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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 23:30

Les Jeux Olympiques sont enfin terminés ! Quinze jours d’envahissement médiatique pour cette manifestation quadri annuelle d’affrontements nationalistes et de déification de l’argent dont les pions sont les athlètes qui consentent des efforts surhumains pour obtenir une breloque appelée médaille.

 

S’il fallait donner la médaille de l’hypocrisie, elle reviendrait sans conteste à la Belgique. Plongé dans l’austérité, le pays siège des institutions européennes n’a pas hésité à mettre les petits plats dans les grands. Le Comité Olympique Interfédéral ([1]) Belge (COIB) a envoyé la plus forte délégation de compétiteurs depuis plusieurs olympiades. Et ne comptons pas les entraîneurs, les soigneurs, les sponsors et les éternels parasites qui ont l’art consommé de se faire inviter aux frais de la princesse à ce genre de sauteries. Le Comité a ouvert à Londres une « Belgian house » pour des réceptions haut de gamme qui a coûté mille fois plus que la fine couche d’or qui recouvre les breloques olympiques. Et, cerise sur le gâteau : le tout rehaussé par la présence furtive de nos Princes héritiers.  Avec cela, on allait voir ce que l’on allait voir ! La Belgique allait rafler une moisson de médailles. Le tout était mené par le très bling bling président Pierre-Olivier Beckers qui fait de l’olympic management !

 

 PO-Beckers.jpg

Pierre Olivier Beckers, président du COIB : management et olympisme

 

 

Un personnage bien de notre temps, ce Beckers. Pur rejeton de la haute bourgeoisie francophone bruxelloise, diplômé de Louvain et de Harvard, membre de l’establishment belge, patron dans la chaîne de grande distribution Delhaize, il a été en plus anobli par Albert II qui a un faible pour l’aristocratie d’argent. Elu une fois manager de l’année, il est en outre président du COIB. Portant beau, entre deux âges, il aime se pavaner. Il doit faire un tabac dans les soirées mondaines.

 

L’argent ? Surtout celui des autres. Après un départ en fanfare, la vérité ! Et là, c’est autre chose. Cyclisme ? En dessous de tout. Equitation ? Pas bien mieux. Tennis ? La faute à pas de chance, sans doute. Et, surprise ! Un petit amateur au tir à la carabine couché qui décroche la médaille d’argent. Qui c’est ? Ah oui ! Celui-là, Cox, le petit au bout de la liste. Lots de consolation : au judo, aux régates, deux médailles de bronze. Bah ! C’est toujours ça ! Mieux que rien. Mais, attendez ! Ce n’est pas fini. Il y a les frères Borlée.

 

Les Borlée ? C’est un système à eux seuls. Un père tyrannique qui veut faire de ses deux rejetons des superchampions. Il ne vit que pour cela et les fait vivre uniquement pour cela. La philosophie de la gagne. Tiens ! Avez-vous remarqué qu’ils ne sourient jamais ? L’ennui, il y a plus forts qu’eux. OK ! Ils sont arrivés par deux fois en finale, c’est un exploit, mais cela n’a pas été plus loin. C’est terrible de voir ces deux jeunes hommes soumis à un entraînement quasi surhumain, échouer à la dernière ligne droite. Mens sana in corpore sano, disaient les Romains. Un esprit sain ne se consacre pas totalement à une seule chose. La vie est trop belle pour laisser le monde passer à ses côtés.

 

 Freres_Borlee.jpg

Jonathan et Kevin Borlée : un seul but et rien d'autre

 

 

Alors, Beckers, notre CEO du COIB, au lieu de faire profil bas, après ce bilan fort peu bénéficiaire, attaque. Et qui attaque-t-il ? L’Etat. Le contribuable ne donne pas assez de moyens pour le sport de haut niveau. C’est pour cela que cela n’a pas marché. Il y va fort notre bellâtre : un bon ultralibéral ne fait pas appel à l’Etat ! Voyons ! Mais non, ce n’est pas cela. C’est bien plus subtil.

 

En donnant du blé au sport de haut niveau, cela se fera forcément au détriment du sport populaire et du sport scolaire. En agissant ainsi, on enlève au sport sa faculté pédagogique et sa contribution essentielle à la santé publique. Mais, cela importe peu au Sieur Beckers. Les sponsors viendront si l’Etat investit dans le sport olympique. La boucle est bouclée : la puissance publique est la vache à lait pour permettre aux sponsors d’empocher un maximum.

 

Tiens, M. Beckers ne s’est-il pas posé la question de savoir comment procèdent certains Etats du Tiers-monde ? La Jamaïque, par exemple. C’est sans doute trop loin pour notre charmant président de l’olympisme belge.

 

  

Pierre Verhas



[1] Il fallait bien ce qualificatif pour se conformer à la Belgique fédérale en réforme permanente.

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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 21:34
On ne dispose d'aucune information fiable sur les événements en Syrie. La « pensée unique » nous présente un conflit manichéen entre le « méchant » Assad et les « vaillants » rebelles qui cherchent à instaurer la démocratie dans ce pays. La source d’informations principales à la presse et aux médias occidentaux est l’Observatoire syrien des droits de l’homme qui est un organisme financé par l’Arabie Saoudite et le Qatar. Cela semble être une référence dont l’objectivité prête à cautions.
 
Il n’est pas dans notre intention de donner un chèque en blanc aux « rebelles », ni de défendre le régime de Bachar Al Assad qui est une dictature sanguinaire. On le sait depuis des lustres ! Feu son père, Hafez  Al Assad, n’était pas en reste. Cela n’a pas empêché les dirigeants européens – et plus spécialement l’ex-président français Nicolas Sarkozy – d’accueillir le chef d’Etat syrien en grandes pompes. Qui sait ? Il était encore « fréquentable », tout comme son homologue Khadafi, et potentiellement un excellent client pour les armes produites par Dassault et Lagardère, grands amis de l’Ex.
 
Mais aujourd’hui, la donne a changé. La Syrie, alliée de l’Iran, est désormais gênante. Et l’Iran est devenu le nouvel « empire du mal », aussi faut-il éliminer ce régime qui pourrait entraver les projets de neutralisation de la République islamique d’Iran. Cette alliance bizarre entre les USA, l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie et Israël  ne va certainement pas faire progresser les choses dans cette région du monde et encore moins contribuer à la paix, d’autant plus qu’il pourrait de nouveau y avoir des tensions entre Israël et la Turquie. Comme mic mac, on ne fait pas mieux !
 
En attendant, pour mieux comprendre, voici l’interview d’une journaliste allemande installée en Syrie, Madame Karin Leukefeld, qui nous donne un regard tout à fait différent de celui que veulent bien nous fournir nos médias « libres ». Cette interview a été publiée par le site « Le Grand Soir », que nous citons régulièrement et que nous conseillons à nos lecteurs. (http://www.legrandsoir.info/)
 
Bonne lecture
 
 
 
jeudi 9 août 2012

Entretien avec Karin Leukefeld, journaliste indépendante allemande installée en Syrie
« Parmi la population, personne ne veut de cette guerre »

Karin Leukefeld
 
 
karin_Leukefeld.jpg
Karin Leukefeld : un autre point de vue
 
Mme Leukefeld, on entend constamment dans les médias que les insurgés se seraient désormais emparés de la capitale syrienne, qui serait « libérée ». Comment cette libération est vécue par la population syrienne ? Comment la population syrienne perçoit-elle ces insurgés ?
 
Tout d’abord, je dois dire que cette représentation n’est pas tout à fait correcte. Damas est une ville de plusieurs millions d’habitants, près de deux millions dans le centre, quatre millions environ dans la banlieue. Les insurgés sont forts avant tout dans les communes autour de Damas. Ils y ont livré des combats qui les ont opposés aux forces de l’ordre et à l’armée. La semaine passée, il y eut ce qu’on a appelé l’opération Volcan de Damas, un assaut sur la ville de Damas. Depuis, les rebelles ont bien avancé vers le centre de Damas, prenant d’assaut plusieurs postes de police.
 
Ainsi dans le quartier où je réside, on a entendu très nettement ces affrontements. Ces derniers jours, les tirs se sont tellement rapprochés que je ne pouvais plus quitter ma maison. Mais ces groupes ont été repoussés après une opération militaire de grosse envergure. L’armée syrienne utilise tous les armements à sa disposition, chars et artillerie compris. Des hélicoptères auraient été détruits par ailleurs. De ce que j’ai pu voir, je ne peux le confirmer. Mais les dix derniers jours ont été marqués de façon ininterrompue par des opérations militaires de grosse ampleur, dans la périphérie de Damas. Depuis samedi dernier, la ville a toutefois retroué son calme. Les gens essaient de retrouver une vie quotidienne normale. Les marchés ont rouvert, le trafic routier a repris – à un rythme certes moins élevé que d’habitude, mais il faut dire qu’on est en plein Ramadan.
 
De quel soutien les insurgés bénéficient-ils au sein de la population, et plus précisément dans la population sunnite ?
 
Je ne demande pas aux gens leur confession quand je leur parle... Je vis actuellement dans un petit hôtel qui était presque vide au départ, mais depuis le début des attaques, il affiche complet. Beaucoup de gens se sont placés avec leurs enfants et un peu d’affaires en sécurité car ils ne savent pas comment les choses vont évoluer. Ces gens n’ont aucune sympathie pour les insurgés armés. Même si ils sentent bien que quelque chose doit changer dans la politique Syrienne, ils rejettent la violence. Dans la banlieue de Damas, par exemple dans des communes comme Jdeideh Artuz, Qutseiya ou Tadmoun, il existe probablement une base de soutien pour les forces armées, sinon ils ne pourraient s’installer dans ces régions comme ils l’ont fait. Et on peut aussi se demander si le soutien de la population est vraiment volontaire. On entend beaucoup de cas d’intimidation. Des cas par exemple de personnes devant fermer leurs magasins. Des appels sont lancés à la population, pour qu’elle prenne les armes et rejoigne les insurgés. C’est un chef de famille qui m’a dit : « J’ai un couteau de famille, pourquoi prendre les armes ! Je refuse. La sécurité de ma famille est la chose la plus importante. »
 
Je voudrais avoir des informations plus précises sur la situation des minorités ethniques et religieuses en Syrie. A Damas, 15% de la population est chrétienne – comment leur vie a changé depuis le déclenchement du conflit armé ?
 
Je connais beaucoup de chrétiens en Syrie et j’ai des amis chrétiens ici – dont beaucoup vivent dans la vieille ville de Damas, près de Bab Touma, et c’est plutôt calme par là-bas. Les gens vaquent à leurs occupations quotidiennes. Il y a deux jours, je parlais à un jeune homme qui me demandait : « Que pensez-vous des informations venant de l’étranger », je lui ai répondu : « J’ai l’impression que beaucoup ne savent pas vraiment ce qui se passe ici ». Il était au bord des larmes pour me dire : « Nous ne savons pas quoi faire pour faire passer des informations à l’étranger, sur ce qui se passe réellement ici ». On se sent isolé, incompris, comme si on décrivait la situation d’un conflit dans un autre pays. Je crois que c’est un souci pour beaucoup de gens, qui ont l’impression que, hors de Syrie, on se fait une représentation déformée de ce qu’ils voient, ce qu’ils pensent de leur sort, et qui ne correspond pas à ce à quoi ils aspirent.
 
On a l’impression que le peuple est broyé entre les différentes parties avec leurs intérêts. D’une part, le gouvernement Assad avec l’armée et ses services secrets, d’autre part, les insurgés soutenus par l’Occident. Quelle influence le peuple Syrien a-t-il sur les événements en Syrie ?
 
A mon avis, aucune. Les manifestations qui se sont produites en mars, avril et mai 2011, exigeant des réformes politiques, sont désormais hors-jeu. L’opposition politique est elle aussi hors d’état, et la population est elle-même subie à de fortes pressions, d’ordre économique. Pour dire les choses clairement : les responsables de ces pressions économiques sont aussi les sanctions continuellement alourdies par l’Union européenne. Par exemple, il n’y a actuellement plus de gaz pour faire la cuisine. Tous les ménages sont concernés. Les gens doivent attendre jusqu’à six semaine voire plus pour obtenir une bouteille de gaz à un prix abordable. L’essence et le mazout manquent, car les sanctions touchent aussi le secteur pétrolier. Ce qui signifie que la vie quotidienne des Syriens est terriblement affectée par les sanctions, par les problèmes économiques et par la violence, ils n’ont donc plus la capacité de s’exprimer sur le plan politique.
 
Ce que vous nous décrivez s’applique avec d’autant plus de force à Alep, avec les événements de la dernière semaine. A Alep, il y a une explosion de violence en ce moment. Des comptes-rendus font état de 4 000 rebelles qui auraient pris la ville. Quel rôle joue Alep dans le conflit en Syrie ?
 
 
Alep.jpg
 La bataille d'Alep : cette ville est un enjeu crucial. "Elle est la ville reliant la Méditerranée à la Syrie".
 
 
Alep est la capitale économique du pays, très importante aussi par sa proximité avec la Turquie et l’Europe. C’est une ville qui se trouve sur la ligne reliant la Méditerranée et l’Asie. Il y a l’autoroute, le chemin de fer, des aéroports, une université. C’est une ville d’une grande importance. Combien de rebelles se trouvent dans la ville, je ne peux le vérifier. Hier, j’ai téléphoné à quelqu’un qui se trouve à Alep, qui m’a dit qu’une bonne partie de la ville est totalement calme. Les batailles se déroulent en périphérie, où les pauvres habitent – dans le sud et le nord-est. Et il m’a dit qu’il y avait des problèmes d’approvisionnement. L’électricité est limitée, le pain rationné, l’essence de plus en plus rare. C’est le même schéma que nous connaissons ici à Damas. Je crois aussi que l’importance d’Alep vient du fait qu’elle s’est révélée d’une neutralité totale au cours des 16 premiers mois du conflit. Comme à Damas, il y eut des petites manifestations sur le campus de l’université, que les forces de sécurité ont violemment réprimé... Mais la protestation ne s’est pas étendue aux trois millions d’habitants que compte Alep. Alep abrite une population très mélangée. Il y a les Arabes, les Kurdes, les Arméniens, les Turkmènes, beaucoup de chrétiens – plus de 20% de la population – et tout indique que la population ne veut pas de ce conflit. Cette guerre, on lui a imposé. Les gens veulent des réformes politiques, cela ressort clairement des nombreuses conversations que j’ai eu sur place. Mais ils ne veulent pas de cet affrontement militaire. Mais désormais la guerre est là, ce qui a sans doute à voir avec la proximité avec la Turquie, d’où les combattants bénéficient d’un appui logistique et militaire, c’est ce que l’on peut imaginer. Si cette ville est prise, on pourrait la séparer du reste de la Syrie et établir une zone tampon réclamé depuis longtemps.
 
On le sait désormais de source officielle, cela a même filtré dans « Der Spiegel » du 26 juillet, que les États-Unis apportent un soutien militaire au Qatar et à l’Arabie saoudite depuis le mois de mai. Pourquoi l’Occident soutient des régimes fondamentalistes comme l’Arabie saoudite, et tentent de renverser des États laïques comme la Syrie ou la Libye ?
 
 
 
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Bachar Al Assad et le représentant iranien : l'enjeu de cette guerre est de casser le lien entre la Syrie et l'Iran. 
 
 
Il y a des raisons géostratégiques. Le Qatar et l’Arabie saoudite possèdent les plus importances ressources et matières premières au monde. Le pétrole, le gaz. Le Qatar et l’Arabie saoudite sont de puissants investisseurs d’économies en difficulté, en Europe et surtout aux États-Unis. Ils sont donc à bien des égards, avant tout sur le plan financier et dans la sécurisation de sources en hydrocarbures, des partenaires clés, que l’Occident veut protéger. Leur dessein est évident, depuis le Qatar et l’Arabie saoudite, construire des pipelines depuis la péninsule Arabique, via la Turquie et vers l’Europe. Et la Syrie serait d’une certaine manière également sur le chemin. On veut casser le lien qui existe entre la Syrie et l’Iran. C’est une situation géostratégique et politique très complexe dans la région. L’ingérence de l’Occident pour moi n’a rien à voir avec l’amélioration de la situation des droits de l’Homme et de la situation économique, mais tout à voir avec des raisons géostratégiques qui expliquent pourquoi on coopère avec certains régimes et qu’on tente de faire tomber certains autres. Je pense clairement qu’on a la preuve désormais qu’ils n’ont pas intérêt à une résolution politique du conflit en Syrie, ils veulent véritablement mener une guerre ici. Des interlocuteurs m’ont dit ici qu’il s’agit d’une sorte de troisième guerre mondiale entre les Etats-Unis et la Russie, sur le dos des Syriens, en pays Syrien. Les Syriens vont en payer le prix fort, sans n’être aucunement associés à la solution du conflit.
 
 
 
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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 21:04

Quel peut être le lien entre un mouvement d’émancipation et une attitude agressive de repli sur soi ? Eh bien, certains l’ont trouvé ! Pourquoi faire ? Stigmatiser la population musulmane à Bruxelles. On entretient de la sorte un climat délétère en faisant mousser des incidents qui concernent plus spécifiquement des femmes. L’objectif, de toute évidence, est d’exacerber les tensions pour arracher à l’électeur un vote « musclé ».

 

Depuis quelques semaines, la tension monte entre les musulmans de Belgique et la population autochtone ([1]) ou « belge de souche ». Il y a d’abord eu cette rocambolesque affaire « Sharia4 Belgium » où un groupuscule de jeunes excités salafistes fut soupçonné de préparer des opérations terroristes après l’arrestation agitée d’une femme en niqab. L’un d’eux a même agressé deux policiers dans le métro bruxellois. Le gouvernement s’en est mêlé et a brandi l’épouvantail de la menace majeure. La Belgique allait connaître son 11 septembre ! Puis, le soufflé est retombé et on n’en parle plus, du moins pour le moment.

 

 

 

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Fouad Belkacem, le leader de "Sharia4 Belgium" avec la femme en niqab responsable de troubles à Molenbeek. Une tempête pour un groupuscule...

 

 

Second épisode : un reportage vidéo connaît une très large diffusion. Il a été élaboré par une jeune étudiante flamande à Bruxelles. Il dénonce les injures, les propos salaces, les allusions équivoques dont sont quotidiennement victimes les femmes dans les rues de Bruxelles. Ces faits sont réels et quotidiens  – ma femme l’a vécu ce matin au marché du Midi – et constituent une nuisance malaisée à combattre. Ils sont fort souvent le fait de jeunes « issus de l’immigration ». Nier cette réalité serait ridicule.

 

Pourtant, ces faits ne sont pas nouveaux. Alors, au lieu de rechercher des solutions adéquates, pourquoi les monter en épingle par un reportage qui connaît une large diffusion ? Un échevin PS de Bruxelles a tenté de se mettre en avant au JT de la RTBF en décrétant une réglementation ! Voilà la solution ! La journaliste de service l’a gentiment remis à sa place et il est reparti tout penaud.

 

Mais, il y a autre chose. Ce document destiné en principe à attirer l’attention sur un phénomène discriminatoire, sert, volontairement ou non, à étayer une propagande insidieuse stigmatisant les musulmans de Bruxelles. Le quotidien en ligne « 7 sur 7 » proche du journal de caniveau ultralibéral « la Dernière Heure » (la DH pour les intimes…) titre le 27 juillet : « Les Bruxelloises sont injuriées dans 95 % des cas par des Maghrébins ! ». Et voilà le travail !

 

La problématique des injures se transforme en accusations contre la communauté maghrébine. Dans le corps de l’article, un responsable musulman nuance : « Ce type de comportement dépend de beaucoup trop de facteurs que pour simplement le réduire à une question d'origine. Je ne pense pas qu'il existe de déterminisme à ce niveau-là ». Mais, le mal est fait : c’est le titre « accrocheur » et non l’article qui frappe les esprits.

 

Faire mousser une dérive pour accuser un groupe entier, cela s’appelle de la stigmatisation ! Et cela est d’autant plus insidieux que l’on se sert de la cause des femmes comme paravent à une campagne ouvertement discriminatoire. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois. Lors de la campagne hystérique contre le port du voile, des journalistes et des hommes politiques ouvertement de droite se découvraient tout à coup féministes ! Mais, il y en a aussi à gauche…

 

 

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La droite dure représentée par le MR Alain De Stexhe et l'extrême-droite flamingante attisent les tensions à leur profit. Mais, il y en a aussi à gauche... (montage du site Resistance.be)

 

 

Tout cela relève de l’exploitation politique et n’apporte aucune solution au problème, bien réel celui-là, des relations avec les communautés musulmanes. Nous sommes à la veille des élections communales, de plus il y a une menace d’une forte poussée des formations nationalistes de droite « dure » en Flandre et enfin, un des partis du gouvernement, le Mouvement réformateur (MR) libéral, connaît une crise interne sérieuse depuis la scission de son aile francophone. Que certains soient dès lors tentés par la stratégie de la tension, il n’y a qu’un pas qu’ils franchissent allégrement !

 

 

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Bart De Wever, le leader très à droite de la NV-A entend bien profiter des tensions avec la communauté musulmane pour accroître son influence.

 

 

Pourtant, la question est bien plus fondamentale. Elle concerne l’avenir de nos villes, de nos pays, des relations internationales. Elle est complexe, car elle mélange la crise économique, financière, sociale, dont les communautés musulmanes plus pauvres comptent parmi les plus touchées et les obstacles à une coexistence normale dans notre société. Elle concerne donc notre avenir à tous : l’opposition au communautarisme proclamée depuis des années est inefficace et est source de tensions.

 

Certes, il y a toujours eu une incompréhension, voire une franche hostilité qui se manifeste à nouveau, entre le monde musulman et le monde européen judéo-chrétien. Tout cela est attisé par la période de haute tension sociale et internationale que nous vivons. Cela nécessite une analyse rigoureuse, sans complaisance, sans haine et sans préjugé pour tenter d’aplanir, sinon de résoudre ce problème, sinon les conséquences seront néfastes aux classes défavorisées et précarisées, qu’elles soient musulmanes ou non.

 

 

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L'Israélien Michel Warschawski a le courage et l'intelligence de sortir des sentiers battus pour chercher une solution qui allie l'éthique à l'efficacité (photo publiée sur le site de H. Goldman)

 

 

Voici des propos rapportés par Henri Goldman sur son blog (http://blogs.politique.eu.org/1924-2012-Mireille-Warschawski-la). Il s’agit d’un hommage à Mireille Warschawski décédée récemment dont le fils Michel est un militant juif israélien de la Paix qui, en dépit de risques sérieux, œuvre pour le rapprochement entre les Juifs et les Palestiniens. Bien qu’il se soit détourné de la religion dans laquelle il a été éduqué, Goldman écrit : « Michel Warschawski l’incroyant est aussi dans la lignée de ses parents en refusant la croisade antimusulmane obsessionnelle qui sévit en Europe : « Sous couvert de laïcité ou de féminisme, le racisme a repris ses droits dans une partie de la gauche. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer les arguments utilisés pour dénigrer l’islam au discours de cette même gauche envers le judaïsme. A-t-on entendu les croisés du féminisme anti-islamiste et autres laïcards dénoncer avec la même vigueur le foulard que portent nombre de juives pratiquantes (ou de nonnes catholiques) ? Les entend-on parler des rabbins comme des “barbus” ? Osent-ils dire que la religion juive est “intrinsèquement hostile au progrès, à la laïcité ou aux droits des femmes” ? Féminisme ou laïcité à géométrie variable : cela s’appelle le racisme, le vieux racisme antimusulman qu’on a dû cacher pendant quelques décennies mais qui n’a jamais vraiment disparu du discours de la gauche européenne »

 

Ces propos viennent au bon moment. La gauche de progrès doit réellement se remettre en question. C’est à la fois une question d’éthique et d’efficacité.

 

 

Pierre Verhas



[1] Chaque fois que l’on évoque cette problématique, on est contraint de catégoriser les groupes d’individus en « populations » d’origines diverses ou de cultures différentes. Cela n’est pas la meilleure manière d’apaiser les choses !

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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 19:51

Les étudiant(e)s en droit sont à plaindre ! Le code de la nationalité est une matière aussi compliquée que mouvante. Un nouveau code de la nationalité a été voté au Parlement belge juste avant les vacances, six ans après le dernier. Et on peut « repotasser », surtout en cas de seconde « sess » !

 

 

En France, également, le nouveau gouvernement de gauche bouge sur la question. Manuel Valls, le tout frais émoulu locataire de la place Beauvau veut aussi réformer la nationalité. On ignore si son projet constitue un retour au progressisme en la matière après la « nuit » sarkozyste. La loi Guéant a introduit une notion similaire à celle qui figure dans le nouveau code belge : le processus d’intégration (en Belgique, on l’appelle le parcours d’intégration). Ainsi, Valls a bien précisé : « "Je m'apprête à revenir sur les critères introduits subrepticement par mon prédécesseur", a annoncé M. Valls, souhaitant faire de la nationalité un moteur de l'intégration et non le "résultat d'une course d'obstacles aléatoire et discriminante".

 

 

manuel-valls.jpg

Manuel Valls proposera-t-il une loi moins sévère sur la naturalisation ?

 

Le ministre a précisé que le nombre de naturalisations avaient beaucoup baissé ces dernières années et que "cette chute résult[ait] d'une politique délibérée d'exclure de la nationalité des gens méritants et ne posant aucune difficulté". Pour M. Valls, "le défi de l'immigration sera relevé si la naturalisation n'est plus vécue, ou perçue, comme la fin d'un parcours du combattant, mais comme l'issue d'un processus d'intégration qui a sa part d'exigences". » (Le Monde.fr, 26 juillet 2012).

 

Cependant, on ignore si la nouvelle loi – qui sera présentée à la rentrée parlementaire en France –  maintiendra les critères qui avaient été définis dans la loi Guéant qui est entrée en vigueur ce 1er juillet. Elle prévoit  que tout étranger aspirant à acquérir la nationalité française devra justifier d'un niveau de maîtrise du français équivalent à la classe de 3e, avoir une connaissance minimale de la culture et de l'histoire de la France, et signer une charte "des droits et des devoirs du citoyen".

 

 

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Les nuisances de Claude Guéant auront-elles vraiment disparu ?

 

 

Ce sont des critères équivalents qui figurent dans le nouveau code belge. Ce code s’est inspiré d’un concept nouveau élaboré par les nationalistes flamands : l’ « inburgering » qu’on pourrait traduire par l’intégration à la citoyenneté.

 

Ce concept a été quelque peu revu et il est désormais inscrit dans la loi. On l’a appelé le « parcours d’intégration ». De quoi s’agit-il ?

 

Tout d’abord, qu’il s’agisse de la France ou de la Belgique, les nouvelles dispositions adoptées ou en projet sont plus restrictives. Comme  le droit social, le droit des étrangers qui, depuis la fin de la guerre s’améliorait vers plus de droits, d’ouverture et d’égalité, connaît depuis quelques années une régression. C’est à cela que l’on détecte un changement radical de la société. On assiste à un retournement vers plus de restrictions, d’inégalités et d’exclusions.

 

Le parcours d’intégration – qui est matière régionale –  est pour le moment adopté en Flandre. Des discussions ont lieu entre la Wallonie et Bruxelles pour savoir si ces deux régions adopteront un parcours d’intégration commun, ou chacun de leur côté. Les conditions exigées sont notamment linguistiques, soit une connaissance de la langue de la Région ou une des langues nationales, et sociales (diplôme obtenu dans un établissement belge, formation professionnelle de 400 heures, parcours d'intégration).

Il existe en outre des conditions liées à l'intégration économique : le candidat à la nationalité devra avoir travaillé au moins 468 jours au cours des 5 dernières années, ce qui exclut d'office tous ceux (les femmes surtout) qui travaillent à temps partiel ou qui ont des emplois précaires.

 

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Les Femmes Prévoyantes Socialistes belges : le fer de lance du combat des femmes

 

 

Donc, il y a à la fois une plus grande sévérité dans les critères de naturalisation, mais on procède également à une forme inadmissible d’exclusion sociale. Les Femmes Prévoyantes Socialistes de Belgique (FPS) ont réagi avec virulence. Elles posent au préalable une question essentielle : « Pourquoi durcir les conditions ? En dehors de cas exceptionnels concernant des personnes mues par la volonté de détruire la démocratie et de s’opposer aux valeurs fondamentales de la société, c’est au contraire une très bonne chose que de nombreuses personnes manifestent ainsi leur volonté d’être membre à part entière de la communauté nationale. De plus, les nouvelles conditions proposées révèlent une volonté de privilégier les plus « riches », les plus diplômés, les plus … masculins ! »

 

En effet, on se demande pourquoi, en un temps où la solidarité internationale s’avère indispensable, où l’on ne cesse de revendiquer plus d’égalité, notamment entre femmes et hommes, on prenne le chemin d’une plus grande sévérité tout à fait inappropriée à une époque où il y a de plus en plus de mobilité, tout en rendant encore plus difficile la naturalisation pour les femmes.

 

 

 lutte_des_femmes.jpg

Les femmes devront-elles à nouveau se mobiliser pour défendre leurs droits les plus élementaires ?

 

 

Les FPS ajoutent : « Dans le contexte de chômage et d’exclusion qui ne fait que s’accroître, ce calcul sordide « as-tu travaillé assez pour mériter d’être Belge ? Et à temps plein s’il-te-plaît ? » est proprement scandaleux et très clairement discriminatoire envers les femmes à qui on ne propose bien souvent pas d’autres emplois que du temps partiel. Si travailler à temps partiel démontre un manque de volonté d’ « intégration », pourquoi les employeurs (de la grande distribution, du nettoyage, de l’HORECA ([1]), etc.) en abusent-ils à ce point ? »

 

Nous sommes confrontés à deux phénomènes qui, paradoxalement, s’inscrivent parfaitement dans la logique ultralibérale.

 

Il y a tout d’abord une « lepenisation » des esprits. L’étranger – et particulièrement l’étranger d’origine nord-africaine – est de plus en plus rejeté par la population et même par une partie de l’élite. Le mélange de la crise, de la radicalisation et de l’attitude ambiguë des médias ne fait qu’accroître les tensions. Du côté des immigrés, la crise les frappe plus durement ; la pauvreté, le manque de perspectives forment le terrain idéal pour les zélotes du salafisme et autres intégrismes, surtout à l’égard des jeunes.

 

Ensuite, on assiste – particulièrement en Belgique – à l’expansion des sous-nationalismes « régionaux » ou « communautaires » qui vont à contre-courant du renforcement de la supranationalité au sein de l’Union européenne. En Flandre, mais aussi en d’autres lieux, ce sous-nationalisme est imprégné d’une culture d’extrême-droite de rejet de « l’Autre », qu’il soit celui qui parle « l’autre » langue, ou qu’il soit l’étranger vivant « chez nous ». Il ne faut pas oublier que des mouvements comme la NV-A ([2]) qui se prétendent démocratiques, plongent leurs racines historiques dans le nationalisme flamand d’avant-guerre qui était ouvertement nazi. Un autre parti, ouvertement néo-nazi, le Vlaams Belang ([3]), a connu son heure de gloire et représente encore quelque 12 % de l’électorat en Flandre. C’est la NV-A qui est à l’origine de « l’inburgering » et des lois restrictives à l’égard de l’immigration.

 

 

 de_Wever.jpg

Bart De Wever, le leader nationaliste de la NV-A, s'inscrit dans une lignée fasciste.

 

 

Il est évident que ce démembrement de l’Etat-nation au profit des sous-nationalismes et la tension entre les différentes catégories de la population ainsi qu’entre autochtones et groupes issus de l’immigration, ne peuvent que favoriser l’ultralibéralisme. D’ailleurs, ces groupes sous-nationalistes prônent les solutions néolibérales en matière économique, veulent réduire l’influence des « corps intermédiaires » (entendez les organisations syndicales) et prônent la privatisation des services publics et de la sécurité sociale.

 

Le progrès social implique d’aplanir ces tensions. Face à un capitalisme en crise, certes, mais d’une puissance inégalée, la division des peuples est la pire des réponses. Aussi, la lutte contre le racisme est prioritaire et doit non seulement être plus efficace, mais aussi proposer une autre culture que celle du rejet.

 

N’oublions pas qu’avec l’expansion de l’extrême-droite depuis le début des années 1980, malgré les inefficaces « cordons sanitaires » et les incantations radicales, le rejet de l’Autre s’est petit à petit introduit dans les cœurs. C’est cela la « lepenisation ». Et pour l’en extraire, il faut mener une thérapie de très longue haleine. C’est sans doute l’entreprise la plus difficile à mener pour ceux qui se réclament du progrès et de l’égalité. Mais, c’est grave docteur !

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

 

 

 

 



[1]HORECA : secteur belge de l’hôtellerie, de la restauration et des cafés

[2] NV-A « Nieuw Vlaamse Alliantie », nouvelle alliance flamande est le principal parti nationaliste en Flandre. Il a obtenu aux élections de juin 2010, 27 % des suffrages en Flandre et est devenu ainsi le premier parti de Belgique au Parlement fédéral.

[3] Vlaams Belang, (ou la priorité flamande) anciennement Vlaams Blok (Bloc flamand) fut fondé et dirigé par des nationalistes flamands ouvertement fascistes, parmi lesquels on trouvait des anciens SS.

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 17:01

Cet article de Bernard Gensane m'a beaucoup ému. En évoquant la plus belle chanson de Pierre Bachelet et l'épopée du charbon, il nous fait réfléchir sur la vraie valeur travail qui n'est pas celle des marchands, mais celle d'hommes et de femmes qui ont parcouru, souvent dans les pires conditions, le chemin de la dignité.

 

 

 

 

http://www.stars-portraits.com/img/portraits/stars/p/pierre-bachelet/pierre-bachelet-1-by-rikou.jpgLorsque cette chanson est apparue sur les ondes au début des années 80, je résidais en Côte d’Ivoire. Parce que je me trouvais loin de mes sources, je ressentis une émotion très profonde à l’écoute de cet hymne si bien réussi. Mais je sus dès la première écoute que Bachelet, dont je n’avais jamais entendu parler, n’était pas ch’ti. Il dit en effet :

 

 

J’avais les terrils

À défaut de montagnes

 

 

en prononçant terril comme barril, alors que les ch’tis prononcent terri, comme outi (et non outil) ou nombri (et non nombril). Je crois que cette prononciation vient de l’ancien picard.

 

 

 

Je n’en eus d’ailleurs que plus d’admiration pour le chanteur et son parolier, pas du tout ch’ti, lui non plus.

 

 

George Orwell a écrit quelque part qu'il aurait donné l'écriture de ses meilleurs livres contre celle d'une chanson toute simple que le peuple reprend dans les pubs ou les fêtes de famille. Ce qu'ont réussi, par exemple, Freddy Mercury avec “ We Are the Champions ”, Paul McCartney avec "Mull of Kintyre", Jean Dréjac avec "Ah, le petit vin blanc", et donc Bachelet (et son parolier Lang) avec ces “ Corons ”, chantés à pleins poumons dans le stade de football de Lens.

 

 

Dans cette chanson j’aime particulièrement ces quatre vers :

 

 

Mon père était "gueule noire" comme l'étaient ses parents

Ma mère avait les cheveux blancs

Ils étaient de la fosse, comme on est d'un pays

Grâce à eux je sais qui je suis

 

 

Cette phrase nous parle de l’identité par le travail, et non de l’identité « nationale » des nationalistes rances créateurs de chômage du style Sarkozy, Guaino, Besson. Sans parler du ch’ti Guéant.

 

 

Depuis, on a vu TF1 fabriquer (comme cette chaîne fabrique du remplissage pour cerveaux vides) un quatuor composé de chanteurs lyriques de talent qui font de la variété. Ils chantent l’hymne de Bachelet. La boucle est bouclée.

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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 23:31

Les banques font encore parler d’elles ! Vous direz que ce n’est pas neuf : cela dure depuis 2008 avec des hauts et des bas. Mais, comme dans les vieux films sur la guerre froide, on a atteint ici le « fail safe point », le point limite au-delà duquel il n’est plus possible de faire marche arrière.

 

Depuis le début de cette année 2012, les spécialistes encore honnêtes des finances (mais oui, cela existe !) ont averti que le LIBOR allait déclencher un cataclysme sans précédent. Ainsi, le banquier belgo-new-yorkais Georges Ugeux commentait le 28 mars sur son blog (http://finance.blog.lemonde.fr/2012/03/28/la-fraude-du-libor-ou-la-perversion-des-marches-monetaires/) : « Comme dans le cas de notations frauduleuses des obligations représentatives des crédits subprime, certains traders avaient obtenu accès au système où les dirigeants de banques entraient leurs taux de référence et pouvaient les manipuler.

 g.ugeux.jpg

 Georges Ugeux : excellent analyste des finances mondiales

Il y a une certaine hypocrisie dans la manière dont les banques (qui ont toutes fait savoir qu’elles coopèreraient avec les autorités) tentent de faire peser le poids d’une fraude systémique aux seuls traders. Une fraude d’une telle ampleur implique non seulement la connaissance, mais l’approbation des hauts dirigeants des institutions concernées. » Rien que ça !

Le LIBOR ? De quoi s’agit-il ? LIBOR  est l'acronyme de London Interbank Offered Rate, en clair, le taux d’intérêt fixé pour les prêts interbancaires. La fraude porterait sur la manipulation de ce LIBOR par plusieurs banques internationales dans le but de camoufler leurs difficultés de financement lors de la crise financière. Il y a seize banques qui sont concernées dont : la Bank of America, Barclays, Citibank, Crédit Suisse, Deutsche Bank, HSBC, JP Morgan, Royal Bank of Scotland, UBS... L'enjeu est colossal. Le marché interbancaire est un des plus grands marchés monétaires au monde. Il est estimé à 90.000 milliards de dollars !

On ne parlerait du LIBOR qu’entre spécialistes de la finance si celui-ci reflétait la réalité économique. Cette fraude, à la limite, ne concernerait que les banques, l’affaire resterait confidentielle : on règlerait ses comptes entre « amis » sans faire de vagues à l’extérieur. Ugeux ajoute : « Le rôle du LIBOR a cependant largement dépassé le cadre des banques : après tout si les banques trichent entre elles, je ne suis pas convaincu que cela surprendrait, moins encore attristerait le grand public.

Depuis des décennies les crédits bases sur les taux à court terme ont pris ce taux pour référence : la plupart des grands crédits syndiques ont en effet un taux d’intérêt fluctuant, basé sur le LIBOR à trois ou six mois. La masse d’instruments dont les taux sont liés au LIBOR est estimée par le Financial Times à 350.000 milliards de dollars. Ainsi, si France Telecom a emprunté sur cette base, le jour de l’échéance de renouvellement du taux pour une nouvelle période de trois mois pourrait être le LIBOR + 50 points de base, soit, en ce moment 0,5% (LIBOR) + 0,5% (la marge de credit), soit 1%. Cela vaut aussi pour les crédits hypothécaires et autres financements en dollars. »

La City, une zone de non-droit

 

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La City de Londres : une zone de non droit au sein d'un Etat de droit...

Mais, ici, c’est bien plus sérieux. Comme l’écrit le conseiller financier belge Sébastien Buron : « Il faut dire aussi que l'influence du money market de Londres dépasse largement la sphère des grandes banques internationales. Le Libor n'est pas seulement un indicateur de l'offre et de la demande de fonds à court terme. Il sert aussi de base de calcul à une quantité incroyable de produits financiers dérivés comme les swaps. On le retrouve aussi derrière les cartes de crédit ou les prêts hypothécaires à taux variables. Il sert enfin d'étalon pour les grands crédits internationaux comme celui négocié par InBev auprès d'un consortium de 10 banques pour financer le rachat de l'américain Anheuser-Busch : une quarantaine de milliards de dollars assortis d'un taux flottant (Libor + x %), comprenant une marge allant généralement d'un demi pour cent à 5 % en fonction du risque-crédit. Au total, il y en aurait pour 350.000 milliards de dollars de produits financiers indexés sur le Libor à travers le monde ! »

L'arnaque la plus importante

 

Ce n’est rien moins que toute l’économie mondiale qui est touchée par cette fraude. C’est sans doute l’arnaque la plus importante de l’histoire du capitalisme ! Buron ajoute : « Dans ce contexte, «trafiquer» le niveau réel du Libor peut avoir des conséquences considérables sur les coûts de financement des entreprises et des particuliers. Crise ou pas, «la manœuvre est double, poursuit notre vieux briscard de la finance internationale. Il s'agit de tirer vers le bas les taux à court terme sur les dépôts tout en gonflant les taux à plus long terme pour les grands crédits syndiqués aux entreprises.» Sans oublier que tirer les taux à court terme vers le bas permet de se refinancer à bon compte tout en rassurant les marchés sur sa solidité financière. Intéressant quand on a de gros besoins de liquidités. »

Soit dit en passant : depuis plusieurs mois, on a dénoncé la pratique de la BCE qui prête aux banques à moins de 1 %, les mêmes banques fournissant des capitaux allant de taux d’intérêt négatifs ( !) à des taux à plus de deux chiffres, aux Etats selon leur cotation par les agences de notation. Y aurait-il un lien avec la fraude « LIBOR » ? On verra.

Cette affaire montre que depuis des années, les autorités jettent de la poudre aux yeux. Elles ne cessent de parler de régulateur. L’affaire du LIBOR démontre qu’il n’existe pas de régulateur. Le scandale a été dénoncé par l’UBS (l’Union des Banques Suisses) qui traîne déjà pas mal de casseroles. Sans doute, a-t-elle cherché à se « couvrir » comme n’importe quel petit truand qui espère une remise de peine s’il dénonce ses complices ? Ugeux ajoute avec un brin de candeur : « La réponse naturelle est de confier à un régulateur, par exemple la Bank of England, un rôle de règlementation et de supervision. C’est plus facile dit que fait. Tout d’abord, dans cette fraude, la Bank of England n’a pas été un acteur passif et dans certains circonstances a directement interpellé les banques mais a-t-elle agi assez Promptement? Mais surtout, cette mécanique est incroyablement complexe. Comment s’assurer que le taux que chaque banque présente est effectivement le fruit de l’ensemble de sa situation et de sa volonté de prêter aux autres banques ?

La tache n’est pas aisée. Pourtant, sans une supervision efficace, les risques que courraient les préteurs et les emprunteurs à travers le monde sont gigantesques. Il faut rétablir la confiance à tout prix. Les sanctions, si brutales soient elles, seront-elles suffisantes ? L’avenir le dira : les banques réclament une supervision accrue qui leur redonne une intégrité. Mais pour les autorités, une supervision ne peut en aucun cas signifier qu’elles assument la véracité des taux. Comme le dit Marcus Agius([1]), la responsabilité est celle de la direction des banques. Il ne saurait être question de la transférer à des autorités de contrôle. »

 

 

 Un système sans régulateur

 

 

Une première conclusion à tirer ici : le système est tel qu’il ne peut y avoir de régulateur. Le système financier est depuis longtemps basé sur un complexe réseau de zones de non-droit : les paradis fiscaux, la City londonienne et les grandes banques internationales où aucune autorité constituée nationale ou internationale, publique ou non, n’a une possibilité de contrôle ou de sanction. De plus, n’oublions pas que la classe politique anglaise, dans son ensemble, est décriée après le scandale des fraudes aux notes de frais de parlementaires des deux grands partis. Il lui serait dès lors difficile d’imposer un système de contrôle des banques après cela.

 

 

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 QG de Barclays à la City : tout s'écroule !

 

 

La première banque visée par cette affaire, suite au « caftage » de l’UBS est la Barclays. Il s’agit d’une des cinq plus grandes banques du Royaume Uni. Elle fut fondée en 1896. Elle était un symbole du capitalisme traditionnel britannique. Elle pratiquait les métiers de banquiers, à savoir la gestion des dépôts et des crédits d’investissements tout en s’étant étendue dans l’ensemble du Commonwealth, aux Etats-Unis et en Europe. C’est en 2008 que Barclays bascule : En 2008, Barclays est devenu une banque d’investissements transatlantique géante en se saisissant des actifs de Lehman Brothers en faillite. Dès lors, la banque était entrée inexorablement et agressivement dans le monde du marché de la dette. C’est alors que la dérive a commencé. Barclays a connu des sérieuses difficultés. Pour échapper à un plan de sauvetage sous l’égide de l’état et à la nationalisation, Barclays a décidé de convaincre le Qatar et Abu Dhabi d’investir dans la banque. En même temps, elle baissait ses propres taux pour faire croire à sa solidité. Et puis, récemment, éclate le scandale LIBOR et c’est Barclays qui est prise la main dans le sac. Mais tout le monde sait qu’elle n’est pas la seule.

   

 

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Le Commissaire européen Michel Barnier n'est pas le "mou" qu'on croyait !

 

 

L’affaire est d’une telle ampleur que le Commissaire européen au marché intérieur, le Français Michel Barnier n’hésite pas à déclarer qu’il s’agit d’une « trahison aux conséquences potentiellement systémiques ». Cela signifie que le système bancaire porte désormais en lui ce mécanisme de fraude, ou encore : le système est basé sur la fraude, le système est la fraude ! On s’aperçoit que des millions d’emprunteurs ont payé des intérêts à un taux faussé entre 2005 et aujourd’hui. Alors, tout le reste déboule en cascade.

 

 

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 Bob Daimond, le directeur général de Barclays est parti avec un peu moins de  biscuits qu'il n'aurait voulu. Un "aléa moral" ?

 

Bob Diamond, le directeur général de Barclays, démissionne mardi 3 juillet sous la pression de la Banque d’Angleterre et du régulateur financier, non sans avoir emporté avec lui un pactole un peu moindre qu'il aurait souhaité. Il a reconnu du bout des lèvres que le LIBOR avait été fréquemment manipulé par la banque. Ce comportement a valu à Barclay des amendes de la part des régulateurs de deux côtés de l’Atlantique qui avoisinent les 441 millions de dollars. Truquer le taux était, semble-t-il, la devise de la banque.

 

 

Une cascade de démissions s’en est suivie : le président Marcus Agius, qui venait de la banque Lazard est parti le  lundi 2, et le lendemain, le départ de Diamond a été accompagné de celui du directeur des opérations Jerry del Missier. Diamond, quant à lui, a tenté sans grand succès de convaincre le Comité du Trésor qu’il ne savait pas que le taux avait été truqué en octobre 2008.

 

 

 

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 Paul Tucker le sulfureux gouverneur de la Banque d'Angleterre

 

 

Il est apparu par après que Paul Tucker de la Banque d’Angleterre avait relevé que les taux de prêt aux autres banques étaient anormalement bas et qu’il en avait, semble-t-il, parlé à Diamond en octobre 2008. Tucker, l’adjoint du directeur général de la Banque, a expliqué que des "experts de Whitehall" trouvaient que le taux Libor de Barclay était tout simplement trop haut...

 

 

 

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 Timothy Geithner, le Secrétaire d'Etat au Trésor de Barack Obama

 

 

Le 12 juillet, une nouvelle bombe éclate : le Washington Post révèle que le secrétaire d’Etat américain au Trésor, Timothy Geithner, avait alerté les autorités britanniques dès 2008 sur les risques de manipulation du LIBOR. Cependant, le Congrès américain ne l’entend pas de cette oreille : il a convoqué Timothy Geithner et Ben Bernanke le célèbre président de la Fed (la banque centrale américaine) pour leur demander ce qu’ils savaient exactement à cette époque. En effet, si Barclays a joué avec ses soumissions, combien d’autres institutions financières s’y sont également mises ?

 

 

Quelles peuvent être les conséquences ? Si le LIBOR est faussé, cela signifie que le bilan des banques, leurs comptes de résultats sont biaisés. Et cela dépasse la City, car le LIBOR porte sur dix devises différentes avec plusieurs régimes de taux. Il existe en effet 150 taux LIBOR ! De plus, on soupçonne que la fraude porterait sur l’EURIBOR qui est un taux similaire calculé pour la zone Euro sur la base d’un panel de 57 banques…

 

 

Le tsunami n’est qu’une légère tremblote à côté  du cataclysme qui s’annonce !

 

 

L’aléa moral

 

Ce système bancaire fait fi de toutes les règles ; il est basé sur la tricherie organisée par les plus forts, qui s’épanouit dans des zones de non-droit comme la City et les paradis fiscaux. Il représente un danger majeur pour l’avenir de l’humanité. Cet accaparement des ressources entre quelques banques ne peut conduire qu’à des déséquilibres catastrophiques : guerres – il n’y a jamais eu autant de guerres depuis deux décennies –, famines, désertifications, catastrophes écologiques, déplacements de populations, destruction du tissu social. On dirait que quelques hommes guidés par une cupidité sans fin ont un sordide plaisir d'entraîner des milliards d’êtres humains à leur perte.

 

 

 

 

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 Adam Smith l'inventeur du concept d'aléa moral

 

 

 

Ils justifient leur action par l’aléa moral (ou le « moral hazard » en anglais). C’est un concept peu connu qui date d’Adam Smith, le penseur du libéralisme du XVIIIe siècle. Sans utiliser cette expression d’aléa moral, il écrit : c'est « la maximisation de l’intérêt individuel sans prise en compte des conséquences défavorables de la décision sur l’utilité collective ». Autrement dit, il s’agit de permettre à l’individu de travailler pour ses intérêts au détriment éventuel de l’intérêt général. Au fur et à mesure que la pensée libérale a dominé dans les sociétés occidentales, ce concept s’est élargi. Ainsi, les assureurs parlent d’aléa moral lorsqu’un de leurs clients se sentant protégé par un contrat d’assurance agit avec moins de prudence, ou prend délibérément des risques qu’il ne prendrait pas s’il n’était pas couvert. On l’étend aux assurés sociaux – la culpabilisation des chômeurs, par exemple – et à tous ceux qui bénéficient peu ou prou d’une protection publique. Or, il y a une différence fondamentale entre un client imprudent et un chômeur : ce dernier est victime du risque, puisqu’il a perdu son emploi. Les indemnités qu’il perçoit reflètent les cotisations qu’il a versées. Elles ne constituent en rien un abus ou un « aléa moral ».

 

En ce qui concerne les banques, l’aléa moral porte d’abord sur le sauvetage de celles-ci par les Etats. Cela a mené à leur endettement au détriment de la collectivité qui doit subir des mesures d’austérité drastiques. L'Etat sert de bouée de sauvetage des banques en mutualisant leurs dettes.

 

Chacun sait que pour sortir de ce cercle vicieux, il faut séparer les activités bancaires vitales pour l’économie, à savoir les dépôts, les crédits et les investissements, des activités purement spéculatives. Une banque, comme n’importe quelle entreprise, doit pouvoir faire faillite sans que l’Etat doive intervenir et dépouiller ainsi la collectivité. On sait que les crédits accordés à l'économie ne représentent généralement moins d'un tiers du bilan des très grandes banques, les activités de marché représentant les deux tiers restants. Cette proportion est à peu près inversée pour les banques de taille moyenne et les activités de marché deviennent quasiment nulles pour la plupart des petites banques. Cependant, ces dernières sont absorbées par les grandes institutions financières. Le lien entre la situation d’aléa moral dans laquelle évoluent les banques, la distorsion de concurrence entre banques de différentes tailles qu’elle induit et l’orientation des activités bancaires ne fait que renforcer la position des spéculateurs.    Là aussi, l’intérêt général exige que l’on réduise la taille des banques, comme cela a été proclamé à plusieurs reprises lors de la crise financière de 2008. Oublié depuis !

 

Certes, des efforts sont élaborés pour changer ce système, tels que la mise en place de la commission Barnier au niveau de l’Union européenne pour la réforme des banques. Mais, aboutira-t-il à un résultat ?

  

Une grande pétition est en cours pour apporter un vaste soutien citoyen international au Commissaire Barnier. C'est un moyen pour que les peuples se réveillent. Vous pouvez signer ici :

 

 

http://www.avaaz.org/fr/la_fin_de_limpunite_des_banquiers_fr/?brKVtab&v=15970

 

 

Ainsi, ce fameux aléa moral s’est étendu aux activités illicites des banques spéculatives, comme la manipulation du LIBOR. Et l’on en revient à cette situation aberrante où c’est l'aléa moral qui se substitue à l’éthique sociale. Ainsi, on en revient à la définition d’Adam Smith : « la maximisation de l’intérêt individuel sans prise en compte des conséquences défavorables de la décision sur l’utilité collective ».

 

 

En définitive, la société évolue vers un système où la loi du plus fort l’emporte. Et elle se justifie par ce fameux aléa moral qui n'est rien d'autre que la négation de toute morale.

 

 

Pierre Verhas 

 

 


[1] Marcus Agius est le président de la Barclays Bank.

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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 06:45

 

Nous reproduisons ici un article de « l’Humanité » rapporté par le site « Le Grand Soir » qui relate le combat des mineurs d’Asturies pour leur emploi et contre les mesures d’austérité du gouvernement ultralibéral espagnol de Rajoy. Ils ont organisé une marche de masse partie des Asturies à destination de Madrid où ils viennent d'arriver.

 

Il s’agit d’un combat exemplaire dans cette entreprise de destruction du tissu industriel, d’affaiblissement des Etats, de démolition de l’Etat social à l’échelle européenne.

 

Nous sommes entrés dans une phase cruciale.

 

Le mouvement ouvrier se réveille-t-il enfin ? Les mineurs espagnols ont, à plusieurs reprises dans l’histoire, donné l’exemple et ont été le fer de lance d’une mobilisation s’étendant au-delà des frontières.

 

Sera-ce le cas cette fois-ci ? Sont-ils l'avant-agrde d'un mouvement qui peut s'étendre à toute l'Europe ?

 

Après le scandale LIBOR (les traficotages des taux d’intérêt interbancaires) qui sera évoqué dans un prochain article, on peut penser que la caste ultralibérale technocratico-financière a franchi cette fois un pont trop loin et que les peuples ne toléreront plus ces mesures d'austérité suicidaires.

 

Wait and see.

 

Pierre Verhas

 

 

 

mardi 10 juillet 2012

 

Marche des mineurs espagnols contre les suppressions d’emploi décidées par le gouvernement - Les mineurs sont entrés dans Madrid


José FORT

 

Après 23 jours de grève, des membres des syndicats Federación de Industria CCOO et FITAG-UGT, affiliés à IndustriALL, qui organisent une marche des mineurs, ont quitté la région minière du nord de l’Espagne le 22 juin et comptent arriver à Madrid le 11 juillet.

 

La marche massive se terminera par des manifestations devant des services gouvernementaux, pour exiger un changement de politique permettant la survie de l’industrie en Espagne.

 

Beaucoup de communautés minières en Espagne, notamment dans la région montagneuse entre les Asturies, la Castille et León, seront amenées à disparaître si les suppressions d’emploi ont lieu. Huit mille mineurs perdront leurs moyens de subsistance et trente mille autres emplois seront touchés indirectement.

Les mineurs espagnols constituent le premier groupe important de travailleurs et travailleuses en Europe à se mettre en grève pour une durée illimitée contre les mesures néolibérales d’austérité, responsables de tant de dégâts. Le gouvernement de droite de Mariano Rajoy cherche à obtenir une réduction de 64 pour cent des subventions à l’industrie minière, qui passeront de 703 millions à 253 millions d’euros. Il s’agit d’une rupture de l’accord sur le plan quinquennal du charbon signé l’année dernière entre le gouvernement et les syndicats. Les mineurs participant à la marche demandent au gouvernement Rajoy de revenir à cet accord.

 

Cinq mille personnes ont soutenu la campagne en ligne de LabourStart/IndustriALL et écrit au gouvernement Rajoy pour lui demander d’annuler sa décision de réduire les subventions du gouvernement. Voir ici le soutien à cette campagne :

 

http://www.labourstartcampaigns.net/show_campaign.cgi?c=1444.

 

Parallèlement à la grève et à la marche, des membres de FITAG-UGT et de la Federación de Industria CCOO organisent des occupations de locaux, des sit-in dans des mines et dans des services gouvernementaux, des rassemblements de grande envergure sur de grands axes routiers pour bloquer la circulation.

 

Dans une lettre adressée aux syndicats qui participent à la grève, FITAG-UGT et Federación de Industria CCOO, le secrétaire général de IndustriALL Jyrki Raina a déclaré : “Nous sommes revigorés par votre lutte vigoureuse contre les suppressions d’emploi décidées par le gouvernement qui constituent une menace pour l’industrie minière en Espagne. Nous restons au coude à coude avec vous dans votre juste combat, et nous allons continuer à mobiliser les affiliés de IndustriALL partout dans le monde pour qu’ils vous soutiennent”.

 

FITAG-UGT et FI-CC.OO. ont lancé une campagne de soutien financier pour aider les mineurs du charbon dans leur résistance historique. L’aide financière est vitale en raison des besoins de santé des grévistes, de la longueur et de l’étendue de l’action, des pressions de la police pour les amendes encourues par les actions revendicatives. Les contributions au fonds de solidarité peuvent être versées au compte suivant.

 

 

Mineurs_Espagne_masse.jpg

 Un réel mouvement de masse

 

Les mineurs sont entrés dans Madrid

Plusieurs centaines de mineurs des Asturies, de Castille-Leon et d’Aragon sont arrivés dans la capitale espagnole après une longue marche et alors que leurs camarades poursuivent la grève et les manifestations dans la plupart des cités minières.

Au programme, un défilé nocturne dans les rues de la capitale, les mineurs étant entourés de milliers de Madrilènes avant la grande manifestation de mercredi. Objectif : dénoncer les plans de destruction des mines de charbon préparés par l’ancien gouvernement socialiste de Zapatero et mis en oeuvre par le gouvernement de droite de Mariano Rajoy.

 

 

Mineurs Espagne Rajoy

 Mariano Rajoy a du souci à se faire avec les mineurs.

 

 

Les directives de l’Union européenne sur la libéralisation de tous les marchés ne font pas de quartier en exigeant des Etats l’arrêt de leurs aides à différents secteurs industriels, pour maintenir la « concurrence libre et non faussée ».

 

Traduction pour l’industrie minière espagnole : diminution de 60% du montant des aides à l’industrie du charbon. Après des coupes de 300 millions d’euros l’an passé, ce sont 111 millions qui sont encore retranchés aux aides publiques en 2012. La fermeture des mines de charbon, programmée pour 2018, pourrait donc intervenir plus tôt, condamnant les 8000 mineurs encore en activité et les quelque 30.000 salariés dont l’activité dépend des charbonnages.

 

La brutalité de la mesure a entraîné une vive réaction des mineurs asturiens rejoints dans la lutte par leurs camarades de Castille-Léon et d’Aragon, autant de hauts lieux des luttes ouvrières hispaniques. Les mineurs rendent coup pour coup à la répression.

 

 

 

Mineurs Espagne soutien

 Malgré la répression, les mineurs ont le soutien des Espagnol(e)s.

 

 

Au quadrillage policier des villes et des villages, aux rafles la nuit, aux interpellations dans les maisons, répondent des actions dures des mineurs. Le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy semble vouloir, à la manière de Thatcher en 1984, casser le mouvement des mineurs en employant la force et le chantage.

 

 

 

mineurs_Espagne_repression.jpg

 

 Comme Thatcher en 1984, Rajoy tente de casser le mouvement par la répression. Mais on n'est plus au temps de la "dame de fer".

 

 

La population asturienne, de Castille-Léon et de l’Aragon s’implique dans la lutte. Pas seulement. Madrid a su réserver aux mineurs en lutte un accueil digne, chaleureux et solidaire.

En 1934 et en 1962, déjà

En 1934, le mineurs des Asturies en grève ont dû affronter la légion envoyée par Franco. Des milliers de morts, de blessés, d’emprisonnés. Au lendemain de l’arrivé au pouvoir de la jeune République espagnole, Dolores Ibarruri, Pasionaria, effectua son premier voyage d’élue dans les Asturies et obtint la libération de tous les mineurs emprisonnés. Il aura fallu de longues tractations avant que les autorités pénitentiaires et militaires acceptent l’ordre de la dame en noir qui deviendra présidente des Cortes.

En avril 1962, 60.000 mineurs des Asturies cessent le travail revendiquant une revalorisation de leurs salaires bloqués depuis 1959. Le mouvement va prendre une ampleur inédite. La grève gagne les provinces basques, puis celles du Léon et de Jaén, les villes de Barcelone et Cordoue… Les ouvriers de la métallurgie et de la construction navale rejoignent les mineurs, puis les « péones » des grands domaines agricoles et les travailleurs des vignobles réclament à leur tour des hausses de salaire.

 

Va alors commencer une épreuve de force d’autant plus remarquable que la Constitution espagnole interdit la grève et la définit, depuis octobre 1960, comme un crime d’insurrection contre l’Etat, relevant de la justice militaire. Forts du soutien de l’opinion publique, les mineurs et les ouvriers vont gagner la bataille au bout d’un mois de lutte. Le 24 mai, un décret stipule que le salaire de base dans les mines comme dans les chemins de fer passe de 35 à 70 pesetas et le salaire réel, avec les primes et les heures supplémentaires, de 95 à 160 pesetas.

 

Pour la première fois, le régime franquiste est obligé de négocier.

 

“Ils veulent liquider l’industrie du charbon”

 

Juan Carlos Álvarez Liébana, responsable des mines de la Fédération de l’Industrie des Commissions ouvrières (CCOO) répond aux questions de “l’Humanité”.

 

 

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Juan Carlos Alavarez Liébana, le dirigeant syndical du mouvement des mineurs

 

José Fort. Des images impressionnantes sont diffusées actuellement depuis plusieurs villes minières des Asturies. Comment expliquer ces violences ?

 

Juan Carlos Alvarez Liébana. La raison principale tient au non respect du pacte établi entre le gouvernement, les organisations syndicales CCOO et UGT et le patronat Carbunion. Malheureusement, les exactions des forces de police ont entraîné une escalade de la tension provoquant de violents affrontements.

 

Je remarque que la plupart des médias semblent plus intéressés par les images des barricades que par le fond du problème. Sur le fond, le silence est assourdissant. (souligné par nous ! Le rôle des médias, une fois de plus, n'est plus d'informer, mais de susciter des réactions irrationnelles profitables au pouvoir ) 

 

JF. Restez-vous en contact aves les autorités et le gouvernement de M. Rajoy ?

 

JCAL. Au moment où je vous parle (dimanche 8 juillet, NDRL) les négociations sont au point mort. Depuis le 19 avril et après 7 réunions, la dernière le 2 juillet avec Don José Manuel Soria, ministre de l’Industrie, de l’Energíe et du Tourisme, le gouvernement n’a pas modifié son intention de liquider totalement le secteur du charbon en Espagne.

 

Dans la situation que vit actuellement l’Espagne, l’opération en cours détruirait plusieurs dizaines de milliers d’emplois directs et indirects et rendrait la vie des gens intenable dans ces régions déjà fortement impactées par la crise

 

JF. La fermeture des mines est présentée par le gouvernement comme obligatoire pour raison de “rentabilité”. Avez-vous des propositions alternatives ?

 

JCAL. La rentabilité ne peut se mesurer exclusivement en termes économiques. Il faut aussi prendre en compte les aspects sociaux et territoriaux. J’ajoute la forte dépendance énergétique de l’Espagne. Du point de vue stratégique et social, le charbon espagnol répond à d’autres canons que ceux de l’ultra libéralisme.

 

JF. La marche des mineurs sur Madrid constitue un événement national. Que va-t-il se passer ?

 

JCAL. Nous entrerons dans Madrid mardi à 22H équipées des nos lampes de mineurs. Le lendemain, mercredi à 11h, une manifestation aura lieu dans le centre de Madrid avec la participation des familles et des amis des mineurs qui auront fait le voyage en autocar depuis les villes minières. Ils seront 30.000 à faire le déplacement.

 

JF. Comment allez-vous prolonger votre lutte ? Sous quelle forme ?

 

JCAL. Nous attendons un signe du gouvernement pour rouvrir les négociations avec la volonté de déboucher sur de véritables accords. Jusqu’à présent, le dialogue est resté artificiel, sans contenu, sans proposition permettant d’avancer vers la solution du conflit.

 

Le gouvernement s’empêtre dans une attitude de marketing tentant de faire croire à l’opinion qu’il négocie. C’est faux. Si le gouvernement ne modifie pas sa position, nous continuerons la lutte. Le contraire serait renoncer à notre futur. Et il ne faut pas oublier que notre revendication consiste à faire appliquer ce qui a été signé.

 

Il ne s’agit absolument pas d’une nouvelle revendication mais du respect des accords signés. En ce moment, nous organisons les marches sur Madrid et la manifestation du 11 juillet. Plusieurs de nos camarades occupent des mines depuis 50 jours, d’autres font de même dans plusieurs institutions régionales et locales.

 

Nous prévoyons d’autres manifestations, d’autres actions dès le lendemain de la grande démonstration de Madrid.

 

Entretien réalisé par José Fort

 

http://www.filpac.cgt.fr/spip.php?article4312

 

http://www.legrandsoir.info/marche-des-mineurs-espagnols-contre-les-suppressions-d-emploi-decidees-par-le-gouvernement-les-mineurs-sont-entres-dans-madrid.html

 

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Published by pierre verhas
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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 21:07

 

Ce qu’on appelle le « printemps Erable » est un mouvement étudiant qui a débuté le 22 mars 2012, qui se poursuit et qui ne faiblit pas. Il se déroule essentiellement à Montréal, suite à un décret du gouvernement québécois de tendance libérale de Jean Charest qui augmente unilatéralement de 75 % le minerval universitaire.

 

En réalité, le projet gouvernemental cherche à transformer l’université selon les critères ultralibéraux : université accessible uniquement aux étudiants qui en ont les moyens, pratique de « l’excellence », c’est-à-dire d’un enseignement élitiste orienté uniquement vers les entreprises, éradication de l’enseignement général, de l’esprit critique. La connaissance est au service de l’entreprise et rien d’autre.

 

Cette revendication purement matérielle s’est vite muée en un mouvement de rejet du néolibéralisme. Les étudiants, avec l’appui de la population, organisèrent des manifestations de grande ampleur, jour et nuit. Le gouvernement Charest prit un décret répressif afin de casser le mouvement, la fameuse loi 78. Cette disposition est un véritable déni de démocratie. Cependant, rien n’y fit : le mouvement continue et s’amplifie.

 

Il est évident qu’aujourd’hui, il s’est transformé en une véritable « insurrection civique » pour reprendre l’expression de Jean-Luc Mélenchon, contre le néolibéralisme. Les syndicats sont interpellés. On verra d’ici peu si le mouvement s’étend à la classe ouvrière et aux classes moyennes québécoises. Si c’est le cas, nous serons sans doute à la veille d’une véritable révolution qui pourra s’étendre au-delà des frontières de la « Belle province ».

 

Pour bien comprendre le mouvement, nous publions ici deux articles. Le premier intitulé «  Un mouvement historique » a été mis en ligne le 8 juillet. Son auteur est Mario Beauchemin, président de la Fédération des enseignants du Québec et le second intitulé «  Pour une grève générale » a été écrit par Olivier Kameid, un auteur de théâtre et metteur en scène canadien d’origine égyptienne. Ces deux analyses aident à mieux comprendre ce mouvement qui fera date dans l’histoire.

 

Pierre Verhas

 

 

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Manifestation étudiante le 8 juin contre le Grand Prix de F1 de Montrésl. "Notre nudité exprime notre volonté de transparence".

  

Les luttes étudiantes au Québec : 1958-2012

Un mouvement historique

 

Par Mario Beauchemin • Mis en ligne le 08 juillet 2012

 

 

Certes, le Code du travail du Québec ne s’applique pas aux étudiantes et aux étudiants en grève et, en ce sens, ils ne peuvent pas être considérés comme des salariés. Pourtant, comme les 20 000 professeures et professeurs de cégeps, les 45 000 employées et employés de la fonction publique ou les 90 000 enseignantes et enseignants des commissions scolaires, pour ne nommer que ceux-là, les étudiantes et les étudiants constituent une ca­té­gorie so­ciale dont les condi­tions de vie sont lar­ge­ment tri­bu­taires des re­la­tions, sou­vent conflic­tuelles, qu’elle en­tre­tient avec l’État qué­bé­cois. Un rappel his­to­rique n’est pas dénué d’intérêt en plein cœur de la crise que nous tra­ver­sons actuellement.

 

De­puis la prise en charge de l’éducation par l’État au début des an­nées 60, celui-ci en est venu à jouer un rôle dé­ter­mi­nant dans le mode de vie des étu­diantes et étu­diants de l’enseignement su­pé­rieur. Les transferts en na­ture (le fi­nan­ce­ment des frais de sco­la­rité) et en es­pèces (le pro­gramme d’aide fi­nan­cière aux études) sont, en effet, au cœur de la struc­tu­ra­tion de la réalité financière quotidienne d’un nombre im­por­tant d’étudiantes et d’étudiants, comme en té­moignent les sta­tis­tiques et les re­ven­di­ca­tions du mouvement étudiant au cours des cinquante der­nières années.

 

À l’automne 2010, il y avait 180 436 étudiantes et étudiants inscrits dans les collèges et 275 472 dans les universités au Québec. Les dépenses globales de l’État par étudiant s’élevaient à 12 756 $ au collégial et à 29 242 $ à l’université [1]. En 2009 – 2010, l’aide totale accordée aux étudiantes et aux étudiants en vertu du programme d’aide financière aux études s’élevait à 876,7 millions $. 21,3 % des étudiantes et des étudiants du réseau collégial et 38,9 % de celles et ceux du réseau uni­ver­si­taire bé­né­fi­ciaient d’une aide. Au total, près de 142 000 étudiantes et étudiants ont bénéficié du programme de prêts et bourses [2].

 

 

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Le mouvement a débuté par une revendication matérielle. (Ici le 22 mars 2012)

 

 

Mais, et c’est ici que ça compte, ces transferts en nature et en espèces occupent, depuis le début des années 1960, une place centrale dans la structure du revenu des étudiantes et des étudiants. En effet, en moyenne, entre le début des an­nées 1960 et le début des années 2000, le quart du revenu disponible des étudiantes et des étudiants provient de l’aide financière aux études. Ce qui en fait, après les revenus tirés d’un travail rémunéré, la deuxième source de revenus en importance [3]

 

Il n’est donc pas surprenant de constater que les luttes étudiantes, surtout depuis la réforme du programme de prêts et bourses en 1966 sous le gou­ver­ne­ment de l’Union nationale, tournent presque es­sen­tiel­le­ment autour du gel des frais de scolarité et de la bo­ni­fi­ca­tion du pro­gramme d’aide fi­nan­cière aux études.

 

 

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Grande manifestation étudiante et populaire à Montréal, le 22 mai 2012

 

 

Le mou­ve­ment étu­diant qué­bé­cois dé­clenche dix grèves gé­né­rales entre 1956 et 2012. Et si les or­ga­ni­sa­tions étu­diantes à l’origine de ces mo­bi­li­sa­tions se sont suc­cédé au cours de cette pé­riode, leurs re­ven­di­ca­tions sont de­meu­rées les mêmes. Ainsi, le mou­ve­ment étu­diant re­ven­dique l’abolition ou le gel des frais de sco­la­rité (1958, 1968, 1974, 1978, 1986, 1990, 1996 et 2012). La bo­ni­fi­ca­tion du pro­gramme des prêts et bourses est aussi au cœur des luttes étu­diantes au cours de cette pé­riode. Le mouvement étudiant réclame entre autres l’instauration d’un présalaire (1956, 1978), la di­mi­nu­tion du montant des prêts au profit d’une aug­men­ta­tion de celui des bourses (1968, 1974, 1978, 1988 et 2005), l’abolition de la contribution parentale et de celle de la conjointe ou du conjoint (1974 et 1978) et, de façon générale, la fin de l’endettement étudiant.

 

À travers leurs moyens d’action, leurs modes d’organisation et leurs re­ven­di­cations, les étudiantes et les étudiants ne visent pas seule­ment un élar­gis­se­ment des droits so­ciaux qui sont rat­ta­chés à leur statut, mais surtout une contestation des normes ré­gis­sant leur existence au cours de cet instant précis de leur vie, car, et on l’a vu, les transferts de l’État en en­sei­gne­ment supérieur jouent un rôle dé­ter­mi­nant sur le mode de vie d’un nombre si­gni­fi­catif d’étudiantes et d’étudiants. Par conséquent, lorsque l’État décide de modifier uni­la­té­ra­le­ment le fi­nan­ce­ment de l’éducation supérieure, par un dégel des frais de sco­la­rité ou par une mo­di­fi­ca­tion du programme d’aide financière aux études, il affecte pro­fon­dé­ment les façons de vivre, comme se loger, se vêtir et se nourrir, des étudiantes et des étudiants.

 

En somme, tout comme les autres groupes sociaux qui négocient leurs conditions de vie avec l’État, les étudiantes et les étudiants forment une catégorie sociale qui défend ses intérêts face à un État qui, trop souvent, définit seul les contours de leurs conditions de vie. Le gou­ver­ne­ment actuel a d’ailleurs tendance à nier certaines de ses res­pon­sa­bi­lités envers l’ensemble de la société québécoise.

Lettre signée par Mario Beauchemin, président de la Fé­dé­ra­tion des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ)

 


[1] MELS, In­di­ca­teurs de l’éducation – édi­tion 2011, MELS, sec­teur des po­li­tiques, de la re­cherche et des sta­tis­tiques, p. 23.

[2] Ibid., p. 46.

[3] Voir : J. Bra­zeau, Les résultats d’une enquête au­près des étu­diants dans les uni­ver­sités de langue française du Québec, Montréal, Dé­par­te­ment de sociologie de l’Université de Mont­réal, 1962 ; Ro­bert Ayotte, Budget de l’étudiant des niveaux collégial et uni­ver­si­taire, Québec, Mi­nis­tère de l’Éducation, di­rec­tion gé­né­rale de la pla­ni­fi­ca­tion, 1970 ; Bu­reau de la sta­tis­tique du Québec,En­quête sur le mode de vie des étu­diants du post-secondaire, Québec, BSQ, 1986; Fé­dé­ra­tion uni­ver­si­taire du Québec, Étude sur les sources et les modes de fi­nan­ce­ment des étu­diants de pre­mier cycle, Québec, FEUQ, 2010.

 

 

Pour une grève générale

 

un vaste bonheur demande à prendre souche
entre une étoile et la minuit des oppresseurs
faudra-t-il écrire au feu pour obtenir enfin
la libération de nos espérances?

 

Gilbert Langevin, Noctuaire, 1967

 

L’une des seules positions philosophiques cohérentes, c’est la révolte.

 

Albert Camus

 

 

Mes frères étudiants, je vous vois de loin, moi qui ne peux être là avec vous, et je suis si fier de vous que je voulais vous écrire cette lettre, pour vous dire que vous n’êtes pas seuls, que là-bas, de l’autre côté du monde, on parle de vous, on vous regarde, on vous admire, que de la vaste plaine des Flandres à la botte italienne en passant par la France et l’Espagne, il y en a qui vous suivent, et qui ne désirent qu’une seule chose: que vous n’abandonniez jamais.

 

Ce que vous faites aujourd’hui, vous et toutes les forces progressistes qui se sont jointes à vous dans un mouvement social sans précédent, c’est rappeler qu’il y a eu au pays du Québec des hommes et des femmes qui ont eu l’espoir d’un bien commun, l’envie d’un partage équitable des ressources et le désir d’une culture à préserver. Des hommes et des femmes qui se sont battus pour cela. Ce que vous faites aujourd’hui, c’est ce qu’ont fait les jeunesses des pays arabes, pris dans des situations mille fois plus tragiques il est vrai, mais nourries par le même sentiment de frustration: celui de s’être fait usurper la révolution de leurs grands-parents.

 

Je me suis méfié longtemps des rapprochements hasardeux entre les printemps arabes et ce qu’il faut bien appeler désormais notre printemps québécois. J’ai cru, à tort, que les sentiments de la jeunesse égyptienne et québécoise, dont les deux sangs coulent dans mes veines, n’étaient en aucun cas comparables. Je n’aimais pas qu’on use du mot « printemps » pour qualifier les manifestations québécoises des derniers mois: chez nous nul ne marche pour ne pas crever de faim; dans nos prisons ne croupissent pas (encore) des agitateurs emprisonnés à cause d’un usage soi-disant immodéré de leur liberté d’expression. Nous ne sommes pas dans une dictature, mais dans une démocratie dévoyée, usée. Trouée. Mais une démocratie tout de même. Certes perfectible, mais existante – c’est notre plus grand atout, et c’est de cette démocratie qu’il va falloir user dans les mois et les années qui viennent. La situation égyptienne n’a donc rien de semblable à celle du Québec; la misère et la désespérance au pays des Pharaons ne sont pas les nôtres, même au creux des longs hivers blancs. Mais je sais et sens et reconnais maintenant que dans les rues de Montréal comme dans celles du Caire, dans celles de Québec comme dans celles d’Alexandrie, un même sentiment de fureur embrase la jeunesse. Qu’on ne mésestime pas ce sentiment: c’est un feu dont les braises prennent beaucoup de temps à s’éteindre.

 

Une Révolution volée

 

 

Oui, comme les Égyptiens se sont fait usurper leur révolution de 1952, comme les Tunisiens se sont fait déposséder des acquis de leur lutte pour l’indépendance, je crois qu’on nous a volé notre Révolution tranquille. Je crois que les droits si chèrement acquis lors de cette période féconde sont reniés jusque dans leur fondement, que si le gouvernement québécois n’avait pas senti un vaste mouvement populaire favorable au rappel des 50 ans de cette Révolution, il ne l’aurait pas même commémoré. Ayant participé parfois de près à plusieurs événements soulignant l’anniversaire de cette Révolution, je peux affirmer sans avoir peur de me tromper que le Parti libéral du Québec, mené par un ancien conservateur qui n’a jamais renié ses appartenances politiques premières, rejette l’héritage de Lesage au grand complet, pourfend les réalisations de l’équipe du tonnerre et tend à se distancer le plus possible de l’idéologie de George-Émile Lapalme, lequel reste le grand artisan de l’État moderne québécois. Rappelons-nous que dans un premier temps, le Parti libéral de Jean Charest s’est fait un honneur de couper court à toute glorification de ce qui fut, n’en déplaise aux détracteurs et autres esprits chagrins, une formidable entreprise de libération. Pire, soutenant à grand renfort de publicités les cycles de discussions sur les remises en cause de la Révolution tranquille dont l’aboutissement fut l’élection du Parti québécois en 1976, le Parti libéral actuel délégua ses hérauts de par la province pour répandre la bonne nouvelle des partenariats public-privé et autres chimères du néolibéralisme.

 

Parmi ces porte-étendards, l’ancienne ministre des Finances Monique Jérôme-Forget fut sans nul doute la plus ardente pasionaria du démembrement des acquis. Le titre de l’une ses conférences prononcée en décembre 2010: « La Révolution tranquille: un héritage épuisé et paralysant ». Difficile d’être plus clair. Puis, dans sa plus fidèle tradition de récupération politique, ce gouvernement sans scrupule, à l’affût de la montée en popularité du cycle des commémorations de ladite Révolution, changea son discours officiel, emboîtant le pas dans le souvenir plus mortifère que festif, offrant médailles et bons mots, si ce ne sont stèles et urnes funéraires, aux grands artisans des années 1960. Une hypocrisie qui ne fut pourtant pas décriée publiquement; seuls quelques-uns manifestant leur profond malaise. Parmi eux, Gilles Vigneault, dans un geste d’un courage et d’une probité exemplaires, qui refusa de se rendre à la cérémonie. Recevoir une médaille pour travail accompli, pourquoi pas, mais comment la recevoir des mains de ceux qui mettent le feu à tout ce que vous avez tenté de bâtir?

Non, ce n’est certes pas chez Jean Lesage qu’il faut aller chercher les sources de ce Parti qui n’a plus rien de libéral sinon la pensée économique, mais bien chez Louis-Alexandre Taschereau. Jean Charest passera à l’Histoire comme l’équivalent de ce que fut cet ancien premier ministre honni, tache honteuse dans notre histoire pourtant chargée de dirigeants médiocres: un long règne libéral – 16 ans dans le cas de Taschereau – dominé par la corruption, l’agenouillement devant les cartels financiers (Taschereau est l’un des premiers à avoir bradé nos richesses forestières, minières et hydrauliques à des investisseurs américains) et surtout par son refus de doter la province de mesures de sécurité sociales dignes de ce nom. Taschereau eut une fin de règne misérable, à l’image de son bilan: à la suite de révélations scandaleuses sur la corruption de son parti, il fut démis de ses fonctions. La voie était pavée pour Maurice

Duplessis, qui se fit le chantre de l’assainissement des finances publiques.

 

 

Nous ne sommes pas dans une nouvelle Grande Noirceur, nous sommes au crépuscule, juste avant la grande nuit, ou si vous préférez à l’orée de la forêt. Le chemin est tout pavé pour que nous plongions tête la première dans de nouvelles sombres années: celles-ci ont débuté depuis maintenant six ans à Ottawa, et l’on ne peut pas dire que notre gouvernement, à Québec, fait preuve d’une grande résistance. Si le Parti libéral de notre province a exprimé parfois un inconfort d’apparence vis-à-vis le gouvernement de Stephen Harper, prônant notre caractère distinct, pansant quelques blessures, quelques coupures, le fond reste le même, implacable, violent, désespérant: de Sussex Drive à la rue des Braves, deux conservateurs règlent les destinées de notre peuple. Y voir autre chose relève de l’aveuglement.

 

 

Et lorsque Jean Charest, sur le mode de l’humour, l’humour non pas du fou du roi mais du roi devenu fou d’arrogance, de mépris et de cynisme, lorsque Jean Charest, en plein Salon du Nord, comme l’on dit Salon de l’auto, comme l’on dit Salon des produits spoliés et vendus à rabais, propose d’exiler les manifestants « dans le Nord autant que possible », il reprend les thèmes cette fois-ci non pas de Taschereau, mais de Duplessis, celui qui poussa Borduas à s’exiler, « dans les Europes autant que possible », celui qui dit aussi un jour afin de contrer l’idée d’un enseignement pour tous: « L’éducation c’est comme l’alcool, certains ne la supportent pas. »

 

 

 

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Les Mexicains expriment leur solidarité avec les étudiants de Montréal. Qu'attendent les Européens ?

 

 

Jean Charest sait-il à quel point, ce jour-là, le monde s’offusqua de cette saillie? Les journaux belges, français, italiens, britanniques, pour ne nommer qu’eux, en furent soufflés: un tel mépris et surtout une telle inconscience leur étaient stupéfiants. Après plus de 70 jours de grève, une telle phrase relevait-t-elle du suicide politique? Au pays du bipartisme à la britannique, où l’on peut décréter des élections quand bon nous semble, tout paraît être possible, surtout quand l’opposition, à peine relevée d’une guerre fratricide, se reconstruit péniblement.

 

 

Les 3 grands temps de ce printemps

 

 

Ce printemps a connu trois dates majeures – elles n’ont pas toutes eu le même impact public, et encore moins le même impact médiatique – mais qu’importe: elles ont existé et demeurent dans les esprits. Au petit jeu des chiffres d’estimation de foule, les sociétés sont éternellement perdantes: un esprit neuf peut souffler sur les têtes de huit personnes, et on oublie trop souvent que la première édition de Refus global fut vendue à une cinquantaine d’exemplaires… Ces trois dates: 22 mars, 7 avril, 22 avril; les trois événements: la plus grande manifestation étudiante dans l’histoire du Québec; une nuit blanche de discours d’intellectuels du pays se mobilisant autour de la question de ce que nous sommes et des élans de liberté qui, malgré tout, malgré notre mal-être récurrent, malgré notre survie fragile car perpétuellement menacée, malgré notre fatigue culturelle jamais guérie, surgissent épisodiquement; le grand rassemblement des forces progressistes de la province, ralliées autour de la défense du bien commun, en particulier de nos ressources naturelles, mais aussi culturelles.

 

 

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Il y a à la fois un côté festif et de défi dans ces manifestations (ici le 22 mai 2012)

 

 

 

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 La confrontation reste encore pacifique, malgré la loi 78.

 

  

Je ne veux pas faire l’impasse sur l’espoir ressenti, sur le sentiment festif qui jaillit ça et là, sur l’humour formidable des pancartes des manifestants, rappelant les très riches et belles heures de mai 68, mais au-delà de la bonne conduite de mes compatriotes – honte au gouvernement de parler de violence, à la suite d’exactions commises par des éléments incontrôlés, comme d’habitude, honte au gouvernement de traiter la CLASSE ([1]) comme on traita le FLQ ([2]) – je décèle un sentiment de fureur comme je n’en ai jamais perçu chez nous. Bien canalisée, la fureur, c’est celle de vivre: elle est le moteur des plus belles réalisations humaines. Réprimée, méprisée, ignorée, elle trace les chemins tortueux vers les versants noirs de notre âme – la fureur peut aussi mener aux glissements politiques les plus honteux de l’Histoire.

 

La lutte doit devenir générale

 

 

Il faut continuer à manifester. Pacifiquement cela va sans dire. Mais ne perdons pas notre fureur. Ne restons pas poli. Nous n’avons pas envie d’être calme et de discuter sereinement. Nous n’avons plus la patience de nous asseoir auprès de Line Beauchamp pour nous faire semoncer: c’est à elle que nous avons envie de donner une leçon. Vous n’êtes pas nos maîtres, les nôtres sont dans la rue, ils manifestent à nos côtés. Vous n’êtes plus nos représentants: qui ose se reconnaître en vous? Qui ose se draper de fierté à la simple évocation de vos noms? Qui ose ne pas reconnaître l’abus de pouvoir, le patronage, la corruption, la mise à sac de nos acquis, la grande braderie nationale? Un ou deux éditorialistes inféodés, quelques magnats de l’entreprise privée? Et encore, sitôt le dos tourné, ceux-ci vous méprisent encore plus que nous vous rejetons, car ils ne vous font même pas l’honneur de leur sincérité. Valets obséquieux du pouvoir, ils courtiseront les nouveaux conquérants dans les ruines de votre défaite, ils les courtisent déjà, ils les ont toujours courtisés, que ceux-ci portent la soutane ou le veston-cravate.

 

 

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Le mouvement va-t-il s'étendre vers le monde du travail ?

 

  

Et les pires dans tout ce carnaval éhonté d’une élite décadente, celle qui n’en finit plus de s’enferrer aux rênes du pouvoir, préférant couler avec le navire plutôt que de passer le gouvernail, sont ceux des combats de jadis qui prônent à présent des calculs de pertes et profits entre le gouvernement et les associations étudiantes. Louis Bernard et sa proposition de couper la poire en deux en étalant la hausse, François Legault et sa gestion de commis-épicier, et tous les courbe-l’échine du carré vert ou jaune ou allez savoir, quelle infamie! Où en est-on lorsqu’on se retourne contre toute la jeunesse de son pays? Sont-ils rendus si cupides pour les mépriser autant, sont-ils si agonisants qu’ils prennent peur devant tout geste vital ?

 

Voit-on réellement ce qui se joue ici? Frères étudiants qui après moi étudiez, vous ne faites pas que vous battre contre la hausse des frais de scolarité! Vous vous battez pour notre dignité, pour nous dire que cette fois ça suffit, pour dire « Charest dégage », pour défendre cette idée qu’il y a encore des batailles à mener en notre beau pays et que celles-ci demandent courage et détermination. Le poids qui vous incombe est imposant: un abandon, une défaite, signifierait bien plus qu’une hausse des frais de scolarité. Les conséquences d’un éventuel échec de notre printemps serait incalculables: cela voudrait dire qu’au Québec, on peut descendre dans la rue par centaines de milliers, rejeter majoritairement le parti au pouvoir, rallier les étudiants, les professeurs, les syndicats, les artistes, les intellectuels, les aînés, les laissés-pour-compte, sans que rien ne bouge. La morosité qui s’ensuivrait serait comparable à celle qui découla des deux référendums, laissant un pays exsangue, déchiré en deux. Alors une seule solution: non pas la démission de Line Beauchamp, simple porte-voix d’un parti et d’un système grugé par des années de déliquescence. Non pas uniquement le gel des frais de scolarité, ce qui de toute manière a peu de chances d’arriver avec le gouvernement en place. Non pas les négociations interminables qui font le jeu des dirigeants, permettant l’essoufflement de la révolte. Mais la démission de Jean Charest et la tenue d’élections dans les délais les plus brefs. Nous ne pouvons pas attendre que le Parti libéral choisisse une date selon le calendrier de l’opportunisme politique pour déclencher de telles élections; il est des moments dans la vie d’un peuple où le temps presse et où l’appel de la population doit faire office de loi.

 

Il n’y a pas d’autres alternatives, notre salut à tous est là; étudiants comme personnes âgées, syndicats comme patrons, artisans comme intellectuels. Le règne de notre Taschereau moderne doit prendre fin; la sortie doit lui être indiquée; si la justice ne peut s’en charger la rue doit s’en emparer. C’est le fil conducteur des trois grands temps du printemps; la conclusion incontournable; la lame de fond. Ne décevons pas ceux qui nous regardent avec admiration. Ne décevons pas nos enfants à venir; ce sont eux qui récolteront les fruits de la bataille. Ne nous décevons pas nous-mêmes: nous valons plus que « cela », cet assujettissement aux intérêts privés, cette aliénation au profit des profiteurs, cette mise à genoux devant un pouvoir devenu aveugle. Nous valons plus que 1625 dollars par année. Nous valons tout l’or du monde et cet or, nous ne le vendrons jamais.

 

Cette si belle phrase que vous avez tous vue sur des pancartes: « Ce n’est pas parce que vous n’avez pas réussi à changer le monde que vous devez empêcher les jeunes de réussir à leur tour. » Ne laissons pas le fardeau de la révolte peser sur les épaules des seuls étudiants: que ceux-ci soient nos guides, mais que nous soyons à leurs côtés.

J’appelle donc tous mes compatriotes, ceux qui ont à cœur leur jeunesse, je veux dire la leur passée, celle à venir et celle qui manifeste, ceux qui ont à cœur le futur de leur nation, quelle que soit leur allégeance, à descendre dans la rue afin non seulement d’appuyer les revendications des étudiants québécois, mais de demander la reddition du premier ministre. Le temps du changement est venu; « enough is enough ». Être patient, c’est aussi être malade; il nous faut sortir de ce corridor sans fin d’urgence d’hôpital qu’est devenu le gouvernement de Jean Charest.

 

La grève générale jusqu’à la démission de notre premier ministre et le déclenchement des élections: la seule issue au printemps québécois, afin que refleurissent les arbres, dans les vergers de notre pays, et que nos enfants puissent, à nouveau, cueillir leurs fruits.

Publication originale: http://trahir.wordpress.com/2012/05/29/kameid-grev/

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Olivier Kemeid est auteur, metteur en scène, directeur artistique de la compagnie Trois Tristes Tigres et ancien directeur artistique d’Espace Libre (2006-2010). Ses pièces ont été jouées dans de nombreux théâtres à Montréal, dont Moi, dans les ruines rouges du siècle au Théâtre d’Aujourd’hui la saison dernière, dans le cadre de sa résidence d’écriture. Sa pièce L’Énéide, d’après Virgile (2007) a été traduite en anglais, en allemand et en hongrois. Elle a été lue ou jouée en France (Festival d’Avignon 2008), en Allemagne, en Hongrie, en Belgique et aux Etats-Unis. La saison 2012-2013 sera fructueuse pour l’auteur car cinq de ses pièces seront jouées ici et à l’étranger : The Aeneid à New York dans le off-Broadway (m. en sc. Kay Matchullat) ; Œdipe, une version toute personnelle d’Œdipe Roi de Sophocle, au Théâtre du Parc à Bruxelles (m. en sc. José Besprosvany) ; Celles d’en haut, au Théâtre du Rêve à Atlanta (m. en sc. Olivier Coyette) ; Survivre, dans un théâtre montréalais et enfin Furieux et désespérés au Théâtre d’Aujourd’hui, dans une mise en scène de l’auteur. Olivier Kemeid est également membre du comité de rédaction de la revue Liberté.



[1] La CLASSE (Coalition large de l’Action de Solidarité Syndicale Étudainte) est une coalition temporaire créée autour de l’ASSÉ afin de lutter contre la hausse des frais de scolarité et de coordonner la grève générale illimitée qui aura lieu durant l’hiver 2012. Le but de cette coalition est donc d’ouvrir les structures de l’ASSÉ à des associations étudiantes non-membres afin de construire un mouvement large et combattif afin de bloquer la hausse.

[2] FLQ – Front de Libération du Québec. Organisation indépendantiste québecoise.

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 20:29

Le militant, ancien résistant, poète compositeur et chanteur grec Mikis Theodorakis qui s’est dernièrement engagé contre la troïka européenne, fait l’objet d’une campagne odieuse menée par la droite française et particulièrement Jean-François Copé.

 

En effet, durant la campagne présidentielle française, Jean-Luc Mélenchon n’a pas caché être proche de Mikis Theodorakis. Réplique de Jean-François Copé : il accuse Theodorakis d’antisémitisme se référant à l’extrait tronqué d’une déclaration qui fait accroire qu’il est antisémite. Or, Theodorakis critiquait, avec la virulence qu’on lui connaît, l’actuelle politique du gouvernement Netanyahou en Israël et dans les territoires occupés. 

 

L’objectif de Copé était de discréditer Mélenchon auprès de la communauté juive de France en affirmant qu’il fréquentait ouvertement des antisémites. Quoi que l’on pense de Theodorakis et de Mélenchon, ce procédé est odieux et indigne d’un responsable politique qui envisage de se présenter plus tard à la magistrature suprême. Honte à vous, Jean-François Copé !

 

Nous reproduisons ici la réplique de Theodorakis parue dans "l’Humanité" et reproduite par le site "Le Grand Soir" où le chanteur explique son extraordinaire parcours et le sens de ses engagements.

 

Mikis Theodorakis antisémite ? : "Une calomnie et l’expression de la pire bassesse morale"

 

 Je suis grec et fier de l’être, car nous sommes le seul peuple en Europe qui, pendant l’occupation allemande (1941-1944), non seulement n’a pas exercé de poursuites contre les juifs mais, au contraire, les a aidés à vivre et à survivre avec tous les moyens dont nous disposions.

 

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Mikis Theodorakis a opposé à ses calomniateurs son parcours exceptionnel.

 

 

À l’époque, j’étais moi-même partisan de l’Armée populaire de libération et je me souviens que nous avions pris sous notre protection de nombreuses familles de juifs grecs, que nous nous sommes souvent battus contre les SS pour les sauver et beaucoup d’entre nous l’ont payé de leur vie.

 

Plus tard, j’ai composé le cycle Mauthausen que, notamment en Israël, l’on considère quasiment comme un hymne national. J’ai ressenti une des plus grandes émotions de ma vie quand, dans les années 1980, il m’a été accordé de diriger cette œuvre sur le site du camp de concentration de Mauthausen, tout d’abord chantée en grec par sa première interprète, Maria Farantouri, puis en allemand par Gisela May, et en hébreu par la chanteuse israélienne, Elinoar Moav. Je l’ai dirigée une fois encore sur ces lieux et, depuis lors, l’œuvre enregistrée est diffusée sans interruption sur le site du camp.

 

En 1972, j’ai bravé le boycottage européen et j’ai donné des dizaines de concerts en Israël, des moments que je qualifierais d’historiques en raison des liens d’amour mutuel qui nous unissaient.

 

 

 

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Itshak Sade et Ygal Allon en 1948. Ygal Allon a combattu pendant la guerre d'indépendance d'Israël en 1948 dans les rangs du Palmach. Il a fait une carrière militaire et politique et il se situait à la gauche du parti travailliste. Il fut quelques temps premier ministre et ensuite vice-premier ministre du gouvernement israélien. Il est l'auteur en 1971 d'un plan de paix qui porte son nom qui prévoyait qu'Israël se retire de Cisjordanie. Il a quitté le gouvernement après la victoire électorale de la droite en 1977 et décéda en 1980.

 

 

À cette même époque, Yigal Allon, alors vice-premier ministre du gouvernement israélien et ministre de l’Éducation et de la Culture, m’a confié une première mission, celle de transmettre un message de paix à Arafat au nom de son gouvernement. C’est dans cette intention que je l’ai rencontré à Beyrouth et, à cette occasion, j’ai donné une conférence de presse dans une salle. Un groupe de fanatiques palestiniens avait décidé de m’abattre, car il me considérait comme un complice des juifs. C’est Arafat lui-même qui me l’a dit le lendemain avec, à ses côtés… le groupe de mes assassins en puissance. Qu’est-ce qui m’a sauvé  ? Mon amour authentique pour les deux peuples martyrs  : les juifs et les Palestiniens.

 

“Quand on t’a entendu pendant la conférence de presse, m’ont-ils dit, on a compris que nous nous trompions.” Qu’est-ce que j’avais dit au cours de la conférence de presse  ? “Le conflit qui vous oppose ne sera pas résolu par les armes, mais par la compréhension mutuelle. De l’autre côté, il y a des hommes ordinaires qui vous ressemblent, simples et travailleurs, capables d’aimer et qui, comme vous, aiment leur famille et leur pays. C’est eux que vous devez trouver, parce que c’est avec eux que vous pourrez vivre dans la paix.”

 

 

 

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Theodorakis a composé l'hymne national palestinien à la demande de Yasser Arafat.

 

 

Arafat m’a dit : «  Tu as chanté les juifs et tu as eu raison, car ils sont, eux aussi, un peuple tourmenté. Comme nous. Alors, s’il te plaît, écris une chanson pour nous aussi…” C’est ainsi que j’ai écrit aussi un chant pour le peuple palestinien qui est devenu par après un hymne officiel.

 

 

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 A la remise du Prix Nobel de la Paix à Yasser Arafat, Shimon Peres et Ithzak Rabin en 1994, l'hymne palestinien composé par Theodorakis fut joué par l'orchestre philharmonique d'Oslo.

 

 

Bien plus tard, à l’occasion de la remise du prix Nobel de la paix à Rabin (Israël) et à Arafat (Palestine), l’Orchestre symphonique d’Oslo avec, en soliste, l’interprète finlandaise Arja Saijonmaa, a joué Mauthausen en hommage à Israël et le chant que j’avais composé, reconnu comme hymne national, en l’honneur du peuple palestinien. Ce moment symbolique suffit à démontrer la place que j’occupe dans l’esprit et dans les cœurs des deux peuples.

 

Je suis souvent allé en Israël, en Palestine et au Liban, et c’était chaque fois la paix, l’amitié, la coexistence et la coopération entre ces deux peuples martyrs qui occupaient mes pensées. En tant que Grec, je me sens proche d’eux, comme si nous appartenions à la même famille. Et pourtant, pour certains fanatiques, d’un côté comme de l’autre, je suis la cape rouge agitée devant le taureau. Pourquoi ? Parce que j’ai la franchise et le courage de dire la vérité et de la dire même dans la gueule du loup. Ainsi, quand je suis en Palestine, je m’exprime ouvertement et publiquement contre les fanatiques qui me haïssent et, quand je suis en Israël, je fais de même en critiquant tout aussi ouvertement et publiquement les fanatiques qui, en raison de la diaspora juive présente dans tous les pays du monde, ont la possibilité de transformer leur haine en venin et en mensonges monstrueux.

 

Dans mon opéra les Métamorphoses de Dionysos (dont j’ai écrit aussi le livret), il y a une scène où des juifs sont déportés par des SS dans des camps d’extermination. Il s’agit d’un moment crucial de l’œuvre, d’une condamnation du nazisme qui dévoile d’une façon très humaine l’affliction psychique et intellectuelle que je ressens devant les souffrances des juifs.

 

 

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Jean-François Copé, le futur ex-patron de l'UMP, a montré sa duplicité en traitant Théodorakis d'antisémite. L'insulte ne rapporte jamais à son auteur !

 

 

D’ailleurs, la dénonciation du racisme et la défense de ses victimes ont guidé mes décisions et mes actes tout au long de ma vie. Une vie jalonnée de poursuites qui m’ont souvent poussé jusqu’au seuil de la mort.

 

Donc, me qualifier de raciste et d’antisémite n’est pas une simple calomnie, mais l’expression de la pire bassesse morale, issue le plus souvent de cercles proches d’organisations et d’individus opérant dans la mouvance du néonazisme et auxquels la crise a permis de relever la tête pour nous menacer et – incroyable, mais vrai – nous accuser, eux, d’antisémitisme en utilisant un arsenal de mensonges et de déclarations insidieuses !

 

Il suffit de dire, par erreur manifeste, dans une interview de trois heures, “antisémite” au lieu d’“antiraciste”, et on s’empare d’une seule et unique phrase dont on isole un mot, brandi comme un étendard, tout simplement pour servir l’intention de m’incriminer. Depuis combien d’années était-on aux aguets pour une simple erreur ? Le mot “antisémite” correspond-il vraiment à ce qui suit ? “J’aime le peuple juif avec lequel nous avons vécu et souffert en Grèce pendant des années et je hais l’antisémitisme.” Je suppose que mes différents ennemis se sont bien gardés de citer ces paroles. Et pourtant, c’est exactement la phrase que j’ai prononcée. Ce n’est pas quelque chose que je viens d’inventer, après-coup, en guise d’alibi. Il en est ainsi, et il est facile de le prouver de façon incontestable en écoutant toute la phrase, exactement comme je l’ai prononcée et non pas en la tronquant comme l’ont voulu mes adversaires.

 

Peut-être va-t-on se demander pourquoi et comment certains persistent à vouloir discréditer un ami si fidèle d’Israël et des juifs et tentent de me faire passer à tout prix pour un antisémite ? (De qui parle-t-on  ? De quelqu’un qui a connu les sous-sols de la Gestapo pour les sauver !).

 

Toutefois, la réponse est finalement simple : beaucoup de mes amis juifs sont d’accord avec moi. Certains sont d’accord avec moi, même s’ils vivent en Israël, donc dans la tourmente quotidienne des événements. Alors, si les simples citoyens du peuple d’Israël entendent mes idées, telles qu’elles sont réellement exprimées, ils “risqueraient” (selon mes ennemis, bien sûr) d’être d’accord avec moi, en pensant que la solution du problème ne se trouve pas dans la violence et les armes, mais dans la coexistence et la paix. Ce qui ne plaît pas du tout à mes adversaires car, bien sûr, j’ai – à plusieurs reprises – totalement désapprouvé la politique de l’État d’Israël et j’ai exprimé ce désaccord avec force et de la façon la plus claire et la plus catégorique (comme je le fais toujours). Pour ne pas courir le risque que ces citoyens se rangent à mes opinions, ils ne doivent pas les entendre. Et quelle est la meilleure et la plus sûre façon de procéder pour arriver à ses fins ? Eh bien, leur tactique habituelle : me coller “l’étiquette” d’antisémite, de sorte qu’aucun juif, où qu’il se trouve, ne veuille plus entendre non seulement mes idées, mais même mon nom.

 

 

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 En traitant Theodorakis d'antisémite, Copé visait évidemment Mélenchon.

 

Et maintenant, particulièrement en France – où brusquement on “s’est souvenu” d’une interview donnée il y a environ un an et demi –, il existe, de toute évidence, une autre raison : porter atteinte à la gauche. Leur prétendu “argument” est que son leader, Jean-Luc Mélenchon, me connaît et que, par conséquent… il a des amis antisémites  ! Toutefois, la vérité – malheureusement pour eux – est évidente et je pense que tout homme animé de bonnes intentions peut s’en rendre compte.

 

Donc, même si après la lecture de ce qui précède, certains persistent encore à me faire passer pour quelqu’un que je n’ai jamais été et que, bien sûr, je ne suis pas, le doute n’est plus permis. Tout est fait sciemment pour servir d’autres finalités, car ma foi inébranlable dans la paix et la coexistence des deux peuples martyrs, juif et palestinien, en dérange plus d’un.

 

Mikis Theodorakis

 

Athènes, le 15 juin 2012

(Traduit du grec par Arlette Manoli)

 

http://www.legrandsoir.info/la-replique-de-mikis-theodorakis-a-jean-francois-cope.html

 

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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 16:18

Depuis que je milite, j’ai été fédéraliste. D’une part, je considère que les peuples ont le droit à l’autodétermination, et d’autre part, dans le monde où nous vivons après la Deuxième guerre mondiale, l’Etat-nation doit laisser la place à une entité plus vaste, supranationale qui sera censée mieux à même de préserver la paix en alliant les intérêts de chacun à l’intérêt général.

 

Être fédéraliste n’a pas toujours été évident. Je me rappelle une réunion de syndicalistes à Charleroi – j’avais alors trente ans, la nature m’en a accordé à ce jour quelque trente-six de plus – où j’ai affirmé ma conviction fédéraliste. Je me suis fait littéralement descendre par un facteur délégué syndical appartenant au Parti communiste, prétendant qu’un fédéraliste ne pouvait être socialiste… Après l’appel au fédéralisme du syndicaliste liégeois, André Renard, lors des grandes grèves de 1960-61, j’avoue avoir été assez désorienté.  Cette interpellation m’a néanmoins fait réfléchir. Fédéralisme et socialisme pouvaient-ils s’accorder ? La question est pertinente : après tout, le fédéralisme est un modèle d’organisation entre régions ou Etats, alors que le socialisme définit une forme d’organisation de la société sur la base de principes comme la liberté et l’égalité. Dès lors, fédéralisme et socialisme peuvent être antinomiques.

 

Ils sont antinomiques si l’un et l’autre sont imposés « d’en haut ». Rien ne se construit sans les peuples. C’est la terrible erreur que commettent les actuels « dirigeants » européens. Ils prétendent que l’idéal serait d’aller vers plus de « fédéralisme », c’est-à-dire, pour eux, que les Etats-membres transfèrent à l’Union européenne une plus grande part de souveraineté. Ainsi, la Commission européenne deviendrait un véritable gouvernement européen qui pourrait décider sans se référer en permanence aux chefs d’Etat et de gouvernement qui se réunissent régulièrement en « sommet ». Cette voie est sans issue et ne constitue en rien la construction d’un ensemble nouveau et cohérent.

 

 

 commission barroso 2

La Commission Barroso II  voudrait bien devenir un gouvernement doté de tous les pouvoirs.

 

Dans « Libération » de ce 28 juin, la Commissaire européenne Viviane Reding compare le processus de fédéralisation qui constituerait – pense-t-elle – la solution à la crise de l’Euro,  au processus qui a mené à la naissance des Etats-Unis. Elle joue l’historienne et écrit : « Les fondations de cette union fédérale ont été posée en 1790. Après la guerre d’indépendance, beaucoup d’Etats américains se trouvaient fortement endettés. C’est cette situation qui a amené trois hommes politiques, Alexander Hamilton, Thomas Jefferson et James Madison, à se mettre d’accord lors d’un dîner sur la nécessité absolue d’assumer pour une seule fois les dettes de l’Etat et d’émettre de nouveaux emprunts fédéraux qui seraient garantis par le Trésor public américain. » Madame Reding souhaite que l’Union européenne procède de la même manière. Elle ajoute sa profession de foi : « Si nous voulons préserver et développer la place de l’Europe sur la scène internationale, nous devons transformer notre union monétaire et économique en une fédération européenne politique forte, dotée d’une union monétaire, fiscale et bancaire couvrant au minimum la zone Euro. »

 

 

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Viviane Reding, Commissaire européenne aux Droits fondamentaux : l'histoire des Etats-Unis n'est pas celle de l'Union européenne !

 

Le discours de la Commission européenne est toujours emprunt d’un grand optimisme et ne souffre dès lors aucune objection. Madame Reding n’y échappe pas. On peut émettre plusieurs remarques.

 

Les Etats-Unis naissants de la fin du XVIIIe siècle ne sont pas l’Union européenne d’aujourd’hui. Il s’agissait de constituer un pays en unifiant treize anciennes colonies britanniques qui se trouvaient exsangues suite à la guerre d’Indépendance. Une fédération était dès lors indispensable pour consolider la nouvelle indépendance.

 

 

 

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James Madison, un des "pères fondateurs" des USA. S'il avait su qu'il allait inspirer certains Européens...

 

 

En Union européenne, y a-t-il une réelle volonté de fonder une fédération qui devrait contenir au moins 17 Etats – ceux de la zone Euro – qui accepteraient un important transfert de souveraineté ? On peut en douter !

 

 

À l’époque de Madison, de Jefferson et d’Hamilton, les marchés financiers n’existaient pas et dès lors ne pouvaient avoir accès à la dette publique, comme c’est le cas aujourd’hui. En outre, les peuples européens souhaitent-ils se retrouver dans une fédération dont ils ignorent les enjeux et les contours ? Rien n’est moins sûr.

 

 

D’autre part, Madame Reding décrit un processus de solidarité, ce qui n’est guère le cas aujourd’hui avec cette interminable crise de l’Euro. Les conservateurs encore dominants en Europe,  refuseront que l’on « mutualise » la dette, ce qui serait une solution efficace pour sortir de ce cercle vicieux dans lequel les marchés financiers ont entravé les Etats de l’Union européenne.

 

 

Et puis, réfléchissons bien. Le fédéralisme tel qu’il est conçu par les dirigeants européens, fait-il progresser la démocratie, donne-t-il aux peuples plus de pouvoirs ? Madame Reding a beau écrire : « Le Conseil européen de cette semaine (28 – 29 juin) pourrait bien devenir la version européenne du dîner d’Alexander Hamilton de 1790. Le président de la Commission européenne (…) a mis sur la table des propositions ambitieuses et je suis certaine qu’elles recevront un accueil favorable, y compris au sein du Parlement européen, instance démocratiquement élue par tous les citoyens. »

 

 

« Instance démocratiquement élue » par à peine 25 % des électeurs européens, rappelons-le. De plus, les pouvoirs de ce Parlement sont limités et Madame Reding ajoute dans sa tribune qu’il n’est pas nécessaire de modifier les Traités pour construire ce projet fédéral qui n’est en rien démocratique.

 

 

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Pierre Mendès-France craignait en 1957 une Europe libérale

 et une supranationalité totalitaire.

 

Nous avons souvent évoqué Pierre Mendès-France. Voici ce qu’il disait en 1957 à l’Assemblée nationale française : « Nos partenaires (européens) veulent conserver l’avantage commercial qu’ils ont sur nous du fait de leur retard en matière sociale. Notre politique doit continuer à résister coûte que coûte, à ne pas construire l’Europe dans la régression au détriment de la classe ouvrière (…)

 

Il est prévu que le Marché commun comporte la libre circulation des capitaux. Or si l’harmonisation des conditions concurrentielles n’est pas réalisée et si, comme actuellement, il est plus avantageux d’installer une usine ou de monter une fabrication donnée dans d’autres pays, cette liberté de circulation des capitaux conduira à un exode des capitaux français (…)

 

Les capitaux ont tendance à quitter les pays socialisants et leur départ exerce une pression dans le sens de l’abandon d’une politique sociale avancée. On a vu des cas récents où des gouvernements étrangers ont combattu des projets de lois sociales en insistant sur le fait que leur adoption provoquerait des évasions de capitaux (…)

 

L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement “une politique”, au sens le plus large du mot, nationale et internationale. »

 

 

C’est évidemment cette « autorité extérieure » qui cherche à être le pouvoir supranational pour mener une seule politique qui ne tolère aucune critique, une politique néolibérale agressive dont l’ensemble de la classe dirigeante « européenne » est imprégnée. Elle n’a d’ailleurs aucune légitimité. Ce n’est pas être nationaliste ou être « eurosceptique » de dire que ce projet va à l’encontre de l’aspiration des peuples à un réel progrès social, politique, économique, écologique et aussi culturel. Le fédéralisme tel qu’il était conçu dans les années 1950 – 1970, n’était pas celui qui nous est « offert » aujourd’hui, car les peuples en sont exclus.

 

 

Dans le même numéro de « Libération », l’économiste Benjamin Coriat, professeur à Paris XIII et coprésident des « économistes atterrés » pense que le fédéralisme proposé ne nous protégera pas des crises. Il reproche à ce fédéralisme de laisser aux marchés financiers le contrôle des dettes publiques.

 

 

Il estime que ce projet consolide et garantit l’ordolibéralisme. Il explique : « A la différence du libéralisme au sens usuel du terme, l’ordolibéralisme ne fait pas confiance à la ²main invisible². Dans la vision ordolibérale des choses  qui nous vient de l’école de pensée néolibérale allemande, le jeu du marché ne parvient pas à converger spontanément vers l’équilibre. (…) Résultat, pour que le marché puisse fonctionner et que les équilibres soient atteints, les Etats doivent mettre en place un cadre institutionnel et juridique contraignant, censés permettre aux mécanismes du marché de fonctionner. »

 

 

 

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Angela Merkel adepte de l'ordolibéralisme de l'école allemande

 

 

N’est-ce pas exactement ce qu’Angela Merkel a imposé à l’Union européenne, par le Mécanisme européen de Solidarité, le Pacte budgétaire et la fameuse « règle d’or » ? Ludovic Lamant de « Mediapart » écrit : « Cette école de pensée [ordolibérale] fait de la maîtrise des dépenses publiques, de la stabilité des prix, et donc de l'indépendance de la banque centrale, autant de piliers qu'il est impossible de fragiliser. Le traité de Maastricht, en 1992, reflétait déjà en grande partie l'influence de ce courant, toujours très prégnant outre-Rhin. »

 

Coriat ajoute : « Nous sommes dans ce moment-là qui consiste à garantir la zone euro en reportant la charge sur chacun des pays. » Ainsi donc, pas de solidarité entre les Etats de la zone euro. Curieuse conception du fédéralisme !

 

L’économiste « atterré » estime « qu’il s’agit d’un nouveau moment de l’offensive néolibérale. Après que la déréglementation financière des années 80-90 a totalement modifié les rapports de force entre capital et travail, nous vivons actuellement une seconde phase où la finance a pris le contrôle des dettes souveraines. » Il dénonce : « le hold-up intellectuel qui consiste à présenter la crise actuelle comme une crise des dettes publiques provoquée par un laxisme des Etats. »

 

 

Or, si on prend l’ensemble de la dette souveraine des Etats de la zone euro, la situation est beaucoup moins alarmante qu’on le prétend.

 

 

L’économiste Pierre Lordon remet les montres à l’heure dans son blog du « Monde diplomatique » : « La zone euro connaît des tourments hors de proportion avec ses données macroéconomiques consolidées : considérée dans son ensemble, elle affiche un déficit de 4,1 points de PIB et une dette publique de 87,2 points de PIB à la fin 2011, soit une meilleure performance à tous égards que les États-Unis (9,6 % et 102,9 %) ou le Royaume-Uni (8,3 % et 85,7 %) » Donc, tout se passe comme si volontairement on aggravait la crise. Une situation préoccupante devient catastrophique par un coup de baguette magique ! Certes, il y a des distorsions entre les pays de la zone Euro, distorsions provoquées par les « majors » des marchés financiers, à savoir les grandes banques comme Goldman Sachs. Ces marchés se sont d’abord attaqués au maillon faible qu’est la Grèce en trafiquant ses comptes et en sachant bien qu’au vu de son archaïque structure politique, économique et sociale, le pays des Hellènes ne fait pas le poids face à des géants comme l’Allemagne ou la France. Ils s’en prennent ensuite à l’Irlande, petite économie axée quasi uniquement sur les services, à l’Espagne qui a été poussée à la bulle immobilière et ensuite à l’Italie qui a été dirigée pendant plus d’une décennie par une clique populiste quasi mafieuse, avant de poursuivre leur offensive vers la Belgique, les Pays Bas et peut-être la France. 

 

 

Sans sombrer dans la théorie du complot, il faut bien admettre qu’à l’analyse de cette crise, tout se passe comme si on imposait un projet élaboré d’avance, en présentant la situation comme bien plus grave qu’elle ne l’est, en interdisant toute solidarité, en dépouillant les Etats de leurs moyens par l’interdiction de toute relance. On a affaire à un projet dogmatique dangereux qui cherche à détruire le pacte social.

 

 

Il y a d’ailleurs une réelle offensive en ce sens de la part des Banques centrales nationales dont on peut se demander la raison d’être depuis l’instauration de l’Euro. Luc Coene, ancien chef de cabinet de Guy Verhofstadt, connu pour être un partisan de l’ultralibéralisme le plus dur, aujourd’hui gouverneur de la Banque nationale de Belgique, s’attaque avec virulence à l’indexation automatique des salaires qui est un acquis social majeur auquel les syndicats refusent de toucher. Les provocations se multiplient d’ailleurs entre les libéraux flamands (VLD) et les socialistes francophones du PS au sein de la majorité. Le ministre PS Paul Magnette avait déclaré dans le « Soir » du 28 juin que le projet de fédéralisme de Van Rompuy était « aux trois quart de droite ». Il s’est fait tancer à la Chambre par Patrick De Waele, chef du groupe VLD.  Avant le sommet des 28 et 29 juin, Van Rompuy a publié une note de sept pages qu’il compte présenter au sommet. Elle est intitulée : « Vers une véritable Union économique et monétaire ». Cela signifie, en passant que cette Union n’existait pas, alors que le traité de Maastricht a vingt ans et l’Euro est la monnaie de tous depuis dix ans !

 

 

 

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 Luc Coene, le très libéral gouverneur de la BNB, s'attaque à nouveau à l'index. A la veille du Sommet européen, est-ce un hasard ?

 

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Le ministre PS Paul Magnette s'attaque souvent aux dérives ultralibérales de l'Union européenne.

 

Cette note (http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/fr/ec/131278.pdf) prône un cadre financier, un cadre budgétaire, un cadre de politique économique, le tout intégrés et placés sous une nouvelle légitimité démocratique. Vaste et beau programme ! Un exemple : le cadre financier intégré  « Fondé sur un règlement uniforme, le cadre financier intégré devrait comprendre deux éléments principaux: un cadre unique de surveillance bancaire européenne et un cadre commun sur la garantie des dépôts et la résolution des défaillances. » Autrement dit, pas question de solidarité financière, de mutualisation de la dette. Quant à la surveillance bancaire européenne, non seulement elle n’aura guère de pouvoir, mais elle est confiée à la BCE, c’est-à-dire à des banquiers ! Le braconnier garde chasse en quelque sorte…

 

 

 

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Herman Van Rompuy tente de construire une Europe à droite

et la plus ultralibérale possible.

 

 

Quant au budget, pas question de sortir du fameux pacte budgétaire, mais renforcer la centralisation au niveau européen : « Une union budgétaire à part entière supposerait le développement d'une capacité plus importante au niveau européen, à même de gérer des interdépendances économiques, et en définitive la mise en place, au niveau de la zone euro, d'une instance budgétaire de type ministère des finances. En outre, le rôle et les fonctions devant revenir à un budget central, et notamment son articulation avec les budgets nationaux, devront être définis. » Donc, il s’agit de la constitution d’un super ministère des finances qui chapeauterait toutes les politiques budgétaires nationales. Quant à la « légitimité démocratique », Van Rompuy se contente de vagues considérations : « Il sera déterminant que le Parlement européen et les parlements nationaux y soient étroitement associés, conformément à la méthode communautaire. Le protocole n° 1 annexé au TFUE([1]), sur le rôle des parlements nationaux dans l'Union européenne, définit un cadre approprié pour la coopération interparlementaire. » Pas question de faire appel aux peuples, de débattre de ces propositions. Le Parlement européen entérinera… Curieuse conception de la démocratie !

 

Transférer des pans entiers de la souveraineté des Etats vers la Commission européenne n’est pas du fédéralisme. C’est au contraire renforcer un pouvoir central quasi sans contrôle, le Parlement européen étant loin d’être doté des pouvoirs équivalents à ceux des Parlements nationaux. Le Ministre des Finances allemands, Wolfgang Schäuble a présenté son projet « fédéral » : « La Commission doit devenir un vrai gouvernement et pour cela doit être élue soit par le Parlement soit par l’élection directe de son président. » Il plaide également pour le droit d’initiative législative du Parlement européen. Mais, on est dans le domaine du wishfull thinking : la chancelière allemande a rappelé à son Ministre que ces débats sont pour demain ou après-demain… D’ailleurs, le « Monde » estime – en se référant à un fonctionnaire européen anonyme – que « le big bang fédéral n’est pas réaliste… les dirigeants n’y sont pas prêts pas plus que les opinions. » ([2])

 

Il existe d’autres solutions faciles à mettre en œuvre, mais manifestement la doxa ultralibérale ne permet pas que l’on s’y réfère. Une réelle solidarité entre les Etats de la zone euro ([3]), il faut désarmer les marchés financiers en faisant en sorte que la BCE garantisse les dettes publiques afin de faire baisser les taux d’intérêt, élaborer une véritable harmonie fiscale, réformer le système bancaire en séparant la fonction de crédit de celle de spéculation, financer la transition écologique. Mais, bien des responsables politiques, syndicaux  et économiques ont beau demander cela, la nomenklatura européenne et particulièrement l’Allemagne  s’y opposeront avec fermeté.

 

Le vrai fédéralisme qui est une association entre les peuples, n’est pas pour demain.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

 

 



[1] Le TFUE – Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il s’agit du Traité de Rome mis à jour. Il définit les différentes institutions européennes et est bien entendu lié aujourd’hui au Traité de Lisbonne.

[2] Il est aisé de se cacher derrière un « fonctionnaire bruxellois » pour exprimer une opinion qu’on n’ose défendre soi-même… Encore une preuve du terrorisme intellectuel qui règne autour du Berlaymont.

[3] Ce que Merkel refuse à ses partenaires européens, la mutualisation de la dette, elle l’accepte pour les Lânders allemands. Il est vrai qu’elle a besoin d’eux pour faire voter le Pacte budgétaire en Allemagne.

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Published by pierre verhas
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