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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 21:32
 
Nous publions ici un article de notre ami Bernard Gensane paru sur son blog (URL en fin d’article) et reproduit par le site bien connu de nos lecteurs, « Le Grand Soir ». Il s’agit d’un très intéressant historique de la politique états-unienne en Amérique latine et de leur rôle dans ce qu'on a appelé les «républiques bananières». Cette analyse nous rafraîchit la mémoire sur des événements que l’on a connus, il y a longtemps déjà, mais qui ont souvent été mal interprétés.
 
Il faut savoir que, comme l’écrit Bernard : « Les États-Unis sont nés dans, de et par la violence extrême : massacre génocidaire des Indiens, maintien du peuple noir dans l’esclavage, répression féroce – parfois par les armes – de la classe ouvrière, irrésistible et brutal Drang nach Westen, application sans faille de la politique du gros bâton en Amérique latine. »
 
 
Selon la doctrine exposée par le président James Monroe en 1823, tout le continent américain devient une chasse gardée des États-Unis. Pour l’anecdote, de nombreux épisodes de la célèbre série télévisée “ Les Mystères de l’Ouest ” (1965-1969) étaient une légitimation de cette doctrine : deux agents secrets, au service direct du président des États-Unis Ulysses Grant (1869-1877), débusquaient les ennemis intérieurs et extérieurs du pays, en particulier ceux qui, d’origine européenne plus ou moins déterminée, considèraient que la colonisation du continent n’était pas achevée. Ce n’est pas un hasard si James West et Artemus Gordon vivaient dans un train et était en déplacement permanent dans un Ouest vierge, sauvage pour eux (le titre original de la série étant The Wild Wild West).
 
 
 
Impériale, cette violence est devenue impérialiste. Nombreux seront les États souverains du continent américain (puis de la terre entière) qui verront leur destin bouleversé par l’action belliqueuse d’une nation s’étant arrogé le droit … de dire le droit selon ses intérêts économiques et stratégiques.
 
 
 
Je voudrais revenir ici sur un épisode de 1954 : la démission contrainte de Jacobo Árbenz Guzmán, président du Guatemala de 1951 à 1954. Pourquoi cet exemple parmi bien d’autres ? Parce qu’il fut fondateur d’une politique très pensée après la Seconde Guerre mondiale.
 
Arbenz_Guzman.JPG
Jacobo Arbenz Guzman, président du Guatémala contraint à la démission en 1954 par un coup d'Etat fomenté par la CIA. (Fresque peinte à Guatemala)
 
 
Le 27 juin 1954, Árbenz remet sa démission et quitte le pays. Les militaires guatémaltèques, aidés par la CIA et sur l’ordre du président des États-Unis Eisenhower, mettent fin brutalement au mandat parfaitement légal du président élu démocratiquement. Par une action de propagande particulièrement habile, la CIA a réussi à faire croire à « l’opinion publique internationale » (en fait les électeurs étatsuniens) qu’un homme politique modéré, ancien militaire exemplaire et vrai patriote, était un agent de l’impérialisme soviétique.
 
 
 
Déjà en 1944, le Guatemala avait causé quelques soucis à la puissance impériale : un professeur de philosophie du nom de Juan José Arévalo avait remporté la première élection présidentielle réellement démocratique à la tête d’une coalition de gauche (le Parti d’Action Révolutionnaire), par 85% des suffrages. Arévalo avait lancé des réformes structurelles concernant le droit du travail et l’accès à l’éducation. Malgré la modestie de ses réformes, Arévalo s’était mis à dos les propriétaires terriens, l’Église catholique, les officiers et, bien sûr, la United Fruit Company, dont l’un des gros actionnaires n’était autre que le futur directeur de la CIA Allen Dulles, frère de John Foster Dulles, secrétaire d’État sous la présidence d’Eisenhower.
 
 
 
Les dirigeants, qui avaient gouverné le pays par la dictature à la fin du XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle, n’avaient été que des fantoches au service des intérêts économiques et politiques des États-Unis. Au point que, contrairement à ce qui s’était passé en Haïti et à Cuba, la puissance impériale n’avait pas eu besoin de recourir à la force militaire pour préserver son autorité dans le pays. La police et l’armée guatémaltèques étaient directement sous la coupe des États-Unis. Par ailleurs, le gouvernement avaient exempté d’impôts plusieurs sociétés nord-américaines à qui il avaient bradé d’importantes portions de terres publiques. En 1930, le pays était gouverné par le général Jorge Ubico, un dictateur très brutal, complètement à la solde des États-Unis. Ce grand propriétaire terrien, qui avait donné à la United Fruit des centaines de milliers d’hectares, perfectionna un système de servitude pour dette, en vigueur par exemple dans la Grèce ou la Rome antiques. Grand admirateur de Mussolini et d’Hitler, sa devise était : « D’abord je tue et ensuite je pose des questions. » Une grève générale, une insurrection populaire de masse eurent raison de ce tyran qui continua, malgré tout, à gouverner le pays en sous-main pendant plusieurs années. Ubico mourut en exil aux États-Unis.
 
 
 
En 1951, Árbenz remporte l’élection présidentielle avec 60% des suffrages. Sa femme est une très grande propriétaire foncière animée d’idéaux nettement de gauche. Árbenz va bientôt n’avoir « qu’un seul ennemi » : la United Fruit. État dans l’État, cette société est en partie propriétaire du port de Puerto Quetzal et elle détient des parts dans de nombreuses industries locales. Lors de sa campagne, Árbenz s’est engagé à redistribuer les terres non exploitées. Il commence d’ailleurs par mettre à la disposition du pays une partie des propriétés de sa femme.
 
 
 
La tâche semble rude pour la United Fruit : comment convaincre l’opinion et le gouvernement étasuniens qu’Árbenz est le diable incarné ? La société fait appel au publicitaire Edward Bernays.
 
 
 
 Edward_Bernays.jpg
 Edward Barnays, double neveu de Sigmund Freud, un artiste des techniques d'ahurissement.
 
 
Cet homme, qui mourra à 104 ans en 1995, fut un pionnier en matière de propagande et de relation publique. Il était deux fois – on n’est jamais trop prudent – neveu de Sigmund Freud. Son père, Ely Bernays, était le frère de Martha, la femme de Freud. Sa mère n’était autre qu’Anna, la sœur de Freud. Bernays s’inspira à la fois du psychologue et sociologue français Gustave Le Bon (La Psychologie des foules), du neuropsychologue britannique Wilfred Trotter (L’Instinct grégaire en temps de paix et de guerre) et, naturellement, des travaux de Sigmund Freud. Bernays décide qu’il ne faut pas brouiller l’écoute et qu’il convient de ne faire passer qu’un seul message : Árbenz, c’est le communisme dans l’arrière-cour des États-Unis. Il utilise par ailleurs des agents provocateurs qui collent des affiches « communistes » dans Guatemala, la capitale. Une radio clandestine diffuse des programmes d’une mystérieuse « guérilla ».
 
 
 
 allen_dulles.jpg
 Allen Dulles, le patron à l'époque de la CIA et accessoirement actionnaire de la United Fruit, est  le frère du secrétaire d'Etat US Foster Dulles, champion de la guerre froide.
 
 
Désormais directeur de la CIA, Allen Dulles envisage deux actions : d’abord regrouper les adversaires d’Árbenz pour fomenter un coup d’État violent en éliminant physiquement les principaux opposants (c’est-à-dire les Guatémaltèques élus démocratiquement). Cette première tentative est jugée trop risquée car, trop grossière, elle risque d’enflammer la région. Dulles lance une seconde opération (censément de l’intérieur du pays) : PBSUCCESS. Le chef d’un putsch à venir est choisi en la personne de Carlos Castillo Armas, très introduit dans les milieux de l’armée qu’il devra convaincre du danger communiste que représente Árbenz. Armas forme une « Armée de libération » de 400 hommes. Le 18 juin 1954, il lance ses rebelles, aidés par des mercenaires entraînés au Honduras et au Nicaragua par la CIA, et appuyés par des avions de combats étatsuniens pilotés par des Étatsuniens. Les 400 hommes (à qui la CIA a fourni un Manuel d’assassinat où il leur est explqué qu’on attend d’eux le sacrifice de leur vie) doivent à tout prix éviter l’armée régulière pour que celle-ci ne réplique pas. La rébellion connaît la déroute. Mais une habile propagande radiophonique (prenant prétexte d’une petite livraison d’armes Škoda en provenance de Tchécoslovaquie) retourne la population. Les États-Unis prennent les choses en main en intimant l’ordre à l’armée régulière de laisser les rebelles progresser. La peur d’une guerre civile amène une garnison à se rendre aux hommes d’Armas. Árbenz démissionne le 27 juin et quitte le pays.
 
 
 
 
 ernesto_guevara.jpg
 Ernesto Guevara, alors jeune médecin argentin, fut conforté dans ses convistions révolutionnaires, ayant été témoin du renversement du gouvernement Arbenz.
 
 
La presse européenne critique vivement le coup d’État. La CIA tente – sans y parvenir – d’établir une filiation entre Árbenz et l’Union soviétique. Au nombre des témoins du succès de cette junte militaire figure le jeune médecin argentin Ernesto Guevara. Il s’était rendu au Guatemala pour se « perfectionner et accomplir tout ce qui est nécessaire pour devenir un vrai révolutionnaire ». Le renversement du gouvernement Arbenz qui, à ses yeux, aurait pu et dû se défendre plus vigoureusement, le convainc que les États-Unis s’opposeront désormais à tous les gouvernements progressistes en Amérique du Sud et ailleurs. Il pense également que le socialisme ne peut être défendu que par une population armée et que toute opération militaire est indissociable d’une bonne propagande.
Bernard Gensane   
 
 
 
 
 
 
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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 14:31

 

En dépit de prévisions farfelues mais bien rentables pour leurs auteurs et symptomatiques du niveau de crédulité de la population des régions dites développées du globe, la fin du monde ne s’est pas produite. Le calendrier Maya a été mal interprété, comme il fallait d’ailleurs s’y attendre.

 

 

 calendrier-maya.jpg

Le fameux calendrier Maya a été mal interprété. Cette "erreur" n'était pas si innocente !

 

 

S’il n’y a eu fin du monde, il y a par contre fin d’une époque. Les propos de l’actuelle femme politique la plus puissante d’Europe repris lundi 17 décembre par le Financial Times, l’organe de la pensée unique occidentale, sont édifiants à cet égard. Angela Merkel nous livre une démonstration apparemment sans faille : Les Européens ne peuvent plus assumer la moitié des dépenses sociales du monde alors qu’ils ne représentent que 7 % de la population et ne contribuent qu’au quart de l’accroissement annuel de la richesse. Ce n’est pas tenable, pour l’actuelle – et sans doute future – chancelière allemande.

 

 

 angela_merkel03.jpg

Angela Markel a une nouvelle mauvaise idée...

 

 

Derrière ces propos, la grande maîtresse de Berlin souhaite consacrer l’argent à l’éducation, à la recherche et à la relance en baissant la fiscalité et en réduisant les budgets sociaux. En clair, l’objectif est de supprimer l’Etat-providence tant honni.

 

Dans le numéro de « Marianne » de fin d’année 2012, l’économiste Laurent Mauduit, journaliste à « Mediapart » écrit : « Brûlons le SMIC et le code du travail. Les plus déshérités se contenteront du RSA ».

 

Tout part en outre d’une falsification : la confusion de l’Etat-providence avec l’assistanat. Le concept de solidarité est exclu du raisonnement de la louve berlinoise. Merkel fustige le fait que la sécurité sociale en revient à assurer des suppléments de revenus à tous, alors qu’elle ne devrait servir qu’à protéger les plus démunis. D’autre part – et c’est l’argument massue – l’Etat-providence coûte cher et nous rend ainsi non concurrentiel.

 

C’est exact. L’Etat-providence est coûteux. Mais il est un point essentiel de notre civilisation et le monde entier nous l’envie. C’est pour créer leur propre modèle de protection sociale que les peuples d’Amérique du Sud adhèrent à la révolution bolivarienne. La défense du principe de solidarité est mondiale. C’est à ce niveau que doit se situer le combat progressiste.

 

 John_peet.jpg

John Peet de l'hebdo The Economist a raison : la France est incapable de se réformer. Encore faut-il savoir de quelles réformes il s'agit.

 

 

Le « Monde » des 23 et 24 décembre relate les propos du journaliste responsable pour l’Europe de The Economist, John Peet, qui est l’auteur d’un article qui a provoqué un choc en France et en Europe, dans le numéro du 17 novembre, intitulé « The time-bomb, at the heart of Europe » qui est une critique acerbe de la social-démocratie à la française. « Le gouvernement, mais aussi les élites de gauche comme de droite, n’ont toujours pas pris conscience de l’ampleur des réformes nécessaires. » Il a raison ! Mais de quelles réformes s’agit-il ? Bien sûr, dans l’esprit de John Peet, cela signifie la suppression de l’Etat providence et de la réduction de la puissance publique à sa plus simple expression. Et vient l’avertissement : un pays incapable de se réformer constitue une menace pour l’ensemble de la zone Euro. Il explique qu’ « à l’inverse de leurs alter ego britanniques, les élites françaises restent franchement méfiantes envers la libre concurrence. » Il concède qu’elles sont cependant plus sensibles à la mondialisation qu’autrefois. Cette différence est normale : après trente années de thatchérisme, il est logique que les « élites » britanniques soient devenues les petits soldats du néo-libéralisme. Les Français le sont un peu moins, certes, mais ils y arrivent rapidement. M. Peet peut se rassurer ! Et suivent les poncifs du genre : « En France, les entrepreneurs restent les mal aimés. » Exactement le rôle de Calimero du MEDEF français et de la FEB belge !

 

La sacro-sainte concurrence

 

La concurrence, la sacro-sainte concurrence soi-disant « libre et non faussée » défendue comme un dogme par la Commission européenne ! A quoi sert-elle et pourquoi les ultralibéraux y sont tellement attachés ? En principe, la concurrence doit servir d’émulation entre différents entrepreneurs sur un marché et le meilleur en prix et en qualité est sensé l’emporter.  En réalité, c’est tout autre chose. Une concurrence « libre et non faussée », c’est la loi de la jungle. Le « libre » signifie la dérégulation et le « non faussé », un contrôle inefficace. Les ententes entre entreprises sont très difficiles à détecter, même si certaines doivent payer des amendes colossales. En réalité, la concurrence engendre à terme le monopole. On le voit, par exemple, avec le marché énergétique. L’ouverture à la concurrence a non seulement provoqué une importante hausse des prix, mais elle a rétabli une situation monopolistique qui n’est plus publique mais privée.

 

Faut-il pour autant supprimer la libre entreprise, ou l’entraver dans des carcans administratifs la rendant ainsi inopérante ? Non, bien sûr. Il faut simplement partir du vieux principe que toute liberté s’arrête là où elle touche à l’intérêt général. Il n’est pas non plus invraisemblable de placer sous contrôle public des entreprises stratégiques lorsque cela s’avère nécessaire. Et tant pis pour la doxa néolibérale ! En agissant ainsi, on aurait pu sauver la sidérurgie européenne. Mais en laissant faire un Mittal, puis en  cédant à ses diktats, un secteur industriel entier a été délocalisé avec des milliers d’emplois détruits. Désormais, l’Europe devra importer l’acier dont aura besoin ce qu’il reste de son industrie.

 

La faiblesse des élites

 

Voilà la preuve de la faiblesse de la classe dirigeante. Elle se montre incapable de répondre aux offensives des multinationales. Elle cède aux instances internationales, c’est-à-dire celles des multinationales et des banques, qui la contraignent à affaiblir l’Etat. La social-démocratie n’est plus que l’ombre d’elle-même. Tous les partis de gouvernement ont cédé à la pensée ultralibérale. Il n’y a en réalité plus de choix politique. Les différences entre les programmes des partis sont indétectables. Les élections se résument à des combats de personnalités qui ne font qu’assouvir leurs ambitions. Ils pratiquent toujours et partout la même politique. Et on constate un autre phénomène : les dirigeants politiques sont de plus en plus la proie d’intérêts divers et contradictoires.

 

Des politiques sans perspectives ni éthique

 

 

 silvio_berlusconi01.jpg

Silvio Berlusconi caricature d'homme politique, mais vrai affairiste !

 

 

On a vu pendant près d’une décennie la caricature de Berlusconi en Italie qui a presque réussi à devenir une sorte de « CEO » de la Péninsule et qui en a profité pour modifier les lois afin de se protéger de poursuites judiciaires. Il contrôle la plupart des médias et peut ainsi distiller sa propagande auprès du peuple italien. Comment demander à un pareil personnage d’avoir un réel courage politique ? Il a été remplacé fort peu démocratiquement par Mario Monti, ancien commissaire européen, coauteur de la défunte constitution européenne, ancien de la banque Goldman Sachs, qui imposa à l’Italie un plan d’austérité dont les résultats sont catastrophiques. L’austérité – on le sait ! – ne contribue en rien à diminuer la dette publique et à réduire les déficits, bien au contraire. Elle crée en plus la récession. Alors, pourquoi s’obstine-t-on, sinon pour étouffer l’Etat au seul profit des « marchés » ? On peut se poser la question : pour qui réellement travaillent les Monti, Merkel, Hollande, Di Rupo ? Ne leur faisons pas de procès d’intention, en agissant comme on le voit, ils ne font que servir les intérêts de ce que, dans le temps, on appelait « le grand capital ».

 

 

 Mario_monti02.jpg

Pour qui travaille Mario Monti ?

 

 

Un cas exemplaire est l’affaire du réel ou prétendu compte suisse du ministre du budget du gouvernement Ayrault, Jérôme Cahuzac. Ce ministre PS, médecin de son état, est chargé du budget, c’est-à-dire de la politique d’austérité et de la lutte contre la fraude fiscale. Si l’existence de ce compte en Suisse est prouvée, il y a là une contradiction évidente. D’autre part, et cela semble à notre sens plus sérieux : Jérôme Cahuzac entretenait des liens étroits avec l’industrie pharmaceutique. Il s’agit là d’un évident conflit d’intérêts étant donné le poids de cette industrie dans les dépenses de l’assurance maladie. De plus, chacun sait que ce secteur agit à son seul profit, souvent en contradiction avec les règles élémentaires de santé publique et de l’éthique médicale.

 

 

 jerome_cahuzac.jpg

Jérôme Cahuzac : le prototype du politicien sans éthique ni crédibilité

 

 

Loin de nous l'idée de prôner la vertu à tout crin, mais en politique, l’éthique reste une valeur essentielle. Un Cahuzac n’a plus sa place dans un gouvernement. Trop de soupçons pèsent sur lui, même s’il n’y a, à ce jour, aucune preuve formelle. Il a perdu toute crédibilité.

 

Une classe politique faible et démonétisée, une élite isolée et repliée sur elle-même ne sont évidemment pas à même de faire les réformes nécessaires et encore moins capables de changer de cap, car ils ne dérivent plus que dans le sens des vents dominants.

 

En outre, on en est arrivé à un tel point que les solutions classiques deviennent impossibles à mettre en œuvre.

 

Le keynesianisme ? Bien sûr, ce serait la solution. Mais pour cela, il faudrait une industrie. Or, nos pays se sont désindustrialisés. Près de 80 % des emplois industriels ont été détruits. Les usines ont fermé ou ont été délocalisées.

 

Bientôt la famine ?

 

Les services publics sont progressivement démantelés. Certains sont déjà tombés en faillite – rappelez-vous la Sabena – d’autres vont suivre. Le service public est donc soit privatisé, soit réduit à sa plus simple expression.

 

 

 arcelor_mittal_chaud.jpg

Arcelor Mittal Liège et Florange : des fermetures pour "rassurer" l'ogre "marchés"

 

 

L’Etat social est devenu l’ombre de lui-même. Jusqu’à présent, le minimum a été préservé, mais ce n’est pas terminé. Même l’aide à la pauvreté est attaquée. La réduction, sous des prétextes fallacieux, des crédits européens à la banque alimentaire a des conséquences dramatiques : les « restos du cœur » seront bientôt dans l’impossibilité de remplir leur mission. Après avoir jeté des milliers de personnes dans la rue grossissant ainsi l’armée des SDF, va-t-on connaître la famine ?

 

Une insurrection

 

 

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L'historien Jules Michelet souhaitait déjà un grand mouvement social.

 

 

Jules Michelet, juste avant la révolution de 1848, écrivait : « J’ai la foi, l’attente d’un grand mouvement social ; je crois que le temps n’en est pas éloigné. » Pas mal de monde a cet espoir, car il n’y a plus d’autre possibilité de réplique. Un mouvement social se prépare. De quelle nature sera-t-il ? Où et quand se déclenchera-t-il ? Quelles en seront les conséquences ? Nul ne peut répondre à ce sujet. La seule certitude est que la concentration de la quasi-totalité des richesses entre si peu de mains crée un déséquilibre propice à une insurrection. Des premiers éléments d’analyse montrent qu’elle aura sans doute lieu très bientôt. Qui sait, en 2013 ? Nous en parlerons très bientôt.

 

En tout cas, nous l’appelons de nos vœux !

 

Pierre Verhas

 

 

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 23:55

 

Le récit qui suit est extrait du site « le Grand Soir » (http://www.legrandsoir.info/comment-on-transforme-une-action-de-soutien-en-crime.html). Dans la dureté des faits décrits qui se passent en Grèce, on commence à se rendre compte des effets de la violence des mesures drastiques imposées à ce pays et qui suivent pour d’autres.

 

Les politiques d’austérité mènent non seulement à la misère des peuples, mais aussi sont propices à des graves atteintes aux droits fondamentaux et aux libertés. Il est évident que par le biais de polices noyautées par les groupes fascisants, ce qui semble être le cas de cette brigade spéciale « Zeus », le pouvoir cherche à museler les populations et à criminaliser toute contestation, même non violente en infraction à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, à la Convention européenne des Droits de l’homme et à la Déclaration universelle des Droits de l’homme.

 

En fermant les yeux sur ce genre de pratiques, les institutions européennes font de ces textes fondamentaux des chiffons de papier. Derrière la politique néolibérale se cache (mal) l’anéantissement de la société démocratique. On peut d’ailleurs se poser la question : n’est-ce pas là le réel objectif ?

 

Considérons cela comme un cri d’alarme !

 

Pierre Verhas

 

 

« Comment on transforme une action de soutien en crime »


Nikos Mixos

 

Il était minuit le samedi 21 juillet, quand Petros Kapetanopoulos entendit des voix dans son quartier, à Kolonos. Il venait de mettre au lit son petit enfant et dit à sa femme qu’il allait descendre pour voir ce qui se passait. En descendant il vit cinq hommes , des policiers appartiennent à une brigade spéciale « ZEUS » qui venaient d’arrêter un immigré et l’un deux avait son pied sur le ventre de celui-ci. « Pourquoi faites vous ça ? Vous l’arrêtez, la violence n’est pas nécessaire », leur a-t-il dit. Ils lui expliquèrent alors qu’ils ne piétinaient pas l’homme et, dans une démonstration de violence, le piétinèrent à nouveau avec force. « Ca, ça veut dire qu’on le piétine » lui ont-ils dit. Kapetanopoulos a alors répété qu’il s’agissait de torture d’un homme déjà arrêté. Le résultat c’est qu’il fut lui-même arrêté. Le procureur l’a accusé de « résistance à l’autorité », de « fausse déposition » , de « tentative de libération d’un prisonnier » et de « complicité simple de vol », ce qui constitue un crime. Petros Kapetanopoulos risque de rester jusqu’à quatre ans sans revenus car il est fonctionnaire et automatiquement suspendu puisqu’il a été mis en examen pour acte à caractère criminel. Aujourd’hui s’est déroulée une conférence de presse au cours de laquelle l’avocat de Petros Kapetanopoulos a présenté la situation juridique de son client, tandis que des représentants de partis politiques, d’organismes, de syndicats et d’ organisations ont exprimé leur solidarité et leur soutien en en parlant d’ « un état qui veut qu’on ne se soucie pas de son prochain ».

 

 

Grece_violence.jpg

 Les exploits "démocratiques" de la brigade "Zeus"...

 

 

Mémorandum et présomption d’innocence.

 

Comme l’explique Kostas Papadakis, l’avocat de Petros Kapetanopoulos, les accusations portées contre lui peuvent aboutir à une peine de prison allant jusqu’à 15 ans. « Ces accusations sont fausses. Nous voyons que quelqu’un qui apporte son soutien est de plus qualifié de complice. » a-t-il commenté. L’avocat a présenté l’état du dossier à charge contre M. Kapetanopoulos. Après que le procureur ait porté ses accusations, est intervenu le vote du troisième mémorandum. En vertu des modifications apportées par ce troisième mémorandum, si un fonctionnaire a été mis en examen pour acte à caractère criminel, comme une simple complicité de vol – vol commis par l’immigré arrêté – il est automatiquement suspendu. « Connaissant la charge de travail dans les tribunaux, cela signifie jusqu’à quatre ans de privation de salaire, sans possibilité de faire appel de cette décision tandis que la présomption d’innocence est bafouée », explique Kostas Papadakis, ajoutant que le salaire de Petros Kapetanopoulos est le seul soutien de sa famille. « Pour l’instant notre premier objectif est que Petros ne perde pas son travail », a insisté l’avocat.

 

Hors de l’ Etat de droit.

 

« Cette histoire n’a pas sa place dans un Etat de droit », a déclaré Dimitris Christopoulos, professeur de sciences politiques à l’Université Panteion et vice-président de l’Association Grecque des Droits de l’Homme. Selon lui, cet incident montre l’annulation des droits évidents et des acquis dans la relation entre l’État et la société. « Et le plus important, est que cette annulation vient de ceux qui ont été choisis pour protéger le régime » note M.Christopoulos.

 

 

La Grèce, selon lui, commence à constituer un chapitre dans la procédure européenne au sujet des droits de l’homme avec pour titre « brutalité policière ». « Face à un Etat qui se déclare champion du droit Grec notre réponse doit être une lutte pour la primauté du droit et des règles », a déclaré Dimitris Christopoulos.

 

« Petros nous le connaissons ».

 

« Nous connaissons Petros et il n’y a aucune rien à lui reprocher », a déclaré Giorgos Markakis, président de l’Association des travailleurs au sein de l’Agence pour l’Emploi, où Petros Kapetanopoulos est inscrit. « Les parjures ne sont pas les fonctionnaires, mais nous tous qui restons immobiles face à des situations comme celle à laquelle Petros Kapetanopoulos fait face. Ce sont ces idéaux que nous devons défendre », a-t-il insisté, ajoutant « Petros nous sommes avec toi. Nous t’innocenterons solennellement ».

 

 

Despina Koutsoumpa, membre du Conseil général du Syndicat des Fonctionnaires, a rapporté que « les nouveaux conseils de discipline sous prétexte de parjures s’efforcent de chasser ou du moins de menacer les fonctionnaires syndicalisés ou menant une action sociale ».

 

Le soutien de SYRIZA.

 

Vangelis Diamantopoulos, député de SYRIZA, a commenté, déclarant à la fois le soutien unanime des élus et tout SYRIZA-FSU à Peter Kapetanopoulos, et affirmant que « ce cas est caractéristique de l’insensibilité de l’Etat. Nous voyons que désormais quiconque apporte son aide est victime de répression ».

 

Indifférence envers son prochain

 

« L’Assemblée populaire de Kolonos connaît et soutient Petros face à un Etat qui veut qu’on ne se soucie pas de son prochain. Nous sommes opposés au cannibalisme qui convient seulement aux fascistes et au capital », a déclaré Melpo Koronaiou, qui en 1995 avait été victime de lourdes violences policières lors d’une manifestation. L’auteur de ces violences fut alors le premier policier à être condamné depuis l’après-guerre.

 

 

Traduction Frederique Bouvier.

 

Source : https://syrizaparis.wordpress.com/2012/12/26/comment-on-tran...

 

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 22:14

Les droits de l’homme inconnu

 

Connaissez-vous Muhammad Ibn al-Dheeb al-Ajami ? Non ? Sans doute sous son nom de poète : Mohammed Ibn al Dheeb ? Toujours pas ? Allons, je vais vous aider. Il s’agit d’un célèbre poète qatari qui vient d’être condamné à la prison à vie pour avoir «  avoir insulté le régime, diffamé le prince héritier Tamin et attaqué la constitution » (sic). Mohammed Ibn al Dheeb a été arrêté en novembre 2011, mis au secret, son procès a été secret, ainsi que le chef d’accusation.

 

 

 Mohammed_Ibn_al_dheeb.jpg

Il faut sauver le poète Mohamed Ibn al Dheeb !

 

 

Question à un pétrodollar : les nombreux délégués à la conférence de Doha (capitale du Qatar) sur le climat, vont-ils faire pression sur le très susceptible émir qatari pour exiger la libération du poète ?

 

Notre petit doigt nous dit qu’ils préféreront sans doute discuter du réchauffement climatique global plutôt que de risquer de refroidir le climat des relations diplomatiques avec le Qatar en évoquant cette condamnation inepte et scandaleuse. Il reste à Mohammed Ibn al-Dheeb la possibilité d’interjeter appel. Affaire à suivre.

 

Le gâchis Arcelor Mittal

 

 

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Les syndicalistes de Florange ont manifesté à Paris le 15 novembre dernier. Ayrault ne les a pas entendus !

 

 

Ce soir, au journal de France 2, Ayrault avait vraiment l’air gêné dans ses entournures en se vantant du glorieux résultat qu’il a obtenu sur l’avenir du site sidérurgique de Florange en Lorraine française. Pas de plan social, pas de licenciements ! La belle affaire ! Aucun plan industriel sérieux, des promesses sans garanties d’investissements de la part de Mittal. Tout cela est bidon ! Et Montebourg qui a joué les matamores en brandissant l’idée de la nationalisation « provisoire » dans l’attente d’un hypothétique repreneur. Désavoué, il ne démissionne pas ! Enfin, on dit que Hollande aurait refusé sa démission. Allez savoir ! En attendant, sa crédibilité en a pris un sacré coup et la « gauche » française au pouvoir, aussi ! Le Medef (patronat français) a gagné. Quant aux principaux intéressés, c’est-à-dire les travailleurs, ils sont condamnés à attendre…

 

La Justice belge se réveille… un peu tard !

 

 

 

 

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Maurice Lippens peut faire un doigt d'honneur à la Justice belge.

 

 

Voilà, après quatre inculpations d’anciens gros pontes de Fortis, l’ex-numéro 1, Maurice Lippens, qui passe lui aussi à la trappe. Cinq années après les faits, mieux vaut tard que jamais ! Rassurez-vous, ces messieurs ont d’excellents avocats qui vont jouer l’obstruction et atteindre ainsi gentiment la prescription et on n’en parlera plus. Les petits actionnaires, c’est-à-dire tous les épargnants qui se sont fait piéger n’auront plus que leurs larmes pour pleurer. Cela n’empêchera pas Lippens d’inviter ses acolytes à une partie de golf à Knokke – Le Zoute dont le maire n’est autre que le frangin dudit Maurice.

 

Marcourt s’emmêle les pinceaux !

 

 

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Une min guerre scolaire sur le râble de Jean-Claude Marcourt : un peu lourd !

 

 

Voilà que le très régionaliste ministre wallon de l’enseignement supérieur, le PS liégeois Jean-Claude Marcourt, qui se paye une réforme du « paysage » de l’enseignement supérieur. Les étudiants n’auront le choix de « passerelles » d’une école supérieure à l’autre que dans une zone géographique bien délimitée. Cette idée « régionaliste » fait hurler le milieu universitaire, surtout chez les cathos ! En effet, certaines de leurs hautes écoles du réseau dit « libre » risquent de se voir vidées d’une proportion importante de leurs étudiants. Régionaliser et se payer en prime une mini guerre scolaire, c’est un peu beaucoup pour le Ministre principautaire qui a aussi le dossier Arcelor Mittal Liège dans les pattes. Attention au burn out Jean-Claude !

 

Maingain désavoué ?

 

 

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Maingain sera-t-il victime de ses convictions laïques ?

 

 

Le sémillant président, qu’on croyait à vie, du FDF (le parti francophone bruxellois), Olivier Maingain, risque de perdre des plumes au prochain congrès de son parti qui devait renouveler son mandat de président. Il a un challenger (comme on dit en bon français…) en la personne de l’Ucclois Emmanuel De Bock qui est soutenu par Bernard Clairfayt. Maingain paierait-il  son projet d’inscrire la laïcité dans la Constitution belge ? Il y a de fortes chances que cela n’ait pas plu à l’aile catho du parti bruxellois.

 

Le maire de Londres veut une autre Europe.

 

 

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Boris Johnson est fatigué de dire que l'Europe, c'est une zone de libre échange !

 

Boris Johnson, le très populaire maire conservateur de Londres, veut que l’Union européenne soit une zone de libre échange, point à la ligne. Scandale ! Pourtant, c’est ce que la Grande Bretagne a toujours voulu : faire de l’Europe une vaste zone de libre échange, avec en plus une zone de libre échange transatlantique. Il n’y a que des has been comme Verhofstadt et Cohn Bendit pour penser que l’on pourra construire une Europe politique fédérale.

 

Ecce homo

 

 

 

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Yves Mersch n'a pas dû attendre sa nomination très longtemps !

 

 

Eh oui ! C’est un homme. Le Luxembourgeois Yves Mersch, candidat au directoire de la Banque centrale européenne (BCE) est finalement passé. Ce mâle très monétariste est donc assuré de son poste, puisqu’il a disposé de la majorité qualifiée des dix-sept Etats de la zone Euro, malgré une campagne virulente pour que ce poste soit assuré par une femme. Encore une fois, l’Union européenne n’a rien à faire des mouvements de l’opinion publique et s’assoit sur ses grands principes d’égalité hommes – femmes, par exemple.

 

Pierre Verhas

 

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 10:11

 

Corporate Europe Observatory (Observatoire Européen des Entreprises) est une association  qui regroupe des chercheurs dans toute l’Europe et qui s’est spécialisée dans l’analyse du phénomène de lobbying qui prend de plus en plus d’influence dans la décision politique aussi bien au niveau national que supranational. Les institutions européennes sont particulièrement exposées à ce dangereux phénomène qui pourrait mener à la fin de la démocratie.

 

Voici la déclaration de principe de la CEO : L’entreprise de détournement de la prise de décision dans l'UE par les entreprises multinationales conduit à des politiques qui aggravent l'injustice sociale et accélèrent la destruction de l'environnement à travers le monde. Faire reculer le pouvoir des entreprises et dénoncer l’écoblanchiment sont indispensables pour résoudre des problèmes mondiaux comme que la pauvreté, le changement climatique, l'injustice sociale, la faim et la dégradation de l'environnement. Corporate Europe Observatory travaille en étroite collaboration avec les groupes d'intérêt public et des mouvements sociaux en Europe et ailleurs afin de développer des alternatives à la domination du pouvoir des entreprises.

 

Elle compte parmi ses correspondants, Madame Susan George, la fondatrice du mouvement ATTAC et auteure de nombreux ouvrages sur la mondialisation.

 

Dans cet article paru sur le site du « Grand Soir », ce processus de prise de pouvoir via, entre autres, des sociétés juridiques est décrit sommairement ici. À lire attentivement !

 

 

Un nouveau rapport démasque le club d’élite des juristes qui font des millions en poursuivant des États

 


Corporate Europe Observatory (CEO)

 

Un petit club de sociétés juridiques, d’arbitres et de spéculateurs financiers internationaux alimentent un boom de l’arbitrage d’investissement, qui coûte des milliards de dollars aux contribuables et empêche de légiférer dans l’’intérêt public, d’après un nouveau rapport du Transnational Institute et du Corporate Europe Observatory.

 

Profiting from injustice” (Les profiteurs de l’injustice) met à jour une industrie juridique opaque mais florissante, qui bénéficie aux multinationales au détriment des contribuables, de l’environnement et des droits humains. Les firmes juridiques et les arbitres, qui engrangent des millions sur les différends d’investissement initiés contre des gouvernements, défendent activement l’ouverture de nouveaux cas [1] et font du lobby contre toute réforme initiée dans l’intérêt public.

 

D’après Cecilia Olivet, du Transnational Institute, l’une des auteurs du rapport, “l’indépendance et l’impartialité prétendues de l’arbitrage d’investissement sont complètement illusoires. Les gouvernements ont les mains liées, alors que les multinationales bénéficient de l’intrinsèque partialité du système en faveur du secteur privé. Une poignée de sociétés encouragent activement leurs entreprises clientes à poursuivre des gouvernements ; pendant ce temps les principaux experts de l’arbitrage usent de leur influence pour préserver les règles favorables aux investisseurs, et maintenir le flot des procédures générant des millions de dollars.”

 

Le rapport de 76 pages explique comment l’arbitrage relatif à l’investissement, qui fut originellement conçu pour les cas d’expropriation directe, a explosé ces dernières années. Il y avait 450 cas connus en 2011, contre 38 en 1996 [2]. Le montant des frais et des indemnités a également grimpé en flèche, les frais de justice et d’arbitrage s’élevant en moyenne à plus de 8 millions de dollars par litige, et même plus de 30 millions de dollars (US$) dans certains cas [3].

 

Le secteur est dominé par un petit nombre de cabinets juridiques occidentaux [4] et d’arbitres d’élite [5]. Trois compagnies, Freshfield (UK), White & Case (US), et King and Spalding (US) se targuent d’avoir été impliquées dans 130 dossiers relatifs à des disputes d’investissement pour la seule année 2011, alors que 15 arbitres – la ’mafia intérieure’ – ont décidé de 55% de toutes les disputes connues relatives à des traités d’investissement.

 

Beaucoup d’arbitres agissent aussi en tant que conseil, et travaillent dans le même temps comme chercheurs, conseillers gouvernementaux, lobbyistes et commentateurs dans les médias. Certains ont des liens personnels et commerciaux solides avec le monde des affaires. Ces liens leur donnent une grande influence sur le système, qu’ils ont un intérêt direct à préserver [6].

 

Le rapport décrit également un nouvel aspect du secteur de l’arbitrage relatif aux investissements : le financement par des tiers. De plus en plus, des fonds d’investissement comme Burford (US) et Juridicia (UK) spéculent sur des cas, prêtent de l’argent aux compagnies pour qu’elles puissent poursuivre des gouvernements, et prennent entre 20 et 50% de l’indemnité finale décidée lors de l’arbitrage [7].

 

Les différends emblématiques État-investisseur comprennent le géant du tabac Philip Morris, qui a poursuivi l’Uruguay et l’Australie pour des avertissements de santé publique sur les paquets de cigarettes ; et la compagnie suédoise Vattenfall, qui demande 3,7 milliards de dollars à l’Allemagne suite à la décision nationale de sortir du nucléaire.

 

Certains gouvernements engagent des actions contre l’arbitrage relatif aux investissements. L’Australie n’autorise plus de dispositions prévoyant des mécanismes d’arbitrage État-investisseur dans ses accords commerciaux. La Bolivie, l’Équateur et le Venezuela ont mis un terme à plusieurs traités d’investissement ; et l’Afrique du Sud vient juste d’annoncer qu’elle n’entrera plus dans aucun nouvel accord, et qu’elle ne renouvellera pas non plus les anciens.

 

Pour Pia Eberhardt, du Corporate Europe Observatory, l’autre auteur du rapport, « les actions égoïstes du secteur de l’arbitrage relatif aux investissements ont dévoilé les injustices inhérentes au cœur du régime international de l’investissement. Les gouvernements devraient refuser de signer des traités d’investissement, exclure les clauses qui permettent aux entreprises de poursuivre l’État, ou, à tout le moins, s’assurer que les lois d’intérêt public telles que la protection de l’environnement et des droits humains ne peuvent pas être contestées. »

 

Le rapport complet (pour l’instant en anglais uniquement) peut être téléchargé ici : http://www.tni.org/ProfitingFromInjustice.pdf

 

http://www.corporateeurope.org
Corporate Europe Observatory (CEO)
Cranachstraße 48
50733 Cologne
Germany

 

 

 

[1] En pleine crise de la dette en Grèce, récemment, plusieurs sociétés juridiques ont pressé des entreprises multinationales d’utiliser l’arbitrage relatif à l’investissement pour défendre leurs profits. K&L Gates a suggéré à ses clients d’utiliser la menace de l’arbitrage comme un “outil de marchandage” dans les négociations sur la restructuration de la dette. Dans le même temps, pendant la guerre civile en Libye, des entreprises, dont Freshfields, ont conseillé leurs clients sur la manière d’utiliser les traités d’investissement pour poursuivre l’Etat libyen. Le nouveau gouvernement risque maintenant de devoir compenser des multinationales qui ont soutenu la dictature (Voir chapitre 3).

 

[2] A la fin 2011, la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) recensait 450 différends État-investisseur. Dans la mesure où la plupart des espaces d’arbitrage relèvent du domaine confidentiel, le nombre réel est probablement bien plus élevé. En 1996, seulement 38 différends État-investisseur avaient été enregistrés au Centre international de règlement des différends liés à l’investissement (CIRDI) de la Banque mondiale, le responsable principal de ces arbitrages (Voir chapitre 2).

 

[3] En 2009/2010, 151 cas ont impliqué des compagnies demandant au moins 100 millions de dollars (US$) à des États. Un gouvernement vient juste d’être enjoint de payer 1,7 milliards de dollars de compensations (Voir chapitre 2 et 3).

 

[4] Le top 20 des firmes : Freshfields Brukhaus Deringer (UK) ; White & Case (US) ; King & Spalding (US) ; Curtis Mallet-Prevost, Colt & Mosle (US) ; Sidley Austin (US) ; Arnold & Porter (US) ; Crowell & Moring (US) ; K&L Gates (US) ; Shearman & Sterling (US) ; DLA Piper (US) ; Chadbourne & Parke (US) ; Cleary Gottlieb Steen & Hamilton (US) ; Appleton & Associates (Canada) ; Foley Hoag (US) ; Latham & Watkins (US) ; Hogan Lovells (US / UK) ; Clyde & Co (UK) ; Norton Rose (UK) ; Salans (France) ; Debevoise & Plimpton (US) (Voir chapitre 3).

 

[5] Le top 15 des arbitres d’investissement : Brigitte Stern (France) ; Charles Brower (US) ; Franciso Orrego Vicuña (Chili) ; Marc Lalonde (Canada) ; L. Yves Fortier (Canada) ; Gabrielle Kaufmann-Kohler (Suisse) ; Albert Jan van den Berg (Pays-Bas) ; Karl-Heinz Bocksteigel (Allemagne) ; Bernard Hanotiau (Belgique) ; Jan Paulsson (France) ; Stephen M. Schwebel (US) ; Henri Alvarez (Canada) ; Emmanuel Gaillard (France) ; William W. Park (US) ; Daniel Price (US) (Voir chapitre 4).

 

[6] Daniel Price a travaillé dans un gouvernement ainsi que comme juriste dans le domaine de l’investissement et comme arbitre. Il a bénéficié des traités d’investissement qu’il a aidé à négocier. Comme Conseiller général adjoint du Bureau du représentant des États-Unis au commerce, Price a négocié les dispositions relatives à l’investissement de l’accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) et de l’accord bilatéral d’investissement États-Unis – Russie. Quand la Russie a été poursuivie pour 103 milliards de dollars, dans le cadre de la plainte la plus importante jamais connue, les investisseurs l’ont nommé comme arbitre (Voir chapitre 4).

 

[7] Les tiers-financeurs principaux dans le secteur de l’arbitrage : Burford Capital (US) ; Juridica Investment Ltd (UK) ; Omni Bridgeway (Pays-Bas) ; Fulbrook Management (US) ; Calunius Capital (UK) (Voir chapitre 5).

 

 

 

http://www.legrandsoir.info/un-nouveau-rapport-demasque-le-club-d-elite-des-juristes-qui-font-des-millions-en-poursuivant-des-etats.html


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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 20:45

Voilà, Dexia, c'est fini. On pouvait s'y attendre.

 

 

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Pas grave, grâce à Jean-Luc Dehaene, l'essentiel est sauvé...

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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 22:19

 

Commençons par une citation : « Cette crise [de l’euro] n’est pas grecque. Il ne s’agit pas davantage d’une crise du Portugal, de l’Irlande, de l’Italie, de l’Espagne, ou d’un des autres pays aujourd’hui sous le feu de l’actualité. Il est vrai que la Grèce a accumulé une dette astronomique qu’elle ne peut entièrement rembourser. Il est également vrai que la société grecque s’est accommodée d’une économie grise et du clientélisme politique pendant de trop nombreuses années. Enfin, personne ne peut nier qu’Athènes ait fraudé à une grande échelle pour intégrer l’euro. Mais cela n’explique pas pourquoi l’euro navigue aujourd’hui dans des eaux troubles.

 

Les Etats-Unis ont une dette publique supérieure à  celle des Etats membres de la zone euro, mais cela ne fait apparemment aucune différence pour la valeur du dollar. Quant au Japon, sa dette publique est la plus élevée du monde. Or, personne ne doute de la solidité du yen. (…) Comment l’expliquer ? La réponse réside dans le fait qu’une autorité solide, un seul gouvernement, une seule Administration soutient le yen et le dollar. (…)

 

La situation est radicalement différente pour l’euro et l’Union européenne. (…) Les chefs d’Etat et de gouvernement des différents pays, France et Allemagne en tête, ont publiquement affiché leurs réticences à se courir les Etats membres en difficulté. Résultat des courses : la confiance en ces pays s’est littéralement effondrée. Ce qui s’est aussitôt traduit par une dégradation de la note de la dette souveraine et une hausse des taux d’intérêt. Il n’est désormais plus inconcevable que certains pays fassent défaut. D’autant plus que l’Union européenne ne dispose d’aucune marge budgétaire, ni de ressources propres lui permettant d’aider les Etats menacés. »

 

 

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Guy Verhofstadt et Daniel Cohn Bendit : un peu de cohérence, Messieurs !

 

 

Ces propos sont tenus par Guy Verhofstadt et Daniel Cohn-Bendit dans leur livre manifeste « Debout l’Europe » ([1]). Les deux parlementaires européens dans ce plaidoyer pour le fédéralisme, déplorent en outre le manque de discipline budgétaire des Etats membres : la Grèce bien sûr, mais aussi et surtout l’Allemagne et la France qui ont dérogé au pacte de stabilité qui limitait le déficit à 3 % du PIB. Ils disent : soit il fallait changer le pacte en question, soit sanctionner les pays qui ne le respectaient pas.

 

Aussi, affirment-ils, à juste titre, que sans solidarité et sans discipline, pas de pérennisation de la monnaie unique. Très bien ! Mais que ne l’ont-ils dit plus tôt ? Verhofstadt a approuvé le traité de Maastricht sans faire de commentaires sur les dispositions interdisant d’aider un Etat membre en difficulté.

 

Un peu de cohérence, Messieurs !

 

Aujourd’hui, il approuve la BCE qui achète des emprunts des Etats membres alors que les traités qu’il a approuvés, l’interdisent. Verhofstadt était Premier ministre de Belgique lors des négociations sur l’euro et Cohn-Bendit est parlementaire européen depuis suffisamment longtemps et ce dernier s’est tu dans toutes les langues sur ce sujet. Alors, un peu de cohérence, Messieurs !

 

Et puis, il n’y a pas que la dette souveraine. Continuons par une autre citation : « Français et Belges se sont mis d’accord le 8 novembre pour recapitaliser Dexia de 5,5 milliards d’euros, en sus des 6,5 milliards apportés en 2011. Entre ces deux dates, l’Europe a pris la décision d’abandonner définitivement en 2014 le programme européen d’aide aux plus démunis, dont le budget annuel est de 500 millions d’euros. » ([2]) Ainsi s’exprime l’économiste et anthropologue Paul Jorion dans sa chronique au « Monde éco & entreprise ».

 

Dexia : il le faut ! Les pauvres : illégal !

 

La pauvreté prend des proportions inquiétantes. Les gouvernements de l’Union européenne n’hésitent pas à supprimer les maigres crédits destinés à permettre aux exclus de plus en plus nombreux à garder la tête hors de l’eau. Il s’agirait ou bien de dépenses illégales, ou bien de dépenses menaçant le sacro-saint équilibre budgétaire. Illégales ? Mais oui, selon la Cour des comptes allemande, la subvention à la banque alimentaire sur la base des excès agricoles européens est non-conforme. Une menace pour les fragiles équilibres des finances publiques ? Bon sang, mais, c’est bien sûr ! Les dépenses sociales sont par essence nuisibles. Aussi, faut-il les supprimer les unes après les autres quitte à jeter des millions de personnes dans la misère. Et, comble de l’ironie, la fameuse stratégie « Europe 2020 » de l’Union européenne vise à réduire la pauvreté de 20 % !

 

 

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Paul Jorion a le mérite de l'audace ! Bien nécessaire, aujourd'hui.

 

 

Jorion explique qu’on ne peut faire autrement. Le fameux risque systémique est là ! Si on n’aide pas Dexia, c’est la catastrophe. Il ajoute cependant : « Si l’affirmation 5,5 milliards pour Dexia, c’est indispensable ; 500 millions pour les plus démunis à l’échelle européenne, c’est impensable semble aujourd’hui aller de soi, il arrivera bientôt qu’iront également de soi 5,5 milliards indispensables pour la banque Trucmuche ou pour la banque Duschnock, tandis que 500 millions seront impensables pour les classes de rattrapage, pour la médecine préventive ou pour l’aide aux handicapés… la liste est longue ! »

 

Génocide

 

 

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Lagarde, Junker et Rehm : les trois têtes de la sinistre "troïka"

 

 

Et l’auteur prend un exemple : « S’agit-il là d’hypothèses ? Hélas non : la « troïka » (Union européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international) impose aujourd’hui à la Grèce – prétendument en notre nom à tous – de telles mesures dont on a pu constater dans les pays où elles ont été mises en vigueur au cours des soixante dernières années qu’elles ont fait baisser le niveau d’éducation ainsi que l’espérance de vie. » Jorion se réfère aux mesures imposées dans des pays du Tiers-monde par le FMI et la Banque mondiale. C’est ce qui est imposé à la Grèce, c’est ce que l’Espagne tente de refuser. Cette politique revient à programmer des massacres de masse à terme ! Cela porte un nom : génocide !

 

Vers la fin du capitalisme ?

 

C’est donc à un choix de société que nous sommes confrontés. Jorion espère encore pouvoir le faire prévaloir dans le cadre du système capitaliste, mais il ajoute : « si tant est qu’une telle condition doive être remplie impérativement. » Cette réserve est fondamentale ! C’est, à ma connaissance, la première fois qu’un économiste en vue en vient à envisager que puisse exister un autre système que le capitalisme.

 

Et Paul Jorion prône tout simplement le défaut. Ce n’est en rien inimaginable puisqu’il est pratiqué depuis longtemps. La période « vertueuse » que nous vivons depuis la crise financière où les Etats, de gré ou de force, honorent leurs dettes, est une exception. Et l’économiste anthropologue avance un argument imparable : « L’opprobre qui couvre la nation qui se déclare en défaut sur sa dette constitue le seul obstacle à ce remède pourtant très habituel. Le cas de Dexia souligne toutefois qu’il est temps d’y penser sérieusement, pas seulement pour la Grèce mais pour l’ensemble des pays membres de la zone euro, aucun d’entre eux ne se portant à moyen terme significativement mieux que la zone hellène. » Et Jorion propose un défaut simultané accompagné d’une mutualisation instantanée de la dette. Cela vaut mieux qu’une sorte d’effet domino où les défauts se succéderont d’un pays à l’autre, provoquant ainsi le chaos.

 

Il conclut : « … le capitalisme – en tout cas sous aucun des visages qu’il a pris au cours des 750 dernières années – ne constitue pas un candidat sérieux [à devenir un système robuste de prévention de l’éternel retour du défaut sur la dette souveraine]. » Il faut un nouveau Bretton Woods pour offrir une seconde chance au projet d’une économie mondiale pacifiée. Utopique ? Sans doute, mais il apparaît que le défaut est la seule solution.

 

La récession et l’austérité pour sauver le « système » ?

 

On peut d’ailleurs se poser la question. L’immobilisme et la récession provoquée par les mesures d’austérité aux conséquences catastrophiques, ne sont-ils pas mis en œuvre pour maintenir coûte que coûte un système capitaliste à la dérive. Le défaut qui est pourtant prôné depuis le début de la crise financière peut être légitime dans une large mesure. A-t-on fait un audit de la dette, comme le réclament depuis des années des associations comme ATTAC ? Une large partie de la dette n’est-elle pas illégitime ? Aujourd’hui, sans doute, va-t-on être contraint de répondre à ces questions. Mais le système a attendu l’inéluctable, comme la condamnée qui au pied de l’échafaud supplie le bourreau de lui accorder quelques instants encore.

 

Les marches sont hautes.

 

En attendant, la société est bloquée. Les budgets d’austérité s’accumulent rendant les Etats exsangues, la désindustrialisation de l’Europe occidentale, le dumping social, la chute des revenus du travail, le chômage, l’inflation, la précarité prennent des proportions inégalées. Même les grands pays sont atteints. La situation de la France inquiète l’ensemble de l’Europe. Ne croyons pas que l’Allemagne est en si bonne posture. Et en plus, le système de décision politique est en pleine déliquescence. Il ne faut pas se réjouir de l’implosion de l’UMP en France, de la crise politique permanente en Belgique, de la faiblesse de la plupart des gouvernements de l’Union européenne. Tout cela contribue à l’affaiblissement. Tous ne mouraient pas, mais tous en étaient atteints chanta le poète.

 

 

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Les jeunes en Europe : l'exil est-il le seul choix pour les meilleurs ?

 

 

 

Peu d'espoir est donné aux jeunes en Europe, si ce n’est l’exil pour les plus qualifiés. Les marches de l’escalier social sont hautes, trop hautes. Et pourtant !

 

Le remède de cheval

 

Le « remède de cheval » proposé par Jorion est un élément essentiel de solution. Cependant, la Commission européenne et les gouvernements viennent encore de montrer leur faiblesse, sinon leur connivence avec les banques, entre autres sur la question de la séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires dans le cadre de la préparation de l’Union bancaire. Et un pays comme la France refuse carrément de le faire. Selon Mediapart  « en octobre, la Commission préconise de placer dans des entités séparées mais toujours contrôlées par la même holding bancaire les activités les plus risquées comme les activités sur les dérivés pour les clients financiers, les activités de tenue de marché, les participations dans les hedge funds ou les prêts qui leur sont consentis, les investissements en capital-risque. » Grossomodo, la France anticipe les propositions de la Commission et s’apprête à faire de même, c’est-à-dire une séparation allégée contrôlée par les banques. Ainsi,  « Les banques pourront continuer toutes les activités qui servent au financement de l’économie », a assuré Pierre Moscovici. Mais elles devront placer dans des filiales spécialisées « les activités de marché qui ne sont pas nécessaires au financement de l’économie ». Certaines pratiques jugées trop risquées seront même interdites comme le trading à haute fréquence ou les dérivés sur les matières premières agricoles.

 

 

Le politique a encore une fois cédé !

 

 

 

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 Pierre Moscovici, ministre français des Finances : le politique a encore une fois cédé !

 

 

Cela semble rigoureux. Mais cela pourrait n’être qu’un effet d’optique. Car tout est dans la définition de ce qui est « utile au financement de l’économie ». Avant le discours du ministre des finances, le monde bancaire avait commencé à donner ses définitions. À l’entendre, toutes les activités de marché ou presque – à l’exception de prises de participations dans les hedge funds – sont utiles à l’économie. Autrement dit, quasi rien de changé. Les banques pourront continuer à spéculer sans aucun contrôle.

 

Le politique a donc encore une fois cédé ! Mais, l’échéance s’approche et, là, tout pourra sans doute changer. Est-ce possible ? On ne peut pas faire autrement. C’est cela le « remède de cheval ».

 

Pierre Verhas

 

 



[1]COHN-BENDIT VERHOFSTADT, Debout l’Europe, Actes Sud, André Versaille éditeur, septembre 2012.

[2] JORION Paul, Le choix du défaut, « Le Monde Eco & Entreprise », 20 novembre 2012.

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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 21:12

Le rapport Gallois remis récemment au président François Hollande a le mérite de poser les questions essentielles sur l’avenir de l’Europe. Les derniers événements montrent que nous sommes à la veille de changements fondamentaux.

 

Les derniers événements : fermetures d’entreprises en France et en Belgique avec la suppression de milliers d’emplois, plans sociaux sur plans sociaux, etc. Les effectifs de l’industrie qui forment ce qu’il reste de la classe ouvrière, fondent comme neige au soleil. En France, selon l’économiste Jean-Louis Levet, conseiller auprès de Louis Gallois, l’industrie manufacturière en France a perdu 1,9 millions d’emplois entre 1980 et 2007, soit une baisse de 36 % des effectifs. (Le « Monde » du 9 octobre 2012). Les forts gains de productivité seraient à l’origine de la perte de 30 % d’emplois et la concurrence étrangère (autrement dit les délocalisations) de 39 %. Ce dernier chiffre s’est fort accru depuis 2000.

 

 

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Le rapport de Louis Gallois met les choses au point.

 

 

Les économistes orthodoxes attribuent ces destructions d’emplois à la politique des gouvernements successifs en France et en Belgique qui n’investissaient plus dans les entreprises depuis les deux chocs pétroliers (1974 et 1979) en préférant protéger le consommateur. Autrement dit, il est reproché de ne pas avoir fait assez de « cadeaux » aux entreprises et de ne pas avoir limité le pouvoir d’achat des ménages.

 

Simpliste

 

Or, cette analyse est simpliste. En effet, la politique ultralibérale qui a débuté juste après le second choc pétrolier a restreint les capacités d’aides à l’investissement de la puissance publique. Cela a empêché le secteur industriel de se moderniser face aux pays émergents qui « bénéficiaient » des délocalisations. D’autre part, il est faux d’affirmer que les gouvernements ont privilégié le pouvoir d’achat des ménages. Depuis les années 1980, la part du travail dans l’économie n’a cessé de diminuer au profit du capital.

 

Le rapport Gallois fort contesté à la fois dans ses constats et dans ses propositions a l’avantage de présenter une analyse sans complaisance.

 

Le rapport Gallois met les point sur les i.

 

Son diagnostic est impitoyable. Les profits des entreprises françaises sont passés de 6,3 % en 1990 à 3,3 % en 2011. La France compte aujourd’hui 95.000 entreprises exportatrices contre 107.500 en 2002. C’est deux fois moins qu’en Allemagne et en Italie. Le coût du travail entre la France et l’Allemagne est quasi équivalent : 34 Euros/heure pour les Français, 33 Euros/heure pour les Allemands. Par contre, les profits en Allemagne sont de l’ordre de 11 %. Et l’indice d’exportation sur la base 100 en 1998 est de 130 pour la France et de 220 pour l’Allemagne. Il n’y a pas photo ! L’Allemagne est la plus forte. Elle exporte mieux, elle fabrique des produits de meilleure qualité, pour un coût du travail quasi aussi élevé que le coût du travail français.

 

L’Allemagne et l’ordolibéralisme

 

En clair, l’Allemagne se présente aujourd’hui comme « la » puissance économique européenne. La France est désormais hors jeu. On a d’ailleurs vu lors de la crise de la dette souveraine qu’Angela Merkel menait le jeu. Nicolas Sarkozy n’était qu’une marionnette. Le tandem « Merkozy » était en fait double patte et patachon… Toutes les décisions importantes prises par les fameux Sommets européens – chacun ayant été de la « dernière chance », bien évidemment – ont été inspirées par l’Allemagne. Le MES (Mécanisme Européen de Solidarité), proposition française, a été refaçonné par l’Allemagne. Le Traité budgétaire est œuvre allemande. Tout cela est basé sur une doctrine typiquement allemande : l’ordolibéralisme.

 

 

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Le "couple" Merkozy : double patte et patachon...

 

 

L’ordolibéralisme est une pensée économique née en 1932, juste après la crise. Il s’agit en quelque sorte d’un libéralisme autoritaire : il est basé sur la division du travail. La politique monétaire est placée sous la responsabilité d’une banque centrale indépendante du pouvoir politique dont l’objectif est d’assurer une stabilité monétaire et l’inflation la plus faible possible ; la politique budgétaire doit être équilibrée et est élaborée par le gouvernement ; la fixation des salaires est établie par les négociations patrons-syndicats. Enfin, il convient de maintenir une concurrence libre et non faussée et le libre accès au marché. On retrouve une part de la doctrine de Bismarck (indépendance de la négociation patrons-syndicats) et les objectifs libéraux de stabilité économique étant sous la responsabilité de l’Etat, afin d’assurer la liberté des entreprises et des marchés. C’est cette doctrine qui a manifestement inspiré la conception de la monnaie unique, l’Euro, dans le traité de Maastricht. C’est cette pensée qui a guidé Merkel dans les Sommets européens « de la dernière chance ».

 

La puissance de l’Allemagne est désormais un élément de premier ordre dans la structure européenne. C’est pourquoi, il faut se poser la question : Hitler a-t-il gagné ?

 

L’Union européenne : Est-ce que cela existe ?

 

L’Union européenne qui était sensée unir les peuples d’Europe sur un pied d’égalité afin de garantir la démocratie parlementaire, de préserver la paix et d’apporter la prospérité a incontestablement réussi, mais sous la protection du « parapluie » américain. Elle n’a pas réussi à se doter d’une défense propre, donc à acquérir son indépendance. Si elle est devenue un géant économique, elle est un nain politique. De plus, dès sa fondation en 1957, elle a choisi le modèle économique libéral, ce qui est son talon d’Achille. Après la chute du Mur de Berlin, tout a été bouleversé.

 

 

 

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L'Union européenne existe-t-elle ?

 

 

Comme l’écrivent Cédric Durand et Ramzig Keucheyan dans le « Monde diplomatique » de ce mois de novembre 2012 : « La crise économique ouverte en 2007 a révélé les contradictions inhérentes à la construction européenne. Elle a en particulier démontré que l’Union s’adossait à un régime politique autoritaire, susceptible de suspendre les procédures démocratiques en invoquant l’urgence économique ou financière. » Il s’agit d’une forme de « césarisme » comme le dénonçait Antonio Gramsci  (1891 – mort en captivité en 1937), un intellectuel italien marxiste critique dont on ferait bien de relire les travaux : Au cours des grandes crises du capitalisme, les institutions issues du suffrage universel sont mises de côté, au profit du renforcement de la bureaucratie civile et militaire, de la haute finance, de l’Eglise… En résumé, le « césarisme » est la propension des régimes démocratiques à devenir autoritaires en période de crise.

 

 

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Antonio Gramsci : un penseur rigoureux et sans complaisance

 

 

La fin des démocraties

 

C’est ce que nous vivons : les gouvernements et les Parlements nationaux qui sont issus du suffrage universel sont muselés, le Parlement européen est mis en jachère, en dépit des protestations de son Président, Martin Schulz, les différents référendums relatifs à des Traités européens sont annulés.

 

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Martin Schulz, Président du Parlement européen, tente en vain de faire entendre son Assemblée.

 

 

Au cours des quatre dernières années, des institutions échappant à tout contrôle populaire, telles la Banque centrale européenne (BCE) et la Commission européenne, ont ainsi — avec la collaboration active des classes dominantes de ces pays — dicté leur feuille de route aux peuples irlandais, hongrois, roumain, grec, italien, espagnol, portugais, français, belge, etc. Le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), le contrôle budgétaire des Etats membres et la surveillance des banques par l’Union prolongent ce mouvement qui est loin d’être terminé.

 

L’Allemagne : première puissance européenne

 

L’Union européenne qui aurait dû être une structure démocratique supranationale est devenue en réalité un pouvoir « césarien » entre les mains des lobbies essentiellement bancaires et du pays le plus puissant du continent, l’Allemagne. Pourquoi ?

 

Sur le plan géopolitique, on s’aperçoit que l’Europe est dirigée par un système intergouvernemental : le Conseil dirigé par un personnage réactionnaire et sans vision, Herman Van Rompuy. La Commission qui aurait dû être une force de proposition comme elle le fut auparavant, est devenue une sorte de police de la concurrence et de la finance publique au service du Conseil. Son président, Jose Manuel Barroso est un homme médiocre incapable de s’imposer. La fameuse stratégie « Europe 2020 » n’est qu’une coquille vide, un catalogue des poncifs ultralibéraux. Le système intergouvernemental est dirigé par l’Allemagne, la Grande Bretagne s’éloignant de l’Union, surtout depuis la venue au pouvoir du conservateur David Cameron.

 

 

 

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Herman Van Rompuy n'a pas l'envergure de sa tâche.

 

 

L’Allemagne a donc toute latitude pour diriger l’Europe. Sa réunification éclair lui a permis d’étendre son influence vers l’Est. Sa puissance économique affaiblit ses « partenaires » de l’Ouest, à savoir la France et le Benelux. La France n’est plus une puissance économique, le rapport Gallois vient de le montrer. Elle n’est plus non plus une puissance politique : la faiblesse de ses trois derniers présidents (Chirac, Sarkozy et aujourd’hui Hollande) s’est manifestée à suffisance.

 

Le Sud de l’Europe est ruiné et un pays comme la Grèce a été véritablement « tiersmondisé » par la sinistre « troïka ». L’Espagne et le Portugal sont menacés. L’Italie est dirigée par un gouvernement qui n’est pas issu du suffrage universel et qui se montre incapable à opérer un redressement efficace.

 

Les pays d’Europe centrale et de l’Est sont sous influence allemande et particulièrement faibles, car l’aide qui leur a été apportée par l’Union européenne a surtout profité aux grandes entreprises internationales – essentiellement allemandes – de s’installer, profitant des salaires de misère payés aux travailleurs de ces pays.

 

 

 

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Hitler a peut-être gagné !

 

 

Dès lors, Hitler a peut-être gagné. Ses principaux objectifs dépouillés des monstrueuses obsessions racistes et antisémites, ont été atteints : la fameuse « drang nach Osten », l’affaiblissement du flan Ouest de l’Allemagne et la tutelle sur le Sud de l’Europe, sont en voie d’être réussis.

 

Un mouvement social d’ampleur

 

Alors, quelle riposte ? Elle ne peut venir que d’un mouvement social d’ampleur. Est-ce possible ? On peut cependant en douter. Rien que le projet de grève européenne de 24 heures du 14 novembre a du plomb dans l’aile. En Belgique, malgré l’avalanche de délocalisations et de suppressions d’emplois, les organisations syndicales sont divisées et certaines centrales sont plus que frileuses.

 

Il y a une réalité : le syndicalisme a évolué. Il s’est à la fois corporatisé et individualisé. Les centrales professionnelles ne se préoccupent plus que de l’intérêt de leur secteur, voire de certaines entreprises. La solidarité ouvrière qui était la force des organisations syndicales n’existe plus. Nous ne sommes plus au temps des mineurs de fond qui vivaient la solidarité dans leur chair et dans leur sang. L’individualisme s’est imposé dans le monde du travail qui, par là, s’est considérablement affaibli. Dès lors, la force du monde du travail n’est plus à même de faire changer les choses. La social-démocratie de gouvernement est otage du néolibéralisme. Elle cherche à ne concéder que « le moindre mal », mais n’a plus le rapport de force suffisant pour emporter la décision. De même, le mouvement syndical n’a plus les moyens de faire céder, ni même fléchir, le capital.

 

 

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Occupy Wall Street : malgré la répression, ce mouvement prend de l'ampleur.

 

 

Et pourtant, des mouvements de masse se constituent, encore dans les limbes, mais suffisamment spectaculaires. Les indignés en Espagne, Occupy Wall street à New York, le printemps Erable à Montréal. Si ces mobilisations de masse parviennent à se structurer et à s’organiser à un niveau mondial, alors peut-on sans doute entonner la chanson : « Accroche à ton cœur un morceau de chiffon rouge… et lève-toi car il est temps ! »

 

Et autre chose aussi : tant que l’alliance de fait entre l’Allemagne et la haute finance subsistera, Berlin restera maître du jeu politique en Europe. Si, pour une raison quelconque, cette alliance éclate, l’Allemagne pourrait aussi s’effondrer. Et cela pourrait se faire au cas où le fameux marché transatlantique finit par s’imposer. N’est-ce pas une des tâches principales du président américain réélu ? Ce sera alors un nouveau combat, et de taille.

 

Pierre Verhas

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 20:59

La saga Dexia est donc loin d’être terminée. Tout le monde le savait, mais on ne faisait rien comme si on croyait qu’il ne se passerait rien. Et patatras ! Il faut recapitaliser Dexia pour la troisième fois. La première fois, ce fut en octobre 2008, la deuxième en octobre 2011 et maintenant, il faut une rallonge de 5 à 7 milliards d’Euros. Une bagatelle !

 

Panique à bord ! Les gouvernements belge et français s’étaient engagés à accorder à Dexia une garantie de 90 milliards, dont 54 pour la « petite » Belgique, alors que le gâchis s’est essentiellement déroulé en France.

 

Pour bien comprendre, faisons l’historique.

 

Dexia fut fondée par un haut fonctionnaire français du nom de Pierre Richard (à ne pas confondre avec l’acteur…) bardé de diplômes, cabinetard sous les gouvernements PS, irrésistiblement attiré par les sirènes du privé ; bref, le parfait petit soldat du capitalisme triomphant. Dexia naquit de l’alliance en 1996 du Crédit communal de Belgique (CCB) et du Crédit local de France (CLF). En outre, le CCB et le CLF, bien que devenus banques privées après la liquidation du secteur public de crédit, continuaient à financer les pouvoirs locaux. Une banque privée qui finance des institutions publiques et qui gère l’argent public !

 

Richard voulut transformer sa banque franco-belge en une grande institution financière internationale. Il déclara à l’époque, juste avant l’introduction de l’Euro (le Monde du 6 octobre 2001) : « L’euro sera un tremblement de terre pour les banques. Les établissements de taille moyenne vont disparaître et on va assister à de gigantesques restructurations. »

 

 

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Pierre Richard : le prototype de l'oligarque converti au capitalisme sauvage

 

 

Il fit racheter par Dexia de petites banques étrangères, notamment en Turquie. De plus, il ajouta au groupe Dexia l’activité de banque commerciale et la gestion d’actifs. Tout cela pour un coût de 8 milliards.  D’autre part, les régions et les municipalités furent « invitées » à souscrire à des produits « structurés », c’est-à-dire des crédits aléatoires purement spéculatifs, ce qu’on appelle des « actifs toxiques ». En Belgique, Dexia alla même jusqu’à promettre des taux de 13 % sur ces fameux actifs. C’était la douce euphorie : Dexia qui pesait 5 milliards d’euros en Bourse en 1996 passa à 17 milliards en octobre 2000. Comme l’écrit Mediapart : « L'alliance de la finance publique et des fortunes cachées dans des pays fiscalement compréhensifs ne choque personne. »  Et le Belge Georges Ugeux, reconnu comme un des meilleurs spécialistes de la finance, avertit : « L'idée maîtresse de marier deux établissements spécialisés dans le financement local, dotés d'une culture forte et reconnue avait un sens. Mais cela a dérapé. Dexia n'a plus pensé que conquête et parts de marché. Quand un banquier commence à croire à son message publicitaire, il y a danger ». Dès lors, rien ne va plus !

 

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Axel Miller : l'as de la finance s'est révélé assez peu efficace.

 

 

Il faut recapitaliser. Ici, la partie belge commence à rechigner. Cela va trop loin. Le Belge Axel Miller est nommé en 2006 pour faire contrepoids à Pierre Richard. Arrive la crise des subprimes en 2008.  Les gouvernements belge et français ont dû puiser 3 milliards d’Euros chacun et donner des garanties pour sauver et puis maintenir Dexia à flot. Pierre Richard – Leterme et Reynders n’en voulaient plus –  et Axel Miller passent à la trappe – Sarkozy voulait sa peau – et sont remplacés par le duo composé du Français Pierre Mariani, proche de Sarkozy, comme administrateur délégué et de l’ancien Premier ministre belge, Jean-Luc Dehaene, nommé Président du Conseil d’administration.

 

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Le tandem Leterme - Reynders n'a pas bien fonctionné. Que d'arrières-pensées !

 

 

Ce duo marche mal. Comme l’écrit Mediapart : « La nouvelle direction, codétenue par le Belge Jean-Luc Dehaene et le Français Pierre Mariani, n'a eu, tout ce temps, que le rôle de syndic de faillite, chargé d'éteindre en douceur toutes les dérives du passé. Comme toutes les autres banques, comme les Etats européens, elle a cherché à s'acheter du temps. Les marchés boursiers, longtemps aveugles sur l'état de santé réelle de la banque, ne s'y sont pas trompés. Depuis 2008, l'action Dexia n'a jamais dépassé les 5 euros. » Aujourd’hui, elle est à… 18 centimes d’Euro !

 

 

 

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Jean-Luc Dehaene et Pierre Mariani : un curieux syndic de faillite

 

 

Vient la crise des dettes souveraines. Elle permet de s’apercevoir que la crise bancaire n’est toujours pas terminée. Tout cela a fini par inquiéter les dirigeants européens. Aussi, ont-ils décidé de faire un audit de la situation des banques en juillet 2011. La Commission européenne a imposé ce qu’on a appelé les « stress tests », c’est-à-dire un test de solvabilité, à toutes les banques de la zone Euro. Le résultat est risible. Il ne manque que 2,5 milliards d’euros répartis entre neuf banques européennes pour leur permettre de faire face à une situation économique plus grave. Dexia, bien entendu, a passé ce « grand oral » haut la main : avec un ratio de plus de 11% de fonds propres, elle paraissait même être une des mieux capitalisées du système bancaire européen. Sinistre plaisanterie ! On peut même se poser la question de l’honnêteté et de l’objectivité de cette mascarade.

 

La facture est là.

 

Cependant, la facture est là. Dexia est insolvable. « Libération » dénonce le 17 septembre 2011 la pratique des prêts à risques aux collectivités locales. Dexia n’a en rien freiné ses recours à des produits « dérivés » ou « actifs toxiques. Dès lors, comme le dénonce ATTAC France, le problème central est le devenir de ces actifs toxiques de Dexia.  Alors, où va-t-on ? C’est le démantèlement de Dexia qui est à l’ordre du jour. Le gouvernement français essaye de refiler Dexia France à la Banque postale et à la Caisse de dépôt et de consignation de reprendre les actifs. Celles-ci refusent. Du côté belge, il a été décidé de nationaliser Dexia banque pour fonder Belfius qu’on risque bientôt d’appeler Belfaillite ! Bref, on en revient à l’ancien Crédit communal de Belgique…

 

 

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Belfius ou "Belfaillite" ? Finalement une séparation banque - actifs toxiques à condition de se débarrasser des dettes envers Dexia.

 

 

Quant aux actifs toxiques, c’est la bouteille à encre. L’idée est de les séparer des actifs « sains » et de les mettre dans une « bad bank ». Dexia s’est débarrassé d’une partie de ces « pommes pourries » après 2008, mais en a ajouté d’autres en achetant, entre autres des obligations d’Etat grecques en grande quantité, puisqu’elles assuraient un rendement plus important que les autres. Autrement dit, que ce soit avec les produits dérivés ou les titres de dettes souveraines, Dexia a poursuivi sa stratégie spéculative envers et contre tout. Le Belge De Bock est nommé à la tête de Dexia. Il était un des patrons de Fortis lors de la retentissante faillite de 2008… Dexia, en outre, a vendu à perte ses quelques actifs encore valables. Cela sent la panique à plein nez, malgré l’accord intervenu en octobre 2011 !

 

Et maintenant : passez à la caisse !

 

Alors, aujourd’hui ?

 

Le monde politico-financier ne veut en aucun cas entendre parler de la séparation des activités spéculatives de celles de crédit au sein des banques. Pourtant, c’est ce qu’il s’est passé en réalité avec Dexia en Belgique. L’activité bancaire n’appartient plus à Dexia, elle a été nationalisée par l’Etat belge sous le nom de Belfius. Cependant, cette « nouvelle » banque est dès le départ endettée de 6 milliards d’Euros à l’égard de Dexia.

 

Et puis, on a laissé le temps s’écouler. On n’a plus parlé de Dexia. Il y avait d’autres priorités. Cependant, la situation n’a cessé de se dégrader. Comme toujours, la facture arrive à un moment donné. Et elle est salée ! Dexia a besoin d’une recapitalisation de 5 à 7 milliards d’Euros, sinon c’est la banqueroute.

 

Nouveau round de négociations entre Belges et Français. La recapitalisation pose déjà de sérieux problèmes budgétaires, surtout depuis le Pacte budgétaire européen. La Belgique peine à trouver à réduire son budget de quelque 6 milliards. Et voici que tombe le pavé Dexia dans la mare !

 

Un sac de nœuds que la Commission européenne veut démêler.

 

De plus, on oublie trop souvent que cette recapitalisation, si elle a lieu, ne fait que retarder l’échéance : en effet, elle n’a rien à voir avec la garantie accordée par les Etats français et belges. Donc, cette épée de Damoclès qui amènerait cette fois à la ruine de l’Etat belge et à de sérieuses difficultés pour les Français, est toujours présente.

 

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Est-ce de la Commission européenne que viendra le salut ?

 

 

Les négociations sont en cours. On en ignore le résultat. Mais il y a la Commission européenne qui s’invite. Obsédée par son dogme, elle se demande si l’aide des Etats français et belge au groupe Dexia ne fausse pas la concurrence. En effet, l’accord d’octobre 2011, c’est-à-dire la garantie de 90 milliards, est conditionné à l’approbation de la Commission. Or, celle-ci souhaiterait réduire ce montant faramineux et exige que le prix de cette garantie ne soit pas trop bon marché. Or, pour Dexia, pas question d’une rémunération trop élevée de ladite garantie ! Ici, la Commission joue un rôle très positif : elle met un solide frein à cette garantie qui, si elle devait se réaliser, mettrait la France et spécialement la Belgique devant de grandes difficultés. Un accroissement de 54 milliards de la dette publique lui serait catastrophique. Enfin, la France de son côté est confrontée aux crédits toxiques de 12 milliards d’Euros accordés aux communes de l’Hexagone. Ces dernières – et elles ont raison ! – refusent de rembourser. Aussi, ces crédits sont déposés dans une filiale de Dexia créée à cet effet, DexMA. Elle doit être cédée à deux établissements publics français : la Banque postale et la Caisse des dépôts. Dexia, pour arranger cela, veut octroyer de nouveaux prêts aux communes. Nouveau « Niet » de la Commission ! Dexia n’est plus une banque et il lui est interdit d’accorder des prêts.  Ce salmigondis est une des principales causes de la demande de recapitalisation.  

 

Et pour couronner le tout, la France et la Belgique se disputent sur la répartition de cette recapitalisation.

 

Les curieux arguments des économistes

 

Le quotidien économique belge « l’Echo » (l’équivalent du Français « Les Echos » et du Flamand « De Tijd ») interroge les économistes  sur cet énième épisode de l’affaire Dexia sur sa recapitalisation. Comme par hasard, il y en a quatre qui en sont partisans et un opposant (bien que l’opposant est accompagné d’anonymes…). Drôle de conception de l’équilibre ! Parmi les « pour », on trouve Etienne de Callataÿ, l’économiste en chef de la banque Degroof. Il considère que si la recapitalisation n’est pas décidée, il va falloir activer une bonne partie de la garantie. Mais il conclut : « C’est toute la difficulté de ces transactions financières : on ne sait pas qui est exposé à quoi. Et on ne peut pas dire que l’on a progressé dans la transparence depuis la crise de 2008. »

 

 

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de Callataÿ n'est pas très sûr de son analyse !

 

 

Cela signifie acheter un chat dans un sac ! On ne sait pas ce qu’on injecte et, en plus, on ignore s’il ne faudra pas recommencer. Un autre économiste, Roland Gillet, professeur à la Sorbonne et à l’ULB estime qu’une recapitalisation diminue le risque de recourir à la garantie. Il va même jusqu’à faire un pari : « Pourquoi acter des pertes sur une large part du portefeuille qui ne posera pas de problèmes à terme. » Après avoir constaté 12 milliards de produits toxiques structurés aux collectivités locales, dans le portefeuille de Dexia, il ajoute : « Les autres sont fortement décotés aujourd’hui en valeur de marché, mais si on les conserve jusqu’à l’échéance, la probabilité qu’il y ait un véritable problème reste relativement faible. » M. Gillet croit-il ce qu’il dit ? Si oui, il devrait se reconvertir en bookmaker ! Et il ajoute : « Pour la Belgique, c’est évidemment particulièrement crucial, parce que les montants en jeu représentent un poids beaucoup plus important pour nos finances publiques que pour celles de la France. » On observe que les économistes du système sont pour le moins perplexes. Alors, pourquoi s’obstiner à poursuivre cette folie ?

 

 

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Le professeur Roland Gillet est pour le moins perplexe.

 

 

Mille milliards d’Euros !

 

Contre cette thèse style TINA (There Is No Alternative), l’avocat et économiste Robert Witterwufghe se demande : « Pourquoi injecter des milliards dans une structure largement déficitaire qui n’est plus qu’une bad bank ? Quand on recapitalise une entreprise, c’est parce qu’on estime qu’elle a un avenir. Il est aberrant de procéder à une telle opération sans pouvoir la justifier de manière détaillée et rationnelle. » Un économiste « anonyme », lui, propose d’évaluer ce que coûterait une faillite de Dexia, car nul ne dispose de données fiables à ce sujet. Ce qui n’empêche pas un autre membre de cette corporation, Georges Hübner, diplômé d’HEC, professeur à l’Université de Liège d’affirmer dans « Le Soir » pour justifier le danger de la faillite que les prêts effectués par Dexia ont été « swappés », c’est-à-dire exportés sur des marchés dérivés et que les contreparties de Dexia sur le marché s’élèveraient à près de mille milliards d’Euros !

 

 

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Georges Hübner : l'économiste de l'ULg est apocalyptique !

 

 

Un énorme risque

 

Alors, que faire ? Eric Toussaint, le Président du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers-monde, estime que la dette de Dexia s’élève au 31 décembre 2011 à 411 milliards. Il suggère de supprimer cette garantie qu’il considère d’ailleurs comme illégale. Il a déposé avec l’association ATTAC un recours au Conseil d’Etat contre l’arrêté royal accordant cette garantie. Il ne manque pas d’arguments. Toussaint souhaite qu’on prononce une fois pour toutes la faillite de Dexia et que les administrateurs rendent des comptes. D’autre part, il considère que les autorités belges chargées du contrôle – l’Autorité des services et marchés financiers, la Banque nationale et le Ministre des Finances de l’époque, Reynders – ont failli à leur mission et doivent aussi rendre des comptes.

 

 

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Eric Toussaint, Président du CADTM, a une solution.

Mais il a peu de chance d'être écouté.

 

 

À moins d’obtenir gain de cause au Conseil d’Etat, Eric Toussaint a peu de chances d’être entendu. Dès lors, la France et la Belgique courent un énorme risque.

 

Pour conclure, observons que les gouvernements s’occupent plus de sauver une économie financière défaillante que de maintenir une économie réelle atteinte par les délocalisations.

 

Les milliers de travailleurs et leurs familles de Ford Genk, de Duferco, d’Arcelor Mittal en France et en Belgique, de Carsid et d’autres entreprises pèsent moins que le sort de quelques oligarques de la politique et de la finance.

 

Pierre Verhas

 

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 22:25

 

SDF

 

C'est le lot de notre société de capitalisme et d'individualisme sauvages. Ne riez pas : cela peut vous arriver plus vite que vous ne pensez.

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