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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 11:48

L’ordinateur qui vous permet de lire les textes de ce blog, de recevoir et d’envoyer vos courriels, la chaudière qui chauffe et éclaire votre logement – quand vous en avez les moyens – la voiture, le train et l’avion qui vous transportent rapidement d’un point à l’autre du Globe, l’appareil sophistiqué dans un hôpital qui élimine une tumeur et vous sauve la vie, n’existeraient pas si, quelque part au Moyen Orient, durant le haut Moyen âge, un Arabe n’avait inventé le zéro. Savez-vous que Copernic a découvert sa théorie héliocentrique qui révolutionna le monde, grâce à sa connaissance des travaux d’un astronome persan et qu’à l’époque, les rares astronomes européens se référaient aux travaux de leurs nombreux prédécesseurs arabes, car ils furent les seuls avec les Chinois à étudier cette science ?

 

Pendant ce temps-là, l’Europe croupissait dans l’ignorance, la misère. La société était divisée en fiefs tenus par des chefs de bandes qu’on a appelé des « seigneurs » qui maintenaient la population dans l’esclavage et la terreur. La cohérence de ce système était assurée par une église prêchant une religion qui était un fatras de croyances superstitieuses qu’il était interdit de remettre en question sous peine des pires tortures et du bûcher.

 

 Claude_Gueant.png

Claude Guéant joue un jeu dangereux en

relançant le fameux "choc des civilisations".

 

 

Et voilà aujourd’hui un ministre français qui relance le débat sur le « choc » des civilisations, débat qu’on croyait clos. Non – campagne électorale et peur de l’extrême-droite obligent – il est préférable de raviver les tensions. Ce ministre a dit deux choses : toutes les civilisations ne se valent pas et il a fustigé le « relativisme » de la gauche. Toutes les civilisations ne sont pas égales ? C’est vrai et faux, car il n’est pas tenu compte d’une dimension : le temps. Au Moyen-âge – on vient de le voir – la civilisation « occidentale » n’était rien à côté de la civilisation « arabe ». Aujourd’hui, les « Occidentaux » ont pris le dessus après avoir pillé les autres, sans compter en avoir mené des millions en esclavage. Autrement dit, les civilisations évoluent et c’est dans ce contexte que l’on peut éventuellement juger de leur valeur propre. Et là, on est forcé de dire que grosso modo elles se valent.

 

 

 serge_letchimy.png

Le député PS Serge Letchimy a remis Guéant à sa place !

 

 

De plus, – et c’est essentiel – la question de la civilisation ne se définit pas par la seule performance. Elle se définit aussi par son caractère universel et les valeurs qui la gouvernent. En effet, si on établit une hiérarchie des civilisations, c’est en réalité le principe d’égalité qui est visé. C’est un projet qui va de l’extrême-droite au néo conservatisme. Il est fondé sur le refus de l’égalité avec à sa place la construction de hiérarchies entre citoyens, entre peuples, entre nations, entre cultures, entre races. Et pour se justifier, on use du mot « relativisme » contre son adversaire. Le relativisme est le principal reproche que l’Eglise faisait à ses ennemis. Le relativisme, par définition, est l’antithèse de l’absolutisme, car le relativisme admet les différences sans pour autant les hiérarchiser. Ainsi, en va-t-il de l’antiracisme, de l’universalisme : contrairement aux dires de certains intellectuels, ce ne sont pas des absolus. Ces concepts peuvent se conjuguer de manière différente dans l’espace et dans le temps. Ou alors, on retombe dans la dogmatique et c’est le cercle vicieux. Si aux prêches dogmatiques des religieux, on oppose une dogmatique soi-disant laïque et pseudo universaliste, on est loin d’avoir atteint l’objectif déclaré  de libération !

 

C’est ce qu’il s’est passé mardi 7 février à l’ULB (Université Libre de Bruxelles). Un débat était organisé sur le thème de l’extrême-droite avec la journaliste et essayiste française Caroline Fourest. Ce débat dégénéra en un chahut monstre où s’affrontèrent un groupe d’Arabo-musulmans contestataires (et non d'islamistes intégristes, comme on l'a  évoqué) à la tête duquel se trouvait un certain Soulhal Chichah, assistant à l’ULB, et Caroline Fourest, les autorités académiques représentées par Hervé Hasquin, ancien président de l’ULB et actuel secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Belgique et le philosophe Guy Haarscher servant en vain de tampons. Ajoutons que, et c’est inadmissible, peu avant cette mémorable soirée, des appels à la lapidation de Caroline Fourest ont circulé sur les « réseaux sociaux ».  

 

 

 Souhail-Chichah-.jpg

Souhail Chichah : une des multiples facettes du fanatisme

 

Un débat est-il possible entre Caroline Fourest et les intégristes ? Non, parce que c’est précisément le choc de deux dogmatiques. On connaît l’intégrisme qui veut substituer le prescrit religieux à la loi civile, imposer les principes édictés par une lecture interprétative du Coran en lieu et place des piliers de la société occidentale que sont les Droits de l’homme et les règles démocratiques. En outre, tous les intégrismes religieux – pas seulement le musulman – veulent supprimer la séparation des Eglises et de l’Etat afin d’assurer leur domination. Bref, ce sont des révolutionnaires en quelque sorte puisqu’ils veulent fonder leur société sur les ruines de la nôtre.

 

 

 souhail_Chichah01.jpg

Hervé Hasquin, Guy Haarscher, Caroline Fourest,

Souhail Chichah : l'impossible débat

 

Caroline Fourest se drape d’une laïcité radicale refusant, au nom de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, de voir se dérouler toute manifestation religieuse ou même spirituelle sur la place publique. Elle s’opposa tout spécialement à l’intellectuel musulman Tarik Ramadan qu’elle décrit comme un agent caché de l’islamisme radical. Le conflit entre ces deux personnalités prit de telles proportions qu’un simple dialogue entre elles, devint impossible. Mais, il est aussi établi que Madame Fourest a, en cette affaire, quelque peu oublié la rigueur intellectuelle indispensable à l’expression critique. De plus, Fourest, au nom de la laïcité et du féminisme, s’est farouchement opposée au port du voile islamique dans les écoles et dans les services publics. D’autre part, elle use d’un double langage. Ainsi, selon Pascal Boniface dans son livre sur les intellectuels médiatiques ([1]), Caroline Fourest a écrit le 2 février 2005, dans une tribune au Wall Street Journal, quotidien de gauche bien connu, que l’incapacité des immigrants arabes à s’intégrer constituait une menace pour les démocraties occidentales, car ils pourraient être tentés de rejoindre les cellules terroristes islamistes. Voici la partie relative à l'immigration : « Mais en Europe, ils [les islamistes] profitent de la liberté d’expression et de la démocratie, ainsi que de l’incapacité des immigrants arabes à s’intégrer. Ils y recrutent à leur aise – offrant à des milliers de musulmans aliénés une nouvelle fierté et une famille politique unie par la croyance en l’Islam radical. » Voici la conclusion de ce texte directement traduite du Wall Street Journal. On y remarque toute l'ambiguïté de son propos : « Telle est à la fois la grandeur et la faiblesse de la démocratie : même ceux qui la détestent savent comment s’en servir à leur avantage. Que leurs méthodes soient terroristes ou simplement « politiques », les islamistes constituent une grave menace pour les démocraties occidentales. Est-il possible de tolérer indéfiniment ce mouvement de guérilla souterraine contre les libertés publiques et individuelles, au nom de ces mêmes libertés ? Par ailleurs, est-il possible de restreindre ces libertés sans abandonner les idéaux qui font la différence entre nous et les ennemis de la démocratie ? La solution est probablement entre les deux. Et elle requiert certainement le maintien d’une extrême vigilance. »

Bien sûr, elle n’a pas osé tenir de tels propos dans les médias européens. Cette attitude est typique des fanatiques.

 

En clair, Madame Fourest a besoin d’une croisade pour exister. Or, la laïcité qui est le principe de séparation du spirituel du temporel s’accommode mal de croisades et d’interdits.

 

Le grotesque incident de l’ULB démontre bien l’impossibilité de débattre et donc d’avancer sur les questions de coexistence entre cultures différentes, donc l’impossibilité d’arriver à une solution. M. Chichah a eu un comportement inadmissible et Mme Fourest récolte ce qu’elle a semé.

 

Intégristes de toutes sortes et fanatiques de tous horizons se nourrissent les uns des autres. Ils constituent deux faces du même monstre : le dogmatisme qui est le meurtrier de l’intelligence et l’assassin indirect de millions d’êtres humains.

 

 

Pierre Verhas

 

 

Nous invitons nos lecteurs à lire sur son blog l’excellent article d’Henri Goldman au sujet de l’incident de l’ULB : http://blogs.politique.eu.org/Debattre-avec-Caroline-F

 

 

 



[1] BONIFACE Pascal, Les intellectuels faussaires, Jean-Claude Gawsewitch, éditeur, Paris, 2011.

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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 22:27

Guéant pense Bush et FN

 

En proclamant que toutes les civilisations ne se valent pas – autrement dit que la civilisation occidentale est la meilleure – le Ministre de l’Intérieur français Claude Guéant relance l’idée néoconservatrice du « choc des civilisations » qu’ont croyait enterrée depuis la fin du mandat de George W Bush.

 

Indignation dans le monde intellectuel, indignation à gauche. Indignations justifiées. Et pourtant… Guéant sait parfaitement ce qu’il dit. Non seulement, il pense labourer dans les terres du FN, mais il est convaincu qu’une large part de l’opinion publique est avec lui, en dépit du tollé des médias.

 

 Gueant.jpg

L'ineffable M. Guéant sait ce qu'il fait !

 

Le racisme, le sentiment de supériorité sont profondément ancrés dans une part significative, sinon majoritaire de la population en France, comme en Belgique. Faisons tous un travail sur nous-mêmes : on se méfie de l’autre. Comment sinon expliquer l’absence de contact entre les communautés immigrées et les autochtones ? Certes, en ces périodes de grand froid, on fera tout pour aider les plus précarisés d’entre eux à survivre pendant quelques jours. Mais après, on sera bien d’accord pour les expulser s’ils sont « illégaux ».

 

Un indice : on ne s’indigne plus de la violence policière à l’égard des demandeurs d’asile. On accepte les expulsions sous la contrainte.

 

Il y a un énorme travail d’éducation à faire, car, qu’on le veuille ou non, il faudra vivre avec ces communautés sans se regarder en chiens de faïence. Rien que cela est un puissant motif pour voter à gauche.

 

Grèce : encore plus d’austérité : une petite révolution ?

 

La crise grecque est loin d’être terminée. La troïka vient d’exiger plus d’austérité de la part de la Grèce. Il est question entre autres de réduire le salaire minimum qui est à 750 Euros par mois de 20 %.

 

 Papademos.jpg

Le gouvernement Papademos divisé !

 

 

Et la Grèce n’est pas la seule. Le Portugal risque de connaître le même sort, avant d’arriver en France et en Belgique. Mais ce ne sera pas évident : les socialistes refusent (pour l’instant…) qu’on touche à l’index et les libéraux à la TVA. Ce n’est pas gagné…

 

En Grèce, fait nouveau cependant : ce n’est pas la gauche, mais la droite qui réagit : elle estime ce plan insupportable et inefficace. L’extrême-droite va encore plus loin : elle craint qu’un durcissement des mesures actuelles provoque une révolution.

 

Tiens, c’est une idée, une petite révolution. Il faudra y songer.

 

Aura-t-elle, aura-t-elle pas ses signatures ?

 

La Marine comme le faisait son papa – l’homme du détail – joue les Calimero : ses méchants adversaires feraient pression pour qu’elle n’ait pas les 500 signataires d’élus nécessaires à sa participation à l’élection présidentielle française. Bluff ou non ? Allez savoir.

 

 

 Marine_Le-Pen01.jpg

Marine Le Pen a beau regarder le ciel : les signatures ne tombent pas !

 

 

Posons l’hypothèse qu’elle ne les ait pas. Cela ne nous ferait pas pleurer et cela changerait les cartes. Une part substantielle de l’électorat FN se rallierait à Sarkozy qui ne manquerait pas de le caresser dans le sens du poil – voyez les propos de Guéant. Cela ne serait pas bon pour la gauche. Aussi, cela forcerait François Hollande à enfin se distinguer de la droite. Il a déjà commencé au Bourget la semaine dernière Espérons que cela ne soit pas trop tard…

 

Propos croates

 

Voici l’analyse de l’intellectuel croate Srecko Horvat sur l’entrée de la Croatie dans l’Union européenne. Cette analyse est parue dans le site « Mémoire des luttes ». Elle est révélatrice de la profonde méfiance des élites locales et de la gauche à l’égard de l’Union européenne. Et qu’on ne vienne pas nous opposer l’euroscepticisme, ce serait trop facile.

 

 

 Croatie_UE.jpg

Les Corates pro Union Européenne ? Cela reste à voir.

 

La véritable question est que derrière l’Union européenne, il y a le projet d’une société néo-libérale. Aussi, on peut comprendre la méfiance des peuples d’Europe de l’Est et des Balkans en particulier. C’est un autre projet qu’il faut à l’Europe pour que l’idée qui l’a présidée à l’origine ait une chance de revivre.

 

Face à un enjeu aussi flou, il y eut une participation de seulement 43 % des électeurs croates parmi lesquels 67 % on voté oui. C’est le plus fort taux d’abstention à un référendum d’adhésion des pays d’Europe centrale.

 

Anecdote : A la veille du référendum du 22 janvier, l’ancien général de guerre Ante Gotovina  qui séjourne à La Haye depuis sa condamnation par le Tribunal pénal international pour l’ex Yougoslavie et qui fut l’un des principaux obstacles à l’ouverture des négociations avec l’UE,  a envoyé une lettre aux Croates en les enjoignant de voter en faveur du « Oui » à l’adhésion. Dans le même temps, les deux principaux partis du pays, le Parti social-démocrate - actuellement au pouvoir - et les conservateurs de l’Union démocratique (HDZ) – qui dirigeaient auparavant -, avec l’Eglise catholique, ont fait tout leur possible pour convaincre les électeurs « qu’il n’y avait pas d’autre alternative ».

 

« Six jours seulement après l’immolation de Mohamed Bouazizi en Tunisie qui allait déclencher le « printemps arabe », un ingénieur électricien de 41 ans travaillant pour la télévision publique, Adrian Sobaru, tentait de se suicider pendant le discours du premier ministre roumain prononcé devant le parlement en se jetant du balcon de l’hémicycle vêtu d’un T-shirt sur lequel était inscrit « Vous avez tué le futur de nos enfants ! Vous nous avez vendu ! ».

 

 

Peu de personnes ont vu dans cet acte un quelconque lien avec ce que l’Union européenne (UE) s’apprête à nous offrir dans le futur. Ces jours-ci, des milliers de Roumains protestent contre les mesures d’austérité imposées dans leur pays. D’autres manifestations ont lieu en Grèce, en Espagne, au Portugal ou en Hongrie dans un relatif silence médiatique. Contrairement à l’époque de l’élargissement de l’Union européenne en 2004 ou en 2007, il n’y a plus d’optimisme dans l’air. Désormais, c’est à la Croatie de rejoindre le club. Nous sommes les témoins de la plus grande crise que l’UE ait connu dans son histoire. Pourtant, nous faisons comme ci cela n’affectera pas notre pays. N’est-ce pas étrange ?

 

 

D’un côté, l’UE est confrontée à une importante contestation, mais seulement depuis peu d’années. Et ce en Espagne, en Grèce, au Royaume-Uni, au Portugal, en Hongrie et désormais en Roumanie. D’un autre, une nouvelle tendance politique de fond se dessine qui ne se résume pas au constat du succès des gouvernements de droite en Europe. Une menace encore plus importante pèse sur la démocratie : l’accession au pouvoir d’une nouvelle élite composée de technocrates, de personnes ayant travaillé pour Goldman Sachs comme Mario Monti, Mario Draghi ou Lucas Papademos. Ce dernier est d’ailleurs – si l’on se permet un peu d’humour - le meilleur exemple de ce qui ne va pas aujourd’hui avec l’Union européenne.

 

 

Si nous nous intéressons au sens étymologique du mot « papa » (qui signifie « père » ou « au revoir » en croate), nous avons en même temps un nom qui peut dire « père du peuple » (Papa demos) et « au revoir au peuple » (Pa-pa demos). Il y a quelques jours, alors que je rencontrais Slavoj Žižek à Ljubljana et lui faisais part de cette étrange coïncidence, il fit une brillante synthèse hégélienne : « si tu mets les deux ensemble » me dit-il, « tu obtiens plus ou moins le mythe de Saturne qui mange ses enfants, excepté Jupiter ! » (en croate, « papa » signifie aussi « manger »).

 

 

Le référendum croate n’est qu’un nouveau symptôme du déficit démocratique de l’UE. Nous l’avons obtenu une fois que tout avait déjà été décidé. Nous ne l’avons pas eu en 2003 lorsque la Croatie a posé sa candidature pour devenir membre. Nous ne l’avons pas eu non plus en 2005 lorsque le pays a officiellement ouvert les négociations avec l’UE. Enfin, nous ne l’avons même pas eu en 2010 lorsque le gouvernement a changé la Constitution et les règles sur le référendum pour pouvoir devenir membre de l’UE. En d’autres termes, nous sommes aujourd’hui dans une situation dans laquelle il nous est demandé de choisir ce qui a déjà été choisi lors de toutes ces étapes précédentes. Et il faudrait appeler cela démocratie ?

 

 

Immédiatement nous est opposée une question répétée à l’envi par le gouvernement : « quelle est l’alternative à l’adhésion du pays à l’UE ? ». Cette question ressemble à un chantage et rappelle un slogan infâme de Margaret Thatcher. Et il y a un paradoxe supplémentaire concernant cet exécutif : nous avons désormais un gouvernement prétendument « social-démocrate » qui met en place des « réformes » néolibérales plus rapidement et plus efficacement que l’ancien gouvernement conservateur. Il a déjà annoncé des privatisations graduelles des autoroutes et du train, du secteur énergétique et même des prisons ! Ceci est un exemple de la « doctrine du choc ».

 

 

Dans le même temps, nous sommes les témoins d’une étrange situation. Le gouvernement essaie de convaincre les gens que nous devons rejoindre l’UE car nous ne ferions déjà plus partie des Balkans et parce que cette intégration ne nous corrompra pas (ce sont les deux principaux arguments qui ont été utilisés pendant la campagne). Mais si on y regarde de plus près, l’Europe est déjà « balkanisée » et les Balkans sont, quant à eux, « européanisés ». Et ce, pas seulement parce qu’ils se sont ouverts au marché, mais parce qu’ils sont également touchés par la corruption : l’ancien premier ministre croate actuellement en prison pour corruption menait ses affaires avec des entreprises européennes - une banque autrichienne et une compagnie pétrolière hongroise-. On pourrait également citer les cas de Jacques Chirac et Christian Wulff. Ainsi, lorsque l’on parle de « réformes » ou de « monitoring », pourquoi cela ne s’appliquerait-il pas d’abord à l’UE elle même ? Et pour aller à l’extrême : pourquoi les nouveaux pays membres ne « monitoreraient » ils pas l’UE ?

 

 

Peut-être le temps est-il venu de s’inspirer de la fameuse formule de Max Horkheimer pour dire que « ceux qui ne veulent pas parler de néolibéralisme devraient également garder le silence au sujet de l’Union européenne ». Il en va de même pour les « réformes » en Croatie. Ceux qui ne veulent pas en entendre parler dans le secteur financier devraient avoir la même position sur bien d’autres sujets (les lois, les droits humains, etc.). Savez-vous que plus de 90 % des banques croates sont déjà autrichiennes, françaises, allemandes ou italiennes ? Désormais, les élites euro-compatibles croates veulent mettre en place des réformes néolibérales présentées comme nécessaires à l’adhésion du pays à l’UE.

 

 

C’est peut-être ce que voulait dire Monsieur Barroso lorsqu’il développait l’idée selon laquelle l’intégration de la Croatie à l’UE renforcerait cette dernière ( avec les nouvelles privatisations et les nouveaux flux de capitaux). Mais d’un autre côté, l’Union européenne rejoindra peut-être les Indignés croates et au lieu d’avoir une Europe plus forte, nous aurons alors un mouvement de contestation plus fort. De récentes statistiques montrent que la Croatie, avec un taux de 40%, est le deuxième pays d’Europe en termes de chômage des jeunes après l’Espagne. Elle est suivie par la Grèce. Peut-être est elle le nouveau Jupiter de l’Europe. »

 

 

Pierre Verhas

 

 

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 14:54

 

Voici un article de « Marianne2.fr » de ce jour avec une vidéo d’une conférence de presse du délégué de la BCE en Irlande Klaus Masuch. Celui-ci est opposé à un célèbre journaliste et polémiste irlandais, Vincent Brown.

 

Il s’indigne du fait que l’on impose à l’Irlande de renflouer une banque en faillite qui a provoqué la quasi ruine de l’Eire au début de la crise financière.

 

Outre l’obstination de M. Brown, on peut admirer son courage et son argumentation pourtant simple, mais qui désarçonne son interlocuteur.

 

Cette conférence de presse montre qu’une résistance est en train de s’installer petit à petit et que ces Messieurs dames de la troïka FMI – BCE – Commission européenne arriveront de plus en plus difficilement à nous faire avaler des couleuvres.

 

Bravo à Vincent Brown et à Marianne2.fr ! Ils ont fait leur métier : cela s’appelle du journalisme.

 

 

 

Légende du journalisme Irlandais, lors d'une conférence de presse, Vincent Brown s'est montré particulièrement tenace avec Klaus Masuch, un représentant de la Banque Centrale Européenne, venu expliquer aux habitants du pays pourquoi ils allaient devoir sérieusement se serrer la ceinture pour renflouer des banques européennes. Des mesures d'austérité perçues comme injustes par les citoyens et des explications qui n'ont pas suffi au journaliste qui est revenu plusieurs fois à la charge.

Alors qu’en France, lors des interventions télévisées du chef de l’Etat, le Monarque choisit parmi ses sujets-journalistes ceux qui auront l’honneur de l’interviewer et que les chaînes de télévision se précipitent pour réserver des faisceaux afin de diffuser au mieux la parole royale dans la France entière. Alors que dans le même temps Les Nouveaux Chiens de Garde qui dénoncent la collusion entre pouvoir, argent et médias est toujours visible dans quelques dizaines de salles en France, un extrait d’une conférence de presse en Irlande nous donne une idée plus claire de la notion d’irrévérence journalistique.

Véritable légende du journalisme dans son pays, Vincent Browne, chroniqueur dans plusieurs journaux et animateur de talk-shows politiques durant toute sa carrière, a également lancé un magazine d’investigation dans les années 70. Il a fait sa réputation par sa capacité à déstabiliser des politiciens expérimentés lors de son émission Tonight with Vincent Browne.

Le 19 janvier, c’est le représentant de la BCE Klaus Masuch qui a été la victime de l’insistance du journaliste. Interrogé sur la légitimité et la rigueur du plan de sauvetage mis au point par la Banque Centrale Européenne, la main sur le cœur, Klaus Masuch s’est dit impressionné par l’attitude et la compréhension du secteur financier avant d’ajouter que le chauffeur de taxi qui l’amenait de l’aéroport lui avait paru « très très bien informé. Je pense que c’est un bon signe qui prouve que le débat est ouvert ».

Le conte de fées du chauffeur de taxi irlandais

Si on perçoit quelques rires dans la salle de presse, Vincent Brown entend en savoir plus sur l’échange du représentant de la BCE avec son chauffeur de taxi : « Est-ce que votre chauffeur de taxi vous a dit à quel point le peuple Irlandais reste perplexe qu’on nous demande de payer à des porteurs de bons non garantis des milliards d’euros en dettes pour lesquelles le peuple irlandais n’a aucune relation, ni aucun rapport. Et, ce, essentiellement pour renflouer ou pour assurer la solvabilité de banques européennes. Et si votre chauffeur de taxi vous a posé cette question ou s’il vous l’avait posée quelle aurait été votre réponse ? ».

La responsable des relations de presse de la BCE demandera à Vincent Browne de poser immédiatement sa deuxième question et de rendre son micro histoire d’en finir le plus vite possible. Tenace, le journaliste refusera d’obtempérer pour être bien sûr d’obtenir une réponse précise pour son chauffeur de taxi.

Klaus Masuch a déjà oublié son conte de fées et son taxi s’est transformé en citrouille. Le représentant de la BCE se perd dans un argumentaire des plus flous hésitant entre la langue de bois technocratique, la complexité du monde contemporain et un brin de compréhension pour le peuple qui souffre avant de conclure brutalement : « La décision a été difficile à prendre mais c’est la décision que nous avons prise ».

L'Etat Irlandais menacé d'une explosion financière

L’échange fait référence à une banque Irlandaise, l’Anglo Irish Bank, en faillite qui pendant plusieurs années a affiché des pertes supérieures à dix milliards d’euros, et dont le coût du plan de sauvetage est estimé à 30 milliards d’euros. L’Anglo Irish Bank est plombée par des actifs «pourris» détenus par des créanciers privés. Complètement démantelée, rebaptisée IRBC, la banque n’a aujourd’hui plus de clients mais l'Etat irlandais continue de rembourser à coup de milliards ses créanciers privés sous peine « d’une explosion financière à Dublin ».

Pour Vincent Brown, le chauffeur de taxi n’en sait toujours pas assez. Il revient à la charge pour tenter de comprendre pourquoi le peuple irlandais se doit de payer pour une banque défunte « expliquez cette situation au chauffeur de taxi ? » insiste-t-il.

Faisant mine d’avoir répondu, Klaus Masuch ignore la question. Le journaliste ne lâche rien : « Vous exigez que soient faits des paiements, non pour le bénéfice du peuple irlandais mais au bénéfice d’institutions financières européennes. Vous avez donné une réponse qui ne répond pas à la question, qui ne satisferait ni le chauffeur de taxi, ni le peuple irlandais ! ».
L'histoire ne dit pas si au retour, le représentant de la BCE a confié ses états d'âmes à un taxi ou à un ambulancier.
(Marianne2.fr du 4 février 2012)
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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 20:21
 
Le texte publié « Les dix stratégies de manipulation des masses » est un faux ! Il ne reflète pas la pensée de Noam Chomsky. En réalité, il est assez ancien et c’est Jean Bricmont qui avait tiqué sur les propos qui y sont tenus qui ne lui semblent pas correspondre à la pensée du linguiste américain.
 
Bricmont a pris contact avec Chomsky qui lui a confirmé que ce texte est une compilation dont il n’est pas l’auteur.
 
C’est un manque de vigilance de notre part. Nous présentons nos excuses aux internautes qui nous font confiance.
 
Il importe dans cette époque de manipulation où le mensonge et les coups tordus règnent en maître d’être particulièrement  attentifs.
 
Voici le texte rectificatif de Jean Bricmont qui date… d’octobre 2010.
 
Pierre Verhas
 
lundi 11 octobre 2010
A propos des « dix stratégies de manipulation de masses » attribué à Noam Chomsky
Jean BRICMONT
Noam_chomsky01.jpg
                                   Le texte "Les dix stratégies de manipulation de masses"
                                   est un faux !           
 
 
Un texte intitulé « Les dix stratégies de manipulation de masses » (http://www.pressenza.com/npermalink/les-dix-strategies-de-ma...) et attribué à Noam Chomsky circule abondamment sur le net ces jours-ci. Par ailleurs, on voit déjà, en réponse à ce texte, des critiques de Chomsky comme « adepte de la théorie du complot », dans la « grande » presse (1).
Le 10ème principe reflète d’ailleurs bien les fantasmes, fréquents dans l’extrême gauche, sur la connaissance que le « système » aurait de l’individu moyen grâce à « la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée », ce qui est très différent de ce que pense Chomsky, qui sait que la connaissance (vraiment) scientifique de l’être humain est extrêmement limitée.
Comme ce texte me semblait être une simplification et une déformation de sa pensée, et que je ne trouvais pas son équivalent en anglais, je lui ai posé la question, pour en avoir le coeur net. Voici sa réponse : « Je n’ai aucune idée d’où cela vient. Je n’ai pas fait cette compilation moi-même, je ne l’ai pas écrite ni mise sur le web. Je suppose que celui qui l’a fait pourrait prétendre que ce sont des interprétations de ce que j’ai écrit ici ou là mais certainement pas sous cette forme ni en tant que liste. »
Le succès apparent de ce texte illustre bien la mauvaise compréhension de la pensée de Chomsky à propos de la « manipulation », à la fois chez certains de ses partisans et de ses adversaires. Lui et Ed Herman, co-auteurs de La fabrique du consentement (ed. Agone, 2008) ne suggèrent jamais qu’il y a quelque part une organisation cachée qui « manipule les masses ». Ils montrent qu’il existe un certain nombre de filtres, liés à la propriété privée des médias, à nécessité de la publicité, à l’action de groupes d’influence etc., qui ont pour résultat que la vision du monde véhiculée par les médias est extrêmement biaisée, mais tout cela fonctionne un peu comme l’idéologie chez Marx, un processus sans sujet.
Curieusement, il est d’une certaine façon rassurant de penser qu’il existe des manipulateurs conscients qui, parce qu’ils le dirigent, savent au moins où va le monde. Malheureusement, il y a bien des relations de pouvoir, des mensonges et des biais idéologiques, mais il n’y a pas de pilote dans l’avion.
Jean Bricmont
(1) Par exemple, Thomas Gunzig, L’ordre et le chaos, Le Soir (Bruxelles), 6 octobre 2010 (http://archives.lesoir.be/%C7a-va-mal-finir-l-ordre-et-le-ch...)
 
 (Source le "Grand Soir")
 
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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 23:01

 

Par Noam Chomsky

 

Le linguiste nord-américain Noam Chomsky - auquel nous nous sommes référés à plusieurs reprises sur ce blog - a élaboré une liste des « Dix Stratégies de Manipulation » à travers les média. Nous la reproduisons ici. Elle détaille l'éventail, depuis la stratégie de la distraction, en passant par la stratégie de la dégradation jusqu'à maintenir le public dans l'ignorance et la médiocrité.

 

Chomsky démontre avec brio combien les médias entre les mains des multinationales, directement pour les télévisions privées et via la publicité pour les médias publics, sont avant tout des instruments d’abêtissement des masses en vue de vendre et de tuer tout esprit critique et mettre fin à la civilisation.

 

Un danger de plus pour la démocratie !

 

 

 noam_chomsky.jpg

Noam Chomsky, un des plus grands

analystes de notre temps

 

 

 1 / La stratégie de la distraction.

 

Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. » Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

 

2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions.

 

Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.

 

3/ La stratégie de la dégradation

 

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

 

4/ La stratégie du différé

 

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.

 

5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge.

 

La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-âge ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? «Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celle d’une personne de 12 ans». Extrait de «Armes silencieuses pour guerres tranquilles»

 

6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion.

 

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…

 

7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise.

 

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

 

8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité.

 

Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…

 

9/ Remplacer la révolte par la culpabilité.

 

Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!…

 

10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes.

 

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 18:09

Devinez

 

 

 

Qui a écrit ceci ? « Je passe sur le fait que le sort, la vie, de millions d'hommes et de femmes se joue, à cet instant, sur le coup de dés d'une agence dont je répète que le point de vue n'est jamais "objectif" ni "scientifique" et sera d'ailleurs, quelques jours plus tard, comme il se doit, démenti par celui d'une agence concurrente.

 

 

Le plus stupéfiant, dans cette affaire, c'est l'emballement des acteurs politiques et de l'opinion ; c'est notre acceptation immédiate de ce qu'il faut bien appeler un diktat, pour ne pas dire un abus de pouvoir ; c'est ce phénomène d'intoxication, on dirait presque d'hypnose collective, qui nous fait consentir à une dégradation (quel mot !) dont nul, ou presque, n'interroge les sources, les titres, les motifs ; c'est le fait que nous soyons si peu à nous insurger contre ce fétichisme absurde, cette caricature de technicité et de sérieux ; c'est la docilité qui nous fait accepter, d'une seule voix, que la politique de la France et du monde se fasse, comme disait le général de Gaulle, "à la corbeille" de ces super-Bourses aux illusions que sont devenues les agences ; c'est l'étrange consensus, en un mot, autour de cette figure nouvelle de ce qu'un bon auteur appela, jadis, la servitude volontaire et qui vient d'atteindre là un point d'extravagance sans pareille. »

  

 

 

C’est de Jean-Luc Mélenchon ? d’Olivier Besancenot ou du seul candidat ouvrier à l’élection présidentielle, Philippe Poutou ? De François Hollande ? De Paul Magnette ?

 

Ne cherchez plus : vous n’y êtes pas. C’est de Bernard Henri Lévy, BHL himself ! Dans « le Point » de cette semaine…

 

 

 

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Cette fois-ci, BHL ne mérite pas d'être entarté...

 

 

 

Notre philosophe germanopratin est-il passé dans le camp anticapitaliste, ou à l’altermondialisme ? S’est-il inscrit au Parti de gauche ? Non. Il a eu simplement un éclair de lucidité. Le capitalisme international irait-il trop fort qu’il commencerait à gêner l’intelligentsia « libérale » ? On peut se poser la question.

 

 

La connerie d’or

 

 

Le très capitaliste quotidien « l’Echo » de ce samedi a interrogé trois économistes sur les pistes qu’ils entrevoient pour « sauver la croissance ». Il s’agit de l’ineffable Etienne de Callataÿ (banque Degroof), d’Ivan Van de Cloot (Itinera institute) et de Paul De Grauwe (professeur à la KUL).

 

 

Le palme de la « connerie d’or » revient incontestablement à de Callataÿ qui suggère que le gouvernement annonce pour le 1er octobre prochain une hausse de la TVA comme cela « beaucoup de gens vont se précipiter pour acheter aujourd’hui. C’est une mesure budgétaire avec un impact positif instantané sur la croissance. » L’économiste de la banque Degroof oublie que le pouvoir d’achat des ménages ne cesse de diminuer et que, hausse ou non de la TVA, les gens ne se précipiteront pas pour consommer plus et ainsi « relancer » l’économie. De plus, une hausse généralisée de la TVA ne ferait qu’aggraver la précarité !

 

 

 

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And the winner is... la "connerie d'or" pour Etienne de Callataÿ !

 

 

 

Le second prix va à Van de Cloot qui propose de donner des consignes « aux fonctionnaires pour accélérer les dossiers d’investissements. » Ben tiens ! On accroîtrait les déficits. Ce n’est pas très orthodoxe cela. Mais, ce n’est pas tout ! Le gourou d’Itinera propose un « déphasage » au niveau européen : « Il faut que la Grèce fasse plus d’austérité que l’Italie qui en fasse plus que la Belgique, etc. Au bout de la chaîne, des pays comme l’Allemagne et les Pays Bas ne doivent pas en faire du tout. Cela stimulera mécaniquement la demande extérieure des autres. » Autrement dit, les pauvres payent pour les riches. Il n’y a vraiment rien de nouveau sous le soleil bancaire, M. Van de Cloot.

 

 

 

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Pour Ivan Van de Cloot : les pauvres doivent payer pour les riches...

 

 

Heureusement, le troisième, Paul De Grauwe, est hors concours. L’ancien parlementaire VLD dénonce la « dictature des créanciers ». La Commission européenne mène une politique perverse, selon lui, en alimentant l’austérité alors que l’Europe se dirige vers une récession. « La Commission aurait dû dire : les mesures d’austérité sont indispensables, mais vu la récession qui s’installe, il serait bon de les postposer. Elle a fait exactement l’inverse… » Cela relève du dogmatisme pour le professeur à la KUL. Notons au passage que De Grauwe avait approuvé les critiques de Paul Magnette à l’égard de la Commission. Enfin, l’économiste De Grauwe prédit une récession en Allemagne, ce qui permettrait à la Belgique de relancer la consommation et de reprendre les exportations. Le malheur des uns…

 

 

 

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L'exception Paul De Grauwe : un économiste libéral mais non dogmatique

 

 

 

Irréversible ?

 

 

Un bureau d’études – Laplace Conseil – a remis un rapport dans lequel il estime que la fermeture de la phase à chaud d’Arcelor Mittal à Liège est irréversible, à moins d’injecter un milliard d’Euros, ce qu’aucun opérateur privé n’acceptera de faire.

 

 

 

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La phase à chaud d'Arcelor Mittal à Liège peut être sauvée,

c'est une question de volonté politique.

 

 

Cela a l’air énorme, mais que représente un milliard d’euros en regard des 480 milliards prêtés à un taux dérisoire par la BCE aux banques privées ? La sidérurgie ne pourra être sauvée qu’au niveau public et européen.

 

 

L’argument de la concurrence mille fois opposé par les dirigeants des institutions européennes pour interdire les  « aides d’Etat » ne tient pas : la concurrence est mondiale et ne se déroule pas au sein de l’Union européenne, Arcelor Mittal ayant un quasi monopole dans plusieurs pays européens. La relance de la sidérurgie européenne par des investissements publics au niveau de l’Union permettra à ce secteur de retrouver sa position concurrentielle et de sauver et de créer ainsi un nombre considérable d’emplois.

 

 

 

 

Pierre Verhas

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 18:19

Le gouvernement ultraconservateur, dirigé par Victor Orban, a été élu en 2010. Composé de députés du parti Fidesz en coalition avec les chrétiens démocrates (minoritaires), il possède plus de 2/3 des sièges au Parlement et a œuvré dès le départ à la transformation de la Hongrie en un Etat autoritaire et nationaliste. Le Fidesz est membre du PPE dont Viktor Orban a été nommé vice-président.

 

 

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Viktor Orban dit le "viktateur" impose sa Constitution envers et contre tout.

 

 

Une nouvelle constitution particulièrement liberticide a été adoptée à la fin de l’année dernière par le Parlement hongrois et est entrée en vigueur au 1er janvier 2012. Il est à noter qu’elle a une particularité juridique : elle doit être accompagnée d’une série de lois organiques votées par les 2/3 des parlementaires magyars.

 

 Cette nouvelle constitution et ses lois organiques d’application ont fait l’objet d’une désapprobation non seulement d’une large part de l’opinion publique hongroise mais aussi de critiques au niveau international. La secrétaire d’Etat Hillary Clinton, plusieurs parlementaires européens dont Guy Verhofstadt ont exprimé leur inquiétude à ce sujet. Au niveau de la Commission européenne et du Conseil, la prudence est de mise. S’en étonnera-t-on ?

 

 

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Hillary Clinton, une colère diplomatique ; Guy Verhofstadt, une colère sans doute sincère, toutes deux inefficaces

 

Or, comme nous allons le voir, il s’agit de la part d’un Etat membre de l’Union européenne d’une violation flagrante de la Charte fondamentale, de la Convention européenne des droits de l’homme et aussi du Traité de Lisbonne.

 

Historique

 

L'actuelle Constitution de la République hongroise a été adoptée le 20 août 1949, suite à la prise du pouvoir par les communistes de Rakozy. C'est la toute première Constitution écrite de ce pays – d’ailleurs le seul de l'ancien bloc d'Europe centrale et d’Europe de l'Est à ne pas avoir entièrement récrit sa Constitution à la chute du communisme.

 

En 1988, on envisagea de préparer une nouvelle Constitution qui instaurerait un système multipartite, une démocratie parlementaire et une économie sociale de marché. Il n’a toutefois pas été possible de le faire alors, soi-disant faute de temps. L’Assemblée nationale a donc adopté en 1989 un amendement global à la Constitution de 1949; le préambule du texte amendé de 1989 prévoit que la Constitution restera en vigueur à titre temporaire jusqu'à l'adoption d'une nouvelle Constitution. Elle a été amendée à plusieurs reprises depuis 1989.

 

 

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Le Parlement de Budapest s'est-il fait hara-kiri  ?

 

La préparation et l'adoption d'une nouvelle Constitution ont été décidées dès l’arrivée du pouvoir de la coalition conservatrice en 2010. Elle a été adoptée le 18 avril 2011 et est entrée en vigueur le 1er janvier 2012 après l’adoption d’une série de lois organiques d’application votées à la « hussarde » par la majorité conservatrice lors du dernier trimestre 2011.

 

La nouvelle Constitution hongroise et son contenu

 

1)     Dans les domaines politique et religieux : la nouvelle Constitution rend rétroactivement "responsables des crimes communistes" commis jusqu'en 1989 les dirigeants de l'actuel Parti socialiste (ex-communiste), ce qui a poussé ces derniers à dénoncer "la mise en place d'une dictature". Notons que cette notion de « crimes communistes » existe en Tchéquie (voir notre article sur le « démocrate » Vaclav Havel.

 

Il est d’abord fait allusion à « Saint-Etienne » fondateur de la Hongrie. Ensuite, la mention « République de Hongrie » est remplacée par « Hongrie » mais le mot « République » est repris dans la phrase : « la forme d’Etat est une république ». Le statut et rôle du président de la République sont définis.  Cela n’empêche que En matière linguistique, la langue hongroise est la langue nationale et il n’y a pas de garantie constitutionnelle de protection des langues des minorités nationales.

 

En plus, la Hongrie porte la responsabilité de la situation des Hongrois vivant hors des frontières nationales. Cette disposition pourrait être interprétée comme autorisant le gouvernement hongrois à prendre des mesures en faveur des personnes d’origine hongroise citoyennes d’un autre pays. C’est la porte ouverte à d’éventuels conflits frontaliers. Voici les dispositions constitutionnelles.

  • Article D : Hongrois de l'étranger (situés principalement en Roumanie, en Slovaquie et en Serbie). "La Hongrie, ne quittant pas du regard la cohésion de la nation hongroise unie, est responsable du sort des Hongrois vivant hors de ses frontières, elle encourage la conservation et le développement de leurs communautés, elle appuie leurs efforts visant à la conservation de leur hongarité, la réalisation de leurs droits individuels et collectifs, la création de leurs collectivités communautaires, leur bien-être sur leur terre natale, tout comme elle promeut leur entente entre elles et avec la Hongrie."

La Commission de Venise (la Commission européenne pour la démocratie et le droit, organe consultatif chargé des questions constitutionnelles dont le siège est à Venise) a estimé dans son "Avis" que "la formulation relativement générale et imprécise" de cet article était "propre à susciter des inquiétudes" et a jugé "particulièrement malheureuse l'utilisation du terme "responsabilité" dans ce contexte, car il pourrait être interprété comme autorisant les autorités hongroises à prendre des décisions et des mesures à l'étranger en faveur de personnes d'origine hongroise citoyennes d'un autre pays", ce qui "ferait apparaître des conflits de compétences entre les autorités hongroises et celles des pays concernés". Elle a rappelé aux autorités hongroises qu'il ne leur appartenait pas "de décider si les Hongrois vivant dans d'autres Etats jouiront de droits collectifs ou seront habilités à créer leurs propres organes autonomes". Lors de sa visite à Budapest, les autorités hongroises lui auraient "formellement confirmé" qu'il fallait interpréter cet article comme "l'expression d'une volonté de coopérer avec les Etats concernés pour soutenir et assister les Hongrois vivant à l'étranger dans leurs efforts de préservation et de développement de leur identité" et non pas comme "la base de décisions applicables hors du territoire national".

 

C’est la porte ouverte à une nouvelle guerre « ethnique » dans les Balkans. La très prudente objection de la Commission de Venise n’a fait l’objet d’aucune mise en garde de la part des autorités de l’Union européenne. Cet attentisme pourra être lourd de conséquence : sans doute a-t-on vite oublié la catastrophe d’ex-Yougoslavie. Et n’oublions pas qu’un des objectifs principaux de l’Union est la paix en Europe… Cela n’est pas la meilleure manière de la garantir !

 

Côté religion, une loi réduit d'environ trois cents à quatorze les communautés bénéficiant de subventions publiques. Notons également qu’il est explicitement fait référence à « Dieu » (« Dieu bénisse les Hongrois ») dans le préambule de cette nouvelle Constitution.

 

2)     Sur le plan éthique, la nouvelle Constitution décrète que l’embryon est un « être humain » ce qui ouvre la porte à une interdiction de l’avortement.

Elle décrète également que le mariage ne peut avoir lieu qu’entre un homme et une femme, ce qui implique l’interdiction du mariage homosexuel.

 

 

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 Les réactionnaires ont un problème avec les mariages gays...

 

 

3)     En ce qui concerne les libertés : la Commission de Venise est très critique à l’égard de la Constitution hongroise.

 

Ainsi, en matière judiciaire, il n’est pas fait référence aux normes internationales sur les obligations des tribunaux en matière d’interprétation, ce qui est la porte ouverte à tous les abus, ni au respect des traités internationaux en matière de droits de l’homme.

 

En matière d’emprisonnement à vie, elle regrette qu’il n’y ait pas de possibilité de libérations conditionnelles.

 

Sur le plan de la liberté de la presse, elle n’est pas garantie comme une liberté individuelle, mais elle est organisée par une loi organique. C’est ainsi qu’une radio d’opposition s’est vue récemment retirée son autorisation d’émettre.

Une loi organique est consacrée à la liberté de conscience et au statut juridique des Eglises dont les dispositions sont les suivantes :

 

Article 1 : liberté de conscience et de religion. Il indique sobrement que "La Hongrie reconnait la liberté de conscience et de religion" (alors que la loi de 1990 – ancienne loi sur la liberté de conscience – disposait : "La liberté de conscience et de religion est une liberté publique fondamentale de l'être humain à laquelle chacun a droit et dont la République de Hongrie garantit l'exercice paisible"). Il détaille ensuite ce que "comprend" ce droit: "la liberté de choisir ou adopter une religion ou une autre conviction de conscience et d'en changer, ainsi que le droit de manifester ses convictions et de les professer", la "liberté qu'a toute personne physique de manifester sa religion ou autre conviction, que soit en effectuant des activités religieuses, des cérémonies et d'autres activités ou d'une autre façon, soit individuellement, soit collectivement avec d'autres, publiquement, que soit par des outils de communication ou dans la vie privée, de la pratiquer, l'enseigner ou de se passer de la manifester".

 

Article 2 : pratique au sein des institutions publiques et sociales. Les personnes "dont on s'occupe dans les établissements d'enseignement, de santé, sociales, de protection de la famille, de l'enfance et de la jeunesse" ainsi que celles "qui sont détenus dans les structures d'exécution des peines" doivent pouvoir exercer leur "liberté de conscience et de religion" "aux niveaux collectif et individuel" (la loi de 1990 ne mentionnait pas les établissements d'enseignement). Celles "qui exécutent un service auprès des organismes de défense de l'ordre et de défense nationale" peuvent, elles, "exercer librement" "au cours de l'accomplissement de leur service" leur "droit à la liberté de conscience et de religion".

 

Article 3 : enfants. "Le parent, le tuteur, a le droit de décider de l'éducation morale et religieuse de l'enfant mineur, de son enseignement religieux, et d'y veiller en conséquence." La mention de l'enseignement religieux est rajoutée par rapport à 1990 mais elle était entrée dans les faits depuis.

 

Article 4 : non-discrimination et limites. "Nul ne peut être avantagé ou désavantagé parce qu'il a choisi, adopté, déclaré et professé une conviction de conscience ou de religion, qu'ensuite il en a changé ou-bien qu'il l'a pratiquée" et "L'exercice du droit à la liberté de conscience et de religion ne peut être limité que selon ce qui est déterminé à l'alinéa (3) de l'article I de la Loi fondamentale".

 

Article 5 : non-publicité. "Les autorités d'État ne peuvent collecter des données et ne peuvent tenir de registre en relation avec le droit à la liberté de conscience et de religion. Au cours du recensement, l'information sur l'appartenance religieuse ne peut être demandée que si elle a un caractère non-obligatoire et d'une façon impropre à l'identification."

 

Il est significatif qu'un article important de la loi de 1990 ait disparu de ce chapitre (l'ancien article 8), qui disait que "ceux qui suivent les mêmes dogmes peuvent créer une communauté religieuse, une confession religieuse, une église (...) organisée en collectivité dans le but d'exercer leur religion". Ce droit à fonder une église est en effet supprimé par la nouvelle loi.

 

On observe une fois de plus le caractère profondément rétrograde de toutes ces dispositions. Elles partent d’une conception tout à fait dépassée des rapports sociaux, du statut de la femme et de la sexualité.

 

La nouvelle Constitution et les matières économiques

 

C’est en matière économique et financière qu’il y a un conflit ouvert entre le gouvernement hongrois, d’une part, et la Commission européenne et le FMI, de l’autre.

Il convient de noter qu’il est précisé dans la Constitution que la monnaie est le « forint », ce qui a évidemment pour but de retarder l’éventuelle entrée de la Hongrie dans la zone Euro.

 

Une loi organique a été adoptée par le Parlement hongrois le 30 décembre une loi réduisant l'indépendance de la banque centrale du pays. Cette nouvelle loi avait incité la Commission européenne et le Fonds monétaire international à rompre les négociations sur le renflouement financier du pays, dès le début décembre 2011.

 

Depuis 2010, le gouvernement Orbán a pris une série de mesures non-conformes aux règles européennes en matière économique.

 

Le Président Barroso a suspendu les négociations «préliminaires» visant à débloquer une ligne de crédit de 20 milliards d'euros à Budapest. Viktor Orban avait demandé, fin novembre, ce «filet de sécurité», auprès de Bruxelles et du Fonds monétaire international (FMI). La Commission décidera en janvier si elle accepte de reprendre ces négociations.

 

Dans le collimateur de la Commission: deux textes de loi touchant à l'économie. Le premier permet au gouvernement hongrois de nommer des vice-présidents de la Banque centrale, et limite de fait l'indépendance de l'institution (en contradiction avec l'article 130 du traité de Maastricht).

 

Le second impose un impôt sur le revenu égal pour tous les contribuables (une flat tax, à 16%), qui revient à supprimer l'impôt sur la fortune, et creuser un peu plus le déficit public. En outre, elle entrave au préalable tout futur gouvernement hongrois rendant très difficile toute nouvelle mesure fiscale.

 

Notons que c’est un argument difficile à faire valoir avec la « règle d’or » que le projet de Traité « Merkozy » veut imposer : il lie aussi les mains les futurs gouvernements de l’UE en matière budgétaire. S’il fallait démontrer que démocratie et ultralibéralisme ne sont pas compatibles, voilà un bel exemple.

 

A l'encontre des règles de discipline budgétaire dictées par Bruxelles. La Hongrie, avec une dette supérieure à 80% de son PIB, est le pays d'Europe centrale et orientale le plus endetté. Pour retrouver des marges de manœuvre, Orban cherche, entre autres projets périlleux, à mettre la main sur les réserves de change de sa Banque centrale.

 

La riposte des institutions européennes

 

Au préalable,  observons que l'exécutif européen s'est montré beaucoup moins regardant sur les lois enfreignant les libertés fondamentales.

 

C’est au Parlement européen que de nombreuses voix se sont élevées, malheureusement en ordre dispersé, comme Guy Verhofstadt ou le groupe des Verts. On observera que le PPE, groupe principal, n’a pas pris position sur cette question lors de son Congrès de Marseille des 7 et 8 décembre 2011, où Viktor Orban était présent.

Les Verts font appel officiellement à l’application des alinéas 2 et 3 de l’article 7 du Traité de Lisbonne qui prévoit les mesures en cas de violation grave des dispositions de l’article 1bis sur les valeurs de l’Union. Timidement, le groupe socialiste considère qu'il faut «sérieusement l'envisager». En effet ces dispositions du traité de Lisbonne prévoient, en cas de non-respect par un Etat membre des «valeurs fondamentales» de l'Union, que le droit de vote de ce pays, au sein du Conseil, soit suspendu. «C'est tout ce qu'il y a à disposition... Il est techniquement possible d'appliquer l'article 7, mais d'un point de vue politique, c'est une tout autre histoire», estime Mattias Kumm, professeur de droit européen au Centre de recherche en sciences sociales de Berlin. N’est-ce pas là prendre ses désirs pour des réalités ?

 

La procédure peut s'enclencher sur l'impulsion du Parlement européen, ou de la Commission, ou encore d'un tiers des Etats membres. Mais il faudrait rassembler, en bout de course, l'ensemble des 26 autres Etats membres, en dehors de la Hongrie, pour que la sanction entre en vigueur. Un scénario quasi impossible, puisque la majorité des gouvernements européens sont conservateurs.

 

2 - Poser des «conditions» à l'aide financière

 

«Il faut débloquer l'aide à la Hongrie, qui en a besoin, mais il faut aussi poser des conditions», avance Catherine Trautmann (groupe socialiste). On pourrait, par exemple, exiger que Budapest assouplisse certaines de ses lois jugées les plus problématiques par Bruxelles, avant de verser une première tranche de l'aide. On rêve à Strasbourg !

 

Cette piste ne s'annonce pas simple non plus à négocier. D'autant, comme on l’a vu, que Budapest s'est déjà brouillé avec le FMI, en juillet 2010, au sujet d'une première enveloppe d'aide, et qu'Orban aura du mal à accepter de nouvelles conditions du FMI et de l'UE, s'il veut continuer à jouer sur la corde nationaliste pour plaire à son électorat.

 

Par la pression financière, le FMI et la Commission arriveront sans doute à faire céder Viktor Orban sur ses mesures en matière financière, mais gageons que les questions des droits, des libertés, des problèmes éthiques, cette partie de bras de fer sera sans effet.

 

C'est la piste la plus floue, mais sans doute aussi la plus probable: celle des sanctions symboliques. «Je ne crois pas que l'on ira jusqu'à l'exclusion du Fidesz du PPE, mais il pourrait y avoir une forme de condamnation publique du parti», estime Mattias Kumm. Mais ces sanctions informelles risquent aussi de se révéler inefficaces.

On se souvient du  fiasco pour l'Union, en 2000. Afin de protester contre l'entrée du parti d'extrême droite de Jörg Haider dans la coalition autrichienne de Wolfgang Schlüssel, les Européens avaient mis en place des sanctions diplomatiques. Qui consistaient notamment à ce que les fonctionnaires européens ne serrent pas les mains de leurs collègues autrichiens...

 

Le retour des Habsbourg

 

On peut constater – et ce n’est pas un hasard – que ces dérives antidémocratiques et eurosceptiques sont propres à des pays de la « Mitteleuropa » (l’ancienne Autriche Hongrie), l’Autriche, la Tchéquie et la Hongrie. De puissants mouvements favorables à une entité centre-Europe « habsbourgeoise » et catholique existent. 

 

Il est intéressant de lire l’interview que Georges de Habsbourg, le fils cadet de feu Otto de Habsbourg, a accordée à un organe français libéral – conservateur et proche de l’intégrisme catholique, « Nouvelles de France », au sujet de la Constitution hongroise.

 

 

  Georges-de-Habsbourg.png

 Georges de Habsbourg rêve-t-il d'un retour à l'empire auxtro-hongrois ?

 

 

Tout d’abord, l’archiduc se réjouit de la suppression du mot « république » du nom officiel de la Hongrie et de la référence à Dieu. « Ce qui change vraiment est le préambule qui commence en demandant « que Dieu bénisse les Magyars » et également le fait que le nom officiel de notre pays soit désormais la « Hongrie » et non la « République de Hongrie », bien que celle-ci demeure une république. Je suis tout à fait pour. Tout le monde a dit que cela allait transformer la Hongrie en régime présidentiel et qu’il s’agissait d’une sorte de révolution mais en fin de compte pas du tout. Les références à Dieu c’est très bien, à la Sainte Couronne, très bien, à la morale, très bien. Cela ne posera pas le moindre problème pour ceux qui se nomment Chrétiens. »

 

Ensuite, le cadet des Habsbourg, ayant lui-même choisi de vivre en Hongrie, s’exprime sur la question de l’avortement dont on devine son orientation… « Je trouve que c’est une très bonne chose d’y avoir inscrit la protection de l’enfant à naître. Concernant les questions d’avortement, il faut avant tout rechercher la protection de l’enfant. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura plus d’avortements en Hongrie car c’est la loi qui règle ces questions et la loi n’a pas changé. Cependant la vie commence avec la conception même si il y aura toujours quelques scientifiques pour dire que la vie commence à la 2ème ou 3ème semaine. A terme, bien sûr, les lois peuvent changer, mais ce n’est pas la constitution qui en décide. »

 

Quant à un retour éventuel à un régime monarchique, l’archiduc ne s’interdit pas de rêver : « Vous savez, le courant majoritaire de la famille Habsbourg est légitimiste, c’est-à-dire que nous acceptons la forme légitime de l’Etat. Aujourd’hui cette forme légitime est la république. Je ne pense pas que le nouveau préambule ait été élaboré en considération de la famille Habsbourg même si il semble revendiquer tout son héritage historique »

 

Si après tout cela, on ne voit pas qu’il existe en Europe centrale un danger mortel pour la paix et la liberté, on est aveugle ! Il est clair que dans l’état actuel des choses, la Commission n’ira pas très loin. Elle est déjà empêtrée dans la crise de la dette souveraine dans la zone Euro, pour se payer un contentieux en Europe centrale. Le Parlement aura beau vociférer, ses paroles resteront lettre morte. Le Conseil se cantonnera dans une opportune passivité.

 

Cela prouve en tout cas une chose – et on l’a vu depuis le début de l’affaire des dettes – les autorités européennes sont incapables de faire face à un défi majeur. La Hongrie en est un nouveau. D’autres suivront. Ce sera alors le déclin puis la chute de l’Union européenne.

 

 

La  solution ne peut que venir des peuples !

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 21:38

  

La « crise de la dette » prend des proportions telles que le doute s’installe et s’élargit aux esprits les plus ouverts aux idées libérales. C’est ainsi que Michel Rocard, ancien Premier ministre PS, et l’économiste Pierre Larrouturou, membre d’Europe Ecologie les Verts, ont jeté un fameux pavé dans la mare en posant dans le Monde du 2 janvier une question saisissante : « Pourquoi faut-il que les Etats paient 600 fois plus que les banques ? ». Ce changement considérable de point de vue au sein des élites est un élément nouveau et fondamental.

 

Un autre économiste, le Marseillais Alain Beitone, dans le Monde du 29 décembre dernier,  fustige de son côté ceux qui critiquent l’affaiblissement de la puissance publique, autrement dit, son incapacité d’intervenir sur les marchés financiers. Comme « arguments », il use entre autres de l’amalgame et de l’accusation d’antisémitisme. Lorsqu’un débat est pollué de cette manière, nous entrons dans une zone dangereuse. C’est la raison pour laquelle, j’ai écrit cette lettre ouverte à M. Beitone.

 

Pierre Verhas

 

 

Bien entendu, Monsieur le professeur Beitone, vous ne manquez pas de dénoncer la théorie du complot et même l’antisémitisme à l’égard de ceux qui critiquent l’ouverture aux marchés financiers des dettes souveraines, depuis 1973 en France et depuis 1992 dans l’ensemble de l’Union européenne. En outre vous prenez prétexte de l’antisémitisme de l’extrême-droite pour faire l’amalgame avec la critique de gauche qui userait des mêmes arguments. Triste manière de débattre !

 

En cette affaire, derrière le brouillard du procès en sorcellerie, se pose une question essentielle : est-il acceptable que l’argent prélevé par l’Etat aux citoyens puisse servir des intérêts privés ? N’est-ce pas en définitive porter atteinte à la liberté d’investir à laquelle vous semblez tant tenir ? N’est-ce pas aussi mettre en danger les ressources de tous pour protéger celles de quelques-uns. En plus, le citoyen est exclu de ce débat où ses intérêts fondamentaux sont mis en jeu.

 

 

Alain-Beitone.jpg

 Alain Beitone, économiste, professeur à Marseille

 

 

Or, si on vous lit (le Monde du 29 décembre 2011), vous dénoncez cette critique : « la loi de 1973 ne fait que confirmer la possibilité ancienne pour le Trésor d'obtenir des avances auprès de la Banque de France dans le cadre d'une convention approuvée par le parlement. Bref, une analyse économique et historique même superficielle conduit à rejeter l'explication incantatoire par " la loi de 1973 "» En passant, la Banque de France n’est pas « les marchés financiers », me semble-t-il. Plus loin, vous ajoutez : « La France est bien passée d'un financement de la dette publique très largement administré dans le cadre du "circuit du Trésor", à un financement par le marché. On peut préférer une moindre dépendance à l'égard des marchés financiers, mais sans oublier que le financement administré n'est pas sans inconvénients. Et sans oublier non plus que le passage au financement de marché était lié à la volonté d'obtenir des crédits à moindre coûts sur un marché plus profond et plus liquide. » Encore une fois, vous éludez l’essentiel : le financement via le marché rend les Etats dépendants et leur ôte tout pouvoir de contrôle. C’est ainsi que le coût de la dette est devenu insupportable et ainsi fait courir un énorme risque à la collectivité.

 

Une réponse vient d’être donnée par Michel Rocard, ancien Premier ministre associé pour la circonstance à l’économiste, membre d’Europe Ecologie les Verts, Pierre Larrouturou (le Monde du 3 janvier 2012) :  « Au même moment, dans de nombreux pays, les peuples souffrent des plans d'austérité imposés par des gouvernements auxquels les marchés financiers n'acceptent plus de prêter quelques milliards à des taux d'intérêt inférieurs à 6, 7 ou 9 % ! Asphyxiés par de tels taux d'intérêt, les gouvernements sont "obligés" de bloquer les retraites, les allocations familiales ou les salaires des fonctionnaires et de couper dans les investissements, ce qui accroît le chômage et va nous faire plonger bientôt dans une récession très grave.

Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ?"Etre gouverné par l'argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé", affirmait Roosevelt. Il avait raison. Nous sommes en train de vivre une crise du capitalisme dérégulé qui peut être suicidaire pour notre civilisation. Comme l'écrivent Edgar Morin et Stéphane Hessel dans Le Chemin de l'espérance (Fayard, 2011), nos sociétés doivent choisir : la métamorphose ou la mort ? »



Il est rare, Monsieur le professeur Beitone, que de si hautes autorités politiques et intellectuelles lancent un tel cri d’alarme. Elles remettent ainsi en question le système ultralibéral qui tente de s’imposer comme étant sans alternative.

 

 

michel_rocard01.jpg

 Michel Rocard jette un pavé dans la mare du néolibéralisme : tout arrive !

 

 

En effet, envers et contre tout, on préserve ce système en refusant d’appliquer les solutions de bon sens qui mettraient rapidement fin à la crise de la dette souveraine. Ces solutions consistent à redonner à la puissance publique à l’échelle européenne, autrement dit au citoyen, la faculté de décider afin de préserver l’intérêt général. Il est urgent qu’elle intervienne sur le prix de la dette, et, comme le propose l’association ATTAC que vous réduisez au rôle de « distributeurs de tracts », de ne payer que la dette légitime, ce qu’on appelle couramment « l’incontestablement dû ». Rocard et Larrouturou ne disent pas autre chose : « Faire payer des taux d'intérêt colossaux pour des dettes accumulées il y a cinq ou dix ans ne participe pas à responsabiliser les gouvernements mais à asphyxier nos économies au seul profit de quelques banques privées : sous prétexte qu'il y a un risque, elles prêtent à des taux très élevés, tout en sachant qu'il n'y a sans doute aucun risque réel, puisque le Fonds européen de stabilité financière (FESF) est là pour garantir la solvabilité des Etats emprunteurs... » En résumé : va-t-on continuer à payer des intérêts usuraires pour des dettes déjà plusieurs fois remboursées ?

 

 

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Pierre Larouturrou, écologiste, économiste critique du néolibéralisme,

a plusieurs fois travaillé avec Michel Rocard.

 

 

Les auteurs proposent en conclusion certaines solutions techniques, à défaut de pouvoir modifier les règles du jeu, car, ici aussi, le système bancaire a verrouillé le pouvoir de décision politique.

 

Par contre, Monsieur le professeur Beitone, si vous rejoignez dans vos conclusions les exigences de beaucoup, notamment en demandant une régulation des marchés financiers, qu’il faut fixer un taux d’intérêt plafond de la dette, ce qui est jusqu’à présent refusé par la BCE, en appelant à une réforme fiscale de grande ampleur, vous refusez de d’admettre que ces mesures sont impossibles en laissant la main mise des seuls marchés financiers sur les dettes souveraines.

 

Cette contradiction perturbe le débat. Et, bien entendu, l’on oublie l’essentiel : si on veut sortir de cette crise, il faut en revenir à l’économie réelle. Par la désindustrialisation, le chômage est devenu endémique. Par l’affaiblissement de l’Etat, la puissance publique est devenue exsangue. Par l’austérité, la sécurité sociale devient une coquille vide et la misère se répand.

 

Vos amis et vous, Monsieur, avez voulu révolutionner la société pour y installer le pouvoir de l’argent. Vous avez beaucoup détruit, mais sachez que cette entreprise ne réussira pas !

 

Assez de Goldman Sachs, assez d’Arcelor Mittal, assez de Merkozy, assez d’austérité ! Assez de misère, assez de pensée emprisonnée !  Il faut reconstituer un tissu industriel moderne et efficace, il faut encadrer les marchés financiers par des règles strictes, il faut rétablir les grands services publics de transport et de communication, il faut redonner à la puissance publique les pouvoirs, notamment d’investissement et de politique économique, dont elle a été dépouillée, il faut œuvrer à un nouveau contrat social qui assure à chacun(e) la liberté, le droit au travail, des soins de santé et des revenus décents.

 

Bref, le citoyen doit reprendre le pouvoir !

 

Pierre Verhas

 

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 00:08

Ils veulent suicider l’Europe. L’énième sommet européen de « la dernière chance » du 9 décembre 2011 accouche d’un projet de Traité qui entraîne l’Union européenne dans une fuite en avant sans précédent. C’est le renoncement à l’idée européenne en imposant par une procédure intergouvernementale un vrai-faux traité qui dicte une seule politique à l’Europe, celle de l’austérité et de son contraire, la relance, avec sanctions à la clé pour les Etats membres qui ne s’aligneraient pas. Jamais dans l’histoire des démocraties, une politique fut imposée par une norme !

 

En outre, comme le dit un de mes proches : « L’intergouvernemental est la cause de dizaines de millions de morts dans l’histoire ». L’Europe fut justement fondée pour remplacer les relations intergouvernementales par des relations communautaires ou supranationales. Même de Gaulle ne souhaitait pas que l’on en revienne à « l’intergouvernemental ».

 

 

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De Gaulle ne souhaitait pas une Europe "intergouvernementale"

 

Nous l’avons écrit à plusieurs reprises : l’Europe est une construction hybride où se partagent l’eau et le feu, où l’intergouvernemental et le communautaire sont mêlés. Les décisions de fond se prenaient au niveau du Conseil (intergouvernemental), et leur application dépendait du communautaire, c’est-à-dire la Commission. Celle-ci avait cependant la faculté de proposer des directives qui devaient cependant être approuvées par le Conseil.

 

Le Conseil s’est renforcé sous Giscard qui a instauré les « Sommets » européens des chefs d’Etat et de gouvernement.

 

 

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En bon libéral, Giscard était plus ouvert à "l'intergouvernemental".

 

Depuis Maastricht et le début de l’élargissement à marche forcée, l’intergouvernemental reprend le dessus. Le principe de subsidiarité permet aux Etats-membres de gérer eux-mêmes des compétences européennes. Les traités qui ont suivi jusqu’à celui de Lisbonne, vont dans le sens du renforcement de l’intergouvernementalité, surtout avec les nouveaux pays de l’Est qui n’ont pas du tout la notion de la supranationalité.

 

Le projet de Traité du 9 décembre dicté par le chantage de la puissance financière est purement intergouvernemental. D’ailleurs, y a-t-il vraiment « traité », comme l’affirme Sarkozy ?

 

 

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Sarkozy a beau affirmer, plus personne ne le croit !

 

 

 

Ceci n’est pas un traité.

 

Si on lit la presse – ici l’article de Jean Quatremer dans « Libération du 11 décembre – cette notion de traité est assez floue : « Ce traité ad hoc est pour l’essentiel un engagement commun à respecter la discipline budgétaire prévu par le Pacte de stabilité renforcé qui entre en vigueur ce lundi afin d’éviter qu’une majorité de circonstance le modifie comme en 2005. Les Vingt-six s’engagent aussi à voter les projets de règlements déposés par la Commission le 23 novembre qui institue une véritable tutelle européenne sur les pays dont les finances menacent de déraper (avec possibilité de déposer des amendements aux budgets nationaux). Le Pacte de stabilité sera aussi modifié afin de rendre encore plus automatique les sanctions financières

 

Le futur « traité », qui devrait être prêt avant le mois de mars et que les Etats se sont engagés à appliquer avant même les ratifications parlementaires nationales, oblige les Etats à introduire une « règle d’or » dans leur constitution afin de garantir l’équilibre budgétaire. Un équilibre défini assez largement puisqu’un « déficit structurel » (donc non conjoncturel) de 0,5 % du PIB est toléré. Un « mécanisme de correction automatique », « mis au point par chaque Etat membre sur la base de principes définies par la Commission », « sera déclenché si un écart est constaté ». Afin d’éviter des « règles d’or » trop floue, la Cour de justice européenne sera chargée de veiller à leur conformité avec les principes définies à Vingt-six.

 

Cette « union de stabilité » ne se contentera pas de la simple surveillance des budgets. Les Vingt-six devront harmoniser leur législation dans plusieurs domaines (fiscalité, marché du travail, sécurité sociale, etc.) Surtout, « toutes les grandes réformes de politiques économiques » seront examinées en commun. » En clair, il s’agit d’un Pacte de stabilité renforcé avec en plus l’obligation pour tous les Etats membres d’appliquer la « règle d’or » soit dans leur Constitution, soit par une loi nationale contraignante. De plus, il est évident que l’on touchera au fameux modèle social. Derrière cet imbroglio politique et juridique se cache la volonté d’imposer à l’Union européenne le modèle ultralibéral.

 

La notion de Traité Gouvernemental est un non sens. Un traité est un accord entre des pays dont la force est supérieure aux lois nationales. Ici il s’agit seulement d’une démarche qui n’a ni l’approbation du Parlement Européen ni celle de la Commission, et moins encore celle des Parlements nationaux. C’est donc une déclaration d’intention dont tout le monde ignore la manière dont elle sera appliquée : si, comme le souhaite l’Allemagne, le principe de la discipline fiscale doit être inscrite dans les traités, faudra-t-il repasser par les affres du traité de Lisbonne ? Il ne s’agit donc que d’un accord intergouvernemental entre les pays de l’Eurozone auquel il faut ajouter neuf autre pays qui ont cédé aux pressions de l’Allemagne. Pour avoir force exécutoire, il devra entrer dans la législation européenne. De plus, un des membres – la Grande Bretagne - ayant refusé cet accord, il sera impossible d’élaborer un traité. Ce serait une première qui diviserait l’Europe pour longtemps.

 

On jette volontairement la confusion entre un accord intergouvernemental et  un Traité qui  ne peut être valable qu’après approbation des Parlements nationaux ou des peuples, par référendum par exemple, la volonté des instances dirigeantes étant manifestement de sauter la case « peuple ».

 

Comme l’écrit Martine Orange dans Mediapart : « En quelques semaines, on a vu un gouvernement (grec) privé du droit d'en référer à son peuple, un autre (italien) chassé par l'action conjuguée des marchés, de la BCE et de l'Europe et remplacé par un gouvernement technocratique qui n'a plus de compte à rendre, excepté à Bruxelles et au couple franco-allemand ; enfin, tous les pays de la zone euro et plus largement de l'Europe ont été sommés d'abandonner une part de leur souveraineté et de se conformer à des règles qu'ils n'ont même pas eu le droit de discuter et encore moins d'amender.

 

 

mario monti

Mario Monti : les technocrates banquiers à la tête !

 

 

Pour la première fois dans l’histoire de l’Union, on tente de modifier un traité, qui s'impose à tous et a une valeur au-dessus des constitutions nationales, par voie d'accord bilatéral. De même, Bruxelles exige des modifications constitutionnelles pour inscrire la règle d'or dans les textes fondateurs, comme une procédure automatique. Les technocrates n'ont pas osé aller jusqu'au décret ou au règlement, mais ils auraient bien voulu !

 

L’ultralibéralisme tue l’Europe.

 

La Communauté, puis l’Union européenne sont une construction libérale. L’article clé de voûte du Traité de Rome instaure la « concurrence libre et non faussée » entre les Etats-membres. Cette disposition s’est vue renforcée dès les années 1980 – 1990  pour empêcher toute aide d’Etat et par là toute politique industrielle et économique. Il s’agit donc d’un objectif politique : libéraliser l’Europe en démantelant toute réglementation et tout contre-pouvoir institutionnel.

 

Si l’Union avait démocratiquement défini une politique économique commune et coordonnée entre les Etats membres, un peu comme s’était faite à l’origine la fameuse Politique agricole commune qui n’est plus qu’un vague souvenir, c’eût été acceptable et même souhaitable. Tout cela est très loin : c’était l’Europe ringarde. Maintenant, on va de l’avant et on passe en force pour faire très vite. Cette accélération est une des stratégies des néolibéraux : pas de palabre, il faut agir et on est tenu d’approuver.

Une Conférence inter gouvernementale (CIG) est désignée pour élaborer le plus rapidement possible le « traité ». Elle est composée de trois délégués par Etat-membre, sot 78 personnes qui seront des diplomates et des fonctionnaires. Il y aura en outre 3 parlementaires européens et 3 fonctionnaires de la Commission. En fait, ces parlementaires qui seront les seuls « politiques » servent de paravent, car sans représentation « communautaire », la Cour de Justice pourrait rejeter le « traité ». C’est une plaisanterie de concertation qui n’offre aucune garantie démocratique : six « communautaires » (Parlement et Commission) face à 78 « intergouvernementaux », on voit le rapport de force !

 

Timidement, plusieurs membres du Parlement européen tentent d’accroître son influence au sein de cette CIG. Mais on peut se poser la question comme l’écrit le constitutionnaliste français Jean Gicquel : « On est un peu étonné que le Parlement européen, élu au suffrage universel direct – ce qui est une situation unique au monde – ne revendique pas cette légitimité démocratique dont il est le seul à se prévaloir. »

 

 

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Jean Gicquel : rappel à l'ordre du constitutionnaliste

 

Comme l’écrit Martin Wolf, correspondant du Financial Times dans le « Monde » du 20 décembre 2011 – ce n’est donc pas un journaliste spécifiquement « gauchiste » –, après avoir critiqué ces mesures qu’il juge trop sévères pour pouvoir être appliquées, Wolf ajoute : « Le Conseil souligne certes que des mesures et des sanctions, proposées ou recommandées par la Commission, seront  adoptées à moins que les pays de la zone euro ne s’y opposent à la majorité qualifiée (NDLR donc plus à l’unanimité, comme c’est encore le cas). (…) Cela voudrait dire qu’à partir d’estimations incertaines des déficits structurels, la Commission (compose de bureaucrates non élus) pourrait imposer des sanctions à des gouvernements élus. (…) Que fera la Commission s’ils refusent de plier ? Elle en prendra le contrôle ? La réponse est oui. Et il s’agit là d’une monstruosité constitutionnelle. »

 

 

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 La Commission deviendrait dans l'esprit de "Merkozy" une police des Etats-membres !

 

 

La seule solution est de sauver l’Europe politique, faute de quoi nous serons définitivement sous le joug des marchés avec la complicité de politiciens médiocres et sans scrupules. Le réveil des peuples est indispensable : il faut exiger dès à présent un référendum partout en Europe sur ce nouveau traité.

 

 

Pierre Verhas

 

 

Dès 2012, nous entamons une série d’articles sur les questions du capitalisme et de la démocratie. A l’instar de nos aînés, il est fondamental pour l’avenir des peuples et de la société d’établir une démocratie réelle, moderne, ouverte.

C’est notre avenir qui est en jeu.

Tous nos vœux pour 2012 !

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 15:51

Vaclav Havel : pas si « démocrate » qu’on le dit !

 

On pleure dans les chaumières de « l’Occident » la disparition de Vaclav Havel que l’on présente comme un champion de la liberté et de la démocratie dans les pays de l’Est. Il fut, bien entendu, un « Européen convaincu » et un partisan acharné de l’économie libérale.

 

 

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Vaclav Havel : néo-libéral et "Européen convaincu"

 

S’il fut incontestablement un dissident ferme et courageux à l’époque de la reprise en main de la Tchécoslovaquie par l’URSS, Vaclav Havel était un partisan acharné de l’ultralibéralisme. Il disait que tant que tout n’avait été privatisé, l’on n’était pas débarrassé du communisme… L’ancien président de la Tchécoslovaquie affichait un mépris total de la démocratie où il y décelait « le culte de l’objectivité et de la moyenne statistique » et  fustigeait cette idée que l’on puisse réaliser des efforts sociaux rationnels et collectifs pour résoudre la crise environnementale.

 

Havel alliait un réel fanatisme néolibéral à une très forte dévotion religieuse : il appelait de ses vœux l’émergence d’une nouvelle race de dirigeants politiques qui s’appuieraient moins sur « une pensée rationnelle, cognitive », démontreraient « de l’humilité face à l’ordre mystérieux de l’Être » et « croiraient en leur propre subjectivité comme principal lien les unissant à la subjectivité du monde ».

 

 

Comme président de la république tchécoslovaque, puis tchèque, il a demandé un effort afin de sauver la famille chrétienne dans la nation chrétienne tchèque. Se présentant comme un homme de paix, et tout en prétendant qu’il ne vendrait jamais d’armes à des régimes oppressifs, il a vendu des armes aux Philippines et au régime fasciste en Thaïlande. En juin 1994, le Général Pinochet a été signalé en train d’acheter des armes en plein cœur de la République tchèque – sans qu’Havel ne nie les faits.

 

Comme bien des dirigeants ultralibéraux, Havel fit suspendre le parlement pour  gouverner par décret, afin de mieux faire passer ses « réformes » libérales. Cette même année, il a ratifié une loi qui a fait de la défense du communisme un acte de trahison passible d’une peine de huit années d’emprisonnement.

 

Enfin, Vaclav Havel fit voter une loi criminalisant la diffusion de la haine nationale, religieuse et de classe. En effet, les critiques des grands intérêts financiers étaient désormais illégales, assimilées de façon injustifiable avec la bigoterie religieuse ou ethnique. Le gouvernement d’Havel a mis en garde les syndicats contre toute implication en politique.

 

Alors, Vaclav Havel, un champion de la démocratie ? Il convient de mettre plus que des nuances…

 

D'après un article paru sur le site "Grand Soir.info"

 

La guerre Horeca / IKEA

 

Tous les moyens sont bons pour garder son petit monopole. Le secteur Horeca n’est pas content sur la multinationale suédoise de commerce de meubles IKEA aux pratiques sociales quelque peu outrancières, parce qu’il y a dans chaque magasin, un restaurant pratiquant des prix bien moins élevés que les maisons de bouche classiques.

 

Pour protester contre cette pratique jugée déloyale, les délégués de l’Horeca ont « invité » des SDF de Bruxelles à un repas chez IKEA à Zaventem.

 

 

Ikea.jpg 

La multinationale suédoise IKEA défie le secteur Horeca qui répond par l'exploitation de précarisés !

 

Le CPAS de Bruxelles s’est indigné à juste titre de cette exploitation éhontée de gens démunis à des fins de « guerre » commerciale. Dans l’esprit de cette corporation, les « pauvres » sont un instrument à exploiter à des fins qui leur échappent. L’humain est réduit à un objet commercial… Il paraît que c’est le progrès !

 

Il est temps que le secteur de la restauration connaisse un véritable contrôle des prix dans un but social évident et afin de combattre le corporatisme qui revient en force.

 

Mais, chut ! Ne le dites pas à la Commission européenne : ce serait un sacrilège à l’égard de « la concurrence libre et non faussée »…

 

Bpost : 5000 emplois en moins grâce à la Commission européenne

 

Nous vivons l’ère de la « libéralisation », oui tout le monde sait cela ! Sauf  Bpost, où la Commission rappelle à l’ordre le gouvernement belge parce que la distribution des journaux, effectuée par les vestiges de l’ancienne Poste – service public, n’est pas soumise à la sacro-sainte concurrence. Résultat : 5000 emplois menacés. Merci l’Europe !

 

La Commission va même plus loin : toute subvention à un service public pourrait être assimilée à « une aide d’Etat illégale ». Si vous ne le saviez pas encore, la très néolibérale institution européenne a décidé d’éradiquer les services publics.

 

Si nous voulons une réelle union des peuples européens, ce n’est pas cette Europe là !

 

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Occupy Berlaymont, le siège de la Commission européenne, cela vous dit ?

 

Tiens, une petite idée à creuser : « Occupy » Berlaymont. Qu’en pensez-vous ?

 

Combat syndical : attention au découragement !

 

Le 2 décembre, grande manifestation des organisations syndicales à Bruxelles, le 22 décembre, grève nationale (essentiellement du secteur public…), ce furent incontestablement deux journées de grande mobilisation avec comme perspective une grève générale le 30 janvier 2012.

 

Cela n’a pas empêché le gouvernement « papillon » de faire passer en force le premier volet de son plan d’austérité, sans pratiquement aucune concertation avec les partenaires sociaux.

 

 

 

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Grève du 22 décembre 2011 : les travailleurs sont mobilisés !

Pour combien de temps ?

 

 

En dépit de la mobilisation, c’est un échec : le mouvement syndical n’a pas réussi à créer le rapport de force. Il faut trouver une autre stratégie. Les manifs « promenades » et les grèves de 24 heures ne suffisent pas.

 

S’il n’y a pas une réelle négociation entre le gouvernement et les partenaires sociaux dans les prochaines semaines, donnant des résultats concrets, le découragement risque de s’installer chez les travailleurs et les allocataires sociaux. Et alors, il sera très difficile de les mobiliser.

 

Ce serait la porte ouverte à l’aventure.

 

 

Petite phrase

 

découverte dans le « Monde » du 29 décembre, dans un reportage sur Vukovar aujourd’hui après la guerre dite d’ex-Yougoslavie : les propos d’une jeune femme.

 

« Quand j’étais petite, je ne savais même pas que j’étais croate. Puis le temps de la haine et de la mort est venu. Aujourd’hui, on offre à nos enfants l’indifférence. ».

 

Remplacez le mot « croate » par n’importe quelle sous-nationalité revendiquant son « autonomie » et vous aurez la triste réalité de l’Europe d’aujourd’hui…

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