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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 13:09

Cette année 2012 voit commémorer le bicentenaire de la naissance d’un des plus grands romanciers anglais, Charles Dickens (1812 – 1870). Dickens est un vrai Londonien qui vécut quasi toute sa vie dans la capitale britannique à laquelle il fut intimement attaché. Il naquit à Portsmouth dans le Hampshire en 1812 et trois ans plus tard, sa famille s’installa à Londres puis à Chatham en 1817. Les Dickens revinrent à Londres en 1822. Ainsi, Charles y vécut le reste de son enfance et puis son adolescence où il connut la pauvreté et la précarité.

 

Contrairement à d’autres écrivains du XIXe siècle qui décrivirent la société dans laquelle ils vivaient, Dickens avait un lien organique avec la métropole anglaise. Ainsi, Balzac était un provincial qui peignit admirablement la société parisienne de son époque. Il en montra l’évolution sociale de la classe dirigeante qui se divisa entre une aristocratie restauratrice de l’ancien régime et une synthèse entre la bourgeoisie mercantile et industrielle et l’aristocratie orléaniste. Zola, bien que né à Paris, ne fut point un enfant de la capitale française. L’auteur des Rougon-Macquart  qui mit admirablement en évidence la terrible condition sociale de son époque à Paris, n’y avait pas non plus cet attachement profond. Tout comme on sent bien que Germinal ne fut pas écrit par un homme du « Ch’nord ».  

 

 

 dickenscharlesgravure.jpg

Charles Dickens fit sans doute à son corps défendant une description sociale sans concessions

 

 

Aussi, bien que Balzac et Zola aient tous deux marqué la mémoire sociale de leur époque dans le Paris où ils vécurent, ils n’eurent pas ce même lien intime, comme Dickens, avec leur cité. Cela se marque dans leurs œuvres respectives.

 

 

 balzac.jpg

Honoré de Balzac dépeint la société française de la première moitié du XIXe siècle.

 

 

 

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Emile Zola décrivit l'épouvantable condition sociale de la classe ouvrière.

 

 

Charles Dickens vécut l’industrialisation frénétique de Londres. Ses descriptions sont uniques, ce qui fait écrire à Philippe Lançon : « Charles Dickens est le génie dont Londres est la lampe. » Il fut sans doute le premier écrivain à décrire l’épouvantable condition sociale du peuple de Londres, que ce soit dans les cellules de prison ou dans les taudis où étaient parqués les miséreux – on dit aujourd’hui les « précarisés » - crève-la-faim, à la merci des huissiers et d’une police débonnaire.

 

 

 george_orwell.png

George Orwell fit une critique amicale, mais sans complaisance de Charles Dickens.

 

 

George Orwell, après son retour d’Espagne, écrivit un essai sur Charles Dickens qu’il rédigea sur un lit d’hôpital en 1938. Orwell avait développé une conscience politique aiguë depuis le « Quai de Wigan » et la guerre d’Espagne dont il rapporta un récit – reportage qu’il considéra à juste titre comme son meilleur ouvrage : « Hommage à la Catalogne ».

Dans son essai sur Dickens, Orwell compare la pauvreté à l'acné et une réponse individuelle morale comme un placebo inefficace, parce que Dickens n'a aucun moyen systématique de la compréhension de la pauvreté et l'injustice:

« Dickens en tout cas n’a jamais imaginé que vous puissiez guérir les boutons en les coupant. Dans chaque page de son œuvre, on peut voir une prise de conscience d’un malaise de  la société à sa racine. C'est quand on demande: «Quelle racine ? »  que l'on commence à saisir sa position. La vérité est que la critique de Dickens de la société est presque exclusivement morale, d’'où résulte l'absence totale de toute suggestion constructive dans son travail. »

Pour Orwell,  la charité n'est pas la solution. Charité se présente comme un remède à la pauvreté et l'injustice tout en remarquant que la vanité domine : le bienfaiteur devient l’élément central en lieu et place des gens dans le besoin. Dans son essai « Why socialists don’t believe in fun ? », Orwell raconte cette anecdote significative : Dickens traite de la fête de Noël par deux fois : dans un chapitre de The Pickwick Papers et dans A Christmas Carol. Cette dernière histoire a été lue à Lénine sur son lit de mort et selon sa femme, il a trouvé sa «sentimentalité bourgeoise» tout à fait intolérable. Or, dans un sens, Lénine avait raison: mais s'il avait été en meilleure santé, il aurait peut-être remarqué que l'histoire a d'intéressantes implications sociologiques. C’est ce qu’Orwell tente de décrire dans son essai sur Charles Dickens.

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Un roman lu par Lénine !

Pour le futur auteur de « 1984 », Dickens est un écrivain que tout le monde veut s’approprier. Pourtant, en dépit d’un manque d’analyse qu’il lui reproche, Dickens eut, pour Orwell, un rôle éminemment positif : « C’est le visage d’un homme qui ne cesse de combattre quelque chose, mais qui se bat au grand jour, sans peur, c’est le visage d’un homme animé d’une colère généreuse – en d’autres termes d’un libéral du XIXe siècle, une intelligence libre, un type d’individu exécré par toutes les petites orthodoxies malodorantes qui se disputent aujourd’hui le contrôle de nos esprits. » Bref ! Un type bien dans le langage orwellien.

 

Cela n’empêche Orwell de procéder à une sévère analyse critique de l’œuvre de l’auteur de David Copperfield. 

 

 Dickens_David_Copperfield.jpg

Fac-similé de l'édition de Poche de David Copperfield

 

 

Dickens n’était pas un écrivain « prolétarien », ni un écrivain  « révolutionnaire ». Orwell estime : « Quoi qu’ait pu dire Dickens, ce n’était pas en tout cas un sauveur d’âme, un tapinois, un de ces imbéciles bien intentionnés qui croient que le monde serait parfait pour qu’on amende quelques articles de loi et qu’on supprime certaines anomalies. »

 

Pour Orwell, l’inspiration générale de Charles Dickens serait plutôt pro-capitaliste en ce sens qu’il pousse les capitalistes à être moins durs et répugne à la révolte des travailleurs. Quel saisissant parallèle avec notre époque où nous voyons les dirigeants socialistes – libéraux qui prétendent pouvoir édulcorer le capitalisme et  exhortent les travailleurs et les masses précarisées à rester tranquilles…

 

Il y eut en effet chez Dickens une première période qu’on peut qualifier  d’optimiste où il voyait de « bons riches » comme M. Pickwick. Il considérait que la gentillesse individuelle était le remède à tous les maux. Son héros, Pickwick, est un riche marchand qui caresse la tête des enfants, qui est bon pour ses employés et qui augmente régulièrement leur rémunération.

 

Par après, dans les années 1850, Charles Dickens semble perdre ses illusions tout en poursuivant le mythe du « bon riche » qui se transforme en rentier et qui, selon Orwell, n’a plus de responsabilité directe à l’égard de ses employés. Dickens comprend « à cette époque à quel point les individus bien intentionnés étaient désarmés dans une société corrompue. »

 

Un reproche d’Orwell est de ne pas se pencher sur ce qu’il considère comme un scandale manifeste de l’époque : le travail des enfants. Or, tout au long de son œuvre, Dickens a décrit l’enfance. Lui-même, dès l’âge de douze ans, suite à l’endettement de son père, a dû travailler jusqu’à la lie dans une usine de polissage de bottes. À ce sujet, l’auteur d'Oliver Twist ne s’indigne pas dans son œuvre. Il l’évoque dans David Copperfield et plus tard dans son autobiographie. Sans doute, fut-il animé par une pudeur ou une honte où il répugnait à ce qu’on s’apitoie sur son sort ? Il n’en parla même pas à sa femme. Orwell ajoute : « Naturellement, il [Dickens] a raison de dire qu’un enfant doué ne devrait pas passer dix heures par jour à coller des étiquettes sur des bouteilles, mais ce qu’il ne dit pas, c’est qu’aucun enfant ne devrait être condamné à subir pareil sort, et rien n’indique que telle est effectivement son opinion. »

 

Dickens n’envisage pas qu’on puisse changer la société et il a un mépris profond pour la politique et ne croit pas qu’on puisse sortir quelque-chose de bon du Parlement. Il considère ensuite le syndicalisme comme un racket. Dickens déteste le trade unionisme naissant. Comme l’écrit George Orwell : « Dickens voudrait que les travailleurs soient correctement traités, mais rien n’indique qu’il voudrait les voir prendre leur destin en main et, surtout pas, recourir pour cela à la violence. »

 

L’écrivain a horreur de la violence et il aborde la Révolution française dans un sens étroit : celui d’une émeute. Il en décrit une dans son roman Barnaby Rudge une émeute où la populace fait preuve d’une bestialité monstrueuse. Il s’agit des Gordon Riots du nom de leur instigateur Lord George Gordon (1751 – 1793) qui furent un mouvement religieux fanatique antipapiste en 1780 où il y eut des scènes de pillage particulièrement violentes. Comme le fait remarquer Orwell, Dickens était obsédé par la violence et redoutait des émeutes. Or, de son vivant, il n’y en n’eut guère en Angleterre. Cependant, « Il faut garder à l’esprit qu’à l’époque où Dickens écrivait, la « canaille » londonienne était encore une réalité. (Aujourd’hui, il n’y a plus de canaille, il n’y a qu’un troupeau.). Les salaires de misère s’ajoutant à la croissance démographique et à l’exode rural, avait créé un gigantesque et redoutable « slum proletariat », et il fallut attendre le début de la seconde moitié du XIXe siècle pour qu’apparaisse une force de police digne de ce nom. »

 

À nouveau, un parallèle avec l’époque actuelle. À la simple évocation de la Révolution française dans les discours politiques – notamment ceux de Jean-Luc Mélenchon – se déclenche une panique dans les milieux intellectuels et du patronat : on en revient à la Terreur ! C’est à cela que se réduit la Révolution de 1789. De Michel Onfray à Laurence Parisot, on sonne l’hallali. 

 

 

 michel_onfray.jpg

Quelle mouche a piqué Michel Onfray ?

 

 

Un autre parallèle plus sérieux : le développement de ce que Marx appelait avec mépris le lumpenproletariat et Orwell le « slum proletariat » prend aujourd’hui une ampleur inégalée. La société duale générée par l’ultralibéralisme engendre ce phénomène et l’on peut s’attendre à un accroissement des violences urbaines dans toutes les cités européennes et américaines.

 

Orwell, de son côté, analyse la vision de la Révolution française par Dickens. Dans A Tale of two Cities, Dickens comprend que la Révolution française était inéluctable, mais il n’évoque que le règne de la Terreur, celui où le couteau de la guillotine ruisselle de sang. Orwell écrit : « Il nous rappelle constamment que, tandis que Monseigneur paresse dans son lit avec quatre laquais en livrée pour lui apporter son chocolat alors que la famine fait rage dans les campagnes, un arbre pousse dans la forêt qui fournira bientôt les planches de l’échafaud. » Ainsi, Dickens admet le caractère inéluctable de la Révolution. « En d’autres termes, ajoute Orwell, les aristocrates français avaient creusé leur propre tombe. Mais il n’y a ici aucune sensibilité à ce qu’on appelle la nécessité historique.(…) Si le mauvais aristocrate avait tourné une nouvelle page dans le livre de sa vie, il n’y aurait pas eu de révolution, pas de jacquerie, pas de guillotine – et tout aurait été d’autant mieux. » Orwell constate : « Du point de vue « révolutionnaire », la lutte des classes est l’élément moteur du progrès, et de ce fait l’aristocrate qui dépouille le paysan et le pousse à la révolte joue un rôle nécessaire, au même titre que le jacobin qui guillotine ledit aristocrate. Il n’y a chez Dickens pas une seule ligne qui puisse être interprétée dans ce sens. Pour Dickens, la Révolution n’est qu’un monstre engendré par la tyrannie, un monstre qui finit toujours par dévorer ceux qui s’en sont faits l’instrument. »

 

Notons que sur ce tout dernier point, Charles Dickens a raison. Les révolutions dévorent toujours leurs propres enfants. Comme dit Orwell : « Les thuriféraires de n’importe quelle révolution tentent généralement d’en minimiser les atrocités. Dickens a, lui, tendance à les exagérer – et d’un point de vue strictement historique, il les exagère sans l’ombre d’un doute. »

 

Orwell situa aussi Dickens sur le plan sociologique. Charles Dickens était un puritain anglais. Il appartenait à une classe de commerçants qui commençaient à s’enrichir. C’était une classe urbaine, méprisée et ignorée jusqu’alors. Elle est devenu omnipuissante. C’est donc une classe dépourvue de tout scrupule, de tout sens public, cynique, cupide et profondément individualiste. Elle se veut irresponsable – ce que Dickens n’était pas – et elle avait un profond mépris de l’Etat qu’elle considérait comme superflu et nuisible. Dickens, tout en y appartenant, méprisait cette classe, tout comme il vomissait la populace.

 

Cependant, il eut l’éminent mérite d’avoir, par une littérature vivante et accessible, décrit la situation sociale avec une grande honnêteté. C’est pourquoi, deux-cents années après sa naissance, il est toujours lu. D’autant plus que ses descriptions sont d’une actualité brûlante. C’est cela son immense intérêt et George Orwell l’avait compris ainsi.

 

 

Pierre Verhas

 

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 16:57

L’issue tragique de l’assaut du RAID contre Mohammed Merah donne le sentiment d’un effroyable gâchis. Les soldats, les enfants, le rabbin assassinés et ensuite un assaut de plus de trente heures pour finir par tuer Merah, constituent l’échec sanglant d’un pouvoir et d’une pensée inaptes à répondre aux défis majeurs de notre époque. Pire, ce pouvoir, cette idéologie sont sans doute les premiers responsables de ce bain de sang.

 

 Toulouse_RAID.jpg

Les hommes du RAID après leur mission : ce ne sont pas eux qu'il faut blâmer comme l'a dit Mélenchon. Ils risquent leur peau et on déplore trois blessés. Le vrai responsable, c'est le pouvoir. Eva Joly rappelle qu'en vertu du Code pénal, c'était à un juge d'instruction et non au ministre de l'Intérieur de donner les directives. Cela n'est pas un hasard !

 

Mais, par les miracles de la « communication », l’échec est transformé en succès. On croirait lire un ersatz de la novlangue orwellienne : « La défaite, c’est la victoire » ! Le « petit » a eu un coup de génie : il a suspendu la campagne électorale en « mémoire » aux victimes. Dans Mediapart et Marianne, l’écrivain Christian Salmon donne cette analyse : 

 

« On vient de vivre plusieurs jours de psychodrame national, orchestrés par le président des effrois successifs, l'ordonnateur de la grand-peur nationale. On le sent bien désormais. Ce n’est pas la campagne seulement qui a été suspendue par les principaux candidats, c’est le sens, la capacité à débattre et à symboliser. Le storytelling de la peur se donne à lire pour ce qu'il est : un déni de démocratie. J’en veux pour preuve la débauche de récits médiatiques qui n’ont d’autre but de plonger le pays dans un « Etat de Peur Totale». De sidération. »

 

 

Toulouse_Mohamed_merah.jpg 

Mohammed Merah : un jeune paumé de banlieue transformé en assassin par ceux qui mènent un combat dont il a été un simple pion.

 

 

Il y a donc une gradation dans la stratégie « sarkozienne » : on suspend la campagne, puis on empêche carrément le débat avec l’aide des médias qui nous ont turlupinés pendant 48 heures. La peur latente a été amplifiée. On se sert désormais du cerveau reptilien pour neutraliser le cortex.

 

 Toulouse_Sarkozy.jpg

Nicolas Sarkozy profite de cette tragédie pour prendre des mesures liberticides dont l'objectif n'a rien à voir avec l'éradication du phénomène terroriste.

 

Enfin, vient le coup de grâce dans l’intervention du président – candidat après le succès-échec de l’assaut du RAID contre Merah. Il annonce :

 

« Désormais, toute personne qui consultera de manière habituelle des sites internet qui font l'apologie du terrorisme ou qui appelle à la haine et à la violence sera punie pénalement. Toute personne se rendant à l'étranger pour y suivre des travaux d'endoctrinement à des idéologies conduisant au terrorisme sera punie pénalement. La propagation et l'apologie d'idéologies extrémistes seront réprimées par un délit figurant dans le code pénal avec les moyens qui sont déjà ceux de la lutte antiterroriste. »

 

Ainsi, on tire profit de cette tension exacerbée pour engranger des mesures liberticides. Regardons ce texte de plus près.

 

Qu’entend-on par « sites internet faisant l’apologie du terrorisme » ? Qui déterminera cela et sur quels critères ? De même, que signifie « appel à la haine et à la violence » ? Va-t-on vers une interprétation extensive, comme les appels à la grève, par exemple ?

 

« Toute personne se rendant à l’étranger pour y suivre des travaux d’endoctrinement… ». Cela veut-il dire que participer à un congrès ou à un colloque où des idées radicales sont émises entre dans le champ d’application de cette disposition ? Même question pour « la propagation et l’apologie d’idéologies extrémistes ». Que désigne le qualificatif « extrémistes » ? Ce qui ne rentre pas dans la pensée unique dominante ? Tiens, au passage, Sarkozy a-t-il l’intention de réprimer les mouvements d’extrême-droite ? On peut toujours rêver !

 

En tout cas – et c’est intéressant – on vient d’assister en direct à la mise en œuvre d’un processus liberticide suite à une tragédie qui nécessite bien d’autres mesures. Ce processus sera inefficace pour mettre fin à cette violence, mais il entretient la stratégie de la tension et renforce un pouvoir de plus en plus illégitime. C’est bien là l’objectif.

 

 

Pierre Verhas

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 11:54

 

« Aujourd’hui à Toulouse nous a été donnée une illustration horrible du point où un tel cynisme délirant peut nous entraîner. Tous ceux qui ont été flingués ou tués dans et autour de la ville au cours des huit derniers jours ont une chose en commun. Ils sont issus de "minorités visibles". Ils avaient des noms ou des visages qui les balisent comme n’étant pas descendus, comme Jean-Marie Le Pen le dirait, de "nos ancêtres les Gaulois". Leurs origines – tout aussi bien juives que musulmanes - étaient au Maghreb ou dans les Caraïbes. Ils étaient, en somme, un instantané de "la France métissée" - les métis, immigrant en France qui travaillent dur et "se lèvent tôt" pour vider les poubelles et s’occuper de leurs enfants ; les personnes qui meurent de manière disproportionnée pour la France mais qui sont également le plus souvent enfermés dans ses prisons et ses banlieues délabrées.

 

Comme un père l’a dit ce matin, alors qu’il étreignait son fils, en le sortant de l’école, "Ils nous attaquent parce que nous sommes différents." »

 

Voilà ce qu’écrit Fiachra Gibbons, journaliste irlandais, correspondant du « Guardian » (ici un extrait du site « le Grand Soir »).

 

 

Toulouse_crime02.jpg

Le Collège juif de Toulouse : le tueur est passé...

  

Rien n’est plus vrai ! Un spectre hante l’Europe : l’uniformisation. Pour installer un pouvoir invisible, omniprésent, d’une puissance inégalée, on uniformise le travail, on standardise l’économie et on démolit tout ce qui fait ou peut faire la diversité : la politique, la culture, l’éducation. Tout doit fonctionner selon un modèle unique.

 

Pire : l’homme lui-même doit être « uniforme » et donc conforme au « modèle ». On permet, si on n’encourage pas, un discours odieux contre les différents, contre la « France métissée » qui n’est pas seulement la France « café au lait », mais aussi la France où chacun, quelle que soit son origine, vit, travaille, s’épanouit dans une société libre et égale. La France ? Pas seulement, l’Europe ! C’est cela que l’on veut détruire.

 

 

Toulouse_crime03.jpg

Il a été tué parce qu'il était différent. Pourtant, c'est une tradition ancestrale de l'armée française de faire servir des hommes issus de toutes les cultures.

 

 

Au-delà de l’odieux, les conséquences de cette pensée « standardisante » sont incalculables. Par exemple, l’antisémitisme se banalise et s’institutionnalise. Ainsi, en Hongrie, suite aux réformes fascisantes du gouvernement Orban (voir « Uranopole » http://uranopole.over-blog.com/article-hongrie-un-nouveau-pas-vers-la-fin-de-l-union-europeenne-96814225.html), des mesures apparemment sans conséquences majeures, sont prises petit à petit comme le licenciement de tous les musiciens juifs de l’orchestre philharmonique de Budapest. Pire, la plaie s’étend dans la population. Ainsi, des étoiles jaunes sont apposées dans la nuit sur les boîtes aux lettres des maisons occupées par des Juifs et des proches de Juifs.

 

Cela n’empêche pas le « Fidescz » (le parti de Viktor Orban) d’avoir le vice-président du groupe « parti populaire européen » (parti chrétien conservateur), actuellement principale formation politique du Parlement européen. On s’aperçoit que la Commission est bien prompte à prendre des mesures injustes sacrifiant une génération de jeunes Grecs (voir la chronique d’Elie Barnavi dans « Marianne » de cette semaine) sur l’autel de la finance ultralibérale, alors qu’elle tergiverse sur les sanctions devant frapper le gouvernement hongrois qui détruit sciemment les bases de l’Union européenne. De plus, par ce « laxisme », il y a un risque évident de tache d’huile à d’autres Etats membres.

 

Aussi, il n’est guère surprenant que de nombreux jeunes Juifs européens envisagent de quitter le vieux continent pour aller vivre en Israël où la société est bien plus dynamique, en dépit du conflit israélo-palestinien. Mesure-t-on les pertes irréparables d’un départ massif des Juifs européens ? C’est une large part de l’élite qui s’en va et surtout un pilier essentiel de la pensée européenne.

 

 

Toulouse_crime04.jpg

Le rabbin Jonathan Sandler tué avec ses deux enfants parce qu'ils étaient différents.

 

 

Les crimes de Toulouse et de Montauban ne sont pas le fait d’un seul « tueur fou ». Son bras a été guidé par une idéologie dévastatrice. Si on n’y prend tout de suite garde, les soldats de Toulouse et de Montauban, le rabbin Jonathan Sandler, ses deux enfants Gabriel et Arieh et Myriam Monsonego ne seront pas les seules victimes de ces déments.

 

Pierre Verhas

 

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 00:47

Le terrible accident de Sierre suscite en Belgique une émotion considérable. Une cinquantaine de pères et de mères ne riront plus jamais et bien des grands parents n’auront plus de joie de vivre. La perte d’enfants est la pire blessure.

 

Fallait-il une fois de plus que les médias en rajoutent ? N’est-il pas indécent de voir ces journalistes harceler des parents, des témoins, des secouristes en leur posant des questions stupides ? À l’indicible, il n’y a pas de réponse. Ils le savent bien, mais ils ne s’arrêtent jamais.

 

Est-ce l’événement qui mobilise les médias ou ceux-ci exploitent-ils cette tragédie pour se mettre eux-mêmes à l’avant de la scène de cette sinistre comédie humaine ? La dictature de l’audimat ne pousse-t-elle pas les chaînes de télé publiques comme privées à l’excès afin d’être « le premier » ? On imagine aisément les dirigeants de ces sociétés audiovisuelles se précipiter le lendemain sur les chiffres d’audience afin d’empocher les dividendes de l’émotion.

 

 

 emotion_sierre.jpg

N'est-ce pas indécent d'exploiter l'émotion ? Ici les enfants de Lommel

 

 

La « Libre Belgique » critique vertement le correspondant belge du journal « Le Monde » qui a mis en parallèle les émotions suscitées par l’affaire Dutroux, par les affaires de pédophilie dans l’Eglise catholique et la catastrophe de Sierre. On touche aux enfants et le Belge ne le supporte pas.

 

Où est le scandale ? Lisez plutôt : « Sidérée par le bilan de l'accident, la population est d'autant plus impressionnée qu'une grande majorité d'enfants figurent parmi les victimes. Après les terribles révélations, consignées dans un rapport officiel, sur les actes de pédophilie commis au sein de l'Eglise catholique durant des décennies mais, surtout, depuis l'affaire Marc Dutroux, les Belges ont une sensibilité à fleur de peau.

 

Les multiples disparitions de très jeunes filles organisées par le tueur pervers durant les années 1990 ont engendré un traumatisme durable dans le royaume. Par sa durée, la cruauté des révélations qu'elle a apportées et, surtout, la prise de conscience que la justice et la police étaient, à l'époque, incapables de protéger les plus faibles, cette affaire n'a pas fini d'impressionner. Et chaque accident impliquant des enfants ravive désormais les plaies mal cicatrisées des Belges. »

 

Cette analyse est pertinente. L’émotion – bien compréhensible – est cependant mauvaise conseillère. Les médias ne cessent de l’attiser empêchant ainsi de prendre les décisions les plus adéquates.

 

L’affaire Dutroux a désorganisé la Justice et accouché d’une réforme des polices qui n’a fait que renforcer le pouvoir d’une gendarmerie, véritable Etat dans l’Etat, au service de la classe dirigeante. L’émotion populaire, certes compréhensible, fut aveuglante et les cyniques en ont tiré parti.

 

Tout est fait pour étouffer les graves déviances de l’Eglise catholique qui ont fait des centaines de victimes. Là aussi, l’émotion fut exploitée pour éviter les réponses gênantes. Comme dans l’affaire Dutroux, ce furent des magistrats qui se retrouvèrent au banc des accusés. Ah ! Comme il est bon d’accuser un juge ! Mais la vérité, elle, ne figura pas à la barre.

 

Pour en revenir à Sierre, personne n’a posé la question des dangers du « tout à la route » qui provoque tant de drames. Les cyniques vous renvoient dans les ténèbres de la ringardise. Les médias vous noieront dans l’émotion, dans leurs plus sordides intérêts. Et les choses suivront leur cours habituel.

 

La cupidité qui guide ce monde continue à se draper dans l’indécence. Ainsi, la raison sera une fois de plus vaincue.

 

Pierre Verhas

 

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 21:06

 

Nous reproduisons ici deux intéressants articles sur le phénomène qu’on appelle « l’extrême-droitisation », c’est-à-dire la dérive de la pensée dominante vers l’extrême-droite en France et aux Etats-Unis.

 

Le premier a été diffusé sur le blog de Bernard Gensane (voir lien). Il est intitulé « l’extrême-droitisation en France et aux Etats-Unis ». Son auteur s’appelle Philippe Arnaud. C’est un ancien de France- Télécom, cette entreprise privatisée qui a connu une vague de suicides sans précédent, il est responsable des Amis du Monde diplomatique et d’ATTAC pour le Département de l’Indre et Loire. Philippe Arnaud est donc un militant expérimenté et toujours mobilisé.

 

Le second est de la plume de la journaliste russe Katerina Azarova (Russia Today), traduit par le journal suisse non aligné Horizons et débats diffusé par le « Réseau Voltaire », qui évoque ce qu’elle appelle la Corporatokratiedénoncée par le candidat républicain à la présidence Ron Paul qui craint que les Etats-Unis «glissent dans le fascisme». Ron Paul n’a aucune chance dans la course à la présidence sans doute parce qu’il ne s’inscrit pas dans la ligne classique du

 

Il est assez symptomatique que deux hommes éloignés géographiquement comme politiquement, le militant de gauche français Philippe Arnaud et l’Américain ultralibéral de la mouvance « libertarienne », Ron Paul, dénoncent quasi en même temps un phénomène identique : la dérive des sociétés occidentales vers un système rappelant le fascisme des années trente.

 

Certes, il ne s’agit pas de l’aspect « folklorique » du fascisme avec skinheads s’avançant bras tendu en vociférant des slogans et des chants d’un âge révolu, mais – et c’est bien plus dangereux – une orientation de certaines élites politico-financières vers un système totalitaire et une organisation de la société curieusement similaire à celle qu’Hitler et Mussolini ont tenté d’installer par la force dans toute l’Europe. Ainsi, le corporatisme que l’on croyait définitivement rejeté dans les oubliettes de l’histoire, revient en force dans le pays qui se présente comme le champion de la démocratie. Lisez ces deux articles. Ils ont tous deux le mérite de nous ouvrir les yeux.

 

Une anecdote, au passage. Il nous revient que des hauts fonctionnaires à la Commission européenne fulminent publiquement contre cette « démocratie » qui met des bâtons dans les roues de leurs funestes projets.

 

Pierre Verhas

 

 

 

L’extrême-droitisation en France et aux Etats-Unis

 

Ce matin, au journal de 7 h de France Inter, j'ai entendu deux informations que les journalistes, jusqu'à maintenant, n'ont pas cherché à rapprocher (en dépit de leurs évidentes ressemblances). Ces informations sont :

 

1. La critique de personnalités politiques et de médias étrangers (allemands, belges et américains) sur Nicolas Sarkozy, disant que celui-ci fait une campagne d'extrême droite, certains allant même jusqu'à l'appeler "Nicolas Le Pen".

 

 sarkozy-antilles.jpg

On va même jusqu'à l'appeler "Nicolas Le Pen"...

 

2. L'annonce que, dans les élections primaires du Parti républicain aux États-Unis, le candidat "modéré" Mitt Romney n'était arrivé que troisième aux scrutins de l'Alabama et du Mississippi, derrière les deux candidats ultraconservateurs Rick Santorum et Newt Gingrich.

 

- Quel est le rapport entre les deux ? Celui-ci : dans les deux pays, le parti de droite dominant (UMP en France, Parti républicain aux États-Unis) est tiraillé entre une pulsion centriste et une pulsion extrémiste de droite. Certes, la situation n'est pas tout à fait la même : en France, le candidat de droite est au pouvoir, alors qu'aux États-Unis le Parti républicain est dans l'opposition et n'a pas encore choisi son candidat. Aux États-Unis, la modalité du tiraillement est que les élections donnent tantôt l'avantage au candidat "modéré", tantôt à l'un de ses rivaux ultraconservateurs. En France, la modalité du tiraillement est que le candidat Sarkozy tantôt durcit sa position en matière d'immigration, de "laïcité" ou de politique pénale, tantôt fait une annonce "sociale" en direction des plus pauvres ou à l'encontre des plus riches...

 

- Une autre ressemblance est celle-ci : aux États-Unis, les candidats républicains, outrageusement favorables aux riches, se lancent néanmoins à la tête des accusations d'enrichissement malhonnête, de spéculation, d'exploitation des plus pauvres. En France, le candidat Sarkozy, bien qu'également très ami des riches (et même des très riches) propose parfois des mesures fiscales (certes fort modestes) à l'encontre de ces très riches. Tout se passe donc, dans les deux pays, comme si les candidats de droite, en dépit de leurs tropismes ploutocratiques, se rendaient tout de même compte de l'aversion de la majorité de la population envers les grandes fortunes...

 

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Mitt Romney : toute sa force au service de la classe dirigeante

 

[Il me revient à l'esprit une image : lorsque j'étais plus jeune, un de mes proches m'amenait parfois faire un tour à moto. Et il me prévenait : "Dans les virages, je vais me pencher près de la chaussée. Même si cela te fait peur, penche-toi dans le même sens que moi. Ne cherche pas à te redresser, sinon on va dans le mur !". Je me demande si cette loi de physique élémentaire ne pourrait aussi s'appliquer en matière électorale : à vouloir attirer simultanément deux électorats dissemblables, voire opposés, ne risque-t-on pas aussi "d'aller dans le mur électoral" ?].

 

- Autre information, marginalement liée à la précédente. Il y a quelques jours, le magazine américain Forbes donnait, comme tous les ans, sa liste des personnalités les plus riches du monde. On avait donc, en 1re position, le Mexicain Carlos Slim, en 2e et 3e positions, les Étatsuniens Bill Gates et Warren Buffett, et, en 4e position... le Français Bernard Arnault !

 

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Bernard Arnault : le prototype du "pouvoir des riches"

 

- Mon observation à ce sujet est celle-ci : l'information a été donnée (en particulier sur France 2 et sur France 3) sans commentaires, mais avec des vues filmées de Bernard Arnault (alors que Bill Gates et Warren Buffett n'étaient figurés qu'en photo), et elle a été donnée comme si, sur ce point, elle représentait une fierté pour la France. Elle a été donnée comme si on annonçait que la France était le deuxième concepteur au monde de microprocesseurs ou le deuxième titulaire de médailles Fields (ce qui, en passant, est d'ailleurs la vérité). J'ai donc eu l'impression que les journalistes tiraient quelque fierté qu'un Français "batte un record" dans ce domaine, comme si ce "record" était censé témoigner, indirectement, de la bonne santé économique du pays, de son dynamisme, etc.

 

- Il est significatif, au demeurant, que l'on mette ainsi en avant, annuellement, ce classement, mais jamais celui du coefficient de Gini. [Le coefficient de Gini est un indice, étalonné de 0 à 1, qui donne la distribution des revenus à l'intérieur d'un pays. Le 0 représente l'égalité parfaite et le 1 l'inégalité totale. Dans ce classement, établi sur 124 pays, le pays le plus égalitaire figure en premier (et c'est le Danemark). La France figure au 16e rang, les États-Unis au 74e, et le Mexique... au 109e].

 

Philippe Arnaud

 

Corporatocratie

 

Le candidat républicain à la présidence, Ron Paul, a, lors d’une assemblée à Kansas City, critiqué vertement le système de gouvernement américain et affirmé que les entreprises et le gouvernement menaient le pays vers le fascisme du XXIe siècle.

 

 

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Ron Paul, l'ultra-libéral "libertarien" arrive aux mêmes constats

que des militants de gauche européens.

 

Mais, n’allez pas vous imaginer un PDG à peau blanche et yeux bleus et des bureaucrates perdant la tête et levant la main droite – gardons notre calme. Ce républicain texan au caractère ouvert pensait à un corporatisme fasciste – un modèle économique particulièrement prisé par Mussolini en Italie dans les

années 1920 à 1940. Le corporatisme économique fasciste englobait le gouvernement et les directions des entreprises privées dans de larges secteurs de l’économie – ce qui est, selon Paul, aujourd’hui tout à fait la norme en Amérique.

 

S’adressant à des milliers de partisans au cours d’une assemblée, Paul déclara: «Nous nous sommes éloignés d’une véritable république et nous glissons dans un système fasciste, soit une combinaison entre gouvernement, oligarchie économique et pouvoir autocratique, provoquant la suppression des droits individuels de tous les citoyens américains

 

Ces paroles, qui auraient été refusées, il y a encore quelques années, furent accueillies avec acclamation. La réunion électorale de Paul eut lieu simultanément avec les grandes assemblées du parti républicain au Missouri et au Kansas – qui furent délaissées par un grand nombre de personnes qui voulurent entendre le discours de Paul. Les Américains, saignés par les campagnes militaires incessantes et coûteuses, sont de plus en plus portés vers une politique étrangère de paix, comme le promet Paul.

 

Le candidat à la présidence s’exprima en des termes que le peuple américain avait déjà entendus de la part de l’ancien président Dwight Eisenhower qui, dans son discours d’adieu à la Nation, avait estimé «qu’au sein du gouvernement, il fallait se méfier de la prise d’influence – voulue ou non – du complexe militaro-industriel. Il y a un potentiel destructeur de pouvoir inconvenant, actuellement et à l’avenir.»

 

 

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En 1960, à la fin de sa présidence, Dwight David Eisenhower dénonça avec force le pouvoir du complexe "militaro-industriel" aux Etats-Unis et dans le monde.

 

Et c’est le cas maintenant. Rien qu’en l’an 2009, les Etats-Unis étaient responsables de près de la moitié des dépenses mondiales dans le domaine militaire – soit 46% ou 712 milliards de dollars. Depuis, les chiffres ont encore grimpé, à tel point que les dépenses militaires américaines dépassent celles de la Chine, de la Russie, du Japon, de l’Inde et du reste de l’OTAN, pris ensemble. Les Etats-Unis possèdent plus 700 bases militaires dans 130 pays dans le monde entier.

 

On peut se demander si le gouvernement des Etats-Unis – le pays au plus grand produit intérieur brut – peut encore se payer des suppléments de dépenses militaires. La réponse est tout simplement: non.

 

La nation la plus fortunée du monde a, en même temps, la plus grande dette souveraine de l’histoire du monde. Du fait que le dollar est une monnaie de réserve mondiale, que la Federal Reserve fait tourner la planche à billets en continu et que la production a été transférée dans des pays à salaires bas, l’économie américaine ressemble à un jeu de casino ou, si l’on préfère, à une «chaîne de Ponzi», soit un circuit financier frauduleux.

 

 

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Georges W Bush était avec Dick Cheney (ici à l'arrière plan, à gauche) l'homme du complexe militaro-industriel : la guerre, pour eux, était la seule solution.

 

Et c’est le président Georges W. Bush qui, lors d’une conversation avec son collègue argentin Nestor Kirchner, déclara: «La meilleure façon de faire revivre l’économie est la guerre et les Etats-Unis ont été renforcés grâce à la guerre.»

 

Mais les Américains en ont assez de la guerre – et ils en ont assez d’attendre le jour béni quand la guerre, comme par miracle, fera redémarrer l’économie.

 

Katerina Azarova

 

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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 13:32

 

Il est mal vu de prédire une défaite en pleine campagne. Cependant, je suis convaincu qu’il est nécessaire d’analyser dès maintenant une défaite logique, implacable, mais qu’on ne veut pas voir, ni admettre.

 

Le 6 mai 2012, Nicolas Sarkozy, dit le kleiner Mann (Bernard Gensane), sera réélu de justesse. François Hollande n’a aucune chance de l’emporter. Pourquoi ?

 

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Nicolas Sarkozy, malgré les apparences, a de fortes chances de l'emporter.

 

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François Hollande doit absolument changer de stratégie. 

 

 

Tout d’abord, il faut tenir compte de la sociologie et du rapport des forces politiques en France. La droite (de l’extrême-droite au « centre ») est largement majoritaire en France. La gauche (de l’extrême-gauche en passant par le Front de gauche, le PS, aux écologistes) ne totalise que quelque 40 % de l’électorat, en se basant sur résultats des derniers scrutins municipaux, régionaux et partiels. Et c’est un homme de gauche qui le dit : Jean-Luc Mélenchon.

 

Ensuite, la stratégie de Sarkozy commence à porter ses fruits. Depuis sa première campagne présidentielle, il a œuvré pour qu’il n’y ait personne à sa droite. Il s'inspire ainsi dans l'ancien chancelier allemand de droite dure Strauss et de Rove le conseiller électoral de George W Bush. C’est ainsi qu’il fait reprendre pour son compte et sans vergogne par ses sbires les thèmes les plus nauséabonds de l’extrême-droite. Ce sont ses collaborateurs qui sont éclaboussés et ainsi, le petit Nicolas peut tenir des discours réactionnaires sur la question de l’avortement, le mariage homosexuel, etc. Il a fait détourner l’attention par cette grotesque affaire de la viande « halal ». Dans tous les cas, la gauche est tombée dans le piège (sauf Mélenchon qui a parfaitement compris qu’il ne faut pas s’enferrer là dedans) par ses indignations aussi vaines que temporaires. Dans la stupide polémique sur les « civilisations », la gauche s’est laissée prendre : elle s’est attaquée à Guéant, un sous-fifre. Il fallait frapper le vrai patron, c’est-à-dire le kleiner Mann en personne. Enfin, en faisant pression sur les maires, le camp Sarkozy va empêcher Marine Le Pen de récolter les fameuses 500 signatures. Ainsi, l’extrême-droite éliminée laisse le champ libre à l’UMP et à Sarkozy.

 

 

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Claude Guéant : l'idiot utile de Sarko...

 

 

Sarkozy a dès lors toute liberté pour imposer les idées ultralibérales devant un adversaire PS qui ne sait pas sur quel pied danser. L’abstention des Socialistes sur le MES (Mécanisme Européen de Stabilité – voir Uranopole : http://uranopole.over-blog.com/article-trop-99901481.html) va coûter un maximum de voix à Hollande.

 

Les actes et les discours du PS et de François Hollande sont flous et incohérents face à un adversaire qui les déconcerte en attaquant successivement de front, puis en passant par des phases de blues savamment programmées. Un exemple est donné aussi par la proposition de taxer à 75 % la tranche de revenus annuels supérieure à un million d’Euros. Si l’idée en soi est bonne, dans une campagne électorale, cela a un aspect trop technique pour être compris ! Il eut mieux valu insister sur une répartition plus juste de la charge fiscale par quelques slogans bien sentis dans les médias et des explications plus élaborées dans la presse écrite, par exemple. À force de vouloir tout justifier, on crée la méfiance et l’incompréhension.

 

En outre, quelle pensée véhicule le PS ? A force de compromis, on en arrive à habiller dans un discours de gauche, le libéralisme auquel les Socialistes de « gouvernement » se sont ralliés . Le social-libéralisme est la pensée dominante et, forcément, entraîne des ambiguïtés. Ainsi, où est la cohérence entre proclamer au Bourget que le principal adversaire est la finance, et ensuite aller rassurer la City de Londres que l’on restera dans le système de capitalisme financier actuel ?

 

Un autre exemple : Terra nova, le fameux « think-tank » proche de la mouvance libérale du PS, souhaite que le Parti se détourne des couches populaires pour puiser son électorat dans les couches marginales et les fameux « bobos ». Cela est aussi un indice inquiétant de la dérive de cette formation. Le PS n’est plus le parti du monde du travail et il n'est pas non plus celui des classes moyennes.

 

Un autre point faible de la gauche est sa division. Elle est double : la division au sein du PS et celle entre les différentes sensibilités de la constellation de gauche. Quand Sarkozy prétend que le PS a Hollande, mais aurait souhaité DSK, il a raison. Bien que François Hollande ait remporté les « primaires » avec brio montrant ainsi qu’il a une forte base populaire au sein de la gauche, le PS ne s’est pas mis en ordre de marche derrière lui. Sa rivale, Martine Aubry, qui reste la patronne de la rue de Solferino, ne se mobilise guère derrière le candidat désigné.

 

 

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Martine Aubry ne sourit certainement pas à François Hollande.

 

 

Ensuite – et c’est essentiel – il n’y a pas d’accord préalable entre les différentes formations de gauche, comme en 1981. François Mitterrand avait réussi à créer un rapport de forces en sa faveur. Celui-ci n’existe plus aujourd’hui. La tentative de rapprochement avec les écologistes a échoué et le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon  a été laissé de côté. Or, il est fort probable que celui-ci représentera, au terme du premier tour, une force sur laquelle Hollande devra compter.

 

La droite, elle aussi, est divisée, mais Sarkozy a réussi à ramener au bercail les « brebis égarées » comme Borloo, Boutin et Morin. L’UMP est ainsi reconstituée et le kleiner Mann dispose à nouveau de son rouleau compresseur.

 

 

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La marionnette Christine Boutin va mettre son grain d'intégrisme religieux dans le programme de Sarkozy.

 

En dépit des sondages – on peut se demander dans quelle mesure ils ne sont pas manipulés – la droite a toutes les chances de l’emporter le 6 mai prochain. Il reste une seule voie : un accord réel, c’est-à-dire pas seulement de désistement, mais de programme, entre Mélenchon et Hollande, sans cela, je crains fort avoir raison.

 

 

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Jean-Luc Mélenchon, s'il parvient à concrétiser sa popularité, a les clés en main. C'est le dernier espoir...

 

Pierre Verhas

 

 

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 23:23

Voici un exemple édifiant de la crise que nous vivons. Voilà où mènent les politiques folles, imbéciles, criminelles d’austérité destinées à tuer l’Etat et avec lui, les peuples.

 

Une ville catalane est amenée à cultiver de la marijuana pour survivre !

 

Donc, pour assurer ses besoins vitaux, autrement dit pour survivre, il n’y a qu’une solution pour certains : cultiver du poison.

 

Si l’humanité existe encore dans quelques générations, qu’en penseront les historiens qui étudieront notre époque ?

 

Ainsi, le capitalisme absolu sera sans doute reconnu comme une des plus grandes plaies de l’histoire humaine.

 

Tout part en fumée : la zone Euro contraint une ville d’Espagne à cultiver de la marijuana (Le Grand Soir)

 

RT

 

Une ville d’Espagne "moribonde" qui souffre d’un chômage massif essaie d’enrayer son déclin économique de la seule manière dont elle dispose : en cultivant de la marijuana. Le fait que l’Espagne en arrive à prendre des mesures aussi désespérées est-il un signe de ce qui attend l’Europe à mesure que la crise s’aggrave ?

 

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Pour survivre, la vie doit partir en fumée...

Culture de marijuana à Rasquera (Catalogne)

 

Blottie aux pieds du Serra De Cardo en Catalogne, Rasquera paraît être un lieu de vie idéal. Mais frappée par la vague de chômage qui a englouti la zone Euro, Rasquera souffre d’un taux de chômage de plus de 20%.

 

Pour essayer de retenir les jeunes de cette petite municipalité, le Conseil Municipal de Rasquera a voté mercredi la location d’un terrain à une association de cannabis de Barcelone pour faire pousser de la marijuana.

 

Le projet "marie-jeanne pour survivre" est pour le moment un cas isolé mais Rasquera pourrait être le symbole du profond malaise qui est en train d’envahir toute l’Européen.

 

Le taux de chômage des 17 membres de la zone Euro atteignait 10,7% en janvier, le plus haut niveau de toute son histoire.

 

Avec plus de 23 millions de chômeurs dans la plus large Union Européenne, on ne peut que s’attendre à encore plus d’austérité.

 

D’autant que l’ombre menaçante d’une faillite grecque plane sur les économies terriblement endettées de l’Espagne, du Portugal et de l’Italie.

 

Et comme l’Espagne a le taux de chômage le plus élevé de la zone Euro, un taux de 23,3%, on peut se demander s’il faut mieux faire encore des coupes dans les services sociaux à cause du manque d’argent ou s’il faut autoriser les fermiers à faire pousser du hachish pour survivre ?

 

De telles questions montrent que des jours étranges attendent la zone Euro de plus en plus menacée par le spectre de l’effondrement.

 

Pour consulter l’original : http://rt.com/news/spain-town-marijuana-farming-697/

 

Voir aussi le blog de Bernard Gensane (vous pouvez le consulter sur les liens - colonne de gauche)

 

Traduction : Dominique Muselet pour LGS

 

 

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 22:50

Ce week-end a vu la concrétisation sur le terrain des ravages de la nouvelle « machine » Europe.

 

Ces ravages s’appellent délocalisations. Les méthodes, elles, relèvent du banditisme pur et simple. Deux exemples concrets : Meister – Sprimont en Wallonie et Air Méditerranée en France.

 

Le groupe Meister est une multinationale d’origine allemande spécialisée dans la fabrication de composants pour automobiles. Il possède des usines en Allemagne, en France, en Tchéquie et en Belgique. Il est installé à Sprimont - Louveigné près de Liège depuis 1983 où est procédé à l’assemblage et au décolletage de systèmes hydrauliques de sécurité et de freinage pour le secteur automobile. Il emploie quelque 104 travailleurs. Depuis quelques semaines, des négociations ont lieu entre la direction et les organisations syndicales suite à la volonté de la maison « mère » de délocaliser l’usine de Sprimont vers la Tchéquie.

 

 

Heil Meister !

 

 

Le climat social est tendu à l’usine Meister Sprimont depuis dix ans : exigences de flexibilité, licenciements sans motifs, rythme de travail insoutenable, séquestration de la direction, etc. Bref, toute la panoplie de la stratégie de la tension entretenue par une direction aux ordres des objectifs de rentabilité insoutenables de la multinationale. On allait vers la délocalisation. En effet, les travailleurs ont appris en Conseil d’entreprise que des importantes commandes qui devaient être effectuées à Sprimont, le seraient en Tchéquie. Des négociations étaient en cours, puis dimanche 26 février, à 14 heures, une milice privée d’une quinzaine de gros bras tout de noir vêtus envahit les locaux de l’entreprise. Ils molestent et expulsent trois travailleurs qui tentaient de les empêcher d’entrer. L’alerte est donnée. La mobilisation est immédiate. Ces « miliciens » avaient pour mission de « récupérer » les pièces produites ces derniers jours et que les travailleurs, qui craignent la fermeture de leur site après l'annonce du transfert à l'étranger d'importantes commandes, n'entendaient pas laisser sortir.

 

 

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 Les gros bras venus d'Allemagne se sont tout permis !

 

Furieux d’être coincés, les soi-disant « vigiles » brisent et fouillent les armoires où les travailleurs déposaient leurs effets personnels. Ils saccagent le réfectoire rendant impossible la vie sociale dans cette entreprise.

 

 

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Le très sympathique führer de la milice

 

La police arrive en force mais refuse d’intervenir et même de procéder à un contrôle d’identité des énergumènes s’étant livrés à des violences, à des dégradations de biens, à une tentative de vol. En plus, ils portaient sur eux des armes prohibées (matraques, battes de base ball et autres « jouets de St Nicolas »). On peut se poser la question sur l’attitude des forces de l’ordre si des travailleurs avaient procédé de la sorte.

 

 

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Des forces de l'ordre fort passives

 

Dans la nuit de dimanche à lundi, la police évacue les « miliciens » hilares, narguant les travailleurs présents. Que sont-ils devenus ? On n’en sait rien. Les travailleurs et beaucoup d’observateurs considèrent que la mollesse des forces de l’ordre est inadmissible. D’autre part, la police de Liège a refusé d’enregistrer les plaintes des travailleurs qui ont été molestés, sous prétexte qu’ils ne se trouvaient pas dans la bonne zone de police !

 

Tout se passe comme si la police et le gouvernement – la ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet a eu une réaction plus que « modérée » face à cette affaire – voulaient étouffer la question. Le patronat – l’Union wallonne des entreprises – se contente de mettre en parallèle l’intervention de la milice allemande et la séquestration de la direction. Les négociations reprendront mardi, mais dans quel climat ? Les deux grands syndicats (FGTB et CSC) ont déposé plainte et le Parquet a décidé de se saisir de cette affaire. On verra.

 

milquet

Joëlle Milquet s'est montrée plus ferme en d'autres circonstances.

Jamais une telle violence patronale ne s’est manifestée de la sorte en Belgique. Comme l’écrit Véronique De Keyser, députée européenne socialiste de Liège, dans un communiqué de presse : « Ils étaient venus d’Allemagne, vêtus de noirs, cagoulés, armés, prêts à matraquer pour les déloger ces « vingt et cent » qui résistaient alors que le sort en avait été jeté…

Non, ce n’était pas en 1939 mais en 2012 ! Plus précisément hier et à deux pas de chez nous, sur le site de Meister Sprimont, où à la demande de la direction une milice privée est intervenue de façon musclée pour casser la grève et emporter de force du matériel. Des méthodes d’une rare violence aux odeurs nauséabondes de fascisme ! La police de Sprimont n’est pas intervenue et les miliciens sont repartis en Allemagne comme ils étaient venus, sans même être interpellés. »

Prenons garde que les « vingt et cent » ne deviennent bientôt « des milliers ».

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Véronique De Keyser fait la bonne analyse.

L’audace patronale est désormais sans limite. Les autorités qui se sont déjà pliées aux diktats des marchés financiers via une Union européenne gangrénée, ayant renoncé à son idéal de solidarité entre les peuples pour servir les seuls intérêts du capital, ferment les yeux devant les actions illégales, violentes, lâches de fascistes au service d’un patronat sans scrupule. Ces « responsables » ne parviennent à prouver qu’une chose : ils ont peur !

Air Méditerranée avec « sa gueule de pâtre grec »

Meister n’est pas seul. La compagnie aérienne française Air Méditerranée née en 1997, exploitait jusqu'ici une dizaine d'avions en France au départ de Roissy, Lyon, Nantes et Toulouse. Sa filiale grecque, Hermès Airlines, assure des rotations depuis 2011 avec un appareil, mais plusieurs autres appareils doivent passer en 2012 sous le contrôle de Hermès Airlines. Air Méditerranée emploie jusqu'à 500 personnes en haute saison et travaille essentiellement pour les grands tours opérateurs français. Cependant, elle connaît des difficultés. Sa politique de sous-investissement l’a mise sur la liste noire des compagnies aériennes et le « printemps arabe » lui a été un coup dur.

 

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Air Méditerranée préfère faire respirer à ses travailleurs l'air de la Grèce. Merci la troïka !

Air Méditerranée a proposé à son personnel naviguant – pilotes, hôtesses, stewards – de passer sous le régime salarial et social grec, ce qui reviendrait à une réduction globale des rémunérations de 40 %. Concrètement, une hôtesse ou un steward gagnant le SMIC en France se voit proposer un salaire mensuel de 900 euros à Athènes et un commandant de bord payé 6.000 euros empocherait 3.700 euros en Grèce. En effet, une des mesures imposées par la « troîka » (Commission européenne, Banque centrale européenne, FMI) à la Grèce fut une réduction de tous les salaires de 30 %.

En clair, l’austérité imposée à la Grèce n’est pas perdue pour tout le monde. Voilà des travailleurs français contraints d’accepter de travailler sous le régime social grec. C’est plus fort que Bolkestein !

Meister, Air Méditerranée sont deux faces d’une même politique sociale. Réduire le travailleur à un régime de quasi esclavage en l’entraînant dans la précarité. Les fondations de notre édifice social sont en danger de destruction totale. Véronique De Keyser le dit haut et fort : « Plus que jamais en ces temps difficiles, il faut tendre à l’éveil des consciences et non à leur endormissement sous prétexte de chantage à l’emploi et à la compétition. Crise, délocalisation, salaires toujours plus bas, chômage, pauvreté… notre société est malade et il est incontournable de la repenser autrement. Fini le progrès évalué selon des critères purement économiques et financiers! Notre société a besoin de se refaire une santé en développant son potentiel culturel et intellectuel, en privilégiant l’humain, la solidarité, le bien vivre plutôt qu’un bien-être illusoire. Nous n’avons plus de temps à perdre, ou l’heure sera uniquement à la sur…vie. »

Mais comment ? Il n’y a qu’un mot d’ordre : Résistance !

Les maquis où elle s’exercera ne manquent pas.

Pierre Verhas

 

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 14:30

Jamais dans l’histoire européenne, en dehors de périodes d’occupations étrangères, un pays n’a subi un tel diktat provenant de l’extérieur. Les plans drastiques d’austérité imposés à la Grèce par ce qu’on appelle la « troïka » (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds Monétaire international) sont ratifiés quasi dans l’immédiat par une majorité de parlementaires qui y sont contraints.

 

Ce phénomène inquiétant ébranle des principes de base de la vie commune. Le premier étant la souveraineté, le second le processus démocratique de décision, le troisième est la solidarité.

 

Aucun traité ne donnait jusqu'à présent de pouvoirs à la troïka... C’est une sorte de gouvernement supranational né de la crise de la dette souveraine, qui sert en fait d’exécuteur de basses œuvres au remboursement aux créanciers – c’est-à-dire les banques privées – des Etats endettés, aujourd’hui la Grèce. Il impose des plans de remboursements accompagnés de « cures » d’austérité, sans aucun pouvoir de contrôle de l’Etat débiteur, il pratique un chantage à l’aide financière vitale pour ce pays virtuellement en faillite. Il ne tolère aucune discussion. En réalité, ce gouvernement n’a pas d’armée, mais il possède une arme de destruction massive : l’argent.

 

Ainsi, la souveraineté est tuée et le processus démocratique de décision paralysé. Face au chantage à l’aide financière, les instances démocratiques sont contraintes de s’incliner.

 

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La grande gueule de Daniel Cohn Bendit est bien alignée

sur le conformisme néo-libéral.

 

La grande gueule de Daniel Cohn Bendit qui, s’il est très médiatisé, ne représente qu’un groupe minoritaire au Parlement européen, a dénoncé « les talibans néolibéraux qui règnent en Europe ». Très bien ! Il a mis du temps à s’en apercevoir : il oublie qu’il a milité pour le modèle libéral européen figurant dans tous les traités depuis Maastricht. Et puis, il sait bien qu’aucune formation politique importante représentée à cette Assemblée ne le prendra au sérieux. C’est ce genre de contradiction qui affaiblit toute opposition à la doctrine dominante. Le temps n’est plus à la démagogie ! D’autant plus que notre Dany fort dérougi justifiera quelques jours plus tard le fameux MES (Mécanisme Européen de Stabilité, autrement dit, le deuxième volet du traité « Merkozy» )…

 

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Grèce : le Parlement adopte, le Peuple rejette !

 

Le 12 février, le Parlement grec a adopté le nouveau plan de rigueur préparé par le ministre des Finances Evangélos Vénizelos à la demande de la troïka afin de débloquer un nouveau prêt de 130 milliards d'euros à Athènes. Le plan sera présenté le 15 février à l'Eurogroupe, dont le feu vert est nécessaire pour que la Grèce puisse lancer une offre publique de restructuration de sa dette auprès de ses créanciers privés, le 17. Le plan prévoit une réduction de 22 % du salaire minimum (ramené à 586 euros brut sur 14 mois), la suppression de 15 000 emplois publics en 2012, de nouvelles coupes dans les retraites complémentaires et dans les salaires des fonctionnaires, ainsi que la réduction du budget de la sécurité sociale et de l'armée et la privatisation de quatre entreprises d'Etat.

 

N’est-ce pas volontaire ? Réduction des salaires, suppression d’emplois publics, privatisation. Ces plans sont appliqués partout où passent les « talibans néolibéraux ». En effet, ce n’est pas nouveau. À chaque fois que des plans de restructuration sont imposés de l’extérieur, ils vont dans le même sens. Cela a commencé en 1973, après le coup d’Etat au Chili. Les « talibans » étaient à l’époque les « golden boys » de l’école de Chicago.

 

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Le coup d'Etat au Chili du 11 septembre 1973 avait pour objectif

d'instaurer un système ultralibéral par la force.

 

L’austérité imposée par la force à la Grèce, mais aussi, pour bientôt, à tous les Etats de la zone Euro est absurde. L’économiste Jean-Paul Fitoussi dans le « Monde » du 16 février explique : « Ce tête à queue des stratégies européennes  - lutter contre une insuffisance de la demande par une politique d’austérité aux fins d’augmenter l’offre – est pour le moins énigmatique. » Pas tellement, M. Fitoussi ! Cette politique absurde, violente, destructrice ne fait-elle partie d’une stratégie bien élaborée ? Difficile de répondre, mais il est clair que tout va dans la même direction et qu’aucune force politique importante n’essaye d’y changer quoi que ce soit.

 

En tout cas, tous s’accordent pour admettre que le dernier plan infligé à la Grèce est le plus violent d’entre tous. Certains, comme l’Italien Monti, pensent même qu’on est allé trop loin. Logique : nul n’a envie de voir éclater une révolution dans son pays !

 

 mario monti

Mario Monti s'inquiète : si l'Italie devenait une seconde Grèce ?

 

Mais, dans une belle unanimité, le mécanisme est adopté par l’Eurogroupe le 21 février.

 

Ces traités, ces plans, ces nouvelles mesures, de quoi s’agit-il exactement ?

 

Le plan « Merkozy » était inscrit dans l’évolution européenne depuis longtemps. Il se trouvait déjà dans le  pacte dit « de stabilité et de croissance » (PSC) dont le texte a été adopté au Conseil européen d’Amsterdam en 1997, cinq ans après le traité de Maastricht qui fonde l’Euro.

Ce pacte est un instrument de contrainte et de coordination des politiques budgétaires des pays de la zone Euro afin d’éviter des déficits budgétaires excessifs. Il impose aux États de la zone euro d’avoir à terme des budgets proches de l’équilibre ou excédentaires.  Le PSC comporte deux types de dispositions :

  • La surveillance multilatérale, disposition préventive : les États de la zone euro présentent leurs objectifs budgétaires à moyen terme dans un programme de stabilité actualisé chaque année. Un système d’alerte rapide permet au Conseil Ecofin, réunissant les ministres de l’Économie et des Finances de l’Union, d’adresser une recommandation à un État en cas de dérapage budgétaire.
  • La procédure des déficits excessifs, disposition contraignante, voire répressive. Elle est enclenchée dès qu’un État dépasse le critère de déficit public, c’est-à-dire les soldes budgétaires cumulés des administrations centrales, locales et de sécurité sociale. fixé à 3 % du PIB, sauf circonstances exceptionnelles. Le Conseil Ecofin adresse alors des recommandations pour que l’État mette fin à cette situation. Si tel n’est pas le cas, le Conseil peut prendre des sanctions : dépôt auprès de la BCE qui peut devenir une amende à payer au Trésor Public une somme d’argent fixée par la loi. (de 0,2 à 0,5 % PIB de l’État en question) si le déficit excessif n’est pas comblé.

Une déclaration annexée à l’Acte final du traité de Lisbonne laisse prévoir une réforme du Pacte de stabilité et de croissance, sans préjuger néanmoins du débat futur sur l’avenir de ce Pacte. Ce Pacte de stabilité  n’a pas été appliqué jusqu’à la crise grecque à la demande de l’Allemagne et de la France… les deux pays qui l’avaient inspiré ! Cependant, le PSC reste toujours en vigueur selon sa mouture initiale.

La crise de la dette souveraine l’a réveillé. Le 28 septembre 2011, le Parlement européen approuvait six textes – le fameux « six packs » - qui ont été officiellement adoptés le 16 novembre par le Conseil et qui renforcent le pacte de stabilité. On a parlé à ce moment-là de la fondation d’une « gouvernance économique européenne ». Ce « six packs » est composé de six textes qui comportent trois dispositions principales.

1/ renforcement du pacte de stabilité et de croissance ainsi que pour le volet sanctions

 

Les trois premiers textes cherchent à améliorer le pacte de stabilité et de croissance et de renforcer les sanctions inhérentes à ce pacte.

 

2/ création de la procédure de déséquilibre macro-économique

 

Ensuite, deux textes ajoutent de nouveaux instruments car les règles de vie commune dans la zone euro ne couvraient pas les réalités macro-économiques. Par exemple, en ce qui concerne l'Espagne et de l'Irlande qui respectaient très bien la discipline budgétaire imposée par l’Europe et qui ont été mis en difficulté suite à l'endettement privé après l'éclatement d'une bulle immobilière en Espagne et de l’endettement d’une banque en Irlande. Il s’agit du contrôle des déséquilibres macro-économiques.

 

3/ renforcement des cadres budgétaires nationaux

 

Le sixième texte est une directive que les Etats membres devront transposer dans leur droit interne. Il les invite à améliorer leur cadre budgétaire national. Par exemple: avoir des instituts statistiques indépendants, des organes de contrôle des finances publiques indépendants pour vérifier que les hypothèses de croissance émises par le gouvernement sont réalistes, etc.

 

Outre le renforcement des sanctions en matière budgétaire, ces dispositions visent à socialiser les dettes privées. C’est ce qu’il s’était passé avec les dettes des banques en 2008 et qui a eu pour conséquence un accroissement considérable de la dette publique et par conséquent, le service de la dette augmente le déficit de l’Etat.

 

Tout est d’ailleurs orienté sur la problématique de la dette, donc de l’intérêt du secteur bancaire. Ainsi, il est introduit une notion de « seuil d’alerte » sur certains indicateurs économiques. Ce seuil d’alerte vise à prévenir et à corriger des déséquilibres macroéconomiques susceptibles de nuire à la sacro-sainte stabilité de l’UE.

 

Ainsi, en matière d’échanges commerciaux,  le seuil est fixé à 4% du PIB pour une balance déficitaire, et à 6% du PIB dans le cas contraire, où l'Etat aurait un excédent courant. Donc, il y a une clémence envers les pays exportateurs. Cela concerne évidemment l’Allemagne.

 

Des seuils sont fixés pour les flux de crédits au secteur privé (15 %), la hausse annuelle du prix de l’immobilier (6 %), le taux de chômage, etc.

 

Le dernier volet concerne les outils de surveillance économique, comme les instituts de statistique, par exemple, qui doivent être « indépendants », donc privés.

 

Ce fameux dispositif « six packs » ne fonde pas une politique européenne commune. Il encadre la politique économique de chaque Etat-membre dans des limites qui constituent des garanties dans l’intérêt des seules banques. Il ne constitue en rien un instrument européen de redressement économique. Le PSC renforcé par le « six packs » comporte le mot « croissance ». Ce terme n’apparaît nulle part dans ce nouveau fourre-tout règlementaire. Ce n’est pas un hasard ! D’autre part, les outils de surveillance sont privatisés et seront donc ainsi au service du seul secteur bancaire.

 

Avec de pareilles dispositions, il est inutile de pousser des cris d’orfraie à l’égard des fameuses agences de notation…

 

On peut d’ailleurs s’apercevoir ce qu’est cette mentalité bancaire. C’est proprement ahurissant dans cet exemple.

 

Ahurissant !

 

Voici la réponse purement technocratique du Français Benoît Cœuré, nouveau membre du directoire de la BCE, à l’interview de Jean Quatremer, correspondant de « Libération » à Bruxelles à la question sur l’injustice de la différence du taux des prêts de la BCE aux Etats et aux banques privées dénoncée il y a quelques semaines par Michel Rocard et l’économiste Pierre Larrouturou : « Les prêts de la BCE aux banques ne sont pas de même nature que ceux que les banques commerciales consentent à l’économie ou aux Etats. Les premiers sont, pour l’essentiel, des prêts à très court terme (…). Surtout, ce sont des prêts parfaitement sécurisés (…). En revanche, les prêts aux Etats sont souvent à beaucoup plus long terme, parfois jusqu’à trente ou cinquante ans. Et ils présentent de plus grands risques… » Quand on voit l’état de certaines banques en Europe, notamment Dexia, il est assez audacieux de parler de « sécurité » ! Il ressort de ces propos une haine viscérale de l’Etat étant considéré comme un facteur à risques. Plus grave, l’intérêt général est absent de cette analyse d’un financier qui ne voit que le court terme.

 

 

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Benoît Coeuré, nouveau membre du directoire de la BCE :

le sauvetage ne peut venir de ces gens-là.

 

Le sauvetage ne peut venir de ces gens-là. L’indépendance de la BCE accordée par le traité de Maastricht est une erreur majeure. Ce M. Cœuré parle en banquier du secteur privé, comme si l’Institution qu’il codirige était un organisme financier ordinaire.

En fait, tout cela n’a rien à voir avec la construction européenne. C’est la mise en place d’un pouvoir supranational associé au tout puissant secteur bancaire. Son embryon existe déjà : on l’appelle la « troïka ».

 

 

Un traité inutile et dangereux

 

 

En plus, cela ne marche pas. Ces nouvelles réglementations n’apportent aucune solution à la crise de la dette souveraine. Elles ne sont là que pour garantir la survie du secteur bancaire et les intérêts de quelques Etats-membres de l’Union. Le refus obstiné de Merkel de mettre en œuvre les euro-obligations, les difficultés de mise en place du Fonds européen de Solidarité financière ont amené le tandem « Merkozy » à imposer l’adoption d’un nouveau traité intitulé Traité sur la stabilité la coordination et la gouvernance dans l’Union économique et monétaire (TSCG) et le « Mécanisme Européen de Solidarité » (MES) qui étaient discutés depuis juillet 2011 et adopté par le Conseil le 2 février 2012.

 

Ce nouveau traité  est inutile et dangereux. Il est inutile car le « six packs » a déjà largement renforcé le pouvoir coercitif de la Commission en matière de « discipline » budgétaire.

 

Il est dangereux car il met en place un système intergouvernemental et met en pièces la méthode communautaire et tout ce qui est commun au niveau de l’Union européenne. La Commission européenne dont le rôle est d’être la « gardienne des traités » devient à la fois la police et le tribunal des Etats-membres. Il faut dire que cela ne gêne en rien certains commissaires comme le Finnois Olli  Rehn, chargé des affaires économiques.

Ce projet de Traité prévoit :

 

- d'abaisser le plafond du déficit budgétaire à 0.5% du PIB, laissant toutefois la procédure de sanction pour déficit excessif applicable aux seuls déficits supérieurs à 3% du PIB.

 

- d'obliger les Etats signataires à mettre en place une règle d'or constitutionnelle obligeant ces derniers au respect du plafond des 0,5%,

 

- la remise à la Commission d'un programme de partenariat économique par les Etats faisant l'objet d'une procédure pour déficit excessif,

 

- le renforcement de la nouvelle procédure de décision, dite à la "majorité inversée" ([1]), réduite aux seuls membres de la zone euro,

 

- une procédure visant à ce que toutes les grandes réformes de politique économique envisagées par les États membres de la zone euro soient débattues et coordonnées au niveau de la zone euro.

 

 

Le MES est dit : c’est la troïka.

 

 

Le second volet est le Mécanisme Européen de Stabilité, ou MES adopté définitivement le 2 février 2012. Il complète le TSCG et pour en faire partie, les Etats doivent appliquer les mesures d’austérité budgétaire inscrite dans le Traité.

 

Doté de la personnalité juridique, le MES pourra ester en justice. Le MES, dont le siège est fixé à Luxembourg, est doté du statut d’une institution financière internationale bénéficiant des immunités dont jouissent les institutions internationales. Il n’a donc aucun compte à rendre ni au Parlement européen, ni aux parlements nationaux, ni aux citoyens des Etats membres et ne peut en aucun cas faire l’objet de poursuites. Il est exempté de toute obligation imposée par la législation d’un Etat Membre. Le MES, ses biens, fonds et avoirs jouissent de l’immunité de toute forme de procédure judiciaire.

 

Le but du MES est de « mobiliser des ressources financières et de fournir, sous une stricte conditionnalité, » un soutien à la stabilité d’un de ses Etats membres qui connaît des graves difficultés financières susceptibles de menacer la stabilité financière de la zone euro. A cette fin, il est autorisé à lever des fonds. Son capital est fixé à 700 Milliards d’euros.

 

Les Etats Membres, par ce traité, s’engagent « de manière irrévocable et inconditionnelle » à fournir leur contribution au capital du MES. Ils s’engagent à verser les fonds demandés par le MES.

 

Lorsqu’un Etat Membre sollicite une demande de soutien à la stabilité, c’est la Commission européenne en liaison avec la Banque Centrale Européenne (BCE) qui est chargée d’évaluer le risque pour la stabilité de la zone euro, d’évaluer, en collaboration avec le FMI – autrement dit la troïka – la viabilité de l’endettement public du pays demandeur et d’évaluer les besoins réels de financement de ce dernier. On voit ici que, par le biais du MES, la troïka est institutionnalisée.

 

Lorsque le MES décide d’octroyer un soutien à la stabilité, c’est la Commission européenne, en liaison avec la BCE et le FMI, qui négocie avec l’Etat demandeur les conditions dont est assorti ce soutien. Cette négociation doit s’inscrire dans le respect du Pacte budgétaire (TSCG). La troïka est chargée du respect des conditions imposées.

Les gouvernements signataires de ce traité ont créé un monstre institutionnel contre lequel les Etats eux–mêmes et à fortiori les peuples seront désormais totalement impuissants. Ainsi se poursuit, sous la pression du monde de la finance et des affaires, le démembrement du siège de la souveraineté populaire, l’Etat, au profit d’institutions échappant à tout contrôle.

 

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La Grèce - ici Papadelos et son ministre des Finances - ont beau

argumenter face à l'arrogant Baroin, ministre français des Finances.

 

Ce projet signifie tout simplement la fin du politique. Limiter les déficits à 0,5 % du PIB par une disposition constitutionnelle – la fameuse « règle d’or » - revient à entraver tout pouvoir politique. C’est fondamentalement contraire aux principes démocratiques de base qui veulent qu’une Assemblée élue au suffrage universel – donc, représentant le peuple – puisse décider de toutes les dispositions qu’elle juge nécessaire à sa politique. La limitation des déficits inscrite au niveau des lois fondamentales, revient à exclure tout investissement public, toute disposition nouvelle en matière de sécurité sociale, par exemple.

 

Ces deux traités MES et TSCG confirment que la construction européenne s’est définitivement éloignée de l’idéal démocratique. Ils instaurent une totale mise sous tutelle financière et budgétaire des Etats et des peuples, sans qu’il y ait pour autant une souveraineté européenne.

 

Un fédéralisme de contrainte

 

On n’arrête pas de dire que cette avalanche de nouvelles réglementations renforce le « fédéralisme ». Il faudrait s’entendre sur ce mot. Le « fédéralisme », ce n’est pas simplement le transfert de la souveraineté nationale vers une entité supranationale.

 

Cette politique renforce le déficit démocratique, notamment par la règle de la « majorité inversée » qui donne à la Commission des pouvoirs exorbitants (voir note 1) sans aucun contrôle. En plus de mettre sous tutelle des Etats membres aux déficits estimés trop élevés, il divise l’Europe en deux, puisque le processus de décision ne sera pas le même pour les Etats membres de la zone Euro et les autres. Enfin, selon de nombreux juristes, ce nouveau traité ne respecte pas les traités européens existants. Cela peut tout simplement signifier la fin de l’Europe.

 

En réalité, La crise financière débouche sur la perspective d'une Union Européenne à deux niveaux: l'un fédéral (la Communauté) avec les Etats qui choisissent la monnaie unique au prix de la perte d'une part plus grande que jamais de leur souveraineté ; l'autre confédéral (l'Union) avec tous les autres préférant rester dans une simple zone intergouvernementale de libre-échange. Ce pouvoir « fédéral » limité aux Etats de la zone Euro serait en fait un « fédéralisme de contrainte » donnant tout pouvoir aux marchés aidés par une police « eurocrate », sans aucun contrôle parlementaire, ce qui est contraire à l’idée fédéraliste.

 

Vers la fin de l’Europe ?

 

 

 big brother

Big Brother est banquier !

 

Le projet des traités « Merkozy » annonce déjà une division de l’Union puisque deux pays n’y adhérent pas : la Grande Bretagne et la Tchéquie. Le vrai-faux ballon d’oxygène accordé à la Grèce le 20 février ne changera sans doute rien. Les diktats de la « troïka » amèneront sans doute la Grèce à sortir de la zone Euro, le gouvernement allemand le souhaitant manifestement. Cela signifie l’expulsion d’un Etat membre, puisque les dispositions relatives à la monnaie unique sont la base du traité de Maastricht confirmé par les traités suivants jusqu’à celui de Lisbonne. L’absence de deux Etats membres dans le projet de nouveau traité et l’expulsion d’un autre ne peut que signifier la fin de l’Union européenne. D’autres Etats sont menacés d’expulsion de fait comme l’Italie et le Portugal.

 

Le nouveau « Big Brother » s’appelle « marchés financiers ». Il est bien pire que ses prédécesseurs.

 

 

Pierre Verhas

 

 



[1] Alors qu'auparavant une recommandation de la Commission devait, pour être adoptée, être explicitement appuyée par le Conseil, c'est la logique inverse qui prévaut désormais.


En effet, alors que la majorité qualifiée sert à adopter une position "en faveur de quelque chose", la règle de "majorité inversée" signifie que les sanctions proposées par la Commission ne peuvent être contestées par le Conseil qu’à une majorité qualifiée. Cette nouvelle forme de décision, non prévue par les Traités a été annoncée par Herman Van Rompuy le 27 septembre 2010:

 

"Partout où c’est possible, les règles de prise de décision au sujet des sanctions devraient être automatiques et basées sur la règle de la majorité inversée, qui implique qu’une proposition de la Commission est adoptée sauf si elle est rejetée par le Conseil."

 

Cette automaticité exclut donc toute délibération parlementaire de quelque ordre que ce soit. C'est une négation pure et simple des principes les plus élémentaires du fédéralisme qui prévoit une chambre de représentation des citoyens avec des pouvoirs essentiels.

 

Cela signifie en outre qu’un recours contre une sanction de la Commission sera quasi impossible. Si les déficits des finances publiques sont interdits, c’est au prix du déficit démocratique !

 

 

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Published by pierre verhas
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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 11:48

L’ordinateur qui vous permet de lire les textes de ce blog, de recevoir et d’envoyer vos courriels, la chaudière qui chauffe et éclaire votre logement – quand vous en avez les moyens – la voiture, le train et l’avion qui vous transportent rapidement d’un point à l’autre du Globe, l’appareil sophistiqué dans un hôpital qui élimine une tumeur et vous sauve la vie, n’existeraient pas si, quelque part au Moyen Orient, durant le haut Moyen âge, un Arabe n’avait inventé le zéro. Savez-vous que Copernic a découvert sa théorie héliocentrique qui révolutionna le monde, grâce à sa connaissance des travaux d’un astronome persan et qu’à l’époque, les rares astronomes européens se référaient aux travaux de leurs nombreux prédécesseurs arabes, car ils furent les seuls avec les Chinois à étudier cette science ?

 

Pendant ce temps-là, l’Europe croupissait dans l’ignorance, la misère. La société était divisée en fiefs tenus par des chefs de bandes qu’on a appelé des « seigneurs » qui maintenaient la population dans l’esclavage et la terreur. La cohérence de ce système était assurée par une église prêchant une religion qui était un fatras de croyances superstitieuses qu’il était interdit de remettre en question sous peine des pires tortures et du bûcher.

 

 Claude_Gueant.png

Claude Guéant joue un jeu dangereux en

relançant le fameux "choc des civilisations".

 

 

Et voilà aujourd’hui un ministre français qui relance le débat sur le « choc » des civilisations, débat qu’on croyait clos. Non – campagne électorale et peur de l’extrême-droite obligent – il est préférable de raviver les tensions. Ce ministre a dit deux choses : toutes les civilisations ne se valent pas et il a fustigé le « relativisme » de la gauche. Toutes les civilisations ne sont pas égales ? C’est vrai et faux, car il n’est pas tenu compte d’une dimension : le temps. Au Moyen-âge – on vient de le voir – la civilisation « occidentale » n’était rien à côté de la civilisation « arabe ». Aujourd’hui, les « Occidentaux » ont pris le dessus après avoir pillé les autres, sans compter en avoir mené des millions en esclavage. Autrement dit, les civilisations évoluent et c’est dans ce contexte que l’on peut éventuellement juger de leur valeur propre. Et là, on est forcé de dire que grosso modo elles se valent.

 

 

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Le député PS Serge Letchimy a remis Guéant à sa place !

 

 

De plus, – et c’est essentiel – la question de la civilisation ne se définit pas par la seule performance. Elle se définit aussi par son caractère universel et les valeurs qui la gouvernent. En effet, si on établit une hiérarchie des civilisations, c’est en réalité le principe d’égalité qui est visé. C’est un projet qui va de l’extrême-droite au néo conservatisme. Il est fondé sur le refus de l’égalité avec à sa place la construction de hiérarchies entre citoyens, entre peuples, entre nations, entre cultures, entre races. Et pour se justifier, on use du mot « relativisme » contre son adversaire. Le relativisme est le principal reproche que l’Eglise faisait à ses ennemis. Le relativisme, par définition, est l’antithèse de l’absolutisme, car le relativisme admet les différences sans pour autant les hiérarchiser. Ainsi, en va-t-il de l’antiracisme, de l’universalisme : contrairement aux dires de certains intellectuels, ce ne sont pas des absolus. Ces concepts peuvent se conjuguer de manière différente dans l’espace et dans le temps. Ou alors, on retombe dans la dogmatique et c’est le cercle vicieux. Si aux prêches dogmatiques des religieux, on oppose une dogmatique soi-disant laïque et pseudo universaliste, on est loin d’avoir atteint l’objectif déclaré  de libération !

 

C’est ce qu’il s’est passé mardi 7 février à l’ULB (Université Libre de Bruxelles). Un débat était organisé sur le thème de l’extrême-droite avec la journaliste et essayiste française Caroline Fourest. Ce débat dégénéra en un chahut monstre où s’affrontèrent un groupe d’Arabo-musulmans contestataires (et non d'islamistes intégristes, comme on l'a  évoqué) à la tête duquel se trouvait un certain Soulhal Chichah, assistant à l’ULB, et Caroline Fourest, les autorités académiques représentées par Hervé Hasquin, ancien président de l’ULB et actuel secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Belgique et le philosophe Guy Haarscher servant en vain de tampons. Ajoutons que, et c’est inadmissible, peu avant cette mémorable soirée, des appels à la lapidation de Caroline Fourest ont circulé sur les « réseaux sociaux ».  

 

 

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Souhail Chichah : une des multiples facettes du fanatisme

 

Un débat est-il possible entre Caroline Fourest et les intégristes ? Non, parce que c’est précisément le choc de deux dogmatiques. On connaît l’intégrisme qui veut substituer le prescrit religieux à la loi civile, imposer les principes édictés par une lecture interprétative du Coran en lieu et place des piliers de la société occidentale que sont les Droits de l’homme et les règles démocratiques. En outre, tous les intégrismes religieux – pas seulement le musulman – veulent supprimer la séparation des Eglises et de l’Etat afin d’assurer leur domination. Bref, ce sont des révolutionnaires en quelque sorte puisqu’ils veulent fonder leur société sur les ruines de la nôtre.

 

 

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Hervé Hasquin, Guy Haarscher, Caroline Fourest,

Souhail Chichah : l'impossible débat

 

Caroline Fourest se drape d’une laïcité radicale refusant, au nom de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, de voir se dérouler toute manifestation religieuse ou même spirituelle sur la place publique. Elle s’opposa tout spécialement à l’intellectuel musulman Tarik Ramadan qu’elle décrit comme un agent caché de l’islamisme radical. Le conflit entre ces deux personnalités prit de telles proportions qu’un simple dialogue entre elles, devint impossible. Mais, il est aussi établi que Madame Fourest a, en cette affaire, quelque peu oublié la rigueur intellectuelle indispensable à l’expression critique. De plus, Fourest, au nom de la laïcité et du féminisme, s’est farouchement opposée au port du voile islamique dans les écoles et dans les services publics. D’autre part, elle use d’un double langage. Ainsi, selon Pascal Boniface dans son livre sur les intellectuels médiatiques ([1]), Caroline Fourest a écrit le 2 février 2005, dans une tribune au Wall Street Journal, quotidien de gauche bien connu, que l’incapacité des immigrants arabes à s’intégrer constituait une menace pour les démocraties occidentales, car ils pourraient être tentés de rejoindre les cellules terroristes islamistes. Voici la partie relative à l'immigration : « Mais en Europe, ils [les islamistes] profitent de la liberté d’expression et de la démocratie, ainsi que de l’incapacité des immigrants arabes à s’intégrer. Ils y recrutent à leur aise – offrant à des milliers de musulmans aliénés une nouvelle fierté et une famille politique unie par la croyance en l’Islam radical. » Voici la conclusion de ce texte directement traduite du Wall Street Journal. On y remarque toute l'ambiguïté de son propos : « Telle est à la fois la grandeur et la faiblesse de la démocratie : même ceux qui la détestent savent comment s’en servir à leur avantage. Que leurs méthodes soient terroristes ou simplement « politiques », les islamistes constituent une grave menace pour les démocraties occidentales. Est-il possible de tolérer indéfiniment ce mouvement de guérilla souterraine contre les libertés publiques et individuelles, au nom de ces mêmes libertés ? Par ailleurs, est-il possible de restreindre ces libertés sans abandonner les idéaux qui font la différence entre nous et les ennemis de la démocratie ? La solution est probablement entre les deux. Et elle requiert certainement le maintien d’une extrême vigilance. »

Bien sûr, elle n’a pas osé tenir de tels propos dans les médias européens. Cette attitude est typique des fanatiques.

 

En clair, Madame Fourest a besoin d’une croisade pour exister. Or, la laïcité qui est le principe de séparation du spirituel du temporel s’accommode mal de croisades et d’interdits.

 

Le grotesque incident de l’ULB démontre bien l’impossibilité de débattre et donc d’avancer sur les questions de coexistence entre cultures différentes, donc l’impossibilité d’arriver à une solution. M. Chichah a eu un comportement inadmissible et Mme Fourest récolte ce qu’elle a semé.

 

Intégristes de toutes sortes et fanatiques de tous horizons se nourrissent les uns des autres. Ils constituent deux faces du même monstre : le dogmatisme qui est le meurtrier de l’intelligence et l’assassin indirect de millions d’êtres humains.

 

 

Pierre Verhas

 

 

Nous invitons nos lecteurs à lire sur son blog l’excellent article d’Henri Goldman au sujet de l’incident de l’ULB : http://blogs.politique.eu.org/Debattre-avec-Caroline-F

 

 

 



[1] BONIFACE Pascal, Les intellectuels faussaires, Jean-Claude Gawsewitch, éditeur, Paris, 2011.

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