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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 11:54

 

« Aujourd’hui à Toulouse nous a été donnée une illustration horrible du point où un tel cynisme délirant peut nous entraîner. Tous ceux qui ont été flingués ou tués dans et autour de la ville au cours des huit derniers jours ont une chose en commun. Ils sont issus de "minorités visibles". Ils avaient des noms ou des visages qui les balisent comme n’étant pas descendus, comme Jean-Marie Le Pen le dirait, de "nos ancêtres les Gaulois". Leurs origines – tout aussi bien juives que musulmanes - étaient au Maghreb ou dans les Caraïbes. Ils étaient, en somme, un instantané de "la France métissée" - les métis, immigrant en France qui travaillent dur et "se lèvent tôt" pour vider les poubelles et s’occuper de leurs enfants ; les personnes qui meurent de manière disproportionnée pour la France mais qui sont également le plus souvent enfermés dans ses prisons et ses banlieues délabrées.

 

Comme un père l’a dit ce matin, alors qu’il étreignait son fils, en le sortant de l’école, "Ils nous attaquent parce que nous sommes différents." »

 

Voilà ce qu’écrit Fiachra Gibbons, journaliste irlandais, correspondant du « Guardian » (ici un extrait du site « le Grand Soir »).

 

 

Toulouse_crime02.jpg

Le Collège juif de Toulouse : le tueur est passé...

  

Rien n’est plus vrai ! Un spectre hante l’Europe : l’uniformisation. Pour installer un pouvoir invisible, omniprésent, d’une puissance inégalée, on uniformise le travail, on standardise l’économie et on démolit tout ce qui fait ou peut faire la diversité : la politique, la culture, l’éducation. Tout doit fonctionner selon un modèle unique.

 

Pire : l’homme lui-même doit être « uniforme » et donc conforme au « modèle ». On permet, si on n’encourage pas, un discours odieux contre les différents, contre la « France métissée » qui n’est pas seulement la France « café au lait », mais aussi la France où chacun, quelle que soit son origine, vit, travaille, s’épanouit dans une société libre et égale. La France ? Pas seulement, l’Europe ! C’est cela que l’on veut détruire.

 

 

Toulouse_crime03.jpg

Il a été tué parce qu'il était différent. Pourtant, c'est une tradition ancestrale de l'armée française de faire servir des hommes issus de toutes les cultures.

 

 

Au-delà de l’odieux, les conséquences de cette pensée « standardisante » sont incalculables. Par exemple, l’antisémitisme se banalise et s’institutionnalise. Ainsi, en Hongrie, suite aux réformes fascisantes du gouvernement Orban (voir « Uranopole » http://uranopole.over-blog.com/article-hongrie-un-nouveau-pas-vers-la-fin-de-l-union-europeenne-96814225.html), des mesures apparemment sans conséquences majeures, sont prises petit à petit comme le licenciement de tous les musiciens juifs de l’orchestre philharmonique de Budapest. Pire, la plaie s’étend dans la population. Ainsi, des étoiles jaunes sont apposées dans la nuit sur les boîtes aux lettres des maisons occupées par des Juifs et des proches de Juifs.

 

Cela n’empêche pas le « Fidescz » (le parti de Viktor Orban) d’avoir le vice-président du groupe « parti populaire européen » (parti chrétien conservateur), actuellement principale formation politique du Parlement européen. On s’aperçoit que la Commission est bien prompte à prendre des mesures injustes sacrifiant une génération de jeunes Grecs (voir la chronique d’Elie Barnavi dans « Marianne » de cette semaine) sur l’autel de la finance ultralibérale, alors qu’elle tergiverse sur les sanctions devant frapper le gouvernement hongrois qui détruit sciemment les bases de l’Union européenne. De plus, par ce « laxisme », il y a un risque évident de tache d’huile à d’autres Etats membres.

 

Aussi, il n’est guère surprenant que de nombreux jeunes Juifs européens envisagent de quitter le vieux continent pour aller vivre en Israël où la société est bien plus dynamique, en dépit du conflit israélo-palestinien. Mesure-t-on les pertes irréparables d’un départ massif des Juifs européens ? C’est une large part de l’élite qui s’en va et surtout un pilier essentiel de la pensée européenne.

 

 

Toulouse_crime04.jpg

Le rabbin Jonathan Sandler tué avec ses deux enfants parce qu'ils étaient différents.

 

 

Les crimes de Toulouse et de Montauban ne sont pas le fait d’un seul « tueur fou ». Son bras a été guidé par une idéologie dévastatrice. Si on n’y prend tout de suite garde, les soldats de Toulouse et de Montauban, le rabbin Jonathan Sandler, ses deux enfants Gabriel et Arieh et Myriam Monsonego ne seront pas les seules victimes de ces déments.

 

Pierre Verhas

 

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 00:47

Le terrible accident de Sierre suscite en Belgique une émotion considérable. Une cinquantaine de pères et de mères ne riront plus jamais et bien des grands parents n’auront plus de joie de vivre. La perte d’enfants est la pire blessure.

 

Fallait-il une fois de plus que les médias en rajoutent ? N’est-il pas indécent de voir ces journalistes harceler des parents, des témoins, des secouristes en leur posant des questions stupides ? À l’indicible, il n’y a pas de réponse. Ils le savent bien, mais ils ne s’arrêtent jamais.

 

Est-ce l’événement qui mobilise les médias ou ceux-ci exploitent-ils cette tragédie pour se mettre eux-mêmes à l’avant de la scène de cette sinistre comédie humaine ? La dictature de l’audimat ne pousse-t-elle pas les chaînes de télé publiques comme privées à l’excès afin d’être « le premier » ? On imagine aisément les dirigeants de ces sociétés audiovisuelles se précipiter le lendemain sur les chiffres d’audience afin d’empocher les dividendes de l’émotion.

 

 

 emotion_sierre.jpg

N'est-ce pas indécent d'exploiter l'émotion ? Ici les enfants de Lommel

 

 

La « Libre Belgique » critique vertement le correspondant belge du journal « Le Monde » qui a mis en parallèle les émotions suscitées par l’affaire Dutroux, par les affaires de pédophilie dans l’Eglise catholique et la catastrophe de Sierre. On touche aux enfants et le Belge ne le supporte pas.

 

Où est le scandale ? Lisez plutôt : « Sidérée par le bilan de l'accident, la population est d'autant plus impressionnée qu'une grande majorité d'enfants figurent parmi les victimes. Après les terribles révélations, consignées dans un rapport officiel, sur les actes de pédophilie commis au sein de l'Eglise catholique durant des décennies mais, surtout, depuis l'affaire Marc Dutroux, les Belges ont une sensibilité à fleur de peau.

 

Les multiples disparitions de très jeunes filles organisées par le tueur pervers durant les années 1990 ont engendré un traumatisme durable dans le royaume. Par sa durée, la cruauté des révélations qu'elle a apportées et, surtout, la prise de conscience que la justice et la police étaient, à l'époque, incapables de protéger les plus faibles, cette affaire n'a pas fini d'impressionner. Et chaque accident impliquant des enfants ravive désormais les plaies mal cicatrisées des Belges. »

 

Cette analyse est pertinente. L’émotion – bien compréhensible – est cependant mauvaise conseillère. Les médias ne cessent de l’attiser empêchant ainsi de prendre les décisions les plus adéquates.

 

L’affaire Dutroux a désorganisé la Justice et accouché d’une réforme des polices qui n’a fait que renforcer le pouvoir d’une gendarmerie, véritable Etat dans l’Etat, au service de la classe dirigeante. L’émotion populaire, certes compréhensible, fut aveuglante et les cyniques en ont tiré parti.

 

Tout est fait pour étouffer les graves déviances de l’Eglise catholique qui ont fait des centaines de victimes. Là aussi, l’émotion fut exploitée pour éviter les réponses gênantes. Comme dans l’affaire Dutroux, ce furent des magistrats qui se retrouvèrent au banc des accusés. Ah ! Comme il est bon d’accuser un juge ! Mais la vérité, elle, ne figura pas à la barre.

 

Pour en revenir à Sierre, personne n’a posé la question des dangers du « tout à la route » qui provoque tant de drames. Les cyniques vous renvoient dans les ténèbres de la ringardise. Les médias vous noieront dans l’émotion, dans leurs plus sordides intérêts. Et les choses suivront leur cours habituel.

 

La cupidité qui guide ce monde continue à se draper dans l’indécence. Ainsi, la raison sera une fois de plus vaincue.

 

Pierre Verhas

 

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 21:06

 

Nous reproduisons ici deux intéressants articles sur le phénomène qu’on appelle « l’extrême-droitisation », c’est-à-dire la dérive de la pensée dominante vers l’extrême-droite en France et aux Etats-Unis.

 

Le premier a été diffusé sur le blog de Bernard Gensane (voir lien). Il est intitulé « l’extrême-droitisation en France et aux Etats-Unis ». Son auteur s’appelle Philippe Arnaud. C’est un ancien de France- Télécom, cette entreprise privatisée qui a connu une vague de suicides sans précédent, il est responsable des Amis du Monde diplomatique et d’ATTAC pour le Département de l’Indre et Loire. Philippe Arnaud est donc un militant expérimenté et toujours mobilisé.

 

Le second est de la plume de la journaliste russe Katerina Azarova (Russia Today), traduit par le journal suisse non aligné Horizons et débats diffusé par le « Réseau Voltaire », qui évoque ce qu’elle appelle la Corporatokratiedénoncée par le candidat républicain à la présidence Ron Paul qui craint que les Etats-Unis «glissent dans le fascisme». Ron Paul n’a aucune chance dans la course à la présidence sans doute parce qu’il ne s’inscrit pas dans la ligne classique du

 

Il est assez symptomatique que deux hommes éloignés géographiquement comme politiquement, le militant de gauche français Philippe Arnaud et l’Américain ultralibéral de la mouvance « libertarienne », Ron Paul, dénoncent quasi en même temps un phénomène identique : la dérive des sociétés occidentales vers un système rappelant le fascisme des années trente.

 

Certes, il ne s’agit pas de l’aspect « folklorique » du fascisme avec skinheads s’avançant bras tendu en vociférant des slogans et des chants d’un âge révolu, mais – et c’est bien plus dangereux – une orientation de certaines élites politico-financières vers un système totalitaire et une organisation de la société curieusement similaire à celle qu’Hitler et Mussolini ont tenté d’installer par la force dans toute l’Europe. Ainsi, le corporatisme que l’on croyait définitivement rejeté dans les oubliettes de l’histoire, revient en force dans le pays qui se présente comme le champion de la démocratie. Lisez ces deux articles. Ils ont tous deux le mérite de nous ouvrir les yeux.

 

Une anecdote, au passage. Il nous revient que des hauts fonctionnaires à la Commission européenne fulminent publiquement contre cette « démocratie » qui met des bâtons dans les roues de leurs funestes projets.

 

Pierre Verhas

 

 

 

L’extrême-droitisation en France et aux Etats-Unis

 

Ce matin, au journal de 7 h de France Inter, j'ai entendu deux informations que les journalistes, jusqu'à maintenant, n'ont pas cherché à rapprocher (en dépit de leurs évidentes ressemblances). Ces informations sont :

 

1. La critique de personnalités politiques et de médias étrangers (allemands, belges et américains) sur Nicolas Sarkozy, disant que celui-ci fait une campagne d'extrême droite, certains allant même jusqu'à l'appeler "Nicolas Le Pen".

 

 sarkozy-antilles.jpg

On va même jusqu'à l'appeler "Nicolas Le Pen"...

 

2. L'annonce que, dans les élections primaires du Parti républicain aux États-Unis, le candidat "modéré" Mitt Romney n'était arrivé que troisième aux scrutins de l'Alabama et du Mississippi, derrière les deux candidats ultraconservateurs Rick Santorum et Newt Gingrich.

 

- Quel est le rapport entre les deux ? Celui-ci : dans les deux pays, le parti de droite dominant (UMP en France, Parti républicain aux États-Unis) est tiraillé entre une pulsion centriste et une pulsion extrémiste de droite. Certes, la situation n'est pas tout à fait la même : en France, le candidat de droite est au pouvoir, alors qu'aux États-Unis le Parti républicain est dans l'opposition et n'a pas encore choisi son candidat. Aux États-Unis, la modalité du tiraillement est que les élections donnent tantôt l'avantage au candidat "modéré", tantôt à l'un de ses rivaux ultraconservateurs. En France, la modalité du tiraillement est que le candidat Sarkozy tantôt durcit sa position en matière d'immigration, de "laïcité" ou de politique pénale, tantôt fait une annonce "sociale" en direction des plus pauvres ou à l'encontre des plus riches...

 

- Une autre ressemblance est celle-ci : aux États-Unis, les candidats républicains, outrageusement favorables aux riches, se lancent néanmoins à la tête des accusations d'enrichissement malhonnête, de spéculation, d'exploitation des plus pauvres. En France, le candidat Sarkozy, bien qu'également très ami des riches (et même des très riches) propose parfois des mesures fiscales (certes fort modestes) à l'encontre de ces très riches. Tout se passe donc, dans les deux pays, comme si les candidats de droite, en dépit de leurs tropismes ploutocratiques, se rendaient tout de même compte de l'aversion de la majorité de la population envers les grandes fortunes...

 

 Mitt-Romney.jpg

Mitt Romney : toute sa force au service de la classe dirigeante

 

[Il me revient à l'esprit une image : lorsque j'étais plus jeune, un de mes proches m'amenait parfois faire un tour à moto. Et il me prévenait : "Dans les virages, je vais me pencher près de la chaussée. Même si cela te fait peur, penche-toi dans le même sens que moi. Ne cherche pas à te redresser, sinon on va dans le mur !". Je me demande si cette loi de physique élémentaire ne pourrait aussi s'appliquer en matière électorale : à vouloir attirer simultanément deux électorats dissemblables, voire opposés, ne risque-t-on pas aussi "d'aller dans le mur électoral" ?].

 

- Autre information, marginalement liée à la précédente. Il y a quelques jours, le magazine américain Forbes donnait, comme tous les ans, sa liste des personnalités les plus riches du monde. On avait donc, en 1re position, le Mexicain Carlos Slim, en 2e et 3e positions, les Étatsuniens Bill Gates et Warren Buffett, et, en 4e position... le Français Bernard Arnault !

 

 Arnault.jpg

Bernard Arnault : le prototype du "pouvoir des riches"

 

- Mon observation à ce sujet est celle-ci : l'information a été donnée (en particulier sur France 2 et sur France 3) sans commentaires, mais avec des vues filmées de Bernard Arnault (alors que Bill Gates et Warren Buffett n'étaient figurés qu'en photo), et elle a été donnée comme si, sur ce point, elle représentait une fierté pour la France. Elle a été donnée comme si on annonçait que la France était le deuxième concepteur au monde de microprocesseurs ou le deuxième titulaire de médailles Fields (ce qui, en passant, est d'ailleurs la vérité). J'ai donc eu l'impression que les journalistes tiraient quelque fierté qu'un Français "batte un record" dans ce domaine, comme si ce "record" était censé témoigner, indirectement, de la bonne santé économique du pays, de son dynamisme, etc.

 

- Il est significatif, au demeurant, que l'on mette ainsi en avant, annuellement, ce classement, mais jamais celui du coefficient de Gini. [Le coefficient de Gini est un indice, étalonné de 0 à 1, qui donne la distribution des revenus à l'intérieur d'un pays. Le 0 représente l'égalité parfaite et le 1 l'inégalité totale. Dans ce classement, établi sur 124 pays, le pays le plus égalitaire figure en premier (et c'est le Danemark). La France figure au 16e rang, les États-Unis au 74e, et le Mexique... au 109e].

 

Philippe Arnaud

 

Corporatocratie

 

Le candidat républicain à la présidence, Ron Paul, a, lors d’une assemblée à Kansas City, critiqué vertement le système de gouvernement américain et affirmé que les entreprises et le gouvernement menaient le pays vers le fascisme du XXIe siècle.

 

 

 Ron_Paul.jpg

Ron Paul, l'ultra-libéral "libertarien" arrive aux mêmes constats

que des militants de gauche européens.

 

Mais, n’allez pas vous imaginer un PDG à peau blanche et yeux bleus et des bureaucrates perdant la tête et levant la main droite – gardons notre calme. Ce républicain texan au caractère ouvert pensait à un corporatisme fasciste – un modèle économique particulièrement prisé par Mussolini en Italie dans les

années 1920 à 1940. Le corporatisme économique fasciste englobait le gouvernement et les directions des entreprises privées dans de larges secteurs de l’économie – ce qui est, selon Paul, aujourd’hui tout à fait la norme en Amérique.

 

S’adressant à des milliers de partisans au cours d’une assemblée, Paul déclara: «Nous nous sommes éloignés d’une véritable république et nous glissons dans un système fasciste, soit une combinaison entre gouvernement, oligarchie économique et pouvoir autocratique, provoquant la suppression des droits individuels de tous les citoyens américains

 

Ces paroles, qui auraient été refusées, il y a encore quelques années, furent accueillies avec acclamation. La réunion électorale de Paul eut lieu simultanément avec les grandes assemblées du parti républicain au Missouri et au Kansas – qui furent délaissées par un grand nombre de personnes qui voulurent entendre le discours de Paul. Les Américains, saignés par les campagnes militaires incessantes et coûteuses, sont de plus en plus portés vers une politique étrangère de paix, comme le promet Paul.

 

Le candidat à la présidence s’exprima en des termes que le peuple américain avait déjà entendus de la part de l’ancien président Dwight Eisenhower qui, dans son discours d’adieu à la Nation, avait estimé «qu’au sein du gouvernement, il fallait se méfier de la prise d’influence – voulue ou non – du complexe militaro-industriel. Il y a un potentiel destructeur de pouvoir inconvenant, actuellement et à l’avenir.»

 

 

 dwight_eisenhower.jpg

En 1960, à la fin de sa présidence, Dwight David Eisenhower dénonça avec force le pouvoir du complexe "militaro-industriel" aux Etats-Unis et dans le monde.

 

Et c’est le cas maintenant. Rien qu’en l’an 2009, les Etats-Unis étaient responsables de près de la moitié des dépenses mondiales dans le domaine militaire – soit 46% ou 712 milliards de dollars. Depuis, les chiffres ont encore grimpé, à tel point que les dépenses militaires américaines dépassent celles de la Chine, de la Russie, du Japon, de l’Inde et du reste de l’OTAN, pris ensemble. Les Etats-Unis possèdent plus 700 bases militaires dans 130 pays dans le monde entier.

 

On peut se demander si le gouvernement des Etats-Unis – le pays au plus grand produit intérieur brut – peut encore se payer des suppléments de dépenses militaires. La réponse est tout simplement: non.

 

La nation la plus fortunée du monde a, en même temps, la plus grande dette souveraine de l’histoire du monde. Du fait que le dollar est une monnaie de réserve mondiale, que la Federal Reserve fait tourner la planche à billets en continu et que la production a été transférée dans des pays à salaires bas, l’économie américaine ressemble à un jeu de casino ou, si l’on préfère, à une «chaîne de Ponzi», soit un circuit financier frauduleux.

 

 

 Georges_W_Bush.jpg

Georges W Bush était avec Dick Cheney (ici à l'arrière plan, à gauche) l'homme du complexe militaro-industriel : la guerre, pour eux, était la seule solution.

 

Et c’est le président Georges W. Bush qui, lors d’une conversation avec son collègue argentin Nestor Kirchner, déclara: «La meilleure façon de faire revivre l’économie est la guerre et les Etats-Unis ont été renforcés grâce à la guerre.»

 

Mais les Américains en ont assez de la guerre – et ils en ont assez d’attendre le jour béni quand la guerre, comme par miracle, fera redémarrer l’économie.

 

Katerina Azarova

 

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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 13:32

 

Il est mal vu de prédire une défaite en pleine campagne. Cependant, je suis convaincu qu’il est nécessaire d’analyser dès maintenant une défaite logique, implacable, mais qu’on ne veut pas voir, ni admettre.

 

Le 6 mai 2012, Nicolas Sarkozy, dit le kleiner Mann (Bernard Gensane), sera réélu de justesse. François Hollande n’a aucune chance de l’emporter. Pourquoi ?

 

 sarkozy.jpg

Nicolas Sarkozy, malgré les apparences, a de fortes chances de l'emporter.

 

francois_hollande.jpg

François Hollande doit absolument changer de stratégie. 

 

 

Tout d’abord, il faut tenir compte de la sociologie et du rapport des forces politiques en France. La droite (de l’extrême-droite au « centre ») est largement majoritaire en France. La gauche (de l’extrême-gauche en passant par le Front de gauche, le PS, aux écologistes) ne totalise que quelque 40 % de l’électorat, en se basant sur résultats des derniers scrutins municipaux, régionaux et partiels. Et c’est un homme de gauche qui le dit : Jean-Luc Mélenchon.

 

Ensuite, la stratégie de Sarkozy commence à porter ses fruits. Depuis sa première campagne présidentielle, il a œuvré pour qu’il n’y ait personne à sa droite. Il s'inspire ainsi dans l'ancien chancelier allemand de droite dure Strauss et de Rove le conseiller électoral de George W Bush. C’est ainsi qu’il fait reprendre pour son compte et sans vergogne par ses sbires les thèmes les plus nauséabonds de l’extrême-droite. Ce sont ses collaborateurs qui sont éclaboussés et ainsi, le petit Nicolas peut tenir des discours réactionnaires sur la question de l’avortement, le mariage homosexuel, etc. Il a fait détourner l’attention par cette grotesque affaire de la viande « halal ». Dans tous les cas, la gauche est tombée dans le piège (sauf Mélenchon qui a parfaitement compris qu’il ne faut pas s’enferrer là dedans) par ses indignations aussi vaines que temporaires. Dans la stupide polémique sur les « civilisations », la gauche s’est laissée prendre : elle s’est attaquée à Guéant, un sous-fifre. Il fallait frapper le vrai patron, c’est-à-dire le kleiner Mann en personne. Enfin, en faisant pression sur les maires, le camp Sarkozy va empêcher Marine Le Pen de récolter les fameuses 500 signatures. Ainsi, l’extrême-droite éliminée laisse le champ libre à l’UMP et à Sarkozy.

 

 

 Claude-Gueant-laicite.jpg

Claude Guéant : l'idiot utile de Sarko...

 

 

Sarkozy a dès lors toute liberté pour imposer les idées ultralibérales devant un adversaire PS qui ne sait pas sur quel pied danser. L’abstention des Socialistes sur le MES (Mécanisme Européen de Stabilité – voir Uranopole : http://uranopole.over-blog.com/article-trop-99901481.html) va coûter un maximum de voix à Hollande.

 

Les actes et les discours du PS et de François Hollande sont flous et incohérents face à un adversaire qui les déconcerte en attaquant successivement de front, puis en passant par des phases de blues savamment programmées. Un exemple est donné aussi par la proposition de taxer à 75 % la tranche de revenus annuels supérieure à un million d’Euros. Si l’idée en soi est bonne, dans une campagne électorale, cela a un aspect trop technique pour être compris ! Il eut mieux valu insister sur une répartition plus juste de la charge fiscale par quelques slogans bien sentis dans les médias et des explications plus élaborées dans la presse écrite, par exemple. À force de vouloir tout justifier, on crée la méfiance et l’incompréhension.

 

En outre, quelle pensée véhicule le PS ? A force de compromis, on en arrive à habiller dans un discours de gauche, le libéralisme auquel les Socialistes de « gouvernement » se sont ralliés . Le social-libéralisme est la pensée dominante et, forcément, entraîne des ambiguïtés. Ainsi, où est la cohérence entre proclamer au Bourget que le principal adversaire est la finance, et ensuite aller rassurer la City de Londres que l’on restera dans le système de capitalisme financier actuel ?

 

Un autre exemple : Terra nova, le fameux « think-tank » proche de la mouvance libérale du PS, souhaite que le Parti se détourne des couches populaires pour puiser son électorat dans les couches marginales et les fameux « bobos ». Cela est aussi un indice inquiétant de la dérive de cette formation. Le PS n’est plus le parti du monde du travail et il n'est pas non plus celui des classes moyennes.

 

Un autre point faible de la gauche est sa division. Elle est double : la division au sein du PS et celle entre les différentes sensibilités de la constellation de gauche. Quand Sarkozy prétend que le PS a Hollande, mais aurait souhaité DSK, il a raison. Bien que François Hollande ait remporté les « primaires » avec brio montrant ainsi qu’il a une forte base populaire au sein de la gauche, le PS ne s’est pas mis en ordre de marche derrière lui. Sa rivale, Martine Aubry, qui reste la patronne de la rue de Solferino, ne se mobilise guère derrière le candidat désigné.

 

 

 Martine-Aubry_pics_390.jpg

Martine Aubry ne sourit certainement pas à François Hollande.

 

 

Ensuite – et c’est essentiel – il n’y a pas d’accord préalable entre les différentes formations de gauche, comme en 1981. François Mitterrand avait réussi à créer un rapport de forces en sa faveur. Celui-ci n’existe plus aujourd’hui. La tentative de rapprochement avec les écologistes a échoué et le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon  a été laissé de côté. Or, il est fort probable que celui-ci représentera, au terme du premier tour, une force sur laquelle Hollande devra compter.

 

La droite, elle aussi, est divisée, mais Sarkozy a réussi à ramener au bercail les « brebis égarées » comme Borloo, Boutin et Morin. L’UMP est ainsi reconstituée et le kleiner Mann dispose à nouveau de son rouleau compresseur.

 

 

 Boutin.jpg

La marionnette Christine Boutin va mettre son grain d'intégrisme religieux dans le programme de Sarkozy.

 

En dépit des sondages – on peut se demander dans quelle mesure ils ne sont pas manipulés – la droite a toutes les chances de l’emporter le 6 mai prochain. Il reste une seule voie : un accord réel, c’est-à-dire pas seulement de désistement, mais de programme, entre Mélenchon et Hollande, sans cela, je crains fort avoir raison.

 

 

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Jean-Luc Mélenchon, s'il parvient à concrétiser sa popularité, a les clés en main. C'est le dernier espoir...

 

Pierre Verhas

 

 

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 23:23

Voici un exemple édifiant de la crise que nous vivons. Voilà où mènent les politiques folles, imbéciles, criminelles d’austérité destinées à tuer l’Etat et avec lui, les peuples.

 

Une ville catalane est amenée à cultiver de la marijuana pour survivre !

 

Donc, pour assurer ses besoins vitaux, autrement dit pour survivre, il n’y a qu’une solution pour certains : cultiver du poison.

 

Si l’humanité existe encore dans quelques générations, qu’en penseront les historiens qui étudieront notre époque ?

 

Ainsi, le capitalisme absolu sera sans doute reconnu comme une des plus grandes plaies de l’histoire humaine.

 

Tout part en fumée : la zone Euro contraint une ville d’Espagne à cultiver de la marijuana (Le Grand Soir)

 

RT

 

Une ville d’Espagne "moribonde" qui souffre d’un chômage massif essaie d’enrayer son déclin économique de la seule manière dont elle dispose : en cultivant de la marijuana. Le fait que l’Espagne en arrive à prendre des mesures aussi désespérées est-il un signe de ce qui attend l’Europe à mesure que la crise s’aggrave ?

 

 Espagne_marijuana.jpg

Pour survivre, la vie doit partir en fumée...

Culture de marijuana à Rasquera (Catalogne)

 

Blottie aux pieds du Serra De Cardo en Catalogne, Rasquera paraît être un lieu de vie idéal. Mais frappée par la vague de chômage qui a englouti la zone Euro, Rasquera souffre d’un taux de chômage de plus de 20%.

 

Pour essayer de retenir les jeunes de cette petite municipalité, le Conseil Municipal de Rasquera a voté mercredi la location d’un terrain à une association de cannabis de Barcelone pour faire pousser de la marijuana.

 

Le projet "marie-jeanne pour survivre" est pour le moment un cas isolé mais Rasquera pourrait être le symbole du profond malaise qui est en train d’envahir toute l’Européen.

 

Le taux de chômage des 17 membres de la zone Euro atteignait 10,7% en janvier, le plus haut niveau de toute son histoire.

 

Avec plus de 23 millions de chômeurs dans la plus large Union Européenne, on ne peut que s’attendre à encore plus d’austérité.

 

D’autant que l’ombre menaçante d’une faillite grecque plane sur les économies terriblement endettées de l’Espagne, du Portugal et de l’Italie.

 

Et comme l’Espagne a le taux de chômage le plus élevé de la zone Euro, un taux de 23,3%, on peut se demander s’il faut mieux faire encore des coupes dans les services sociaux à cause du manque d’argent ou s’il faut autoriser les fermiers à faire pousser du hachish pour survivre ?

 

De telles questions montrent que des jours étranges attendent la zone Euro de plus en plus menacée par le spectre de l’effondrement.

 

Pour consulter l’original : http://rt.com/news/spain-town-marijuana-farming-697/

 

Voir aussi le blog de Bernard Gensane (vous pouvez le consulter sur les liens - colonne de gauche)

 

Traduction : Dominique Muselet pour LGS

 

 

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 22:50

Ce week-end a vu la concrétisation sur le terrain des ravages de la nouvelle « machine » Europe.

 

Ces ravages s’appellent délocalisations. Les méthodes, elles, relèvent du banditisme pur et simple. Deux exemples concrets : Meister – Sprimont en Wallonie et Air Méditerranée en France.

 

Le groupe Meister est une multinationale d’origine allemande spécialisée dans la fabrication de composants pour automobiles. Il possède des usines en Allemagne, en France, en Tchéquie et en Belgique. Il est installé à Sprimont - Louveigné près de Liège depuis 1983 où est procédé à l’assemblage et au décolletage de systèmes hydrauliques de sécurité et de freinage pour le secteur automobile. Il emploie quelque 104 travailleurs. Depuis quelques semaines, des négociations ont lieu entre la direction et les organisations syndicales suite à la volonté de la maison « mère » de délocaliser l’usine de Sprimont vers la Tchéquie.

 

 

Heil Meister !

 

 

Le climat social est tendu à l’usine Meister Sprimont depuis dix ans : exigences de flexibilité, licenciements sans motifs, rythme de travail insoutenable, séquestration de la direction, etc. Bref, toute la panoplie de la stratégie de la tension entretenue par une direction aux ordres des objectifs de rentabilité insoutenables de la multinationale. On allait vers la délocalisation. En effet, les travailleurs ont appris en Conseil d’entreprise que des importantes commandes qui devaient être effectuées à Sprimont, le seraient en Tchéquie. Des négociations étaient en cours, puis dimanche 26 février, à 14 heures, une milice privée d’une quinzaine de gros bras tout de noir vêtus envahit les locaux de l’entreprise. Ils molestent et expulsent trois travailleurs qui tentaient de les empêcher d’entrer. L’alerte est donnée. La mobilisation est immédiate. Ces « miliciens » avaient pour mission de « récupérer » les pièces produites ces derniers jours et que les travailleurs, qui craignent la fermeture de leur site après l'annonce du transfert à l'étranger d'importantes commandes, n'entendaient pas laisser sortir.

 

 

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 Les gros bras venus d'Allemagne se sont tout permis !

 

Furieux d’être coincés, les soi-disant « vigiles » brisent et fouillent les armoires où les travailleurs déposaient leurs effets personnels. Ils saccagent le réfectoire rendant impossible la vie sociale dans cette entreprise.

 

 

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Le très sympathique führer de la milice

 

La police arrive en force mais refuse d’intervenir et même de procéder à un contrôle d’identité des énergumènes s’étant livrés à des violences, à des dégradations de biens, à une tentative de vol. En plus, ils portaient sur eux des armes prohibées (matraques, battes de base ball et autres « jouets de St Nicolas »). On peut se poser la question sur l’attitude des forces de l’ordre si des travailleurs avaient procédé de la sorte.

 

 

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Des forces de l'ordre fort passives

 

Dans la nuit de dimanche à lundi, la police évacue les « miliciens » hilares, narguant les travailleurs présents. Que sont-ils devenus ? On n’en sait rien. Les travailleurs et beaucoup d’observateurs considèrent que la mollesse des forces de l’ordre est inadmissible. D’autre part, la police de Liège a refusé d’enregistrer les plaintes des travailleurs qui ont été molestés, sous prétexte qu’ils ne se trouvaient pas dans la bonne zone de police !

 

Tout se passe comme si la police et le gouvernement – la ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet a eu une réaction plus que « modérée » face à cette affaire – voulaient étouffer la question. Le patronat – l’Union wallonne des entreprises – se contente de mettre en parallèle l’intervention de la milice allemande et la séquestration de la direction. Les négociations reprendront mardi, mais dans quel climat ? Les deux grands syndicats (FGTB et CSC) ont déposé plainte et le Parquet a décidé de se saisir de cette affaire. On verra.

 

milquet

Joëlle Milquet s'est montrée plus ferme en d'autres circonstances.

Jamais une telle violence patronale ne s’est manifestée de la sorte en Belgique. Comme l’écrit Véronique De Keyser, députée européenne socialiste de Liège, dans un communiqué de presse : « Ils étaient venus d’Allemagne, vêtus de noirs, cagoulés, armés, prêts à matraquer pour les déloger ces « vingt et cent » qui résistaient alors que le sort en avait été jeté…

Non, ce n’était pas en 1939 mais en 2012 ! Plus précisément hier et à deux pas de chez nous, sur le site de Meister Sprimont, où à la demande de la direction une milice privée est intervenue de façon musclée pour casser la grève et emporter de force du matériel. Des méthodes d’une rare violence aux odeurs nauséabondes de fascisme ! La police de Sprimont n’est pas intervenue et les miliciens sont repartis en Allemagne comme ils étaient venus, sans même être interpellés. »

Prenons garde que les « vingt et cent » ne deviennent bientôt « des milliers ».

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Véronique De Keyser fait la bonne analyse.

L’audace patronale est désormais sans limite. Les autorités qui se sont déjà pliées aux diktats des marchés financiers via une Union européenne gangrénée, ayant renoncé à son idéal de solidarité entre les peuples pour servir les seuls intérêts du capital, ferment les yeux devant les actions illégales, violentes, lâches de fascistes au service d’un patronat sans scrupule. Ces « responsables » ne parviennent à prouver qu’une chose : ils ont peur !

Air Méditerranée avec « sa gueule de pâtre grec »

Meister n’est pas seul. La compagnie aérienne française Air Méditerranée née en 1997, exploitait jusqu'ici une dizaine d'avions en France au départ de Roissy, Lyon, Nantes et Toulouse. Sa filiale grecque, Hermès Airlines, assure des rotations depuis 2011 avec un appareil, mais plusieurs autres appareils doivent passer en 2012 sous le contrôle de Hermès Airlines. Air Méditerranée emploie jusqu'à 500 personnes en haute saison et travaille essentiellement pour les grands tours opérateurs français. Cependant, elle connaît des difficultés. Sa politique de sous-investissement l’a mise sur la liste noire des compagnies aériennes et le « printemps arabe » lui a été un coup dur.

 

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Air Méditerranée préfère faire respirer à ses travailleurs l'air de la Grèce. Merci la troïka !

Air Méditerranée a proposé à son personnel naviguant – pilotes, hôtesses, stewards – de passer sous le régime salarial et social grec, ce qui reviendrait à une réduction globale des rémunérations de 40 %. Concrètement, une hôtesse ou un steward gagnant le SMIC en France se voit proposer un salaire mensuel de 900 euros à Athènes et un commandant de bord payé 6.000 euros empocherait 3.700 euros en Grèce. En effet, une des mesures imposées par la « troîka » (Commission européenne, Banque centrale européenne, FMI) à la Grèce fut une réduction de tous les salaires de 30 %.

En clair, l’austérité imposée à la Grèce n’est pas perdue pour tout le monde. Voilà des travailleurs français contraints d’accepter de travailler sous le régime social grec. C’est plus fort que Bolkestein !

Meister, Air Méditerranée sont deux faces d’une même politique sociale. Réduire le travailleur à un régime de quasi esclavage en l’entraînant dans la précarité. Les fondations de notre édifice social sont en danger de destruction totale. Véronique De Keyser le dit haut et fort : « Plus que jamais en ces temps difficiles, il faut tendre à l’éveil des consciences et non à leur endormissement sous prétexte de chantage à l’emploi et à la compétition. Crise, délocalisation, salaires toujours plus bas, chômage, pauvreté… notre société est malade et il est incontournable de la repenser autrement. Fini le progrès évalué selon des critères purement économiques et financiers! Notre société a besoin de se refaire une santé en développant son potentiel culturel et intellectuel, en privilégiant l’humain, la solidarité, le bien vivre plutôt qu’un bien-être illusoire. Nous n’avons plus de temps à perdre, ou l’heure sera uniquement à la sur…vie. »

Mais comment ? Il n’y a qu’un mot d’ordre : Résistance !

Les maquis où elle s’exercera ne manquent pas.

Pierre Verhas

 

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 14:30

Jamais dans l’histoire européenne, en dehors de périodes d’occupations étrangères, un pays n’a subi un tel diktat provenant de l’extérieur. Les plans drastiques d’austérité imposés à la Grèce par ce qu’on appelle la « troïka » (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds Monétaire international) sont ratifiés quasi dans l’immédiat par une majorité de parlementaires qui y sont contraints.

 

Ce phénomène inquiétant ébranle des principes de base de la vie commune. Le premier étant la souveraineté, le second le processus démocratique de décision, le troisième est la solidarité.

 

Aucun traité ne donnait jusqu'à présent de pouvoirs à la troïka... C’est une sorte de gouvernement supranational né de la crise de la dette souveraine, qui sert en fait d’exécuteur de basses œuvres au remboursement aux créanciers – c’est-à-dire les banques privées – des Etats endettés, aujourd’hui la Grèce. Il impose des plans de remboursements accompagnés de « cures » d’austérité, sans aucun pouvoir de contrôle de l’Etat débiteur, il pratique un chantage à l’aide financière vitale pour ce pays virtuellement en faillite. Il ne tolère aucune discussion. En réalité, ce gouvernement n’a pas d’armée, mais il possède une arme de destruction massive : l’argent.

 

Ainsi, la souveraineté est tuée et le processus démocratique de décision paralysé. Face au chantage à l’aide financière, les instances démocratiques sont contraintes de s’incliner.

 

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La grande gueule de Daniel Cohn Bendit est bien alignée

sur le conformisme néo-libéral.

 

La grande gueule de Daniel Cohn Bendit qui, s’il est très médiatisé, ne représente qu’un groupe minoritaire au Parlement européen, a dénoncé « les talibans néolibéraux qui règnent en Europe ». Très bien ! Il a mis du temps à s’en apercevoir : il oublie qu’il a milité pour le modèle libéral européen figurant dans tous les traités depuis Maastricht. Et puis, il sait bien qu’aucune formation politique importante représentée à cette Assemblée ne le prendra au sérieux. C’est ce genre de contradiction qui affaiblit toute opposition à la doctrine dominante. Le temps n’est plus à la démagogie ! D’autant plus que notre Dany fort dérougi justifiera quelques jours plus tard le fameux MES (Mécanisme Européen de Stabilité, autrement dit, le deuxième volet du traité « Merkozy» )…

 

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Grèce : le Parlement adopte, le Peuple rejette !

 

Le 12 février, le Parlement grec a adopté le nouveau plan de rigueur préparé par le ministre des Finances Evangélos Vénizelos à la demande de la troïka afin de débloquer un nouveau prêt de 130 milliards d'euros à Athènes. Le plan sera présenté le 15 février à l'Eurogroupe, dont le feu vert est nécessaire pour que la Grèce puisse lancer une offre publique de restructuration de sa dette auprès de ses créanciers privés, le 17. Le plan prévoit une réduction de 22 % du salaire minimum (ramené à 586 euros brut sur 14 mois), la suppression de 15 000 emplois publics en 2012, de nouvelles coupes dans les retraites complémentaires et dans les salaires des fonctionnaires, ainsi que la réduction du budget de la sécurité sociale et de l'armée et la privatisation de quatre entreprises d'Etat.

 

N’est-ce pas volontaire ? Réduction des salaires, suppression d’emplois publics, privatisation. Ces plans sont appliqués partout où passent les « talibans néolibéraux ». En effet, ce n’est pas nouveau. À chaque fois que des plans de restructuration sont imposés de l’extérieur, ils vont dans le même sens. Cela a commencé en 1973, après le coup d’Etat au Chili. Les « talibans » étaient à l’époque les « golden boys » de l’école de Chicago.

 

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Le coup d'Etat au Chili du 11 septembre 1973 avait pour objectif

d'instaurer un système ultralibéral par la force.

 

L’austérité imposée par la force à la Grèce, mais aussi, pour bientôt, à tous les Etats de la zone Euro est absurde. L’économiste Jean-Paul Fitoussi dans le « Monde » du 16 février explique : « Ce tête à queue des stratégies européennes  - lutter contre une insuffisance de la demande par une politique d’austérité aux fins d’augmenter l’offre – est pour le moins énigmatique. » Pas tellement, M. Fitoussi ! Cette politique absurde, violente, destructrice ne fait-elle partie d’une stratégie bien élaborée ? Difficile de répondre, mais il est clair que tout va dans la même direction et qu’aucune force politique importante n’essaye d’y changer quoi que ce soit.

 

En tout cas, tous s’accordent pour admettre que le dernier plan infligé à la Grèce est le plus violent d’entre tous. Certains, comme l’Italien Monti, pensent même qu’on est allé trop loin. Logique : nul n’a envie de voir éclater une révolution dans son pays !

 

 mario monti

Mario Monti s'inquiète : si l'Italie devenait une seconde Grèce ?

 

Mais, dans une belle unanimité, le mécanisme est adopté par l’Eurogroupe le 21 février.

 

Ces traités, ces plans, ces nouvelles mesures, de quoi s’agit-il exactement ?

 

Le plan « Merkozy » était inscrit dans l’évolution européenne depuis longtemps. Il se trouvait déjà dans le  pacte dit « de stabilité et de croissance » (PSC) dont le texte a été adopté au Conseil européen d’Amsterdam en 1997, cinq ans après le traité de Maastricht qui fonde l’Euro.

Ce pacte est un instrument de contrainte et de coordination des politiques budgétaires des pays de la zone Euro afin d’éviter des déficits budgétaires excessifs. Il impose aux États de la zone euro d’avoir à terme des budgets proches de l’équilibre ou excédentaires.  Le PSC comporte deux types de dispositions :

  • La surveillance multilatérale, disposition préventive : les États de la zone euro présentent leurs objectifs budgétaires à moyen terme dans un programme de stabilité actualisé chaque année. Un système d’alerte rapide permet au Conseil Ecofin, réunissant les ministres de l’Économie et des Finances de l’Union, d’adresser une recommandation à un État en cas de dérapage budgétaire.
  • La procédure des déficits excessifs, disposition contraignante, voire répressive. Elle est enclenchée dès qu’un État dépasse le critère de déficit public, c’est-à-dire les soldes budgétaires cumulés des administrations centrales, locales et de sécurité sociale. fixé à 3 % du PIB, sauf circonstances exceptionnelles. Le Conseil Ecofin adresse alors des recommandations pour que l’État mette fin à cette situation. Si tel n’est pas le cas, le Conseil peut prendre des sanctions : dépôt auprès de la BCE qui peut devenir une amende à payer au Trésor Public une somme d’argent fixée par la loi. (de 0,2 à 0,5 % PIB de l’État en question) si le déficit excessif n’est pas comblé.

Une déclaration annexée à l’Acte final du traité de Lisbonne laisse prévoir une réforme du Pacte de stabilité et de croissance, sans préjuger néanmoins du débat futur sur l’avenir de ce Pacte. Ce Pacte de stabilité  n’a pas été appliqué jusqu’à la crise grecque à la demande de l’Allemagne et de la France… les deux pays qui l’avaient inspiré ! Cependant, le PSC reste toujours en vigueur selon sa mouture initiale.

La crise de la dette souveraine l’a réveillé. Le 28 septembre 2011, le Parlement européen approuvait six textes – le fameux « six packs » - qui ont été officiellement adoptés le 16 novembre par le Conseil et qui renforcent le pacte de stabilité. On a parlé à ce moment-là de la fondation d’une « gouvernance économique européenne ». Ce « six packs » est composé de six textes qui comportent trois dispositions principales.

1/ renforcement du pacte de stabilité et de croissance ainsi que pour le volet sanctions

 

Les trois premiers textes cherchent à améliorer le pacte de stabilité et de croissance et de renforcer les sanctions inhérentes à ce pacte.

 

2/ création de la procédure de déséquilibre macro-économique

 

Ensuite, deux textes ajoutent de nouveaux instruments car les règles de vie commune dans la zone euro ne couvraient pas les réalités macro-économiques. Par exemple, en ce qui concerne l'Espagne et de l'Irlande qui respectaient très bien la discipline budgétaire imposée par l’Europe et qui ont été mis en difficulté suite à l'endettement privé après l'éclatement d'une bulle immobilière en Espagne et de l’endettement d’une banque en Irlande. Il s’agit du contrôle des déséquilibres macro-économiques.

 

3/ renforcement des cadres budgétaires nationaux

 

Le sixième texte est une directive que les Etats membres devront transposer dans leur droit interne. Il les invite à améliorer leur cadre budgétaire national. Par exemple: avoir des instituts statistiques indépendants, des organes de contrôle des finances publiques indépendants pour vérifier que les hypothèses de croissance émises par le gouvernement sont réalistes, etc.

 

Outre le renforcement des sanctions en matière budgétaire, ces dispositions visent à socialiser les dettes privées. C’est ce qu’il s’était passé avec les dettes des banques en 2008 et qui a eu pour conséquence un accroissement considérable de la dette publique et par conséquent, le service de la dette augmente le déficit de l’Etat.

 

Tout est d’ailleurs orienté sur la problématique de la dette, donc de l’intérêt du secteur bancaire. Ainsi, il est introduit une notion de « seuil d’alerte » sur certains indicateurs économiques. Ce seuil d’alerte vise à prévenir et à corriger des déséquilibres macroéconomiques susceptibles de nuire à la sacro-sainte stabilité de l’UE.

 

Ainsi, en matière d’échanges commerciaux,  le seuil est fixé à 4% du PIB pour une balance déficitaire, et à 6% du PIB dans le cas contraire, où l'Etat aurait un excédent courant. Donc, il y a une clémence envers les pays exportateurs. Cela concerne évidemment l’Allemagne.

 

Des seuils sont fixés pour les flux de crédits au secteur privé (15 %), la hausse annuelle du prix de l’immobilier (6 %), le taux de chômage, etc.

 

Le dernier volet concerne les outils de surveillance économique, comme les instituts de statistique, par exemple, qui doivent être « indépendants », donc privés.

 

Ce fameux dispositif « six packs » ne fonde pas une politique européenne commune. Il encadre la politique économique de chaque Etat-membre dans des limites qui constituent des garanties dans l’intérêt des seules banques. Il ne constitue en rien un instrument européen de redressement économique. Le PSC renforcé par le « six packs » comporte le mot « croissance ». Ce terme n’apparaît nulle part dans ce nouveau fourre-tout règlementaire. Ce n’est pas un hasard ! D’autre part, les outils de surveillance sont privatisés et seront donc ainsi au service du seul secteur bancaire.

 

Avec de pareilles dispositions, il est inutile de pousser des cris d’orfraie à l’égard des fameuses agences de notation…

 

On peut d’ailleurs s’apercevoir ce qu’est cette mentalité bancaire. C’est proprement ahurissant dans cet exemple.

 

Ahurissant !

 

Voici la réponse purement technocratique du Français Benoît Cœuré, nouveau membre du directoire de la BCE, à l’interview de Jean Quatremer, correspondant de « Libération » à Bruxelles à la question sur l’injustice de la différence du taux des prêts de la BCE aux Etats et aux banques privées dénoncée il y a quelques semaines par Michel Rocard et l’économiste Pierre Larrouturou : « Les prêts de la BCE aux banques ne sont pas de même nature que ceux que les banques commerciales consentent à l’économie ou aux Etats. Les premiers sont, pour l’essentiel, des prêts à très court terme (…). Surtout, ce sont des prêts parfaitement sécurisés (…). En revanche, les prêts aux Etats sont souvent à beaucoup plus long terme, parfois jusqu’à trente ou cinquante ans. Et ils présentent de plus grands risques… » Quand on voit l’état de certaines banques en Europe, notamment Dexia, il est assez audacieux de parler de « sécurité » ! Il ressort de ces propos une haine viscérale de l’Etat étant considéré comme un facteur à risques. Plus grave, l’intérêt général est absent de cette analyse d’un financier qui ne voit que le court terme.

 

 

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Benoît Coeuré, nouveau membre du directoire de la BCE :

le sauvetage ne peut venir de ces gens-là.

 

Le sauvetage ne peut venir de ces gens-là. L’indépendance de la BCE accordée par le traité de Maastricht est une erreur majeure. Ce M. Cœuré parle en banquier du secteur privé, comme si l’Institution qu’il codirige était un organisme financier ordinaire.

En fait, tout cela n’a rien à voir avec la construction européenne. C’est la mise en place d’un pouvoir supranational associé au tout puissant secteur bancaire. Son embryon existe déjà : on l’appelle la « troïka ».

 

 

Un traité inutile et dangereux

 

 

En plus, cela ne marche pas. Ces nouvelles réglementations n’apportent aucune solution à la crise de la dette souveraine. Elles ne sont là que pour garantir la survie du secteur bancaire et les intérêts de quelques Etats-membres de l’Union. Le refus obstiné de Merkel de mettre en œuvre les euro-obligations, les difficultés de mise en place du Fonds européen de Solidarité financière ont amené le tandem « Merkozy » à imposer l’adoption d’un nouveau traité intitulé Traité sur la stabilité la coordination et la gouvernance dans l’Union économique et monétaire (TSCG) et le « Mécanisme Européen de Solidarité » (MES) qui étaient discutés depuis juillet 2011 et adopté par le Conseil le 2 février 2012.

 

Ce nouveau traité  est inutile et dangereux. Il est inutile car le « six packs » a déjà largement renforcé le pouvoir coercitif de la Commission en matière de « discipline » budgétaire.

 

Il est dangereux car il met en place un système intergouvernemental et met en pièces la méthode communautaire et tout ce qui est commun au niveau de l’Union européenne. La Commission européenne dont le rôle est d’être la « gardienne des traités » devient à la fois la police et le tribunal des Etats-membres. Il faut dire que cela ne gêne en rien certains commissaires comme le Finnois Olli  Rehn, chargé des affaires économiques.

Ce projet de Traité prévoit :

 

- d'abaisser le plafond du déficit budgétaire à 0.5% du PIB, laissant toutefois la procédure de sanction pour déficit excessif applicable aux seuls déficits supérieurs à 3% du PIB.

 

- d'obliger les Etats signataires à mettre en place une règle d'or constitutionnelle obligeant ces derniers au respect du plafond des 0,5%,

 

- la remise à la Commission d'un programme de partenariat économique par les Etats faisant l'objet d'une procédure pour déficit excessif,

 

- le renforcement de la nouvelle procédure de décision, dite à la "majorité inversée" ([1]), réduite aux seuls membres de la zone euro,

 

- une procédure visant à ce que toutes les grandes réformes de politique économique envisagées par les États membres de la zone euro soient débattues et coordonnées au niveau de la zone euro.

 

 

Le MES est dit : c’est la troïka.

 

 

Le second volet est le Mécanisme Européen de Stabilité, ou MES adopté définitivement le 2 février 2012. Il complète le TSCG et pour en faire partie, les Etats doivent appliquer les mesures d’austérité budgétaire inscrite dans le Traité.

 

Doté de la personnalité juridique, le MES pourra ester en justice. Le MES, dont le siège est fixé à Luxembourg, est doté du statut d’une institution financière internationale bénéficiant des immunités dont jouissent les institutions internationales. Il n’a donc aucun compte à rendre ni au Parlement européen, ni aux parlements nationaux, ni aux citoyens des Etats membres et ne peut en aucun cas faire l’objet de poursuites. Il est exempté de toute obligation imposée par la législation d’un Etat Membre. Le MES, ses biens, fonds et avoirs jouissent de l’immunité de toute forme de procédure judiciaire.

 

Le but du MES est de « mobiliser des ressources financières et de fournir, sous une stricte conditionnalité, » un soutien à la stabilité d’un de ses Etats membres qui connaît des graves difficultés financières susceptibles de menacer la stabilité financière de la zone euro. A cette fin, il est autorisé à lever des fonds. Son capital est fixé à 700 Milliards d’euros.

 

Les Etats Membres, par ce traité, s’engagent « de manière irrévocable et inconditionnelle » à fournir leur contribution au capital du MES. Ils s’engagent à verser les fonds demandés par le MES.

 

Lorsqu’un Etat Membre sollicite une demande de soutien à la stabilité, c’est la Commission européenne en liaison avec la Banque Centrale Européenne (BCE) qui est chargée d’évaluer le risque pour la stabilité de la zone euro, d’évaluer, en collaboration avec le FMI – autrement dit la troïka – la viabilité de l’endettement public du pays demandeur et d’évaluer les besoins réels de financement de ce dernier. On voit ici que, par le biais du MES, la troïka est institutionnalisée.

 

Lorsque le MES décide d’octroyer un soutien à la stabilité, c’est la Commission européenne, en liaison avec la BCE et le FMI, qui négocie avec l’Etat demandeur les conditions dont est assorti ce soutien. Cette négociation doit s’inscrire dans le respect du Pacte budgétaire (TSCG). La troïka est chargée du respect des conditions imposées.

Les gouvernements signataires de ce traité ont créé un monstre institutionnel contre lequel les Etats eux–mêmes et à fortiori les peuples seront désormais totalement impuissants. Ainsi se poursuit, sous la pression du monde de la finance et des affaires, le démembrement du siège de la souveraineté populaire, l’Etat, au profit d’institutions échappant à tout contrôle.

 

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La Grèce - ici Papadelos et son ministre des Finances - ont beau

argumenter face à l'arrogant Baroin, ministre français des Finances.

 

Ce projet signifie tout simplement la fin du politique. Limiter les déficits à 0,5 % du PIB par une disposition constitutionnelle – la fameuse « règle d’or » - revient à entraver tout pouvoir politique. C’est fondamentalement contraire aux principes démocratiques de base qui veulent qu’une Assemblée élue au suffrage universel – donc, représentant le peuple – puisse décider de toutes les dispositions qu’elle juge nécessaire à sa politique. La limitation des déficits inscrite au niveau des lois fondamentales, revient à exclure tout investissement public, toute disposition nouvelle en matière de sécurité sociale, par exemple.

 

Ces deux traités MES et TSCG confirment que la construction européenne s’est définitivement éloignée de l’idéal démocratique. Ils instaurent une totale mise sous tutelle financière et budgétaire des Etats et des peuples, sans qu’il y ait pour autant une souveraineté européenne.

 

Un fédéralisme de contrainte

 

On n’arrête pas de dire que cette avalanche de nouvelles réglementations renforce le « fédéralisme ». Il faudrait s’entendre sur ce mot. Le « fédéralisme », ce n’est pas simplement le transfert de la souveraineté nationale vers une entité supranationale.

 

Cette politique renforce le déficit démocratique, notamment par la règle de la « majorité inversée » qui donne à la Commission des pouvoirs exorbitants (voir note 1) sans aucun contrôle. En plus de mettre sous tutelle des Etats membres aux déficits estimés trop élevés, il divise l’Europe en deux, puisque le processus de décision ne sera pas le même pour les Etats membres de la zone Euro et les autres. Enfin, selon de nombreux juristes, ce nouveau traité ne respecte pas les traités européens existants. Cela peut tout simplement signifier la fin de l’Europe.

 

En réalité, La crise financière débouche sur la perspective d'une Union Européenne à deux niveaux: l'un fédéral (la Communauté) avec les Etats qui choisissent la monnaie unique au prix de la perte d'une part plus grande que jamais de leur souveraineté ; l'autre confédéral (l'Union) avec tous les autres préférant rester dans une simple zone intergouvernementale de libre-échange. Ce pouvoir « fédéral » limité aux Etats de la zone Euro serait en fait un « fédéralisme de contrainte » donnant tout pouvoir aux marchés aidés par une police « eurocrate », sans aucun contrôle parlementaire, ce qui est contraire à l’idée fédéraliste.

 

Vers la fin de l’Europe ?

 

 

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Big Brother est banquier !

 

Le projet des traités « Merkozy » annonce déjà une division de l’Union puisque deux pays n’y adhérent pas : la Grande Bretagne et la Tchéquie. Le vrai-faux ballon d’oxygène accordé à la Grèce le 20 février ne changera sans doute rien. Les diktats de la « troïka » amèneront sans doute la Grèce à sortir de la zone Euro, le gouvernement allemand le souhaitant manifestement. Cela signifie l’expulsion d’un Etat membre, puisque les dispositions relatives à la monnaie unique sont la base du traité de Maastricht confirmé par les traités suivants jusqu’à celui de Lisbonne. L’absence de deux Etats membres dans le projet de nouveau traité et l’expulsion d’un autre ne peut que signifier la fin de l’Union européenne. D’autres Etats sont menacés d’expulsion de fait comme l’Italie et le Portugal.

 

Le nouveau « Big Brother » s’appelle « marchés financiers ». Il est bien pire que ses prédécesseurs.

 

 

Pierre Verhas

 

 



[1] Alors qu'auparavant une recommandation de la Commission devait, pour être adoptée, être explicitement appuyée par le Conseil, c'est la logique inverse qui prévaut désormais.


En effet, alors que la majorité qualifiée sert à adopter une position "en faveur de quelque chose", la règle de "majorité inversée" signifie que les sanctions proposées par la Commission ne peuvent être contestées par le Conseil qu’à une majorité qualifiée. Cette nouvelle forme de décision, non prévue par les Traités a été annoncée par Herman Van Rompuy le 27 septembre 2010:

 

"Partout où c’est possible, les règles de prise de décision au sujet des sanctions devraient être automatiques et basées sur la règle de la majorité inversée, qui implique qu’une proposition de la Commission est adoptée sauf si elle est rejetée par le Conseil."

 

Cette automaticité exclut donc toute délibération parlementaire de quelque ordre que ce soit. C'est une négation pure et simple des principes les plus élémentaires du fédéralisme qui prévoit une chambre de représentation des citoyens avec des pouvoirs essentiels.

 

Cela signifie en outre qu’un recours contre une sanction de la Commission sera quasi impossible. Si les déficits des finances publiques sont interdits, c’est au prix du déficit démocratique !

 

 

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 11:48

L’ordinateur qui vous permet de lire les textes de ce blog, de recevoir et d’envoyer vos courriels, la chaudière qui chauffe et éclaire votre logement – quand vous en avez les moyens – la voiture, le train et l’avion qui vous transportent rapidement d’un point à l’autre du Globe, l’appareil sophistiqué dans un hôpital qui élimine une tumeur et vous sauve la vie, n’existeraient pas si, quelque part au Moyen Orient, durant le haut Moyen âge, un Arabe n’avait inventé le zéro. Savez-vous que Copernic a découvert sa théorie héliocentrique qui révolutionna le monde, grâce à sa connaissance des travaux d’un astronome persan et qu’à l’époque, les rares astronomes européens se référaient aux travaux de leurs nombreux prédécesseurs arabes, car ils furent les seuls avec les Chinois à étudier cette science ?

 

Pendant ce temps-là, l’Europe croupissait dans l’ignorance, la misère. La société était divisée en fiefs tenus par des chefs de bandes qu’on a appelé des « seigneurs » qui maintenaient la population dans l’esclavage et la terreur. La cohérence de ce système était assurée par une église prêchant une religion qui était un fatras de croyances superstitieuses qu’il était interdit de remettre en question sous peine des pires tortures et du bûcher.

 

 Claude_Gueant.png

Claude Guéant joue un jeu dangereux en

relançant le fameux "choc des civilisations".

 

 

Et voilà aujourd’hui un ministre français qui relance le débat sur le « choc » des civilisations, débat qu’on croyait clos. Non – campagne électorale et peur de l’extrême-droite obligent – il est préférable de raviver les tensions. Ce ministre a dit deux choses : toutes les civilisations ne se valent pas et il a fustigé le « relativisme » de la gauche. Toutes les civilisations ne sont pas égales ? C’est vrai et faux, car il n’est pas tenu compte d’une dimension : le temps. Au Moyen-âge – on vient de le voir – la civilisation « occidentale » n’était rien à côté de la civilisation « arabe ». Aujourd’hui, les « Occidentaux » ont pris le dessus après avoir pillé les autres, sans compter en avoir mené des millions en esclavage. Autrement dit, les civilisations évoluent et c’est dans ce contexte que l’on peut éventuellement juger de leur valeur propre. Et là, on est forcé de dire que grosso modo elles se valent.

 

 

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Le député PS Serge Letchimy a remis Guéant à sa place !

 

 

De plus, – et c’est essentiel – la question de la civilisation ne se définit pas par la seule performance. Elle se définit aussi par son caractère universel et les valeurs qui la gouvernent. En effet, si on établit une hiérarchie des civilisations, c’est en réalité le principe d’égalité qui est visé. C’est un projet qui va de l’extrême-droite au néo conservatisme. Il est fondé sur le refus de l’égalité avec à sa place la construction de hiérarchies entre citoyens, entre peuples, entre nations, entre cultures, entre races. Et pour se justifier, on use du mot « relativisme » contre son adversaire. Le relativisme est le principal reproche que l’Eglise faisait à ses ennemis. Le relativisme, par définition, est l’antithèse de l’absolutisme, car le relativisme admet les différences sans pour autant les hiérarchiser. Ainsi, en va-t-il de l’antiracisme, de l’universalisme : contrairement aux dires de certains intellectuels, ce ne sont pas des absolus. Ces concepts peuvent se conjuguer de manière différente dans l’espace et dans le temps. Ou alors, on retombe dans la dogmatique et c’est le cercle vicieux. Si aux prêches dogmatiques des religieux, on oppose une dogmatique soi-disant laïque et pseudo universaliste, on est loin d’avoir atteint l’objectif déclaré  de libération !

 

C’est ce qu’il s’est passé mardi 7 février à l’ULB (Université Libre de Bruxelles). Un débat était organisé sur le thème de l’extrême-droite avec la journaliste et essayiste française Caroline Fourest. Ce débat dégénéra en un chahut monstre où s’affrontèrent un groupe d’Arabo-musulmans contestataires (et non d'islamistes intégristes, comme on l'a  évoqué) à la tête duquel se trouvait un certain Soulhal Chichah, assistant à l’ULB, et Caroline Fourest, les autorités académiques représentées par Hervé Hasquin, ancien président de l’ULB et actuel secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Belgique et le philosophe Guy Haarscher servant en vain de tampons. Ajoutons que, et c’est inadmissible, peu avant cette mémorable soirée, des appels à la lapidation de Caroline Fourest ont circulé sur les « réseaux sociaux ».  

 

 

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Souhail Chichah : une des multiples facettes du fanatisme

 

Un débat est-il possible entre Caroline Fourest et les intégristes ? Non, parce que c’est précisément le choc de deux dogmatiques. On connaît l’intégrisme qui veut substituer le prescrit religieux à la loi civile, imposer les principes édictés par une lecture interprétative du Coran en lieu et place des piliers de la société occidentale que sont les Droits de l’homme et les règles démocratiques. En outre, tous les intégrismes religieux – pas seulement le musulman – veulent supprimer la séparation des Eglises et de l’Etat afin d’assurer leur domination. Bref, ce sont des révolutionnaires en quelque sorte puisqu’ils veulent fonder leur société sur les ruines de la nôtre.

 

 

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Hervé Hasquin, Guy Haarscher, Caroline Fourest,

Souhail Chichah : l'impossible débat

 

Caroline Fourest se drape d’une laïcité radicale refusant, au nom de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, de voir se dérouler toute manifestation religieuse ou même spirituelle sur la place publique. Elle s’opposa tout spécialement à l’intellectuel musulman Tarik Ramadan qu’elle décrit comme un agent caché de l’islamisme radical. Le conflit entre ces deux personnalités prit de telles proportions qu’un simple dialogue entre elles, devint impossible. Mais, il est aussi établi que Madame Fourest a, en cette affaire, quelque peu oublié la rigueur intellectuelle indispensable à l’expression critique. De plus, Fourest, au nom de la laïcité et du féminisme, s’est farouchement opposée au port du voile islamique dans les écoles et dans les services publics. D’autre part, elle use d’un double langage. Ainsi, selon Pascal Boniface dans son livre sur les intellectuels médiatiques ([1]), Caroline Fourest a écrit le 2 février 2005, dans une tribune au Wall Street Journal, quotidien de gauche bien connu, que l’incapacité des immigrants arabes à s’intégrer constituait une menace pour les démocraties occidentales, car ils pourraient être tentés de rejoindre les cellules terroristes islamistes. Voici la partie relative à l'immigration : « Mais en Europe, ils [les islamistes] profitent de la liberté d’expression et de la démocratie, ainsi que de l’incapacité des immigrants arabes à s’intégrer. Ils y recrutent à leur aise – offrant à des milliers de musulmans aliénés une nouvelle fierté et une famille politique unie par la croyance en l’Islam radical. » Voici la conclusion de ce texte directement traduite du Wall Street Journal. On y remarque toute l'ambiguïté de son propos : « Telle est à la fois la grandeur et la faiblesse de la démocratie : même ceux qui la détestent savent comment s’en servir à leur avantage. Que leurs méthodes soient terroristes ou simplement « politiques », les islamistes constituent une grave menace pour les démocraties occidentales. Est-il possible de tolérer indéfiniment ce mouvement de guérilla souterraine contre les libertés publiques et individuelles, au nom de ces mêmes libertés ? Par ailleurs, est-il possible de restreindre ces libertés sans abandonner les idéaux qui font la différence entre nous et les ennemis de la démocratie ? La solution est probablement entre les deux. Et elle requiert certainement le maintien d’une extrême vigilance. »

Bien sûr, elle n’a pas osé tenir de tels propos dans les médias européens. Cette attitude est typique des fanatiques.

 

En clair, Madame Fourest a besoin d’une croisade pour exister. Or, la laïcité qui est le principe de séparation du spirituel du temporel s’accommode mal de croisades et d’interdits.

 

Le grotesque incident de l’ULB démontre bien l’impossibilité de débattre et donc d’avancer sur les questions de coexistence entre cultures différentes, donc l’impossibilité d’arriver à une solution. M. Chichah a eu un comportement inadmissible et Mme Fourest récolte ce qu’elle a semé.

 

Intégristes de toutes sortes et fanatiques de tous horizons se nourrissent les uns des autres. Ils constituent deux faces du même monstre : le dogmatisme qui est le meurtrier de l’intelligence et l’assassin indirect de millions d’êtres humains.

 

 

Pierre Verhas

 

 

Nous invitons nos lecteurs à lire sur son blog l’excellent article d’Henri Goldman au sujet de l’incident de l’ULB : http://blogs.politique.eu.org/Debattre-avec-Caroline-F

 

 

 



[1] BONIFACE Pascal, Les intellectuels faussaires, Jean-Claude Gawsewitch, éditeur, Paris, 2011.

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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 22:27

Guéant pense Bush et FN

 

En proclamant que toutes les civilisations ne se valent pas – autrement dit que la civilisation occidentale est la meilleure – le Ministre de l’Intérieur français Claude Guéant relance l’idée néoconservatrice du « choc des civilisations » qu’ont croyait enterrée depuis la fin du mandat de George W Bush.

 

Indignation dans le monde intellectuel, indignation à gauche. Indignations justifiées. Et pourtant… Guéant sait parfaitement ce qu’il dit. Non seulement, il pense labourer dans les terres du FN, mais il est convaincu qu’une large part de l’opinion publique est avec lui, en dépit du tollé des médias.

 

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L'ineffable M. Guéant sait ce qu'il fait !

 

Le racisme, le sentiment de supériorité sont profondément ancrés dans une part significative, sinon majoritaire de la population en France, comme en Belgique. Faisons tous un travail sur nous-mêmes : on se méfie de l’autre. Comment sinon expliquer l’absence de contact entre les communautés immigrées et les autochtones ? Certes, en ces périodes de grand froid, on fera tout pour aider les plus précarisés d’entre eux à survivre pendant quelques jours. Mais après, on sera bien d’accord pour les expulser s’ils sont « illégaux ».

 

Un indice : on ne s’indigne plus de la violence policière à l’égard des demandeurs d’asile. On accepte les expulsions sous la contrainte.

 

Il y a un énorme travail d’éducation à faire, car, qu’on le veuille ou non, il faudra vivre avec ces communautés sans se regarder en chiens de faïence. Rien que cela est un puissant motif pour voter à gauche.

 

Grèce : encore plus d’austérité : une petite révolution ?

 

La crise grecque est loin d’être terminée. La troïka vient d’exiger plus d’austérité de la part de la Grèce. Il est question entre autres de réduire le salaire minimum qui est à 750 Euros par mois de 20 %.

 

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Le gouvernement Papademos divisé !

 

 

Et la Grèce n’est pas la seule. Le Portugal risque de connaître le même sort, avant d’arriver en France et en Belgique. Mais ce ne sera pas évident : les socialistes refusent (pour l’instant…) qu’on touche à l’index et les libéraux à la TVA. Ce n’est pas gagné…

 

En Grèce, fait nouveau cependant : ce n’est pas la gauche, mais la droite qui réagit : elle estime ce plan insupportable et inefficace. L’extrême-droite va encore plus loin : elle craint qu’un durcissement des mesures actuelles provoque une révolution.

 

Tiens, c’est une idée, une petite révolution. Il faudra y songer.

 

Aura-t-elle, aura-t-elle pas ses signatures ?

 

La Marine comme le faisait son papa – l’homme du détail – joue les Calimero : ses méchants adversaires feraient pression pour qu’elle n’ait pas les 500 signataires d’élus nécessaires à sa participation à l’élection présidentielle française. Bluff ou non ? Allez savoir.

 

 

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Marine Le Pen a beau regarder le ciel : les signatures ne tombent pas !

 

 

Posons l’hypothèse qu’elle ne les ait pas. Cela ne nous ferait pas pleurer et cela changerait les cartes. Une part substantielle de l’électorat FN se rallierait à Sarkozy qui ne manquerait pas de le caresser dans le sens du poil – voyez les propos de Guéant. Cela ne serait pas bon pour la gauche. Aussi, cela forcerait François Hollande à enfin se distinguer de la droite. Il a déjà commencé au Bourget la semaine dernière Espérons que cela ne soit pas trop tard…

 

Propos croates

 

Voici l’analyse de l’intellectuel croate Srecko Horvat sur l’entrée de la Croatie dans l’Union européenne. Cette analyse est parue dans le site « Mémoire des luttes ». Elle est révélatrice de la profonde méfiance des élites locales et de la gauche à l’égard de l’Union européenne. Et qu’on ne vienne pas nous opposer l’euroscepticisme, ce serait trop facile.

 

 

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Les Corates pro Union Européenne ? Cela reste à voir.

 

La véritable question est que derrière l’Union européenne, il y a le projet d’une société néo-libérale. Aussi, on peut comprendre la méfiance des peuples d’Europe de l’Est et des Balkans en particulier. C’est un autre projet qu’il faut à l’Europe pour que l’idée qui l’a présidée à l’origine ait une chance de revivre.

 

Face à un enjeu aussi flou, il y eut une participation de seulement 43 % des électeurs croates parmi lesquels 67 % on voté oui. C’est le plus fort taux d’abstention à un référendum d’adhésion des pays d’Europe centrale.

 

Anecdote : A la veille du référendum du 22 janvier, l’ancien général de guerre Ante Gotovina  qui séjourne à La Haye depuis sa condamnation par le Tribunal pénal international pour l’ex Yougoslavie et qui fut l’un des principaux obstacles à l’ouverture des négociations avec l’UE,  a envoyé une lettre aux Croates en les enjoignant de voter en faveur du « Oui » à l’adhésion. Dans le même temps, les deux principaux partis du pays, le Parti social-démocrate - actuellement au pouvoir - et les conservateurs de l’Union démocratique (HDZ) – qui dirigeaient auparavant -, avec l’Eglise catholique, ont fait tout leur possible pour convaincre les électeurs « qu’il n’y avait pas d’autre alternative ».

 

« Six jours seulement après l’immolation de Mohamed Bouazizi en Tunisie qui allait déclencher le « printemps arabe », un ingénieur électricien de 41 ans travaillant pour la télévision publique, Adrian Sobaru, tentait de se suicider pendant le discours du premier ministre roumain prononcé devant le parlement en se jetant du balcon de l’hémicycle vêtu d’un T-shirt sur lequel était inscrit « Vous avez tué le futur de nos enfants ! Vous nous avez vendu ! ».

 

 

Peu de personnes ont vu dans cet acte un quelconque lien avec ce que l’Union européenne (UE) s’apprête à nous offrir dans le futur. Ces jours-ci, des milliers de Roumains protestent contre les mesures d’austérité imposées dans leur pays. D’autres manifestations ont lieu en Grèce, en Espagne, au Portugal ou en Hongrie dans un relatif silence médiatique. Contrairement à l’époque de l’élargissement de l’Union européenne en 2004 ou en 2007, il n’y a plus d’optimisme dans l’air. Désormais, c’est à la Croatie de rejoindre le club. Nous sommes les témoins de la plus grande crise que l’UE ait connu dans son histoire. Pourtant, nous faisons comme ci cela n’affectera pas notre pays. N’est-ce pas étrange ?

 

 

D’un côté, l’UE est confrontée à une importante contestation, mais seulement depuis peu d’années. Et ce en Espagne, en Grèce, au Royaume-Uni, au Portugal, en Hongrie et désormais en Roumanie. D’un autre, une nouvelle tendance politique de fond se dessine qui ne se résume pas au constat du succès des gouvernements de droite en Europe. Une menace encore plus importante pèse sur la démocratie : l’accession au pouvoir d’une nouvelle élite composée de technocrates, de personnes ayant travaillé pour Goldman Sachs comme Mario Monti, Mario Draghi ou Lucas Papademos. Ce dernier est d’ailleurs – si l’on se permet un peu d’humour - le meilleur exemple de ce qui ne va pas aujourd’hui avec l’Union européenne.

 

 

Si nous nous intéressons au sens étymologique du mot « papa » (qui signifie « père » ou « au revoir » en croate), nous avons en même temps un nom qui peut dire « père du peuple » (Papa demos) et « au revoir au peuple » (Pa-pa demos). Il y a quelques jours, alors que je rencontrais Slavoj Žižek à Ljubljana et lui faisais part de cette étrange coïncidence, il fit une brillante synthèse hégélienne : « si tu mets les deux ensemble » me dit-il, « tu obtiens plus ou moins le mythe de Saturne qui mange ses enfants, excepté Jupiter ! » (en croate, « papa » signifie aussi « manger »).

 

 

Le référendum croate n’est qu’un nouveau symptôme du déficit démocratique de l’UE. Nous l’avons obtenu une fois que tout avait déjà été décidé. Nous ne l’avons pas eu en 2003 lorsque la Croatie a posé sa candidature pour devenir membre. Nous ne l’avons pas eu non plus en 2005 lorsque le pays a officiellement ouvert les négociations avec l’UE. Enfin, nous ne l’avons même pas eu en 2010 lorsque le gouvernement a changé la Constitution et les règles sur le référendum pour pouvoir devenir membre de l’UE. En d’autres termes, nous sommes aujourd’hui dans une situation dans laquelle il nous est demandé de choisir ce qui a déjà été choisi lors de toutes ces étapes précédentes. Et il faudrait appeler cela démocratie ?

 

 

Immédiatement nous est opposée une question répétée à l’envi par le gouvernement : « quelle est l’alternative à l’adhésion du pays à l’UE ? ». Cette question ressemble à un chantage et rappelle un slogan infâme de Margaret Thatcher. Et il y a un paradoxe supplémentaire concernant cet exécutif : nous avons désormais un gouvernement prétendument « social-démocrate » qui met en place des « réformes » néolibérales plus rapidement et plus efficacement que l’ancien gouvernement conservateur. Il a déjà annoncé des privatisations graduelles des autoroutes et du train, du secteur énergétique et même des prisons ! Ceci est un exemple de la « doctrine du choc ».

 

 

Dans le même temps, nous sommes les témoins d’une étrange situation. Le gouvernement essaie de convaincre les gens que nous devons rejoindre l’UE car nous ne ferions déjà plus partie des Balkans et parce que cette intégration ne nous corrompra pas (ce sont les deux principaux arguments qui ont été utilisés pendant la campagne). Mais si on y regarde de plus près, l’Europe est déjà « balkanisée » et les Balkans sont, quant à eux, « européanisés ». Et ce, pas seulement parce qu’ils se sont ouverts au marché, mais parce qu’ils sont également touchés par la corruption : l’ancien premier ministre croate actuellement en prison pour corruption menait ses affaires avec des entreprises européennes - une banque autrichienne et une compagnie pétrolière hongroise-. On pourrait également citer les cas de Jacques Chirac et Christian Wulff. Ainsi, lorsque l’on parle de « réformes » ou de « monitoring », pourquoi cela ne s’appliquerait-il pas d’abord à l’UE elle même ? Et pour aller à l’extrême : pourquoi les nouveaux pays membres ne « monitoreraient » ils pas l’UE ?

 

 

Peut-être le temps est-il venu de s’inspirer de la fameuse formule de Max Horkheimer pour dire que « ceux qui ne veulent pas parler de néolibéralisme devraient également garder le silence au sujet de l’Union européenne ». Il en va de même pour les « réformes » en Croatie. Ceux qui ne veulent pas en entendre parler dans le secteur financier devraient avoir la même position sur bien d’autres sujets (les lois, les droits humains, etc.). Savez-vous que plus de 90 % des banques croates sont déjà autrichiennes, françaises, allemandes ou italiennes ? Désormais, les élites euro-compatibles croates veulent mettre en place des réformes néolibérales présentées comme nécessaires à l’adhésion du pays à l’UE.

 

 

C’est peut-être ce que voulait dire Monsieur Barroso lorsqu’il développait l’idée selon laquelle l’intégration de la Croatie à l’UE renforcerait cette dernière ( avec les nouvelles privatisations et les nouveaux flux de capitaux). Mais d’un autre côté, l’Union européenne rejoindra peut-être les Indignés croates et au lieu d’avoir une Europe plus forte, nous aurons alors un mouvement de contestation plus fort. De récentes statistiques montrent que la Croatie, avec un taux de 40%, est le deuxième pays d’Europe en termes de chômage des jeunes après l’Espagne. Elle est suivie par la Grèce. Peut-être est elle le nouveau Jupiter de l’Europe. »

 

 

Pierre Verhas

 

 

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 14:54

 

Voici un article de « Marianne2.fr » de ce jour avec une vidéo d’une conférence de presse du délégué de la BCE en Irlande Klaus Masuch. Celui-ci est opposé à un célèbre journaliste et polémiste irlandais, Vincent Brown.

 

Il s’indigne du fait que l’on impose à l’Irlande de renflouer une banque en faillite qui a provoqué la quasi ruine de l’Eire au début de la crise financière.

 

Outre l’obstination de M. Brown, on peut admirer son courage et son argumentation pourtant simple, mais qui désarçonne son interlocuteur.

 

Cette conférence de presse montre qu’une résistance est en train de s’installer petit à petit et que ces Messieurs dames de la troïka FMI – BCE – Commission européenne arriveront de plus en plus difficilement à nous faire avaler des couleuvres.

 

Bravo à Vincent Brown et à Marianne2.fr ! Ils ont fait leur métier : cela s’appelle du journalisme.

 

 

 

Légende du journalisme Irlandais, lors d'une conférence de presse, Vincent Brown s'est montré particulièrement tenace avec Klaus Masuch, un représentant de la Banque Centrale Européenne, venu expliquer aux habitants du pays pourquoi ils allaient devoir sérieusement se serrer la ceinture pour renflouer des banques européennes. Des mesures d'austérité perçues comme injustes par les citoyens et des explications qui n'ont pas suffi au journaliste qui est revenu plusieurs fois à la charge.

Alors qu’en France, lors des interventions télévisées du chef de l’Etat, le Monarque choisit parmi ses sujets-journalistes ceux qui auront l’honneur de l’interviewer et que les chaînes de télévision se précipitent pour réserver des faisceaux afin de diffuser au mieux la parole royale dans la France entière. Alors que dans le même temps Les Nouveaux Chiens de Garde qui dénoncent la collusion entre pouvoir, argent et médias est toujours visible dans quelques dizaines de salles en France, un extrait d’une conférence de presse en Irlande nous donne une idée plus claire de la notion d’irrévérence journalistique.

Véritable légende du journalisme dans son pays, Vincent Browne, chroniqueur dans plusieurs journaux et animateur de talk-shows politiques durant toute sa carrière, a également lancé un magazine d’investigation dans les années 70. Il a fait sa réputation par sa capacité à déstabiliser des politiciens expérimentés lors de son émission Tonight with Vincent Browne.

Le 19 janvier, c’est le représentant de la BCE Klaus Masuch qui a été la victime de l’insistance du journaliste. Interrogé sur la légitimité et la rigueur du plan de sauvetage mis au point par la Banque Centrale Européenne, la main sur le cœur, Klaus Masuch s’est dit impressionné par l’attitude et la compréhension du secteur financier avant d’ajouter que le chauffeur de taxi qui l’amenait de l’aéroport lui avait paru « très très bien informé. Je pense que c’est un bon signe qui prouve que le débat est ouvert ».

Le conte de fées du chauffeur de taxi irlandais

Si on perçoit quelques rires dans la salle de presse, Vincent Brown entend en savoir plus sur l’échange du représentant de la BCE avec son chauffeur de taxi : « Est-ce que votre chauffeur de taxi vous a dit à quel point le peuple Irlandais reste perplexe qu’on nous demande de payer à des porteurs de bons non garantis des milliards d’euros en dettes pour lesquelles le peuple irlandais n’a aucune relation, ni aucun rapport. Et, ce, essentiellement pour renflouer ou pour assurer la solvabilité de banques européennes. Et si votre chauffeur de taxi vous a posé cette question ou s’il vous l’avait posée quelle aurait été votre réponse ? ».

La responsable des relations de presse de la BCE demandera à Vincent Browne de poser immédiatement sa deuxième question et de rendre son micro histoire d’en finir le plus vite possible. Tenace, le journaliste refusera d’obtempérer pour être bien sûr d’obtenir une réponse précise pour son chauffeur de taxi.

Klaus Masuch a déjà oublié son conte de fées et son taxi s’est transformé en citrouille. Le représentant de la BCE se perd dans un argumentaire des plus flous hésitant entre la langue de bois technocratique, la complexité du monde contemporain et un brin de compréhension pour le peuple qui souffre avant de conclure brutalement : « La décision a été difficile à prendre mais c’est la décision que nous avons prise ».

L'Etat Irlandais menacé d'une explosion financière

L’échange fait référence à une banque Irlandaise, l’Anglo Irish Bank, en faillite qui pendant plusieurs années a affiché des pertes supérieures à dix milliards d’euros, et dont le coût du plan de sauvetage est estimé à 30 milliards d’euros. L’Anglo Irish Bank est plombée par des actifs «pourris» détenus par des créanciers privés. Complètement démantelée, rebaptisée IRBC, la banque n’a aujourd’hui plus de clients mais l'Etat irlandais continue de rembourser à coup de milliards ses créanciers privés sous peine « d’une explosion financière à Dublin ».

Pour Vincent Brown, le chauffeur de taxi n’en sait toujours pas assez. Il revient à la charge pour tenter de comprendre pourquoi le peuple irlandais se doit de payer pour une banque défunte « expliquez cette situation au chauffeur de taxi ? » insiste-t-il.

Faisant mine d’avoir répondu, Klaus Masuch ignore la question. Le journaliste ne lâche rien : « Vous exigez que soient faits des paiements, non pour le bénéfice du peuple irlandais mais au bénéfice d’institutions financières européennes. Vous avez donné une réponse qui ne répond pas à la question, qui ne satisferait ni le chauffeur de taxi, ni le peuple irlandais ! ».
L'histoire ne dit pas si au retour, le représentant de la BCE a confié ses états d'âmes à un taxi ou à un ambulancier.
(Marianne2.fr du 4 février 2012)
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