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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 10:21
      Ces deux extraits de films provenant du blog d'Aliocha, une journaliste économique française, sont d'une brûlante actualité. Ce sont deux scènes extraordinaires d'oeuvres de cinéma qui n'ont pas vieillies et qui nous font voyager du passé à notre époque. Nihil sub sole novi.   Pierre Verhas

 

Le blog d'Aliocha : http://laplumedaliocha.wordpress.com/

 

 

10/12/2011

Verneuil avait prévenu !

Filed under: détente — laplumedaliocha @ 13:19 

Pour rebondir sur la discussion soulevée par le précédent billet, tout en se détendant parce que, hein, bon, c’est quand même le week-end, je vous propose d’oublier les experts financiers, agences de notation et autres fumisteries du même genre, pour aller réfléchir avec des esprits bien plus éclairés. Par exemple, un réalisateur dont j’aime à peu près tous les films et dont surtout j’admire profondément les qualités d’analyse. Il s’agit d’Henri Verneuil. Vous savez, celui du Président, de I comme Icare ou encore de Mille milliards de dollars. Plus je regarde ses films, plus je m’aperçois qu’il avait eu le génie de saisir, il y a plusieurs décennies déjà, les virus dormants qui allaient nous frapper.

Tenez par exemple, repassons-nous pour le plaisir et pour la réflexion, la scène légendaire où Gabin, président du conseil, tacle les députés sur leur vision de l’Europe. Tout y passe, les hypocrisies du discours politique et ses effets de style, les lobbys, les vraies visions d’avenir et les mensonges d’intérêts. C’était en 1961. Jouissif et glaçant de lucidité.

Et puisque nous y sommes, faisons un bond dans le temps. En 1982 sort Mille Milliards de dollars. L’histoire d’un journaliste qui enquête sur un scandale politico-financier et s’inquiète déjà l’époque de la puissance des groupes internationaux.

Voilà, c’est en regardant ces films, en lisant les philosophes, en écoutant les penseurs, les artistes toutes disciplines confondues que l’on a une chance de comprendre le monde dans lequel on vit, mais certainement pas en accordant un quelconque crédit aux experts…Il n’est pas de pire ignorant que celui qui croit savoir, ni de pire aveugle que celui qui regarde le monde à travers les lunettes étroites de sa micro-spécialité.

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 20:55

Un « clash » a eu lieu hier 30 novembre au Parlement européen. Une réunion était organisée par le président (en fin de mandat) de ce même Parlement, le protestant polonais Jerzy Buzek et le vice-président, l’évêque roumain d’origine Hongroise, Làszló Tökes invitant les organisations « philosophiques et non confessionnelles » à débattre de la mise en œuvre de l’article 17 du Traité de Lisbonne qui organise le dialogue entre les Eglises, les organisations philosophiques et non confessionnelles avec les institutions européennes.

 

 

 

 Jerzy-Buzek.jpg

Le protestant intégriste polonais Jerzy Buzek, Président sortant du Parlement européen

 

 

Le curieux Mgr Tökes

 

Cette réunion convoquée  à la dernière minute, sans ordre du jour, rassembla très peu de monde. En l’absence du président Buzek– il y avait en même temps une séance plénière au Parlement –, le vice-président ouvre la séance. Il commence par une interprétation très subjective de ce fameux article 17 : il distingue le caractère obligatoire du dialogue avec les Eglises du dialogue avec les organisations non confessionnelles reconnues en vertu du droit national. C’est une interprétation discriminatoire. En effet, l’article 17 dispose :

 

1.     L'Union respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les églises et les associations ou communautés religieuses dans les États membres.

2.      L'Union respecte également le statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les organisations philosophiques et non confessionnelles.

3.     Reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l'Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier avec ces églises et organisations.

 

Autrement dit, l’Union « respecte » le statut des Eglises comme des organisations philosophiques en vertu du droit national, sans distinction entre ces deux catégories. Il y a dans l’esprit de l’évêque Tökes une hiérarchie : les Eglises et les organisations non confessionnelles qui sont « complémentaires ».

 

 laszlo_tokes.jpg

Le curieux Mgr Làszlo Tökes, évêque roumain et vice-président

en fin de mandat du Parlement européen

 

Il poursuit en évoquant le rôle fondamental joué par les Eglises dans « la chute du communisme » qu’il compare à la dictature nazie. En passant, il passe sous silence les nombreux dissidents laïcs  qui ont risqué leur liberté et même donné leur vie pour la libération des pays d’Europe centrale et orientale. Le vice-président conclut en citant l’Evangile selon Matthieu…

 

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Sophie In't Veld, députée libérale hollandaise au Parlement européen

 

La députée hollandaise Sophie In’t Veld, membre de l’ALDE – le groupe libéral du Parlement européen – représentant le parti social libéral Démocratie 66, intervient en protestant de la manière dont cette réunion est organisée et de la non-réponse à ses courriers, ainsi que des propos assimilant le communisme au nazisme.  Tökes l’interrompt, veut lui retirer la parole et prétend ne jamais avoir reçu de courrier. Madame In’t Veld s’insurge d’une telle attitude et de la mauvaise foi du vice-président. Elle décide de ne plus cautionner cette véritable mascarade et de  quitter la réunion. Elle est suivie de quelques personnes représentant l’Association européenne de la Pensée libre, dont l’auteur de ces lignes.

 

Il y a deux leçons à tirer de cet incident d’apparence mineure et interne aux arcanes du Parlement européen.

 

La démocratie bafouée

 

Tout d’abord, l’esprit et la lettre de la démocratie sont bafoués dans les institutions européennes. On remarquera que tous les dirigeants des institutions européennes sont des chrétiens de droite : Barroso à la Commission, Buzek et Tökes au Parlement, Van Rompuy au Conseil. Certes, le Parti populaire européen (chrétien) est de loin le principal groupe politique au Parlement européen et cela reflète la volonté de l’électeur européen, mais on ne peut accepter que des dirigeants profitent de leur position momentanément dominante pour imposer une seule conception du monde dans une Union européenne dont la devise est « Unité dans la diversité ».

 

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Buzek, Barroso, Van Rompuy : le trio très chrétien intégriste dirigeant l'Union européenne (Photographie Commission européenne)

 

On s’aperçoit aussi que les représentants de certains pays d’Europe de l’Est n’ont aucune notion et encore moins la tradition de la vie parlementaire : un président d’assemblée ne peut interdire à une députée de s’exprimer. Il est clair qu’au niveau du Parlement européen, certains membres souhaitent museler des idées qui ne vont pas dans leur sens. C’est une tendance dangereuse qui, espérons-le, sera combattue par le nouveau Président et son équipe qui succédera à Buzek, le socialiste allemand, chef du groupe socialiste et démocrate, Martin Schultz.

 

L’article 17 ne fonctionne pas.

 

Deuxièmement, l’article 17 du Traité de Lisbonne est jusqu’à présent une coquille vide. Il y a eu certes « dialogue », mais non régulier. Il ne fait l’objet d’aucun agenda et n’est pas concrètement organisé, même s’il y a eu des rencontres informelles ci et là, comme hier matin entre Buzek, Barroso et Van Rompuy d’une part, et une petite vingtaine de représentants des organisations « philosophiques et non confessionnelles » (PNC) sur le thème des « printemps arabes ».

 

 

Il y a une ambigüité au départ. Introduire dans le « dialogue » les Eglises et les organisations PNC revient à assimiler celles-ci à des Eglises. Dans l’esprit des auteurs du Traité, il y a une confusion entre « non confessionnel » et « non croyant ». Or, on peut très bien être croyant et « non confessionnel », c’est-à-dire n’appartenir à aucune Eglise. En cela les PNC se retrouvent déforcées. Et c’est sans doute cela le but : les minoriser par rapport aux Eglises qui veulent que leurs principes figurent en bonne place dans les préambules des Traités. Les organisations PNC vont-elles exiger quelque-chose d’équivalent ? Ce serait fondamentalement en contradiction avec leurs objectifs.

 

C’est pourquoi le petit incident d’hier montre que l’article 17 ne fonctionne pas et ne pourra sans doute jamais fonctionner. Il y a trop de confusions. On n’arrive  pas à définir le « dialogue » : quel est son ordre du jour ? Quid du suivi ? Le dialogue se limite-t-il à la Commission ou s’établit-il en plus avec le Conseil et le Parlement ? Toutes questions restées sans réponses. On peut même se demander si les PNC ne servent en définitive de faire valoir à l’exécutif européen pour décider ce qu’elle souhaite : servir les buts des Eglises qui font la pluie et le beau temps dans les couloirs des institutions européennes.

 

Revenons à Sophie In’t Veld. Elle dirige the European Parliament Platform for Secularism in Politics, mal traduite en français par « Plateforme du Parlement européen pour la laïcité en politique ».

 

Laïcité et sécularisation

 

Les Français et dans une moindre mesure les Belges, ont une conception bien spécifique de la « laïcité ». La laïcité à la française s’est développée dans un contexte conflictuel entre l’Eglise catholique et ce qu’on appelle les libres penseurs. Ce conflit a abouti à la fameuse loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Cette loi assure la liberté des cultes, mais ne reconnaît pas de religion, contrairement à la Belgique où certains cultes sont reconnus et aidés financièrement par l’Etat. La séparation en Belgique se manifeste surtout dans l’enseignement avec des réseaux dits officiels et des réseaux dits libres confessionnels ou non confessionnels. Cependant, il existe depuis longtemps une guerre larvée entre l’Eglise et les libres penseurs en matière d’enseignement. Ce conflit s’est calmé suite au Pacte scolaire adopté en 1959 qui fixe l’égalité de traitement entre les réseaux ainsi que leur financement. C’est donc dans une paix relative que coexistent « laïcité » et Eglise catholique.

 

L’autre conception émane des pays protestants et particulièrement de la Grande Bretagne : il s’agit du sécularisme. La sécularisation peut être entendue, d'après le Larousse, comme le passage de certaines valeurs du domaine du sacré dans le domaine du profane et notamment avec l'exercice par l'État de fonctions précédemment réservées au clergé (état civil, assistance publique, enseignement). Il ne s’agit donc pas d’un affrontement entre l’Eglise et le pouvoir politique, il s’agit d’une transformation de la société où, progressivement, l’Eglise se cantonne à sa fonction de culte et n’intervient en rien dans des fonctions de gestion administrative des personnes et laisse à l’Etat le soin d’organiser l’enseignement public.

 

 

Comme l’écrit Madame In’t Veld : « Avec l’apparition des États-nations, la séparation de l’Église et de l’État est devenue une réalité. Dans les années soixante, nous nous sommes définitivement affranchis de l’étouffante ingérence de l’Église. Nous évoluons depuis lors dans une société moderne et séculière, dans laquelle la religion est une question strictement personnelle. Affaire réglée. Ou pas ?

 

 

La liberté de culte est l’une des libertés fondamentales de notre démocratie. Au cours des siècles passés, le peuple était automatiquement considéré comme adhérant à la confession du souverain du moment, et nombre de personnes ont été persécutées pour leurs croyances. Ce n’est heureusement plus le cas. Une séparation rigoureuse entre Église et État est une condition sine qua non pour garantir une véritable liberté de culte. »

 

 

Feu l’académicien et politologue français Réné Rémond écrivait : « La liberté de conscience est un des éléments de l'entente entre les membres de l'Union européenne : elle fait partie, au même titre que la séparation des pouvoirs, l'indépendance de la justice ou le contrôle de la constitutionnalité, du corpus qui définit l'état de droit et donne sens au vouloir vivre en commun des peuples d'Europe ». Mais est-ce encore le cas ?

 

 

 

Rene_remond.jpg 

Feu René Rémond s'intéressait à la question de la liberté de conscience.

 

La fin du communisme…

 

La fin du XXe siècle connut deux événements majeurs qui transformèrent fondamentalement l’Europe : la chute du communisme et l’expansion du culte musulman.

 

 berlin007.jpg

 La chute du Mur renforça l'influence de l'Eglise.

 

Dans la plupart des anciennes « démocraties populaires », l’Eglise joue un rôle politique majeur. C’est le cas dans les pays baltes, en Pologne, en Hongrie, en Roumanie, en Bulgarie, dans une moindre mesure en Tchéquie et en Slovaquie qui sont plus « sécularisées ». Il est évident que ces pays ont contribué à renforcer le lobby religieux au sein des institutions européennes. Ce n’est pas un hasard si Mgr Tökes est vice-président du Parlement, heureusement en fin de mandat.

 

 … et le culte musulman

 

Le culte musulman, de son côté, réclamant à juste titre de pouvoir disposer de lieux de culte appropriés, se tourne vers la puissance publique pour en assurer leur financement. Sur les plans politique et social, il est évident que les « imams de garage » et les mosquées financées par des gouvernements wahhabites représentent un danger. Il faut des mosquées dans les « quartiers » mais qui ne soient pas construites avec les deniers saoudiens ou provenant des émirats. Aussi, pour assurer un financement public, il faudra forcément déroger aux lois de séparation ou fixant la place des cultes dans la société. Mais, cela ne doit évidemment pas servir de prétexte aux partisans d’un pouvoir religieux à définitivement abroger ces lois. D’autre part, des conflits existent entre les prescrits religieux musulmans et les lois séculières dont le plus spectaculaire fut la polémique sur le port du voile. En dehors d’aspects secondaires comme la nourriture, il y a surtout la place de la femme dans le monde musulman.

 

 

mosquee_creteil.jpg

La mosquée de Créteil près de Paris récemment inaugurée : seul l'argent public

permet de financer la construction de lieux du culte musulman.

 

Toujours les mêmes domaines

 

De toute manière, quelle que soit la religion, comme le rappelle Madame In’t Veld, les conflits entre la société civile et le religieux portent toujours sur les mêmes thèmes : « Le « clash » entre les prescriptions religieuses et les lois séculières apparaît de façon assez unilatérale dans les domaines du droit familial, de la sexualité et de la procréation. Des conflits fondamentaux éclatent rarement à propos, par exemple, de la politique en matière de transports ou de la politique industrielle. Il s’agit des droits de la femme, des droits homosexuels, des droits reproductifs et des soins de santé (tels que la contraception, l’avortement, le préservatif ou la FIV). La liberté d’expression est également l’un des thèmes, généralement sous la forme de lois érigées contre le blasphème. La liberté de culte est souvent perçue comme un droit collectif d’une religion en vue de se soustraire à la loi, en particulier aux droits fondamentaux européens. »

 

Elle ajoute : « Dans le cas de la législation en matière d’asile et d’immigration, les lobbys religieux œuvrent en faveur d’une définition conservatrice de la « famille » au profit du « regroupement familial », ou contre la reconnaissance de l’homosexualité comme base d’une demande d’asile.

 

La lutte contre le VIH/sida ou la diminution de la mortalité maternelle à l’accouchement constituent également la cible des lobbys religieux, qui tentent d’imposer leur propre morale sexuelle, telle que l’interdiction du préservatif. »

 

La crainte de la députée hollandaise porte en définitive sur l’apparition d’un pendant européen du « Religious Right » américain, étant donné la place de plus en plus grande de la religion dans la sphère politique européenne. Ainsi, par exemple, sous la pression des lobbys religieux, la Commission n’a pas osé mettre sur la table une directive sanctionnant la discrimination contre les homosexuels. Tout aussi grave, si on se réfère au « Religious Right » américain (ou droite religieuse), il y a une non reconnaissance de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. La droite religieuse prétexte que la Constitution américaine ne définit pas cette séparation. Dès lors, elle n’existe pas ! On pourrait arriver à un type de raisonnement similaire de la part des conservateurs et de l’extrême droite en Europe. Se rappelle-t-on la fameuse parole de Sarkozy au sujet du rôle prépondérant du curé sur celui de l’instituteur ?

 

Une autre stratégie

 

Par la place supérieure du religieux dans la sphère politique européenne, les libertés fondamentales sont menacées, là aussi (voir article précédent sur le blog « Uranopole » http://uranopole.over-blog.com/article-la-democratie-en-danger-90521307.html), la démocratie est en danger. Les personnes, les associations, les organisations attachées à ces valeurs essentielles doivent oublier leurs vaines divergences sur la conception de la laïcité et adopter une stratégie de lutte contre ce péril. Ce n’est certes pas en se rendant en ordre dispersé au « dialogue » qu’on y arrivera, c’est en faisant valoir nos priorités auprès des dirigeants et en informant le plus largement possible le public.

 

Au Parlement européen, deux femmes sont le fer de lance de ce combat : la libérale hollandaise Sophie In’t Veld et la socialiste belge Véronique De Keyser.

 

 

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Sophie In't Veld à la droite de Véronique De Keyser : deux femmes fers de lance du combat pour la démocratie et la liberté (Colloque organisé par Véronique De Keyser sur le "dialogue" prévu à l'article 17 au Parlement européen le 7 novembre 2011)

 

 

Deux femmes, comme par hasard…

 

Pierre Verhas

 

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 11:16

Le beau nom de démocratie est un « mot poubelle ». Il a autant de sens différents que ceux qui l’expriment. Etymologiquement, la démocratie est le « pouvoir du peuple », par opposition à « aristocratie », le « pouvoir d’un petit nombre », souvent héréditaire, ou par opposition à tout ce que l’on met devant le suffixe « cratie ». Il a des sens dérivés puisque l’on peut avoir, par exemple, des attitudes démocratiques ou antidémocratiques. On est toujours le démocrate de quelqu’un, ou l’antidémocrate… 

 

Aussi, affirmer d’emblée que la démocratie est en danger signifie l’installation progressive d’un pouvoir oligarchique et plus ou moins occulte, au détriment du partage entre pouvoirs politiques et contre-pouvoirs. Cela signifie aussi la fin du débat au profit de « la pensée unique ». Autrement dit, on enferme la pensée politique dans le carcan d’un seul système qui ne souffre aucune critique. Cela signifie surtout l’absence des peuples ou plus exactement leur exclusion du débat et du processus de décision.

 

Un nouvel absolutisme s’installe. Il a un nom : « gouvernance ». Isabelle Stengers définit ainsi la gouvernance : « … elle traduit bien la destruction de ce qui impliquerait une responsabilité collective quant à l’avenir, c’est-à-dire la politique. Avec la gouvernance, il ne s’agit plus de politique, mais de gestion et d’abord de gestion d’une population qui ne doit pas se mêler de ce qui la regarde. » Ajoutons que la « gouvernance » concernait initialement la direction des entreprises qui, par définition, n’est pas démocratique, mais dictée par les seuls intérêts de ses propriétaires. Si on reprend la définition de Stengers, le peuple est exclu de la gouvernance bien qu’il soit concerné au premier chef.

 

Ce nouvel absolutisme est né d’un long processus de développement du capitalisme total décrit par deux auteurs, la première hostile, Naomi Klein, le second partisan, Jacques Attali.

 

 Naomi_Klein-copie-1.jpg   jacques_attali02.jpg

Naomi Klein et Jacques Attali : deux visions antagonistes du monde

 

Naomi Klein, journaliste et militante canadienne, décrit dans un livre passionnant et très documenté, « La stratégie du choc » (Actes Sud, 2008) ce qu’elle appelle « la montée d’un capitalisme du désastre ». Il s’agit d’un livre de référence qui retrace sur la base de données historiques et de témoignages l’installation progressive du capitalisme absolu et mondial à la place de l’Etat-nation moderne et prétendument  démocratique.

 

L’Etat, sous toutes ses formes, est l’ennemi à abattre. Il ne peut en aucun cas intervenir dans les activités des individus, de la naissance à la mort. On veut bien lui concéder un rôle protecteur, et encore. Naomi Klein cite Milton Friedman (1912 - 2006), le gourou de l’ultralibéralisme et père de la fameuse école de Chicago : « l’Etat a pour unique fonction de protéger nos libertés contre ses ennemis extérieurs et contre nos concitoyens eux-mêmes : il fait régner la loi et l’ordre, il fait respecter les contrats privés, il favorise la concurrence. »

 

 

 

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Milton Friedman est content de son disciple Georges W Bush

 

Deux commentaires : premièrement, dans l’Etat de Friedman, le concitoyen peut être l’ennemi au même titre qu’un éventuel agresseur. Cela vise en plus des délinquants, les « concitoyens » qui auraient la mauvaise idée de remettre le système en cause. En second lieu, l’Etat « friedmanien » protège la concurrence. Autrement dit, il accepte l’interventionnisme étatique pour peu qu’il soit la police des grandes entreprises privées. Par contre, toute autre intervention étatique consisterait en une intolérable ingérence au sein des marchés.

 

Si on lit le livre de Naomi Klein, l’Etat « friedmanien » s’est retrouvé dans les pires dictatures de l’après-guerre : dans le Chili de Pinochet et dans la Chine communiste dès la prise de pouvoir de Deng Xiao Ping. Les stades sanglants de Santiago de Chile en 1973 et la répression des chars chinois à la Place Tien an Men en 1989 sont deux faces de l’Etat « friedmanien ». Le capitalisme absolu ne peut se développer que dans un  pouvoir absolu.

 

Jacques Attali décrit dans « Une brève histoire de l’avenir » (Fayard 2006) le processus qui mène au capitalisme absolu qu’il appelle de ses vœux. Il s’agit d’une utopie qu’il voit se réaliser progressivement. « Le marché sera devenu assez puissant et le coût de l’échange des données assez faible pour que les membres de la classe créative n’aient plus besoin de vivre au même endroit pour diriger le monde ; l’industrie nouvelle s’installera en mille sites à la fois ; la forme marchande fonctionnera sans « cœur ». »

 

Donc, le marché absolu s’installera partout et il n’y aura plus de centre de décision. Tous les mécanismes de protection sociale seront éradiqués au profit du « coût assez faible » de l’échange des données. Ce n’est pas un rêve. Si on observe le monde, c’est une réalité qui s’installe. Les dirigeants réels « la classe créative » comme l’appelle Attali auront trouvé la forteresse la plus imprenable : elle se situe partout et nulle part.

 

C’est en cela que les luttes classiques sont devenues inefficaces. Auparavant, l’ennemi de classe était bien identifié et se trouvait en un lieu bien connu. Aussi, était-il relativement aisé à combattre si le rapport de force était favorable. Aujourd’hui, non seulement, on ignore qui est l’ennemi de classe, mais on ne sait pas où il se trouve.

 

Attali poursuit en reprenant l’idée de la fin de l’histoire de Fukuyama : « l’Histoire ne racontera plus que la généralisation du marché puis de la démocratie, à l’intérieur de chaque pays. » Remarquons la chronologie : le marché d’abord, la démocratie ensuite. Donc, le marché générera la démocratie.

 

Mais quelle démocratie ? Attali prévoit sa disparition. Il pense que ce qu’il appelle la « neuvième forme du capitalisme », à savoir le capitalisme actuel de haute technologie, finira par s’effacer dans vingt ou trente ans pour « laisser la place à un monde sans maître coordonné par quelques puissances relatives. » L’auteur prévoit beaucoup, mais nul n’est assuré que cela se réalisera. Ainsi, il n’a pas prévu la crise bancaire suivie de celle de la dette. Or, beaucoup d’économistes avaient déjà tiré la sonnette d’alarme. Cependant, Attali publie les programmes élaborés par les think-tanks ultralibéraux dont il est un des principaux animateurs. C’est donc la construction d’un nouvel ordre, celui du capitalisme absolu, sur les ruines de l’ordre actuel en pleine déliquescence.

 

Enfin, pour l’ancien conseiller « spécial » de François Mitterrand, cela va s’achever par ce qu’il appelle « l’hyper-empire ». Cela signifie que les forces du marché prennent la planète en main, la privatisation générale de tous les services publics et de l’Etat providence, l’Etat ne conservant que ses fonctions régaliennes : armée, justice, police. Et tout cela est transformé : les lois sont remplacées par des contrats, la justice par des arbitrages, l’armée et la police par des mercenaires. L’Etat est donc devenu une coquille vide et les forces du marché peuvent ainsi agir en toute liberté. L’individualisme remplace la solidarité. L’homme est aussi « marchandisé », soit comme acteur du marché – consommateur/producteur –, soit comme objet du marché. Les pauvres, par exemple, constituent un marché parmi d’autres. Les pouvoirs sont remplacés par des assurances et des organismes de contrôle développés à l’extrême. Enfin, une classe minoritaire et très riche règne sur une masse considérable précarisée.

 

En résumé, c’est l’épouvante !

 

Utopie ? Non. Les privatisations se généralisent et sont même rendues obligatoires par la Commission européenne. L’Etat providence est attaqué de front et s’effrite. Toutes les mesures d’austérité visent avant tout à étouffer la sécurité sociale et le droit du travail. L’armée, dans les nouveaux théâtres d’opération – le Moyen Orient pétrolier et gazier – est « aidée » par des compagnies de mercenaires comme la fameuse Blackwater. La police est de plus en plus remplacée par des compagnies de sécurité, véritables milices privées auxquelles on donne même des pouvoirs de police judiciaire. De nombreux juristes militent pour introduire une justice contractuelle. Les assurances prennent de plus en plus de place dans le budget des ménages. Les contrôles privés se répandent comme une traînée de poudre. La « vie privée » est devenue un concept creux.

 

Si le risque d’un « hyper-empire » est réel, il ne s’établira sans doute pas de la manière prévue par Attali. Si on analyse le processus qui a mené à la crise de la dette souveraine, le cheminement n’est pas le même, mais il risque d’aboutir au résultat escompté.

 

Après avoir créé un marché unique dérégulé, on a créé – et c’était logique – une monnaie unique aux caractéristiques particulières. Elle échappe à tout contrôle politique, car les Etats membres ne peuvent plus « battre » monnaie – c’était aussi logique – et ne peuvent plus fixer la politique monétaire Elle est la seule prérogative de la Banque centrale européenne qui est totalement indépendante. Cette même banque ne peut non plus émettre des obligations qui aideraient des Etats en difficulté : l’Euro est entièrement entre les mains des marchés.

 

 

 

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La Banque centrale européenne à Francfort : un redoutable instrument des marchés

 

Qu’on ait unifié la monnaie dans le cadre européen, c’était indispensable, mais il est inacceptable que les politiques ne puissent plus fixer une politique monétaire. Elle est figée une fois pour toutes par le Traité.

 

Se pose aussi la question de la souveraineté qui est le principal droit démocratique. Ce ne sont plus les gouvernements des Etats nations qui ont le contrôle, cela se passe à un niveau supranational mal défini. L’Etat nation est dépassé, l’Union européenne constituait une opportunité de le transcender en établissant une démocratie au-dessus des nations. C’est loin d’être le cas. C’est une technocratie au service des marchés qui disposent de pouvoirs très larges.

 

« Monsieur le Président, je ne comprends pas pourquoi vous passez votre temps à vous ôter des pouvoirs ! ». Ainsi fut interpellé Philippe Busquin, alors président du Parti socialiste francophone belge (de 1992 à 1999), par un militant wallon. En effet, le futur commissaire européen évoquait les privatisations des entreprises publiques qui avaient été rendues possibles par une loi de 1991. Ce militant a mis le doigt sur l’essentiel : les hommes et les femmes politiques se sont dépouillés de leurs pouvoirs au profit des technocrates et des financiers. Les événements que nous vivons sont le signal de la fin du politique.

 

 philippe_busquin.jpg

Philippe Busquin, ancien président du PS : pourquoi s'être ôté des pouvoirs ?

 

Le processus de décision est devenu l’enjeu entre deux secteurs forcément antagonistes : le politique en  déclin et la finance en crise.

 

Patrick Viveret, philosophe français et ancien conseiller à la Cour des comptes française met en évidence les contradictions entre la logique financière et les valeurs démocratiques. (Mediapart, 14 novembre 2011)

 

 

 Patrick_Viveret.jpg

Patrick Viveret : un philosophe qui ne vit pas dans sa tour d'ivoire !

 

Selon lui, l’Europe s’est bâtie initialement sur deux valeurs cardinales : la démocratie et la paix. Toutes deux sont menacées.

 

 

La démocratie fonctionne, en premier lieu, selon un temps qui n’est pas assez rapide pour la finance qui, elle, marche à la seconde. En effet, ce sont des robots, à travers le trading algorithmique – ou programmé par ordinateur – qui déterminent les valeurs. Comme dit Viveret : rassurer les marchés reviendrait à rassurer les robots ! Or, coordonner le rythme démocratique et celui des finances est impossible. Aussi, forcément, l’un domine l’autre.

 

 

C’est ce qu’il s’est passé en Belgique : la formation du gouvernement était bloquée par une profonde divergence de vue entre libéraux et socialistes. La spéculation se déclenche sur les taux d’intérêt belges et, comme par hasard, l’agence de notation Standard & Poors dégrade la cote de la Belgique. La nuit suivante, un accord est signé… après 521 jours de négociations. Il est clair qu’après le Grèce et l’Italie, la Belgique est aussi gouvernée par « les marchés ».

 

 

Viveret met en évidence, en second lieu, la menace qui pèse sur l’autre pilier de la démocratie qui est la pluralité des opinions et des orientations. Les marchés ne peuvent supporter ce qui constitue une entrave à leur domination. Ils exigent partout des gouvernements d’union nationale – c’est le cas en Belgique, par une tripartite traditionnelle ([1]) – et que l’on « bloque » la décision politique par l’adoption de la fameuse « règle d’or » qui interdit constitutionnellement tout déficit budgétaire.

 

 

Viveret ajoute : «  Si on laisse cette logique s’imposer, on en arrive donc à ce qu’a décrit le prix Nobel hétérodoxe Paul Krugman. Pour lui, nos programmes d’austérité sont l’équivalent des sacrifices humains chez les Mayas. Il faut analyser la crise actuelle à travers les catégories d’une crise de foi, donc d’une crise religieuse, pas seulement d’une crise de confiance. Nous sommes dominés par un socle de croyances et de crédulités conduisant à penser que, face à ces nouveaux dieux courroucés que sont les marchés financiers, nous n’avons d’autres choix que les rassurer avec des sacrifices ! Et des sacrifices humains. Chaque annonce d’un plan d’austérité implique plus de chômage, moins d’infirmières, moins d’éducation…

 

C’est pourtant une destruction de richesse réelle et humaine aussi absurde que les sacrifices mayas, qui ne parvenaient pas à arrêter les éclipses de soleil et n’ont pas empêché la civilisation maya de s’effondrer. On voit bien que c’est inefficace, mais on nous explique que c’est lié au fait qu’on n’a pas été assez loin dans le sacrifice ! Or, cette logique sacrificielle, si on la laisse aller jusqu’au bout, met en cause non seulement la démocratie, mais, ensuite, la paix elle-même. »

 

Nous passerons l’aspect guerre. Depuis la guerre du Golfe, nous nous trouvons dans des conflits interminables dans le Moyen Orient pétrolier et gazier qui sont elles aussi commandées par les marchés.

 

Les menaces sur la démocratie sont aussi un danger mortel pour la civilisation. Les relations humaines qui ont été construites durant des siècles dans l’alliance de la solidarité et de la liberté risquent la destruction.

 

Le monde que nous préparent les marchés sera un monde d’individus laissés à eux-mêmes où la loi du plus fort l’emportera. Jamais l’humanité n’aura connu pareille récession au profit éphémère de quelques-uns.

 

Pierre Verhas

 



[1] Le cas de la Belgique est particulier : tout d’abord, les trois familles politiques – socialistes, chrétiennes et libérales – sont constituées de six partis et il existe un puissant courant nationaliste en Flandre qui forme une opposition forte, à même de fragiliser ce gouvernement.

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 10:00

 

Je vous invite à regarder une très belle émission de France 3 – côte d’azur consacrée à l’Observatoire de Nice et à l’histoire de l’aéronautique et de l’industrie spatiale dans la région de Cannes, Nice, Monaco.

 

 

 

http://www.dailymotion.com/video/xmcm4c_planete-cote-d-azur_tv

 

 

 

J’y suis d’autant plus sensible que je me rends régulièrement à l’Observatoire de Nice pour observer les étoiles doubles au « petit » équatorial et parfois au « grand » également. Je connais la plupart des scientifiques interrogés dans cette belle émission. Ce sont des femmes et des hommes de grande qualité. Cela dure assez longtemps (53 minutes), mais vous ne perdrez pas votre temps.

 

 

 

Bonne émission,

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

Nice_110928_coupole76cm.jpg   Nice_110928_PVerhas.jpg

Grande coupole de l'Observatoire de Nice - Pierre Verhas au petit équatorial

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 21:25

par Merry Hermanus

 

 

 

Ce n’est pas l’unanimité au PS belge francophone. Des voix, dont celle de Merry Hermanus, commencent à s’élever pour qu’Elio Di Rupo n’accepte pas de prendre la charge de Premier ministre, de crainte qu’il soit l’otage des libéraux et des « marchés » et que cela ait des conséquences catastrophiques pour le pays, le PS et la gauche en général.

 

Personnellement, je partage tout à fait l’opinion de ces militants et de mon ami Merry Hermanus en particulier.

 

Voici sa lettre ouverte qui est parue sur son blog et qui a été publiée en partie par l’hebdomadaire bruxellois « Le Vif ».

 

Pierre Verhas

 

 merry_hermanus-copie-1.jpg

Merry Hermanus dit ouvertement à Elio Di Rupo de ne "pas y aller" !

 

Elio, tu me pardonneras de m’adresser à toi via mon Blog, mais ce que j’ai à te dire nous intéresse tous.

L’humanité dont tu as fait preuve à mon égard dans les moments particulièrement difficiles que j’ai connus me conduit à penser que tu me comprendras.

Tu me comprendras d’autant plus que cela fait maintenant plus de cinquante ans que je milite au sein du notre Parti.

Je veux d’abord te dire toute mon admiration pour le travail accompli, et pour l’extraordinaire persévérance et l’infinie patience dont tu fais preuve.

J’ose cependant penser que tu souffres peut-être du mal qui frappait Fabrice del Dongo à la bataille de Waterloo.

Ressembler à Fabrice del Dongo, c’est pas si mal !

Stendhal nous explique qu’au cœur de la bataille, il ne pouvait forcément pas la comprendre.

Ce n’est pas te faire injure que de penser qu’enfermé dans différents conclaves depuis des mois et des mois, tu es dans la même situation.

Cela fait des mois et des mois que tu t’échines à concilier l’inconciliable !

elio_di_rupo01.jpg

Elio, faut pas y aller !!!

Après l’accord communautaire, sont venues les questions budgétaires et, là, c’est l’affrontement brutal entre les thèses ultra-libérales et notre devoir de défendre notre mode de vie, j’irai jusqu’à dire notre civilisation.

Tout ce qu’ils veulent détruire m’apparaît essentiel.

Au plan institutionnel, je suis du même avis que Spitaels. Il  ne peut s’agir que d’une trêve, courte, très courte.

Pour le comprendre, il suffit de croiser les déclarations de Kris Peeters, du patronat flamand, de De Wever, et de quelques autres.

Ce n’est qu’une étape vers une inévitable forme d’indépendance de la Flandre !

Tôt ou tard, il faudra y passer.

Il y a longtemps déjà, Moureaux, dans un article du « Soir » s’était résolu au confédéralisme.

Ce qui me conduit à t’écrire, ce sont les invectives qui te sont lancées et qui nous blessent tous.

Passons sur les insultes quasi racistes de De Wever et du curieux hommage qu’il rend à sa femme de ménage nigérienne, mais quand Reynders éructe « C’est au tour du PS de payer », c’est bien pire !!!

 

Que devons-nous payer ?

D’avoir gagné les élections ?

Le fait que tu aies réussi à remettre le CDNV à la table des négociations ?

Le fait que tu aies abouti à un accord sur BHV ?

C’est un comble !

Dans le débat budgétaire, on en est à se jeter à la tête les 40 Porsches de sociétés et les sempiternels abus en matière de droits sociaux.

La carte blanche de nos parlementaires dans le « Soir » peut se lire comme un palindrome où, dans un curieux effet de miroir, on décode le contraire de ce qui est écrit.

Cet article m’apparaît comme le signal d’arrêt de ce qui devrait rester une sinistre plaisanterie, car quand vas-tu gouverner ?

Pendant combien de temps ?

Et, surtout, quelle politique vas-tu faire ?

Au mieux, tu pourras gouverner 18 mois

Ce seront, n’en doute pas, 18 mois d’enfer !!!

J’étais au Cabinet d’Edmond Leburton en 1973 et 1974.  Il fut le dernier vrai Premier Ministre francophone, VDB n’ayant présidé que quelques mois un gouvernement de transition.

Dès son investiture, des tombereaux d’insultes engloutirent Leburton.

J’ai récemment relu, pour la rédaction de mes mémoires, la presse des années 1973 et 1974.

C’est invraisemblable !

On se moquait en permanence des quelques mots de flamand qu’il balbutiait.

Il fut sans cesse harcelé par le CVP.

Il n’eut pas une seule minute de répit.

Mais, dans son cas, la situation économique et financière était excellente.  Il y avait, en 1973, 93.000 chômeurs complets indemnisés !  On croit rêver, et, surtout, on mesure le gouffre où on se trouve.

Ce qui n’empêchait pas certains d’accuser la « femme de médecin » de profiter du chômage, exemple emblématique, comme, il y a peu, le plombier polonais.

Le Gouvernement Leburton fut un chaos permanent auquel j’assistais, totalement médusé, du haut de mes 29 ans.

J’eus aussi le privilège de participer à la négociation du Pacte d’Egmont.  Une dizaine de jours après la signature, lors d’une balade au Sablon, je vis quelques personnes déposer une gerbe de fleurs devant les statues des Comtes d’Egmont et d’Horne.  Ces Flamingants s’opposaient au Pacte !

Quelques mois plus tard, c’était devenu un chiffon de papier !!!

Dans l’incroyable marasme des Finances mondiales, avec les partenaires qui sont les tiens, quelle politique vas-tu pouvoir mener ?

Celle du socialiste Zapatero ?

Celle du socialiste Papandreou ?

Non, Elio, n’y va pas !!!

A n’en pas douter, si tu deviens Premier Ministre, ce qui se profile à l’horizon sera une défaite électorale historique pour le PS !

Ceux que nous devons défendre ne nous pardonneront pas, et ne comprendront pas, et pour cause, la politique que tu seras contraint de mener.

Je suis conscient qu’une part importante de l’action politique est motivée, et c’est très bien ainsi, par des facteurs personnels.

J’aurais été fier, très fier, de voir sortir de nos rangs un fils d’immigrés pauvres pour endosser la charge prestigieuse de Premier Ministre.

Quelle revanche sur la vie !

Quelle revanche sur ceux, si nombreux, qui, en 1996, voulaient t’assassiner judiciairement !

Mais si cette ambition, oh combien justifiée, doit conduire le Parti au néant, j’estime qu’alors, le prix à payer est lourd, beaucoup trop lourd.

Tiens, à propos Elio, une chose qui n’a rien à voir, mais quand même.  Lorsque je te vois en compagnie des Présidents de partis, je constate que tous, sauf toi et Beke, sont des fils de…, ou même des filles de…

Faut-il en déduire que nous sommes dirigés par une Aristocratie d’Etat ?

Cela aurait été d’autant plus formidable que ce soit toi, fils d’immigrés, qui émerge.

Non Elio, non, faut pas y aller !!!

Dans les années 90, Busquin nous expliquait que nous devions avoir le courage d’être au pouvoir pour sauvegarder ce qui pouvait l’être de nos acquis sociaux.

Il disait qu’il fallait « accepter de descendre quelques marches pour ne pas dévaler tout l’escalier ».

Aujourd’hui, ce qu’on va te demander comme Premier Ministre, ce sera de détricoter complètement ce qui a pris des décennies à être construit, à savoir une société qui allie la protection sociale à la Liberté politique.

La main invisible des marchés pèsera de tout son poids sur ta nuque, et te fera baisser la tête.

Demande aux sidérurgistes de Liège et de Charleroi ce qu’ils en pensent.

Tu seras prisonnier de tes curieux alliés qui, au Gouvernement, jour après jour, voudront te faire payer ta réussite.

Déjà, et ils ne s’en cachent pas et tu le sais, ils sont, eux, des alliés indéfectibles de la « main invisible », celle qui frappe toujours les plus faibles.

Non Elio, n’y vas pas !!!

Bien sûr, aujourd’hui, différents milieux t’encensent, je les connais, je les ai fréquentés.

Ils attendent  beaucoup de toi, tu es leur sauveur.

Tu as su sauvegarder ce qu’ils sont, ce qu’ils ont !

D’autres, beaucoup d’autres, espèrent, à travers toi, un destin prestigieux.

C’est toujours comme ça !

Ils gravitent autour de toi tant que tu pourras servir.

Ne sois pas, comme disaient les Communistes, leur « idiot utile ».

Quant aux Médias, ils t’appliqueront l’impitoyable loi des trois « L » :

D’abord, ils te Lècheront.

Puis, ils te Lâcheront.

Pour, enfin, te Lyncher !!!

Certains, alors même que tu n’es pas encore en place, parlent de « fin de  l’état de grâce », de « l’échec de la méthode Di Rupo ».

Non, Elio, faut pas que tu y ailles !!!

Au point où nous en sommes, il ne reste qu’à couper le nœud gordien et faire appel au peuple, en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles, pour lui demander ce qu’il veut vraiment.

Est-ce un gros mot, en Démocratie, que de demander leur avis aux citoyens ?

Si la Gauche européenne veut encore exister, si elle a encore un sens et un avenir, elle ne pourra se contenter de changer la place des couverts sur la table, elle devra la renverser!

Non, Elio, n’y va pas !!!

Il est vrai que le pire n’est jamais certain, mais crois-moi, et je m’y connais, il n’est jamais décevant !

Avec toute mon estime.

merry_hermanus@yahoo.com



 

 

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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 20:42

Un projet naquit en Europe occidentale à la fin de la guerre, un projet voulant allier les peuples à la paix, les peuples au progrès, cependant un projet schizophrène car porté par deux personnalités aux finalités différentes, dont, à l’époque, on ne percevait la contradiction.

 

 schuman-monnet.jpg

Jean Monnet et Robert Schuman : les deux faces de la Communauté européenne

 

Le premier, Jean Monnet, était avant tout un financier. Il débuta sa carrière dès la Première guerre mondiale comme banquier et exportateur de cognac. Il réussit ainsi à s’introduire dans les milieux de la haute finance aux Etats-Unis. Louise Weiss (1893 – 1983) journaliste et doyenne du Parlement européen écrivit à son propos dans ses « mémoires d’une Européenne » : « Très tôt, Jean Monnet était devenu un homme d’influence possédant un clavier étonnamment large, surtout pour l’époque, puisqu’il allait des principaux dirigeants politiques français à l’élite financière londonienne et aux hauts fonctionnaires du Département d’Etat américain. Dès 1923, il avait quitté la SDN dont il déplorait l’impuissance. Devenu vice-président de Blair et Co, une société d’investissement américaine très importante, il participa alors à des opérations financières de très haut niveau: la stabilisation du franc en 1926, celle du zloty, la monnaie polonaise un an plus tard, celle du leu, la monnaie roumaine, en 1928. Peu après, il exerça son activités en Chine aux côtés de Tchang Kaï-chek en tant que conseiller financier. » Il fut donc un intermédiaire efficace entre les milieux de la haute finance et les responsables politiques européens.

 

L’Europe : un projet schizophrène

 

Pendant la Seconde guerre mondiale, il s’opposa farouchement à de Gaulle, le soupçonnant de vouloir instaurer le fascisme en France. Il voyait la France d’après guerre comme un Etat intégré dans un ensemble atlantique ayant les USA pour leadership, contrairement à de Gaulle qui voulut restaurer la souveraineté de la République française. Il échoua dans un premier temps. Ce fut de Gaulle qui parvint – pour peu de temps – au pouvoir après la Libération. Après le départ du général, Monnet devint sans doute l’homme le plus puissant en France, comme commissaire au plan. Il put ainsi s’adonner à son projet : une entité économique sans frontière.

 

Le second fut Robert Schuman. Homme politique chrétien, de droite, originaire de Moselle, d’abord allemand, puis devenu français. Il siégea au premier gouvernement Pétain comme secrétaire d’Etat aux réfugiés. Il fut nommé ministre des affaires étrangères sous le gouvernement Bidault en 1949. Mû par l’idée que le seul moyen d’éviter une nouvelle guerre entre l’Allemagne et la France serait de mettre en commun les moyens politiques et économiques entre les deux anciens belligérants et différents pays d’Europe occidentale, il élabora la célèbre déclaration du 9 mai 1950, qui conduira à la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) en avril 1951.

 

Gage de paix, cette initiative ambitionne également de « moderniser » et de « rationaliser » un secteur-clé de l'économie de l’époque. Le marché et la planification ne sont pas antinomiques dès lors que l'intervention de l'Etat favorise la concurrence libre et non faussée. Chapeautée par la Haute Autorité (future Commission européenne), indépendante, la mise en commun de la production franco-allemande prête davantage le flanc à la critique démocratique : elle revient en effet à confier à des experts sans responsabilité politique le soin d'administrer les intérêts des travailleurs et des Etats.

 

Monnet inspira aussi la déclaration Schuman. L’intégration européenne devait emprunter la voie du marché. Signé en 1957 entre les pays membres de la CECA, le traité de Rome conforte cette orientation. En l'absence d'harmonisation sociale « par le haut », la libre circulation des personnes, des marchandises, des services et des capitaux affaiblit l'intervention publique et somme les systèmes de protection sociale de se plier aux règles d'une économie de marché concurrentielle.

 

 

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Pierre Mendès France : un regard lucide sur l'Europe

 

Dès 1957, le député radical Pierre Mendès France et ancien Premier ministre soulignait que la seule solution « correcte et logique » à la constitution du Marché commun aurait été d'exiger « l'égalisation des charges et la généralisation rapide des avantages sociaux à l'intérieur de tous les pays du Marché commun ».

 

L’échec du projet européen

 

Ainsi, voici la double tête de la Communauté européenne : l’Union politique destinée à sauvegarder la paix et le marché absolu au service du seul capital, celui-ci étant la garantie de la liberté. La paix fut préservée jusqu’à la chute du Mur de Berlin.

 

L’Europe, par après, fut incapable d’empêcher le conflit interethnique en Yougoslavie. Schuman voulait une Europe solidaire, Monnet, une Europe du libre marché. Par naïveté ou par duplicité, on ne pensait pas qu’elles pouvaient être contradictoires.

 

Pendant ce temps-là, progressivement, les Etats furent dépouillés de leurs compétences économiques et financières au nom de dogmes comme la « concurrence libre et non faussée », cela sans que les peuples aient à dire directement ou via leurs Parlements respectifs, les pouvoirs du Parlement européen étant réduits à la portion congrue. Pour Mendès France, c’était l'« abdication de la démocratie ». Le rêve de toute une génération s’est fracassé. Les peuples l’ont exprimé par le « non » aux référendums sur le projet de constitution européenne organisés en 2005 en France et aux Pays Bas. « non » qui n’a servi à rien, puisque le Traité de Lisbonne adopté cinq ans après n’est qu’une version « simplifiée » du projet de traité constitutionnel.

 

 

 traite-de-rome-1957.jpg

Signature du Traité de Rome en 1957, acte fondateur de la Communauté

économique européenne

 

Ces Traités qui ont suivi l’acte fondateur de Rome en 1957 contiennent en germe la destruction du projet : au lieu de tendre vers une plus forte intégration, depuis Maastricht, ils ont renforcé les pouvoirs du Conseil et ils ont transformé la Commission en une sorte de police du capital. C’est ce qu’il se passe actuellement avec la crise de l’Euro : deux Etats prennent les décisions fondamentales pour les autres. Les sommets successifs ne sont que de la poudre aux yeux. Seules l’Allemagne et, dans une moindre mesure, la France dirigent et les autres Etats membres n’ont qu’à suivre. La Grande Bretagne n’ayant pas adhéré à l’Eurozone, est aux abonnés absents.

 

Les coups d’Etat des marchés

 

Cela va de plus en plus loin. On a d’abord exigé que les 17 Etats de la zone Euro fassent approuver leurs budgets nationaux par la Commission. Ensuite, la Commission exige que les projets de budget soient déposés à des dates précises et fixe la limite des dépenses. Bref, elle entrave de plus en plus le pouvoir de décision politique des Etats de l’Eurozone.

 

Aujourd’hui, on a atteint un stade qui pourrait signifier la fin du projet européen tel qu’il a été élaboré. Les peuples déjà mis à l’écart, sont définitivement exclus. Georges Papandréou qu’on a volontairement enfermé dans un étau décida d’organiser un référendum pour que le peuple grec se prononce sur les mesures d’austérité les plus drastiques qui lui étaient imposées. Colère et affolement du tandem et des « marchés » ! Ici, ils ont jeté le masque : les peuples ne sont pas concernés.

 

Le tandem « Merkozy » a fait pression sur la Grèce et l’Italie afin de nommer deux nouveaux gouvernements. Georges Papandréou et Silvio Berlusconi furent contraints de démissionner. Ce ne sont pas les peuples Grec et Italien qui l’ont voulu ainsi, la pression politique venait de l’Union européenne.

 

 

 merkel Sarkozy01

Le tandem "Merkozy" détruit l'idée européenne pour satisfaire les marchés.

 

Berlusconi est un clown nuisible, mais il a été élu. Papandréou s’est montré faible, bien que ne manquant pas de courage avec son projet de référendum, et a aussi été élu. Aucune importance : à Bruxelles, on a décidé qu’ils doivent « faire un pas de côté ». Ils le font. C’est le coup d’Etat des marchés.

 

 

berlusconi_chute.jpg

Berlusconi : la chute ?

 

Ce n’est pas encore suffisant. Pas question de laisser le choix des remplaçants aux Parlements. Comme l’écrit Mediapart : « …, les deux hommes, maillons faibles de la chaîne des chefs de gouvernement de la zone euro, sont tombés renversés par les marchés et des partenaires européens sous pression. Les marchés, c'est-à-dire les banques et autres établissements financiers (fonds de pension, hedge funds, fonds d'investissement, etc.). Leurs partenaires européens, c'est-à-dire Angela Merkel, Nicolas Sarkozy, les dirigeants de la banque centrale européenne (BCE) et de la commission européenne, déclarant agir au nom de ce qu'ils présentent comme leur devoir : circonscrire l'incendie, sauver l'euro, l'Europe (et se sauver eux-mêmes). »

 

Les choses se sont précipitées : la semaine du 7 novembre 2011 a vu l’arrivée de trois hommes venant incarner le coup d’Etat des marchés.

 

Mario Draghi nommé à la tête de la Banque centrale européenne (BCE), ancien vice-président de Goldman Sachs Europe, cette banque qui avait aidé la Grèce à maquiller ses comptes sous sa vice-présidence, puis gouverneur de la banque d’Italie.

 

 

Draghi, Mario

 Mario Draghi directeur général de la BCE, ancien de Goldman - Sachs, la banque qui a aidé à maquiller les comptes de la Grèce.

 

 

Lucas Papademos, ancien patron de la banque centrale grecque, puis vice-président de la BCE de 2002 à 2010, devient Premier ministre grec et forme un gouvernement d’union nationale avec l’extrême-droite.

 

 

lucas-papademos.jpg

Lucas Papademos, le banquier au service des marchés  qui

dirigera la Grèce avec l'extrême-droite.

 

Mario Monti, économiste, membre de la droite libérale, commissaire européen chargé de la concurrence de 1994 à 2004. Il fut un des maîtres d’œuvre de la dérégulation du marché européen par l’Acte unique. Il est aussi, avec Jean-Luc Dehaene et Valéry Giscard d’Estaing, auteur du projet avorté de constitution européenne. Ah oui ! Lui aussi a travaillé pour Goldman Sachs (Le «Monde» du 15 novembre). Il est vrai qu'il ne se vante pas trop de cette partie de son CV.  Comme par hasard, Monti fut nommé mercredi 9 novembre, sénateur à vie. En effet, il n’était pas élu au Parlement italien.

 

 

mario_monti.jpg

Mario Monti dit "il professore", le parfait petit néo-libéral

 

Le choix de ces trois personnages est manifestement celui des banques. Les Parlements ont été sommés d’entériner sans plus. Et ce n’est pas fini.

 

Le 20 novembre, auront lieu les élections générales en Espagne. Ces élections anticipées ont été provoquées sous la pression des marchés financiers. Zapatero qui leur a pourtant pas mal cédé, doit être remplacé par un de « leurs » hommes. On verra.

 

Et la France et la Belgique ?

 

En France, plusieurs analystes pensent que Nicolas Sarkozy pourrait constituer un gouvernement d’union nationale avec peut-être à la tête, Jean-Claude Trichet, qui est désormais « disponible ». Manifestement, le plan d’austérité de François Fillon de 7 milliards d’Euros est insuffisant. Il y a eu la vraie fausse dégradation de la note « AAA » de la France par Standard & Poors qui n’est sûrement pas une « simple erreur technique ». L’écart entre les taux allemand et français ne cesse de croître. La France serait-elle le suivant ? Dominique de Villepin qui souhaite un plan d’austérité de 20 milliards d’Euros, François Bayrou et Jean-Louis Borloo qui ont tous les trois un compte à régler avec Sarkozy se verraient bien dans un gouvernement d’union nationale auquel devraient participer les Socialistes. Politique fiction ? Pas si certain.

 

dominique-de-villepin.jpg

Dominique de Villepin serait dans un coup tordu

que ce ne serait pas surprenant...

 

Quant à la Belgique dont la situation n’est guère meilleure avec un endettement colossal, la crise politique qui s’éternise annonce au pire des élections anticipées, au mieux un gouvernement quasi d’union nationale sans les écologistes et les nationalistes flamands qui serait là pour prendre les mesures d’austérité exigées par les « marchés ». Certains ("Le Soir") pensent que les libéraux bloquent les négociations pour exclure Di Rupo et les socialistes francophones qui sont considérés à tort ou à raison comme les plus "à gauche" d'Europe, afin de mettre à la place un gouvernement de "techniciens".

 

Richesse et politique ne font pas bon ménage.

 

Le politologue italien Anonio Mastropaolo tire une conclusion de cette crise : « Le premier bilan que l'on peut faire, pour la vie politique italienne, est que les mondes de la richesse et de la politique ne devraient jamais se rencontrer. » On peut ajouter que ce constat concerne aussi d’autres pays que l’Italie. En réalité, les marchés sont dirigés par des rentiers « informatisés » qui ont pris la place des capitalistes industriels. Ils sont devenus les banksters.

 

La crise actuelle est née de deux ruptures principales voulues par le banksterisme. La première date des années 1980 : c'est la révolution financière qui met la Bourse aux commandes des entreprises. Elle y institue un nouveau mode de gestion. Les firmes cessent d'être des organisations au sens où on l'entendait auparavant, favorisant les carrières longues et la loyauté des salariés. Elles visent désormais l'efficacité immédiate. Le bonus prend la place de l'ancienneté comme mode de gestion des ressources humaines. Comme l'a montré Maya Beauvallet dans son livre Les Stratégies absurdes (Le Seuil), les impératifs de performance immédiate tendent à cannibaliser tous les autres. Le souci du travail bien fait, la loyauté à l'entreprise disparaissent, seul compte l'objectif fixé, quelles que soient les pathologies qui en résultent...

 

La mondialisation est la seconde rupture qui a bouleversé le monde. Elle permet aux pays émergents de s'industrialiser, ce qui produit deux effets de sens contraire : baisser le prix des produits industriels et monter le prix des matières premières. Grâce à elle, les gens paient de moins en moins cher leurs écrans plats et leurs IPod, et de plus en plus cher leurs dépenses de base : le chauffage, la nourriture et les déplacements. L'économie mondiale avance en appuyant à la fois sur l'accélérateur et le frein. Les secousses brusques sont devenues inévitables.

 

Les banksters

 

Le rêve européen né à la suite de la catastrophe de 1945 était déjà schizophrène. D’un côté, plusieurs responsables politiques français, italiens, allemands et belges souhaitaient créer une structure entre les Etats nations d’Europe occidentale, essentiellement l’Allemagne et la France, pour rendre impossible toute nouvelle guerre intra-européenne, dont la principale personnalité fut Robert Schuman. De l’autre, certains d’entre eux voyaient avant tout la fondation d’une zone de libre échange économique et financier dans la plus pure philosophie libérale. C’était le cas d’une personnalité française, considérée comme un des « pères fondateurs » de l’Europe, Jean Monnet.

 

C’est le triomphe des « banksters ». Certes, cette expression qui est la contraction de « banquier » et de « gangster » fut utilisée par les antisémites – le banquier est assimilé au juif – et par les fascistes, dont le Belge Degrelle, avant la deuxième guerre mondiale.

 

Aujourd’hui, la conduite des grands banquiers peut s’assimiler au gangstérisme. Aussi, même si elle a des origines nauséabondes, l’expression « bankster » est parfaitement justifiée. Elle est d’ailleurs utilisée par les Indignés qui se répandent un peu partout dans le monde occidental.

 

 

 big_brother.jpg

Big Brother ou Big Bankster ?

 

Le bankstérisme se base sur un triptyque paradoxal similaire à celui de « Big Brother » dans « 1984 » :

 

LE CAPITAL, C’EST LA FORCE,

LA DETTE, C’EST LA RICHESSE,

LA LIBERTE, C’EST L’ESCLAVAGE

 

Dans le système banksterien, comme dans l’horreur orwelienne, par la force du capital qu’il contrôle, la liberté c’est l’esclavage, car elle est la liberté sans entraves du bankster d’opprimer et de ruiner le peuple esclave par l’endettement.

 

Le bankstérisme est la doctrine qui consiste à substituer au capitalisme industriel, le capitalisme financier. Le marxisme et le mouvement ouvrier se sont attaqués au capitalisme industriel et ont plus ou moins réussi à le modérer parce qu’il était bien identifié : on savait qui dirigeait les usines et on avait le pouvoir de les paralyser. Par contre, il n’a pas vu poindre le capitalisme financier qui, lui, est inidentifiable et donc impossible à combattre.

 

Pourtant, il existe des solutions. Elles ne consistent pas à détruire l'Europe, bien au contraire. Elles seront évoquées dans un prochain article.

 

Le bankstérisme a gagné pour le moment. Il n’est pas invulnérable.

 

Pierre Verhas

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 00:26

La Grèce a-t-elle échappé à un coup d’état militaire ?

 

Plusieurs sources estiment que la décision surprise de Papandréou d’organiser un référendum est une tentative désespérée de sauver la démocratie en Grèce.

 

Avant d’annoncer sa décision, tout l’état-major de l’armée grecque a été limogé. Sans doute n’aurait-il pas accepté les coupes sombres dans le pléthorique budget de la défense et l’éventualité d’une situation insurrectionnelle. D’autres pensent que tout cela était préparé depuis longtemps et que le gouvernement Papandréou rechercherait une porte de sortie honorable.

 

 

 Papandreou.jpg

Papandréou cherche à sauver sa peau et la démocratie...

 

 

Toujours est-il que la crainte d’un coup d’état militaire a déjà été exprimée et pas par n’importe qui : Michel Rocard, dans le Monde du 4 octobre, redoute qu’en cas de durcissement des conditions imposées à la Grèce : « Si c'est le cas, dans l'état de colère où va se trouver ce peuple, on peut douter qu'aucun gouvernement grec ne puisse tenir sans appui de l'armée... Cette réflexion triste vaut sans doute pour le Portugal et/ou l'Irlande, et/ou d'autres, plus gros... Jusqu'où ira-t-on ? »

A force de jouer avec le bien être des peuples et la démocratie, nos dirigeants feraient bien de prendre garde…

 

 

Charlie Hebdo, tête de Turc ?

 

 

En plus de l’attentat qui a incendié ses locaux, le site de l’hebdomadaire satirique parisien a été piraté. On pense sérieusement que les hakers sévissent depuis la Turquie.

 

 

Charlie-hebdo_incendie.jpg

 Charlie Hebdo victime des islamistes turcs ?

 

 

Certains craignent une « ottomanisation » du monde arabe depuis les « printemps arabes », notamment via les partis islamistes. On sait que Ennadah, le parti islamiste tunisien qui a obtenu 40 % aux élections, a été financé par le Qatar et par la Turquie.

 

 

PV

 

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 21:55
C’est le titre d’une chanson allemande reprise du chant militariste américain « les bérets verts » à la gloire des commandos spéciaux au Vietnam.

 

Elle est interprétée par Heidi Brühl, une chanteuse et actrice allemande des années soixante qui participa au concours « Eurovision » et figura plusieurs fois au « hit parade ».

 

 

heidi_bruhl.jpg 

Heidi Brühl, célèbre actrice et chanteuse
allemande des années soixante

 

 

Voici l’URL où on peut écouter cette chanson :

 

http://www.youtube.com/watch?v=KLQg-Mv9Hfg&feature=player_detailpage

 

En voici le texte en allemand et la traduction (libre) en français.

 


Irgendwo im fremden Land
ziehen sie durch Stein und Sand
fern von zu Haus und vogelfrei
100 Mann und er ist dabei

 

100 Mann und ein Befehl
und ein Weg, den keiner will
tagein tagaus, wer weiß wohin
verbranntes Land und was ist der Sinn?

 

Ganz allein in dunkler Nacht
hast Du oft daran gedacht,
daß weit von hier der Vollmond scheint
und weit von hier ein Mädchen weint

 

Und die Welt ist doch so schön.
Könnt ich Dich noch einmal seh'n.
Nun trennt uns schon ein langes Jahr,
weil ein Befehl unser Schicksal war.

 

Wahllos schlägt das Schicksal zu.
Heute er und morgen Du
Ich hör' von fern die Krähen schrei'n
im Morgenrot, warum muß das sein?


 

Quelque part sur une terre étrangère

Vous passez à travers la roche et le

sable.

Loin de chez vous et hors la loi,

Cent hommes, et il est parmi eux.

 

Cent hommes et un ordre

Et un chemin que peu souhaitent.

Jour après jour,

Qui sait où.

Terre brûlée,
Mais quel en est le sens ?

 

 

Tout seul dans la nuit sombre

Tu y as souvent pensé

Que loin d’ici brille la pleine lune

Et loin d’ici, une fille pleurait.

 

Et le monde est pourtant si beau

Pourrai-je te voir encore une fois ?

Maintenant une belle et longue année nous sépare

Parce qu'un ordre a été notre destin.

 

Le destin frappe au hasard

Aujourd'hui lui et toi demain

Au loin j’entends les cris des corbeaux

A l'aube. Pourquoi doit-il en être ainsi ?      


 

 

Cette version allemande est au contraire un hymne à l’absurdité de la guerre. « Hundert mann und ein befehl » (cent hommes et un ordre) s’inscrit dans l’état d’esprit de la jeunesse de République fédérale d’Allemagne des années 1960. Cette jeune génération née après la chute de 1945 et qui a vécu les conséquences du plus atroce conflit de l’histoire : la modernité de la nouvelle Allemagne ne cautérisa pas les plaies ouvertes par l’ancienne. L’état d’esprit des jeunes était un mélange de remords et de haine à l’égard de leurs parents qui avaient « fait cela », de l’irrésistible besoin d’une vie nouvelle et du poids d’une histoire non assumée, d'exigence de justice sociale et de radicalité politique. C’est ainsi que l’extrême-gauche eut un grand succès auprès des jeunes universitaires et moins du côté de la classe ouvrière qu’elle prétendait vouloir épanouir. En outre, l’Allemagne fut divisée et nul Allemand ne l’accepta jamais au fond de son cœur. Du terrorisme au fatalisme, ainsi balança la génération de l’après-guerre en République fédérale allemande.

 

Ce chant la représente bien. La guerre amène à commettre des atrocités sur ordre. Ordre dont on prétend ne pas connaître la raison. Le soldat est donc conduit à exécuter des actes qu’il ne comprend pas, dont il pressent cependant leur absurdité et leur nuisance. Mais comment réagir ? George Orwell aborda cette question au début de l’essai intitulé Le lion et la licorne qu’il écrivit en 1940, en plein blitz.

 

« Tandis que j’écris ces lignes, des être humains on ne peut plus civilisés parcourent le ciel au-dessus de moi, essayant de me tuer.

 

Ils n’éprouvent aucune animosité envers moi en tant qu’individu, pas plus que moi envers eux. Ils « ne font que leur devoir », comme on dit. La plupart d’entre eux, j’en suis sûr, sont des hommes doux et respectueux des lois, qui pas une seconde ne songeraient, dans la vie courante, à assassiner leur prochain. Mais si l’un d’entre eux arrive à me réduire en charpie avec une bombe bien placée, il n’en perdra pas pour autant le sommeil. Il sert son pays, ce qui l’absout automatiquement de tout péché. »

 

 

 

 bombardiers_heinkel.jpg

Ils bombardaient sans animosité...

 

 

On peut être assuré que tous les commandants et tous les hommes servant dans des bombardiers, dans l’artillerie, dans des chars d’assaut, sur de navires de guerre éprouvent le même sentiment jusqu’aujourd’hui et l’éprouveront encore demain. Le fait de combattre pour une idée que l’on vous a inculquée comme étant supérieure dispense de respecter les lois les plus élémentaires de vie en commun à l’égard de celui qui est désigné comme ennemi.

 

Sans cette mise en parenthèse des lois, au nom d’un idéal supérieur, toute guerre serait impossible. Orwell était un homme qui a vécu la guerre et qui savait de quoi il s’agissait, d’abord en Espagne dans les rangs du POUM et puis en Angleterre dès 1940. Les jeunes Allemands des années soixante avaient une image tronquée de la guerre, ils la réduisent à son aspect atroce, mais c'est insuffisant pour expliquer le phénomène historique qu’elle représente. S’ils étaient attachés à la culture allemande, ils éprouvaient un sentiment patriotique très mélangé. Ils portaient en eux, et sans doute malgré eux, le poids insupportable du nazisme. Il n’est pas surprenant que le pacifisme fut aussi puissant en Allemagne. La jeunesse ne voulait plus être le jouet de conflits dont elle n’approuvait ni les moyens ni les enjeux.

 

Aussi, cette chanson « Hundert mann und ein befehl » relève d’une fausse vision du soldat en guerre, même si beaucoup d’entre eux ont sans doute – surtout lors de la débâcle allemande – éprouvé un sentiment de honte et de révolte à l’égard de leurs « chefs ». Le soldat obéit aux ordres, même les plus cruels, car il est conditionné à accepter sans restriction l’idéal collectif pour lequel il est censé combattre.

 

Aujourd’hui, les soldats de la Bundeswehr mobilisé en Afghanistan dans une guerre incompréhensible chantent « Hundert mann und ein befehl », mélange de fatalisme et de moral « au dessous des chaussettes ».

 

 

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La Bundeswehr en Afghanistan : le moral dans les chaussettes...

 

 

Le fatalisme est le sens cette chanson : le fatalisme de la guerre, de ses atrocités, d’un destin non maîtrisé. Le fatalisme est la pire des choses : l’homme subit et renonce à toute action. C’est d’ailleurs symptomatique de cette génération et de la génération dite « 68 » en général. Sa révolte est avant tout hédoniste. Elle ne prétend pas bouleverser les grands rapports de force qui mènent la société. Elle refuse la guerre, non seulement celle que l’on pourrait lui imposer, mais toute guerre, même celle menée pour la défense contre un agresseur. Donc, elle irait jusqu'à accepter de perdre sa liberté. La vraie mais vaine révolte est venue d’une infime partie de la génération « 68 » en Allemagne, en Italie et dans une moindre mesure en France : elle a malheureusement versé dans le terrorisme aveugle, parfois manipulé de l’extérieur et servi les ennemis qu’elle prétendait combattre, en pensant qu’en le renforçant, on pourrait plus aisément le déposer ! Fallacieuse vision des choses ! En définitive, le terrorisme est un des multiples visages du fatalisme : détruire sans la volonté de reconstruire.

 

 

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Les travailleurs d'Arcelor Mittal Liège en lutte : le fatalisme, cela suffit !

 

« Le fatalisme, cela suffit ! » Voilà le cri récent d’un ouvrier d’Arcelor Mittal. Il arrive un moment où l’homme refuse de subir. C’est à ce moment là que la résistance naît et se développe. On le sent : un peu partout, après le fatalisme,  la résistance apparaît sous plusieurs formes. Est-ce sans doute là le signe de la gestation d’un monde nouveau ? Monde nouveau qui prendra la place de l’ancien qui, par fatalisme, a laissé s’installer l’injustice. Nul ordre désormais, on peut l’espérer, n’empêchera ces hommes et ces femmes de prendre leur destin en mains.

 

 

Pierre Verhas

 

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 20:49

La victoire prévisible de François Hollande aux primaires socialistes marque un recentrage de l’échiquier politique en France.

 

Le mystère de la chambre 2806 fut le chant du cygne du social libéralisme à la Tony Blair que Dominique Strauss Kahn souhaitait imposer en France. La gauche du PS divisée entre le courant traditionnaliste et « bobo » mené par Martine Aubry et la mouvance réformiste moderniste d’Arnaud Montebourg n’a pas réussi.

 

 

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Martine Aurby avait beaucoup d'affinités avec DSK.

Vous avez dit "de gauche" ?

 

Quelles leçons en tirer ? D’abord pour la gauche, les courants radicaux, critiques du néolibéralisme paient leur division. De même, le « social libéralisme » est en déclin. Ce n’est pas seulement la personnalité de DSK qui en est la cause, c’est un rejet général de l’idéologie et de la politique économique et sociale libérale. La grave crise qui se poursuit depuis 2008 consacre la fin du conservatisme libéral. Cela pourrait signifier le point faible de la campagne de François Hollande qui n’a pas une position claire sur le sujet.

 

 

 francois_hollande.jpg

François Hollande : il y va ! Mais avec quel programme ?

 

La conclusion politique est donc le rejet du radicalisme par l’opinion – à l’exception de l’extrême-droite – au profit du centre. Le sarkozysme avait, dès le départ, montré son vrai visage : la prise du pouvoir politique par la haute bourgeoisie au détriment des classes moyennes et de ce qu’il reste de la classe ouvrière, sans compter l’abandon des laissés pour compte victimes d’une précarisation croissante. En outre, les échecs politiques, les reculades dans ses réformes, les scandales à répétition ont sérieusement affaibli le président sortant. Le radicalisme de gauche représenté par la forte personnalité de Jean-Luc Mélenchon et l’appui de conseillers de haut niveau comme Jacques Généreux, ne parvient cependant pas à percer alors que les erreurs du sarkozysme et la crise financière devraient lui être favorables. Par contre, il reste un danger : Marine Le Pen. Elle a réussi à se mettre  au centre de tout le débat politique.

 

 

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Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon. Une gauche marginalisée ?

 

Marine Le Pen cristallise sur sa personne tout le mécontentement des Français, en perçant même dans des milieux qui lui sont traditionnellement hostiles, comme les enseignants. Et personne ne réussit à lui « confisquer » cet atout qui pourrait bien la voir hissée au deuxième tour de la présidentielle.

 

 

 

 

 Marine_Le-Pen_Dexia.jpg

Marine Le Pen : Après Dexia, la faillite de la démocratie française ?

 

Donc, l’enjeu se fera sans doute entre le centre, la droite « classique » et l’extrême droite. Exit le radicalisme de gauche. Le centre gauche représenté par François Hollande est politiquement l’alternative la plus crédible à la droite libérale incarnée par Nicolas Sarkozy. On sait d’ailleurs qu’il y a des contacts informels entre les états-majors de Hollande et de Bayrou. Il est sans doute probable que l’électeur français se tournera cette fois-ci vers le centre. 

 

 

 Nicolas_sarkozy_grimace.jpg

Nicolas Sarkozy peut faire la grimace !

 

Aussi, l’affaire se présente ainsi.

 

La droite libérale est tout à fait démonétisée après les échecs de Sarkozy et de son gouvernement, ainsi que par les conséquences de la crise financière qui commence à se faire cruellement sentir sur l’emploi et le pouvoir d’achat des Français.

 

La gauche radicale n’a toujours pas réussi à se présenter comme une alternative sérieuse et reste désespérément marginale au point qu’elle aura sans doute un résultat trop faible pour être l’arbitre du second tour.

 

L’extrême-droite est en embuscade et peut rassembler toutes les frustrations sur le nom de Marine Le Pen qui pourrait se retrouver au second tour, mais contre qui ?

 

Il est dès lors vital pour François Hollande de devancer Nicolas Sarkozy dès le premier tour. C’est sans doute la raison pour laquelle le candidat du PS lorgne de plus en plus vers le centre pour élargir sa base électorale. Mais il n’y parviendra que s’il fait taire les sempiternelles divisions internes au sein de son propre Parti.

 

Et puis, il y a une dernière inconnue : l’avenir du capitalisme. Les événements se précipitent. La crise grecque s’aggrave au point que le « défaut » est quasi certain, endéans les semaines à venir. On craint qu’après Dexia, d’autres banques s’effondrent. Or, comment va-t-il surmonter ses contradictions ? La vieille et classique politique keynésienne de relance est irréalisable compte tenu de l’endettement. Les politiques d’austérité ne font qu’accroître la régression, un « entre les deux », comme le souhaite en Belgique un Elio Di Rupo, est irréaliste. Alors, quid ?

 

 

 Elio_Di_Rupo_lapin.jpg

Elio Di Rupo sortira-t-il un lapin de son chapeau

pour trouver une alternative économique ?

 

 

Or, que se passera-t-il si la catastrophe annoncée se produit ? A ce moment-là, les enjeux politiques et électoraux seront dérisoires au regard du maelström qui déferlera.

 

 

Pierre Verhas

 

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 21:25

Après Dexia, il est intéressant de lire et d’écouter l’analyse des économistes atterrés – ce groupe d’économistes français de gauche qui dénoncent l’absence de changement idéologique et politique depuis la crise financière de 2008 – qui expriment des avis circonstanciés sur les graves événements que nous vivons. Ce très intéressant débat a été organisé par le journal quotidien de gauche sur Internet Mediapart, qui est cité régulièrement sur ce blog.

 

Ils refusent qu’on nous laisse aller au mur. La mascarade de Dexia, le drame de la Grèce, la menace sur notre bien être et la misère qui s’installe sont des maux qu’il faut éradiquer.

 

Il est temps de comprendre pour faire une autre politique et renverser la vapeur.

 

C’est long à écouter, mais cela vaut la peine que vous preniez un peu de votre temps.

 

Bonne lecture et bonne écoute !

 

Pierre Verhas

Les économistes «atterrés» redoutent un «krach social et démocratique» de l'Europe

| Par La rédaction de Mediapart - Mediapart.fr
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