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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 00:17

Le célèbre linguiste américain Noam Chomsky publie une fois de plus ses vérités dérangeantes sur le Proche Orient On peut ou non être de son avis, il n'empêche que son argumentation secoue le cocotier qui en a bien besoin

 

Chomsky décrit les Etats-Unis comme étant avant tout une nation colonisatrice qui est selon lui, le pire des impérialismes Ensuite,  ceux qui, dans l'entourage de l'ex-président GW Bush, défendent Israël, le font dans l'esprit du "choc des civilisations", Israël étant un poste avancé de l'Occident... et sont en réalité des antisémites. A y réfléchir, quand on analyse ces personnages, ce n'est pas tout à fait faux.

 

Il fustige le manichéisme anti-terroriste. Le Hezbollah et Hamas sont, au sens où l'entend Chomsky, des mouvements de résistance efficaces que l'on veut faire passer pour terroristes.

 

Quant à l'Iran, l'auteur dit que l'on est passé du nationalisme laïque de Mossadegh qui a été renversé en 1953 par les USA, au nationalisme religieux en 1978. Sous prétexte de combattre la prolifération nucléaire, les USA ne supportent pas que l'Iran devienne une puissance moyenne étendant son influence dans cette partie du Moyen-Orient. Chomsky rappelle d'ailleurs le soutien très important à Saddam Hussein pour renverser le régime des mollahs pendant la guerre Iran - Irak (1980 - 1990), l'Irak ayant été l'agresseur avec le soutien Etatsunien.

 

A sa manière, Noam Chomsky remet les montres à l'heure. Il est intéressant de lire une autre analyse. Sortons de la pensée unique. Essayons de réfléchir. Un seul regret, il n'évoque pas l'Irak d'aujourd'hui et l'Afghanistan.

 

Voici ce texte que le site "Le Grand Soir" a mis en ligne

 

 

 


conférence de juin 2010
Chomsky : la sauvagerie de l’impérialisme états-unien


Noam CHOMSKY

1. L’empire des États-Unis, le Moyen-Orient et le monde

Il est tentant de reprendre depuis le début. Le début c’était il y a bien longtemps, mais il est utile de revoir certains points d’histoire qui pourront être comparés à la politique actuelle des États-Unis au Moyen-Orient. Les États-Unis sont un pays très particulier par bien des aspects. Ils sont probablement le seul pays au monde qui soit né empire. C’était un empire enfant – comme George Washington l’a appelé –, et les Pères fondateurs étaient très ambitieux. Le plus libéral d’entre eux, Thomas Jefferson, pensait que l’empire enfant devait s’étendre davantage et devenir le « nid » à partir duquel le continent entier serait colonisé. Cela signifiait se débarrasser des « rouges », les Indiens, lesquels ont effectivement été déplacés ou exterminés. Les Noirs devaient être renvoyés en Afrique dès qu’on n’aurait plus besoin d’eux et les Latins seraient éliminés par une race supérieure.

  

La conquête du territoire national

  

Les États-Unis ont été un pays très raciste pendant toute leur histoire, et pas seulement à l’encontre des Noirs. Les idées de Jefferson étaient assez communes, les autres étaient globalement d’accord avec lui. C’est une société de colons. Le colonialisme de peuplement c’est ce qu’il y a de pire comme impérialisme, le genre le plus sauvage parce qu’il requiert l’élimination de la population indigène. Ce n’est pas sans relation, je crois, avec le soutien automatique des États-Unis à Israël, qui est aussi une société coloniale. La politique d’Israël d’une certaine façon fait écho à l’histoire états-unienne, en est une réplique. Et, il y a plus, les premiers colons aux États-Unis étaient des fondamentalistes religieux qui se considéraient être des enfants d’Israël répondant au commandement divin de peupler la terre et de massacrer les Amalécites, etc. C’est tout près d’ici, les premiers colons, au Massachusetts.

  

Tout cela était fait avec les meilleures intentions. Ainsi, par exemple, le Massachusetts (le Mayflower et toute cette histoire) à reçu sa Charte de la part du roi d’Angleterre en 1629. La Charte chargeait les colons de sauver les populations locales des affres du paganisme. D’ailleurs si vous regardez le sceau de la Bay Colony du Massachusetts vous voyez un Indien qui tient une flèche pointée vers le bas en signe de paix. Et devant se bouche il est écrit « Come over and help us » [« Venez et aidez-nous »]. C’est l’un des premiers exemples de ce qu’on appelle aujourd’hui l’interventionnisme humanitaire. Et ce n’est qu’un exemple, il y a bien d’autres cas au cours de l’histoire, et cela dure jusqu’à nos jours. Les Indiens demandaient aux colons de venir et de les aider et les colons suivaient gentiment le commandement leur demandant de venir et de les aider. En fait nous les aidions en les exterminant.

  

Après coup on a trouvé ça bizarre. Dans les années 1820, un membre de la Cour suprême a écrit à ce propos. Il dit qu’il est assez étrange que, malgré toute notre bienveillance et notre amour pour les Indiens, ils dépérissent et disparaissent comme les « feuilles d’automne ». Comment était-ce possible ? Il a fini par en conclure que la volonté divine est « au-delà de la compréhension humaine ». C’est simplement la volonté de Dieu. Nous ne pouvons pas espérer comprendre. Cette conception – appelée le providentialisme – selon laquelle nous suivons toujours la volonté de Dieu existe encore aujourd’hui. Quoi que nous fassions nous suivons la volonté de Dieu. C’est un pays extrêmement religieux, unique en son genre en matière de religiosité. Une grande partie de la population – je ne me souviens plus du chiffre, mais il est assez élevé – croit littéralement ce qui est écrit dans la Bible. Le soutien total à Israël est l’une des conséquences de tout cela, parce que Dieu a promis la terre promise à Israël. Donc nous devons les soutenir.

  

Les mêmes personnes – une part importante des plus importants défenseurs d’Israël – sont des anti-sémites, parmi les plus extémistes du monde. À côté d’eux Hitler semble assez modéré. Leur perspective est l’élimination des Juifs après Armageddon. Il y a tout un tas d’histoires à ce propos, lesquelles sont crues, littéralement, jusqu’à un très haut niveau – probablement des gens comme Reagan, George W. Bush, et d’autres. Cela n’est pas sans lien avec l’histoire colonialiste du sionisme chrétien – il précède le sionisme juif, et il est beaucoup plus puissant. C’est l’une des raisons qui expliquent le soutien automatique et inconditionnel à Israël.

  

La conquête du territoire national est une histoire assez laide. Certaines des personnes les plus honnêtes l’ont reconnu, comme John Quincy Adams, qui était l’un des grands stratèges de l’expansionnisme – le théoricien de la Destinée manifeste, etc. À la fin de sa vie, longtemps après ses propres crimes, il se lamentait sur le sort de ceux qu’il appelait « la malheureuse race des indigènes américains, que nous exterminons sans pitié et avec une perfide cruauté ». Il a dit que ce serait l’un des péchés pour lesquels le Seigneur allait nous punir. Nous attendons encore.

  

Ses idées sont jusqu’à nos jours tenues en haute considération. Il y a un livre de référence, universitaire, écrit par John Lewis Gaddis, un grand historien états-unien, qui concerne les racines de la doctrine Bush. Gaddis, avec raison, présente la doctrine Bush comme héritière de la grande stratégie de John Quincy Adams. Il dit que c’est un concept qui existe tout au long de l’histoire des États-Unis. Il en fait l’éloge, il considère que c’est la conception correcte – nous devons assurer notre sécurité, l’expansion est le moyen de la sécurité, et vous ne pouvez pas vraiment assurer votre sécurité sans tout contrôler. Donc nous devons nous déployer, non seulement dans l’hémisphère, mais partout dans le monde. C’est la doctrine Bush.

  

Au moment de la Deuxième Guerre mondiale, sans entrer dans les détails… Bien que les États-Unis aient été depuis longtemps et de loin le pays le plus riche du monde, ils jouaient un rôle secondaire sur la scène mondiale. L’acteur principal c’était la Grande-Bretagne – et y compris la France avait une plus grande présence dans le monde. La Deuxième Guerre mondiale a changé tout cela. Les stratèges états-uniens durant la Deuxième Guerre mondiale, les planificateurs de Roosevelt, ont dès le début de la guerre très bien compris qu’au bout du compte les États-Unis allaient se retrouver dans une position de supériorité absolue.

  

Alors que la guerre se déroulait – les Russes terrassaient les Allemands, ils ont à ce moment presque gagné la guerre en Europe – on avait compris que les États-Unis seraient dans une position de domination encore plus nette. Et ils ont donc élaboré des plans pour la configuration du monde de l’après-guerre. Les États-Unis auraient le contrôle total d’une zone qui comprendrait l’hémisphère occidental, l’Extrême-Orient, l’ex-Empire britannique, la plus grande partie possible de l’Eurasie, incluant donc l’Europe occidentale et son importante infrastructure commerciale et industrielle. C’est le minimum. Le maximum c’est le monde entier ; et bien entendu c’est ce dont nous avons besoin pour notre sécurité. Dans cette zone les États-Unis auraient le contrôle incontesté et empêcheraient tous les pays d’aller vers davantage de souveraineté.

  

Les États-Unis se trouvent à la fin de la guerre dans une position de domination et de sécurité sans équivalent dans l’histoire. Ils ont la moitié de la richesse mondiale, ils contrôlent tout l’hémisphère occidental et les deux rives des deux océans. Ce n’était pas un contrôle total. Les Russes étaient là et il y avait encore quelques parties hors de contrôle, mais l’expansion avait été remarquable. Juste au centre se trouvait le Moyen-Orient.

  

Adolf A. Berle, une personnalité libérale, qui fut très longtemps le conseiller du président Roosevelt, mettait l’accent sur le fait que contrôler le pétrole du Moyen-Orient signifierait dans une bonne mesure contrôler le monde. Cette doctrine reste inchangée, elle est encore en vigueur actuellement et c’est l’un des facteurs essentiels pour décider des orientations politiques.

  

Après la Deuxième Guerre mondiale

  

Durant la Guerre froide les décisions politiques étaient invariablement justifiées par la menace russe. C’était dans une bonne mesure une menace fictive. Les Russes géraient leur propre petit empire avec un prétexte similaire, la menace états-unienne. Ce rideau de fumée n’existe plus depuis la chutte de l’Union soviétique. Pour ceux qui veulent comprendre la politique étrangère de États-Unis, un point qui de toute évidence devrait être observé c’est ce qui est arrivé après la disparition de l’Union soviétique. C’est naturellement le point qu’il faut observer, et il s’ensuit presque automatiquement que personne ne l’observe. On en parle à peine dans la littérature universitaire alors qu’il est évident que c’est ce que vous devez regarder pour comprendre la Guerre froide. En fait si vous regardez vous obtenez des réponses tout à fait claires. Le président à l’époque était George Bush I. Immédiatement après la chute du mur de Berlin, il y a eu une nouvelle stratégie de sécurité nationale, un budget de la défense, etc. C’est très intéressant. Le message principal est le suivant : rien ne va changer sauf les prétextes. Donc nous avons encore besoin, disaient-ils, d’une force militaire gigantesque, non pas pour nous défendre des hordes russes parce que ça n’existe plus, mais à cause de ce qu’ils ont appelé la « sophistication technologique » de certains pouvoirs dans le Tiers monde. Maintenant si vous êtes une personne bien éduquée, bien formée, qui vient de Harvard, etc., vous n’êtes pas supposé rire quand vous entendez ça. Et personne n’a ri. En fait je pense que personne n’en a rendu compte. Donc, disaient-ils, nous devons nous protéger de la sophistication technologique des puissances du Tiers monde et nous devons maintenir ce qu’ils ont appelé la « base industrielle de la défense » – un euphémisme pour parler de l’industrie high-tech (les ordinateurs, Internet, etc.), qui dépend principalement du secteur étatique, sous le prétexte de la défense.

  

Concernant le Moyen-Orient... Ils disaient que nous devions maintenir nos forces d’intervention, la plupart d’entre elles au Moyen-Orient. Puis vient une phase intéressante. Nous devons faire barrage pour contenir l’ennemi. Nous devons maintenir les forces d’intervention au Moyen-Orient pour défendre nos intérêts, la région qui « ne pouvait pas être offerte en cadeau au Kremlin ». En d’autres termes, désolés les gars, nous vous avons menti pendant 50 ans, mais maintenant que le prétexte n’existe plus, nous vous dirons la vérité. Le problème au Moyen-Orient est ce qu’on appelle le nationalisme radical. « Radical » signifie simplement indépendant. C’est un terme qui signifie « ne suit pas les ordres ». Le nationalisme radical peut être de différentes sortes. L’Iran en est un bon exemple.

  

La menace du nationalisme radical

  

En 1953 la menace iranienne c’était un nationalisme laïque. Après 1978 c’est le nationalisme religieux. En 1953 on a renversé le régime parlementaire et on a installé un dictateur beaucoup plus à notre goût. Ce n’était pas un secret. Le New York Times, par exemple, dans un éditorial, se réjouissait du renversement du gouvernement iranien, estimant qu’il s’agissait d’une bonne « leçon de choses » pour les petits pays qui devenant fous, emportés par le nationalisme radical, rejettent toute autorité et veulent contrôler eux-mêmes leurs ressources. Ce sera une leçon de choses pour eux : n’essayez pas ce genre de bêtises, et certainement pas dans cette région dont nous avons besoin pour contrôler le monde. C’était en 1953.

  

Depuis le renversement du tyran imposé par les États-Unis en 1979 l’Iran a continuellement été attaqué par les États-Unis. Au début Carter a essayé de répondre au renversement du shah en organisant un coup d’État. Ça n’a pas marché. Les Israéliens – l’ambassadeur… il y avait des relations très proches entre Israël et l’Iran sous le shah, bien que théoriquement il n’y eût pas de relations formelles – ont fait savoir que si nous pouvions trouver des officiers disposés à tuer 10 000 personnes dans les rues, nous pourrions rétablir le régime du shah. Zbigniew Brzezinski, le conseiller de Carter à la sécurité nationale, avait à peu près les mêmes idées. Mais ça n’a pas vraiment marché. Les États-Unis ont alors immédiatement soutenu Saddam Hussein, pour qu’il envahisse l’Iran. Et ce n’est pas une mince affaire. Des centaines de milliers d’Iraniens ont été massacrés. Les gens qui sont à la tête de l’Iran actuellement sont des vétérans de cette guerre et ils ont une claire conscience du fait que l’ensemble du monde est contre eux – les Russes, les États-Uniens, tout le monde soutenait Saddam Hussein, tout le monde voulait renverser le nouvel État islamique.

  

Ce n’est pas peu de choses. Le soutien des États-Unis à Saddam Hussein est allé très loin. Les crimes de Saddam – comme le génocide d’Anfal, massacre de Kurdes – étaient niés. Le gouvernement Reagan les démentait et les attribuait à l’Iran. À l’Irak on a même donné un privilège rare. C’est le seul pays, avec Israël, qui a pu attaquer un navire états-unien et s’en sortir impunément. Dans le cas d’Israël c’était le USS Liberty en 1967. Dans le cas de l’Irak c’était le USS Stark en 1987 – un navire qui appartenait à la flotte états-unienne protégeant les convois irakiens des attaques iraniennes pendant la guerre. Ils ont atttaqué le navire avec des missiles français, ils ont tué plusieurs dizaines de marins – et ils n’ont reçu qu’une petite tape sur la main, rien de plus.

 

Le soutien des États-Unis était tel que c’est quasiment eux qui ont remporté la guerre pour l’Irak. Une fois la guerre finie, le soutien des États-Unis à l’Irak a continué. En 1989 George Bush I a invité des ingénieurs nucléaires irakiens aux États-Unis, pour qu’ils reçoivent des formations de pointe dans le domaines des armes nucléaires. C’est l’une de ces petites choses qu’on cache parce que quelques mois plus tard Saddam est devenu un mauvais garçon. Il a désobéi aux ordres. Juste après cela il y a eu de terribles sanctions, etc.

 

La menace iranienne

 

 

Pour en revenir à notre époque, dans la littérature sur la politique étrangère et dans les commentaires généraux ce que vous lisez généralement c’est que le problème le plus important pour les États-Unis était et reste la menace iranienne. Qu’est-ce que c’est que cette menace iranienne au juste ? Nous disposons d’une source qui fait autorité sur ce point. C’était il y a quelques mois : un compte rendu au Congrès des États-Unis émanant du département de la défense et des services d’intelligence. Tous les ans ils font un compte rendu au Congrès sur la situation mondiale en matière de sécurité. Le dernier compte rendu, celui d’avril dernier, comporte une partie qui concerne l’Iran, bien sûr, la plus grande menace. Il est important de lire ce compte rendu. Ce qu’ils disent c’est que, quoi qu’il en soit de la menace iranienne, ce n’est pas une menace militaire. Ils disent que les dépenses militaires iraniennes sont plutôt basses, y compris si on les compare aux pays de cette région ; et si on les compare à celles des États-Unis, elles sont insignifiantes – probablement moins de 2% de nos dépenses militaires. Par ailleurs ils disent que la doctrine militaire iranienne est basée sur le principe de la défense du territoire national, elle est conçue pour contenir une invasion pendant un temps suffisant pour rendre possible le passage à l’action diplomatique. Voilà la doctrine militaire des Iraniens. Ils disent qu’il est possible que l’Iran pense aux armes nucléaires. Ils ne vont pas plus loin que cela, mais ils disent que si les Iraniens développaient des armes nucléaires ce serait dans le cadre de leur stratégie défensive, afin de prévenir une attaque, ce qui est une éventualité assez réaliste. Le plus grand pouvoir militaire de l’histoire – c’est-à-dire nous –, qui leur a toujours été extrêmement hostile, occupe deux pays frontaliers de l’Iran et menace ouvertement d’attaquer ce pays. Israël, État client des États-Unis, lance les mêmes menaces. Voilà pour le côté militaire de la menace iranienne telle qu’identifiée dans le Military Balance.

 

 

Ils disent par ailleurs que l’Iran est une menace majeure parce que ce pays tente d’étendre son influence dans les pays voisins. On appelle cela déstabilisation. Ils œuvrent à la déstabilisation dans les pays voisins en tentant d’augmenter leur influence et cela est un problème pour les États-Unis, parce que les États-Unis tentent d’apporter la stabilité. Lorsque les États-Unis envahissent un pays c’est pour apporter la stabilité – un terme technique dans la littérature des relations internationales qui signifie obéissance aux ordres des États-Unis. Donc lorsque nous envahissons l’Irak ou l’Afghanistan, c’est pour créer de la stabilité. Si les Iraniens essaient d’accroître leur influence, juste chez leurs voisins, c’est déstabilisant. Cette doctrine, comme tant d’autres, est élaborée dans les universités. Un commentateur libéral et ex-éditeur de Foreign Affairs, James Chase, a même pu dire sans crainte du ridicule que les États-Unis devaient déstabiliser le Chili d’Allende pour apporter la stabilité – c’est-à-dire la soumission aux États-Unis.

 

Qu’est-ce que le terrorisme ?

 

 

La deuxième menace iranienne c’est le soutien au terrorisme. Qu’est-ce que le terrorisme ? On nous donne deux exemples du soutien de l’Iran au terrorisme : son soutien au Hezbollah libanais et son soutien au Hamas palestinien. Quoi que vous pensiez du Hezbollah et du Hamas – vous pensez peut-être que c’est ce qu’il y a de pire au monde –, qu’est-ce qui fait qu’on les considère terroristes ? Bon, le « terrorisme » du Hezbollah est fêté tous les ans au Liban le 25 mai, fête nationale libanaise qui célèbre l’expulsion des envahisseurs israéliens du Liban en 2000. La résistance du Hezbollah et sa guerre de guérilla avaient fini par obliger Israël à se retirer du Sud-Liban, mettant fin à une occupation de 22 ans, avec son lot de terreur, de violence, de torture – occupation maintenue en violation des ordres du Conseil de sécurité de l’ONU.

Donc Israël a finalement quitté le Liban et c’est le jour de la Libération au Liban. Voilà globalement ce qui est considéré comme le terrorisme du Hezbollah. C’est comme ça qu’il est décrit. En fait, en Israël c’est même décrit comme une agression. Vous pouvez lire la presse israélienne ces jours-ci et des politiciens de premier plan disent que c’était une erreur de se retirer du Sud-Liban parce que cela permet à l’Iran de poursuivre son « agression » contre Israël, agression qui a commencé en 2000 avec le soutien à la résistance contre l’occupation israélienne. C’est considéré comme une agression contre Israël. Ils ont les mêmes principes que les États-Unis, nous disons la même chose. Voilà pour le Hezbollah. Il y a d’autres actes que vous pourriez critiquer, mais voilà ce qu’est le terrorisme du Hezbollah.

 

Un autre crime commis par le Hezbollah c’est que la coalition dont il est l’élément principal a largement emporté les dernières élections parlementaires ; mais en raison du principe communautariste qui prévaut pour l’assignation des sièges ils n’ont pas reçu la majorité des sièges. Thomas Friedman [du New York Times] a donc versé des larmes de joie, comme il l’a lui-même expliqué, lors de ces merveilleuses élections libres au Liban, le président Obama ayant battu le président iranien Ahmadinejad. D’autres se sont joints à cette célébration. Autant que je sache personne n’a rendu compte des véritables résultats électoraux.

 

Et le Hamas ?

 

 

Hamas est devenu une menace sérieuse – une organisation terroriste importante – en janvier 2006 lorsque les Palestiniens ont commis un crime vraiment grave. C’était au moment des premières élections libres jamais tenues dans le monde arabe et les Palestiniens ont voté comme il ne fallait pas. C’est inacceptable pour les États-Unis. Immédiatement, sans la moindre hésitation, les États-Unis et Israël ont fait savoir qu’ils prenaient la décision de punir les Palestiniens pour ce crime. Juste après vous avez pu lire dans le New York Times deux articles qui se côtoyaient – l’un des deux parlant de notre amour pour la démocratie, ce genre de choses, et l’autre parlant de nos projets de punition contre les Palestiniens parce qu’ils avaient mal voté aux élections de janvier. Aucune contradiction.

 

 

Les Palestiniens avaient dû subir bien des punitions avant les élections, mais elles ont été accentuées après – Israël est allé jusqu’à couper l’alimentation en eau à la bande de Gaza, si aride. Au mois de juin Israël avait déjà lancé 7 700 roquettes sur Gaza. Tout cela s’appelle défense contre le terrorisme. Puis les États-Unis, et Israël, avec la coopération de l’Autorité palestinienne, ont essayé d’organiser un coup pour renverser le gouvernement élu. Ils ont échoué et le Hamas a pris le contrôle de Gaza. Après cela le Hamas est devenu l’une des principales forces terroristes au monde. Vous pouvez leur faire beaucoup de critiques – leur façon de traiter leur propre population par exemple – mais le terrorisme du Hamas est assez difficile à prouver. Les accusations actuelles concernent les roquettes lancées de Gaza sur les villes israéliennes frontalières. C’est la justification qui a été donnée pour l’opération « plomb durci » (l’invasion israélo-états-unienne de décembre 2008) et aussi pour l’attaque israélienne contre la Flotille de la paix en juin 2010, dans les eaux internationales. Neuf personnes avaient alors été tuées.

 

 

Il n’y a que dans un pays très endoctriné que vous pouvez entendre ces choses ridicules et ne pas rire. Passons sur la comparaison entre les roquettes Qassam et le terrorisme que les États-Unis et Israël pratiquent constamment. L’argument n’a absolument aucune crédibilité pour une raison bien simple : Israël et les États-Unis savent très bien comment arrêter les tirs de roquettes : par des moyens pacifiques. En juin 2008 Israël a accepté un cessez-le-feu avec le Hamas. Israël ne l’a pas vraiment respecté – ils étaient supposés ouvrir les frontières et ils ne l’ont pas fait – mais le Hamas l’a respecté. Vous pouvez vérifier sur les sites officiels israéliens ou écouter leur porte-parole officiel, Mark Regev : ils sont d’accord pour dire que durant le cessez-le-feu le Hamas n’a pas lancé une seule roquette.

Israël a rompu le cessez-le-feu en novembre 2008 en envahissant Gaza et en tuant une demi-douzaine de militants du Hamas. Quelques roquettes ont alors été lancées, puis Israël a lancé une attaque bien plus importante. Il y a eu des morts, tous palestiniens. Hamas a proposé le retour au cessez-le-feu. Le gouvernement israélien a évalué l’offre, puis l’a rejetée, optant pour le recours à la violence. Quelques jours plus tard il y a eu l’attaque israélo-états-unienne contre Gaza.

 

 

Aux États-Unis, et en Occident de façon générale, y compris les organisations de défense des droits humains, y compris le rapport Goldstone, on considère comme une évidence le droit d’Israël à se défendre en utilisant la force. Il y a eu des critiques disant que l’attaque était disproportionnée, mais cela est secondaire par rapport au fait qu’Israël n’avait absolument pas le droit d’utiliser la force. Vous n’avez aucune justification pour l’utilisation de la force tant que vous n’avez pas épuisé les recours pacifiques. Dans ce cas les États-Unis et Israël n’avaient non seulement pas épuisé les recours pacifiques, ils avaient rejeté tout recours aux moyens pacifiques, alors que c’était parfaitement possible et ils le savaient bien. Ce principe selon lequel Israël a le droit de lancer des attaques militaires est tout bonnement un fascinant cadeau.

 

 

Quoi qu’il en soit, que l’Iran essaie d’étendre son influence et que l’Iran soutienne le Hezbollah et le Hamas c’est, du point de vue des services d’intelligence et du département de la défense, ce qui constitue son soutien au terrorisme.

 

 

Noam Chomsky

 

 

Source : http://www.zcommunications.org/u-s-...

 

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 10:44

 

Les Assises de l’Interculturalité viennent de s’achever sur un compromis boiteux, véritable bricolage, style « ni ni ». Cette initiative de Joëlle Milquet, présidente du CDH et Ministre compétente pour l’égalité des chances, a plus consacré les rapports entre les religions que les relations entre les communautés issues de l’immigration et les communautés autochtones, c’est-à-dire les Wallons, les Bruxellois et les Flamands dits « de souche ».

 

Ce bavardage de quelque six mois ne fait que compliquer les choses et risque, s’il est pris en compte, d’aggraver les tensions au lieu de les aplanir. Le rapport issu de ces Assises rédigé par un « Comité de pilotage » composé des représentants des religions et du Centre d’action laïque, d’universitaires, du MRAX, du Centre pour l’égalité des chances et d’associations interculturelles  doit être vite enterré et il est plus que temps que les vrais acteurs (éducateurs sociaux, fonctionnaires locaux, enseignants, politiques, syndicalistes, etc.) prennent les choses en main avec la participation tous les immigrés sans distinction de religion, de sexe, ou d’origine. Un acteur important, le Centre d’égalité des chances, a rédigé une note de minorité, ce qui est révélateur du poids excessif des « religieux »

 

Le volet social pourtant le plus important, car c’est la disparité entre la situation sociale des communautés immigrées et celle de la population « aisée » qui crée la discrimination, est à peine mentionné dans le rapport et aucune solution n’est proposée.  Ce petit extrait est édifiant : « Si nous ne traitons pas directement de problèmes socio-économiques dans ce rapport, c’est que cela nous ferait déborder de notre sujet (sic). Mais nous partageons l’inquiétude de ceux et celles qui mettent en garde contre l’aggravation des problèmes liés au « vivre ensemble » et à la lutte contre les discriminations… ». Exit le social, donc !

Suit une discussion sur la dénomination de ces communautés : immigrés ? Non. Allochtones ? Non plus. Minorités culturelles ? Pas assez complet. On est arrivé à : « minorités ethniques, culturelles et/ou religieuses » Et voilà ! « religieuses » ! Le ver est dans le fruit.

 

Ainsi, pour l’enseignement, au lieu d’analyser la situation des écoles dans les quartiers et de proposer des solutions concrètes tant pour les enseignants que pour les élèves, on recommande qu’il n’y ait aucune dérogation au programme scolaire pour des motifs religieux (par exemple en biologie, en histoire, le maintien de la mixité dans les cours de gym, etc.).  Il n’aurait plus manqué que cela ! Quelle est l’utilité de cette recommandation ? Voudrait-on envisager de remettre en question le principe fondamental d’égalité, qu’on n’agirait pas autrement !

 

Pour le voile islamique (appelé pudiquement « signe convictionnel » - ce qualificatif ne figure pas au dictionnaire…), il est recommandé d’en interdire le port jusque l’âge de quinze ans et de le permettre après. Compromis alambiqué et future source de conflits ! Ou bien on l’interdit, ou bien on l’autorise mais pas un « entre deux » ! ([1]) Concernant l’emploi, les Assises proposent d’instaurer un système de quotas d’embauche, le CV anonyme, etc. Rien de bien neuf, donc.

 

Et on en vient aux fameux « accommodements raisonnables ». On invite les autorités à étendre le champ d’application de la loi de 2007 dite « d’aménagements raisonnables » obligeant d’aménager des immeubles et des lieux publics pour un meilleur accès aux handicapés, aux « situations, notamment celles liées à la conviction religieuse ou philosophique ». Une fois de plus, le particularisme religieux que l’on mêle allégrement avec les mesures en faveur des handicapés ( !), est un facteur de discrimination ! Viennent après les recommandations sur les jours fériés à caractère religieux. On souhaite six jours fériés « flottants » à prendre en fonction des convictions religieuses et philosophiques du travailleur, avec l’accord préalable de l’employeur. C’est la porte ouverte à la réduction de fait du nombre de jours fériés légaux ! En outre, cela contraindra le travailleur à se « dévoiler » auprès de son patron…

 

Le reste du rapport contient, dans des domaines fondamentaux comme le logement, par exemple, un catalogue de généralités et de bonnes intentions. Les prix prohibitifs des loyers sont déplorés, mais il n’est pas demandé de réinstaurer la loi de blocage des loyers qui était un frein efficace à la spéculation immobilière et à la discrimination en matière de logements.

 

D’un côté, les travaux de ces Assises n’aboutissent à aucun plan concret. C’est un saupoudrage de recommandations diverses, fruit de compromis qui cachent mal les divergences fondamentales entre les différentes parties. De l’autre, l’introduction du religieux dans les rapports sociaux qui aboutiraient à des situations encore plus discriminatoires, sans compter une atteinte grave au principe de laïcité. Ces Assises n’ont rien apporté à l’interculturalité, c’est-à-dire à une vie commune plus harmonieuse dans un esprit citoyen accessible à toutes et à tous quelles que soient leurs origines. L’interculturalité est devenue l’interreligiosité !

 

À enterrer, et vite !

 

Pierre Verhas



[1] L’auteur de ces lignes a toujours été opposé à l’interdiction du port du voile dans les écoles car c’est une mesure vexatoire, discriminatoire et inefficace et, au risque de se faire traiter « d’islamo-gauchiste », inspirée pour quelques-uns par une xénophobie honteuse (voyez « Riposte laïque » ou « extrême-centre » en France). Ce n’est pas par des interdits que la laïcité progressera ! De plus, l’enseignement confessionnel autorisant le port du voile, il attire de nombreuses élèves au détriment de l’enseignement public.

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Published by pierre verhas
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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 14:55
L'excitation est retombée dans la salle de contrôle du JPL (Jet Propulsion Laboratory) qui a vécu en direct le passage de la sonde Epoxi à proximité de la comète 103P/Hartley 2. Le dépouillement des données a commencé, en voici un premier aperçu.
 
Le jeudi 4 novembre à 15 heures (heure française), les scientifiques du JPL ont vu apparaître sur leurs écrans les premières images détaillées du noyau de la comète Hartley 2, que la sonde Epoxi photographiait à seulement 700 kilomètres de distance, 5 ans après sa rencontre avec Tempel 1, un autre astre chevelu. Parmi les chercheurs présents se trouvait Malcom Hartley, auteur de la découverte de cette comète il y a 24 ans sur une plaque photographique réalisée à l'observatoire de Siding Spring en Australie, où il travaille toujours. L'heureux découvreur a reconnu que les données amassées par la mission Epoxi auront de quoi occuper les chercheurs pour plusieurs années.
 
Le rapprochement entre Epoxi et la comète s'est produit à près de 40 millions de kilomètres de la Terre. En survolant sa cible à plus de 8 kilomètres par seconde, la sonde en a réalisé environ 200 photographies à l'aide de sa caméra à moyenne résolution. Le résultat est visible sous forme d'une animation sur le blog de la Planetary Society.
 
Commentant les premiers clichés, Don Yeomans, du JPL, a expliqué que les images radar obtenues quelques jours plus tôt au radiotélescope d'Arecibo avaient révélé la nature bilobée de la comète. Mais il était impossible de savoir si Hartley 2 était constituée de deux morceaux accolés ou d'un seul bloc. Les images d'Epoxi ont confirmé cette seconde hypothèse. Elles ont également permis de donner les mensurations précises de cet astre : environ 2 kilomètres sur sa longueur et 400 mètres dans sa plus petite largeur.
 
hartley_2.jpg
 
  
Comparaison de la taille des différents noyaux cométaires qui ont reçu la visite de sondes. © Nasa
 
Hartley cousine d'Itokawa ?
 
Ce qui a frappé les observateurs, c'est la ressemblance entre la comète Hartley 2 et l'astéroïde Itokawa. Exploré en 2005 par la sonde japonaise Hayabusa, Itokawa avait alors montré une surface où alternaient des zones lisses recouvertes de poussière et des zones rocailleuses. C'est exactement ce que l'on observe sur 103P/Hartley 2 ! Pour justifier l'aspect de la surface de l'astéroïde, on a proposé plusieurs explications : activité géologique, chocs avec d'autres petits blocs, ou encore rôle de la pression de radiation solaire (l'effet YORP).
Cette étrange ressemblance entre les deux corps vient conforter de récentes simulations numériques montrant que d'anciennes comètes ont pu migrer dans la ceinture d'astéroïdes lors du grand bombardement tardif (Late Heavy Bombardment, ou LHB, en anglais). Itokawa pourrait avoir fait les frais de ce bouleversement survenu dans le Système solaire il y a 4 milliards d'années.
 
asteroide_Itokowa.jpg

L'astéroïde Itokawa ressemble beaucoup à la comète Hartley 2. © Jaxa

Du travail pour les chercheurs
  
Les images d'Hartley 2 révèlent de nombreux jets dont les scientifiques vont s'attacher à déterminer l'origine. Pour Don Yeomans, ces jets peuvent provenir de la surface exposée au Soleil, ou s'échapper des profondeurs de Hartley 2 qui se réchauffe. Cette seconde hypothèse pourrait expliquer la présence de certains jets visibles dans des zones de la comète plongées dans l'ombre. Les scientifiques doivent maintenant analyser les mesures fournies par les différents instruments de la sonde pour déterminer la température à la surface de la comète et la composition de sa chevelure. Toutes ces informations seront croisées avec les résultats obtenus par les télescopes terrestres mobilisés pour l'occasion.
Hartley_2_Epoxi.jpg
Une vue détaillée de la comète 103P/Hartley 2, obtenue par la sonde Epoxi. Les plus petits détails visibles font moins de 10 mètres. © Nasa
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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 10:38
Événement très attendu, l'ancienne sonde américaine Deep Impact, rebaptisée Epoxi pour la circonstance, a survolé le noyau de la comète Hartley 2 hier après-midi à une distance de 700 kilomètres.
Depuis bientôt deux mois, la comète 103P/Hartley 2 occupe le devant de la scène astronomique. Jeune et active comète verte, elle a fait le bonheur des astrophotographes amateurs dont nous avons déjà publié les plus belles images. Quant aux professionnels, ils attendaient beaucoup des observations que réaliserait la mission Epoxihttp://epoxi.umd.edu/. Pour la cinquième fois, un vaisseau spatial devait effectivement s'approcher d'un noyau cométaire pour le mesurer avec précision et tenter d'observer sa surface. L'objectif était d'étudier les régions actives qui libèrent le gaz et les poussières à l'origine de la chevelure et de la queue.
Il y a quelques jours, commentant les images radar du noyau de la comète prises par le radiotélescope géant d'Arecibo, Tim Larson, chef de la mission Epoxi, avait déclaré : « elle ressemble un peu au croisement entre une quille de bowling et un cornichon et fonce à travers l'espace à 37 kilomètres par seconde ». La taille du noyau, qui tourne sur lui-même en 18 heures, était alors estimée à 2,2 kilomètres.
  
Hartley 2 en direct à la télé
La rencontre entre la sonde Epoxi et la comète a eu lieu cet après-midi à 15 heures heure française : la sonde américaine a croisé sa cible à plus de 8 kilomètres par seconde, un passage en trombe qu'il a été possible de suivre en direct sur Nasa TVhttp://www.nasa.gov/multimedia/nasatv/index.html. C'est une heure plus tard que sont arrivées les premières images du noyau de la comète que nous vous présentons ci-dessous. Elles révèlent clairement sa forme générale et la position des différents jets de gaz et de poussière. Rappelons que le dégazage des comètes est provoqué par la sublimation des matériaux de surface sous l'action du rayonnement solaire.
Les membres de la mission Epoxi vont maintenant dépouiller les nombreuses données transmises par la sonde, que nous ne manquerons pas de vous présenter dans les prochains jours.
 
 
 
comete-Hartley-2.jpg
 
 
Quatre vues du noyau de 103P/Hartley 2 réalisées par la sonde Epoxi lorsqu'elle est passée au plus près de la comète. © Nasa
 
Cordialement
Jean
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Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB)
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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 17:07

Sahara occidental, cela continue !

 

Depuis quelques jours, les villes occupées de la République Arabe Sahraouie Démocratique connaissent une nouvelle situation qui se caractérise par l’exode massif de milliers de leurs habitants en dehors de celles-ci. Voici la situation selon les propos tenus par le Ministre des affaires étrangères du Front Polisario, lors d’une conférence de presse à Alger, le 18 octobre.

 

Ainsi,  les habitants d’El Aaiun ont dressé dans la région de Gdem Izik, à 18km au sud-est de la ville,  un campement de fortune où croupissent, dans des conditions inhumaines, des milliers de femmes, d’enfants et d’hommes. Les forces d’occupation marocaines tentent,  moyennant une répression des plus sauvages,   d’interdire  aux habitants des autres villes d’en faire de même.

 

L’explosion de la situation socio-économique  dans les territoires spoliés est le résultat immédiat de la politique de l’occupant marocain qui a fait des Sahraouis, durant les trois dernières décennies, une minorité, désœuvrée, réprimée et humiliée à outrance au quotidien.

 

Cette politique coloniale marocaine est basée sur :

 

1.    Le pillage effréné des ressources naturelles des territoires occupés (Phosphates, pêche, agriculture et autres ….)  pour financer la guerre et équiper l’armée d’agression

 

2.    Le transfert  massif  des citoyens marocains vers les villes occupées dans le cadre d’une politique de colonisation de  peuplement. Les colons marocains, aujourd’hui, largement majoritaire  sur le plan numérique, sont pratiquement  les seuls bénéficiaires de l’emploi, l’habitat, la santé et l’enseignement.

 

3.    Les tentatives de liquider l’identité nationale sahraouie à travers une politique globale qui va de la liquidation physique, aux violations des droits de l’homme et aux crimes de guerre et crimes contre l’humanité, dans l’objectif  de mettre fin à la volonté d’indépendance du peuple sahraoui.

 

 

4.    L’isolement des territoires occupés du monde extérieur  et l’interdiction systématique aux observateurs étrangers, à la presse internationale ainsi qu’aux ONG de  faire des visites  et des enquêtes indépendantes.

 

 

Un massacre organisé et massif de la population sahraouie par les forces marocaines est sans doute en préparation.

 

Les forces démocratiques en Europe doivent s’organiser pour empêcher cela. Qu’attendent-elles pour envoyer une délégation d’observateurs, en accord avec le Front Polisario, afin de faire le plus rapidement possible un rapport sur la situation dramatique au Sahara occidental ? Cela, afin d’exercer une pression sur le gouvernement français et la commission européenne, pour empêcher ces massacres et combattre ce néo-colonialisme.

 

Le silence des défenseurs des Droits de l’Homme, en l’occurrence, peut s’assimiler à de la complicité. Il n’existe pas de Droits à géométrie variable. La cause des Sahraouis mérite tout notre soutien au même titre que d’autres causes plus « médiatisées ».

 

Un faux combat : le congé de maternité

 

Le Parlement européen vient d’adopter, à grand spectacle, un projet de directive en vue de porter le congé de maternité à 20 semaines, au lieu de 14 ou 15 selon les Etats-membres, cela  afin de permettre une progression démographique sur le continent. Comme s’il y aura plus d’enfants si on ajoute cinq à six semaines de congé de maternité !

 

Enfin, une avancée sociale au niveau européen ! Dira-t-on. Cela reste à voir… Tout d’abord, le patronat s’y oppose farouchement et fait pression sur le Conseil européen pour refuser cette directive. Il est plus que probable qu’il obtiendra gain de cause. Ensuite, il il y a, en ce qui concerne les femmes, d’autres priorités dont, en premier lieu, l’égalité des salaires avec les travailleurs hommes. Une autre priorité concerne aussi les crèches sur les lieux de travail.

 

Ces deux revendications sont bien plus fondamentales car elles constitueraient, si elles sont rencontrées, des avancées sociales majeures pour les femmes.

 

Et là, ce sera bien plus efficace (et moins démagogique) pour une éventuelle poussée démographique, dont la nécessité reste à démontrer. N’oublions pas qu’en la matière, ce sont les femmes qui décident.

 

 

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9 octobre 2010 6 09 /10 /octobre /2010 10:32

 

Le lecteur pardonnera la longueur de cet article. Afin de bien comprendre la difficulté de ce dossier qui entraîne tout un peuple qui n’a comme choix que l’exil, ou demeurer sous le joug d’une armée d’occupation, il faut en faire l’historique et comprendre les enjeux géopolitiques et économiques du conflit du Sahara occidental.

 

Le jeudi 7 octobre, la régionale de Bruxelles des Femmes Prévoyantes Socialistes (FPS) présentait une exposition de photographies sur les camps de réfugiés Sahraouis dans le désert du Sud de l’Algérie. Cette manifestation était animée par Dominic Brumagne, animateur de FAM (Formation Action Militante). En effet, chaque été, les FPS reçoivent une vingtaine d’adolescents vivant dans ces camps pour leur permettre d’avoir un autre regard sur le monde, de passer les mois chauds dans de bonnes conditions et, dans certains cas, pour leur prodiguer certains soins médicaux qu’ils ne peuvent avoir sur place.

 

En 2009, les FPS ont donné un appareil de photos jetable à chacun des enfants avec pour « mission » de photographier leur « quotidien » dans ces camps de réfugiés qui sont leur seule maison. En été 2010, ils rapportèrent les appareils photos et la section de Jette des FPS s’est chargée de faire développer les films. Les enfants purent ainsi voir les photos qu’ils avaient prises et il leur fut demandé d’attribuer à chacune une légende. Ce sont ces photographies qui font l’objet de l’exposition.

 

L’inauguration eut lieu en présence de Madame Mariem Salma, députée au Parlement sahraouis en exil et de Monsieur Salek Abderrahman, représentant du Front Polisario pour la Belgique et le Luxembourg. Après avoir regardé les œuvres photographiques des jeunes réfugiés,  Madame Salma et Monsieur Abderrahman ont exposé, à l’occasion d’un débat informel, la situation dramatique des réfugiés et les perspectives d’avenir pour leur pays, le Sahara occidental.

 

Remontons le temps. Le Sahara occidental est un territoire de 267.000 km2 situé au Sud-est du Maroc et à l’Est de la Mauritanie. Il a en plus une frontière de quelque 40 km avec l’Algérie. Il fut de 1884 à 1975 une colonie espagnole. En 1973, des Sahraouis indépendantistes fondent le Front Polisario qui signifie Front Populaire de Libération de Saguia el-Hamra et du Rio de Oro, il est issu d’un mouvement plus ancien fondé en 1967, le Front de libération du Sahara. Le Front Polisario est parvenu à fédérer les différents courants au sein du mouvement autonomiste, ce qui lui permit d’entamer une lutte plus efficace contre le colonialisme de l’Espagne franquiste. En 1975, le régime fasciste espagnol affaibli est contraint de promettre non pas l’indépendance, mais l’autodétermination du Sahara occidental.  Ce fut fait à l’occasion du traité de Madrid signé par l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie. Cet accord contenait les germes d’une guerre qui est loin d’être terminée aujourd’hui, le Maroc et la Mauritanie se partageant le territoire du Sahara occidental qui leur fut donnés par l’Espagne.

 

Marche « verte » ou « rouge » ?

 

Le 6 novembre 1975, le roi Hassan II du Maroc organise une « marche verte » à laquelle participent 300.000 Marocains afin d’occuper le Sahara occidental, les Espagnols encore présents fermant les yeux. Ce fut en réalité une expédition sanglante. Il y eut des massacres et des pillages sans que la « communauté » internationale ne lève le petit doigt. C’est pourquoi les Sahraouis qualifient cette « marche » de rouge, rouge  du sang de leur peuple. Pendant ce temps, la Mauritanie occupe le Sud du territoire.

Le Front Polisario rentre dès lors en lutte armée. Il emporte des succès militaires surtout sur les Mauritaniens. Dans la portion de territoire qu’il occupe, à l’Est du Sahara occidental, le Polisario proclame la République Arabe Démocratique Sahraouie.  En 1979, déstabilisée par cette défaite, la Mauritanie abandonne ses prétentions. Le Maroc, lui, poursuit et amplifie l’occupation de la plus grande partie du territoire su Sahara occidental.

 

Le trône et le phosphate

 

Plusieurs raisons poussent le Maroc à poursuivre cette violente occupation. Le régime chérifien est à la merci d’une déstabilisation, aussi voit-il dans cette guerre un excellent moyen de se refaire une aura auprès du peuple marocain. En poussant la fibre nationaliste, le trône désarme les partis de gauche qui sont mal à l’aise dans cette question et il éloigne l’armée vers le Sud, armée ainsi légitimée mais qui pourrait constituer un danger mortel pour la monarchie de Rabat, comme ce fut le cas lors du putsch de 1971. Durant la décennie 1970 – 80, le Maroc refuse de céder un pouce du territoire Sahraoui. En 1981, sous la pression de l’ONU, Hassan II accepte le principe d’un référendum sur l’autodétermination, tout en proposant aux chefs tribaux de faire allégeance. La guérilla menée par le Front Polisario est de plus en plus menaçante. L’armée se livre alors à une répression sanglante. Les pires exactions sont commises : massacres, disparitions de prisonniers, assassinats d’hommes et de femmes jetés d’hélicoptères, etc. Le Front Polisario est repoussé vers l’Est, dans le désert. Un mur est construit pour « protéger » les territoires habités et surtout les gisements de phosphates du Sahara occidental qui permettent ainsi au Maroc d’être le troisième producteur mondial (les deux premiers étant les Etats-Unis et la Chine). Le Maroc est également autorisé à faire des recherches pétrolières en ce territoire. En d’autres termes, la monarchie chérifienne peut en toute impunité piller les ressources du Sahara occidental et se livrer à toutes les exactions à l’égard d’une population martyrisée.

Mohammed VI n’a rien à craindre non plus de la part des défenseurs occidentaux des Droits de l’Homme. Pas un mot d’un tonitruant philosophe germanopratin et de ses sbires. Il est vrai que lorsqu’on possède une riad au Maroc, on est forcément tenu à un certain « devoir de réserve »… Encore une fois, les Droits de l’Homme sensés être universels, sont à géométrie variable.

 

Le mur de la honte et la République en exil

 

Le mur (appelé aussi « de la honte » par les Sahraouis), le plus long avant la grande muraille de Chine, isole complètement l’Ouest du Sahara occidental. Le Front Polisario se divise : des Sahraouis de Tindouf rallient le Maroc, répondant ainsi à l’appel du roi « à rejoindre la patrie clémente et miséricordieuse ». Plus de 160.000 Sahraouis fuient vers l’Est et se réfugient dans le désert au Sud de l’Algérie, dans la région de Tindouf. Des camps rudimentaires sont construits. Ces hommes, ces femmes, ces enfants sont désormais dépendants de l’aide humanitaire pour leur survie.

Cependant, le Front Polisario y organise la République Arabe Sahraouie avec un gouvernement, un Parlement, un pouvoir judiciaire. Ce parlement compte 53 députés dont 18 femmes. Il est élu au suffrage universel et les camps sont organisés administrativement en provinces, départements, etc. Cette organisation assure la cohérence de la population réfugiée et permet de mieux organiser l’aide humanitaire. Ce pouvoir, bien sûr, ne dispose d’aucun moyen propre. Il vit de l’aide humanitaire, particulièrement de celle de l’Algérie, mais aussi de plusieurs ONG sur place, dont Oxfam Belgique qui est présente depuis 1976. e gouvernement assure essentiellement l’éducation et la santé. Des dispensaires existent dans tous les camps et il y a une certaine scolarité. Les jeunes Sahraouis qui en ont les capacités, sont admis dans les Universités algériennes.

 

 

 AFRIQUE-SaharaOccidental-01-01

 

Carte du Sahara occidental. A l'Ouest, l'Océan Atlantique (pêche), au Nord, le Maroc, au Nord-Est l'Algérie et à l'Est et au Sud, la Mauritanie. La flèche verte montre la direction de la marche "verte", la zone jaune striée de vert est la partie occupée par l'armée marocaine et colonisée. La ligne rouge grenat représente le mur de séparation, ou "mur de la honte", la partie verte est la zone occupée par le Front Polisario. On voit près de la frontière entre l'Algérie et le Sahara occidental, Tindouf et les camps de réfugiés Sahraouis. 

 

La reconnaissance virtuelle

 

L’objectif du Maroc est de faire inscrire le conflit avec le Sahara occidental dans une logique de politique intérieure et ainsi lui retirer son caractère international. L’ONU tente alors de débloquer la situation en proposant aux deux parties un plan de paix prévoyant un référendum sur l’autodétermination. La situation reste bloquée car l’ONU considère le Sahara occidental comme une entité autonome mais non comme un Etat indépendant. Cependant l’ONU impose en 1988 un plan de paix entre le Maroc et le Front Polisario prévoyant un cessez-le-feu et un référendum d’autodétermination. Hassan II accepte de l’organiser en 1992. Cette consultation n’a jamais eu lieu car il fut impossible d’avoir un accord sur la composition du corps électoral. Mais la véritable raison est que le résultat de ce référendum consacrerait la victoire franche et définitive de l’un des deux protagonistes du conflit. Le Front Polisario serait sans aucun doute le vainqueur de ce scrutin. Or, le Maroc considère que le Sahara occidental, au nom de ses « droits historiques » est partie intégrante de son territoire.

 

La tension Maroc – Algérie

 

Dès le départ, l’Algérie, le puissant voisin ennemi – ami du Maroc, a soutenu les Sahraouis. Le régime chérifien n’a pas réagi à ce soutien tablant sur un affaiblissement de son voisin lors de la guerre civile des années 1990. En 1998, Abdelaziz Bouteflika est élu pour la première fois président de la République algérienne. Il maintient, en dépit de l’espoir des Marocains, son appui aux Sahraouis et la reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique  (RASD). En 2004, c’est autour de l’Afrique du Sud de reconnaître la RASD. Cela a pour conséquence, non seulement un plus grand rapprochement entre les deux voisins, mais aussi un isolement de Rabat. La RASD fait désormais partie de l’Union des Etats Africains tout en n’étant pas reconnue par toutes les nations d’Afrique.

 

Le conflit a un effet sérieux sur l’économie du Maghreb. En 1989 est fondée l’Union du Maghreb arabe regroupant le Maroc, la Mauritanie, l’Algérie, la Tunisie et la Lybie. Cette Union est destinée à créer une zone de libre échange entre ces cinq pays, dans l’idée de constituer la puissance économique du Grand Maghreb. Avec le conflit du Sahara occidental et la mésentente entre le Maroc et l’Algérie, cette Union est mort née. Cela a un coût social et économique considérable pour ces pays. Le « coût du non – Maghreb » concerne des secteurs essentiels comme l’énergie, les banques, les transports, l’agroalimentaire, l’éducation, la culture, le tourisme. Le commerce entre les Etats d’Afrique du Nord représente 1,3 % de leurs échanges extérieurs. C’est le taux le plus bas du monde ! Les conséquences en sont catastrophiques. Si la population peu âgée du Maghreb dispose d’une qualification qui a beaucoup augmenté depuis les indépendances et si les taux de naissance et de mortalité sont devenus beaucoup plus faibles, 50 % des jeunes sont sans emplois. « Remédier à ce déferlement exigerait, pendant deux décennies, un rythme de croissance plus élevé que celui de la Chine » (Francis Ghiles, Le « non-Maghreb coûte cher au Maghreb », le Monde diplomatique, janvier 2010). Or, les frontières fermées coûtent à ces pays la perte de deux points de croissance. Et des milliers de jeunes s’en vont chercher en Europe, souvent au péril de leur vie, une vie qu’ils croient meilleure et plus active.

 

Voilà ce que peut indirectement provoquer un conflit où par avidité et orgueil national, un peuple entier est martyrisé.

 

Les Etats-Unis et la France

 

Les « puissances » jouent un rôle négatif en l’espèce. Les Etats-Unis montrent une grande prudence en cette question. D’un côté, ils soutiennent le Maroc comme pays « ami » de l’occident – ils avaient accepté l’occupation du Sahara occidental par le Maroc en 1975, en raison de la « guerre froide –, mais d’un autre, l’Algérie leur est un puissant allié dans la « lutte contre le terrorisme ». Donc, Washington a toutes les cartes en main pour « persuader » les parties prenantes au conflit saharien de parvenir à un accord viable et durable mais rien ne bouge.

 

La France, quant à elle, a une attitude beaucoup plus négative. Jacques Chirac et puis Nicolas Sarkozy soutiennent ouvertement la position marocaine sur ce dossier. Il est vrai que la France a de puissants intérêts économiques au Maroc, bien plus qu’en Algérie. Elle est en concurrence avec les Etats-Unis qui cherchent à créer une vaste zone de libre échange avec l’Algérie, le Maroc et la Tunisie. Tout cela rappelle les pires moments de l’ère coloniale !  Par l’intermédiaire de James Baker, l’ancien secrétaire d’Etat américain au moment de la guerre du Golfe, nommé représentant spécial de l’ONU, propose en 2003 un plan quinquennal d’un statut de semi-autonomie du Sahara occidental en attendant l’organisation d’un référendum sur la question de l’indépendance. L’Algérie et le Front Polisario ont accepté ce plan, évidemment rejeté par le Maroc.

 

En 2007, le congrès du Polisario a exigé le départ de la MINUSRO (la Mission des Nations Unies aux Sahara Occidental), mais l’exécutif du Front a décidé de n’exercer aucune pression en ce sens. En 2011, il y aura un nouveau congrès et si rien  n’a bougé, il y a fort à parier que la position du Front se radicalisera et que le cessez-le-feu  datant de 1991 et surveillé par la MINUSRO sera caduc et que les armes reparleront.

 

Ce sont surtout les jeunes générations qui ont recours à la résistance pacifique active et ont réussi à alerter la communauté internationale sur les violations des Droits de l’Homme. Une militante Aminatou Haidar  a fait une grève de la faim en novembre 2009 en Espagne, le Maroc lui interdisant de revenir au Sahara occidental. Elle acheva son action fin décembre 2009 et fut admise à rentrer en son pays. Cette action a sensibilisé l’opinion internationale sur la question des Droits de l’Homme dans ce pays et Christopher Ross, l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU a demandé le 28 janvier dernier d’inclure la surveillance du respect des Droits de l’Homme dans la MINURSO.

 

Une autre vision de la diplomatie et de… la politique

 

Il est temps que l’on éradique des relations entre les peuples, le néo-colonialisme dont le Maroc, la France et, dans une moindre mesure, les Etats-Unis, font preuve dans ce conflit.

 

Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est fondamental. On ne peut violer les Droits de l’Homme au nom d’une occupation injuste et sans justification sinon géopolitique. Les Sahraouis doivent avoir leur autodétermination et disposer de leurs ressources. C’est l’intérêt de tous !

 

Le phosphate du Sahara occidental ne vaut pas  la violation permanente des Droits de l’Homme et aussi le blocage d’un projet aussi important que l’Union du Maghreb arabe qui, seul, pourrait provoquer le boom économique indispensable au développement de cette région et à l’amélioration du sort des peuples qui l’habitent.

 

En Belgique, la gauche ne bouge pas, de peur sans doute de se mettre à dos l’importante communauté marocaine. La politique de l’autruche n’est certes pas la bonne. Il faut avoir le courage de débattre et de dire que nos principes fondamentaux excluent que l’on ne tienne compte des Droits de l’Homme et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il est d’ailleurs de l’intérêt du peuple marocain de trouver un accord en la matière et de tenir compte de la volonté d’indépendance du Sahara occidental.

 

Vingt ans d’exil, cela suffit, disent les jeunes Sahraouis ! Les graves violations des Droits de l’Homme doivent être punies. Le pillage des ressources (le phosphate et la pêche) doit cesser. Les Sahraouis ont droit à l’indépendance s’ils le désirent.

 

En tout cas, Madame la Députée Salma et Monsieur Abderrahman nous ont donné une fameuse leçon. Voilà un peuple qui a réussi à organiser en exil un régime démocratique et égalitaire. Par ses traditions de peuple nomade, la femme joue un rôle majeur dans la société, tous sont de fidèles Musulmans tolérants, sans intégrisme.

 

Par l’immobilisme, le sang risque de couler à nouveau. Et cette fois, nul ne pourra ignorer les responsabilités. On peut l’éviter. Il suffit d’un minimum de courage.

 

 

Pierre VERHAS

 

 

Sources :

 

- Yahia H. Zoubir, Le conflit du Sahara occidental enjeux régionaux et internationaux, CERI CNRS, Sciences Po., Paris, mars 2010

 

- Catherine Graciet, Sahara occidental : les enjeux du conflit, Cybercopie, mars 2004

 

- Kadija Finan, L'inextricable conflit du Sahara occidental, le Monde Diplomatique, janvier 2008

 

- Francis Ghiles, le "non-Maghreb" coûte cher au Maghreb, le Monde diplomatique, janvier 2010

 

- Le film "La République en exil" qui fut projeté lors de l'exposition. Il retrace l'histoire du Sahara occidental et montre la vie dans les camps de réfugiés, avec des interviews des exilés et du président du Front Polisario.

 

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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 17:21

Nous sommes tous politiquement suspects.

 

Tout régime anti-social porte atteinte aux libertés. C’est une constante de l’histoire. En Belgique, la tendance s’affirme de plus en plus.

 

Ainsi (Belga 23/10/2010), les policiers et agents de quartier recevront dès fin 2011 une formation, ainsi qu'un manuel, pour rapidement déceler les comportements radicaux, et lutter ainsi contre le terrorisme. Ce manuel, dont la création a été annoncée jeudi à l'occasion d'une conférence de haut niveau à Anvers sur la radicalisation et le terrorisme, verra le jour à l'initiative de la Belgique et de dix autres pays européens.

En dehors de quelques exemples quelque peu loufoques – ceux qui portent un tee shirt marqué « 4/20 » ne sont pas des étudiants médiocres, mais des néo-nazis qui fêtent l’anniversaire d’Adolf Hitler (le 20 avril) - il n'y a aucune raison de mettre en route de telles mesures, sinon la volonté d'établir une démocratie surveillée. 

« La radicalisation prend toujours du temps », a ajouté Mme Turtelboom. « Nous devons être capable de le déceler dans cet intervalle. Les agents de quartier doivent être les yeux et les oreilles de la société ».
 
Pour l'heure, seule une version anglaise de ce manuel est prête. En Belgique, il devrait être diffusé à 25.000 ou 30.000 exemplaires au sein du corps de police. Les autres pays participant à ce projet sont l'Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg, la Grande-Bretagne, la Finlande, la Suède, le Danemark, Chypre, la Hongrie et la Lettonie.

Autrement dit les agents dits de série ou de quartier auront pour mission le fichage des personnes politiquement suspectes !

Une autre atteinte potentielle aux libertés est dénoncée par la Ligue des Droits de l’Homme. Elle s’inquiète de l’usage que l’on peut faire de la carte « Mobib », carte électronique individuelle servant de titre de transport à la STIB qu’il faut « pointer » à chaque montée dans un véhicule de cette société. Ainsi, sont enregistrées plusieurs informations à caractère privé : nom, prénom, adresse, heure du voyage, numéro du véhicule, etc. Ces informations peuvent servir à analyser vos déplacements en vue d’enquêtes éventuelles à votre égard, sans, bien entendu, que vous en soyez informé. D’autre part, la LDH craint que l’on place sur le parcours des manifestations syndicales ou politiques, des enregistreurs de cartes « Mobib » qui pourraient ainsi permettre aux services policiers de connaître l’identité des manifestants.

Il paraît que nous vivons dans le monde libre…

Le néolibéralisme affine sa stratégie

La livraison du « Courrier international » de cette semaine (n° 1038 du 23 au 29 septembre 2010) dont le thème est « l’Etat Providence », publie un article édifiant de l’éditorialiste économique du Times, Anatole Kaletsky. Qui est-ce ? Kaletsky est né en 1952 à Moscou, a passé sa jeunesse en Pologne pour ensuite rejoindre l’Australie. Depuis 1966, il a vécu entre les USA et le Royaume Uni. Il a fait des études d’économétrie à l’Université de Cambridge, puis à l’Université de Harvard pour devenir journaliste à The Economist et au Financial Times, avant de travailler pour le Times lui-même. Ainis, Anatole Kaletsky a fait le parcours classique de la « tête d’œuf » du néolibéralisme. Ajoutons que son enfance en URSS et en Pologne l’ont profondément marqué et que, comme ses congénères, son anticommunisme s’est transformé en une adhésion totale aux thèses politiques et économiques du néolibéralisme.

Dans son article, Kaletsky a pour premier objectif, la réduction drastique des dépenses publiques accompagnée d’une hausse des impôts et des prestations sociales, pour résorber la dette publique. Il ne précise évidemment pas quelle catégorie sociale sera le plus touchée par la hausse des impôts et des cotisations sociales, mais il est beaucoup plus disert sur les dépenses publiques à réduire.

Il écrit : « L’expérience montre (…) que les transports, les routes, les compagnies d’énergie fonctionnent généralement mieux quad ils sont privés ». Tiens, on ne s’en est pas aperçu ! « L’Etat doit toutefois les encadrer, de manière à atteindre certains objectifs d’intérêt général. » Il préconise de créer un impôt sur la pollution, subventionner non plus les transports publics, mais l’accès de certains usagers aux transports en commun, etc. Autrement dit, l’Etat se transformerait en un immense CPAS qui soulagerait les frais d’utilisation des services dits d’intérêt général aux plus démunis. Aux orties, le principe de solidarité des systèmes de sécurité sociale et dans les « anciens » services publics !

Education, retraites, soins de santé : dépenses publiques = zéro…

Mais, c’est ici que l’on voit une stratégie plus fine, donc plus insidieuse : Kaletsky n’use plus du ton agressif de ses prédécesseurs comme Hayek ou von Mises, des gouvernants ultralibéraux de Thatcher à Blair (mais oui !), des baby Thatcher comme Reynders et Sarkozy ainsi que de Reagan à GW Bush. Kaletsky se préoccupe du sort des plus démunis. Enfin, jusqu’à un certain point : « Mais ce sont là des questions secondaires par rapport au principal défi que doivent relever les gouvernements : comment réduire les prestations liées à la santé, aux retraites et à l’éducation [primaire et secondaire] qui engloutissent environ 70 % des recettes fiscales de tous les pays développés ? »

Pour y arriver, c’est très simple : la privatisation. Pour l’éducation, prévoit-il, cela ne présentera pas de difficultés majeures puisque ce secteur « va connaître une plus grande concurrence et un plus fort investissement. ». C’est évidemment le secteur de la santé qui doit faire l’objet d’une offensive « privatisatrice » ! Cependant, Kaletsky, dans le cadre de la nouvelle stratégie, reconnaît que le système privé de santé américain – pas un mot de la réforme Obama ! – est  moins efficace que le NHS britannique (National Health Service, le service public de santé) tant décrié par les néolibéraux que ni Thatcher, ni Major, ni Blair n’ont réussi à privatiser ! En effet, les dépenses de santé aux USA représentent 18 % du PIB alors qu’elles prennent 9 % en Grande Bretagne, 11 % en France, alors que le taux de survie aux cancers et aux maladies cardiovasculaires est inférieur à la moyenne de l’OCDE aux USA et que ceux de la Grande Bretagne et de la France sont largement supérieurs à cette moyenne. Et, en dépit de ces évidences, Kaletsky souhaite la réduction substantielle des dépenses de santé. Son raisonnement est révélateur de « l’humanisme » néolibéral.

A la poubelle, les vieux !

« Pour la plupart des pays, » écrit Kaletsky « la réaction rationnelle à la crise budgétaire serait de reconnaître que les engagements pris, envers les baby-boomers vieillissants, en matière de couverture médicale et de retraites ne peuvent tout simplement plus être honorés dans leur intégralité. » Il prévoit l’effondrement des autres services publics si l’on maintient les choses en l’état.  Et pour l’éditorialiste du Times : « De bons établissements scolaires et des universités abordables comptent plus pour la prospérité future et pour la justice sociale que les hôpitaux, lesquels prennent surtout soin de citoyens vieillissants dont la contribution économique est réduite alors qu’ils représentent le groupe démographique le plus riche de la société. ».

En clair, à la poubelle, les vieux ! Et piquons leur pognon !

Enfin, Kaletsky cultive le paradoxe en affirmant : « La gauche devra alors faire campagne en faveur de la privatisation partielle de la santé. Et ce seront les conservateurs qui défendront avec la plus grande véhémence la responsabilité de l’Etat dans ce domaine, en se servant de l’augmentation inexorable des dépenses de santé comme d’un cheval de Troie pour renverser tous les autres programmes publics. »

Tout le néolibéralisme est là. « TINA » (There Is No Alternative) et la haine de l’Etat que l’on pourrait traduire par le rejet de la solidarité et du contrôle démocratique des dépenses et de la gestion des services publics.

Espérons que la gauche démocratique ne sombrera pas au chant de ces sirènes.

Pierre VERHAS

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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 19:44

Suite à la chronique publiée par le principal leader politique flamand, Bart De Wever, nous avons envoyé au journal "Le Soir", la réponse ci-dessous. Il faut bien comprendre que l'actuelle crise belge est bien plus qu'une querelle de nationalités, elle est le choc de deux principes fondamentaux. D'un côté, la conception ethniste de la nation qui semble s'imposer, de l'autre, la nation comme ensemble consenti dans le cadre de valeurs universelles. Accepter par lâcheté la nation ethnique, revient à rejeter toutes les valeurs universelles. Les démocrates belges, flamands, comme bruxellois, comme wallons, par leur obsession de la paix civile à tout prix, jouent un jeu très dangereux. En se pliant au diktat des tenants de l'ethnisme, ils détruisent non seulement l'acquis démocratique en Belgique, mais mettent en péril la construction européenne basée sur le libre consentement de tous. Et nous saluons la Commissaire européenne à la Justice, Madame Viviane Reding, de l'avoir rappelé haut et fort suite à l'expulsion des Roms décrétée par le gouvernement français. Nos lecteurs savent que nous sommes opposés à l'Union européenne ultralibérale qui encourage indirectement l'ethnisme, amenant la balkanisation du Continent, mais nous appelons de nos voeux une construction politique forte qui permettra à tous les citoyens européens de s'épanouir dans la Justice qui n'est pas celle des Traités de Maastricht et de Lisbonne. Nous combattrons avec force et vigueur toute tentative de limiter les sociétés nationales et régionales aux seuls critères ethniques. Espérons que des responsables politiques aient le courage de le faire.

 

Jusqu’à quand, Messieurs, allez-vous accepter de renier les principes fondamentaux de notre société, au nom d’un accord impossible ? Comment, en effet, « concilier l’inconciliable », comme le tenta l’ex « préformateur » ? On ne peut concilier des principes aussi opposés sinon en se reniant et en se soumettant à l’adversaire ?

 

M. De Wever, dans sa tribune sur la collaboration, n’a affirmé qu’une vérité partielle : « Vous avez fait comme nous ! ». En rien, il n’a rejeté ce que fut la collaboration. Pire, il ne regrette pas son passé. Et il ose appeler à son secours François Mitterrand, pour justifier qu’il aurait évolué. Et vous accepteriez un tel raisonnement ? Ne comprenez-vous pas que la culture de cet homme n’a rien de commun avec les valeurs que vous prétendez défendre ?

 

L’enjeu n’est pas le seul avenir de la Belgique, il est plus fondamental : que seront les principes guidant l’organisation de notre société ? Veut-on une nation basée sur les seuls critères ethniques et linguistiques, ou un ensemble ouvert sur le monde régi par le libre consentement de tous les citoyens ? Comprenez-vous, Messieurs, que cet enjeu dépasse le petit territoire de la Belgique et l’interminable querelle Flamands - Wallons ? Lorsque, avec raison, la commissaire européenne Madame Viviane Reding fustige le recours à des critères ethniques contraires à la construction européenne, suite aux mesures discriminatoires prises par le gouvernement français à l’encontre des Roms, par votre obsession du compromis, vous vous apprêtez à accepter de les institutionnaliser au niveau d’un Etat. Vous prendriez une monstrueuse responsabilité historique dont vous ne calculez manifestement pas les conséquences.

 

Le compromis, Messieurs, a ses limites. Au lieu de renier le fondement de notre vie commune, par la dérisoire recherche d’un arrangement sans avenir, au lieu de céder à l’adversaire dans le timide espoir de garder quelques hochets, au lieu de prendre la ridicule posture de « Madame non », ayez le courage de fixer les limites principielles au delà desquelles, c’est le « Non possumus ».

 

Le 13 juin dernier, Messieurs, vous avez eu un mandat. Il ne comportait pas le reniement au nom d’un illusoire apaisement. Il vous obligeait à négocier un accord honorable. Et dans l’impossibilité, vous vous seriez grandis en rompant.

 

Résultat : « l’ennemi politique » comme l’a désigné Charles Picqué, a quasi gagné. Il fixe l’ordre du jour. Il pourra ainsi imposer son diktat, à moins qu’en dernier ressort, vous puissiez avoir un sursaut. Seul l’avenir nous le dira.

 

À l’abominable slogan de la branche la plus radicale du nationalisme flamand « Eigen volk eerst ! » opposons « Nos principes universels d’abord ! ».

 

 

Pierre VERHAS

 

 

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 23:56

Nous avons écrit à plusieurs reprises sur le blog « Uranopole » que nous assistions à la fin de l’Etat nation. Celui-ci est démantelé par les forces centrifuges des régionalismes (ou des sous-nationalismes selon ceux qui y sont hostiles) et les forces centripètes de la mondialisation dont les effets se font de plus en plus sentir.

 

Ce qui se passe en Belgique : les résultats des élections législatives du 13 juin dernier et les interminables négociations qui commencent à agacer plus qu’inquiéter l’opinion publique, montrent deux évidences. La première, il y a une conception contradictoire de l’avenir du pays en Flandre, en Wallonie, à Bruxelles. La seconde, la volonté majoritaire en Flandre de glisser « en douceur » vers une autonomie de plus en plus grande qui s’achèvera par l’indépendance.

 

Le drame est l’absence de perspective politique des Wallons et des Bruxellois. Ils ont un comportement ridicule dans les négociations. Ils ont commencé par répondre aux propositions flamandes en 2007 qu’ils « n’étaient demandeurs de rien ». Non seulement, c’est une grave erreur car elle signifie un refus de négocier, ce qui ne peut que braquer l’autre partie, ensuite c’est faux puisqu’ils ont réclamé de l’argent pour la région de Bruxelles capitale qui est quasi en faillite. Les « francophones » ont la terrible faiblesse de ne pas avoir de projet. La situation s’enlisant, il a bien fallu former un gouvernement pour affronter « les vrais problèmes », en laissant l’abcès communautaire sur le côté. Ce gouvernement a tenu vaille que vaille. Son plus bel exploit fut le bradage de la principale banque belge, Fortis, aux Français de BNP Paribas. Ce gouvernement a ainsi, comme ses prédécesseurs, contribué à l’affaiblissement de l’Etat et de l’économie du pays.

 

En effet, l’état de l’économie belge est un élément souvent négligé. Depuis 1988 – la crise de la holding Société générale de Belgique –, les fleurons de l’économie belge partent à l’étranger. Le secteur énergétique est entièrement dans des mains françaises : le pétrole, l’électricité, le gaz ; la sidérurgie est devenue d’abord française, puis luxembourgeoise et maintenant indienne ; le textile a carrément disparu ; les usines de montage automobile ont été ou sont en voie d’être délocalisées ; le secteur financier est passé chez les Français et les Néerlandais. Il n’y a plus une seule banque belge. Il reste la chimie, encore que sa branche pharmaceutique – la plus rentable – a été absorbée par les multinationales de la pharmacie. Il est évident que cette désertification économique qui touche les trois Régions, pèse lourd dans la négociation.

 

Face à ce constat et au regard d’une négociation qui s’éternise et dont on ne peut savoir ce qu’il en sortira. La question se pose : que va-t-il se passer ?

 

Deux conceptions se heurtent. Celle de la nation considérée comme porteuse d’une âme collective ou celle de la nation contractuelle issue de la volonté des hommes et des femmes qui l’habitent. En Flandre, on est attaché au principe du Volksgeist , c’est-à-dire, comme l’écrit Alain Finkielkraut dans la « Défaite de la pensée » (Gallimard, 1987) : « La nationalisation systématique des choses de l’esprit » En clair, tout tourne autour de la Nation prise comme une communauté. On s’en aperçoit dans l’attitude et la pensée des négociateurs flamands (et pas seulement de ceux de la NV-A) : l’intérêt supérieur ne se situe pas dans l’épanouissement de valeurs universelles, mais dans celui des valeurs nationales flamandes. C’est cela « l’inconciliable » comme disait le « préformateur » Elio Di Rupo lors de sa conférence de presse du 30 juillet.

 

Cette querelle n’est pas nouvelle. Elle existe depuis le XIXe siècle durant lequel l’Europe s’est structurée en nations. Ernest Renan écrivait dans Qu’est-ce qu’une nation ? : « L’homme n’est l’esclave ni de sa race, ni de la langue, ni de la religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagne ». Ainsi, Renan opposa la définition contractuelle de la société à l’idée d’une identité collective. Un homme libre de sa destinée à un homme lié fatalement à quelque-chose qui lui est supérieur, sa race, sa langue, etc. Ces propos sont d’une brûlante actualité aujourd’hui, en Belgique, mais aussi ailleurs.

 

Quel fut le sentiment national belge ? L’histoire de la création de la Belgique est confuse et se heurte à deux thèses : celle défendue par Pirenne qui veut démontrer qu’il existe une âme belge depuis les temps les plus reculés, c’est « Après des siècles et des siècles d'esclavage, Le Belge sortant du tombeau… » (extrait de la troisième version de l’hymne national belge « La Brabançonne », datant de 1860). Et la thèse défendue par d’autres historiens pour lesquels, il n’existait pas de sentiment national belge à proprement parler, mais une volonté d’indépendance vis-à-vis de puissances étrangères. Il ne faut pas oublier que la Constitution belge de 1831 était la plus démocratique dans une Europe dominée par les monarchies absolues, à l’exception de la France de Louis Philippe et de l’Angleterre qui étaient cependant des régimes très conservateurs. La domination de la bourgeoisie francophone a donné petit à petit naissance à une conscience nationale flamande. Le Mouvement flamand a commencé à revendiquer la reconnaissance officielle de la langue flamande et l’autonomie linguistique  dès la création du royaume de Belgique. Ce militantisme flamand de revendications d’ordre culturel s’est très vite transformé en un activisme politique inspiré du Volksgeist. Une élite flamande s’est constituée avec la ferme volonté d’unifier la langue et de la défendre dans un cadre national flamand.

 

Une démarche similaire n’a pas eu lieu en Wallonie. Avant la guerre 1914 – 18, l’intellectuel carolorégien Jules Destrée écrivit une lettre au roi Albert Ier intitulée « Sire, il n’y a plus de Belges ». L’auteur y voyait deux peuples antagonistes, les Wallons et les Flamands, les Bruxellois étant des « métis » sans importance. C’est après 1918 que le Mouvement wallon s’est structuré. Il accompagnait d’ailleurs le mouvement social de revendications des ouvriers mineurs et métallos des bassins de Liège, de Charleroi et de Mons – Borinage. Un congrès wallon issu du Mouvement de Résistance « Wallonie libre » d’inspiration gaulliste, eut lieu à Liège en 1945 où les idées de rattachement à la France et d’indépendance de la Wallonie  se sont exprimées. Ce congrès s’est achevé par une solution de compromis : le fédéralisme dans un cadre belge. C’est lors des grèves de 1960-61 que le Mouvement wallon prit de l’ampleur. La revendication de fédéralisme comme seul cadre permettant les réformes de structures, fut clairement exprimée par le président de la FGTB liégeoise, André Renard. Celui-ci fonda le Mouvement populaire wallon (MPW) en dehors du Parti socialiste et de la FGTB qui restaient partisans d’une Belgique unitaire. Le MPW eut une existence éphémère mais permit la constitution d’une force politique qui eut assez bien de succès dans les années 1965 – 75, le Rassemblement wallon. Celui-ci fit même partie d’un éphémère gouvernement en 1974 – 76 avec François Perin qui fit voter la première loi créant les Régions. Le Parti socialiste, sous la houlette d’André Cools, devint beaucoup plus régionaliste, au point qu’il se sépara de son « frère » flamand en 1978. Avec le splitsing du Parti socialiste, il n’y avait plus de partis unitaires en Belgique. Le Rassemblement wallon disparut progressivement, la plupart de ses dirigeants rejoignant le Parti libéral et le Parti socialiste. La création de la Région wallonne en 1980 et l’accroissement de ses compétences en 1988 firent tomber le Mouvement wallon en léthargie. L’épisode du mouvement Wallonie Région d’Europe fut un fiasco et ne servit qu’à la promotion des frères Happart. Suite à cela, deux tendances s’affirmèrent, surtout au sein du PS : les régionalistes et les partisans de la Communauté française. Suite aux manœuvres de la direction du Parti, les régionalistes furent mis en minorité. Cela a eu des conséquences sérieuses sur les négociations actuelles : en effet, les nationalistes flamands souhaitaient au départ se baser sur les seules communautés pour restructurer la Belgique. Cela revenait à nier l’existence de la Région de Bruxelles, dès lors Elio Di Rupo s’est trouvé en porte-à-faux, lui qui a toujours défendu la priorité de la Communauté française sur la Région wallonne. La Région bruxelloise est un cas particulier car elle est bilingue et ne dispose pas de l’ensemble de l’autonomie des Régions flamande et wallonne.

 

Contrairement au Mouvement flamand, le Mouvement wallon n’est pas nationaliste. C’est sans doute cela qui fit dire à François Perin lors de son éclatante démission au Sénat du 26 mars 1980 que la  Belgique est rongée  par plusieurs maux dont le premier est le nationalisme flamand. La Belgique est « une nation qui n’existe plus. »

 

 

Le nationalisme flamand s’est affirmé pour la première fois lors de l’occupation pendant la Grande guerre. Un Conseil national flamand fut constitué avec l’aval des Allemands. Il comptait en son sein plusieurs membres de l’élite flamande. En Wallonie, il y eut un équivalent à Namur mais qui n’eut pas l’impact de son alter ego flamand.

 

Le point important est que ce Conseil flamand dont les membres furent sévèrement punis pour haute trahison dès 1918, ne fut pas condamné par les dirigeants du Mouvement flamand. Pour la première fois, ce Mouvement se détachait de la Belgique en tant que nation. En plus, durant la Première guerre mondiale, l'élite flamande qui ne s'était pas inscrite dans la collaboration élaborait sa stratégie politique non plus dans un cadre belge solidaire, mais dans un rapport de force entre la Flandre et la Belgique. Ce fut le cas après la Seconde guerre mondiale où la revendication d’Amnistie fut bien plus forte et devint une des exigences les plus importantes des nationalistes flamands. Encore une fois, l’incivisme n’était pas conçu de la même manière de la part des radicaux flamands et des autres citoyens belges.



 

La revue wallonne Toudi a publié cette intéressante analyse : « Le parti catholique et ses descendants, pour assurer le maintien de sa position dominante fut le parti créateur et « perpétuateur » de la particratie à la belge et à la flamande. L'arrivée du suffrage universel après la Grande Guerre va l'obliger à passer un double compromis : d'abord sur le plan national, il accepte de partager le pouvoir alternativement avec les libéraux et les socialistes, mais principalement avec ces derniers vu leur dominance sur l'électorat wallon grâce à leurs bastions communaux et provinciaux. Le second compromis est interne au parti, il s'agira du recours à la fois alternatif et simultané entre la stratégie de la loi du nombre et l'appui aux idées « émancipatrices » qui agitent le mouvement flamand, en particulier lors de la première occupation allemande de la Belgique. Pour les partisans de la première stratégie, les Flamands étant les plus nombreux démographiquement, leurs revendications, notamment linguistico-culturelles, et les hommes portant celles-ci finiront « logiquement et automatiquement » par s'imposer dans le cadre unitaire belge. C'est la thèse que développa durant la Grande Guerre Frans Van Cauwelaert dans le journal publié aux Pays-Bas Vlaamsche Stem. L'autre tactique est celle du développement progressif d'institutions qui permettront à la Flandre d'atteindre son émancipation voire son autonomie. Dans la sphère économique, on peut penser au VEV et à la KB, dans le domaine politique, à la création des régions linguistiques dans les années 30 puis des communautés culturelles en 1970. Ces deux approches politiques du CVP ne furent nullement antagonistes, elles avancèrent longtemps main dans la main jusqu'au début des années 80. »

 

L’autre thèse, défendue par le courant le plus radical du CVP devenu depuis 1999, CD&V – affirmant ainsi son ancrage national flamand – tend à conquérir petit à petit une plus grande autonomie pour la Flandre, avec, à terme, son indépendance. Cette doctrine est aussi celle des partis nationalistes flamands qui ont pour « ancêtre » le VNV proche du fascisme d’avant-guerre et indépendantiste. Juste après la guerre, malgré l’épuration des éléments collaborationnistes du VNV, son héritière, la Volksunie est née. Ce parti ouvertement nationaliste et indépendantiste (on dit aussi « séparatiste ») a compté au fur et à mesure de ses progrès électoraux, une branche d’extrême droite issue du VNV qui avait réussi à fonder un mouvement de jeunesse violent et assez puissant, le VMO, véritable milice privée néo-nazie – dissoute en 1982 –  coupable de graves troubles dans les années 1975 – 80 dans les Fourons et dans les communes à facilités de la périphérie bruxelloise, et une branche plus démocratique souhaitant s’inscrire dans un Etat fédéral où la Flandre disposait d’une large autonomie. Lors des accords dits d’Egmont en 1978 qui consacraient les trois Régions du pays (Flandre, Wallonie, Bruxelles), la Volksunie qui faisait partie du gouvernement, se divise entre son aile démocratique et son aile radicale ultranationaliste et néofasciste qui fonde un nouveau parti, le Vlaams Blok. Cette formation radicalise l’opinion flamande, notamment sur les questions de racisme, mais sert aussi d’aiguillon quant aux revendications nationalistes flamandes spécialement sur les communes à facilités et sur Bruxelles. Au début des années 1990, la Volksunie éclate en deux partis : une aile gauche « Spirit » qui rejoint les Socialistes flamands et une aile droite nationaliste, la NV-A. Spirit disparaît du paysage politique, la NV-A, à l’initiative du leader chrétien de droite, Ministre Président du gouvernement flamand, Yves Leterme, entre en cartel avec le CD&V et permet à celui-ci de décrocher une victoire électorale le 10 juin 2007. Après l’échec des négociations dites de « l’Orange bleue », fin 2007, le cartel éclate et la NV-A vole de ses propres ailes pour provoquer un raz de marée aux élections du 13 juin 2010. Elle devient le premier parti de Flandre en sièges.

 

Les Wallons et les Bruxellois n’ont pas aperçu le changement de la stratégie flamande. Avant 2007, les Flamands travaillaient jusqu’à présent selon la doctrine Van Cauwelaert.

 

Dans « le Soir » du 25 août, le professeur Michel Quévit de l’UCL, analyste de l’évolution de l’économie wallonne, tire les conclusions de ces négociations qui n’en finissent pas de ne pas aboutir. Il craint que l’on passe du fédéralisme à un autre système qui mettrait en danger « l’avenir de la solidarité dans le système fédéral belge. » Il décrit le système actuel de solidarité à la belge : « Dans tout système fédéral, il faut répondre à la question suivante : comment rendre possible une distribution équitable des ressources fiscales des entités fédérées les plus prospères vers celles qui le sont moins ? Actuellement, cette solidarité s’exerce essentiellement par les compétences fédérales. (…) C’est parce que ces matières [les domaines sociaux] sont fédérales qu’il y a une solidarité en matière de sécurité sociale. » Quévit voit le risque « d’infléchir de manière déterminante et irréversible l’évolution de la construction d’un fédéralisme belge car d’un fédéralisme de coopération, nous nous dirigerions inévitablement vers la construction d’un fédéralisme concurrentiel. »  Il ajoute plus loin : « La plupart des Etats fédéralisés de l’Union européenne privilégient un système de solidarité entre leurs entités fédérées (Allemagne, Autriche, Espagne, etc.) et ne s’inscrivent dès lors, pas dans le schéma d’un fédéralisme concurrentiel. » Or, Michel Quévit omet une évidence. Bien que cela soit proclamé officiellement, la Belgique n’a jamais été un véritable Etat fédéral. Il suffit de relire l’histoire de l’évolution de sa structure.

 

Depuis le tracé de la frontière linguistique en 1963 qui fut le premier acte de désunion du pays, toutes les réformes institutionnelles qui ont été mises en chantier visaient à un transfert des compétences de l’Etat central d’abord vers les Communautés, ensuite vers les Régions. C’est donc un processus de séparation et non de fédéralisation. De plus, la loi de financement des entités fédérées qui date de 1989, instaure un mécanisme de solidarité des Régions les plus fortes vers les Régions les plus faibles, mécanisme de solidarité. C’est précisément ce mécanisme que critiquent les Flamands. Ils ne veulent plus de transferts financiers vers la Wallonie et ils rechignent à refinancer Bruxelles. La solidarité n’existe plus et il est illusoire de penser que l’on reviendra en arrière.

 

En conclusion, Michel Quévit évoque l’Europe. « On peut d’ailleurs s’étonner du silence de la Présidence européenne face à la mouvance politique actuelle belge qui, sous la pression de la NV-A (…), s’inscrit en porte-à-faux avec les principes de cohésion territoriale européenne. » On peut cependant se poser la question : ces principes sont-ils encore ceux de l’Union européenne d’aujourd’hui ? Après tout, certains ultralibéraux européens ne doivent pas voir cette évolution d’un mauvais œil : le démantèlement des Etats nation est une étape indispensable vers la constitution d’une vaste zone de libre échange transatlantique dérégulée et placée sous le seul contrôle des marchés. N’oublions pas que Bart de Wever a dit un jour : « Je ne fais rien sans le VOKA ». Le VOKA est l’association patronale flamande, une des plus réactionnaires

d’Europe. Il suffit d’ailleurs de lire le communiqué du patronat flamand paru dans la « Libre Belgique » du 30 août : « Les employeurs flamands saluent les résultats déjà atteints par les négociateurs et espèrent que le travail sera poursuivi », ont-ils fait savoir dans une réaction commune. En cas d'échec, « le prochain gouvernement fédéral ne pourrait pas s'attaquer aux défis immenses qui nous attendent et aucune stabilité n'existerait pendant les quatre prochaines années ».



« Les trois organisations plaident pour le transfert de paquets de compétences homogènes et cohérents, en particulier en ce qui concerne le marché du travail. Elles plaident également pour une révision de la loi de financement, ainsi que pour une autonomie fiscale accrue, aussi bien pour l'impôt des personnes physiques (IPP) que pour l'impôt des sociétés (ISoc).



« Ce n'est que de cette manière que la Régions seront responsabilisées face à leurs choix politiques, leurs revenus et leurs dépenses ». C’est quasi mot pour mot les exigences de la NVA et du CD&V : transfert de compétences, révision de la loi de financement, autonomie fiscale par la régionalisation de l’IPP et de l’ISoc.

 

Donc, nous nous situons dans un conflit de nationalité accompagné d’un débat droite – gauche, disons-le, d’une lutte des classes. Et nous revenons à la case départ : le démantèlement de l’Etat nation Belgique par la force centrifuge du nationalisme flamand en accord avec la force centripète de la mondialisation qui transforme la structure Union européenne en une vaste zone de libre échange déréglementée (euphémisme pour dire sans protections, ni lois).



On commence par l’Etat le plus faible, la Belgique. D’autres suivent. L’Espagne est confrontée aux nationalismes catalans et basques qui montent en puissance. La Ligue du Nord néo-fasciste italienne fait la pluie et le beau temps du gouvernement Berlusconi. Le nationalisme écossais a un grand poids en Grande Bretagne.

 

En définitive, si un Etat membre de l’Union européenne est démantelé, d’autres vont rapidement suivre et une Europe balkanisée sera celle du capital. Ses victimes, les travailleurs, les allocataires sociaux, une jeune génération sacrifiée. Espérons que les laissés pour compte de ce nouveau triomphe du capital puissent, par leur nombre, par leur volonté, inverser le rapport de force.

 

 

 

 

  

 

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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 21:47

 

C’est le Wall Street Journal dans son édition du 3 juillet qui ouvre ce débat essentiel : depuis la flottille humanitaire pour Gaza, violemment attaquée et détournée par l’armée israélienne, faisant neuf victimes, la stratégie des résistances palestiniennes prend une toute autre orientation. De la violence des bombes et des roquettes, elle place à la résistance non violente : désobéissance civile, boycott des produits israéliens, etc. S’inspirant de Gandhi et du mouvement pour les droits civiques aux Etats-Unis, aussi bien le Hezbollah que le Hamas semblent vouloir changer leur mode de résistance à l’égard d’Israël.

 

« La flottille a fait plus pour Gaza que 10.000 roquettes ! » « Quand nous utilisons la violence, nous aidons Israël à gagner le soutien international » déclare Aziz Dweik, juriste membre du Hamas, au Wall Street Journal. De son côté, rapporte le quotidien financier new yorkais, le Hezbollah souhaite lui aussi changer de tactique et s’orienter vers les actions non violentes. Certes, pour les deux mouvements islamiques, ce n’est pas officiel, mais on sent un évident changement d’attitude.

 

flottille_palestine07.jpg

La flottille a fait plus pour Gaza que 10.000 roquettes !

 

Même du côté israélien, on constate un changement dans la stratégie des deux mouvements. Un membre du ministère des Affaires étrangères d’Israël constate qu’il y a un changement dans la conception stratégique du Hamas et des « autres mouvements de résistance ». Depuis l’affaire de la flottille, il n’y a plus d’infiltration de groupes se livrant à des attaques et à des destructions mais qu’ils obtiendraient l’isolement militaire d’Israël par des actions non violentes. Néanmoins, le porte parole du gouvernement de Jérusalem, Mark Regev,  estime que « les gens qui provoquent des violences usent des protestations pacifiques comme couverture ».

 

Les partisans de la résistance non-violente furent au départ la risée du Hamas. Ils comparaient la méthode non violente à une lutte de femmes ! Cela changea en 2008 après que le premier bateau d’aide humanitaire ait pu rompre le blocus israélien sur Gaza.  Actuellement, le Hamas organise lui-même des marches de protestations pacifiques à la frontière de Gaza et d’Israël.

 

manifistation-rabat-palestine-gaza.jpg

Des manifestations non violentes sont bien plus

efficaces.

 

Le Wall Street Journal conclut que le Hamas cherche à sortir de son isolement international en adoptant une stratégie de la non violence, afin qu’il puisse être reconnu internationalement comme le représentant officiel du peuple Palestinien et aussi de traduire les dirigeants israéliens devant la Cour pénale internationale ou dans les pays d’Europe, dont la Belgique, qui ont adopté une loi de compétences universelles.

 

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Un boycott des produits des colonies israéliennes

assez efficace

 

On peut d’ailleurs constater que le boycott des produits israéliens fabriqués dans les colonies est assez efficace en Cisjordanie avec le soutien de l’Autorité palestinienne. Donc, sur ce plan là, les deux « frères » ennemis palestiniens, le Hamas et le Fatah,  son d’accord. Les militants du boycott, en général jeunes, disent ouvertement que la violence utilisée par leurs aînés n’a servi à rien et que la résistance pacifique caractérisera leur génération tant qu’il n’y aura pas une paix juste entre les deux parties. « C’est nous qui négocierons dans le cadre du processus de paix ! » disent-ils avec fierté.

 

Deux questions se posent : pourquoi un tel changement et pourquoi est-ce le Wall Street Journal qui le rapporte ?

 

On peut émettre plusieurs hypothèses. Nous retiendrons celle-ci. L’Iran cherche aussi à sortir de son isolement et veut éviter une guerre ouverte avec les Etats-Unis et Israël. La menace est réelle puisque l’on sait qu’une puissante flotte de guerre US est en route vers le Golfe Persique. Aussi, en plus de fortes pressions du peuple en Palestine, le gouvernement d’Ahmadinejad  « encourage » ses alliés palestiniens à changer fondamentalement de stratégie. Enfin, et cela expliquerait ces révélations du Wall Street Journal, des milieux d’affaires américains encourageraient le président Obama à adopter une attitude modérée à l’égard de l’Iran et à faire pression pour un assouplissement de l’attitude du gouvernement israélien.

 

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Ahmadinejad veut à tout prix éviter une attaque conjointe

US - Israël sur l'Iran.

 

Si les choses tournent ainsi, c’est une excellente nouvelle. Et cela veut dire que la génération montante veut vivre autrement. Des deux côtés, elle le mérite.

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Published by pierre verhas
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