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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 08:31

Mais oui ! Le vent ça rapporte !

 

Cet épisode méconnu qui nous a été transmis par notre ami Bernard Gensane qui l’a publié sur son blog (voir liens), est révélateur de la situation particulière du Royaume Uni : l’alliance de privilège féodaux et de l’ultralibéralisme.

 

Cette alliance a quelque-chose de génial : elle permet de faire des fortunes sur du vent !

 

 

http://money.unblog.fr/files/2009/04/fucklacrise.jpg


 

  

  

  

  

  

  

 

 

 

La reine d’Angleterre et les grands aristocrates britanniques profitent très largement du boom éolien que connaît le Royaume-Uni.


 

Contrairement à la France, le fond marin britannique appartient à la Couronne d’Angleterre et donc, pour le moment, à Elisabeth II. Chaque énergéticien qui entend y installer un parc éolien marin doit donc non seulement y être dûment autorisé par le gouvernement, mais aussi verser des royautés à la reine, ou plus exactement à l’institution chargée de veiller sur ses biens, le Crown Estate.


Mécaniquement, plus nombreuses sont les éoliennes offshore (et le Royaume-Uni prévoit d’en mettre en service 12.000 mégawatts supplémentaires d’ici 2020), plus le pécule de la locataire de Buckingham Palace grossit.


Ce qui se produit effectivement. Aujourd’hui, ledit Crown Estate a annoncé avoir accru la valeur des biens royaux (désormais évalués à plus de 8 milliards de livres (10 milliards d’euros), en hausse de 11% en un an), mais surtout avoir dégagé 240,2 M£ (298,4 M€) de profits: un chiffre en progression de 4% par rapport à 2011. Cette bonne performance est en partie imputable aux royalties croissantes dégagées par l’activité éolienne marine. «Dans le domaine marin, écrit le gestionnaire des actifs de sa majesté, les revenus générés par le secteur renouvelable ont plus que doublé, atteignant 7,8 M£, contre 3,5 M£ (9,7 M€ contre 4,3 M€) l’année passée.»


Pas mal, mais ça n’est qu’un début. «La capacité d’éolien marin, installée ou en construction, atteint 4,2 gigawatts; 900 MW supplémentaires ont été autorisés et les dossiers portant sur 4 GW sont en cours d’instruction. La capacité éolienne marine installée est sur le point de doubler chaque année», s’enthousiasme le rédacteur du Crown Estate.


Le contribuable britannique ne devrait pas partager très longtemps cette joie à peine contenue. Depuis une judicieuse réforme fiscale mise en œuvre par l’actuel Chancelier de l’échiquier, le montant de la dotation annuelle attribuée à l’Etat à la souveraine pour assurer les dépenses de sa maison est directement indexé sur les bénéfices dégagés par le… Crown Estate.


A l’heure où ses sujets sont financièrement pressurés de tous côtés, Elisabeth II va voir ses revenus directs passer de 31 à 36,1 M£ (de 38,5 à 44,8 M€): +16%! Oubliée l’annus horribilis!


Mais sa majesté la reine n’est pas la seule à profiter du développement accéléré de l’énergie éolienne. En Ecosse, le comte de Moray est réputé toucher 2 M£ (2,5 M€) par an pour accueillir sur ses (vastes) domaines 49 turbines. Son voisin, le duc de Roxburghe n’engrangerait «que» 1,5 M£ (1,8 M€) de loyer annuel pour les 48 machines installées à Lammermuir Hills. Le cousin de la reine, le duc de Gloucester, tente désespérément de faire accepter à ses voisins du Northamptonshire l’érection de seulement 8 aérogénérateurs, censés lui rapporter un bonus annuel de 20.000 £ (24.850 €) par machine. Le comte de Seafield, le 7e plus gros propriétaire foncier du royaume selon The Guardian, perçoit la bagatelle de 120.000 £ (149.000 €) par an pour laisser tourner les éoliennes de son Banffshire estate.


Last but not least, le baronet Reginald Sheffield, le propre beau-père du premier ministre David Cameron, a du mal à admettre qu’il reçoit chaque année 120.000 £ de primes éolienne.

 

Valéry Laramée de Tannenberg, rédacteur en chef du Journal de l'Environnement

 

http://bernard-gensane.over-blog.com/

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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 20:22

La montagne a accouché d’une souris. C’était prévisible et tout le monde l’a prévu. La grand-messe onusienne intitulée « Rio + 20 » sonne sans doute la fin d’un combat écologique qui n’est pas allé à l’essentiel, car il s’est interdit par « pluralisme », c’est-à-dire par refus d’engagement politique, de se doter d’une pensée cohérente et globale qui ne se limitait pas à la seule problématique de l’environnement.

 

On ne change pas fondamentalement un système de production sans changer le système politique. L’alarmisme, les bonnes intentions, les manifestations spectaculaires, l’inscription dans la politique classique ont précipité l’agonie d’un mouvement écologiste dont l’incohérence sautait aux yeux dès le départ. Depuis vingt ans, de nombreuses messes mondiales ont été organisées sur le sujet des changements climatiques, de l’environnement, de l’économie dite « verte », etc. Cela a commencé par le « Sommet de la Terre » à Stockholm en 1992, en passant par Kyoto, Copenhague et ces 20 – 22 juin 2012, Rio+20 (vingt ans après Stockholm). Ces sommets réunissent 130 délégations ministérielles nationales, avec en parallèle toute une série d’ONG dont les plus célèbres sont Greenpeace, le World Wildlife Fund (WWF), Oxfam, parmi une kyrielle d’autres associations.

 

Comme l’a dit Dennis Meadows, l’auteur du fameux rapport de 1972 sur les « limites de la croissance » : « Comme environnementaliste, je trouve stupide l’idée même que quelques dizaines de milliers de personnes sautent dans un avion pour rejoindre la capitale brésilienne, histoire de discuter de soutenabilité. C’est complètement fou. Dépenser l’argent que ça coûte à financer des politiques publiques en faveur de la biodiversité, de l’environnement, du climat serait plus efficace. » (Libération 16-17 juin 2012)

 

 

 meadows.jpg

Dennis Meadows a vu juste depuis 1972 !

 

 

La politique « pareillement »

 

 

D’ailleurs qui sont ces personnes ? Des dirigeants bien payés de ces organisations qui, comme l’écrit « Mediapart » : « : les responsables internationaux de ces multinationales de la contestation sont bien souvent devenus étonnamment semblables aux hauts fonctionnaires et aux diplomates qu’ils côtoient depuis des années. Ils adoptent de plus en plus le ton, les manières, les prudences et souvent les costumes de ceux qu’ils affirment combattre. Il ne s'agit ni de malhonnêteté, ni de corruption, seulement de mimétisme au terme de longues années de cohabitation. Des experts contre d’autres experts : jamais la ressemblance entre le pouvoir et le contre-pouvoir n’est apparue avec une telle évidence que pendant cette conférence de Rio. »

 

 

D’ailleurs, les délégations gouvernementales l’ont bien compris puisque, comme l’écrit Claude Marie Vadrot dans le même article d e « Mediapart » : « … la société civile, c’est-à-dire les grandes associations, sera plus étroitement intégrée dans les processus de décision. Les ONG sont quasiment considérées comme des agences des Nations unies à statut particulier. Il leur est donc difficile de remettre en cause cette « intégration » dans la grande tuyauterie internationale officielle. Définitivement « embedded » dans la machine onusienne, ces grands mouvements veulent sauvegarder leurs petits pouvoirs naissants, sans se rendre compte qu’ils se font eux aussi l’instrument du consensus mou qui gouverne les Nations unies et leurs réunions. Donc, elles tapent sur la table, tonnent puis rentrent vite dans les rangs pour continuer à faire partie du club. »

 

 

Cette démarche est d’ailleurs typique du mouvement écologiste dans son ensemble. Côté jardin, on joue la contestation et les « empêcheurs » de polluer en rond ; côté cour, on participe au pouvoir et on en récolte les avantages, sans s’apercevoir que l’on en est devenu le jouet. Cela se passe en Belgique, en Allemagne, en France. Dès lors, que dire de ce courant politique ayant promis « de faire la politique autrement », sinon, comme l’a dit un jour feu le professeur Marcel Liebman, qu’ils « ont vite appris » la politique « pareillement » ?

 

 

daniel cohn bendit

Daniel Cohn-Bendit est le type même du notable écologiste : contestataire devant les caméras, participant au pouvoir dans les salons feutrés

 

 

Le pain de sucre accouche d’une souris

 

Pour en revenir à Rio+20, comme prévu, le pain de sucre a donc accouché d’une souris. La déclaration finale était déjà ficelée avant la conférence – sans doute pour éviter un Copenhague bis – et on a muselé les ONG pour faire passer la pilule. La (grand) messe est dite !

 

 

pain_de_sucre.jpg

Le pain de sucre n'a guère inspiré la conférence Rio+20.

 

 

Voici l’analyse désabusée d’ATTAC sur les « résultats de ce sommet » : « Rien sur la globalisation économique et financière, rien sur les limites écologiques et sur l’épuisement des ressources, rien sur les plusieurs milliards de personnes condamnées à la survie, et qui devraient trouver leur salut dans l’accès aux marchés. Aucune pensée ne traverse le texte, aucun souffle, une récitation des psaumes de la croissance et du marché.

 

Ce texte signe une crise profonde et l’agonie du multilatéralisme. Il n’a de cesse de répéter que les solutions relèvent de politiques nationales, actant ainsi le refus conjoint de nombreux États de tout engagement multilatéral. Jusqu’à la caricature. L’eau cesse ainsi de relever d’accords internationaux, elle est renvoyée à la souveraineté nationale, et donc à la loi du plus fort, à ceux qui peuvent construire les plus grands barrages, capter les sources sur leurs territoires. Nous ne serons pas surpris de trouver là l’alliance des Etats-Unis, du Canada, du Brésil, de la Chine, de la Turquie, pour ne citer que les plus importants. Quant au droit universel à l’accès à l’eau, acté par l’assemblée générale des Nations unies, il fait déjà l’effet d’une relique barbare dont le texte final s’est débarrassé. C’est la même chose pour l’énergie, qui devait pourtant être un temps fort de ce sommet. »

 

Le piège de l’économie « verte »

 

Comme l’a dit Dennis Meadows : « Il ne faut pas se leurrer : quand quelqu’un se préoccupe d’économie verte, il est plutôt intéressé par l’économie et moins par le vert. » L’économie verte, kesako ?  Popularisé par l’OCDE, les Nations unies, la Banque mondiale et l’Union européenne, ce concept voulait désigner un nouveau modèle économique respectueux de l’environnement. Autrement dit, provenant de ces organisations, il ne faut guère s’étonner qu’il s’agisse d’un piège néolibéral de plus. L’économie « verte » s’inscrit dans la marchandisation.

 

L’économie verte veut exploiter le « capital naturel ». Cela va des énergies dites alternatives, en passant par l’agriculture biologique, l’eau, etc. L’économie verte s’occupe aussi de la question du carbone. En effet, elle mesure la valeur monétaire de certaines « activités » naturelles, considérées du coup comme des services (captation du carbone par une forêt, irrigation d’une terre arable, richesse en biodiversité d’une mangrove…). Et elle rémunére les usagers de ressources naturelles en échange d’un service rendu à la nature (ralentir la déforestation, moins pêcher, économiser l’eau…). Pour les auteurs de La nature n’a pas de prix, ce désir de conquérir le « capital naturel » est l’œuvre d’un dangereux réductionnisme économique. La nature n’est plus seulement un stock à maîtriser, elle devient flux d’investissements et de profits. Cela ouvre la voie à la privatisation des terres, de l’air, des mers, et à la marchandisation du vivant. Un bel exemple connu dans nos régions est le quota CO2 : une usine qui n’atteint pas le quota fixé reçoit une prime. C’est ainsi que les usines sidérurgiques des bassins wallons et lorrains reçoivent des primes CO2 alors qu’elles ne tournent plus et restent « officiellement » en fonction. Certains disent : c’est une prime à polluer ailleurs. En effet, la production d’acier n’a pas globalement diminué, elle a été délocalisée dans des pays à main d’œuvre bon marché. Ainsi, les grandes multinationales de l’acier – Arcelor Mittal en particulier – reçoivent non seulement l’argent du « carbone » en Europe et font de colossaux bénéfices dans les pays d’Asie où elles produisent à bas prix et polluent impunément.

 energie-solaire-photovoltaique.jpg

On peut être sceptique sur la rentabilité et la perennité des énergies éoliennes et photovoltaïques solaires.

 

 

Les énergies alternatives dites vertes, essentiellement l’éolien et le solaire, procèdent aussi d’une économie faussée. Elles ne peuvent fonctionner que si elles sont subventionnées. Ce qui, soit dit en passant, est contraire à la pensée antiétatique des ultralibéraux. Il s’agit donc d’un secteur où on aura beaucoup investi et qui s’avérera non rentable à moyen terme. L’éolien nécessite un entretien et des remplacements coûteux et le solaire s’use rapidement.

 

 

 Le problème des ressources

 

 

Pourtant le problème des ressources et les questions environnementales sont vitales. Or, qu’a-t-on fait jusqu’à présent, sinon les marchandiser ? Meadows, encore lui, dès 1972, attirait l’attention de l’opinion sur l’inéquation entre la limitation des ressources naturelles et la recherche perpétuelle de la croissance économique. C’est la question essentielle : les matières premières coûtent de plus en plus cher parce qu’elles se raréfient. Les débats sur le pic pétrolier, les forages pour le gaz de schiste, les recherches pétrolières en zonez extrêmes et en mer, témoignent de cette raréfaction des ressources.

 

Il y a en outre le gaspillage : ainsi, chaque année, un tiers des récoltes mondiales est détruit. C’est donc la répartition des richesses qui est ici en cause. Elle est essentielle dans le débat et – est-ce un hasard ? – on ne l’aborde que très peu.

 

A cela, il faut évidemment ajouter la pollution qui devient catastrophique dans les fameux BRICS, notamment la Chine et l’Inde. Des millions de gens respirent et ingurgitent du poison. On remarquera en Europe les procès qui se multiplient concernant d’anciennes pratiques industrielles particulièrement nocives, comme l’amiante, par exemple.

 

Des solutions existent. Elles impliquent un changement profond de nos procédés industriels, mais surtout une meilleure adéquation entre les besoins réels et les capacités productives. Elles impliquent un autre mode de vie moins individualiste, plus solidaire et le rétablissement de la notion de l’intérêt général. Elles impliquent un autre rapport à l’économie. Elles impliquent d’autres relations entre les pays industrialisés et les pays non développés, et surtout entre les peuples.

 

L’ultralibéralisme a montré son dramatique échec, mais on est loin de l’avoir éliminé. Il s’agit d’un combat de longue haleine qui doit être le fruit d’une stratégie globale.

 

Les écologistes ont montré la faiblesse de leur pensée et de leur action par trop réductrice et partant souvent de faux a priori. C’est un combat global qui permettra aux hommes de retrouver le chemin du progrès.

 

 

Pierre Verhas

 

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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 15:20
 
Le socialiste François Hollande a remporté les élections présidentielles françaises, ainsi que les élections législatives qui les ont suivies avec un succès inégalé. Le nouveau chef d’Etat est assuré de contrôler tous les niveaux de la puissance publique.
 
On peut s’en réjouir, car rien n’aurait été pire que le succès de ses adversaires. Mais, François Hollande sera-t-il le président du « changement » comme il le proclama durant sa campagne électorale ? Ses soixante propositions sont séduisantes. Il est probable qu’il réussira à en mettre un bon nombre en œuvre. Par exemple, une réforme fiscale qui donnera une meilleure répartition des contributions de chaque Français, une orientation vers la laïcité qui est – nous aurons l’occasion de l’évoquer – une véritable question de civilisation. Il y aura certainement une réforme progressiste de la Justice réparant les dégâts provoqués par son prédécesseur. On peut raisonnablement supposer qu’il contribuera à orienter les relations internationales vers le multilatéralisme.
 
Cependant, le socialisme auquel il prétend adhérer, qui est un projet de fonder une société sur plus de justice, d’équité et d’égalité et d’éradiquer à terme l’exploitation de l’homme par l’homme, ne se réalisera certainement pas sous son quinquennat.
 
On peut d’ailleurs se poser la question : le socialisme a-t-il un avenir ? Ou bien est-ce une utopie ringarde qu’il convient de jeter aux oubliettes ? C’est vrai, le socialisme se porte mal. Il ne séduit plus les masses et encore moins les jeunes.
 
Pourtant, au risque de nous faire passer pour des obstinés, nous pensons que le socialisme est un projet d’avenir pour l’ensemble des être humains, qu’il est sans doute le seul à même de faire progresser l’humanité, mais à condition que les socialistes analysent sans complaisance les colossales erreurs passées pour non point le « moderniser », mais le reconstruire sur ses fondations initiales : la liberté, l’égalité et la fraternité.
 
 
changement_Hollande.jpg
 
Le programme de François Hollande est progressiste mais non socialiste.
 
 
Les Lumières ont engendré deux systèmes de pensée politique proclamant la fin du despotisme : le libéralisme et le socialisme. Sur le plan de l’organisation politique, les deux systèmes divergeaient peu. Par contre, leur opposition se marque sur le rôle donné à la propriété, car dès la prise de pouvoir de la bourgeoisie lors de la Révolution française, l’égalité proclamée fut balayée par l’exploitation de l’homme par l’homme renforcée, au moyen de la propriété, par le capitalisme naissant.
 
 
 
À l’origine, le fameux triptyque « Liberté, égalité, fraternité » devait être « Liberté, égalité, propriété », le droit à la propriété privée qu’elle soit patrimoniale, de production ou de consommation était érigé en un droit absolu, en un dogme. La bourgeoisie prenait le pouvoir et ce droit de propriété était sa principale arme face aux privilèges du clergé et de l’aristocratie. Ce fut donc le débat fondamental aux débuts de la Révolution. Il fut tranché par Maximilien Robespierre dans son Discours sur l'organisation des gardes nationales imprimé mi-décembre 1790 et diffusé largement dans toute la France : il remplaça « propriété » par « fraternité ». Cela ne dura pas. La devise « liberté, égalité, fraternité » fut abrogée par le Directoire. Elle ne sera reprise qu’à la fin du XIXe siècle sous la IIIe République.
 
   
 
 Robespierre-copie-1.jpg
   
 Robsepierre imposa le tryptique "Liberté, Egalité, Fraternité".
 
 
Socialisme et propriété
 
 
 
Cette question de propriété est la clé de voûte du débat. Le socialisme se définit par ses rapports à la propriété. Dans le Journal socialiste d’Emile Vandervelde (1866 -1938) ([1]), le président fondateur du Parti Ouvrier Belge (POB) – l’ancêtre de l’actuel PS belge – tente de définir le socialisme en se référant aux travaux de Durkheim à l’Université de Bordeaux en 1895 – 96. « Avant de prononcer cette définition, Durkheim soumet à une critique pénétrante les différentes définitions qui ont été tentées avant lui. »
 
 
 
 vandervelde.gif
 
Emile Vandervelde : le fondateur et premier président
du Parti Ouvrier Belge (ancêtre du PS actuel)
fut aussi un grand théoricien.
 
 
La première inscrit le socialisme dans une négation pure et simple de la propriété. Vandervelde écrit : « Mais qui ne voit que, si l’on fait abstraction d’utopies communistes sans contact avec la réalité – celles de Platon ou de Campanella, par exemple –, toutes les doctrines socialistes font à la propriété privée sa part. Ce qui la restreint le plus, le collectivisme de Marx, ne touche pas à la propriété privée des moyens de consommation. Elle n’envisage que la socialisation des moyens de production et d’échange, un des principaux d’entre eux ; elle conserve aux individus un droit absolu sur les produits du travail. » Durkheim ajoute que le socialisme n’est pas la seule doctrine qui restreint le droit à la propriété. Dans toute organisation sociale, la propriété privée et la propriété collective coexistent, mais dans des proportions variables.
 
 
 
La deuxième définition n’est pas non plus acceptée par Durkheim car « le socialisme consisterait dans une étroite subordination de l’individu à la collectivité. » C’est évidemment la définition de la dictature. Vandervelde écrit : « … à ce compte rien ne serait plus socialiste que la Cité antique, la Société de Jésus ou l’Etat mussolinien. » La droite utilise régulièrement cette définition pour accuser les socialistes de tenter d’installer un système totalitaire.
 
 
 
 emile_durkheim.jpg
   
 Le sociologue Emile Durkheim fut un analyste
 rigoureux du socialisme.
 
 
La troisième définition fut donnée par Emile de Laveleye (1822 – 1892), économiste et historien socialiste belge : « Toute doctrine socialiste vise à introduire plus d’égalité dans les conditions sociales et, secondement, à réaliser ces réformes par l’action de la loi ou de l’Etat. » Durkheim fait observer que si cet objectif figure parmi ceux des socialistes, il n’est pas le seul. « La socialisation des principaux moyens de production et d’échange a bien d’autres fins que d’introduire plus d’égalité dans les conditions sociales. » Le socialisme dépasse la question ouvrière. Il est confronté au machinisme et à la concentration des capitaux qui mettent en conflit les travailleurs non propriétaires et les propriétaires qui ne sont pas contraints au travail pour vivre. Cette définition s’inscrit plus dans la lutte des classes mise en évidence par Karl Marx. Emile Vandervelde ajoute : « Dès l’instant et dans la mesure où la propriété se socialise. Il [le socialisme] réclame la socialisation de la propriété. »
 
 
 
Dès lors, Durkheim élargit sa définition de telle sorte que Guesde et Jaurès marquèrent leur accord. Les représentants des deux grands courants de ce qu’on appelle aujourd’hui le socialisme démocratique – le « socialiste » Guesde et le « social-démocrate » Jaurès – se rallièrent à cette définition, ce qui en fit sa force. Durkheim écrivit : « On appelle socialiste toute doctrine qui réclame le rattachement de toutes les fonctions économiques, ou de certaines d’entre elles, qui sont actuellement diffuses, aux centres directeurs et conscients de la société. » Notons que Durkheim écrit rattachement et non subordination. Cela signifie qu’à son sens, l’Etat n’a pas le monopole de l’initiative. Les compétences de l’Etat – qui, à l’époque de Vandervelde, se limitaient aux fonctions régaliennes et d’éducation – seront étendues au domaine économique en concertation – voire en conflit –  avec les forces vives de la société, en l’occurrence, le monde du travail dans son ensemble. Vandervelde ajoute : « Dès l’instant où, par les cartels, les trusts, les fusions, la production et l’échange tendent à prendre un caractère social, le laissez faire devient impossible. »
 
 
 
C’est le contraire qui se passe aujourd’hui. Le laissez faire est dominant avec l’aide de la puissance publique nationale ou supranationale – comme la Commission européenne ou l’Organisation Mondiale du Commerce – ou, par la destruction progressive de l’Etat voulue et mise en œuvre par les forces du capital qui s’appellent aujourd’hui multinationales et marchés financiers. Est-ce dès lors l’échec du socialisme ?
 
 
 
Ce serait aller vite en besogne, mais le rapport de force capital – travail a été bouleversé dès la crise pétrolière des années 1970 – 1980. La chute du Mur de Berlin qui a entraîné la fin de l’Union Soviétique a renforcé considérablement le courant capitaliste libéral qui s’est étendu dans les pays dits autrefois socialistes. Ainsi, la définition de Durkheim semble obsolète à l’époque du néolibéralisme triomphant transformé en « pensée unique ».
 
 
 
Il n’y a pas que la classe ouvrière
 
 
 
Ce système de pensée, comme tout système totalitaire, a une vision manichéenne des rapports de force capital – travail. Le capital et le travail sont considérés comme deux blocs monolithiques. Or, il y a plusieurs sortes de capitalisme et le monde du travail n’est pas homogène. Ainsi, il n’est quasi pas tenu compte du capitalisme familial autre que l’industriel, comme les petites exploitations agricoles familiales, l’artisanat et le commerce de détail.
 
 
 george orwell
   
 George Orwell fit une analyse critique et profonde du socialisme.
 
 
George Orwell avait relevé cette lacune dans son récit « Le quai de Wigan » ([2]), paru pour la première fois en 1937, qui décrit la condition des travailleurs des charbonnages du Nord de l’Angleterre. Il constate que les socialistes idéalisent la classe ouvrière au détriment de la petite classe moyenne et des employés de bureau. « Il est très facile d’imaginer une classe moyenne financièrement poussée dans ses derniers retranchements et n’en demeurant pas moins forcément hostile à la classe ouvrière : et vous avez là un parti fasciste tout trouvé. » Aujourd’hui, la classe ouvrière n’est plus celle des années 1930. En dehors des ouvriers embauchés dans la grande industrie et qui sont de moins en moins nombreux, les ouvriers travaillant pour des PME peuvent être considérés comme faisant partie de la « basse » classe moyenne et l’analyse d’Orwell prend tout son sens lorsque l’on voit la sociologie des sympathisants de ce qu’on appelle pudiquement le « populisme ». En plus, Orwell déplore le mépris affiché par les socialistes à l’égard des employés de bureau – on dit aujourd’hui « travailleurs intellectuels » - : « Si l’on tient à entonner le couplet de la ²dictature du prolétariat², ce serait la moindre des choses de commencer par dire ce que sont les prolétaires. » En effet, cela n’est pas très clair. Pour résumer, le prolétaire ne possède rien en opposition au propriétaire de biens et des moyens de production. Le futur auteur de « 1984 » poursuit : « Mais l’obstination des socialistes à idéaliser le travailleur manuel en tant que tel fait que cela n’a jamais été dit de manière nette. Combien sont-ils, dans l’armée misérable et tremblante des garçons de bureau et sous-chefs de rayon – qui (…) vivent plus mal qu’un mineur ou un docker – à se regarder comme des prolétaires ? Pour eux (…) un prolétaire est un homme sans faux-col.  Si bien que, quand vous essayez de secouer leur torpeur en invoquant la ²lutte des classes², vous ne faites que leur ficher la frousse. Ils (…) se portent aux côtés de la classe qui les exploite. » ([3])
 
 
 
Orwell a mis le doigt sur le point faible : par leur manque de clarté, les socialistes divisent le monde du travail. Certains ont presque déifié l’ouvrier au détriment des autres catégories de travailleurs qui vivent dans des conditions similaires. Ils se sont trouvés en dehors de la réalité sociale. C’est là une des causes de la faiblesse endémique de la social-démocratie européenne. Et cela continue : la polémique autour de l’étude du groupe de réflexion Terra nova qui veut détourner le Parti socialiste du peuple, pour devenir celui des minorités marginalisées, est symptomatique de ces contradictions de la pensée sociale démocrate contemporaine. En définitive, les socialistes n’arrivent plus à distinguer les exploiteurs des exploités, car ils ne forment plus un parti de classe. Ils sont passés du social au sociétal en donnant la priorité à des revendications de groupes et de communautés, donc particularistes, comme les gays, par exemple. Ainsi, même s’il se réfère à des proclamations universelles comme la Déclaration des Droits de l’Homme, il n’y a plus rien d’universel dans la tendance « sociétale » d’une partie de la social-démocratie contemporaine.
 
 
 
Une nouvelle féodalité
 
 
 
La nature de la classe des travailleurs a profondément changé. L’ouvrier que se représentaient les  socialistes, jusque dans les années 1970, n’est plus le même aujourd’hui. La masse des travailleurs qui constituaient une force face au capital n’existe pratiquement plus. La différence entre « manuels » et « intellectuels » n’a plus de sens suite à l’évolution technologique. Sur le plan économique, les grands conglomérats industriels à fort taux de main d’œuvre ont été démantelés aux Etats-Unis et en Europe occidentale pour être reconstruits dans certains pays du Tiers-monde. Par conséquent, la force de la classe ouvrière dans les pays « anciennement » industrialisés s’est considérablement étiolée tout en naissant dans les pays « nouvellement » industrialisés. Ainsi, en Europe centrale et même en Chine, la classe ouvrière en est aux balbutiements d’organisations de défense des travailleurs. On pourrait comparer ce phénomène à celui de la naissance des premières organisations ouvrières à l’époque de la révolution industrielle.
 
 
 
La classe des exploités n’est plus composée des seuls producteurs. Elle comporte aussi les chômeurs, les travailleurs à sous-statut, les « Sans » - les « sans » domiciles fixes, les « sans » papiers, les « sans » emplois -, et bien sûr les travailleurs « classiques » comme les ouvriers, les fonctionnaires et même les cadres d’entreprise soumis à une « flexibilité » qui les précarise. Le paramètre ressources ne suffit plus à définir l’exploité, c’est aussi et surtout son incapacité à influencer la société. L’Etat nation s’effritant au profit de la mondialisation, la démocratie est en déclin. Tous les mécanismes de protection assurés par l’Etat se dissolvent dans un corpus réglementaire supranational où tout mécanisme de contrôle est devenu inefficient.
 
 
 
La classe bourgeoise, elle aussi, s’est transformée. Ce ne sont plus les grandes familles – les fameuses « 200 familles » – bien identifiées qui sont le fer de lance de la bourgeoisie, ce sont aujourd’hui des multinationales dont la structure n’a plus rien à voir avec celle des grands conglomérats industriels d’antan et dont on ne connaît pas avec précision les réels possédants. La bourgeoisie financière a pris le pas sur la bourgeoisie industrielle. L’actionnaire a pris la place du propriétaire.
 
 
 
La nature de la propriété, elle aussi, a été bouleversée par l’omniprésence du marché. Son droit inaliénable est devenu une coquille vide. Qu’il s’agisse de la propriété de production qui est à la merci des forces du marché, notamment par les Offres publiques d’achat, qu’il s’agisse de la propriété immobilière désormais désacralisée qui est devenue également l’objet du marché avec la puissance financière et politique des promoteurs privés, la propriété de consommation est soumise aux diktats de la grande distribution, donnant la priorité absolue au profit.
 
 
 
L’Etat lui-même s’est considérablement affaibli. La réduction, voire l’élimination de ses capacités d’intervention sur l’économie entamée depuis Margaret Thatcher, poursuivie aussi bien dans les pays industrialisés que dans le Tiers-monde ont ramené le rôle de la puissance publique à sa simple expression. Les privatisations l’ont désarmée. Le démantèlement progressif des mécanismes de sécurité sociale détricote le tissu social. La crise de la dette souveraine qui frappe en premier lieu la zone Euro montre que la loi du marché se substitue aux mécanismes protecteurs démocratiques. L’exemple de la Grèce est frappant : cette nation se voit contrainte de renoncer à sa souveraineté sous la pression d’une troïka supranationale n’ayant que la loi du marché comme unique légitimité. Le politique se voit réduit au rôle peu honorable de marionnette de la finance mondiale. Le peuple grec est jeté dans la misère et il lui est même confisqué toute perspective d’avenir. Ce processus qui nous était jusqu’à présent étranger, existe cependant et depuis longtemps dans les pays du Tiers-monde. Notre isolement culturel européo-centré nous a empêché de détecter ce danger mortel. Une « oligarchie du capital globalisé », pour reprendre l’expression de Jean Ziegler, tient les rênes du pouvoir mondial. Face à cela, le mouvement socialiste qui se prétendait internationaliste est tout à fait désarmé dans ses structures demeurées malgré tout à l’échelon national. 
 
 
 
L’idée supranationale née de l’horreur du Second conflit mondial qui était officiellement d’unir les peuples d’Europe par delà les frontières nationales afin de leur assurer la paix, la liberté et la prospérité, est en réalité l’extension du champ d’action du marché, suite à la mise en place d’union européenne hybride écartant dès le départ le politique, c’est-à-dire la légitimité démocratique. Malgré l’enthousiasme affiché, quelques- uns avaient décelé le piège de cette construction. Dès 1957, année d’entrée en vigueur du Traité de Rome, le député radical Pierre Mendès France, ancien Premier ministre, soulignait que la seule solution « correcte et logique » à la constitution du Marché commun aurait été d'exiger « l'égalisation des charges et la généralisation rapide des avantages sociaux à l'intérieur de tous les pays du Marché commun ». Il ne fut guère écouté par les forces de gauche de l’époque : les communistes étant hostiles par définition à l’Europe « capitaliste » et les socialistes affichant, à quelques exceptions près, une totale indifférence à l’égard de cette nouvelle structure sans s’être aperçus qu’une féodalité mondiale installait son pouvoir petit à petit.
 
   
 
 Pierre Mendès France 
      
  Pierre Mendès-France inventa l'Europe sociale.  
     
 
L’échec du socialisme politique
 
 
 
Les partis socialistes et les organisations syndicales d’Europe occidentale avaient réussi après la guerre à construire les systèmes de sécurité sociale qui ont permis d’assurer un réel bien-être à l’ensemble du monde du travail. Ils avaient également pu introduire un embryon de contrôle du capital par le travail, avec les comités d’entreprise,  mais ils  n’ont pas vu la gestation de la mondialisation financière et la transformation du tissu industriel qui débuta dès les années soixante par la fin de l’exploitation charbonnière, suivi la décennie suivante par la crise pétrolière avec pour conséquence l'aggravation du chômage et la précarisation des classes moyennes, menaçant cet édifice désormais appelé avec condescendance « Etat providence », en référence au « Welfare state » anglo-saxon, et menant ainsi à la dualisation de la société.
 
 
 
Les partis socialistes d’Europe occidentale – et on en parle pas assez – ont aussi échoué à intégrer la problématique du Tiers-monde, sans doute suite à leur attitude ambiguë lors de la décolonisation. C’est ainsi qu’ils ont été incapables d’apporter une réponse au défi de l’immigration. Ce terrain a été occupé par la droite et l’extrême-droite qui a ainsi réveillé l’idéologie de l’exclusion, alors que l’afflux d’hommes et de femmes provenant d’outremer volontairement marginalisés  amplifiait la plaie de l’exploitation et aurait exigé une réaction efficace de solidarité qui n’a pas eu lieu.
 
 
 
Durant les vingt dernières années, les sociaux-démocrates n’ont pu relever ces défis et ont même accompagné les processus libéraux comme les privatisations, un traité imprégné de l’idéologie ultralibérale comme celui de Maastricht, la dualisation de la société. Aussi, quelle est l’utilité de la social-démocratie ?
 
 
 
Ne nous leurrons pas, comme l’a démontré Jacques Généreux ([4]) : « Les élites intellectuelles et les gouvernements ont restauré et promu une antique doctrine économique [la pensée dite orthodoxe des années 1920 dont les fondements furent posés entre le XVIe et la fin du XIXe siècle qu’on appelle aujourd’hui néolibéralisme – NDLA], au moment même où celle-ci achevait d’être intégralement invalidée par les faits et les connaissances. (…) Le culte du marché avait (…) pour fonction de délier tout à fait les individus, comme on s’y emploie dans une secte pour mieux accomplir l’assujettissement exclusif des adeptes à leurs gourous. (…) Mais ne nous méprenons-pas ici sur l’objectif poursuivi par les grands prêtres de la nouvelle politique : la diffusion de leurs dogmes n’est jamais qu’un instrument au service d’une autre fin. (…) Pour les détenteurs du capital, il s’agissait alors de profiter d’un moment favorable pour abolir des concessions anciennes aux travailleurs et relancer la rentabilité financière. Pour les politiciens conservateurs, il s’agissait de reprendre ou de conforter leur pouvoir, en exploitant la crise du modèle d’économie mixte et la montée de l’individualisme. »
 
 
 
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 Jacques Généreux lors de la campagne de Jean-luc Mélenchon :
 un constat sans appel.
 
 
Les partis socialistes actuels sont, par contre, démunis des outils d’analyse et des bases idéologiques indispensables à la présentation d’un nouveau projet de société. Ils n’ont pas réussi, ou n’en ont pas eu la volonté, à apporter une réponse claire au défi néoconservateur. Leur seule préoccupation est de partager quelques parcelles de pouvoir sans avoir ni la capacité, ni la volonté d’apporter une réponse. Autrement dit, ils ne combattent pas cette nouvelle féodalité qu’est le capitalisme mondial, ils tentent de s’y intégrer avec l’illusion – sincère ou non – de l’adoucir.
 
 
 
Or, le socialisme a-t-il un avenir ? Malgré tout, l’idée fondamentale reste ancrée dans l’esprit des masses exploitées. Autant, celles-ci se défient des programmes politiques, autant elles s’accrochent aux principes fondamentaux de justice, de liberté et d’égalité qui forment la substance du socialisme. Revenons à ce qu’écrivait Emile Vandervelde en 1930 : « … le socialisme s’est défini lui-même, d’une manière plus concrète, par la formule d’adhésion à l’Internationale : ²Conquête du pouvoir politique par les travailleurs et socialisation des moyens de production et d’échange². Mais cette définition indique les objectifs d’un parti. Ce n’est pas la définition d’une doctrine. » Si, incontestablement, la socialisation des moyens de production et aujourd’hui le contrôle des flux financiers sont une condition indispensable à un changement fondamental d’orientation, cela ne suffit pas. Le socialisme doit aller au-delà de la problématique de la propriété.
 
 
 
Un nouveau pacte social
 
 
 
Le mouvement socialiste, s’il veut survivre, doit cesser d’être l’amortisseur – de plus en plus usé – des assauts du capitalisme et de la politique conservatrice et de cacher ses carences derrière des gadgets sociétaux soi-disant « innovateurs ». Il a laissé se démolir le pacte social d’après-guerre issu en  France du  programme du Conseil national de la Résistance et de l’instauration de systèmes de sécurité sociale dans la plupart des pays d’Europe occidentale. Or, les principes fondateurs doivent retrouver force et vigueur, car ils constituent la raison d’être du socialisme.
 
 
 
Les acquis sociaux que sont le salaire minimum garanti, la durée limitée du temps de travail hebdomadaire, les semaines de vacances annuelles, l’âge de départ à la retraite sont menacés. Lutter uniquement pour leur maintien tel quel est illusoire. Bien entendu, il faut empêcher leur démantèlement, mais la nouvelle donne industrielle, la mondialisation, les bouleversements sociaux et l’aggravation de l’exploitation des masses entraînent un nouveau rapport de force. C’est donc un nouveau pacte social qu’il convient de mettre en œuvre.
 
 
 
Ce ne sera pas simple. Un pacte de ce genre est irréalisable à l’échelle d’une nation. Il implique un rapport de force politique supranational, au minimum à l’échelle de l’Union européenne. Les termes de ce pacte doivent consolider les fondamentaux que sont les conquêtes essentielles du mouvement ouvrier et, en plus, ils  doivent prendre en compte les nouvelles réalités sociales et les disparités entre pays et même entre régions. Il ne peut être uniquement européo-centré. Pour être éthiquement acceptable et efficace, il doit, par exemple, intégrer les réalités outremer, comme la question des spéculations sur les matières premières et les produits alimentaires, facteurs d’accroissement de la misère dans le Tiers-monde ([5]). Ce pacte n’est réalisable que s’il s’élabore à une échelle internationale. Cela implique aussi une réforme démocratique des structures des partis et syndicats de gauche ([6]).  
 
 
 
Un tel pacte social doit englober tous les exploités dans le rapport de force. Sa crédibilité dépendra de son efficacité à réduire, voire éliminer l’exploitation. C’est cela le but du socialisme des « pères fondateurs ». C’est l’œuvre de toute une génération et peu importe qu’on l’appelle « socialisme » ou d’un autre nom.
 
 
 
 
 
Pierre Verhas
 


[1] Emile Vandervelde, Journalisme socialiste, Bruxelles, 1930, Les Cahiers de l’Eglantine, n° III.
[2] George Orwell, Le Quai de Wigan, traduit de l’anglais par Michel Pétris, Paris, éditions Ivrea, 1995.
[3] On se souvient de cette posture saugrenue de Jean-Paul Sartre, debout sur un tonneau, haranguant au moyen d’un « parlophone », les ouvriers de Renault Billancourt – à l’époque symbole de la lutte ouvrière – pour leur transmettre la «bonne parole » des intellectuels germanopratins.
[4] Jacques Généreux, La grande Régression, Seuil, Paris, 2010.
[5] Un bel exemple est la fameuse taxe dite Tobin sur les transactions financières. Cette idée lancée par ATTAC, il y a bientôt vingt années, considérée à l’époque comme farfelue, est reprise aujourd’hui dans les programmes politiques de la droite comme de la gauche. Mais, cette taxe, si elle veut être efficace et atteindre son double but de lutte contre la spéculation financière et d’apport de moyens substantiels au Tiers-monde, ne peut être réalisée qu’à une échelle supranationale et même mondiale avec un contrôle démocratique supranational.
[6] Il est évident que l’on ne peut se baser sur des structures du type de l’Internationale socialiste qui comptait, jusqu’il y a peu, Ben Ali et Moubarak parmi ses membres !
 
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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 09:53

Le prix Nobel de l’économie, Paul Krugman, a publié le 20 mai un article intitulé « Apocalypse Fearly soon » ([1]) où il affirme d’emblée : « Soudain, il est devenu facile de voir comment l’euro - cette grande expérience défectueuse d’une union monétaire sans union politique - peut rompre au niveau des coutures. Nous ne parlons pas d’une perspective si lointaine. Les choses pourraient s’effondrer à une vitesse étonnante, dans un terme de mois, pas d’années. Et les coûts - à la fois économiques et, sans doute encore plus importants, politiques - pourraient être énormes. »

 

 

 

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 Paul Krugman : le prix Nobel d'économie se rebiffe !

 

 

C’est donc l’apocalypse annoncée ! La précédente était une surprise, celle-ci, par contre, est le fruit d’une politique absurde qui ne suivait qu’une loi, celle des marchés spéculatifs. Une clique allemande qui s’est alignée sur l’extrémisme de l’économie de l’offre, autrement dit monétariste, par le fait qu’elle contrôle l’économie la plus importante d’Europe a réussi à imposer son point de vue aux autres partenaires. Par ce biais, elle a sonné le glas de ce qu’on appelait l’Europe communautaire. Elle a imposé à Maastricht, en 1992, la création d’une monnaie contrôlée par une banque centrale privée, n’ayant de comptes à rendre à quiconque, monnaie qui n’est opérationnelle qu’à la condition que les Etats membres résorbent leurs déficits dans un délai très bref. Elle a réussi à interdire la solidarité entre les Etats de l’Union européenne au cas où l’un  d’entre eux aurait des difficultés.

 

En réalité, elle a retiré aux Etats les moyens de réduire leurs déficits tout en instaurant la loi du plus fort. Donc, exit le politique : l’Europe communautaire s’est transformée en une Union d’Etats où seule règne la loi du plus fort, c’est-à-dire aujourd’hui de l’Allemagne à la fois tournée vers l’Est et dominatrice à l’Ouest, tout en tentant d’écarter le Sud soi-disant fainéant et laxiste. Le tout dans l’unique intérêt des « marchés ». Est-ce cela le « rêve » européen ?

 

 

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Sommet européen "informel" du 23 mai : tout sourire à l'égard de François Hollande. Pour combien de temps ?

 

 

S’est-on posé les questions : pourquoi la Grèce qui ne représente que 2 % du PIB européen, a pu déclencher une crise générale de la monnaie européenne ? En corollaire, pour quelle raison une des plus importantes banques mondiales a trafiqué les comptes de la Grèce ? Pourquoi a-t-on nommé à la tête de la BCE un des principaux dirigeants de cette banque ? Pourquoi a-t-on nommé à la tête du gouvernement italien un important collaborateur de cette importante institution financière étatsunienne, à savoir Goldman Sachs ?

 

 

 monti draghi

Ils auront bien mérité de Goldman Sachs (Mario Monti et Mario Draghi)

 

 

 

Il n’y a de réponses à ces questions que l’évidente volonté d’une partie de l’élite de détruire un modèle qui n’est pas conforme à ses intérêts immédiats.

 

« La réponse de l’Europe a été l’austérité : des réductions sauvages des dépenses dans une tentative de rassurer les marchés obligataires. Pourtant, comme n’importe quel économiste sensé aurait pu vous le dire (et nous l’avons fait, oui, nous l’avons fait), ces réductions ont aggravé la dépression dans les économies en difficulté de l’Europe, en minant à la fois la confiance des investisseurs et en conduisant à une instabilité politique croissante. »

 

Ces économistes ne sont pas des révolutionnaires. Ils sont attachés au modèle libéral. Cependant leur outil n’est pas la calculette du « trader », il est celui de l’analyste qui permet aussi de sortir de ce réductionnisme de l’intérêt immédiat pour mesurer les dégâts causés par cette politique folle menée en définitive par un pouvoir occulte, invisible et pourtant réel, comme l’a dénoncé François Hollande lors de sa campagne électorale, qui n’a pour objectif que l’accroissement sans fin de ses profits sans tenir aucun compte des ravages  qui en résultent.

 

Et Krugman avertit : « Alors quoi maintenant ? À l’heure actuelle, la Grèce connaît ce qui est appelé une “banqueroute à petites foulées" – quelque chose comme une banqueroute au ralenti, car les déposants sortent de plus en plus leur argent en prévision d’une éventuelle sortie grecque de l’euro. La Banque centrale européenne assure, en effet le financement de cette banque gérée par les prêts des euros nécessaires à la Grèce ; si (et probablement) lorsque la banque centrale décidera qu’elle ne peut plus prêter, la Grèce sera contrainte d’abandonner l’euro et d’émettre à nouveau sa propre monnaie.

 

Cette démonstration que l’euro est, en fait, réversible conduirait, à son tour, à mettre sous pression les banques espagnoles et italiennes. Une fois de plus la Banque centrale européenne devrait choisir de fournir ou pas un financement sans limite, si elle devait dire non, l’euro dans son ensemble exploserait.

 

Cependant, un financement n’est pas suffisant. L’Italie et, en particulier l’Espagne, doivent se voir offrir un espoir - un environnement économique dans lequel ils aient des chances raisonnables de sortir de l’austérité et de la dépression. En réalité, la seule façon de fournir un tel environnement serait pour la Banque centrale d’abandonner son obsession de la stabilité des prix, d’accepter et même de favoriser plusieurs années d’une inflation de 3% ou 4% en Europe (Et plus que cela en Allemagne). »

 

En effet, le système « inventé » en 1992 provoque, en cas de crise, un effet boule de neige qui commence par atteindre les pays les plus « faibles » pour ensuite « contaminer » les plus « forts ». C’est pour cela que l’on envisage sérieusement une rupture au sein de l’Eurozone en mettant de côté (pour ne pas dire « exclure ») les pays les plus atteints comme la Grèce et puis l’Espagne et le Portugal, avec le timide espoir que l’Italie, la France, la Belgique et les Pays-Bas ne suivront pas ! En tout cas, la Grèce ne pourra pas continuer dans cette voie tracée par l’orthodoxie monétariste de l’establishment européen, ni par après, les autres pays confrontés dans une moindre mesure, mais tout aussi vulnérables, à la catastrophique austérité imposée à la zone Euro. L’idée d’une monnaie unique comme ciment d’une nouvelle solidarité a été dès le départ flétrie par la cupidité de quelques-uns.

 

Et pourtant, le dernier sommet européen vient de le confirmer, malgré la volonté exprimée entre autres par François Hollande, de mutualiser la dette souveraine, d’introduire les Eurobonds, de mettre en œuvre la taxe sur les transactions financières, de permettre à la BCE de prêter directement aux Etats, le veto obstiné de la coalition conservatrice menée par Merkel empêche tout changement.

 

Comment dès lors, avec ce blocage systématique, espérer, comme le souhaite Paul Krugman, donner un espoir aux pays de la zone Euro en pratiquant une politique inflationniste ? Comment peut-on avec cet abandon de la politique au profit de la finance, réaliser la relance, c’est-à-dire consentir les investissements indispensables à créer de l’emploi, à faire une politique industrielle nouvelle et innovatrice, tout simplement à relancer le moteur de l’économie ?

 

Cette fois-ci, nous sommes à la croisée des chemins. Ou bien on change résolument de cap, ou bien on poursuit dans cette voie mortifère vers l’apocalypse !

 

Il y a donc un rapport de force qui se crée au sommet. C’est un élément nouveau, mais les peuples sont une fois de plus au balcon. Et pourtant, il y a des moyens d’agir.

 

Regardons vers l’autre rive de l’Atlantique. Un mouvement nouveau est né dans cette « belle province » nommée Québec qui revendique une seule chose : être libre ! Non pas dans une autonomie ethnoculturelle, mais dans  le choix de son mode de vie. C’est ce que certains appellent le « printemps Erable ».

 

 

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 Une "manif" à Montréal : un mouvement bien ancré !

 

 

Depuis trois mois, les 150.000 étudiantes et étudiants de Montréal descendent quotidiennement dans la rue pour protester contre la décision du gouvernement libéral du Québec de faire passer le minerval universitaire de 2.200 à 4.000 dollars canadiens (de 1.700 à 3.000 Euros) au cours des cinq prochaines années. Il y a eu plus de 230 manifestations de jour comme de nuit.

 

En réalité, l’actuel gouvernement veut imposer le modèle étatsunien à l’Université. Non seulement, il « marchandise » l’éducation, alors que les jeunes Québécois et leurs aînés considèrent qu’elle est un droit universel et une richesse collective. Le corps académique est en grande partie aux côtés des étudiants : « On nous impose la comparaison avec les grandes facultés du monde, mais nous sommes farouchement opposés à cette standardisation. » dit à la correspondante de « Libération » (19 mai) M. Max Roy, président de la fédération québécoise des professeurs d’université. C’est donc, non seulement contre une augmentation drastique des droits d’inscription à l’Université qui exclura de facto des milliers de jeunes, mais aussi – et surtout, sans doute – contre un modèle ultralibéral que l’on tente d’imposer par la force, quitte à bafouer les libertés fondamentales. Ce que n’hésite pas à faire le gouvernement québécois de Jean Charest. Il a déposé un projet de loi spéciale, dite « loi 78 », qui suspend les cours à l’Université, reporte les examens à l’année prochaine et restreint sévèrement le droit de manifester pour une période d’un an et prévoit de lourdes amendes pour les organisateurs de piquets de grève.

 

Cela a eu, jusqu’à présent, l’effet inverse : les manifestations n’ont fait qu’amplifier et risquent de devenir violentes. Des marches « illégales » rassemblent des milliers de personne de jour comme de nuit. Les centrales syndicales ouvrières soutiennent le mouvement. Dans la nuit du 23 au 24 mai, la police de Montréal a procédé à plus de 400 arrestations. L’affrontement est donc inévitable.

 

 

Montreal_repression.jpg

 La police de Montréal tente de reprendre la rue aux étudiants : le mécanisme répression - provocation. L'affrontement semble désormais inévitable.

 

 

Interrogée par une télévision, une Canadienne, la cinquantaine bien sonnée, apparemment bien dans ses papiers, a commenté les événements : « L’Etat est endetté jusqu’au cou et n’est plus capable de prendre en charge l’éducation et les autres services. Il n’y a aucune alternative ». C’est une fois de plus le fatalisme du TINA, l’échine courbée sous le joug de ce pouvoir invisible, mais bien réel.

 

L’enjeu est simple : ou bien on souhaite une société libre, égalitaire et fraternelle dotée d’un Etat appartenant au peuple et contrôlé par lui, ou bien on veut une société où règne l’individu absolu dans une compétition sans fin. Ce n’est que de la base que le vrai « changement » viendra. Le choix est donc simple : l’apocalypse ou la révolution.

 

Pierre Verhas

 

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 23:05

 

L’éditorial du journal financier belge « l’Echo » du 15 mai est révélateur des intentions des « marchés ». Intitulé « Démocratie ennemie d’elle-même », l’éditorial de M. Serge Quoidbach, rédacteur en chef affirme : « Quelle que soit l’issue de la crise politique, le choix du peuple grec sera bafoué. On assiste ici à la limite du jeu démocratique. A moins de choisir une autodestruction magistrale, Grecs et Européens doivent pour un temps mettre ce droit des peuples entre parenthèse et assouplir leurs exigences respectives ». Dans le même journal, Maria Fekter, ministre autrichienne de l'Intérieur déclare : « La Grèce devrait refaire une demande d’adhésion à l’UE. Nous y regarderons à deux fois... ».

 

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Maria Fekter ferait bien de ne pas oublier que l'Autriche

est entrée dans l'Union européenne sans avoir été dénazifiée... 

 

 

Le masque – du moins ce qu’il en restait – est tombé : on connaît les réelles intentions des maîtres des « marchés ». Les peuples doivent subir bon gré mal gré les mesures d’austérité et de démantèlement de l’Etat social, leur expression compte pour du beurre et le politique doit s’effacer devant le financier.

 

Déjà, l’Italie est dirigée par un gouvernement de techniciens qui n’a aucune légitimité démocratique, qui prend des mesures antidémocratiques, sans que le citoyen italien ait un quelconque recours, sans que le Parlement puisse s’opposer. Souvenons-nous que le Danemark et l’Irlande ont dû « recommencer » leur référendum sur le Traité de Maastricht. Depuis que l’Europe est dominée par les lobbies bancaires, sa dérive antidémocratique est évidente. Or, on entend peu de responsables politiques dénoncer cette tendance dangereuse. Les seuls qui se permettent la moindre objection sont traités de ringards, d’anti-européens, de nationalistes et – injure suprême – de populistes !

 

Solidarité interdite

 

Mettre « entre parenthèses » la démocratie revient à la démolir. La démocratie est une substance qui a la propriété de se dissoudre quand on la met entre parenthèses. Dans la mécanique totalitaire qui se dessine, il n’y a plus de place pour la solidarité. Qu’il s’agisse de la solidarité interne comme la sécurité sociale ou de la solidarité externe telle que l’aide à un pays en difficulté. Dès le traité de Maastricht, cette solidarité a été même interdite ! C’est d’ailleurs la cause principale du blocage de cette crise de la dette souveraine : la Banque centrale européenne comme les Etats ne peuvent pas aider un autre Etat à se renflouer. Pire, le sommet de la pyramide européenne, sous la pression du lobby bancaire, contraint ces mêmes Etats – aujourd’hui la Grèce et demain les autres – à adopter des mesures d’austérité qui les empêchent de s’en sortir !

 

On en arrive à une absurdité : on savait que les comptes de la Grèce avaient été trafiqués avec l’aide de Goldman Sachs dont sont issus Mario Monti, le chef non élu du gouvernement italien  et Mario Draghi, directeur général de la BCE. La crise de la dette grecque éclate. L’Union européenne refuse d’aider la Grèce si elle ne se redresse pas elle-même. C’est comme si on demandait à un malade de guérir avant qu’on de le soigne !

 

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Mario Monti et Mario Draghi : Goldman Sachs crée des liens...

 

 

Nous avons reproduit  sur ce blog le 7 mai 2010 (http://uranopole.over-blog.com/article-euro-d-autres-confirment-49992760.html), l’analyse de M. Philippe Villin, banquier d’affaires et ancien directeur du Figaro, donc un homme de droite qui n’est pas un de ces « excités ignares de gauche ». Il écrivait : « Aucun médecin ne fait jamais maigrir en quelques semaines un patient de 100 kilos dont le poids objectif est de 60 kilos, surtout après l’avoir laissé grossir pendant des années sous sa surveillance comme Monsieur Trichet et sa B.C.E. ont laissé les déséquilibres et les déficits prospérer. Un tel médecin tuerait son malade à moins que le médecin ne le tue avant... Les pauvres Grecs sont pour moi comme des cobayes dans un laboratoire qui subissent la médecine Trichet-Merkel à forte dose. J’espère que les politiques comprendront en voyant ces malheureux cobayes exploser ce qui se passerait s’ils imposaient cette médecine au Portugal, à l’Espagne, à l’Italie…. et pourquoi pas à la France.

 

Si les politiques voulaient sauver l’Euro - je doute pour ma part que ce soit une bonne solution car son échec est patent et seule la remise à niveau de la compétitivité par un niveau de dévaluation adéquat dans chaque pays me paraît fonctionner- il faudrait à tout le moins annoncer d’urgence l’abandon du pacte de stabilité. Madame Merkel veut le durcir ! Il faut, évidemment, faire l’inverse ! A l’instar de ce qui est demandé à la Réserve fédérale américaine, il faut fixer à la B.C.E. de nouveaux objectifs privilégiant la croissance sur la lutte contre l’inflation. Il faut accélérer les réformes structurelles, mais en se donnant 10 à 15 ans pour ramener les déficits des finances publiques à un niveau probablement un peu supérieurs à ceux de Maastricht. (…) Si l’Allemagne est européenne, il faut enfin qu’elle baisse très fortement ses impôts pour mettre son déficit au niveau moyen de la zone européenne. Alors seulement, on pourrait espérer un répit permettant peut-être de reconsidérer l’ensemble du projet européen, débouchant sur une zone intégrée politiquement et économiquement et qui aurait sa monnaie unique. Mais elle serait assurément fort différente de la zone euro actuelle tant dans son périmètre que dans son fonctionnement. »

 

Un scénario catastrophe

 

Il n’y a rien à ajouter à cette analyse exprimée il y a deux années et toujours pertinente, sinon que la Grèce a été mise sous tutelle, qu’il lui est impossible de faire les efforts qui lui sont imposés, ce qui, bien entendu, a eu pour conséquence un rejet majoritaire de cette politique par la population grecque.

 

Les élections ont signifié le rejet des deux grands partis qui dirigeaient alternativement la Grèce depuis la chute des colonels en 1974, les conservateurs et les sociaux-démocrates du PASOK, au profit de Syriza, une gauche radicale à la Mélenchon dirigée par un jeune leader très populaire, Alexis Tsipras, et malheureusement d’un parti nazi qui a obtenu 6,9 % des voix. Un accord de gouvernement entre les partis traditionnels et Syriza  n’a pas été possible et de nouvelles élections sont décidées. On prévoit un succès considérable pour Syriza.

 

 

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Alexis Tsipras de plus en plus populaire,

pourrait être incontournable. (Reuter)

 

 

Conséquence : des menaces de plus en plus claires sont exprimées à l’égard de la Grèce : si vous ne tenez pas vos engagements – ou plutôt si vous ne vous pliez pas à notre diktat – vous serez exclu de l’Euro, voire même de l’Union européenne ! Wolfgange Schäuble, le ministre allemand des finances, Jose Manuel Barroso, le président de la Commission européenne et même Luc Coene, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique, évoquent clairement le retour de la Grèce à la drachme. Du jamais vu depuis la fondation de l’Europe en 1957 ! L’exclusion de la Grèce de la monnaie unique signifierait son expulsion de l’Union européenne sans compter le risque d’un effet domino avec le même problème pour l’Italie, l’Espagne et le Portugal ! En plus, le FMI déclenche la panique en bloquant son aide à la Grèce, sans compter l’agence de notation Fitch qui met son grain de sel en dégradant la note grecque Résultat : les citoyens grecs se précipitent dans les banques pour retirer leurs économies en Euros.

 

 

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Luc Coene (Banque nationale de Belgique) joue

dans la cour des grands et menace la Grèce.

 

 

En outre, un pacte budgétaire qui suit le mécanisme européen de stabilité doit être ratifié par les Etats de l’Eurozone. Ce pacte contraindrait les Etats-membres à résorber leurs déficits et à présenter à terme des budgets en boni. Une nouvelle donne politique s’ajoute avec l’élection de François Hollande à la présidence de la République française. Celui-ci cherche manifestement à calmer le jeu en renégociant le pacte budgétaire, son ministre de l’économie, Pierre Moscovici, a même menacé de ne pas ratifier le pacte si les négociations ne sont pas lancées.

 

Si ce scénario catastrophe se réalise, on risque d’assister à une division de l’Europe entre une zone Nord « riche » et une zone Sud « pauvre ». Et même dans la zone « Nord », il y aurait de plus riches que d’autres. Ainsi, les Pays Bas qui, pourtant, affichaient la plus grande sévérité à l’égard de la Grèce, pourraient avoir difficile à suivre le train conduit par les Allemands.

 

Si une autre orientation n’est pas prise, celle proposée depuis des mois par les néo-keynésiens comme Stiglitz, Krugman, Villin, De Grauwe, les « économistes atterrés » pour ne citer que ceux-là, ce sera tout simplement la fin de l’Europe qui aura perdu cette guerre économique sans merci au profit d’un système bancaire qui mettra le monde sous sa coupe.

 

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François Hollande représente un espoir réel.

 

 

L’espoir vient d’abord de François Hollande. On verra s’il parviendra à inverser la vapeur. Il semble en avoir la volonté, mais parviendra-t-il à disposer des moyens ? L’avenir nous le dira très vite. L’espoir vient aussi d’une gauche radicale et démocratique qui commence à s’étendre en Europe. Mélenchon en France et Tsipras en Grèce feront sans doute des émules. En tout cas, ils servent d’aiguillon pour vaincre la timidité d’une social-démocratie qui semble tout doucement retrouver la voie du social.

 

L’enjeu : c’est la démocratie, c’est l’égalité, c’est la solidarité, c’est la liberté. Cela vaut la peine, non ?

 

 

Pierre Verhas

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 21:54

La fête fut belle. Elle s’est achevée aux petites heures avec une gueule de bois : Hollande élu en fait avec 37 % des voix si on compte les abstentions et les votes blancs, suivi de peu par Sarkozy avec 35,5%. C’est une avancée, ce n’est pas une victoire ! La gauche n’a pas gagné en France et elle aura difficile à transformer cet essai aux législatives de juin. Fabius a déclaré lors de ces ennuyeux débats TV post-élections que le président élu a toujours réussi à disposer d’une majorité. En politique, il ne faut jamais dire « toujours » ! Cependant, reconnaissons que la gauche a des atouts qui feront sans doute pencher la balance en sa faveur.

 

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La fête fut belle.

 

 

La fête est gâchée par la Grèce : la montée de 0,5 % à 6,9 % des nazis aux élections législatives qui sont désormais en position d’arbitres pour la formation d’un gouvernement, avec heureusement le succès remarquable de Syriza (Synaspismós Rizospastikís Aristerás), la gauche radicale équivalente du front de gauche de Mélenchon qui devient la deuxième force politique du pays. Cette situation est incontestablement due à la mainmise de la troïka européenne et à l’arrogance du ministre des finances allemand Wolfgang Schaüble et de la chancelière Angela Merkel qui ont adressé le même avertissement à Athènes. «Le plan de sauvetage de la Grèce est non négociable. Tout gouvernement devra s’engager à l’appliquer intégralement. » Bref, les Grecs peuvent voter pour le parti qu’ils veulent, rien ne peut changer. Voilà où mènent les comportements anti-démocratiques des dirigeants conservateurs européens !

 

 

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Le "führer" du parti nazi grec. Bravo la troïka !

 

 

En comptant en plus les élections municipales italiennes où la gauche fait une remontée spectaculaire qui peut mettre en difficulté le gouvernement technocrate de Mario Monti, la donne a changé en Europe. Et on attend également les résultats du referendum irlandais à la fin de ce mois.

 

D’un côté en France, François Hollande a plaidé fermement pour une renégociation du « pacte budgétaire » afin d’y ajouter un « pacte de croissance ». D’autre part, il s’est refusé à faire adopter la fameuse « règle d’or » en France, ce qui revient à … refuser le « pacte budgétaire ». Attendons-nous à un fameux sac de nœuds dans les négociations au Conseil européen qui est devenu grâce à « Merkozy » un Conseil intergouvernemental, en espérant que ne lui succède pas un « Merkhollande » !

 

François Hollande est resté extrêmement discret sur ses ambitions et ses projets internationaux durant la campagne. Seul l’avenir de l'Union européenne et sa politique économique, qui touchent intimement à la politique française, ont vraiment trouvé place dans le discours du candidat. C'est sur ces points qu'est revenu M. Hollande dans un entretien sur sa future politique étrangère publié par le site Slate, lundi 7 mai, et réalisé deux jours avant le second tour de la présidentielle.

 

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François Hollande semble bien décidé à tenir tête à Angela Merkel.

 

 

Le président élu souhaite pousser l'Allemagne à choisir entre deux solutions pour adoucir la politique de rigueur qu'elle promeut dans l'Union depuis 2008. Il s'agirait de « lever l'emprunt » au niveau européen en créant des obligations européennes, dites "eurobonds" ou "project-bonds", ou d'autoriser le refinancement direct des Etats par la Banque centrale européenne (BCE). « Ils ne peuvent pas poser deux verrous à la fois, un sur les 'eurobonds' et un autre sur le refinancement direct des dettes par la BCE. »

 

L'Allemagne a déjà fait savoir qu'elle ne souhaitait pas négocier sur les obligations européennes. Le gouvernement Merkel a rappelé, lundi, qu'il refusait toute renégociation du pacte budgétaire européen et toute initiative de « croissance par les déficits ». C’est bien parti !

 

 

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Angela Merkel ne veut rien entendre !

 

 

Tout en affirmant son attachement au « moteur franco-allemand » en Europe, François Hollande a estimé que cette collaboration, telle qu'incarnée par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, s'était excessivement renforcée durant la crise. « Le rapport franco-allemand a été exclusif. Les autorités européennes ont été négligées et certains pays, notamment les plus fragiles, ont eu la désagréable impression d'être en face d'un directoire. » Il y a donc là l’expression d’une claire volonté de changement de cap sur le plan économique et financier et sur le plan de l’organisation de l’Europe. Ce serait la fin de « l’intergouvernemental » au profit d’un processus plus fédéraliste. N’oublions pas que François Hollande a toujours affirmé sa conviction européenne, notamment en militant pour le « oui » au traité constitutionnel en 2005. Cependant, on verra si le nouveau Président français sera à même de faire plier Merkel et l’establishment allemand qui tire les rênes de l’Europe depuis des années.

 

Du côté grec, le ton est clairement donné : Alexis Tsipras, le chef de Syriza, chargé de la formation du gouvernement, a comme préalable, refusé toute participation à un gouvernement de coalition avec Nouvelle Démocratie. Entérinant le rejet des politiques d'austérité, M. Tsipras a motivé son choix : « Il ne peut pas y avoir un gouvernement de salut national avec la droite qui a signé des mesures de rigueur (...) que le peuple a rejetées. » Etant donné la pression de la troïka qui fera tout pour que Syriza soit écarté, ne risque-t-on pas de voir se constituer une majorité hybride où se retrouveraient les nazis ?

 

 

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Alexis Tsipras (à gauche comme il se doit) ne veut pas de la droite conservatrice.

 

 

Il est évident que la très nette attitude de François Hollande et la nouvelle donne en Grèce sont des éléments nouveaux essentiels qui pourraient enfin amener à un changement de politique. C’est une question de rapport de force. Il est plus que temps, mais on est loin de la coupe aux lèvres.

 

Dans cette guerre désormais déclarée entre les politiques ultralibérales d’austérité et le camp de la reprise, on peut se poser la question : va-t-on vers la fin de l’Euro ? Dans un éditorial de ce 7 mai au New York Times, Paul Krugman, le prix Nobel d’économie qui a fustigé les politiques d’austérité de l’Union européenne, va jusqu’à souhaiter de « casser » la monnaie unique européenne. «Une réponse – une réponse qui ferait sens mais que quasiment personne ne veut admettre en Europe – serait de casser l’euro. L’Europe ne serait pas dans cette tourmente si la Grèce avait encore la drachme, l’Espagne la peseta et l’Irlande sa livre, etc. : parce que la Grèce et l’Espagne auraient ce qui leur manque aujourd’hui : un moyen rapide de restaurer leur compétitivité et de soutenir leurs exportations, qui s’appelle dévaluation. » (source Mediapart). Il s’agirait donc de limiter l’Euro aux seuls pays de l’Europe industrielle du Nord-Ouest, c’est-à-dire de la zone économique centrée sur l’Allemagne.

 

Cela bouleverserait  le projet européen, voire même signifierait sa fin, avec toutes les conséquences qui s’en suivrait. Ce ne serait plus l’Europe à deux vitesses, comme elle existe depuis longtemps, on irait vers deux Europe : celle du Nord et celle du Sud. Le rêve se transformerait en cauchemar grâce aux apprentis-sorciers conservateurs qui dirigent le continent – la Grande Bretagne s’en étant exclu – depuis trop longtemps.

 

En plus des mesures de réformes de la BCE et de mutualisation de la dette prônées par la gauche européenne, il faudra élaborer un nouveau projet pour que s’installe une réelle solidarité européenne.

 

 

Pierre Verhas

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 20:55
Ce dimanche, il y a un autre scrutin en Union européenne, sans doute tout aussi important par son enjeu que l'élection présidentielle française : les élections législatives en Grèce. On s'en rend compte : l'avenir de la politique monétaire de l'Union, avec un risque de catastrophe politique majeur à savoir une Grèce ingouvernable et donc à la merci d'un coup d'Etat.
 
Ce scénario catastrophe n'est pas de la fiction. Voici un article de Yorgos Mitralias paru dans Mediapart, le site indépendant de gauche français, sur la montée de l'extrême-droite en Grèce qui pourrait constituer une force majeure dans le pays où la démocratie est née. Ainsi, on pourra dire "merci" à une gauche qui n'en est plus une et la folie ultralibérale qui ruine les peuples et les jette dans la misère et dans les griffes de la tyrannie.
 
Mais, chut ! C'est extrémiste d'écrire cela ! "Résistance" est le mot d'ordre du Front de gauche en France, mais la Résistance cela s'apprend. Cet article sur la gauche grecque face à l'extrême-droite est édifiant, à ce sujet.
 
Pierre Verhas
 
«Pour être à la hauteur des enjeux historiques de la guerre lancée par la bourgeoisie grecque et internationale contre elle et le monde du travail, la gauche grecque doit s’éloigner de sa routine et de ses habitudes, de son mode traditionnel de faire de la politique, de penser et d’agir.»
Par Yorgos Mitralias, membre du Comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde (CADTM).

Dépourvue de traditions et de pratiques antifascistes, la gauche grecque, pratiquement toutes tendances confondues, assiste impuissante et désemparée à la répétition dans son pays du drame de la République de Weimar, non pas comme une farce mais très probablement comme une tragédie annonciatrice de grands malheurs européens. Les faits récents en témoignent : après avoir investi, pendant ces derniers mois, ses espoirs dans cette gauche se situant à la gauche de la social-démocratie néolibérale (Pasok), la petite bourgeoisie grecque ruinée et aux abois s’en détourne en un temps record et est maintenant en train de chercher à l’autre extrémité de l’échiquier politique les solutions radicales à ses problèmes historiques et cataclysmiques…
 
En effet, il a suffit que les formations de la gauche plus ou moins radicale (KKE, Syriza, Antarsya, Gauche Démocratique…) se montrent incapables d’exploiter le fait qu’elles monopolisaient de fait l’opposition au gouvernement dit d’Union nationale du banquier Loucas Papadimos, pour que des pans entiers de la société grecque leur tournent le dos en quelques semaines, et s’orientent vers des formations se situant aux antipodes de la gauche radicale, à l’extrême droite même néonazi ! Non seulement ces partis et coalitions à la gauche du Pasok voient se réduire plus que drastiquement ces 50% à 54% d'opinions favorables qu’elles recueillaient ensemble cet hiver, mais cette réduction se fait en partie au profit d’une extrême droite violente, raciste et pogromiste, qui veut en découdre avec tout ce qui est rouge ou même rose. Et tout ça en quelques semaines, pratiquement d’un jour à l’autre!...
 
En réalité, tout ce qui se passe depuis des mois en Grèce illustre d’une manière saisissante l’énorme poids de la petite et moyenne bourgeoisie dans la société grecque et l’influence déterminante qu’elle est appelée à exercer sur les événements à venir. Mais attention, il ne s’agit plus seulement de ça. L’extrême paupérisation de cette « société de boutiquiers » à laquelle a conduit l’application de plans d’austérité successifs radicalise à l’extrême cette petite et moyenne bourgeoisie grecque désormais en haillons, la pousse loin de ses représentants politiques traditionnels, la transforme en auditoire bienveillant de tous ceux qui professent des solutions radicales à sa déchéance sociale. En somme, déracinée et désespérée, ruinée et aux abois, cette petite bourgeoisie grecque en colère est désormais disponible pour soutenir activement tout projet politique qui lui semblerait offrir des solutions radicales à son problème existentiel. Et c’est pourquoi elle suit de plus en plus régulièrement un mouvement de pendule, se tournant d’un extrême politique à l’autre en des laps de temps de plus en plus courts…
 
Tout ca peut paraitre évident et même « élémentaire » mais pas en Grèce, car c’est, malheureusement, un fait que les classes moyennes grecques ont toujours été et restent totalement absentes en tant que telles des analyses, des projets et des pratiques de l’ensemble des formations politiques de gauche de ce pays ! Cependant, cette tare qui pourrait passer presque inaperçue en « temps normal », devient à cette heure de vérité qu’est l’actuel moment historique, un handicap colossal pouvant conduire au désastre non seulement le mouvement ouvrier mais aussi des générations entières de salariés et citoyens grecs.
 
Les conséquences de cette « spécificité » de la gauche grecque sont déjà visibles et dramatiques. Faisant coïncider le marais petit-bourgeois grec avec le « peuple » mythique et fourre-tout de ses origines (staliniennes) idéologiques, qui est –nécessairement– toujours du bon coté, la gauche grecque se découvre maintenant totalement démunie de moyens de compréhension de ce qui est en train d’arriver à la base de la société grecque. C’est ainsi qu’elle prend, depuis quelques mois, des vessies pour des lanternes en identifiant comme étant nécessairement de « gauche » les manifestations de la colère petite bourgeoise, dont la couleur politique n’est absolument pas donnée d’avance puisqu’elle est –par excellence– le plus critique des enjeux de l’affrontement entre le capital et le monde du travail.
Les résultats de cette « incompréhension » pavent déjà le chemin de cette inversion de tendance (aux dépens de la gauche et au profit de l’extrême droite) mentionnée au début de ce texte. Confondant par exemple toute critique virulente (ou même violente) du parlementarisme bourgeois avec une opposition radicale de gauche au régime bourgeois, la gauche grecque a abdiqué d’avance de son devoir historique de se battre jour après jour pour gagner à son projet politique ces couches petites bourgeoises, qui aiment promettre la potence aux 300 « traîtres » du Parlement grec. Et c’est ainsi qu’elle n’a ni reconnu ni vu venir des concurrents politiquement diamétralement opposés à elle qui, eux, se battent très consciemment et méthodiquement pour gagner à leur cause cette petite bourgeoisie aux abois…
 
Cette situation déjà très inquiétante devient pourtant plus qu’alarmante alors que la force qui monte en flèche parmi ces « concurrents politiquement diamétralement opposés » est un ex-groupuscule ultra violent de tueurs néonazis, appelé « Aube Dorée » (Chryssi Avghi) ! Force est d’avouer que sauf rares exceptions héroïques à l’intérieur de Syriza et d’Antarsya, la gauche grecque semble totalement désarmée devant ce péril néonazi qui constitue une nouveauté absolue dans l’histoire de la Grèce moderne. En effet, tant dans le subconscient collectif que dans la tradition de la gauche grecque, le « fasciste » n’a rien à voir avec le membre de l’Aube Dorée. C’est plutôt l’éternel « mouchard du quartier » légué à l’histoire du pays par tant de dictatures militaires et autres régimes policiers de vainqueurs de guerres civiles.
Cependant, le flic ou le mouchard qui n’est en dernière analyse qu’un fonctionnaire d’Etat ne peut en aucune manière être assimilé ni à un fasciste ni à un néonazi. Et à plus forte raison à un mouvement et un parti néonazi. Alors, habituée comme elle est à appeler « fascistes » ceux qui n’étaient que des simples serviteurs subalternes des régimes forts, la gauche grecque semble maintenant totalement impréparée et sans défense devant un mouvement politique néonazi qui prétend avoir les mêmes ennemis qu’elle (les plans d’austérité, les gouvernements des partis néolibéraux, la Troïka, les bureaucrates de Bruxelles…) et qui en plus leur attribue souvent les mêmes noms (ploutocratie, impérialisme, capitalisme cosmopolite, traîtres à la patrie…). Le résultat de cette « impréparation » est déjà tragique. Cette gauche grecque semble incapable non seulement de contrecarrer mais même d’expliquer la montée en flèche de l’Aube dorée (en trois, quatre mois, elle est passée de 1% à 6,5% des préférences des Grecs) et tout laisse, malheureusement, présager son développement encore plus foudroyant dans les mois à venir.
 
Mais, encore plus alarmant que l’essor électoral, est le développement organisationnel et surtout l’extension de l’influence sociale et politique des néonazis grecs. Voici donc un événement récent qui en dit long sur cette « impréparation » de la gauche grecque et qui illustre parfaitement la dramaticité de la situation. Voulant répondre aux remous qu’avait provoqué le bon accueil réservé à une forte délégation de l’Aube Dorée par les ouvriers grévistes des Aciéries, qui mènent une lutte exemplaire depuis bientôt cinq mois sous la direction exclusive des syndicalistes du KKE, le BP de ce parti a sorti une déclaration fustigeant… « les pseudo-révolutionnaires de l’Aube Dorée et de Syriza » !
 
Comme on pouvait s’y attendre, cette déclaration a provoqué maintes protestations car, selon la vieille habitude du KKE, elle mettait dans le même panier les néonazis et les militants de la Coalition de la Gauche Radicale (Syriza). Mais, encore une fois est passé pratiquement inaperçu le fait que pour la direction du PC grec, les néonazis ne sont finalement que des… « pseudo-révolutionnaires » ! C’est-à-dire presque inoffensifs et non pas une bande armée et violente servant les intérêts a long terme du capital et ayant pour objectif principal d’atomiser la classe ouvrière en détruisant pour longtemps ses organisations syndicales ainsi que les partis politiques de gauche.
 
Une telle méconnaissance de la nature des organisations fascistes de la part de la gauche grecque est sûrement annonciatrice de grands malheurs à venir. Et le pire c’est que ces malheurs ne se limiteront au niveau électoral. En effet, après avoir fait des immigrés la cible prioritaire de leurs expéditions militaires meurtrières, et encouragés par l’impunité scandaleuse dont ils jouissent, les néonazis grecs étendent désormais leur « champ d’action » à tout ce qui bouge à gauche et même au-delà (Pasok inclus), sans faire de distinction entre radicaux et réformistes. Leur projet est clair : se poser en alternative jusqu’au-boutiste au « système » et terroriser les foules usant une violence inouïe. Et tout ca sans jamais cacher leurs références hitlériennes. Même s’il est provisoire, le bilan de leur stratégie crève les yeux : ça marche ! Ils attirent du monde et ils ont le vent en poupe…
 
Le pourquoi de ce succès cauchemardesque n’est pas dû seulement à la crise et au manque de traditions et de culture antifascistes dans la société et la gauche grecque. Ce succès est aussi explicable par le fait que l’extrême droite grecque profite des traditions racistes, chauvines, obscurantistes et réactionnaires cultivées et soigneusement entretenues depuis des décennies par l’idéologie et surtout la pratique « officielle », celle de l’Etat grec et de ses partis dominants. Ce n’est pas seulement que l’Etat grec est le seul en Europe (et au-delà) à ne pas être encore séparé de l’église (ultraconservatrice) ! C’est aussi que les SS grecs, du temps de l’occupation nazie, sont toujours reconnus comme… résistants et touchent régulièrement leur pension pour les services rendus à la patrie reconnaissante. C’est que des personnalités d’un parti de gauche proposent, sans provoquer de réactions, de résoudre la question de l’immigration en parquant les immigrés sans nourriture sur « des rochers de la mer Egée » ! Si on ajoute à tout cela que, voulant contrecarrer l’influence grandissante de l’extrême droite raciste, les gouvernants jouent de plus en plus aux apprentis sorciers, lançant quotidiennement des véritables pogroms contre les immigrés et parlant d’eux à la TV comme s’ils étaient moins que des bêtes sauvages à exterminer, on peut comprendre tant la banalisation en cours des néonazis que leur succès auprès des foules désorientées et ruinées à la recherche d’alternatives radicales et surtout vengeresses. 
   
 
 
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Une gauche grecque désarmée face à l'extrême-droite. Seulement la grecque ?
Alors, doit-on conclure que la Grèce est condamnée d’avance à devenir la proie facile de l’extrême droite et à subir la « normalisation » de sa société encore rebelle aux diktats de la Troïka ? La réponse est Non.
     
Rien, absolument rien n’est décidé d’avance, tout reste encore possible et aucun fatalisme n’est permis. Mais, à deux conditions fondamentales: que la gauche grecque a) dépasse rapidement sa fragmentation et son sectarisme viscéral et apprenne d’urgence à unir ses forces devant l’ennemi de classe commun, et b) forme un front unique de lutte antifasciste avant qu’il ne soit trop tard.
Cependant, le temps presse désespérément, la société grecque –et la classe ouvrière– se désagrège rapidement et c’est archi-faux de penser que l’approfondissement de la crise conduira fatalement à l’effondrement du régime et peut être du système lui-même. D’ailleurs, tant que l’actuelle situation clairement prérévolutionnaire ne se transforme pas en situation révolutionnaire (par les soins de la gauche radicale) alors oui, c’est presque fatal qu’elle vire à la contre-révolution, qu’elle devienne contre-révolutionnaire ! Et les signes de ces dernières semaines sont inquiétants : les deux grands partis gouvernementaux et néolibéraux voient leur chute libre arrêtée et reprennent confiance, tandis qu’à droite apparaissent de nouvelles formations politiques qui disputent aux partis de gauche le monopole de l’opposition aux mesures d’austérité. C’est vrai que pour l’instant, on n’est qu’au début de cette inversion de tendance et que la gauche grecque dispose encore d’un certain capital de confiance populaire. Cependant, attention : on assiste déjà en Grèce à une accélération exceptionnelle du cours de l’histoire et les renversements de situations se font désormais en l’espace de quelques semaines. Ceux qui ne comprennent pas cette caractéristique fondamentale des périodes « anormales » de l’histoire, comme celle qu’on traverse actuellement en Grèce, sont condamnées non seulement à ne pas comprendre ce qui se passe aux tréfonds de la société mais aussi à être pris en permanence au dépourvu par les événements sociaux et politiques « imprévus ». En somme, à être défaits avant même de livrer bataille…
Nous voici donc devant une autre grande faiblesse de la gauche grecque : pour elle, le temps politique et social reste toujours le même, inchangé et immobile, c’est un temps plat ou tout accélération de l’histoire est inconcevable et exclue d’avance ! C’est alors, parce que le moment historique actuel ne diffère pas de n’importe quel autre, que la direction du KKE (comme d’ailleurs celle trop réformiste de la Gauche Démocratique) présente comme unique solution à la crise le renforcement graduel de ce parti, feignant ainsi d’ignorer que tout (y inclus le sort du KKE lui-même) se joue non pas dans un futur indéfini mais aujourd’hui, dans les mois à venir. De même, la coalition d’extrême gauche Antarsya, bien que moins aveugle et sectaire que le KKE, ne voit pas comment elle pourrait s’allier maintenant à d’autres formations de gauche car trop faible pour l’instant pour faire le poids face par exemple à Syriza. Elle conseille donc… la patience, feignant d’ignorer que l’histoire ne fait pas patience et nous promet des lendemains désastreux si on remet pour demain ce qu’on doit faire aujourd’hui. Enfin, la Coalition de la Gauche Radicale (Syriza), bien que la plus unitaire de tous, se contente avec ses successives propositions d’alliances électorales, plutôt de mettre au pied du mur les autres formations de gauche que d’œuvrer concrètement pour la création d’un front unique de gauche qui regroupe, organise et coordonne, en vue de les rendre efficaces, les résistances partout à la base de la société grecque, dont on a tant besoin aujourd’hui et pas demain…
 
Le fait est donc que remettre pour demain les décisions et les choix que l’urgence sociale et politique nous impose de prendre et de faire aujourd’hui c’est faire preuve d’une irresponsabilité criminelle envers la gauche grecque et internationale, les travailleurs grecs et européens. Car c’est maintenant et pas « plus tard », dans les combats d’aujourd’hui et pas d’un demain qui peut être n’existera plus, que va se jouer le sort pas seulement de nous-mêmes mais des générations à venir. Pas seulement de telle ou telle conquête des salariés mais de l’existence même des organisations du monde du travail dans son ensemble, de l’existence de la classe ouvrière en tant que telle ! Ne pas comprendre tout ca, les vrais enjeux de l’affrontement en cours, c’est alors ne pas avoir une idée claire, ne pas comprendre la profondeur et l’intensité exceptionnelle, les dimensions véritablement historiques de l’actuelle offensive du capital contre les travailleurs et les travailleuses, contre l’immense majorité de « ceux d’en bas » de nos sociétés. En somme, ne pas comprendre que c’est parfaitement concevable et réaliste la perspective d’un demain qui verrait notre sort déjà réglé, d’un demain qui ne nous laisserait plus aucune chance de nous battre pour les décennies à venir…
 
Notre conclusion est donc catégorique : pour être à la hauteur des enjeux historiques de la guerre lancée par la bourgeoisie grecque et internationale contre elle et le monde du travail, la gauche grecque doit s’éloigner de sa routine et de ses habitudes, de son mode traditionnel de faire de la politique, de penser et d’agir. En conséquence, elle doit tout d’abord prendre conscience que l’affrontement actuel n’est pas une simple répétition des précédents, mais quelque chose de nouveau qualitativement différent, qu’il est ici pour rester, qu’il aura une grande durée, et surtout qu’il est un combat global s’étendant sur toute la sphère des activités humaines. Si elle prend conscience de tout ça, de cette réalité absolument nouvelle, alors elle saura rendre son combat non seulement unitaire et radical au maximum mais aussi enraciné aux profondeurs de la société dans un mouvement organisé de longue haleine et autour d’un projet alternatif pour une Europe des peuples et des travailleurs qui reste toujours à inventer.
 
Mais attention : le temps presse et ce qui est encore possible aujourd’hui ne le sera probablement pas demain…
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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 22:47

Il y a quelques semaines, j’avais rédigé un « papier » sur ce blog intitulé : « Je n’y crois pas ! » (À la victoire de François Hollande aux élections présidentielles). Je me suis trompé sur deux points : Sarkozy n’a pas réussi à éliminer l’extrême-droite, ni même à la marginaliser. Bien au contraire, elle fait un score jamais atteint depuis qu’elle se présente aux élections. En second lieu, j’y ai dénoncé le flou du discours de centre-gauche du PS, parti qui cache mal ses divisions internes et une certaine incohérence. Cependant, il ne s’agit pas à ce premier tour, d’une victoire de la gauche, mais d’une défaite de Sarkozy.

 

François Hollande qui s’est lui-même qualifié de « candidat normal », que Mélenchon appelait « le capitaine de pédalo dans une tempête », que même sa rivale, que Martine Aubry, considérait comme trop « mou », a au contraire montré une forte personnalité et a réussi à durcir son discours et surtout à le rendre cohérent.

 

 

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François Hollande a réussi à prononcer un discours cohérent.

 

 

Ces deux éléments ont donné le résultat que l’on connaît. Pourtant, il est loin d’être réjouissant. À ce premier tour des élections présidentielles, aucun des candidats  n’a obtenu l’adhésion d’un tiers de l’électorat. C’est fort peu pour un futur Président de la République. De plus, Hollande arrivé en tête, ne dispose pas d’une réserve de voix suffisante pour être certain de battre le « candidat sortant » au deuxième tour. Chacun des deux « challengers » aura  besoin des voix d’extrême-droite pour l’emporter. Hollande lui-même ne s’en cache pas : dans « Libération » (24/04), il le proclame : « A moi de convaincre les électeurs du Front national ! ». Or, pour Hollande, chasser ces voix équivaudrait à renier les principes essentiels de son combat. L’électeur ne comprendrait pas. Ainsi, il est assez surprenant, par exemple, qu’il soit intervenu en soutien à ce policier inculpé d’homicide volontaire pour avoir abattu un truand en cavale.

 

Qu’est devenu le « peuple de gauche » ?

 

C’est un terrible aveu ! Le centre gauche est contraint à la pêche aux voix dans le camp antirépublicain. Cela signifie que la gauche n’est pas assez forte pour s’imposer elle-même, comme ce fut le cas en 1981 – rappelez-vous le « peuple de gauche »…  Aujourd’hui on en est à glaner les voix du pire ennemi. C’est la preuve que le socialisme « gouvernemental » n’est plus populaire. Et c’est là sa première faiblesse.

 

Lorsque le think-tank Terra Nova prôna le « boboïsation » de la « clientèle » du PS, il a jeté le masque : l’élite socialiste se détourne des classes populaires, laissant ainsi le terrain à Jean-Luc Mélenchon. Malheureusement, le candidat du Front de gauche n’a pas atteint son objectif : marginaliser l’extrême-droite pour renforcer la gauche. Il déplore d’avoir été bien seul dans ce combat. Mélenchon n’a pas tort et les Socialistes le payeront très cher dans un proche avenir. Soit dit en passant, Jean-Luc Mélenchon a réussi à renforcer le courant à gauche du PS. En effet, il surnageait à quelque 5 %. Il a atteint plus de 11 %. C’est, malgré tout, un franc succès. Il faut cependant le constater : les classes populaires et les classes moyennes sont abandonnées par les partis « gouvernementaux ». Cela explique leur déconfiture.

 

L’ultralibéralisme affaibli mais encore très fort

 

Le camp de la droite néolibérale est quant à lui considérablement affaibli. Sarkozy qui a eu très peur du FN et de Marine Le Pen paye sa politique de droite « dure » aussi bien sur le plan économique, notamment en ne luttant pas contre la désindustrialisation accélérée de la France, en favorisant systématiquement les plus riches au détriment de la classe moyenne et des plus pauvres ; que sur le plan politique par l’odieux discours de Grenoble, le sinistre débat sur l’identité nationale et ensuite par les mesures discriminatoires de son ministre de l’Intérieur, le très réactionnaire Guéant. Tout cela constitue les causes évidentes de son échec – encore relatif – au premier tour de l’élection présidentielle, sans compter ses promesses non tenues en matière d’emplois.

 

 

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Nicolas Sarkozy a "pétainisé" son discours.

 

 

Depuis, Nicolas Sarkozy a « pétainisé » son discours. Il a réintroduit de vieilles notions comme le « vrai travail », ses diatribes contre les « corps intermédiaires » - entendez les syndicats – fleurent nauséabond le maréchalisme ! Sa stratégie de courir après la frange la plus réactionnaire de la population française risque de lui coûter très cher le 6 mai prochain, mais cela peut aussi payer, étant donné l’absence de Marine Le Pen. C’est un quitte ou double.

 

François Hollande devrait au contraire dénoncer cette stratégie qui peut avoir de graves conséquences pour la France, au lieu d’en vain courir après les voix du FN. Il devrait se démarquer de manière ferme de cette dérive qui prend des allures d’un mouvement de masse. Redevenez vous-même, citoyen Hollande ! Allez vers le peuple, au lieu de flatter son désarroi ! C’est seulement ainsi que vous aurez une réelle chance de l’emporter.

 

L’Europe pour Hollande ?

 

Il y a un élément important qui joue en faveur de François Hollande : les dirigeants européens parient sur Hollande au deuxième tour. Il faut dire que la politique d’austérité et le pacte budgétaire ont du plomb dans l’aile. L’Espagne de Rajoy espère freiner le rythme des économies budgétaires. Le gouvernement hollandais est menacé par la défection du parti xénophobe de Geert Wilders qui ne souhaite pas soutenir sa politique d’austérité. Le Guardian en tire les conclusions : «  Tandis qu'Angela Merkel est engagée dans une course contre la montre pour faire ratifier ses mesures d'austérité en Europe (...), la politique intérieure de plusieurs Etats membres clés en Europe est en train de prendre la direction opposée. » Or, Hollande a eu la bonne idée d’annoncer dans son programme la renégociation du pacte budgétaire. Tout le microcosme hurlait. Pourtant, depuis que sa victoire se profile, il y a un profond changement en Europe. Mario Draghi, le président de la BCE, plaide pour un pacte de croissance en parallèle avec le pacte budgétaire. Mario Monti vient aussi avec la croissance. Enfin, le Premier ministre belge Elio Di Rupo n’a cessé de parler de croissance depuis son arrivée au pouvoir. Conséquences : Hollande, non encore élu, est déjà renforcé au niveau européen et Merkel est de plus en plus isolée.

 

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Angela Merkel isolée n'a pas dit son dernier mot : elle refuse de renégocier le pacte.

 

 

Cependant, il ne faut pas se réjouir trop vite. Pour les Draghi, Monti et Barroso, il faut certes se tourner résolument vers la croissance. Mais quelle croissance ? Elle s’orienterait vers l’économie verte qui pourrait générer vingt millions d’emplois ! Mais, cela se ferait avec plus de flexibilité, avec une diminution de la fiscalité sur le travail (entendez les charges sociales des employeurs), une libre circulation des travailleurs (autrement dit, rétablir une sorte de directive Bolkestein), le SMIC à géométrie variable. Le seul point positif est l’adoption d’un contrat de travail type avec la suppression des contrats dits « atypiques ». Cela se réaliserait dans la concertation sociale. On sent que cette proposition politique résulte d’un débat au sein  de la Commission entre le Commissaire socialiste aux affaires sociales, le Hongrois Lazlo Andor et ses membres les plus ultralibéraux. Donc, la vigilance reste de toute façon de plus en plus de mise !

 

Enfin, le rôle de la BCE pourrait être redéfini pour enfin se consacrer à la solution sur les dettes souveraines.

 

Un  réel espoir, mais sans illusions

 

Tout cela dénote la perspective d’un vrai changement au sein de l’Union européenne. Il nécessitera, ne nous faisons pas d’illusions, un combat long et difficile. Les ultralibéraux et l’establishment économique allemand sont loin d’avoir dit leur dernier mot.

 

C’est incontestablement une victoire avant la lettre pour François Hollande. Il a un autre atout : l’appui sans réserve de Mélenchon. Mais Sarkozy a encore beaucoup de cartes dans son jeu. S’il parvient à se rallier le « marais » de la droite française, la mouvance la plus réactionnaire et xénophobe, il a encore pas mal de chances de « rempiler » le 6 mai.

 

Tout est donc possible. C’est pourquoi j’y crois un tout petit peu et j’espère beaucoup.

 

 

Pierre Verhas

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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 17:55

 

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 Jean-Luc Mélenchon : le méchant populiste, l'homme à abattre !

Il est de bon ton de désigner Jean-Luc Mélenchon comme un leader populiste, ringard, nostalgique des régimes communistes d’antan, castriste, ami de la Chine communiste (qu’il y a longtemps qu’on n’appelle plus « populaire ») et, péché suprême, partisan d’Hugo Chavez.

 

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Hugo Chavez : le pestiféré réélu démocratiquement trois fois sous contrôle international 

 

Mélenchon est le seul candidat à l’élection présidentielle à proposer un changement radical d’orientation en tous les domaines. En politique internationale, il veut que la France quitte l’OTAN, il veut une alliance qu’il appelle « altermondialiste » avec les BRICS – les pays émergents de tous les continents, dont la Russie et la Chine – afin de briser le carcan occidental dans lequel la France et l’Europe sont enfermées depuis trop longtemps. En ce qui concerne l’Union européenne, il souhaite que la BCE « fasse son boulot », autrement dit qu’elle prête aux Etats à 1% pour résorber la dette et n’utilise plus ce système absurde qui consiste à prêter aux banques à ce même taux et auxquelles les Etats sont contraints d’emprunter à des taux variant en fonction de leur conjoncture économique. Ces taux beaucoup trop élevés sont une des principales causes des graves difficultés que connaissent l’Espagne et le Portugal et de la catastrophe grecque.

 

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Si Mélenchon a du succès et si Hollande est élu, la droite prévoit une crise grecque à la France.

  

Enfin, Mélenchon veut un réel progrès social avec une augmentation substantielle du SMIC, une réduction du temps de travail et augmenter les impôts des plus riches. Programme considéré comme démagogique, utopique, dangereux par la droite et même certains Socialistes !

 

Cependant, « Méluche » grimpe dans les sondages. Il a surpris le microcosme par le grand rassemblement à Paris, à la place de la Bastille, autour de sa candidature et de son programme. Il s’en est suivi un déplacement de masse à Toulouse, à la place du Capitole et enfin, à Marseille, au Prado. Les candidats principaux – Sarkozy et Hollande – doivent désormais compter avec lui qui venait des profondeurs des sondages pour ensuite effectuer une remontée spectaculaire où il dépasse – encore de peu – la candidate d’extrême-droite, Marine Le Pen. Cependant, on sait ce que valent les sondages ! Il est même évident qu’ils sont manipulés dans l’intérêt de la stratégie de celui qui se fait appeler le « candidat sortant ». Pourtant, incontestablement,  la candidature de Mélenchon est devenue le point central de cette (trop) longue campagne présidentielle.

 

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Le rassemblement de masse à Marseille fut aussi festif : "La plage au peuple" 

 

« Couvrez ce sein… »

 

Ses adversaires de l’establishment de droite comme de gauche lui reprochent son « populisme », ce mot fourre-tout où  comme la réplique dans Tartuffe : « Couvrez ce sein que je saurais voir », l’on y jette tout ce qui pourrait gêner. Mais, en l’occurrence, le sein en question pourrait donner un lait très nourrissant à la France. En effet, Mélenchon a une stratégie bien élaborée avec un entourage de grande qualité et de haut niveau.

Ils me manipulent et moi, je les manipule !

 

Pour cela, il s’est inspiré des grands bouleversements qui ont lieu en Amérique latine. Il ne s’en cache d’ailleurs pas. Dans une interview au journal argentin Pagina 12 reprise par le site « le Grand Soir » (http://www.legrandsoir.info/jean-luc-melenchon-mes-modeles-je-les-ai-pris-en-amerique-latine-pagina-12.html), Jean-Luc Mélenchon explique : « Chez nous, tout est nouveau : le Parti de Gauche est nouveau, il aura quatre ans en novembre prochain, le Front de Gauche lui aussi est nouveau. Nous-mêmes, nous sortons des catacombes, nous sommes un courant qui a été sur le point de disparaître du paysage politique. En réalité, j’ai pris mes modèles en Amérique Latine, je me suis inspiré de ce qui s’est passé là-bas. Par exemple, le Front de Gauche est une formule politique qui réunit des partis très différents. Nous avons maintenant même des écologistes originaires de la frange la plus radicale. Dans le Front lui-même, nous avons des partisans de la non-croissance, des partisans de la croissance et des communistes. Tous ont réussi à se retrouver sur une ligne commune. Dans ce cas, le modèle auquel je me réfère est le Frente Amplio uruguayen. Il a été pour moi une source d’inspiration depuis plusieurs années. La révolution citoyenne est un projet fédérateur car elle inclut l’idée du pouvoir citoyen. Ce terme a permis la convergence de traditions révolutionnaires très diverses. Et bien, cette idée-là, je l’ai prise à l’Equateur. Quant à la manière d’affronter le système des média, je l’ai prise chez Nestor et Cristina Kirchner. Ici, en France, on attribue ce style à mon mauvais caractère, à mes difficultés, mais en réalité, il n’en est rien : ils me manipulent et moi, je les manipule. Maintenant, je les ai mis au pas, exactement comme ont fait Nestor Kirchner et Cristina Kirchner. En somme, je m’inspire beaucoup de la tradition révolutionnaire d’Amérique Latine. Notre consigne est : « Qu’ils s’en aillent tous ! » Cette consigne, je l’ai tirée de la crise argentine de 2001. »

 

 

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Cristina Kirchner : sa politique a inspiré Mélenchon.

 

 

Vous les Européens, la dernière fois qu’il y eu une crise chez vous, pour en sortir, vous avez déclenché une guerre mondiale et la Shoah !

 

 

Un autre aspect méconnu est sa démarche. Mélenchon a réussi à se débarrasser de ce complexe de supériorité de l’Européen. Il a reçu une leçon qu’il a retenue : « A l’époque de la crise argentine, j’ai eu une discussion avec des camarades qui avaient occupé un hôtel à Buenos Aires. Nous avons parlé du type de socialisme qu’il fallait élaborer à travers les critiques que l’on pouvait faire du modèle vénézuélien ou cubain. Un camarade qui se trouvait là nous dit : « Ecoutez, vous, les Européens, vous êtes très intéressants pour la polémique mais vous êtes en crise. La dernière fois qu’il y eu une crise chez vous, pour en sortir, vous avez déclenché une guerre mondiale et la Shoah. Qu’allez-vous faire maintenant ? » Nous sommes restés muets. Ce camarade avait remué le couteau dans la plaie : la crise du capitalisme de notre époque conjugue crise économique et crise écologique et provoque des déflagrations qui sont beaucoup plus graves que des schémas théoriques : ce sont des déflagrations qui peuvent anéantir l’humanité. Il faut que notre gauche se débarrasse de cette manie des querelles théologiques, des interminables discussions à faire se dresser les cheveux sur la tête. Il faut adopter une pratique rationnelle. Dès qu’une difficulté se présente, il s’agit de la décortiquer, de décortiquer son contenu et de le reconstruire avec des outils qui marchent. Il est impossible de séparer la pratique du travail théorique. J’ai une intuition, une espèce de certitude historique et politique : la classe laborieuse regorge d’idées, de connaissance, elle a un regard d’expert. C’est une source fabuleuse ! Grâce à la dialectique de l’échange, nous pouvons progresser. »

 

 

Dany à court d’arguments sérieux

 

 

 

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 Daniel Cohn Bendit est lui-même simpliste !

 

Ensuite, et cela répond aux accusations de simplisme de Cohn Bendit, le candidat du Front de gauche explique comment il est arrivé à considérer comme essentielle la dimension écologique. « Au début, je n’avais pas pris en compte cette dimension. J’avais une certaine sensibilité pour l’environnement, le gaspillage et la pollution, mais cela n’allait pas plus loin. Du temps de l’ancienne gauche, nous étions capables de tout penser mais nous avions des angles morts. L’un de ces angles morts était : comment vivons-nous ? Dans l’histoire du socialisme, il y a une espèce d’obsession à l’égard de l’homme nouveau. Cependant, c’est une notion si trouble qu’elle finit par devenir dangereuse. Quel est cet homme nouveau sur lequel nous voulons nous reformater, à partir de quoi ? Immédiatement, nous voyons se profiler le risque totalitaire. C’était un angle mort. Le second était que précisément le développement du système peut remettre en question les bases mêmes de l’existence du système car il épuise les ressources et détruit l’environnement. Ce sont les Verts qui ont mis ce sujet sur la table. Je reconnais la dette intellectuelle que j’ai envers eux. Quelqu’un a dit que l’écologie politique était le nouveau paradigme organisateur de la gauche et il a raison. Je me suis intéressé à ce sujet et pour moi cela a été un choc intellectuel, semblable au choc que j’ai éprouvé quand, dans ma jeunesse, j’ai lu le livre de Marx et Engels, « L’idéologie allemande ». Ce fut pour moi une révélation intellectuelle, une clé de compréhension. Il m’est arrivé la même chose avec l’écologie politique. Dans mes recherches, je suis revenu à Marx à travers le souvenir d’une phrase où il parlait de la nature en disant qu’elle était le corps inorganique de l’homme. Marx décrit la relation de l’être humain avec le nature dans une sorte de dialectique où l’être humain est l’un des épisodes de la nature et pas simplement une créature extérieure qui surgit et se pose le problème du contrôle de la nature. J’ai fini par formuler une synthèse entre l’ancienne gauche, dont j’étais un représentant et ce nouveau paradigme. »

 

 

La richesse est synonyme d’irresponsabilité.

 

 

Enfin, Mélenchon définit sa conception de la gauche actuelle. Il ne veut plus des recettes de l’ancienne gauche. « Le problème de la gauche a été qu’elle a adopté le principe selon lequel les standards de vie des riches étaient la voie à suivre. Evidemment, c’est ce que tout le monde réclamait. Et c’est à cela qu’il faut renoncer. La richesse est synonyme d’irresponsabilité pour ce qui concerne les modes de consommation. L’ancienne gauche a commis l’erreur de le croire. Nous avions un regard dépourvu de toute critique sur la consommation. Et même lorsqu’une critique s’élevait, elle n’avait pas de sens car elle se fondait sur des principes moraux. L’écologie politique a permis de résoudre de nombreux problèmes théoriques. Par exemple, l’ensemble de l’idéal progressiste repose sur l’égalité et la similitude entre les êtres humains. Mais cela n’est qu’une illusion. Si on regarde autour de soi, on voit immédiatement que les êtres humains ne sont égaux en rien. Mais nous, nous avons fondé de façon naturelle notre conviction sur cette égalité-là. La Révolution de 1789 dit : « les êtres humains naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Voilà la raison pour laquelle se sont développées en France des formes de pensée totalitaire et raciste. Le postulat de départ était que les choses étaient différentes, que par nature, il y avait des différences, des inégalités, des races. Ceux qui nient l’inégalité naturelle ont conduit tous les régimes égalitaires à être totalitaires, car ils ont dû forcer quelque chose qui est inscrit dans la nature. L’écologie politique résout cet obstacle naturel, et clôt la discussion. Pourquoi ? Parce qu’elle dit qu’il n’existe qu’un écosystème compatible avec la vie humaine. C’est-à-dire que tous les êtres humains sont semblables pour la bonne raison que, si cet écosystème disparaît, les êtres humains disparaissent tous en même temps. Nous sommes alors égaux face aux contraintes imposées par l’écosystème. Ce qui veut dire que si nous n’avons qu’un seul écosystème pour rendre la vie possible, alors, un intérêt humain général existe. Cet intérêt humain général est une réalité. C’est de cette manière que nous arrivons à refonder l’ensemble des paradigmes organisateurs de la pensée de gauche, c’est-à-dire le socialisme, l’humanisme, les Lumières, la République et la Démocratie. »

 

 

 

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Mélenchon (ici avec Leroy du PCF) un populiste ?

 

Nul n’est prophète en son pays !

 

 

Après avoir lu de tels raisonnements, il semble assez difficile de classer Mélenchon parmi les populistes. Il est en effet assez rare qu’un candidat à une élection ait une pensée aussi élaborée. Certains critiqueront son radicalisme, d’autre, et c’est notre cas, estimeront que ce programme est tellement vaste qu’une présidence d’un Etat d’Europe, si important soit-il, n’aura pas les moyens et le temps de le mettre en œuvre, ni même d’en jeter les bases essentielles. Dans l’espace, un changement aussi radical et souhaitable, ne peut se faire dans le cadre d’une seule nation. Dans le temps, il faudra plusieurs mandats pour y parvenir. Enfin, il ne peut se faire par un seul homme, un seul parti, il n’est réalisable qu’avec le concours du peuple dans toutes ses variantes.

 

Certes, Mélenchon en est conscient, mais il sait et il ne s’en cache pas que le temps joue contre lui.

 

Cependant, nul n’est prophète en son pays !

 

Aussi, un appui pragmatique lui est venu du journal britannique le « Guardian » (prononcez « Gardian » et non « Gwardian »…) sous la plume de l’économiste américain Mark Weisbrot, co-directeur avec Dean Baker du Center for Economic and Policy Research à Washington qui est – et cela montre qu’aux USA, la pensée unique n’est pas totalement dominante – un homme de gauche : ce « PhD » (Docteur en Philosophie, c’est-à-dire titulaire d’un troisième cycle universitaire) en économie de l’Université du Michigan s’est opposé à la privatisation du système de sécurité sociale aux Etats-Unis, est très critique à l’égard de la mondialisation telle que conçue par le FMI : « Aucune nation ne s’est jamais sortie de la pauvreté avec les conditions imposées par Washington. » Il a été entendu en audience au Congrès américain pour analyser la crise argentine de 1999. Il a été également consulté en 2004 par la Commission sénatoriale des affaires étrangères pour la situation politique au Venezuela. Weisbrot est correspondant du Guardian et du plus grand quotidien brésilien Folha S. Paulo.

 

 

L’appui d’un des plus grands économistes américains

 

 

Pour le Guardian, il fait ici une analyse pragmatique de la candidature de Mélenchon, pourtant fort critiqué dans la presse anglo-saxonne en général. Il dresse d’abord un bilan impitoyable de la politique de Sarkozy : « Après avoir été l’un des rares pays à hauts revenus à n’avoir pas connu d’augmentation des inégalités entre le milieu des années 1980 et le milieu des années 2000, la France est devenue plus inégalitaire depuis l’élection de Sarkozy. Le rapport entre les revenus du 99ème centile (ceux des 1% les plus riches, en haut de l'échelle) et ceux du premier centile (en bas de l'échelle) est passé de 11,8 à 16,2. D’autres indicateurs d’inégalité ont aussi augmenté sensiblement. Ainsi, le coefficient de Gini ([1]) est passé de 0,260 à 0,299. Ce changement s'est produit entre 2007 et 2010 ; la situation est probablement pire aujourd’hui.

En relevant l’âge de départ en retraite par une réforme inutile qui déclencha une forte opposition et de nombreuses vagues de protestation, Sarkozy a ouvert la voie à une France encore plus inégalitaire pour les années à venir.
»

 

 

Il analyse ensuite le rapport de force politique : « Comme en 2007, l'opinion dominante est que la France vit au-dessus de ses moyens, et Sarkozy prévient à présent que, s'il n'était pas réélu, elle pourrait bien devenir la nouvelle Grèce et affronter une débâcle économique. Il s’engage donc à équilibrer les comptes publics d’ici à 2016.

Malheureusement, son rival du Parti socialiste, François Hollande, promet l’équilibre budgétaire d’ici à 2017. Il y a bien entendu des différences importantes entre les deux candidats, mais si l’un ou l’autre devait appliquer un programme d’austérité budgétaire d’une telle ampleur, à un moment où les économies française et européenne sont si faibles, il est quasiment certain que le chômage et bien d’autres problèmes économiques ne pourraient que s’aggraver. La France perdrait alors certains de ses nombreux acquis sociaux et économiques. »

 

 

En clair, Weisbrot s’oppose aux politiques d’austérité budgétaire et affirme que Hollande, s’il est élu, appliquera un programme d’austérité qui ne pourrait amener qu’à plus de chômage, moins d’investissements et, bien entendu, plus de pauvreté.

Heureusement, écrit-il, « la France dispose d’une alternative plus progressiste : elle s’incarne dans la candidature de Jean-Luc Mélenchon, portée par le Front de gauche. Dans la course à l’Elysée, il semble être le seul à comprendre les choix économiques réels qui s’offrent à la France et à la zone euro. La France n’a nullement besoin d’une cure d’austérité qui la condamnerait à finir comme la Grèce. Au lieu de cela, Mélenchon propose que la Banque centrale européenne fasse son travail, c’est-à-dire qu’elle prête au taux de 1% à la France et aux autres gouvernements européens, comme elle le fait aux banques privées. Le poids du service de la dette française, d’environ 2,4% du PIB est encore assez raisonnable. Si la France peut continuer à emprunter à faible taux, elle pourra se sortir de ses problèmes actuels, tout en créant de l’emploi et en augmentant les revenus. Cela relève du bon sens macroéconomique. »

 

 

Hors des sentiers battus

 

 

Weisbrot se déclare également partisan du programme social de Mélenchon : « Mélenchon veut aussi réduire le temps de travail, augmenter le salaire minimum, ainsi que les impôts pour les plus riches. Il rejette l’absurdité de l’équilibre budgétaire - comme d'ailleurs la plupart des économistes aux États-Unis - et fustige l'absence d'engagement de la Banque centrale européenne en faveur du plein emploi. Cette démarche est pertinente d’un point de vue économique puisque, notamment en période de récession, la BCE peut créer de la monnaie. C'est ce qu'a fait la Réserve fédérale américaine en créant 2 300 milliards de dollars depuis 2008 sans craindre une inflation excessive. »

 

Et il conclut sa démonstration par le constat que, pour la première fois, en France, un vote « hors des sentiers battus » est souhaitable : « Pour le candidat d'un troisième parti, il est beaucoup plus facile en France qu'aux Etats-Unis d’avoir une influence significative, même sans remporter l’élection. Hollande a déjà orienté son discours plus à gauche afin de capter les voix du Front de gauche, et Mélenchon aura des atouts en main avant de soutenir la candidature Hollande au second tour. Alors que les deux grands partis s'engagent à mettre en place des politiques économiques qui diminueront le niveau de vie des Français – alors que, en 2007, seul Sarkozy s’engageait dans cette voie – on peut difficilement trouver moment plus opportun pour voter « hors des sentiers battus ». »

 

Courons le risque !

 

Ainsi, on assistera plus que probablement à un second tour Hollande / Sarkozy. Sans doute, Mélenchon se ralliera à Hollande mais non sans avoir obtenu des points essentiels de son programme. De toute façon – il ne cesse de le proclamer – Mélenchon a une vision à long terme, au-delà de cette élection présidentielle : son objectif est de déclencher une dynamique qui l’amènera à imposer les idées du Front de gauche et à changer le rapport de force, même au-delà de la France. Il faudra voir si Mélenchon sera le « troisième homme » en ayant relégué Marine Le Pen derrière lui. Alors, se déclenchera une dynamique basée sur ses idées fortes. Au cas où Le Pen bat Mélenchon, ce qui est malheureusement toujours possible, il risque au contraire de se retrouver affaibli au sein  de la gauche.

 

 

Enfin, dernière hypothèse : Sarkozy l’emporte. Là, ce serait sans doute la fin du PS et il y aurait une redistribution des cartes à gauche dont le Front de gauche pourrait profiter. Mais dans l’opposition, et pour longtemps.

 

 

Aussi, on peut comprendre l’électeur de gauche qui se rallie à Mélenchon mais hésite à prendre le risque de voir Hollande ne pas disposer de forces suffisantes pour affronter le deuxième tour. Ou alors, comme le préconise Weisbrot, c’est sans doute «le moment le plus opportun pour voter hors des sentiers battus ». Tout engagement comporte un risque et cela vaut la peine de le courir.

 

Alors, c’est le moment ou jamais. Profitons-en !

 

Pierre Verhas




[1] Le coefficient de Gini est une mesure du degré d'inégalité de la distribution des revenus dans une société donnée, développée par le statisticien italien Corrado Gini.

Le coefficient de Gini est un nombre variant de 0 à 1, où 0 signifie l'égalité parfaite (tout le monde a le même revenu) et 1 signifie l'inégalité totale (une personne a tout le revenu, les autres n'ont rien, cas extrême du maître et de ses esclaves).

 

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 21:54

 

La social-démocratie, cette pensée politique en équilibre instable entre la lutte des classes et le capitalisme libéral est la première victime politique de l’offensive ultralibérale.

 

Historiquement dominante en Europe occidentale à la fin de la Seconde guerre mondiale avec la politique keynésienne imposée par les Américains, la social-démocratie a pu engranger d’incontestables progrès sociaux grâce à la sécurité sociale, mais aussi par la lutte de la classe ouvrière pour obtenir un pouvoir d’achat décent. D’autre part, par l’Etat social, il y eut un progrès considérable en matière de soins de santé et le système de pension permettait d’assurer un revenu normal aux personnes âgées.    

 

Ces réussites sont incontestablement à mettre au crédit de la social-démocratie. Cependant, tout cela ne se fit pas sans l’aval du grand capital, particulièrement américain.

 

 

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Paul-Henri Spaak : le prototype d'une social-démocratie de compromis

 

D’autre part, la social-démocratie fut le pilier européen de l’atlantisme. L’exemple de Paul-Henri Spaak en est caricatural. La fondation de ce qui est devenu aujourd’hui l’Union européenne est l’œuvre d’une alliance entre sociaux-démocrates et chrétiens démocrates. Jean Monnet était un banquier influent des deux côtés de l’Atlantique, Robert Schuman, catholique militant, avait été ministre du premier gouvernement de Pétain, Konrad Adenauer était lui aussi un catholique convaincu et avait une vision chrétienne de l’Europe, de même que l’Italien de Gasperi. Spaak se trouvait être le seul social-démocrate dans ce club très fermé des dirigeants politiques de ce qui fut « l’Europe des Six ». Il avait cependant un poids considérable par ses relations transatlantiques.

 

L’Europe du capital suscitait la méfiance des plus lucides.

 

Si l’idée européenne plut à l’ensemble du courant politique social-démocrate dans la partie occidentale du Vieux continent, sa construction suscita la méfiance de la part de quelques dirigeants de la gauche démocratique, et non des moindres. Ce fut le cas de Pierre Mendès-France, ancien Président du Conseil français, qui avait négocié la paix en Indochine et qui jouissait d’un immense prestige. Il dénonça le caractère trop libéral du Traité de Rome et préconisait, en parallèle avec l’Europe économique, de construire l’Europe sociale.

 

 

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Pierre Mendès-France fut le premier à proposer une Europe sociale en contrepoids à une Europe du capital.

 

En Allemagne fédérale, le congrès de Bade Godesberg en 1959 marque l’adhésion du parti social démocrate allemand à l’économie libérale. Le plus puissant parti social démocrate d’Europe occidentale s’inscrivit ouvertement dans l’atlantisme, s’ouvrit aux chrétiens, renonça aux luttes sociales et milita dans l’anticommunisme. Dès lors, la social-démocratie, au niveau européen, était divisée d’une part, entre une gauche encore proche de la classe ouvrière et ayant gardé la notion de lutte des classes et d’autre part, un centre-gauche tentant de donner un volet social au libéralisme.

 

Pas de ligne claire

 

Lors de la décolonisation, la social-démocratie dans les pays concernés, France et Belgique, eut une position ambiguë : deux dirigeants sociaux-démocrates, Guy Mollet et François Mitterrand, eurent une attitude particulièrement dure pendant la guerre d’Algérie. Une autre frange de la social-démocratie se rangea ouvertement dans l’anticolonialisme. Encore une fois, ces contradictions n’eurent pas pour effet une division structurelle de ce courant politique.

 

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François Mitterrand adopta une ligne dure pendant la guerre d'Algérie.

 

Durant les participations aux gouvernements dans la décennie 1980 – 90, la social-démocratie a montré son incapacité à avoir une ligne politique claire. Le plus bel exemple fut le « tournant de la rigueur » du gouvernement Mauroy aux débuts du premier septennat de Mitterrand qui s’était fait élire sur un programme commun très à gauche avec le Parti communiste. Ce manque de clarté lui a valu de perdre du terrain sur le plan électoral dans toute l’Europe, au profit des chrétiens démocrates et des libéraux, ceux-ci étant relégués aux rangs des petites formations politiques à l’époque.

 

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Pierre Mauroy dut changer de cap à son corps défendant.

 

Le coup le plus terrible fut la chute du mur de Berlin en 1989 qui désempara la social-démocratie européenne qui ne parvint pas à définir une réponse crédible à ce nouveau défi. La social-démocratie était isolée politiquement. Une fois de plus elle payait son ambivalence. En dehors des Allemands qui s’étaient ralliés à l’anticommunisme le plus dur (à l’exception notable de Willy Brandt), elle n’avait pas réussi à définir une ligne politique claire à l’égard du « bloc » de l’Est.

 

 

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Willy Brandt (ici au Mur de Berlin à côté de Robert Kennedy) eut le courage de pratiquer une politique d'ouverture à l'Est.

 

 

La social-démocratie ne résista pas à la vague néolibérale.

 

Mais l’écueil le plus grave fut la vague néolibérale lancée en 1979 par Margaret Thatcher et poursuivie en 1980 par Ronald Reagan. La social-démocratie démonétisée eut très difficile à répliquer aux offensives portant atteinte à l’Etat social qu’elle s’engageait à protéger. En outre, la social-démocratie, via un de ses leaders charismatiques de l’époque, Jacques Delors, président de la Commission européenne, joua un rôle majeur dans la transformation de la Communauté européenne en une Union vouée au tout marché, d’abord par l’Acte unique, ensuite par le traité de Maastricht et tous ceux qui suivirent jusqu’à l’actuel traité de Lisbonne.

 

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Jacques Delors fut l'artisan de l'Europe ultralibérale.

 

De plus, l’ouverture à marche forcée vers les pays d’Europe de l’Est déséquilibra le système économique et social. Il renforça le processus de désindustrialisation notamment des secteurs comme la sidérurgie, les délocalisations vers les pays à bas salaire ne cessèrent de se multiplier rendant exsangue l’économie industrielle de l’Europe occidentale et ne contribuant en rien au développement des pays d’Europe centrale et orientale.

 

L’Etat social en fut considérablement affaibli. La montée du chômage doublée du vieillissement de la population en rendit son financement de plus en plus lourd. D’autre part, les pressions du patronat et du secteur financier tarirent les recettes de la Sécurité sociale.

 

Le visage de l’Europe occidentale a été profondément modifié et la social-démocratie donne l’impression d’avoir suivi, voire subi cette transformation radicale et elle s’est montrée incapable d’y apporter sa marque. La désindustrialisation qui en a été l’effet, a changé le rapport de force capital travail. La classe ouvrière a changé de nature. Le chômage de masse et la précarisation sont des défis auxquels la social-démocratie est sans réponse crédible. La crise financière de 2008 suivie de la crise des dettes souveraines n’ont fait qu’accentuer ce phénomène.

 

La déferlante conservatrice

 

Une vague conservatrice déferla sur l’Europe dès le début du XXIe siècle issue de cette situation sociale, des tensions internationales qui ont suivi le 11 septembre et de la faiblesse de la sociale démocratie. Aujourd’hui, sur 27 gouvernements, 23 sont à majorité conservatrice et les quatre restants sont des coalitions. Deux pays ont chacun un Premier ministre social-démocrate : la Belgique et le Danemark. Jamais dans l’histoire de l’Europe d’après-guerre, la droite n’a eu un tel poids.

 

 

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La Commission Barroso II (2010 - 2014) est la plus conservatrice de l'histoire de l'Union européenne.

 

Au Parlement européen, le 28 mars dernier, le groupe socialiste s’est réuni pour écouter un discours de Jacques Delors suite à l’appel qu’il a lancé.

 

Cet appel « pour une alternative socialiste en Europe » signé par tous les députés membres du groupe socialiste du Parlement européen part d’un constat, sommes toutes, assez banal : « Le diagnostic est clair. Les économies européennes, comme toutes les autres, ont été confisquées par l’irresponsabilité quasi-criminelle du secteur financier mondial. Mais l’Europe était déjà confrontée à une tendance de long terme au déclin. Celui-ci est en partie dû au profond mouvement de bascule dans le partage de la richesse mondiale entre l’Ouest et les économies émergentes de l’Est et du Sud. Mais dans ce processus même, nous avons laissé la mondialisation aggraver les écarts de richesses à l’intérieur de tous les pays. » Vient ensuite une sorte d’autocritique : « Sans jamais remettre en question, les règles du jeu, nous avons permis qu’il pénalise tous les pays à système de protection sociale élevée. Dans ce qui était censé être des économies sociales de marché, nous avons permis que diminuent les niveaux de vie, qu’augmentent les inégalités, et que s’accroisse la part du revenu national revenant au profit des entreprises, et d’abord des très grandes, au détriment des salaires. » Enfin, la faiblesse de l’Europe complète ce sombre tableau : « La voix de l’Europe dans les forums internationaux comme le G20, les conférences sur le commerce et sur le changement climatique, du fait de divisions internes et d’absence de stratégie alternative claire. »

 

La social-démocratie est-elle utile ?

 

À la lecture de ce texte, on peut se poser la question de la capacité et de l’utilité de la social-démocratie !

 

D’ailleurs, Delors l’a mis en évidence dans son discours de soutien à cet appel : « L'Union économique et monétaire est prise dans un étau (...) entre d'une part le feu qui couve sur les marchés financiers, et qui est l'argument essentiel de ceux qui veulent nous imposer le pacte budgétaire (...) et d'autre part le risque d'une stagnation, qui confirmerait (...) l'évolution de l'Europe vers un déclin», a affirmé Jacques Delors. «Je n'ai pas de remède miracle. Et je considère que l'appel détaillé des responsables socialistes a bien compris cet étau.»

 

 «L'histoire s'est accélérée ces dernières années, et les socialistes européens sont restés en retrait» (Rapporté par Ludovic Lamant, Mediapart, 10 avril 2012)

Constat d’échec suivi d’absence de solution : ce n’est pas ainsi que la social-démocratie européenne se posera en force politique alternative. D’ailleurs, comme l’ajoute Ludovic Lamant : « Au fond, chacun se pose la même question : après les fiascos Papandréou en Grèce, Socrates au Portugal et Zapatero en Espagne, la social-démocratie, laissée K.O. par la crise, a-t-elle encore quelque chose à dire ? Agirait-elle différemment de la droite, si elle était majoritaire au Conseil européen, et si les marchés financiers exercent à nouveau leur pression ? A-t-elle les armes pour à nouveau gouverner en Europe, comme ce fut le cas à la fin des années 1990 ? »

 

 

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Jose Socrates (Portugal) et Luis Zapatero (Espagne) : deux échecs cuisants de la social-démocratie européenne 

 

Un constat d'impuissance

 

Et le pire, dans ce colloque, on évoque en plus un constat d'impuissance : Zapatero n’a pas eu le choix face à Merkel. Socrates, Papandréou et Zapatero furent confrontés à une domination écrasante des conservateurs au Conseil européen, sans leadership de la Commission européenne totalement subordonnée à la logique intergouvernementale et au directoire Merkel/Sarkozy. Aucun ne se lèvera pour reconnaître la colossale erreur que fut l’appui au traité de Lisbonne qui signe la mise à mort de l’idée fédérale en Europe. De par les pressions des marchés financiers et de la Grande Bretagne, l’Europe se transforme en une vaste zone de libre échange dirigée par les Etats les plus importants au détriment des petits pays et surtout des peuples. La Commission ne joue plus que le rôle de police du grand capital.

 

Les sociaux-démocrates se sont trouvés en panne d’idées. Aujourd’hui, au niveau européen, ils prônent une réponse socialiste au niveau de l’Europe.

 

« Une réponse socialiste à la crise doit donc être européenne. Il ne s’agit pas d’appeler de façon incantatoire à « plus d’Europe », mais précisément à donner à l’Europe les moyens nécessaires à la protection des intérêts et du bien-être des citoyens européens. » Ne sont-ce des vœux pieux ?

 

Une refondation socialiste à l’échelle de l’Europe ?

 

Plusieurs socialistes plaident pour une refondation socialiste à l’échelle de l’Europe. Cependant, cette nouvelle donne politique tiendra-t-elle quand les socialistes reviendront au pouvoir ? N’y aurait-il pas à nouveau la division. Unis dans l’opposition, les sociaux-démocrates se sont souvent montrés divisés une fois au pouvoir. Et cette recherche du pouvoir est la première motivation des dirigeants sociaux-démocrates.

 

Relisons Ludovic Lamant : « «C'est vrai que cela fait longtemps que les partis de centre-gauche, en Europe, n'ont pas eu autant envie de retourner au pouvoir», observe Olaf Cramme, à la tête du Policy Network, un think tank britannique consacré à la gauche européenne. «Mais ils ont fait jusqu'à présent peu de progrès pour bâtir ensemble un programme cohérent et crédible de gouvernement

 

«Regardez le PS, le SPD ou encore le PSOE, à la fin de l'ère Zapatero. Ils ont serré les rangs, de manière assez efficace je dois dire, pour apparaître unis. Mais ont-ils formulé une seule idée qui leur permette, une fois au gouvernement, de répondre différemment à la crise, si les choses se compliquent à nouveau ?» s'interroge Olaf Cramme. Dans une récente tribune au Guardian, il exhorte la gauche européenne à forger de nouvelles réponses face à la crise, faute de quoi «elle gâchera sa chance».

 

«Au niveau européen, les sociaux-démocrates pèchent par leur désunion», rappelait fin 2011 Gerassimos Moschonas, professeur de science politique à l'université Panteion d'Athènes. «Les situations sont très différentes d'un pays à l'autre, et il n'existe pas de stratégie à l'échelle européenne. Il n'y a pas assez de concertation. Pendant la crise de la dette, la social-démocratie n'a pas assumé son rôle d'alternative.» Une erreur qu'elle essaierait donc de corriger aujourd'hui. »

 

Une correction quasi impossible

 

Pourra-t-elle la corriger ? Nous ne le pensons pas. La social-démocratie ne peut plus s’appuyer sur les classes exploitées par le travail ou par la précarité. Le lien qu’elle avait avec la classe ouvrière, via les organisations syndicales, entre autres, est rompu. La social-démocratie ne représente plus le peuple qu’elle prétendait incarner au XXe siècle.

 

En second lieu, comme nous venons de le voir, elle est divisée. Et sans un leader crédible et charismatique entouré d’une équipe solide, sans une idéologie cohérente rejetant ce jeu d’équilibriste entre une gauche utopique et un libéralisme dur en se positionnant clairement sur l’échiquier politique.

 

Pour cela, elle doit retrouver un appui populaire qu’elle a perdu depuis longtemps.

 

L’illusion d’une victoire de François Hollande

 

Les dirigeants sociaux-démocrates européens pensent qu’une victoire de François Hollande aux élections présidentielles du 6 mai prochain pourrait déclencher une nouvelle dynamique.

 

 

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François Hollande peut-il déclencher une nouvelle dynamique en cas de victoire ?

 

 

Pourtant, avec François Hollande, nous nous trouvons à nouveau devant le flou artistique typique des sociaux-démocrates. Ainsi, il a inscrit dans son programme la renégociation du pacte budgétaire, mais il n’en a pas précisé les modalités et de plus, il n’a pas l’aval des autres socialistes européens.

 

La dynamique viendra d’ailleurs. L’ensemble de la gauche doit se restructurer. Le mouvement déclenché par le Front de gauche de Mélenchon peut amener des résultats. Il faut redéfinir le système : le rôle de la Banque centrale européenne, celui de la Commission, le fédéralisme et surtout, le volet social de l’Europe encore dans les limbes. En effet, l’Etat social est menacé dans son existence. Une profonde réflexion à ce sujet est indispensable, sans cela l’Etat social d’Europe occidentale s’alignera sur la précarité sociale des pays d’Europe de l’Est.

 

La menace est claire et il est urgent d’y penser, car 2014 verra les élections européennes et l’installation d’une nouvelle Commission. C’est un enjeu fondamental.

 

Cependant, pour briser la vague conservatrice, il faudra une dynamique bien plus forte qui implique une renaissance socialiste et populaire.

 

Pierre Verhas

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