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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 23:02

Pour une raison technique, les illustrations n'ont pu être jointes à cet article. Nous prions nos lecteurs de bien vouloir nous en excuser.

 

 

Depuis les « aveux » de Jérôme Cahuzac, on ne parle plus que de mensonges en politique et, ce, bien au-delà de l’Hexagone. « On » - c’est-à-dire François Hollande – exige la transparence, soi-disant pour montrer qu’on surveille ces vilains politiciens par trop sensibles aux sirènes de la finance internationale et des magots planqués dans des « paradis fiscaux ».  Les ministres et les parlementaires seront tenus d’étaler leur patrimoine sur la place publique afin de montrer combien ils sont dévoués à la cause publique. Même le président des Etats-Unis publie sa feuille d’impôts avec tous les détails de ses revenus. Barack Obama et sa charmante () épouse ont gagné l’équivalent de 606.611 Euros en 2012. « Pas de quoi faire les gros titres de la presse habituée à ce genre de chiffres. » écrit le Huffington Post. Mais aux USA, c’est entré dans les mœurs et le politicien qui fait la moindre tricherie là-dessus est immédiatement et irrémédiablement broyé.

 

En France, c’est la grosse bagarre sur cet étalage des avoirs des responsables politiques. Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale – et pourtant considéré comme proche de Hollande – y est farouchement opposé craignant du « voyeurisme ». Jean-François Copé en profite pour tenter de se refaire une vertu après le cirque de la présidence de l’UMP, Jean-Luc Mélenchon demande à David Pujadas de France 2 qui l’interroge, de publier lui-même son patrimoine ! Belle cacophonie.

 

Pire que le mensonge, la tromperie

 

Nous dirons plutôt : belle tromperie ! On amuse la galerie avec cette affaire. Les politiciens paniquent : Les citoyens – électeurs vont-ils encore tolérer que ceux qui leur serrent la ceinture jusqu’à l’étouffement, aillent en toute quiétude faire fructifier leur très illégitime pactole dans de lointaines îles fiscalement et climatiquement paradisiaques ? Même Marine Le Pen, Notre Dame de l’immaculée moralité, est éclaboussée ! Et son digne papa a sans doute considéré l’existence de son compte en Suisse comme un détail de sa trouble histoire.

 

Tout cela est en définitive dérisoire, car les politiques ne disposent plus que d’un pouvoir très limité. Les décisions importantes en matière budgétaire leur sont imposées par l’Union européenne, par un Pacte budgétaire que les parlementaires ont bien dû voter. Et l’Union européenne a imposé cette politique, non par une décision politique commune, mais sous la pression des « marchés » et des banques. Même des adaptations budgétaires de moindre importance sont soumises à l’autorisation de la Commission européenne. Ainsi, en Belgique par exemple, sous la pression des Socialistes, « l’effort » d’austérité a été quelque peu relâché uniquement grâce à l’autorisation de la Commission européenne.

 

La classe politique n’a rien fait pour enrayer cette évolution. D’abord, par les privatisations, ensuite par les accords du GATT qui ont mis en place l’OMC (l’Organisation Mondiale du Commerce) qui impose le libre échange dans tous les secteurs de l’économie, et puis par la financiarisation de l’économie via la dérégulation et enfin par le transfert de souveraineté vers des organes supranationaux non démocratiques, la classe politique s’est volontairement mise hors jeu.

 

TINA a tué la gauche de gouvernement.

 

Que s’est-il passé ? Un homme politique belge un peu plus lucide et cynique que les autres a dit un jour : « On fait de la politique pour l’argent ou pour le pouvoir ». Le pouvoir n’est donné qu’à ceux qui s’en montrent capables, mais bon nombre furent attirés par l’argent. Et ce phénomène de « financiarisation » de la classe politique que la droite, vu sa nature de parti de la classe dominante, intègre plus ou moins aisément, affaiblit considérablement la gauche.

 

Voici l’analyse qu’en fait pour Mediapart l’historien Christophe Prochasson, se référant à l’affaire Panama qui fit scandale en France dans les années 1880 : « C’est une nouvelle classe sociale qui accède aux commandes et fréquente des milieux d’affaires dont elle était à distance jusque-là, ce qui multiplie les risques de compromissions et de conflits d’intérêts.

 

La situation me semble analogue dans les années 1980, qui accroît les liaisons dangereuses. Une classe sociale qu’on pourrait définir comme la petite bourgeoisie, notamment intellectuelle, se trouve mise en relation avec des classes sociales plus élevées, qu’elle ne fréquentait guère jusque-là, par les places qu’elle exerce désormais dans l’État : des rencontres se font, des amitiés se nouent, des mariages sont contractés… On peut penser à Pierre Bérégovoy, cheminot qui, en devenant ministre, se trouve amené à fréquenter certains milieux financiers, et notamment des personnes qui lui octroieront un petit prêt lui permettant d’acheter son appartement.

 

Cette dimension sociologique n’excuse pas les dérives morales liées à l’argent, mais permet de comprendre comment elle a pu se produire. La gauche, quand elle parvient au pouvoir, a plus de mal à rester sur des engagements et des conduites qu’elle était « obligée » de respecter lorsqu’elle demeurait dans l’opposition, et que les tentations étaient moins présentes. L’exercice du pouvoir est périlleux en démocratie, parce que la démocratie est fondée sur une négociation permanente avec l’ensemble de la société, ce qui conduit à rencontrer des gens qui sont menaçants en termes éthiques. C’est parce qu’elle n’a jamais exercé le pouvoir que l’extrême gauche se trouve indemne. »

 

Si ce tournant eut lieu dans la décennie 1980-90, il est lié à l’offensive ultralibérale qui commença à attaquer les places fortes de l’Etat social. Et les personnels politiques de gauche n’étaient pour la plupart guère préparés à ce phénomène, d’autres – plus subtils – l’intégrèrent avec l’illusion de pouvoir sinon l’enrayer, du moins l’adapter à cet Etat social. Enfin, sentant l’évolution inéluctable de la société – le fameux « TINA » (2) de feu Margaret Thatcher – certains décidèrent d’en profiter pour eux-mêmes et pour leur clan.

 

Ainsi, les partis politiques de la gauche de pouvoir se muèrent en champs clos de luttes de clans qui prirent dans certains cas un tour sanguinaire. C’est particulièrement vrai pour les PS français et belge qui étaient à l’époque les seuls d’Europe à ne pas se proclamer sociaux-démocrates, c’est-à-dire « libéraux sociaux ».

 

D’ailleurs, les scandales politico-financiers se multiplièrent dès les années 1980 et touchèrent aussi bien la gauche que la droite. Cependant, étant donné la contradiction entre la pensée, l’éthique et les engagements de la gauche, et son exercice du pouvoir, ces « affaires » la flétrissent bien plus que la droite représentant la classe dirigeante et coutumière de certaines dérives.

 

Et en dehors de cet aspect, une des faiblesses majeures de la gauche de gouvernement est petit à petit de ne plus représenter la classe laborieuse issue de la classe ouvrière et des classes moyennes. La désindustrialisation provoquée par la mondialisation néolibérale a effrité la classe ouvrière et la disparité de plus en plus grande des revenus provoque la disparition de la classe moyenne. On s’oriente de plus en plus vers une société duale avec une masse précarisée vivant de l’assistance, de « petits boulots », de travail noir et une petite élite concentrant entre ses mains la quasi-totalité des richesses mondiales.

 

 

Le changement c’est maintenant ? Une coquille vide !

 

 

La gauche de gouvernement est incapable d’opérer un quelconque changement. Le fameux slogan de campagne de François Hollande « Le changement, c’est maintenant » s’est vite avéré être une coquille vide. D’ailleurs, on peut se poser la question : cette gauche souhaite-t-elle réellement un changement de cap ?

 

Comme l’écrit l’économiste Frédéric Lordon dans sa rubrique du « Monde diplomatique », « la pompe à phynance », ce 12 avril 2013 : « Sauf vocation à épouser l’Europe libérale, la raison en cercle et le socialisme de gouvernement jusqu’au bout de l’austérité, à l’image de Libération par exemple, c’est bien l’impressionnante continuité de la politique économique qui frappe n’importe quel regard, à commencer bien sûr par la reconduction telle quelle des grandes contraintes européennes — objectif insane des 3 % en pleine récession et pacte budgétaire européen (TSCG) négocié-Sarkozy ratifié-Hollande —, mais complétée par le déploiement intégral du modèle compétitivité-flexibilité, simplement rêvé par le prédécesseur, enfin réalisé par le successeur.

 

Sans vouloir empiler les paradoxes, il se pourrait pourtant que cette continuité-là recouvre un « changement qui est maintenant », bien réel celui-là, un changement non pas d’orientation de la politique publique — puisque de ce point de vue, c’est bien le même qui prolonge le même ! —, mais un changement plus profond et plus lourd, qui précisément rend possible que la « gauche » poursuive la politique de la droite à ce point d’indistinction : un changement d’alliance de classes. Sans doute l’issue d’une trajectoire historique de long terme qui l’aura vu se déporter tendanciellement, et irréversiblement, vers la droite, le socialisme de gouvernement, après avoir abandonné la classe ouvrière pour se vouer aux dites « classes moyennes », puis « moyennes-supérieures », mais, formellement, toujours « dans le salariat », a maintenant fait, un cran plus loin, le choix de l’alliance… avec le capital. »

 

Alors, y a-t-il un espoir politique ?

 

L’extrême-gauche est divisée et incapable de s’organiser et de s’imposer autrement que par la violence. L’exemple belge du PTB (Parti du Travail de Belgique) est emblématique. D’origine maoïste, ayant toujours essayé de s’intégrer dans le mouvement syndical et parfois même dans un syndicalisme critique, il a réussi à devenir représentatif dans des « fiefs » traditionnellement socialistes, comme le bassin sidérurgiste liégeois, en faisant élire des conseillers communaux () et dans la banlieue anversoise, il a réussi sous le nom de PvdA à faire désigner un échevin (). Dans le système électoral proportionnel belge, il rogne dangereusement sur l’électorat du PS et du SPa (PS flamand) qui pourraient ainsi perdre un ou deux sièges au profit de… la droite. Ces deux partis paient leur passivité dans l’affaire Arcelor Mittal et leur ambigüité dans leur attitude sur la question des populations issues de l’immigration.

 

Mais, le PTB – PvdA n’est pas clair quant à son renoncement au maoïsme et ses rapports qu’il entretient avec la dictature « communiste-capitaliste » chinoise.  En France, les rodomontades et les incohérences de Mélenchon le décrédibilisent.

 

Les écologistes belges comme français, quant à eux, restent enfermés dans leurs contradictions et dans leurs divisions. Leur participation au gouvernement est désastreuse et fleure un amateurisme dont ils ne parviennent pas à se débarrasser.

 

 

L’espoir viendra d’ailleurs. Sans doute du mouvement des « Indignés » ou « d’Occupy Wall Street », certes pleins de contradictions, mais où l’on sent une énergie et une intelligente volonté de changement réel. Dans les pays du Tiers-monde, les choses évoluent aussi. Dans plusieurs pays arabes, les « printemps » se désislamisent peu à peu pour se transformer en mouvements de revendications laïques et aussi sociales, comme en Egypte et en Tunisie. En Amérique latine, la révolution bolivarienne semble se consolider en dépit d’erreurs importantes. En Chine, le syndicalisme prend petit à petit de l’ampleur et oblige le pouvoir central à faire des concessions, certes minimes, mais réelles, notamment dans les salaires. Et les exemples de ce genre sont légion.

 

 

Le néolibéralisme : cela ne marche pas !

 

 

Utopique ?

 

 

Pas tellement. Le système néolibéral, en réalité, ne fonctionne pas. Il entrave l’économie. Un des plus importants indicateurs, la vitesse de circulation de la monnaie – paradoxalement fort peu utilisé – montre la fragilité de ce système qui a réussi à s’imposer dans le monde depuis 1980. Tout étudiant en première année d’économie ou de sciences politiques connaît la fameuse formule de Fisher :

 

MV = PT

 

où M est la masse monétaire, V la vitesse de circulation, P l’indice des prix et T le nombre de transactions.

 

Par la financiarisation, les banques centrales – avant tout la Fed étatsunienne et la BCE européenne – augmentent considérablement la masse monétaire. Le nombre de transactions est en nette diminution avec la crise et les prix en forte augmentation. Dès lors, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que la vitesse de circulation de la monnaie diminue. Selon plusieurs sources, elle n’a jamais été aussi faible depuis 57 ans !

 

Si le facteur V est faible, cela signifie que l’économie fonctionne mal. Sur le plan industriel, on procède de la même manière. On provoque la surproduction,  on compresse les coûts de production – essentiellement les salaires par les mesures antisociales et les délocalisations – mais il reste des postes de prix de revient incompressibles, comme ceux de l’énergie. Résultat : les produits se vendent mal, ce qui n’empêche pas une inflation de plus en plus grande.

 

La seule solution financière se trouvera dans une réforme monétaire où l’on redéfinira le rôle de la monnaie dont la valeur doit être basée sur celle de la production et de la vente des biens et des services.

 

La seule solution économique se trouvera dans un changement radical de nos modes de production  et de consommation. La politique de l’offre néolibérale a montré ses dramatiques limites. La surproduction est source de misère, de graves dégâts sur l’environnement et est antiéconomique.

 

Un autre mode de vie est indispensable. Nous aurons l’occasion d’y revenir. C’est à une réelle révolution culturelle qu’il faudra nous atteler. Il faudra, si l’on veut vivre mieux, connaître un réel progrès, mieux partager les ressources se remémorer le vieux mot d’ordre de Karl Marx : « A chacun selon ses besoins, de chacun selon ses capacités ».

 

 

Pierre Verhas

 


L’expression« charmante épouse » n’est pas du tout ironique, ici.

TINA : there is no alternative

« Conseiller communal » est l’équivalent belge de « conseiller municipal ».

« Echevin » est l’équivalent belge de « maire-adjoint ».

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 19:58

Le dernier personnage du trio infernal du XXe siècle vient de disparaître !

 

 

Thatcher_Pinochet-copie-1.jpg

 

 

Après Adolf (1945), Augusto (2006), voici Maggie (2013), qui prend la meilleure décision de son existence : nous quitter !

 

 

 

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 13:01

Notre ami Bernard Gensane publie sur son  blog (http://bernard-gensane.over-blog.com/) un très intéressant article sur la multinationale SODEXO – bien connue des Belges qui se servent des fameux « titres service » pour leur femme de ménage (appelée « technicienne de surface » en novlangue ultralibérale). Le rôle de SODEXO s’inscrit dans le système des prisons dénoncé avec brio et rigueur par la célèbre militante Noire américaine, Angela Davis que nous avons évoquée récemment (http://uranopole.over-blog.com/article-angela-davis-l-epouvantable-projet-de-societe-116428270.html).

 

Le puzzle commence à prendre forme. Grâce à des militant(e)s courageux(ses), grâce à des journalistes qui sont restés indépendants et qui pratiquent encore leur métier, le système mondial installé petit à petit par le capitalisme globalisé commence à être connu. La société ainsi construite sur les ruines des anciens Etats et par la destruction de la culture des peuples, commence à faire sentir sa redoutable efficacité. Rien ne peut s’opposer aujourd’hui à cette marche forcée vers le pire des totalitarismes mis en place à l’échelle mondiale. Ni syndicats, ni politiques – souvent complices consciemment ou inconsciemment, les derniers événements le montrent –, ni groupes militants, ni même la violence ne sont à même d’arrêter la marche de cette monstrueuse machine mise en place progressivement depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale.

 

Sodexo – initialement Sodexho – est une firme française fondée en 1966 et emploie aujourd’hui quelque 420.000 travailleurs dans 80 pays. Elle a pour objet d’organiser les services personnels aux entreprises (restaurations collectives, services d’accueil, etc.), les services à la personne et à domicile (personnel domestique, conciergeries) et la fidélisation ( !) des travailleurs aux entreprises (la partie visible en est les fameux chèques repas).

 

Cependant, Sodexo a été sévèrement critiqué, il n’y a pas longtemps, notamment aux Etats-Unis. Human Rights Watch affirme dans un rapport du 2 septembre 2010 que Sodexo, dans le cadre de ses activités aux États-Unis, empêche ses employés de s'organiser et de négocier, en violation des normes internationales, voire souvent du droit du travail américain. On reproche à Sodexo, particulièrement aux États-Unis et en Colombie, d'avoir soumis des salariés qui avaient tenté de monter un syndicat à des menaces, à des entretiens s'apparentant à des interrogatoires, ainsi qu'à des licenciements. Ainsi, le secrétaire général du syndicat marocain ODT a été licencié par Sodexo.

 

Voilà donc une nouvelle pièce au puzzle. Il y en aura d’autres, soyons-en certains.

 

Pierre Verhas

 

 

 

Télérama du 5 avril 2013 propose un entretien magnifique avec Angela Davis. Dommage qu’il soit illustré par des photos aussi lugubres de la vénérable militante, dont le visage, aujourd’hui, est toujours aussi solaire. Une bonne partie de cet entretien est centrée sur les  Noirs aux États-Unis, dont la condition s’est améliorée à la marge mais qui souffrent du démantèlement de l’État providence. Les États-Unis représentent 5% de la population mondiale, mais 25% de la population carcérale dans le monde. Un adulte sur trente-sept, nous dit Angela Davis, est incarcéré ou sous contrôle judiciaire. Les Noirs, les Latinos sont surreprésentés.

 

 

 

 Angela Davis 8881w 0

Angela Davis a montré l'épouvantable projet de "carcérisation". Sodexo en est un acteur.

 

 

Pour Angela Davis, les prisons sont au cœur du système capitaliste : « Pourquoi de plus en plus d’entreprises s’intéressent-elles aux prisons ? Parce que c’est un secteur rentable. Prenez l’entreprise française Sodexo, qui a bâti une multinationale sur trois piliers. L’industrie alimentaire, d’abord : ils fournissent les cantines scolaires, d’entreprises, distribuent des tickets restaurants. L’industrie carcérale ensuite : Sodexo construit et/ou gère des prisons pour “ optimiser leur coût de fonctionnement ”, au Chili, au Royaume-Uni [par exemple celle de Salford link], en France. L’industrie militaire enfin : Sodexo gère des munitions, des champs de tir pour les armées, en Australie par exemple. » Ajoutons que Sodexo intervient dans les prisons aux Pays-Bas, en Espagne, au Portugal et en Italie. Tout cela sous l’appellation “ Services de Justice ” (Justice Services).

 

 

 prison stanford

Expérience "psychologique" dans la prison de Stanford en Grande Bretagne. Sodexo participe aussi à ce système.

 

 

La philosophie de cette multinationale familiale (420 000 personnes réparties sur 34 300 sites dans 80 pays) est de proposer « des Services de Qualité de Vie qui contribuent au bien-être des personnes et à la performance des organisations » (voir son site link). Sodexo est le premier employeur français dans le monde, le septième employeur européen dans le monde et le vingt-deuxième employeur mondial. Elle est présente dans de nombreux milieux : entreprises, cliniques et hôpitaux, aide aux personnes âgées, aux handicapés, collectivités territoriales, établissements d’enseignement, sport et loisir. Et aussi dans la défense. Si, depuis 2001, la société n’est plus présente dans les prisons étasuniennes, comme dans celles des pays qui appliquent toujours la peine de mort, elle nourrit cinquante et une bases de marines étatsuniens.

 

Les relations de la multinationale avec les représentants des travailleurs et les collectivités territoriales n’ont jamais été au beau fixe. Ainsi, en 2010, le procureur général de l’État de New York a condamné Sodexo à indemniser l’État à hauteur de 20 millions de dollars, après des irrégularités constatées dans la facturation de services à vingt et une écoles.

 

Mais revenons à ce qui préoccupait Angela Davis : le processus accéléré de privatisation des prisons de par le monde.

 

Je reprends des éléments d’un article du site OWNI de 2010 (link). Sodexo, mais aussi Bouygues ou encore GDF-Suez raflent la mise à mesure que les incarcérés deviennent des marchandises comme les autres. Aujourd’hui en France, un quart des prisons jouissent de la « gestion mixte », la proportion devant s’accélérer dans les années qui viennent. Le secteur privé prend tout en charge, hormis ce qui relève de la Justice proprement dite (direction, surveillance, greffe) : restauration, hôtellerie, transport, travail des détenus etc. Il y a maintenant plus de vingt ans que cela dure. Angela Davies a parfaitement raison : de grandes entreprises gagnent de l’argent grâce aux prisonniers. En 2009, Sodexo a remporté un contrat d’un milliard d’euros pour intervenir pendant huit ans dans vingt-sept prisons. En d’autres termes, le ministère de la Justice est devenu son principal client.

C’est Albin Chalandon (ancien résistant, ancien inspecteur des Finances puis banquier, le Chalandon de l’affaire Chaumet link), garde des Sceaux de 1986 à 1988 qui a lancé les premiers contrats de gestions mixte. Sa protégée Rachida Dati – également en tant que garde des Sceaux – poursuivra sur cette lancée en permettant à Bouygues de construire, de financer et d’entretenir trois nouveaux centres pénitentiaires. Un contrat d’1,8 milliard d’euros pour une durée de vingt-sept ans. Le fin du fin serait désormais qu’il y ait des centre d’appels dans les prisons !

 

chalandon-1973

 

Albin Chalandon ancien Garde des Sceaux et ancien PDG d'Elf Aquitaine : l'habituel mélange des genres. 

En bonne libérale, Dati expliquait en 2008 que le privé savait mieux « optimiser » la chaîne carcérale que le public. Cet argument n’a pas convaincu la Cour des comptes : « Force est de constater que ce choix stratégique n’a reposé ni sur des critères de coût ni sur l’appréciation effective des performances, alors qu’il engage durablement les finances publiques » (link).

Mais l’important – en France comme aux États-Unis, où la gestion privée est plus onéreuse que la publique – est que les actionnaires soient contents.

Bernard Gensane

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 20:06

Dans L’Etrange défaite, une analyse implacable de la débâcle française de mai 1940, l’historien Marc Bloch qui a payé de sa vie ses convictions républicaines, écrivit : « Mal instruit des ressources infinies d’un peuple resté beaucoup plus sain que des leçons empoisonnées ne les avaient inclinés à le croire, incapables, par dédain comme par routine, d’en appeler à temps à ses réserves profondes, nos chefs ne se sont pas seulement laissé battre, ils ont estimé très naturel d’être battus ».

 

La banale affaire Cahuzac a sans doute déclenché un séisme qui n’est pas prêt de s’arrêter. Banale ? Bien sûr, en dépit des cris de vierges effarouchées de la « bonne » presse. Combien de politiciens et de grands responsables économiques n’ont pas menti devant leurs pairs et devant la Justice ? Combien d’entre eux ne furent-ils empêtrés dans des « affaires » de fraude fiscale, de sociétés dites off shore, de marchés truqués ? Combien encore sont-ils passés à travers les mailles du filet de la Justice souvent justement symbolisée par une dame aveugle ?

 

Alors, pourquoi cette affaire-ci soulève un  tel tollé, au point d’ébranler le pouvoir républicain actuel ? A notre avis, trois éléments sont rassemblés : le mensonge de Cahuzac, certes ; mais aussi le conflit d’intérêt et surtout le dédain des élites à l’égard du peuple qui apparaît particulièrement en ce scandale.

 

C’est vilain de mentir !

 

C’est très vilain, mentir ! dit-on aux enfants… L’homme politique, lui, vit de mensonges. Il est souvent obligé de déformer la vérité, ou bien c’est tout simplement un système de défense. L’indignation des pairs de Cahuzac après ses aveux, du Président Hollande au député de base, est risible. Hollande n’a tenu aucune de ses promesses importantes de campagne. Il a fait le contraire de ce qu’il prétendait projeter. Sur le plan politique, c’est bien plus grave que la négation de l’existence – par ailleurs évidente – d’un compte en Suisse. Sur le plan éthique, c’est le contraire. On ne peut condamner un responsable politique de ne pas tenir ses promesses, mais s’il ment sur ses actes personnels, il est aussitôt condamné par tous. Or, qu’est la personne de Cahuzac au regard des enjeux politiques majeurs auxquels le pouvoir actuel est confronté ? L’unique reproche qui lui est fait est d’avoir flétri la caste dont il est membre.

 

 

 cahuzac.jpg

Cahuzac n'est pas le premier à mentir !

 

 

La classe dirigeante politique, comme affairiste se drape dans la vertu et prétend agir pour l’intérêt général. Les médias qu’elle contrôle, l’aident dans cette entreprise d’ahurissement. Ainsi, on promet de limiter les cumuls des mandats. Applaudissements du bon peuple, mais résistance des caciques. L’affaire est dès lors reportée à 2017, c’est-à-dire au successeur de François Hollande. En Belgique, on pond une loi qui oblige tous les mandataires publics à faire une déclaration de patrimoine et à donner à la Cour des comptes la liste de tous leurs mandats. Chaque année, cette liste est publiée au Moniteur belge – l’équivalent du Journal officiel français – et est donc à la disposition de tout un chacun. Aucun journaliste n’exploite cette mine d’informations. La Justice qui, au départ, s’est quelque peu intéressée à ces données, les néglige depuis. Comme si, en définitive, on s’en moque.

 

Le pire : les conflits d’intérêts

 

Et puis ce fameux cumul des mandats n’est-il pas l’arbre qui cache la forêt ? En général, les citoyens ne sont pas mécontents que leur maire soit en même temps parlementaire. Ou bien, le plus souvent, ils s’en fichent. Dans un régime politique comme celui des démocraties parlementaires d’Europe occidentale, le cumul n’est en rien répréhensible, si ce n’est cette désagréable impression de profiter du système en espèces sonnantes et trébuchantes.

 

Non ! Le pire ce sont les conflits d’intérêts et ceux-là minent notre société et renforcent l’injustice sociale de l’ultralibéralisme. Et on en parle relativement peu. Les médias n’en font d’ailleurs guère état. Et pour cause ! L’exemple de Jérôme Cahuzac est éclairant.

 

 jerome_cahuzac-copie-1.jpg

Jérôme Cahuzac est chirurgien et surtout lobbyiste.

 

 

Cahuzac, tout le monde le sait, est chirurgien de métier. Il se lance aussi dans la politique, dans la mouvance du PS, et est nommé conseiller au cabinet du Ministre de la Santé de l’époque, Claude Evin, de 1988 à 1991. Cahuzac aide efficacement son patron à combattre les abus de l’industrie pharmaceutique en faisant prendre des mesures de régulation des prix et de réduction des dépenses de santé. Mais, selon Mediapart, ce conte n’est pas si joli que cela. Evin a pu financer sa campagne électorale de 1993 grâce à un laboratoire pharmaceutique et au syndicat de l’industrie pharmaceutique. Quant à Cahuzac, il fonde cette même année 1993 un cabinet « Cahuzac conseil » de conseils aux entreprises (pharmaceutiques, cela va de soi…) et d’exploitation des brevets. En clair, il devient lobbyiste pour l’industrie pharmaceutique. Il se met au service d’un certain Daniel Vial qui coordonne le lobbying du secteur pharmaceutique. Il a pas mal d’amis, M. Vial, dont Bernard Kouchner et Roselyne Bachelot, tous deux anciens ministres de la Santé. On rassemble ainsi les « compétences » bien au dessus des clivages politiques. Qui a dit que l’argent divise ?

 

 

 claude_evin.jpg

Claude Evin, ministre de la Santé sous Mitterrand a été le mentor de Cahuzac... surtout dans le lobbying.

 

 

Et les affaires tournent bien pour le beau Jérôme : en 1995, le chiffre d’affaires monte à l’équivalent de 318.000 Euros, puis cela baisse petit à petit jusqu’à son élection à la députation en 1997. Et là, afin d’éviter un trop flagrant conflit d’intérêts, Cahuzac ramène à zéro le chiffre d’affaires de sa boîte de conseils.

 

Mais – et c’est ici que le dérapage commence – en réalité, Cahuzac, bien que député, travaille toujours comme « consultant ». Il aide les laboratoires pharmaceutiques à obtenir la meilleure évaluation possible pour un médicament, grâce à sa connaissance des arcanes administratifs. En outre, il favorise tout spécialement un laboratoire du nom d’Innothera. Mediapart  rapporte cette histoire à la fois rocambolesque et significative : « … le Tot’hema, un vieil élixir d’Innothera à base de fer, censé traiter l’anémie, que le laboratoire vendait surtout en Afrique dans les années 1980, comme remède à la fatigue sexuelle (avec un taureau sur la boîte d’emballage).

 

En 1991, cependant, une décision du ministre Claude Évin lui a soudain redonné sa chance en France. Le 28 février, le ministère décide en effet de stopper le remboursement des « antiasthéniques », 141 médicaments peu efficaces censés lutter contre la fatigue (essentiellement des vitamines). Pour le Tot’hema, qui n’appartient pas tout à fait à la même classe, une annexe de cet arrêté prévoit un sort plus favorable : elle maintient son remboursement à 70 % pendant une année supplémentaire. C’est l’effet d’aubaine : les patients se reportent illico sur le Tot’hema, dont les ventes hexagonales explosent pour atteindre 70 à 80 millions de francs de chiffres d’affaires annuel (14,5 à 16,5 millions d’euros).

 

Bizarrement, en 1992, alors que le remboursement du Tot’hema doit s’arrêter à son tour, un arrêté signé en juin prolonge son remboursement de six mois. Puis en septembre 1992, rebelote : un nouvel arrêté reporte le déremboursement à mars 1993. Et là, pile entre les deux tours des élections législatives (ingagnables pour la gauche), miracle : le Tot’hema est de nouveau sauvé (par un arrêté signé des ministres Kouchner et Teulade). Il faudra attendre juillet 1994, soit deux ans et demi après la date initialement prévue, pour que ce médicament inefficace soit enfin radié de la liste des produits remboursables par la Sécu. L’arrêté final indique « que la spécialité Tot’hema a fait l’objet à partir de 1991… d’une hausse de consommation considérable des quantités auparavant commercialisées… entraînant des dépenses injustifiées pour les systèmes de protection sociale ». » Voilà donc comment des intérêts sordides font courir de graves dangers à la santé publique, se servant de politiciens peu scrupuleux qui leur permettent de diffuser ainsi sur le marché, au mieux des « placebos », au pire du poison !

 

Un curieux copinage

 

Et la cerise sur le gâteau est le personnage qui a ouvert le fameux compte de Cahuzac à UBS. C’est un membre du Front national, ami de Marine Le Pen ! La boucle est bouclée. Tout est bafoué.

 

Cet exemple est révélateur du type de conflits d’intérêts qui deviennent de plus en plus courants parmi les hauts responsables politiques. La frontière entre l’intérêt général censé être défendu par les politiques et les intérêts particuliers des entreprises et des multinationales est de plus en plus poreuse. On peut d’ailleurs poser la question : étant donné le coût exorbitant des campagnes électorales, les politiciens n’ont-ils pas une dette à l’égard de leurs « mécènes » et défendront ainsi leurs intérêts dans les assemblées où ils sont élus, ou dans les postes exécutifs où ils ont été nommés ? Il existe aussi une autre catégorie – et c’est sans doute celle à laquelle Cahuzac appartient – des personnages déjà fortunés ne se font-ils élire pour défendre leurs propres intérêts et ceux de leurs « amis » ?

 

 

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François Hollande, Pierre Moscovici et Jérôme Cahuzac : les trois premiers concernés par l'affaire.

 

 

Dans les deux cas, le rôle du politique est détourné et les institutions ne sont plus que le champ clos où manœuvrent les  différents lobbies avec comme relais les « responsables » politiques. Dans ces conditions, plus aucune règle ne peut être respectée. C’est la loi de la jungle. L’économie sans contrôle devient mafieuse, tout simplement.

 

Et – est-ce un hasard ? – est révélé juste à ce moment un  énorme scandale de fraude fiscale qui touche des milliers de personnes et d’entreprises à travers le monde. Jamais, une telle forfaiture ne fut portée à la connaissance de tous. Et les journalistes qui ont pu révéler cette affaire qui porte désormais le nom de « Offshore leaks » se sont inspiré des méthodes tant décriées de Wikileaks. Des personnalités connues du monde des affaires, de la politique, des commerçants, des particuliers sont mouillés dans des milliers de sociétés dites offshore pour planquer des sommes considérables dans des paradis fiscaux situés aux quatre points cardinaux. Tout se passe dans la plus détendue des illégalités avec l’utilisation sans vergogne de réseaux de blanchiment. Edwy Plenel écrit aujourd’hui dans Mediapart : « L’évasion fiscale n’est pas à la marge mais au centre d’une économie devenue mafieuse parce que livrée à la finance. »

 

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Edwy Plenel, directeur de Mediapart : le citizen Kane français

 

 

Le peuple est évidemment tenu à l’écart de ce mécanisme de relations économico-financières entre le monde politique et le monde des affaires. Face à la politique d’austérité à marche forcée imposée par le capitalisme anglo-saxon via l’Union européenne et des gouvernements de droite comme de gauche qui ont adhéré à la politique ultralibérale de dérégulation, face à la politique de démantèlement industriel imposée par les mêmes, jetant ainsi des dizaines de milliers de travailleurs et leurs familles dans les rues, le peuple commence à bouger, à exprimer une révolte encore sourde, non organisée, mais réelle. Alors, les médias hurlent à la montée du « populisme ». Ce mot a une définition : cri de désespoir du peuple que les politiques sont censés représenter.

 

 

La gauche : une longue descente aux enfers

 

 

Comment, après tout cela, la gauche réformiste peut-elle encore être crédible ? Elle cède tout aux diktats des ultralibéraux, qu’il s’agisse des ordolibéraux de Merkel au niveau européen, des exigences de la City via Cameron, des revendications du MEDEF. Toutes les promesses de réformes de gauche sont reportées sine die ou tout simplement abandonnées. On peut se demander dès lors : à quoi sert la gauche de gouvernement ?

 

Voici comment Louis Madouit, journaliste à Mediapart décrit ce qu’on peut appeler la longue descente aux enfers d’une gauche réformiste qui s’est laissé bercer par les sirènes de l’ultralibéralisme, et ce depuis 1981, année de la première élection de François Mitterrand.

 

« Or, tout est là! C’est une histoire stupéfiante et sans précédent pour la gauche qui commence avec la victoire de François Hollande à l’élection présidentielle. Non pas que les socialistes français n’aient pas connu des revers et de graves échecs dans leur longue histoire. Mais, dans le passé, avant d’échouer sinon même avant de se renier, au moins ont-ils tenté, dans un premier temps, d’honorer leurs engagements. Au moins ont-ils cherché à faire voter des réformes sociales ; à retoucher, ne serait-ce qu’à la marge, les règles de fonctionnement du capitalisme. Oui, au moins ont-ils à chaque fois essayé. Au moins ont-ils commencé à faire ce qu’ils avaient promis.

 

Ce fut le cas sous le Front populaire, qui fit de formidables réformes sociales, parmi lesquelles les congés payés, avant de se heurter au « mur de l’argent » - celui-là même auquel, dix ans plus tôt, le Cartel des Gauches s’était heurté, ce qui avait provoqué sa chute, en juillet 1926. Ce fut le cas encore en 1981, quand la gauche victorieuse chercha à « changer la vie », avant de venir se fracasser sur l’autre « mur », celui de la contrainte extérieure, et de se convertir à une rigueur sans fin. Ce fut le cas enfin en 1997, quand Lionel Jospin chercha à sortir les socialistes de l’ornière libérale dans laquelle elle avait versé avec Pierre Bérégovoy (1925-1993), avant finalement de céder à son tour, face aux avancées du nouveau capitalisme anglo-saxon.

 

 

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Pierre Beregovoy a lui aussi cédé à la pression néolibérale. Une cause de son tragique décès ?

 

 

Mais, à la différence de ces illustres prédécesseurs, François Hollande, lui, ne cherche pas un seul instant, une fois élu, à résister. C’est ce qu’il y a d’inédit et de stupéfiant dans son histoire : à l’instant même où il entre à l’Élysée, il conduit une politique qui par bien des aspects prolonge celle défendue et mise en œuvre auparavant, à quelques petits symboles près, par Nicolas Sarkozy. C’est, sur le champ, la mise en œuvre du sinistre principe que Tancredi professe à l’oreille de son oncle, le Prince de Salina, dans le Guépard de Lampedusa (1896-1957): « Il faut que tout change pour que rien ne change ». »

 

 

Nous n’insisterons pas sur la Belgique où le socialiste Di Rupo est l’otage des nationalistes flamands et de la branche la plus ultralibérale de son gouvernement représentée par le petit parti libéral flamand (l’Open VLD) qui impose des réformes dites « structurelles », qui consistent à démolir l’Etat social. Son partenaire libéral francophone lui tire dans le dos via son ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, qui se fait décorer en grande pompe par l’ex-président français Nicolas Sarkozy au lendemain de sa mise en examen.

 

 

 

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 Reynders reçoit la Légion d'honneur du mis en examen Sarkozy. L'éthique est sauve... 

 

 

Les faits sont là. Le socialisme réformiste est mort. Et nous citons ici en conclusion Marc Bloch : « Ils tombèrent sans gloire. Le pis est que leurs adversaires y furent pour peu de choses ».

 

Une nouvelle bataille s’enclenche, la plus difficile, reconstituer une force populaire.

 

 

Pierre Verhas

 

Le lecteur s’étonnera sans doute d’avoir trouvé l’inspiration uniquement chez « Mediapart ». La raison en est simple : c’est le seul organe d’informations qui n’a pas cédé aux pressions et qui a pu  faire la meilleure analyse de ces événements.

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 15:45

Angela Davis ; vous connaissez ? Bien sûr, pour un vieux paletot soixante-huitard, c’est la référence à la fois de la lutte des classes, du féminisme, de l’antiracisme. Une femme noire américaine qui a payé son militantisme de sa liberté. Elle est aussi une image : la Noire à la coiffure afro. Certains pensent aujourd’hui qu’elle est rangée des affaires. Qu’est-ce qu’ils se gourent !

 

Angela Davis ne se démobilise jamais.

 

 

 

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 La grande Angela Davis était et est toujours une référence.

 

Pensez, une femme noire née dans l’Etat le plus raciste des USA, l’Alabama, en 1944, qui a subi les pires humiliations et discriminations dès son adolescence, qui, après avoir fui l’Alabama où elle n’avait aucun avenir, termine son éducation à New York dans une école privée de Greenwich Village qui propose une forme d’éducation égalitaire. Angela adhère au marxisme-léninisme dans un pays encore gangréné par le maccarthysme. Elle a choisi la lutte pour la libération plutôt que l’intégration. Elle sera en désaccord avec Martin Luther King à ce sujet. Après avoir voyagé en Europe, elle retourne aux Etats-Unis où elle se retrouve, par son radicalisme, dans une position minoritaire au sein du mouvement Noir d’émancipation civique.

 

 

Elle  est mêlée à une affaire de prise d’otages en vue de libérer des Noirs où Jonathan Jackson, le frère de George, le dirigeant des Blacks Panters, a été tué, ainsi qu’un juge. Angela Davis eut à ce moment le « privilège » d’être la femme la plus recherchée des Etats-Unis. Elle est arrêtée après quelques semaines de cavale et emprisonnée pendant seize mois à New York. Après une grève de la faim, ses conditions d’incarcération  sont améliorées, mais en 1971, l’Etat de Californie la poursuit pour meurtre, kidnapping et conspiration. Angela Davis est finalement libérée en 1972, suite à des pressions internationales dont celles de Jean-Paul Sartre. Elle décroche une chaire de professeur dans une Université californienne. Elle n’a cessé de militer depuis contre le racisme, dans le mouvement féministe et plus tard contre la guerre en Irak, ainsi que contre le système carcéral américain.

 

 

Un épouvantable projet de société

 

 

C’est pour traiter de cette dernière question qu’Angela Davis a accordé une interview au journal « Libération » de ce 21 mars 2013. Son analyse est très intéressante en ce sens qu’elle décrit à travers ce système carcéral un épouvantable projet de société conçu par les néolibéraux et qui est en train de se mettre en place.

 

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Pour Angela Davis, la question des prisons reste centrale.

 

À la question : « Vous militez pour l’abolition des prisons. En quoi la question des prisons est-elle centrale ? », Angela Davis répond :

 

 « Il y a environ 2,5 millions de personnes derrière les barreaux aux Etats-Unis. Cela représente 25 % de la population carcérale mondiale. Pourtant, la population des Etats-Unis ne représente que 5 % de la population mondiale. Les Etats-Unis sont un « Etat prison ». Les prisons sont des complexes industriels. La disproportion des personnes de couleur en prison est à souligner.

 

C’est une politique de gestion, c’est comme ça qu’on traite le problème de la surpopulation de surplus. Il s’agit d’une population qui ne peut trouver sa place dans le dispositif actuel. Il n’y a pas assez de travail, le système d’éducation a été totalement démantelé, la santé est privatisée, confiée aux multinationales, et tous ces changements sont dus au système de capitalisme global. Alors que fait-on des laissés pour compte ?

 

On détruit les services sociaux là où ils existaient. Nous avons des citoyens qui ne peuvent pas trouver de moyens de survie dans ce système ? Nous avons une solution : nous les mettons en prison. Et cette politique ne se pratique plus seulement aux Etats-Unis, elle s’étend progressivement aux autres pays.

 

En Europe, en Amérique latine, en Afrique, les pays ont été encouragés à suivre l’exemple américain, et à construire des prisons pour gérer cette population. Les Banques mondiales, le FMI, refusent que les Etats investissent dans l’éducation ou dans les services sociaux, mais ils encouragent à construire des prisons. »

 

 

Est-ce exagéré ?

 

 

Les propos d’Angela Davis sont-ils exagérés ? Non. Si on prend la Belgique, la surpopulation carcérale est un mal endémique. Les « autorités » ont pour seule réponse : on va construire de nouvelles prisons ! Et, on en a édifié. Résultat : la surpopulation n’a pas diminué et ces « nouvelles » maisons d’arrêt sont très vite saturées. De plus, rien n’est fait pour améliorer le sort parfois abominable des détenus. Le personnel pénitentiaire est insuffisant et mal équipé. Tout cela pour quelles raisons ? La priorité est à l’efficacité, ce qui implique la marginalisation ou l’exclusion de ceux qui ne contribuent pas à cette fameuse efficacité. Et la prison est « idéale » pour cela : les détenus n’ont plus de contacts avec la société et surtout, ils ne peuvent y jouer un rôle.

 

 

 

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 Le modèle carcéral convient parfaitement au projet de société néolibéral.

 

 

La majorité des détenus sont des « prévenus » ou des « inculpés » (on dit en France des « mis en examen ») qui attendent parfois plusieurs mois avant d’être jugés, souvent pour des petits délits. Alors que d’après la loi, la détention préventive est l’exception, pour des récidivistes, des personnes susceptibles d’être dangereuses, ou encore pouvant entraver l’enquête ; elle est devenue la règle. Autrement dit, on met en « boîte » des délinquants mineurs, fort souvent des paumés et des rejetés de la société. Ainsi, ils ne « dérangent » pas pendant un bon bout de temps.

 

 

Bien sûr, on prétend multiplier les solutions alternatives comme le bracelet électronique ou la condamnation à des travaux d’intérêt général. Ce ne sont que de piètres alternatives à la prison. Le condamné est laissé à son propre sort et rien de sérieux n’est mis en œuvre pour ce qu’on appelle en « pc » sa « réinsertion ». Ce serait cependant un facteur fondamental de lutte contre l’insécurité et de reconstitution du tissu social. Mais le souhaite-t-on vraiment ? A lire les propos d’Angela Davis, il est permis d’en douter.

 

 

La prison est l’instrument de l’épouvantable projet de société.

 

 

Angela Davis a compris – elle l’a vécu ! – que la prison est l’instrument d’un projet de société qui est en train de se mettre en place. En définitive, la prison n’aura plus sa fonction initiale – détenir des condamnés pour purger leurs peines – pour se transformer en un « espace » où seront enfermés les marginaux délictueux ou non qui dérangent la société ultralibérale.

 

 

Ainsi, la base même du droit s’effrite. Les détentions sans jugement se multiplieront dans cet objectif d’épuration de la société. Angela Davis l’analyse ainsi : tous les moyens de progressions sociales sont soit supprimés, soit privatisés. Ainsi, l’enseignement devient une marchandise par la privatisation des écoles même fondamentales. Les populations déshéritées sont désormais privées de tout système éducatif. De même pour les services sociaux : le système de solidarité ayant été mis en place en Europe depuis la fin du XIXe siècle qui a abouti à la sécurité sociale est en voie de démantèlement. On passe de la solidarité à l’assistance, ce qui constitue une régression majeure.

 

 

En effet, les mécanismes de sécurité sociale aussi imparfaits soient-ils ont permis d’éradiquer des fléaux majeurs comme la pauvreté endémique et d’apporter de considérables progrès en matière de santé, par exemple. Aujourd’hui, la « philosophie » est de transformer la santé en une marchandise entre les mains des lobbies pharmaceutiques et hospitaliers privés dans le seul but de profit ; ce qui revient à retirer le droit à la santé à une large part de la population. 

 

 

Angela Davis nous fait bien comprendre que les multinationales aidées par la Banque mondiale et le FMI font en sorte d’interdire aux Etats d’avoir une autre politique que celle de démanteler et de privatiser les services publics, les services sociaux et tous les organismes de solidarité. Depuis le traité de Maastricht qui a mis un terme à la politique keynésienne, la Commission et la Cour de Justice européennes font de même.

 

 

Aussi, la question est posée : va-t-on accepter  cet épouvantable projet de société ?

 

 

Pierre Verhas

 

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 16:57

Voici un nouvel article détonant de Merry Hermanus, le pestiféré du PS bruxellois, le condamné dans les affaires INUSOP et Agusta qui, à l’époque eut le courage – et sans doute la candeur – de mettre ses mains dans le cambouis dans ce qu’il croyait sincèrement être l’intérêt de son Parti. Merry l’a payé très cher. Des « amis » très proches lui ont tourné le dos dès que les ennuis se sont fait sentir. D’autres, sans doute pour se protéger, n’ont pas hésité à le trahir. Mais, bon ! C’est du passé.

 

 

Cet article paru sur son blog (http://hermanusinfo.wordpress.com/) et reproduit ci-dessous part d’un grave incident qui a eu lieu au PAC de Molenbeek (Présence et Action Culturelle, l’association culturelle du PS de cette commune) qui organisait une conférence sur le conflit israélo-palestinien. L’invitation à cette conférence fut illustrée d’une caricature au caractère notoirement antisémite. L’incident eut un tel retentissement que cette conférence fut annulée.

 

 

 

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 Caricature publiée dans l'annonce de la conférence du PAC de Molenbeek : le thème et le graphisme rappellent furieusement celui des années 1930.

 

Le PS bruxellois a connu une importante évolution ces dernières années. La Fédération dirigée jusqu’il y a peu et de main de fer par Philippe Moureaux a ouvert ses portes aux gens « issus de l’immigration » comme on les appelle en « pc » (politiquement correct), pour la plupart maghrébins et de culture musulmane. Des élus de qualité ont réussi les épreuves électorales. Observons entre autres un Rachid Madrane, aujourd’hui ministre régional, ou le sénateur Ahmed  Laaouej, grand spécialiste de la fiscalité. Ces deux personnalités, parmi bien d’autres, sont des exemples d’une brillante réussite professionnelle et politique. Grâce à l’obstination de Moureaux, les immigrés (qu’ils soient belges ou non) sont enfin représentés dignement à tous les niveaux de pouvoir – communes, région, fédéral – et cela a largement contribué à améliorer leur sort, à l’apaisement des relations entre communautés et surtout à leur épanouissement dans la société bruxelloise. Comparé à des pays voisins où ils ne disposent d’aucune représentation politique, la Belgique et Bruxelles en particulier sont des exemples.

 

 

 

 

    rachid madrane

   

       Ahmed_Laaouej.jpg

Rachid Madrane, Ministre régional bruxelllois et Ahmed Laaouej, sénateur de Bruxelles et spécialiste de la fiscalité : deux exemples d'une réussite politique

 

Malheureusement, la situation internationale attise les tensions. Elle est au bord de l’explosion avec entre autres le conflit israélo-palestinien qui est dans l’impasse et aussi avec l’expansion de l’intégrisme religieux qui se nourrit du limon de la pauvreté et de la marginalisation des jeunes dits de la « troisième » ou « quatrième » génération confrontés au chômage, à la déscolarisation, à l’effritement du tissu social.

 

 

La Fédération bruxelloise du PS n’a manifestement pas été assez attentive à cet inquiétant phénomène. On peut même dire – j’en ai été témoin – qu’il existait chez certain(e)s militant(e)s une lâche tolérance à l’égard de cet intégrisme religieux dont les objectifs clairement exprimés sont le retour à des règles aussi cruelles qu’ancestrales.

 

 

Cette « lâche tolérance » est le fruit d’un curieux mélange entre un antiracisme mal compris et un sentiment de culpabilité à l’égard des peuples du Tiers-monde. L’intégrisme islamique est l’expression radicale de la religion du « persécuté » et doit donc être admis ! Comme s’il s’agit d’une expiation à subir. Curieuse vision des choses !

 

 

Au nom de cette « culpabilité », va-t-on accepter de renoncer aux principes fondateurs du Socialisme issu des Lumières ? Faut-il faire une exception sur le principe de l’égalité entre les hommes et les femmes ? Ou encore sur l’universalité des valeurs fondamentales exposées dans la Déclaration des droits de l’homme, sous prétexte qu’il s’agirait de principes enseignés par les « Occidentaux » ? Pour ma part, je n’y suis pas prêt !

 

 

Certes, « l’Occident », notion absurde, n’est pas supérieur au reste du monde. Et il est encore moins porteur des Lumières quand on voit fleurir en son nom des pensées aussi abjectes qu’absurdes telles celle du « choc des civilisations » ou de la « fin de l’histoire » alimentant la cupidité ultralibérale.

 

 

Certes, on ne peut rejeter près d’un milliard d’êtres humains pratiquant la religion musulmane. Lorsque l’on prône la liberté de conscience, il est aussi absurde qu'odieux de mépriser les Musulmans, comme le font certains laïques qui, au nom de « leur » prétendue tolérance, sont en réalité des intégristes.

 

 

Certes, pour Israël, on ne peut accepter de cautionner un gouvernement où l’extrême-droite occupe les postes-clé comme les Affaires étrangères, un gouvernement qui refuse systématiquement toute ouverture à une négociation sérieuse avec les Palestiniens sur le projet de constitution de deux Etats où les deux peuples pourraient vivre en indépendance et en paix, qui considère ses propres engagements internationaux comme chiffons de papier ; pire, un gouvernement qui poursuit sans vergogne la construction de « colonies » dans des territoires qui n’appartiennent pas à l’Etat d’Israël, qui continue l’érection d’un mur de séparation que l’on peut qualifier de la « honte », qui bombarde des populations civiles, qui refuse de lever l’embargo sur Gaza, cité de plusieurs millions d’habitants transformée en « prison à ciel ouvert » pour reprendre l’expression de Stéphane Hessel.

 

 

Certes, les propagandistes de ce gouvernement et les lobbies juifs notamment en France et aux USA ne cessent de taxer d’antisémite tout qui émet la moindre critique à l’égard de la politique du gouvernement israélien. C’est intolérable d’autant plus quand les « grands » médias sont complices de cette désinformation.

 

 

Cependant, en acceptant au sein de la Fédération bruxelloise du PS la tenue de propos notoirement antisémites, comme ceux d’un député régional qualifiant d’« ordure sioniste » le journaliste Claude Moniquet – un personnage pas très net, il est vrai – ou en cautionnant plus ou moins ouvertement des propos négationnistes, les Socialistes bruxellois se flétrissent et par un opportunisme aussi imbécile que coupable renoncent ainsi aux valeurs qui sont leur raison d'exister.

 

 

Le « pont trop loin » a été franchi par le PAC de Molenbeek qui a illustré sa conférence par cette abominable caricature digne des jours les plus sombres des campagnes antisémites des années 1930. C’est d’autant plus odieux et stupide que cela donne de l’eau au moulin des fanatiques qui dirigent l’Israël aujourd’hui qui n’a plus rien à voir avec le projet sioniste (et, pour moi, ce qualificatif est loin d’être péjoratif) des fondateurs de l’Etat juif qui rêvaient d’un Etat pour le peuple juif et aussi de construire une société plus juste, plus égalitaire, plus exemplaire. Malheureusement, les Juifs sionistes n’étaient pas seuls sur la terre de Palestine et c’est là l’origine de cet interminable conflit.

 

  

 

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 Merry Hermanus posant à côté d'un buste de Voltaire : la défense des mêmes valeurs.

 

Les Socialistes bruxellois doivent se ressaisir. Cette affaire est très grave. En persévérant dans leur attitude attentiste, ils ne feront que perdre en crédibilité. Et comme ils doivent se refaire dans d’autres domaines comme le social par exemple, ce n’est vraiment pas le moment de manquer de rigueur… politique et éthique.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

Le PS de la Région de Bruxelles est-il devenu le Parti de Dieudonné? (Caricature antisémite annonçant une conférence du PS de Molenbeek sur le Sionisme)

 

 

Dans le pire de mes cauchemars,  je n’aurais pas cru une telle chose possible !

La presse diffuse une caricature censée illustrer un débat organisé par le PS de Molenbeek sur le sionisme.  Ce dessin est l’exact décalque de ceux qui paraissaient dans la presse d’avant-guerre et surtout de ceux diffusés par les Nazis pendant le conflit mondial, dont bien entendu, selon Hitler, les Juifs étaient responsables !!!

 

 

C’est le Juif tel que les antisémites le voyaient, c’est le Juif du film de Veit Harlan « le Juif Süss », film de propagande financé par Goebbels, ministre de la propagande d’Hitler,  c’est le Juif de l’exposition de 1942 à Paris et à Bruxelles où il s’agissait de reconnaître « le Juif », c’est le Juif de cet autre film financé par Goebbels où les Juifs sont comparés à des rats qui détruisent et envahissent tout !

 

 

Face à une telle dérive, à une telle horreur, il faut prendre du recul et tenter de comprendre pourquoi une telle chose a été possible au sein du PS bruxellois.

 

 

Moureaux à Molenbeek, mais aussi dans toute la région, a montré aux populations issues de l’immigration que le PS était leur défenseur naturel, qu’elles prenaient tout naturellement la place du prolétariat, des classes les plus fragilisées, les plus demanderesses socialement.  Ce message est magnifiquement passé, c’est une réussite exceptionnelle, malheureusement doublée d’un terrible échec.

 

 

Nous avons été incapables de transmettre nos valeurs.   Celles-ci sont restées étrangères  à une grande partie des populations émigrées.  Or, est-il honteux d’affirmer que le socle des valeurs qui structurent ces communautés ne sont pas les mêmes que celles qui ont structuré pendant des décennies et des décennies « le peuple de gauche » bruxellois.  La religion y tient un rôle essentiel, le culturel et le religieux y sont intimement liés d’où une distance de plus en plus grande avec le socle des valeurs socialistes.  Non !  Le socialisme bruxellois n’est pas le Baasisme de Nasser, de Sadam Hussein ou de Bachar el Hassad, trois régimes qui se revendiquaient du «socialisme». 

 

 

Nos valeurs sont celles du siècle des lumières, de liberté, d’égalité et de fraternité et…de l’antiracisme.  Il est vrai qu’en mars 2004, défendant ces valeurs au sein du PS, je me suis fait traiter de « laïcard » !!! Déjà !!!   Ce défaut de la transmission de nos valeurs est un terrible handicap, cette caricature montre que l’on va le payer cash.

 

 

A cela s’ajoute le phénomène généralisé, commun à différents partis,  de la disparition des militants.  En 1971, notre fédération comptait près de 30.000 membres en ordre de cotisation, aujourd’hui y en a-t-il  encore 4.000 ?

 

 

A Schaerbeek, l’une des communes les plus peuplées de la région, il y a, en tout et pour tout, 79 membres en ordre de cotisation.  Mais s’il n’y a plus de militants, il y a des électeurs dont la grande majorité est issue du monde immigré.  Enorme satisfaction pour le PS, mais là où le bât blesse, c’est que les indispensables relais, les porteurs de valeurs, les formateurs de cadres,  les éclaireurs de conscience qu’étaient les militants ont disparu.  Les petits soldats ont disparu, ne restent que les aspirants maréchaux !

 

 

 Au PS de Bruxelles,  on est soit électeurs soit élus !  C’est tout !

Il existe une superstructure qui dirige, régente, gouverne, mais où sont passés les militants ?

 

 

S’il est vrai que c’est aussi le cas dans d’autres formations, c’est plus grave au PS qui a toujours été un parti de militants.

 

 

Une symbolique est celle des femmes d’origine immigrée.  Depuis longtemps,  j’observe qu’il n’est pas bon, au PS de Bruxelles,  d’être d’origine maghrébine et femme.  De remarquables parlementaires ont été évincées, d’autres ont dû se battre de façon acharnée car on ne voulait pas d’elles sur les listes, trop libres, trop indépendantes.  Pourquoi ?  Simplement parce que cela ne plaisait pas à la composante la plus réactionnaire de la communauté, malheureusement celle sur laquelle le PS s’est appuyé.

 

 

L’une de ces femmes a osé, il y a quelques années dans « Le Soir » donner une interview où elle expliquait son combat pour « sa » liberté, ses choix.  Elle s’est fait agonir d’injures de toutes sortes, tout le monde lui est tombé dessus.

 

 

Ces femmes parfaitement intégrées, libres, détachées de tout obscurantisme, gênaient dans le paysage, heurtaient les relais communautaires les plus rétrogrades.

 

 

Conséquence, ce PS sans militants, mais blindé en électeurs, est aujourd’hui prisonnier de ceux-ci !

 

 

Toutes les généralisations sont absurdes et, souvent, porteuses de non-sens.  Il est heureux que les communautés immigrées aient aussi été la source d’où  certaines personnalités de très grande qualité ont pu émerger et tiennent leur place parmi nous. Mais j’observe que, là aussi, ceux qui, issus de l’immigration et qui se réclament de la laïcité, ou qui revendiquent la séparation de la religion et de la politique, sont systématiquement minorisés, comme si, d’une certaine façon, on avait honte d’eux.

 

 

Arrêtons de nous mentir, sans eux, le PS bruxellois n’existe plus électoralement.  Et donc la question qui est posée, c’est fondamental, est de savoir quelles valeurs nous allons porter demain.

 

 

Cette réalité nous explose au visage quand on découvre cette immonde caricature qui était censée illustrer la conférence de Moureaux et de Goldstein.  Avec un immense regret, il faut bien constater que ce n’est qu’un élément parmi d’autres.

 

 

Est-il exact qu’un parlementaire PS a récemment insulté un journaliste de « crapule sioniste ? »

 

 

Est-il exact, comme « Le Soir » le révélait que des élèves de rhétorique de Schaerbeek considéraient qu’Hitler avait bien agi en assassinant des millions de juifs ?

 

 

Dans un tel contexte, les pires,  pour exporter en Belgique le conflit Israélo-Palestinien, font flèche de tout bois.  Savent-ils ceux-là,  que 6 millions d’hommes, de femmes et d’enfants ont été assassinés, leur seul crime : être Juif.  Non !  Ils n’étaient pas des « crapules sionistes. »   

 

 

Peuvent-ils imaginer ce que fut ce sommet de l’horreur de mères Juives, nues, serrant dans leurs bras leurs enfants dans l’hébétude d’une chambre à gaz où, poussés les uns contre les autres, ne sachant que trop bien ce qui arrivait, luttaient face à une mort trop longue à venir, dans les cris, les odeurs de vomi et d’excréments.  C’est cette fin-là qui a été imposée à des millions de gens car ils étaient Juifs ! Au-delà des mots, c’est cette atroce réalité-là dont il faut se rappeler.

 

 

Savent-ils, ceux-là, que c’est en utilisant les mêmes, oui, exactement les mêmes caricatures que les régimes fascistes durant la guerre ont tenté de répandre l’antisémitisme au sein de la population des pays occupés ?  Ils n’y ont pas réussi !  C’est un immense honneur pour notre pays que d’avoir pu trouver en son sein des milliers de familles, surtout d’ailleurs catholiques, pour sauver des familles et des enfants juifs.  C’est un  immense honneur  que ce soit dans notre pays, et seulement dans notre pays,  qu’un convoi vers Auschwitz a été attaqué par la résistance !

 

 

Mais je ne doute pas que pour l’auteur de cet immonde dessin, ce proche de Dieudonné, et pour ceux qui ont songé à utiliser cette horreur, tout cela n’était « qu’un détail de l’histoire » comme l’a si aimablement affirmé Jean-Marie Le Pen.

 

 

Mesure-t-on bien au sein des instances dirigeantes du PS bruxellois l’immense écart qui s’installe entre nos valeurs fondatrices, le discours et la pratique de certains ?

 

 

Est-il vrai que le conflit Israélo-Palestinien permet à d’aucuns de ressortir du placard où leur père les y avaient prudemment remisés en 1945,  les oripeaux de l’antisémitisme ?  Oui ! Le député Destexhe a parfaitement raison « toutes les limites ont été dépassées. »

 

 

Est-ce être une « ordure sioniste » que de condamner la politique scandaleuse du gouvernement Israélien ?

 

 

Est-ce être une « ordure sioniste » que de dénoncer l’occupation des territoires de Cisjordanie, la colonisation ?   Mais faut-il pour autant stigmatiser « le Juif » ?  Je dirai mieux, le supposé « Juif » tel que l’antisémite le voit ou veut le montrer.  Il faut être particulièrement inculte pour encore oser, en 2013, caricaturer le « Juif » comme on le faisait pendant la guerre.

 

 

D’où tient-on qu’être Juif c’est appartenir à une race ?  Savent-ils ces ignares qu’il y a eu des juifs chinois ?  Quelle chance qu’il n’y en ait plus !  Que n’aurait-on dit ?

 

 

N’ont-ils donc pas appris qu’être juif,  c’est d’abord une culture, pour certains une religion, des valeurs, et surtout une histoire, une immense, une douloureuse et terrible histoire.

 

 

De plus,  en revenir aux pires pratiques des plus sombres heures de l’humanité ne résoudra en rien le problème Palestinien.

 

 

Me vient une question, une simple question à ceux, stupides ou ignobles, qui ont voulu utiliser cette caricature : Acceptez-vous l’existence de l’Etat d’Israël, je parle de l’Etat d’Israël dans ses frontières de 1948 ?  Ou bien vous alignez-vous sur les propos du « sympathique » dirigeant iranien qui envisage froidement la destruction de ce pays ?

 

 

Qu’il serait éclairant d’entendre les réponses de certains à cette simple question.

Récemment, lors d’une manifestation à Anvers, le slogan était « Les juifs dans le gaz. »  En tête de cette manifestation un parlementaire bruxellois, socialiste…flamand… Ouf !

 

 

Quant au PS bruxellois, s’il ne prend pas clairement position, sans langue de bois, sans la moindre nuance pour contrer une fois pour toutes  ce genre de dérive raciste, il deviendra impossible d’en être membre, il deviendra pour ceux qui, comme moi, encore nombreux, restent attachés aux valeurs de la gauche, infréquentable.

 

 

Oui !  Il y a des électeurs indésirables !  Oui ! L’électoralisme doit s’effacer quand l’essentiel est en danger !  S’il ne le fait pas,  le PS gagnera certes encore de nombreuses élections  mais il aura perdu son âme !

 

 

Merry Hermanus 


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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 22:41

La CSI (Confédération Internationale des Syndicats qui regroupe les organisations syndicales du monde entier) vient de lever un fameux lièvre : le Vatican s’est allié à l’Iran afin d’empêcher les Nations Unies de prendre des normes de luttes contre les violences à l’égard des femmes !

 

 

 

 Vatican01.jpg

Il est temps que "Rome tremble et chancelle" !

 

 

Il est temps que « Rome tremble et chancelle » comme dit la chanson. N’accordons plus aucun crédit aux clergés divers. Invitons les croyants à une « théologie de la libération » et de la libération de la femme en particulier !

 

PV

 

Communiqué de la CSI

 

 

11 mars 2013 : la CSI a écrit au Vatican pour l’appeler à mettre fin à sa campagne visant à empêcher les Nations unies d’adopter des normes plus strictes relatives à la violence à l’égard des femmes lors de la réunion de la Commission de la condition de la femme des Nations unies à New York.

 

 

« Il est choquant que le Vatican dirige une alliance impie avec l’Iran pour empêcher l’ONU de renforcer les mesures visant à protéger les femmes et les filles de la violence », a déclaré Sharan Burrow, secrétaire générale de la CSI.

 

 

« Des centaines de millions de femmes ont été victimes de violence, d’agressions et de mutilations génitales et des centaines de millions de femmes supplémentaires le seront également si les gouvernements, dirigés par les Nations unies, n’intensifient pas les mesures. L’idée selon laquelle les ‘pratiques culturelles ou religieuses’ peuvent servir d’excuse à la violence, à la torture, aux mutilations ou aux assassinats ne peut prévaloir à notre époque moderne. Nous exhortons le Vatican et les alliés de son gouvernement à cesser de s’opposer à la pleine protection des filles et des femmes. »

 

 

Lire la lettre adressée au Vatican (en anglais)

 

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 11:11

La mort d’Hugo Chavez, le bouillant Président du Venezuela, a déclenché une polémique sans précédent suite au décès d’un chef d’Etat. Une fois de plus, les médias occidentaux se sont déchaînés pour dénoncer un dictateur (pas sanguinaire, mais presque…), un gourou de secte qui a réussi (France 2), un révolutionnaire de pacotille. Et nous en passons.

 

 

 hugo-chavez01.jpg

Hugo Chavez a dit adieu à son peuple.

 

 

Depuis 1999, Chavez est au pouvoir et il a été réélu trois fois, malgré les pressions des Occidentaux sur les médias privés du Venezuela (à peu près deux chaînes de télévision sur trois sont privées et distillent une propagande hostile à Chavez). Il a conservé et renforcé sa popularité. La raison en est simple. La Venezuela est riche en pétrole et Chavez a profité de l’augmentation des cours de l’or noir pour financer des programmes sociaux ambitieux tels la scolarisation, le secteur de la santé, la sécurité sociale, etc. Les résultats furent spectaculaires. Le taux de pauvreté a diminué de 54 % et le taux de pauvreté extrême de 72 % depuis sa prise de pouvoir. Le Venezuela est devenu le pays le moins inégalitaire d’Amérique du Sud selon le fameux indice Gini. Les allocations sociales (maladie, vieillesse) ont triplé sous Chavez et le SMIC vénézuélien a été augmenté à plusieurs reprises.

 

 

 DEUIL-HUGO-CHAVEZ-.jpg

Le deuil des Vénézueliens n'est pas un deuil à la "Nord Coréenne".

 

 

Il y a bien sûr des points faibles, notamment le taux de criminalité qui est un des plus importants du monde. L’inflation, bien qu’elle ait diminuée, reste à un taux insupportable : 22, 2% en janvier 2013.

 

Chavez – et c’est sans doute là qu’il a déclenché l’ire des Occidentaux – a marqué son indépendance à l’égard des USA et son hostilité à sa politique. Il a prôné la révolution bolivarienne pour tout le continent sud-américain. De profonds changements ont eu lieu et le charisme exceptionnel de Chavez a certainement joué un rôle : la Bolivie d’Evo Morales et l’Equateur de Rafaele Correa ont rallié la révolution bolivarienne. Hugo Chavez entretint de très bonnes relations avec le Brésil et l’Argentine.

 

La problématique est le voisin occidental : la Colombie. Ce pays entièrement contrôlé par les USA et est confronté à la fameuse guérilla des FARC rendues célèbres par la prise d’otage d’Ingrid Betancourt. Chavez fut accusé de soutenir les FARC. Cela n’empêcha pas une réconciliation avec le président colombien Alavaro Uribe en 2008.

 

Hugo Chavez est un homme inclassable. Il fut un révolutionnaire sans violence. Tout en prônant l’indépendance à l’égard des Etats-Unis, il s’efforça d’entretenir des relations correctes avec la grande puissance. C’est ainsi qu’il fit distribuer du pétrole à bas prix aux pauvres du Bronx de New York et aux victimes de l’ouragan Katarina de 2009.  Bien que marxiste, il s’est toujours dit chrétien et sa profession de foi est sans doute révélatrice de sa personnalité dans ces deux citations :

 

«  Parmi les éléments qui pourraient définir le socialisme du xxie siècle, je dirais que la première caractéristique est l’élément moral. Il faut commencer par cela, par la conscience, par l’éthique. Le Che a beaucoup écrit sur la morale socialiste. Quelle que soit la vision du monde que l’on a, il faut nous réapproprier le sens éthique de la vie. Ce que je dis là tient sans doute beaucoup du christianisme : « Aimez-vous les uns les autres » ou « Aimez votre prochain comme vous-même ». En réalité, il s’agit de ceci : de la solidarité avec le frère. Il s’agit de la lutte contre les démons que le capitalisme a semés : l’individualisme, l’égoïsme, la haine, les privilèges. »

Et :

«  Je suis chrétien et je pense que le socialisme doit se nourrir des courants les plus authentiques du christianisme»

 

Certains médias affirment que Chavez restera une énigme. Non, il fut un homme libre qui refusait de rentrer dans les schémas pour mieux servir son peuple et ses idéaux.

 

Pierre Verhas

 

Suivent ici deux articles (le premier de Sandra Russo, le second de José Fort) parus sur le site du « Grand Soir » qui dénoncent les relations scandaleuses de l’establishment et des médias occidentaux suite à la mort d’Hugo Chavez. Edifiant !

 

 

 

lundi 11 mars 2013


Il a été le premier à bouger l’aiguille qui était arrêtée.

 

Ce qu’ils ne pardonnent pas à Chávez (Pagina12)


Sandra Russo

 

 

À Hugo Chavez, ils ne lui ont pas pardonné même quand il était évident qu’il allait mourir.

Quand il a demandé à Dieu un an, quand il a imploré qu’il lui donne du temps.

 

Quand il a utilisé la métaphore de la pleine lune pour donner une idée de quelle forme, ronde, était sa conviction que Nicolás Maduro garantissait la continuité du projet bolivarien.

 

Les haineux, à l’intérieur et en dehors du Venezuela, ne le lui ont pas pardonné, ni ne lui pardonneront jamais, d’avoir été le premier président du monde à déchirer le voile de la grande cochonnerie néolibérale et d’avoir dynamisé par des idées et du pétrole une région qui juste quatre ou cinq ans après, comme résultat de la grande crise, a voté pour ses collègues de route, les présidents latino-américains qui ont fait que cette région, pour la première fois en deux cents ans, croît, mais pas grâce à plus d’inégalité.

 

 

Cette donnée à la vie dure. Ici ou là-bas, plus ou moins, meilleur ou pire, d’abord une chose ou l’autre, avec un style ou un autre, mais ils l’ont fait. Ces pays, les nôtres, dans la « décennie gagnée », ont progressé économiquement et socialement. C’est cela qu’ils ne lui ont pas pardonné, ni lui, ni aux autres. Qu’il ait mis l’esprit, le cœur et les politiques sur le social, c’est ce qu’aujourd’hui l’Occident cache sous le tapis.

 

 

 

Chavez a rendu évident ce qui semblait impossible. Que l’on peut être un militaire qui défend sa patrie, mais que la patrie est le peuple, et non les financiers nantis. Que l’on peut redistribuer vers le bas la rente de ce pourquoi on envahi les pays, on ment à l’opinion publique, on tue et on meurt. Les États-Unis vont en guerre pour du pétrole et Chavez l’offrait ou baissait le prix de celui-ci pour les amis. Et ses amis n’étaient pas des PDG de holdings, de banques ou de multinationales : ils étaient les présidents d’autres peuples qui voulaient sortir la tête de l’eau après une souffrance populaire qui avait duré des générations.

 

 

Avec sa franchise impudente, Chavez a dit au monde : eh ! Les compressions budgétaires ne sont pas inévitables ; les banques ne sont pas des dames de charité ; ce qui est à nous est à nous et à tous, aussi pour les sans papiers et les pouilleux. Chavez a aussi dit : eh, il n’y a pas de raison et ce n’est écrit nulle part, que ce que nous vivons jusqu’à aujourd’hui continue de la sorte et dans les mêmes mains qui volent. Le monde lui est tombé dessus mais il a dit : « Cela ne m’importe même pas de défendre mon honneur. Je veux seulement défendre ma patrie ».

 

 

L’Europe continue sans se rendre compte, ou peut-être bien que se rendre compte ne suffit pas, et il faut espérer qu’émergent des dirigeants qui synthétisent et conduisent les désirs collectifs de changement. Chavez n’a pas eu peur de choses qui auraient hérissé tout homme sensé. Après, les autres l’ont suivi, et sur ce point comment ne pas se souvenir de Nestor Kirchner quand, avant la plus grande refonte de dette de l’histoire, il leur a collé son diagnostic irréfutable, le même auquel, dix ans après, commencent à parvenir les Européens : quand il a dit que « les morts ne paient pas ».

Aujourd’hui, peu de choses restent déjà de ces Européens indignés qui sont sortis dans les rues en 2011. Ou du moins, les grands médias ne rendent plus compte de ce qui est arrivé à ces jeunes qui remettaient en question le système, mais continuaient d’identifier le système à la politique, comme si c’était inévitable que la politique fut une seule chose : de la pure crasse.

 

 

Ici, nous savons ce qu’il en est de combattre dans l’urgence : pendant les années 90 en Argentine, on n’a pas parlé politique mais de faim et de chômage. En Espagne, leur sont tombées dessus les pluies toxiques des coupes budgétaires, et les « expulsions » : cette guillotine qui coupe à la racine l’envie de vivre de ceux qui d’un jour à l’autre perdent leur toit. Ces bonzes et suicidés avec prénom et nom de famille, individualisés encore grâce aux couches de l’État de Bien-être que la troïka veut démanteler, expriment en Europe ce qu’en Amérique Latine – un continent jusqu’à il y a peu « à sacrifier » – ont exprimé des millions d’exclus sur lesquels le même système et les mêmes politiques ont craché pendant des années.

 

 

Dans un article récent, l’essayiste et traducteur basque Gorka Larrabeiti mettait en lumière le piège attrape-nigaud qu’est aujourd’hui l’Europe. Comme le démontrent les brèves nouvelles de ces derniers jours. Ainsi : au Portugal, simultanément dans 39 villes, la foule a chanté l’hymne de la Révolution des Oeillets contre la troïka. En Italie, il est difficile de former un gouvernement. Revoici Berlusconi et voici, Beppe Grillo, qui se dit « ni de gauche, ni de droite ». En Allemagne un Parti Anti-euro est déjà formé. Il s’élève davantage de voix qui réclament le retour aux monnaies nationales, parce que l’euro-Europe est perçue comme une entrave à l’autodétermination des peuples. En France, la droite de Marine Le Pen demande « solennellement » un référendum pour sortir de l’euro et maudit autant l’Union Européenne que « l’Union soviétique ». aux Pays-Bas, Geert Wilders, leader du Parti de la Liberté, annonce un mélange de mesures anti-immigration d’extrême droite et de politiques qui puissent garantir un État de Bien-être pour les « purs ». En Belgique, le maire populiste d’Anvers, Bart De Wever, a mis en place un impôt spécial pour les citoyens non belges. En Slovénie un gouvernement corrompu tombe et un gouvernement « technique » est formé. Les États-Unis annoncent leurs propres restrictions budgétaires et des millions de personnes se préparent à vivre plus mal.

 

 

Bart-De-Wever.jpg

Si l'Europe continue ainsi, elle sera à la merci d'individus comme Bart De Wever.

 

 

Ces sociétés ne sont, aux yeux des grands médias, des « sociétés divisées », comme l’Argentine n’était pas divisée dans les années 99, quand l’Alliance a gagné. Hugo Chavez gouvernait déjà au Venezuela, mais il paraissait être un militaire de plus parmi ceux à qui le Pentagone donnait quitus. Les sociétés n’étaient pas divisées parce qu’il n’y avait pas de lutte du pouvoir. Changer la direction du pouvoir était inimaginable : il était rivé en un point fixe.

 

 

C’est cela qu’ils ne pardonnent pas à Hugo Chavez : il a été le premier à bouger l’aiguille qui était arrêtée. Il l’a orientée vers le peuple et il a payé le prix, en donnant tout, jusqu’à sa vie, et sa mort est la preuve de ce que « vouloir se perpétuer au pouvoir » était encore une stupidité de plus parmi les nombreuses entendues chaque jour. Ce que Chavez voulait que soit affirmée, prolongée et développée, n’était pas sa permanence au pouvoir, mais celle de l’aiguille indiquant le bas. C’est cela qu’ils ne lui pardonnent pas.

 

 

Sandra Russo

 

 

http://www.pagina12.com.ar/diario/contratapa/13-215412-2013-...

 

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

 

http://www.elcorreo.eu.org/Ce-qu-ils-ne-pardonnent-pas-a-Chavez?lang=fr

 

 

dimanche 10 mars 2013

Gardez votre arrogance.


José FORT

 

 

L’arrogance d’une frange de l’élite politico-médiatico française n’est plus supportable. Elle vient de s’exprimer à nouveau avec le décès d’Hugo Chavez : un mélange d’inculture, de bêtise et de haine. La politique de Chavez et du Venezuela peut ne pas être partagée. Mais pourquoi tant de mensonges, de violences ? La politique de répartition de la richesse pétrolière est la raison principale de l’hystérique campagne des médias ignorants et des réactionnaires de tous poils.

 

Une dictature ? Quatorze consultations électorales sur quinze remportées par Chavez et ses compagnons. Aucune manifestation de l’opposition réprimée, aucune arrestation. C’est au mois de février 1989 que remonte la dernière répression de masse dirigée par l’ancien président et vice-président de l’Internationale socialiste, Carlos Andrès Perez, lors des émeutes de la faim. Des milliers de manifestants, la plupart descendus des bidonvilles et des étudiants avaient été abattus par l’armée sur ordre du gouvernement de l’époque. C’est au lendemain de ces événements que le « chavisme » commença à émerger.

 

 

La presse bâillonnée ? 80% de la presse écrite, la majorité des radios et des chaînes de télévision restent entre les mains de l’oligarchie vénézuélienne.

 

 

La pauvreté ? Alors qu’elle augmente en Europe et en France, elle a considérablement diminué depuis l’arrivée au pouvoir de Chavez, selon les chiffres de l’ONU.

 

 

La santé ? Jamais les couches déshéritées de ce pays n’avait bénéficié de moyens aussi importants pour se soigner.

 

 

L’enseignement ? L’analphabétisme a spectaculairement reculé depuis dix ans, selon l’Unesco.

 

 

La solidarité latino-américaine ? Elle s’est déployée avec tous les pays particulièrement avec Cuba, l’Argentine, l’Equateur, la Bolivie.

 

 

La souveraineté nationale ? Le pays n’est plus une colonie yankee.

 

 

La rente pétrolière ? Elle ne va plus dans les poches de l’oligarchie corrompue mais finance les plans sociaux.

 

 

Voilà ce que ne disent pas les médias. Voilà ce que combattent les droites françaises et certains caciques socialistes. Un jour viendra où les peuples vénézuélien et latino-américains nous riant au nez diront à la France : gardez votre arrogance nous n’avons pas besoin de vous.

 

 

José Fort

 

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 16:04

Résister, disait Lucie Aubrac, est un verbe qui se conjugue au présent. Résistant d’hier contre le nazisme, Stéphane Hessel était aussi un résistant d’aujourd’hui, engagé contre les méfaits du néolibéralisme, l’écart grandissant entre les plus riches et les plus pauvres, la dictature des marchés financiers, l’exploitation abusive des ressources de la terre, les traitements inhumains infligés aux personnes les plus défavorisées.

 

 

 

 stephane-hessel2.jpg

Stéphane Hessel vient de nous quitter : un des rares maîtres universels

 

 

Stéphane Hessel était aussi un bâtisseur. Il avait participé à l’élaboration du programme du conseil national de la résistance, mais, comme l’écrit Bernard Gensane, la mise en œuvre de ces grands principes après la Deuxième Guerre mondiale, Denis Kessler, l’ancien gauchiste et ami intime de Strauss-Kahn, a voulu la « défaire méthodiquement » pour anéantir le pacte social qui avait permis, justement sans trop de casse, la reconstruction. Une France [et aussi une Europe] en ruine purent se permettre, nous rappelle Hessel, un plan complet de Sécurité sociale, une retraite permettant à tous les travailleurs de finir dignement leurs jours, la nationalisation des principales sources d’énergie, l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie. Aujourd’hui, la question de la protection des travailleurs est (provisoirement ?) réglée. L’accès à des soins de qualité est devenu un privilège, surtout depuis les lois et règlements adoptés par la droite conservatrice qui écartèrent les représentants des travailleurs de la gestion des caisses primaires. Tout comme en Belgique, le patronat veut définitivement saboter la concertation sociale.

 

 

 indignados02.jpg

Les indignés manifestent partout ! Ici à Madrid.

 

 

Hessel avait ensuite co-rédigé la déclaration universelle des droits de l’Homme.

 

Infatigable défenseur des droits de l’Homme, il a été également de tous les combats anticolonialistes. Sa défense rigoureuse du peuple palestinien, entre autres, lui a valu d'essuyer à maintes reprises insultes et diffamation. Le passage le plus poignant de « Indignez-vous ! » est consacré au martyre des Palestiniens, des habitants de Gaza en particulier. Quand il se tourne vers le Proche-Orient, parce qu’il bénéficiait d’un passeport diplomatique, Hessel put se rendre dans la « prison à ciel ouvert », peu après l’opération “ plomb durci ”. Mille quatre cents morts, principalement des civils. Cinquante blessés dans l’armée israélienne. Une massue pour écraser un papillon, comme disent les Anglais.

 

 

 Gaza_bombardement.jpg

Gaza: la "prison à ciel ouvert" bombardée lors de l'opération "plomb durci"

 

 

Jusqu’à la fin, il a été aux côtés de ceux qui menaient les luttes pour un monde plus juste. Son livre «Indignez-vous», qui a eu un écho planétaire, a été le drapeau de milliers de manifestants du monde entier qui se sont mobilisés contre un système injuste et de moins en moins démocratique.

 

Pierre Verhas

(avec l’aide de textes d’ATTAC – France et de Bernard Gensane)

 

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 22:10

Le texte qui suit, intitulé Exil du chaos, est un cri de révolte et de dépit, mais non de désespoir. La militante grecque Marie-Laure Veilhan a pris la décision de s’exiler. Trop, c’est trop ! Vivre en Grèce n’est plus possible. Trois ans du régime imposé par la « catastroïka » comme l’ont appelée les Grecs ont détruit ce pays, l’ont rendu invivable.

 

Elle a voulu que la Grèce atteigne un Graal inaccessible comme l’étoile de Jacques Brel. Les 3 % de déficit imposés par le traité de Maastricht qui a contraint tous les Etats membres de l’Union européenne à une seule politique économique, celle de l’offre, mieux connue sous le nom de néolibéralisme. Combien de fois n’a-t-elle été dénoncée ici et en bien d’autres lieux d’expression ? Nombre de politiques prétendent la combattre. Pourtant, lorsqu’ils sont aux affaires, ils l’appliquent souvent avec zèle. Et avec quelles funestes conséquences : accroissement de la pauvreté, du chômage, de la précarisation du plus grand nombre avec leurs corollaires : insécurité, retour de maladies disparues comme la tuberculose, déscolarisation, multiplication des sans abris et des exclus, etc.

 

Athènes n’est pas loin de Charleroi.

 

Mais, bon. Nous sommes en Belgique « un des cinq pays d’Europe qui ne connaît pas la récession » selon le tout frais émoulu président du PS et bourgmestre de Charleroi, Paul Magnette. C’est moins grave que la Grèce. Ben voyons !

 

Ne regardons pas la Grèce de notre balcon, M. Magnette ! Cela viendra ici et bien plus vite qu’on ne le pense. Pensez-vous sincèrement que les fermetures brutales et sans préavis qui suivent et précèdent bien d’autres, d’Arcelor Mittal à Liège et à Florange, de Ford Genk, et « pas loin de chez nous » de Good Year à Amiens seront sans conséquences ? Comment allez-vous « recycler » ces milliers de travailleurs et leurs familles, sans compter toute l’économie locale qui tourne autour de ces grandes entreprises ?

 

Athènes n’est pas loin de Charleroi, Paul Magnette !

 

Et, au gouvernement, en dépit des rodomontades du genre « Sans nous, ce serait pire ! », vous suivrez les libéraux, vous jouerez le « bon » élève de l’Europe, le doigt sur la couture du pantalon, comme vous l’avez fait depuis vingt-quatre ans que le PS est au pouvoir en Belgique.

 

Les privatisations

 

Ce seront les privatisations ! Vous avez bien débuté il y a déjà dix ans avec celui qui est actuellement votre Premier ministre,. Et vous allez poursuivre. Tournez votre regard vers cette Grèce qui vous semble si lointaine.

 

Les privatisations imposées par la troïka en Grèce et par la Commission européenne dans le reste de l’Union européenne reviennent à brader les Etats aux grandes multinationales. Un secteur privé développé ainsi ne signifie pas la libre entreprise. Il n’apporte ni prospérité nouvelle ni la modernisation nécessaire. Au contraire, partout où il y a eu privatisation, les prix ont augmenté, les services se sont dégradés, mais le monopole autrefois public s’est transformé en position dominante. Et cela ira plus loin encore : les chemins de fer, la Poste, les hôpitaux, l’école, les Universités, le reste des services collectifs, tout basculera dans la gueule du monstre multinational jamais rassasié dans ce sinistre pique nique des vautours via les fonds d’investissements réfugiés dans ces forteresses du capitalisme appelées paradis fiscaux.

 

La dette

 

Les marchés usent aussi d’une autre arme : la dette. Ils ont forcé les Etats à s’endetter. La crise de 2008 a signifié une explosion de la dette, au moment où les banques ont contraint la puissance publique à les renflouer. Cela côté cour. Et les prêts très peu librement consentis aux banques, accroissent considérablement la dette au seul bénéfice des mêmes banques. Cela côté jardin.

 

Ainsi, la dette dépouille les Etats qui sont placés désormais sous le contrôle absolu des marchés via les institutions européennes, entre autres, qui au nom des déficits provoqués par l’endettement, imposent une politique d’austérité sans précédent. L’objectif commence à être atteint : la disparition de l’Etat auquel se substitue le pouvoir absolu des multinationales.

 

On évoque souvent les néolibéraux qui veulent affaiblir l’Etat entrepreneur, l’Etat social, mais renforcer l’Etat régalien. Ce fut vrai jusqu’il y a peu. Aujourd’hui, ils vont plus loin. Au nom de ces mêmes déficits, ils vont jusqu’à prôner la privatisation des fonctions régaliennes : la police et même l’armée. Ils veulent imposer une justice contractuelle et non plus contradictoire. Le sale boulot des militaires en guerre serait effectué par des multinationales de mercenaire comme la sinistre Blackwater.

 

Le mal se répand et il touche en premier lieu les plus fragiles, mais la fragilité s’étend. On le savait dès que la monnaie unique a été instaurée. La Grèce ne pouvait supporter le critère bien trop sévère et déjà fort lourds pour les pays du « Nord ». Nul n’ignorait le statut particulier de l’Eglise orthodoxe, cette réminiscence du Moyen-âge, véritable Etat dans l’Etat, le pillage des armateurs, la corruption. Mais qui a payé ? Les corrompus ? Non. Le peuple. Jamais un peuple dans un Etat démocratique n’a subi une telle cure d’austérité. Tout s’est passé comme si la nation de Périclès a servi de laboratoire pour le régime nouveau qui sera imposé à tous les peuples du vieux continent.

 

Le rêve européen était au départ celui d’une unité enfin réalisée entre les différents peuples. Il s’est transformé en cauchemar, celui du pouvoir absolu d’une poignée d’actionnaires qui imposent sans aucun scrupule leur loi d’airain au monde, afin d’accumuler toujours plus. Jamais dans l’histoire, une telle concentration de richesses ne s’est retrouvée entre les mains d’un si petit nombre.

 

Raoul-Marc Jennar écrit dans son blog ( http://www.jennar.fr/?p=2759 ) : « N’est-il par urgent de refonder l’Europe sur des bases respectueuses des principes conquis et proclamés en 1789 et de la doter d’institutions démocratiques dépouillées de toute orientation idéologique ? Faute de quoi, les populismes et les nationalismes qui pointent déjà partout vont triompher. C’est l’Union européenne, telle qu’elle fonctionne, avec l’idéologie qui est la sienne, qui tue chez un nombre grandissant d’Européens le projet d’union des peuples d’Europe. »

Et aujourd’hui, c’est à un exil intérieur – déjà organisé et prévu par les directives européennes sur le marché intérieur – que sont contraints des milliers d’hommes et de femmes à travers le continent, afin de simplement survivre. Vivre est désormais impossible pour un nombre croissant, survivre reste encore envisageable. Pour combien de temps ? C’est ce que nous raconte Marie-Laure Veilhan dans ce cri qui est initialement paru en français sur le site Mediapart et qui a été diffusé par la « blogosphère ».

La catastroïka

Nous vous invitons aussi à consacrer un peu plus d’une heure à regarder ce document sous-titré en français et réalisé par des militants grecs.

 

http://www.catastroika.com/indexfr.php

 

Ce film part du processus de privatisation forcée en Russie après le coup d’Etat de Boris Eltsine et de l’oligarchie en 1993 contre le Parlement russe. Cela fut appelé la « catastroïka ». Il montre que ces politiques ne sont possibles qu’en éliminant ou à tout le moins en affaiblissant les institutions démocratiques. Cela s’est fait avec la force brutale en Russie. Il s’est poursuivi en Grèce, avec la mainmise de la fameuse « troïka » (FMI, BCE, Commission européenne). Dans les pays à tradition démocratique plus forte, des transferts de souveraineté des Etats vers la Commission européenne ont été menés à la hussarde lors des Sommets dits Merkozy de 2010 à 2012, d’où sont sortis entre autres le fameux Traité budgétaire qui place les Etats sous le contrôle de la Commission et leur ôte toute initiative en matière de dépenses publiques. Autrement dit, en leur retirant tout pouvoir politique au profit d’un organe non élu. Ce n’est qu’une forme plus subtile de tuer la démocratie, ou plutôt la liberté et la solidarité.

 

Nous laisserons la conclusion à notre ami Bernard Gensane qui avait publié ce récit sur son blog.

 

« Nous sommes en guerre. Les armées ennemies sont des lois qui nous dépouillent. Que faisons-nous ? Regardons-nous les pauvres du haut du balcon en disant : « Ils l’ont mérité ? ». Attendons-nous de les rejoindre en disant « Ca n’arrivera pas » ?

 

Ou entrons-nous en résistance ?

 

Cette question que vous vous étiez sans doute posée à propos de la dernière guerre, la voici dans votre jardin. Impossible de vous défiler. Il faut agir ou trahir.

 

Trahir notre Histoire, trahir tous les progrès du 20ème siècle, trahir nos enfants pour le bénéfice d’une bande d’allumés pour qui le mot Humanité n’a plus aucun sens !

 

Nous sommes devant l’Histoire. L’Histoire des Braves en lutte contre les Fous.

 

Que dira-t-on de nous ? »

 

Pierre Verhas

 

 

Exil du Chaos

 

17 février 2013

 

Par Marie Laure Veilhan

 

Nous avons pris la décision de partir.

 

Voilà une décision qui procède d’un non-choix, d’une nécessité que je ne qualifierai pas d’absolue, pour la simple raison que je sais qu’on n’est ni en Afghanistan, ni à Smyrne de 1922. Non, c’aurait pu être un choix. Mais c’est tout juste une décision.

 

Décision d’exil, alors.

 

Il nous reste un été ici. Nous serons en France pour la rentrée 2013.

 

Nous laisserons derrière nous la maison de mon compagnon, Christos. La maison d’un autre exil, qui date de 90 ans : celui des grands-parents de Christos, venus de Constantinople (Kalloni, « la belle ») en 1922. J’écrirai un jour prochain ce que j’ai pu retenir de cette histoire-là. Elle est présente, curieusement parfois.

 

Nous laisserons des amis, Dina la rigolote, Angélique à la voix d’or, nous laisserons le père de mes enfants, la mer où Christos allait pêcher si souvent, sur les traces de son père, pêcheur, les orangers, le grenadier, les citronniers, l’oncle Adonis, tout tordu, tout pauvre, tout vieux, toujours si digne et souriant, sauf ces jours-ci, sa dame Anna s’en va à petit feu…

 

Je laisserai la terre que j’ai aimée pour la première fois il y a vingt-quatre ans, fille au pair d’un été, et que je croyais ne jamais quitter. Chaque jour qui passe, j’ai peine à croire à ce qui arrive à cette Grèce-là.

 

J’ai peine. Grand peine.

 

Nous sortons peu – le temps a l’air d’avoir pris la couleur de la vie : il pleut, sans arrêt, au point que le bois doit rester longtemps dans le poêle avant de s’embraser. Nous regardons distraitement les journaux télévisés, on connaît la rengaine. Deux dizaines d’impôts créés en 2012. Chômage. Misère. Enfants non vaccinés. Facultés qui ferment. Hôpitaux en panne de chauffage, de matériel de première nécessité (compresses, instruments chirurgicaux,…). Et de yaourts aussi. Néo-nazis au parlement. Grèves. Mobilisation décrétée dans deux secteurs (marine marchande et transports en commun), sous le contrôle direct de l’armée. La folie rivalise au quotidien avec le ridicule, le trivial, le presque rigolo. Non, on n’y croit pas, quand le secrétaire du Ministère de l’Economie annonce que « le smic à 560 euros -bruts- est encore trop haut »…

 

En chiffres, ça donne : 27 % de chômage global en novembre 2012 (derniers chiffres disponibles), soit une augmentation de 31% par rapport au mois de novembre 2011. 61,6% parmi les jeunes. Chiffres officiels, qui ne prennent pas en compte les multiples programmes de « formation » indemnisés à 250 euros pour deux mois, soit trois fois moins que l’allocation chômage, fixée à 360 euros mensuels. Pas d’allocation familiale, ni de logement bien sûr. 60 milliards de créances avérées vis-à-vis du Domaine Public (fisc et caisses d’assurance maladie et retraite). La récession en 2012 à 6,5%, pour la cinquième année. Le pain à 1,60, l’essence à 1,70. Le smic grec à 560 euros brut (480 euros nets), et 492 bruts (424 nets) pour les jeunes jusqu’à 25 ans. 300.000 compteurs coupés l’an dernier faute d’avoir pu payer la facture d’électricité, désormais couplée à l’impôt spécial (calculé sur la base de la surface du bâtiment alimenté), censé être exceptionnel, mais qui sera finalement intégré à un impôt global. Mon employeur (Union des Coopératives Agricoles), qui emploie 130 personnes (à l’usine et dans les bureaux, ne s’est toujours pas acquitté des salaires de novembre du personnel administratif. Je fais partie de ce dernier, mais ai eu droit à un « régime de faveur » qui m’a permis de recevoir les salaires de novembre et décembre, sous forme d’ « avance sur salaire » (c’est joli, comme formule : avance sur arriéré). J’étais allée faire remarquer que c’est ma seule source de revenus, et que nous vivons à quatre de ces presque 800 euros par mois. Nous avons longtemps été les moins riches de tous ceux que je connais.

 

Nous sommes désormais parmi les moins pauvres de ceux dont nous partageons le quotidien (travail exclu). Il n’y a plus de syndicat des ouvrières à mon boulot : il a été dissout, suite à des pressions exercées de façon ouverte sur l’intégralité des ouvrières, prises une à une. Ce mois-ci, le grand magasin Sprider (grande chaîne de vêtements bas prix), qui employait quinze personnes, a fermé. La deuxième boulangerie du quartier aussi. Pas résisté.

 

[Christos discute ce moment-même sur Skype avec un copain, parti en Allemagne en septembre. Il lui parle exactement de ça, à l’instant. C’est saisissant.]

 

Aighion accueillait depuis plusieurs années deux sections d’enseignement supérieur technique (optique et kiné). Au bord de la mer, dans un bâtiment industriel abandonné et rénové. Ces deux sections disparaîtront, comme une trentaine d’autres en Grèce, à partir de septembre. Les étudiants s’en iront, les bars, le cinéma qui avait rouvert depuis peu, la salle de musique… vont se vider un peu plus. Nous n’y allions quasiment plus, mais c’est réjouissant de voir ces étudiants qui venaient jouer gratuitement au « Polytechneio ». Triste, aujourd’hui, d’être presque sûr que cela ne durera pas.

 

Je voudrais être contredite par les faits.

 

Mais les médicaments de traitement du sida ont été désinscrits de la liste des médicaments remboursables. Pour les traitements anti-cancer, cardio, contre la tension artérielle… et pour une foule d’autres, la question n’est plus tant qu’ils soient ou non remboursables : il est de plus en plus difficile d’en dénicher. On crève de cette crise, et pas ceux qui sautent d’un balcon ou se tirent une balle dans la tête. On se laisse aller, aussi, tout simplement.

 

Je m’accroche à ceux que j’aime. Et à la première sonate de Beethoven, aussi. Qu’il me pardonne…

 

Je participerai du 1er au 3 mars à une rencontre organisée par l’aile « rouge » du Syriza sur la lutte contre le fascisme (en tant qu’interprète, ce qui nous paiera les billets de bus et une partie des frais de séjour à Athènes). Je vous conterai ce que j’aurai pu en retenir. Je sais désormais que cela pourra nous valoir des déboires plus ou moins importants. Les députés de l’Aube Dorée soufflent sur les braises de la haine, l’un deux a déclaré hier : « la prochaine fois que nous ferons une descente sur un marché pour contrôler les vendeurs étrangers, on ne fera pas que donner des coups de lattes dans les étalages. Il faut bien qu’on se fasse plaisir, aussi… Il est hors de question qu’on laisse les citoyens grecs sans protection ». Babakar Ndiaye est mort, il y a huit jours, jeté sur les rails de la station Thisseio, à Athènes, par l’un des dix agents de la police municipale qui l’avait pris en chasse parce qu’il vendait sur le trottoir des faux sacs Vuitton ou des parapluies chinois. Les paysans qui tentaient de bloquer symboliquement la route nationale ont été attaqués par les flics. Attaqués, non pas arrêtés. La violence institutionnelle s’installe chaque jour. Violence policière des brigades anti-terrorisme qui rouent de coups les quatre jeunes (qui se déclarent anarchistes), les défigurent, et se donnent tout juste la peine d’un maquillage électronique pour masquer les pires traces de torture sur les visages tuméfiés.

 

Le message est clair : « Tenez- vous tranquilles, ça pourrait arriver à tout le monde et à n’importe qui ».

 

Enfin, presque. Des militants de l’Aube Dorée, arrêtés la même semaine en possession d’armes lourdes, se sont fait photographier au poste. On en rigole : ils ont l’air de sortir du centre de soins esthétiques, tellement ça n’a pas l’air de les éprouver. On comprend, d’ailleurs : ils sont déjà dehors. Nous savons bien que ce qui nous attend en France n’est pas rose. Au-delà de l’adaptation à une vie que nous n’avions jamais prévue telle (ce qui suppose une adaptation forcée des enfants, par exemple, à un système scolaire en français, eux qui sont scolarisés en grec, bien sûr – mon fils, de bientôt onze ans, ne sait ni lire ni écrire en français, il a commencé l’anglais il y deux ans…), au-delà de tout ce qui nous fera ressentir ce mal du pays que les Grecs appellent si justement νοσταλγία (la nostalgie, douleur de la terre d’où l’on vient en traduction libre…), nous savons bien que la situation en France est dure, violente parfois, et que les choses vont mal pour beaucoup, là aussi.

 

D’ailleurs, le mal dont souffre la Grèce, c’est le même que celui qui étend son ombre sur l’Hexagone. Je le nomme « argent-dette », comme l’ont si bien fait les créateurs grecs de « Catastroïka », dont je ne saurais trop vous recommander la vision. Il a beau avoir été tourné il y a bientôt deux ans, tout y est.

 

Voyez.

Regardez.

Dites.

Faites.

Agissez.

 

C’est de notre vie à tous et à chacun qu’il s’agit.

 

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Published by pierre verhas
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