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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 23:01

 

Par Noam Chomsky

 

Le linguiste nord-américain Noam Chomsky - auquel nous nous sommes référés à plusieurs reprises sur ce blog - a élaboré une liste des « Dix Stratégies de Manipulation » à travers les média. Nous la reproduisons ici. Elle détaille l'éventail, depuis la stratégie de la distraction, en passant par la stratégie de la dégradation jusqu'à maintenir le public dans l'ignorance et la médiocrité.

 

Chomsky démontre avec brio combien les médias entre les mains des multinationales, directement pour les télévisions privées et via la publicité pour les médias publics, sont avant tout des instruments d’abêtissement des masses en vue de vendre et de tuer tout esprit critique et mettre fin à la civilisation.

 

Un danger de plus pour la démocratie !

 

 

 noam_chomsky.jpg

Noam Chomsky, un des plus grands

analystes de notre temps

 

 

 1 / La stratégie de la distraction.

 

Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. » Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

 

2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions.

 

Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.

 

3/ La stratégie de la dégradation

 

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

 

4/ La stratégie du différé

 

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.

 

5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge.

 

La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-âge ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? «Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celle d’une personne de 12 ans». Extrait de «Armes silencieuses pour guerres tranquilles»

 

6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion.

 

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…

 

7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise.

 

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

 

8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité.

 

Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…

 

9/ Remplacer la révolte par la culpabilité.

 

Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!…

 

10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes.

 

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 18:09

Devinez

 

 

 

Qui a écrit ceci ? « Je passe sur le fait que le sort, la vie, de millions d'hommes et de femmes se joue, à cet instant, sur le coup de dés d'une agence dont je répète que le point de vue n'est jamais "objectif" ni "scientifique" et sera d'ailleurs, quelques jours plus tard, comme il se doit, démenti par celui d'une agence concurrente.

 

 

Le plus stupéfiant, dans cette affaire, c'est l'emballement des acteurs politiques et de l'opinion ; c'est notre acceptation immédiate de ce qu'il faut bien appeler un diktat, pour ne pas dire un abus de pouvoir ; c'est ce phénomène d'intoxication, on dirait presque d'hypnose collective, qui nous fait consentir à une dégradation (quel mot !) dont nul, ou presque, n'interroge les sources, les titres, les motifs ; c'est le fait que nous soyons si peu à nous insurger contre ce fétichisme absurde, cette caricature de technicité et de sérieux ; c'est la docilité qui nous fait accepter, d'une seule voix, que la politique de la France et du monde se fasse, comme disait le général de Gaulle, "à la corbeille" de ces super-Bourses aux illusions que sont devenues les agences ; c'est l'étrange consensus, en un mot, autour de cette figure nouvelle de ce qu'un bon auteur appela, jadis, la servitude volontaire et qui vient d'atteindre là un point d'extravagance sans pareille. »

  

 

 

C’est de Jean-Luc Mélenchon ? d’Olivier Besancenot ou du seul candidat ouvrier à l’élection présidentielle, Philippe Poutou ? De François Hollande ? De Paul Magnette ?

 

Ne cherchez plus : vous n’y êtes pas. C’est de Bernard Henri Lévy, BHL himself ! Dans « le Point » de cette semaine…

 

 

 

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Cette fois-ci, BHL ne mérite pas d'être entarté...

 

 

 

Notre philosophe germanopratin est-il passé dans le camp anticapitaliste, ou à l’altermondialisme ? S’est-il inscrit au Parti de gauche ? Non. Il a eu simplement un éclair de lucidité. Le capitalisme international irait-il trop fort qu’il commencerait à gêner l’intelligentsia « libérale » ? On peut se poser la question.

 

 

La connerie d’or

 

 

Le très capitaliste quotidien « l’Echo » de ce samedi a interrogé trois économistes sur les pistes qu’ils entrevoient pour « sauver la croissance ». Il s’agit de l’ineffable Etienne de Callataÿ (banque Degroof), d’Ivan Van de Cloot (Itinera institute) et de Paul De Grauwe (professeur à la KUL).

 

 

Le palme de la « connerie d’or » revient incontestablement à de Callataÿ qui suggère que le gouvernement annonce pour le 1er octobre prochain une hausse de la TVA comme cela « beaucoup de gens vont se précipiter pour acheter aujourd’hui. C’est une mesure budgétaire avec un impact positif instantané sur la croissance. » L’économiste de la banque Degroof oublie que le pouvoir d’achat des ménages ne cesse de diminuer et que, hausse ou non de la TVA, les gens ne se précipiteront pas pour consommer plus et ainsi « relancer » l’économie. De plus, une hausse généralisée de la TVA ne ferait qu’aggraver la précarité !

 

 

 

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And the winner is... la "connerie d'or" pour Etienne de Callataÿ !

 

 

 

Le second prix va à Van de Cloot qui propose de donner des consignes « aux fonctionnaires pour accélérer les dossiers d’investissements. » Ben tiens ! On accroîtrait les déficits. Ce n’est pas très orthodoxe cela. Mais, ce n’est pas tout ! Le gourou d’Itinera propose un « déphasage » au niveau européen : « Il faut que la Grèce fasse plus d’austérité que l’Italie qui en fasse plus que la Belgique, etc. Au bout de la chaîne, des pays comme l’Allemagne et les Pays Bas ne doivent pas en faire du tout. Cela stimulera mécaniquement la demande extérieure des autres. » Autrement dit, les pauvres payent pour les riches. Il n’y a vraiment rien de nouveau sous le soleil bancaire, M. Van de Cloot.

 

 

 

ivan_van_de_cllot.jpg

Pour Ivan Van de Cloot : les pauvres doivent payer pour les riches...

 

 

Heureusement, le troisième, Paul De Grauwe, est hors concours. L’ancien parlementaire VLD dénonce la « dictature des créanciers ». La Commission européenne mène une politique perverse, selon lui, en alimentant l’austérité alors que l’Europe se dirige vers une récession. « La Commission aurait dû dire : les mesures d’austérité sont indispensables, mais vu la récession qui s’installe, il serait bon de les postposer. Elle a fait exactement l’inverse… » Cela relève du dogmatisme pour le professeur à la KUL. Notons au passage que De Grauwe avait approuvé les critiques de Paul Magnette à l’égard de la Commission. Enfin, l’économiste De Grauwe prédit une récession en Allemagne, ce qui permettrait à la Belgique de relancer la consommation et de reprendre les exportations. Le malheur des uns…

 

 

 

Paul_de_grauwe.jpg

L'exception Paul De Grauwe : un économiste libéral mais non dogmatique

 

 

 

Irréversible ?

 

 

Un bureau d’études – Laplace Conseil – a remis un rapport dans lequel il estime que la fermeture de la phase à chaud d’Arcelor Mittal à Liège est irréversible, à moins d’injecter un milliard d’Euros, ce qu’aucun opérateur privé n’acceptera de faire.

 

 

 

arcelor_mittal_chaud.jpg

La phase à chaud d'Arcelor Mittal à Liège peut être sauvée,

c'est une question de volonté politique.

 

 

Cela a l’air énorme, mais que représente un milliard d’euros en regard des 480 milliards prêtés à un taux dérisoire par la BCE aux banques privées ? La sidérurgie ne pourra être sauvée qu’au niveau public et européen.

 

 

L’argument de la concurrence mille fois opposé par les dirigeants des institutions européennes pour interdire les  « aides d’Etat » ne tient pas : la concurrence est mondiale et ne se déroule pas au sein de l’Union européenne, Arcelor Mittal ayant un quasi monopole dans plusieurs pays européens. La relance de la sidérurgie européenne par des investissements publics au niveau de l’Union permettra à ce secteur de retrouver sa position concurrentielle et de sauver et de créer ainsi un nombre considérable d’emplois.

 

 

 

 

Pierre Verhas

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 18:19

Le gouvernement ultraconservateur, dirigé par Victor Orban, a été élu en 2010. Composé de députés du parti Fidesz en coalition avec les chrétiens démocrates (minoritaires), il possède plus de 2/3 des sièges au Parlement et a œuvré dès le départ à la transformation de la Hongrie en un Etat autoritaire et nationaliste. Le Fidesz est membre du PPE dont Viktor Orban a été nommé vice-président.

 

 

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Viktor Orban dit le "viktateur" impose sa Constitution envers et contre tout.

 

 

Une nouvelle constitution particulièrement liberticide a été adoptée à la fin de l’année dernière par le Parlement hongrois et est entrée en vigueur au 1er janvier 2012. Il est à noter qu’elle a une particularité juridique : elle doit être accompagnée d’une série de lois organiques votées par les 2/3 des parlementaires magyars.

 

 Cette nouvelle constitution et ses lois organiques d’application ont fait l’objet d’une désapprobation non seulement d’une large part de l’opinion publique hongroise mais aussi de critiques au niveau international. La secrétaire d’Etat Hillary Clinton, plusieurs parlementaires européens dont Guy Verhofstadt ont exprimé leur inquiétude à ce sujet. Au niveau de la Commission européenne et du Conseil, la prudence est de mise. S’en étonnera-t-on ?

 

 

 hillary-clinton.jpg  guy_verhofstadt.jpg

Hillary Clinton, une colère diplomatique ; Guy Verhofstadt, une colère sans doute sincère, toutes deux inefficaces

 

Or, comme nous allons le voir, il s’agit de la part d’un Etat membre de l’Union européenne d’une violation flagrante de la Charte fondamentale, de la Convention européenne des droits de l’homme et aussi du Traité de Lisbonne.

 

Historique

 

L'actuelle Constitution de la République hongroise a été adoptée le 20 août 1949, suite à la prise du pouvoir par les communistes de Rakozy. C'est la toute première Constitution écrite de ce pays – d’ailleurs le seul de l'ancien bloc d'Europe centrale et d’Europe de l'Est à ne pas avoir entièrement récrit sa Constitution à la chute du communisme.

 

En 1988, on envisagea de préparer une nouvelle Constitution qui instaurerait un système multipartite, une démocratie parlementaire et une économie sociale de marché. Il n’a toutefois pas été possible de le faire alors, soi-disant faute de temps. L’Assemblée nationale a donc adopté en 1989 un amendement global à la Constitution de 1949; le préambule du texte amendé de 1989 prévoit que la Constitution restera en vigueur à titre temporaire jusqu'à l'adoption d'une nouvelle Constitution. Elle a été amendée à plusieurs reprises depuis 1989.

 

 

 parlement_budapest.jpg

Le Parlement de Budapest s'est-il fait hara-kiri  ?

 

La préparation et l'adoption d'une nouvelle Constitution ont été décidées dès l’arrivée du pouvoir de la coalition conservatrice en 2010. Elle a été adoptée le 18 avril 2011 et est entrée en vigueur le 1er janvier 2012 après l’adoption d’une série de lois organiques d’application votées à la « hussarde » par la majorité conservatrice lors du dernier trimestre 2011.

 

La nouvelle Constitution hongroise et son contenu

 

1)     Dans les domaines politique et religieux : la nouvelle Constitution rend rétroactivement "responsables des crimes communistes" commis jusqu'en 1989 les dirigeants de l'actuel Parti socialiste (ex-communiste), ce qui a poussé ces derniers à dénoncer "la mise en place d'une dictature". Notons que cette notion de « crimes communistes » existe en Tchéquie (voir notre article sur le « démocrate » Vaclav Havel.

 

Il est d’abord fait allusion à « Saint-Etienne » fondateur de la Hongrie. Ensuite, la mention « République de Hongrie » est remplacée par « Hongrie » mais le mot « République » est repris dans la phrase : « la forme d’Etat est une république ». Le statut et rôle du président de la République sont définis.  Cela n’empêche que En matière linguistique, la langue hongroise est la langue nationale et il n’y a pas de garantie constitutionnelle de protection des langues des minorités nationales.

 

En plus, la Hongrie porte la responsabilité de la situation des Hongrois vivant hors des frontières nationales. Cette disposition pourrait être interprétée comme autorisant le gouvernement hongrois à prendre des mesures en faveur des personnes d’origine hongroise citoyennes d’un autre pays. C’est la porte ouverte à d’éventuels conflits frontaliers. Voici les dispositions constitutionnelles.

  • Article D : Hongrois de l'étranger (situés principalement en Roumanie, en Slovaquie et en Serbie). "La Hongrie, ne quittant pas du regard la cohésion de la nation hongroise unie, est responsable du sort des Hongrois vivant hors de ses frontières, elle encourage la conservation et le développement de leurs communautés, elle appuie leurs efforts visant à la conservation de leur hongarité, la réalisation de leurs droits individuels et collectifs, la création de leurs collectivités communautaires, leur bien-être sur leur terre natale, tout comme elle promeut leur entente entre elles et avec la Hongrie."

La Commission de Venise (la Commission européenne pour la démocratie et le droit, organe consultatif chargé des questions constitutionnelles dont le siège est à Venise) a estimé dans son "Avis" que "la formulation relativement générale et imprécise" de cet article était "propre à susciter des inquiétudes" et a jugé "particulièrement malheureuse l'utilisation du terme "responsabilité" dans ce contexte, car il pourrait être interprété comme autorisant les autorités hongroises à prendre des décisions et des mesures à l'étranger en faveur de personnes d'origine hongroise citoyennes d'un autre pays", ce qui "ferait apparaître des conflits de compétences entre les autorités hongroises et celles des pays concernés". Elle a rappelé aux autorités hongroises qu'il ne leur appartenait pas "de décider si les Hongrois vivant dans d'autres Etats jouiront de droits collectifs ou seront habilités à créer leurs propres organes autonomes". Lors de sa visite à Budapest, les autorités hongroises lui auraient "formellement confirmé" qu'il fallait interpréter cet article comme "l'expression d'une volonté de coopérer avec les Etats concernés pour soutenir et assister les Hongrois vivant à l'étranger dans leurs efforts de préservation et de développement de leur identité" et non pas comme "la base de décisions applicables hors du territoire national".

 

C’est la porte ouverte à une nouvelle guerre « ethnique » dans les Balkans. La très prudente objection de la Commission de Venise n’a fait l’objet d’aucune mise en garde de la part des autorités de l’Union européenne. Cet attentisme pourra être lourd de conséquence : sans doute a-t-on vite oublié la catastrophe d’ex-Yougoslavie. Et n’oublions pas qu’un des objectifs principaux de l’Union est la paix en Europe… Cela n’est pas la meilleure manière de la garantir !

 

Côté religion, une loi réduit d'environ trois cents à quatorze les communautés bénéficiant de subventions publiques. Notons également qu’il est explicitement fait référence à « Dieu » (« Dieu bénisse les Hongrois ») dans le préambule de cette nouvelle Constitution.

 

2)     Sur le plan éthique, la nouvelle Constitution décrète que l’embryon est un « être humain » ce qui ouvre la porte à une interdiction de l’avortement.

Elle décrète également que le mariage ne peut avoir lieu qu’entre un homme et une femme, ce qui implique l’interdiction du mariage homosexuel.

 

 

mariage_gay.jpg

 Les réactionnaires ont un problème avec les mariages gays...

 

 

3)     En ce qui concerne les libertés : la Commission de Venise est très critique à l’égard de la Constitution hongroise.

 

Ainsi, en matière judiciaire, il n’est pas fait référence aux normes internationales sur les obligations des tribunaux en matière d’interprétation, ce qui est la porte ouverte à tous les abus, ni au respect des traités internationaux en matière de droits de l’homme.

 

En matière d’emprisonnement à vie, elle regrette qu’il n’y ait pas de possibilité de libérations conditionnelles.

 

Sur le plan de la liberté de la presse, elle n’est pas garantie comme une liberté individuelle, mais elle est organisée par une loi organique. C’est ainsi qu’une radio d’opposition s’est vue récemment retirée son autorisation d’émettre.

Une loi organique est consacrée à la liberté de conscience et au statut juridique des Eglises dont les dispositions sont les suivantes :

 

Article 1 : liberté de conscience et de religion. Il indique sobrement que "La Hongrie reconnait la liberté de conscience et de religion" (alors que la loi de 1990 – ancienne loi sur la liberté de conscience – disposait : "La liberté de conscience et de religion est une liberté publique fondamentale de l'être humain à laquelle chacun a droit et dont la République de Hongrie garantit l'exercice paisible"). Il détaille ensuite ce que "comprend" ce droit: "la liberté de choisir ou adopter une religion ou une autre conviction de conscience et d'en changer, ainsi que le droit de manifester ses convictions et de les professer", la "liberté qu'a toute personne physique de manifester sa religion ou autre conviction, que soit en effectuant des activités religieuses, des cérémonies et d'autres activités ou d'une autre façon, soit individuellement, soit collectivement avec d'autres, publiquement, que soit par des outils de communication ou dans la vie privée, de la pratiquer, l'enseigner ou de se passer de la manifester".

 

Article 2 : pratique au sein des institutions publiques et sociales. Les personnes "dont on s'occupe dans les établissements d'enseignement, de santé, sociales, de protection de la famille, de l'enfance et de la jeunesse" ainsi que celles "qui sont détenus dans les structures d'exécution des peines" doivent pouvoir exercer leur "liberté de conscience et de religion" "aux niveaux collectif et individuel" (la loi de 1990 ne mentionnait pas les établissements d'enseignement). Celles "qui exécutent un service auprès des organismes de défense de l'ordre et de défense nationale" peuvent, elles, "exercer librement" "au cours de l'accomplissement de leur service" leur "droit à la liberté de conscience et de religion".

 

Article 3 : enfants. "Le parent, le tuteur, a le droit de décider de l'éducation morale et religieuse de l'enfant mineur, de son enseignement religieux, et d'y veiller en conséquence." La mention de l'enseignement religieux est rajoutée par rapport à 1990 mais elle était entrée dans les faits depuis.

 

Article 4 : non-discrimination et limites. "Nul ne peut être avantagé ou désavantagé parce qu'il a choisi, adopté, déclaré et professé une conviction de conscience ou de religion, qu'ensuite il en a changé ou-bien qu'il l'a pratiquée" et "L'exercice du droit à la liberté de conscience et de religion ne peut être limité que selon ce qui est déterminé à l'alinéa (3) de l'article I de la Loi fondamentale".

 

Article 5 : non-publicité. "Les autorités d'État ne peuvent collecter des données et ne peuvent tenir de registre en relation avec le droit à la liberté de conscience et de religion. Au cours du recensement, l'information sur l'appartenance religieuse ne peut être demandée que si elle a un caractère non-obligatoire et d'une façon impropre à l'identification."

 

Il est significatif qu'un article important de la loi de 1990 ait disparu de ce chapitre (l'ancien article 8), qui disait que "ceux qui suivent les mêmes dogmes peuvent créer une communauté religieuse, une confession religieuse, une église (...) organisée en collectivité dans le but d'exercer leur religion". Ce droit à fonder une église est en effet supprimé par la nouvelle loi.

 

On observe une fois de plus le caractère profondément rétrograde de toutes ces dispositions. Elles partent d’une conception tout à fait dépassée des rapports sociaux, du statut de la femme et de la sexualité.

 

La nouvelle Constitution et les matières économiques

 

C’est en matière économique et financière qu’il y a un conflit ouvert entre le gouvernement hongrois, d’une part, et la Commission européenne et le FMI, de l’autre.

Il convient de noter qu’il est précisé dans la Constitution que la monnaie est le « forint », ce qui a évidemment pour but de retarder l’éventuelle entrée de la Hongrie dans la zone Euro.

 

Une loi organique a été adoptée par le Parlement hongrois le 30 décembre une loi réduisant l'indépendance de la banque centrale du pays. Cette nouvelle loi avait incité la Commission européenne et le Fonds monétaire international à rompre les négociations sur le renflouement financier du pays, dès le début décembre 2011.

 

Depuis 2010, le gouvernement Orbán a pris une série de mesures non-conformes aux règles européennes en matière économique.

 

Le Président Barroso a suspendu les négociations «préliminaires» visant à débloquer une ligne de crédit de 20 milliards d'euros à Budapest. Viktor Orban avait demandé, fin novembre, ce «filet de sécurité», auprès de Bruxelles et du Fonds monétaire international (FMI). La Commission décidera en janvier si elle accepte de reprendre ces négociations.

 

Dans le collimateur de la Commission: deux textes de loi touchant à l'économie. Le premier permet au gouvernement hongrois de nommer des vice-présidents de la Banque centrale, et limite de fait l'indépendance de l'institution (en contradiction avec l'article 130 du traité de Maastricht).

 

Le second impose un impôt sur le revenu égal pour tous les contribuables (une flat tax, à 16%), qui revient à supprimer l'impôt sur la fortune, et creuser un peu plus le déficit public. En outre, elle entrave au préalable tout futur gouvernement hongrois rendant très difficile toute nouvelle mesure fiscale.

 

Notons que c’est un argument difficile à faire valoir avec la « règle d’or » que le projet de Traité « Merkozy » veut imposer : il lie aussi les mains les futurs gouvernements de l’UE en matière budgétaire. S’il fallait démontrer que démocratie et ultralibéralisme ne sont pas compatibles, voilà un bel exemple.

 

A l'encontre des règles de discipline budgétaire dictées par Bruxelles. La Hongrie, avec une dette supérieure à 80% de son PIB, est le pays d'Europe centrale et orientale le plus endetté. Pour retrouver des marges de manœuvre, Orban cherche, entre autres projets périlleux, à mettre la main sur les réserves de change de sa Banque centrale.

 

La riposte des institutions européennes

 

Au préalable,  observons que l'exécutif européen s'est montré beaucoup moins regardant sur les lois enfreignant les libertés fondamentales.

 

C’est au Parlement européen que de nombreuses voix se sont élevées, malheureusement en ordre dispersé, comme Guy Verhofstadt ou le groupe des Verts. On observera que le PPE, groupe principal, n’a pas pris position sur cette question lors de son Congrès de Marseille des 7 et 8 décembre 2011, où Viktor Orban était présent.

Les Verts font appel officiellement à l’application des alinéas 2 et 3 de l’article 7 du Traité de Lisbonne qui prévoit les mesures en cas de violation grave des dispositions de l’article 1bis sur les valeurs de l’Union. Timidement, le groupe socialiste considère qu'il faut «sérieusement l'envisager». En effet ces dispositions du traité de Lisbonne prévoient, en cas de non-respect par un Etat membre des «valeurs fondamentales» de l'Union, que le droit de vote de ce pays, au sein du Conseil, soit suspendu. «C'est tout ce qu'il y a à disposition... Il est techniquement possible d'appliquer l'article 7, mais d'un point de vue politique, c'est une tout autre histoire», estime Mattias Kumm, professeur de droit européen au Centre de recherche en sciences sociales de Berlin. N’est-ce pas là prendre ses désirs pour des réalités ?

 

La procédure peut s'enclencher sur l'impulsion du Parlement européen, ou de la Commission, ou encore d'un tiers des Etats membres. Mais il faudrait rassembler, en bout de course, l'ensemble des 26 autres Etats membres, en dehors de la Hongrie, pour que la sanction entre en vigueur. Un scénario quasi impossible, puisque la majorité des gouvernements européens sont conservateurs.

 

2 - Poser des «conditions» à l'aide financière

 

«Il faut débloquer l'aide à la Hongrie, qui en a besoin, mais il faut aussi poser des conditions», avance Catherine Trautmann (groupe socialiste). On pourrait, par exemple, exiger que Budapest assouplisse certaines de ses lois jugées les plus problématiques par Bruxelles, avant de verser une première tranche de l'aide. On rêve à Strasbourg !

 

Cette piste ne s'annonce pas simple non plus à négocier. D'autant, comme on l’a vu, que Budapest s'est déjà brouillé avec le FMI, en juillet 2010, au sujet d'une première enveloppe d'aide, et qu'Orban aura du mal à accepter de nouvelles conditions du FMI et de l'UE, s'il veut continuer à jouer sur la corde nationaliste pour plaire à son électorat.

 

Par la pression financière, le FMI et la Commission arriveront sans doute à faire céder Viktor Orban sur ses mesures en matière financière, mais gageons que les questions des droits, des libertés, des problèmes éthiques, cette partie de bras de fer sera sans effet.

 

C'est la piste la plus floue, mais sans doute aussi la plus probable: celle des sanctions symboliques. «Je ne crois pas que l'on ira jusqu'à l'exclusion du Fidesz du PPE, mais il pourrait y avoir une forme de condamnation publique du parti», estime Mattias Kumm. Mais ces sanctions informelles risquent aussi de se révéler inefficaces.

On se souvient du  fiasco pour l'Union, en 2000. Afin de protester contre l'entrée du parti d'extrême droite de Jörg Haider dans la coalition autrichienne de Wolfgang Schlüssel, les Européens avaient mis en place des sanctions diplomatiques. Qui consistaient notamment à ce que les fonctionnaires européens ne serrent pas les mains de leurs collègues autrichiens...

 

Le retour des Habsbourg

 

On peut constater – et ce n’est pas un hasard – que ces dérives antidémocratiques et eurosceptiques sont propres à des pays de la « Mitteleuropa » (l’ancienne Autriche Hongrie), l’Autriche, la Tchéquie et la Hongrie. De puissants mouvements favorables à une entité centre-Europe « habsbourgeoise » et catholique existent. 

 

Il est intéressant de lire l’interview que Georges de Habsbourg, le fils cadet de feu Otto de Habsbourg, a accordée à un organe français libéral – conservateur et proche de l’intégrisme catholique, « Nouvelles de France », au sujet de la Constitution hongroise.

 

 

  Georges-de-Habsbourg.png

 Georges de Habsbourg rêve-t-il d'un retour à l'empire auxtro-hongrois ?

 

 

Tout d’abord, l’archiduc se réjouit de la suppression du mot « république » du nom officiel de la Hongrie et de la référence à Dieu. « Ce qui change vraiment est le préambule qui commence en demandant « que Dieu bénisse les Magyars » et également le fait que le nom officiel de notre pays soit désormais la « Hongrie » et non la « République de Hongrie », bien que celle-ci demeure une république. Je suis tout à fait pour. Tout le monde a dit que cela allait transformer la Hongrie en régime présidentiel et qu’il s’agissait d’une sorte de révolution mais en fin de compte pas du tout. Les références à Dieu c’est très bien, à la Sainte Couronne, très bien, à la morale, très bien. Cela ne posera pas le moindre problème pour ceux qui se nomment Chrétiens. »

 

Ensuite, le cadet des Habsbourg, ayant lui-même choisi de vivre en Hongrie, s’exprime sur la question de l’avortement dont on devine son orientation… « Je trouve que c’est une très bonne chose d’y avoir inscrit la protection de l’enfant à naître. Concernant les questions d’avortement, il faut avant tout rechercher la protection de l’enfant. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura plus d’avortements en Hongrie car c’est la loi qui règle ces questions et la loi n’a pas changé. Cependant la vie commence avec la conception même si il y aura toujours quelques scientifiques pour dire que la vie commence à la 2ème ou 3ème semaine. A terme, bien sûr, les lois peuvent changer, mais ce n’est pas la constitution qui en décide. »

 

Quant à un retour éventuel à un régime monarchique, l’archiduc ne s’interdit pas de rêver : « Vous savez, le courant majoritaire de la famille Habsbourg est légitimiste, c’est-à-dire que nous acceptons la forme légitime de l’Etat. Aujourd’hui cette forme légitime est la république. Je ne pense pas que le nouveau préambule ait été élaboré en considération de la famille Habsbourg même si il semble revendiquer tout son héritage historique »

 

Si après tout cela, on ne voit pas qu’il existe en Europe centrale un danger mortel pour la paix et la liberté, on est aveugle ! Il est clair que dans l’état actuel des choses, la Commission n’ira pas très loin. Elle est déjà empêtrée dans la crise de la dette souveraine dans la zone Euro, pour se payer un contentieux en Europe centrale. Le Parlement aura beau vociférer, ses paroles resteront lettre morte. Le Conseil se cantonnera dans une opportune passivité.

 

Cela prouve en tout cas une chose – et on l’a vu depuis le début de l’affaire des dettes – les autorités européennes sont incapables de faire face à un défi majeur. La Hongrie en est un nouveau. D’autres suivront. Ce sera alors le déclin puis la chute de l’Union européenne.

 

 

La  solution ne peut que venir des peuples !

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 21:38

  

La « crise de la dette » prend des proportions telles que le doute s’installe et s’élargit aux esprits les plus ouverts aux idées libérales. C’est ainsi que Michel Rocard, ancien Premier ministre PS, et l’économiste Pierre Larrouturou, membre d’Europe Ecologie les Verts, ont jeté un fameux pavé dans la mare en posant dans le Monde du 2 janvier une question saisissante : « Pourquoi faut-il que les Etats paient 600 fois plus que les banques ? ». Ce changement considérable de point de vue au sein des élites est un élément nouveau et fondamental.

 

Un autre économiste, le Marseillais Alain Beitone, dans le Monde du 29 décembre dernier,  fustige de son côté ceux qui critiquent l’affaiblissement de la puissance publique, autrement dit, son incapacité d’intervenir sur les marchés financiers. Comme « arguments », il use entre autres de l’amalgame et de l’accusation d’antisémitisme. Lorsqu’un débat est pollué de cette manière, nous entrons dans une zone dangereuse. C’est la raison pour laquelle, j’ai écrit cette lettre ouverte à M. Beitone.

 

Pierre Verhas

 

 

Bien entendu, Monsieur le professeur Beitone, vous ne manquez pas de dénoncer la théorie du complot et même l’antisémitisme à l’égard de ceux qui critiquent l’ouverture aux marchés financiers des dettes souveraines, depuis 1973 en France et depuis 1992 dans l’ensemble de l’Union européenne. En outre vous prenez prétexte de l’antisémitisme de l’extrême-droite pour faire l’amalgame avec la critique de gauche qui userait des mêmes arguments. Triste manière de débattre !

 

En cette affaire, derrière le brouillard du procès en sorcellerie, se pose une question essentielle : est-il acceptable que l’argent prélevé par l’Etat aux citoyens puisse servir des intérêts privés ? N’est-ce pas en définitive porter atteinte à la liberté d’investir à laquelle vous semblez tant tenir ? N’est-ce pas aussi mettre en danger les ressources de tous pour protéger celles de quelques-uns. En plus, le citoyen est exclu de ce débat où ses intérêts fondamentaux sont mis en jeu.

 

 

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 Alain Beitone, économiste, professeur à Marseille

 

 

Or, si on vous lit (le Monde du 29 décembre 2011), vous dénoncez cette critique : « la loi de 1973 ne fait que confirmer la possibilité ancienne pour le Trésor d'obtenir des avances auprès de la Banque de France dans le cadre d'une convention approuvée par le parlement. Bref, une analyse économique et historique même superficielle conduit à rejeter l'explication incantatoire par " la loi de 1973 "» En passant, la Banque de France n’est pas « les marchés financiers », me semble-t-il. Plus loin, vous ajoutez : « La France est bien passée d'un financement de la dette publique très largement administré dans le cadre du "circuit du Trésor", à un financement par le marché. On peut préférer une moindre dépendance à l'égard des marchés financiers, mais sans oublier que le financement administré n'est pas sans inconvénients. Et sans oublier non plus que le passage au financement de marché était lié à la volonté d'obtenir des crédits à moindre coûts sur un marché plus profond et plus liquide. » Encore une fois, vous éludez l’essentiel : le financement via le marché rend les Etats dépendants et leur ôte tout pouvoir de contrôle. C’est ainsi que le coût de la dette est devenu insupportable et ainsi fait courir un énorme risque à la collectivité.

 

Une réponse vient d’être donnée par Michel Rocard, ancien Premier ministre associé pour la circonstance à l’économiste, membre d’Europe Ecologie les Verts, Pierre Larrouturou (le Monde du 3 janvier 2012) :  « Au même moment, dans de nombreux pays, les peuples souffrent des plans d'austérité imposés par des gouvernements auxquels les marchés financiers n'acceptent plus de prêter quelques milliards à des taux d'intérêt inférieurs à 6, 7 ou 9 % ! Asphyxiés par de tels taux d'intérêt, les gouvernements sont "obligés" de bloquer les retraites, les allocations familiales ou les salaires des fonctionnaires et de couper dans les investissements, ce qui accroît le chômage et va nous faire plonger bientôt dans une récession très grave.

Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ?"Etre gouverné par l'argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé", affirmait Roosevelt. Il avait raison. Nous sommes en train de vivre une crise du capitalisme dérégulé qui peut être suicidaire pour notre civilisation. Comme l'écrivent Edgar Morin et Stéphane Hessel dans Le Chemin de l'espérance (Fayard, 2011), nos sociétés doivent choisir : la métamorphose ou la mort ? »



Il est rare, Monsieur le professeur Beitone, que de si hautes autorités politiques et intellectuelles lancent un tel cri d’alarme. Elles remettent ainsi en question le système ultralibéral qui tente de s’imposer comme étant sans alternative.

 

 

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 Michel Rocard jette un pavé dans la mare du néolibéralisme : tout arrive !

 

 

En effet, envers et contre tout, on préserve ce système en refusant d’appliquer les solutions de bon sens qui mettraient rapidement fin à la crise de la dette souveraine. Ces solutions consistent à redonner à la puissance publique à l’échelle européenne, autrement dit au citoyen, la faculté de décider afin de préserver l’intérêt général. Il est urgent qu’elle intervienne sur le prix de la dette, et, comme le propose l’association ATTAC que vous réduisez au rôle de « distributeurs de tracts », de ne payer que la dette légitime, ce qu’on appelle couramment « l’incontestablement dû ». Rocard et Larrouturou ne disent pas autre chose : « Faire payer des taux d'intérêt colossaux pour des dettes accumulées il y a cinq ou dix ans ne participe pas à responsabiliser les gouvernements mais à asphyxier nos économies au seul profit de quelques banques privées : sous prétexte qu'il y a un risque, elles prêtent à des taux très élevés, tout en sachant qu'il n'y a sans doute aucun risque réel, puisque le Fonds européen de stabilité financière (FESF) est là pour garantir la solvabilité des Etats emprunteurs... » En résumé : va-t-on continuer à payer des intérêts usuraires pour des dettes déjà plusieurs fois remboursées ?

 

 

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Pierre Larouturrou, écologiste, économiste critique du néolibéralisme,

a plusieurs fois travaillé avec Michel Rocard.

 

 

Les auteurs proposent en conclusion certaines solutions techniques, à défaut de pouvoir modifier les règles du jeu, car, ici aussi, le système bancaire a verrouillé le pouvoir de décision politique.

 

Par contre, Monsieur le professeur Beitone, si vous rejoignez dans vos conclusions les exigences de beaucoup, notamment en demandant une régulation des marchés financiers, qu’il faut fixer un taux d’intérêt plafond de la dette, ce qui est jusqu’à présent refusé par la BCE, en appelant à une réforme fiscale de grande ampleur, vous refusez de d’admettre que ces mesures sont impossibles en laissant la main mise des seuls marchés financiers sur les dettes souveraines.

 

Cette contradiction perturbe le débat. Et, bien entendu, l’on oublie l’essentiel : si on veut sortir de cette crise, il faut en revenir à l’économie réelle. Par la désindustrialisation, le chômage est devenu endémique. Par l’affaiblissement de l’Etat, la puissance publique est devenue exsangue. Par l’austérité, la sécurité sociale devient une coquille vide et la misère se répand.

 

Vos amis et vous, Monsieur, avez voulu révolutionner la société pour y installer le pouvoir de l’argent. Vous avez beaucoup détruit, mais sachez que cette entreprise ne réussira pas !

 

Assez de Goldman Sachs, assez d’Arcelor Mittal, assez de Merkozy, assez d’austérité ! Assez de misère, assez de pensée emprisonnée !  Il faut reconstituer un tissu industriel moderne et efficace, il faut encadrer les marchés financiers par des règles strictes, il faut rétablir les grands services publics de transport et de communication, il faut redonner à la puissance publique les pouvoirs, notamment d’investissement et de politique économique, dont elle a été dépouillée, il faut œuvrer à un nouveau contrat social qui assure à chacun(e) la liberté, le droit au travail, des soins de santé et des revenus décents.

 

Bref, le citoyen doit reprendre le pouvoir !

 

Pierre Verhas

 

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 00:08

Ils veulent suicider l’Europe. L’énième sommet européen de « la dernière chance » du 9 décembre 2011 accouche d’un projet de Traité qui entraîne l’Union européenne dans une fuite en avant sans précédent. C’est le renoncement à l’idée européenne en imposant par une procédure intergouvernementale un vrai-faux traité qui dicte une seule politique à l’Europe, celle de l’austérité et de son contraire, la relance, avec sanctions à la clé pour les Etats membres qui ne s’aligneraient pas. Jamais dans l’histoire des démocraties, une politique fut imposée par une norme !

 

En outre, comme le dit un de mes proches : « L’intergouvernemental est la cause de dizaines de millions de morts dans l’histoire ». L’Europe fut justement fondée pour remplacer les relations intergouvernementales par des relations communautaires ou supranationales. Même de Gaulle ne souhaitait pas que l’on en revienne à « l’intergouvernemental ».

 

 

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De Gaulle ne souhaitait pas une Europe "intergouvernementale"

 

Nous l’avons écrit à plusieurs reprises : l’Europe est une construction hybride où se partagent l’eau et le feu, où l’intergouvernemental et le communautaire sont mêlés. Les décisions de fond se prenaient au niveau du Conseil (intergouvernemental), et leur application dépendait du communautaire, c’est-à-dire la Commission. Celle-ci avait cependant la faculté de proposer des directives qui devaient cependant être approuvées par le Conseil.

 

Le Conseil s’est renforcé sous Giscard qui a instauré les « Sommets » européens des chefs d’Etat et de gouvernement.

 

 

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En bon libéral, Giscard était plus ouvert à "l'intergouvernemental".

 

Depuis Maastricht et le début de l’élargissement à marche forcée, l’intergouvernemental reprend le dessus. Le principe de subsidiarité permet aux Etats-membres de gérer eux-mêmes des compétences européennes. Les traités qui ont suivi jusqu’à celui de Lisbonne, vont dans le sens du renforcement de l’intergouvernementalité, surtout avec les nouveaux pays de l’Est qui n’ont pas du tout la notion de la supranationalité.

 

Le projet de Traité du 9 décembre dicté par le chantage de la puissance financière est purement intergouvernemental. D’ailleurs, y a-t-il vraiment « traité », comme l’affirme Sarkozy ?

 

 

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Sarkozy a beau affirmer, plus personne ne le croit !

 

 

 

Ceci n’est pas un traité.

 

Si on lit la presse – ici l’article de Jean Quatremer dans « Libération du 11 décembre – cette notion de traité est assez floue : « Ce traité ad hoc est pour l’essentiel un engagement commun à respecter la discipline budgétaire prévu par le Pacte de stabilité renforcé qui entre en vigueur ce lundi afin d’éviter qu’une majorité de circonstance le modifie comme en 2005. Les Vingt-six s’engagent aussi à voter les projets de règlements déposés par la Commission le 23 novembre qui institue une véritable tutelle européenne sur les pays dont les finances menacent de déraper (avec possibilité de déposer des amendements aux budgets nationaux). Le Pacte de stabilité sera aussi modifié afin de rendre encore plus automatique les sanctions financières

 

Le futur « traité », qui devrait être prêt avant le mois de mars et que les Etats se sont engagés à appliquer avant même les ratifications parlementaires nationales, oblige les Etats à introduire une « règle d’or » dans leur constitution afin de garantir l’équilibre budgétaire. Un équilibre défini assez largement puisqu’un « déficit structurel » (donc non conjoncturel) de 0,5 % du PIB est toléré. Un « mécanisme de correction automatique », « mis au point par chaque Etat membre sur la base de principes définies par la Commission », « sera déclenché si un écart est constaté ». Afin d’éviter des « règles d’or » trop floue, la Cour de justice européenne sera chargée de veiller à leur conformité avec les principes définies à Vingt-six.

 

Cette « union de stabilité » ne se contentera pas de la simple surveillance des budgets. Les Vingt-six devront harmoniser leur législation dans plusieurs domaines (fiscalité, marché du travail, sécurité sociale, etc.) Surtout, « toutes les grandes réformes de politiques économiques » seront examinées en commun. » En clair, il s’agit d’un Pacte de stabilité renforcé avec en plus l’obligation pour tous les Etats membres d’appliquer la « règle d’or » soit dans leur Constitution, soit par une loi nationale contraignante. De plus, il est évident que l’on touchera au fameux modèle social. Derrière cet imbroglio politique et juridique se cache la volonté d’imposer à l’Union européenne le modèle ultralibéral.

 

La notion de Traité Gouvernemental est un non sens. Un traité est un accord entre des pays dont la force est supérieure aux lois nationales. Ici il s’agit seulement d’une démarche qui n’a ni l’approbation du Parlement Européen ni celle de la Commission, et moins encore celle des Parlements nationaux. C’est donc une déclaration d’intention dont tout le monde ignore la manière dont elle sera appliquée : si, comme le souhaite l’Allemagne, le principe de la discipline fiscale doit être inscrite dans les traités, faudra-t-il repasser par les affres du traité de Lisbonne ? Il ne s’agit donc que d’un accord intergouvernemental entre les pays de l’Eurozone auquel il faut ajouter neuf autre pays qui ont cédé aux pressions de l’Allemagne. Pour avoir force exécutoire, il devra entrer dans la législation européenne. De plus, un des membres – la Grande Bretagne - ayant refusé cet accord, il sera impossible d’élaborer un traité. Ce serait une première qui diviserait l’Europe pour longtemps.

 

On jette volontairement la confusion entre un accord intergouvernemental et  un Traité qui  ne peut être valable qu’après approbation des Parlements nationaux ou des peuples, par référendum par exemple, la volonté des instances dirigeantes étant manifestement de sauter la case « peuple ».

 

Comme l’écrit Martine Orange dans Mediapart : « En quelques semaines, on a vu un gouvernement (grec) privé du droit d'en référer à son peuple, un autre (italien) chassé par l'action conjuguée des marchés, de la BCE et de l'Europe et remplacé par un gouvernement technocratique qui n'a plus de compte à rendre, excepté à Bruxelles et au couple franco-allemand ; enfin, tous les pays de la zone euro et plus largement de l'Europe ont été sommés d'abandonner une part de leur souveraineté et de se conformer à des règles qu'ils n'ont même pas eu le droit de discuter et encore moins d'amender.

 

 

mario monti

Mario Monti : les technocrates banquiers à la tête !

 

 

Pour la première fois dans l’histoire de l’Union, on tente de modifier un traité, qui s'impose à tous et a une valeur au-dessus des constitutions nationales, par voie d'accord bilatéral. De même, Bruxelles exige des modifications constitutionnelles pour inscrire la règle d'or dans les textes fondateurs, comme une procédure automatique. Les technocrates n'ont pas osé aller jusqu'au décret ou au règlement, mais ils auraient bien voulu !

 

L’ultralibéralisme tue l’Europe.

 

La Communauté, puis l’Union européenne sont une construction libérale. L’article clé de voûte du Traité de Rome instaure la « concurrence libre et non faussée » entre les Etats-membres. Cette disposition s’est vue renforcée dès les années 1980 – 1990  pour empêcher toute aide d’Etat et par là toute politique industrielle et économique. Il s’agit donc d’un objectif politique : libéraliser l’Europe en démantelant toute réglementation et tout contre-pouvoir institutionnel.

 

Si l’Union avait démocratiquement défini une politique économique commune et coordonnée entre les Etats membres, un peu comme s’était faite à l’origine la fameuse Politique agricole commune qui n’est plus qu’un vague souvenir, c’eût été acceptable et même souhaitable. Tout cela est très loin : c’était l’Europe ringarde. Maintenant, on va de l’avant et on passe en force pour faire très vite. Cette accélération est une des stratégies des néolibéraux : pas de palabre, il faut agir et on est tenu d’approuver.

Une Conférence inter gouvernementale (CIG) est désignée pour élaborer le plus rapidement possible le « traité ». Elle est composée de trois délégués par Etat-membre, sot 78 personnes qui seront des diplomates et des fonctionnaires. Il y aura en outre 3 parlementaires européens et 3 fonctionnaires de la Commission. En fait, ces parlementaires qui seront les seuls « politiques » servent de paravent, car sans représentation « communautaire », la Cour de Justice pourrait rejeter le « traité ». C’est une plaisanterie de concertation qui n’offre aucune garantie démocratique : six « communautaires » (Parlement et Commission) face à 78 « intergouvernementaux », on voit le rapport de force !

 

Timidement, plusieurs membres du Parlement européen tentent d’accroître son influence au sein de cette CIG. Mais on peut se poser la question comme l’écrit le constitutionnaliste français Jean Gicquel : « On est un peu étonné que le Parlement européen, élu au suffrage universel direct – ce qui est une situation unique au monde – ne revendique pas cette légitimité démocratique dont il est le seul à se prévaloir. »

 

 

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Jean Gicquel : rappel à l'ordre du constitutionnaliste

 

Comme l’écrit Martin Wolf, correspondant du Financial Times dans le « Monde » du 20 décembre 2011 – ce n’est donc pas un journaliste spécifiquement « gauchiste » –, après avoir critiqué ces mesures qu’il juge trop sévères pour pouvoir être appliquées, Wolf ajoute : « Le Conseil souligne certes que des mesures et des sanctions, proposées ou recommandées par la Commission, seront  adoptées à moins que les pays de la zone euro ne s’y opposent à la majorité qualifiée (NDLR donc plus à l’unanimité, comme c’est encore le cas). (…) Cela voudrait dire qu’à partir d’estimations incertaines des déficits structurels, la Commission (compose de bureaucrates non élus) pourrait imposer des sanctions à des gouvernements élus. (…) Que fera la Commission s’ils refusent de plier ? Elle en prendra le contrôle ? La réponse est oui. Et il s’agit là d’une monstruosité constitutionnelle. »

 

 

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 La Commission deviendrait dans l'esprit de "Merkozy" une police des Etats-membres !

 

 

La seule solution est de sauver l’Europe politique, faute de quoi nous serons définitivement sous le joug des marchés avec la complicité de politiciens médiocres et sans scrupules. Le réveil des peuples est indispensable : il faut exiger dès à présent un référendum partout en Europe sur ce nouveau traité.

 

 

Pierre Verhas

 

 

Dès 2012, nous entamons une série d’articles sur les questions du capitalisme et de la démocratie. A l’instar de nos aînés, il est fondamental pour l’avenir des peuples et de la société d’établir une démocratie réelle, moderne, ouverte.

C’est notre avenir qui est en jeu.

Tous nos vœux pour 2012 !

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 15:51

Vaclav Havel : pas si « démocrate » qu’on le dit !

 

On pleure dans les chaumières de « l’Occident » la disparition de Vaclav Havel que l’on présente comme un champion de la liberté et de la démocratie dans les pays de l’Est. Il fut, bien entendu, un « Européen convaincu » et un partisan acharné de l’économie libérale.

 

 

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Vaclav Havel : néo-libéral et "Européen convaincu"

 

S’il fut incontestablement un dissident ferme et courageux à l’époque de la reprise en main de la Tchécoslovaquie par l’URSS, Vaclav Havel était un partisan acharné de l’ultralibéralisme. Il disait que tant que tout n’avait été privatisé, l’on n’était pas débarrassé du communisme… L’ancien président de la Tchécoslovaquie affichait un mépris total de la démocratie où il y décelait « le culte de l’objectivité et de la moyenne statistique » et  fustigeait cette idée que l’on puisse réaliser des efforts sociaux rationnels et collectifs pour résoudre la crise environnementale.

 

Havel alliait un réel fanatisme néolibéral à une très forte dévotion religieuse : il appelait de ses vœux l’émergence d’une nouvelle race de dirigeants politiques qui s’appuieraient moins sur « une pensée rationnelle, cognitive », démontreraient « de l’humilité face à l’ordre mystérieux de l’Être » et « croiraient en leur propre subjectivité comme principal lien les unissant à la subjectivité du monde ».

 

 

Comme président de la république tchécoslovaque, puis tchèque, il a demandé un effort afin de sauver la famille chrétienne dans la nation chrétienne tchèque. Se présentant comme un homme de paix, et tout en prétendant qu’il ne vendrait jamais d’armes à des régimes oppressifs, il a vendu des armes aux Philippines et au régime fasciste en Thaïlande. En juin 1994, le Général Pinochet a été signalé en train d’acheter des armes en plein cœur de la République tchèque – sans qu’Havel ne nie les faits.

 

Comme bien des dirigeants ultralibéraux, Havel fit suspendre le parlement pour  gouverner par décret, afin de mieux faire passer ses « réformes » libérales. Cette même année, il a ratifié une loi qui a fait de la défense du communisme un acte de trahison passible d’une peine de huit années d’emprisonnement.

 

Enfin, Vaclav Havel fit voter une loi criminalisant la diffusion de la haine nationale, religieuse et de classe. En effet, les critiques des grands intérêts financiers étaient désormais illégales, assimilées de façon injustifiable avec la bigoterie religieuse ou ethnique. Le gouvernement d’Havel a mis en garde les syndicats contre toute implication en politique.

 

Alors, Vaclav Havel, un champion de la démocratie ? Il convient de mettre plus que des nuances…

 

D'après un article paru sur le site "Grand Soir.info"

 

La guerre Horeca / IKEA

 

Tous les moyens sont bons pour garder son petit monopole. Le secteur Horeca n’est pas content sur la multinationale suédoise de commerce de meubles IKEA aux pratiques sociales quelque peu outrancières, parce qu’il y a dans chaque magasin, un restaurant pratiquant des prix bien moins élevés que les maisons de bouche classiques.

 

Pour protester contre cette pratique jugée déloyale, les délégués de l’Horeca ont « invité » des SDF de Bruxelles à un repas chez IKEA à Zaventem.

 

 

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La multinationale suédoise IKEA défie le secteur Horeca qui répond par l'exploitation de précarisés !

 

Le CPAS de Bruxelles s’est indigné à juste titre de cette exploitation éhontée de gens démunis à des fins de « guerre » commerciale. Dans l’esprit de cette corporation, les « pauvres » sont un instrument à exploiter à des fins qui leur échappent. L’humain est réduit à un objet commercial… Il paraît que c’est le progrès !

 

Il est temps que le secteur de la restauration connaisse un véritable contrôle des prix dans un but social évident et afin de combattre le corporatisme qui revient en force.

 

Mais, chut ! Ne le dites pas à la Commission européenne : ce serait un sacrilège à l’égard de « la concurrence libre et non faussée »…

 

Bpost : 5000 emplois en moins grâce à la Commission européenne

 

Nous vivons l’ère de la « libéralisation », oui tout le monde sait cela ! Sauf  Bpost, où la Commission rappelle à l’ordre le gouvernement belge parce que la distribution des journaux, effectuée par les vestiges de l’ancienne Poste – service public, n’est pas soumise à la sacro-sainte concurrence. Résultat : 5000 emplois menacés. Merci l’Europe !

 

La Commission va même plus loin : toute subvention à un service public pourrait être assimilée à « une aide d’Etat illégale ». Si vous ne le saviez pas encore, la très néolibérale institution européenne a décidé d’éradiquer les services publics.

 

Si nous voulons une réelle union des peuples européens, ce n’est pas cette Europe là !

 

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Occupy Berlaymont, le siège de la Commission européenne, cela vous dit ?

 

Tiens, une petite idée à creuser : « Occupy » Berlaymont. Qu’en pensez-vous ?

 

Combat syndical : attention au découragement !

 

Le 2 décembre, grande manifestation des organisations syndicales à Bruxelles, le 22 décembre, grève nationale (essentiellement du secteur public…), ce furent incontestablement deux journées de grande mobilisation avec comme perspective une grève générale le 30 janvier 2012.

 

Cela n’a pas empêché le gouvernement « papillon » de faire passer en force le premier volet de son plan d’austérité, sans pratiquement aucune concertation avec les partenaires sociaux.

 

 

 

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Grève du 22 décembre 2011 : les travailleurs sont mobilisés !

Pour combien de temps ?

 

 

En dépit de la mobilisation, c’est un échec : le mouvement syndical n’a pas réussi à créer le rapport de force. Il faut trouver une autre stratégie. Les manifs « promenades » et les grèves de 24 heures ne suffisent pas.

 

S’il n’y a pas une réelle négociation entre le gouvernement et les partenaires sociaux dans les prochaines semaines, donnant des résultats concrets, le découragement risque de s’installer chez les travailleurs et les allocataires sociaux. Et alors, il sera très difficile de les mobiliser.

 

Ce serait la porte ouverte à l’aventure.

 

 

Petite phrase

 

découverte dans le « Monde » du 29 décembre, dans un reportage sur Vukovar aujourd’hui après la guerre dite d’ex-Yougoslavie : les propos d’une jeune femme.

 

« Quand j’étais petite, je ne savais même pas que j’étais croate. Puis le temps de la haine et de la mort est venu. Aujourd’hui, on offre à nos enfants l’indifférence. ».

 

Remplacez le mot « croate » par n’importe quelle sous-nationalité revendiquant son « autonomie » et vous aurez la triste réalité de l’Europe d’aujourd’hui…

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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 10:21
      Ces deux extraits de films provenant du blog d'Aliocha, une journaliste économique française, sont d'une brûlante actualité. Ce sont deux scènes extraordinaires d'oeuvres de cinéma qui n'ont pas vieillies et qui nous font voyager du passé à notre époque. Nihil sub sole novi.   Pierre Verhas

 

Le blog d'Aliocha : http://laplumedaliocha.wordpress.com/

 

 

10/12/2011

Verneuil avait prévenu !

Filed under: détente — laplumedaliocha @ 13:19 

Pour rebondir sur la discussion soulevée par le précédent billet, tout en se détendant parce que, hein, bon, c’est quand même le week-end, je vous propose d’oublier les experts financiers, agences de notation et autres fumisteries du même genre, pour aller réfléchir avec des esprits bien plus éclairés. Par exemple, un réalisateur dont j’aime à peu près tous les films et dont surtout j’admire profondément les qualités d’analyse. Il s’agit d’Henri Verneuil. Vous savez, celui du Président, de I comme Icare ou encore de Mille milliards de dollars. Plus je regarde ses films, plus je m’aperçois qu’il avait eu le génie de saisir, il y a plusieurs décennies déjà, les virus dormants qui allaient nous frapper.

Tenez par exemple, repassons-nous pour le plaisir et pour la réflexion, la scène légendaire où Gabin, président du conseil, tacle les députés sur leur vision de l’Europe. Tout y passe, les hypocrisies du discours politique et ses effets de style, les lobbys, les vraies visions d’avenir et les mensonges d’intérêts. C’était en 1961. Jouissif et glaçant de lucidité.

Et puisque nous y sommes, faisons un bond dans le temps. En 1982 sort Mille Milliards de dollars. L’histoire d’un journaliste qui enquête sur un scandale politico-financier et s’inquiète déjà l’époque de la puissance des groupes internationaux.

Voilà, c’est en regardant ces films, en lisant les philosophes, en écoutant les penseurs, les artistes toutes disciplines confondues que l’on a une chance de comprendre le monde dans lequel on vit, mais certainement pas en accordant un quelconque crédit aux experts…Il n’est pas de pire ignorant que celui qui croit savoir, ni de pire aveugle que celui qui regarde le monde à travers les lunettes étroites de sa micro-spécialité.

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 20:55

Un « clash » a eu lieu hier 30 novembre au Parlement européen. Une réunion était organisée par le président (en fin de mandat) de ce même Parlement, le protestant polonais Jerzy Buzek et le vice-président, l’évêque roumain d’origine Hongroise, Làszló Tökes invitant les organisations « philosophiques et non confessionnelles » à débattre de la mise en œuvre de l’article 17 du Traité de Lisbonne qui organise le dialogue entre les Eglises, les organisations philosophiques et non confessionnelles avec les institutions européennes.

 

 

 

 Jerzy-Buzek.jpg

Le protestant intégriste polonais Jerzy Buzek, Président sortant du Parlement européen

 

 

Le curieux Mgr Tökes

 

Cette réunion convoquée  à la dernière minute, sans ordre du jour, rassembla très peu de monde. En l’absence du président Buzek– il y avait en même temps une séance plénière au Parlement –, le vice-président ouvre la séance. Il commence par une interprétation très subjective de ce fameux article 17 : il distingue le caractère obligatoire du dialogue avec les Eglises du dialogue avec les organisations non confessionnelles reconnues en vertu du droit national. C’est une interprétation discriminatoire. En effet, l’article 17 dispose :

 

1.     L'Union respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les églises et les associations ou communautés religieuses dans les États membres.

2.      L'Union respecte également le statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les organisations philosophiques et non confessionnelles.

3.     Reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l'Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier avec ces églises et organisations.

 

Autrement dit, l’Union « respecte » le statut des Eglises comme des organisations philosophiques en vertu du droit national, sans distinction entre ces deux catégories. Il y a dans l’esprit de l’évêque Tökes une hiérarchie : les Eglises et les organisations non confessionnelles qui sont « complémentaires ».

 

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Le curieux Mgr Làszlo Tökes, évêque roumain et vice-président

en fin de mandat du Parlement européen

 

Il poursuit en évoquant le rôle fondamental joué par les Eglises dans « la chute du communisme » qu’il compare à la dictature nazie. En passant, il passe sous silence les nombreux dissidents laïcs  qui ont risqué leur liberté et même donné leur vie pour la libération des pays d’Europe centrale et orientale. Le vice-président conclut en citant l’Evangile selon Matthieu…

 

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Sophie In't Veld, députée libérale hollandaise au Parlement européen

 

La députée hollandaise Sophie In’t Veld, membre de l’ALDE – le groupe libéral du Parlement européen – représentant le parti social libéral Démocratie 66, intervient en protestant de la manière dont cette réunion est organisée et de la non-réponse à ses courriers, ainsi que des propos assimilant le communisme au nazisme.  Tökes l’interrompt, veut lui retirer la parole et prétend ne jamais avoir reçu de courrier. Madame In’t Veld s’insurge d’une telle attitude et de la mauvaise foi du vice-président. Elle décide de ne plus cautionner cette véritable mascarade et de  quitter la réunion. Elle est suivie de quelques personnes représentant l’Association européenne de la Pensée libre, dont l’auteur de ces lignes.

 

Il y a deux leçons à tirer de cet incident d’apparence mineure et interne aux arcanes du Parlement européen.

 

La démocratie bafouée

 

Tout d’abord, l’esprit et la lettre de la démocratie sont bafoués dans les institutions européennes. On remarquera que tous les dirigeants des institutions européennes sont des chrétiens de droite : Barroso à la Commission, Buzek et Tökes au Parlement, Van Rompuy au Conseil. Certes, le Parti populaire européen (chrétien) est de loin le principal groupe politique au Parlement européen et cela reflète la volonté de l’électeur européen, mais on ne peut accepter que des dirigeants profitent de leur position momentanément dominante pour imposer une seule conception du monde dans une Union européenne dont la devise est « Unité dans la diversité ».

 

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Buzek, Barroso, Van Rompuy : le trio très chrétien intégriste dirigeant l'Union européenne (Photographie Commission européenne)

 

On s’aperçoit aussi que les représentants de certains pays d’Europe de l’Est n’ont aucune notion et encore moins la tradition de la vie parlementaire : un président d’assemblée ne peut interdire à une députée de s’exprimer. Il est clair qu’au niveau du Parlement européen, certains membres souhaitent museler des idées qui ne vont pas dans leur sens. C’est une tendance dangereuse qui, espérons-le, sera combattue par le nouveau Président et son équipe qui succédera à Buzek, le socialiste allemand, chef du groupe socialiste et démocrate, Martin Schultz.

 

L’article 17 ne fonctionne pas.

 

Deuxièmement, l’article 17 du Traité de Lisbonne est jusqu’à présent une coquille vide. Il y a eu certes « dialogue », mais non régulier. Il ne fait l’objet d’aucun agenda et n’est pas concrètement organisé, même s’il y a eu des rencontres informelles ci et là, comme hier matin entre Buzek, Barroso et Van Rompuy d’une part, et une petite vingtaine de représentants des organisations « philosophiques et non confessionnelles » (PNC) sur le thème des « printemps arabes ».

 

 

Il y a une ambigüité au départ. Introduire dans le « dialogue » les Eglises et les organisations PNC revient à assimiler celles-ci à des Eglises. Dans l’esprit des auteurs du Traité, il y a une confusion entre « non confessionnel » et « non croyant ». Or, on peut très bien être croyant et « non confessionnel », c’est-à-dire n’appartenir à aucune Eglise. En cela les PNC se retrouvent déforcées. Et c’est sans doute cela le but : les minoriser par rapport aux Eglises qui veulent que leurs principes figurent en bonne place dans les préambules des Traités. Les organisations PNC vont-elles exiger quelque-chose d’équivalent ? Ce serait fondamentalement en contradiction avec leurs objectifs.

 

C’est pourquoi le petit incident d’hier montre que l’article 17 ne fonctionne pas et ne pourra sans doute jamais fonctionner. Il y a trop de confusions. On n’arrive  pas à définir le « dialogue » : quel est son ordre du jour ? Quid du suivi ? Le dialogue se limite-t-il à la Commission ou s’établit-il en plus avec le Conseil et le Parlement ? Toutes questions restées sans réponses. On peut même se demander si les PNC ne servent en définitive de faire valoir à l’exécutif européen pour décider ce qu’elle souhaite : servir les buts des Eglises qui font la pluie et le beau temps dans les couloirs des institutions européennes.

 

Revenons à Sophie In’t Veld. Elle dirige the European Parliament Platform for Secularism in Politics, mal traduite en français par « Plateforme du Parlement européen pour la laïcité en politique ».

 

Laïcité et sécularisation

 

Les Français et dans une moindre mesure les Belges, ont une conception bien spécifique de la « laïcité ». La laïcité à la française s’est développée dans un contexte conflictuel entre l’Eglise catholique et ce qu’on appelle les libres penseurs. Ce conflit a abouti à la fameuse loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Cette loi assure la liberté des cultes, mais ne reconnaît pas de religion, contrairement à la Belgique où certains cultes sont reconnus et aidés financièrement par l’Etat. La séparation en Belgique se manifeste surtout dans l’enseignement avec des réseaux dits officiels et des réseaux dits libres confessionnels ou non confessionnels. Cependant, il existe depuis longtemps une guerre larvée entre l’Eglise et les libres penseurs en matière d’enseignement. Ce conflit s’est calmé suite au Pacte scolaire adopté en 1959 qui fixe l’égalité de traitement entre les réseaux ainsi que leur financement. C’est donc dans une paix relative que coexistent « laïcité » et Eglise catholique.

 

L’autre conception émane des pays protestants et particulièrement de la Grande Bretagne : il s’agit du sécularisme. La sécularisation peut être entendue, d'après le Larousse, comme le passage de certaines valeurs du domaine du sacré dans le domaine du profane et notamment avec l'exercice par l'État de fonctions précédemment réservées au clergé (état civil, assistance publique, enseignement). Il ne s’agit donc pas d’un affrontement entre l’Eglise et le pouvoir politique, il s’agit d’une transformation de la société où, progressivement, l’Eglise se cantonne à sa fonction de culte et n’intervient en rien dans des fonctions de gestion administrative des personnes et laisse à l’Etat le soin d’organiser l’enseignement public.

 

 

Comme l’écrit Madame In’t Veld : « Avec l’apparition des États-nations, la séparation de l’Église et de l’État est devenue une réalité. Dans les années soixante, nous nous sommes définitivement affranchis de l’étouffante ingérence de l’Église. Nous évoluons depuis lors dans une société moderne et séculière, dans laquelle la religion est une question strictement personnelle. Affaire réglée. Ou pas ?

 

 

La liberté de culte est l’une des libertés fondamentales de notre démocratie. Au cours des siècles passés, le peuple était automatiquement considéré comme adhérant à la confession du souverain du moment, et nombre de personnes ont été persécutées pour leurs croyances. Ce n’est heureusement plus le cas. Une séparation rigoureuse entre Église et État est une condition sine qua non pour garantir une véritable liberté de culte. »

 

 

Feu l’académicien et politologue français Réné Rémond écrivait : « La liberté de conscience est un des éléments de l'entente entre les membres de l'Union européenne : elle fait partie, au même titre que la séparation des pouvoirs, l'indépendance de la justice ou le contrôle de la constitutionnalité, du corpus qui définit l'état de droit et donne sens au vouloir vivre en commun des peuples d'Europe ». Mais est-ce encore le cas ?

 

 

 

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Feu René Rémond s'intéressait à la question de la liberté de conscience.

 

La fin du communisme…

 

La fin du XXe siècle connut deux événements majeurs qui transformèrent fondamentalement l’Europe : la chute du communisme et l’expansion du culte musulman.

 

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 La chute du Mur renforça l'influence de l'Eglise.

 

Dans la plupart des anciennes « démocraties populaires », l’Eglise joue un rôle politique majeur. C’est le cas dans les pays baltes, en Pologne, en Hongrie, en Roumanie, en Bulgarie, dans une moindre mesure en Tchéquie et en Slovaquie qui sont plus « sécularisées ». Il est évident que ces pays ont contribué à renforcer le lobby religieux au sein des institutions européennes. Ce n’est pas un hasard si Mgr Tökes est vice-président du Parlement, heureusement en fin de mandat.

 

 … et le culte musulman

 

Le culte musulman, de son côté, réclamant à juste titre de pouvoir disposer de lieux de culte appropriés, se tourne vers la puissance publique pour en assurer leur financement. Sur les plans politique et social, il est évident que les « imams de garage » et les mosquées financées par des gouvernements wahhabites représentent un danger. Il faut des mosquées dans les « quartiers » mais qui ne soient pas construites avec les deniers saoudiens ou provenant des émirats. Aussi, pour assurer un financement public, il faudra forcément déroger aux lois de séparation ou fixant la place des cultes dans la société. Mais, cela ne doit évidemment pas servir de prétexte aux partisans d’un pouvoir religieux à définitivement abroger ces lois. D’autre part, des conflits existent entre les prescrits religieux musulmans et les lois séculières dont le plus spectaculaire fut la polémique sur le port du voile. En dehors d’aspects secondaires comme la nourriture, il y a surtout la place de la femme dans le monde musulman.

 

 

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La mosquée de Créteil près de Paris récemment inaugurée : seul l'argent public

permet de financer la construction de lieux du culte musulman.

 

Toujours les mêmes domaines

 

De toute manière, quelle que soit la religion, comme le rappelle Madame In’t Veld, les conflits entre la société civile et le religieux portent toujours sur les mêmes thèmes : « Le « clash » entre les prescriptions religieuses et les lois séculières apparaît de façon assez unilatérale dans les domaines du droit familial, de la sexualité et de la procréation. Des conflits fondamentaux éclatent rarement à propos, par exemple, de la politique en matière de transports ou de la politique industrielle. Il s’agit des droits de la femme, des droits homosexuels, des droits reproductifs et des soins de santé (tels que la contraception, l’avortement, le préservatif ou la FIV). La liberté d’expression est également l’un des thèmes, généralement sous la forme de lois érigées contre le blasphème. La liberté de culte est souvent perçue comme un droit collectif d’une religion en vue de se soustraire à la loi, en particulier aux droits fondamentaux européens. »

 

Elle ajoute : « Dans le cas de la législation en matière d’asile et d’immigration, les lobbys religieux œuvrent en faveur d’une définition conservatrice de la « famille » au profit du « regroupement familial », ou contre la reconnaissance de l’homosexualité comme base d’une demande d’asile.

 

La lutte contre le VIH/sida ou la diminution de la mortalité maternelle à l’accouchement constituent également la cible des lobbys religieux, qui tentent d’imposer leur propre morale sexuelle, telle que l’interdiction du préservatif. »

 

La crainte de la députée hollandaise porte en définitive sur l’apparition d’un pendant européen du « Religious Right » américain, étant donné la place de plus en plus grande de la religion dans la sphère politique européenne. Ainsi, par exemple, sous la pression des lobbys religieux, la Commission n’a pas osé mettre sur la table une directive sanctionnant la discrimination contre les homosexuels. Tout aussi grave, si on se réfère au « Religious Right » américain (ou droite religieuse), il y a une non reconnaissance de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. La droite religieuse prétexte que la Constitution américaine ne définit pas cette séparation. Dès lors, elle n’existe pas ! On pourrait arriver à un type de raisonnement similaire de la part des conservateurs et de l’extrême droite en Europe. Se rappelle-t-on la fameuse parole de Sarkozy au sujet du rôle prépondérant du curé sur celui de l’instituteur ?

 

Une autre stratégie

 

Par la place supérieure du religieux dans la sphère politique européenne, les libertés fondamentales sont menacées, là aussi (voir article précédent sur le blog « Uranopole » http://uranopole.over-blog.com/article-la-democratie-en-danger-90521307.html), la démocratie est en danger. Les personnes, les associations, les organisations attachées à ces valeurs essentielles doivent oublier leurs vaines divergences sur la conception de la laïcité et adopter une stratégie de lutte contre ce péril. Ce n’est certes pas en se rendant en ordre dispersé au « dialogue » qu’on y arrivera, c’est en faisant valoir nos priorités auprès des dirigeants et en informant le plus largement possible le public.

 

Au Parlement européen, deux femmes sont le fer de lance de ce combat : la libérale hollandaise Sophie In’t Veld et la socialiste belge Véronique De Keyser.

 

 

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Sophie In't Veld à la droite de Véronique De Keyser : deux femmes fers de lance du combat pour la démocratie et la liberté (Colloque organisé par Véronique De Keyser sur le "dialogue" prévu à l'article 17 au Parlement européen le 7 novembre 2011)

 

 

Deux femmes, comme par hasard…

 

Pierre Verhas

 

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 11:16

Le beau nom de démocratie est un « mot poubelle ». Il a autant de sens différents que ceux qui l’expriment. Etymologiquement, la démocratie est le « pouvoir du peuple », par opposition à « aristocratie », le « pouvoir d’un petit nombre », souvent héréditaire, ou par opposition à tout ce que l’on met devant le suffixe « cratie ». Il a des sens dérivés puisque l’on peut avoir, par exemple, des attitudes démocratiques ou antidémocratiques. On est toujours le démocrate de quelqu’un, ou l’antidémocrate… 

 

Aussi, affirmer d’emblée que la démocratie est en danger signifie l’installation progressive d’un pouvoir oligarchique et plus ou moins occulte, au détriment du partage entre pouvoirs politiques et contre-pouvoirs. Cela signifie aussi la fin du débat au profit de « la pensée unique ». Autrement dit, on enferme la pensée politique dans le carcan d’un seul système qui ne souffre aucune critique. Cela signifie surtout l’absence des peuples ou plus exactement leur exclusion du débat et du processus de décision.

 

Un nouvel absolutisme s’installe. Il a un nom : « gouvernance ». Isabelle Stengers définit ainsi la gouvernance : « … elle traduit bien la destruction de ce qui impliquerait une responsabilité collective quant à l’avenir, c’est-à-dire la politique. Avec la gouvernance, il ne s’agit plus de politique, mais de gestion et d’abord de gestion d’une population qui ne doit pas se mêler de ce qui la regarde. » Ajoutons que la « gouvernance » concernait initialement la direction des entreprises qui, par définition, n’est pas démocratique, mais dictée par les seuls intérêts de ses propriétaires. Si on reprend la définition de Stengers, le peuple est exclu de la gouvernance bien qu’il soit concerné au premier chef.

 

Ce nouvel absolutisme est né d’un long processus de développement du capitalisme total décrit par deux auteurs, la première hostile, Naomi Klein, le second partisan, Jacques Attali.

 

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Naomi Klein et Jacques Attali : deux visions antagonistes du monde

 

Naomi Klein, journaliste et militante canadienne, décrit dans un livre passionnant et très documenté, « La stratégie du choc » (Actes Sud, 2008) ce qu’elle appelle « la montée d’un capitalisme du désastre ». Il s’agit d’un livre de référence qui retrace sur la base de données historiques et de témoignages l’installation progressive du capitalisme absolu et mondial à la place de l’Etat-nation moderne et prétendument  démocratique.

 

L’Etat, sous toutes ses formes, est l’ennemi à abattre. Il ne peut en aucun cas intervenir dans les activités des individus, de la naissance à la mort. On veut bien lui concéder un rôle protecteur, et encore. Naomi Klein cite Milton Friedman (1912 - 2006), le gourou de l’ultralibéralisme et père de la fameuse école de Chicago : « l’Etat a pour unique fonction de protéger nos libertés contre ses ennemis extérieurs et contre nos concitoyens eux-mêmes : il fait régner la loi et l’ordre, il fait respecter les contrats privés, il favorise la concurrence. »

 

 

 

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Milton Friedman est content de son disciple Georges W Bush

 

Deux commentaires : premièrement, dans l’Etat de Friedman, le concitoyen peut être l’ennemi au même titre qu’un éventuel agresseur. Cela vise en plus des délinquants, les « concitoyens » qui auraient la mauvaise idée de remettre le système en cause. En second lieu, l’Etat « friedmanien » protège la concurrence. Autrement dit, il accepte l’interventionnisme étatique pour peu qu’il soit la police des grandes entreprises privées. Par contre, toute autre intervention étatique consisterait en une intolérable ingérence au sein des marchés.

 

Si on lit le livre de Naomi Klein, l’Etat « friedmanien » s’est retrouvé dans les pires dictatures de l’après-guerre : dans le Chili de Pinochet et dans la Chine communiste dès la prise de pouvoir de Deng Xiao Ping. Les stades sanglants de Santiago de Chile en 1973 et la répression des chars chinois à la Place Tien an Men en 1989 sont deux faces de l’Etat « friedmanien ». Le capitalisme absolu ne peut se développer que dans un  pouvoir absolu.

 

Jacques Attali décrit dans « Une brève histoire de l’avenir » (Fayard 2006) le processus qui mène au capitalisme absolu qu’il appelle de ses vœux. Il s’agit d’une utopie qu’il voit se réaliser progressivement. « Le marché sera devenu assez puissant et le coût de l’échange des données assez faible pour que les membres de la classe créative n’aient plus besoin de vivre au même endroit pour diriger le monde ; l’industrie nouvelle s’installera en mille sites à la fois ; la forme marchande fonctionnera sans « cœur ». »

 

Donc, le marché absolu s’installera partout et il n’y aura plus de centre de décision. Tous les mécanismes de protection sociale seront éradiqués au profit du « coût assez faible » de l’échange des données. Ce n’est pas un rêve. Si on observe le monde, c’est une réalité qui s’installe. Les dirigeants réels « la classe créative » comme l’appelle Attali auront trouvé la forteresse la plus imprenable : elle se situe partout et nulle part.

 

C’est en cela que les luttes classiques sont devenues inefficaces. Auparavant, l’ennemi de classe était bien identifié et se trouvait en un lieu bien connu. Aussi, était-il relativement aisé à combattre si le rapport de force était favorable. Aujourd’hui, non seulement, on ignore qui est l’ennemi de classe, mais on ne sait pas où il se trouve.

 

Attali poursuit en reprenant l’idée de la fin de l’histoire de Fukuyama : « l’Histoire ne racontera plus que la généralisation du marché puis de la démocratie, à l’intérieur de chaque pays. » Remarquons la chronologie : le marché d’abord, la démocratie ensuite. Donc, le marché générera la démocratie.

 

Mais quelle démocratie ? Attali prévoit sa disparition. Il pense que ce qu’il appelle la « neuvième forme du capitalisme », à savoir le capitalisme actuel de haute technologie, finira par s’effacer dans vingt ou trente ans pour « laisser la place à un monde sans maître coordonné par quelques puissances relatives. » L’auteur prévoit beaucoup, mais nul n’est assuré que cela se réalisera. Ainsi, il n’a pas prévu la crise bancaire suivie de celle de la dette. Or, beaucoup d’économistes avaient déjà tiré la sonnette d’alarme. Cependant, Attali publie les programmes élaborés par les think-tanks ultralibéraux dont il est un des principaux animateurs. C’est donc la construction d’un nouvel ordre, celui du capitalisme absolu, sur les ruines de l’ordre actuel en pleine déliquescence.

 

Enfin, pour l’ancien conseiller « spécial » de François Mitterrand, cela va s’achever par ce qu’il appelle « l’hyper-empire ». Cela signifie que les forces du marché prennent la planète en main, la privatisation générale de tous les services publics et de l’Etat providence, l’Etat ne conservant que ses fonctions régaliennes : armée, justice, police. Et tout cela est transformé : les lois sont remplacées par des contrats, la justice par des arbitrages, l’armée et la police par des mercenaires. L’Etat est donc devenu une coquille vide et les forces du marché peuvent ainsi agir en toute liberté. L’individualisme remplace la solidarité. L’homme est aussi « marchandisé », soit comme acteur du marché – consommateur/producteur –, soit comme objet du marché. Les pauvres, par exemple, constituent un marché parmi d’autres. Les pouvoirs sont remplacés par des assurances et des organismes de contrôle développés à l’extrême. Enfin, une classe minoritaire et très riche règne sur une masse considérable précarisée.

 

En résumé, c’est l’épouvante !

 

Utopie ? Non. Les privatisations se généralisent et sont même rendues obligatoires par la Commission européenne. L’Etat providence est attaqué de front et s’effrite. Toutes les mesures d’austérité visent avant tout à étouffer la sécurité sociale et le droit du travail. L’armée, dans les nouveaux théâtres d’opération – le Moyen Orient pétrolier et gazier – est « aidée » par des compagnies de mercenaires comme la fameuse Blackwater. La police est de plus en plus remplacée par des compagnies de sécurité, véritables milices privées auxquelles on donne même des pouvoirs de police judiciaire. De nombreux juristes militent pour introduire une justice contractuelle. Les assurances prennent de plus en plus de place dans le budget des ménages. Les contrôles privés se répandent comme une traînée de poudre. La « vie privée » est devenue un concept creux.

 

Si le risque d’un « hyper-empire » est réel, il ne s’établira sans doute pas de la manière prévue par Attali. Si on analyse le processus qui a mené à la crise de la dette souveraine, le cheminement n’est pas le même, mais il risque d’aboutir au résultat escompté.

 

Après avoir créé un marché unique dérégulé, on a créé – et c’était logique – une monnaie unique aux caractéristiques particulières. Elle échappe à tout contrôle politique, car les Etats membres ne peuvent plus « battre » monnaie – c’était aussi logique – et ne peuvent plus fixer la politique monétaire Elle est la seule prérogative de la Banque centrale européenne qui est totalement indépendante. Cette même banque ne peut non plus émettre des obligations qui aideraient des Etats en difficulté : l’Euro est entièrement entre les mains des marchés.

 

 

 

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La Banque centrale européenne à Francfort : un redoutable instrument des marchés

 

Qu’on ait unifié la monnaie dans le cadre européen, c’était indispensable, mais il est inacceptable que les politiques ne puissent plus fixer une politique monétaire. Elle est figée une fois pour toutes par le Traité.

 

Se pose aussi la question de la souveraineté qui est le principal droit démocratique. Ce ne sont plus les gouvernements des Etats nations qui ont le contrôle, cela se passe à un niveau supranational mal défini. L’Etat nation est dépassé, l’Union européenne constituait une opportunité de le transcender en établissant une démocratie au-dessus des nations. C’est loin d’être le cas. C’est une technocratie au service des marchés qui disposent de pouvoirs très larges.

 

« Monsieur le Président, je ne comprends pas pourquoi vous passez votre temps à vous ôter des pouvoirs ! ». Ainsi fut interpellé Philippe Busquin, alors président du Parti socialiste francophone belge (de 1992 à 1999), par un militant wallon. En effet, le futur commissaire européen évoquait les privatisations des entreprises publiques qui avaient été rendues possibles par une loi de 1991. Ce militant a mis le doigt sur l’essentiel : les hommes et les femmes politiques se sont dépouillés de leurs pouvoirs au profit des technocrates et des financiers. Les événements que nous vivons sont le signal de la fin du politique.

 

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Philippe Busquin, ancien président du PS : pourquoi s'être ôté des pouvoirs ?

 

Le processus de décision est devenu l’enjeu entre deux secteurs forcément antagonistes : le politique en  déclin et la finance en crise.

 

Patrick Viveret, philosophe français et ancien conseiller à la Cour des comptes française met en évidence les contradictions entre la logique financière et les valeurs démocratiques. (Mediapart, 14 novembre 2011)

 

 

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Patrick Viveret : un philosophe qui ne vit pas dans sa tour d'ivoire !

 

Selon lui, l’Europe s’est bâtie initialement sur deux valeurs cardinales : la démocratie et la paix. Toutes deux sont menacées.

 

 

La démocratie fonctionne, en premier lieu, selon un temps qui n’est pas assez rapide pour la finance qui, elle, marche à la seconde. En effet, ce sont des robots, à travers le trading algorithmique – ou programmé par ordinateur – qui déterminent les valeurs. Comme dit Viveret : rassurer les marchés reviendrait à rassurer les robots ! Or, coordonner le rythme démocratique et celui des finances est impossible. Aussi, forcément, l’un domine l’autre.

 

 

C’est ce qu’il s’est passé en Belgique : la formation du gouvernement était bloquée par une profonde divergence de vue entre libéraux et socialistes. La spéculation se déclenche sur les taux d’intérêt belges et, comme par hasard, l’agence de notation Standard & Poors dégrade la cote de la Belgique. La nuit suivante, un accord est signé… après 521 jours de négociations. Il est clair qu’après le Grèce et l’Italie, la Belgique est aussi gouvernée par « les marchés ».

 

 

Viveret met en évidence, en second lieu, la menace qui pèse sur l’autre pilier de la démocratie qui est la pluralité des opinions et des orientations. Les marchés ne peuvent supporter ce qui constitue une entrave à leur domination. Ils exigent partout des gouvernements d’union nationale – c’est le cas en Belgique, par une tripartite traditionnelle ([1]) – et que l’on « bloque » la décision politique par l’adoption de la fameuse « règle d’or » qui interdit constitutionnellement tout déficit budgétaire.

 

 

Viveret ajoute : «  Si on laisse cette logique s’imposer, on en arrive donc à ce qu’a décrit le prix Nobel hétérodoxe Paul Krugman. Pour lui, nos programmes d’austérité sont l’équivalent des sacrifices humains chez les Mayas. Il faut analyser la crise actuelle à travers les catégories d’une crise de foi, donc d’une crise religieuse, pas seulement d’une crise de confiance. Nous sommes dominés par un socle de croyances et de crédulités conduisant à penser que, face à ces nouveaux dieux courroucés que sont les marchés financiers, nous n’avons d’autres choix que les rassurer avec des sacrifices ! Et des sacrifices humains. Chaque annonce d’un plan d’austérité implique plus de chômage, moins d’infirmières, moins d’éducation…

 

C’est pourtant une destruction de richesse réelle et humaine aussi absurde que les sacrifices mayas, qui ne parvenaient pas à arrêter les éclipses de soleil et n’ont pas empêché la civilisation maya de s’effondrer. On voit bien que c’est inefficace, mais on nous explique que c’est lié au fait qu’on n’a pas été assez loin dans le sacrifice ! Or, cette logique sacrificielle, si on la laisse aller jusqu’au bout, met en cause non seulement la démocratie, mais, ensuite, la paix elle-même. »

 

Nous passerons l’aspect guerre. Depuis la guerre du Golfe, nous nous trouvons dans des conflits interminables dans le Moyen Orient pétrolier et gazier qui sont elles aussi commandées par les marchés.

 

Les menaces sur la démocratie sont aussi un danger mortel pour la civilisation. Les relations humaines qui ont été construites durant des siècles dans l’alliance de la solidarité et de la liberté risquent la destruction.

 

Le monde que nous préparent les marchés sera un monde d’individus laissés à eux-mêmes où la loi du plus fort l’emportera. Jamais l’humanité n’aura connu pareille récession au profit éphémère de quelques-uns.

 

Pierre Verhas

 



[1] Le cas de la Belgique est particulier : tout d’abord, les trois familles politiques – socialistes, chrétiennes et libérales – sont constituées de six partis et il existe un puissant courant nationaliste en Flandre qui forme une opposition forte, à même de fragiliser ce gouvernement.

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 10:00

 

Je vous invite à regarder une très belle émission de France 3 – côte d’azur consacrée à l’Observatoire de Nice et à l’histoire de l’aéronautique et de l’industrie spatiale dans la région de Cannes, Nice, Monaco.

 

 

 

http://www.dailymotion.com/video/xmcm4c_planete-cote-d-azur_tv

 

 

 

J’y suis d’autant plus sensible que je me rends régulièrement à l’Observatoire de Nice pour observer les étoiles doubles au « petit » équatorial et parfois au « grand » également. Je connais la plupart des scientifiques interrogés dans cette belle émission. Ce sont des femmes et des hommes de grande qualité. Cela dure assez longtemps (53 minutes), mais vous ne perdrez pas votre temps.

 

 

 

Bonne émission,

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

Nice_110928_coupole76cm.jpg   Nice_110928_PVerhas.jpg

Grande coupole de l'Observatoire de Nice - Pierre Verhas au petit équatorial

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Published by pierre verhas
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