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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 10:00

 

Je vous invite à regarder une très belle émission de France 3 – côte d’azur consacrée à l’Observatoire de Nice et à l’histoire de l’aéronautique et de l’industrie spatiale dans la région de Cannes, Nice, Monaco.

 

 

 

http://www.dailymotion.com/video/xmcm4c_planete-cote-d-azur_tv

 

 

 

J’y suis d’autant plus sensible que je me rends régulièrement à l’Observatoire de Nice pour observer les étoiles doubles au « petit » équatorial et parfois au « grand » également. Je connais la plupart des scientifiques interrogés dans cette belle émission. Ce sont des femmes et des hommes de grande qualité. Cela dure assez longtemps (53 minutes), mais vous ne perdrez pas votre temps.

 

 

 

Bonne émission,

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

Nice_110928_coupole76cm.jpg   Nice_110928_PVerhas.jpg

Grande coupole de l'Observatoire de Nice - Pierre Verhas au petit équatorial

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 21:25

par Merry Hermanus

 

 

 

Ce n’est pas l’unanimité au PS belge francophone. Des voix, dont celle de Merry Hermanus, commencent à s’élever pour qu’Elio Di Rupo n’accepte pas de prendre la charge de Premier ministre, de crainte qu’il soit l’otage des libéraux et des « marchés » et que cela ait des conséquences catastrophiques pour le pays, le PS et la gauche en général.

 

Personnellement, je partage tout à fait l’opinion de ces militants et de mon ami Merry Hermanus en particulier.

 

Voici sa lettre ouverte qui est parue sur son blog et qui a été publiée en partie par l’hebdomadaire bruxellois « Le Vif ».

 

Pierre Verhas

 

 merry_hermanus-copie-1.jpg

Merry Hermanus dit ouvertement à Elio Di Rupo de ne "pas y aller" !

 

Elio, tu me pardonneras de m’adresser à toi via mon Blog, mais ce que j’ai à te dire nous intéresse tous.

L’humanité dont tu as fait preuve à mon égard dans les moments particulièrement difficiles que j’ai connus me conduit à penser que tu me comprendras.

Tu me comprendras d’autant plus que cela fait maintenant plus de cinquante ans que je milite au sein du notre Parti.

Je veux d’abord te dire toute mon admiration pour le travail accompli, et pour l’extraordinaire persévérance et l’infinie patience dont tu fais preuve.

J’ose cependant penser que tu souffres peut-être du mal qui frappait Fabrice del Dongo à la bataille de Waterloo.

Ressembler à Fabrice del Dongo, c’est pas si mal !

Stendhal nous explique qu’au cœur de la bataille, il ne pouvait forcément pas la comprendre.

Ce n’est pas te faire injure que de penser qu’enfermé dans différents conclaves depuis des mois et des mois, tu es dans la même situation.

Cela fait des mois et des mois que tu t’échines à concilier l’inconciliable !

elio_di_rupo01.jpg

Elio, faut pas y aller !!!

Après l’accord communautaire, sont venues les questions budgétaires et, là, c’est l’affrontement brutal entre les thèses ultra-libérales et notre devoir de défendre notre mode de vie, j’irai jusqu’à dire notre civilisation.

Tout ce qu’ils veulent détruire m’apparaît essentiel.

Au plan institutionnel, je suis du même avis que Spitaels. Il  ne peut s’agir que d’une trêve, courte, très courte.

Pour le comprendre, il suffit de croiser les déclarations de Kris Peeters, du patronat flamand, de De Wever, et de quelques autres.

Ce n’est qu’une étape vers une inévitable forme d’indépendance de la Flandre !

Tôt ou tard, il faudra y passer.

Il y a longtemps déjà, Moureaux, dans un article du « Soir » s’était résolu au confédéralisme.

Ce qui me conduit à t’écrire, ce sont les invectives qui te sont lancées et qui nous blessent tous.

Passons sur les insultes quasi racistes de De Wever et du curieux hommage qu’il rend à sa femme de ménage nigérienne, mais quand Reynders éructe « C’est au tour du PS de payer », c’est bien pire !!!

 

Que devons-nous payer ?

D’avoir gagné les élections ?

Le fait que tu aies réussi à remettre le CDNV à la table des négociations ?

Le fait que tu aies abouti à un accord sur BHV ?

C’est un comble !

Dans le débat budgétaire, on en est à se jeter à la tête les 40 Porsches de sociétés et les sempiternels abus en matière de droits sociaux.

La carte blanche de nos parlementaires dans le « Soir » peut se lire comme un palindrome où, dans un curieux effet de miroir, on décode le contraire de ce qui est écrit.

Cet article m’apparaît comme le signal d’arrêt de ce qui devrait rester une sinistre plaisanterie, car quand vas-tu gouverner ?

Pendant combien de temps ?

Et, surtout, quelle politique vas-tu faire ?

Au mieux, tu pourras gouverner 18 mois

Ce seront, n’en doute pas, 18 mois d’enfer !!!

J’étais au Cabinet d’Edmond Leburton en 1973 et 1974.  Il fut le dernier vrai Premier Ministre francophone, VDB n’ayant présidé que quelques mois un gouvernement de transition.

Dès son investiture, des tombereaux d’insultes engloutirent Leburton.

J’ai récemment relu, pour la rédaction de mes mémoires, la presse des années 1973 et 1974.

C’est invraisemblable !

On se moquait en permanence des quelques mots de flamand qu’il balbutiait.

Il fut sans cesse harcelé par le CVP.

Il n’eut pas une seule minute de répit.

Mais, dans son cas, la situation économique et financière était excellente.  Il y avait, en 1973, 93.000 chômeurs complets indemnisés !  On croit rêver, et, surtout, on mesure le gouffre où on se trouve.

Ce qui n’empêchait pas certains d’accuser la « femme de médecin » de profiter du chômage, exemple emblématique, comme, il y a peu, le plombier polonais.

Le Gouvernement Leburton fut un chaos permanent auquel j’assistais, totalement médusé, du haut de mes 29 ans.

J’eus aussi le privilège de participer à la négociation du Pacte d’Egmont.  Une dizaine de jours après la signature, lors d’une balade au Sablon, je vis quelques personnes déposer une gerbe de fleurs devant les statues des Comtes d’Egmont et d’Horne.  Ces Flamingants s’opposaient au Pacte !

Quelques mois plus tard, c’était devenu un chiffon de papier !!!

Dans l’incroyable marasme des Finances mondiales, avec les partenaires qui sont les tiens, quelle politique vas-tu pouvoir mener ?

Celle du socialiste Zapatero ?

Celle du socialiste Papandreou ?

Non, Elio, n’y va pas !!!

A n’en pas douter, si tu deviens Premier Ministre, ce qui se profile à l’horizon sera une défaite électorale historique pour le PS !

Ceux que nous devons défendre ne nous pardonneront pas, et ne comprendront pas, et pour cause, la politique que tu seras contraint de mener.

Je suis conscient qu’une part importante de l’action politique est motivée, et c’est très bien ainsi, par des facteurs personnels.

J’aurais été fier, très fier, de voir sortir de nos rangs un fils d’immigrés pauvres pour endosser la charge prestigieuse de Premier Ministre.

Quelle revanche sur la vie !

Quelle revanche sur ceux, si nombreux, qui, en 1996, voulaient t’assassiner judiciairement !

Mais si cette ambition, oh combien justifiée, doit conduire le Parti au néant, j’estime qu’alors, le prix à payer est lourd, beaucoup trop lourd.

Tiens, à propos Elio, une chose qui n’a rien à voir, mais quand même.  Lorsque je te vois en compagnie des Présidents de partis, je constate que tous, sauf toi et Beke, sont des fils de…, ou même des filles de…

Faut-il en déduire que nous sommes dirigés par une Aristocratie d’Etat ?

Cela aurait été d’autant plus formidable que ce soit toi, fils d’immigrés, qui émerge.

Non Elio, non, faut pas y aller !!!

Dans les années 90, Busquin nous expliquait que nous devions avoir le courage d’être au pouvoir pour sauvegarder ce qui pouvait l’être de nos acquis sociaux.

Il disait qu’il fallait « accepter de descendre quelques marches pour ne pas dévaler tout l’escalier ».

Aujourd’hui, ce qu’on va te demander comme Premier Ministre, ce sera de détricoter complètement ce qui a pris des décennies à être construit, à savoir une société qui allie la protection sociale à la Liberté politique.

La main invisible des marchés pèsera de tout son poids sur ta nuque, et te fera baisser la tête.

Demande aux sidérurgistes de Liège et de Charleroi ce qu’ils en pensent.

Tu seras prisonnier de tes curieux alliés qui, au Gouvernement, jour après jour, voudront te faire payer ta réussite.

Déjà, et ils ne s’en cachent pas et tu le sais, ils sont, eux, des alliés indéfectibles de la « main invisible », celle qui frappe toujours les plus faibles.

Non Elio, n’y vas pas !!!

Bien sûr, aujourd’hui, différents milieux t’encensent, je les connais, je les ai fréquentés.

Ils attendent  beaucoup de toi, tu es leur sauveur.

Tu as su sauvegarder ce qu’ils sont, ce qu’ils ont !

D’autres, beaucoup d’autres, espèrent, à travers toi, un destin prestigieux.

C’est toujours comme ça !

Ils gravitent autour de toi tant que tu pourras servir.

Ne sois pas, comme disaient les Communistes, leur « idiot utile ».

Quant aux Médias, ils t’appliqueront l’impitoyable loi des trois « L » :

D’abord, ils te Lècheront.

Puis, ils te Lâcheront.

Pour, enfin, te Lyncher !!!

Certains, alors même que tu n’es pas encore en place, parlent de « fin de  l’état de grâce », de « l’échec de la méthode Di Rupo ».

Non, Elio, faut pas que tu y ailles !!!

Au point où nous en sommes, il ne reste qu’à couper le nœud gordien et faire appel au peuple, en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles, pour lui demander ce qu’il veut vraiment.

Est-ce un gros mot, en Démocratie, que de demander leur avis aux citoyens ?

Si la Gauche européenne veut encore exister, si elle a encore un sens et un avenir, elle ne pourra se contenter de changer la place des couverts sur la table, elle devra la renverser!

Non, Elio, n’y va pas !!!

Il est vrai que le pire n’est jamais certain, mais crois-moi, et je m’y connais, il n’est jamais décevant !

Avec toute mon estime.

merry_hermanus@yahoo.com



 

 

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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 20:42

Un projet naquit en Europe occidentale à la fin de la guerre, un projet voulant allier les peuples à la paix, les peuples au progrès, cependant un projet schizophrène car porté par deux personnalités aux finalités différentes, dont, à l’époque, on ne percevait la contradiction.

 

 schuman-monnet.jpg

Jean Monnet et Robert Schuman : les deux faces de la Communauté européenne

 

Le premier, Jean Monnet, était avant tout un financier. Il débuta sa carrière dès la Première guerre mondiale comme banquier et exportateur de cognac. Il réussit ainsi à s’introduire dans les milieux de la haute finance aux Etats-Unis. Louise Weiss (1893 – 1983) journaliste et doyenne du Parlement européen écrivit à son propos dans ses « mémoires d’une Européenne » : « Très tôt, Jean Monnet était devenu un homme d’influence possédant un clavier étonnamment large, surtout pour l’époque, puisqu’il allait des principaux dirigeants politiques français à l’élite financière londonienne et aux hauts fonctionnaires du Département d’Etat américain. Dès 1923, il avait quitté la SDN dont il déplorait l’impuissance. Devenu vice-président de Blair et Co, une société d’investissement américaine très importante, il participa alors à des opérations financières de très haut niveau: la stabilisation du franc en 1926, celle du zloty, la monnaie polonaise un an plus tard, celle du leu, la monnaie roumaine, en 1928. Peu après, il exerça son activités en Chine aux côtés de Tchang Kaï-chek en tant que conseiller financier. » Il fut donc un intermédiaire efficace entre les milieux de la haute finance et les responsables politiques européens.

 

L’Europe : un projet schizophrène

 

Pendant la Seconde guerre mondiale, il s’opposa farouchement à de Gaulle, le soupçonnant de vouloir instaurer le fascisme en France. Il voyait la France d’après guerre comme un Etat intégré dans un ensemble atlantique ayant les USA pour leadership, contrairement à de Gaulle qui voulut restaurer la souveraineté de la République française. Il échoua dans un premier temps. Ce fut de Gaulle qui parvint – pour peu de temps – au pouvoir après la Libération. Après le départ du général, Monnet devint sans doute l’homme le plus puissant en France, comme commissaire au plan. Il put ainsi s’adonner à son projet : une entité économique sans frontière.

 

Le second fut Robert Schuman. Homme politique chrétien, de droite, originaire de Moselle, d’abord allemand, puis devenu français. Il siégea au premier gouvernement Pétain comme secrétaire d’Etat aux réfugiés. Il fut nommé ministre des affaires étrangères sous le gouvernement Bidault en 1949. Mû par l’idée que le seul moyen d’éviter une nouvelle guerre entre l’Allemagne et la France serait de mettre en commun les moyens politiques et économiques entre les deux anciens belligérants et différents pays d’Europe occidentale, il élabora la célèbre déclaration du 9 mai 1950, qui conduira à la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) en avril 1951.

 

Gage de paix, cette initiative ambitionne également de « moderniser » et de « rationaliser » un secteur-clé de l'économie de l’époque. Le marché et la planification ne sont pas antinomiques dès lors que l'intervention de l'Etat favorise la concurrence libre et non faussée. Chapeautée par la Haute Autorité (future Commission européenne), indépendante, la mise en commun de la production franco-allemande prête davantage le flanc à la critique démocratique : elle revient en effet à confier à des experts sans responsabilité politique le soin d'administrer les intérêts des travailleurs et des Etats.

 

Monnet inspira aussi la déclaration Schuman. L’intégration européenne devait emprunter la voie du marché. Signé en 1957 entre les pays membres de la CECA, le traité de Rome conforte cette orientation. En l'absence d'harmonisation sociale « par le haut », la libre circulation des personnes, des marchandises, des services et des capitaux affaiblit l'intervention publique et somme les systèmes de protection sociale de se plier aux règles d'une économie de marché concurrentielle.

 

 

 mendes_france_pierre.jpg

Pierre Mendès France : un regard lucide sur l'Europe

 

Dès 1957, le député radical Pierre Mendès France et ancien Premier ministre soulignait que la seule solution « correcte et logique » à la constitution du Marché commun aurait été d'exiger « l'égalisation des charges et la généralisation rapide des avantages sociaux à l'intérieur de tous les pays du Marché commun ».

 

L’échec du projet européen

 

Ainsi, voici la double tête de la Communauté européenne : l’Union politique destinée à sauvegarder la paix et le marché absolu au service du seul capital, celui-ci étant la garantie de la liberté. La paix fut préservée jusqu’à la chute du Mur de Berlin.

 

L’Europe, par après, fut incapable d’empêcher le conflit interethnique en Yougoslavie. Schuman voulait une Europe solidaire, Monnet, une Europe du libre marché. Par naïveté ou par duplicité, on ne pensait pas qu’elles pouvaient être contradictoires.

 

Pendant ce temps-là, progressivement, les Etats furent dépouillés de leurs compétences économiques et financières au nom de dogmes comme la « concurrence libre et non faussée », cela sans que les peuples aient à dire directement ou via leurs Parlements respectifs, les pouvoirs du Parlement européen étant réduits à la portion congrue. Pour Mendès France, c’était l'« abdication de la démocratie ». Le rêve de toute une génération s’est fracassé. Les peuples l’ont exprimé par le « non » aux référendums sur le projet de constitution européenne organisés en 2005 en France et aux Pays Bas. « non » qui n’a servi à rien, puisque le Traité de Lisbonne adopté cinq ans après n’est qu’une version « simplifiée » du projet de traité constitutionnel.

 

 

 traite-de-rome-1957.jpg

Signature du Traité de Rome en 1957, acte fondateur de la Communauté

économique européenne

 

Ces Traités qui ont suivi l’acte fondateur de Rome en 1957 contiennent en germe la destruction du projet : au lieu de tendre vers une plus forte intégration, depuis Maastricht, ils ont renforcé les pouvoirs du Conseil et ils ont transformé la Commission en une sorte de police du capital. C’est ce qu’il se passe actuellement avec la crise de l’Euro : deux Etats prennent les décisions fondamentales pour les autres. Les sommets successifs ne sont que de la poudre aux yeux. Seules l’Allemagne et, dans une moindre mesure, la France dirigent et les autres Etats membres n’ont qu’à suivre. La Grande Bretagne n’ayant pas adhéré à l’Eurozone, est aux abonnés absents.

 

Les coups d’Etat des marchés

 

Cela va de plus en plus loin. On a d’abord exigé que les 17 Etats de la zone Euro fassent approuver leurs budgets nationaux par la Commission. Ensuite, la Commission exige que les projets de budget soient déposés à des dates précises et fixe la limite des dépenses. Bref, elle entrave de plus en plus le pouvoir de décision politique des Etats de l’Eurozone.

 

Aujourd’hui, on a atteint un stade qui pourrait signifier la fin du projet européen tel qu’il a été élaboré. Les peuples déjà mis à l’écart, sont définitivement exclus. Georges Papandréou qu’on a volontairement enfermé dans un étau décida d’organiser un référendum pour que le peuple grec se prononce sur les mesures d’austérité les plus drastiques qui lui étaient imposées. Colère et affolement du tandem et des « marchés » ! Ici, ils ont jeté le masque : les peuples ne sont pas concernés.

 

Le tandem « Merkozy » a fait pression sur la Grèce et l’Italie afin de nommer deux nouveaux gouvernements. Georges Papandréou et Silvio Berlusconi furent contraints de démissionner. Ce ne sont pas les peuples Grec et Italien qui l’ont voulu ainsi, la pression politique venait de l’Union européenne.

 

 

 merkel Sarkozy01

Le tandem "Merkozy" détruit l'idée européenne pour satisfaire les marchés.

 

Berlusconi est un clown nuisible, mais il a été élu. Papandréou s’est montré faible, bien que ne manquant pas de courage avec son projet de référendum, et a aussi été élu. Aucune importance : à Bruxelles, on a décidé qu’ils doivent « faire un pas de côté ». Ils le font. C’est le coup d’Etat des marchés.

 

 

berlusconi_chute.jpg

Berlusconi : la chute ?

 

Ce n’est pas encore suffisant. Pas question de laisser le choix des remplaçants aux Parlements. Comme l’écrit Mediapart : « …, les deux hommes, maillons faibles de la chaîne des chefs de gouvernement de la zone euro, sont tombés renversés par les marchés et des partenaires européens sous pression. Les marchés, c'est-à-dire les banques et autres établissements financiers (fonds de pension, hedge funds, fonds d'investissement, etc.). Leurs partenaires européens, c'est-à-dire Angela Merkel, Nicolas Sarkozy, les dirigeants de la banque centrale européenne (BCE) et de la commission européenne, déclarant agir au nom de ce qu'ils présentent comme leur devoir : circonscrire l'incendie, sauver l'euro, l'Europe (et se sauver eux-mêmes). »

 

Les choses se sont précipitées : la semaine du 7 novembre 2011 a vu l’arrivée de trois hommes venant incarner le coup d’Etat des marchés.

 

Mario Draghi nommé à la tête de la Banque centrale européenne (BCE), ancien vice-président de Goldman Sachs Europe, cette banque qui avait aidé la Grèce à maquiller ses comptes sous sa vice-présidence, puis gouverneur de la banque d’Italie.

 

 

Draghi, Mario

 Mario Draghi directeur général de la BCE, ancien de Goldman - Sachs, la banque qui a aidé à maquiller les comptes de la Grèce.

 

 

Lucas Papademos, ancien patron de la banque centrale grecque, puis vice-président de la BCE de 2002 à 2010, devient Premier ministre grec et forme un gouvernement d’union nationale avec l’extrême-droite.

 

 

lucas-papademos.jpg

Lucas Papademos, le banquier au service des marchés  qui

dirigera la Grèce avec l'extrême-droite.

 

Mario Monti, économiste, membre de la droite libérale, commissaire européen chargé de la concurrence de 1994 à 2004. Il fut un des maîtres d’œuvre de la dérégulation du marché européen par l’Acte unique. Il est aussi, avec Jean-Luc Dehaene et Valéry Giscard d’Estaing, auteur du projet avorté de constitution européenne. Ah oui ! Lui aussi a travaillé pour Goldman Sachs (Le «Monde» du 15 novembre). Il est vrai qu'il ne se vante pas trop de cette partie de son CV.  Comme par hasard, Monti fut nommé mercredi 9 novembre, sénateur à vie. En effet, il n’était pas élu au Parlement italien.

 

 

mario_monti.jpg

Mario Monti dit "il professore", le parfait petit néo-libéral

 

Le choix de ces trois personnages est manifestement celui des banques. Les Parlements ont été sommés d’entériner sans plus. Et ce n’est pas fini.

 

Le 20 novembre, auront lieu les élections générales en Espagne. Ces élections anticipées ont été provoquées sous la pression des marchés financiers. Zapatero qui leur a pourtant pas mal cédé, doit être remplacé par un de « leurs » hommes. On verra.

 

Et la France et la Belgique ?

 

En France, plusieurs analystes pensent que Nicolas Sarkozy pourrait constituer un gouvernement d’union nationale avec peut-être à la tête, Jean-Claude Trichet, qui est désormais « disponible ». Manifestement, le plan d’austérité de François Fillon de 7 milliards d’Euros est insuffisant. Il y a eu la vraie fausse dégradation de la note « AAA » de la France par Standard & Poors qui n’est sûrement pas une « simple erreur technique ». L’écart entre les taux allemand et français ne cesse de croître. La France serait-elle le suivant ? Dominique de Villepin qui souhaite un plan d’austérité de 20 milliards d’Euros, François Bayrou et Jean-Louis Borloo qui ont tous les trois un compte à régler avec Sarkozy se verraient bien dans un gouvernement d’union nationale auquel devraient participer les Socialistes. Politique fiction ? Pas si certain.

 

dominique-de-villepin.jpg

Dominique de Villepin serait dans un coup tordu

que ce ne serait pas surprenant...

 

Quant à la Belgique dont la situation n’est guère meilleure avec un endettement colossal, la crise politique qui s’éternise annonce au pire des élections anticipées, au mieux un gouvernement quasi d’union nationale sans les écologistes et les nationalistes flamands qui serait là pour prendre les mesures d’austérité exigées par les « marchés ». Certains ("Le Soir") pensent que les libéraux bloquent les négociations pour exclure Di Rupo et les socialistes francophones qui sont considérés à tort ou à raison comme les plus "à gauche" d'Europe, afin de mettre à la place un gouvernement de "techniciens".

 

Richesse et politique ne font pas bon ménage.

 

Le politologue italien Anonio Mastropaolo tire une conclusion de cette crise : « Le premier bilan que l'on peut faire, pour la vie politique italienne, est que les mondes de la richesse et de la politique ne devraient jamais se rencontrer. » On peut ajouter que ce constat concerne aussi d’autres pays que l’Italie. En réalité, les marchés sont dirigés par des rentiers « informatisés » qui ont pris la place des capitalistes industriels. Ils sont devenus les banksters.

 

La crise actuelle est née de deux ruptures principales voulues par le banksterisme. La première date des années 1980 : c'est la révolution financière qui met la Bourse aux commandes des entreprises. Elle y institue un nouveau mode de gestion. Les firmes cessent d'être des organisations au sens où on l'entendait auparavant, favorisant les carrières longues et la loyauté des salariés. Elles visent désormais l'efficacité immédiate. Le bonus prend la place de l'ancienneté comme mode de gestion des ressources humaines. Comme l'a montré Maya Beauvallet dans son livre Les Stratégies absurdes (Le Seuil), les impératifs de performance immédiate tendent à cannibaliser tous les autres. Le souci du travail bien fait, la loyauté à l'entreprise disparaissent, seul compte l'objectif fixé, quelles que soient les pathologies qui en résultent...

 

La mondialisation est la seconde rupture qui a bouleversé le monde. Elle permet aux pays émergents de s'industrialiser, ce qui produit deux effets de sens contraire : baisser le prix des produits industriels et monter le prix des matières premières. Grâce à elle, les gens paient de moins en moins cher leurs écrans plats et leurs IPod, et de plus en plus cher leurs dépenses de base : le chauffage, la nourriture et les déplacements. L'économie mondiale avance en appuyant à la fois sur l'accélérateur et le frein. Les secousses brusques sont devenues inévitables.

 

Les banksters

 

Le rêve européen né à la suite de la catastrophe de 1945 était déjà schizophrène. D’un côté, plusieurs responsables politiques français, italiens, allemands et belges souhaitaient créer une structure entre les Etats nations d’Europe occidentale, essentiellement l’Allemagne et la France, pour rendre impossible toute nouvelle guerre intra-européenne, dont la principale personnalité fut Robert Schuman. De l’autre, certains d’entre eux voyaient avant tout la fondation d’une zone de libre échange économique et financier dans la plus pure philosophie libérale. C’était le cas d’une personnalité française, considérée comme un des « pères fondateurs » de l’Europe, Jean Monnet.

 

C’est le triomphe des « banksters ». Certes, cette expression qui est la contraction de « banquier » et de « gangster » fut utilisée par les antisémites – le banquier est assimilé au juif – et par les fascistes, dont le Belge Degrelle, avant la deuxième guerre mondiale.

 

Aujourd’hui, la conduite des grands banquiers peut s’assimiler au gangstérisme. Aussi, même si elle a des origines nauséabondes, l’expression « bankster » est parfaitement justifiée. Elle est d’ailleurs utilisée par les Indignés qui se répandent un peu partout dans le monde occidental.

 

 

 big_brother.jpg

Big Brother ou Big Bankster ?

 

Le bankstérisme se base sur un triptyque paradoxal similaire à celui de « Big Brother » dans « 1984 » :

 

LE CAPITAL, C’EST LA FORCE,

LA DETTE, C’EST LA RICHESSE,

LA LIBERTE, C’EST L’ESCLAVAGE

 

Dans le système banksterien, comme dans l’horreur orwelienne, par la force du capital qu’il contrôle, la liberté c’est l’esclavage, car elle est la liberté sans entraves du bankster d’opprimer et de ruiner le peuple esclave par l’endettement.

 

Le bankstérisme est la doctrine qui consiste à substituer au capitalisme industriel, le capitalisme financier. Le marxisme et le mouvement ouvrier se sont attaqués au capitalisme industriel et ont plus ou moins réussi à le modérer parce qu’il était bien identifié : on savait qui dirigeait les usines et on avait le pouvoir de les paralyser. Par contre, il n’a pas vu poindre le capitalisme financier qui, lui, est inidentifiable et donc impossible à combattre.

 

Pourtant, il existe des solutions. Elles ne consistent pas à détruire l'Europe, bien au contraire. Elles seront évoquées dans un prochain article.

 

Le bankstérisme a gagné pour le moment. Il n’est pas invulnérable.

 

Pierre Verhas

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 00:26

La Grèce a-t-elle échappé à un coup d’état militaire ?

 

Plusieurs sources estiment que la décision surprise de Papandréou d’organiser un référendum est une tentative désespérée de sauver la démocratie en Grèce.

 

Avant d’annoncer sa décision, tout l’état-major de l’armée grecque a été limogé. Sans doute n’aurait-il pas accepté les coupes sombres dans le pléthorique budget de la défense et l’éventualité d’une situation insurrectionnelle. D’autres pensent que tout cela était préparé depuis longtemps et que le gouvernement Papandréou rechercherait une porte de sortie honorable.

 

 

 Papandreou.jpg

Papandréou cherche à sauver sa peau et la démocratie...

 

 

Toujours est-il que la crainte d’un coup d’état militaire a déjà été exprimée et pas par n’importe qui : Michel Rocard, dans le Monde du 4 octobre, redoute qu’en cas de durcissement des conditions imposées à la Grèce : « Si c'est le cas, dans l'état de colère où va se trouver ce peuple, on peut douter qu'aucun gouvernement grec ne puisse tenir sans appui de l'armée... Cette réflexion triste vaut sans doute pour le Portugal et/ou l'Irlande, et/ou d'autres, plus gros... Jusqu'où ira-t-on ? »

A force de jouer avec le bien être des peuples et la démocratie, nos dirigeants feraient bien de prendre garde…

 

 

Charlie Hebdo, tête de Turc ?

 

 

En plus de l’attentat qui a incendié ses locaux, le site de l’hebdomadaire satirique parisien a été piraté. On pense sérieusement que les hakers sévissent depuis la Turquie.

 

 

Charlie-hebdo_incendie.jpg

 Charlie Hebdo victime des islamistes turcs ?

 

 

Certains craignent une « ottomanisation » du monde arabe depuis les « printemps arabes », notamment via les partis islamistes. On sait que Ennadah, le parti islamiste tunisien qui a obtenu 40 % aux élections, a été financé par le Qatar et par la Turquie.

 

 

PV

 

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 21:55
C’est le titre d’une chanson allemande reprise du chant militariste américain « les bérets verts » à la gloire des commandos spéciaux au Vietnam.

 

Elle est interprétée par Heidi Brühl, une chanteuse et actrice allemande des années soixante qui participa au concours « Eurovision » et figura plusieurs fois au « hit parade ».

 

 

heidi_bruhl.jpg 

Heidi Brühl, célèbre actrice et chanteuse
allemande des années soixante

 

 

Voici l’URL où on peut écouter cette chanson :

 

http://www.youtube.com/watch?v=KLQg-Mv9Hfg&feature=player_detailpage

 

En voici le texte en allemand et la traduction (libre) en français.

 


Irgendwo im fremden Land
ziehen sie durch Stein und Sand
fern von zu Haus und vogelfrei
100 Mann und er ist dabei

 

100 Mann und ein Befehl
und ein Weg, den keiner will
tagein tagaus, wer weiß wohin
verbranntes Land und was ist der Sinn?

 

Ganz allein in dunkler Nacht
hast Du oft daran gedacht,
daß weit von hier der Vollmond scheint
und weit von hier ein Mädchen weint

 

Und die Welt ist doch so schön.
Könnt ich Dich noch einmal seh'n.
Nun trennt uns schon ein langes Jahr,
weil ein Befehl unser Schicksal war.

 

Wahllos schlägt das Schicksal zu.
Heute er und morgen Du
Ich hör' von fern die Krähen schrei'n
im Morgenrot, warum muß das sein?


 

Quelque part sur une terre étrangère

Vous passez à travers la roche et le

sable.

Loin de chez vous et hors la loi,

Cent hommes, et il est parmi eux.

 

Cent hommes et un ordre

Et un chemin que peu souhaitent.

Jour après jour,

Qui sait où.

Terre brûlée,
Mais quel en est le sens ?

 

 

Tout seul dans la nuit sombre

Tu y as souvent pensé

Que loin d’ici brille la pleine lune

Et loin d’ici, une fille pleurait.

 

Et le monde est pourtant si beau

Pourrai-je te voir encore une fois ?

Maintenant une belle et longue année nous sépare

Parce qu'un ordre a été notre destin.

 

Le destin frappe au hasard

Aujourd'hui lui et toi demain

Au loin j’entends les cris des corbeaux

A l'aube. Pourquoi doit-il en être ainsi ?      


 

 

Cette version allemande est au contraire un hymne à l’absurdité de la guerre. « Hundert mann und ein befehl » (cent hommes et un ordre) s’inscrit dans l’état d’esprit de la jeunesse de République fédérale d’Allemagne des années 1960. Cette jeune génération née après la chute de 1945 et qui a vécu les conséquences du plus atroce conflit de l’histoire : la modernité de la nouvelle Allemagne ne cautérisa pas les plaies ouvertes par l’ancienne. L’état d’esprit des jeunes était un mélange de remords et de haine à l’égard de leurs parents qui avaient « fait cela », de l’irrésistible besoin d’une vie nouvelle et du poids d’une histoire non assumée, d'exigence de justice sociale et de radicalité politique. C’est ainsi que l’extrême-gauche eut un grand succès auprès des jeunes universitaires et moins du côté de la classe ouvrière qu’elle prétendait vouloir épanouir. En outre, l’Allemagne fut divisée et nul Allemand ne l’accepta jamais au fond de son cœur. Du terrorisme au fatalisme, ainsi balança la génération de l’après-guerre en République fédérale allemande.

 

Ce chant la représente bien. La guerre amène à commettre des atrocités sur ordre. Ordre dont on prétend ne pas connaître la raison. Le soldat est donc conduit à exécuter des actes qu’il ne comprend pas, dont il pressent cependant leur absurdité et leur nuisance. Mais comment réagir ? George Orwell aborda cette question au début de l’essai intitulé Le lion et la licorne qu’il écrivit en 1940, en plein blitz.

 

« Tandis que j’écris ces lignes, des être humains on ne peut plus civilisés parcourent le ciel au-dessus de moi, essayant de me tuer.

 

Ils n’éprouvent aucune animosité envers moi en tant qu’individu, pas plus que moi envers eux. Ils « ne font que leur devoir », comme on dit. La plupart d’entre eux, j’en suis sûr, sont des hommes doux et respectueux des lois, qui pas une seconde ne songeraient, dans la vie courante, à assassiner leur prochain. Mais si l’un d’entre eux arrive à me réduire en charpie avec une bombe bien placée, il n’en perdra pas pour autant le sommeil. Il sert son pays, ce qui l’absout automatiquement de tout péché. »

 

 

 

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Ils bombardaient sans animosité...

 

 

On peut être assuré que tous les commandants et tous les hommes servant dans des bombardiers, dans l’artillerie, dans des chars d’assaut, sur de navires de guerre éprouvent le même sentiment jusqu’aujourd’hui et l’éprouveront encore demain. Le fait de combattre pour une idée que l’on vous a inculquée comme étant supérieure dispense de respecter les lois les plus élémentaires de vie en commun à l’égard de celui qui est désigné comme ennemi.

 

Sans cette mise en parenthèse des lois, au nom d’un idéal supérieur, toute guerre serait impossible. Orwell était un homme qui a vécu la guerre et qui savait de quoi il s’agissait, d’abord en Espagne dans les rangs du POUM et puis en Angleterre dès 1940. Les jeunes Allemands des années soixante avaient une image tronquée de la guerre, ils la réduisent à son aspect atroce, mais c'est insuffisant pour expliquer le phénomène historique qu’elle représente. S’ils étaient attachés à la culture allemande, ils éprouvaient un sentiment patriotique très mélangé. Ils portaient en eux, et sans doute malgré eux, le poids insupportable du nazisme. Il n’est pas surprenant que le pacifisme fut aussi puissant en Allemagne. La jeunesse ne voulait plus être le jouet de conflits dont elle n’approuvait ni les moyens ni les enjeux.

 

Aussi, cette chanson « Hundert mann und ein befehl » relève d’une fausse vision du soldat en guerre, même si beaucoup d’entre eux ont sans doute – surtout lors de la débâcle allemande – éprouvé un sentiment de honte et de révolte à l’égard de leurs « chefs ». Le soldat obéit aux ordres, même les plus cruels, car il est conditionné à accepter sans restriction l’idéal collectif pour lequel il est censé combattre.

 

Aujourd’hui, les soldats de la Bundeswehr mobilisé en Afghanistan dans une guerre incompréhensible chantent « Hundert mann und ein befehl », mélange de fatalisme et de moral « au dessous des chaussettes ».

 

 

 bundeswehr_afghanistan.jpg

La Bundeswehr en Afghanistan : le moral dans les chaussettes...

 

 

Le fatalisme est le sens cette chanson : le fatalisme de la guerre, de ses atrocités, d’un destin non maîtrisé. Le fatalisme est la pire des choses : l’homme subit et renonce à toute action. C’est d’ailleurs symptomatique de cette génération et de la génération dite « 68 » en général. Sa révolte est avant tout hédoniste. Elle ne prétend pas bouleverser les grands rapports de force qui mènent la société. Elle refuse la guerre, non seulement celle que l’on pourrait lui imposer, mais toute guerre, même celle menée pour la défense contre un agresseur. Donc, elle irait jusqu'à accepter de perdre sa liberté. La vraie mais vaine révolte est venue d’une infime partie de la génération « 68 » en Allemagne, en Italie et dans une moindre mesure en France : elle a malheureusement versé dans le terrorisme aveugle, parfois manipulé de l’extérieur et servi les ennemis qu’elle prétendait combattre, en pensant qu’en le renforçant, on pourrait plus aisément le déposer ! Fallacieuse vision des choses ! En définitive, le terrorisme est un des multiples visages du fatalisme : détruire sans la volonté de reconstruire.

 

 

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Les travailleurs d'Arcelor Mittal Liège en lutte : le fatalisme, cela suffit !

 

« Le fatalisme, cela suffit ! » Voilà le cri récent d’un ouvrier d’Arcelor Mittal. Il arrive un moment où l’homme refuse de subir. C’est à ce moment là que la résistance naît et se développe. On le sent : un peu partout, après le fatalisme,  la résistance apparaît sous plusieurs formes. Est-ce sans doute là le signe de la gestation d’un monde nouveau ? Monde nouveau qui prendra la place de l’ancien qui, par fatalisme, a laissé s’installer l’injustice. Nul ordre désormais, on peut l’espérer, n’empêchera ces hommes et ces femmes de prendre leur destin en mains.

 

 

Pierre Verhas

 

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 21:49

La victoire prévisible de François Hollande aux primaires socialistes marque un recentrage de l’échiquier politique en France.

 

Le mystère de la chambre 2806 fut le chant du cygne du social libéralisme à la Tony Blair que Dominique Strauss Kahn souhaitait imposer en France. La gauche du PS divisée entre le courant traditionnaliste et « bobo » mené par Martine Aubry et la mouvance réformiste moderniste d’Arnaud Montebourg n’a pas réussi.

 

 

 Aubry_DSK.jpg

Martine Aurby avait beaucoup d'affinités avec DSK.

Vous avez dit "de gauche" ?

 

Quelles leçons en tirer ? D’abord pour la gauche, les courants radicaux, critiques du néolibéralisme paient leur division. De même, le « social libéralisme » est en déclin. Ce n’est pas seulement la personnalité de DSK qui en est la cause, c’est un rejet général de l’idéologie et de la politique économique et sociale libérale. La grave crise qui se poursuit depuis 2008 consacre la fin du conservatisme libéral. Cela pourrait signifier le point faible de la campagne de François Hollande qui n’a pas une position claire sur le sujet.

 

 

 francois_hollande.jpg

François Hollande : il y va ! Mais avec quel programme ?

 

La conclusion politique est donc le rejet du radicalisme par l’opinion – à l’exception de l’extrême-droite – au profit du centre. Le sarkozysme avait, dès le départ, montré son vrai visage : la prise du pouvoir politique par la haute bourgeoisie au détriment des classes moyennes et de ce qu’il reste de la classe ouvrière, sans compter l’abandon des laissés pour compte victimes d’une précarisation croissante. En outre, les échecs politiques, les reculades dans ses réformes, les scandales à répétition ont sérieusement affaibli le président sortant. Le radicalisme de gauche représenté par la forte personnalité de Jean-Luc Mélenchon et l’appui de conseillers de haut niveau comme Jacques Généreux, ne parvient cependant pas à percer alors que les erreurs du sarkozysme et la crise financière devraient lui être favorables. Par contre, il reste un danger : Marine Le Pen. Elle a réussi à se mettre  au centre de tout le débat politique.

 

 

 Melenchon_Montebourg.jpg

Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon. Une gauche marginalisée ?

 

Marine Le Pen cristallise sur sa personne tout le mécontentement des Français, en perçant même dans des milieux qui lui sont traditionnellement hostiles, comme les enseignants. Et personne ne réussit à lui « confisquer » cet atout qui pourrait bien la voir hissée au deuxième tour de la présidentielle.

 

 

 

 

 Marine_Le-Pen_Dexia.jpg

Marine Le Pen : Après Dexia, la faillite de la démocratie française ?

 

Donc, l’enjeu se fera sans doute entre le centre, la droite « classique » et l’extrême droite. Exit le radicalisme de gauche. Le centre gauche représenté par François Hollande est politiquement l’alternative la plus crédible à la droite libérale incarnée par Nicolas Sarkozy. On sait d’ailleurs qu’il y a des contacts informels entre les états-majors de Hollande et de Bayrou. Il est sans doute probable que l’électeur français se tournera cette fois-ci vers le centre. 

 

 

 Nicolas_sarkozy_grimace.jpg

Nicolas Sarkozy peut faire la grimace !

 

Aussi, l’affaire se présente ainsi.

 

La droite libérale est tout à fait démonétisée après les échecs de Sarkozy et de son gouvernement, ainsi que par les conséquences de la crise financière qui commence à se faire cruellement sentir sur l’emploi et le pouvoir d’achat des Français.

 

La gauche radicale n’a toujours pas réussi à se présenter comme une alternative sérieuse et reste désespérément marginale au point qu’elle aura sans doute un résultat trop faible pour être l’arbitre du second tour.

 

L’extrême-droite est en embuscade et peut rassembler toutes les frustrations sur le nom de Marine Le Pen qui pourrait se retrouver au second tour, mais contre qui ?

 

Il est dès lors vital pour François Hollande de devancer Nicolas Sarkozy dès le premier tour. C’est sans doute la raison pour laquelle le candidat du PS lorgne de plus en plus vers le centre pour élargir sa base électorale. Mais il n’y parviendra que s’il fait taire les sempiternelles divisions internes au sein de son propre Parti.

 

Et puis, il y a une dernière inconnue : l’avenir du capitalisme. Les événements se précipitent. La crise grecque s’aggrave au point que le « défaut » est quasi certain, endéans les semaines à venir. On craint qu’après Dexia, d’autres banques s’effondrent. Or, comment va-t-il surmonter ses contradictions ? La vieille et classique politique keynésienne de relance est irréalisable compte tenu de l’endettement. Les politiques d’austérité ne font qu’accroître la régression, un « entre les deux », comme le souhaite en Belgique un Elio Di Rupo, est irréaliste. Alors, quid ?

 

 

 Elio_Di_Rupo_lapin.jpg

Elio Di Rupo sortira-t-il un lapin de son chapeau

pour trouver une alternative économique ?

 

 

Or, que se passera-t-il si la catastrophe annoncée se produit ? A ce moment-là, les enjeux politiques et électoraux seront dérisoires au regard du maelström qui déferlera.

 

 

Pierre Verhas

 

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 22:25

Après Dexia, il est intéressant de lire et d’écouter l’analyse des économistes atterrés – ce groupe d’économistes français de gauche qui dénoncent l’absence de changement idéologique et politique depuis la crise financière de 2008 – qui expriment des avis circonstanciés sur les graves événements que nous vivons. Ce très intéressant débat a été organisé par le journal quotidien de gauche sur Internet Mediapart, qui est cité régulièrement sur ce blog.

 

Ils refusent qu’on nous laisse aller au mur. La mascarade de Dexia, le drame de la Grèce, la menace sur notre bien être et la misère qui s’installe sont des maux qu’il faut éradiquer.

 

Il est temps de comprendre pour faire une autre politique et renverser la vapeur.

 

C’est long à écouter, mais cela vaut la peine que vous preniez un peu de votre temps.

 

Bonne lecture et bonne écoute !

 

Pierre Verhas

Les économistes «atterrés» redoutent un «krach social et démocratique» de l'Europe

| Par La rédaction de Mediapart - Mediapart.fr
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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 16:45

La saga Dexia est un véritable thriller digne des plus grandes productions hollywoodiennes. Toutes les « ingrédients » s’y retrouvent : deux petites banques qu’on décide de marier pour le meilleur – elles connaîtront le pire –, une nouvelle monnaie qui ouvre un marché jamais égalé de 300 millions de personnes, des managers jeunes et ambitieux voulant transformer le nain en géant. Et, bien sûr, tous les moyens sont bons. Cependant, ils ont oublié la fable de la grenouille plus grosse que le bœuf. Tout cela serait risible, si cela ne provoquait des drames sociaux et l’éventuelle faillite des pouvoirs régionaux et locaux français et belges.

 

Dexia est exemplaire de la faillite du néolibéralisme.

 

Dexia est un enfant de l’Europe néolibérale. Elle fut fondée par un haut fonctionnaire français du nom de Pierre Richard (à ne pas confondre avec l’acteur…) bardé de diplômes, cabinetard sous les gouvernements Chirac puis Balladur, irrésistiblement attiré par les sirènes du privé, bref, le parfait petit soldat du capitalisme triomphant.

 

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Pierre Richard ou la folie des grandeurs

 

Pierre Richard commença sa « carrière » de banquier au Crédit local de France qu'il avait créé en 1986 en le séparant de la Caisse de dépôts et de consignation. En octobre 1987 il en fut président du directoire, puis PDG en décembre 1993, à la suite de la privatisation dont il fut le maître d’œuvre, sous Balladur.

 

Privatisation ? 1993 ? Il y a un lien : les débuts de l’Acte unique, la fameuse « Europe 1992 » lancée par le président de la Commission européenne de l’époque, Jacques Delors (père de Martine Aubry), qui instaura la libéralisation par la fin des barrières douanières, la libre circulation des capitaux, des biens et des services et, dans une moindre mesure, des hommes.

 

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Jacques Delors : le père de l'Acte unique ou de l'Europe néo-libérale

 

Une vague de privatisations envahit toute l’Europe. Le grand marché fondé par l’Acte unique suscite toutes les convoitises et particulièrement celles des banques. Dans l’Europe d’alors qui ne comptait pas encore les pays de l’Est, il fut procédé à la privatisation de toutes les banques par la suppression du secteur public de crédit. Ensuite, les grands groupes bancaires lancèrent des OPA sur les banques privatisées qui étaient bien entendu de trop petite taille pour s’imposer dans le marché unique. Les banques qui avaient choisi le « stand alone » connurent très vite des déboires.

 

Dexia est née de l’alliance en 1996 du Crédit communal de Belgique (CCB) et du Crédit local de France (CLF). En outre, le CCB et le CLF, bien que désormais banques privées, finançaient toujours les pouvoirs locaux. Une banque privée qui gère l’argent public !

 

Il y avait une différence fondamentale entre le CCB et le CLF. Le CCB, avec son nombreux réseau d’agences en Belgique, était une banque de dépôts provenant des entreprises et des particuliers, qui prêtait aux communes pour leurs investissements. Le CLF empruntait sur le marché financier pour ensuite prêter aux communes. Cette pratique a été étendue avec la création de Dexia et sous la férule de Pierre Richard.

 

Un "11 septembre" bancaire

 

Vint ensuite la mégalomanie. Richard voulut transformer sa banque franco-belge en une grande institution financière internationale. Il déclara à l’époque, juste avant l’introduction de l’Euro (le Monde du 6 octobre 2011) : « L’euro sera un tremblement de terre pour les banques. Les établissements de taille moyenne vont disparaître et on va assister à de gigantesques restructurations. »

 

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Dexia : un "11 septembre" bancaire ?

 

Le séisme a eu des effets bien plus destructeurs que ce que prévoyait Pierre Richard !

 

Il fit racheter par Dexia de petites banques étrangères, notamment en Turquie et aux Etats-Unis. De plus, il ajouta au groupe Dexia l’activité de banque commerciale et la gestion d’actifs. Tout cela pour un coût de 8 milliards.  D’autre part, les régions et les municipalités furent « invitées » à souscrire à des produits « structurés », c’est-à-dire des crédits aléatoires purement spéculatifs, ce qu’on appelle des « actifs toxiques ». En Belgique, Dexia alla même jusqu’à promettre des taux de 13 % sur ces fameux actifs. C’est l’euphorie : Dexia qui pesait 5 milliards d’euros en Bourse en 1996 passe à 17 milliards en octobre 2000. Mais il y a un hic…

 

Il faut recapitaliser. Là, la partie belge commence à rechigner. Cela va trop loin. Richard est remplacé par le Belge Axel Miller, mais reste toujours au Conseil d'administration.

 

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Axel Miller ne plaisait pas aux Français.

 

Arrive la crise des subprimes en 2008.  Les gouvernements belge et français ont dû puiser 3 milliards d’Euros chacun dans la caisse et donner des garanties pour sauver et puis maintenir Dexia à flot. Axel Miller passe à la trappe – Sarkozy voulait sa peau – et est remplacé par le duo composé du Français Pierre Mariani, comme administrateur délégué et de l’ancien Premier ministre belge, Jean-Luc Dehaene, nommé Président du Conseil d’administration.

 

Le clan Sarkozy

 

 

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Le tandem Mariani - Dehaene est mené par Mariani.

 

Pierre Mariani est un proche de Sarkozy. Il fut son directeur de cabinet lorsqu’il était ministre du budget sou Balladur. C’est donc un homme de la « caste ». Tout va pour le mieux dans la meilleure Sarkozie … A part qu’en réalité, Dexia a besoin de 260 milliards d’euros. Tout cela n’empêche cependant pas Dexia de poursuivre sa dérive. Dehaene a vieilli. Il est député européen, administrateur de plusieurs sociétés, entre autres le brasseur belgo-brésilien INBEV, etc, en plus de Dexia. C’est beaucoup pour un seul homme. Il se laisse manifestement manipuler par Mariani qui fait la pluie et le beau temps. Les Belges comptent pour du beurre. Il est vrai que les Français ne leur pardonnent pas l’éviction de Richard… L’Europe se construit ! Cependant, comme l’écrit Mediapart : « La nouvelle direction, co-détenue par le Belge Jean-Luc Dehaene et le Français Pierre Mariani, n'a eu, tout ce temps, que le rôle de syndic de faillite, chargé d'éteindre en douceur toutes les dérives du passé. Comme toutes les autres banques, comme les Etats européens, elle a cherché à s'acheter du temps. Les marchés boursiers, longtemps aveugles sur l'état de santé réelle de la banque, ne s'y sont pas trompés. Depuis 2008, l'action Dexia n'a jamais dépassé les 5 euros. »

 

 

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Jean-Luc Dehaene : Dexia, le mandat de trop ?

 

2008 n’est pas encore terminé qu’une autre crise se profile à l’horizon : celle des dettes souveraines et particulièrement celle de la Grèce. Et, cela va sans dire, Dexia se retrouve dans la tourmente. Et, bien entendu, comme l’Europe n’a édicté aucune règle pouvant servir de garde-fous, les banques ont continué à faire n’importe quoi et Dexia en particulier. Résultat : la crise bancaire est toujours là. Tout cela a fini par inquiéter les dirigeants européens. Aussi, ont-ils décidé de faire un audit de la situation des banques en juillet 2011. La Commission européenne a imposé ce qu’on a appelé les « stress tests », c’est-à-dire un test de solvabilité, à toutes les banques de la zone Euro. Le résultat est risible. Il ne manque que 2,5 milliards d’euros répartis entre neuf banques européennes pour leur permettre de faire face à une situation économique plus grave. Dexia, bien entendu, a passé ce « grand oral » haut la main : avec un ratio de plus de 11% de fonds propres, elle paraissait même être une des mieux capitalisées du système bancaire européen. Sinistre plaisanterie. On peut même se poser la question de l’honnêteté et de l’objectivité de cette mascarade.

 

Cependant, la facture est là. Dexia se trouve être insolvable. « Libération » dénonce le 17 septembre la pratique des prêts à risques aux collectivités locales. Dexia n’a en rien freiné ses recours à des produits « dérivés » ou « actifs toxiques. Dès lors, comme le dénonce ATTAC France, le problème central est le devenir de ces actifs toxiques de Dexia.  Alors, où va-t-on ? C’est le démantèlement de Dexia qui est à l’ordre du jour. Le gouvernement français essaye de refiler Dexia France à la Banque postale et à la Caisse de dépôt et de consignation de reprendre les actifs. Celles-ci refusent. Du côté belge, il a été décidé de nationaliser Dexia banque. Bref, on en revient à l’ancien Crédit communal de Belgique…

 

Quant aux actifs toxiques, c’est la bouteille à encre. L’idée est de les séparer des actifs « sains » et de les mettre dans une banque résiduelle ou « bad bank » (chaque crise génère son néologisme). Dexia s’est débarrassé d’une partie de ces « pommes pourries » après 2008, mais en a ajouté d’autres en achetant, entre autres des obligations d’Etat grecques en grande quantité, puisqu’elles assuraient un rendement plus important que les autres. Autrement dit, que ce soit avec les produits dérivés ou les titres de dettes souveraines, Dexia a poursuivi sa stratégie spéculative envers et contre tout.

 

Finalement (jusqu'à quand ?), un accord est intervenu dimanche 9 octobre entre Fillon et Leterme. La Belgique rachète Dexia banque Belgique pour 4 milliards d'Euros, le gouvernement français crée Dexia - agence municipale pour 0,7 milliards d'Euros qui sera sans doute reprise par La Caisse des Dépôts et des Consignations et la Banque Postale. Enfin, des garanties pour 90 milliards d'Euros (!) sont données pour la «bad bank», dont la Belgique assurera 60,5 %. Sarkozy s'en tire à bon compte : en principe, ce serait aux Français à garantir ce qu'ils ont généré : en effet, les actifs toxiques ont été décidés et achetés au niveau français. Les administrateurs belges étaient aux abonnés absents... ou n'ont rien voulu voir, ou se sont faits tout simplement rouler. Le lendemain de l'accord, Dehaene démissionne. Cela commence bien pour le futur (?) gouvernement Di Rupo... Faire passer l'austérité après cette sinistre plaisanterie sera quelque peu difficile !

 

 

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 Yves Leterme et Didier Reynders se sont faits rouler !

 

Tout cela prouve l’échec du « grand marché » tel qu’il a été conçu. L'écroulement de Dexia, qui se targuait d'incarner la grande Europe en construction, celle du marché unique et du marché tout court, pourrait marquer la même rupture. Sa faillite renvoie à l'aveuglement et au déni des autorités européennes depuis le début de la crise de 2008. Les Etats européens, qui n'ont cessé de temporiser, sont rattrapés par la réalité. Il leur faut maintenant trouver une réponse dans l'urgence.

 

Le fameux adage « too big to fail » est désormais démenti avec Dexia. La folie des grandeurs de Pierre Richard et de ses successeurs a conduit Dexia à sa perte. C’est la faillite, il n’y a pas d’autre mot.

 

Pour un secteur public européen du crédit

 

Nationaliser Dexia banque, comme vient de le faire la Belgique, et sans doute d’autres organismes financier – car on peut être certains que d’autres banques vont suivre – ne suffit pas. Cela revient à socialiser les pertes pour privatiser ensuite les bénéfices lorsque les choses seront quelque peu redressées.

 

Il est indispensable d’organiser un secteur public européen du crédit. C’est la seule manière de contrôler ces géants aux pieds d’argile. Et, en passant, sanctionner sévèrement les responsables de ce gâchis qui ruinent les Etats, l’économie et génèrent la misère. Les banquiers ont diversifié leur métier : ils sont devenus assureurs, investisseurs, spéculateurs. Qu’ils en reviennent à leur métier de base : la banque et qu’ils le fassent convenablement. Il est indispensable d’organiser un contrôle public et strict des activités bancaires et boursières en faisant de la Commission bancaire et de la Commission de la Bourse de véritables polices avec des magistrats spécialisés. Et enfin, on commence à l'évoquer, séparer une fois pour toutes les activités de banques de dépôt, des activités commerciales et spéculatives. En clair, sauver l'économie réelle en rejetant une fois pour toutes la financiarisation.

 

Mais, tout cela ne suffit pas. C’est un système qu’il faut revoir. Il sera évoqué dans un prochain article.

 

Pierre Verhas

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 14:11

il revient au galop ! Un ami, ancien professeur à l’ULB, me faisait remarquer, à la lecture de l’article paru sur « Uranopole » consacré à la démission surprise du Docteur Brotchi (http://uranopole.over-blog.com/article-vous-avez-commis-une-erreur-m-brotchi-79830693.html) de ses charges en cette Université, que la vie y est devenue impossible pour les étudiants juifs et spécialement les étudiantes.

 

Autant, il convient de dénoncer toute accusation d’antisémitisme à l’égard des critiques de la politique agressive, voire belliciste, de l’actuel gouvernement de droite à Jérusalem, autant il est inacceptable de prendre prétexte des injustices à l’égard du peuple palestinien, pour pratiquer un antisémitisme tout aussi larvé que réel. Il se manifeste de toutes les façons jusque dans le commerce ! Ainsi, un logiciel antisémite a été programmé sur le portable d’Apple, Iphone. Cela consiste à taper le nom d’une personnalité et le programme répond sur son appartenance ou non à la communauté juive. Suite à une énorme vague de protestations, la société de Steve Jobs a déprogrammé ce logiciel. Un autre exemple : tapez le nom d’une personnalité politique ou culturelle sur Google, dans certains cas, apparaît dans les réponses le nom de la personnalité accompagné du qualificatif « juif ».

 

 

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Le programme «juif» sur Iphone : l'étoile jaune électronique ?

 

Il y a une tendance dans certains milieux de gauche qui est aussi stupide qu’inquiétante. Au nom de l’anti-impérialisme, on soutient les dictatures arabes « laïques » (il n’en reste plus beaucoup…), le Hezbollah libanais et le régime islamiste – et surtout fasciste – d’Iran. Ce soutien est accompagné de critiques virulentes  à l’égard de tout ce qui est juif. Que ce soit au niveau culturel, en politique, dans les finances, ces gens font porter le « chapeau » des bouleversements sociaux et économiques que nous vivons, aux seuls Juifs. C’est faux, c’est odieux et cela ne va pas !

 

Sur un plan dialectique, cet antisémitisme ne tient pas la route. En effet, s’il est vrai que les néoconservateurs américains qui tiennent encore le haut du pavé, considère qu’Israël est une sorte de « poste avancé » de l’Occident dans le monde musulman, dans le cadre de la philosophie du « choc des civilisations » et… du contrôle des ressources pétrolières, il est évident que la plupart des Israéliens ne voient pas les choses ainsi et souhaitent vivre en paix avec leurs voisins, une fois que les tensions se seront apaisées. Ce n’est donc pas une problématique de géopolitique mondiale, mais un conflit local que certains – dans les deux camps – souhaitent à tout prix internationaliser. Et c’est encore moins le problème de tous les Juifs dans le monde, même si certains d’entre eux manifestent un soutien indéfectible à la politique israélienne.

 

 

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Bombardement de Gaza lors de l'opération «plomb durci» : une riposte meurtrière qui ne fait qu'attiser la haine.

 

L’exemple du blocus de Gaza est révélateur de ce climat. L'embargo israélien sur la bande de Gaza a été décrété unilatéralement par le gouvernement israélien au cours de l'été 2006, après l'enlèvement du soldat Gilad Shalit par le mouvement Hamas. Il a été renforcé en octobre 2007, après que le Hamas ait chassé les forces de sécurité fidèles au président de l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas et pris le contrôle du territoire. Israël a alors imposé un blocus quasi total à Gaza, décrété « entité ennemie », tandis que l'Egypte fermait sa frontière et que l'Union européenne gelait son aide. Il s’agit donc d’une action unilatérale qui a d’ailleurs été critiquée par l’ONU. Fin 2008, le même gouvernement israélien lance une vaste opération militaire dite « plomb durci », officiellement pour mettre fin aux tirs de roquettes « Qassam » sur le Sud d’Israël, avec des bombardements particulièrement meurtriers, qui se termina par une offensive terrestre mi-janvier 2009. Encore une décision unilatérale du pouvoir israélien.

 

Si la plupart des Juifs – et pas mal de non Juifs – considéraient qu’il fallait mettre fin aux tirs de « Qassam », plusieurs personnalités du monde de la diaspora juive ont fortement critiqué la violence injustifiée de l’opération « plomb durci ». La réprobation de certains Juifs a même été très dure. Par exemple, la journaliste canadienne Naomi Klein anime un comité pour le boycott des produits en provenance des colonies israéliennes dans les territoires.

 

En Europe, cette gauche assimile les Juifs aux affaires financières et donc au capitalisme. Ce n’est qu’un calque du vieil antisémitisme de gauche de la fin du XIXe siècle. Or, si les hautes directions du secteur bancaire comptent des Juifs, ils sont loin d’être majoritaires. Sur le plan de l’Eglise catholique, l’on revoit un regain d’antisémitisme religieux, même s’il est désapprouvé par la haute hiérarchie ecclésiastique. Enfin, et c’est nouveau, l’extrême-droite qui s’est fortement développée en Europe a troqué son traditionnel antisémitisme contre l’islamophobie, et tente même de rallier des Juifs à leur « cause ».

 

 

Voici un exemple d’antisémitisme intello parisien. Un infographiste au pseudonyme significatif de Joe Lecorbeau  a ouvert un site où il s’attaque spécialement à BHL ([1]). Une caricature particulièrement odieuse, parmi d’autres, illustre ce site. C’est la reproduction d’une affiche de propagande national-socialiste représentant un Hitler conquérant brandissant un drapeau à croix gammée. Le portrait d’Hitler est remplacé par celui de BHL et la croix gammée fait place à l’étoile de David israélienne. Le texte explicatif est révélateur : « (…) Cette caricature pour exprimer que seul (sic) les couleurs du drapeau change, car le régime sioniste présente les mêmes ambitions que leur prédécesseurs nazis, dont l’alliance n’est d’ailleurs plus un secret.

 

 

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 Odieuse caricature de BHL : l'antisémtisme ordinaire !

 

Le besoin d’espace vitale (resic) et ce désir d’expansion, le sentiment de supériorité d’une civilisation sur une autre, la race supérieure et le peuple élu ne font qu’un, et promeuvent un choc de civilisation dans l’optique d’un gain de pouvoir pour ces élites sionistes dont les richesses ne sont aujourd’hui plus qu’une abstraction.

Le symbole Franc Maçon d’où jaillit la lumière en lieu et place de l’aigle impérial nazi, observe et accompagne ce mouvement. »

 

 

Ce texte délirant est révélateur de tous les amalgames et obsessions qui alimentent l’antisémitisme « ordinaire » qui renaît de ses cendres : l’assimilation du sionisme au nazisme, la conquête du pouvoir « mondial », la collusion entre les Juifs et les Francs maçons. Tout y est en quelques lignes. Le « Protocole des Sages de Sion » a encore de fidèles adeptes…

 

Cependant, il faut objectivement reconnaître que l’antisémitisme dans les pays d’Europe occidentale reste un phénomène relativement marginal. Un personnage comme ce caricaturiste « Lecorbeau » est quasi inconnu. C’est le copain d’un autre intellectuel antisémite, Etienne Blanrue, qui reste un marginal.  Il n’en est pas de même dans les relations entre les communautés musulmanes et les Juifs. La plupart des manifestations violentes d’antisémitisme sont le fait de musulmans fanatisés. On le voit à l’ULB : des étudiants d’origine musulmane s’attaquent ouvertement à des étudiants juifs. De sérieux incidents se produisent régulièrement lors des débats sur la question du Proche Orient, où les Juifs sont méchamment fustigés sans que le rectorat ne trouve à redire.

 

Le drame du rectorat, comme d’autres autorités, est d’être paralysé par la peur. Des insultes antisémites sont proférées, les autorités académiques se refusent à les dénoncer ou à les sanctionner par crainte d’être taxées de racisme anti arabe ! On n’en sort pas !

 

Cet antisémitisme agressif des extrémistes islamistes, minoritaires mais très actifs, génère la peur. Et les réactions de certains intellectuels juifs, dont BHL, sont inopportunes et maladroites : ils voient l’antisémitisme partout ; tout qui émet une critique à l’égard de la politique israélienne, voire américaine, est catalogué comme antisémite. Ils installent un terrorisme intellectuel qui est insupportable. Ainsi, les gens qui critiquent la version officielle sur les attaques du 11 septembre 2001 sont traités de « négationnistes » ([2]) ! Tout cela crée un climat des plus nuisibles pour une liberté fondamentale : la liberté de pensée.

 

C’est justement cette peur qui alimente le communautarisme et le racisme qui sont souvent liés. Le seul moyen d’en sortir est d’avoir le courage de défendre les valeurs universelles issues des Lumières. Il ne faut surtout pas en faire une idéologie purement « occidentale ». Le caractère universel des idées des Lumières doit être mis en avant. Défendre les idées des Lumières implique des mesures coercitives : sanctionner rigoureusement les actes et propos racistes et antisémites, interdire certains types de manifestations comme les prières de rue de certains musulmans et les défilés agressifs de Juifs orthodoxes dans les quartiers juifs de Paris et d’Anvers, par exemple, bref toute expression collective de fanatisme religieux. D’un autre côté, il faut tout faire pour protéger les lieux de culte musulmans et juifs et punir d’éventuels prédateurs.

 

 

 

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Prières de rue à Paris Barbès : on ne peut pas tolérer ces excès.

 

Défendre les idées des Lumières implique aussi l’éducation et cette éducation doit être faite en priorité dans les quartiers dits difficiles. La Liberté, cela s’apprend. Et pour apprendre, il faut du courage et des moyens. Ce sera la manière la plus efficace d’écraser l’antisémitisme.

 

Mais, des moyens, il faut avoir la volonté de les trouver. Les politiques d’austérité ne doivent pas servir d’excuses à ne rien faire. « Cinq minutes de courage », Mesdames et Messieurs les « responsables », est-ce trop demander ?

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

 



[1] Les fidèles lecteurs d’Uranopole savent que nous sommes farouchement opposés à la philosophie et à l’action de M. Bernard Henri Lévy, mais il est inacceptable d’exploiter sa qualité de Juif pour le critiquer.

[2]N’oublions pas que le négationnisme concerne la négation de l’existence des chambres à gaz dans les camps de concentration nazis et son expression est sévèrement condamnée par la loi. Cela n’a rien à voir avec les critiques sur les événements du « 9/11 ».

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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 11:42

Pourquoi des 11 septembre ? Parce que, chaque 11 septembre célèbre la commémoration de deux catastrophes qui ont marqué l’histoire mondiale de ces quarante dernières années. Le 11 septembre 2011, il y a trente sept années après l’assaut de la Moneda – le palais présidentiel de Santiago de Chile – par l’armée chilienne et l’assassinat du Président socialiste élu Salvador Allende. Le 11 septembre 2011, il y a dix années que trois avions se sont écrasés sur les deux tours du symbole du capitalisme, le World Trade Center à Manhattan et sur le centre nerveux de la plus puissante armée du monde, le Pentagone à Washington, faisant environ 4.000 victimes.

 

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Les 11 septembre : les attaques contre l'Amérique de 2001, le coup d'Etat au Chili de 1973

 

En dehors de la coïncidence des dates, y a-t-il un lien historique entre ces deux événements ? Oui et il est évident. Dans les deux événements, il y a une intervention majeure des services secrets américains et des néoconservateurs dans le but évident de créer un « nouvel ordre mondial » capitaliste qui s’imposerait partout et marquerait ainsi « la fin de l’histoire ». Effroyable perspective !

 

Dans les deux cas, on a essayé de déformer la réalité. Tout récemment, il a été confirmé que Salvador Allende s’était suicidé après avoir combattu les putschistes. Cette enquête a été générée pour salir sa mémoire et ainsi tenter de réhabiliter Pinochet et ses sbires. Peine perdue ! Le corps d’Allende fut exhumé. Une autopsie fut pratiquée et confirma la thèse du suicide.

  

  

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Salvador Allende s'est bien suicidé le 11 septembre 1973.

  

En ce qui concerne les attentats de Manhattan et de Washington, trop de questions se posent sur le déroulement des événements pour accepter sans sourciller la version officielle tant défendue par les médias occidentaux. Il est assez paradoxal de voir les mêmes intellectuels médiatiques (nous ne parlons pas ici de l’ami BHL) fustiger George W Bush et sa politique, tout en défendant bec et ongle la thèse officielle sur le « 9/11 ».

 

Au passage, il y a un autre aspect : les victimes oubliées du World Trade Center, essentiellement des pompiers de New York présentés comme des héros par les médias et les officiels étatsuniens. Bien sûr, on parle des centaines des pompiers morts suite à l’effondrement des deux tours, mais le sort de nombreux travailleurs – pompiers, ouvriers de la construction, agents municipaux, concierges d’immeubles, nettoyeurs de toutes sortes – fut scellé dès le lendemain 12 septembre. Les poussières toxiques générées par l’écroulement des tours flottaient encore dans l’air de Manhattan quand on donna l’ordre au niveau de la mairie de New York comme des entreprises privées de nettoyer le quartier environnant. Ces travailleurs furent gravement intoxiqués et il semble établi qu’un quart d’entre eux ont été atteints d’un cancer ou en sont décédés. Le 19 septembre, Wall Street rouvrit alors que l’air environnant n’était toujours pas purifié. Il y eut évidemment encore plus de pathologies graves parmi les travailleurs de Manhattan. Mais business as usual est bien plus important que la vie de centaines de travailleurs. Il a fallu cinq ans de bataille juridique pour obtenir une indemnisation des malades du 11 septembre et les victimes de cancers ne sont pas concernées, car il n’existe soi-disant pas de preuves d’un lien entre ces pathologies et la pollution toxique qui a envahi Manhattan. ([1])

 

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Pas de couverture maladie pour les héros du 11 septembre

 

« Si de nombreuses théories du complot se sont développées depuis les attaques du 11-Septembre, c'est que de nombreuses zones d'ombre, nourries par les silences et les ambiguïtés du gouvernement américain au lendemain de l'attentat, demeurent. Le rapport de la commission nationale sur les attaques terroristes contre les Etats-Unis, publié le 22 juillet 2004, considéré comme bâclé par beaucoup de familles de victimes, n'a pas répondu aux questions de ceux qui s'interrogent encore sur le déroulé de cette journée. Cet excès de secret et le manque de communication de l'administration Bush n'est pas parvenu non plus à avoir raison de l'obstination des adeptes des contre-théories. » Est-ce un conspirationniste qui a écrit ce texte, ou un adepte de la théorie du complot,  ou un « négationniste », ou un partisan d’Al Qaeda ?  Non, c’est la journaliste Sarah Diffalah dans le Nouvel Observateur du 7 septembre.

 

Il est interdit de critiquer.

 

Depuis que Thierry Meyssan a publié un ouvrage appelé « L’effroyable imposture », où il considère que le Pentagone n’aurait pas été attaqué par un avion civil détourné, démentant la version officielle. Cela déclencha une terrible polémique. Sa théorie a des partisans un peu partout, même parmi plusieurs spécialistes de l’aviation civile (ingénieurs aéronautiques et commandants de bord de Boeings ou d’Airbus). Cependant, Meyssan est un personnage sulfureux. Issu des milieux de gauche gays, il fut exclu pour des raisons encore non élucidées de la Faculté de Sciences politiques de Paris, il fonda le réseau Voltaire pour la liberté d’expression et la laïcité, réseau qui dénonça entre autres l’Opus Dei, le service d’ordre du Front national, etc, mais qui s’est enferré après dans le soutien aux dictatures arabes « laïques » comme islamistes, au nom de « l’anti-impérialisme ». Sa dérive vers le Hezbollah libanais et le régime fasciste iranien permit aux tenants de la version officielle de stigmatiser tout qui émet le plus petit doute sur les événements du 11 septembre 2001.

 

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Thierry Meyssan : un personnage sulfureux qui pose les bonnes questions.

 

Mais est-ce l’auteur ou son œuvre qu’il faut juger ? L’ouvrage de Meyssan a un intérêt : personne n’a répondu sérieusement aux arguments avancés et il pose des questions sur les événements du 11 septembre 2001, leurs origines, leur déroulement, leurs conséquences.

 

Il faut partir d’une évidence : à l’heure actuelle, il est impossible d’avoir une quelconque certitude sur cette tragédie, car de nombreuses informations fondamentales restent encore inaccessibles aujourd’hui et la commission d’enquête sur les attaques du 11 septembre a fait un travail bâclé. Elle ne disposa d’ailleurs pas des moyens suffisants pour faire une enquête approfondie. Aussi, il est inadmissible de traiter de « négationniste » tous ceux – de plus en plus nombreux, d’ailleurs – qui émettent des doutes sur l’origine et le déroulement de ces événements.

 

Mais au-delà de l’aspect factuel qui ne sera pas traité ici, il y a une question fondamentale : pourquoi ces attaques ? Les 11 septembre ne doivent pas être analysés en dehors de leur contexte historique. C’est sans doute cela que veulent éviter les tenants de la thèse officielle en stigmatisant toutes les critiques. La thèse d’un Ben Laden, qui aurait commandé de sa grotte dissimulée dans la « zone tribale » à la frontière afghane, une opération aussi complexe que les attaques de New York et de Washington, relève du mauvais roman. Il est assez piquant de voir les mêmes personnages traiter de « conspirationnistes » et d’adeptes de la théorie du complot, tout qui manifeste son esprit critique en l’occurrence.

 

L’émergence de « l’Etat profond »

 

Mais quel est ce contexte historique ?

 

 

Un livre est particulièrement interpellant. Son auteur est peu connu de ce côté-ci de l’Atlantique. Il se nomme Peter Dale Scott. Il est canadien et vit aux Etats-Unis. Docteur en sciences politiques, il fut diplomate, professeur d’anglais à l’Université de Berkeley et prit conscience très rapidement des enjeux internationaux de la politique américaine. Son livre est intitulé « La route vers le nouveau désordre mondial ». Scott n’est pas un extrémiste. C’est un libéral de gauche tout en n’étant pas engagé en politique.

 

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 Peter Dale Scott : l'inventeur du concept d'Etat profond

 

Scott pose l’hypothèse suivante : il existe deux formes d’Etat dans plusieurs pays du monde et particulièrement aux Etats-Unis : le premier connu de tous est l’Etat public, c’est-à-dire le gouvernement, l’administration, le pouvoir judiciaire, le parlement, le second est ce que Scott appelle « l’Etat profond » qui sert avant tout des intérêts comme ceux des compagnies pétrolières et des grandes multinationales. Cet Etat profond qui représente un danger mortel pour l’Etat public est composé de différents services secrets, comme le plus connu d’entre eux, la CIA qui a été fondée en 1948 initialement pour lutter clandestinement contre le bloc soviétique. Par après, cet organisme échappa au contrôle légal (ou celui de l’Etat public) pour s’intégrer totalement dans l’Etat profond. Il s’agit aussi du fameux complexe militaro-industriel dénoncé par le Président Eisenhower à la fin de son mandat présidentiel en 1960. Rien que cela est une sérieuse épine dans les pieds des partisans de la théorie officielle ([2]).

 

 

Peter Dale Scott explique que tout a commencé au début des années 1960 par la guerre du Vietnam à laquelle il fut un opposant radical. Voici la critique de Bernard Norlain, général aviateur français, ancien chef de cabinet de Michel Rocard, parue dans la revue française de la Défense nationale qui résume bien la thèse de Peter Dale Scott :

 

 

« Partant d’une réflexion sur les États-Unis où les inégalités sociales, la faiblesse de la société civile au niveau fédéral, la puissance des intérêts particuliers, l’auteur, qui n’est pas particulièrement un néoconservateur, mais plutôt un libéral, tendance gauche, dresse un tableau saisissant de ce qu’il appelle l’État profond et de son processus historique où les pouvoirs secrets verticaux se sont emparés de la conduite de l’action publique, et où la prise de décision politique à huis clos accorde la priorité à la sécurité et à la préservation d’intérêts privés particulièrement ceux des exportateurs d’armements et des firmes pétrolières.

 

 

Son analyse est particulièrement pertinente et convaincante dans sa description de la politique du trio Nixon-Kissinger-Rockefeller, censée contrer les progressistes et qui a conduit à renforcer les mouvements réactionnaires islamistes, mais aussi à soutenir les intérêts des pétroliers. Il met en évidence le rôle de Nixon ou plutôt sa paranoïa dans la dégradation du processus bureaucratique et démocratique de mise en œuvre de la politique et dans l’amplification du pouvoir secret. En passant il faut noter une analyse intéressante du Watergate.

 

 

À ce stade apparaît le couple diabolique, aux yeux de l’auteur, Cheney-Rumsfeld et son implication dans la planification du projet ultrasecret de Continuité du Gouvernement (COG) qui cacherait, selon l’auteur, un programme de prise de pouvoir illégal et dont il traite longuement à propos du déroulement des événements du 11-Septembre pour expliquer certaines incohérences dans la version officielle. Il continue sa démonstration avec Ford-Rumsfeld-Cheney, le virage vers le conservatisme et le début de l’envol des budgets de défense. On parle de la BCCI. Puis l’ère Carter-Brzezinski et l’Irangate. Enfin Reagan, Bush et le triomphe des néocons et du couple Cheney-Rumsfeld. Comment ils ont préparé le renversement de Saddam Hussein et comment ils doivent être considérés comme suspects dans le procès des responsables du 11-Septembre. » Pour conclure, Bernard Norlain émet quelques réserves tout en recommandant chaleureusement cet ouvrage : « En conclusion ce livre démêle les intrigues et l’écheveau d’imbrications et de liens, souvent occultes, entre tous les acteurs de ce théâtre d’ombres. On y parle beaucoup de la CIA, en particulier de la collusion historique entre la CIA et l’ISI pour le soutien à l’islamisme dur et aux trafiquants de drogue. Il décrit le long cheminement vers le 11/9. Plus largement ce livre critique le projet américain de domination mondiale, s’appuyant sur une machine de guerre hors de contrôle, et dont la recherche d’ordre et de sécurité produit un désordre et une insécurité accrue. Il s’agit de comprendre comment nous sommes arrivés au désastre du nouveau désordre mondial.

 

 

Vous l’aurez compris ce livre est passionnant, particulièrement en ces temps de Wikileaks. Mais le lecteur armé de son sens critique ne manquera pas de relever le caractère partisan de cet ouvrage ; ce qui fait son charme, mais ce qui peut gêner surtout quand la thèse du complot émerge ici ou là. 

 

 

À ces restrictions près, cet ouvrage étonne par son originalité et sa puissance d’analyse. Il devrait être un ouvrage de référence pour tous les défenseurs de l’État de droit et pour tous ceux qui s’intéressent à l’avenir de nos démocraties. »

 

 

L’autre 11 septembre

 

 

Cette critique élogieuse, avec une réserve que je partage, de la part d’un spécialiste militaire et diplomatique de premier plan, est un gage du sérieux du travail de Peter Dale Scott. Cela dit, on peut émettre une critique plus fondamentale : Scott ne cache pas son opposition au marxisme, aussi même s’il considère que les inégalités sociales sont une des causes principales de l’émergence de l’Etat profond, il n’a pas compris que, dans l’Etat profond, toutes les grandes multinationales – et pas seulement les compagnies pétrolières et d’armement – veulent imposer leur mainmise sur la plupart des Etats, en démantelant l’Etat social.

 

 

Et nous rejoignons ici « l’autre » 11 septembre. Pour l’Etat profond américain qui étendait son influence bien au-delà des frontières des Etats-Unis, l’expérience socialiste populaire de Salvador Allende était insupportable et risquait de compromettre dans le continent sud-américain tous les plans menant au fameux « nouvel ordre ». C’est la CIA qui fut chargée de préparer un coup d’Etat, de retourner l’armée chilienne dont une partie non négligeable était fidèle au pouvoir démocratique et de créer la subversion dans la république chilienne. Ce n’était que poursuivre une entreprise qui avait été entamée ailleurs, notamment en Asie.

 

 

 

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L'armée chilienne aux ordres de Pinochet bombarde

le palais présidentiel de la Moneda le 11 septembre 1973.

 

L’Etat profond n’est pas constitué par les seuls services secrets qui ont échappé au contrôle de l’Etat public. Une de ses plus importantes composantes est intellectuelle et économique. La fameuse école de Chicago de formation d’économistes et de futurs dirigeants de multinationales en est un maillon fort. Naomi Klein dans son ouvrage « La stratégie du choc » cite le fondateur de cette école, Milton Friedman qui écrivit à Augusto Pinochet le 21 avril 1975 : « Si cette méthode de choc est adoptée, il faut, je crois, l’annoncer publiquement et en détail et procéder sans tarder. Plus le public sera pleinement informé et mieux ses réactions en faciliteront l’ajustement. » Friedman fait allusion à sa « thérapie de choc » économique qu’il veut imposer au Chili avec l’aide de la junte militaire. Le tout, bien entendu, est de connaître le sens réel du participe « informé ». Le coup d’Etat préparé par la CIA, approuvé par le tandem Nixon – Kissinger fut expressément violent pour impressionner les esprits, la répression qui s’en suivit fut d’une férocité sans égal. Quant à la thérapie de choc, elle provoqua des dégâts considérables sur le plan social, mais aussi pour l’économie chilienne qui n’en est toujours pas remise aujourd’hui ([3]). Et il existe encore aujourd’hui au Chili, comme ailleurs, de nombreux partisans de ces politiques économiques dévastatrices. Comme nous l’avons déjà évoqué ailleurs ([4]), l’Argentine qui connut une dictature militaire aussi dure que celle du Chili, a évolué différemment et a réussi à réparer les dégâts du néolibéralisme tout en rétablissant et maintenant une démocratie acceptable.

 

En hommage au socialisme démocratique chilien assassiné, la chanson « venceremos ! »

 

http://www.youtube.com/watch?v=BVlNB_7HqbI&feature=player_embedded 

 

 

La restriction des libertés

 

 

Quelles sont aujourd’hui les conséquences de l’action de l’Etat profond ? En prenant l’exemple chilien, il a démantelé par la force l’Etat public chilien et l’Etat social, par le triptyque : privatisation, déréglementation, réduction, voire suppression des budgets sociaux. En prenant l’exemple américain, il a mené à une restriction des libertés par le fameux Patriot Act, permettant ainsi aux autorités de violer la vie privée des citoyens américains. Cette loi renforce les pouvoirs des différentes agences gouvernementales des États-Unis (FBI, CIA, NSA et l'armée). Il s’agit en principe d’une loi d'exception, dont certaines dispositions n'étaient valables que pour quatre années, mais qui sont toujours en vigueur. Sont modifiées, entre autres, les lois sur l'immigration, les lois d'opérations bancaires, la loi de surveillance d'intelligence étrangère. Le Patriot Act crée une nouvelle catégorie de crime : le « terrorisme intérieur ». On peut être accusé de ce type de crime pour la simple consultation privée de documents réfutant la théorie officielle ! Ne lisez donc pas le blog Uranopole !

 

 

 

Sans être juriste, l’on constate que cette loi est très dangereuse par la restriction des libertés, la violation de la vie privée et les atteintes graves à la liberté d’expression. Il faut noter que le Patriot Act, s’il est adopté et prolongé par la majorité au Congrès, est loin de faire l’unanimité de la part de tous les Américains : par exemple, 360 villes américaines refusent de l’appliquer. µ

 

 

Dans la foulée du Patriot Act, d’autres pays ont adopté des lois restrictives de libertés au nom de la « guerre contre le terrorisme ». Ainsi, en Belgique, en 2005, furent proposées par la socialiste Laurette Onkelinx, alors ministre de la Justice, des lois anti-terroristes votées dans la précipitation pour empêcher tout débat digne de ce nom, malgré les sévères objections du Conseil d’Etat et de la Cour d’Arbitrage ([5]). Voici ce qu’Amnesty Belgique a déclaré au sujet de ces nouvelles dispositions :

 

 

« Amnesty Belgique, sections francophone et flamande réunies, s’oppose tout d’abord au rythme imposé par le gouvernement fédéral. Alors que l’arrêt négatif de la Cour d’Arbitrage date du 21 décembre 2004 (il y a un an), le projet n’a été déposé que le 28 octobre 2005 et est censé être voté par la Chambre et le Sénat avant le 23 décembre. Imposer un délai aussi court empêche la tenue d’un véritable débat démocratique qui associe le gouvernement, les groupes politiques du Parlement et les organisations de la société civile.

Pour ce qui est du contenu de ce projet de loi, il a de quoi inquiéter les ONG de défense des droits humains ainsi que les journalistes. En effet, si le Code d’instruction criminelle était modifié dans le sens indiqué par la Ministre de la Justice :

1) La mise en œuvre des techniques policières les plus intrusives dans la vie privée des personnes échapperait au contrôle d’un juge d’instruction dont la fonction est d’instruire tant à charge qu’à décharge et qui à ce titre est véritablement indépendant du parquet et de la police ;

2) Les avocats de la défense n’auraient accès qu’à des dossiers incomplets. En ne reconnaissant pas le droit des prévenus à un procès équitable, le projet de loi déposé par la ministre Onkelinx violerait la Convention européenne des Droits de l’Homme ;

3) Les journalistes et leurs rédactions ne pourraient plus garantir le secret de leurs sources en s’opposant à des perquisitions
. »

 

 

En outre, les Américains ouvrirent le camp de Guantanamo, en dehors du territoire US, pour y détenir des présumés terroristes capturés dans des circonstances obscures, transportés du Moyen Orient par des avions affrétés par la CIA, les autorités des pays survolés fermèrent les yeux. Bush et Rumsfeld autorisèrent la pratique de la torture à Guantanamo. Barack Obama promit de fermer cette prison, mais il n’en eut pas les moyens, étant paralysé par le Congrès. Il y eut aussi à Bagdad la fameuse prison d’Abou Graib utilisée dès 2003 par l’armée étatsunienne pour se livrer à des tortures.

 

 

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Guantanamo : la torture "légale" contre le terrorisme...  

 

Un autre aspect est le mensonge : nul n’ignore aujourd’hui que le mensonge d’Etat devint une véritable institution sous la présidence de George W Bush. Le mensonge sur les « armes de destruction massive » en Irak est un exemple du genre. On sait aujourd’hui que le secrétaire d’Etat à l’époque, Colin Powell, qui fut un grand chef d’état major de l’armée américaine et qui était considéré comme un « présidentiable » fut contraint de se suicider politiquement en proférant ces contrevérités évidentes devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Aussi, est-il permis de douter de la parole officielle du gouvernement Bush dans tous les domaines… même si le Patriot Act l’interdit.

 

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Colin Powell sacrifié pour un mensonge

 

L’institution du mensonge

 

 

Les 11 septembre ne sont en définitive que des étapes tragiques de la conquête du monde par l’Etat profond. Ce ne sont pas des complots dans le sens restrictif du terme, mais ils entrent dans une stratégie globale qui devient de plus en plus évidente pour ceux qui exercent leur esprit critique dans leur tentative d’analyse de l’évolution du monde. Le 11 septembre 1973 a été programmé et organisé sciemment pour mettre un terme violent et définitif au socialisme latino-américain. Le 11 septembre 2001 est avant tout dû à des négligences coupables et organisées qui ont baissé la garde des Etats-Unis. Et on peut raisonnablement penser que la crise financière fait aussi partie de cette stratégie.

 

 

Cette tragédie du 11 septembre 2001 n’a pas été organisée par des Américains. Cette hypothèse est tout aussi odieuse qu’absurde, mais elle n’a pas été empêchée par certains responsables qui savaient sans doute ce qu’il risquait de se passer et qui ne se sont toujours pas expliqués sur leur attitude et leurs objectifs réels.

 

 

 

Pierre Verhas

 



[1] . Un ouvrage émouvant a été écrit à ce sujet :  Les héros sacrifiés du World Trade Center, Jacqueline Maurette, Jean-Claude Gawsewitch éditeur, Paris, 2007.

[2] On peut obtenir cet ouvrage via le site des éditions demi-lune : http://www.editionsdemilune.com/la-route-vers-le-nouveau-desordre-mondial-p-36.html. On peut également visionner une vidéo interview de Peter Dale Scott où il parle de sa vie et de son livre : http://www.reopen911.info/video/conversations-with-history-peter-dale-scott-vo-st-en-francais.html

[3] Il est piquant de constater qu’un des principaux maîtres d’œuvre de la politique ultralibérale lors de la dictature militaire fut José Pinera sorti de l’Université de Chicago qui fut ministre de Pinochet et qui est le frère de l’actuel président Sébastian Pinera, qui mène lui aussi une politique ultralibérale qui rencontre cependant une sérieuse opposition par un fort mouvement populaire de contestation dont les étudiants sont le fer de lance.

[4] Voir Uranopole : http://uranopole.over-blog.com/article-la-faute-a-l-euro-79488242.htmloù il y a une analyse du cas argentin.

[5]Aujourd’hui « Cour constitutionnelle »

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