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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 21:06

 

Assistons-nous aux premiers rapports de force entre les peuples et les élites mondialisées ? Les mouvements en Tunisie, en Algérie, et, c’est moins connu, en Islande semblent le confirmer.

 

Le Maghreb (Tunisie, Algérie, Maroc) combinent des pouvoirs « forts » - le pouvoir policier de Ben Ali à Tunis, le pouvoir militaire nationaliste de Bouteflika à Alger et le pouvoir royaliste quasi féodal de Mohammed VI à Rabat – et des politiques néo-libérales dures. L’Islande, c’est différent, c’est une démocratie exercée par le peuple qui a renversé le gouvernement et nationalisé les banques qui avaient ruiné ce pays.

 

Néanmoins, il y a un point commun entre ces quatre pays : un rejet radical des politiques ultra-libérales. La dictature des banques dans un petit pays, entretint l’illusion à une population islandaise mal renseignée d’un enrichissement rapide. Les pouvoirs totalitaires au Maghreb ont imposé un régime économique délaissant le peuple au profit d’une minorité qui contrôle tous les instruments du pouvoir et qui possède plus de 90 % de la richesse.

 

1. Tunisie : la révolte des « diplômés – chômeurs ».

 

C’est pendant la deuxième quinzaine du mois de décembre 2010 que des troubles ont éclaté en Tunisie. Il s’agissait au départ de protester contre une brutale hausse des prix et une pénurie des produits de base et surtout se révolta contre la hogra (mépris) de l’élite à l’égard du peuple. C’est ainsi que, progressivement, est apparu  le mot d’ordre de ce mouvement : liberté, travail, dignité.

 

Tunisie_colere.jpg

 

Une colère qui n'est pas prête de s'arrêter.

 

La contestation fut au départ limitée, à en croire les médias locaux placés sous le contrôle du pouvoir. Ben Ali déclara qu’il comprenait la « montée de colère » tout en exprimant de « la compassion et de la fermeté » selon un hebdo muselé. Les choses prirent une tournure dramatique le 17 décembre à Sidi Bouzid (ville du centre-ouest de la Tunisie à quelque 265 km de Tunis) : Mohamed Bouazizi, un jeune diplômé qui vivotait du commerce ambulant, s’est immolé par le feu. Transporté à l’hôpital des grands brûlés de Ben Arous, il décéda le 4 janvier 2011. Entre temps, Ben Ali eut l’indécence de lui rendre une visite médiatisée le 28 décembre. Le héros Bouazizi est le symbole de la jeunesse tunisienne délaissée : celle des « diplômés – chômeurs », des jeune qualifiés après de longues et très chères études, qui sont contraints à des travaux précaires pour survivre ! Ce sont ces jeunes qui descendent dans la rue, prêts à se sacrifier pour assurer à d’autres un avenir meilleur.

 

ben-ali_indecence.jpg

 

Ben Ali eut l'indécence de se rendre le 28 décembre

au chevet de Mohamed Bouazizi qui s'était immolé par le feu.

Il  décédera le 7 janvier.

 

Et cela n’est pas nouveau. Depuis 2008, la Tunisie vit au rythme des mouvements sociaux d'une intensité sans équivalent au Maghreb, qui agitent en particulier le sud du pays, et les environs de Gafsa, une région minière où plus de la moitié des habitants ne trouvent pas de travail.  La révolte populaire du bassin minier Gafsa est une grève générale de plus d'un an et demi dans toute la région sud de la Tunisie, qui n'en peut plus d'être marginalisée par le régime en place. Sous-médiatisée par la presse internationale, ce mouvement n'en a pas moins eu des conséquences dramatiques, lorsqu'à la mi-2008, l'armée intervint à Redeyef, petite ville de la région, pour réprimer une manifestation, tuant au passage un jeune homme âgé de 25 ans. Par la suite, plusieurs dizaines de militants et syndicalistes ont été condamnés à des peines de prison ferme, simplement pour avoir informé de ce qui se passait à Gafsa.

 

 carte-des-manifestations-en-tunisie.jpg

 

 

Carte des manifestations en Tunisie : pour la première fois,

le mouvement de révolte s'étend dans tout le pays.

 

Néo-libéralisme et totalitarisme forment un couple bien uni. La politique économique est axée avant tout sur l’exportation et le tourisme. Il y a la Tunisie des plages et des clubs de vacances, d’où le peuple est tenu éloigné. Il y a la Tunisie du «miracle économique tunisien», comme on disait dans les années 1990, pour désigner une économie tunisienne dopée par le textile off shore et la délocalisation des centres d'appels. Et cette « nouvelle » économie est appréciée dans les plus hautes sphères internationales : «  En Tunisie, la politique économique adoptée ici est une politique saine et constitue le meilleur modèle à suivre pour de nombreux pays émergents. »  Qui a prononcé cet éloge ? Dominique Strauss-Kahn, Directeur général du FMI… Il y a la Tunisie de la réalité sociale, celle d'un pays qui coule, sous le joug d'une famille toute puissante, qui organise sans se cacher la succession d'un président malade, au pouvoir depuis 1987.

 

dsk.jpg 

 

Dominique Strauss-Kahn, en expert, apprécie le

régime politique et économique de la Tunisie.

 

Il y a cette Tunisie d’un pouvoir politique aux mains d’une seule famille depuis 1987 et qui a pour instrument la police. En dehors de l'armée, entre 80.000 et 120.000 personnes, sont employées par l'Etat tunisien pour assurer le contrôle de la population. Un habitant sur 100 ! Grâce à ces «fonctionnaires de la répression», l'Etat tunisien dispose toujours d'une formidable machine à collecter des informations, et peut s'en servir contre les opposants au régime. La moindre réunion publique continue d'être étroitement encadrée par la police locale. Et il n'y a aujourd'hui aucun moyen de savoir comment cet appareil répressif réagira à la déstabilisation d'un régime qui l'a créé, et qui le nourrit. Ainsi, Ben Ali, par la traque de ses opposants a réussi à les affaiblir. Il y eut d’abord le parti islamiste Nahda dont il fit emprisonner et torturer tous les dirigeants, avec les félicitations de « l’Occident » pour son efficace lutte « contre le terrorisme ». Ensuite, Ben Ali s’attaqua aux partis démocratiques, en traquant les membres des petits partis des notables locaux et puis en s’attaquant au Parti communiste. Ben Ali est parvenu à vider l'espace politique tunisien de toute organisation partisane crédible. Cela a non seulement aidé à la longévité du régime, mais cette quasi disparition des partis politiques, rend difficile une alternance.

 

Sur le plan syndical, il y a un syndicat unique : l’UGTT (Union Générale des Travailleurs Tunisiens). Cette organisation est inféodée au pouvoir et même si elle soutient le mouvement populaire du bout des lèvres, ne contribuera sans doute pas, à moins d’un revirement fondamental, à renverser ben Ali, sa famille et ses sbires. Cependant, cette belle unité syndicale s’effrite. Deux centrales, celle des PTT et celle de l’enseignement supérieur sont rentrées en dissidence et veulent réunir un congrès de l’UGTT pour décréter une grève générale.

 

Quant à l’armée, elle joue un rôle secondaire dans la société tunisienne, contrairement aux autres Etats du Maghreb. Comme il n’y a pas de contentieux entre la Tunisie et ses deux voisins, l’Algérie et la Lybie, les moyens de l’armée ont été considérablement diminués. De plus, Ben Ali ne souhaite pas voir s’installer un « concurrent » à sa chère police. Comme le disait un jeune manifestant : « Ben Ali n’est pas le président de la Tunisie, c’est le chef des flics ! ». Cela dit, l’armée montre des signes de réticences à participer à la répression. Des soldats ont refusé de tirer sur les manifestants et devant le tribunal de Kasserine, au centre du pays, un des hauts lieux de la contestation,  lundi 10 janvier, en début d'après-midi, une petite dizaine de soldats montaient la garde, autant pour prévenir d'éventuels troubles en son sein que pour protéger les avocats, comme le rapportent plusieurs témoins.

 

Les avocats sont, après les jeunes, le fer de lance du mouvement. En effet, les avocats tunisiens, parmi les premiers à se mobiliser et à subir intimidations et enlèvements, travaillent actuellement à réunir un dossier suffisamment solide pour porter plainte devant la Cour pénale internationale.

 

manif_Tunis_avocats-copie-1.jpg

 

Manifestation des avocats : ils veulent la fin de la

dictature de Ben Ali.

 

Cela bouge aussi au Parlement. L'Union démocratique unioniste (UDU, opposition légale, huit sièges au Parlement) a appelé à une action «urgente» du président tunisien et exigé l'«arrêt immédiat» de tirs à balles réelles contre les civils. Ce parti proche du pouvoir «condamne les tirs à balles réelles et exige l'arrêt immédiat de l'usage des armes à l'encontre des citoyens». Il demande en outre au président d'intervenir «d'urgence pour assainir le climat, rétablir la confiance et restaurer le calme», exigeant le jugement de «toute personne ayant ordonné l'usage des armes afin d'éviter au pays le risque d'interventions étrangères dans ses affaires nationales». Dans le texte signé par son secrétaire général Ahmed Inoubli, l'UDU réitère son «alignement et appui aux revendications légitimes et à leur expression par des moyens pacifiques», tout en rejetant les atteintes aux biens publics et privés.

 

manif_Tunis_27_12.jpg

 

Manifestation en Tunisie : des revendications pour

remplir des besoins vitaux.

 

Cela commence à faire beaucoup ! Le régime vacille. Ben Ali est intervenu deux fois à la Télévision. Il manie la carotte et le bâton. La carotte, c’est la promesse de 300.000 emplois ! Le patronat tunisien en avait promis, samedi 8 janvier, la création de 50.000 emplois… Il y a comme un hyatus ! Quant au bâton, c’est bien entendu une répression renforcée.  Personne ne croit à ces promesses, mais elles sont le signe d’un pouvoir aux abois. Pourtant, la longue répression des forces politiques hostiles à la dictature de Ben Ali a provoqué un vide politique. Il n’existe pas de structure à même de renverser le pouvoir actuel et de s’installer à sa place. «Notre gros problème, c'est l'absence de perspective politique, indique toutefois Nizar Amami, l'un des responsables de la branche des PTT de l'UGTT, Aucun parti n'émerge, le parti démocrate progressiste (PDP, opposition légale) est trop faible. L'UGTT vient se substituer à l'opposition pour lancer des mots d'ordre, des actions de solidarité, mais pour le projet... Reste que le régime est vraiment déstabilisé, et que l'on a jamais vu ça. Depuis le début, les slogans des manifestants sont dirigés contre Ben Ali et sa famille (en l'occurrence, le clan de sa femme, Leila Trabelsi), dont les gens ne veulent plus. C'est pour ça que la police tue, parce que les dirigeants ont peur. Les signaux envoyés par l'armée, dans ce contexte, c'est très important. À nous maintenant de faire notre boulot pour compenser la faiblesse de l'opposition politique.» (Interview recueillie par le site « Mediapart »).

 

Ben_ali_TV_10-janvier.jpg

 

Ben Ali à la Télévision tunisienne le 10 janvier : la

carotte et le bâton. Le 13 janvier : il promet de partir

en 2014, il ordonne à la police de ne plus utiliser de

balles réelles, il ordonne la baisse des prix des produits de

base et promet le pluralisme politique. Parole, parole...

 

Oui, il y a du boulot ! Mais le sang continuera à couler s’il n’y a pas un changement significatif dans les plus brefs délais. Selon le quotidien arabe Al Hayat publié à Londres, trois scénarios sont possibles. Le premier : Ben Ali et son entourage veulent à tout prix rester au pouvoir. C’est le cycle provocation – répression. La crise économique s’amplifierait à la suite du recul du tourisme et des investissements domestiques et internationaux, et alimenterait par conséquent la crise sociale. Ainsi, la Tunisie, paradoxalement, pourrait constituer l'étincelle qui embrasera le monde arabe en plus d'un endroit.

Deuxième scénario : Un coup d'Etat militaire et policier dirigé de l'intérieur et de l'extérieur, sacrifiant Ben Ali et sa famille afin de préserver le régime et de poursuivre la même politique, avec certes un peu moins de violence. Il serait porté par un homme « providentiel »qui tiendrait le même discours que Ben Ali. Or les Tunisiens n’accepteront plus les promesses.

Troisième hypothèse : Un changement qui viendrait de l'intérieur du régime, dirigé par des hommes qui ne jouent pas le même vieux jeu que Ben Ali, mais comprennent que les choses ont changé et acceptent d'instaurer un gouvernement d'union nationale avec les forces représentatives. Sa tâche consisterait à mettre un terme à l'état d'urgence non déclaré dans lequel le pays vit depuis 1991, d'apurer le climat par une amnistie générale et de préparer des élections présidentielle et législatives libres et transparentes dans des délais courts.

 

Eh bien ! Aucune de ces trois hypothèses ne tient la route, car elles oublient un élément essentiel : le peuple. Sans la participation du peuple, rien n’ira. Il est vrai que le propriétaire d’Al Hayat est un prince saoudien… Les dirigeants – affairistes du monde arabe prendraient-ils peur ?

 

En tout cas, la contestation s'étend. Elle atteint la capitale Tunis où les autorités ont décrété le couvre-feu. Le clan Ben Ali commence à paniquer. Ce 13 janvier, Ben Ali s'est adressé une fois de plus aux Tunisiens via la TV. Ce n'est que la troisième en quinze jours ! Il annonce qu'il ne se représentera plus en 2014 - la belle affaire, il vient d'être réélu -, qu'il a ordonné à la police de ne pas tirer à balles réelles sur les manifestants - Aurait-il peur de devoir rendre des comptes à une Cour pénale internationale ? -, enfin, il a demandé une baisse du prix des denrées de première nécessité. Cela sera la troisième... Ben Ali a également promis la liberté d'expression dans les médias et le pluralisme politique.  Chiche !

 

S'il croit que le mouvement s'étouffera avec ses belles promesses, il se trompe lourdement. Le peuple tunisien n'accepte plus les promesses. Ben Ali et son clan doivent partir. Mais est-il possible d'instaurer un pouvoir réellement démocratique et social à sa place ? C'est toute la question.

 

Pierre Verhas

 

Demain : n° 2 l’Algérie, le Maroc et… l’Europe

 

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 21:02

Les astronomes se demandent depuis longtemps ce qui peut chauffer la couronne solaire. Une étude menée à l'aide de deux observatoires solaires spatiaux semble prouver que cette chaleur est transférée de l'intérieur du Soleil vers la couronne par de petits jets de plasma, les spicules.

Lorsqu'on admire une éclipse totale de Soleil, on remarque tout autour de notre étoile masquée par la Lune une grande auréole lumineuse, la couronne solaire. Bien que la surface du Soleil, la photosphère, soit à une température d'environ 6.000 K, la couronne solaire pourtant plus éloignée est beaucoup plus chaude, entre 1 et 3 millions de kelvins. Cette anomalie est l'un des grands axes de la recherche en physique solaire depuis les années 1930, époque où l'astronome Bernard Lyot, assisté d'Audouin Dollfus, a mis au point le coronographe, une ingénieuse lunette permettant de simuler des éclipses totales et d'observer les régions périphériques du Soleil.

 

Pour tenter de comprendre l'énigme du chauffage de la couronne solaire, une équipe de chercheurs du LMSAL (Lockheed Martin Solar and Astrophysics Laboratory) a utilisé les données fournies par deux satellites solaires. Le premier, Hinode, est un observatoire japonais en orbite depuis la fin de l'année 2006. Le second, SDO (Solar Dynamics Observatory), a été lancé début 2010 par la Nasa. Tous deux permettent de suivre l'activité solaire à haute résolution, en scrutant des petites parcelles de la surface de notre étoile.

 

couronne_solaire01.jpg


Les spicules vues par SDO. Elles pourraient servir à transporter le plasma solaire dans la couronne. © Nasa


Les spicules, tubes de chauffage

On connaît depuis longtemps l'existence à la surface du Soleil des spicules, de longs tubes formés par l'intense champ magnétique solaire dans lesquels circule très rapidement du plasma. Les spicules sont particulièrement actives autour des taches solaires. Au cours de leur brève durée de vie (quelques minutes) elles se soulèvent puis retombent sur le Soleil.

Personne n'avait imaginé que ces spicules puissent avoir un effet de chauffage appréciable de la couronne solaire. Mais en 2007 l'équipe du LMSAL a découvert une nouvelle variété de spicules très chaudes et se déplaçant verticalement à plus de 100 kilomètres à la seconde. Les images haute résolution de Hinode et SDO ont montré depuis les connexions qui s'établissent entre ces spicules et la couronne solaire, une découverte rapportée dans le dernier numéro de la revue Science. Selon l'article publié par les chercheurs du LMSAL, les spicules sont accélérées verticalement dans la couronne solaire et viennent y déverser leur plasma brûlant telles des fontaines.

Il faudra attendre 2012 et la mise en service d'une autre mission de la Nasa, Iris (Interface Region Imaging Spectrograph), pour mieux comprendre ce phénomène de transfert ainsi que le rôle joué par la chromosphère (une couche épaisse de 10.000 kilomètres située entre la photosphère et la couronne), zone de transit des spicules.

 

couronne_solaire03.jpg

 

Image du Soleil réalisée par SDO en ultraviolet. Les couleurs indiquent la température (de 800.000 kelvins en bleu à 2 millions de kelvins en rouge). Des jets de plasma chaud, les spicules, s'élèvent dans la chromosphère. © LMSAL/Bart De Pontieu

  

Cordialement

Jean
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Popular Astronomy http://home.base.be/apexoccult/
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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 09:28

C'est une étrange figure que dessine le Soleil dans le ciel au cours d'une année, l'analemme. Seuls quelques photographes chevronnés et patients sont parvenus à immortaliser ce phénomène.

Vous avez déjà remarqué que le Soleil n'était pas à la même place dans le ciel tout au long de l'année. On ne parle pas bien entendu de son déplacement apparent d'est en ouest en raison de la rotation de notre planète sur elle-même. L'inclinaison de l'axe de rotation de la Terre ajouté à son déplacement annuel fait varier la déclinaison du Soleil, sa hauteur dans le ciel. Notre étoile est au plus haut au solstice d'été et au plus bas à celui d'hiver. La position médiane se produit aux équinoxes, lorsque le Soleil passe à la verticale de l'équateur terrestre. Cela se traduit par un trajet différent du Soleil dans le ciel au cours d'une année.

Un autre phénomène plus délicat à percevoir s'ajoute : en raison de l'excentricité de l'orbite terrestre, le déplacement apparent du Soleil ne se fait pas toujours à la même vitesse. Pour ne pas passer notre temps à corriger l'heure sur nos montres en fonction de ces apparents ralentissements et accélérations, nous utilisons une heure solaire moyenne. Il existe une seule méthode pour visualiser toutes ces variations de vitesse et de trajectoire apparentes du Soleil, photographier notre étoile à la même heure pendant une année. La figure obtenue s'appelle l'analemme et a la forme d'un chiffre 8 allongé. Un défi que peu de photographes sont parvenus à relever.

 

 analemme01.jpg

 

 

Analemme au-dessus de l'un des temples du sanctuaire de Delphes. © Anthony Ayiomamitis

 
Images rares

Dans la liste des phénomènes difficilement photographiables, on connait le fameux rayon vert, observable parfois très brièvement quand le Soleil se couche. Photographier l'analemme est une toute autre affaire. La première image de ce genre a été réalisée en 1978 et 1979. Il aura fallu 2 années à l'astrophotographe Dennis di Cicco pour obtenir 44 vues du Soleil sur la même image. À cette époque point d'appareil photo numérique ni de logiciel pour assembler les images. On devait superposer les vues sur le même morceau de négatif, c'est-à-dire réarmer l'appareil à chaque fois sans faire avancer le film !

La technologie aidant, les photographes actuels peuvent additionner différentes images plus facilement pour obtenir un cliché unique. Mais l'opération reste tout de même très complexe. Imaginez qu'il vous faudra faire une photo du Soleil exactement à la même heure et au même endroit en moyenne tous les 8 jours pendant un an. Prévoyez beaucoup de disponibilité et surtout une météo très clémente. Ceci explique que les rares images d'analemme obtenues depuis 35 ans aient presque toutes nécessité de photographier notre étoile pendant deux années : si vous connaissez une longue période de météo épouvantable, vous devrez attendre l'année suivante aux mêmes dates pour faire vos clichés !

Vous allez maintenant pouvoir regarder les images d'analemme avec tout le respect qui s'impose à leurs réalisateurs. Pendant un an (ou deux) ils réalisent très régulièrement leur image du Soleil avec un filtre, puis ils superposent l'ensemble à une image (sans filtre) du paysage qui a servi de cadre aux prises de vues. Le résultat est aussi difficile à obtenir que spectaculaire, comme le montre cette image de Tamas Ladanyi réalisée en Hongrie. D'autres montages de ce type sont visibles sur le site Internet du projet Twan (The World At Night).

 

analemme02.jpg

 

L'analemme de Tamas Ladanyi, un des photographes du projet Twan. © Tamas Ladanyi

  

Cordialement

Jean
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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 11:16

 

La énième tentative de conciliation dans la crise belge a évidemment échoué. Il est temps d’arrêter ces négociations qui ne mènent à rien. La mission illusoire ayant pour objet de « concilier l’inconciliable » s’est enlisée.

 

Dans un « post » précédent, j’écrivais, en septembre, aux négociateurs : « Le compromis, Madame, Messieurs, a ses limites. Au lieu de renier le fondement de notre vie commune, par la dérisoire recherche d’un arrangement sans avenir, au lieu de céder à l’adversaire dans le timide espoir de garder quelques hochets, au lieu de prendre la ridicule posture de « Madame non », ayez le courage de fixer les limites principielles au delà desquelles, c’est le « Non possumus ».

 

Le 13 juin dernier, Madame, Messieurs, vous avez eu un mandat. Il ne comportait pas le reniement au nom d’un illusoire apaisement. Il vous obligeait à négocier un accord honorable. Et dans l’impossibilité, vous vous seriez grandis en rompant. »

 

Il n’y eut pas de rupture. Les limites n’ont pas été fixées. Le roi est nu. Pendant ce temps, le monde évolue dangereusement. Nos conquêtes sociales sont menacées par le néolibéralisme triomphant. La liberté est petit à petit grignotée par le poids de la pensée unique ne souffrant aucune contestation et par des mesures restrictives motivées par de soi-disant « louables intentions ». Les négociateurs viennent de montrer que la Belgique n’existe plus car ils n’ont ni le courage, ni les capacités de définir son avenir.

 

Alors, quoi ? L’Etat Belgique est agonisant. Les régions et les communautés sont des constructions branlantes. Les institutions sont paralysées. Ces structures sont inaptes à répondre aux défis du temps : crise financière et monétaire, régression sociale, conflits internationaux. L’Etat est en voie de disparition et l’histoire ne ressuscite jamais le passé.  Il reste donc une voie : l’Europe. Cependant, elle est encore dominée à la fois par d’autres Etats déliquescents et imprégnée de l’idéologie néolibérale.

 

C’est donc le combat d’aujourd’hui. Une Europe politique et sociale. Il est à une échelle supranationale. Nous devons nous y préparer si nous voulons sauver l’essentiel et peser sur le cours des choses.

 

Quant à ce qui subsiste de la Belgique, elle a, paraît-il, un vrai faux gouvernement qui fonctionne vaille que vaille. Bah ! Rien vaut mieux que moins que rien.

 

Pierre Verhas

 

 

 

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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 12:43

Les observateurs planétaires sont à la fête en cette fin d'année avec un gigantesque cyclone sur Saturne qui ne cesse de grossir.

Nous vous l'annoncions il y a quelques jours, un avis de tempête a été émis courant décembre concernant Saturne. Si le phénomène n'est pas exceptionnel, puisque tout comme Jupiter la planète géante aux anneaux est sujette aux phénomènes météorologiques spectaculaires, c'est son ampleur qui retient l'attention.

On attendait les images de la sonde Cassini, elles commencent à arriver. On y découvre une formation nuageuse très claire aux dimensions vertigineuses : actuellement 50.000 kilomètres de long pour 10.000 kilomètres de large.

Une tempête géante qui grandit

On est bien loin du cyclone pourtant monstrueux de novembre 2006 (il ne faisait que 8.000 kilomètres) ou de la tempête qui déchira l'atmosphère de la planète pendant plusieurs mois, fin 2007. Les scientifiques se demandent même si le phénomène actuel ne va pas s'étendre à toute la région tempérée nord où il a pris naissance.

L'image ci-dessous a été prise par la sonde le 24 décembre dernier, alors que Cassini se trouvait à 1,8 million de kilomètres de Saturne. D'autres images du phénomène sont progressivement mises en ligne sur le site de la mission, Cassini Solstice Mission.

 

 saturne_tempete.jpg

 

 

La tempête sur Saturne photographiée par la sonde Cassini le 24 décembre 2010. © Nasa/JPL/Space Science Institute

  

Cordialement

Jean
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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 11:11

Jean Bricmont, professeur de physique à l’Université catholique de Louvain la Neuve est connu pour ses prises de position progressistes qui sortent des sentiers battus. Jean Bricmont a horreur du conformisme ambiant et de la « pensée unique » qui sévissent dans les médias, dans les partis politiques et dans les Universités. Il est aussi un rationaliste convaincu et combat toutes les tentatives de « spiritualisation » de la science.

 

Sur le plan politique, il est un militant actif de la cause palestinienne. On peut le ranger parmi les altermondialistes (pour autant qu’il accepte « d’être rangé »…) et il combat activement le néo-libéralisme. Jean Bricmont exprime ses idées dans tous les médias. Il a écrit nombre de livres et articles passionnants et on le voit régulièrement participer aux débats de l’excellente émission vespérale de France 3, « Ce soir ou jamais » de Frédéric Taddéi. Une des seules émissions libres du paysage audiovisuel français.

 

Récemment, le professeur Bricmont a initié une pétition demandant la libération d’un militant néo-nazi français du nom de Vincent Reynouard condamné pour négationnisme au nom de la loi Gayssot, cette loi dite mémorielle condamnant toute personne coupable de publication et d’acte de négation de la Shoah. Cette pétition demande en même temps l’abrogation de cette loi. Henri Goldman, dans son blog (http://blogs.politique.eu.org/Petition-on-peut-tout-signer-mais) a refusé de signer cette pétition car il ne voulait pas voir son nom figurer avec ceux de personnages sulfureux connus pour leurs sympathies et/ou leur appartenance à l’extrême-droite. Il souhaite en outre l’extension du champ d’application des lois mémorielles à tous les génocides.

 

En ce qui me concerne, je suis aussi opposé à la multiplication de ces lois mémorielles qui constituent, qu’on le veuille ou non, une atteinte à la liberté d’expression et une entrave à la liberté de critique des historiens. Aussi, je considère que M. Reynouard aurait dû être condamné pour incitation à la haine raciale et non pour sa petite publication négationniste (seize transparents de médiocre facture diffusés sur Internet). Les actes de l’intéressé ne sont pas innocents et relèvent de la jurisprudence née du tribunal de Nuremberg.

 

De plus, il est indéniable que dans la nébuleuse antilibérale, pro-palestinienne et altermondialiste se sont infiltrés des personnages sulfureux qui, en définitive, desservent cette cause essentielle de libération de l’humanité de l’oppression et de l’exploitation.   

 

C’est la raison pour laquelle, j’ai envoyé cette lettre ouverte au Professeur Bricmont qui a pour seul objet de susciter un débat.

 

 

Monsieur le Professeur,

 

Sans nous connaître, nous avons pas mal de points communs. Je partage avec vous votre analyse de la société capitaliste qui est en train de détruire notre bien commun, la civilisation. Je ne peux qu’adhérer à votre critique de l’impérialisme quelle que soit son origine. En outre, et c’est moins connu du grand public, votre rigoureuse analyse du « principe anthropique » qui a pour objet d’introduire la religion dans la science, est une démarche essentielle.

 

bricmont

 

Jean Bricmont marche hors des sentiers battus.

 

Comme vous, je considère que la liberté d’expression, comme toutes les libertés fondamentales, ne se partage pas. Aussi, votre combat contre les lois mémorielles est aussi le mien. Cependant, le rejet de ces lois ne doit pas servir de prétexte à tolérer le négationnisme. Dès lors, c’est volontairement que je n’ai pas signé la pétition demandant la libération du néo-nazi Vincent Reynouard et l’abrogation de la loi Gayssot.

 

Pour quelles raisons ? Au préalable, permettez-moi de vous dire qu’a priori, je suis opposé à jeter dans les geôles n’importe quelle personne coupable d’un « délit d’opinion ». Néanmoins, comme M. Reynouard revendique son adhésion au national-socialisme, donc à, entre autres, la persécution des Juifs, je considère que ses écrits – en fait seize « transparents » mal fichus reprenant les « classiques » du négationnisme – relèvent de l’incitation à la haine raciale, délit qui est poursuivi en vertu des lois réprimant les actes de racisme. Vous me rétorquerez que c’est vague. Pas tellement. Non seulement, ces lois se basent sur la jurisprudence de Nuremberg et en plus, elles sont assez anciennes pour avoir suscité leur propre jurisprudence. La justification et la banalisation des persécutions peuvent avoir des conséquences catastrophiques. Regardez, par exemple, l’affaire du « gang des barbares ».

 

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Vincent Reynouard, militant néo-nazi aux côtés de

feu Bert Eriksson qui fut condamné pour constitution de

milices privées dans les années 1980.

 

Vincent Reynouard aurait dû être poursuivi dans le cadre de ces dernières dispositions et non en vertu de la loi Gayssot. Dans le cas présent, ce sont les actes et non les écrits proprement dits de l’intéressé qui sont condamnables. Je vous concède volontiers que ce raisonnement ne doit pas se limiter aux seuls actes d’antisémitisme, mais doit concerner toutes les formes de racisme.

 

Ainsi, cette pétition a un double sens qui en fait l’ambigüité. D’un côté, on demande la relaxe de M. Reynouard, de l’autre, on exige l’abrogation  de la loi Gayssot. En procédant ainsi, vous baissez la garde dans un combat qui est légitime. Or, il est indispensable d’arriver à terme à l’abrogation des lois mémorielles, mais cette lutte ne doit en rien servir le négationnisme. Ce combat doit se situer au-dessus des clivages et ne peut être récupéré, faute de quoi il est perdu d’avance. En cela, je voudrais évoquer deux aspects : les lois mémorielles et la liberté d’expression.

 

En ce qui concerne les lois mémorielles, nous assistons à une volonté d’étendre ces lois qui étaient limitées à la seule interdiction de nier la réalité de la Shoah et plus généralement du système concentrationnaire nazi. Cependant, s’il est logique d’y inclure tous les génocides, ces dispositions restent identiques et exigent tout autant leur abrogation.

 

Dans le rapport dit Accoyer du 18 novembre 2008  sur la mission d’information de l’Assemblée nationale française sur les questions mémorielles, on lit : « Combattue par l’extrême droite, cette loi [la loi Gayssot] est aussi critiquée par deux historiens renommés pour leur sérieux et leur humanisme : Pierre Vidal-Naquet, au nom du libre examen et de la liberté d’expression, mais aussi Madeleine Rebérioux, qui pose explicitement le parallèle avec la tentation soviétique de contrôler l’histoire. « La loi impose des interdits, elle édite des prescriptions, elle peut définir des libertés. Elle est de l’ordre du normatif. Elle ne saurait dire le vrai. Non seulement rien n’est plus difficile à constituer en délit qu’un mensonge historique, mais le concept même de vérité historique récuse l’autorité étatique. L’expérience de l’Union soviétique devrait suffire en ce domaine. Ce n’est pas pour rien que l’école publique française a toujours garanti aux enseignants le libre choix des manuels d’histoire », écrit-elle dans la revue L’Histoire de novembre 1990. » En outre, il y a la critique juridique de Robert Badinter, ancien président du Conseil constitutionnel : « Le Parlement n’a pas à dire l’histoire. Le Parlement fait l’histoire. Les lois mémorielles, que j'appelle des lois compassionnelles, sont faites pour panser des blessures et apaiser des douleurs (...) et n'ont pas leur place dans l'arsenal législatif. (...) La loi n'a pas à affirmer un fait historique, même s'il est indiscutable. Et j'ajoute que la Constitution ne le permet pas ». Ces derniers propos, cités par de nombreux auteurs, ont été tenus lors d’une interview accordée par l’ancien garde des Sceaux à France info le 16 octobre 2010.  Ajoutons enfin les propos du politologue René Rémond émis en 2006 et aussi cités dans le rapport Accoyer : « René Rémond estime que la liste de ces « lois mémorielles montre bien quelles ont été les considérations à l’origine de leur adoption : des considérations essentiellement électorales, qui ne sont assurément pas méprisables, mais qui relèvent plus de l’émotion que de la raison, qui n’ont aucune légitimité scientifique et qui confondent la mémoire avec l’histoire. Elles procèdent toutes de la même aspiration de communautés particulières, religieuses ou ethniques, à faire prendre en considération par la communauté nationale leur mémoire particulière par l’intermédiaire de l’histoire, qui est prise en otage. C’est contre cette instrumentalisation qui entraîne une fragmentation de la mémoire collective que les historiens ont pris position. »

 

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Robert Badinter : farouchement opposé aux lois mémorielles

pour des raisons éthiques et juridiques

 

Arrêtons-nous un instant sur ces différentes interventions. Il y a, à mon sens, plusieurs conclusions à tirer, que vous partagerez sans doute.

 

1)     Les lois mémorielles sont des lois à vocation totalitaire. Lorsque Vidal Naquet et Madame Ribérioux craignent que ces lois portent atteinte au libre examen et en outre que « le concept de vérité historique récuse l’autorité étatique », ils ont raison. L’histoire est une science et l’inscrire dans la loi revient à terme à rétablir l’Inquisition comme ce fut le cas pour l’astronomie aux XVIe et XVIIe siècles. Nous n’allons pas rallumer les bûchers (même symboliques) pour brûler l’un ou l’autre nouveau Giordano Bruno qui aurait tenu des propos non conformes. Rappelons d’ailleurs que des historiens français ont lancé en décembre 2005 une pétition intitulée « Liberté pour l’histoire » demandant l’abrogation des lois mémorielles. Cette pétition fut signée entre autres par Elisabeth Badinter, Jacques Julliard et Pierre Vidal-Naquet.

 

Lorsqu’un intellectuel comme Henri Goldman que je sais viscéralement attaché aux libertés fondamentales, demande l’extension du champ d’application des lois mémorielles à d’autres massacres ou génocides, je ne peux que m’inquiéter. Où s’arrêtera-t-on ? Les Juifs belges l’ont d’ailleurs compris en s’insurgeant contre cette proposition qui d’ailleurs, provient des Assises de l’Interculturalité tenues à Bruxelles en 2009 – 2010. A force de multiplier les domaines d’interdiction du négationnisme, on finit par banaliser des tragédies comme la Shoah ou le(s) génocide(s) rwandais. Ainsi on restreindra l’indispensable libre lecture de tous ces événements, car les lois mémorielles portent atteinte à la pensée critique. En effet, des chercheurs hésiteront à se pencher sur des questions délicates non résolues de peur de tomber sous les coups de la loi.

 

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Henri Goldman farouchement attaché aux libertés

est partisan de l'extension du champ d'application des

lois mémorielles.

 

2)     Il y a un aspect juridique fondamental que met en avant Robert Badinter peu suspect de sympathie à l’égard des négationnistes. On a trop tendance de nos jours à mélanger les pouvoirs pour atteindre des objectifs politiques. On se sert de la loi à des fins politiques. En plus, le compassionnel dénoncé par Badinter mélange l’irrationnel avec le glaive de la Justice. C’est la porte ouverte à tous les abus.

 

3)     Il y a pour terminer l’aspect politique mis en lumière par feu René Rémond. Les lois mémorielles sont élaborées à des fins uniquement politiques et mettent en danger l’indispensable débat critique sur tout épisode de l’histoire.

 

En définitive, il se crée une confusion entre mémoire et histoire. Je cite encore Badinter lors de son audition par la Commission sur les questions mémorielles : « Les crimes du passé éclairent le présent. C’est pourquoi je suis partisan – sans qu’il s’agisse de voter une loi ! – d’un enseignement qui dise l’histoire des crimes contre l’humanité.

 

Cela saisit les enfants, mais ils le projettent sur le monde actuel, ils le vivent dans leur imaginaire comme une possibilité qu’il faut combattre. »

 

Monsieur le Professeur, la lutte contre le négationnisme se gagnera par l’enseignement et par l’argumentation. Nul n’arrivera à convaincre quiconque, ou vaincre la mauvaise foi, par la contrainte, fût-ce celle de la loi.

 

Comme la revendication de l’abrogation des lois mémorielles doit se situer au-dessus des clivages, la liberté d’expression est par définition universelle et donc au-dessus des idéologies. L’hypocrisie règne aussi chez les défenseurs de la liberté d’expression : ceux qui se mobilisaient avec l’appui des médias lors de la fameuse fatwa khomeyniste contre l’écrivain indien Salman Rushdie, ne bougent pas dans d’autres cas.  Cependant leurs adversaires, se revendiquant de la même liberté, sont restés silencieux lors de l’affaire Rushdie. Il y a un jeu de ping-pong malsain en ce domaine.

 

Prenons une affaire récente et déjà oubliée dans le foisonnement médiatique : la traque contre le caricaturiste Siné. Rappelons les faits.

 

Siné se fend, en juin 2009, d’un papier dans « Charlie Hebdo » où il fustige un « fils de » (Jean Sarkozy) dévoré d’ambition, prêt à une conversion à la religion juive afin d’épouser une riche héritière.

 

Tollé dans le microcosme ! Siné est affublé du qualificatif maudit « d’antisémite ». Il est accusé d’appartenir à la gauche antisioniste qui est considérée comme se servant de sa critique à l’égard de la politique de l’Etat d’Israël en camouflage de la réalité : son antisémitisme.

 

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Siné "emmerde" ses contradicteurs adeptes de la

pensée unique.

 

Cela devient une habitude dans la une caste intellectuelle proche du pouvoir « Sarkozien » d’attaquer méchamment tout adversaire en le clouant au pilori et en lui faisant porter un carcan infâmant. On compte parmi ces charmants individus, l’ineffable autant qu’inévitable Bernard-Henri Lévy, Assouline, Alexandre Adler, le directeur, à l’époque, de « Charlie Hebdo », Philippe Val à qui s’offre ainsi une possibilité de se débarrasser de Siné dont un licenciement normal, au vu de son ancienneté, aurait coûté beaucoup trop cher et le directeur de « Libération » Laurent Joffrin. Tous ces gens se jettent sur la « proie » Siné. On se croirait à une séance de l’Inquisition au Moyen-âge.

 

Certes, comme a le courage de l’écrire Luc Le Vaillant dans « Libération » du 29 juillet, dont il est un des chefs de rubrique,  on porte atteinte à la liberté d’expression et au droit à la satire. Il ajoute :

 

« Plus grave que la dernière balourdise de Siné, me semble être l’instrumentalisation de l’antisémitisme au sein des débats qui opposent les deux gauches. Il est catastrophique de suspecter immédiatement d’antisémitisme qui critique l’expansionnisme sioniste au temps des colonies de peuplement ou qui interroge la nature religieuse de l’Etat d’Israël. Il est plus que pénible d’être regardé comme possible antisémite quand on attaque les dérapages de l’empire américain, «meilleur ami d’Israël», quand on s’oppose à l’Europe libérale que Bruxelles fourgue à coups de oui ou quand on voudrait faire plus que «réguler» le capitalisme.

 

Ajoutons qu’être opposé à Sarkozy est assimilé à l’antisémitisme selon BHL et Adler… Remarquons aussi l’alliance de fait de « Libération » (Joffrin) et du « Figaro » (Adler). Voilà la conséquence de la prise en main des organes de presse par le haut patronat français : Dassault pour le « Figaro » et Rothschild pour « Libé ». Cette affaire est grave car l’objectif final est d’imposer une pensée néolibérale « unique » en mettant la main sur la presse d’opinion.

 

Enfin, et c’est sans doute le plus important en cette affaire, ces Messieurs qui sont si prompts à qualifier « d’antisémite » ceux qui leur déplaisent, pour des motifs futiles en les livrant à la Justice, via la LICRA, ne se rendent pas compte qu’ils vident le mot « antisémitisme » de sa substance. Ce terrible mot qui désignait les responsables de la Shoah et les écrivains pousse – au – crime de la dernière guerre.

 

Le chroniqueur du « Monde », Thierry Savatier ajoute : « A force de crier à l’antisémitisme à tout propos, ne court-on pas le risque, particulièrement dangereux, de décrédibiliser une juste cause, d’en banaliser la notion et de lasser une opinion qui restera sourde si un jour survient une alerte sérieuse ? Les avertisseurs d’incendie, pour être efficaces, ne doivent retentir que lors d’un véritable incendie, sinon, ce ne sont que des sirènes aux chants trompeurs. »

 

Savatier rappelle l’affaire Hannah Arendt suite à la publication de son ouvrage Eichmann à Jérusalem où elle rapporta les commentaires sur ce procès qu’elle couvrit en totalité.

 
On reprocha à Arendt son antisémitisme suite à la publication en français de son ouvrage. En effet Arendt, une des plus grandes philosophes du XXe siècle, parla de « banalisation du crime » : « On lui reprocha sa théorie de la « banalisation du mal », en l’interprétant plus ou moins délibérément de façon erronée, et surtout on lui fit grief d’avoir écrit que certaines autorités juives (les Conseils juifs dans quelques pays occupés) avaient coopéré avec les nazis, en désignant des victimes pour, en théorie, en sauver d’autres. Une telle vision de l’histoire était inacceptable aux bien-pensants. On fustigea Arendt pour avoir dévoilé une réalité gênante. On posa ouvertement la question « Arendt est-elle antisémite ? » Cependant, elle n’avait rien inventé : elle ne faisait que retranscrire les conclusions des juges Yitzak Raveh et Halévi (qu’il serait ridicule de soupçonner d’antisémitisme) que l’on peut retrouver en lisant les minutes du procès Eichmann. » Savatier ajoute : « La philosophe, que je tiens, sous ma seule responsabilité, comme l’un des plus grands esprits du XXe siècle, fut l’objet d’un lynchage médiatique dont elle souffrit jusqu’à sa mort, parce qu’elle était sortie des propos convenus. » Sortir des chemins convenus, voilà ce qu’il est interdit de faire !

 

Une autre persécution eut lieu en 2002. La victime expiatoire fut Edgar Morin, sociologue universellement connu qui publia en 2002 dans le « Monde » une tribune intitulée : « Israël – Palestine, le cancer ». Suite à un violent lynchage médiatique, il fut condamné par la Cour d’appel de Versailles en 2005 pour « discrimination raciale ». La Cour de cassation cassa cet arrêt en juillet 2006.  

 

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Edgar Morin victime de la "pensée unique"

 

En tout cas, ces affaires montrent combien on se sert de l’antisémitisme à des fins partisanes. Or, l’antisémitisme est réel et est fort peu combattu sur le terrain tant par les « phares » de la pensée postmoderne, tant par leurs adversaires. Cet antisémitisme non médiatique n’intéresse personne ! Et pourtant, il se répand. Il ne se manifeste pas par des écrits, mais par des comportements. Ainsi, les synagogues et les écoles juives doivent être surveillées par les forces de l’ordre, de peur d’éventuelles attaques de fanatiques, les enfants juifs ne peuvent plus jouer dans certains parcs par crainte d’agressions de la part de jeunes Maghrébins. Plus grave, l’abominable affaire Fofana a montré combien les préjugés antisémites sont ancrés dans les cervelles des loubards de banlieue et peuvent ainsi faire couler le sang de jeunes gens dont la seule culpabilité est d’être Juifs. Cette situation n’est pas tolérable. C’est l’importation du conflit israélo-palestinien qui en est la principale cause. Elle n’est pas le seul fait des populations d’origine arabe, il y a aussi la propagande israélienne et les campagnes menées par des intellectuels en vue, qui considèrent que toute critique de la politique israélienne est assimilée à une manifestation antisémite. C’est insultant et exagéré. Combattre la liberté de critique est non seulement une atteinte aux droits, mais engendre le fanatisme.

 

Monsieur le Professeur, il faut sortir de ce cercle vicieux. La critique de l’impérialisme israélien et mondial qu’il ne faut pas perdre de vue, doit pouvoir se faire en toute liberté, mais elle ne doit pas servir de prétexte à une expression antisémite qui n’ose pas dire son nom. Il ne faut pas donner au lobby israélien l’occasion de brandir l’épouvantail de l’antisémitisme pour combattre toute critique.  Vous avez écrit en 2006 : « Le problème, et c'est pourquoi le lobby pro-israélien est si efficace, c'est qu'il exprime une vision du monde qui n'est que trop largement acceptée par trop d'Américains. Après tout, rien n'est plus ridicule que d'accuser quelqu'un d'antisémitisme parce qu'il veut ou professe mettre les intérêts de l'Amérique au-dessus de ceux d'Israël. Pourtant, il est probable que l'accusation sera efficace, mais seulement parce des années de lavage de cerveau ont prédisposé les gens à considérer les intérêts américains et israéliens comme identiques - même si, au lieu de parler "d'intérêts", on dise parfois "valeurs".  Associée à cette identification s'ajoute une vue systématiquement hostile du monde arabo-musulman, qui à la fois accroît l'efficacité du lobby et est en partie le résultat de sa propagande.

Malgré tous les débats sur l'antiracisme et le "politiquement correct", il y a un manque presque total de compréhension du point de vue arabe sur la Palestine, et en particulier, sur l'aspect raciste du problème. C'est cette triple couche de contrôle (les dons sélectifs d'argent, la carte de l'antisémitisme, ou plutôt ce bobard, et l'intériorisation) qui donne au lobby sa force spécifique. »

 

Je vous suis parfaitement, mais vous ne pouvez nier qu’il existe une forme d’antisémitisme qui s’exprime peu ou prou parmi certains prétendus partisans de la cause palestinienne. Un ami américain m’a dit un jour que les évangélistes américains et les néoconservateurs qui défendent Israël, ses crimes et ses excès, sans discernement, sont en réalité des gens d’extrême-droite profondément antisémites qui voient chez les sionistes actuels un poste avancé de l’Occident. De même, des individus fascisants européens prennent la cause palestinienne comme bouclier d’un antisémitisme qu’ils n’osent exprimer ouvertement.  Ce type de comportement déforce la cause de la lutte contre le fléau de l’impérialisme qui est global et pas seulement sioniste. Et personnellement, je ne peux accepter de travailler avec l’extrême-droite ou avec des gens qui ont une attitude ambivalente avec elle.

 

Vous dénoncez à juste titre le « choc des civilisations ». Mais on a trop tendance à en faire un à l’envers. Une fois de plus, le ping-pong. C’est l’altermondialisme contre l’occidentalisme et vice versa. On se trouve dans une logique qui ne peut qu’engendrer l’échec, car le rapport de force nous est aujourd’hui défavorable. Vous avez admis que nos adversaires ont une vision du monde cohérente. Nous avons tous les atouts pour leur opposer la nôtre qui, en plus de la cohérence, aura la Justice avec elle. Il ne suffit pas d’affirmer qu’un autre monde est possible. Encore faut-il définir lequel. À ce moment-là, les lobbies pourront user de tous leurs moyens de dissuasion et de contrainte, nous aurons toujours une longueur d’avance sur eux.

 

Nous en avons la capacité et la force. Il suffit de sortir des chemins sans issue dans lesquels nous risquons de nous enliser, si nous ne nous remettons pas en question et si nous cessons de tolérer certaines fréquentations sulfureuses.

 

Avec mes vœux de réussite pour notre combat commun, veuillez agréer, Monsieur le Professeur, l’assurance de ma parfaite considération.

 

 

Pierre Verhas

 

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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 18:45

Discriminations en Israël entre Juifs !

 

Le ministère israélien de l’Éducation vient d’approuver, il y a quelques jours, la création d’une école « réservée aux Blancs » dans la colonie d’Immanuel, sise dans les territoires palestiniens occupés. Les parents de soixante-quatorze enfants ashkénazes fréquentant cet établissement ont obtenu du ministère de l’Éducation que l’école puisse pratiquer l’apartheid en la « privatisant » !

 

Les origines de cette mesure : la modification de la composition de la population du village d’Immanuel où les sépharades et les juifs d’origine éthiopienne sont de plus en plus nombreux. Cela a entraîné, en 2007, le souhait des parents ashkénazes de l’école Beth-Ya’acov de regrouper leurs enfants dans des classes distinctes et de matérialiser cette différence par des mesures ségrégationnistes extrême : une cour de récréation coupée en deux par un mur pour séparer les enfants Ashkénazes et Sépharades, des entrées séparées pour chaque communauté, des uniformes différents pour reconnaître les uns des autres au premier coup d’œil, et même deux salles des professeurs pour que chez eux non plus les serviettes et les torchons ne se mélangent pas.

 

Les parents sépharades ont réagi. Une plainte a été déposée pour ségrégation. L’affaire est telle qu’elle a abouti à la Cour suprême d’Israël qui a interdit toute action de ségrégation sous peine de prison. Le gouvernement de droite de Netanyahu est coincé dans cette affaire : les parents ashkénazes ont organisé une manifestation de 100.000 personnes. Résultat des courses : il s’est ouvert une école privée pour les enfants ashkénazes (la ségrégation n’est pas interdite dans le secteur privé) et les sépharades sont restés entre eux dans l’école publique.

 

Israël connaît aussi les joies de la privatisation !

 

Les rabbins racistes

 

Trente-neuf rabbins ont signé un jugement religieux, mardi dernier, interdisant aux Juifs d’Israël de vendre ou de louer des propriétés à des non-Juifs. Cette circulaire vise principalement les populations arabes.

 

Le gouvernement a immédiatement réagi à cette déclaration en tous points raciste et antidémocratique. Le jour même de sa promulgation, le 1er ministre Benjamin Netanyahu a condamné cette initiative. « De telles choses ne peuvent pas être dites, ni contre les Juifs ni contre les Arabes. On ne peut déclarer cela dans un pays démocratique, et, particulièrement, dans un pays juif démocratique. L’Etat d’Israël rejette catégoriquement ces appels ».

 

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Les relations entre le rabbinat et le gouvernement de

Jérusalem sont parfois difficiles.

 

Cette déclaration des rabbins a rapidement pris une dimension nationale. Plusieurs personnes veulent traduire les rabbins concernés en Justice. Une pétition, signée par des intellectuels et des universitaires, exige du procureur général de l’Etat, Yehuda Weinstein, qu’il suspende les rabbins fonctionnaires de l’Etat ayant signé la lettre raciste.

 

L’appel antidémocratique des rabbins ne fait pas non plus unanimité au sein des autorités religieuses. Yosef Shalom Elyashiv, le rabbin dirigeant la communauté orthodoxe non-hassidique, a dénoncé la pétition délictuelle en ces termes : « J’ai dit, il y a quelque temps, qu’il y avait des rabbins qui devraient se voir retirer leur stylo ».

Le grand rabbin harédi (ultrareligieux) Aaron Leib Steinmann, a refusé de signer l’injonction hilkhatique, demandant publiquement où se situait la conscience humaine de ces trente-neuf dignitaires religieux.

 

Jeudi 9 décembre, le Procureur général a annoncé qu’il examinerait les éventuels aspects criminels de la déclaration des rabbins.

 

Ce haut magistrat devrait faire un voyage d’études à la frontière linguistique belge. Sans doute cela l’inspirerait !

 

Les étudiants turcs aussi en révolte

 

Il n’y a pas qu’en Angleterre que les étudiants contestent avec fermeté la politique du gouvernement. En effet, en Turquie, le parti AKP (les « Islamistes modérés ») du Premier ministre Erdogan pratique aussi avec délectation l’austérité ultralibérale en augmentant fortement les frais d’études dans les universités turques.

 

Tout a commencé, samedi 4 février 2010, par la répression d’une manifestation étudiante, à Istanbul, aux abords du Palais de Dolmabahçe, où le premier ministre, Recep Tayyip Erdoğan rencontrait les recteurs des universités turques. Les forces de l’ordre ont en effet dispersé les manifestants sans ménagement, d’une façon qui a choqué la presse présente sur les lieux, l’amenant à estimer que la réponse policière avait été manifestement «disproportionnée». Une étudiante enceinte a notamment perdu l’enfant qu’elle attendait, à l’issue d’un tabassage en règle.

 

Ensuite, c’est la très vénérable Faculté des Sciences Politiques d’Ankara, mieux connue sous le nom de «Mülkiye», qui, le 8 décembre, a été le théâtre d’un chahut mémorable. Les principales victimes en ont été deux parlementaires, venus participer à un séminaire sur la réforme constitutionnelle. Süleyh Batum, le secrétaire général du CHP (le parti Kémaliste laïque considéré comme trop mou dans l’opposition), a été en permanence interrompu par des quolibets et a dû finalement renoncer à poursuivre son intervention jusqu’à son terme. Excédé par le comportement des étudiants, il est même allé jusqu’à le qualifier de «fasciste». Quant à l’autre intervenant, Burhan Kuzu, au demeurant président AKP de la Commission constitutionnelle du Parlement, il a été copieusement arrosé d’œufs, et n’a du son salut qu’au mur de parapluies qu’ont généreusement déployé ses gardes du corps pour le protéger. Encore plus en colère que son collègue du CHP, il s’est écrié : «Honte, c’est une honte pour ce pays. Ils devraient plutôt manger tous ces œufs, peut-être que cela permettrait à leur cerveau de mieux fonctionner.» Cela aurait fait une omelette géante, car plus de 200 œufs ont été lancés !

 

 

Cette contestation étudiante n’a pas pour seul objet de dénoncer les brutalités policières, mais veut surtout attirer l’attention sur les conditions de vie, l’augmentation des droits d’inscription et plus généralement l’inquiétude quant à l’avenir. Enfin, les étudiants exigent d’être représentés au sein des instances responsables de la politique universitaire.

 

Il règne un léger parfum de 68 à Ankara !

 

 

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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 00:17

Le célèbre linguiste américain Noam Chomsky publie une fois de plus ses vérités dérangeantes sur le Proche Orient On peut ou non être de son avis, il n'empêche que son argumentation secoue le cocotier qui en a bien besoin

 

Chomsky décrit les Etats-Unis comme étant avant tout une nation colonisatrice qui est selon lui, le pire des impérialismes Ensuite,  ceux qui, dans l'entourage de l'ex-président GW Bush, défendent Israël, le font dans l'esprit du "choc des civilisations", Israël étant un poste avancé de l'Occident... et sont en réalité des antisémites. A y réfléchir, quand on analyse ces personnages, ce n'est pas tout à fait faux.

 

Il fustige le manichéisme anti-terroriste. Le Hezbollah et Hamas sont, au sens où l'entend Chomsky, des mouvements de résistance efficaces que l'on veut faire passer pour terroristes.

 

Quant à l'Iran, l'auteur dit que l'on est passé du nationalisme laïque de Mossadegh qui a été renversé en 1953 par les USA, au nationalisme religieux en 1978. Sous prétexte de combattre la prolifération nucléaire, les USA ne supportent pas que l'Iran devienne une puissance moyenne étendant son influence dans cette partie du Moyen-Orient. Chomsky rappelle d'ailleurs le soutien très important à Saddam Hussein pour renverser le régime des mollahs pendant la guerre Iran - Irak (1980 - 1990), l'Irak ayant été l'agresseur avec le soutien Etatsunien.

 

A sa manière, Noam Chomsky remet les montres à l'heure. Il est intéressant de lire une autre analyse. Sortons de la pensée unique. Essayons de réfléchir. Un seul regret, il n'évoque pas l'Irak d'aujourd'hui et l'Afghanistan.

 

Voici ce texte que le site "Le Grand Soir" a mis en ligne

 

 

 


conférence de juin 2010
Chomsky : la sauvagerie de l’impérialisme états-unien


Noam CHOMSKY

1. L’empire des États-Unis, le Moyen-Orient et le monde

Il est tentant de reprendre depuis le début. Le début c’était il y a bien longtemps, mais il est utile de revoir certains points d’histoire qui pourront être comparés à la politique actuelle des États-Unis au Moyen-Orient. Les États-Unis sont un pays très particulier par bien des aspects. Ils sont probablement le seul pays au monde qui soit né empire. C’était un empire enfant – comme George Washington l’a appelé –, et les Pères fondateurs étaient très ambitieux. Le plus libéral d’entre eux, Thomas Jefferson, pensait que l’empire enfant devait s’étendre davantage et devenir le « nid » à partir duquel le continent entier serait colonisé. Cela signifiait se débarrasser des « rouges », les Indiens, lesquels ont effectivement été déplacés ou exterminés. Les Noirs devaient être renvoyés en Afrique dès qu’on n’aurait plus besoin d’eux et les Latins seraient éliminés par une race supérieure.

  

La conquête du territoire national

  

Les États-Unis ont été un pays très raciste pendant toute leur histoire, et pas seulement à l’encontre des Noirs. Les idées de Jefferson étaient assez communes, les autres étaient globalement d’accord avec lui. C’est une société de colons. Le colonialisme de peuplement c’est ce qu’il y a de pire comme impérialisme, le genre le plus sauvage parce qu’il requiert l’élimination de la population indigène. Ce n’est pas sans relation, je crois, avec le soutien automatique des États-Unis à Israël, qui est aussi une société coloniale. La politique d’Israël d’une certaine façon fait écho à l’histoire états-unienne, en est une réplique. Et, il y a plus, les premiers colons aux États-Unis étaient des fondamentalistes religieux qui se considéraient être des enfants d’Israël répondant au commandement divin de peupler la terre et de massacrer les Amalécites, etc. C’est tout près d’ici, les premiers colons, au Massachusetts.

  

Tout cela était fait avec les meilleures intentions. Ainsi, par exemple, le Massachusetts (le Mayflower et toute cette histoire) à reçu sa Charte de la part du roi d’Angleterre en 1629. La Charte chargeait les colons de sauver les populations locales des affres du paganisme. D’ailleurs si vous regardez le sceau de la Bay Colony du Massachusetts vous voyez un Indien qui tient une flèche pointée vers le bas en signe de paix. Et devant se bouche il est écrit « Come over and help us » [« Venez et aidez-nous »]. C’est l’un des premiers exemples de ce qu’on appelle aujourd’hui l’interventionnisme humanitaire. Et ce n’est qu’un exemple, il y a bien d’autres cas au cours de l’histoire, et cela dure jusqu’à nos jours. Les Indiens demandaient aux colons de venir et de les aider et les colons suivaient gentiment le commandement leur demandant de venir et de les aider. En fait nous les aidions en les exterminant.

  

Après coup on a trouvé ça bizarre. Dans les années 1820, un membre de la Cour suprême a écrit à ce propos. Il dit qu’il est assez étrange que, malgré toute notre bienveillance et notre amour pour les Indiens, ils dépérissent et disparaissent comme les « feuilles d’automne ». Comment était-ce possible ? Il a fini par en conclure que la volonté divine est « au-delà de la compréhension humaine ». C’est simplement la volonté de Dieu. Nous ne pouvons pas espérer comprendre. Cette conception – appelée le providentialisme – selon laquelle nous suivons toujours la volonté de Dieu existe encore aujourd’hui. Quoi que nous fassions nous suivons la volonté de Dieu. C’est un pays extrêmement religieux, unique en son genre en matière de religiosité. Une grande partie de la population – je ne me souviens plus du chiffre, mais il est assez élevé – croit littéralement ce qui est écrit dans la Bible. Le soutien total à Israël est l’une des conséquences de tout cela, parce que Dieu a promis la terre promise à Israël. Donc nous devons les soutenir.

  

Les mêmes personnes – une part importante des plus importants défenseurs d’Israël – sont des anti-sémites, parmi les plus extémistes du monde. À côté d’eux Hitler semble assez modéré. Leur perspective est l’élimination des Juifs après Armageddon. Il y a tout un tas d’histoires à ce propos, lesquelles sont crues, littéralement, jusqu’à un très haut niveau – probablement des gens comme Reagan, George W. Bush, et d’autres. Cela n’est pas sans lien avec l’histoire colonialiste du sionisme chrétien – il précède le sionisme juif, et il est beaucoup plus puissant. C’est l’une des raisons qui expliquent le soutien automatique et inconditionnel à Israël.

  

La conquête du territoire national est une histoire assez laide. Certaines des personnes les plus honnêtes l’ont reconnu, comme John Quincy Adams, qui était l’un des grands stratèges de l’expansionnisme – le théoricien de la Destinée manifeste, etc. À la fin de sa vie, longtemps après ses propres crimes, il se lamentait sur le sort de ceux qu’il appelait « la malheureuse race des indigènes américains, que nous exterminons sans pitié et avec une perfide cruauté ». Il a dit que ce serait l’un des péchés pour lesquels le Seigneur allait nous punir. Nous attendons encore.

  

Ses idées sont jusqu’à nos jours tenues en haute considération. Il y a un livre de référence, universitaire, écrit par John Lewis Gaddis, un grand historien états-unien, qui concerne les racines de la doctrine Bush. Gaddis, avec raison, présente la doctrine Bush comme héritière de la grande stratégie de John Quincy Adams. Il dit que c’est un concept qui existe tout au long de l’histoire des États-Unis. Il en fait l’éloge, il considère que c’est la conception correcte – nous devons assurer notre sécurité, l’expansion est le moyen de la sécurité, et vous ne pouvez pas vraiment assurer votre sécurité sans tout contrôler. Donc nous devons nous déployer, non seulement dans l’hémisphère, mais partout dans le monde. C’est la doctrine Bush.

  

Au moment de la Deuxième Guerre mondiale, sans entrer dans les détails… Bien que les États-Unis aient été depuis longtemps et de loin le pays le plus riche du monde, ils jouaient un rôle secondaire sur la scène mondiale. L’acteur principal c’était la Grande-Bretagne – et y compris la France avait une plus grande présence dans le monde. La Deuxième Guerre mondiale a changé tout cela. Les stratèges états-uniens durant la Deuxième Guerre mondiale, les planificateurs de Roosevelt, ont dès le début de la guerre très bien compris qu’au bout du compte les États-Unis allaient se retrouver dans une position de supériorité absolue.

  

Alors que la guerre se déroulait – les Russes terrassaient les Allemands, ils ont à ce moment presque gagné la guerre en Europe – on avait compris que les États-Unis seraient dans une position de domination encore plus nette. Et ils ont donc élaboré des plans pour la configuration du monde de l’après-guerre. Les États-Unis auraient le contrôle total d’une zone qui comprendrait l’hémisphère occidental, l’Extrême-Orient, l’ex-Empire britannique, la plus grande partie possible de l’Eurasie, incluant donc l’Europe occidentale et son importante infrastructure commerciale et industrielle. C’est le minimum. Le maximum c’est le monde entier ; et bien entendu c’est ce dont nous avons besoin pour notre sécurité. Dans cette zone les États-Unis auraient le contrôle incontesté et empêcheraient tous les pays d’aller vers davantage de souveraineté.

  

Les États-Unis se trouvent à la fin de la guerre dans une position de domination et de sécurité sans équivalent dans l’histoire. Ils ont la moitié de la richesse mondiale, ils contrôlent tout l’hémisphère occidental et les deux rives des deux océans. Ce n’était pas un contrôle total. Les Russes étaient là et il y avait encore quelques parties hors de contrôle, mais l’expansion avait été remarquable. Juste au centre se trouvait le Moyen-Orient.

  

Adolf A. Berle, une personnalité libérale, qui fut très longtemps le conseiller du président Roosevelt, mettait l’accent sur le fait que contrôler le pétrole du Moyen-Orient signifierait dans une bonne mesure contrôler le monde. Cette doctrine reste inchangée, elle est encore en vigueur actuellement et c’est l’un des facteurs essentiels pour décider des orientations politiques.

  

Après la Deuxième Guerre mondiale

  

Durant la Guerre froide les décisions politiques étaient invariablement justifiées par la menace russe. C’était dans une bonne mesure une menace fictive. Les Russes géraient leur propre petit empire avec un prétexte similaire, la menace états-unienne. Ce rideau de fumée n’existe plus depuis la chutte de l’Union soviétique. Pour ceux qui veulent comprendre la politique étrangère de États-Unis, un point qui de toute évidence devrait être observé c’est ce qui est arrivé après la disparition de l’Union soviétique. C’est naturellement le point qu’il faut observer, et il s’ensuit presque automatiquement que personne ne l’observe. On en parle à peine dans la littérature universitaire alors qu’il est évident que c’est ce que vous devez regarder pour comprendre la Guerre froide. En fait si vous regardez vous obtenez des réponses tout à fait claires. Le président à l’époque était George Bush I. Immédiatement après la chute du mur de Berlin, il y a eu une nouvelle stratégie de sécurité nationale, un budget de la défense, etc. C’est très intéressant. Le message principal est le suivant : rien ne va changer sauf les prétextes. Donc nous avons encore besoin, disaient-ils, d’une force militaire gigantesque, non pas pour nous défendre des hordes russes parce que ça n’existe plus, mais à cause de ce qu’ils ont appelé la « sophistication technologique » de certains pouvoirs dans le Tiers monde. Maintenant si vous êtes une personne bien éduquée, bien formée, qui vient de Harvard, etc., vous n’êtes pas supposé rire quand vous entendez ça. Et personne n’a ri. En fait je pense que personne n’en a rendu compte. Donc, disaient-ils, nous devons nous protéger de la sophistication technologique des puissances du Tiers monde et nous devons maintenir ce qu’ils ont appelé la « base industrielle de la défense » – un euphémisme pour parler de l’industrie high-tech (les ordinateurs, Internet, etc.), qui dépend principalement du secteur étatique, sous le prétexte de la défense.

  

Concernant le Moyen-Orient... Ils disaient que nous devions maintenir nos forces d’intervention, la plupart d’entre elles au Moyen-Orient. Puis vient une phase intéressante. Nous devons faire barrage pour contenir l’ennemi. Nous devons maintenir les forces d’intervention au Moyen-Orient pour défendre nos intérêts, la région qui « ne pouvait pas être offerte en cadeau au Kremlin ». En d’autres termes, désolés les gars, nous vous avons menti pendant 50 ans, mais maintenant que le prétexte n’existe plus, nous vous dirons la vérité. Le problème au Moyen-Orient est ce qu’on appelle le nationalisme radical. « Radical » signifie simplement indépendant. C’est un terme qui signifie « ne suit pas les ordres ». Le nationalisme radical peut être de différentes sortes. L’Iran en est un bon exemple.

  

La menace du nationalisme radical

  

En 1953 la menace iranienne c’était un nationalisme laïque. Après 1978 c’est le nationalisme religieux. En 1953 on a renversé le régime parlementaire et on a installé un dictateur beaucoup plus à notre goût. Ce n’était pas un secret. Le New York Times, par exemple, dans un éditorial, se réjouissait du renversement du gouvernement iranien, estimant qu’il s’agissait d’une bonne « leçon de choses » pour les petits pays qui devenant fous, emportés par le nationalisme radical, rejettent toute autorité et veulent contrôler eux-mêmes leurs ressources. Ce sera une leçon de choses pour eux : n’essayez pas ce genre de bêtises, et certainement pas dans cette région dont nous avons besoin pour contrôler le monde. C’était en 1953.

  

Depuis le renversement du tyran imposé par les États-Unis en 1979 l’Iran a continuellement été attaqué par les États-Unis. Au début Carter a essayé de répondre au renversement du shah en organisant un coup d’État. Ça n’a pas marché. Les Israéliens – l’ambassadeur… il y avait des relations très proches entre Israël et l’Iran sous le shah, bien que théoriquement il n’y eût pas de relations formelles – ont fait savoir que si nous pouvions trouver des officiers disposés à tuer 10 000 personnes dans les rues, nous pourrions rétablir le régime du shah. Zbigniew Brzezinski, le conseiller de Carter à la sécurité nationale, avait à peu près les mêmes idées. Mais ça n’a pas vraiment marché. Les États-Unis ont alors immédiatement soutenu Saddam Hussein, pour qu’il envahisse l’Iran. Et ce n’est pas une mince affaire. Des centaines de milliers d’Iraniens ont été massacrés. Les gens qui sont à la tête de l’Iran actuellement sont des vétérans de cette guerre et ils ont une claire conscience du fait que l’ensemble du monde est contre eux – les Russes, les États-Uniens, tout le monde soutenait Saddam Hussein, tout le monde voulait renverser le nouvel État islamique.

  

Ce n’est pas peu de choses. Le soutien des États-Unis à Saddam Hussein est allé très loin. Les crimes de Saddam – comme le génocide d’Anfal, massacre de Kurdes – étaient niés. Le gouvernement Reagan les démentait et les attribuait à l’Iran. À l’Irak on a même donné un privilège rare. C’est le seul pays, avec Israël, qui a pu attaquer un navire états-unien et s’en sortir impunément. Dans le cas d’Israël c’était le USS Liberty en 1967. Dans le cas de l’Irak c’était le USS Stark en 1987 – un navire qui appartenait à la flotte états-unienne protégeant les convois irakiens des attaques iraniennes pendant la guerre. Ils ont atttaqué le navire avec des missiles français, ils ont tué plusieurs dizaines de marins – et ils n’ont reçu qu’une petite tape sur la main, rien de plus.

 

Le soutien des États-Unis était tel que c’est quasiment eux qui ont remporté la guerre pour l’Irak. Une fois la guerre finie, le soutien des États-Unis à l’Irak a continué. En 1989 George Bush I a invité des ingénieurs nucléaires irakiens aux États-Unis, pour qu’ils reçoivent des formations de pointe dans le domaines des armes nucléaires. C’est l’une de ces petites choses qu’on cache parce que quelques mois plus tard Saddam est devenu un mauvais garçon. Il a désobéi aux ordres. Juste après cela il y a eu de terribles sanctions, etc.

 

La menace iranienne

 

 

Pour en revenir à notre époque, dans la littérature sur la politique étrangère et dans les commentaires généraux ce que vous lisez généralement c’est que le problème le plus important pour les États-Unis était et reste la menace iranienne. Qu’est-ce que c’est que cette menace iranienne au juste ? Nous disposons d’une source qui fait autorité sur ce point. C’était il y a quelques mois : un compte rendu au Congrès des États-Unis émanant du département de la défense et des services d’intelligence. Tous les ans ils font un compte rendu au Congrès sur la situation mondiale en matière de sécurité. Le dernier compte rendu, celui d’avril dernier, comporte une partie qui concerne l’Iran, bien sûr, la plus grande menace. Il est important de lire ce compte rendu. Ce qu’ils disent c’est que, quoi qu’il en soit de la menace iranienne, ce n’est pas une menace militaire. Ils disent que les dépenses militaires iraniennes sont plutôt basses, y compris si on les compare aux pays de cette région ; et si on les compare à celles des États-Unis, elles sont insignifiantes – probablement moins de 2% de nos dépenses militaires. Par ailleurs ils disent que la doctrine militaire iranienne est basée sur le principe de la défense du territoire national, elle est conçue pour contenir une invasion pendant un temps suffisant pour rendre possible le passage à l’action diplomatique. Voilà la doctrine militaire des Iraniens. Ils disent qu’il est possible que l’Iran pense aux armes nucléaires. Ils ne vont pas plus loin que cela, mais ils disent que si les Iraniens développaient des armes nucléaires ce serait dans le cadre de leur stratégie défensive, afin de prévenir une attaque, ce qui est une éventualité assez réaliste. Le plus grand pouvoir militaire de l’histoire – c’est-à-dire nous –, qui leur a toujours été extrêmement hostile, occupe deux pays frontaliers de l’Iran et menace ouvertement d’attaquer ce pays. Israël, État client des États-Unis, lance les mêmes menaces. Voilà pour le côté militaire de la menace iranienne telle qu’identifiée dans le Military Balance.

 

 

Ils disent par ailleurs que l’Iran est une menace majeure parce que ce pays tente d’étendre son influence dans les pays voisins. On appelle cela déstabilisation. Ils œuvrent à la déstabilisation dans les pays voisins en tentant d’augmenter leur influence et cela est un problème pour les États-Unis, parce que les États-Unis tentent d’apporter la stabilité. Lorsque les États-Unis envahissent un pays c’est pour apporter la stabilité – un terme technique dans la littérature des relations internationales qui signifie obéissance aux ordres des États-Unis. Donc lorsque nous envahissons l’Irak ou l’Afghanistan, c’est pour créer de la stabilité. Si les Iraniens essaient d’accroître leur influence, juste chez leurs voisins, c’est déstabilisant. Cette doctrine, comme tant d’autres, est élaborée dans les universités. Un commentateur libéral et ex-éditeur de Foreign Affairs, James Chase, a même pu dire sans crainte du ridicule que les États-Unis devaient déstabiliser le Chili d’Allende pour apporter la stabilité – c’est-à-dire la soumission aux États-Unis.

 

Qu’est-ce que le terrorisme ?

 

 

La deuxième menace iranienne c’est le soutien au terrorisme. Qu’est-ce que le terrorisme ? On nous donne deux exemples du soutien de l’Iran au terrorisme : son soutien au Hezbollah libanais et son soutien au Hamas palestinien. Quoi que vous pensiez du Hezbollah et du Hamas – vous pensez peut-être que c’est ce qu’il y a de pire au monde –, qu’est-ce qui fait qu’on les considère terroristes ? Bon, le « terrorisme » du Hezbollah est fêté tous les ans au Liban le 25 mai, fête nationale libanaise qui célèbre l’expulsion des envahisseurs israéliens du Liban en 2000. La résistance du Hezbollah et sa guerre de guérilla avaient fini par obliger Israël à se retirer du Sud-Liban, mettant fin à une occupation de 22 ans, avec son lot de terreur, de violence, de torture – occupation maintenue en violation des ordres du Conseil de sécurité de l’ONU.

Donc Israël a finalement quitté le Liban et c’est le jour de la Libération au Liban. Voilà globalement ce qui est considéré comme le terrorisme du Hezbollah. C’est comme ça qu’il est décrit. En fait, en Israël c’est même décrit comme une agression. Vous pouvez lire la presse israélienne ces jours-ci et des politiciens de premier plan disent que c’était une erreur de se retirer du Sud-Liban parce que cela permet à l’Iran de poursuivre son « agression » contre Israël, agression qui a commencé en 2000 avec le soutien à la résistance contre l’occupation israélienne. C’est considéré comme une agression contre Israël. Ils ont les mêmes principes que les États-Unis, nous disons la même chose. Voilà pour le Hezbollah. Il y a d’autres actes que vous pourriez critiquer, mais voilà ce qu’est le terrorisme du Hezbollah.

 

Un autre crime commis par le Hezbollah c’est que la coalition dont il est l’élément principal a largement emporté les dernières élections parlementaires ; mais en raison du principe communautariste qui prévaut pour l’assignation des sièges ils n’ont pas reçu la majorité des sièges. Thomas Friedman [du New York Times] a donc versé des larmes de joie, comme il l’a lui-même expliqué, lors de ces merveilleuses élections libres au Liban, le président Obama ayant battu le président iranien Ahmadinejad. D’autres se sont joints à cette célébration. Autant que je sache personne n’a rendu compte des véritables résultats électoraux.

 

Et le Hamas ?

 

 

Hamas est devenu une menace sérieuse – une organisation terroriste importante – en janvier 2006 lorsque les Palestiniens ont commis un crime vraiment grave. C’était au moment des premières élections libres jamais tenues dans le monde arabe et les Palestiniens ont voté comme il ne fallait pas. C’est inacceptable pour les États-Unis. Immédiatement, sans la moindre hésitation, les États-Unis et Israël ont fait savoir qu’ils prenaient la décision de punir les Palestiniens pour ce crime. Juste après vous avez pu lire dans le New York Times deux articles qui se côtoyaient – l’un des deux parlant de notre amour pour la démocratie, ce genre de choses, et l’autre parlant de nos projets de punition contre les Palestiniens parce qu’ils avaient mal voté aux élections de janvier. Aucune contradiction.

 

 

Les Palestiniens avaient dû subir bien des punitions avant les élections, mais elles ont été accentuées après – Israël est allé jusqu’à couper l’alimentation en eau à la bande de Gaza, si aride. Au mois de juin Israël avait déjà lancé 7 700 roquettes sur Gaza. Tout cela s’appelle défense contre le terrorisme. Puis les États-Unis, et Israël, avec la coopération de l’Autorité palestinienne, ont essayé d’organiser un coup pour renverser le gouvernement élu. Ils ont échoué et le Hamas a pris le contrôle de Gaza. Après cela le Hamas est devenu l’une des principales forces terroristes au monde. Vous pouvez leur faire beaucoup de critiques – leur façon de traiter leur propre population par exemple – mais le terrorisme du Hamas est assez difficile à prouver. Les accusations actuelles concernent les roquettes lancées de Gaza sur les villes israéliennes frontalières. C’est la justification qui a été donnée pour l’opération « plomb durci » (l’invasion israélo-états-unienne de décembre 2008) et aussi pour l’attaque israélienne contre la Flotille de la paix en juin 2010, dans les eaux internationales. Neuf personnes avaient alors été tuées.

 

 

Il n’y a que dans un pays très endoctriné que vous pouvez entendre ces choses ridicules et ne pas rire. Passons sur la comparaison entre les roquettes Qassam et le terrorisme que les États-Unis et Israël pratiquent constamment. L’argument n’a absolument aucune crédibilité pour une raison bien simple : Israël et les États-Unis savent très bien comment arrêter les tirs de roquettes : par des moyens pacifiques. En juin 2008 Israël a accepté un cessez-le-feu avec le Hamas. Israël ne l’a pas vraiment respecté – ils étaient supposés ouvrir les frontières et ils ne l’ont pas fait – mais le Hamas l’a respecté. Vous pouvez vérifier sur les sites officiels israéliens ou écouter leur porte-parole officiel, Mark Regev : ils sont d’accord pour dire que durant le cessez-le-feu le Hamas n’a pas lancé une seule roquette.

Israël a rompu le cessez-le-feu en novembre 2008 en envahissant Gaza et en tuant une demi-douzaine de militants du Hamas. Quelques roquettes ont alors été lancées, puis Israël a lancé une attaque bien plus importante. Il y a eu des morts, tous palestiniens. Hamas a proposé le retour au cessez-le-feu. Le gouvernement israélien a évalué l’offre, puis l’a rejetée, optant pour le recours à la violence. Quelques jours plus tard il y a eu l’attaque israélo-états-unienne contre Gaza.

 

 

Aux États-Unis, et en Occident de façon générale, y compris les organisations de défense des droits humains, y compris le rapport Goldstone, on considère comme une évidence le droit d’Israël à se défendre en utilisant la force. Il y a eu des critiques disant que l’attaque était disproportionnée, mais cela est secondaire par rapport au fait qu’Israël n’avait absolument pas le droit d’utiliser la force. Vous n’avez aucune justification pour l’utilisation de la force tant que vous n’avez pas épuisé les recours pacifiques. Dans ce cas les États-Unis et Israël n’avaient non seulement pas épuisé les recours pacifiques, ils avaient rejeté tout recours aux moyens pacifiques, alors que c’était parfaitement possible et ils le savaient bien. Ce principe selon lequel Israël a le droit de lancer des attaques militaires est tout bonnement un fascinant cadeau.

 

 

Quoi qu’il en soit, que l’Iran essaie d’étendre son influence et que l’Iran soutienne le Hezbollah et le Hamas c’est, du point de vue des services d’intelligence et du département de la défense, ce qui constitue son soutien au terrorisme.

 

 

Noam Chomsky

 

 

Source : http://www.zcommunications.org/u-s-...

 

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 10:44

 

Les Assises de l’Interculturalité viennent de s’achever sur un compromis boiteux, véritable bricolage, style « ni ni ». Cette initiative de Joëlle Milquet, présidente du CDH et Ministre compétente pour l’égalité des chances, a plus consacré les rapports entre les religions que les relations entre les communautés issues de l’immigration et les communautés autochtones, c’est-à-dire les Wallons, les Bruxellois et les Flamands dits « de souche ».

 

Ce bavardage de quelque six mois ne fait que compliquer les choses et risque, s’il est pris en compte, d’aggraver les tensions au lieu de les aplanir. Le rapport issu de ces Assises rédigé par un « Comité de pilotage » composé des représentants des religions et du Centre d’action laïque, d’universitaires, du MRAX, du Centre pour l’égalité des chances et d’associations interculturelles  doit être vite enterré et il est plus que temps que les vrais acteurs (éducateurs sociaux, fonctionnaires locaux, enseignants, politiques, syndicalistes, etc.) prennent les choses en main avec la participation tous les immigrés sans distinction de religion, de sexe, ou d’origine. Un acteur important, le Centre d’égalité des chances, a rédigé une note de minorité, ce qui est révélateur du poids excessif des « religieux »

 

Le volet social pourtant le plus important, car c’est la disparité entre la situation sociale des communautés immigrées et celle de la population « aisée » qui crée la discrimination, est à peine mentionné dans le rapport et aucune solution n’est proposée.  Ce petit extrait est édifiant : « Si nous ne traitons pas directement de problèmes socio-économiques dans ce rapport, c’est que cela nous ferait déborder de notre sujet (sic). Mais nous partageons l’inquiétude de ceux et celles qui mettent en garde contre l’aggravation des problèmes liés au « vivre ensemble » et à la lutte contre les discriminations… ». Exit le social, donc !

Suit une discussion sur la dénomination de ces communautés : immigrés ? Non. Allochtones ? Non plus. Minorités culturelles ? Pas assez complet. On est arrivé à : « minorités ethniques, culturelles et/ou religieuses » Et voilà ! « religieuses » ! Le ver est dans le fruit.

 

Ainsi, pour l’enseignement, au lieu d’analyser la situation des écoles dans les quartiers et de proposer des solutions concrètes tant pour les enseignants que pour les élèves, on recommande qu’il n’y ait aucune dérogation au programme scolaire pour des motifs religieux (par exemple en biologie, en histoire, le maintien de la mixité dans les cours de gym, etc.).  Il n’aurait plus manqué que cela ! Quelle est l’utilité de cette recommandation ? Voudrait-on envisager de remettre en question le principe fondamental d’égalité, qu’on n’agirait pas autrement !

 

Pour le voile islamique (appelé pudiquement « signe convictionnel » - ce qualificatif ne figure pas au dictionnaire…), il est recommandé d’en interdire le port jusque l’âge de quinze ans et de le permettre après. Compromis alambiqué et future source de conflits ! Ou bien on l’interdit, ou bien on l’autorise mais pas un « entre deux » ! ([1]) Concernant l’emploi, les Assises proposent d’instaurer un système de quotas d’embauche, le CV anonyme, etc. Rien de bien neuf, donc.

 

Et on en vient aux fameux « accommodements raisonnables ». On invite les autorités à étendre le champ d’application de la loi de 2007 dite « d’aménagements raisonnables » obligeant d’aménager des immeubles et des lieux publics pour un meilleur accès aux handicapés, aux « situations, notamment celles liées à la conviction religieuse ou philosophique ». Une fois de plus, le particularisme religieux que l’on mêle allégrement avec les mesures en faveur des handicapés ( !), est un facteur de discrimination ! Viennent après les recommandations sur les jours fériés à caractère religieux. On souhaite six jours fériés « flottants » à prendre en fonction des convictions religieuses et philosophiques du travailleur, avec l’accord préalable de l’employeur. C’est la porte ouverte à la réduction de fait du nombre de jours fériés légaux ! En outre, cela contraindra le travailleur à se « dévoiler » auprès de son patron…

 

Le reste du rapport contient, dans des domaines fondamentaux comme le logement, par exemple, un catalogue de généralités et de bonnes intentions. Les prix prohibitifs des loyers sont déplorés, mais il n’est pas demandé de réinstaurer la loi de blocage des loyers qui était un frein efficace à la spéculation immobilière et à la discrimination en matière de logements.

 

D’un côté, les travaux de ces Assises n’aboutissent à aucun plan concret. C’est un saupoudrage de recommandations diverses, fruit de compromis qui cachent mal les divergences fondamentales entre les différentes parties. De l’autre, l’introduction du religieux dans les rapports sociaux qui aboutiraient à des situations encore plus discriminatoires, sans compter une atteinte grave au principe de laïcité. Ces Assises n’ont rien apporté à l’interculturalité, c’est-à-dire à une vie commune plus harmonieuse dans un esprit citoyen accessible à toutes et à tous quelles que soient leurs origines. L’interculturalité est devenue l’interreligiosité !

 

À enterrer, et vite !

 

Pierre Verhas



[1] L’auteur de ces lignes a toujours été opposé à l’interdiction du port du voile dans les écoles car c’est une mesure vexatoire, discriminatoire et inefficace et, au risque de se faire traiter « d’islamo-gauchiste », inspirée pour quelques-uns par une xénophobie honteuse (voyez « Riposte laïque » ou « extrême-centre » en France). Ce n’est pas par des interdits que la laïcité progressera ! De plus, l’enseignement confessionnel autorisant le port du voile, il attire de nombreuses élèves au détriment de l’enseignement public.

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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 14:55
L'excitation est retombée dans la salle de contrôle du JPL (Jet Propulsion Laboratory) qui a vécu en direct le passage de la sonde Epoxi à proximité de la comète 103P/Hartley 2. Le dépouillement des données a commencé, en voici un premier aperçu.
 
Le jeudi 4 novembre à 15 heures (heure française), les scientifiques du JPL ont vu apparaître sur leurs écrans les premières images détaillées du noyau de la comète Hartley 2, que la sonde Epoxi photographiait à seulement 700 kilomètres de distance, 5 ans après sa rencontre avec Tempel 1, un autre astre chevelu. Parmi les chercheurs présents se trouvait Malcom Hartley, auteur de la découverte de cette comète il y a 24 ans sur une plaque photographique réalisée à l'observatoire de Siding Spring en Australie, où il travaille toujours. L'heureux découvreur a reconnu que les données amassées par la mission Epoxi auront de quoi occuper les chercheurs pour plusieurs années.
 
Le rapprochement entre Epoxi et la comète s'est produit à près de 40 millions de kilomètres de la Terre. En survolant sa cible à plus de 8 kilomètres par seconde, la sonde en a réalisé environ 200 photographies à l'aide de sa caméra à moyenne résolution. Le résultat est visible sous forme d'une animation sur le blog de la Planetary Society.
 
Commentant les premiers clichés, Don Yeomans, du JPL, a expliqué que les images radar obtenues quelques jours plus tôt au radiotélescope d'Arecibo avaient révélé la nature bilobée de la comète. Mais il était impossible de savoir si Hartley 2 était constituée de deux morceaux accolés ou d'un seul bloc. Les images d'Epoxi ont confirmé cette seconde hypothèse. Elles ont également permis de donner les mensurations précises de cet astre : environ 2 kilomètres sur sa longueur et 400 mètres dans sa plus petite largeur.
 
hartley_2.jpg
 
  
Comparaison de la taille des différents noyaux cométaires qui ont reçu la visite de sondes. © Nasa
 
Hartley cousine d'Itokawa ?
 
Ce qui a frappé les observateurs, c'est la ressemblance entre la comète Hartley 2 et l'astéroïde Itokawa. Exploré en 2005 par la sonde japonaise Hayabusa, Itokawa avait alors montré une surface où alternaient des zones lisses recouvertes de poussière et des zones rocailleuses. C'est exactement ce que l'on observe sur 103P/Hartley 2 ! Pour justifier l'aspect de la surface de l'astéroïde, on a proposé plusieurs explications : activité géologique, chocs avec d'autres petits blocs, ou encore rôle de la pression de radiation solaire (l'effet YORP).
Cette étrange ressemblance entre les deux corps vient conforter de récentes simulations numériques montrant que d'anciennes comètes ont pu migrer dans la ceinture d'astéroïdes lors du grand bombardement tardif (Late Heavy Bombardment, ou LHB, en anglais). Itokawa pourrait avoir fait les frais de ce bouleversement survenu dans le Système solaire il y a 4 milliards d'années.
 
asteroide_Itokowa.jpg

L'astéroïde Itokawa ressemble beaucoup à la comète Hartley 2. © Jaxa

Du travail pour les chercheurs
  
Les images d'Hartley 2 révèlent de nombreux jets dont les scientifiques vont s'attacher à déterminer l'origine. Pour Don Yeomans, ces jets peuvent provenir de la surface exposée au Soleil, ou s'échapper des profondeurs de Hartley 2 qui se réchauffe. Cette seconde hypothèse pourrait expliquer la présence de certains jets visibles dans des zones de la comète plongées dans l'ombre. Les scientifiques doivent maintenant analyser les mesures fournies par les différents instruments de la sonde pour déterminer la température à la surface de la comète et la composition de sa chevelure. Toutes ces informations seront croisées avec les résultats obtenus par les télescopes terrestres mobilisés pour l'occasion.
Hartley_2_Epoxi.jpg
Une vue détaillée de la comète 103P/Hartley 2, obtenue par la sonde Epoxi. Les plus petits détails visibles font moins de 10 mètres. © Nasa
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