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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 10:26

 

 

 

Nous avons une attitude ambiguë à l’égard de pratiques musulmanes comme le port du voile par les femmes et la consommation de la viande halal.

 

Nous sommes divisés sur la question du voile. Certains estiment – comme moi – que son interdiction est une erreur. D’autres, par contre, prétendent que c’est l’étendard imposé de force aux femmes par « l’Islam conquérant », ou encore qu’il s’agit d’un avilissement de la femme.

 

Nous sommes divisés sur la viande halal. Certains estiment – comme moi – qu’il n’y a pas de raison de ne pas disposer d’alimentation halal dans les cantines scolaires. D’autres, par contre, pensent que c’est céder au communautarisme de distribuer ce genre d’alimentation dans les écoles.

 

Où est la vérité ?

 

L’imposition de la viande halal à la communauté musulmane d’Europe, tout comme celle du voile, est un phénomène assez ancien et qui fait toujours polémique, mais le halal a une autre caractéristique : il dicte des interdits, notamment en matière d’abattage des animaux de boucherie.

 

En Belgique, comme d’habitude, la réaction est ambiguë. En effet, l’abattage rituel imposé par le halal est en infraction à toutes les réglementations en matière d'abattage d'animaux de boucherie. Cependant, on ferme les yeux lors de la fête de l’Aïd el Kebir et pendant le Ramadan.

 

 

La clé du problème se trouve dans notre manière de cohabiter avec les musulmans qui, inéluctablement, sont de plus en plus nombreux en Europe.

 

 

Quand on analyse le développement fulgurant de l’alimentation halal, on observe, comme dans d’autres domaines, l’existence d’une alliance objective entre l’intégrisme et le trafic des multinationales agroalimentaires. La nourriture halal « fruit du néolibéralisme et du fondamentalisme » est un phénomène de notre époque. Et, une fois de plus, si on veut comprendre ce phénomène, il ne faut pas avoir une attitude manichéenne.

 

 

Notre ami Bernard Gensane vient de publier sur son blog (http://bernard-gensane.over-blog.com/ ) un remarquable article où il analyse cette question en se basant sur les travaux de la sociologue française Florence Bergeaud-Blackler. Celle-ci montre même que pour les besoins de l’industrie, avec la complicité des imams, on arrange quelque peu les prescrits islamiques et aussi qu’on étend le « halal » dans d’autres domaines de l’agroalimentaire que la viande. Même certains bonbons sont devenus prétendument « haram » (c’est-à-dire illicites).

 

 

Cette analyse est bien entendu basée sur la France, mais elle se penche aussi sur d’autres pays d’Europe, dont la Wallonie.

 

 

Cela éclaire cette problématique sur un jour nouveau : le « halal » est devenu un juteux business pour les entreprises transnationales de l’agroalimentaire.

 

 

Même l’islam le plus pur, le plus rigoriste, le plus sévère sait déroger lorsqu'il procède à des « accommodements raisonnables » avec l’industrie agroalimentaire dans le plus grand intérêt des chefs religieux se servant de la naïveté des angélistes communautaristes de tout acabit pour s’imposer dans notre société.

 

 

 

Pierre Verhas

Les boucheries "halal" se multiplient dans nos villes. Deviendront-elles la norme pour le plus grand intérêt des entreprises transnationales ?

Les boucheries "halal" se multiplient dans nos villes. Deviendront-elles la norme pour le plus grand intérêt des entreprises transnationales ?

 

 

 

Nourriture halal : islam intégriste et capitalisme financier

 

 

 

J’ai souvent évoqué le village de mes grands-parents dans le sud-ouest. Une population très mélangée. Une majorité de Lot-et-Garonnais, disons de souche, une forte minorité d’Italiens ayant fui la misère, le fascisme ou les deux, quelques familles de républicains espagnols qui ne reverraient leur pays que Franco une fois mort, une pincée de gens originaires du nord de la France, dont mes grands-parents, et quelques familles arabes. Ainsi, la première fois que j’ai rencontré des femmes musulmanes, c’était en 1953, dans ce village. Il ne s’agissait pas de femmes de harkis puisque la guerre d’Algérie n’avait pas commencé. Pas de burqua, pas de tchador, pas de voile. Des femmes moyennement intégrées, parlant plutôt mal le français mais vivant globalement comme les autres habitants. Je me suis rendu compte par la suite qu’elles observaient le ramadan de manière relâchée. En matière de boucherie, pas de viande halal, mais la viande de tout le monde achetée chez un boucher juif ayant réussi à échapper à la police de Vichy quelques années auparavant. Il leur préparait le mouton pour le couscous quand elles le demandaient. Ce boucher, qui avait épousé une jeune fille du pays, découpait toutes les viandes pour tous les clients avec le même couteau.

 

 

La montée en puissance des boucheries halal en France et ailleurs ne s’est pas réalisée par l’opération du Saint-Esprit. Rien de naturel à cela, ni même de culturel (de cultuel, on ne sait plus ?). Nous sommes dans le politique et l’économique. Les marchands – je reprends une expression de Florence Bergeaud-Blackler pour un entretien dans Libération dont je me servirai ici – ont « inventé une tradition ».

 

 

Pour Bergeaud-Blackler, l’avancée de la nourriture halal, « née industriel, fruit du néolibéralisme et du fondamentalisme », coïncide avec le recul de la démocratie. Alors que dans le Lot-et-Garonne de mon enfance, le souci du « licite » n’avait ni pertinence ni sens, 70% des musulmans français ou de France n’achètent que de la viande halal. La religion semble déterminer la consommation. Cette mutation capitale, qui ne date pas d'hier, n'a fait l’objet de pratiquement aucune étude, si l’on excepte le livre récent de Florence Bergeaud-Blackler, le Marché halal ou l’invention d’une tradition (Seuil).

 

 

Pour la sociologue, le marché a transformé le sens du mot halal en « prescrit » alors que le mot signifie « licite ». Elle ajoute que le marché halal n’est pas une coutume ancienne importée des pays musulmans : « Ce marché n’a jamais existé dans le monde musulman avant que les industriels ne l’y exportent. » Et elle observe que deux idéologies ont triomphé au même moment, autour de 1980, sur la scène internationale : le fondamentalisme musulman en Iran et le néolibéralisme thatchérien et reaganien. Dès lors, l’abattage industriel pourra être contrôlé dans les pays occidentaux par des certificateurs musulmans. Certains iront jusqu’à dire (je ne sais si cela est authentique) qu’au Québec, par exemple, la quasi totalité de la population mange halal. Comme il ne pouvait pas interdire durablement l’importation de la viande occidentale, Khomeiny enverra en Australie des mollahs imposer un protocole islamique dans des chaînes d’abattage (qui avait commencé dès 1974), le gouvernement australien n’ayant aucune autorité sur cette certification. N'ayant aucune autorité parce qu'il le voulait bien.

 

 

Á partir de quand une viande est-elle halal ? Les musulmans eux-mêmes divergent quant à la technique de mise à mort. Pour certains, l’animal doit être étourdi avant d’être égorgé. Pour d’autres, non. Ce débat dure depuis des siècles. Lors de l’égorgement, le boucher doit prononcer le nom d’Allah et l’animal doit avoir la tête tournée vers La Mecque. Il peut se passer 10 à 20 secondes avant que survienne la mort cérébrale par manque d’oxygène. Un animal peut agoniser plus de 10 minutes, comme le montre la photo ci-dessous d’un mouton égorgé mais qui tient la tête haute.

 

 

 

 

Abattage sans étourdissement : malgré la terrible entaille, ce mouton garde la tête haute : il est bien vivant mais jetons un voile pudique sur la souffrance animale

Abattage sans étourdissement : malgré la terrible entaille, ce mouton garde la tête haute : il est bien vivant mais jetons un voile pudique sur la souffrance animale

 

 

 

Mohammed Moussaoui, maître de conférences en mathématiques à l'université d'Avignon et ancien président du Conseil Français du Culte Musulman, estime minoritaires les partisans de l’étourdissement. Soucieux des intérêts économiques de son pays, il met en garde contre une systématisation de l’étourdissement : « Lorsqu'on entend dire qu'en France, la majorité des viandes sont étourdies, tout de suite on a des appels au boycott de la viande française. Et je pense qu'on ne rendra pas un service, ni aux professionnels, ni aux producteurs, que de dire que la viande venant de la France est étourdie. Le chantage économique en ces temps de crise est souvent payant. » Chaque kilo de viande abattue selon les rites halal (ou casher, n’oublions pas la religion juive) profite aux représentants religieux : la certification halal coûte entre 10 et 15 centimes d’euro, payés par des consommateurs de plus en plus nombreux, et souvent irréligieux, la viande halal étant massivement écoulée sur le marché global et n’ayant donc plus une unique vocation religieuse. Depuis 2008, à l’abattoir de Meaux, les animaux sont abattus sans étourdissement, qu’ils soient consommés religieusement ou pas. Comme dans celui d’Ales, ou de Limoges. D'après une enquête du Ministère de l'Agriculture, au niveau national 32% des bêtes sont abattues en rituel, alors que les consommateurs halal et cacher ne représentent que 7% de la population. Selon François Halepé, directeur de la Maison de l'Elevage d'Ile-de-France, les 5 abattoirs qui fonctionnent en Ile-de-France, abattent tous selon le rite musulman. Ce qui signifie que près de 100% de la viande abattue dans la région parisienne l’est selon les traditions musulmane et juive. Pour ceux des éleveurs franciliens qui refusent ce rituel, leurs animaux doivent être transportés sur des centaines de kilomètres et les carcasses rapatriées, ce qui implique une perte de temps et d’argent. Á signaler qu'en Nouvelle-Zélande, premier pays exportateur au monde de mouton halal, l'étourdissement par électronarcose est obligatoire (tout comme au Royaume Uni, en Suède, Norvège, Suisse, Islande et dans une partie de l'Autriche) et qu'en Wallonie l'abattage sans étourdissement sera bientôt interdit (250 000 animaux sont abattus chaque année dans de grandes souffrances).

 

 

La loi française ne connaît pas l’abattage halal ou cacher. Mais, en 1964, le législateur a instauré, pour le cacher, une dérogation à l’étourdissement des bêtes pour des raisons religieuses. Depuis, selon la sociologue, nous sommes en pleine confusion : « des abattoirs européens font du “tout halal” pour faire des économies. Ils évitent les changements de chaîne et peuvent indifféremment distribuer du halal à leurs clients musulmans ou à des grossistes conventionnels. La réglementation européenne n’oblige pas d’étiquetage particulier. »

 

 

Bref, les industries occidentales et les politiques ont accepté cette mutation considérable. Selon Florence Bergeaud-Blackler, la Malaisie est devenue un centre du halal mondial dans les années 90. Des ingénieurs de l’agroalimentaire travaillant pour Nestlé l’ont aidée à mettre en place l’ingénierie nécessaire : « seuls les aliments qui ne contiennent ou ne sont pas contaminés par des produits interdits (porc, alcool, protéines qui ne sont pas issues d’un abattage selon la loi islamique) peuvent être halal. Cela exclut une grande partie des aliments industriels qui comportent des colorants, exhausteurs de goûts et autres additifs ! Presque toute l’industrie alimentaire devient halalisable ». Voir les bonbons Haribo disparaissant de nos cours d’école lors de goûters collectifs, non parce qu’ils sont chimiques mais parce qu’ils sont – prétendument – haram.

 

 

Le halal a progressé en France, de manière dialectique, en fonction de l’offre et de la demande. Florence Bergeaud-Blackler : « L’offre de halal va rencontrer la demande de la diaspora, pour laquelle la cuisine est une façon de protéger l’intégrité de sa culture, et la stratégie des groupes fondamentalistes qui voient bien que la clôture alimentaire peut aussi être une clôture communautaire. J’ai mené une enquête en 2005 lors du rassemblement de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) au Bourget (Seine-Saint-Denis) : 85,9 % déclaraient manger de la viande et des produits carnés exclusivement halal. Le congrès de l’UOIF n’est certes pas représentatif de l’ensemble des musulmans, mais il réunit une population familiale qui dépasse largement l’audience des seuls Frères musulmans. A une époque où l’on croyait que la sécularisation ferait disparaître ces pratiques, ces chiffres considérables ont suscité le scepticisme. D’autres études l’ont confirmé. Une étude de l’Institut Montaigne a montré en 2016 que plus de 40 % de musulmans pensent que manger halal est l’un des cinq piliers de l’islam… ce qui est inexact. »

 

 

La nourriture et les pratiques halal intègrent-elles ou coupent-elles les musulmans de la société. Les réponses divergent. Selon Olivier Roy, dont le parcours politique fut assez singulier, le halal est le signe d’une sécularisation de l’islam. Florence Bergeaud-Blackler estime pour sa part que la viande halal n’est pas « inerte » car elle est accompagnée d’un discours religieux fondamentaliste, dans les domaines alimentaire, vestimentaire, cosmétique. Selon elle, le danger pour les musulmans eux-mêmes est « l’évitement social » : « Diviser en deux l’espace entre le permis et l’interdit crée une certaine anxiété sociale et conduit à des conduites d’évitement. Quand vous mangez exclusivement halal, vous pouvez éviter d’inviter quelqu’un qui ne mange halal chez vous par crainte qu’il vous invite à son tour. » Elle estime par ailleurs que la nature du marché cacher est différente car il est né avant l’industrialisation, la séparation entre ses fonctions marchande et religieuse pouvant être transgressée, ce qui n’est pas le cas de la norme halal, « prise dans une surenchère marchande et religieuse ». Les musulmans de France risquent de se retrouver dans des conduites exclusivement négatives, entre l’évitement et la haine de soi, la haine d’un passé où un boucher juif pouvait leur préparer des rôtis de bœuf avec son grand couteau laïc.

 

 

 

 

Bernard Gensane

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Published by pierre verhas
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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 10:42

 

 

 

En octobre 2016, « Uranopole » a publié les propos tenus par Paul Jorion dans une interview à la revue « Science critique ». (http://uranopole.over-blog.com/2016/10/se-debarrasser-du-capitalisme-rien-que-ca.html )Cette interview était intitulée : « « Se débarrasser du capitalisme est une question de survie. » Elle a a provoqué un choc dans le petit monde alternatif et dans la blogosphère. Comment oser proclamer une telle idée, alors que nous avons sacralisé l’économie de marché comme étant la seule qui puisse assurer à l’humanité son bien-être et son progrès ?

L’anthropologue – économiste belge va d’ailleurs préciser sa pensée dans un ouvrage « Se débarrasser du capitalisme est une question de survie » à paraître en mars aux éditions Fayard.

Jorion présente ainsi ce livre :

« Le capitalisme contient une machine à concentrer la richesse qui grippe l’économie et ne laisse plus en présence qu’une poignée de vainqueurs face à une armée de vaincus. La prétendue « science » économique est l’outil de propagande que financent ces vainqueurs : les économistes ne sont rien d’autre que les prêtres de cette religion féroce. L’État-providence, sous-produit de la reconstruction succédant à une guerre mondiale infâme, n’aura duré qu’une saison. Le robot et le logiciel ont évincé femmes et hommes d’un marché de l’emploi qui se rétrécit comme peau de chagrin.

Le verdict est sans appel : nous n’apprenons pas ! Le court-termisme règne en maître, la défense de privilèges exorbitants mais tout aussi bien médiocres bloque toute tentative de sauvetage. La finance et l’économie pouvaient être réformées au lendemain de l’effondrement global de septembre 2008, Nicolas Sarkozy y appelait dans son fameux discours de Toulon. Rien n’a été fait ! Si bien qu’aujourd’hui, se débarrasser du capitalisme est devenu pour l’humanité, une question de survie.

Si les leçons désespérantes à tirer de dix ans de réflexion sont innombrables, les messages d’espoir ne sont pas moins nombreux : oui, la spéculation peut être interdite comme autrefois, oui, l’État-providence doit être inscrit une fois pour toutes dans nos institutions, oui, la gratuité sur l’indispensable est le remède à la plupart de nos maux, oui, un projet européen ressuscité pourrait être le fer de lance d’un véritable redressement, oui, l’économie a besoin d’une constitution ! Seule la volonté fait défaut. »

 

 

 

Paul Jorion tient une chronique audiovisuelle hebdomadaire intitulée "Le temps qu'il fait le..." qu'on peut regarder sur son blog.

Paul Jorion tient une chronique audiovisuelle hebdomadaire intitulée "Le temps qu'il fait le..." qu'on peut regarder sur son blog.

 

 

 

C’est exactement ce dont Uranopole se propose de débattre dès ce début de l’année 2017.

Un autre ouvrage vient de paraître. Il s’intitule « Notre ennemi, le Capital ». L’auteur en est le philosophe montpelliérain Jean-Claude Michéa (Ed. Climats- Flammarion, 2017). Il contient une critique radicale du libéralisme et de ses conséquences, telles l’uniformisation par laquelle nous est imposé un seul modèle culturel, le mythe de la croissance infinie, la mise à l’écart des peuples, l’incapacité de la gauche à répondre à l’offensive néolibérale et enfin, quelle « autocritique » doit être faite pour surmonter cette incapacité.

 

 

 

 

 

 

Jean-Claude Michéa, le philosophe montpelliérain "inclassable" n'hésite pas à porter la faucille et le marteau en faisant la différence entre le stalinisme et le communisme.

Jean-Claude Michéa, le philosophe montpelliérain "inclassable" n'hésite pas à porter la faucille et le marteau en faisant la différence entre le stalinisme et le communisme.

 

 

 

Ces deux livres d’auteurs tout à fait différents et même opposés sur certains points démontrent que la critique radicale du capitalisme a dépassé le cénacle de l’extrême-gauche pour devenir un sujet majeur de débat dans les mois et les années à venir.

En introduction à la série d’articles que nous préparons, voici une analyse de George Monbiot, journaliste et militant écologiste britannique, parue dans le quotidien de centre gauche britannique « The Guardian » sur l’idéologie néolibérale dans laquelle il voit la source de tous nos maux. L’article a été traduit et publié sur le site « Le Grand Soir ».

Il dresse d’abord l’historique du néolibéralisme. Ensuite, il établit l’inventaire des dégâts sociaux, environnementaux, sociétaux des politiques néolibérales appliquées un peu partout avec zèle depuis Margaret Thatcher et Ronald Reagan. Il n’oublie pas les « expériences » néolibérales au Chili de Pinochet et à la Nouvelle Orléans suite à l’ouragan Katrina.

L’auteur avertit : « L’impact le plus dangereux du néolibéralisme n’est peut-être pas la crise économique qu’il a provoquée, mais la crise politique. »

Il passe en revue ainsi toutes les conséquences des politiques néolibérales et plaide pour une réelle alternative de gauche.

Aujourd’hui, une nouvelle étape va sans doute être franchie avec l’élection de Donald Trump. C’est la prise du pouvoir politique par les milliardaires. Et il n’y a pas qu’aux Etats-Unis que cela se produit : l’Ukraine est présidée par un milliardaire et la France risque bien de voir arriver à la magistrature suprême un quasi milliardaire à leur service, Emmanuel Macron, ancien de la banque Rotschild, ancien conseiller économique de François Hollande et puis devenus son ministre préféré où il n’a pas chômé avec les lois Macron et la fameuse loi « travail » qui porte indubitablement sa marque. Mais il n’en porte pas la responsabilité politique, élections obligent…

Ce pouvoir accru des milliardaires sur la chose publique annonce une nouvelle étape bien pire que les précédentes : le capitalisme absolu.

 

Pierre Verhas

Les sous-titres sont d’Uranopole

 

 

Le Néolibéralisme – l’idéologie à la source de tous nos maux

 

 

Le néolibéralisme a joué un rôle dans la crise financière, la catastrophe écologique et même la montée de Donald Trump. Pourquoi la gauche n’a-t-elle pas réussi à trouver une solution de rechange ?

 

Imaginez si le peuple de l’Union soviétique n’avait jamais entendu parler du communisme. L’idéologie qui domine notre vie n’aurait, pour la plupart d’entre nous, aucun nom. Mentionnez-la dans une conversation et vous obtiendrez en retour un haussement d’épaules. Même si vos auditeurs ont déjà entendu le terme, ils auront du mal à le définir. Le néolibéralisme : savez-vous ce que c’est ?

 

Son anonymat est à la fois un symptôme et la source de son pouvoir. Il a joué un rôle majeur dans un nombre remarquable de crises : la crise financière de 2007-2008, la délocalisation des richesses et du pouvoir, dont les Panama Papers nous offrent un simple aperçu, le lent effondrement de la santé publique et de l’éducation, La pauvreté, l’épidémie de solitude, l’effondrement des écosystèmes, la montée de Donald Trump. Mais nous répondons à ces crises comme si elles émergeaient dans un isolement, apparemment ignorants qu’elles ont toutes été catalysées ou exacerbées par une même philosophie cohérente ; Une philosophie qui a - ou avait - un nom. Quel plus grand pouvoir peut-il y avoir que celui d’agir en tout anonymat ?

 

 

 

 

 

Donald Trump inaugure-t-il le règne des milliardaires sur le monde ?

Donald Trump inaugure-t-il le règne des milliardaires sur le monde ?

 

 

 

Le néolibéralisme est tellement omniprésent que nous le reconnaissons rarement comme une idéologie. Nous semblons accepter la proposition que cette foi utopique, millénarienne, désigne une force neutre ; Une sorte de loi biologique, comme la théorie de l’évolution de Darwin. Mais cette philosophie se présente comme une tentative consciente de remodeler la vie humaine et de déplacer le centre du pouvoir.

 

Le dogme de la concurrence

 

Le néolibéralisme considère la concurrence comme la caractéristique déterminante des relations humaines. Il redéfinit les citoyens comme des consommateurs, dont les choix démocratiques sont le mieux exercés par des actes d’achat et de vente, processus qui récompense le mérite et punit l’inefficacité. Il soutient que « le marché » offre des avantages qui ne pourraient jamais être obtenus par la planification.

Les tentatives de limiter la concurrence sont considérées comme étant contraires à la liberté. La fiscalité et la réglementation doivent être réduites au maximum, les services publics doivent être privatisés. L’organisation du travail et la négociation collective avec les syndicats sont présentées comme des distorsions du marché qui entravent la formation d’une hiérarchie naturelle entre gagnants et perdants. L’inégalité est présentée comme une vertu : une récompense à l’utilité et un générateur de richesse dont les retombées profitent à tous. Les efforts pour créer une société plus égalitaire sont à la fois contre-productifs et moralement corrosifs. Le marché garantit que tout le monde obtient ce qu’il mérite.

Nous adoptons et reproduisons ses croyances. Les riches se persuadent qu’ils ont acquis leur richesse par le mérite, en ignorant les avantages - tels que l’éducation, l’héritage et la classe - qui ont pu aider à l’obtenir. Les pauvres commencent à se rejeter la faute pour leurs échecs, même quand ils ne peuvent pas faire grand chose pour changer leur situation.

Peu importe le chômage structurel : si vous n’avez pas d’emploi c’est parce que vous n’êtes pas assez entreprenant. Peu importe les coûts prohibitifs du logement : si votre carte de crédit a dépassé le plafond, c’est que vous êtes désinvolte et imprévoyant. Peu importe que vos enfants n’aient plus de terrain de jeu : s’ils deviennent gros, c’est de votre faute. Dans un monde régi par la concurrence, ceux qui sont à la traîne sont qualifiés et se perçoivent comme des perdants.

Comme Paul Verhaeghe le démontre dans son livre What About Me ?, on compte parmi ses effets des épidémies d’automutilation, des troubles de l’alimentation, la dépression, la solitude, l’anxiété devant la performance et la phobie sociale. Il n’est peut-être pas étonnant que la Grande-Bretagne, où l’idéologie néolibérale a été appliquée avec le plus de rigueur, soit devenue la capitale européenne de la solitude. Nous sommes tous devenus des néolibéraux.

Le terme néolibéralisme a été inventé lors d’une réunion à Paris en 1938. Parmi les délégués se trouvaient deux hommes qui étaient venus pour définir cette idéologie, Ludwig von Mises et Friedrich Hayek. Tous deux exilés d’Autriche, ils voyaient la social-démocratie, exemplifiée par le New Deal de Franklin Roosevelt et le développement progressif de l’État-providence britannique, comme autant de manifestations d’un collectivisme qui s’apparentait au nazisme et au communisme.

 

 

 

Friedrich Hayek, père du néolibéralisme

Friedrich Hayek, père du néolibéralisme

 

 

 

Dans The Road to Serfdom (Le Chemin de la servitude), publié en 1944, Hayek soutenait que la planification par le gouvernement, en écrasant l’individualisme, conduisait inexorablement au totalitarisme. Tout comme le livre de Mises Bureaucracy, The Road to Serfdom connut un large succès. Il fut remarqué par certaines personnes très riches, qui ont vu dans cette philosophie une occasion pour s’affranchir des réglementations et des taxes. Lorsque, en 1947, Hayek fonda la première organisation qui allait répandre la doctrine du néolibéralisme - le Mont Pelerin Society -, il fut soutenu financièrement par des millionnaires et leurs Fondations respectives.

 

Avec leur aide, il a commencé à créer ce que Daniel Stedman Jones décrit dans Masters of the Universe comme « une sorte d’international néolibéral » : un réseau transatlantique d’universitaires, d’hommes d’affaires, de journalistes et d’activistes. Les riches bailleurs de fonds du mouvement financèrent une série de think tanks qui allaient affiner et promouvoir cette idéologie. Parmi eux figuraient l’American Enterprise Institute, la Heritage Foundation, le Cato Institute, le Institute of Economic Affairs, le Centre for Policy Studies et le Adam Smith Institute. Ils ont également financé des postes et départements universitaires, en particulier dans les universités de Chicago et de Virginie.

 

Radicalisation du néolibéralisme

 

À mesure qu’il évoluait, le néolibéralisme devenait plus radical. L’opinion de Hayek selon laquelle les gouvernements devaient réglementer la concurrence pour empêcher la formation de monopoles céda la place - parmi les apôtres américains comme Milton Friedman - à la conviction que l’exercice d’un monopole pouvait être perçu comme une récompense à l’efficacité.

 

Quelque chose d’autre est arrivé pendant cette transition : le mouvement a perdu son nom. En 1951, Friedman n’hésitait pas à se définir comme un néolibéral. Mais peu de temps après, le terme a commencé à disparaître. Plus étrange encore, alors que l’idéologie devenait plus nette et le mouvement plus cohérent, le nom disparut sans être remplacé.

Au début, malgré son financement somptueux, le néolibéralisme demeurait marginal. Le consensus de l’après-guerre était presque universel : les prescriptions économiques de John Maynard Keynes étaient largement appliquées, le plein emploi et l’allégement de la pauvreté étaient des objectifs communs aux États-Unis et une grande partie de l’Europe occidentale, les taux d’imposition étaient élevés et les gouvernements n’avaient pas honte d’avoir des objectifs sociaux, en développant de nouveaux services publics et en mettant en place des filets de sécurité.

 

Mais dans les années 1970, lorsque les politiques keynésiennes ont commencé à s’effondrer et les crises économiques à apparaître sur les deux rives de l’Atlantique, les idées néolibérales ont commencé à se répandre. Comme Friedman l’a remarqué, « quand le moment est venu de changer ... il y avait une alternative prête à l’emploi ». Avec l’aide de journalistes sympathisants et de conseillers politiques, les éléments du néolibéralisme, en particulier ses prescriptions en matière de politique monétaire, furent adoptées par l’administration de Jimmy Carter aux États-Unis et le gouvernement de Jim Callaghan en Grande-Bretagne.

 

Après l’accession au pouvoir de Margaret Thatcher et Ronald Reagan, le reste des mesures ont rapidement été appliquées : réductions massives d’impôts pour les riches, écrasement des syndicats, déréglementations, privatisations, externalisations et concurrence dans les services publics. Par le biais du FMI, de la Banque Mondiale, du traité de Maastricht et de l’Organisation Mondiale du Commerce, des politiques néolibérales furent imposées - souvent sans consentement démocratique - à une grande partie du monde. Le plus remarquable fut l’adoption de cette idéologie par les partis qui appartenaient autrefois à la gauche : les Travaillistes et les Démocrates, par exemple. Comme le note Stedman Jones, « il est difficile de trouver une autre utopie appliquée avec autant de vigueur ».

 

 

 

Margaret Thatcher et Ronald Reagan ont imposé le néolibéralisme dans l'ensemble du monde occidental au début des années 1980

Margaret Thatcher et Ronald Reagan ont imposé le néolibéralisme dans l'ensemble du monde occidental au début des années 1980

 

 

 

Il peut sembler étrange qu’une doctrine qui promet le choix et la liberté ait été promue avec le slogan « il n’y a pas d’alternative ». Mais, comme a dit Hayek lors d’une visite au Chili de Pinochet, l’une des premières nations où le programme fut appliqué de manière exhaustive, « ma préférence personnelle va plutôt vers une dictature libérale que vers une démocratie sans libéralisme ». La liberté qu’offre le néolibéralisme, qui paraît si séduisante lorsqu’elle est exprimée en termes généraux, se traduit par une liberté pour les puissants au détriment des faibles.

 

Etre libéré des syndicats et des négociations collectives signifie avoir la liberté de compresser les salaires. L’absence de réglementation signifie avoir la liberté d’empoisonner les cours d’eau, de mettre en danger les travailleurs, de facturer des taux d’intérêt iniques et de concevoir des instruments financiers exotiques. Se libérer des impôts signifie se débarrasser de la redistribution des richesses.

 

Comme l’écrit Naomi Klein dans The Shock Doctrine [la stratégie du choc, éd. Actes Sud], les théoriciens néolibéraux préconisaient de profiter des crises pour imposer des politiques impopulaires pendant que les gens avaient l’esprit occupé ailleurs : par exemple, à la suite du coup d’Etat de Pinochet, de la guerre en Irak ou de l’ouragan Katrina, que Friedmann décrivit comme « une occasion pour réformer radicalement le système éducatif » de la Nouvelle-Orléans.

 

Les politiques néolibérales sont imposées par le biais des traités commerciaux (TTIP, CETA, etc.)

 

Lorsque les politiques néolibérales ne peuvent pas être imposées au niveau national, elles sont imposées au niveau international, par le biais de traités commerciaux qui intègrent le « règlement des différends entre investisseurs et États » : des tribunaux offshore dans lesquels les entreprises peuvent exercer des pressions pour éliminer les protections sociales et environnementales. Lorsque des parlements ont voté des restrictions sur les ventes de cigarettes, pour protéger les réserves d’eau polluées par des sociétés minières, pour geler les factures d’énergie ou empêcher les entreprises pharmaceutiques de piller les caisses de l’État, les entreprises privées ont intenté des procès, souvent avec succès. La démocratie fut réduite à une pièce de théâtre.

 

Un autre paradoxe du néolibéralisme est que la concurrence universelle repose sur une quantification et une comparaison universelles. Il en résulte que les travailleurs, les demandeurs d’emploi et les services publics de toute nature sont soumis à un régime d’évaluation et de surveillance étouffant, conçu pour désigner les gagnants et punir les perdants. La doctrine proposée par Von Mises - qui était censée nous libérer du cauchemar bureaucratique d’une planification centralisée - l’a au contraire crée.

 

Le néolibéralisme n’avait pas été conçu à l’origine comme un racket égoïste, mais il l’est rapidement devenu. La croissance économique fut nettement plus lente pendant la période néolibérale (à partir de 1980 en Grande-Bretagne et aux États-Unis) qu’au cours des décennies précédentes ; mais pas pour les très riches. L’inégalité dans la répartition des revenus et des richesses, après 60 ans de déclin, a rapidement augmenté au cours de cette période, en raison de la destruction des syndicats, des réductions d’impôt, des hausses de loyers, des privatisations et des déréglementations.

 

La privatisation ou la commercialisation des services publics tels que l’énergie, l’eau, les chemins de fer, la santé, l’éducation, les routes et les prisons a permis aux entreprises de facturer des services essentiels aux citoyens ou aux gouvernements. Un loyer n’est qu’un autre terme pour désigner un revenu immérité, obtenu sans travailler. Lorsque vous payez un prix gonflé pour un billet de train, seule une partie du prix représente le coût du carburant, des salaires, du matériel roulant et autres. Le reste représente l’absence de choix qui vous est imposé.

 

Ceux qui possèdent et dirigent les services privatisés ou semi-privatisés du Royaume-Uni amassent des fortunes prodigieuses en investissant peu et en facturant beaucoup. En Russie et en Inde, les oligarques se sont emparés des actifs de l’Etat par le biais d’opérations de liquidations. Au Mexique, Carlos Slim a obtenu le contrôle de presque tous les services de téléphonie fixe et mobile et est rapidement devenu l’homme le plus riche du monde.

 

La financiarisation, comme Andrew Sayer le note dans Why We Can’t Afford the Rich (Pourquoi les riches nous coûtent trop cher), a eu un impact similaire. « Comme le loyer », dit-il, « l’intérêt est ... un revenu immérité qui s’accumule sans effort ». Tandis que les pauvres deviennent de plus en plus pauvres et les riches de plus en plus riches, les riches obtiennent un contrôle croissant sur un autre atout essentiel : l’argent. Les paiements d’intérêts, en grande majorité, constituent un transfert d’argent des pauvres vers les riches. Alors que la flambée des loyers et la réduction des dépenses de l’Etat font peser le fardeau de la dette sur les individus (rappelez-vous lorsque les bourses accordées aux étudiants ont été remplacées par des prêts bancaires), les banques et leurs dirigeants ramassent la mise.

 

Sayer affirme que les quatre dernières décennies ont été caractérisées par un transfert de richesse non seulement des pauvres vers les riches, mais aussi des riches vers les encore plus riches : de ceux qui gagnent leur argent en produisant des biens ou des services vers ceux qui le gagnent en contrôlant les actifs existants, en récoltant des loyers, des intérêts ou des revenus de capital. Le revenu mérité, obtenu par le travail, a été supplanté par le revenu immérité.

 

L’échec des politiques néolibérales

 

Les politiques néolibérales sont partout assaillies par des défaillances du marché. Non seulement les banques sont trop grandes pour échouer, mais les sociétés privées sont désormais chargées de fournir des services publics. Comme Tony Judt l’a souligné dans Ill Fares the Land, Hayek a oublié que les services nationaux vitaux ne peuvent pas être laissés à l’abandon, ce qui signifie que la concurrence ne peut pas s’y appliquer. Les entreprises ramassent les profits, l’État conserve les risques.

 

Plus l’échec est grand, plus l’idéologie devient extrême. Les gouvernements utilisent les crises néolibérales comme une excuse et une occasion pour réduire les impôts, privatiser les services publics qui restent, percer le filet de la sécurité sociale, déréglementer les entreprises et réglementer les citoyens. L’État qui se méprise enfonce ses crocs dans tous les organes du secteur public.

 

L’impact le plus dangereux du néolibéralisme n’est peut-être pas la crise économique qu’il a provoquée, mais la crise politique. Au fur et à mesure que le rôle de l’État se réduit, notre capacité à changer le cours de nos vies par le vote se réduit également. A la place, affirme la théorie néolibérale, les gens peuvent exercer leur choix à travers la consommation. Mais certains ont plus de pouvoir d’achat que d’autres, et dans la grande démocratie de la consommation ou de l’actionnariat, toutes les voix ne se valent pas. Le résultat est une désaffectation des pauvres et des classes moyennes. Tandis que les partis de droite et d’ex-gauche adoptent des politiques néo-libérales similaires, l’impuissance se transforme en une privation de droits. Un grand nombre de personnes ont été chassées de la sphère politique.

 

Chris Hedges souligne que « les mouvements fascistes construisent leur base non pas parmi les gens politiquement actifs, mais parmi les politiquement inactifs, les « perdants » qui sentent, souvent à raison, qu’ils n’ont ni voix au chapitre ni rôle à jouer dans l’establishment politique ». Lorsque le débat politique ne leur parle plus, les gens deviennent plutôt réceptifs aux slogans, aux symboles et aux sensations. Pour les admirateurs de Trump, par exemple, les faits et les arguments semblent sans importance.

 

Judt a expliqué que lorsque le maillage serré des interactions entre les individus et l’État se réduit à rien d’autre que l’exercice de l’autorité et l’obéissance, la seule force qui nous relie est le pouvoir de l’État. Le totalitarisme craint par Hayek est plus susceptible d’émerger lorsque les gouvernements, ayant perdu l’autorité morale qui découle de la prestation des services publics, sont réduits à « cajoler, menacer et finalement contraindre les gens à obéir ».

 

A l’instar du communisme, le néolibéralisme est le Dieu qui a échoué. Mais la doctrine zombie poursuit son chemin en titubant. Et une des raisons qui lui permettent de le faire est son anonymat. Ou plutôt, un ensemble d’anonymats.

 

La doctrine invisible de la main invisible promue par des partisans invisibles. Lentement, très lentement, nous avons commencé à découvrir les noms de quelques-uns d’entre eux. Nous constatons que l’Institute of Economic Affairs, qui a défendu énergiquement les médias contre la nouvelle réglementation de l’industrie du tabac, a été secrètement financé par British American Tobacco depuis 1963. Nous découvrons que Charles et David Koch, deux des hommes les plus riches du monde, ont fondé l’institut qui a monté le mouvement Tea Party. Nous constatons que Charles Koch, en créant un de ses think tanks, a noté que « pour éviter des critiques indésirables, il faut être discret sur comment l’organisation est contrôlée et dirigée ».

 

Les mots utilisés par le néolibéralisme cachent souvent plus qu’ils ne révèlent. ’Le marché’ ressemble à un système naturel qui s’imposerait à tous de manière identique, comme la gravité ou la pression atmosphérique. Mais le marché est traversé par des relations de pouvoir. « Ce que le marché veut » tend à désigner ce que veulent les entreprises et leurs patrons. « L’investissement », comme le dit Sayer, signifie deux choses très différentes. L’une est le financement d’activités productives et socialement utiles, l’autre est l’achat d’actifs existants pour en extraire des loyers, des intérêts, des dividendes et des revenus de capital. Utiliser le même mot pour désigner des activités distinctes « occulte les sources de richesse », ce qui nous conduit à confondre l’extraction de richesse avec la création de richesse.

 

L’anonymat du néolibéralisme

 

Il y a un siècle, les nouveaux riches étaient dénigrés par ceux qui avaient hérité de leur argent. Les entrepreneurs cherchaient alors à se faire accepter en se faisant passer pour des rentiers. Aujourd’hui, la relation est inversée : les rentiers et les héritiers se font passer pour des entrepreneurs. Ils prétendent avoir mérité leur revenu par leur travail.

 

Ces anonymats et confusions se combinent avec l’anonymat et la dimension immatérielle du capitalisme moderne : un modèle qui fait en sorte que les travailleurs ne savent pas pour qui ils travaillent ; des sociétés enregistrées par des réseaux offshore si complexes que même la police ne parvient pas à découvrir les noms des véritables propriétaires ; des arrangements fiscaux qui spolient les Etats ; des produits financiers que personne ne comprend.

 

L’anonymat du néolibéralisme est soigneusement protégé. Ceux qui sont influencés par Hayek, Mises et Friedman ont tendance à rejeter le terme, en affirmant – et ce n’est que justice – que le terme est devenu péjoratif. Mais ils ne proposent aucun substitut. Certains se décrivent comme des libéraux classiques ou des libertariens, mais ces descriptions sont à la fois trompeuses et curieusement évasives, car elles suggèrent qu’il n’y a rien de nouveau depuis The Road to Serfdom, Bureaucracy ou l’oeuvre classique de Friedman, Capitalism and Freedom.

 

 

 

 

Milton Friedman, l'école de Chicago, avec le président Reagan

Milton Friedman, l'école de Chicago, avec le président Reagan

 

 

 

Pour autant, il y a quelque chose d’admirable dans le projet néolibéral, du moins à ses débuts. C’était une philosophie originale et innovante promue par un réseau cohérent de penseurs et d’activistes avec un plan d’action clair. Elle était patiente et persistante. Mais The Road to Serfdom (Le chemin de la servitude) se transforma en chemin vers le pouvoir.

 

Le triomphe du néolibéralisme souligne aussi l’échec de la gauche. Lorsque l’économie du laissez-faire mena à la catastrophe de 1929, Keynes conçut une théorie économique globale pour la remplacer. Lorsque la gestion de la demande keynésienne fut stoppée dans les années 70, il y avait une alternative déjà prête. Mais lorsque le néolibéralisme lui-même s’effondra en 2008, il n’y avait... rien. C’est pourquoi le zombie continue de marcher. La gauche et le centre n’ont produit aucune nouvelle pensée économique générale depuis 80 ans.

 

Chaque invocation de Lord Keynes est un aveu d’échec. Proposer des solutions keynésiennes aux crises du 21ème siècle, c’est ignorer trois problèmes évidents. Il est difficile de mobiliser les gens autour d’idées anciennes ; Les défauts exposés dans les années 70 n’ont pas disparu ; Et, surtout, ils n’ont rien à dire sur notre situation la plus grave : la crise environnementale. Le keynésianisme fonctionne en stimulant la demande des consommateurs pour entraîner la croissance économique. La demande des consommateurs et la croissance économique sont les moteurs de la destruction de l’environnement.

 

Ce que l’histoire du keynésianisme et du néolibéralisme montre, c’est qu’il ne suffit pas de s’opposer à un système brisé. Une alternative cohérente doit être proposée. Pour le Parti travailliste, les Démocrates et la gauche en général, la tâche centrale devrait être le développement d’un nouveau programme économique d’envergure et innovant, adapté aux exigences du 21ème siècle.

 

 

George Monbiot

 

https://www.theguardian.com/books/2016/apr/15/neoliberalism-ideology-p...

 

 

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 10:37

 

 

 

Il y a une question qu’on ne pose jamais : pourquoi le néolibéralisme a-t-il besoin de moyens totalitaires pour s’imposer ? Le libéralisme dont il se prétend issu n’est-il au contraire la quintessence de la démocratie ?

 

 

On peut trouver la réponse dans le splendide ouvrage d’Aude Lancelin, Le monde libre, éd. Les Liens qui libèrent, Paris, 2016. Cet ouvrage, à la fois pamphlet et roman à clés, a reçu le prestigieux prix Renaudot.

 

 

 

 

Aude Lancelin n'est pas du genre à se coucher devant ses détracteurs.

Aude Lancelin n'est pas du genre à se coucher devant ses détracteurs.

 

 

 

Aude Lancelin est une journaliste de gauche, compagne de Frédéric Lordon, le philosophe économiste animateur le mouvement « Nuit debout » l’année dernière. Elle a travaillé longtemps à l’hebdomadaire de la gauche bourgeoise (ou « caviar », comme on voudra) « l’Obs », anciennement le « Nouvel Observateur » et à l’origine « France observateur » qui était l’hebdo français anticolonialiste durant la guerre d’Algérie. Dans son ouvrage, Aude Lancelin explique par quels procédés abjects les fondateurs du Nouvel Observateur ont mis la main sur France Observateur. Cela commençait bien !

 

 

Aude Lancelin a été directrice adjointe de la rédaction de « l’Obs » de 2014 à 2016. La situation financière de l’hebdomadaire est loin d’être brillante à ce moment.

 

 

Ce n’est pas étonnant : d’organe prétendument de gauche, il est passé à une position « ni gauche, ni droite », obligeant chaque nouveau plumitif à signer une charte de soutien à la « social-démocratie ». En clair, si vous êtes un minimum à gauche de la ligne éditoriale du journal, c’est la porte… Par contre, être plus à droite n’est pas nécessairement interdit.

 

 

En plus, l’Obs, Organe quasi officiel du catastrophique quinquennat de François Hollande, l’Obs est tombé dans la pente glissante qui le conduira sans doute au dépôt de bilan. En effet, le public n’aime pas des journaux qui n’ont pas une ligne claire, tout simplement.

 

 

Comme l’écrit Jean Stern dans « Mediapart » le 1er novembre 2016 :

 

 

« En trois ans, la diffusion, par abonnements et en kiosque, a reculé de plus de 25%. Le site web a reculé de la troisième place des sites d’information en France à la neuvième. Le supplément Obsession a disparu, l’autre supplément TéléObs n’est plus diffusé en kiosque. Rue89, l’un des pionniers du web éditorial, racheté fin 2011, vit ses derniers instants. Comme dans bien d’autres titres, la réduction des coûts et le sous-investissement dans les rédactions ont tenu lieu de politique. À ces erreurs stratégiques, il faut ajouter les errements politiques du journal entre un soutien à François Hollande qui frise le pathétique et des clins d’œil appuyés à Emmanuel Macron »

 

 

En mai 2016, Aude Lancelin est virée pour motifs idéologiques. Elle était « trop à gauche » et on n’appréciait guère sa vie de couple avec Frédéric Lordon.

 

 

 

Frédéric Lordon, philosophe et économiste, compagnon d'Aude Lancelin n'est pas très bien en cour dans les milieux de la gauche bourgeoise.

Frédéric Lordon, philosophe et économiste, compagnon d'Aude Lancelin n'est pas très bien en cour dans les milieux de la gauche bourgeoise.

 

 

 

Un journal se voulant « progressiste » qui use des arguments les plus abjects et sexistes pour liquider une de ses principales journalistes, il faut le faire !

 

 

Ce sont les actionnaires de l’Obs qui ont eu sa peau. Le premier d’entre eux est Xavier Niel, personnage sulfureux, voire interlope, ayant connu les charmes d’un séjour à la Santé pour « proxénétisme aggravé », inventeur du « Minitel rose », fondateur de Free, disposant d’une firme installée à la Silicon Valley et propriétaire du « Monde » et de « l’Obs » associé à Pierre Bergé et Mathieu Pigasse au niveau d’une holding dénommée « le monde libre », d’où le titre ironique du bouquin, titre auquel on peut donner d’autres significations, comme la défense du « monde libre », c’est-à-dire l’Occident démocratique...

 

 

Rien de nouveau sous le Soleil, en définitive.

 

 

Souvenez-vous. Quand les affairistes ont commencé à vouloir prendre en mains les grands organes de presse, ils avaient tous juré, la bouche en cœur, qu’ils n’interviendraient jamais dans le contenu et les choix rédactionnels. Et on a été assez naïf pour les croire !

 

 

Les grands titres de la presse française sont désormais sous la coupe du CAC 40. Les puissances de l’argent dominent la presse et le management y domine au détriment de l’indépendance journalistique et de la qualité rédactionnelle.

 

 

Il semblerait en plus que François Hollande himself se soit intéressé au cas d’Aude Lancelin et aurait également exercé de douces pressions auprès des dirigeants de l’Obs. C’est sans doute ce qu’on appelle un acte de « président normal »…

 

 

 

François Hollande passait, paraît-il, 30 % de son temps avec les journalistes. Et il s'occupait même de leur carrière. Une présidence normale, quoi !

François Hollande passait, paraît-il, 30 % de son temps avec les journalistes. Et il s'occupait même de leur carrière. Une présidence normale, quoi !

 

 

 

Il est vrai qu’Aude Lancelin gênait, parce que, manifestement, elle ne correspondait pas au profil requis pour être une bonne journaliste bien néolibérale. Et puis, elle n’hésitait pas à titiller l’establishment intello bobo parisien et son seul maître après Dieu, Bernard-Henri Lévy. C’est elle qui avait mis en lumière l’affaire « Botul » où le pseudo-philosophe se prit les pieds dans le tapis en transcrivant et « analysant » sans avoir vérifié un canular au sujet du philosophe allemand Kant. Dans un style caustique, elle décrit les efforts désespérés de certains journaux, parmi les plus prestigieux, pour sauver la réputation de BHL après cette bourde rocambolesque…

 

 

Mais on ne s’attaque pas impunément à la statue du commandeur ! La pécheresse fut fustigée, malmenée, méprisée. Ce fut le début de sa descente aux enfers.

 

 

 

On ne s'attaque pas impunément à la statue du commandeur BHL...

On ne s'attaque pas impunément à la statue du commandeur BHL...

 

 

 

Et on en revient à la question du début sur les moyens totalitaires. Aude Lancelin est lucide. Elle détecte comme moyen la double pensée. Cette double pensée dénoncée par George Orwell a été clairement définie par Jean-Claude Michéa dans un ouvrage intitulé justement La double pensée (Ed. Flammarion, champs essais, Paris, 2008). Il écrit :

 

 

« Il [le terme double pensée] désigne le mode de fonctionnement psychologique très particulier qui soutient l’exercice de la pensée totalitaire (Orwell s’est naturellement beaucoup inspiré des intellectuels staliniens de son époque). Cette étonnante gymnastique mentale – essentiellement fondée sur le mensonge à soi-même –permet à ceux qui maitrisent le principe de pouvoir penser en même temps deux propositions logiquement incompatibles : par exemple- nous dit Orwell – « répudier la morale alors qu’on se réclame de la morale. Croire en même temps que la démocratie est impossible et que le Parti est le gardien de la démocratie »(1984). »

 

 

Michéa ajoute : « Il m’a semblé que ce second sens du mot « double pensée » s’appliquait à merveille au régime mental de la nouvelle intelligentsia de gauche. »

 

 

On tombe exactement dans la catégorie que décrit Aude Lancelin dans « le monde libre ». Observons en outre que les chantres du néolibéralisme proviennent pour beaucoup de l’extrême-gauche soixante-huitarde, pratiquement d’anciens trotskistes comme Kessler qui fut l’idéologue du MEDEF et d’ex-maoïstes comme feu Glucksmann père et BHL. Ils ont été donc bien formés aux techniques totalitaires qu’ils mettent aujourd’hui au service des ultralibéraux.

 

 

En concluant sur la situation au sein de l’Obs, qu’elle appelle « l’Obsolète », Lancelin met en évidence l’évolution dangereuse de l’hebdo de la bien pensance.

 

 

« Lorsqu’un système atteint un tel degré d’imposture, les tensions deviennent extrêmes au sein du personnel chargé d’assurer sa maintenance quotidienne. (…) Or les mots de la politique en étaient venus, au sein des élites dirigeantes du pays, à désigner l’exact contraire du sens que l’usage ordinaire ou l’histoire entière leur accordait. »

 

 

Que voilà un langage orwellien !

 

 

Et l’auteure analyse :

 

 

« Ainsi le partage entre la droite et la gauche avait perdu toute substance, tant une même uniformité libérale et autoritaire régnait désormais d’un bord à l’autre. Et la merveille de l’opération, sa touche de perversion ultime, c’était que ceux-là même qui avaient mis tout en œuvre pour en arriver là n’hésitaient pas à s’en lamenter avec une sincérité qui ne semblait pas feinte. « Oui, la gauche peut mourir… » alertait par exemple le Premier ministre qui se vantait de penser à l’unisson d’Alain Finkielkraut, icône de la droite. »

 

 

Hélàs oui, Tony Blair en Grande Bretagne, Manuel Valls en France et en Belgique, dans une moindre mesure sans doute, Elio Di Rupo ont contribué à la démolition du « modèle social » au plus grand profit des maîtres d’œuvre du néolibéralisme qui n’ont pratiquement plus d’obstacles à franchir pour élaborer leur projet.

 

 

Ainsi, la démarche de la double pensée a contribué à la destruction définitive de la société de cogestion qui avait été mise sur pied après la Seconde guerre mondiale en Europe occidentale.

 

 

D’ailleurs, en ce qui concerne l’Obs, Aude Lancelin ne se faisait plus d’illusions.

 

 

« A l’image de la gauche qui était alors au pouvoir, le journal de Jean Joël (le surnom qu’elle donne à Jean Daniel) avait bien sûr de longue date fait ses adieux à la social-démocratie, c’est-à-dire à toute volonté de protéger la société des effets destructeurs des marchés. »

 

 

Pierre Bourdieu définissait ainsi le néolibéralisme :

 

 

« Le néolibéralisme reprend les plus vieilles idées du patronat, sous un message chic et moderne. C’est une « révolution » conservatrice qui veut imposer un retour à une forme de capitalisme sauvage et cynique, qui organise l’insécurité et la précarité, qui se réclame du progrès mais qui glorifie l’archaïque loi du plus fort. »

 

 

Et quand Aude Lancelin reçut le prix Renaudot, ce fut un maelstöm ! La réaction de la direction de l’Obs fut d’une virulence telle qu’elle cautionna en définitive certains propos parfois excessifs de l’auteure.

 

 

Jean Daniel se dévoile par le titre de son édito vengeur : « Les folles dérives de la rancœur ». Symptomatique de la démarche totalitaire : faire passer pour folle celle qui ose critiquer ! Les staliniens soviétiques enfermaient les opposants dans des asiles psychiatriques. Ici, il s’agit d’écarter la dissidente de la « conforme » sphère intellectuelle.

 

 

 

Jean Daniel, 96 ans, ancien de la 2e DB, journaliste, fondateur du Nouvel Observateur qui se voulait être la conscience de la gauche. Mais, une gauche qui s'est laissée absorber par les lois du marché.

Jean Daniel, 96 ans, ancien de la 2e DB, journaliste, fondateur du Nouvel Observateur qui se voulait être la conscience de la gauche. Mais, une gauche qui s'est laissée absorber par les lois du marché.

 

 

 

Et surtout, il ne faut pas argumenter. Le patriarche écarte toute velléité de la sorte :

 

 

« Devant ce genre de livre pamphlétaire et outrancier, on se demande toujours si on doit réagir ou laisser passer. En parler le met en valeur, ne rien dire donne l’air de baisser la tête et d’encaisser. S’il ne s’agissait que de moi, j’aurais gardé le silence sur mon mépris ou mon indifférence. Mais il s’agit du journal et de tout ce qu’ont fait avec nous, avec moi, de merveilleuses équipes. Notre fidélité à la gauche, à ses débats, à ses défaillances et à ses gloires constitue des souvenirs que l’on ne peut ni trahir ni injurier. »

 

 

Oh ! Quelle tristesse ! Mais enfin, pourquoi ne pas répondre par l’argument au lieu de marmonner des lamentations ?

 

 

Et Aude Lancelin n’a pas à se plaindre ! Elle était directrice adjointe ! Mais on se demande vraiment pourquoi elle fut nommée :

 

 

« Il reste surtout que, dans la mesure où elle est une idéologue, avant d’être une journaliste, elle pouvait se sentir à l’étroit dans un milieu de liberté de pensée. »

 

 

Se réclamer de la libre pensée pour justifier une mesure stalinienne comme le licenciement pour motif politique, est un bel exemple de double pensée !

 

 

En attendant, le fondateur de l’hebdo de la « gauche » bourgeoise n’a comme justification que le licenciement d’Aude Lancelin est intervenu lorsqu’il était hospitalisé. Peut-être, mais pas une critique sur la pression des actionnaires qui ont, d’après lui, sauvé le journal. Autrement dit, il est mieux de s’asservir que se saborder !

 

 

Cette affaire montre combien la liberté de la presse est une fiction. Elle s’est pliée à la loi du marché. Il n’est plus question d’émettre la moindre critique à l’égard des institutions à son service, comme les institutions européennes.

 

 

Il est désormais de bon ton – non pas interdit – de suivre la ligne tracée par l’idéologie du tout marché. Et surtout, il convient de fustiger toute critique par la méthode stalinienne du rejet : est « populiste » tout qui est opposé à la politique de la Commission européenne ou aux mesures ultralibérales. Penser que l’Etat, via le peuple, ou le peuple lui-même devrait avoir son mot à dire, est faire preuve de « souverainisme ».

 

 

Auparavant, si on voulait vous exclure, vous étiez traité de « fasciste », aujourd’hui, on a le choix entre « populisme » et « souverainisme » !

 

 

Cela a deux conséquences.

 

 

La première, la confusion. « Populisme » est un mot ambigu. Il évoque le peuple. Le peuple serait-il donc à exclure ? On n’ose pas le dire ouvertement, bien sûr. Mais, c’est bien la preuve qu’on prétend « aimer » le peuple, mais on se cache bien d’avouer qu’on déteste l’odeur du peuple.

 

 

La seconde : assimiler « populisme » et « fascisme » est abject. Des fascistes sévissent toujours. Mais on leur adjoint toutes celles et tous ceux qui ne sont pas dans la sinueuse ligne de la double pensée. Et il paraît qu’il ne faut pas faire d’amalgame !

 

 

En tout cas, quelle belle manière de laisser ainsi le champ libre aux vrais fascistes « dédiabolisés » qui risquent de faire un tabac aux prochaines élections en France, mais aussi ailleurs.

 

 

Bon ! Restons-en là… Tout cela prouve que la gauche est dans un état de déliquescence tel qu’elle est en voie de disparition. Ses dirigeants et ses clercs ont fait fausse route. Ils n’ont rien voulu voir, entendre, penser. C’est cela l’imposture permanente.

 

 

D’autres doivent prendre la relève et tracer d’autres chemins et le « monde libre » d’Aude Lancelin a sans doute donné le signal de départ.

 

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 17:40

 

 

 

La guerre de succession est lancée en Allemagne et la puissante chancelière chrétienne démocrate Angela Merkel se présente pour un troisième mandat. Une nouvelle victoire est loin d’être certaine. Merkel est incontestablement affaiblie par la crise des migrants et aussi – on en parle moins – par la montée du chômage et de la pauvreté dans une Allemagne réputée avoir l’économie la plus forte de l’Union européenne. Berlin a perdu de sa superbe, non seulement suite à l’abominable carnage du marché de Noël mais à cause d’une instabilité économique et sociale qui prend d’inquiétantes proportions.

 

 

Le nouveau parti raciste ARD menace la droite de la toute puissante CDU-CSU et peut rogner sur l’électorat du tout aussi important SPD. Les deux principaux candidats en lice, Angela Merkel et Martin Schultz, pour occuper le siège de la chancellerie auront du fil à retordre et bien malin qui peut affirmer qui sera le vainqueur.

 

 

 

 

Angela Merkel et Martin Schultz. L'un des deux sera le prochain chancelier. Sera-t-il (elle) un second Nixon ?

Angela Merkel et Martin Schultz. L'un des deux sera le prochain chancelier. Sera-t-il (elle) un second Nixon ?

 

 

 

 

Mais quel que soit le ou la prochain(e) chancelier(e), la question économique et monétaire sera prioritaire et il faudra poser la question de l’avenir de la monnaie dite unique, l’Euro.

 

 

Pour bien comprendre, il faut remonter l’histoire jusqu’à la fin de la Seconde guerre mondiale. Le déséquilibre économique inquiétant entre les vainqueurs occidentaux menaçait l’existence de la nouvelle Alliance atlantique. Le Canada et les Etats-Unis qui n’avaient quasi pas subi les affres de la guerre sur leurs territoires respectifs étaient sortis enrichis de la guerre, alors que la Grande Bretagne et tous les pays d’Europe occidentale étaient exsangues.

 

 

Le déséquilibre entre les deux continents constituait une menace sérieuse au projet atlantique.

 

 

Il a fallu établir un accord monétaire. Ce fut l’objet de la conférence de Bretton-Woods. Celle-ci se termina par un accord en réalité imposé par les Etatsuniens, le 22 juillet 1944.

 

 

Deux thèses étaient en présence. Celle de John Maynard Keynes qui avait élaboré son système dès 1941 et celle Harry Dexter White, le Secrétaire d’Etat aux finances de Roosevelt.

 

 

 

 

 

Harry Dexter White, Secrétaire d'Etat américain aux finances et John Maynard Keynes à Bretton Woods

Harry Dexter White, Secrétaire d'Etat américain aux finances et John Maynard Keynes à Bretton Woods

 

 

 

Keynes que le grand public connaît comme étant l’économiste qui préconise des investissements publics pour redresser les économies en crise – ce qui n’est que partiellement exact – avait une vision internationaliste de l’économie. Il souhaitait fonder un système international fondé sur les échanges égalitaires entre nations « relations susceptibles d’être rééquilibrées chaque année par la réévaluation ou la dévaluation des monnaies nationales, et disposant d’une monnaie de compte commune, le bancor. » (Voir Paul Jorion, Le dernier qui s’en va éteint la lumière, Fayard, 2016, p. 90, et Paul Jorion, Penser tout haut l’économie avec Keynes, pp. 259 et sq, Odile Jacob, 2015).

 

 

La thèse américaine voulait que tous les pays prennent le dollar comme monnaie de référence basée sur une valeur fixe de l’or (35 dollars par once d’or). Ce système fonctionna tant que les USA étaient en excédent commercial. Mais, les dépenses relatives à la course aux armements, à la conquête spatiale, à la guerre du Vietnam, du Laos et du Cambodge finirent par endetter considérablement les Etats-Unis.

 

 

« Il s’avéra que « défendre le monde libre » - la sphère d’influence des Etats-Unis dans le cadre de la guerre froide – était de plus en plus coûteux. Nixon dénonça l’accord de Bretton Woods en 1971. »

 

 

Cela fit l’effet d’une bombe. C’était la fin de la relative stabilité monétaire occidentale. Et puis, trois ans après, ce fut le premier choc pétrolier qui frappa durement l’Europe.

 

 

 

 

 

 

 

Richard Nixon annonça la rupture unilatérale des accords de Bretton Woods. Aucun pays occidental n'osa faire de représailles

Richard Nixon annonça la rupture unilatérale des accords de Bretton Woods. Aucun pays occidental n'osa faire de représailles

 

 

 

Le système de Bretton Woods était vicié au départ.

 

 

Mais, le système de Bretton Woods était vicié au départ. Robert Triffin (1911 – 1993), un économiste belge et professeur à l’Université catholique de Louvain, fit observer qu’une monnaie ne peut représenter deux monnaies distinctes, en l’occurrence celle des Etats-Unis et celles utilisant le dollar comme monnaie de référence à l’extérieur du territoire. En effet, les différences des paramètres économiques de chaque pays sont telles que des déséquilibres devaient apparaître. Ce ne fut pas le cas étant donné la période de croissance que l’Amérique du Nord et l’Europe occidentale connurent jusqu’à la fin des années 1960.

 

 

 

 

 

Robert Triffin, économiste et professeur à l'UCL, nota le paradoxe du système monétaire international de Bretton Woods et qui s'applique aussi à l'Euro.

Robert Triffin, économiste et professeur à l'UCL, nota le paradoxe du système monétaire international de Bretton Woods et qui s'applique aussi à l'Euro.

 

 

 

Après le diktat de Nixon, la Communauté économique européenne inventa ce qu’on appela le « serpent monétaire ». Pour assurer la stabilité des économies européennes, les monnaies des Etats-membres pouvaient fluctuer entre une limite basse et une limite hausse qui, elles, fluctuaient avec le dollar. Ce système ne fonctionna guère. Il n’y avait pas d’organisme de contrôle et les monnaies de certains pays dépassèrent les limites du « serpent ».

 

 

En 1979, constatant que le « serpent » ne fonctionne pas, après de dures négociations, le système monétaire européen (SME) fut adopté. Il consiste à établir un cadre de fluctuation des monnaies autour d’un cours monétaire, l’ECU, qui fait office de pivot de référence. Ce n’est pas une monnaie de référence, mais un outil virtuel déduit quotidiennement selon le cours des changes des monnaies des Etats-membres.

 

 

Le SME plus efficace, disposant d’un instrument de contrôle, fonctionna plus ou moins bien jusqu’à la mise sur pied de l’Euro.

 

 

Cependant, on se trouve devant le même problème posé par Robert Triffin avec l’Euro né du traité de Maastricht de 1992 et définitivement mis en route en 2002.

 

 

En effet, l’Euro n’est pas une réelle monnaie comme le dollar. Il n’y a aucune autorité politique qui le gère. C’est d’ailleurs la principale critique que l’on peut émettre à l’égard de la soi-disant « monnaie unique ». Même, le père du néolibéralisme, Milton Friedman critiqua la conception de l’Euro dans ce sens.

 

 

L’Euro n’est pas une vraie monnaie.

 

 

L’Euro est comme pour le SME un panier des monnaies des Etats-membres avec une unité de référence, même s’il a remplacé les monnaies nationales. C’est la raison pour laquelle, le traité de Maastricht a fixé les fameux critères de convergence.

 

 

Ces critères avec entre autres les fameux 3 % de déficit public par rapport au PIB d’un Etat membre, ont été fixés sur la base des canons de l’ordolibéralisme germanique qui s’est imposé à tous les pays de la zone Euro.

 

 

Et c’est ici que l’on retrouve le fameux dilemme de Triffin. Au niveau de l’Euro, l’équilibre est fixé sur la base du respect des critères de convergence. Or, chaque Etat est obligé de respecter les mêmes critères qui se sont durcis avec le Pacte de stabilité et le traité budgétaire. Si un pays n’y parvient pas, ou dérive par rapport aux critères, sa position dans la zone Euro devient intenable, d’autant plus qu’il est sanctionné comme c’est le cas avec la Grèce.

 

 

C’est l’Allemagne qui mène le jeu dans la zone Euro. Elle est la principale force économique du continent, disposant de la plus grande richesse tout en bénéficiant des marchés et des bas salaires de l’Est européen. Remarquons au passage qu’elle n’a pas toujours respecté les fameux critères, notamment en matière de déficit.

 

 

Sur le plan monétaire, elle est la maîtresse absolue de l’Euro, car parler de monnaie unique est un mensonge. On a voulu faire une unité monétaire commune, une sorte de Bretton Woods à l’européenne. Cela a abouti à la domination de l’économie européenne par l’Allemagne. Il n’y a en outre aucun équilibre au sein de l’Eurozone puisque l’Allemagne a un excédent de sa balance commerciale qui n’est en rien compensé pour donner de l’oxygène aux pays déficitaires ou même en équilibre.

 

 

Or, le paradoxe de Triffin fait remarquer que le pays possédant la monnaie de référence internationale doit forcément connaitre un déficit dans ses paiements avec le reste du monde, ce qui tend paradoxalement à affaiblir son économie et la confiance dans sa monnaie, aboutissant à faire de la monnaie de référence une monnaie moins attractive et donc de moins en moins de référence.

 

Ce n’est pas encore le cas. L’Allemagne continue avec ses excédents entretenant ainsi le déséquilibre au sein de la zone Euro. Cependant, elle montre des signes d’essoufflement.

 

Aussi, de nombreux économistes se rappellent aujourd’hui le programme de John Maynard Keynes : créer une monnaie de référence internationale qui ne soit pas en même temps une monnaie nationale. Ce qui équivaudrait à réformer fondamentalement l’Euro en mutualisant les dettes souveraines et en procédant à un audit de celles-ci pour savoir quelles sont les dettes légitimes et les dettes « odieuses » pour reprendre l’expression d’Eric Toussaint du CADTM. Cela nécessiterait aussi une harmonie fiscale au sein de la zone Euro et un système de rééquilibrage des excédents et des déficits des différents Etats-membres. C’est tout cela qui constitue les bases d’une réforme fondamentale de l’Euro.

 

Abandonner l’Euro comme le préconisent certains, serait catastrophique. On en reviendrait à des monnaies nationales dévaluées et avec des différences de change qui, à terme, généreraient une crise sans précédent. Et, paradoxalement, on le voit avec l’Euro.

 

La baisse du dollar depuis la crise de 2008 – 2009 a eu des conséquences différentes d’un Etat membre à l’autre de l’Union européenne. Ainsi, la France en a beaucoup souffert puisque son industrie de haute technologie (Airbus, par exemple) pâtit d’un Euro fort par rapport au dollar. C’est sans doute la raison de la délocalisation d’Airbus vers les USA. Par contre, c’est tout bénéfice pour l’Allemagne : son secteur BTP, gros consommateur d’énergie et importateur de matériaux, est avantagé par la baisse de la monnaie américaine.

 

Un Nixon allemand ?

 

Mais ce qui pourrait arriver, ce serait l’abandon de l’Euro par l’Allemagne. Le chancelier qui sera élu en 2017 agirait comme Nixon en 1971. Il pourrait très bien décider d’en revenir au Deutsche Mark ou à une forme d’Euro propre à l’Allemagne, car son actuelle politique de tutelle de l’Eurozone avec des mesures drastiques et injustes finira par rendre la situation impossible aux autres pays de la zone. Il pourrait y avoir plusieurs Grèce et, politiquement comme sur les plans sociaux et économiques, ce serait intenable.

 

Cela aurait évidemment des conséquences catastrophiques. Aussi, la réforme de l’Euro est urgente. Mais, beaucoup diront que c’est un vœu pieux. Quel chef d’Etat ou de gouvernement de l’Union européenne est à même de tenir tête à la chancelière allemande ? Pourrait-il y avoir un accord suffisamment solide pour cette réforme ?

 

En clair, une Europe politique est-elle possible ? Les peuples auront-ils encore quelque-chose à dire ? Cela n’est pas impossible. On l’a vu avec la contestation du CETA par le gouvernement de la petite Wallonie sous la direction de Paul Magnette. Mais, ce sera long, dur et difficile. Et il faut essayer.

 

En effet, sans Europe politique et dans le seul cadre d’un marché unique géré par une monnaie hybride, on agit dès lors dans le plus grand intérêt des entreprises transnationales qui maintiendront le vieux continent sous une chape de plomb.

 

 

Va-t-on l’accepter ou envisage-t-on une riposte, ou mieux une alternative ?

 

 

 

 

 

Pierre Verhas

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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 14:25

 

 

 

Les lecteurs du blog « Uranopole » savent que je m’insurge contre la politique de l’Etat d’Israël dans les territoires occupés illégalement depuis 1967. Les lecteurs savent aussi que j’agis concrètement avec mes maigres moyens pour apporter une aide au peuple palestinien qui mérite la liberté et la dignité comme tous les autres peuples.

 

 

Il est évident aussi que je rejette toute forme de racisme et d’antisémitisme. La solidarité avec le peuple palestinien ne doit servir en rien de prétexte aux manifestations d’antisémitisme qui se répandent dangereusement en Europe et même dans une partie de la gauche démocratique.

 

 

Il y a quelques mois, Uranopole a publié une lettre ouverte de Merry Hermanus, ancien député bruxellois PS, ancien chef de cabinet de plusieurs ministres socialistes, qui dénonçait la publication par le PAC de Molenbeek (l’association culturelle du PS) de l’annonce d’une conférence sur la Palestine illustrée d’une caricature antisémite. (voir Uranopole : http://uranopole.over-blog.com/article-antisemitisme-au-ps-bruxellois-hermanus-a-raison-116243878.html ).

 

 

 

Merry Hermanus s'inquiète de l'antisémitisme qui se répand au sein du PS bruxellois.

Merry Hermanus s'inquiète de l'antisémitisme qui se répand au sein du PS bruxellois.

 

 

 

Le même Merry Hermanus diffuse ce 22 décembre une lettre ouverte au président du PS, l’ancien Premier ministre Elio Di Rupo, pour l’alerter des manifestations de racisme et d’antisémitisme qui se déroulent dans certaines sections locales du PS bruxellois.

 

 

Après l’affaire du bourgmestre PS de St Josse-ten-Noode, Emir Kir, qui a traité les Kurdes de terroristes similaires à Daesh, voici que plusieurs membres du PS dans plusieurs sections se plaignent d’être victimes d’insultes antisémites et même anti flamandes !

 

 

Cela n’est plus tolérable. Et il faut bien constater que cette grave dérive, loin d’être combattue, s’accroît au point qu’à mon avis, on a atteint un point de non retour.

 

 

J’ai récemment quitté le PS, mais je reste viscéralement socialiste. Aussi, je ne puis supporter qu’un Parti qui, depuis sa naissance en 1885, est porteur des principes issus des Lumières, renonce à ses fondamentaux par lâcheté et sordide calcul électoral.

 

 

J’en appelle à un réveil des militants socialistes. Il est insupportable que l’antisémitisme et le racisme soient banalisés au sein du Parti.

 

Il faut relancer un vrai débat d’idées au sein du PS. Ce n’est pas le « chantier des idées » initié par Di Rupo qui va changer les choses. Ce « chantier » émanait du sommet. Le débat doit venir de la base. Mais est-ce encore possible ?

 

 

Si, après analyse froide et sans complaisance de la situation, on s’aperçoit qu’il est impossible d’inverser les choses, il faut, j’ajoute même qu’il est de notre devoir de rompre avec le PS actuel et de construire une autre force politique qui porte haut les valeurs fondamentales du socialisme qui exclut tout rejet de l’Autre, quel qu’il soit. Comme il est de notre devoir de retrouver les luttes essentielles pour une société plus juste et plus égalitaire.

 

Bref de retrouver la voie du peuple !

 

Autrement dit faire renaître le message jadis lancé par les pionniers du Parti Ouvrier Belge dans la Charte de Quaregnon sous la direction d’Emile Vandervelde.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

Emile Vandervelde (1866 - 1938) fondateur et premier président du Parti Ouvrier Belge devenu le Parti Socialiste après la Deuxième guerre mondiale, a jeté les bases aujourd'hui vacillantes du Socialisme en Belgique.

Emile Vandervelde (1866 - 1938) fondateur et premier président du Parti Ouvrier Belge devenu le Parti Socialiste après la Deuxième guerre mondiale, a jeté les bases aujourd'hui vacillantes du Socialisme en Belgique.

 

 

 

 

Voici le texte de l’appel de Merry Hermanus au Président du PS, Elio Di Rupo.

 

 

Appel Solennel à Elio Di Rupo !

 

Publié le 22 décembre 2016

 

 

Antisémitisme au PS de la Région Bruxelloise ?

 

 

 

Il y a quelques mois, j’ai diffusé sur mon blog un article où j’évoquais les difficultés qu’il y avait à être Juif et membre du PS de certaines sections de notre région. Cet article a provoqué quelques émois. Plusieurs milliers de personnes l’ont lu et quelques centaines ont réagi. La « Libre Belgique » y a fait écho, en me reprochant de ne pas avoir cité les noms des personnes que mon propos illustrait. Pour moi, c’était une évidence, je n’allais pas moi-même pratiquer une stigmatisation que par ailleurs je démontrais pour, bien sûr, la condamner. Par respect pour ce quotidien, que j’apprécie et lis depuis longtemps, j’ai téléphoné au rédacteur en chef en lui précisant que j’étais prêt à communiquer à son rédacteur le nom des personnes concernées par ce problème d’antisémitisme. Les choses en sont restées là. Hier, correspondant avec un ami sur la situation de différentes sections de l’agglomération, celui-ci écrit textuellement : « je prends mes distance de cette section en raison du niveau d’antisémitisme qui s’y développe. De surcroît, j’en ai marre de me faire traiter de Belge de service et en sus de flamoutche. »

 

 

 

N’est-ce pas effrayant ? N’est-ce pas la confirmation de ce que j’écrivais ? Si j’en crois mon interlocuteur, il est non seulement choqué par l’antisémitisme mais également par un racisme ambiant anti-belge et anti-flamand. Incroyable que de telles attitudes puissent exister au sein d’une formation politique, le PS, dont l’ADN politique, philosophique et moral est l’antiracisme. Après les déclarations immondes du député Ikazban à propos d’un journaliste qui serait « une ordure sioniste », sur sa proximité proclamée avec le Hamas, organisation terroriste classée comme tel par l’ONU, après la caricature antisémite illustrant une conférence du PAC (organisme culturel émanant du PS) à Molenbeek, après les « sinuosités » de Kir, député bourgmestre de Saint-Josse, sur le génocide arménien et les Kurdes… cela fait beaucoup. Oui ! On peut en être certain, ce ne sont donc pas là des attitudes isolées. Déjà début 2013, un président de section démissionnant de ses fonctions évoqua publiquement l’antisémitisme qui régnait dans sa section du PS.

 

 

 

Ne nous leurrons pas, il y a toujours eu un antisémitisme de gauche… on en trouve la preuve dans certains textes socialistes du XIXème, où les Juifs sont immanquablement des banquiers, des usuriers sans foi ni loi, saignant sans le moindre remord le peuple travailleur. Ainsi, deux de mes amis ont été pendant des années fleurir au cimetière d’Ixelles la tombe d’un Communard exilé en Belgique après la semaine sanglante de mai 1871, jusqu’à ce que je leur cite les écrits antisémites du personnage. Est-il nécessaire de mentionner l’antisémitisme stalinien et le complot des blouses blanches… mais peut-on, à ce niveau, parler de « gauche » ?

 

L’antisémitisme auquel sont confrontées certaines sections du PS bruxellois est pour beaucoup un antisémitisme « d’importation » lié au conflit Israélo-Palestinien, mais ce que différents militants observent, c’est une sorte d’envahissement de la logorrhée antisémite dépassant largement l’opposition à Israël. Pour tout dire, ce qu’on entend devient proprement insupportable ! Inacceptable… une raison de plus de quitter un PS bruxellois qui semble avoir réussi son grand « remplacement de population ». Curieuse situation qui donne raison aux pires analystes fascistes. Il est évident qu’officiellement tout cela n’existe pas ! Personne n’entend ! Personne ne voit ! Circulez y a rien à voir ! Tout cela ce sont des bobards, des mensonges, de la bile de gens amers… qui n’en sont plus… qui osent encore écrire alors que la seule chose qu’ils devraient faire serait de plonger dans un silence… éternel ! Pourtant l’histoire est là avec son cortège d’horreurs ; les choses commencent toujours par petites touches, comme un tableau pointilliste… au départ on ne perçoit pas l’idée d’ensemble… une touche de bleu, quelques larmes de verts, du rouge ici ou là, une nuance de jaune, quelques traits de violet… puis après des semaines, parfois des mois de travail, l’œuvre apparaît, immense dans son atrocité… Nous en sommes là ! « L’œuvre » risque d’apparaître, abjecte, ignoble, grimaçante, renouant avec le pire de ce que l’humanité a pu produire !

 

Je lance un appel solennel à Elio Di Rupo, dont je ne doute pas un instant de l’attachement aux valeurs fondamentales de la philosophie des lumières, il est urgent qu’il mette les choses au point, que les sections, toutes les sections de la fédération soient mises en garde contre cet antisémitisme qui n’est même plus rampant mais galopant ! Pourquoi ne pas imaginer que tout membre du PS au moment de son affiliation ou de sa désignation en vue de participer à une élection s’engage par écrit dans un document reprenant l’ensemble des valeurs de la gauche, en ce compris le rejet catégorique de tout racisme à commencer par l’antisémitisme. Cet engagement ensuite publié sur le site web du PS permettra à chacun de se faire une opinion.

 

 


Il faut se hâter, il est plus que temps !

 

 

 

 

Merry Hermanus

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 23:12

 

 

 

Après l’abominable « responsable mais pas coupable » dont s’est qualifié Georgina Dufoix, une sous-ministre de François Mitterrand lors de l’affaire du sang contaminé en 1993, une étape nouvelle a été franchie par la juridiction d’exception qui juge les ministres et anciens ministres en France, la Cour de Justice de la République (CJR), en déclarant l’actuelle directrice générale du FMI et ancienne ministre des Finances sous Sarkozy, Christine Lagarde, mais en ne la sanctionnant pas. Désormais, une nouvelle notion est apparue : coupable mais pas punissable.

 

 

La CJR a été créée par la révision constitutionnelle du 27 juillet 1993. Elle est compétente pour les crimes et délits commis par les membres du gouvernement, Premier ministre inclus dans l’exercice de leur fonction ; en revanche, les infractions qui n’ont pas de lien avec la politique de la nation relèvent du droit commun ; par exemple, l’affaire Cahuzac a été jugée devant le tribunal correctionnel de Paris. La Cour de Justice de la République est composée de 12 parlementaires, 6 pour l’Assemblée nationale et 6 pour le Sénat, ainsi que de 3 magistrats professionnels de la Cour de cassation, dont l’un préside la juridiction.

 

 

Une juridiction d’exception bien inefficace

 

 

Il s’agit donc d’une juridiction d’exception. Ce fut de Gaulle, pendant la guerre d’Algérie, qui créa la Haute Cour qui est tombée en désuétude et qui fut remplacée par la CJR. Hollande avait promis de la supprimer en 2012…

 

 

Ici, la CJR a jugé Christine Lagarde qui était accusée pour « détournement de fonds publics commis par un tiers et résultant de la négligence » d'une personne dépositaire de l'autorité publique, et risquait un an de prison et 15 000 euros d’amende. Il s’agissait de l’arbitrage qu’elle avait initié comme ministre des Finances, entre l’Etat français et l’affairiste Bernard Tapie. Résultat de cet arbitrage qui a été faussé : Tapie a encaissé quelque 400 millions d’Euros ! On s’est aperçu par après que cette somme faramineuse était indue !

 

 

 

La directrice générale du FMI et ancienne ministre des Finances de la République française a montré toute son arrogance et son mépris à l'égard de la Justice de son pays.

La directrice générale du FMI et ancienne ministre des Finances de la République française a montré toute son arrogance et son mépris à l'égard de la Justice de son pays.

 

 

 

L’arrêt de la Cour retient un point de l’accusation, celui de « négligence ». Donc, elle n’a pas totalement suivi le procureur général qui avait requis la relaxe de l’ancienne ministre. Pourtant, la CJR considère que le détournement de fonds publics est suffisamment caractérisé, contrairement à la défense de l'ex-ministre. « La décision de la ministre de ne pas exercer un recours en annulation dont les chances de succès n'étaient pas négligeables a rendu, in fine, inéluctable l'appropriation frauduleuse par les époux Tapie de la somme de 45 millions d’euros, ce qui constituait l'aboutissement d'un processus délictuel engagé de longue date ».

 

 

Christine Lagarde a bénéficié des difficultés de procédures entre les tribunaux ordinaires et la juridiction d’exception qu’est la CJR. Pourtant, dans l’arrêt de renvoi à la Cour dispose :

 

 

« Le comportement de Mme Lagarde ne procède pas seulement d’une incurie et d’une précipitation critiquables mais d’une conjonction de fautes qui, par leur nombre et leur gravité, dépassent le niveau d’une simple négligence. » (le « Monde » 21 décembre 2016)

 

 

Et la Cour n’a retenu que la négligence !

 

 

Et malgré cela, la CJR « a relaxé Christine Lagarde pour la première partie des griefs, en estimant que le recours à l'arbitrage pouvait se défendre à l'époque, « compte tenu de l'échec des précédentes tentatives de médiation et des multiples contentieux auxquels il convenait, selon elle, de mettre fin en raison de leur durée et de leur coût ». En revanche, la Cour a considéré que « la décision de ne pas former de recours en annulation, prise 19 jours avant l'expiration du délai prévu par la loi », après la sentence arbitrale extrêmement défavorable aux intérêts de l'État, et miraculeuse pour Tapie, constituait bien une faute pénalement répréhensible. La CJR note que Christine Lagarde est « avocate de profession », dit s'être « impliquée personnellement dans la gestion du dossier », et déclare avoir été « consternée et stupéfaite » en découvrant la sentence arbitrale. » (Mediapart – 20 décembre 2016)

 

 

Christine Lagarde : au sommet de l’art du cynisme

 

 

Madame Lagarde est connue pour être une grande manipulatrice. Mais, ici, elle a été au sommet de son art !

 

 

Elle s’est même lâchée, car son cynisme est aussi proverbial. Voici ce qu’écrit le journal en ligne Mediapart le 21 décembre :

 

 

« C’est « une décision curieuse. Je suis accusée de négligence, mais pas condamnée ». Voici ce que déclare Christine Lagarde dans une allocution vidéo diffusée sur le site du Fonds monétaire international (FMI), en français et en anglais, juste après avoir été reconnue coupable de « détournement de fonds publics commis par un tiers et résultant de la négligence » d'une personne dépositaire de l'autorité publique. « Ce n’est pas la décision que j’aurais préférée », ose encore la directrice générale du FMI, alors qu’elle a bénéficié d’une dispense de peine, un privilège rare, et qu’elle n’a pas même daigné assister au prononcé du jugement.

 

Avocate de formation, plusieurs fois ministre, la patronne du FMI et son staff ont forcément dû peser chaque terme de cette déclaration. Il ne s’agit ni d’un lapsus, ni de confusion mentale. Christine Lagarde joue sur les mots, en omettant de dire qu’elle a été reconnue coupable d’un délit, et qu’elle a simplement bénéficié d’une dispense de peine.

 

Il y a cependant un autre aspect : l’arbitrage. Christine Lagarde qui est plongée dans la globalisation ultralibérale est une adepte de l’arbitrage, c’est-à-dire ces procédures en général menées par les grandes entreprises du secteur privé pour trancher les litiges, où, bien entendu, le plus fort est quasi certain de sortir vainqueur.

 

 

Ces procédures d’arbitrage font débat, notamment à propos des traités de libre échange comme le CETA et le TTIP. Et, la transaction pénale qui a été appliquée en Belgique à l’égard de Chodiev et de ses comparses dans l’affaire du « kazakhgate » procède de la même philosophie : négociation entre l’accusé et l’autorité judiciaire publique ou privée afin de trouver un « arrangement » - en monnaie sonnante et trébuchante - qui éteint les poursuites.

 

 

Justice de classe ?

 

Cependant, comme le fait remarquer notre ami Bernard Gensane sur son blog (http://bernard-gensane.over-blog.com/ )

 

 

Il y a des arbitrages qui ne plaisent pas à Madame Lagarde. Et elle n’a pas lésiné en l’espèce lorsqu’elle était ministre des Finances de Sarkozy. Et c’est une très ancienne affaire.

 

 

« (…) les journalistes auraient fort bien pu, sans avoir l'air d'y toucher, parler de l'affaire de l'indemnisation des 3000 mineurs licenciés pour faits de grève en 1948. Comme le rapportait le site du Monde du 27 octobre 2014, en mars 2011 (soit 63 ans après les faits ! - note de ma part, Philippe Arnaud), la cour d'appel de Versailles avait reconnu le caractère discriminatoire et abusif du licenciement de 17 mineurs et employés de la société publique Charbonnages de France qui gérait les sites, et annulé ces licenciements.

 

La Cour de Versailles avait condamné les Charbonnages de France et l'Agence nationale pour la garantie des droits des mineurs à leur verser 30 000 euros chacun (il y avait alors 17 familles de mineurs ou ayants droit, ce qui représentait 510 000 euros au total). Mais la décision avait été cassée en octobre 2012 par la Cour de cassation... saisie par l'ancienne ministre de l'économie Christine Lagarde ! »

 

 

 

Ah oui ! Merci de le rappeler ! Il ne faut surtout pas parler de Justice de classe…

 

 

Le « Canard enchaîné » de ce mercredi 21 décembre titre à la une :

 

« Lagarde demeure et Tapie ne rend pas »…

 

 

La directrice générale de la principale institution financière mondiale au service d’un escroc !

 

 

Tout est dit !

 

 

 

 

L’imbroglio à la belge

 

 

 

Ne nous gaussons pas de la seule affaire Lagarde. L’affaire dite du « Kazakhgate », en Belgique, semble prendre une tournure similaire.

 

 

Rappelons-nous (voir Uranopole : http://uranopole.over-blog.com/2016/11/le-kazakhgate-nouvel-episode-de-la-lutte-de-classe-i.html et http://uranopole.over-blog.com/2016/11/le-kazakhgate-nouvel-episode-de-la-lutte-de-classe-ii.html )

 

Le député bourgmestre de la commune d’Uccle Armand De Decker fait l’objet d’une information judiciaire du Parquet de Bruxelles pour trafic d’influences en faveur de Patokh Chodiev et de ses deux comparses surnommés le « trio kazakh ». Eh bien ! L’information judiciaire est clôturée et – encore une surprise – le Parquet se donne un délai d’un mois pour trancher, d’après le journal « l’Echo » du 20 décembre. Selon « le Soir » du 21 décembre, De Decker et une autre personne – sans doute l’avocate niçoise Catherine Degoul – n’échapperaient pas à l’inculpation… Enfin, on verra !

 

 

 

L'arrogant Armand De Decker commence à perdre sa surperbe...

L'arrogant Armand De Decker commence à perdre sa surperbe...

 

 

 

En attendant, par la cupidité et la bêtise, sinon la naïveté d’un personnage comme Armand De Decker, la mafia russe s’est bien implantée en Belgique où elle bénéficie jusqu’à présent de protections très efficaces.

 

 

Une commission d’enquête parlementaire a été mise en place sur le « Kazakhgate » suite au scandale provoqué par l’attitude de De Decker, mais son président, le chrétien démocrate Francis Delpérée, est contesté parce qu’il a été lui-même interrogé dans le cadre de l’information judiciaire !

 

 

 

 

Le très chrétien Francis Delpérée préside une Commission d'enquête parlementaire où certains pensent qu'il est juge et partie.

Le très chrétien Francis Delpérée préside une Commission d'enquête parlementaire où certains pensent qu'il est juge et partie.

 

 

 

L’imbroglio à la belge !

 

 

Que dire de tout cela ?

 

 

Rappelons-nous George Orwell. Il préconisait ce qu’il appelait la « common decency » qui était, selon lui, l’éthique des « gens ordinaires ».

 

 

Les gens ordinaires, c’est-à-dire vous et moi qui estimons qu’il y a des choses qui ne se font pas !

 

 

Malheureusement, s’est petit à petit installé une caste politique qui a « oublié » l’éthique et le service de l’Etat et qui, à tous les niveaux, n’a qu’un objectif : se servir au détriment du plus grand nombre. Il ne se passe pas un jour sans qu’on apprenne des dérives souvent dérisoires et grotesques comme ces mandataires qui se paient 500 euros la minute ( !) dans des sociétés intercommunales pour des prestations qu’ils ne remplissent pas !

 

 

On ne cesse de dénoncer les dangers du populisme. Mais que fait-on pour le combattre ? La classe dirigeante française souhaite-t-elle le triomphe de Marine Le Pen ? La classe politique belge accepte-t-elle la domination des partis de l’extrême-droite flamande ? Et ne voit-on poindre dans la plupart des Etats-membres de l’Union européenne les partis extrémistes et, pire, comme en Hongrie et en Pologne, des pouvoirs qui démolissent les institutions démocratiques ?

 

 

La combinaison de la politique néolibérale, de la corruption et de l’autoritarisme génère un danger mortel.

 

 

Il est plus que temps : réveillons-nous, réfléchissons et agissons pour un réel projet de société qui rétablira les valeurs essentielles de liberté et de solidarité.

 

 

En espérant que ce ne soit pas un vœu pieux en cette période de fin d’année.

 

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

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17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 21:43

 

 

 

Le grand reporter britannique Robert Fisk travaillant pour le quotidien de centre gauche en ligne The Independent a publié le 15 décembre une analyse sur l’information qui circule au sujet de la terrible bataille d’Alep au Nord de la Syrie. Nous en reproduisons ici la traduction effectuée par une correspondante de « Chronique Palestine » publiée sur le site du « Grand Soir ».

 

La propagande dont on est inondé en cette tragique affaire tend à faire porter toute la responsabilité des massacres sur les Russes et l’armée syrienne de Bachar El Assad. Une polémique est d’ailleurs née suite à ce manichéisme aussi odieux que puéril des plus importants médias occidentaux.

 

Une journaliste russe lors d’une conférence de presse qui a eu lieu dans les locaux des Nations Unies a répondu à un journaliste danois qui l’accusait de diffuser des mensonges sur la tragédie d’Alep. Elle lui répliqua en lui démontrant deux faits évidents de désinformation de la part des médias occidentaux. On a par après dit qu’elle agissait pour les « conspirationnistes ». Mettre en doute la crédibilité des propos de cette journaliste peut être concevable et fait partie du débat, mais de là, sans aucune argumentation, à rejeter sans autre forme de procès ses arguments ressemble plus à une démarche partisane qu’à l’analyse critique dont devrait faire preuve tout journaliste digne de ce nom.

 

Et Robert Fisk, fort de sa réputation de grand reporter, le démontre dans son article.

 

Depuis longtemps, on parle ici et là de curieuses relations entre Isis (ou Daesh) et les Américains ainsi que les Israéliens. Fisk en fait état sur la base de plusieurs témoignages. À lire ces témoignages et son analyse sans complaisance, on est en droit de se demander si Isis est le « plus grand » ennemi de la coalition occidentale dont font partie les deux principaux Etats finançant les Islamistes sunnites, le Qatar et l’Arabie Saoudite.

 

Il y a aussi l’usage systématique de la déformation sémantique, la guerre des mots, la novlangue tant évoquées par George Orwell. Ainsi, l’ennemi devient l’ami et la liberté est l’esclavage, comme quand les médias occidentaux affirment qu’Alep est « tombée » alors que les Syriens ont en réalité « repris » Alep.

 

Robert Fisk se base sur les éléments qu’il a pu rassembler et, en définitive, pose des questions sur les enjeux réels de cette guerre atroce qui est le prolongement de celle qui a embrasé l’Afghanistan avec l’invasion soviétique en 1979, le Moyen Orient avec la guerre Irak-Iran de 1980 à 1989, du Golfe en 1991 et sans discontinuer depuis l’invasion de l’Irak en 2003 par les Américains avec l’idée folle jadis émise par George Walker Bush et les néoconservateurs étatsuniens de construire un « grand Moyen-Orient » balkanisé qui permettrait aux grandes entreprises transnationales pétrolières de contrôler l’extraction et le transport des hydrocarbures, véritable sang du capitalisme occidental.

 

 

Voici.

 

Pierre Verhas

 

 

 

Robert Fisk, grand reporter britannique internationalement reconnu, spécialiste du Moye Orient et surtout indépendant

Robert Fisk, grand reporter britannique internationalement reconnu, spécialiste du Moye Orient et surtout indépendant

 

 

 

Les politiciens, les « experts » et les journalistes occidentaux vont devoir reprendre à zéro leur copie au cours des prochains jours, maintenant que l’armée de Bashar al-Assad a repris le contrôle de l’est d’Alep.

 

 

Nous allons savoir si les 250 000 civils « prisonniers » dans la ville étaient effectivement aussi nombreux. Nous allons en apprendre beaucoup sur le fait ils n’avaient pas la possibilité de partir quand le gouvernement syrien et l’armée de l’air russe ont lancé leur bombardement féroce de la partie orientale de la ville.

 

 

Et nous allons en apprendre encore davantage sur les « rebelles » que nous – les Occidentaux, les États-Unis, la Grande-Bretagne et nos coéquipiers du Golfe – avons soutenus.

 

 

 

Al Qaeda parmi les rebelles

 

 

 

Il y avait après tout parmi eux, al Qaeda (alias Jabhat al-Sham), le « peuple » – comme les appelait George W. Bush – qui a commis les crimes contre l’humanité à New York, à Washington et en Pennsylvanie le 11 septembre 2001. Rappelez-vous la guerre contre le terrorisme ? Rappelez-vous le « mal à l’état pur » qu’était al Qaeda. Rappelez-vous tous les avertissements de nos services de sécurité bien-aimés au Royaume-Uni sur la façon dont al Qaeda pouvait semer la terreur à Londres ?

 

Mais quand les rebelles, y compris al Qaeda, se battaient dans l’est d’Alep, il n’en était plus question – car un conte d’héroïsme, de démocratie et de souffrance avait été mis au point pour nous, un récit avec des bons contre des méchants, du même acabit que celui explosif et malhonnête sur les « armes de destruction massive » en Irak.

 

À l’époque de Saddam Hussein, lorsque quelques-uns d’entre nous soutenions que l’invasion illégale de l’Irak mènerait à des catastrophes et à des souffrances incalculables, et que Tony Blair et George Bush nous poussaient dans la voie de la perdition, il nous incombait de constamment rappeler notre répugnance à l’égard de Saddam et de son régime. On nous rappelait inévitablement que Saddam était l’un des trois piliers de l’Axe du Mal.

 

 

 

Tony Blair (le travailliste !) et George Bush (le néoconservateur), les deux doigts de la main pour la guerre d'Irak en 2003

Tony Blair (le travailliste !) et George Bush (le néoconservateur), les deux doigts de la main pour la guerre d'Irak en 2003

 

 

 

Alors voici le mantra habituel que nous devons répéter ad nauseam pour éviter les habituels courriers haineux et les habituelles injures qui seront aujourd’hui versés sur quiconque se détournera de la version dominante et profondément biaisée de la tragédie syrienne.

 

 

Bachar al Assad : une version effrayante du nettoyage ethnique

 

 

Oui, Bashar al-Assad a brutalement détruit de vastes étendues de ses villes dans sa lutte contre ceux qui veulent renverser son régime. Oui, ce régime a une multitude de péchés accrochés à son nom : la torture, les exécutions, les prisons secrètes, le meurtre de civils et – si nous incluons les miliciens syriens sous le contrôle effectif du régime – une version effrayante du nettoyage ethnique.

 

 

 

 

Bachar el Assad, le "grand" nettoyeur ethnique

Bachar el Assad, le "grand" nettoyeur ethnique

 

 

 

 

Oui, nous devrions craindre pour la vie des médecins courageux de l’est d’Alep et des gens qu’ils ont soignés. Quiconque a vu les images du jeune homme sorti de la ligne des réfugiés fuyant Alep la semaine dernière, par les hommes du renseignement du régime devrait craindre pour tous ceux qui n’ont pas été autorisés à traverser les lignes du gouvernement. Et rappelez-vous comment l’ONU a dit avoir appris que 82 civils ont été « massacrés » dans leurs maisons dans les dernières 24 heures.

 

 

Il est temps de dire une autre vérité.

 

 

Mais il est temps de dire l’autre vérité : que nombre des « rebelles » que nous, les Occidentaux, avons soutenus – et que notre absurde premier ministre Theresa May a indirectement bénis lorsqu’elle a fait acte d’allégeance devant les acheteurs d’hélicoptères [saoudiens] la semaine dernière – sont les plus cruels et les plus impitoyables des combattants au Moyen-Orient. Et tandis que nous avons été abreuvés des horreurs d’Isis pendant le siège de Mossoul (un événement trop semblable à Alep, bien que vous ne le penseriez pas en lisant notre version de l’histoire), nous avons volontairement ignoré le comportement des rebelles d’Alep.

 

 

Il y a seulement quelques semaines, j’ai interviewé l’une des premières familles musulmanes à fuir l’Est d’Alep à l’occasion d’un cessez-le-feu. Le père venait d’être informé que son frère devait en représailles être exécuté par les rebelles parce qu’il avait traversé la ligne de front avec sa femme et son fils. Il a condamné les rebelles pour avoir fermé les écoles et avoir placé des armes à proximité des hôpitaux. Et il n’était pas un maréchal pro-régime… Il avait même eu de l’admiration pour Isis pour leur bonne conduite dans les premiers jours du siège.

 

 

Environ à la même époque, les soldats syriens exprimaient en privé leur conviction que les Américains permettraient à Isis de quitter Mossoul pour attaquer à nouveau le régime en Syrie. Un général américain avait réellement exprimé sa crainte que les miliciens chiites irakiens puissent empêcher Isis de fuir à travers la frontière irakienne vers la Syrie.

 

 

Eh bien, c’est arrivé. En trois colonnes de camions-suicides et de milliers de partisans armés, Isis vient de se frayer un chemin à travers le désert depuis Mossoul en Irak et Raqqa et Deir ez-Zour dans l’est de la Syrie, pour reprendre la belle ville de Palmyre.

 

 

La guerre des mots

 

 

Il est très instructif d’examiner nos rapports sur ces deux événements parallèles. Presque toutes les manchettes parlent aujourd’hui de la « chute » d’Alep face à l’armée syrienne – alors qu’en toute autre circonstance, nous aurions certainement dit que l’armée avait « repris » la ville aux « rebelles » – tandis qu’Isis aurait « recapturé » Palmyre quand (étant donné leur propre comportement meurtrier) nous aurions certainement annoncé que la ville romaine était « tombée » une fois de plus sous leur domination grotesque.

 

 

Les mots importent. Ce sont les mêmes hommes que ceux qui, après leur première occupation de la ville l’année dernière, ont décapité le savant de 82 ans qui a essayé de protéger les trésors romains, puis ont ensuite placé ses lunettes sur sa tête décapitée.

 

 

Palmyre est repris par Isis.

 

 

De leur propre aveu, les Russes ont effectué 64 bombardements contre les attaquants d’Isis à l’extérieur de Palmyre. Mais étant donné les énormes colonnes de poussière soulevées par les convois d’Isis, pourquoi l’armée de l’air américaine n’a-t-elle pas participé au bombardement de leur plus grand ennemi ? Mais non : pour une raison ou une autre, les satellites américains et les drones et les services de renseignements ne les ont pas repérés – pas plus que lorsque Isis a conduit des convois identiques de camions-suicides pour capturer Palmyre en mai 2015.

 

 

 

 

Les Syriens trop peu nombreux ont dû abandonner Palmyre repris en 2015, à Isis.

Les Syriens trop peu nombreux ont dû abandonner Palmyre repris en 2015, à Isis.

 

 

 

Il ne fait aucun doute que Palmyre représente un revers pour à la fois pour l’armée syrienne et les Russes – revers plus symbolique que militaire. Des officiers syriens m’ont dit à Palmyre plus tôt cette année qu’Isis ne serait jamais autorisé à revenir. Il y avait une base militaire russe dans la ville. Un avion russe nous survolait. Un orchestre russe venait de jouer dans les ruines romaines pour célébrer la libération de la ville.

 

 

Alors, que s’est-il passé ? Le plus probable est que l’armée syrienne n’a tout simplement pas le nombre de soldats nécessaire pour défendre Palmyre tout en reprenant l’est d’Alep.

 

 

Ils devront reprendre Palmyre rapidement. Mais pour Bachar al-Assad, la fin du siège d’Alep signifie qu’Isis, al Nosra, al Qaeda et tous les autres groupes salafistes et leurs alliés ne peuvent plus revendiquer une base ou créer une capitale dans la longue lignée des grandes villes qui forment la colonne vertébrale de la Syrie : Damas, Homs, Hama et Alep.

 

 

Alep et la population civile

 

 

Revenons à Alep. Le récit familier et lassant de la politique et du journalisme a besoin d’être rafraîchi. La preuve est claire depuis quelques jours. Après des mois de condamnation des iniquités du régime syrien tout en occultant l’identité et la brutalité de ses adversaires à Alep, les organisations de défense des droits de l’homme – reniflant la défaite des rebelles – ont commencé il y a quelques jours à diffuser leurs critiques à l’égard de ces mêmes défenseurs.

 

 

Prenez le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. La semaine dernière, après les craintes tout à fait compréhensibles pour la population civile de l’est d’Alep et ses médecins et infirmiers, comme pour les civils soumis aux représailles du gouvernement et les « centaines d’hommes » qui ont disparu après avoir traversé la ligne de front, l’ONU a soudainement exprimé d’autres préoccupations.

 

 

 

 

La population d'Alep Est fuit les combats.

La population d'Alep Est fuit les combats.

 

 

 

 

« Au cours des deux dernières semaines, le Front Fatah al-Sham [en d’autres termes, al Qaeda] et le Bataillon Abu Amara auraient enlevé et tué un nombre inconnu de civils qui avaient demandé aux groupes armés de quitter leurs quartiers afin d’épargner la vie des civils … », a-t-il déclaré.

 

 

« Nous avons également reçu des informations selon lesquelles entre le 30 novembre et le 1er décembre, des groupes armés d’opposition ont tiré sur des civils qui tentaient de partir ». De plus, des « attaques aveugles » ont été menées sur des zones gouvernementales et densément peuplées à l’ouest d’Alep.

 

 

Je soupçonne que nous entendrons plus de choses dans les prochains jours. Le mois prochain, nous lirons également un nouveau livre effrayant, Merchants of Men, par la journaliste italienne Loretta Napoleoni, sur le financement de la guerre en Syrie. Elle a dénoncé les enlèvements-pour-argent par le gouvernement et les forces rebelles en Syrie, mais a également des mots durs pour notre propre profession de journalisme.

 

 

Le syndrome d’Hemingway

 

 

Les journalistes qui ont été enlevés par des gardes armés dans l’est de la Syrie, écrit-elle, « sont tombés victimes d’une sorte de syndrome d’Hemingway : les correspondants de guerre qui soutiennent l’insurrection font confiance aux rebelles et mettent leur vie entre leurs mains parce qu’ils sont de mèche avec eux. Mais l’insurrection n’est qu’une variante du djihadisme criminel, un phénomène moderne qui n’a qu’un Dieu : l’argent. »

 

 

Est-ce trop dur pour ma profession ? Sommes-nous vraiment « de mèche » avec les rebelles ?

 

 

Certes, nos maîtres politiques sont – et pour la même raison que les rebelles enlèvent leurs victimes – inféodés à l’argent. D’où la disgrâce de « Brexit May » et sa bouffonnerie de ministres qui se sont prosternés la semaine dernière devant les autocrates sunnites qui financent les djihadistes en Syrie, dans l’espoir de gagner des milliards de livres dans les ventes d’armes post-Brexit au Golfe.

 

 

Dans quelques heures, le Parlement britannique doit débattre du sort des médecins, des infirmières, des enfants blessés et des civils d’Alep et d’autres régions en Syrie. Le comportement grotesque du gouvernement britannique a fait en sorte que ni les Syriens ni les Russes ne prêteront la moindre attention à nos lamentations pitoyables. Cela aussi doit être dit.

 

 

 

Robert Fisk

 

 

Robert Fisk est le correspondant du journal The Independent pour le Moyen Orient. Il a écrit de nombreux livres sur cette région dont : La grande guerre pour la civilisation : L’Occident à la conquête du Moyen-Orient.

 

Original : http://www.independent.co.uk/voices/aleppo-falls-to-syrian-regime-bash...

 

 

 

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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 20:44

 

 

 

« Soft totalitarisme » est un néologisme de la journaliste française souverainiste de droite Natacha Polony. On pourrait la qualifier de Susan George de droite ! Elle se montre en effet très critique à l’égard du néolibéralisme, de la globalisation et du libre-échangisme.  Polony est aussi la présidente fondatrice du « Comité Orwell ». Observons qu’il est intéressant que la critique du néolibéralisme se retrouve aussi à droite de l’échiquier politique et intellectuel.

 

 

Ce « Comité Orwell »,  comité de journalistes et d’universitaires se réfère à l’auteur britannique souvent évoqué sur le blog « Uranopole » et, dans ses analyses diffusées par des ouvrages et exprimées dans des colloques, se base sur sa pensée qui vit poindre avec la modernité le totalitarisme le plus dangereux. Son dernier roman « 1984 » en donna un aperçu qui est resté dans les mémoires. Quotidiennement, on évoque le dictateur plus ou moins fictif « Big Brother » !

 

 

 

 

Natacha Polony est une journaliste et intellectuelle de droite qui, dans sa critique de la société, a bien des points communs avec celle d'analystes de gauche comme Susan George.

Natacha Polony est une journaliste et intellectuelle de droite qui, dans sa critique de la société, a bien des points communs avec celle d'analystes de gauche comme Susan George.

 

 

 

Ce « Big Brother » va de la caméra de surveillance sur une place publique, au système sophistiqué de l’agence d’espionnage étatsunienne NSA. C’est la surveillance généralisée, où on ne peut plus rien cacher. Mais la vraie question est : qui surveille et pourquoi ?

 

 

Vers le pire des mondes ?

 

 

Dans un récent livre collectif écrit sous la direction de Natacha Polony et du Comité Orwell, intitulé « Bienvenue dans le pire des mondes » (Paris, Plon, 2016), les auteurs définissent ainsi le soft totalitarisme :

 

 

« Au fond, ce que les hautes sphères administratives et politiques cherchent à garder dans l’ombre, c’est l’effacement progressif en Occident de l’espérance démocratique au profit d’une forme d’hégémonie des grands privilégiés, de la prise en main des différentes formes de l’influence (idée, art, science, finance…). Voilà ce que signifie finalement le soft totalitarisme : des pouvoirs en archipel mais interactifs parvenant à se dispenser chaque jour un peu plus des règles du jeu démocratique. »

 

 

Et ils ajoutent :

 

 

« C’est une logique de système qu’il convient de décrypter. Les théories du complot sont infantiles en prétendant que des « maîtres du monde » appartiennent à telle ou telle organisation (le CFR, le groupe Bilderberg, la Trilatérale, etc.) et qu’ils poursuivent un plan finement prémédité ! La réalité est plus triviale : les élites ont poursuivi leur mouvement naturel qui les pousse à dégénérer en féodalités. »

 

 

Ce soft totalitarisme qui s’installe subrepticement n’est pas si « doux » qu’on le prétend. Il use de la violence, quoi qu’on en pense. C’est l’éternelle – et courtoise –  querelle entre Aldous Huxley et George Orwell : le « Meilleur des mondes » décrivait une société totalitaire hédoniste où les hommes et les femmes se complaisaient dans une dictature indéfinie qui ne leur procurait que du plaisir afin de les endormir, alors que « 1984 » montra l’image d’une dictature violente où les femmes et les hommes étaient muselés et surveillés jusque dans leur vie intime afin de ne se consacrer qu’au service d’un parti unique sous peine d’être rejetés et de mourir.

 

 

On a dit que les œuvres de ces deux auteurs britanniques étaient prémonitoires. Ce qu’on observe de nos jours est en quelque sorte la synthèse des deux.

 

 

Prémonitoires ? Les événements nous en font prendre conscience. Prenons un exemple. Un exemple qui montre qu’en Belgique, le pouvoir exécutif s’attaque à la Justice au point d’ébranler les fondements de la démocratie. Et la Belgique n’est pas la seule, la France du tandem Hollande-Valls n’est pas en reste avec la mise sous tutelle de l’exécutif de la première juridiction, la Cour de cassation. Nous aurons l’occasion de l’évoquer.

 

 

 

L'ex tandem Hollande Valls a largement contribué à l'étouffement de la Justice au plus grand profit des oligarchies transnationales.

L'ex tandem Hollande Valls a largement contribué à l'étouffement de la Justice au plus grand profit des oligarchies transnationales.

 

 

 

En Belgique, une polémique s’est déclenchée suite au refus du secrétaire d’Etat à l’Asile, le NV-A (nationaliste flamand) Théo Francken, d’appliquer une décision de Justice qui l’obligeait d’accorder un visa humanitaire à une famille d’Alep en Syrie.

 

 

Voici donc une famille syrienne vivant à Alep, ville du Nord de la Syrie, où se déroule depuis trois mois une sanglante bataille avec bombardements aériens, terreur des rebelles islamistes occupant cette cité, combats de rues meurtriers, quasi famine, qui demande un visa humanitaire au Consulat de Belgique. Le secrétaire d’Etat belge aux réfugiés refuse d’accorder ce visa.

 

 

 

Le secrétaire NV-A (nationaliste flamand) à l'Asile Théo Francken est connu pour ces accointances avec les néo-nazis et avec la branche la plus radicale des nationalistes flamands.

Le secrétaire NV-A (nationaliste flamand) à l'Asile Théo Francken est connu pour ces accointances avec les néo-nazis et avec la branche la plus radicale des nationalistes flamands.

 

 

 

L’affaire est soumise à la Justice via un tribunal administratif (le Conseil de contentieux des étrangers, CCE) qui enjoint le gouvernement belge de délivrer ledit visa. Le secrétaire d’Etat refuse d’appliquer cette décision de Justice sous prétexte que cela créerait un « précédent dangereux » et que s’il se soumettait, ce serait désormais la porte ouverte à  tous les réfugiés « du monde entier » qui auraient ainsi le droit à un visa pour la Belgique ! La Cour d’appel qui a été saisie, réfute dans son arrêt les arguments de Francken et confirme le jugement de la CCE. L’Etat doit accorder le visa humanitaire sous peine d’une astreinte quotidienne de 4.000 Euros.

 

 

Certes, l’affaire est complexe. Voici l’argumentaire du Secrétaire d’Etat :

 

 

Il conteste la faculté qu’a un juge de partir d’un principe incontestable (l’article 3 de la Convention européenne des Droits de l’Homme concernant l’interdiction de la torture) et d’arriver à une décision de droit s’opposant au droit positif admis.

 

Francken ajoute : déterminer qui peut accéder à un territoire est une décision politique, qui doit prendre en compte non seulement les impératifs moraux mais aussi tous autres aspects. La question n’est pas ici de discuter si la politique actuelle de la Belgique concernant l’accès son territoire est bonne ou non, mais de reconnaître qu’elle en a une et que si on peut vouloir la changer, ce changement doit se faire par un processus législatif et non de par la volonté d’un juge. Si ce jugement fait jurisprudence, selon Francken, toute personne dans le monde établie dans une zone de guerre aura le droit d’obtenir un visa pour la Belgique.

 

En clair, pour Francken, sa politique prime le droit ! Et puis, les principes fondamentaux inscrits dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 et dans le Convention européenne des mêmes Droits, ainsi que dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ne peuvent dès lors que le gêner. Aussi, il les met au placard.

 

Le Premier ministre, le libéral francophone Charles Michel, soutient son Secrétaire d’Etat et déclare :

 

 

 

Charles Michel n'hésite pas à couvrir Théo Francken pour sauver son gouvernement, au mépris des principes fondateurs du libéralisme.

Charles Michel n'hésite pas à couvrir Théo Francken pour sauver son gouvernement, au mépris des principes fondateurs du libéralisme.

 

 

 

« Le gouvernement entend défendre sa politique migratoire dans le respect de l’Etat de droit et de la séparation des pouvoirs ». Il a appelé « au calme et au sang-froid ».  Et il ajoute : « J’ai demandé au gouvernement fédéral d’organiser des réunions de juristes et d’analyser les options juridiques possibles en vue de défendre la politique du gouvernement. »

 

Le plus haut responsable du royaume qui se prétend porteur des principes des pères fondateurs du libéralisme basés sur la philosophie des Lumières, s’incline devant un personnage, simple Secrétaire d’Etat, adepte de l’idéologie nationaliste, qui veut les éradiquer !

 

Vite, une boussole !

 

De son côté, tout en refusant d’appliquer l’arrêt de la Cour d’appel, ledit Secrétaire d’Etat Théo Francken se pourvoit en Cassation, la plus haute juridiction, tout en commettant une des pires infractions au principe de base de la séparation des pouvoirs !

 

Le ministre de la Justice, le chrétien flamand Koen Geens, propose de bloquer les astreintes sur un compte en attendant le résultat du pourvoi en Cassation. Mais, il n’ose pas s’insurger contre le déni de son collègue !

 

L’opposition Socialiste et Ecolo est déchaînée. Du côté de la majorité, le Premier ministre et le ministre de la Justice tentent de calmer le jeu. Mais, en même temps, le principal parti de ce gouvernement, la très nationaliste et droitière NV-A, jette de l’huile sur le feu et a lancé une virulente campagne de soutien au Secrétaire d’Etat Francken et le président de la NV-A, le bourgmestre d’Anvers Bart De Wever, n’hésite pas à dénoncer « un gouvernement des juges » !

 

 

 

Bart De Wever dénonce "un gouvernement des juges" et jette de l'huile sur le feu en faisant une camapgne de soutien à Théo Francken.

Bart De Wever dénonce "un gouvernement des juges" et jette de l'huile sur le feu en faisant une camapgne de soutien à Théo Francken.

 

 

 

L'Etat sauvage

 

 

L’affaire est loin d’être terminée puisque les avocats de la famille syrienne ont demandé qu’à défaut de visa, elle puisse bénéficier d’un laissez passer en Belgique en attendant d’obtenir définitivement son visa. Or, l’octroi dudit laissez passer ne dépend pas de Francken, mais du ministre libéral des Affaires étrangères, Didier Reynders. On va voir comment il va réagir, puisque le gouvernement dans son ensemble soutient Francken. Alors, un visa vaut-il une crise politique ? Ou plutôt, le respect des droits fondamentaux n’est-il pas bien plus important que de branlants accords politiques ? Affaire à suivre, donc. Mais avec vigilance !

 

« Nous sommes dans une ère post-démocratique ! » clame la présidente de l’association syndicale des magistrats, la juge Manuela Cadelli. Elle dénonce le non respect de la Constitution par le ministre de la Justice qui a fait voter une loi supprimant la Cour d’assise, alors qu’il s’agit d’un corps constitué qui ne peut être réformé ou effacé que par une révision constitutionnelle et elle dénonce le fait qu’un Secrétaire d’Etat « se vante » de ne pas appliquer une décision de Justice. Si on continue ainsi, dit-elle, « nous allons vers la barbarie et ce sera l’Etat sauvage. »

 

 

 

Manuela Cadelli, présidente de l'Association syndicale des magistrats : "J'ai honte, nous avons des gouvernants qui se vantent de ne pas respecter la loi !"

Manuela Cadelli, présidente de l'Association syndicale des magistrats : "J'ai honte, nous avons des gouvernants qui se vantent de ne pas respecter la loi !"

 

 

 

Au-delà de la passion exprimée par cette brillante magistrate, il est clair que le système démocratique à l’occidentale est menacé et ces incidents qui secouent la Belgique s’inscrivent dans cette marche vers le « soft totalitarisme ».

 

 

Le non respect de la loi, le mépris à l’égard d’une décision de Justice, le détournement de la Constitution de la part de membres d’un gouvernement sont des dérives graves qui mettent en péril la démocratie. L’avocat constitutionnaliste Marc Uyttendaele a qualifié de « séditieux » le refus du gouvernement en la matière.

 

 

La NV-A plonge se racines dans le limon du nationalisme et du fascisme.

 

 

 

Ce n’est guère étonnant lorsque l’on analyse d’où vient le premier parti du gouvernement de Charles Michel, le gouvernement le plus à droite que la Belgique ait connu depuis la guerre. La NV-A (Nouvelle alliance flamande) trouve ses origines dans la droite de l’ancien parti, la Volksunie (Union du peuple), elle-même descendante du VNV (Fédération nationale flamande) qui fut un parti nazi et collaborationniste, dont les milices, pendant l’occupation, traquaient les Juifs, les Francs-maçons et les Résistants.

 

Si la NV-A qui a évolué avec le temps plonge néanmoins ses racines dans le limon du nationalisme flamand qui est opposé à la philosophie des Lumières, adepte d’un certain intégrisme chrétien et proche du fascisme et du national-socialisme.

 

Que des partis dits démocratiques, les partis du « système », soient contraints pour gouverner à s’allier avec des formations comme celle des nationalistes flamands, en dit long sur l’état de la démocratie. Si ces partis qu’on qualifie pudiquement de « populistes » ont le vent en poupe, la raison en est un rejet de ce fameux « système » par une frange de plus en plus importante de la population. C’est un truisme de dire que les élites ont rompu avec le peuple. Encore faut-il savoir de quelles élites on parle et quelle est la nature du peuple.

 

Une formation comme la NV-A reflète aussi une certaine élite. Elle est proche du grand patronat industriel et commercial flamand (le VOKA) très ultralibéral tout en s’inspirant de la tradition nationaliste. Il y a manifestement convergence d’intérêts entre les deux.

 

Apparemment, il y a une contradiction entre le nationalisme et la globalisation ultralibérale. Pourtant, il y a des convergences dans les moyens et les objectifs. Le démantèlement de l’Etat largement entamé par les nationalistes la NV-A notamment dans la recherche scientifique, dernier domaine resté à l’échelle de la Belgique et aussi dans les services publics convient très bien aux néolibéraux. D’ailleurs, la NV-A ne cache pas son soutien aux canons économiques de l’ultralibéralisme.

 

 

Nationalisme, ultralibéralisme, rejet de l’Autre, voilà le cocktail qui nous est offert en cette fin d’année. Cocktail auquel il faut ajouter la peur du terrorisme qui, elle aussi, est le carburant à l’entreprise de destruction des libertés fondamentales. À votre santé !

 

 

Dans un peu plus d’un an, on commémorera le soixante-dixième anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948. Comment vont-ils ? Ils se portent mal, merci !

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 11:37

 

 

 

Oh ! C’est trois fois rien. Pas de quoi mobiliser les journalistes d’investigations… Ce ne sont que quelques petites irrégularités découvertes par la Cour des comptes de Belgique dans une société de droit public dépendant de la Région bruxelloise, la Société de Développement Régional de la Région de Bruxelles capitale (SDRB) connue sous son nom commercial « Citydev ».

 

 

Faut-il en faire un fromage, comme on dit vulgairement ?

 

 

Jugez par vous-même. La Cour des comptes a publié le 5 octobre 2016 un rapport intitulé : « La situation administrative et pécuniaire des membres du personnel de la Région de Bruxelles capitale » Pas très excitant, à première vue ! Et pourtant, à la lecture de ce rapport, on se rend compte qu’il s’en passe des choses.

 

 

Mais, qu’est-ce que la SDRB ? Il s’agit d’une société de droit public qui a été créée en 1972 dans le cadre de la régionalisation de la Belgique. Elle s’inscrivait dans l’esprit de la planification et de l’économie mixte. Son rôle est donc de contribuer au développement économique de la Région bruxelloise. Et, tout au long de son existence, elle a rendu de très grands services aux entreprises qui s’installent à Bruxelles.

 

 

« La SDRB a pour mission d’attirer et de maintenir sur le territoire régional des entreprises industrielles, semi-industrielles, artisanales et des services à haute valeur ajoutée en leur offrant des infrastructures immobilières (terrains ou bâtiments) à des prix attractifs. Elle acquiert et aménage des sites et gère les possibilités d’installation. »

 

 

Elle a une seconde mission : la SDRB joue un rôle de régulateur du marché immobilier à Bruxelles qui est particulièrement « secoué » par l’importance des institutions européennes et par une spéculation sans freins qui est à l’origine d’une très sérieuse crise du logement.

 

 

La SDRB achète donc des terrains et des immeubles en déshérence, procède à des rénovations et à des constructions nouvelles qui sont destinées au logement moyen. Elle est une sorte d’agence immobilière publique. Et cela fonctionne très bien, en dépit des difficultés avec l’administration fédérale qui lui met des bâtons dans les roues pour des raisons politiques.

 

 

Mais, en ce qui concerne la gestion interne de cette société publique qui est considérée comme un « fief » du PS à Bruxelles, c’est autre chose ! Et c’est ce que dénonce le rapport de la Cour des comptes.

 

 

D’emblée, si on lit le résumé du rapport rédigé dans le plus pur style administratif propre à la Cour des comptes, on est ébahi du nombre d’irrégularités. Voici :

 

 

« La SDRB ne dispose pas de réserve de recrutement et engage, au fur et à mesure des besoins, principalement des contractuels, dont le taux atteint 35 % de l’effectif total.

 

 

Des engagements ont parfois été effectués sur la seule base de « candidatures spontanées récentes », sans diffuser d’avis de vacances d’emploi, ce qui constitue une rupture d’égalité entre les candidats potentiels.

 

 

En outre, un candidat à un emploi au rang d’expert a été recruté sans être titulaire du diplôme requis et des agents engagés au niveau B [agents disposant d’un diplôme d’études secondaires] ont été promus au niveau A par simple avenant à leur contrat lorsqu’ils ont obtenu un titre universitaire, après modification du profil de leur fonction.

 

 

Par ailleurs, la SDRB attribue de nombreuses primes à son personnel. Une prime dite « de direction », octroyée à tous les agents exerçant une fonction d‘encadrement, a, en 2015, été allouée à 28 agents, ce qui représente une moyenne d’un agent d’encadrement pour 3,5 agents. Plusieurs directions constituées d’un seul département sont dirigées à la fois par un directeur et par un chef de département. Il y a même une direction dans laquelle un chef de département a un seul agent à tiers-temps sous ses ordres. La Cour des comptes observe donc que le taux d’encadrement du personnel – et les primes qui les accompagnent – est très élevé.

 

Les agents qui ne bénéficient pas de prime de direction perçoivent une prime de rendement lorsqu’ils sont en service depuis plus de six mois. En 2015, 101 agents en ont bénéficié ; un seul en a été privé. Le montant des primes de rendement est variable, mais 91,5 % des agents touchent le montant maximum prévu. Il n’existe pourtant pas de système objectif et formalisé de mesure de la productivité des agents au sein de l’organisme et les critères utilisés pour l’octroi de cette prime sont ceux habituellement repris dans toute description de fonctions.

 

 

En outre, la Cour a relevé que deux agents détachés dans un cabinet ministériel continuent, l’un, à percevoir la prime de direction, l’autre celle de rendement.

 

 

Une indemnité fait double emploi. Ainsi, les agents perçoivent une indemnité de « déplacement » forfaitaire, mensuelle et non indexée de 100 euros, laquelle s’ajoute à l’indemnisation des frais de déplacement réellement exposés.

 

 

Enfin, les agents domiciliés en Région de Bruxelles-Capitale perçoivent une indemnité de vie chère de 150 euros (montant indexé, actuellement 241,26 euros). La Cour a rappelé que le Conseil d’État a estimé discriminatoire une prime similaire prévue dans le statut des organismes d’intérêt public bruxellois du 27 mars 2014. »

 

 

En français, qu’est-ce que cela signifie ?

 

 

La SDRB ne possède pas de réserve de recrutement. Autrement dit, elle n’organise pas de concours. Aussi, recrute-t-elle au jour le jour en fonction de ses besoins, ou bien, on peut le penser même si cela ne se dit pas, pour « aider » l’un ou l’autre « obligé ».

 

 

 

Ensuite, la SDRB est une véritable « armée mexicaine ». Il y a un « chef » pour 3,5 employés. On trouve des aberrations comme une direction avec son directeur, un seul département avec son chef de département et un seul employé… à 1/3 temps !

 

 

Et en plus – on est vraiment bien à la SDRB ! – tous, à une exception près, reçoivent une prime de rendement. Cela signifie qu’il n’y a aucun critère pour savoir qui peut ou non bénéficier de ladite prime. En principe, le montant de la prime est variable, mais tout le monde touche le maximum. Donc, tout le monde est très rentable ! Sauf un « martyr » qui n’a rien et qui, sans doute, n’en fiche pas une, ou ne se rend pas trop souvent au boulot…

 

 

Et ce n’est pas tout. Il y a une d’autres indemnités qui sont versées à l’ensemble du personnel.

 

 

Des indemnités de déplacement forfaitaire sont données à tous les membres du personnel. En plus, ils reçoivent une indemnisation des frais de déplacement.

 

 

 

Il y a en outre une indemnité de vie chère de 200 Euros est accordée à tout le personnel.

 

 

 

Les directeurs reçoivent, eux, une prime de direction qui est bien plus élevée bien entendu que les primes versées au personnel. Et ils touchent une allocation complémentaire mensuelle de 250 Euros bruts.

 

 

La Cour des comptes critique ce système d’indemnités pour non respect des règles administratives. Mais, sans remettre en question des avantages accordés à des travailleurs, on se rend parfaitement compte que tout cela pue le clientélisme. C’est vraiment le règne des « petits copains ».

 

 

En conclusion, le rapport relève d’autres carences :

 

 

« La Cour des comptes a relevé que la dernière augmentation du cadre organique de la SDRB n’était pas basée sur une analyse formalisée des besoins en personnel et que la notion de département utilisée au sein de l’organisme n’est pas claire. Le taux d’encadrement est élevé, certaines directions comportent plusieurs départements et d’autres un seul, et quelques départements comptent très peu d’agents.

 

 

La Cour recommande donc de faire précéder la prochaine adaptation du cadre d’une analyse des besoins et de clarifier la notion de département.

 

 

Observant que l’externalisation de certaines prestations n’était pas systématiquement appuyée par une analyse coût-bénéfice, la Cour préconise de procéder à cet examen. »

 

 

En clair, on recrute à la petite semaine. La SDRB servirait-elle de « planque » pour des « amis » politiques ou des « obligés » ? On peut se poser la question.

 

 

Enfin, on peut comprendre que la SDRB comme tous les autres organismes d’intérêt public fasse appel à des services extérieurs (bureau d’études, cabinet d’avocats, bureau d’architectes, etc.) pour des tâches ponctuelles et bien précises ou pour des conseils. Cependant, à la lecture du rapport de la Cour des comptes, on pressent du favoritisme pour certains services extérieurs, sans doute proches « politiquement ». Une fois de plus, cela se fait sans critères précis, ni analyse coût/bénéfice.

 

 

Cerise sur le gâteau : d’après la « Libre Belgique », le CDH (démocrate chrétien) Denis Grimberghs, député régional et échevin à Schaerbeek, perçoit 52.000 Euros par an comme président du Conseil d’administration de la SDRB, alors que la norme pour les patrons des sociétés régionales est fixée à 12.000 Euros ! C’est bien payé pour trois jours de prestation hebdomadaire ! Et, il a réagi. Il n’est pas content qu’on ait publié ça !

 

 

Cet audit de la Cour des comptes a fait du bruit. La presse s’en est emparé, mais gageons que ce n’est qu’une tempête dans un verre d’eau. Le ministre de tutelle, le « Defi » (parti francophone bruxellois) Didier Gosuin promet à la Cour des comptes de donner des instructions à la direction de la SDRB pour régulariser sa situation. Wait and see ! Le jeune Administrateur général de la Société de développement régional de Bruxelles, le Socialiste Benjamin Cadranel, s’est engagé à faire les réformes nécessaires. Dont acte.

 

 

 

Didier Gosuin, le ministre Défi de l'économie du gouvernement bruxellois, promet de remettre de l'ordre à la SDRB. Wait and see.

Didier Gosuin, le ministre Défi de l'économie du gouvernement bruxellois, promet de remettre de l'ordre à la SDRB. Wait and see.

 

 

 

Mais, on ne peut s’empêcher de penser que tout cela ressemble à un poli classement vertical des observations de la Cour !

 

 

 

Benjamin Cadranel, PS, administrateur général de la SDRB a promis de mettre de l'ordre. Wait and see...

Benjamin Cadranel, PS, administrateur général de la SDRB a promis de mettre de l'ordre. Wait and see...

 

 

 

Alors, que conclure ?

 

 

Cela n’est certes pas une affaire d’Etat, mais cela a un goût amer, un goût d’estompement de la norme. Ce n’est pas l’illégalité, ce sont quelques irrégularités, sérieuses quand même ! Aussi, pourquoi ne pas passer son chemin, tout simplement ? Non, on ne passe pas ! Parce qu’il faut bien se rendre compte qu’il s’agit d’un système. Et si cela se multiplie, si cela deviendra la règle, alors, ce sera très grave. C’est l’ensemble de la fonction publique qui risque d’être gangrénée et les citoyens grugés.

 

 

La SDRB - Citydev est un fief socialiste, même – parce que c’est la loi – s’il y a des représentants d’autres formations politiques. De telles irrégularités tuent un service public utile et de qualité. Curieux pour un Parti qui a fait son point fondamental de la défense du service public !

 

 

Dans notre société troublée, on observe que les lois sont de moins en moins respectées par ceux qui doivent les appliquer. Et, ce n’est pas tellement la loi qui est détournée, c’est l’éthique qui est écrasée. La fraude fiscale, les conflits d’intérêts, les illégalités de toutes sortes sont légion dans toute la société. On vient tout récemment de s’apercevoir que le foot est gangréné – on découvre la Lune, une fois de plus, parce qu’on ne veut pas voir. Nous sommes comme les trois petits singes : nous nous  bouchons les oreilles, nous nous bandons les yeux et nous nous couvrons la bouche.

 

 

Il reste heureusement quelques magistrats dynamiques, des fonctionnaires intègres, des policiers courageux, des lanceurs d’alerte qui gardent une haute idée de la fonction publique et de la démocratie. Mais le démantèlement de la puissance publique est aujourd’hui arrivé à un point tel qu’ils sont quasi impuissants.

 

 

C’est à la naissance d’une nouvelle philosophie des Lumières que nous devons œuvrer pour construire un monde où les mots Justice, Intérêt général, Egalité et Liberté ont une réelle signification.

 

 

 

Pierre Verhas

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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 20:50

 

 

 

 

(II) La pieuvre

 

 

 

L’affaire dite du « Kazakhgate » ne se limite pas au seul sauvetage par la Belgique sous la pression de l’ex-président Sarkozy, du « soldat Chodiev » et de ses deux acolytes, autrement dit le « trio kazakh ». Elle est en fait bien plus vaste et montre que la mafia russe a une influence considérable en Europe comme en Afrique.

 

Pour bien comprendre. Tout a commencé en 1996.

 

Tractebel, la société belge de construction de centrales électriques appartenant à GDF-Suez dans le sillage de l’affaire de la Société Générale de Belgique, s’intéresse au Kazakhstan, ex-république soviétique caucasienne, car la production d’électricité y a été privatisée. Ainsi, un juteux marché pour la construction de centrales et d’oléoducs - gazoducs est ouvert. Cependant, il fallait un associé sur place. C’est le trio kazakh (Chodiev, Machkevitch et Ibrahimov) qui fut choisi. Cependant, ces « hommes d’affaires » étaient loin d’être des anges ! La Justice les soupçonne d’être liés au crime organisé, mais ils bénéficient du soutien du dictateur local.

 

 

 

 

Le trio kazakhe : Chodiev, Machkevitch, Ibrahimov

Le trio kazakhe : Chodiev, Machkevitch, Ibrahimov

 

 

 

 

Là aussi, il est intéressant de faire la chronologie.

 

 

Tractebel : le cheval de Troie de Chodiev ?

 

 

Août 1996. Tractebel acquiert quatre centrales électriques dans la région d'Almaty.

 


Eté 1997. L'entreprise emporte une concession exclusive de vingt ans, portant sur le transport (exploitation de 8.000 km de pipelines) et le stockage du gaz naturel au Kazakhstan.

 


1999. Les appareils judiciaires belges et suisses commencent à s'intéresser à ce trio kazakh ainsi qu'à l'ex-Premier ministre de l'ancienne république soviétique, Akhezan Kajegueldine qui a démissionné en 1997 : l'Etat kazakh aurait dénoncé des faits de corruption et de détournement de biens publics.

 


Novembre 1999. Tractebel dépose plainte pour détournement de fonds contre Nicolas Atherinos, le vice-président chargé des affaires internationales de l'entreprise et qui a dirigé les opérations kazakhes.

 

 


Avril 2000. Tractebel cède la concession gazière pour 100 millions de dollars. Quelques mois plus tard, la société dépose, par ailleurs, plainte contre Pierre Bocquet, le « manager de crise » mandaté par l'entreprise pour sortir du bourbier kazakh et qui aurait tenté de l'escroquer.

 


Août 2000. Nicolas Atherinos dépose également une plainte contre Tractebel, dénonçant, notamment, une « association de malfaiteurs ».

 


28 février 2003. Pierre Bocquet porte plainte, lui aussi, contre les dirigeants de Tractebel, les accusant de falsifications comptables.

 


Mai 2003 : Mise en examen d'Atherinos et de Bocquet.

 

L'instruction se poursuit lentement durant les années suivantes. Les trois kazakhs, de leur côté, mènent leurs affaires ensemble sans être inquiétés jusqu'à bâtir un empire salué par la fameuse revue Forbes en 2006. 

 

Observons au passage que pour Forbes, c’est l’enrichissement qui compte et non les méthodes utilisées pour y arriver.

 

En mars 2007, après près de 10 ans d'enquête, 7 personnes sont mises en examen par la Justice belge (dont le trio) pour faux, blanchiment et association de malfaiteurs. Chodiev est à l'époque, la seconde fortune de Belgique.

 

Le site de la Dernière Heure, Dh.net, décrit l'affaire : « Chodiev et les autres malfaiteurs présumés de l'association - puisque telle est l'une des préventions retenues par le juge, M. Frédéric Lugentz - sont informés des inculpations. Leurs avocats ont accès au dossier qui vise aussi l'Ouzbek du Kirghizistan Alidjan Ibrahimov et l'Israëlo-Kazakh Alexandre Machkevitch. Les trois sont décrits comme contrôlant le tiers de l'économie kazakhe, soit de 1 à 1,5 million de barils de pétrole par jour. Fortuné et homme d'influence sur l'échiquier mondial : Machkevitch, président du Congrès juif eurasiatique, est présenté - du moins sur certains sites - comme ayant financé pour plusieurs dizaines de millions de dollars la campagne victorieuse en 2005 du président d'Ukraine, Viktor Iouchtchenko. Procédure excessivement audacieuse et courageuse du parquet de Bruxelles. Sans entrer dans des considérations complexes, ce dossier ouvert en 1996 couvre les aventures de Tractebel au Kazakhstan et le versement de 55 millions de dollars de commissions occultes. » 

 

Remarquons la considérable influence politique du trio puisqu’un de ses membres a permis l’élection de l’actuel président ukrainien après l’insurrection de Maidan.

 

C’est cette inculpation qui fera l’objet de la fameuse transaction pénale (voir volet I de l’article Le Kazakhgate : nouvel épisode de la lutte de classe). Ajoutons que les 23 millions de cette transaction ont été effectivement mis à la disposition de la Justice sous forme de saisies conservatoires de biens immobiliers correspondant à cette valeur.

 

 

Un réseau tentaculaire

 

 

Mais, il n’y a pas que çà. C’est en cela que ce scandale dépasse la « classique » affaire d’escroquerie, de détournement, de blanchiment. Il s’agit ici d’un réseau tentaculaire où on s’aperçoit que le « trio kazakh » dispose d’une puissance colossale à l’échelle mondiale. C’est vraiment un empire, comme écrivait Forbes à leur sujet.

 

 

Ainsi, le site Mediapart a révélé le 15 juin 2015 que le sulfureux milliardaire belge Georges Forrest « a versé 95 000 euros à Jean-François Étienne des Rosaies, ex-chargé de mission auprès de Nicolas Sarkozy à l’Élysée. Forrest a été introduit auprès des proches de Patokh Chodiev, l’oligarque au cœur du Kazakhgate, par Patrick Balkany, lors d’un déjeuner à la mairie de Levallois. »

 

 

 

 

Georges Forrest, le milliardaire belge qui règne en maître au Congo, particulièrement au Kivu et au Katanga en cheville avec Belkany et entraîné dans l'engrenage Chodiev

Georges Forrest, le milliardaire belge qui règne en maître au Congo, particulièrement au Kivu et au Katanga en cheville avec Belkany et entraîné dans l'engrenage Chodiev

 

 

 

Et rebelote ! les deux protagonistes du Kazakhgate, Sarkozy et des Rosaies (qu’Armand De Decker qualifie de « malade mental » dans une interview à l’Echo du 26 novembre), , avec en plus Balkany, le copain de Sarkozy accusé lui aussi de corruption, qui reçoit dans sa mairie de Levallois le milliardaire belge Georges Forrest qui est en cheville avec Chodiev. Le même soir, il verse 95.000 Euros à des Rosaies…

 

Que vient faire Forrest là dedans ?

 

Continuons la lecture de Mediapart. Elle est édifiante :

 

« Joint par Mediapart, Pierre Kopp, l’avocat d’Étienne des Rosaies, explique tout d’abord que son client est un proche de George Forrest. « Ils se sont connus en Belgique dans les années 1970 et leur amitié ne s’est jamais démentie. » Il confirme que « M. Étienne des Rosaies a touché 95 000 euros d’honoraires de M. Forrest et de son groupe pour les années 2013 et 2014, en toute légalité. Ces sommes ont été enregistrées dans la comptabilité de sa société GB Conseil et visées par l’expert-comptable. Encore une fois, il n’y a aucune infraction. » Sur les relevés bancaires de GB Conseil, que Me Kopp nous a laissés consulter, les versements apparaissent bien sous l’intitulé « honoraires ».

 

Quelles prestations l’ex-conseiller de Nicolas Sarkozy a-t-il réalisées pour le compte du magnat belge ? Selon Me Kopp, il n’y a aucun lien avec le Kazakhgate : « M. Étienne des Rosaies a notamment aidé M. Forrest à recruter un président pour sa fondation caritative. Il a également participé à la rédaction du dossier de demande d’anoblissement de George Forrest en Belgique, qui n’a finalement pas abouti. Cette demande mettait en exergue les actions caritatives menées par M. Forrest et notamment le financement d’une route permettant de désenclaver l’hôpital géré au Congo-Kinshasa par l’ordre de Malte, dont M. Étienne des Rosaies est membre. » L’avocat de Forrest, Bruno Illouz, refuse quant à lui de commenter les « affaires d’ordre privé » entre son client et Étienne des Rosaies. »

 

 

Voilà donc Forrest qui, via sa fondation caritative (dont le siège est à Wavre en Belgique), finance une route qui dessert un hôpital appartenant à l’Ordre de Malte qu’on retrouve lié au Kazakhgate en d’autres dossiers !

 

 

Mediapart ajoute :

 

 

« La question se pose, puisque Forrest est en relation avec trois autres protagonistes du Kazakhgate : Patokh Chodiev ; son avocat et ancien vice-président du Sénat belge, Armand de Decker ; et un certain Patrick Balkany, député-maire Les Républicains de Levallois, ami de Nicolas Sarkozy et très actif sur le continent noir. Balkany, qui joue volontiers les entremetteurs, a croisé ses réseaux africains, belges et kazakhs, dans un étonnant mélange des genres très éloigné de ses fonctions d'élu de la République. »

 

 

 

 

Le sulfureux Patrick Balkany, maire de Levallois et surtout âme damnée de Nicolas Sarkozy est mêlé jusqu'au cou à "l'affaire" comme en bien d'autres.

Le sulfureux Patrick Balkany, maire de Levallois et surtout âme damnée de Nicolas Sarkozy est mêlé jusqu'au cou à "l'affaire" comme en bien d'autres.

 

 

 

Et, cerise sur le gâteau :

 

« Balkany entretient aussi des liens avec Forrest, qui ont contribué à la mise en examen de l'édile de Levallois pour « corruption » et « blanchiment de fraude fiscale ». Devant le juge Renaud van Ruymbeke, qui enquête sur l’origine de la fortune des Balkany, George Forrest a reconnu avoir versé une commission de 5 millions de dollars en 2009 au député-maire sur un compte à Singapour, en rapport avec le rachat d’une société minière en Namibie. « Fariboles », a démenti Balkany. »

 

De son côté, Forrest assure ne jamais avoir rencontré Chodiev.

 

Admettons. Mais en lisant les extraits de cet article du journal en ligne, on s’aperçoit que Balkany, comme Forrest usent de la stratégie du déni. De Decker fait de même de son côté. Ah ! Comme c’est aisé d’agir ainsi… Il n’y a évidemment pas de preuves formelles des allégations rapportées par les médias. Mais, la dénégation a ses limites : un faisceau de présomptions est en définitive bien plus dangereux que la révélation de faits bruts.

 

Chodiev, on le sait aujourd’hui, cherchait à pénétrer en Afrique. Pour cela, la Belgique et la France sont deux pays très utiles. Voilà donc un autre aspect du Kazakhgate après Tractebel et la vente des hélicoptères Airbus au Kazakhstan.

 

 

Quid de l’Ordre de Malte ?

 

 

Et l’Ordre de Malte ? Que vient faire là dedans cet Ordre catholique caritatif presque millénaire ? Christian Laporte écrit dans la Libre Belgique écrit :

 

 

« La naissance de l’Ordre de Malte - placé sous la protection de Saint-Jean le Baptiste - est antérieure aux Croisades. Elle remonte en fait à 1048. Des marchands de l’ancienne république maritime d’Amalfi (Italie) avaient fait construire à Jérusalem un hôpital afin d’assister les pèlerins de l’époque, question de leur permettre de se reposer de très longs voyages et aussi de rentrer au bercail. L’Ordre fut donc d’abord hospitalier. Les Croisades les amenèrent à se muer aussi en militaires et à devenir des chevaliers hospitaliers. C’est alors qu’ils s’engagèrent pour la défense des chrétiens en Terre sainte.

 

 

Mais ils se firent expulser par Saladin et durent se replier d’abord sur l’île de Chypre puis sur Rhodes. Hélas, ils furent encore contraints à l’exil, défaits par les troupes de Soliman le Magnifique. Grâce à l’empereur Charles Quint et au pape Clément VII, les chevaliers purent alors s’installer sur l’île de Malte. D’où leur dénomination définitive d’Ordre souverain militaire hospitalier de Jérusalem, de Chypre, de Rhodes et de Malte… Sur cette dernière île, toutes ses fonctions furent maintenues.

 

 

Appelé à rester neutre dans les conflits entre Etats chrétiens, l’Ordre participa par contre à la bataille de Lépante en 1571. Il resta à Malte jusqu’en 1802 puis s’installa à Messine, Catane et Ferrare avant de s’établir à Rome en 1834, où il a toujours son siège et où il bénéficie de l’extraterritorialité. Au fil du temps, il fut de moins en moins militaire : pendant les deux guerres, il se retrouva dans les deux camps et opta pour l’aide humanitaire neutre. Ces dernières décennies, l’Ordre se focalisa sur la spiritualité et le travail caritatif. »

 

 

C’est sans doute cette pérennité et sa position officiellement neutre qui donnent à l’Ordre de Malte un très grand poids politique et diplomatique. Son statut de « crypto-Etat » est tout à fait particulier. Il est représenté à l’ONU, au Conseil de l’Europe, il est reconnu par la moitié des Etats de l’Union européenne et par l’Union européenne elle-même ainsi que par bon nombre d’Etats dans le monde. Il émet même des passeports. C’est le seul Ordre de ce genre qui bénéficie d’un tel statut.

 

 

Le « premier ministre » de l’Ordre de Malte est son grand chancelier, le Français Jean-Pierre Mazery qui entretient aussi d’excellentes relations avec le clan Sarkozy.

 

 

La section belge de l’Ordre de Malte finance, via des dons et des subventions publiques entre autres pour 2006 – 2007  « la rénovation de la maternité d’un hôpital à Bethléem (750 000 €) et pour la réhabilitation d’un hôpital au Sud-Kivu (450 000 €). »

 

 

Or, la subvention de l’Etat belge pour l’hôpital de la Sainte-Famille à Bethlehem de l’Ordre de Malte (qui n’a rien à voir avec la BASR évoquée par Uranopole dans l’article « Impressions de Palestine ») a été accordée par Armand De Decker qui était alors ministre de la Coopération au développement. Le chancelier Mazery a même été reçu par le ministre De Decker qui lui a offert un dîner officiel au nom du gouvernement belge. En 2012, cette subvention a été renouvelée, cette fois-ci à l’initiative de Didier Reynders, ministre des Affaires étrangères qui s’est même rendu à Rome au siège de l’Ordre de Malte pour sceller cet accord avec Mazery. Reynders s’est même rendu en Palestine entre autres pour visiter cet hôpital.

 

 

On peut s’étonner de l’intérêt particulier que Didier Reynders porte à ce dossier, alors qu’il est ministre des Affaires étrangères et que la Coopération dépend du libéral flamand Alexander De Croo.

 

 

 

 

 

Jean-Pierre Mazery, chancelier de l'Ordre de Malte, et Didier Reynders, ministre belge des Affaires étrangères, scellent un accord pour des subventions. Est-ce uniquement caritatif ?

Jean-Pierre Mazery, chancelier de l'Ordre de Malte, et Didier Reynders, ministre belge des Affaires étrangères, scellent un accord pour des subventions. Est-ce uniquement caritatif ?

 

 

 

Et le milliardaire Forrest a financé via sa fondation la route d’accès à l’hôpital du Sud-Kivu de l’Ordre de Malte, dont les travaux ont été également subventionnés par le ministre De Decker.

 

 

En 2010, Sarkozy cherche à obtenir des hommes de confiance et d’influence en Belgique pour sortir Chodiev et ses deux acolytes des arcanes de la Justice belge. Son collaborateur Jean-François Etienne de Roseraies prend contact avec Jean-Pierre Mazery qui lui recommande… Armand De Decker !

 

 

Le monde est petit !

 

 

Le monde est vraiment petit ! Et tout ce monde gravite autour de Chodiev : de Roseraies, homme de confiance de Sarkozy, Mazery, chancelier de l’Ordre de Malte, Forrest le sulfureux milliardaire belge du Congo, Didier Reynders ministre belge des Affaires étrangères et, bien entendu, Armand De Decker !

 

 

Ah oui ! Il faut encore ajouter l’affaire du « vrai-faux » passeport belge de Chodiev. Grâce à Alain Lallemand du « Soir », on sait que la naturalisation de Chodiev a été obtenue grâce à un faux rapport de police à l’initiative du commissaire en chef et de l’ex-bourgmestre de Waterloo, le MR Serge Kubla, inculpé dans une autre affaire !

 

 

 

 

Jonathan Biermann, le jeune avocat et échevin d'Uccle, n'est pas monté dans la bonne caravane en prenant comme Armand De Decker comme mentor.

Jonathan Biermann, le jeune avocat et échevin d'Uccle, n'est pas monté dans la bonne caravane en prenant comme Armand De Decker comme mentor.

 

 

 

Enfin, il y a encore un personnage : un échevin (maire-adjoint) d’Uccle, la commune d’Armand De Decker qui, dans le civil, est avocat spécialisé en droit commercial. Jonathan Biermann  a été recommandé par le même Armand De Decker en janvier 2011, pour représenter Natalia Kazegueldina, la femme de l'ex-Premier ministre kazakh, mise en cause dans le dossier de blanchiment d'argent Tractebel révélé en 1999 et qui avait valu des poursuites au milliardaire belgo-kazakh Patokh Chodiev au centre de l'affaire. Biermann ouvre alors en 2011 une une SPRL : le bureau J.B.I., en 2011, comme Armand De Decker, chez le même notaire et avec des statuts identiques à ceux de la société d'Armand De Decker. Honoraires recueillis pour son rôle, selon les enquêteurs français, cités par Le Vif : 160 000 euros. Mais la rémunératrice de ses honoraires n'est pas la cliente kazakhe : c'est Catherine Degoul, l'avocate française de Patokh Chodiev. La Justice s’intéresse à cet échevin, mais rien n’est encore décidé, comme pour De Decker.

 

 

Elle a supprimé la dignité de l’individu…

 

 

Alors, que penser de cet imbroglio ?

 

 

La première question est : d’où proviennent la puissance et la richesse du trio Kazakhe ?

 

 

La réponse est loin d’être évidente. L’anarchie régnait dans l’ex Union Soviétique et particulièrement dans les ex-républiques caucasiennes. Le trio kazakhe en a évidemment profité et a bien mené sa barque au point qu’il est arrivé à contrôler le tiers de l’économie kazakhe. De plus, ils ont chacun une influence considérable à l’extérieur.

 

 

On peut dire que le trio est le pur fruit de la mondialisation. Il s’est développé par delà les frontières, faisant fi de toutes les règles, s’étant fixé partout et nulle part. D’autres, à travers le monde, font de même. Ils font tous partie du 1 % dénoncé par le mouvement Occupy Wall street. Ces hommes surgis de partout et de nulle part sont les maîtres du monde.

 

 

La deuxième question : quel rôle jouent les responsables politiques ?

 

 

Et ils se servent des politiques assez cupides et naïfs pour penser qu’ils partageront le gâteau. En définitive, un De Decker n’est qu’un pion dans le jeu des « 1 % ». Sa rémunération de 761.000 Euros versée vraisemblablement comme commission et non comme honoraires pour « services rendus » n’est que clopinettes pour des Chodiev et des Forrest. De Decker et consorts ne feront que récolter les fruits aussi maigres qu’amers de leur cupidité.

 

 

Là aussi – et c’est bien plus important que les frasques de politiciens en mal de fortune – la preuve est faite que les Etats sont impuissants face à cette caste qui a bâti la puissance sur la dérégulation et sur le libre échange sans contrôles, que ces mêmes politiciens leur ont offert sur un plateau d’argent bradant ainsi avec autant de naïveté que de cupidité les pouvoirs  qu’ils détenaient des peuples.

 

 

C’est cela la réalité de cette affaire Chodiev.

 

 

Relisons ce que Karl Marx et Friedrich Engels écrivaient dans le premier chapitre du « Manifeste du parti communiste » en 1848 :

 

 

« La bourgeoisie a joué dans l'histoire un rôle éminemment révolutionnaire.

 

 

Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a détruit les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens variés qui unissent l'homme féodal à ses supérieurs naturels, elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme  et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du «paiement au comptant». Elle a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a supprimé la dignité de l'individu devenu simple valeur d'échange; aux innombrables libertés dûment garanties et si chèrement conquises, elle a substitué l'unique et impitoyable liberté de commerce. En un mot, à l'exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a substitué une exploitation ouverte, éhontée, directe, brutale. »

 

 

Et cela se poursuit et s’étend grâce entre autres aux technologies. Aujourd’hui, les successeurs des bourgeois évoqués par Marx et Engels s’appellent Pathokh Chodiev, Alidjan Ibrahimov, Alexandre Machkevitch et aussi Georges Forrest et bien d’autres membres de la caste des « 1 % ».

 

 

Mais, un peu partout, des hommes et des femmes résistent. Ils représentent l’espoir de l’humanité.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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