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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 22:23

 

 

 

Emir Kir : le petit Sultan de St-Josse-ten-Noode

 

Jeudi 17 novembre à Bruxelles : importante manifestation dans la journée des opposants – essentiellement des Kurdes du HDP, mais aussi d’autres opposants démocrates turcs – devant le siège de la Commission européenne pour protester contre la faiblesse de l’Union européenne face à la dictature qui s’installe en Turquie sous la férule de Recep Tayiip Erdogan, et qui se livre à des purges massives dans l’administration, l’enseignement et l’armée et aussi à la traque des députés et militants du parti kurde HDP largement représenté au Parlement d’Ankara, sans compter les arrestations arbitraires d’artistes et d’écrivains.

 

 

 

Les manifestants kurdes opposés à Erdogan ont été attaqués à plusieurs reprises par des partisans de l'AKP sur leur parcours à Saint-Josse ten Noode.

Les manifestants kurdes opposés à Erdogan ont été attaqués à plusieurs reprises par des partisans de l'AKP sur leur parcours à Saint-Josse ten Noode.

 

 

 

Le soir même, des partisans d’Erdogan, membres de son parti, AKP, manifestent à Saint-Josse-ten-Noode – la commune jouxtant le quartier « européen » - et un cocktail Molotov est lancé contre l’Institut kurde provoquant un début d’incendie.

 

 

Le bourgmestre de Saint-Josse, le PS Emir Kir connu pour ses sympathies à l’égard de l’AKP et son refus de reconnaître le génocide des Arméniens, s’il a désapprouvé cet attentat du bout des lèvres, s’en est surtout pris aux manifestants de l’opposition qu’il a accusé de terroristes et de membres du PKK. Il a déclaré :

 

 

 

 

 

Emir Kir, ici devant le drapeau turc frappé du portrait de Mustapha Kemal Atatürk aurait dû le remplacer par celui de Recep Tayiip Erdogan. Cela cconviendrait mieux au bourgmestre de Saint-Josse...

Emir Kir, ici devant le drapeau turc frappé du portrait de Mustapha Kemal Atatürk aurait dû le remplacer par celui de Recep Tayiip Erdogan. Cela cconviendrait mieux au bourgmestre de Saint-Josse...

 

 

 

« On entend la colère qui monte dans la communauté turque depuis hier. Hier, dans le déclaratif, c'était une manifestation pour dénoncer la politique du gouvernement Erdogan. Mais dans la réalité, on a vu défiler des militants de l'organisation terroriste PKK. Et pour les Turcs, quand vous parlez de PKK, c'est la résonance par rapport aux attentats successifs en Turquie qui ont fait des dizaines de milliers de morts. »

 

Il a ajouté sous un ton quelque peu menaçant :

 

 

« La Belgique est un pays ami de la Turquie et ils ne comprennent pas pourquoi les autorités donnent systématiquement des autorisations à certaines associations qui en réalité permettent la propagande terroriste. »

 

Et il conclut, cerise sur le gâteau :

 

« C'est comme si on permettait à Madrid de faire une manifestation pour Daesh, ce serait insupportable pour les Belges qui ont vécu les attentats. »

 

La comparaison avec Daesh a déclenché un tollé, mais le maïeur Ten-noodois n’en a cure.

 

Et samedi 19, dans cette même commune de Saint-Josse, Une contre-manifestation autorisée par Emir Kir a été organisée en soutien de la politique du Président turc Racep Tayiip Erdogan.

 

De nombreux militants socialistes et antiracistes fustigent l’attitude d’Emir Kir et exigent qu’il soit sanctionné sévèrement, sinon exclu du PS.

 

 

Dans un bref communiqué, le président du PS, Elio Di Rupo, signale avoir demandé à Emir Kir de clarifier ses propos.

 

Osera-t-il faire preuve de fermeté, cette fois-ci ?

 

La primaire de la droite française : déjà des leçons à tirer.

 

La droitisation est en marche et elle est passée à la vitesse supérieure !

 

Sur les sept candidats, c’est à celui qui sera le plus néolibéral et le plus à droite. Exit l’intégriste catho Poisson qui n’a pu cacher son antisémitisme – chassez le naturel ! Et... – et son racisme. Sarkozy emberlificoté dans les affaires Bygmalion et libyenne, Juppé, le vieux cheval de retour, Fillon qui tente de sortir du lot, le jeunot Bruno Lemaire et la calamiteuse NKM rivalisent de solutions ultralibérales. Allons : on va augmenter la TVA, virer 500.000 fonctionnaires, privatiser à tout va, durcir encore plus la « loi travail », etc. Autrement dit, nouvelle offensive contre le travail au profit du capital financier.

 

 

 

 

Les candidats à la primaire de la droite "républicaine" française : c'est à qui sera le plus à droite !

Les candidats à la primaire de la droite "républicaine" française : c'est à qui sera le plus à droite !

 

 

 

Et, bien entendu, la Marine en embuscade, on y va à qui mieux mieux sur le sécuritaire, le terrorisme, la fermeture des frontières ; bref, la défense de la liberté par la restriction des libertés…

 

 

Quel que soit le vainqueur de cette primaire, il a de fortes chances de se retrouver au deuxième tour des présidentielles face à la Le Pen qui, telle Blanche Neige, vogue entre 25 et 30 % dans les sondages pour le premier tour, alors que les sept nains réussissent à peine à récolter 15 % des intentions de vote.

 

 

Des sondages, parlons-en justement. Après les élections américaines, la crédibilité des sondages a pris un sérieux coup.

 

 

 

 

 

 

Le politologue bruxellois Pascal Delwit est sceptique sur les sondage.

Le politologue bruxellois Pascal Delwit est sceptique sur les sondage.

 

 

 

Le politologue bruxellois Pascal Delwit, sur Facebook, s’est dit « impressionné, dix jours après les élections américaines, par la valse des commentaires sur la primaire de droite à la seule aune des sondages ou de ce que nous disent «les réseaux sociaux».

 

La plupart des enquêtes sont réalisées sur moins de 700 sondés et on ne connaît pas... le corps électoral.

 

On sera sans doute surpris dimanche soir. Et lundi, sans doute, s'étonnera-t-on, dans les médias, de cette focalisation sur les sondages, avant de commenter mardi la primaire à l'aune des sondages pour le deuxième tour. »

 

 

Aussi, faire des pronostics à ce stade, équivaut à jouer aux dés ! Il est encore trop tôt pour se prononcer sur un nom.

 

 

La seule certitude, des lendemains qui chantent : la gauche étant hors jeu suite à ses divisions et la calamiteuse présidence de Hollande, l’ineffable (banquier) Macron ayant ses chances, le (la) futur(e) président(e) français(e) sera l’agent dévoué du MEDEF et des banques.

 

 

Nucléaire belge : les risques croissants d’accidents sérieux

 

 

La « Libre Belgique » de ce 19 novembre révèle le contenu de deux lettres envoyées par Jan Bens, le directeur général de l’Agence fédérale du contrôle nucléaire (AFCN) ; la première datée du 1er juillet 2016  adressée à Philippe Van Troeye, le CEO d’Electrabel – l’ancienne société belge de production et de distribution d’électricité absorbée par GDF Suez devenu Engies – et la seconde du 2 septembre 2016 à destination d’Isabelle Kocher, la présidente du CA d’Electrabel et aussi directrice générale d’Engies.

 

 

Dans sa lettre du 1er juillet 2016 au CEO d’Electrabel, Jan Bens évoque les résultats “pour le moins alarmants” des études “Fire PSA” et “Fire Hazard Analysis”. Ces études sur la résistance à un incendie ont été rendues obligatoires à partir du 1er janvier 2016.

 

On apprend dans cette lettre qu’une réunion entre Jan Bens et Wim De Clercq, l’ancien directeur nucléaire d’Electrabel, a eu lieu, le 25 mai 2016, au sujet de ces études sur les risques d’incendie. Le patron de l’AFCN y a souligné « les inquiétudes soulevées par les valeurs alarmantes des probabilités de fusion de cœur résultant des études ‘Fire PSA’ pour les unités Doel 3 et 4, Tihange 1, 2, 3. »

 

 

 

La centrale nucléaire de Tihange 1

La centrale nucléaire de Tihange 1

 

 

 

Dans la seconde lettre, Bens va encore plus loin : Ce qui est à coup sûr plus alarmant, c’est le contenu de la seconde lettre adressée par Jan Bens à Isabelle Kocher sur la culture de sûreté à Tihange. Autrement dit, la sécurité est loin d’être la priorité en ce domaine.

 

Or, la fusion de cœur, si elle se produit, est considérée comme l’accident nucléaire le plus grave avec risque d’échappement des matières fissibles. Ce serait un second Tchernobyl ou Fukushima bis !

 

Si cette conclusion semble alarmante, c’est surtout la réaction d’Electrabel qui a agacé l’AFCN. Lors d’une réunion du 16 juin 2016 consacrée à ce sujet, Electrabel a présenté un « draft » de trois pages révisant à la baisse les résultats de l’étude « Fire PSA ». Selon Electrabel, les résultats de l’étude « Fire PSA » « ne reflètent pas la réalité des centrales nucléaires belges ».

 

Jan Bens accuse les responsables d’Electrabel de faire preuve d’ « une grande désinvolture » pour les résultats de l’étude. Il conclut : « Electrabel semble fort peu concerné par cette question et j’ai des doutes sur la volonté de mettre les moyens nécessaires à résoudre rapidement ces problèmes. »

 

On peut soupçonner que le groupe Engies du sieur Mestrallet est bien plus préoccupé par ses finances que par la sécurité des populations. En effet, des réparations ou carrément la fermeture des centrales concernées coûteraient horriblement cher au groupe.

 

À Engies – Electrabel, on tente bien entendu de rassurer, en signalant que les études doivent être affinées avant de tirer des conclusions probantes. C’est ce qui a été décidé.

 

Néanmoins, la minimisation des risques telle que pratiquée par l’entreprise transnationale française n’est plus crédible. Récemment, les autorités allemandes de Rhénanie Westphalie et des Pays Bas ont tiré la sonnette d’alarme sur les dangers représentés par le vieillissant parc nucléaire belge, sans compter les Français qui ont fermé deux centrales EDF qui présentaient des dangers. Donc, le danger considéré comme réel en France « ne reflète pas la réalité » en Belgique…

 

Quant au risque d’une coupure de l’approvisionnement électrique, accru avec la fermeture des deux centrales françaises, le gouvernement De Wever Michel, par l’intermédiaire de la ministre libérale Marghem, pratique la politique de l’autruche…

 

Danger et régression pourrait être son mot d’ordre !

 

 

Menaces sur la Sécu ?

 

 

Le secrétaire général des Mutualités socialistes belges devenues Solidaris, l’ancien ministre PS des entreprises publiques, Jean-Pascal Labille et Michel Jadot, ancien « boss » de l’INAMI et président de Solidaris, tirent la sonnette d’alarme. Dans une interview au journal « Le Soir » de ce week-end des 19 et 20 novembre, ils déclarent d’emblée :

 

 

 

Jean-Pascal Labille, secrétaire général de Solidaris (Mutualités socialistes) et Michel Jadot, son président, tirent la sonnette d'alarme. (photographie Le Soir)

Jean-Pascal Labille, secrétaire général de Solidaris (Mutualités socialistes) et Michel Jadot, son président, tirent la sonnette d'alarme. (photographie Le Soir)

 

 

 

Jean-Pascal Labille : «  Nous avons fait le tour de nos instances, même chose avec le personnel, pour dire à tous que la protection sociale est en danger. Elle est utilisée comme variable d’ajustement budgétaire. Et cela conduit tout droit, en l’espace de quelques années si l’on poursuit, au démantèlement du système. »

 

Michel Jadot : « L’exercice budgétaire 2017 du gouvernement, c’est du vent, la Commission le dit, dans ces conditions, l’objectif d’équilibre en 2018 est impossible à réaliser, cela nécessite 9,8 milliards d’économies, ils ne veulent pas l’admettre… Or, il faut savoir que la logique politique est celle-ci : ce qu’ils appellent le tax shift, soit le présumé glissement de la fiscalité du facteur travail vers d’autres sources de financement, donne lieu à un « manque à gagner », et celui-ci est compensé essentiellement par les coupes dans la sécurité sociale, à concurrence de 73 %. La taxe Caïman, le fameux fonds d’investissement immobilier, la DLU, toutes ces choses ont des rendements réduits ou nuls. Restent, on l’a dit, les coupes dans la Sécu. »

 

En clair, on n’arrive pas à retrouver les « équilibres » budgétaires exigés par la Commission européenne par des réformettes fiscales, alors on puise dans les recettes de la Sécurité sociale et on coupe dans les prestations sociales. Et cela va tellement loin que le système pourrait s’effondrer définitivement.

 

Les deux dirigeants prennent pour exemple, les mesures les plus spectaculaires prises dans le secteur des soins de santé, par la ministre ultralibérale Maggie De Block. Ainsi, Labille constate avec ironie :

 

« De mémoire, je n’ai jamais vu un ministre des Affaires sociales et de la Santé avoir toutes les composantes du système contre lui : médecins, pharmaciens, hôpitaux, mutualités, étudiants, professions non reconnues… Michel a une mémoire plus grande que la mienne, mais je n’ai jamais vu ça. Là, avec Maggie De Block, c’est ce qui se passe. Qu’est-ce que cela signifie ? Que le système flanche. »

 

 

Michel Jadot ajoute :

 

« Maggie De Block, c’est Alexander De Croo, c’est le VLD [le très thatchérien parti libéral flamand], c’est la N-VA aussi : on affaiblit le pouvoir mutuelliste, on affaiblit le pouvoir syndical, on sape le système financièrement, et ça mènera à la privatisation, peut-être la communautarisation. Après deux ans de législature, il faut oser dire les choses. »

 

Jean-Pascal Labille en tire les conclusions politiques :

 

« …je vais au-delà de ces indices froids : regardez la « qualité » de l’emploi. La précarisation, les travailleurs pauvres, c’est la nouvelle grande réalité qui monte. Ces travailleurs pauvres, ce sont ceux qui ont voté pour Trump… On précarise les travailleurs, on comprime la classe moyenne, nous n’exagérons pas, il faut ouvrir les yeux maintenant. Ce qui se passe est d’une gravité extrême. »

 

Et Michel Jadot tire la sonnette d’alarme :

 

« Ajoutez qu’ils ont « réformé » l’instrument de subvention de l’Etat à la Sécu, la « dotation d’équilibre », qui avait été instaurée pour compenser les déficits : dans la réforme, les conditions imposées afin de financer cette dotation sont telles que cela aura pour effet de la faire disparaître. Conséquence : on verra s’amplifier le déficit de la Sécu – de 3 milliards déjà –, on devra alors recourir à des emprunts, qu’il faudra rembourser avec les intérêts… C’est une politique délibérée. On détruit le système. »

 

 

On détruit le système. D’ailleurs, le ministre des Finances, le NV-A Van Overtveldt  l’a affirmé : « La sécurité sociale n’est pas un tabou. »

 

C’est évidemment cela l’objectif. Démanteler l’Etat social et le remplacer par un système d’assurances privées, ce qui va aboutir à la société duale composée d’une minorité ultra riche et  ultra protégée face à une masse précarisée, miséreuse et sans avenir. Et alors,il sera quasi impossible de revenir en arrière.

 

C’est une question fondamentale de civilisation. Mais en a-t-on vraiment conscience à gauche ?

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 20:19

 

 

 

L’élection de Donald Trump a provoqué un séisme. Les certitudes ont été incontestablement balayées – ce qui, en soi, n’est pas mauvais – mais pour faire place à quoi ?

 

 

En principe – attendons pour voir –, le candidat Trump a promis de mettre fin au libre échangisme mondialiste prôné par l’OMC ( Organisation Mondiale du Commerce) qui a échoué et qui a été remplacé par les traités dits de « nouvelle génération » comme l’ALENA – le traité de libre échange entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada – et le TPP – le traité transpacifique qui, ayant abouti après de nombreuses négociations, regroupe les Etats-Unis, le Canada, le Mexique, le Chili, le Pérou, la Malaisie, le Vietnam, Singapour, Brunei, l’Australie et la Nouvelle Zélande. Ces accords suppriment la plupart des droits de douane, harmonisent les règles de protection de l’environnement, etc. Comme pour le TTIP et le CETA, les négociations furent placées sous le sceau du secret et on s’aperçoit que ces traités sont avant tout élaborés dans l’objectif principal de la protection des investisseurs, c’est-à-dire des entreprises transnationales.

 

 

Cependant, cette promesse de Trump est assortie du rétablissement du protectionnisme aux Etats-Unis. Et cela est très dangereux. Autant il faut s’opposer à la philosophie du libre échange prônée par l’OMC et aux traités de « la nouvelle génération », car ils créent le dumping social, commercial, culturel et ne font que protéger les investisseurs, c’est-à-dire les entreprises transnationales qui représentent un danger mortel pour l’humanité, autant il faut combattre le protectionnisme qui reviendrait à rétablir une concurrence entre Etats-nations susceptible de nous ramener à un passé meurtrier.

 

 

 

 

Donald Trump s'entretient avec son prédécesseur Barack Obama : deux conceptions différentes du néolibéralisme

Donald Trump s'entretient avec son prédécesseur Barack Obama : deux conceptions différentes du néolibéralisme

 

 

 

Un véritable universalisme consisterait à faire des accords politiques et commerciaux multilatéraux équilibrés tenant compte des niveaux de chaque pays, de chaque région et des besoins et de la volonté des peuples. Et c’est possible si on sort de la diplomatie actuelle de guerre et de domination économique qui est celle des Occidentaux représentés par l’OTAN et l’imposture du libre échange ultralibéral.

 

 

Comme le montre Robert Falony dans le blog « Osons le socialisme », le libre échange non régulé, non encadré a un coût très important :

 

 

« Tout d'abord, les parties prenantes doivent être égales. Ce n'est évidemment pas le cas entre un petit fermier européen et une société d'agrobusiness outre Atlantique. Si le libre échange n'est pas régulé, encadré, il ne fait que consacrer la loi du plus fort. Des normes sociales et environnementales doivent être prises en compte. Ensuite, il y a une dimension écologique: les entreprises de transport  pèsent trop lourd dans ce débat. Transporter loin  ce qui peut être produit et consommé ici relève du non-sens. Le coût écologique doit être évalué rigoureusement,  dans un monde livré à un mercantilisme sans frein, qui ignore la dégradation climatique et l'épuisement des ressources naturelles. »

 

 

 

 

Trump : un changement de régime ? Quelle blague !

 

 

 

L’ambassadeur de France à Washington a « tweeté » dans la nuit du 8 au 9 novembre : le triomphe de Trump signifie la fin du néolibéralisme. Certains analystes de gauche s’en réjouissent – à tort –, car rien n’est moins sûr.

 

Depuis Thatcher en 1979, la doctrine de Friedrich Hayek est devenue la référence. George Monbiot écrit dans le « Guardian » -  article reproduit sur le blog de Paul Jorion :

 

« Hayek adoucit son opposition aux monopoles et endurcit son opposition aux syndicats. Il a fustigé la fiscalité progressive et les tentatives de l’État pour élever le niveau de bien-être des citoyens. Il a insisté sur le fait que « le service de santé gratuit pour tous est consternant » et a brocardé la conservation des ressources naturelles. Il a reçu le prix Nobel d’économie – pas de quoi surprendre ceux qui en connaissent l’orientation. 

 

 

 

Friedrich Hayek (1899 - 1992) le père fondateur du néolibéralisme

Friedrich Hayek (1899 - 1992) le père fondateur du néolibéralisme

 

 

 

Au moment où Mme Thatcher a claqué son livre sur la table, se crée, des deux côtés de l’Atlantique, un réseau animé de think tanks, de lobbyistes et d’universitaires promouvant les doctrines d’ Hayek, abondamment financé par quelques-unes des plus riches célébrités et des grandes firmes, tel que DuPont, General Electric, Coors, Charles Koch, Richard Mellon Scaife, Lawrence Fertig, le Fonds William Volker et la Fondation Earhart. Faisant usage tour à tour de la psychologie et de la linguistique au meilleur de leurs effets, les penseurs sponsorisés par ces gens ont trouvé les mots et les arguments nécessaires pour transformer l’hymne à l’élite de Hayek, en un programme politique plausible.

 

Les idéologies de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan ne sont que les deux facettes de l’ultra-libéralisme.

 

Le Thatcherisme et le Reaganisme n’étaient pas des idéologies à proprement parler: ils n’étaient que les deux visages de l’ultra-libéralisme. Les réductions d’impôt massives pour les riches, l’écrasement des syndicats, la réduction des logements sociaux, la déréglementation, la privatisation, l’externalisation et la concurrence dans les services publics furent proposées par Hayek et ses disciples. Mais le vrai triomphe de ce réseau n’est pas sa mainmise sur le droit, mais sa colonisation des partis qui représentaient tout ce que Hayek détestait autrefois. »

 

Et Monbiot ajoute : « Le triomphe de Hayek peut être observé partout, de l’expansion de l’initiative de financement privé par Blair à l’abrogation par Clinton de la loi Glass-Steagall, qui avait réglementé le secteur financier [entre autres, la fameuse séparation des banques d’affaires et des banques de dépôts – NDLR]. Et tout plein de grâce et de tact qu’il fût, Barack Obama, qui ne possédait pas non plus pour lui un récit structuré (sauf « l’espoir »), a été progressivement embobiné par ceux qui possédaient les moyens de persuasion. Comme je l’ai prédit en avril, la privation de pouvoir a précédé la privation de droits.

 

Si l’idéologie dominante freine l’intervention sociale des gouvernements, ceux-ci ne peuvent plus répondre aux besoins de l’électorat. Les politiques sont déconnectés de la vie des gens. Le débat est réduit au jacassement d’une élite éloignée. Les oubliés se tournent alors vers des discours anti politiques virulents où les faits et les arguments sont remplacés par des slogans, des symboles et des affects. L’homme qui a coulé la candidature de Hillary Clinton pour la présidence n’était pas Donald Trump. C’était son mari.

 

 

 

 

Bill Clinton est sans doute le véritable responsable de la défaite de sa femme Hillary.

Bill Clinton est sans doute le véritable responsable de la défaite de sa femme Hillary.

 

 

 

Le paradoxe est ici que la réaction contre l’écrasement par l’ultra-libéralisme de tout choix authentiquement politique a in fine porté au pinacle le genre d’homme que Hayek vénère.

 

Trump, qui n’a pas de fond politique cohérent, n’est pas un ultra-libéral classique. Mais il est la représentation parfaite de ce qu’Hayek appelle « l’indépendant » : le bénéficiaire d’une fortune héritée, sans contrainte d’aucune sorte de moralité commune, et dont les appétences mal dégrossies montrent un nouveau chemin que d’autres peuvent suivre. Les penseurs ultralibéraux grouillent maintenant autour de cet homme creux, ce tonneau vide ne demandant qu’à être rempli par ceux qui savent ce qu’ils veulent. Le résultat très probable est la démolition de ce qui nous reste de morale [decencies], en commençant par l’accord qui doit limiter le réchauffement global. »

 

Les milliardaires ont la cote aujourd’hui. Regardez l’Ukraine, le Kazakhstan, tous ces Etats incertains nés de la chute de l’Union Soviétique. Et aujourd’hui, la plus puissante nation du monde. Quel terrible échec du politique étourdi par le néolibéralisme !

 

 

La renaissance de l’obscurantisme ?

 

 

Michel Claise – le célèbre magistrat belge anti criminalité financière et aussi écrivain et chroniqueur à ses heures – dénonce dans « La Libre Belgique » du 16 novembre un autre danger apparu avec l’élection du milliardaire newyorkais :

 

 

« Donald Trump a choisi Mike Pence comme vice-président. Or, celui-ci se fie davantage à une interprétation littérale des textes bibliques qu’à la science, le temps des ténèbres est-il revenu ? »

 

 

 

Michel Claise craint un retour de l'obscurantisme après l'élection de Donald Trump.

Michel Claise craint un retour de l'obscurantisme après l'élection de Donald Trump.

 

 

 

Assistons-nous aux USA et donc bientôt en Europe, comme dans le monde musulman, à l’émergence d’un salafisme évangéliste tout aussi dangereux que celui de la dynastie Saoud ?

 

 

Et Michel Claise se lance dans un plaidoyer pour le progrès et la science.

 

« … le travail ne fait que commencer : il lui faut aller plus loin dans la détection des lois fondamentales qui allient le passé et le futur. Du centre de la Terre à la voûte étoilée, du zénith au nadir, tant de choses sont encore à découvrir… Comme à réfuter car rien n’est jamais acquis. La réfutation d’une loi est la nature même de la démarche scientifique : et s’il faut constater que la théorie de la relativité présente des critiques au regard des découvertes récentes, ce n’est pas cela qui fera retourner Einstein dans sa tombe. »

 

Rien n’est acquis, car le dérisoire jardinet de nos connaissances ne représente rien au regard du champ immense de notre ignorance. Claise ajoute :

 

« Et c’est là que la différence entre la science et la religion apparaît. Si la foi en Dieu n’est pas un obstacle au travail rationnel et rigoureux du scientifique, il n’en est pas de même des prises de positions dogmatiques de certains clercs religieux. »

 

 

Nous vivons une époque où la notion de progrès est en train de se dissoudre. Certes, comme l’écrit Albert Camus, dans L’homme révolté, le concept de progrès est de philosophie bourgeoise et a d’ailleurs été repris par Karl Marx. Il est en quelque sorte une foi puisqu’il part de l’idée que l’évolution de l’homme penchera avec des hauts et des bas vers le perfectionnement. Il y a là aussi une dogmatique, une sorte de messianisme du progrès considéré comme une valeur absolue.

 

 

 

Albert Camus a bien délimité la notion de progrès.

Albert Camus a bien délimité la notion de progrès.

 

 

 

« La notion de progrès est contemporaine de l’âge des lumières et de la révolution bourgeoise. (…)… Turgot donne le premier, en 1750, une définition claire de la nouvelle foi. (…) A la volonté divine se substitue seulement l’idée de progrès. « La masse totale du genre humain, par des alternatives de calme et d’agitation, de biens et de maux, marche toujours, quoique à pas lents, à une perfection plus grande. » Optimisme qui fournira l’essentiel des considérations rhétoriques de Condorcet, doctrinaire officiel du progrès qu’il liait au progrès étatique et dont il fut, aussi bien, la victime officieuse puisque l’Etat des lumières le força à s’empoisonner. Sorel [dans L’illusion du progrès] avait tout à fait raison de dire que la philosophie du progrès était précisément celle qui convenait à une société avide de jouir de la prospérité matérielle due aux progrès techniques. »

 

 

 

 

Les limites du progrès

 

 

 

Aussi, le progrès a ses limites. Le mouvement écologiste l’a démontré. Par exemple, nous nous apercevons que le réchauffement climatique anthropique dû à une industrialisation excessive et incontrôlée est mortel pour l’humanité, nous constatons aujourd’hui les limites de l’usage intensif de l’énergie nucléaire, du « tout à la route », etc. Ce sont, comme dénonçait Camus, il y a un demi-siècle, des « progrès » qui conviennent à une société avide.

 

 

Aussi, il n’est guère étonnant de constater que les proches de Trump sont à la fois climato sceptiques et créationnistes. En définitive, il n’y a guère de contradictions entre l’évangélisme dogmatique et la croyance en des technologies à rentabilité immédiate et aux nuisances durables.

 

 

Michel Claise a bien détecté cela en la personne du futur vice-président US, Mike Pence. Il est créationniste.

 

 

 

Donald Trump s'est adjoint comme Vice-président un des politiciens les plus réactionnaires, le créationniste homophobe Mike Pence.

Donald Trump s'est adjoint comme Vice-président un des politiciens les plus réactionnaires, le créationniste homophobe Mike Pence.

 

 

« Interrogé sur l’évolution des espèces, il a répondu à un journaliste : « Est-ce je crois à l’évolution ? Je suis de l’avis que Dieu a créé le ciel, la terre, les mers et tout ce qu’ils contiennent. » OK, a insisté le journaliste. Mais croyez-vous que l’évolution est la façon dont il est parvenu ? Et Pence de conclure : « Ça, je ne peux pas le dire. Je le Lui demanderai. Mais je crois en cette vérité fondamentale de la création divine. »

 

Et, d’autre part, Pence n’hésite pas à dire :

 

« Le réchauffement de la planète est un mythe. Le traité contre le réchauffement est un désastre. La planète est plus froide, en réalité, qu’elle ne l’était il y a cinquante ans. »

 

 

Donc, M. le Vice-président Mike Pence voudrait que se produisent de nouveaux Bhopal et de nouveaux Tchernobyl pour bien garnir son compte en banque !

 

 

Au fond, Donald Trump et sa clique représentent et veulent développer une société avide, dogmatique et uniquement intéressée par la possession matérielle. C’est un ultralibéralisme replié sur lui-même et tout aussi dangereux sinon plus que le néolibéralisme mondialiste.

 

 

Les ténèbres seront en définitive vaincues.

 

 

George Monbiot conclut :

 

« Quelques-uns d’entre nous ont travaillé sur ce sujet et peuvent discerner ce qui peut former le début d’un tel récit. Il est encore trop tôt pour en dire plus, mais il est fondamental de reconnaître que, comme la psychologie moderne et les neurosciences l’expliquent chaque jour davantage, nous les êtres humains, en comparaison aux autres animaux, sommes à la fois remarquablement sociaux et remarquablement désintéressés. L’atomisation et le comportement auto-intéressé, que l’ultralibéralisme favorise à outrance, s’opposent à une composante majeure de ce qui constitue profondément la nature humaine. Hayek nous a dit qui nous sommes, et il avait tort. Notre première étape est de revendiquer notre humanité. »

 

En réalité, tous ces doctrinaires, tous ces esprits dogmatiques dénaturent le progrès, car si ce concept, comme tous les autres, a ses limites, il serait absurde de le rejeter. Ce serait conduire l’humanité à sa perte.

 

Mais, il y a danger, car comme l’écrit Michel Claise :

 

« Confier les rênes du monde à des dirigeants à qui un clergyman pourrait faire croire que Ramsès II a chassé les dinosaures sur les bords du Nil, c’est plus qu’inquiétant. Le temps des ténèbres est-il revenu ? »

 

Le prologue de l’Evangile de Saint-Jean contient cette sentence : « La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point reçue. » Cette phrase mystérieuse ne signifierait-elle pas que nous pourrons toujours vaincre ceux qui à la fois par ignorance et par cupidité veulent notre perte ?

 

 

 

Pierre Verhas

 

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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 21:57

 

 

 

 

Le « Canard enchaîné » titre ce jour : « Le « Canard » prend un pari : Hillary, la femme, pas l’infâme ! ». Le palmipède a perdu ! L’infâme Trump est élu – oh ! Pas triomphalement, il n’y a que quelque 500 000 voix d’écart avec sa concurrente, soit 0,47 %. Mais qu’on le veuille ou non, il prêtera serment comme 45e Président des Etats-Unis d’Amérique début janvier prochain.

 

 

Pour éviter d’être noyé par le torrent de larmes de crocodile qui se déverse depuis ce matin sur les médias et les réseaux sociaux, essayons-nous à l’analyse. Certes, la victoire de l’affairiste new-yorkais n’a rien de réjouissant. Mais, posons-nous la question : celle de sa concurrente aurait-elle été une bonne nouvelle ?

 

 

On ne peut pas le dire. Il est « politiquement incorrect » de dire que l’électeur étatsunien avait le choix entre la peste et choléra, c’est-à-dire entre ce qu’on appelle le populisme qu’on appelait jadis le poujadisme, le néofascisme, l’extrême-droite, etc. et le bellicisme néoconservateur et néolibéral. Egalement : entre l’exaspération de la classe moyenne et le triomphalisme d’une élite en réalité décadente mais disposant de moyens énormes.

 

 

Mediapart révèle que l’ambassadeur de France à Washington a « tweeté » dans la nuit du 8 au 9 novembre que la victoire de Donald Trump signifiait la fin de l’ère néolibérale. Rien n’est moins sûr ! Mais combien ce message que l’Excellence française a d’ailleurs tenté d’effacer est révélateur !

 

 

 

 

 

 

Contre toute attente, Donald Trump sera le 45e Président des Etats-Unis.

Contre toute attente, Donald Trump sera le 45e Président des Etats-Unis.

 

 

 

 

 

Finalement, l’establishment de « gauche » comme de « droite » souhaitait ardemment voir Hillary Clinton siéger au Bureau ovale de la Maison blanche. Les médias à sa dévotion s’y sont donnés à cœur joie dénonçant toutes les turpitudes du milliardaire de New York qui est doté de tous les défauts à leurs yeux : raciste, macho, vulgaire, simpliste, escroc et j’en passe. Et ils ont annoncé bien imprudemment dans la nuit du 8 au 9 que leur favorite avait gagné ! Loupé !

 

 

Disons-le tout net. Le discours de Trump est peu ragoutant, il n’hésite pas à s’afficher avec les dirigeants du Ku Klux Klan, il traite les Mexicains illégaux de « corrompus, des délinquants et des violeurs », il veut expulser 11 millions d’entre eux. Il veut construire un mur entre les USA et le Mexique, il prône des solutions fascisantes dans tous les domaines, mais surtout, come l’a mis en avant Ignacio Ramonet sur le site « Mémoire des luttes », il avance sept propositions qui, elles, interpellent.

 

 

 

Les sept cavaliers de l’apocalypse de l’establishment

 

 

« 1) En premier lieu, les journalistes ne lui pardonnent pas ses attaques frontales contre le pouvoir médiatique. Ils lui reprochent d’encourager régulièrement son public à huer les médias « malhonnêtes  ». Trump affirme souvent : « Je ne suis pas en compétition avec Hillary Clinton, mais avec les médias corrompus. » Récemment, il a tweeté : « Si les grands médias, répugnants et corrompus, couvraient de manière honnête ma campagne, sans fausses interprétations, je dépasserais Hillary de 20 %. » Il n’a pas hésité à interdire d’accès à ses meetings plusieurs médias importants comme The Washington Post, Politico, Huffington Post et BuzzFeed. Il a même osé attaquer Fox News, la grande chaîne de la droite pamphlétaire, qui pourtant le soutient à fond …

 

2) Une autre cause des attaques médiatiques contre Trump : sa dénonciation de la globalisation économique qu’il tient pour responsable de la destruction des classes moyennes. Selon lui, l’économie globalisée est une calamité dont le nombre de victimes ne cesse de croître. Il rappelle que plus de 60 000 usines ont dû fermer ces quinze dernières années aux Etats-Unis et qu’environ cinq millions d’emplois industriels ont été détruits.

 

3) Trump est un fervent protectionniste. Il propose d’augmenter les taxes sur tous les produits importés. Et se dit prêt, s’il arrive au pouvoir, à établir des droits de douanes de 40% sur les produits chinois. « Nous allons récupérer le contrôle du pays et nous ferons en sorte que les Etats-Unis redeviennent un grand pays » affirme-il souvent, en reprenant son slogan de campagne. Partisan du Brexit, il a déclaré que, s’il était élu, il ferait sortir les Etats-Unis de l’Accord de libre échange nord-américain (ALENA). Il s’est également attaqué au Traité Trans-Pacifique (TPP) et a confirmé que, une fois élu, il retirerait les Etats-Unis de l’accord : « Le TPP constituerait un coup mortel pour l’industrie manufacturière des Etats Unis. » Evidemment, s’il est élu, il stopperait aussi les négociations en cours avec l’Union européenne. Il va même plus loin : « Nous allons renégocier ou sortir de l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Ces accords commerciaux sont un désastre. » répète-t-il. Dans des régions comme le rust belt, la « ceinture de rouille » du nord-est où les délocalisations et la fermeture d’usines ont fait exploser le chômage et généralisé la pauvreté, ces propos sont reçus avec enthousiasme et font renaître tous les espoirs.

 

4) Autre option dont les médias parlent peu : son refus des réductions budgétaires néolibérales en matière de sécurité sociale. De nombreux électeurs républicains victimes de la crise économique, et tous ceux qui ont plus de 65 ans, ont besoin de la Social Security (retraite) et du Medicare (assurance maladie) mis en place par le président Barack Obama que les autres dirigeants républicains veulent supprimer. Trump a promis ne pas revenir sur ces avancées sociales. Il a aussi promis de diminuer les prix des médicaments, d’aider à régler les problèmes des « SDF », de réformer la fiscalité des petits contribuables, et de supprimer un impôt fédéral qui touche 73 millions de foyers modestes.

 

5) Dénonçant l’arrogance de Wall Street, Trump propose également d’augmenter de manière significative les impôts des traders spécialisés dans les hedge funds (fonds spéculatifs) qui gagnent des fortunes. Il promet le rétablissement de la loi Glass-Steagall (votée en 1933 pendant la Dépression et abrogée en 1999 par William Clinton), qui séparait la banque traditionnelle de la banque d’affaires pour éviter que celle-ci puisse mettre en péril l’épargne populaire par des investissements à haut risque. (…)

 

6) En matière de politique internationale, Trump s’est fait fort de trouver des terrains d’entente à la fois avec la Russie et avec la Chine. Il veut notamment signer une alliance avec Vladimir Poutine et la Russie pour combattre efficacement l’organisation Etat islamique (Daesh) même si pour l’établir Washington doit accepter l’annexion de la Crimée par Moscou.

 

7) Enfin, Trump estime qu’avec son énorme dette souveraine, l’Amérique n’a plus les moyens d’une politique étrangère interventionniste tous azimuts. Elle n’a plus vocation à garantir la paix à n’importe quel prix. Contrairement à plusieurs responsables de son parti, et tirant les leçons de la fin de la guerre froide, il veut changer l’OTAN : « Il n’y aura plus – affirme-t-il de garantie d’une protection automatique des Etats-Unis envers les pays membres de l’OTAN. »

 

 

 

 

 

 

Bernie Sanders était le seul à pouvoir battre Donald Trump. L'establishment n'en a pas voulu.

Bernie Sanders était le seul à pouvoir battre Donald Trump. L'establishment n'en a pas voulu.

 

 

 

 

 

Ces sept propositions n’oblitèrent pas les déclarations odieuses et inacceptables du candidat républicain diffusées en fanfare par les grands médias dominants, mais elles expliquent les raisons de son succès auprès de larges secteurs de l’électorat américain. Sans doute a-t-il raflé des électeurs à Sanders.

 

 

C’est ainsi qu’est né le fascisme des années 1920-30.

 

 

Et ici, on retrouve le processus politique des débuts du fascisme dans l’Europe des années 1920-30.

 

Certains points du programme sont incontestablement positifs comme en politique internationale en refusant que les USA continuent à être le « gendarme du monde » avec les résultats que l’on sait, comme le refus des traités de libre échange (ALENA, TTIP, etc.).

 

Comme le maintien et le développement de la Sécurité sociale et du fameux « Obamacare » que ses « concurrents » républicains voulaient supprimer et que Hillary Clinton défendait du bout des lèvres.

 

Comme la mise au pas de Wall Street avec des propositions concrètes telle la séparation des banques d’affaires et des banques de dépôt.

 

Tout cela est cependant inscrit dans un contexte raciste et autoritaire qui est typique de la période fasciste de l’Europe de l’après Première guerre mondiale.

 

Enfin, on peut se poser la question : les lobbies des entreprises transnationales et de Wall Street le laisseront-ils faire ? Wait and see.

 

 

 

 

 

 

Philippe Marlière est une conscience de la gauche française.

Philippe Marlière est une conscience de la gauche française.

 

 

 

 

 

Le politologue et militant de gauche français Philippe Marlière écrit :

 

« Trump avec un discours plus ouvertement raciste, sexiste et national-populiste que Le Pen, a gagné l’élection présidentielle aux États-Unis. Il faut donc prendre au sérieux l’hypothèse d’une victoire de Le Pen à la présidentielle française en 2017, surtout si la droite se désintègre dans des luttes intestines et propose un programme antisocial (une certitude) et si la gauche continue de n’offrir à son électorat aucune perspective d’alliance politique à vocation majoritaire (c’est malheureusement ce qu’elle fait en ce moment). Prendre au sérieux l’hypothèse d’une victoire de Le Pen ne veut pas dire que cela va se réaliser, ni même que c’est aujourd’hui de l’ordre du probable. Cela veut dire qu’elle n’est plus à exclure. Rappelons enfin que la victoire de Trump s’inscrit dans le contexte international d’une montée des pouvoirs populistes autoritaires dans le monde, notamment en Europe (Hongrie, Turquie ou le Brexit qui a libéré, dans un pays traditionnellement tolérant de la diversité, la parole raciste, sexiste et homophobe). »

 

Le « trumpisme » deviendrait donc un produit d’exportation si on n’y prend garde ! Il faut dire qu’on est bien parti en Europe, de ce point de vue…

 

 

Les fautes d’Hillary

 

 

N’oublions pas non plus que la victoire de Donald Trump est aussi due à la personnalité controversée et à la campagne délirante de son adversaire, Hillary Clinton.

 

Hillary est la caricature de l’establishment de la côte Est méprisé et haï par les Etatsuniens du Middle West et de la côte Ouest. Epouse de l’ancien président Bill Clinton qui a lancé les Etats-Unis dans la guerre de Yougoslavie et dans les guerres du Proche Orient, elle a fait preuve d’une arrogance qui a dégoûté l’opinion publique de son pays, même s’il faut lui reconnaître, comme First Lady une action sociale efficace à l’égard des jeunes défavorisés dans les écoles, notamment. Elle a d’ailleurs inscrit dans son programme électoral la lutte contre l’endettement des étudiants dans les universités américaines. Cependant, cela n’excuse pas son bellicisme comme Secrétaire d’Etat de Barack Obama.

 

 

 

 

 

 

Hillary Clinton a mené une campagne délirante et n'a pas répondu aux attentes de l'électorat du Parti démocrate.

Hillary Clinton a mené une campagne délirante et n'a pas répondu aux attentes de l'électorat du Parti démocrate.

 

 

 

 

 

Et peut-on lui pardonner ses fameux e-mails non pas parce qu’ils ont transité par son serveur privé, mais sur leur contenu ? Les aveux d’une complicité évidente avec les monarchies féodales du Golfe qui financent le terrorisme sanguinaire devraient suffire à écarter définitivement l’ancienne Secrétaire d’Etat et surtout à se méfier de sa duplicité.

 

Serge Halimi dans la dernière livraison du « Monde diplomatique » parue avant le scrutin US  écrit :

 

« Tout cela pourrait laisser penser que… le système n’est pas truqué. Et que, comme le suggère Francis Fukuyama dans un article récent de Foreign Affairs, la démocratie américaine fonctionne puisqu’elle répond à la colère populaire, désarçonne la dynastie Clinton, humilie les barons républicains, place au centre de l’élection la question des inégalités, du protectionnisme et de la désindustrialisation. Et peut-être sonne le glas d’une double imposture politique.

 

Au fil des ans, le Parti démocrate est devenu l’instrument des classes moyennes et supérieures diplômées. En affichant les symboles de sa « diversité », il a recueilli néanmoins une majorité écrasante de suffrages noirs et hispaniques ; en s’appuyant sur les syndicats, il a conservé une base électorale ouvrière. Pourtant, sa vision du progrès a cessé d’être égalitaire. Tantôt individualiste et paternaliste (la recommandation de faire plus d’efforts), tantôt méritocratique (la recommandation de faire plus d’études), elle n’offre aucune perspective à l’Amérique « périphérique » qui, loin des côtes, reste à l’écart de la prospérité des grandes métropoles mondiales, du ruissellement des fortunes de Wall Street et de la Silicon Valley. Et qui voit disparaître les emplois industriels ayant servi d’ossature à une classe moyenne peu diplômée mais relativement confiante en son avenir.

 

À celle-ci et aux « petits Blancs » pauvres, le Parti républicain d’avant Trump n’avait guère à offrir non plus. Son objectif central était en effet de réduire les impôts des milieux d’affaires, de leur permettre d’exporter et d’investir à l’étranger. Toutefois, en parlant de patrie, de religion, de moralité aux ouvriers et aux prolétaires blancs, en surjouant la persécution de l’Amérique profonde par des minorités assistées et des intellectuels pleins de morgue, les conservateurs se sont longtemps assurés que les victimes désignées de leur politique économique et commerciale continueraient à leur servir de chair à canon électorale.

 

Or la popularité de M. Trump auprès d’eux tient à d’autres ressorts. Le promoteur new-yorkais ne leur parle pas d’abord de Bible et de port d’arme, mais d’industries à défendre, d’accords commerciaux à dénoncer. Mme Clinton n’a pas forcément reconquis l’affection de ces électeurs en colère en installant la majorité d’entre eux dans un « panier de gens déplorables » composé de « racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes ». Ce diagnostic psychologique à grande échelle fut établi lors d’une levée de fonds à New York devant un « panier de gens » forcément admirables, eux, puisqu’ils avaient payé cher pour l’entendre.

 

Une élection marquée par de tels bouleversements idéologiques, et même par un désir de renverser la table, peut-elle néanmoins se conclure par la victoire de la candidate du statu quo ? Oui, dès lors que celle-ci a pour adversaire un outsider encore plus détesté qu’elle. Au fond, le « truquage » principal est là. Il caractérise d’autres pays que les États-Unis. La France pourrait connaître une situation semblable l’année prochaine : des colères populaires contre la mondialisation, la ségrégation sociale et la connivence des « élites », mais immanquablement dévoyées par un jeu politique qui, dans un cas comme dans l’autre, fait toujours retomber la tartine du mauvais côté. »

 

A part que « la tartine est tombée du mauvais côté aux Etats-Unis », tout est vrai dans les propos de Serge Halimi. En clair, les deux grands partis américains étaient au service de l’oligarchie. Et ils ne se sont pas attendus à ce que le « populiste » Trump brouille les cartes.

 

Avec cette élection présidentielle américaine, nous assistons au rejet massif de l’establishment par ce qu’il subsiste des classes moyennes « blanches », mais aussi des catégories marginalisées comme des Latinos et des Afro-Américains qui n’ont plus aucune confiance en la classe politique qui leur a fait tant de vaines promesses.

 

Ce rejet de l’Autre accompagné de mesures sociales, économiques et politiques incontestablement intéressantes mais agressives ressemble à s’y méprendre au fascisme des années 1920-30. Et c’est cela qui a gagné en cette nuit du 8 au 9 novembre 2016.

 

A une différence près : en 1920 – 30, il existait une gauche forte et combattive qui allait des partis communistes aux socialistes, sans oublier les chrétiens démocrates. C’est elle qui a résisté au fascisme dès 1936 au prix du sang et des larmes et qui a fait triompher l’Etat social d’après guerre en Europe occidentale. Aujourd’hui, cette gauche est en pleine déliquescence. Son élite s’est embourgeoisée et ne s’occupe plus que du sociétal, bon prétexte à oublier ainsi le social.

 

La classe ouvrière n’est pas au paradis. Elle est laissée pour compte. Souvenons-nous les paroles de l’Internationale : « Ouvriers, paysans, nous sommes le grand parti des travailleurs ! » Eh bien, ce grand parti devient celui du populisme parce que les ouvriers et les paysans considèrent que la gauche les a trahis. C’est cela la victoire d’un exploiteur dénommé Donald Trump qui a réussi à rassembler sous sa bannière des gens qui en toute évidence auraient dû le considérer comme leur pire ennemi.

 

Et cela annonce d’autres couronnements qui se produiront bientôt en Europe, parce que nous avons perdu nos repères et le sens de la lutte.

 

A moins que…

 

 

Pierre Verhas

 

 

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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 09:40

 

 

 

Le lecteur pardonnera le caractère personnel de ce « papier ». Lorsqu’on se rend en Palestine, surtout en non touriste, on  voit les choses différemment. Le touriste est là pour son loisir et pour faire de clichés-souvenirs. Ce n’est pas ainsi que l’on connaît un pays et encore moins un pays qui vit l’occupation et l’isolement.

 

Les clichés ! Justement, c’est une des plaies de la Palestine. À travers le prisme des médias on a une vue déformée de ce pays et de son peuple. Ainsi, la propagande nous abreuve de clichés destinés à nous détourner de la cause palestinienne.

 

Le premier cliché – et sans doute le plus nuisible : le Palestinien terroriste. Eh bien ! J’ai rencontré pas mal de Palestiniens et de Palestiniennes. Je n’ai pas vu l’ombre d’un terroriste. Encore faut-il s’entendre sur le mot « terroriste », c’est-à-dire le poseur de bombe, le tueur au couteau et même le gamin qualifié de « terroriste » parce qu’il lance des cailloux sur les véhicules de Tsahal.

 

Terroristes ou Résistants ?

 

Bien sûr, il y a des terroristes. Dans toute guerre, il y a du terrorisme. Rappelez-vous le chant des Partisans de Joseph Kessel et Maurice Druon :

 

   Ohé, les tueurs, à la balle et au couteau, tuez vite !

   Ohé, saboteur, attention à ton fardeau, dynamite ! 

 

Ces terroristes, à l’époque, s’appelaient les Résistants !

 

Si on assimile « terrorisme » à Résistance, alors, j’ai vu bon nombre de « terroristes ». Mais des « terroristes » sans armes et sans bombes. Chaque Palestinien est en réalité un Résistant à une occupation qui va bientôt « célébrer » son jubilé. Cette résistance est multiforme. Elle peut être passive. Elle est parfois violente. Elle peut aussi consister à tenter de construire une société palestinienne autonome en réponse à l’occupation et à la colonisation. 

 

En effet, c’est pour nous informer sur un aspect de cette forme de résistance que Rebecca Lejeune et moi-même avons effectué ce voyage. Il s’agissait de nous informer sur la BASR (Bethlehem Arab Society for Rehabilitation), une institution non gouvernementale palestinienne qui s’occupe de soigner, mais aussi de réinsérer les handicapés dans la société. C’est la Fédération des Mutualités socialistes du Brabant qui nous a commandé un rapport à ce sujet.

 

Aborder la question palestinienne par le handicap semble a priori réducteur. Eh bien, non ! Au contraire, l’étude de la question du handicap nous a permis d’avoir une vision crue et réelle de la situation de cette région.

 

Le handicap est une des principales plaies de la Palestine. On compte entre 200.000 et 480.000 handicapés sur une population de 2.550.000 Palestiniens dits de la rive Ouest (West bank) du Jourdain, c’est-à-dire en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. La fourchette importante entre le minimum et le maximum de handicapés est due à la faiblesse de l’outil statistique sur place : les données proviennent des ONG ou de l’Autorité palestinienne et ne sont pas établies sur la base des mêmes critères et en outre sont incomplètes et redondantes. Malgré tout, cette proportion  est très importante : entre 8 % et 20 % de la population totale qui, en outre, connaît une grande pauvreté.

 

Les causes des handicaps sont nombreuses. Il y a bien sûr les causes universelles, mais cette proportion très importante est due aux circonstances géopolitiques propres à la Palestine. La Palestine est un Etat – pour autant qu’on puisse l’appeler ainsi ! – occupé, encerclé et morcelé.

 

Et ce pays entravé a d’énormes difficultés à évoluer. Il est paralysé par une ancestrale société patriarcale. Ainsi, la tradition familiale qui consiste à se marier entre cousins plus ou moins éloignés est la cause du consanguinisme – c’est une pratique courante dans les pays arabes et particulièrement en Palestine, dans une société pauvre où il est vital que le patrimoine si maigre soit-il, reste aux mains de la famille. Et puis, il y a avec l’occupation, le manque de perspectives, une tendance au repli sur soi qui accentue ce phénomène. Cette situation est évidemment une des principales causes des handicaps génétiques à la naissance de nombreux enfants.

 

L’occupation, la pauvreté et la religion créent l’exclusion.

 

Le poids de la religion fait qu’on ne peut exprimer sa détresse contre Dieu, aussi la culpabilité du handicap de l’enfant est le plus souvent attribuée à la mère. Son lait à la naissance était mauvais ! L’enfant handicapé devient la honte de la famille et on le cache. Et la situation de la femme est dès lors totalement infériorisée. Le Docteur Souha Mansour – Shehadeh, pédopsychiatre, fille du Docteur Edmund Shehadeh, directeur de la BASR, écrit :

 

« Le bouclage imposé par le gouvernement israélien contribue à resserrer cet étau social : pas de liberté de mouvements, aucun lieu pour échapper au regard de l’autre. Tout se voit, tout se sait, tout se dit.

 

Les femmes se retrouvent, elles, doublement pénalisées. Mises au ban de la société, elles sont indésirables comme épouses si elles présentent une quelconque déficience. Dans la structure patriarcale palestinienne, un homme handicapé a davantage de chance de se marier, surtout s’il est à même de subvenir aux besoins de sa famille. »

 

En outre, si les handicapés sont exclus de la société, les religieux veulent qu’on s’en occupe par la charité. Ainsi, quelle que soit la confession, contrôlent-ils mieux une société en détresse.

 

La pauvreté, la pauvreté partout. De sommaires logements dans les villages exposés à tout vent, à peine meublés, sans sanitaires. Un détail – eh oui ! Un « petit » détail apparemment sans importance – un jeune handicapé moteur qui fait des efforts considérables pour se hisser sur sa chaise roulante est bloqué, car une petite barre métallique au seuil de sa maison de quelques centimètres apposée au sol constitue un obstacle infranchissable pour entrer chez lui ! Il ne peut franchir ce dérisoire obstacle qu’avec l’aide d’une tierce personne, ce qui lui fait perdre ainsi toute autonomie.

 

En plus de la pauvreté et des services médicaux de mauvaise qualité, il y a l’occupation par l’armée israélienne qui entrave l’accès aux soins par les check points et les routes fermées aux ambulances et à l’acheminement des médicaments.

 

Et il y a pire. C’est la politique dite des « os brisés » qui fut inventée par Itzhak Rabin alors chef de l’armée. Lors de la première Intifada contre l’occupation israélienne en Cisjordanie de 1987 à 1993, l’armée israélienne ripostait aux jeunes lanceurs de pierres par des tirs dans les pieds afin de les empêcher définitivement de courir. Et cette pratique se poursuit. Récemment, au camp de réfugiés de Deisheh, un officier israélien a menacé de donner l’ordre de briser les pieds d’un maximum de gens pour qu’ils ne puissent plus se déplacer !

 

 

 

Ramsi, le violoniste de Ramallah, gamin, était un lanceur de pierres. Il a heureusement évité les "os brisés".

Ramsi, le violoniste de Ramallah, gamin, était un lanceur de pierres. Il a heureusement évité les "os brisés".

 

 

 

Au départ, le jeune blessé tire une fierté de sa blessure. C’est sa médaille de la Résistance ! Il est adulé comme un héros, mais, le temps passant, dans l’incapacité de se déplacer, sa vie devient de plus en plus difficile. Comment, par exemple, un Bédouin peut-il se déplacer avec un fauteuil roulant sur le sable ? Comment pourra-t-il reprendre son travail d’artisan ou d’éleveur ? Ainsi, les portes se ferment petit à petit et l’exclusion suit inéluctablement.

 

L’occupation n’épargne personne. Par exemple, un jeune Palestinien atteint de surdité suite à un affrontement avec les forces israéliennes n’a pas entendu les ordres du couvre-feu de Tsahal transmis par haut-parleur au camp de réfugiés de Azzeh, lors de la deuxième Intifada. Il fut abattu au seuil de sa maison.

 

C’est à ces énormes difficultés que tente de répondre la BASR. Et elle le fait par une méthode qui montre son efficacité et qui a été mise au point par son directeur, le Docteur Edmund Shehadeh qui est le premier kinésiste diplômé de Palestine : l’approche holistique. En gros, cette méthode a pour principe : tout est composé de parties et chaque partie est un tout.

 

Rien de collectif

 

Aussi, un handicapé n’est pas soigné seulement pour son handicap. Il n’est pas seul : il fait partie d’une famille qui doit pouvoir le reprendre en main. Cela implique un aspect éducatif pour lui et sa famille. Il faut aussi éduquer ses proches à l’accepter en tant que tel pour contribuer à sa réadaptation et à lui permettre de vivre son handicap. Ainsi, malgré les pratiques ancestrales, la famille reste la seule structure adéquate pour aider l’handicapé à se réhabiliter.

 

En effet, dans une société où toute sécurité sociale est absente, c’est la famille qui constitue la protection sociale. Dans cette société traditionnelle et patriarcale, le groupe prévaut sur l’individu. La famille est donc la seule entité qui puisse aider les plus démunis et qui gère les conflits.

 

On le voit : la Palestine n’est pas un Etat, car rien n’est collectif au-delà de la structure familiale.

 

C’est donc un défi de taille que s’est lancé la BASR dans cette société palestinienne aux mœurs ancestrale où l’handicapé est ainsi rejeté. Et, dans quelques cas, trop rares, certes, cela réussit. Et en tentant de sortir ainsi – et par nécessité – des Palestiniens de leurs préjugés, cela devient un fantastique apport pour leur libération. D’ailleurs, son patron, le Docteur Edmund Shehadeh en est parfaitement conscient : il souhaite ardemment que la Palestine se dote d’un système de sécurité sociale.

 

En plus de l’approche holistique, la BASR est décentralisée. Si son centre hospitalier par ailleurs très moderne et bien équipé, se trouve à Beit Jala, un quartier à l’Ouest de Bethlehem, de nombreux centres communautaires sont répartis dans les deux districts du Sud de la Cisjordanie, Bethlehem et Hébron, et il y en a même un dans le camp de réfugiés de Deisheh au Sud de Bethlehem.

 

 

 

Devant le site de la BASR à Beit Jala, l'auteur entouré de Mohammed à sa droite et de Mayy à sa gauche, deux assistants sociaux aussi efficaces que généreux (photographie Rebecca Lejeune)

Devant le site de la BASR à Beit Jala, l'auteur entouré de Mohammed à sa droite et de Mayy à sa gauche, deux assistants sociaux aussi efficaces que généreux (photographie Rebecca Lejeune)

 

 

 

Et c’est très efficace. Ces centres sélectionnent le type d’aide dont ont besoin les handicapés et pratiquent l’inclusion par l’éducation. Plusieurs centres ont des écoles où les enfants valides comme handicapés reçoivent un enseignement fondamental de qualité. Tout cela marche même si le manque de moyens ne permet pas toujours d’avoir des structures adaptées à des handicaps spécifiques comme l’autisme, par exemple.

 

Le Docteur Shehadeh nous a raconté comment il procède. Dans un village, il a ouvert une plaine de jeux pour enfants handicapés animée par des moniteurs. Les enfants de la rue souhaitaient pouvoir jouer sur cette plaine. Mais la règle était que c’étaient les enfants handicapés qui choisissaient de les admettre ou non. Ensuite, le succès aidant, il put ouvrir un jardin d’enfants avec des puéricultrices professionnelles. Et cela a permis indirectement aux mères des enfants handicapés profitant du jardin de les sortir de leur maison et de se libérer elles-mêmes pour aller travailler et donc s’épanouir et aussi améliorer l’ordinaire. Voilà un exemple typique de l’efficacité de l’approche holistique.

 

Non à la charité, oui à l’émancipation

 

La BASR ne peut compter que sur elle-même. La Palestine est aujourd’hui un pays dépourvu de toute structure étatique. L’Autorité palestinienne est une fiction. Elle n’a en réalité aucune autonomie. Cela n’empêche pas la BASR de prendre en charge plus de 50.000 handicapés sur toute la Palestine (la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza).

 

Contrairement à d’autres institutions, la BASR ne vit pas de la charité. Structurellement et financièrement, elle dépend du Patriarcat du rite latin de Jérusalem – l’Eglise catholique – dont le Patriarche est depuis peu un Palestinien. Mais, le Docteur Shehadeh fait en sorte d’être le plus autonome possible. Sa devise est « No charity, empowerment » qu’on peut traduire par « Non à la charité, oui à l’émancipation ». La BASR est financée par le Patriarcat, par des dons et des aides internationales, notamment par la Fédération Wallonie – Bruxelles via un de ses organismes, l’APEFE (Association pour la Promotion du Français à l’Etranger). L’école provinciale de kinésithérapie de Tournai y envoie régulièrement des stagiaires. Quant aux patients, ils paient leurs soins selon leurs moyens et s’ils sont sans ressources, les soins sont gratuits et de la même qualité.

 

 

 

 

 

L'auteur écoute l'exposé du Docteur Shehadeh qui nous explique l'historique, la méthode, les résultats et les projets de la BASR (photographie Rebecca Lejeune)

L'auteur écoute l'exposé du Docteur Shehadeh qui nous explique l'historique, la méthode, les résultats et les projets de la BASR (photographie Rebecca Lejeune)

 

 

 

Edmund Shehadeh se méfie des associations caritatives. « Elles sont très fortes pour collecter de l’argent, mais le redistribuent difficilement ! » Et c’est exact. Nous en avons été témoins suite à la visite que nous avons effectuée auprès d’une autre association.

 

En plus, la BASR ne peut en aucun cas compter sur l’Autorité palestinienne.

 

« La mauvaise gestion et le manque de ressources financières d’une autorité palestinienne, tributaire des fonds internationaux et des accords avec les autorités israéliennes sur les taxes, aggravent la situation et démotivent la population, menacée par un sentiment d’impuissance. À quoi bon faire du lobbying autour de lois non appliquées et non applicables ? A quoi sert-il de débattre des réaménagements des trottoirs et des routes alors que l’argent manque pour entreprendre certains travaux ? » écrit le Docteur Souha Mansour – Shehadeh.

 

En effet, si les Palestiniens à la fois par nécessité et par dignité, sont très propres et veillent à être bien vêtus, la rue est dans un état de saleté épouvantable par manque d’entretien et carence des services de voirie, les travaux entamés demeurent inachevés, les pannes d’électricité et les coupures de distribution d’eau sont fréquentes et d’une durée parfois interminable. En Palestine, on comprend ce que signifie l’absence de services publics. Et dire qu’en Europe, des voix s’élèvent pour les supprimer !

 

Ensuite il y a un autre aspect dénoncé par Madame Sahour – Shehadeh :

 

« Des tensions internes et une montée de formes d’extrémisme mettent en péril le sentiment d’unité nationale et celui de défendre une cause juste face à un oppresseur. Elles risquent de miner les bases mêmes de la résilience collective, de fragiliser la solidarité, qui faisait la fierté de tous, et de générer une société individualiste. »

 

Ainsi, on s’aperçoit de la montée insidieuse de l’islamisme. Certes, il y a – surtout de la part des femmes – une résistance évidente rien que dans leur manière de se vêtir. Le voile est porté avec coquetterie et elles n’hésitent pas à afficher leur féminité. Encore un cliché qui saute !

 

Par exemple, nous avons été guidés par Mayy, une assistante sociale de la BASR qui travaille dans un centre communautaire. Elle est musulmane et tout au long de notre parcours, elle nous a tenus des propos dont l’humanisme rendrait jalouses nos bonnes progressistes européennes !

 

Mais, ces tensions qui durent depuis des générations, avec en plus la montée de l’islamisme font fuir les élites palestiniennes, constituant progressivement une véritable diaspora aussi bien dans le monde occidental que dans les pays du Golfe, mais vidant la Palestine de sa substance. C’est une nouvelle et terrible menace pour l’avenir de la Palestine. Tragique ironie de l’histoire !

 

La BASR est une institution, aujourd’hui cinquantenaire, basée sur l’espoir. En dépit des nuées menaçantes qui assombrissent l’avenir du peuple palestinien, une centaine de Palestiniennes et de Palestiniens de toutes confessions réussissent dans les pires conditions, en ne comptant que sur eux-mêmes, à faire tourner un espace de solidarité efficace et performant.

 

Ici, alors que nous bénéficions d’une sécurité sociale certes menacée par l’ultralibéralisme, pourquoi n’en serions-nous pas capables ? Ces femmes et ces hommes nous montrent la voie.

 

 

 

Pierre Verhas

 

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 09:31

 

 

 

« Se débarrasser du capitalisme est une question de survie. » n’est pas le mot d’ordre d’un archéo-marxiste ou le slogan d’un groupuscule gauchiste quelconque. Il s’agit du titre d’une interview donnée Paul Jorion à la revue « Sciences critiques », le 7 octobre 2016.

 

 

Uranopole a souvent évoqué l’anthropologue, sociologue et économiste belge Paul Jorion qui a le mérite de transmettre des idées qui sortent du carcan de la pensée unique.

 

 

Son dernier ouvrage paru au début de l’année 2016 intitulé « Le dernier qui s’en va éteint la lumière – essai sur l’extinction de l’humanité » (Librairie Arthème Fayard, Paris, 2016) qui prédit la disparition de l’espèce humaine d’ici trois générations tout au plus si on continue ainsi.

 

 

Mazette ! Rien que ça !

 

 

Il y dénonce la marchandisation de la société qui n’est que le reflet de l’égoïsme de l’homme. Elle provoque le soliton « la vague scélérate déferlant sur nous et dont les trois composantes sont dorénavant imbriquées formant un véritable nœud gordien : cris environnementale, crise la complexité, système économique et financier fragilisé par la machine à concentrer la richesse qui en constitue le cœur, et que notre tolérance coupable envers la spéculation fragilise encore davantage. »

 

 

Paul Jorion évoque tout d’abord la catastrophe environnementale qui, pour lui, est multiforme : pollutions diverses, réchauffement climatique dû pour lui essentiellement à l’activité humaine et à la déforestation, l’utilisation excessive d’engrais, acidification des océans, etc.

 

 

 

 

 

 

Paul Jorion : le secoueur d'idées

Paul Jorion : le secoueur d'idées

 

 

 

La complexification de l’environnement humain n’est pas maîtrisée : surpopulation, conflits dus à des « définitions culturelles inconciliables du « vivre ensemble » », machinisme excessif qui prend à sa charge toutes les tâches confiées auparavant à l’homme, sources d’emplois, mais aussi un nombre croissant de nos décisions allant du trading à haute fréquence sur les marchés boursiers au Big Data pour notre consommation. « Cette délégation du savoir et de la décision à la machine, qu’il s’agisse d’un logiciel ou d’un robot, s’accompagne du déclassement de la réflexion humaine qui les détenait ou les exerçait autrefois, et qui lui est désormais subordonnée, provoquant une déclassification généralisée. »

 

 

Et enfin : « Notre situation économique et financière est à ce point désespérée que c’est la survie de l’espèce qui est dorénavant en cause, car nous nous sommes enferrés sur une voie de garage pour ce qui touche à la relation entre notre espèce et la planète qui l’accueille, et nous persistons à chercher des solutions à l’intérieur d’un cadre devenu parfaitement inapproprié. »

 

 

La tentation totalitaire du néolibéralisme

 

 

L’auteur dénonce ensuite la tentation totalitaire du néolibéralisme. Il rappelle que Hayek et Friedman ont concrètement soutenu la dictature Pinochet au Chili pour en faire un laboratoire des « solutions » ultralibérales. Ajoutons qu’on peut penser l’équivalent au sujet de la Grèce : la fameuse Troïka l’a transformée en laboratoire de l’ultralibéralisme par ses mesures drastiques d’austérité qui ont démoli le tissu social du pays des Hellènes.

 

 

L’ensemble de l’ouvrage de Jorion consiste à développer ces propos. Et il se montre assez pessimiste : nous ne sommes pas outillés pour faire face à un danger comme celui de la destruction de notre espèce, écrit-il.

 

 

Jorion laisse une porte ouverte, ou plutôt entrouverte à la survie de l’espèce, mais cela implique des changements fondamentaux, voire radicaux, non pas dans les technologies, mais dans les mentalités et de régime. Il plaide pour que nous sortions de notre égoïsme… Vaste programme !

 

 

Mais, il faut bien commencer par quelque-chose. Aussi, s’attaque-t-il au plus gros morceau dès le départ : le capitalisme. C’est ce qu’il explique dans son interview à « Sciences critiques ».

 

 

Si Paul Jorion considère la technique de manière positive :

 

 

« La technique est consubstantielle à l’homme. Selon l’ethnologue André Leroi-Gourhan, le développement du cerveau est concomitant à l’utilisation de l’outil. Nous utilisons ce dernier, mais nous le développons aussi. Nous cherchons constamment la façon dont nous pouvons l’améliorer. Cela fait partie de notre nature. L’être humain tire une certaine jouissance dans l’affrontement au monde. »,

 

 

il observe cependant :

 

 

« Nous vivons aujourd’hui dans un système politique extrêmement inégal, qui engendre la concentration de la richesse par quelques-uns. (…). Dans ce contexte, le progrès technologique qui permet la diminution du travail est confisqué par certains, aux dépens de tous les autres. Autrement dit, le problème n’est pas que nos inventions soient mauvaises en soi, mais nous tolérons un système politique qui les détourne de leurs capacités à faire du bien. Et ce système politique, c’est le capitalisme. Le capitalisme est un système qui crée un aveuglement concernant son caractère absolument abominable. »

 

 

Un millions d’emplois supplémentaires, mais 100 millions vont disparaître…

 

 

Dans le système capitaliste, les technologies, en apparence, créent des emplois, mais en réalité en font perdre bien plus !

 

 

« En janvier dernier, des chercheurs d’Oxford ont affirmé que la robotisation créera à l’horizon 2022 un million d’emplois aux États-Unis. C’est une augmentation de 18%, ce qui est considérable. Cette année-là, quatre millions de personnes travailleront dans l’informatique, à fabriquer des logiciels, des robots, à développer l’Internet des objets, les Big Data, etc. Or, quatre millions sur 160 millions de travailleurs, ce n’est que 2,7% de l’emploi. Ce n’est rien ! En réalité, il y aura peut-être un million de travailleurs supplémentaires, mais 100 millions d’emplois vont disparaître dans le même temps… »

 

 

En plus,

 

 

« Celui qui veut vendre sa force de travail [est pénalisé] : le prolétaire d’autrefois, le salarié d’aujourd’hui. Le phénomène ne touche plus uniquement les ouvriers. Ceux qui calculent combien d’emplois vont disparaître dans les années qui viennent sont naïfs, parce qu’ils considèrent que seul l’emploi manuel sera remplacé. Or, le système financier actuel conduit aussi à remplacer le travail qui coûte cher, même, et surtout, le travail intellectuel. Et on le fait ! Le cas des traders remplacés par des algorithmes en est une illustration. »

 

 

 

Les travailleiurs "intellectuels" d'ING et d'AXA manifestent : le travail intellectuel est menacé de disparution après le travail ouvrier.

Les travailleiurs "intellectuels" d'ING et d'AXA manifestent : le travail intellectuel est menacé de disparution après le travail ouvrier.

 

 

 

L’actualité le démontre, par ailleurs : on est passé de restructurations avec pertes d’emplois dans le secteur industriel (comme Caterpillar et autrefois la sidérurgie) à celles dans le secteur des services comme ING. Désormais, ce sont les travailleurs dits « intellectuels » qui sont touchés. Et ce n’est qu’un début. Le travail est en voie de disparition !

 

 

La Sécurité sociale menacée

 

 

Le développement de la technologie dans le secteur soins de santé pose aussi de sérieux problèmes qui pourraient compromettre sérieusement l’avenir de la Sécurité sociale.

 

 

« Il y a aujourd’hui des machines qui établissent des diagnostics médicaux très précis. Elles font moins de 1% d’erreurs, là où un médecin fait en moyenne 10% d’erreurs… Entre les deux, il y a une déperdition de vies humaines, il y a des gens qui meurent. La question est la suivante : dans combien de temps la Sécurité sociale fera-t-elle pression en avançant que le diagnostic médical établi par une machine coûte moins cher et qu’il permet d’épargner des vies humaines ? »

 

 

Donc, le progrès technologique consiste en des avancées considérables en des domaines essentiels comme la médecine, mais la façon dont le capitalisme développe la technologie mène, au contraire, à une régression sans précédent, car qui va pouvoir bénéficier des bienfaits de ces machines très coûteuses, si la Sécurité sociale ne prend pas cela en main ? C’est un fameux défi pour les associations et les organisations sociales.

 

 

La rareté du travail

 

 

Paul Jorion montre comment la technique détruit les postes de travail et les postes de travail restants sont précarisés, ce qui amène à ce qu’on appelle « l’ubérisation » de l’emploi.

 

 

« De manière générale, à partir du moment où une invention technique détruit plus d’emplois qu’elle n’en crée, il y a un problème social, parce que le rapport de force entre les salariés et les détenteurs de capital est lié à une certaine rareté du travail. Une rareté qui oblige à ce que celui qui produit son travail soit payé. Si cette rareté diminue, s’il y a un poste pour 500 candidats, le salaire va forcément baisser. Or, il n’y a pas de limite absolue à la baisse, sauf peut-être si l’État en décide autrement. Et ce que l’on voit maintenant avec l’« ubérisation » de l’économie, c’est que les salaires tombent en-deçà du salaire de subsistance, en mettant en concurrence tous ceux qui peuvent faire quelque chose. Dans un monde où le nombre de boulots tend à disparaître, les salaires tomberont nécessairement un jour sous le salaire de subsistance. »

 

 

Voilà un défi posé à la fameuse idée de l’allocation universelle. Pourra-t-elle garantir la subsistance ? Rien n’est moins sûr. D’autre part, l’ambition de l’homme se limitera-t-elle à survivre ? Est-ce cela qu’on appelle le progrès ?

 

 

La technologie : est-ce réellement le progrès ?

 

 

On dit souvent que la technologie, c’est le progrès. Oui, disposer d’appareils qui permettent de mieux soigner, par exemple, c’est un progrès, mais à quel prix ? Au détriment de l’égalité de tous devant la santé, car il faut prendre en compte le coût énorme de ces progrès techniques. En définitive, tout cela ne reste ouvert qu’à une infime minorité.

 

 

Alors, la croyance quasi dogmatique au progrès apporté par les technologies est à rejeter !

 

 

« Parce que nous avons une très grande naïveté. Quand j’étais enfant dans les années 1950, on nous disait que, dans les années 2000, on travaillerait moins, qu’il y aurait beaucoup plus de loisirs, qu’on passerait plus de temps avec ses enfants, à faire des activités créatrices, etc. Mais c’était d’une naïveté confondante ! C’est oublier que nous sommes dans un système capitaliste, où les gains générés par la mécanisation sont confisqués par certains, aux dépens des autres. »

 

 

Quelles sont les conséquences de la digitalisation du travail. Pour Paul Jorion, se référant au philosophe Bernard Stiegler, c’est la « prolétarisation ».

 

 

 

 

 

 

Bernard Stiegler : un personnage hors du commun

Bernard Stiegler : un personnage hors du commun

 

 

 

Un personnage, Bernard Stiegler ! Issu d’une famille ouvrière, il entame des études artistiques à la fin des années 1960. Il participe à mai 68 et puis adhère au Parti communiste français. En 1976, il attaque une banque à main armée. Suivront trois autres braquages, dont le quatrième s'achève par son arrestation en flagrant délit par une patrouille de police. Il est condamné à cinq ans de prison, Entre1978 et 1983, il est incarcéré à la prison Saint-Michel de Toulouse, puis au centre de détention de Muret. Pendant son séjour carcéral, il suit par correspondance des études de philosophie à l'université Toulouse II-Le Mirail. Il aide aussi des codétenus à passer le baccalauréat.

 

 

Il entame alors une carrière de consultant en haute technologie et de professeur d’université. Il se spécialisera dans la problématique de la numérisation de la société et sera nommé au Conseil national du numérique.

 

 

Selon Stiegler, la technique doit être appréhendée comme une constituante anthropologique. La technicité participe originairement à la constitution de l'homme. C'est pourquoi l'homme n'a d'essence que par accident : « L'homme est cet accident d'automobilité que provoque une panne d'essence ». L'homme est ce vivant qui n'a de qualités que dans un ajout originaire d'artificialité. Son essence est faite d’artefacts. Sa nature est originairement secondaire. Si l'essence de l'homme est « artéfactuelle », elle est toujours un sujet de débat, de controverse, de polémique et même de guerre : les hommes ne peuvent que se disputer sur leurs qualités. La technicité de l'homme contient toujours le risque du combat, amical ou belliqueux. Ce risque est sans fin.

 

 

C'est ainsi que la constitution technique de l'homme fait la nature politique de l'homme : la technicité, c'est la question de l'essence de l'homme, ainsi que la question politique.

 

 

Sur le plan politique – et cela rejoint Jorion - pour Bernard Stiegler, la question politique fondamentale est celle-ci : La mondialisation et le phénomène d'uniformisation des comportements et des modes de vie s'attaquent à la singularité des individus et des cultures. C'est par le biais de la technique numérique, de l'américanisation du monde, des monopoles et du contrôle de la distribution, que le capitalisme nous détruit en éliminant le concept de singularité, et la vocation combative des cultures.

 

 

La disruption

 

 

Il a d’ailleurs déclaré au journal « Libération » du 1er juillet 2016 parlant de « disruption », un néologisme qui signifie la brusque rupture avec les règles établies. Ainsi, l’innovation par la connexion généralisée bouleverse tout, comme c’est le cas de Google à Uber :

 

 

« La disruption commence en 1993 avec la réticulation - la structuration en réseau - numérique et la connexion généralisée. Cela arrive à pas de colombe, et plutôt comme quelque chose d’enchanteur, avec ses promesses de changer de monde - un changement auquel je crois toujours. Avec la réticulation par les algorithmes, on assiste à une accélération inouïe de l’innovation, qui s’était déjà très fortement accentuée après la Seconde Guerre mondiale. Mais à présent, la technique réticulaire court-circuite systématiquement tout ce qui contribue à l’élaboration de la civilisation. Ce qui nous arrive de la Silicon Valley vient liquider l’état de droit en tant qu’état délibératif fondé sur des légitimités réfléchies. En France, «l’accélérateur de start-up» TheFamily, qui s’inspire de la Silicon Valley, se présente sous cette formule : «Les barbares attaquent.» Il s’agirait pour ces néo barbares de semer le chaos dans tous les secteurs - logement social, transports, éducation, immobilier, environnement… Pendant la terrible année 2015, nous avons rencontré la barbarie de Daech. A côté de cette barbarie horrifique, il existe une autre forme de barbarie, plus «soft», une barbarie technologique qui nourrit la barbarie terroriste. »

 

 

Et il ajoute :

 

 

« Une technologie est un pharmakon : ce terme grec désigne ce qui est à la fois poison et remède. Le pharmakon technologique est porteur de promesses, mais il commence toujours par provoquer mille problèmes, parce qu’il commence par détruire les cadres constitués. Après cette phase de destruction apparaît ce que Rimbaud appelle «le nouveau», qui fait du pharmakon une remédiation : un autre mode de vie, une autre époque. C’est ce qui ne nous arrive plus : le processus disruptif systématiquement cultivé par les chevaliers d’industrie prend de vitesse toute socialisation. Or ce n’est pas soutenable. Cette fuite en avant produit une accélération colossale de l’anthropocène, cette ère dans laquelle l’humain est devenu un facteur géologique majeur, ce qui engendre la mélancolie collective et des formes diverses de désespérance. »

 

 

Non seulement, le travail est dévalorisé. De nombreuses études universitaires sont désormais inutiles et il suffira de main d’œuvre peu qualifiée pour pousser sur « les boutons ».

 

 

Et l’homme est devenu un opérateur. Il se transforme conformément au rêve néolibéral en une machine rationnelle destinée à produire et à consommer en optimisant ces deux fonctions.

 

 

 

 

 

 

Atelier de construction des Iphones à l'entreprise Foxconn en Chine. Ces esclaves seront bientôt remplacées par des robots.

Atelier de construction des Iphones à l'entreprise Foxconn en Chine. Ces esclaves seront bientôt remplacées par des robots.

 

 

 

Se débarrasser du capitalisme : une question de survie

 

 

Paul Jorion appelle au soulèvement populaire.

 

 

« Si on continue comme ça, c’est l’extinction de l’espèce humaine. Ou l’on change le système, ou dans trois générations, c’est terminé. Certains disent que le destin de l’être humain est d’être remplacé par des machines, que nous sommes finalement, nous, êtres humains, des machines beaucoup trop fragiles pour fonctionner sur la longue durée, puisque nous avons besoin d’oxygène toutes les cinq secondes, de boire de l’eau toutes les heures, etc. Autrement dit, que nous ne sommes pas viables depuis le début. Il faudrait donc que nous nous réconcilions avec l’idée que les machines sont beaucoup plus efficaces que nous, qu’elles constituent un progrès sur nous. Par conséquent, soyons très fiers, puisque c’est nous qui les avons inventées… »

 

 

Le moment est venu.

 

 

« Pour ma part, je dis au contraire que le moment est venu : s’il n’y a pas de prise de conscience générale, pas de rébellion dans les cinq années qui viennent, c’est cuit pour l’espèce humaine. Le tournant, c’est maintenant. Il faut sortir du capitalisme ! Se débarrasser du capitalisme était une question de justice au XIXème siècle, maintenant c’est une question de survie.

 

 

Il y aura une concurrence toujours plus grande entre les gens qui ne gagnent leur vie que par le salariat. Cela veut dire que les salaires vont continuer à baisser. Le patronat et les milieux d’affaires proposeront alors une allocation universelle, qui sera simplement un moyen de faire taire les contestations. D’autres propositions seront faites, comme généraliser le statut d’intermittent du spectacle ou celui de fonctionnaire à l’ensemble de la population. Mais, je crains que ce ne soit que des palliatifs pour gérer la misère. Comme l’emploi va diminuer, la misère ne va pas arrêter de monter. Et, parallèlement, le poids des salariés dans le rapport de force économique ne va pas arrêter de baisser, quel que soit l’emploi. Un emploi manuel sera remplacé par un robot et un emploi intellectuel par un logiciel. »

 

 

Nous secouer

 

 

Paul Jorion est un secoueur d’idées. Dans ses livres, dans ses interviews, lors de ses conférences, il ne cesse d’attirer l’attention du public et des décideurs qu’ils rencontrent sur les bouleversements que nous vivons et sur le développement d’un monstre qui, à terme, menace l’humanité tout entière.

 

 

Trop pessimiste ? Regardez autour de vous.

 

 

Et Jorion nous invite à réagir.

 

 

Ne pensez-vous pas qu’il est plus que temps ?

 

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 18:04

 

 

 

Le séisme déclenché lors du Conseil d’entreprise d’ING Belgique au Cours Saint-Michel à Bruxelles le 3 octobre était prévu depuis longtemps.

 

 

Le drame de la petite Belgique qui se veut le « meilleur élève de l’Europe » en étant une économie ouverte sinon offerte, est justement sa faiblesse. Depuis l’affaire du holding Société générale en 1988, toute l’économie financière belge a été transférée à l’étranger : la Société générale a été absorbée par Suez (Paris), la banque Fortis est devenue BNP Paribas Fortis (Paris), la banque de Bruxelles est reprise par ING (Amsterdam). À partir du moment où les centres de décision se trouvent en dehors de la Belgique, il est clair que ces entreprises échappent à tout contrôle.

 

 

Tout le monde a été étonné de la brutalité de la décision d’ING qui a été transmise aux délégués syndicaux belges, à savoir pour la Belgique quelque 3.500 pertes d’emplois dont 1.700 licenciements secs et fermeture de 600 agences à travers le pays.

 

 

 

Calicot exprimant clairement l'avis des travailleurs devant le siège social d'ING à Bruxelles

Calicot exprimant clairement l'avis des travailleurs devant le siège social d'ING à Bruxelles

 

 

 

Pourtant, ce n’est pas nouveau. ING a subi plusieurs licenciements massifs

 

 

. - Début 1998, la banque belge BBL, issue de la fusion entre la Banque Lambert et de la Banque de Bruxelles en 1975, est rachetée par le groupe ING. Fin des années 90, le groupe néerlandais ING, créé en 1991, étend ses activités et son réseau en reprenant une série de banques (BBL, BHF-Bank, Banque Slaski, DiBa Bank) et des assureurs aux USA notamment.

 

 

- 2001: constitution de Record Bank, filiale belge au sein du groupe ING.

 

 

- 2003: la BBL, filiale d'ING, disparaît de l'environnement belge et devient ING Belgique S.A.

 

 

- 2005: ING rationalise son IT et supprime 450 emplois dont 50 en Belgique.

 

 

- Fin 2007-2008: la crise financière touche le secteur bancaire et ING n'échappe pas au phénomène planétaire. L'Etat néerlandais injecte 10 milliards d'euros dans le groupe, qui doit en contrepartie s'assainir et se désengager d'une partie de ses activités sur injonction de la Commission européenne.

 

 

- Novembre 2007: ING réforme son réseau d'agences et supprime 850 emplois en Belgique. ING réoriente ses activités vers plus de "direct banking" via internet et les centres d'appels. Quelque 850 emplois (équivalents temps-plein) sont supprimés en Belgique.

 

 

- Février 2009: ING annonce la suppression de 315 emplois en Belgique dans le cadre d'un plan de réduction des coûts de 100 millions d'euros. Ces suppressions ont été réalisées par des départs naturels. Les effectifs d'ING Belgique atteignent 8.700 unités à la fin 2009 en Belgique.

 

 

- Novembre 2012: ING annonce son intention de fermer 40 agences, principalement en Wallonie.

 

 

- Février 2013: ING annonce la suppression de 1.000 emplois d'ici la fin 2015, via des départs naturels.

 

 

Rien de surprenant à cette nouvelle vague qui, elle, ressemble à une lame de fond ! Il s’agit d’une décision globale prise par le Conseil d’administration de cette entreprise transnationale bancaire qui frappe durement la filiale belge, mais aussi, moins durement, la partie hollandaise d’ING. Et il y a eu pas mal de signes avant-coureurs. Rien de surprenant parce que nul ne peut entraver cette décision. Le gouvernement est désarmé et les organisations syndicales ne peuvent que tenter de limiter les dégâts sociaux.

 

 

Et même l’Europe ne peut rien faire, puisqu’il n’y a pas de réglementation européenne en matière de politique économique, de protection des travailleurs, etc. Bien au contraire, la vague ultralibérale empêche toute régulation.

 

 

Il est donc logique que le patronat d’ING ait décidé de frapper fort et avec brutalité.

 

 

Les prétextes avancés pour justifier un tel dégraissage valent leur pesant d’or.

 

 

 

 

 

 

Rik Vanderberghe, le CEO d'ING Belgique avec son sempiternel air gêné, expose les "raisons" qui ont amené ING à ce dégraissage.

Rik Vanderberghe, le CEO d'ING Belgique avec son sempiternel air gêné, expose les "raisons" qui ont amené ING à ce dégraissage.

 

 

 

Le premier facteur est relatif aux taux d’intérêts qui sont très bas. Mais il n’y a pas qu’ING qui est touché par ce phénomène. Tout le secteur financier et celui de l’assurance subissent cette baisse des taux imposée par la BCE.

 

 

Le second facteur concerne une baisse d’activités : il y a moins de crédits octroyés et les courtages boursiers diminuent. Cela n’est pas nouveau ! En refusant la séparation des activités de crédit des activités spéculatives, les banques – et pas seulement ING – ne jouent plus leur rôle dans l’économie dite réelle.

 

 

Le troisième argument porte sur la réglementation renforcée. En effet, d’après le porte-parole d’ING, les régulateurs imposent trop de normes. Pour lui, comme pour d’autres banquiers, cela entrave les activités bancaires. Assez piquant comme raison invoquée alors que on est en pleine dérégulation voulue par les banques !

 

 

Le quatrième motif – c’est la tarte à la crème – la digitalisation. Cela fait longtemps que la plupart des opérations bancaires se font en ligne. Et cette informatisation ne cesse de s’étendre. Il y a donc une adaptation à faire, mais cela est parfaitement prévisible et aurait pu faire l’objet de négociations entre le patronat bancaire et les organisations syndicales.

 

 

Le cinquième facteur est le nombre d’agences trop important d’après ING. Il est vrai qu’il y a eu une « inflation » d’agences dans les années 70-80 de la part de toutes les banques. Mais aujourd’hui, fermer 600 agences sur les 750 restantes, c’est énorme ! C’est évidemment cela qui est la principale cause de cette gigantesque perte d’emplois. Encore une fois, la brutalité de cette décision prouve qu’il y a une très nette volonté de bouleverser les activités d’ING.

 

 

Enfin, voici ce qu’écrit la Libre Belgique du 3 octobre 2016 :

 

 

« Une banque et une vache à… lait. Autre facteur plus spécifique à la banque ING : son actionnaire. On constate que les banques belges qui ont été reprises par des actionnaires étrangers sont souvent considérées comme des vaches à lait. Ce week-end, "L’Echo" rapportait que pas moins de 7,2 milliards d’euros de dividendes sont remontés d’ING Belgique vers sa maison-mère néerlandaise ces dix dernières années. Et lorsqu’il faut restructurer, ce sont souvent les filiales étrangères qui sont mises sous pression. Dans une banque détenue majoritairement par l’Etat belge, à l’image de Belfius par exemple, un tel scénario serait plus difficile à soutenir. Comme il le serait probablement dans une banque comme BNP Paribas Fortis car l’Etat belge est toujours le premier actionnaire (NdlR : à hauteur d’environ 10 %) de la maison-mère française, héritage du passage, il y a quelques années, dans le giron du géant hexagonal de l’ex-Fortis. »

 

 

Ajoutons que les 10 % que l’Etat belge possède à BNP Paribas ne lui permettent pas d’avoir une minorité de blocage. Et plus d’une fois, afin de procéder à des « économies » budgétaires, le gouvernement belge a émis le désir de retirer ses billes… C’est donc un siège éjectable. Quant à Belfius, certains membres du gouvernement nationaliste flamand-libéral souhaitent sa privatisation pure et simple ! Mais on n’en est pas encore là !

 

 

Et « La Libre » ajoute :

 

 

« Avec les restructurations annoncées ces dernières semaines, le secteur financier belge semble donc être entré dans une nouvelle ère : celle où des chocs sociaux plus brutaux par leur ampleur prendront la place d’ajustements successifs de l’emploi, certes réguliers et continus dans le temps mais dont l’onde de choc au niveau social était absorbée jusqu’ici par les départs naturels et le recours au sacro-saint système des prépensions, amortisseur de crise. Certes, l’emploi n’a cessé de reculer chez nous dans le secteur financier, hors secteur assurance - de 82 600 unités en 2000 à 65 400 en 2014, soit 17 200 emplois perdus en quatorze ans - mais sans passer par des restructurations "sauvages" avec des charrettes de licenciements secs.

 

 

Aujourd’hui, l’accélération de la mutation numérique des services financiers - le smartphone sera demain la première des agences bancaires - et la nécessaire adaptation des réseaux de distribution couplée à un carcan plus rigide au niveau des prépensions, pardon du régime de chômage avec complément d’entreprise (RCC) limitent grandement la marge de manœuvre des grands groupes. D’autant que certains d’entre eux n’ont pas vraiment anticipé les mutations en cours. C’est le cas d’ING. Dont le personnel va aujourd’hui malheureusement payer le prix fort… »

 

 

Donc, on a franchi une étape : finis les dégraissages « en douceur », on passe à la vitesse supérieure : les licenciements collectifs.

 

 

Mais, on ne parle guère du réel motif de ce carnage social !

 

 

Beaucoup de syndicalistes l’ont cependant deviné : c’est l’actionnariat qui est derrière tout cela. Et l’actionnaire, ce n’est pas n’importe qui. Ce sont les fonds de pensions qui se multiplient et qui, étant donné le vieillissement de la population, ont un énorme besoin de liquidités pour payer les pensions capitalisées. On voit le beau résultat du passage des pensions par répartition à leur capitalisation…

 

 

Le journal en ligne « Mediapart », sous la plume de Ludovic Lamant, note :

 

 

« Sur le terrain, la multiplication des annonces de plans sociaux n’a pas entraîné de regain de mobilisation syndicale. Le front des grandes centrales du pays a bien réuni plusieurs dizaines de milliers de manifestants dans les rues de la capitale belge le 29 septembre, mais la grève générale du 7 octobre a, elle, étrangement été reportée. Les grèves générales massivement suivies qui avaient mis la Belgique à l’arrêt fin 2014, en réaction aux premières annonces du gouvernement de Charles Michel à peine arrivé, semblent bien loin. Pourtant, la colère est palpable. Dans les sondages, le Parti du travail de Belgique (PTB) est à la hausse (entre 10 et 11 % dans les sondages), en Wallonie comme à Bruxelles, contestant l’hégémonie du PS pourtant lui aussi dans l’opposition à l'échelle fédérale. »

 

 

 

 

 

 

La mobilisation du 7 octobre devant le siège d'ING avenue Marnix à Bruxelles est impressionnante !

La mobilisation du 7 octobre devant le siège d'ING avenue Marnix à Bruxelles est impressionnante !

 

 

 

Alors qu’on n’a plus connu en Belgique de plans sociaux d’une telle ampleur depuis la crise de la sidérurgie à la fin du XXe siècle, on observe que les organisations syndicales sont plutôt passives face à cette catastrophe sociale. Certes, la manifestation du 29 septembre fut une réussite, mais on dirait que ce genre de manif « promenade » au centre de Bruxelles fait désormais partie des habitudes. Cela n’a donné aucune suite. La concertation sociale est bloquée. Et les leaders syndicaux autrefois si prompts à s’épancher dans les médias, se taisent ou sont d’une modération qui ne leur est pas coutumière.

 

 

 

 

La mobilisation des travailleurs d'ING n'empêche pas m'humour.

La mobilisation des travailleurs d'ING n'empêche pas m'humour.

 

 

 

Mais c’est la base qui bouge, comme on le voit ce 7 octobre ! Les dirigeants syndicaux vont être forcés d’en tenir compte.

 

 

Si la mobilisation n’est pas générale, elle est malgré tout réelle et très ferme et concerne des travailleurs du secteur privé et du secteur non marchand en plus de ceux du secteur public. La nervosité, aussi, est plus grande. Cela, à cause de la politique de pourrissement menée par le gouvernement et le patronat. Aussi, grâce à la base, le rapport de forces pourrait changer de camp.

 

 

 

Les travailleurs manifestent devant les usines. La base se mobilise !

Les travailleurs manifestent devant les usines. La base se mobilise !

 

 

 

Alors, si en haut, ça a l’apparence du calme, en bas, c’est très agité et cela ne s’arrêtera pas tant que des propositions concrètes et crédibles ne seront pas déposées sur la table.

 

 

Sinon…

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 21:55

 

 

 

Chaque fois que le prix Nobel de l’économie américain Joseph Stiglitz publie un bouquin, c’est un événement.

 

 

Son dernier ouvrage « l’Euro comment la monnaie unique menace l’avenir de l’Europe » n’échappe pas à la règle.

 

 

Enfin, dans l’ambiance de pensée unique qui règne au sein des institutions européennes et qui est imposée par les grands médias à l’opinion publique, voici une voie autorisée extérieure à l’Europe qui se prononce.

 

 

L’auteur commence fort. S’il est favorable à l’idée européenne comme union des peuples, il critique les méthodes utilisées dans ce but en se penchant particulièrement sur l’Euro.

 

 

 

Joseph E Stiglitz dresse un réquisitoire sévère et sans appel contre la conception de l'Euro.

Joseph E Stiglitz dresse un réquisitoire sévère et sans appel contre la conception de l'Euro.

 

 

« Si de nombreux facteurs contribuent aux souffrances de l’Europe, ils sont sous-tendus par une seule erreur : la création de la monnaie unique, l’euro – ou plus exactement, la création d’une monnaie unique sans mise en place d’un ensemble d’institutions qui permettraient à une région aussi diversifiée que l’Europe de fonctionner efficacement avec une monnaie unique. »

 

 

La zone euro était viciée à la naissance.

 

 

Et le constat de Stiglitz est sans appel :

 

 

« La zone euro était viciée dès sa naissance. »

 

 

L’économiste ajoute que la force de l’Europe, c’est sa diversité. Or, l’Euro est conçu de telle manière qu’il ne permet aucune différence économique ou politique au sein des différents Etats membres de l’Union européenne. Stiglitz reproche l’hypercentralisation de la Banque centrale européenne (BCE) et un manque de flexibilité dans la gestion de la politique budgétaire des Etats. On l’observe en effet quotidiennement avec le fameux Pacte de stabilité.

 

 

L’auteur n’en parle pas, mais ajoutons que lorsque les propagandistes de l’Europe parlent de l’euro comme étant la plus grande avancée fédéraliste européenne, ils confondent « fédéralisme » et « centralisme ». Or, le fédéralisme européen conçoit un Etat fédéral centralisé et unitaire.

 

 

Le fédéralisme, c’est l’unité dans la diversité. C’est d’ailleurs la devise de l’Union européenne. Dans un Etat fédéral comme les Etats-Unis, les Etats fédérés ont beaucoup d’autonomie et de compétences propres. L’Etat central représente 20 % du PIB américain et a surtout le pouvoir financier et la politique étrangère et celle de défense dans ses attributions.

 

 

On est loin du compte dans l’Union européenne que l’on compare souvent et à tort aux Etats-Unis. Le budget de l’UE représente à peine… 1% du PIB européen. Mais la structure de l’Union est très centralisée. Elle a une direction bicéphale : le Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement et la Commission européenne. En matière monétaire, la politique est déterminée par la BCE qui est un organe indépendant et privé, n’ayant de comptes à rendre à personne. L’Eurozone est dirigée par l’Eurogroupe qui est composé des ministres des finances des Etats membres de l’Union et la BCE. S’est ajouté à ce duo, en cas de crise, le FMI. La Troïka, elle, est composée de délégués de la Commission, de la BCE et du FMI.

 

 

Les traités (le Pacte de stabilité et le fameux TSCG, entre autres) qui régissent la monnaie unique sont très stricts et ne laissent aucune marge de manœuvre aux Etats-membres. C’est une des causes majeures de la crise économique et sociale que connaît l’Eurozone avec ses conséquences dramatiques pour la population.

 

 

Une monnaie idéologique

 

 

Revenons à Joseph Stiglitz. Il fait une deuxième observation : le concept de l’Euro est purement idéologique. C’est la confiance absolue à la force régulatrice du marché « sans comprendre ses limites. ». C’est la fameuse « main invisible » d’Adam Smith. L’auteur démontre que s’inspirer d’Adam Smith et de Ricardo est absurde : à la fin du XVIIIe siècle, l’économie était rurale et l’industrie était encore dans les limbes. D’autre part, Adam Smith, lui-même, était convaincu du rôle important de l’Etat dans l’économie.

 

 

 

Adam Smith, tout comme Karl Marx pour les gauchistes, a été mal lu par les ultralibéraux.

Adam Smith, tout comme Karl Marx pour les gauchistes, a été mal lu par les ultralibéraux.

 

 

 

Il dénonce le fondamentalisme du marché.

 

 

Donc l’Euro a deux tares :

 

 

« Une idéologie économique erronée, qui dominait à l’époque de la construction de l’euro, et l’absence de solidarité politique profonde. »

 

 

Rappelons que le traité de Maastricht interdit toute solidarité envers un Etat en difficulté. On voit ce que cela donne avec la Grèce, car c’est loin d’être terminé !

 

 

L’Euro qui devait amener à la convergence les différents pays par cette politique très stricte comme les fameux critères dits de convergence, tels les 3 % de déficits par rapport au PIB de chaque Etat-membre de l’eurozone, a conduit en réalité à la divergence !

 

 

Stiglitz rappelle l’exemple de l’Italie. Il y a toujours eu divergence entre le Nord de l’Italie et le Sud. Or, il n’y a ni frontière, ni réglementations, ni monnaies différentes entre les deux régions. Ce sont donc des causes économiques et sociales qui sont responsables de cette divergence au sein d’un même Etat.

 

 

En plus, une des conséquences des divergences existantes dans la zone euro est la fuite des capitaux. Alors que les concepteurs de la monnaie unique pensaient que les capitaux iraient des régions riches vers les pays pauvres, c’est l’inverse qui s’est passé : les capitaux ont fui le Sud pour se réfugier au Nord.

 

 

Il y a aussi la question de taux d’intérêt. La BCE fixe un taux d’intérêt unique, alors que les taux d’intérêt sont différents d’un pays à l’autre. Les économies pauvres et les pays les plus endettés devront payer des intérêts bien plus élevés que les pays riches et à relativement faible déficit.

 

 

En plus, cette conception politique de l’Euro a mené à l’échec, même pour l’Allemagne.

 

 

« L’Allemagne se présente comme un succès, un exemple à suivre pour les autres pays. Son économie a enregistré une croissance de 6,8 % depuis 2007, ce qui signifie que son taux de croissance moyen n’a été que de 0,8 % par an – chiffre qui, en temps normal, serait jugé proche de l’échec. »

 

 

L’auteur constate que c’est le travailleur qui paie la note : le salaire réel a stagné, voire baissé et l’écart entre les plus bas et les moyens revenus s’est creusé de 9 % dans cette période. De plus, la pauvreté et les inégalités se sont accrues considérablement.

 

 

Alors, finalement, l’Allemagne n’a connu un « succès » que par rapport à ses partenaires européens.

 

 

Les partisans de l’Euro répliquent qu’entre 2000 et 2008, année du déclenchement de la crise financière, la convergence a réussi. Donc, l’Euro était le bon choix ! Pour Stiglitz, si, effectivement, la crise financière a entravé l’Euro, il « n’était pas l’innocente victime d’une crise créée ailleurs. »

 

 

Les marchés comme les responsables politiques n’ont pas compris qu’en éliminant le risque des échanges, on n’éliminait pas automatiquement le risque souverain. Au contraire, d’après l’auteur, si on avait permis une certaine souplesse de change, des dettes auraient disparu. « Ils n’ont pas compris que la façon dont on avait créé l’euro avait en fait accru le risque souverain. »

 

 

Rappelons que ce n’est guère étonnant. L’euro a été créé par François Mitterrand qui était malade et qui voulait absolument apporter sa marque à la construction européenne et Helmut Kohl obnubilé par la réunification allemande et qui n’eut guère de difficulté à imposer l’ordolibéralisme allemand. Comment ces hommes pouvaient-ils prévoir les risques qu’ils faisaient prendre à l’économie et aux peuples européens dans cette ambiance à la fois d’euphorie et de fin de règne ?

 

 

 

Helmut Kohl a imposé la conception ordolibérale de l'Euro à François Mitterrand.

Helmut Kohl a imposé la conception ordolibérale de l'Euro à François Mitterrand.

 

 

 

La démocratie bafouée

 

 

Un autre aspect et non des moindres est dénoncé par l’économiste américain. C’est l’absence totale de légitimité démocratique pour un projet aussi fondamental. Certes, il y a eu le référendum français sur le traité de Maastricht où le « oui » l’a emporté avec une très faible marge. Et encore, le débat portait sur la question du fédéralisme face à l’Europe des nations et non sur la monnaie unique. Le Danemark a dit non et ne fait dès lors pas partie de l’Eurozone. La plupart des autres pays ont fait ratifier le traité par la voie parlementaire. Cependant, on ne peut appeler cela un processus démocratique.

 

 

« Ce souci de la légitimité populaire était incompatible avec la politique de la zone Euro qui n’avait jamais été un projet très démocratique. » écrit Stiglitz. En effet, la plupart des Etats-membres n’ont pas sollicité l’avis des peuples. En plus, la BCE est dégagée de toute responsabilité politique. Et on se souvient lors de la crise grecque que le Premier ministre Papandréou n’a pu faire un référendum pour demander au peuple grec s’il approuvait les mesures drastiques imposées par l’Union européenne et la fameuse Troïka. Par après, en juillet 2015, « le gouvernement de Syriza voulait garantir une légitimité démocratique à son acceptation d’un programme si contraire à ce que tant de gens en Grèce avaient demandé, si contraire au résultat des élections de janvier 2015. »

 

 

 

Alexis Tsipras a été écrasé par Angela Merkel au Sommet européen des 12-13 juillet 2015.

Alexis Tsipras a été écrasé par Angela Merkel au Sommet européen des 12-13 juillet 2015.

 

 

On se rappelle ce qu’il est advenu lors du Sommet des 12-13 juillet 2015, les « Européens » écrasèrent littéralement Tsipras avec un « accord » qui ressemblait plus à un diktat. Ce n’était pas Munich, comme on l’a dit, c’était Versailles ! De cela est sorti un troisième « mémorandum » bien plus sévère que les deux précédents contre lesquels Tsipras et ses amis ont été élus !

 

 

Oui, les élites méprisent la démocratie et aussi le peuple. Dans le « Monde diplomatique » de septembre 2016, Anne-Cécile Robert écrit :

 

 

« Par un retournement spectaculaire, dans nos démocraties modernes, ce ne sont plus les électeurs qui choisissent et orientent les élus, ce sont les dirigeants qui jugent les citoyens. C’est ainsi que les Britanniques, comme les Français en 2002 (échec de M. Lionel Jospin au premier tour de l’élection présidentielle) et en 2005 (« non » au référendum sur le traité constitutionnel européen), ont subi une psychanalyse sauvage à la suite du « Brexit » du 23 juin 2016. On peut avancer, sans craindre de se tromper, qu’une telle opération — réalisée presque entièrement à charge avec orchestration médiatique — n’aurait pas été effectuée si le scrutin avait conclu au maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Le principe d’une consultation populaire sur « un sujet aussi important » n’aurait pas davantage été questionné.

 

 

On le sait : un principe à géométrie variable n’est pas un principe, c’est un préjugé. Celui-ci peut être analysé de deux manières : mépris de classe ou haine de la démocratie. Le premier sentiment dégouline assurément de la bouche du toujours subtil Alain Minc : « Ce référendum n’est pas la victoire des peuples sur les élites, mais des gens peu formés sur les gens éduqués. » À aucun moment l’idée n’effleure la classe dirigeante que les citoyens rejettent les traités européens non pas parce qu’ils seraient mal informés, mais parce qu’au contraire ils tirent des leçons tout à fait logiques d’une expérience décevante de près de soixante ans. »

 

 

« Le coupable c’est la victime ! »

 

 

Stiglitz observe à propos de la Grèce.

 

 

« Les effets négatifs de cette structure de la zone euro qui mène presqu’inévitablement à la divergence ont été aggravés par les politiques que cette zone a choisi de suivre, notamment dans ses réactions à la crise de l’euro. Même en respectant les contraintes de la zone euro, on aurait pu mettre en œuvre d’autres politiques que celles-là. On ne l’a pas fait et ce n’est pas une surprise. »

 

 

« Le coupable c’est la victime ! » écrit-il. Oui, la Grèce dirigée par une oligarchie a commis de graves erreurs, mais l’on s’en est aperçu trop tard – ou plutôt, on n’a pas voulu s’en apercevoir, puis que les problèmes existaient déjà lorsqu’on a admis la Grèce dans la zone euro. Ensuite, accuser la Grèce d’avoir à elle seule provoqué la crise de la zone euro est absurde, puisque d’autres pays connaissaient des problèmes similaires à la Grèce. Et aujourd’hui, d’autres pays comme la très « stricte » Finlande et la France connaissent les mêmes difficultés. Rappelez-vous Varoufakis qui estimait que les Français avaient une peur panique de tomber sous la coupe de la Troïka, ce que souhaiterait le distingué M. Schaüble. Et les difficultés budgétaires et économiques de la Belgique pourraient également amener les charmants fonctionnaires de la même Troïka à rendre visite au Plat pays.

 

 

Enfin, le titulaire du Prix Nobel conclut en l’occurrence :

 

 

« Si la théorie de l’Allemagne était juste et si les causes des crises étaient bien les déficits et les dettes – ce qui implique que la meilleure politique de prévention des crises est d’imposer des contraintes rigoureuses sur les déficits et les dettes -, l’Espagne et l’Irlande n’auraient jamais dû avoir de problèmes. (…) C’est la gravité de la crise et sa durée qui ont provoqué les déficits et les dettes et non l’inverse. »

 

 

En clair, cela fait des années qu’en imposant cette absurde politique d’austérité, on nous trompe.

 

 

Ce que ne dit pas Stiglitz ; ce n’est pas uniquement un blocage idéologique, c’est aussi la pression des banques et des entreprises transnationales qui tirent tous les avantages de cette politique d’austérité et de l’affaiblissement de la puissance publique.

 

 

Mais, ces politiques n’ont pas donné le résultat escompté. L’auteur écrit :

 

 

« A l’heure où ce livre va sous presse, un seul des pays en crise (l’Irlande) est revenu à ses niveaux de PIB d’avant crise. Les prévisions de la Troïka ont toujours été démenties par les faits, et de très loin. Elle avait prédit que la croissance reviendrait vite dans les pays en crise. La gravité et la durée des récessions ont été infiniment supérieures à ce que ses modèles avaient anticipés. »

 

 

Une solution est-elle possible ?

 

 

Y a-t-il une solution ? Pareille situation, si elle persiste, mènera l’Union européenne à la catastrophe, sans compter d’autres menaces comme l’attitude des pays d’Europe centrale à l’égard des réfugiés et bien entendu les suites du Brexit.

 

 

Selon Stiglitz, il y a des solutions. Ces solutions doivent user à la fois de souplesse et amener de la convergence. Ainsi, concernant la fuite des capitaux et les taux d’intérêts divergents, l’auteur propose de créer une garantie commune des dépôts bancaires, avec réglementation commune et résolution des défaillances bancaires commune à toute la zone. Enfin, établir au niveau du marché unique une réglementation commune et moins laxiste pour les sociétés financières et le capital financier.

 

 

En ce qui concerne l’Euro, Stiglitz ne veut pas revenir en arrière, aux monnaies nationales, ce qui serait absurde. Il préconise entre autres un mécanisme de flexibilité de la monnaie unique permettant de rétablir un certain niveau de différences de change entre les pays de la zone Euro. Cela permettrait aux pays en difficulté d’avoir un bol d’oxygène pour se redresser au lieu de leur imposer des critères inapplicables et destructeurs.

 

 

 

Pierre Moscovici, le Commissaire européen français aux affires économiques et financières a tout fait pour saboter la réforme des banques et la taxte sur les transactions financières.

Pierre Moscovici, le Commissaire européen français aux affires économiques et financières a tout fait pour saboter la réforme des banques et la taxte sur les transactions financières.

 

 

 

Joseph Stiglitz se rend parfaitement compte de la difficulté de la mise en œuvre de ses solutions. On le sait. Prenons un exemple qui est paru récemment dans la presse : le Commissaire européen au Affaires économiques et financières, le Français (socialiste…) Pierre Moscovici a tout fait pour saboter la réglementation sur la séparation des activités de détail des activités financières des banques et empêcher l’instauration d’une taxe sur les transactions financières, alors qu’il y avait un accord politique sur ces deux points.

 

 

Tant que l’Union européenne sera dirigée par des personnages compromis dans les affaires fiscales, ayant d’étroites relations avec la haute finance et les grandes entreprises transnationales – les exemples sont légion, ces temps-ci -, on ne doit s’attendre à aucune réforme sérieuse.

 

 

C’est de la base que viendra la lumière. Ce seront les peuples qui devront se lever pour imposer le changement. C’est une question de survie. L’avertissement lancé par le Prix Nobel de l’économie, Joseph Stiglitz est sérieux. À nous d’en faire bon usage.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

Joseph E. Stiglitz

Prix Nobel d’économie

 

 

L’Euro comment la monnaie unique menace l’avenir de l’Europe.

 

 

Ed. Les Liens qui Libèrent, Paris, 2016

 

 

ISBN 979-10-209-0406-5

 

Prix 25 € TTC

 

 

 

Un sérieux avertissement de l’extérieur à l’Union européenne
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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 20:47

 

 

 

Inde :

 

 

Le savez-vous ? 150 millions de travailleurs indiens du secteur public ont protesté le 6 septembre en Inde contre la politique économique poursuivie par le Premier ministre Narendra Modi, en particulier ses projets de privatisation.

 

 

Oui, vous avez bien lu : 150 millions ! C’est sans doute la mobilisation la plus importante jamais organisée.

 

 

Dix organisations syndicales ont appelé à manifester pour réclamer du Gouvernement qu’il garantisse la sécurité sociale et une protection de santé pour tous.

 

 

 

Ici une des manifestations à Bombay contre la politique ultralibérale du gouvernement indien

Ici une des manifestations à Bombay contre la politique ultralibérale du gouvernement indien

 

 

 

Bien que cette manifestation ait rassemblé près d’un huitième de la population indienne, les médias internationaux n’en ont guère parlé.

 

 

Evidemment, c’est assez délicat : cela pourrait donner des idées à d’autres…

 

 

Grande Bretagne :

 

 

Jeremy Corbyn a largement gagné les élections internes au Labour Party au grand dam de l’establishment jadis installé par Tony Blair, l’homme de la « troisième voie » vers le néolibéralisme et par ailleurs grand ami de l’ancien président George W Bush de sinistre mémoire.

 

 

 

Jeremy Corbyn est confirmé comme le leader incontesté du Labour en Grande Bretagne.

Jeremy Corbyn est confirmé comme le leader incontesté du Labour en Grande Bretagne.

 

 

 

On a pensé que le « Brexit » serait fatal à Corbyn. Mauvais calcul. Cela ne réjouit pas la grande presse « libérale » britannique. Le dirigeant travailliste n’entre pas dans le schéma.

 

 

Mais, un fait vaut mieux qu’un Lord Maire : Jeremy Corbyn est populaire et a prouvé qu’il est un grand leader capable de changer les choses. A propos de Lord Maire, le nouveau maire de Londres très proche de Blair, Sadiq Khan, a déclaré en mauvais perdant après l’élection : « Le Labour court le plus sérieux danger de mort depuis les années 1980. ».

 

 

Sans doute, mais cela dépend de quel Labour il s’agit…

 

 

France :

 

 

Daniel Cohn Bendit apporte son soutien franc et massif à Emmanuel Macron. L’ancien parlementaire européen a une trouille bleue de retrouver Nicolas Sarkozy face à Marine Le Pen au second tour des élections présidentielles françaises. Hypothèse plausible, reconnaissons-le.

 

 

 

Emmanuel Macron a un soutien actif de Daniel Cohn Bendit. Entre libéraux...

Emmanuel Macron a un soutien actif de Daniel Cohn Bendit. Entre libéraux...

 

 

 

Et pour éviter de se retrouver dans cette configuration, le très écolo-libéral Dany soutient Emmanuel Macron. Selon lui, l'ancien ministre de l'Économie « doit densifier son discours. Il faut qu'il y ait des propositions qui musclent l'histoire qu'il nous raconte la vision qu'il a pour la France, pour l'Europe. Sur l'écologie, il peut mieux faire ».

 

 

Il voit donc l’ancien banquier comme une alternative crédible. Bah ! Entre libéraux...

 

 

France (2) :

 

 

La gaffe. Najat Vallaud Belkacem visitait, en tant que Ministre des Droits des femmes, un hôpital à Lorient. Elle sert la main à un médecin et lui demande :

 

 

 

Najat Vallaud-Belkacem n'est pas à l'abri d'une gaffe !

Najat Vallaud-Belkacem n'est pas à l'abri d'une gaffe !

 

 

 

- Est-ce qu'il arrive que les enfants qui sont reçus ici, arrivent à créer un tel lien de confiance qu'ils souhaitent vous revoir par la suite ?

 

 

Le médecin répond :

 

 

- Alors là, moi non, je suis médecin légiste !

 

 

Eclat de rire général.

 

 

Après tout, n’est-ce pas le rêve de tout politicien que le client ne réclame jamais ?

 

 

Belgique :

 

 

Restructurations : cela continue !

 

 

Après Caterpillar, Axa, P&V, Douwe Egberts, voici ING, la deuxième banque en Belgique qui fait courir la rumeur qu’on y appliquerait la loi Renault.

 

 

ING Belgique a convoque les syndicats le 3 octobre prochain pour un conseil d'entreprise extraordinaire, a appris « L'Echo ». À l'ordre du jour, un point: « Actualisation de notre business plan ».

 

 

 

ING, la banque au lion orange va "dégraisser". Encore des centaines de ménages plongés dans la précarité !

ING, la banque au lion orange va "dégraisser". Encore des centaines de ménages plongés dans la précarité !

 

 

La formule ne laisse aucun doute: une restructuration est imminente au sein de la banque. Dans ses rangs (8.500 équivalents temps plein), beaucoup redoutent depuis des semaines une restructuration majeure, dont les effets sont le plus souvent situés dans le réseau de distribution.

 

 

On notera l'évolution, précise « l’Echo » : il y a quelques jours, la banque assurait qu'il ne s'agissait que de "rumeurs". Même au sommet de l'entreprise, on nous assurait très récemment qu'il n'y avait « rien dans le pipeline ».

 

 

Et puis, selon le quotidien financier belge, le silence gêné de la direction s'explique par la loi Renault qui, en cas de licenciement collectif, impose d'informer le personnel d'abord. En outre, la restructuration, pilotée depuis Amsterdam, siège de la maison mère d'ING, est de portée internationale.

 

 

Donc, après le secteur industriel, l’agroalimentaire, celui des assurances, aujourd’hui les banques ! Quand cela va-t-il se terminer ?

 

 

Notre petit doigt nous dit que ces « restructurations » auraient un lien avec l’application future des traités commerciaux transatlantiques (le TTIP et le CETA).

 

 

Belgique (2) :

 

 

Le parti nationaliste flamand, la NV-A, premier parti du gouvernement de droite du libéral Charles Michel, semble en crise. Deux de ses députés ont claqué la porte. En effet, la formation du bourgmestre d’Anvers a (soi-disant) changé de cap : elle est passée de l’indépendantisme flamand au confédéralisme belge.

 

 

Un changement de cap ? Mais non. Le confédéralisme consiste en une séparation larvée au seul avantage des Flamands. En effet, toute une série de mesures ultralibérales, notamment sur les pensions, favorisent la Flandre.

 

 

 

 

Bart De Wever, président de la NV A, en pleur à l'évocation de la mort de son père. Comment prépare-t-il la mort de l'Etat nation Belgique ?

Bart De Wever, président de la NV A, en pleur à l'évocation de la mort de son père. Comment prépare-t-il la mort de l'Etat nation Belgique ?

 

 

 

Déjà, avec la sixième réforme de l’Etat adoptée sous le gouvernement précédent du PS Elio Di Rupo, il y avait des éléments de confédéralisme, notamment par la régionalisation de pans entiers de la sécurité sociale comme les allocations familiales et plusieurs domaines de l’assurance maladie, sans compter la domination flamande sur ce qui est resté fédéral – par exemple la problématique du numerus clausus des étudiants en médecine au désavantage des francophones.

 

 

Le confédéralisme qui est inéluctable n’est donc qu’une étape vers une séparation future. Cela ira plus lentement, tout simplement parce que Bart De Wever s’est aperçu que demander l’indépendance de la Flandre dans les circonstances actuelles conduirait à l’échec.

 

 

Il sait que le temps joue pour lui. Ce qui n’est pas le cas de ses « partenaires ». Et puis tant que le nationalisme flamand restera ultralibéral, il a de beaux jours devant lui.

 

 

Mais il doit tenir compte de la montée de plus extrême que lui : le néo-nazi Vlaams Belang…

 

 

Un livre :

 

 

La prochaine recension sur « Uranopole » sera consacrée au dernier ouvrage de l’économiste américain, prix Nobel d’économie, Joseph E. Stiglitz intitulé « L’Euro comment la monnaie unique menace l’avenir de l’Europe » (éditions Les Liens qui Libèrent).

 

 

 

Joseph E Stiglitz est sans doute l'analyste le plus rigoureux des enjeux politiques et économiques.

Joseph E Stiglitz est sans doute l'analyste le plus rigoureux des enjeux politiques et économiques.

 

 

 

Une analyse aussi rigoureuse que décapante de l’échec dramatique de la monnaie unique. Un ouvrage qui compte !

 

 

 

Pierre Verhas

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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 10:14

 

 

 

Il ne se passe pas un jour sans qu’on évoque la laïcité. On ne cesse de la proclamer et on ne cesse de la combattre. On oppose la laïcité à l’islam. Nicolas Sarkozy, lors de sa présidence, a tenté de l’affaiblir. Le monde laïque lui-même est divisé quant à sa nature et à son avenir.

 

 

De quelle laïcité parle-t-on ? Il s’agit de la laïcité qui s’est imposée en France par la fameuse loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat et la laïcité « à la Belge » qui, n’étant pas proclamée, est pourtant bien réelle, sont toutes deux menacées de disparition.

 

 

Depuis le début du XXIe siècle, elles subissent une offensive cléricale et dogmatique sans précédent et en plus sont récupérées par des courants extrémistes – dits « populistes » - de plus en plus puissants qui osent s’en revendiquer, surtout par hostilité à l’égard du monde musulman.

 

 

L’offensive cléricale et dogmatique est d’une tout autre nature que celle qui opposa et oppose encore aujourd’hui, mais de manière moins virulente, l’Eglise catholique apostolique romaine au courant de la libre pensée qui se réclame de la laïcité. Un troisième larron est venu se joindre à cette ancienne joute : l’Islam qui monte en puissance aussi bien sur le plan géopolitique qu’à l’intérieur des pays dits laïques.

 

 

Ce combat de titans où se mêle le terrorisme sanguinaire à une remise en question des bases mêmes de la société laïque et démocratique transforme la laïcité en une forteresse assiégée. Et l’histoire nous a appris qu’aucune forteresse n’est invincible.

 

 

Depuis quelques décennies, la laïcité ne se définit plus comme un élément d’émancipation et de progrès mais comme une force opposée à une autre. Or, son histoire fut très riche, car elle amena progressivement la liberté de conscience comme pilier essentiel de notre société.

 

 

Nous souhaitons la laïcité pleine et entière.

 

 

Henri Bartholomeeusen, président du Centre d’action laïque belge (CAL) a rappelé l’apport fondamental de la laïcité dans l’histoire, dans son discours au Sénat de Belgique à l’occasion d’un colloque intitulé Constitution et régime des libertés qui débattait de l’inscription éventuelle de la laïcité dans la Charte fondamentale belge :

 

 

 

Henri Bartholomeeusen est le gardien des principes de base de la laïcité "à la Belge".

Henri Bartholomeeusen est le gardien des principes de base de la laïcité "à la Belge".

 

 

 

« Au sortir des guerres de religion, ce concept repose sur deux propositions: nul n’est tenu d’avoir une religion plutôt qu’une autre; nul n’est tenu de n’en avoir aucune.

 

 

Il s’agit là d’un progrès considérable puisque le citoyen n’est plus tenu d’appartenir à la religion du roi. Il demeure que si vous êtes libre de choisir votre religion, c’est à la condition d’en avoir une. L’athée n’est donc pas toléré. Avec un homme sans foi, donc, sans loi, il n’est pas possible de construire du lien social.

 

 

En traversant le Channel, le concept va subir l’influence des Lumières et s’élargir à une troisième proposition. Il se déclinera dorénavant comme suit: nul n’est tenu d’avoir une religion plutôt qu’une autre; nul n’est tenu de n’en avoir aucune; nul n’est tenu d’en avoir une plutôt qu’aucune. »

 

 

Et il ajoute :

 

 

« Pour y accéder [à la laïcité], outre ce régime de liberté, il faudra ajouter une exigence, l’impartialité du prince. La tolérance ne suffit pas. La liberté ne suffit plus. Elle doit être garantie au citoyen. Elle exige son émancipation par le partage des savoirs et le libre examen. »

 

 

Ajoutons qu’il y a des conceptions différentes de la laïcité dans le monde laïque même. Le président du CAL affirme de son côté :

 

 

« … la laïcité, c’est le principe à la fois politique et humaniste qui fonde le régime des libertés et des droits humains sur l’impartialité d’un pouvoir civil démocratique qui s’oblige, quant à lui, à contribuer à l’émancipation des citoyens. La laïcité n’est donc pas plurielle dans sa définition. L’adjectiver revient à la dénaturer. Nous la voulons sans attribut, minimaliste, distincte de l’infinité des actions qu’elle peut fonder, mais nous la souhaitons pleine et entière. »

 

 

D’autres pensent différemment. Ainsi, Hervé Hasquin, ancien président de l’ULB, ancien ministre libéral et actuel secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Belgique, qui dit être tombé dans la marmite laïque lorsqu’il était petit, affirme dans une interview à La Libre Belgique du 9 septembre consacrée au débat sur l’éventuelle inscription de la laïcité dans la Constitution :

 

 

 

Hervé Hasquin, secrétaire perpétuel de l'Académie royale de Belgique, est partisan d'une laïcité plurielle.

Hervé Hasquin, secrétaire perpétuel de l'Académie royale de Belgique, est partisan d'une laïcité plurielle.

 

 

 

« La nôtre [laïcité] en Belgique, n’en déplaise à quelques têtes mitrées du courant laïque, est vraiment plurielle. Dès lors, à quoi servirait-il sur le plan juridique de la couler dans notre charte fondamentale ? »

 

 

On s’aime dans le microcosme laïque belge !

 

 

Hasquin ajoute :

 

 

« Le contexte conflictuel qui ne manquera pas de se renforcer pourrait surtout donner du grain à moudre aux islamophobes de toute espèce. Et se retourner contre les laïques car le risque est réel que le combat des démocrates contre les barbares ne soit perçu comme un combat chrétien contre l’islam. Et la laïcité pourrait être instrumentalisée par les extrémistes. Le conditionnel n’est plus de mise Outre-quiévrain : la radicalisation de certains laïques a ouvert une brèche dans laquelle s’est engouffrée la droite extrême et l’extrême droite de l’Hexagone qui ont récupéré la laïcité. »

 

 

En effet, l’islamophobie qui est considérée par certains laïques comme une invention de musulmans extrémistes se développe de plus en plus dans notre société où aussi bien suite au terrorisme qu’à cause de la crise économique et sociale où, comme toujours, on cherche un bouc émissaire. L’afflux mal maîtrisés par les autorités des pays européens de réfugiés d’Afrique et de Moyen-Orient n’arrange évidemment en rien les choses.

 

 

Où il est question d’islamophobie

 

 

Cependant, la laïcité ne doit pas se positionner en tant qu’ennemie de l’Islam qui est une réalité dont on doit tenir compte. Or, un des phares de la laïcité, une Elisabeth Badinter a dit le 6 janvier 2016 à France Inter :

 

 

« Il faut s'accrocher et il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d'islamophobe, qui a été pendant pas mal d'années le stop absolu, l'interdiction de parler et presque la suspicion sur la laïcité. A partir du moment où les gens auront compris que c'est une arme contre la laïcité, peut-être qu'ils pourront laisser leur peur de côté pour dire les choses. »

 

 

 

Elisabeth Badinter a jeté un fameux pavé dans la mare à France Inter.

Elisabeth Badinter a jeté un fameux pavé dans la mare à France Inter.

 

 

 

Donc, la philosophe refuse de prendre l’islamophobie au sérieux. Elle considère même que l’accusation d’islamophobie discrédite la laïcité, sous-entendu que le concept « islamophobie » a été inventé pour cela !

 

 

Et elle ajoute :

 

 

« La laïcité, devenue synonyme d’islamophobie, a été abandonnée à Marine Le Pen. Cela, je ne le pardonne pas à la gauche. »

 

 

Mme Badinter a là en partie raison. Comme l’explique Hervé Hasquin, mais avec une autre analyse, l’extrême-droite s’est emparée de la laïcité comme d’une arme pour fustiger les musulmans. Mais, cela parce que les laïques n’ont pas combattu l’islamophobie.

 

 

Certains prétendent que le terme islamophobie a été inventé par les islamistes, dont le fameux Tariq Ramadan, pour empêcher toute critique de la religion islamique. D’autres disent qu’il s’agit d’une forme particulièrement perverse de racisme.

 

 

Alors, qu’entend-on eu juste par « islamophobie » ? Dans le journal en ligne Mediapart, du 15 septembre 2016, Guillaume Weill Raynal, ancien avocat au barreau de Paris, aujourd’hui essayiste, met les choses au point :

 

 

 

Guillaume Weill Raynal a le mérite d'être clair !

Guillaume Weill Raynal a le mérite d'être clair !

 

 

 

« Il ne s’agit bien évidemment pas de la Shoah, auquel cas le parallèle serait effectivement scandaleux. Mais le discours islamophobe qui gagne chaque jour un plus de terrain ressemble en tous points aux théories antisémites qui fleurissaient en France dans les années 30 : il repose sur une base largement fantasmatique à laquelle une construction savante donne les apparences de la vérité et de l’évidence. Il essentialise et stigmatise une population prise dans son ensemble. Enfin, il est soutenu et développé par des figures majeures du paysage intellectuel et politique. Au final, l’opinion finit par être persuadée de l’existence d’un « problème musulman » comme on avait réussi naguère à la convaincre de l’existence d’une « question juive ». »

 

 

Le fantasme de l’islamiste sanguinaire

 

 

En effet, il est de bon ton d’accuser les musulmans d’envahir l’Europe pour y imposer la loi coranique, la fameuse charia. M. Weill Raynal ajoute :

 

 

« Au Moyen-Orient, les fanatiques de Daech qui haïssent nos mœurs et notre liberté auraient, pour ce seul motif, lancé une vaste offensive dont les terroristes qui ont ensanglanté la France et la Belgique seraient le fer de lance et dont une large partie des musulmans, français ou résidents, seraient les avant-postes, soit par leur silence complice, soit - pire – par l’affichage de signes « ostensibles » contraires à l’ordre public car niant les valeurs de laïcité et d’égalité hommes-femmes. »

 

 

Ici, si le fantasme de l’islamiste sanguinaire envahisseur relève d’une obsession raciste similaire à celle de l’antisémitisme des années 1930 qui voyait le Juif comme le « fer de lance » de la dictature cosmopolite qu’il mettrait en œuvre avec les francs-maçons, il faut aussi dénoncer les graves dérives communautaristes se déroulant dans les « banlieues » et les « quartiers », dérives dont sont particulièrement victimes les femmes et où s’épanouit un microcosme wahhabite et où se forment, comme cela a été le cas à Molenbeek, les petits soldats du terrorisme « daechien ».

 

 

Mais généraliser ce phénomène à la totalité des musulmans vivant en Europe relève du racisme. Et c’est bien cela l’islamophobie. C’est ce que dénonce Weill Raynal :

 

 

« … rien ne permet d’affirmer qu’une population prise dans son ensemble (les précautions de langage qui prétendent ne viser que « certains musulmans » ne trompent personne), serait complice à quelque titre que ce soit des terroristes ou de Daech du seul fait qu'elle lit le Coran, mange halal, et porte sur la voie publique ou sur la plage une tenue vestimentaire dont chacun est libre par ailleurs d’estimer et de dire qu’elle est peut-être la manifestation d’une pudeur excessive ou d’une tradition archaïque. Il en faut plus pour contrevenir à l’ordre public. Oser affirmer que cette population représenterait un danger sur notre territoire, c'est effectivement revenir aux années 30. »

 

 

En outre, c’est donner de l’eau au moulin des islamistes qui, ainsi, exploitent les frustrations provoquées par ce rejet.

 

 

D’ailleurs, Guillaume Weill Raynal rappelle comment est pratiquée la fameuse loi de 1905.

 

 

« L’islam serait contraire à la laïcité ? La belle affaire ! C'est le cas des autres religions monothéistes qui, par essence, portent une vision du monde que l’athéisme républicain ignore et que les pouvoirs publics tolèrent – au sens de notre constitution - sans lui reconnaitre la moindre valeur normative sur le plan juridique.

 

 

La laïcité repose précisément sur le respect absolu de cette frontière infranchissable. C'est à ce titre que les rédacteurs de la loi de 1905 s’étaient vigoureusement opposés à l’interdiction du port en public de la soutane, estimant qu’il ne s’agissait pas, selon la loi républicaine, d’un vêtement religieux contraire à l’ordre public, mais d’un simple vêtement « comme les autres ». Chacun est libre de s’afficher dans la rue comme il le souhaite. »

 

 

La laïcité s’accommode mal d’interdits !

 

 

En clair, la loi d’interdiction du port du voile votée en France est donc contraire à la loi de 1905 qui est la clé de voûte de la laïcité française ! De même, les interdictions décrétées dans la plupart des écoles de Belgique – le législateur n’a pas eu le courage de trancher la question – sont sources de conflits inextricables.

 

 

La laïcité s’accommode mal d’interdits ! Parce que ce n’est pas sa nature, tout simplement ! Henri Bartholomeeusen le rappelle dans son discours :

 

 

« Parce que la laïcité est un principe politique et humaniste qui oblige les pouvoirs publics, parce qu’elle ne se limite pas à la séparation des Églises et de l’État, parce qu’elle diffère d’un régime de neutralité ou de tolérance à l’anglo-saxonne, parce que la laïcité se fonde sur les libertés indissociables des droits humains, sur l’égalité et la solidarité, la laïcité est le principe universel d’impartialité objective qui autorise le régime des libertés. »

 

 

Et c’est parce que certains laïques ont milité pour restreindre une liberté au nom de LA liberté, c’est-à-dire la liberté de se vêtir comme on l’entend, c’est une des principales raisons pour laquelle elle ne fonctionne plus. Là est le danger.

 

 

Un de mes amis, enseignant retraité, laïque convaincu, militant de la Ligue de l’enseignement, a eu une parole très juste il y a peu : « La laïcité doit toujours se positionner contre quelque-chose. »

 

 

Et c’est son point faible. Les militants de la laïcité ont toujours été minoritaires dans des pays comme la France ou la Belgique où l’Eglise catholique jusqu’il y a peu imposait son modèle culturel et éthique. Les luttes pour la dépénalisation de l’avortement, la légalisation de l’euthanasie, le mariage homosexuel ne sont toujours pas terminées. Et, en ce domaine, les catholiques ont reçu un renfort de taille avec les imams musulmans qui imposent une infériorisation de la femme et appellent au combat, parfois violent, contre l’homosexualité.

 

 

Mais, si ce principe fondamental de l’égalité hommes – femmes ne souffre aucune dérogation, la laïcité ne peut être un bloc monolithique qui impose à tous un seul modèle.

 

 

La laïcité peut devenir elle aussi totalitaire. Hervé Hasquin a raison de rappeler :

 

 

« la laïcité doit donc se rendre compte une fois pour toutes que l’assimilation et l’uniformisation sont des leurres. Il faut, au contraire, une laïcité accueillante aux problèmes culturels et religieux; l’important est de mettre en exergue un socle commun de droits. La laïcité politique et juridique ne doit pas devenir une conviction spirituelle de plus mais rester plurielle. Elle ne peut pas faire table rase du passé, des traditions et des cultures sous peine de devenir elle aussi totalitaire »

 

 

De son côté, le philosophe français Etienne Balibar précise dans une tribune à Libération du 30 août 2016 – en plein dans la rocambolesque affaire du burkini :

 

 

 

Le philosophe français Etienne Balibar distingue deux conceptions de la laïcité.

Le philosophe français Etienne Balibar distingue deux conceptions de la laïcité.

 

 

 

« Grâce à l’ordonnance du Conseil d’Etat [le Conseil d’Etat français avait abrogé les arrêtés d’interdiction du port du burkini dans certaines communes de la Côte d’Azur], on évitera de voir en France une police des mœurs, chargée non de forcer les femmes à porter le voile, mais de les forcer à l’ôter. L’exercice des libertés doit primer dans toute la mesure du possible sur les exigences de l’ordre public, qui par définition les restreignent. »

 

 

Balibar distingue deux conceptions de la laïcité – on retrouve ici le débat Bartholomeeusen Hasquin :

 

 

« La première inclut la laïcité comme une pièce essentielle du primat « normatif » de l’ordre public sur les activités et les opinions privées, la seconde pose l’autonomie de la société civile, dont relèvent les libertés de conscience et d’expression comme norme dont l’Etat doit se faire le serviteur et le garant. »

 

 

Et il voit le danger :

 

 

« Obsédée par la nécessité de faire barrage au « communautarisme », elle [la laïcité] en vient donc à construire (…) un communautarisme d’Etat. Mais il y a plus grave, surtout dans la conjoncture actuelle : le symétrique, ou le synonyme inversé, de l’assimilation, c’est l’acculturation. »

 

 

C’est ce que le philosophe appelle la « laïcité identitaire » qu’il met en parallèle avec l’offensive islamiste.

 

 

Ne pas rejouer les anciennes batailles à l’identique.

 

 

Enfin, Balibar dénonce :

 

 

« A l’évidence, le surgissement de ce monstre qu’est la laïcité identitaire n’est pas un phénomène isolable des multiples tendances à l’exacerbation des nationalismes et au « choc des civilisations » qui, en liaison avec d’extrêmes violences, se reproduisent dans le monde actuel. (…) Réagir est vital. Mais il faut comprendre ce qui se passe, retracer les « fronts » et ne pas rejouer les anciennes batailles à l’identique. »

 

 

La laïcité, si elle s’accommode mal d’interdits, doit s’accommoder de la diversité.

 

 

C’est en cela qu’elle doit être plurielle si elle veut maintenir et consolider ses piliers fondamentaux : la liberté de conscience, l’égalité hommes – femmes et la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Sinon, elle risque d’être totalitaire et de devenir un facteur de guerre.

 

 

 

 

Pierre Verhas

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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 22:46

 

 

 

Notre ami Bernard Gensane publie sur son blog un article de Madame Liliane Held-Khawam, économiste d’entreprise, blogueuse et auteure de nombreux ouvrages et articles sur les relations entre l’homme et le travail (ici, blog de Liliane Held-Khawam), article consacré à l'esclavage moderne présent dans le monde entier. Il complète l’article précédent de Luis Basurto publié sur Uranopole et qui traitait plus spécifiquement de la traite négrière des pays de la péninsule arabique. Ici, il s’agit d’une vision globale de ce phénomène dramatique qui réduit l’être humain, enfant, femme, homme à l’état bestial pour le plus grand intérêt des entreprises transnationales.

 

 

L’esclavage que l’on pensait être éradiqué, est à nouveau un problème majeur dans le monde.

 

 

Voici des extraits de l'article de Madame Liliane Held-Khawam :

 

 

 

L'esclavage des enfants prend des proportions dramatiques et, comme d'habitude, on ferme les yeux !

L'esclavage des enfants prend des proportions dramatiques et, comme d'habitude, on ferme les yeux !

 

 

 

La mondialisation s’est accommodée dangereusement d’une détérioration des conditions de travail et de la soumission de l’homme à une croissance et une compétitivité pathologiques.

 

 

La croissance du rendement est une résultante qui vise à maximiser le chiffre d’affaires et à minimiser les dépenses.

 

 

Toutes les possibilités ont été utilisées. Cela va des délocalisations vers des pays à salaires « low cost » en passant par des investissements technologiques qui remplaceraient l’humain.

 

 

Il faut dire que les rubriques, masse et charges salariales, sont les plus importantes du compte d’exploitation d’une entreprise. Une optimisation à toute épreuve dans la circulation des forces de travail a été mise au point.

 

 

Nous avons vu le contrat zéro heure des britanniques dans lequel vous êtes engagé mais sans vous garantir le moindre travail ou le moindre revenu.

 

 

Nous avons vu le mini-job des Allemands qui vous rémunère à moins de 5 euros de l’heure.

 

 

C’est tout naturellement que la France, contrariée par une forte présence de résistants a été retardée dans cette « réforme » qui vise à « moderniser » le contrat du travail. Mais grâce au 49.3, cet article qui s’affranchit de la démocratie, la loi el Khomri est entrée en vigueur cet été (août 2016).

 

 

La Chine, coqueluche de la sous-traitance des immenses firmes transnationales de la technologie et du Casino planétaire est une jungle en termes de droit du travail. Regardez ce qu’écrivait en 2010 un célèbre blogueur, Chang Ping au sujet de Foxconn, fournisseur Taiwanais de composants électroniques (déjà évoqué sur le blog Uranopole, NDLR) :

 

 

« On dit en Chine que Foxconn est seul à pouvoir prétendre au titre de « Roi mondial des sous-traitants ». Ce titre ne fait pas référence au nombre de ses employés, mais plutôt à un environnement social et politique. Grâce aux impôts colossaux qu’il reverse à la collectivité, Foxconn a gagné un poids politique qui dépasse de loin son influence économique. Bien qu’il existe des lois régissant le travail en Chine, Foxconn a eu la liberté de mettre au point un système de management grâce auquel il tire une grosse partie de ses bénéfices en forçant ses employés à faire des heures supplémentaires. Même la police de Shenzen ne peut facilement faire respecter la loi au sein des installations de Foxconn, ce sont en effet des agents de sécurité privés qui y jouent le rôle de la police ».

 

 

Le rapport recense 6 problèmes majeurs :

 

 

1. Bas salaires et durées de travail excessives ;

 

 

2. Management militaire : obéissance absolue, système de quotas de production, punitions et harcèlements inhumains ;

 

 

3. Manque de prévention et de traitement des maladies professionnelles et des accidents du travail ;

 

 

4. Exploitation des étudiants stagiaires ;

 

 

5. Sévérité dans la gestion des dortoirs des ouvriers ;

 

 

6. Inefficacité des syndicats et des systèmes de doléance.

 

 

Remarquez au passage que ce genre de conditions de travail et d’embauche se multiplient, même dans les pays d’Europe occidentale qui sont sensés protéger légalement les travailleurs, mais la vague ultralibérale démolit systématiquement cette protection - loi El Khomri en France, projet de loi Peeters en Belgique. (NDLR)

 

 

La Suisse est certainement une des meilleures élèves du Casino, mais pour d’autres raisons. Elle licencie facilement mais surtout, elle a la capacité de refuser d’indemniser bon nombre de chômeurs dont les droits peuvent être contestés par l’armada de juristes à disposition de l’Etat… Moins l’Etat dédommage les prestations sociales et plus l’argent à consacrer aux travaux inutiles augmente. Ces ouvrages qui confinent à l’absurde et qui vont jusqu’à remplacer une bordure de trottoirs normale par de jolis et luxueux blocs de granit. Inutiles et absurdes pour vous et moi mais qui font tellement le bonheur des firmes transnationales du génie civil et du bâtiment… Vous savez ces grands groupes qui sont les futurs employeurs de nos élus quand ceux-ci prennent leur retraite… Comme quoi l’utilité est une fonction relative et subjective, surtout quand on la finance avec l’argent des autres.

 

 

A l’heure actuelle, nous arrivons au stade où des pillages légalisés jettent des gens à la rue. Des gens qui ne sont pas paresseux mais qui sont lésés et véritablement exploités (Je ne suis pas de gauche. Promis!). Oui un travailleur ne devrait pas être SDF. C’est un non-sens si cette personne est payée normalement au prix d’un VRAI marché.

 

 

Mais si la personne est exploitée et que les autorités ferment les yeux pour laisser des patrons voyous s’engraisser, alors TOUT devient possible. Tout et plus encore comme de détourner l’usage des impôts de leur finalité première pour financer de faux travaux !

 

 

Vous pensiez avoir assisté au pire avec les dérives de la gouvernance publique ? Eh bien pas du tout ! Il y a pire ! La logique implacable des managers technocrates totalement déshumanisée qui font la chasse au moindre franc dépensé depuis leurs bureaux coupés du monde s’accommode fort bien non seulement de l’appauvrissement de la société mais aussi de l’esclavage.

 

 

Le chiffre de l’esclavage moderne est en progression constante. Il est mondialisé tout comme les activités financières des voyous du casino. En 2016, ils étaient 45.8 millions alors qu’ils « n »’ étaient que 36 millions en 2014 selon Free walk. Une sacrée croissance pour un business hautement rentable.

 

 

L’esclavage d’enfants compte dans une proportion d’environ un tiers des données publiées. Des millions d’enfants sont donc ainsi exploités et abusés au profit des grandes marques, marionnettes des traders des marchés financiers. Ce sont eux les acheteurs des matières premières dans une économie de marché.

 

 

Ces firmes transnationales qui appartiennent au casino de la finance sont les mêmes qui dorment sur des fortunes extraordinaires dans les paradis fiscaux anglo-saxons. L’affaire est bonne, les bonus aussi. Alors on regarde ailleurs et on continue de rédiger des chartes inutiles dans ces mêmes bureaux aseptisés. On s’achète en quelque sorte une bonne conscience…

 

 

Ces firmes sont aussi celles qui sont installées à Bruxelles ou sous la Coupole fédérale en tant que groupes d’influence et qui dictent règlements et normes. Mais voilà l’affaire est bonne pour les partis politiques et le recyclage luxueux des dirigeants politiques.

 

 

La paix, centre de toutes les palabres officielles commencent par un minimum de justice et de dignité à offrir au plus faible. Aucune paix n’est possible tant que ces êtres fragiles sont abusés. Oui c’est un abus légalisé puisque leurs clients finaux sont au pouvoir directement ou indirectement via certains dirigeants corrompus.

 

 

Des crevettes pêchées par des esclaves asiatiques sont vendues dans les supermarchés occidentaux. C’est ce que révélait, en juin dernier, une enquête du quotidien britannique The Guardian. Le reportage avait choqué tout le monde: les lecteurs, les consommateurs et les acheteurs de l’entreprise visée, Charoen Pokphand (CP) Foods. Ce producteur de crevettes basé en Thaïlande est en effet le principal fournisseur mondial des géants de la grande distribution comme Walmart, Costco, Aldi et Carrefour. Il est accusé d’acheter de la nourriture pour ses élevages à des fournisseurs impliqués dans un vaste réseau d’esclavage de migrants venus de Birmanie ou du Cambodge…

 

 

Mais ce cas est loin d’être isolé. En Thaïlande, près de 300 000 esclaves travaillent dans l’industrie de la pêche, selon les propres chiffres du gouvernement. Et le nouveau rapport « the global slavery Index 2014 » publié le 17 novembre par une organisation non gouvernementale (ONG) mondiale, Walk Free, estime à 35,8 millions le nombre de personnes qui, dans le monde, sont victimes d’esclavage moderne (travail forcé, d’exploitation sexuelle, de traite d’êtres humains, ou de servitude pour dette ou de mariage forcé/arrangé).

 

 

 

 

Liliane Held-Khawam

 

 

 

 

 

 

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