliers privés dans le seul but de profit ; ce qui revient à retirer le droit à la santé à une large part de la population. 

 

 

Angela Davis nous fait bien comprendre que les multinationales aidées par la Banque mondiale et le FMI font en sorte d’interdire aux Etats d’avoir une autre politique que celle de démanteler et de privatiser les services publics, les services sociaux et tous les organismes de solidarité. Depuis le traité de Maastricht qui a mis un terme à la politique keynésienne, la Commission et la Cour de Justice européennes font de même.

 

 

Aussi, la question est posée : va-t-on accepter  cet épouvantable projet de société ?

 

 

Pierre Verhas

 

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article