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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 09:53

Le prix Nobel de l’économie, Paul Krugman, a publié le 20 mai un article intitulé « Apocalypse Fearly soon » ([1]) où il affirme d’emblée : « Soudain, il est devenu facile de voir comment l’euro - cette grande expérience défectueuse d’une union monétaire sans union politique - peut rompre au niveau des coutures. Nous ne parlons pas d’une perspective si lointaine. Les choses pourraient s’effondrer à une vitesse étonnante, dans un terme de mois, pas d’années. Et les coûts - à la fois économiques et, sans doute encore plus importants, politiques - pourraient être énormes. »

 

 

 

paul_krugman.jpg

 Paul Krugman : le prix Nobel d'économie se rebiffe !

 

 

C’est donc l’apocalypse annoncée ! La précédente était une surprise, celle-ci, par contre, est le fruit d’une politique absurde qui ne suivait qu’une loi, celle des marchés spéculatifs. Une clique allemande qui s’est alignée sur l’extrémisme de l’économie de l’offre, autrement dit monétariste, par le fait qu’elle contrôle l’économie la plus importante d’Europe a réussi à imposer son point de vue aux autres partenaires. Par ce biais, elle a sonné le glas de ce qu’on appelait l’Europe communautaire. Elle a imposé à Maastricht, en 1992, la création d’une monnaie contrôlée par une banque centrale privée, n’ayant de comptes à rendre à quiconque, monnaie qui n’est opérationnelle qu’à la condition que les Etats membres résorbent leurs déficits dans un délai très bref. Elle a réussi à interdire la solidarité entre les Etats de l’Union européenne au cas où l’un  d’entre eux aurait des difficultés.

 

En réalité, elle a retiré aux Etats les moyens de réduire leurs déficits tout en instaurant la loi du plus fort. Donc, exit le politique : l’Europe communautaire s’est transformée en une Union d’Etats où seule règne la loi du plus fort, c’est-à-dire aujourd’hui de l’Allemagne à la fois tournée vers l’Est et dominatrice à l’Ouest, tout en tentant d’écarter le Sud soi-disant fainéant et laxiste. Le tout dans l’unique intérêt des « marchés ». Est-ce cela le « rêve » européen ?

 

 

 sommet_europeen230512.jpg

Sommet européen "informel" du 23 mai : tout sourire à l'égard de François Hollande. Pour combien de temps ?

 

 

S’est-on posé les questions : pourquoi la Grèce qui ne représente que 2 % du PIB européen, a pu déclencher une crise générale de la monnaie européenne ? En corollaire, pour quelle raison une des plus importantes banques mondiales a trafiqué les comptes de la Grèce ? Pourquoi a-t-on nommé à la tête de la BCE un des principaux dirigeants de cette banque ? Pourquoi a-t-on nommé à la tête du gouvernement italien un important collaborateur de cette importante institution financière étatsunienne, à savoir Goldman Sachs ?

 

 

 monti draghi

Ils auront bien mérité de Goldman Sachs (Mario Monti et Mario Draghi)

 

 

 

Il n’y a de réponses à ces questions que l’évidente volonté d’une partie de l’élite de détruire un modèle qui n’est pas conforme à ses intérêts immédiats.

 

« La réponse de l’Europe a été l’austérité : des réductions sauvages des dépenses dans une tentative de rassurer les marchés obligataires. Pourtant, comme n’importe quel économiste sensé aurait pu vous le dire (et nous l’avons fait, oui, nous l’avons fait), ces réductions ont aggravé la dépression dans les économies en difficulté de l’Europe, en minant à la fois la confiance des investisseurs et en conduisant à une instabilité politique croissante. »

 

Ces économistes ne sont pas des révolutionnaires. Ils sont attachés au modèle libéral. Cependant leur outil n’est pas la calculette du « trader », il est celui de l’analyste qui permet aussi de sortir de ce réductionnisme de l’intérêt immédiat pour mesurer les dégâts causés par cette politique folle menée en définitive par un pouvoir occulte, invisible et pourtant réel, comme l’a dénoncé François Hollande lors de sa campagne électorale, qui n’a pour objectif que l’accroissement sans fin de ses profits sans tenir aucun compte des ravages  qui en résultent.

 

Et Krugman avertit : « Alors quoi maintenant ? À l’heure actuelle, la Grèce connaît ce qui est appelé une “banqueroute à petites foulées" – quelque chose comme une banqueroute au ralenti, car les déposants sortent de plus en plus leur argent en prévision d’une éventuelle sortie grecque de l’euro. La Banque centrale européenne assure, en effet le financement de cette banque gérée par les prêts des euros nécessaires à la Grèce ; si (et probablement) lorsque la banque centrale décidera qu’elle ne peut plus prêter, la Grèce sera contrainte d’abandonner l’euro et d’émettre à nouveau sa propre monnaie.

 

Cette démonstration que l’euro est, en fait, réversible conduirait, à son tour, à mettre sous pression les banques espagnoles et italiennes. Une fois de plus la Banque centrale européenne devrait choisir de fournir ou pas un financement sans limite, si elle devait dire non, l’euro dans son ensemble exploserait.

 

Cependant, un financement n’est pas suffisant. L’Italie et, en particulier l’Espagne, doivent se voir offrir un espoir - un environnement économique dans lequel ils aient des chances raisonnables de sortir de l’austérité et de la dépression. En réalité, la seule façon de fournir un tel environnement serait pour la Banque centrale d’abandonner son obsession de la stabilité des prix, d’accepter et même de favoriser plusieurs années d’une inflation de 3% ou 4% en Europe (Et plus que cela en Allemagne). »

 

En effet, le système « inventé » en 1992 provoque, en cas de crise, un effet boule de neige qui commence par atteindre les pays les plus « faibles » pour ensuite « contaminer » les plus « forts ». C’est pour cela que l’on envisage sérieusement une rupture au sein de l’Eurozone en mettant de côté (pour ne pas dire « exclure ») les pays les plus atteints comme la Grèce et puis l’Espagne et le Portugal, avec le timide espoir que l’Italie, la France, la Belgique et les Pays-Bas ne suivront pas ! En tout cas, la Grèce ne pourra pas continuer dans cette voie tracée par l’orthodoxie monétariste de l’establishment européen, ni par après, les autres pays confrontés dans une moindre mesure, mais tout aussi vulnérables, à la catastrophique austérité imposée à la zone Euro. L’idée d’une monnaie unique comme ciment d’une nouvelle solidarité a été dès le départ flétrie par la cupidité de quelques-uns.

 

Et pourtant, le dernier sommet européen vient de le confirmer, malgré la volonté exprimée entre autres par François Hollande, de mutualiser la dette souveraine, d’introduire les Eurobonds, de mettre en œuvre la taxe sur les transactions financières, de permettre à la BCE de prêter directement aux Etats, le veto obstiné de la coalition conservatrice menée par Merkel empêche tout changement.

 

Comment dès lors, avec ce blocage systématique, espérer, comme le souhaite Paul Krugman, donner un espoir aux pays de la zone Euro en pratiquant une politique inflationniste ? Comment peut-on avec cet abandon de la politique au profit de la finance, réaliser la relance, c’est-à-dire consentir les investissements indispensables à créer de l’emploi, à faire une politique industrielle nouvelle et innovatrice, tout simplement à relancer le moteur de l’économie ?

 

Cette fois-ci, nous sommes à la croisée des chemins. Ou bien on change résolument de cap, ou bien on poursuit dans cette voie mortifère vers l’apocalypse !

 

Il y a donc un rapport de force qui se crée au sommet. C’est un élément nouveau, mais les peuples sont une fois de plus au balcon. Et pourtant, il y a des moyens d’agir.

 

Regardons vers l’autre rive de l’Atlantique. Un mouvement nouveau est né dans cette « belle province » nommée Québec qui revendique une seule chose : être libre ! Non pas dans une autonomie ethnoculturelle, mais dans  le choix de son mode de vie. C’est ce que certains appellent le « printemps Erable ».

 

 

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 Une "manif" à Montréal : un mouvement bien ancré !

 

 

Depuis trois mois, les 150.000 étudiantes et étudiants de Montréal descendent quotidiennement dans la rue pour protester contre la décision du gouvernement libéral du Québec de faire passer le minerval universitaire de 2.200 à 4.000 dollars canadiens (de 1.700 à 3.000 Euros) au cours des cinq prochaines années. Il y a eu plus de 230 manifestations de jour comme de nuit.

 

En réalité, l’actuel gouvernement veut imposer le modèle étatsunien à l’Université. Non seulement, il « marchandise » l’éducation, alors que les jeunes Québécois et leurs aînés considèrent qu’elle est un droit universel et une richesse collective. Le corps académique est en grande partie aux côtés des étudiants : « On nous impose la comparaison avec les grandes facultés du monde, mais nous sommes farouchement opposés à cette standardisation. » dit à la correspondante de « Libération » (19 mai) M. Max Roy, président de la fédération québécoise des professeurs d’université. C’est donc, non seulement contre une augmentation drastique des droits d’inscription à l’Université qui exclura de facto des milliers de jeunes, mais aussi – et surtout, sans doute – contre un modèle ultralibéral que l’on tente d’imposer par la force, quitte à bafouer les libertés fondamentales. Ce que n’hésite pas à faire le gouvernement québécois de Jean Charest. Il a déposé un projet de loi spéciale, dite « loi 78 », qui suspend les cours à l’Université, reporte les examens à l’année prochaine et restreint sévèrement le droit de manifester pour une période d’un an et prévoit de lourdes amendes pour les organisateurs de piquets de grève.

 

Cela a eu, jusqu’à présent, l’effet inverse : les manifestations n’ont fait qu’amplifier et risquent de devenir violentes. Des marches « illégales » rassemblent des milliers de personne de jour comme de nuit. Les centrales syndicales ouvrières soutiennent le mouvement. Dans la nuit du 23 au 24 mai, la police de Montréal a procédé à plus de 400 arrestations. L’affrontement est donc inévitable.

 

 

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 La police de Montréal tente de reprendre la rue aux étudiants : le mécanisme répression - provocation. L'affrontement semble désormais inévitable.

 

 

Interrogée par une télévision, une Canadienne, la cinquantaine bien sonnée, apparemment bien dans ses papiers, a commenté les événements : « L’Etat est endetté jusqu’au cou et n’est plus capable de prendre en charge l’éducation et les autres services. Il n’y a aucune alternative ». C’est une fois de plus le fatalisme du TINA, l’échine courbée sous le joug de ce pouvoir invisible, mais bien réel.

 

L’enjeu est simple : ou bien on souhaite une société libre, égalitaire et fraternelle dotée d’un Etat appartenant au peuple et contrôlé par lui, ou bien on veut une société où règne l’individu absolu dans une compétition sans fin. Ce n’est que de la base que le vrai « changement » viendra. Le choix est donc simple : l’apocalypse ou la révolution.

 

Pierre Verhas

 

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 23:05

 

L’éditorial du journal financier belge « l’Echo » du 15 mai est révélateur des intentions des « marchés ». Intitulé « Démocratie ennemie d’elle-même », l’éditorial de M. Serge Quoidbach, rédacteur en chef affirme : « Quelle que soit l’issue de la crise politique, le choix du peuple grec sera bafoué. On assiste ici à la limite du jeu démocratique. A moins de choisir une autodestruction magistrale, Grecs et Européens doivent pour un temps mettre ce droit des peuples entre parenthèse et assouplir leurs exigences respectives ». Dans le même journal, Maria Fekter, ministre autrichienne de l'Intérieur déclare : « La Grèce devrait refaire une demande d’adhésion à l’UE. Nous y regarderons à deux fois... ».

 

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Maria Fekter ferait bien de ne pas oublier que l'Autriche

est entrée dans l'Union européenne sans avoir été dénazifiée... 

 

 

Le masque – du moins ce qu’il en restait – est tombé : on connaît les réelles intentions des maîtres des « marchés ». Les peuples doivent subir bon gré mal gré les mesures d’austérité et de démantèlement de l’Etat social, leur expression compte pour du beurre et le politique doit s’effacer devant le financier.

 

Déjà, l’Italie est dirigée par un gouvernement de techniciens qui n’a aucune légitimité démocratique, qui prend des mesures antidémocratiques, sans que le citoyen italien ait un quelconque recours, sans que le Parlement puisse s’opposer. Souvenons-nous que le Danemark et l’Irlande ont dû « recommencer » leur référendum sur le Traité de Maastricht. Depuis que l’Europe est dominée par les lobbies bancaires, sa dérive antidémocratique est évidente. Or, on entend peu de responsables politiques dénoncer cette tendance dangereuse. Les seuls qui se permettent la moindre objection sont traités de ringards, d’anti-européens, de nationalistes et – injure suprême – de populistes !

 

Solidarité interdite

 

Mettre « entre parenthèses » la démocratie revient à la démolir. La démocratie est une substance qui a la propriété de se dissoudre quand on la met entre parenthèses. Dans la mécanique totalitaire qui se dessine, il n’y a plus de place pour la solidarité. Qu’il s’agisse de la solidarité interne comme la sécurité sociale ou de la solidarité externe telle que l’aide à un pays en difficulté. Dès le traité de Maastricht, cette solidarité a été même interdite ! C’est d’ailleurs la cause principale du blocage de cette crise de la dette souveraine : la Banque centrale européenne comme les Etats ne peuvent pas aider un autre Etat à se renflouer. Pire, le sommet de la pyramide européenne, sous la pression du lobby bancaire, contraint ces mêmes Etats – aujourd’hui la Grèce et demain les autres – à adopter des mesures d’austérité qui les empêchent de s’en sortir !

 

On en arrive à une absurdité : on savait que les comptes de la Grèce avaient été trafiqués avec l’aide de Goldman Sachs dont sont issus Mario Monti, le chef non élu du gouvernement italien  et Mario Draghi, directeur général de la BCE. La crise de la dette grecque éclate. L’Union européenne refuse d’aider la Grèce si elle ne se redresse pas elle-même. C’est comme si on demandait à un malade de guérir avant qu’on de le soigne !

 

 monti_draghi.jpg

Mario Monti et Mario Draghi : Goldman Sachs crée des liens...

 

 

Nous avons reproduit  sur ce blog le 7 mai 2010 (http://uranopole.over-blog.com/article-euro-d-autres-confirment-49992760.html), l’analyse de M. Philippe Villin, banquier d’affaires et ancien directeur du Figaro, donc un homme de droite qui n’est pas un de ces « excités ignares de gauche ». Il écrivait : « Aucun médecin ne fait jamais maigrir en quelques semaines un patient de 100 kilos dont le poids objectif est de 60 kilos, surtout après l’avoir laissé grossir pendant des années sous sa surveillance comme Monsieur Trichet et sa B.C.E. ont laissé les déséquilibres et les déficits prospérer. Un tel médecin tuerait son malade à moins que le médecin ne le tue avant... Les pauvres Grecs sont pour moi comme des cobayes dans un laboratoire qui subissent la médecine Trichet-Merkel à forte dose. J’espère que les politiques comprendront en voyant ces malheureux cobayes exploser ce qui se passerait s’ils imposaient cette médecine au Portugal, à l’Espagne, à l’Italie…. et pourquoi pas à la France.

 

Si les politiques voulaient sauver l’Euro - je doute pour ma part que ce soit une bonne solution car son échec est patent et seule la remise à niveau de la compétitivité par un niveau de dévaluation adéquat dans chaque pays me paraît fonctionner- il faudrait à tout le moins annoncer d’urgence l’abandon du pacte de stabilité. Madame Merkel veut le durcir ! Il faut, évidemment, faire l’inverse ! A l’instar de ce qui est demandé à la Réserve fédérale américaine, il faut fixer à la B.C.E. de nouveaux objectifs privilégiant la croissance sur la lutte contre l’inflation. Il faut accélérer les réformes structurelles, mais en se donnant 10 à 15 ans pour ramener les déficits des finances publiques à un niveau probablement un peu supérieurs à ceux de Maastricht. (…) Si l’Allemagne est européenne, il faut enfin qu’elle baisse très fortement ses impôts pour mettre son déficit au niveau moyen de la zone européenne. Alors seulement, on pourrait espérer un répit permettant peut-être de reconsidérer l’ensemble du projet européen, débouchant sur une zone intégrée politiquement et économiquement et qui aurait sa monnaie unique. Mais elle serait assurément fort différente de la zone euro actuelle tant dans son périmètre que dans son fonctionnement. »

 

Un scénario catastrophe

 

Il n’y a rien à ajouter à cette analyse exprimée il y a deux années et toujours pertinente, sinon que la Grèce a été mise sous tutelle, qu’il lui est impossible de faire les efforts qui lui sont imposés, ce qui, bien entendu, a eu pour conséquence un rejet majoritaire de cette politique par la population grecque.

 

Les élections ont signifié le rejet des deux grands partis qui dirigeaient alternativement la Grèce depuis la chute des colonels en 1974, les conservateurs et les sociaux-démocrates du PASOK, au profit de Syriza, une gauche radicale à la Mélenchon dirigée par un jeune leader très populaire, Alexis Tsipras, et malheureusement d’un parti nazi qui a obtenu 6,9 % des voix. Un accord de gouvernement entre les partis traditionnels et Syriza  n’a pas été possible et de nouvelles élections sont décidées. On prévoit un succès considérable pour Syriza.

 

 

 alexis-tsipras-grece.jpg

Alexis Tsipras de plus en plus populaire,

pourrait être incontournable. (Reuter)

 

 

Conséquence : des menaces de plus en plus claires sont exprimées à l’égard de la Grèce : si vous ne tenez pas vos engagements – ou plutôt si vous ne vous pliez pas à notre diktat – vous serez exclu de l’Euro, voire même de l’Union européenne ! Wolfgange Schäuble, le ministre allemand des finances, Jose Manuel Barroso, le président de la Commission européenne et même Luc Coene, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique, évoquent clairement le retour de la Grèce à la drachme. Du jamais vu depuis la fondation de l’Europe en 1957 ! L’exclusion de la Grèce de la monnaie unique signifierait son expulsion de l’Union européenne sans compter le risque d’un effet domino avec le même problème pour l’Italie, l’Espagne et le Portugal ! En plus, le FMI déclenche la panique en bloquant son aide à la Grèce, sans compter l’agence de notation Fitch qui met son grain de sel en dégradant la note grecque Résultat : les citoyens grecs se précipitent dans les banques pour retirer leurs économies en Euros.

 

 

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Luc Coene (Banque nationale de Belgique) joue

dans la cour des grands et menace la Grèce.

 

 

En outre, un pacte budgétaire qui suit le mécanisme européen de stabilité doit être ratifié par les Etats de l’Eurozone. Ce pacte contraindrait les Etats-membres à résorber leurs déficits et à présenter à terme des budgets en boni. Une nouvelle donne politique s’ajoute avec l’élection de François Hollande à la présidence de la République française. Celui-ci cherche manifestement à calmer le jeu en renégociant le pacte budgétaire, son ministre de l’économie, Pierre Moscovici, a même menacé de ne pas ratifier le pacte si les négociations ne sont pas lancées.

 

Si ce scénario catastrophe se réalise, on risque d’assister à une division de l’Europe entre une zone Nord « riche » et une zone Sud « pauvre ». Et même dans la zone « Nord », il y aurait de plus riches que d’autres. Ainsi, les Pays Bas qui, pourtant, affichaient la plus grande sévérité à l’égard de la Grèce, pourraient avoir difficile à suivre le train conduit par les Allemands.

 

Si une autre orientation n’est pas prise, celle proposée depuis des mois par les néo-keynésiens comme Stiglitz, Krugman, Villin, De Grauwe, les « économistes atterrés » pour ne citer que ceux-là, ce sera tout simplement la fin de l’Europe qui aura perdu cette guerre économique sans merci au profit d’un système bancaire qui mettra le monde sous sa coupe.

 

 francois_hollande06.png

François Hollande représente un espoir réel.

 

 

L’espoir vient d’abord de François Hollande. On verra s’il parviendra à inverser la vapeur. Il semble en avoir la volonté, mais parviendra-t-il à disposer des moyens ? L’avenir nous le dira très vite. L’espoir vient aussi d’une gauche radicale et démocratique qui commence à s’étendre en Europe. Mélenchon en France et Tsipras en Grèce feront sans doute des émules. En tout cas, ils servent d’aiguillon pour vaincre la timidité d’une social-démocratie qui semble tout doucement retrouver la voie du social.

 

L’enjeu : c’est la démocratie, c’est l’égalité, c’est la solidarité, c’est la liberté. Cela vaut la peine, non ?

 

 

Pierre Verhas

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 21:54

La fête fut belle. Elle s’est achevée aux petites heures avec une gueule de bois : Hollande élu en fait avec 37 % des voix si on compte les abstentions et les votes blancs, suivi de peu par Sarkozy avec 35,5%. C’est une avancée, ce n’est pas une victoire ! La gauche n’a pas gagné en France et elle aura difficile à transformer cet essai aux législatives de juin. Fabius a déclaré lors de ces ennuyeux débats TV post-élections que le président élu a toujours réussi à disposer d’une majorité. En politique, il ne faut jamais dire « toujours » ! Cependant, reconnaissons que la gauche a des atouts qui feront sans doute pencher la balance en sa faveur.

 

 Bastille_6_mai.jpg

La fête fut belle.

 

 

La fête est gâchée par la Grèce : la montée de 0,5 % à 6,9 % des nazis aux élections législatives qui sont désormais en position d’arbitres pour la formation d’un gouvernement, avec heureusement le succès remarquable de Syriza (Synaspismós Rizospastikís Aristerás), la gauche radicale équivalente du front de gauche de Mélenchon qui devient la deuxième force politique du pays. Cette situation est incontestablement due à la mainmise de la troïka européenne et à l’arrogance du ministre des finances allemand Wolfgang Schaüble et de la chancelière Angela Merkel qui ont adressé le même avertissement à Athènes. «Le plan de sauvetage de la Grèce est non négociable. Tout gouvernement devra s’engager à l’appliquer intégralement. » Bref, les Grecs peuvent voter pour le parti qu’ils veulent, rien ne peut changer. Voilà où mènent les comportements anti-démocratiques des dirigeants conservateurs européens !

 

 

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Le "führer" du parti nazi grec. Bravo la troïka !

 

 

En comptant en plus les élections municipales italiennes où la gauche fait une remontée spectaculaire qui peut mettre en difficulté le gouvernement technocrate de Mario Monti, la donne a changé en Europe. Et on attend également les résultats du referendum irlandais à la fin de ce mois.

 

D’un côté en France, François Hollande a plaidé fermement pour une renégociation du « pacte budgétaire » afin d’y ajouter un « pacte de croissance ». D’autre part, il s’est refusé à faire adopter la fameuse « règle d’or » en France, ce qui revient à … refuser le « pacte budgétaire ». Attendons-nous à un fameux sac de nœuds dans les négociations au Conseil européen qui est devenu grâce à « Merkozy » un Conseil intergouvernemental, en espérant que ne lui succède pas un « Merkhollande » !

 

François Hollande est resté extrêmement discret sur ses ambitions et ses projets internationaux durant la campagne. Seul l’avenir de l'Union européenne et sa politique économique, qui touchent intimement à la politique française, ont vraiment trouvé place dans le discours du candidat. C'est sur ces points qu'est revenu M. Hollande dans un entretien sur sa future politique étrangère publié par le site Slate, lundi 7 mai, et réalisé deux jours avant le second tour de la présidentielle.

 

Francois_Hollande05.jpg

François Hollande semble bien décidé à tenir tête à Angela Merkel.

 

 

Le président élu souhaite pousser l'Allemagne à choisir entre deux solutions pour adoucir la politique de rigueur qu'elle promeut dans l'Union depuis 2008. Il s'agirait de « lever l'emprunt » au niveau européen en créant des obligations européennes, dites "eurobonds" ou "project-bonds", ou d'autoriser le refinancement direct des Etats par la Banque centrale européenne (BCE). « Ils ne peuvent pas poser deux verrous à la fois, un sur les 'eurobonds' et un autre sur le refinancement direct des dettes par la BCE. »

 

L'Allemagne a déjà fait savoir qu'elle ne souhaitait pas négocier sur les obligations européennes. Le gouvernement Merkel a rappelé, lundi, qu'il refusait toute renégociation du pacte budgétaire européen et toute initiative de « croissance par les déficits ». C’est bien parti !

 

 

Angela_merkel02.jpg

Angela Merkel ne veut rien entendre !

 

 

Tout en affirmant son attachement au « moteur franco-allemand » en Europe, François Hollande a estimé que cette collaboration, telle qu'incarnée par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, s'était excessivement renforcée durant la crise. « Le rapport franco-allemand a été exclusif. Les autorités européennes ont été négligées et certains pays, notamment les plus fragiles, ont eu la désagréable impression d'être en face d'un directoire. » Il y a donc là l’expression d’une claire volonté de changement de cap sur le plan économique et financier et sur le plan de l’organisation de l’Europe. Ce serait la fin de « l’intergouvernemental » au profit d’un processus plus fédéraliste. N’oublions pas que François Hollande a toujours affirmé sa conviction européenne, notamment en militant pour le « oui » au traité constitutionnel en 2005. Cependant, on verra si le nouveau Président français sera à même de faire plier Merkel et l’establishment allemand qui tire les rênes de l’Europe depuis des années.

 

Du côté grec, le ton est clairement donné : Alexis Tsipras, le chef de Syriza, chargé de la formation du gouvernement, a comme préalable, refusé toute participation à un gouvernement de coalition avec Nouvelle Démocratie. Entérinant le rejet des politiques d'austérité, M. Tsipras a motivé son choix : « Il ne peut pas y avoir un gouvernement de salut national avec la droite qui a signé des mesures de rigueur (...) que le peuple a rejetées. » Etant donné la pression de la troïka qui fera tout pour que Syriza soit écarté, ne risque-t-on pas de voir se constituer une majorité hybride où se retrouveraient les nazis ?

 

 

 alexis-tsipras-le-chef-de-la-gauche-radicale.jpg

Alexis Tsipras (à gauche comme il se doit) ne veut pas de la droite conservatrice.

 

 

Il est évident que la très nette attitude de François Hollande et la nouvelle donne en Grèce sont des éléments nouveaux essentiels qui pourraient enfin amener à un changement de politique. C’est une question de rapport de force. Il est plus que temps, mais on est loin de la coupe aux lèvres.

 

Dans cette guerre désormais déclarée entre les politiques ultralibérales d’austérité et le camp de la reprise, on peut se poser la question : va-t-on vers la fin de l’Euro ? Dans un éditorial de ce 7 mai au New York Times, Paul Krugman, le prix Nobel d’économie qui a fustigé les politiques d’austérité de l’Union européenne, va jusqu’à souhaiter de « casser » la monnaie unique européenne. «Une réponse – une réponse qui ferait sens mais que quasiment personne ne veut admettre en Europe – serait de casser l’euro. L’Europe ne serait pas dans cette tourmente si la Grèce avait encore la drachme, l’Espagne la peseta et l’Irlande sa livre, etc. : parce que la Grèce et l’Espagne auraient ce qui leur manque aujourd’hui : un moyen rapide de restaurer leur compétitivité et de soutenir leurs exportations, qui s’appelle dévaluation. » (source Mediapart). Il s’agirait donc de limiter l’Euro aux seuls pays de l’Europe industrielle du Nord-Ouest, c’est-à-dire de la zone économique centrée sur l’Allemagne.

 

Cela bouleverserait  le projet européen, voire même signifierait sa fin, avec toutes les conséquences qui s’en suivrait. Ce ne serait plus l’Europe à deux vitesses, comme elle existe depuis longtemps, on irait vers deux Europe : celle du Nord et celle du Sud. Le rêve se transformerait en cauchemar grâce aux apprentis-sorciers conservateurs qui dirigent le continent – la Grande Bretagne s’en étant exclu – depuis trop longtemps.

 

En plus des mesures de réformes de la BCE et de mutualisation de la dette prônées par la gauche européenne, il faudra élaborer un nouveau projet pour que s’installe une réelle solidarité européenne.

 

 

Pierre Verhas

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 20:55
Ce dimanche, il y a un autre scrutin en Union européenne, sans doute tout aussi important par son enjeu que l'élection présidentielle française : les élections législatives en Grèce. On s'en rend compte : l'avenir de la politique monétaire de l'Union, avec un risque de catastrophe politique majeur à savoir une Grèce ingouvernable et donc à la merci d'un coup d'Etat.
 
Ce scénario catastrophe n'est pas de la fiction. Voici un article de Yorgos Mitralias paru dans Mediapart, le site indépendant de gauche français, sur la montée de l'extrême-droite en Grèce qui pourrait constituer une force majeure dans le pays où la démocratie est née. Ainsi, on pourra dire "merci" à une gauche qui n'en est plus une et la folie ultralibérale qui ruine les peuples et les jette dans la misère et dans les griffes de la tyrannie.
 
Mais, chut ! C'est extrémiste d'écrire cela ! "Résistance" est le mot d'ordre du Front de gauche en France, mais la Résistance cela s'apprend. Cet article sur la gauche grecque face à l'extrême-droite est édifiant, à ce sujet.
 
Pierre Verhas
 
«Pour être à la hauteur des enjeux historiques de la guerre lancée par la bourgeoisie grecque et internationale contre elle et le monde du travail, la gauche grecque doit s’éloigner de sa routine et de ses habitudes, de son mode traditionnel de faire de la politique, de penser et d’agir.»
Par Yorgos Mitralias, membre du Comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde (CADTM).

Dépourvue de traditions et de pratiques antifascistes, la gauche grecque, pratiquement toutes tendances confondues, assiste impuissante et désemparée à la répétition dans son pays du drame de la République de Weimar, non pas comme une farce mais très probablement comme une tragédie annonciatrice de grands malheurs européens. Les faits récents en témoignent : après avoir investi, pendant ces derniers mois, ses espoirs dans cette gauche se situant à la gauche de la social-démocratie néolibérale (Pasok), la petite bourgeoisie grecque ruinée et aux abois s’en détourne en un temps record et est maintenant en train de chercher à l’autre extrémité de l’échiquier politique les solutions radicales à ses problèmes historiques et cataclysmiques…
 
En effet, il a suffit que les formations de la gauche plus ou moins radicale (KKE, Syriza, Antarsya, Gauche Démocratique…) se montrent incapables d’exploiter le fait qu’elles monopolisaient de fait l’opposition au gouvernement dit d’Union nationale du banquier Loucas Papadimos, pour que des pans entiers de la société grecque leur tournent le dos en quelques semaines, et s’orientent vers des formations se situant aux antipodes de la gauche radicale, à l’extrême droite même néonazi ! Non seulement ces partis et coalitions à la gauche du Pasok voient se réduire plus que drastiquement ces 50% à 54% d'opinions favorables qu’elles recueillaient ensemble cet hiver, mais cette réduction se fait en partie au profit d’une extrême droite violente, raciste et pogromiste, qui veut en découdre avec tout ce qui est rouge ou même rose. Et tout ça en quelques semaines, pratiquement d’un jour à l’autre!...
 
En réalité, tout ce qui se passe depuis des mois en Grèce illustre d’une manière saisissante l’énorme poids de la petite et moyenne bourgeoisie dans la société grecque et l’influence déterminante qu’elle est appelée à exercer sur les événements à venir. Mais attention, il ne s’agit plus seulement de ça. L’extrême paupérisation de cette « société de boutiquiers » à laquelle a conduit l’application de plans d’austérité successifs radicalise à l’extrême cette petite et moyenne bourgeoisie grecque désormais en haillons, la pousse loin de ses représentants politiques traditionnels, la transforme en auditoire bienveillant de tous ceux qui professent des solutions radicales à sa déchéance sociale. En somme, déracinée et désespérée, ruinée et aux abois, cette petite bourgeoisie grecque en colère est désormais disponible pour soutenir activement tout projet politique qui lui semblerait offrir des solutions radicales à son problème existentiel. Et c’est pourquoi elle suit de plus en plus régulièrement un mouvement de pendule, se tournant d’un extrême politique à l’autre en des laps de temps de plus en plus courts…
 
Tout ca peut paraitre évident et même « élémentaire » mais pas en Grèce, car c’est, malheureusement, un fait que les classes moyennes grecques ont toujours été et restent totalement absentes en tant que telles des analyses, des projets et des pratiques de l’ensemble des formations politiques de gauche de ce pays ! Cependant, cette tare qui pourrait passer presque inaperçue en « temps normal », devient à cette heure de vérité qu’est l’actuel moment historique, un handicap colossal pouvant conduire au désastre non seulement le mouvement ouvrier mais aussi des générations entières de salariés et citoyens grecs.
 
Les conséquences de cette « spécificité » de la gauche grecque sont déjà visibles et dramatiques. Faisant coïncider le marais petit-bourgeois grec avec le « peuple » mythique et fourre-tout de ses origines (staliniennes) idéologiques, qui est –nécessairement– toujours du bon coté, la gauche grecque se découvre maintenant totalement démunie de moyens de compréhension de ce qui est en train d’arriver à la base de la société grecque. C’est ainsi qu’elle prend, depuis quelques mois, des vessies pour des lanternes en identifiant comme étant nécessairement de « gauche » les manifestations de la colère petite bourgeoise, dont la couleur politique n’est absolument pas donnée d’avance puisqu’elle est –par excellence– le plus critique des enjeux de l’affrontement entre le capital et le monde du travail.
Les résultats de cette « incompréhension » pavent déjà le chemin de cette inversion de tendance (aux dépens de la gauche et au profit de l’extrême droite) mentionnée au début de ce texte. Confondant par exemple toute critique virulente (ou même violente) du parlementarisme bourgeois avec une opposition radicale de gauche au régime bourgeois, la gauche grecque a abdiqué d’avance de son devoir historique de se battre jour après jour pour gagner à son projet politique ces couches petites bourgeoises, qui aiment promettre la potence aux 300 « traîtres » du Parlement grec. Et c’est ainsi qu’elle n’a ni reconnu ni vu venir des concurrents politiquement diamétralement opposés à elle qui, eux, se battent très consciemment et méthodiquement pour gagner à leur cause cette petite bourgeoisie aux abois…
 
Cette situation déjà très inquiétante devient pourtant plus qu’alarmante alors que la force qui monte en flèche parmi ces « concurrents politiquement diamétralement opposés » est un ex-groupuscule ultra violent de tueurs néonazis, appelé « Aube Dorée » (Chryssi Avghi) ! Force est d’avouer que sauf rares exceptions héroïques à l’intérieur de Syriza et d’Antarsya, la gauche grecque semble totalement désarmée devant ce péril néonazi qui constitue une nouveauté absolue dans l’histoire de la Grèce moderne. En effet, tant dans le subconscient collectif que dans la tradition de la gauche grecque, le « fasciste » n’a rien à voir avec le membre de l’Aube Dorée. C’est plutôt l’éternel « mouchard du quartier » légué à l’histoire du pays par tant de dictatures militaires et autres régimes policiers de vainqueurs de guerres civiles.
Cependant, le flic ou le mouchard qui n’est en dernière analyse qu’un fonctionnaire d’Etat ne peut en aucune manière être assimilé ni à un fasciste ni à un néonazi. Et à plus forte raison à un mouvement et un parti néonazi. Alors, habituée comme elle est à appeler « fascistes » ceux qui n’étaient que des simples serviteurs subalternes des régimes forts, la gauche grecque semble maintenant totalement impréparée et sans défense devant un mouvement politique néonazi qui prétend avoir les mêmes ennemis qu’elle (les plans d’austérité, les gouvernements des partis néolibéraux, la Troïka, les bureaucrates de Bruxelles…) et qui en plus leur attribue souvent les mêmes noms (ploutocratie, impérialisme, capitalisme cosmopolite, traîtres à la patrie…). Le résultat de cette « impréparation » est déjà tragique. Cette gauche grecque semble incapable non seulement de contrecarrer mais même d’expliquer la montée en flèche de l’Aube dorée (en trois, quatre mois, elle est passée de 1% à 6,5% des préférences des Grecs) et tout laisse, malheureusement, présager son développement encore plus foudroyant dans les mois à venir.
 
Mais, encore plus alarmant que l’essor électoral, est le développement organisationnel et surtout l’extension de l’influence sociale et politique des néonazis grecs. Voici donc un événement récent qui en dit long sur cette « impréparation » de la gauche grecque et qui illustre parfaitement la dramaticité de la situation. Voulant répondre aux remous qu’avait provoqué le bon accueil réservé à une forte délégation de l’Aube Dorée par les ouvriers grévistes des Aciéries, qui mènent une lutte exemplaire depuis bientôt cinq mois sous la direction exclusive des syndicalistes du KKE, le BP de ce parti a sorti une déclaration fustigeant… « les pseudo-révolutionnaires de l’Aube Dorée et de Syriza » !
 
Comme on pouvait s’y attendre, cette déclaration a provoqué maintes protestations car, selon la vieille habitude du KKE, elle mettait dans le même panier les néonazis et les militants de la Coalition de la Gauche Radicale (Syriza). Mais, encore une fois est passé pratiquement inaperçu le fait que pour la direction du PC grec, les néonazis ne sont finalement que des… « pseudo-révolutionnaires » ! C’est-à-dire presque inoffensifs et non pas une bande armée et violente servant les intérêts a long terme du capital et ayant pour objectif principal d’atomiser la classe ouvrière en détruisant pour longtemps ses organisations syndicales ainsi que les partis politiques de gauche.
 
Une telle méconnaissance de la nature des organisations fascistes de la part de la gauche grecque est sûrement annonciatrice de grands malheurs à venir. Et le pire c’est que ces malheurs ne se limiteront au niveau électoral. En effet, après avoir fait des immigrés la cible prioritaire de leurs expéditions militaires meurtrières, et encouragés par l’impunité scandaleuse dont ils jouissent, les néonazis grecs étendent désormais leur « champ d’action » à tout ce qui bouge à gauche et même au-delà (Pasok inclus), sans faire de distinction entre radicaux et réformistes. Leur projet est clair : se poser en alternative jusqu’au-boutiste au « système » et terroriser les foules usant une violence inouïe. Et tout ca sans jamais cacher leurs références hitlériennes. Même s’il est provisoire, le bilan de leur stratégie crève les yeux : ça marche ! Ils attirent du monde et ils ont le vent en poupe…
 
Le pourquoi de ce succès cauchemardesque n’est pas dû seulement à la crise et au manque de traditions et de culture antifascistes dans la société et la gauche grecque. Ce succès est aussi explicable par le fait que l’extrême droite grecque profite des traditions racistes, chauvines, obscurantistes et réactionnaires cultivées et soigneusement entretenues depuis des décennies par l’idéologie et surtout la pratique « officielle », celle de l’Etat grec et de ses partis dominants. Ce n’est pas seulement que l’Etat grec est le seul en Europe (et au-delà) à ne pas être encore séparé de l’église (ultraconservatrice) ! C’est aussi que les SS grecs, du temps de l’occupation nazie, sont toujours reconnus comme… résistants et touchent régulièrement leur pension pour les services rendus à la patrie reconnaissante. C’est que des personnalités d’un parti de gauche proposent, sans provoquer de réactions, de résoudre la question de l’immigration en parquant les immigrés sans nourriture sur « des rochers de la mer Egée » ! Si on ajoute à tout cela que, voulant contrecarrer l’influence grandissante de l’extrême droite raciste, les gouvernants jouent de plus en plus aux apprentis sorciers, lançant quotidiennement des véritables pogroms contre les immigrés et parlant d’eux à la TV comme s’ils étaient moins que des bêtes sauvages à exterminer, on peut comprendre tant la banalisation en cours des néonazis que leur succès auprès des foules désorientées et ruinées à la recherche d’alternatives radicales et surtout vengeresses. 
   
 
 
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Une gauche grecque désarmée face à l'extrême-droite. Seulement la grecque ?
Alors, doit-on conclure que la Grèce est condamnée d’avance à devenir la proie facile de l’extrême droite et à subir la « normalisation » de sa société encore rebelle aux diktats de la Troïka ? La réponse est Non.
     
Rien, absolument rien n’est décidé d’avance, tout reste encore possible et aucun fatalisme n’est permis. Mais, à deux conditions fondamentales: que la gauche grecque a) dépasse rapidement sa fragmentation et son sectarisme viscéral et apprenne d’urgence à unir ses forces devant l’ennemi de classe commun, et b) forme un front unique de lutte antifasciste avant qu’il ne soit trop tard.
Cependant, le temps presse désespérément, la société grecque –et la classe ouvrière– se désagrège rapidement et c’est archi-faux de penser que l’approfondissement de la crise conduira fatalement à l’effondrement du régime et peut être du système lui-même. D’ailleurs, tant que l’actuelle situation clairement prérévolutionnaire ne se transforme pas en situation révolutionnaire (par les soins de la gauche radicale) alors oui, c’est presque fatal qu’elle vire à la contre-révolution, qu’elle devienne contre-révolutionnaire ! Et les signes de ces dernières semaines sont inquiétants : les deux grands partis gouvernementaux et néolibéraux voient leur chute libre arrêtée et reprennent confiance, tandis qu’à droite apparaissent de nouvelles formations politiques qui disputent aux partis de gauche le monopole de l’opposition aux mesures d’austérité. C’est vrai que pour l’instant, on n’est qu’au début de cette inversion de tendance et que la gauche grecque dispose encore d’un certain capital de confiance populaire. Cependant, attention : on assiste déjà en Grèce à une accélération exceptionnelle du cours de l’histoire et les renversements de situations se font désormais en l’espace de quelques semaines. Ceux qui ne comprennent pas cette caractéristique fondamentale des périodes « anormales » de l’histoire, comme celle qu’on traverse actuellement en Grèce, sont condamnées non seulement à ne pas comprendre ce qui se passe aux tréfonds de la société mais aussi à être pris en permanence au dépourvu par les événements sociaux et politiques « imprévus ». En somme, à être défaits avant même de livrer bataille…
Nous voici donc devant une autre grande faiblesse de la gauche grecque : pour elle, le temps politique et social reste toujours le même, inchangé et immobile, c’est un temps plat ou tout accélération de l’histoire est inconcevable et exclue d’avance ! C’est alors, parce que le moment historique actuel ne diffère pas de n’importe quel autre, que la direction du KKE (comme d’ailleurs celle trop réformiste de la Gauche Démocratique) présente comme unique solution à la crise le renforcement graduel de ce parti, feignant ainsi d’ignorer que tout (y inclus le sort du KKE lui-même) se joue non pas dans un futur indéfini mais aujourd’hui, dans les mois à venir. De même, la coalition d’extrême gauche Antarsya, bien que moins aveugle et sectaire que le KKE, ne voit pas comment elle pourrait s’allier maintenant à d’autres formations de gauche car trop faible pour l’instant pour faire le poids face par exemple à Syriza. Elle conseille donc… la patience, feignant d’ignorer que l’histoire ne fait pas patience et nous promet des lendemains désastreux si on remet pour demain ce qu’on doit faire aujourd’hui. Enfin, la Coalition de la Gauche Radicale (Syriza), bien que la plus unitaire de tous, se contente avec ses successives propositions d’alliances électorales, plutôt de mettre au pied du mur les autres formations de gauche que d’œuvrer concrètement pour la création d’un front unique de gauche qui regroupe, organise et coordonne, en vue de les rendre efficaces, les résistances partout à la base de la société grecque, dont on a tant besoin aujourd’hui et pas demain…
 
Le fait est donc que remettre pour demain les décisions et les choix que l’urgence sociale et politique nous impose de prendre et de faire aujourd’hui c’est faire preuve d’une irresponsabilité criminelle envers la gauche grecque et internationale, les travailleurs grecs et européens. Car c’est maintenant et pas « plus tard », dans les combats d’aujourd’hui et pas d’un demain qui peut être n’existera plus, que va se jouer le sort pas seulement de nous-mêmes mais des générations à venir. Pas seulement de telle ou telle conquête des salariés mais de l’existence même des organisations du monde du travail dans son ensemble, de l’existence de la classe ouvrière en tant que telle ! Ne pas comprendre tout ca, les vrais enjeux de l’affrontement en cours, c’est alors ne pas avoir une idée claire, ne pas comprendre la profondeur et l’intensité exceptionnelle, les dimensions véritablement historiques de l’actuelle offensive du capital contre les travailleurs et les travailleuses, contre l’immense majorité de « ceux d’en bas » de nos sociétés. En somme, ne pas comprendre que c’est parfaitement concevable et réaliste la perspective d’un demain qui verrait notre sort déjà réglé, d’un demain qui ne nous laisserait plus aucune chance de nous battre pour les décennies à venir…
 
Notre conclusion est donc catégorique : pour être à la hauteur des enjeux historiques de la guerre lancée par la bourgeoisie grecque et internationale contre elle et le monde du travail, la gauche grecque doit s’éloigner de sa routine et de ses habitudes, de son mode traditionnel de faire de la politique, de penser et d’agir. En conséquence, elle doit tout d’abord prendre conscience que l’affrontement actuel n’est pas une simple répétition des précédents, mais quelque chose de nouveau qualitativement différent, qu’il est ici pour rester, qu’il aura une grande durée, et surtout qu’il est un combat global s’étendant sur toute la sphère des activités humaines. Si elle prend conscience de tout ça, de cette réalité absolument nouvelle, alors elle saura rendre son combat non seulement unitaire et radical au maximum mais aussi enraciné aux profondeurs de la société dans un mouvement organisé de longue haleine et autour d’un projet alternatif pour une Europe des peuples et des travailleurs qui reste toujours à inventer.
 
Mais attention : le temps presse et ce qui est encore possible aujourd’hui ne le sera probablement pas demain…
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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 22:47

Il y a quelques semaines, j’avais rédigé un « papier » sur ce blog intitulé : « Je n’y crois pas ! » (À la victoire de François Hollande aux élections présidentielles). Je me suis trompé sur deux points : Sarkozy n’a pas réussi à éliminer l’extrême-droite, ni même à la marginaliser. Bien au contraire, elle fait un score jamais atteint depuis qu’elle se présente aux élections. En second lieu, j’y ai dénoncé le flou du discours de centre-gauche du PS, parti qui cache mal ses divisions internes et une certaine incohérence. Cependant, il ne s’agit pas à ce premier tour, d’une victoire de la gauche, mais d’une défaite de Sarkozy.

 

François Hollande qui s’est lui-même qualifié de « candidat normal », que Mélenchon appelait « le capitaine de pédalo dans une tempête », que même sa rivale, que Martine Aubry, considérait comme trop « mou », a au contraire montré une forte personnalité et a réussi à durcir son discours et surtout à le rendre cohérent.

 

 

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François Hollande a réussi à prononcer un discours cohérent.

 

 

Ces deux éléments ont donné le résultat que l’on connaît. Pourtant, il est loin d’être réjouissant. À ce premier tour des élections présidentielles, aucun des candidats  n’a obtenu l’adhésion d’un tiers de l’électorat. C’est fort peu pour un futur Président de la République. De plus, Hollande arrivé en tête, ne dispose pas d’une réserve de voix suffisante pour être certain de battre le « candidat sortant » au deuxième tour. Chacun des deux « challengers » aura  besoin des voix d’extrême-droite pour l’emporter. Hollande lui-même ne s’en cache pas : dans « Libération » (24/04), il le proclame : « A moi de convaincre les électeurs du Front national ! ». Or, pour Hollande, chasser ces voix équivaudrait à renier les principes essentiels de son combat. L’électeur ne comprendrait pas. Ainsi, il est assez surprenant, par exemple, qu’il soit intervenu en soutien à ce policier inculpé d’homicide volontaire pour avoir abattu un truand en cavale.

 

Qu’est devenu le « peuple de gauche » ?

 

C’est un terrible aveu ! Le centre gauche est contraint à la pêche aux voix dans le camp antirépublicain. Cela signifie que la gauche n’est pas assez forte pour s’imposer elle-même, comme ce fut le cas en 1981 – rappelez-vous le « peuple de gauche »…  Aujourd’hui on en est à glaner les voix du pire ennemi. C’est la preuve que le socialisme « gouvernemental » n’est plus populaire. Et c’est là sa première faiblesse.

 

Lorsque le think-tank Terra Nova prôna le « boboïsation » de la « clientèle » du PS, il a jeté le masque : l’élite socialiste se détourne des classes populaires, laissant ainsi le terrain à Jean-Luc Mélenchon. Malheureusement, le candidat du Front de gauche n’a pas atteint son objectif : marginaliser l’extrême-droite pour renforcer la gauche. Il déplore d’avoir été bien seul dans ce combat. Mélenchon n’a pas tort et les Socialistes le payeront très cher dans un proche avenir. Soit dit en passant, Jean-Luc Mélenchon a réussi à renforcer le courant à gauche du PS. En effet, il surnageait à quelque 5 %. Il a atteint plus de 11 %. C’est, malgré tout, un franc succès. Il faut cependant le constater : les classes populaires et les classes moyennes sont abandonnées par les partis « gouvernementaux ». Cela explique leur déconfiture.

 

L’ultralibéralisme affaibli mais encore très fort

 

Le camp de la droite néolibérale est quant à lui considérablement affaibli. Sarkozy qui a eu très peur du FN et de Marine Le Pen paye sa politique de droite « dure » aussi bien sur le plan économique, notamment en ne luttant pas contre la désindustrialisation accélérée de la France, en favorisant systématiquement les plus riches au détriment de la classe moyenne et des plus pauvres ; que sur le plan politique par l’odieux discours de Grenoble, le sinistre débat sur l’identité nationale et ensuite par les mesures discriminatoires de son ministre de l’Intérieur, le très réactionnaire Guéant. Tout cela constitue les causes évidentes de son échec – encore relatif – au premier tour de l’élection présidentielle, sans compter ses promesses non tenues en matière d’emplois.

 

 

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Nicolas Sarkozy a "pétainisé" son discours.

 

 

Depuis, Nicolas Sarkozy a « pétainisé » son discours. Il a réintroduit de vieilles notions comme le « vrai travail », ses diatribes contre les « corps intermédiaires » - entendez les syndicats – fleurent nauséabond le maréchalisme ! Sa stratégie de courir après la frange la plus réactionnaire de la population française risque de lui coûter très cher le 6 mai prochain, mais cela peut aussi payer, étant donné l’absence de Marine Le Pen. C’est un quitte ou double.

 

François Hollande devrait au contraire dénoncer cette stratégie qui peut avoir de graves conséquences pour la France, au lieu d’en vain courir après les voix du FN. Il devrait se démarquer de manière ferme de cette dérive qui prend des allures d’un mouvement de masse. Redevenez vous-même, citoyen Hollande ! Allez vers le peuple, au lieu de flatter son désarroi ! C’est seulement ainsi que vous aurez une réelle chance de l’emporter.

 

L’Europe pour Hollande ?

 

Il y a un élément important qui joue en faveur de François Hollande : les dirigeants européens parient sur Hollande au deuxième tour. Il faut dire que la politique d’austérité et le pacte budgétaire ont du plomb dans l’aile. L’Espagne de Rajoy espère freiner le rythme des économies budgétaires. Le gouvernement hollandais est menacé par la défection du parti xénophobe de Geert Wilders qui ne souhaite pas soutenir sa politique d’austérité. Le Guardian en tire les conclusions : «  Tandis qu'Angela Merkel est engagée dans une course contre la montre pour faire ratifier ses mesures d'austérité en Europe (...), la politique intérieure de plusieurs Etats membres clés en Europe est en train de prendre la direction opposée. » Or, Hollande a eu la bonne idée d’annoncer dans son programme la renégociation du pacte budgétaire. Tout le microcosme hurlait. Pourtant, depuis que sa victoire se profile, il y a un profond changement en Europe. Mario Draghi, le président de la BCE, plaide pour un pacte de croissance en parallèle avec le pacte budgétaire. Mario Monti vient aussi avec la croissance. Enfin, le Premier ministre belge Elio Di Rupo n’a cessé de parler de croissance depuis son arrivée au pouvoir. Conséquences : Hollande, non encore élu, est déjà renforcé au niveau européen et Merkel est de plus en plus isolée.

 

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Angela Merkel isolée n'a pas dit son dernier mot : elle refuse de renégocier le pacte.

 

 

Cependant, il ne faut pas se réjouir trop vite. Pour les Draghi, Monti et Barroso, il faut certes se tourner résolument vers la croissance. Mais quelle croissance ? Elle s’orienterait vers l’économie verte qui pourrait générer vingt millions d’emplois ! Mais, cela se ferait avec plus de flexibilité, avec une diminution de la fiscalité sur le travail (entendez les charges sociales des employeurs), une libre circulation des travailleurs (autrement dit, rétablir une sorte de directive Bolkestein), le SMIC à géométrie variable. Le seul point positif est l’adoption d’un contrat de travail type avec la suppression des contrats dits « atypiques ». Cela se réaliserait dans la concertation sociale. On sent que cette proposition politique résulte d’un débat au sein  de la Commission entre le Commissaire socialiste aux affaires sociales, le Hongrois Lazlo Andor et ses membres les plus ultralibéraux. Donc, la vigilance reste de toute façon de plus en plus de mise !

 

Enfin, le rôle de la BCE pourrait être redéfini pour enfin se consacrer à la solution sur les dettes souveraines.

 

Un  réel espoir, mais sans illusions

 

Tout cela dénote la perspective d’un vrai changement au sein de l’Union européenne. Il nécessitera, ne nous faisons pas d’illusions, un combat long et difficile. Les ultralibéraux et l’establishment économique allemand sont loin d’avoir dit leur dernier mot.

 

C’est incontestablement une victoire avant la lettre pour François Hollande. Il a un autre atout : l’appui sans réserve de Mélenchon. Mais Sarkozy a encore beaucoup de cartes dans son jeu. S’il parvient à se rallier le « marais » de la droite française, la mouvance la plus réactionnaire et xénophobe, il a encore pas mal de chances de « rempiler » le 6 mai.

 

Tout est donc possible. C’est pourquoi j’y crois un tout petit peu et j’espère beaucoup.

 

 

Pierre Verhas

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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 17:55

 

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 Jean-Luc Mélenchon : le méchant populiste, l'homme à abattre !

Il est de bon ton de désigner Jean-Luc Mélenchon comme un leader populiste, ringard, nostalgique des régimes communistes d’antan, castriste, ami de la Chine communiste (qu’il y a longtemps qu’on n’appelle plus « populaire ») et, péché suprême, partisan d’Hugo Chavez.

 

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Hugo Chavez : le pestiféré réélu démocratiquement trois fois sous contrôle international 

 

Mélenchon est le seul candidat à l’élection présidentielle à proposer un changement radical d’orientation en tous les domaines. En politique internationale, il veut que la France quitte l’OTAN, il veut une alliance qu’il appelle « altermondialiste » avec les BRICS – les pays émergents de tous les continents, dont la Russie et la Chine – afin de briser le carcan occidental dans lequel la France et l’Europe sont enfermées depuis trop longtemps. En ce qui concerne l’Union européenne, il souhaite que la BCE « fasse son boulot », autrement dit qu’elle prête aux Etats à 1% pour résorber la dette et n’utilise plus ce système absurde qui consiste à prêter aux banques à ce même taux et auxquelles les Etats sont contraints d’emprunter à des taux variant en fonction de leur conjoncture économique. Ces taux beaucoup trop élevés sont une des principales causes des graves difficultés que connaissent l’Espagne et le Portugal et de la catastrophe grecque.

 

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Si Mélenchon a du succès et si Hollande est élu, la droite prévoit une crise grecque à la France.

  

Enfin, Mélenchon veut un réel progrès social avec une augmentation substantielle du SMIC, une réduction du temps de travail et augmenter les impôts des plus riches. Programme considéré comme démagogique, utopique, dangereux par la droite et même certains Socialistes !

 

Cependant, « Méluche » grimpe dans les sondages. Il a surpris le microcosme par le grand rassemblement à Paris, à la place de la Bastille, autour de sa candidature et de son programme. Il s’en est suivi un déplacement de masse à Toulouse, à la place du Capitole et enfin, à Marseille, au Prado. Les candidats principaux – Sarkozy et Hollande – doivent désormais compter avec lui qui venait des profondeurs des sondages pour ensuite effectuer une remontée spectaculaire où il dépasse – encore de peu – la candidate d’extrême-droite, Marine Le Pen. Cependant, on sait ce que valent les sondages ! Il est même évident qu’ils sont manipulés dans l’intérêt de la stratégie de celui qui se fait appeler le « candidat sortant ». Pourtant, incontestablement,  la candidature de Mélenchon est devenue le point central de cette (trop) longue campagne présidentielle.

 

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Le rassemblement de masse à Marseille fut aussi festif : "La plage au peuple" 

 

« Couvrez ce sein… »

 

Ses adversaires de l’establishment de droite comme de gauche lui reprochent son « populisme », ce mot fourre-tout où  comme la réplique dans Tartuffe : « Couvrez ce sein que je saurais voir », l’on y jette tout ce qui pourrait gêner. Mais, en l’occurrence, le sein en question pourrait donner un lait très nourrissant à la France. En effet, Mélenchon a une stratégie bien élaborée avec un entourage de grande qualité et de haut niveau.

Ils me manipulent et moi, je les manipule !

 

Pour cela, il s’est inspiré des grands bouleversements qui ont lieu en Amérique latine. Il ne s’en cache d’ailleurs pas. Dans une interview au journal argentin Pagina 12 reprise par le site « le Grand Soir » (http://www.legrandsoir.info/jean-luc-melenchon-mes-modeles-je-les-ai-pris-en-amerique-latine-pagina-12.html), Jean-Luc Mélenchon explique : « Chez nous, tout est nouveau : le Parti de Gauche est nouveau, il aura quatre ans en novembre prochain, le Front de Gauche lui aussi est nouveau. Nous-mêmes, nous sortons des catacombes, nous sommes un courant qui a été sur le point de disparaître du paysage politique. En réalité, j’ai pris mes modèles en Amérique Latine, je me suis inspiré de ce qui s’est passé là-bas. Par exemple, le Front de Gauche est une formule politique qui réunit des partis très différents. Nous avons maintenant même des écologistes originaires de la frange la plus radicale. Dans le Front lui-même, nous avons des partisans de la non-croissance, des partisans de la croissance et des communistes. Tous ont réussi à se retrouver sur une ligne commune. Dans ce cas, le modèle auquel je me réfère est le Frente Amplio uruguayen. Il a été pour moi une source d’inspiration depuis plusieurs années. La révolution citoyenne est un projet fédérateur car elle inclut l’idée du pouvoir citoyen. Ce terme a permis la convergence de traditions révolutionnaires très diverses. Et bien, cette idée-là, je l’ai prise à l’Equateur. Quant à la manière d’affronter le système des média, je l’ai prise chez Nestor et Cristina Kirchner. Ici, en France, on attribue ce style à mon mauvais caractère, à mes difficultés, mais en réalité, il n’en est rien : ils me manipulent et moi, je les manipule. Maintenant, je les ai mis au pas, exactement comme ont fait Nestor Kirchner et Cristina Kirchner. En somme, je m’inspire beaucoup de la tradition révolutionnaire d’Amérique Latine. Notre consigne est : « Qu’ils s’en aillent tous ! » Cette consigne, je l’ai tirée de la crise argentine de 2001. »

 

 

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Cristina Kirchner : sa politique a inspiré Mélenchon.

 

 

Vous les Européens, la dernière fois qu’il y eu une crise chez vous, pour en sortir, vous avez déclenché une guerre mondiale et la Shoah !

 

 

Un autre aspect méconnu est sa démarche. Mélenchon a réussi à se débarrasser de ce complexe de supériorité de l’Européen. Il a reçu une leçon qu’il a retenue : « A l’époque de la crise argentine, j’ai eu une discussion avec des camarades qui avaient occupé un hôtel à Buenos Aires. Nous avons parlé du type de socialisme qu’il fallait élaborer à travers les critiques que l’on pouvait faire du modèle vénézuélien ou cubain. Un camarade qui se trouvait là nous dit : « Ecoutez, vous, les Européens, vous êtes très intéressants pour la polémique mais vous êtes en crise. La dernière fois qu’il y eu une crise chez vous, pour en sortir, vous avez déclenché une guerre mondiale et la Shoah. Qu’allez-vous faire maintenant ? » Nous sommes restés muets. Ce camarade avait remué le couteau dans la plaie : la crise du capitalisme de notre époque conjugue crise économique et crise écologique et provoque des déflagrations qui sont beaucoup plus graves que des schémas théoriques : ce sont des déflagrations qui peuvent anéantir l’humanité. Il faut que notre gauche se débarrasse de cette manie des querelles théologiques, des interminables discussions à faire se dresser les cheveux sur la tête. Il faut adopter une pratique rationnelle. Dès qu’une difficulté se présente, il s’agit de la décortiquer, de décortiquer son contenu et de le reconstruire avec des outils qui marchent. Il est impossible de séparer la pratique du travail théorique. J’ai une intuition, une espèce de certitude historique et politique : la classe laborieuse regorge d’idées, de connaissance, elle a un regard d’expert. C’est une source fabuleuse ! Grâce à la dialectique de l’échange, nous pouvons progresser. »

 

 

Dany à court d’arguments sérieux

 

 

 

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 Daniel Cohn Bendit est lui-même simpliste !

 

Ensuite, et cela répond aux accusations de simplisme de Cohn Bendit, le candidat du Front de gauche explique comment il est arrivé à considérer comme essentielle la dimension écologique. « Au début, je n’avais pas pris en compte cette dimension. J’avais une certaine sensibilité pour l’environnement, le gaspillage et la pollution, mais cela n’allait pas plus loin. Du temps de l’ancienne gauche, nous étions capables de tout penser mais nous avions des angles morts. L’un de ces angles morts était : comment vivons-nous ? Dans l’histoire du socialisme, il y a une espèce d’obsession à l’égard de l’homme nouveau. Cependant, c’est une notion si trouble qu’elle finit par devenir dangereuse. Quel est cet homme nouveau sur lequel nous voulons nous reformater, à partir de quoi ? Immédiatement, nous voyons se profiler le risque totalitaire. C’était un angle mort. Le second était que précisément le développement du système peut remettre en question les bases mêmes de l’existence du système car il épuise les ressources et détruit l’environnement. Ce sont les Verts qui ont mis ce sujet sur la table. Je reconnais la dette intellectuelle que j’ai envers eux. Quelqu’un a dit que l’écologie politique était le nouveau paradigme organisateur de la gauche et il a raison. Je me suis intéressé à ce sujet et pour moi cela a été un choc intellectuel, semblable au choc que j’ai éprouvé quand, dans ma jeunesse, j’ai lu le livre de Marx et Engels, « L’idéologie allemande ». Ce fut pour moi une révélation intellectuelle, une clé de compréhension. Il m’est arrivé la même chose avec l’écologie politique. Dans mes recherches, je suis revenu à Marx à travers le souvenir d’une phrase où il parlait de la nature en disant qu’elle était le corps inorganique de l’homme. Marx décrit la relation de l’être humain avec le nature dans une sorte de dialectique où l’être humain est l’un des épisodes de la nature et pas simplement une créature extérieure qui surgit et se pose le problème du contrôle de la nature. J’ai fini par formuler une synthèse entre l’ancienne gauche, dont j’étais un représentant et ce nouveau paradigme. »

 

 

La richesse est synonyme d’irresponsabilité.

 

 

Enfin, Mélenchon définit sa conception de la gauche actuelle. Il ne veut plus des recettes de l’ancienne gauche. « Le problème de la gauche a été qu’elle a adopté le principe selon lequel les standards de vie des riches étaient la voie à suivre. Evidemment, c’est ce que tout le monde réclamait. Et c’est à cela qu’il faut renoncer. La richesse est synonyme d’irresponsabilité pour ce qui concerne les modes de consommation. L’ancienne gauche a commis l’erreur de le croire. Nous avions un regard dépourvu de toute critique sur la consommation. Et même lorsqu’une critique s’élevait, elle n’avait pas de sens car elle se fondait sur des principes moraux. L’écologie politique a permis de résoudre de nombreux problèmes théoriques. Par exemple, l’ensemble de l’idéal progressiste repose sur l’égalité et la similitude entre les êtres humains. Mais cela n’est qu’une illusion. Si on regarde autour de soi, on voit immédiatement que les êtres humains ne sont égaux en rien. Mais nous, nous avons fondé de façon naturelle notre conviction sur cette égalité-là. La Révolution de 1789 dit : « les êtres humains naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Voilà la raison pour laquelle se sont développées en France des formes de pensée totalitaire et raciste. Le postulat de départ était que les choses étaient différentes, que par nature, il y avait des différences, des inégalités, des races. Ceux qui nient l’inégalité naturelle ont conduit tous les régimes égalitaires à être totalitaires, car ils ont dû forcer quelque chose qui est inscrit dans la nature. L’écologie politique résout cet obstacle naturel, et clôt la discussion. Pourquoi ? Parce qu’elle dit qu’il n’existe qu’un écosystème compatible avec la vie humaine. C’est-à-dire que tous les êtres humains sont semblables pour la bonne raison que, si cet écosystème disparaît, les êtres humains disparaissent tous en même temps. Nous sommes alors égaux face aux contraintes imposées par l’écosystème. Ce qui veut dire que si nous n’avons qu’un seul écosystème pour rendre la vie possible, alors, un intérêt humain général existe. Cet intérêt humain général est une réalité. C’est de cette manière que nous arrivons à refonder l’ensemble des paradigmes organisateurs de la pensée de gauche, c’est-à-dire le socialisme, l’humanisme, les Lumières, la République et la Démocratie. »

 

 

 

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Mélenchon (ici avec Leroy du PCF) un populiste ?

 

Nul n’est prophète en son pays !

 

 

Après avoir lu de tels raisonnements, il semble assez difficile de classer Mélenchon parmi les populistes. Il est en effet assez rare qu’un candidat à une élection ait une pensée aussi élaborée. Certains critiqueront son radicalisme, d’autre, et c’est notre cas, estimeront que ce programme est tellement vaste qu’une présidence d’un Etat d’Europe, si important soit-il, n’aura pas les moyens et le temps de le mettre en œuvre, ni même d’en jeter les bases essentielles. Dans l’espace, un changement aussi radical et souhaitable, ne peut se faire dans le cadre d’une seule nation. Dans le temps, il faudra plusieurs mandats pour y parvenir. Enfin, il ne peut se faire par un seul homme, un seul parti, il n’est réalisable qu’avec le concours du peuple dans toutes ses variantes.

 

Certes, Mélenchon en est conscient, mais il sait et il ne s’en cache pas que le temps joue contre lui.

 

Cependant, nul n’est prophète en son pays !

 

Aussi, un appui pragmatique lui est venu du journal britannique le « Guardian » (prononcez « Gardian » et non « Gwardian »…) sous la plume de l’économiste américain Mark Weisbrot, co-directeur avec Dean Baker du Center for Economic and Policy Research à Washington qui est – et cela montre qu’aux USA, la pensée unique n’est pas totalement dominante – un homme de gauche : ce « PhD » (Docteur en Philosophie, c’est-à-dire titulaire d’un troisième cycle universitaire) en économie de l’Université du Michigan s’est opposé à la privatisation du système de sécurité sociale aux Etats-Unis, est très critique à l’égard de la mondialisation telle que conçue par le FMI : « Aucune nation ne s’est jamais sortie de la pauvreté avec les conditions imposées par Washington. » Il a été entendu en audience au Congrès américain pour analyser la crise argentine de 1999. Il a été également consulté en 2004 par la Commission sénatoriale des affaires étrangères pour la situation politique au Venezuela. Weisbrot est correspondant du Guardian et du plus grand quotidien brésilien Folha S. Paulo.

 

 

L’appui d’un des plus grands économistes américains

 

 

Pour le Guardian, il fait ici une analyse pragmatique de la candidature de Mélenchon, pourtant fort critiqué dans la presse anglo-saxonne en général. Il dresse d’abord un bilan impitoyable de la politique de Sarkozy : « Après avoir été l’un des rares pays à hauts revenus à n’avoir pas connu d’augmentation des inégalités entre le milieu des années 1980 et le milieu des années 2000, la France est devenue plus inégalitaire depuis l’élection de Sarkozy. Le rapport entre les revenus du 99ème centile (ceux des 1% les plus riches, en haut de l'échelle) et ceux du premier centile (en bas de l'échelle) est passé de 11,8 à 16,2. D’autres indicateurs d’inégalité ont aussi augmenté sensiblement. Ainsi, le coefficient de Gini ([1]) est passé de 0,260 à 0,299. Ce changement s'est produit entre 2007 et 2010 ; la situation est probablement pire aujourd’hui.

En relevant l’âge de départ en retraite par une réforme inutile qui déclencha une forte opposition et de nombreuses vagues de protestation, Sarkozy a ouvert la voie à une France encore plus inégalitaire pour les années à venir.
»

 

 

Il analyse ensuite le rapport de force politique : « Comme en 2007, l'opinion dominante est que la France vit au-dessus de ses moyens, et Sarkozy prévient à présent que, s'il n'était pas réélu, elle pourrait bien devenir la nouvelle Grèce et affronter une débâcle économique. Il s’engage donc à équilibrer les comptes publics d’ici à 2016.

Malheureusement, son rival du Parti socialiste, François Hollande, promet l’équilibre budgétaire d’ici à 2017. Il y a bien entendu des différences importantes entre les deux candidats, mais si l’un ou l’autre devait appliquer un programme d’austérité budgétaire d’une telle ampleur, à un moment où les économies française et européenne sont si faibles, il est quasiment certain que le chômage et bien d’autres problèmes économiques ne pourraient que s’aggraver. La France perdrait alors certains de ses nombreux acquis sociaux et économiques. »

 

 

En clair, Weisbrot s’oppose aux politiques d’austérité budgétaire et affirme que Hollande, s’il est élu, appliquera un programme d’austérité qui ne pourrait amener qu’à plus de chômage, moins d’investissements et, bien entendu, plus de pauvreté.

Heureusement, écrit-il, « la France dispose d’une alternative plus progressiste : elle s’incarne dans la candidature de Jean-Luc Mélenchon, portée par le Front de gauche. Dans la course à l’Elysée, il semble être le seul à comprendre les choix économiques réels qui s’offrent à la France et à la zone euro. La France n’a nullement besoin d’une cure d’austérité qui la condamnerait à finir comme la Grèce. Au lieu de cela, Mélenchon propose que la Banque centrale européenne fasse son travail, c’est-à-dire qu’elle prête au taux de 1% à la France et aux autres gouvernements européens, comme elle le fait aux banques privées. Le poids du service de la dette française, d’environ 2,4% du PIB est encore assez raisonnable. Si la France peut continuer à emprunter à faible taux, elle pourra se sortir de ses problèmes actuels, tout en créant de l’emploi et en augmentant les revenus. Cela relève du bon sens macroéconomique. »

 

 

Hors des sentiers battus

 

 

Weisbrot se déclare également partisan du programme social de Mélenchon : « Mélenchon veut aussi réduire le temps de travail, augmenter le salaire minimum, ainsi que les impôts pour les plus riches. Il rejette l’absurdité de l’équilibre budgétaire - comme d'ailleurs la plupart des économistes aux États-Unis - et fustige l'absence d'engagement de la Banque centrale européenne en faveur du plein emploi. Cette démarche est pertinente d’un point de vue économique puisque, notamment en période de récession, la BCE peut créer de la monnaie. C'est ce qu'a fait la Réserve fédérale américaine en créant 2 300 milliards de dollars depuis 2008 sans craindre une inflation excessive. »

 

Et il conclut sa démonstration par le constat que, pour la première fois, en France, un vote « hors des sentiers battus » est souhaitable : « Pour le candidat d'un troisième parti, il est beaucoup plus facile en France qu'aux Etats-Unis d’avoir une influence significative, même sans remporter l’élection. Hollande a déjà orienté son discours plus à gauche afin de capter les voix du Front de gauche, et Mélenchon aura des atouts en main avant de soutenir la candidature Hollande au second tour. Alors que les deux grands partis s'engagent à mettre en place des politiques économiques qui diminueront le niveau de vie des Français – alors que, en 2007, seul Sarkozy s’engageait dans cette voie – on peut difficilement trouver moment plus opportun pour voter « hors des sentiers battus ». »

 

Courons le risque !

 

Ainsi, on assistera plus que probablement à un second tour Hollande / Sarkozy. Sans doute, Mélenchon se ralliera à Hollande mais non sans avoir obtenu des points essentiels de son programme. De toute façon – il ne cesse de le proclamer – Mélenchon a une vision à long terme, au-delà de cette élection présidentielle : son objectif est de déclencher une dynamique qui l’amènera à imposer les idées du Front de gauche et à changer le rapport de force, même au-delà de la France. Il faudra voir si Mélenchon sera le « troisième homme » en ayant relégué Marine Le Pen derrière lui. Alors, se déclenchera une dynamique basée sur ses idées fortes. Au cas où Le Pen bat Mélenchon, ce qui est malheureusement toujours possible, il risque au contraire de se retrouver affaibli au sein  de la gauche.

 

 

Enfin, dernière hypothèse : Sarkozy l’emporte. Là, ce serait sans doute la fin du PS et il y aurait une redistribution des cartes à gauche dont le Front de gauche pourrait profiter. Mais dans l’opposition, et pour longtemps.

 

 

Aussi, on peut comprendre l’électeur de gauche qui se rallie à Mélenchon mais hésite à prendre le risque de voir Hollande ne pas disposer de forces suffisantes pour affronter le deuxième tour. Ou alors, comme le préconise Weisbrot, c’est sans doute «le moment le plus opportun pour voter hors des sentiers battus ». Tout engagement comporte un risque et cela vaut la peine de le courir.

 

Alors, c’est le moment ou jamais. Profitons-en !

 

Pierre Verhas




[1] Le coefficient de Gini est une mesure du degré d'inégalité de la distribution des revenus dans une société donnée, développée par le statisticien italien Corrado Gini.

Le coefficient de Gini est un nombre variant de 0 à 1, où 0 signifie l'égalité parfaite (tout le monde a le même revenu) et 1 signifie l'inégalité totale (une personne a tout le revenu, les autres n'ont rien, cas extrême du maître et de ses esclaves).

 

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 21:54

 

La social-démocratie, cette pensée politique en équilibre instable entre la lutte des classes et le capitalisme libéral est la première victime politique de l’offensive ultralibérale.

 

Historiquement dominante en Europe occidentale à la fin de la Seconde guerre mondiale avec la politique keynésienne imposée par les Américains, la social-démocratie a pu engranger d’incontestables progrès sociaux grâce à la sécurité sociale, mais aussi par la lutte de la classe ouvrière pour obtenir un pouvoir d’achat décent. D’autre part, par l’Etat social, il y eut un progrès considérable en matière de soins de santé et le système de pension permettait d’assurer un revenu normal aux personnes âgées.    

 

Ces réussites sont incontestablement à mettre au crédit de la social-démocratie. Cependant, tout cela ne se fit pas sans l’aval du grand capital, particulièrement américain.

 

 

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Paul-Henri Spaak : le prototype d'une social-démocratie de compromis

 

D’autre part, la social-démocratie fut le pilier européen de l’atlantisme. L’exemple de Paul-Henri Spaak en est caricatural. La fondation de ce qui est devenu aujourd’hui l’Union européenne est l’œuvre d’une alliance entre sociaux-démocrates et chrétiens démocrates. Jean Monnet était un banquier influent des deux côtés de l’Atlantique, Robert Schuman, catholique militant, avait été ministre du premier gouvernement de Pétain, Konrad Adenauer était lui aussi un catholique convaincu et avait une vision chrétienne de l’Europe, de même que l’Italien de Gasperi. Spaak se trouvait être le seul social-démocrate dans ce club très fermé des dirigeants politiques de ce qui fut « l’Europe des Six ». Il avait cependant un poids considérable par ses relations transatlantiques.

 

L’Europe du capital suscitait la méfiance des plus lucides.

 

Si l’idée européenne plut à l’ensemble du courant politique social-démocrate dans la partie occidentale du Vieux continent, sa construction suscita la méfiance de la part de quelques dirigeants de la gauche démocratique, et non des moindres. Ce fut le cas de Pierre Mendès-France, ancien Président du Conseil français, qui avait négocié la paix en Indochine et qui jouissait d’un immense prestige. Il dénonça le caractère trop libéral du Traité de Rome et préconisait, en parallèle avec l’Europe économique, de construire l’Europe sociale.

 

 

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Pierre Mendès-France fut le premier à proposer une Europe sociale en contrepoids à une Europe du capital.

 

En Allemagne fédérale, le congrès de Bade Godesberg en 1959 marque l’adhésion du parti social démocrate allemand à l’économie libérale. Le plus puissant parti social démocrate d’Europe occidentale s’inscrivit ouvertement dans l’atlantisme, s’ouvrit aux chrétiens, renonça aux luttes sociales et milita dans l’anticommunisme. Dès lors, la social-démocratie, au niveau européen, était divisée d’une part, entre une gauche encore proche de la classe ouvrière et ayant gardé la notion de lutte des classes et d’autre part, un centre-gauche tentant de donner un volet social au libéralisme.

 

Pas de ligne claire

 

Lors de la décolonisation, la social-démocratie dans les pays concernés, France et Belgique, eut une position ambiguë : deux dirigeants sociaux-démocrates, Guy Mollet et François Mitterrand, eurent une attitude particulièrement dure pendant la guerre d’Algérie. Une autre frange de la social-démocratie se rangea ouvertement dans l’anticolonialisme. Encore une fois, ces contradictions n’eurent pas pour effet une division structurelle de ce courant politique.

 

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François Mitterrand adopta une ligne dure pendant la guerre d'Algérie.

 

Durant les participations aux gouvernements dans la décennie 1980 – 90, la social-démocratie a montré son incapacité à avoir une ligne politique claire. Le plus bel exemple fut le « tournant de la rigueur » du gouvernement Mauroy aux débuts du premier septennat de Mitterrand qui s’était fait élire sur un programme commun très à gauche avec le Parti communiste. Ce manque de clarté lui a valu de perdre du terrain sur le plan électoral dans toute l’Europe, au profit des chrétiens démocrates et des libéraux, ceux-ci étant relégués aux rangs des petites formations politiques à l’époque.

 

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Pierre Mauroy dut changer de cap à son corps défendant.

 

Le coup le plus terrible fut la chute du mur de Berlin en 1989 qui désempara la social-démocratie européenne qui ne parvint pas à définir une réponse crédible à ce nouveau défi. La social-démocratie était isolée politiquement. Une fois de plus elle payait son ambivalence. En dehors des Allemands qui s’étaient ralliés à l’anticommunisme le plus dur (à l’exception notable de Willy Brandt), elle n’avait pas réussi à définir une ligne politique claire à l’égard du « bloc » de l’Est.

 

 

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Willy Brandt (ici au Mur de Berlin à côté de Robert Kennedy) eut le courage de pratiquer une politique d'ouverture à l'Est.

 

 

La social-démocratie ne résista pas à la vague néolibérale.

 

Mais l’écueil le plus grave fut la vague néolibérale lancée en 1979 par Margaret Thatcher et poursuivie en 1980 par Ronald Reagan. La social-démocratie démonétisée eut très difficile à répliquer aux offensives portant atteinte à l’Etat social qu’elle s’engageait à protéger. En outre, la social-démocratie, via un de ses leaders charismatiques de l’époque, Jacques Delors, président de la Commission européenne, joua un rôle majeur dans la transformation de la Communauté européenne en une Union vouée au tout marché, d’abord par l’Acte unique, ensuite par le traité de Maastricht et tous ceux qui suivirent jusqu’à l’actuel traité de Lisbonne.

 

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Jacques Delors fut l'artisan de l'Europe ultralibérale.

 

De plus, l’ouverture à marche forcée vers les pays d’Europe de l’Est déséquilibra le système économique et social. Il renforça le processus de désindustrialisation notamment des secteurs comme la sidérurgie, les délocalisations vers les pays à bas salaire ne cessèrent de se multiplier rendant exsangue l’économie industrielle de l’Europe occidentale et ne contribuant en rien au développement des pays d’Europe centrale et orientale.

 

L’Etat social en fut considérablement affaibli. La montée du chômage doublée du vieillissement de la population en rendit son financement de plus en plus lourd. D’autre part, les pressions du patronat et du secteur financier tarirent les recettes de la Sécurité sociale.

 

Le visage de l’Europe occidentale a été profondément modifié et la social-démocratie donne l’impression d’avoir suivi, voire subi cette transformation radicale et elle s’est montrée incapable d’y apporter sa marque. La désindustrialisation qui en a été l’effet, a changé le rapport de force capital travail. La classe ouvrière a changé de nature. Le chômage de masse et la précarisation sont des défis auxquels la social-démocratie est sans réponse crédible. La crise financière de 2008 suivie de la crise des dettes souveraines n’ont fait qu’accentuer ce phénomène.

 

La déferlante conservatrice

 

Une vague conservatrice déferla sur l’Europe dès le début du XXIe siècle issue de cette situation sociale, des tensions internationales qui ont suivi le 11 septembre et de la faiblesse de la sociale démocratie. Aujourd’hui, sur 27 gouvernements, 23 sont à majorité conservatrice et les quatre restants sont des coalitions. Deux pays ont chacun un Premier ministre social-démocrate : la Belgique et le Danemark. Jamais dans l’histoire de l’Europe d’après-guerre, la droite n’a eu un tel poids.

 

 

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La Commission Barroso II (2010 - 2014) est la plus conservatrice de l'histoire de l'Union européenne.

 

Au Parlement européen, le 28 mars dernier, le groupe socialiste s’est réuni pour écouter un discours de Jacques Delors suite à l’appel qu’il a lancé.

 

Cet appel « pour une alternative socialiste en Europe » signé par tous les députés membres du groupe socialiste du Parlement européen part d’un constat, sommes toutes, assez banal : « Le diagnostic est clair. Les économies européennes, comme toutes les autres, ont été confisquées par l’irresponsabilité quasi-criminelle du secteur financier mondial. Mais l’Europe était déjà confrontée à une tendance de long terme au déclin. Celui-ci est en partie dû au profond mouvement de bascule dans le partage de la richesse mondiale entre l’Ouest et les économies émergentes de l’Est et du Sud. Mais dans ce processus même, nous avons laissé la mondialisation aggraver les écarts de richesses à l’intérieur de tous les pays. » Vient ensuite une sorte d’autocritique : « Sans jamais remettre en question, les règles du jeu, nous avons permis qu’il pénalise tous les pays à système de protection sociale élevée. Dans ce qui était censé être des économies sociales de marché, nous avons permis que diminuent les niveaux de vie, qu’augmentent les inégalités, et que s’accroisse la part du revenu national revenant au profit des entreprises, et d’abord des très grandes, au détriment des salaires. » Enfin, la faiblesse de l’Europe complète ce sombre tableau : « La voix de l’Europe dans les forums internationaux comme le G20, les conférences sur le commerce et sur le changement climatique, du fait de divisions internes et d’absence de stratégie alternative claire. »

 

La social-démocratie est-elle utile ?

 

À la lecture de ce texte, on peut se poser la question de la capacité et de l’utilité de la social-démocratie !

 

D’ailleurs, Delors l’a mis en évidence dans son discours de soutien à cet appel : « L'Union économique et monétaire est prise dans un étau (...) entre d'une part le feu qui couve sur les marchés financiers, et qui est l'argument essentiel de ceux qui veulent nous imposer le pacte budgétaire (...) et d'autre part le risque d'une stagnation, qui confirmerait (...) l'évolution de l'Europe vers un déclin», a affirmé Jacques Delors. «Je n'ai pas de remède miracle. Et je considère que l'appel détaillé des responsables socialistes a bien compris cet étau.»

 

 «L'histoire s'est accélérée ces dernières années, et les socialistes européens sont restés en retrait» (Rapporté par Ludovic Lamant, Mediapart, 10 avril 2012)

Constat d’échec suivi d’absence de solution : ce n’est pas ainsi que la social-démocratie européenne se posera en force politique alternative. D’ailleurs, comme l’ajoute Ludovic Lamant : « Au fond, chacun se pose la même question : après les fiascos Papandréou en Grèce, Socrates au Portugal et Zapatero en Espagne, la social-démocratie, laissée K.O. par la crise, a-t-elle encore quelque chose à dire ? Agirait-elle différemment de la droite, si elle était majoritaire au Conseil européen, et si les marchés financiers exercent à nouveau leur pression ? A-t-elle les armes pour à nouveau gouverner en Europe, comme ce fut le cas à la fin des années 1990 ? »

 

 

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Jose Socrates (Portugal) et Luis Zapatero (Espagne) : deux échecs cuisants de la social-démocratie européenne 

 

Un constat d'impuissance

 

Et le pire, dans ce colloque, on évoque en plus un constat d'impuissance : Zapatero n’a pas eu le choix face à Merkel. Socrates, Papandréou et Zapatero furent confrontés à une domination écrasante des conservateurs au Conseil européen, sans leadership de la Commission européenne totalement subordonnée à la logique intergouvernementale et au directoire Merkel/Sarkozy. Aucun ne se lèvera pour reconnaître la colossale erreur que fut l’appui au traité de Lisbonne qui signe la mise à mort de l’idée fédérale en Europe. De par les pressions des marchés financiers et de la Grande Bretagne, l’Europe se transforme en une vaste zone de libre échange dirigée par les Etats les plus importants au détriment des petits pays et surtout des peuples. La Commission ne joue plus que le rôle de police du grand capital.

 

Les sociaux-démocrates se sont trouvés en panne d’idées. Aujourd’hui, au niveau européen, ils prônent une réponse socialiste au niveau de l’Europe.

 

« Une réponse socialiste à la crise doit donc être européenne. Il ne s’agit pas d’appeler de façon incantatoire à « plus d’Europe », mais précisément à donner à l’Europe les moyens nécessaires à la protection des intérêts et du bien-être des citoyens européens. » Ne sont-ce des vœux pieux ?

 

Une refondation socialiste à l’échelle de l’Europe ?

 

Plusieurs socialistes plaident pour une refondation socialiste à l’échelle de l’Europe. Cependant, cette nouvelle donne politique tiendra-t-elle quand les socialistes reviendront au pouvoir ? N’y aurait-il pas à nouveau la division. Unis dans l’opposition, les sociaux-démocrates se sont souvent montrés divisés une fois au pouvoir. Et cette recherche du pouvoir est la première motivation des dirigeants sociaux-démocrates.

 

Relisons Ludovic Lamant : « «C'est vrai que cela fait longtemps que les partis de centre-gauche, en Europe, n'ont pas eu autant envie de retourner au pouvoir», observe Olaf Cramme, à la tête du Policy Network, un think tank britannique consacré à la gauche européenne. «Mais ils ont fait jusqu'à présent peu de progrès pour bâtir ensemble un programme cohérent et crédible de gouvernement

 

«Regardez le PS, le SPD ou encore le PSOE, à la fin de l'ère Zapatero. Ils ont serré les rangs, de manière assez efficace je dois dire, pour apparaître unis. Mais ont-ils formulé une seule idée qui leur permette, une fois au gouvernement, de répondre différemment à la crise, si les choses se compliquent à nouveau ?» s'interroge Olaf Cramme. Dans une récente tribune au Guardian, il exhorte la gauche européenne à forger de nouvelles réponses face à la crise, faute de quoi «elle gâchera sa chance».

 

«Au niveau européen, les sociaux-démocrates pèchent par leur désunion», rappelait fin 2011 Gerassimos Moschonas, professeur de science politique à l'université Panteion d'Athènes. «Les situations sont très différentes d'un pays à l'autre, et il n'existe pas de stratégie à l'échelle européenne. Il n'y a pas assez de concertation. Pendant la crise de la dette, la social-démocratie n'a pas assumé son rôle d'alternative.» Une erreur qu'elle essaierait donc de corriger aujourd'hui. »

 

Une correction quasi impossible

 

Pourra-t-elle la corriger ? Nous ne le pensons pas. La social-démocratie ne peut plus s’appuyer sur les classes exploitées par le travail ou par la précarité. Le lien qu’elle avait avec la classe ouvrière, via les organisations syndicales, entre autres, est rompu. La social-démocratie ne représente plus le peuple qu’elle prétendait incarner au XXe siècle.

 

En second lieu, comme nous venons de le voir, elle est divisée. Et sans un leader crédible et charismatique entouré d’une équipe solide, sans une idéologie cohérente rejetant ce jeu d’équilibriste entre une gauche utopique et un libéralisme dur en se positionnant clairement sur l’échiquier politique.

 

Pour cela, elle doit retrouver un appui populaire qu’elle a perdu depuis longtemps.

 

L’illusion d’une victoire de François Hollande

 

Les dirigeants sociaux-démocrates européens pensent qu’une victoire de François Hollande aux élections présidentielles du 6 mai prochain pourrait déclencher une nouvelle dynamique.

 

 

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François Hollande peut-il déclencher une nouvelle dynamique en cas de victoire ?

 

 

Pourtant, avec François Hollande, nous nous trouvons à nouveau devant le flou artistique typique des sociaux-démocrates. Ainsi, il a inscrit dans son programme la renégociation du pacte budgétaire, mais il n’en a pas précisé les modalités et de plus, il n’a pas l’aval des autres socialistes européens.

 

La dynamique viendra d’ailleurs. L’ensemble de la gauche doit se restructurer. Le mouvement déclenché par le Front de gauche de Mélenchon peut amener des résultats. Il faut redéfinir le système : le rôle de la Banque centrale européenne, celui de la Commission, le fédéralisme et surtout, le volet social de l’Europe encore dans les limbes. En effet, l’Etat social est menacé dans son existence. Une profonde réflexion à ce sujet est indispensable, sans cela l’Etat social d’Europe occidentale s’alignera sur la précarité sociale des pays d’Europe de l’Est.

 

La menace est claire et il est urgent d’y penser, car 2014 verra les élections européennes et l’installation d’une nouvelle Commission. C’est un enjeu fondamental.

 

Cependant, pour briser la vague conservatrice, il faudra une dynamique bien plus forte qui implique une renaissance socialiste et populaire.

 

Pierre Verhas

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 22:05

Encore une fois une tragédie touchant un travailleur ! Le meurtre soi-disant gratuit de l’agent superviseur de la STIB (Société des transports en commun de Bruxelles), Monsieur Lliaz Tahiraj, a suscité un mouvement social d’une ampleur jamais égalée dans ce service public.

 

 

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Un banal accident tourne en tragédie...

 

 

Les faits : un banal accident entre un bus de la STIB et une voiture privée à 6 h du matin. Le conducteur du bus et les deux occupants de la voiture sont blessés. Conformément à la procédure, le chauffeur du bus fait appel à un superviseur de la Société de transport pour effectuer les constats d’usage. Pendant ce temps, le conducteur de la voiture accidentée appelle avec son portable deux personnes qui s’amènent pendant que Monsieur Lliaz Tahiraj, remplit les papiers d’usage. Il prend ensuite quelques photos. C’est à ce moment-là que deux individus s’amènent. Le chauffeur du bus descend et est agressé par un des individus. Le superviseur l’aide à remonter dans le bus, ce qui lui a sans doute sauvé la vie. L’agresseur s’en prend aussitôt à M. Tahiraj sans doute à cause des photos et le tabasse à mort. Laissant sa victime ensanglantée à terre, il s’enfuit. M. Tahiraj décéde à l’hôpital quelques heures après. L’agresseur est interpellé dans la matinée. Il s’agit d’un « client » régulier de la Justice, notamment pour des faits de trafic de stupéfiants. Et, pas de chance pour les racistes impénitents : le bonhomme est un "Belge de pure souche".  On peut se poser la question : la réaction d’extrême violence de cet individu n’était-elle pas « motivée » par un « deal » de drogue qui a échoué suite à ce banal accident avec comme éléments de preuve les photographies prises par le superviseur ? Alors, parler comme le Procureur du roi de meurtre gratuit, c’est, semble-t-il, aller un peu vite en besogne.

 

 

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Le Procureur du roi Bulthé veut faire croire à un acte "gratuit"...

 

Le monde du travail déjà agressé par la régression sociale, les mesures d’austérité, les menaces de chômage, se voit confronté à une guerre de gangs (petits ou grands) qui n’hésitent pas à tuer toute personne qui entrave leurs actes illicites. Ces gangs se planquent dans les « quartiers » sensibles et se servent de la misère et de la précarité qui y règnent, pour se protéger.

 

Ainsi, les travailleurs des services publics œuvrant sur le « terrain » se trouvent, sans aucun moyen de défense, en première ligne, face à cette violence sans mesure. La mort de Monsieur LLiaz Tahiraj qui était à quelques mois de la prépension en est un dramatique exemple. Une fois de plus, c’est la base productive de la société qui est agressée, tandis que les élites protégées observent ces événements avec condescendance.

 

 

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Lliaz Tahiraj : assassiné parce qu'il faisait son boulot !

 

La preuve : la ministre de l’Intérieur, la chrétienne démocrate Joëlle Milquet, a programmé pour mardi une réunion avec les dirigeants de la STIB, les organisations syndicales, alors que les faits se sont déroulés samedi. Pourquoi attend-elle ? Ne pouvait-elle programmer cette entrevue dimanche ? Sans doute, préfère-t-elle, en bonne catholique, célébrer la fête de Pâques…

 

 

 

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Joëlle Milquet, la Ministre de l'Intérieur, préfère sans doute passer Pâques en famille... La réunion aura-t-elle lieu à la Trinité ?    

 

 

Et, entre la direction de la STIB et le personnel, ce n’est pas la joie non plus. Il y a longtemps que le personnel roulant est victime d’incivilités et d’agressions physiques de plus en plus violentes. Un sentiment d’impunité a commencé à régner sur le réseau des transports urbains bruxellois. Les organisations syndicales ont alerté la direction, ont proposé des mesures. La direction fit engager des stewards dont le rôle n’est pas bien défini. Ils n’ont aucun pouvoir d’intervention et dès lors, n’ont aucun effet dissuasif. Comme toujours, ce sont des demi-mesures que l’on justifie par le manque de moyens financiers. Aussi, face à cette impasse et à cet assassinat, l’ampleur de l’indignation du personnel roulant a contraint la direction à décréter elle-même la fermeture du réseau.

 

 

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Manifestation spontanée des travailleurs de la STIB devant le Palais de Justice

 

Ici, une fois de plus, on touche au cœur du problème. Voilà ce que donnent les politiques de démantèlement des services publics commencées voici trente ans. Les sociétés de transport en commun sont particulièrement victimes de cette politique. D’un côté, on les a forcées à faire des dépenses d’investissement considérables pour le métro, en ce qui concerne le transport urbain, et le TGV pour les chemins de fer, sans compter des rénovations pharaoniques de gares. De l’autre, le réseau ordinaire des chemins de fer est laissé pour compte. Certes des efforts ont été faits pour le réseau de surface urbain, mais dans les deux cas, cela s’est fait au détriment du personnel. Le TGV est depuis lors quasi privatisé et on envisage de céder au privé des lignes de métro « rentables ».

 

En outre, les programmes d’austérité déjà adoptés et ceux qui sont en préparation vont rendre toute solution impossible. La prochaine vague d’austérité, si on n’y prend garde, signifiera sans doute la mort de l’Etat social et celle du service public. Tout cela engendre une société invivable au plus grand profit des gangsters de la finance et des tueurs de la drogue.

 

 

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On sait ce qu'il faut faire à la mémoire de Lliaz Tahiraj

 

Ils ont voulu tuer le service public. Ils assassinent ainsi des travailleurs. M. Lliaz Tahiraj est un des travailleurs emporté par ce maelström. Nous savons, si nous sommes lucides et déterminés, ce qu’il faut faire en sa mémoire.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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Et voilà, cela devait arriver : nous avons à peine posté cet article que le Parquet nous apprend que l’assassin s’est rendu spontanément à la police. Il n’aurait pas d’antécédents judiciaires comme on l’avait affirmé hier. Il s’agirait d’un jeune homme éméché qui s’est « emporté » et qui a tué le superviseur d’un seul coup… Pour un type bourré, tuer un homme d’un seul coup, il faut être fortiche. Un champion, ce mec !

 

On voudrait étouffer l’affaire que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Le bonhomme a été appelé par le conducteur de la voiture. Pourquoi est-il venu ? Pourquoi a-t-il menacé le chauffeur puis frappé le superviseur qui avait pris des photos de l’accident ? Pourquoi, de source judiciaire, a-t-on dit qu’il était connu pour faits de drogues ? Et tout d’un coup, il est devenu un jeune homme blanc comme neige, certes quelque peu alcoolisé, qui aurait frappé « sans intention de tuer ».

 

A notre avis, ce n’est pas ainsi que l’on va calmer les choses…

 

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 13:09

Cette année 2012 voit commémorer le bicentenaire de la naissance d’un des plus grands romanciers anglais, Charles Dickens (1812 – 1870). Dickens est un vrai Londonien qui vécut quasi toute sa vie dans la capitale britannique à laquelle il fut intimement attaché. Il naquit à Portsmouth dans le Hampshire en 1812 et trois ans plus tard, sa famille s’installa à Londres puis à Chatham en 1817. Les Dickens revinrent à Londres en 1822. Ainsi, Charles y vécut le reste de son enfance et puis son adolescence où il connut la pauvreté et la précarité.

 

Contrairement à d’autres écrivains du XIXe siècle qui décrivirent la société dans laquelle ils vivaient, Dickens avait un lien organique avec la métropole anglaise. Ainsi, Balzac était un provincial qui peignit admirablement la société parisienne de son époque. Il en montra l’évolution sociale de la classe dirigeante qui se divisa entre une aristocratie restauratrice de l’ancien régime et une synthèse entre la bourgeoisie mercantile et industrielle et l’aristocratie orléaniste. Zola, bien que né à Paris, ne fut point un enfant de la capitale française. L’auteur des Rougon-Macquart  qui mit admirablement en évidence la terrible condition sociale de son époque à Paris, n’y avait pas non plus cet attachement profond. Tout comme on sent bien que Germinal ne fut pas écrit par un homme du « Ch’nord ».  

 

 

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Charles Dickens fit sans doute à son corps défendant une description sociale sans concessions

 

 

Aussi, bien que Balzac et Zola aient tous deux marqué la mémoire sociale de leur époque dans le Paris où ils vécurent, ils n’eurent pas ce même lien intime, comme Dickens, avec leur cité. Cela se marque dans leurs œuvres respectives.

 

 

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Honoré de Balzac dépeint la société française de la première moitié du XIXe siècle.

 

 

 

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Emile Zola décrivit l'épouvantable condition sociale de la classe ouvrière.

 

 

Charles Dickens vécut l’industrialisation frénétique de Londres. Ses descriptions sont uniques, ce qui fait écrire à Philippe Lançon : « Charles Dickens est le génie dont Londres est la lampe. » Il fut sans doute le premier écrivain à décrire l’épouvantable condition sociale du peuple de Londres, que ce soit dans les cellules de prison ou dans les taudis où étaient parqués les miséreux – on dit aujourd’hui les « précarisés » - crève-la-faim, à la merci des huissiers et d’une police débonnaire.

 

 

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George Orwell fit une critique amicale, mais sans complaisance de Charles Dickens.

 

 

George Orwell, après son retour d’Espagne, écrivit un essai sur Charles Dickens qu’il rédigea sur un lit d’hôpital en 1938. Orwell avait développé une conscience politique aiguë depuis le « Quai de Wigan » et la guerre d’Espagne dont il rapporta un récit – reportage qu’il considéra à juste titre comme son meilleur ouvrage : « Hommage à la Catalogne ».

Dans son essai sur Dickens, Orwell compare la pauvreté à l'acné et une réponse individuelle morale comme un placebo inefficace, parce que Dickens n'a aucun moyen systématique de la compréhension de la pauvreté et l'injustice:

« Dickens en tout cas n’a jamais imaginé que vous puissiez guérir les boutons en les coupant. Dans chaque page de son œuvre, on peut voir une prise de conscience d’un malaise de  la société à sa racine. C'est quand on demande: «Quelle racine ? »  que l'on commence à saisir sa position. La vérité est que la critique de Dickens de la société est presque exclusivement morale, d’'où résulte l'absence totale de toute suggestion constructive dans son travail. »

Pour Orwell,  la charité n'est pas la solution. Charité se présente comme un remède à la pauvreté et l'injustice tout en remarquant que la vanité domine : le bienfaiteur devient l’élément central en lieu et place des gens dans le besoin. Dans son essai « Why socialists don’t believe in fun ? », Orwell raconte cette anecdote significative : Dickens traite de la fête de Noël par deux fois : dans un chapitre de The Pickwick Papers et dans A Christmas Carol. Cette dernière histoire a été lue à Lénine sur son lit de mort et selon sa femme, il a trouvé sa «sentimentalité bourgeoise» tout à fait intolérable. Or, dans un sens, Lénine avait raison: mais s'il avait été en meilleure santé, il aurait peut-être remarqué que l'histoire a d'intéressantes implications sociologiques. C’est ce qu’Orwell tente de décrire dans son essai sur Charles Dickens.

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Un roman lu par Lénine !

Pour le futur auteur de « 1984 », Dickens est un écrivain que tout le monde veut s’approprier. Pourtant, en dépit d’un manque d’analyse qu’il lui reproche, Dickens eut, pour Orwell, un rôle éminemment positif : « C’est le visage d’un homme qui ne cesse de combattre quelque chose, mais qui se bat au grand jour, sans peur, c’est le visage d’un homme animé d’une colère généreuse – en d’autres termes d’un libéral du XIXe siècle, une intelligence libre, un type d’individu exécré par toutes les petites orthodoxies malodorantes qui se disputent aujourd’hui le contrôle de nos esprits. » Bref ! Un type bien dans le langage orwellien.

 

Cela n’empêche Orwell de procéder à une sévère analyse critique de l’œuvre de l’auteur de David Copperfield. 

 

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Fac-similé de l'édition de Poche de David Copperfield

 

 

Dickens n’était pas un écrivain « prolétarien », ni un écrivain  « révolutionnaire ». Orwell estime : « Quoi qu’ait pu dire Dickens, ce n’était pas en tout cas un sauveur d’âme, un tapinois, un de ces imbéciles bien intentionnés qui croient que le monde serait parfait pour qu’on amende quelques articles de loi et qu’on supprime certaines anomalies. »

 

Pour Orwell, l’inspiration générale de Charles Dickens serait plutôt pro-capitaliste en ce sens qu’il pousse les capitalistes à être moins durs et répugne à la révolte des travailleurs. Quel saisissant parallèle avec notre époque où nous voyons les dirigeants socialistes – libéraux qui prétendent pouvoir édulcorer le capitalisme et  exhortent les travailleurs et les masses précarisées à rester tranquilles…

 

Il y eut en effet chez Dickens une première période qu’on peut qualifier  d’optimiste où il voyait de « bons riches » comme M. Pickwick. Il considérait que la gentillesse individuelle était le remède à tous les maux. Son héros, Pickwick, est un riche marchand qui caresse la tête des enfants, qui est bon pour ses employés et qui augmente régulièrement leur rémunération.

 

Par après, dans les années 1850, Charles Dickens semble perdre ses illusions tout en poursuivant le mythe du « bon riche » qui se transforme en rentier et qui, selon Orwell, n’a plus de responsabilité directe à l’égard de ses employés. Dickens comprend « à cette époque à quel point les individus bien intentionnés étaient désarmés dans une société corrompue. »

 

Un reproche d’Orwell est de ne pas se pencher sur ce qu’il considère comme un scandale manifeste de l’époque : le travail des enfants. Or, tout au long de son œuvre, Dickens a décrit l’enfance. Lui-même, dès l’âge de douze ans, suite à l’endettement de son père, a dû travailler jusqu’à la lie dans une usine de polissage de bottes. À ce sujet, l’auteur d'Oliver Twist ne s’indigne pas dans son œuvre. Il l’évoque dans David Copperfield et plus tard dans son autobiographie. Sans doute, fut-il animé par une pudeur ou une honte où il répugnait à ce qu’on s’apitoie sur son sort ? Il n’en parla même pas à sa femme. Orwell ajoute : « Naturellement, il [Dickens] a raison de dire qu’un enfant doué ne devrait pas passer dix heures par jour à coller des étiquettes sur des bouteilles, mais ce qu’il ne dit pas, c’est qu’aucun enfant ne devrait être condamné à subir pareil sort, et rien n’indique que telle est effectivement son opinion. »

 

Dickens n’envisage pas qu’on puisse changer la société et il a un mépris profond pour la politique et ne croit pas qu’on puisse sortir quelque-chose de bon du Parlement. Il considère ensuite le syndicalisme comme un racket. Dickens déteste le trade unionisme naissant. Comme l’écrit George Orwell : « Dickens voudrait que les travailleurs soient correctement traités, mais rien n’indique qu’il voudrait les voir prendre leur destin en main et, surtout pas, recourir pour cela à la violence. »

 

L’écrivain a horreur de la violence et il aborde la Révolution française dans un sens étroit : celui d’une émeute. Il en décrit une dans son roman Barnaby Rudge une émeute où la populace fait preuve d’une bestialité monstrueuse. Il s’agit des Gordon Riots du nom de leur instigateur Lord George Gordon (1751 – 1793) qui furent un mouvement religieux fanatique antipapiste en 1780 où il y eut des scènes de pillage particulièrement violentes. Comme le fait remarquer Orwell, Dickens était obsédé par la violence et redoutait des émeutes. Or, de son vivant, il n’y en n’eut guère en Angleterre. Cependant, « Il faut garder à l’esprit qu’à l’époque où Dickens écrivait, la « canaille » londonienne était encore une réalité. (Aujourd’hui, il n’y a plus de canaille, il n’y a qu’un troupeau.). Les salaires de misère s’ajoutant à la croissance démographique et à l’exode rural, avait créé un gigantesque et redoutable « slum proletariat », et il fallut attendre le début de la seconde moitié du XIXe siècle pour qu’apparaisse une force de police digne de ce nom. »

 

À nouveau, un parallèle avec l’époque actuelle. À la simple évocation de la Révolution française dans les discours politiques – notamment ceux de Jean-Luc Mélenchon – se déclenche une panique dans les milieux intellectuels et du patronat : on en revient à la Terreur ! C’est à cela que se réduit la Révolution de 1789. De Michel Onfray à Laurence Parisot, on sonne l’hallali. 

 

 

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Quelle mouche a piqué Michel Onfray ?

 

 

Un autre parallèle plus sérieux : le développement de ce que Marx appelait avec mépris le lumpenproletariat et Orwell le « slum proletariat » prend aujourd’hui une ampleur inégalée. La société duale générée par l’ultralibéralisme engendre ce phénomène et l’on peut s’attendre à un accroissement des violences urbaines dans toutes les cités européennes et américaines.

 

Orwell, de son côté, analyse la vision de la Révolution française par Dickens. Dans A Tale of two Cities, Dickens comprend que la Révolution française était inéluctable, mais il n’évoque que le règne de la Terreur, celui où le couteau de la guillotine ruisselle de sang. Orwell écrit : « Il nous rappelle constamment que, tandis que Monseigneur paresse dans son lit avec quatre laquais en livrée pour lui apporter son chocolat alors que la famine fait rage dans les campagnes, un arbre pousse dans la forêt qui fournira bientôt les planches de l’échafaud. » Ainsi, Dickens admet le caractère inéluctable de la Révolution. « En d’autres termes, ajoute Orwell, les aristocrates français avaient creusé leur propre tombe. Mais il n’y a ici aucune sensibilité à ce qu’on appelle la nécessité historique.(…) Si le mauvais aristocrate avait tourné une nouvelle page dans le livre de sa vie, il n’y aurait pas eu de révolution, pas de jacquerie, pas de guillotine – et tout aurait été d’autant mieux. » Orwell constate : « Du point de vue « révolutionnaire », la lutte des classes est l’élément moteur du progrès, et de ce fait l’aristocrate qui dépouille le paysan et le pousse à la révolte joue un rôle nécessaire, au même titre que le jacobin qui guillotine ledit aristocrate. Il n’y a chez Dickens pas une seule ligne qui puisse être interprétée dans ce sens. Pour Dickens, la Révolution n’est qu’un monstre engendré par la tyrannie, un monstre qui finit toujours par dévorer ceux qui s’en sont faits l’instrument. »

 

Notons que sur ce tout dernier point, Charles Dickens a raison. Les révolutions dévorent toujours leurs propres enfants. Comme dit Orwell : « Les thuriféraires de n’importe quelle révolution tentent généralement d’en minimiser les atrocités. Dickens a, lui, tendance à les exagérer – et d’un point de vue strictement historique, il les exagère sans l’ombre d’un doute. »

 

Orwell situa aussi Dickens sur le plan sociologique. Charles Dickens était un puritain anglais. Il appartenait à une classe de commerçants qui commençaient à s’enrichir. C’était une classe urbaine, méprisée et ignorée jusqu’alors. Elle est devenu omnipuissante. C’est donc une classe dépourvue de tout scrupule, de tout sens public, cynique, cupide et profondément individualiste. Elle se veut irresponsable – ce que Dickens n’était pas – et elle avait un profond mépris de l’Etat qu’elle considérait comme superflu et nuisible. Dickens, tout en y appartenant, méprisait cette classe, tout comme il vomissait la populace.

 

Cependant, il eut l’éminent mérite d’avoir, par une littérature vivante et accessible, décrit la situation sociale avec une grande honnêteté. C’est pourquoi, deux-cents années après sa naissance, il est toujours lu. D’autant plus que ses descriptions sont d’une actualité brûlante. C’est cela son immense intérêt et George Orwell l’avait compris ainsi.

 

 

Pierre Verhas

 

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 16:57

L’issue tragique de l’assaut du RAID contre Mohammed Merah donne le sentiment d’un effroyable gâchis. Les soldats, les enfants, le rabbin assassinés et ensuite un assaut de plus de trente heures pour finir par tuer Merah, constituent l’échec sanglant d’un pouvoir et d’une pensée inaptes à répondre aux défis majeurs de notre époque. Pire, ce pouvoir, cette idéologie sont sans doute les premiers responsables de ce bain de sang.

 

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Les hommes du RAID après leur mission : ce ne sont pas eux qu'il faut blâmer comme l'a dit Mélenchon. Ils risquent leur peau et on déplore trois blessés. Le vrai responsable, c'est le pouvoir. Eva Joly rappelle qu'en vertu du Code pénal, c'était à un juge d'instruction et non au ministre de l'Intérieur de donner les directives. Cela n'est pas un hasard !

 

Mais, par les miracles de la « communication », l’échec est transformé en succès. On croirait lire un ersatz de la novlangue orwellienne : « La défaite, c’est la victoire » ! Le « petit » a eu un coup de génie : il a suspendu la campagne électorale en « mémoire » aux victimes. Dans Mediapart et Marianne, l’écrivain Christian Salmon donne cette analyse : 

 

« On vient de vivre plusieurs jours de psychodrame national, orchestrés par le président des effrois successifs, l'ordonnateur de la grand-peur nationale. On le sent bien désormais. Ce n’est pas la campagne seulement qui a été suspendue par les principaux candidats, c’est le sens, la capacité à débattre et à symboliser. Le storytelling de la peur se donne à lire pour ce qu'il est : un déni de démocratie. J’en veux pour preuve la débauche de récits médiatiques qui n’ont d’autre but de plonger le pays dans un « Etat de Peur Totale». De sidération. »

 

 

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Mohammed Merah : un jeune paumé de banlieue transformé en assassin par ceux qui mènent un combat dont il a été un simple pion.

 

 

Il y a donc une gradation dans la stratégie « sarkozienne » : on suspend la campagne, puis on empêche carrément le débat avec l’aide des médias qui nous ont turlupinés pendant 48 heures. La peur latente a été amplifiée. On se sert désormais du cerveau reptilien pour neutraliser le cortex.

 

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Nicolas Sarkozy profite de cette tragédie pour prendre des mesures liberticides dont l'objectif n'a rien à voir avec l'éradication du phénomène terroriste.

 

Enfin, vient le coup de grâce dans l’intervention du président – candidat après le succès-échec de l’assaut du RAID contre Merah. Il annonce :

 

« Désormais, toute personne qui consultera de manière habituelle des sites internet qui font l'apologie du terrorisme ou qui appelle à la haine et à la violence sera punie pénalement. Toute personne se rendant à l'étranger pour y suivre des travaux d'endoctrinement à des idéologies conduisant au terrorisme sera punie pénalement. La propagation et l'apologie d'idéologies extrémistes seront réprimées par un délit figurant dans le code pénal avec les moyens qui sont déjà ceux de la lutte antiterroriste. »

 

Ainsi, on tire profit de cette tension exacerbée pour engranger des mesures liberticides. Regardons ce texte de plus près.

 

Qu’entend-on par « sites internet faisant l’apologie du terrorisme » ? Qui déterminera cela et sur quels critères ? De même, que signifie « appel à la haine et à la violence » ? Va-t-on vers une interprétation extensive, comme les appels à la grève, par exemple ?

 

« Toute personne se rendant à l’étranger pour y suivre des travaux d’endoctrinement… ». Cela veut-il dire que participer à un congrès ou à un colloque où des idées radicales sont émises entre dans le champ d’application de cette disposition ? Même question pour « la propagation et l’apologie d’idéologies extrémistes ». Que désigne le qualificatif « extrémistes » ? Ce qui ne rentre pas dans la pensée unique dominante ? Tiens, au passage, Sarkozy a-t-il l’intention de réprimer les mouvements d’extrême-droite ? On peut toujours rêver !

 

En tout cas – et c’est intéressant – on vient d’assister en direct à la mise en œuvre d’un processus liberticide suite à une tragédie qui nécessite bien d’autres mesures. Ce processus sera inefficace pour mettre fin à cette violence, mais il entretient la stratégie de la tension et renforce un pouvoir de plus en plus illégitime. C’est bien là l’objectif.

 

 

Pierre Verhas

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