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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 17:07

 

 

 

Nous avons commencé cette série d’articles par le « krach 2 », la crise de Dubaï  dont on ne parle plus, nous avons poursuivi par le « krach 3 », la crise grecque et aujourd’hui, le « krach 4 », la crise de l’Euro, cette vraie-fausse monnaie qui subit une crise tout à fait prévisible. Entre temps, vous avez eu l’occasion, cher lecteur, chère lectrice, de lire quelques autres articles sur le sujet.

 

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De Dubaï à                                                               acropole_1262821463-copie-1.jpg

 

L’accord de garantie de 750 milliards d’Euros de dimanche 9 mai est de la poudre aux yeux. Une caricature montre Fillon annoncer à Sarkozy : « Les contribuables et les marchés sont inquiets », et Sarkozy de répondre : « Rassurons les marchés ! ».

 

« Rassurer les marchés » est le seul but de cet accord. D’ailleurs, dans la soirée de dimanche, un haut fonctionnaire européen a déclaré à une TV : « Nous devons arriver vite à un accord, car les marchés ouvrent dans quelques heures ». C’est révélateur de l’état d’esprit de nos « dirigeants » européens.

 Le « coup d’Etat silencieux »                                      à la Grèce, le même processus

 

Le bloggeur français Malakine ( http://horizons.typepad.fr/accueil/2010/04/le-coup-detat-silencieux. html ) a trouvé cette formule pour décrire ce qui se passe. En effet, on assiste à un bras de fer entre deux pouvoirs : le pouvoir politique en plein déclin et le pouvoir financier en grande expansion. Dans cette affaire grecque, le pouvoir financier a gagné et le politique s’apprête à passer sous les fourches caudines. Comme l’écrit le bouillant député européen français Jean-Luc Mélenchon dans « Le Monde » du 11 mai : « Déficit des retraites ou crise de l'euro : tout revient à la question de la prédation croissante que la finance opère au détriment du travail sur la richesse produite. L'appauvrissement des Etats, comme des particuliers, et les dettes qui en résultent n'ont pas d'autre origine ! C'est cette réalité que Jean Peyrelevade couvre d'opprobre : "Démagogie", "mensonge", "réalité travestie" »

 

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Jean-Luc Mélenchon : une gauche lucide

et sans compromission, jusqu'à présent

 

Tout se trouve dans ces quelques mots. D’un côté, un homme politique, comme plusieurs économistes, dénonce la mainmise de la haute finance sur les Etats et le travail et d’un autre, un hobereau du néo-libéralisme fustige le manant en le traitant de menteur.  Notons au passage que Jean Peyrelevade est membre du MoDem de François Bayrou, ancien patron à Suez, condamné en 2006 à 500.000 dollars d’amende pour avoir fait de fausses déclarations à la FED américaine dans le cadre de l’affaire « Executive Life ». Il s’agit d’un affairiste chrétien libéral bon teint. Un homme d’avenir, quoi !

 

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Jean Peyrelevade : le prototype du

politicien arrogant, affairiste et godillot

 

Cependant, la haute finance a été beaucoup plus loin cette fois-ci. Elle a franchi une étape décisive : imposer à l’Union européenne ses desideratas politiques.  

 

Comment en est-on arrivé là ?

 

Si on part de la crise financière de septembre 2008, on sait que pour « sauver » les banques, les Etats de l’Eurozone ont accru considérablement leur dette. A priori, ce n’était pas grave car les taux d’intérêts étaient fort bas et les banques s’étaient engagées à rembourser les aides le plus rapidement possibles. Or, il était évident que cette explosion de l’endettement public aurait de graves conséquences. Même si personne ne s’attendait au Krach de la bulle obligataire si rapidement, cette nouvelle crise n’a rien d’une surprise. Cela fait longtemps que les penseurs du système nous annoncent qu’il faudra tôt ou tard régler la facture de la crise. On y est.

 

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Image de la crise en Grèce : angoisse devant

un bureau de change

 

Le cas Grec n’a rien d’un cas isolé. Le système financier a pris le plus faible pour commencer son attaque. Les explications folkloriques du style « comptes trafiqués » (avec l’aide de Goldman Sachs, on l’oublie assez vite) ne sont que poudre aux yeux par rapport à l’ampleur du problème. Aujourd’hui, tous les Etats se retrouvent dans une situation d’insolvabilité potentielle. Compte tenu des maigres perspectives de croissance dans les anciens pays industrialisés, et des besoins sociaux qui ne cessent d’augmenter (chômage de masse, soutien aux secteurs en difficultés, dépenses de santé, retraites, vieillissement …) suite à la politique menée sous la pression de la haute finance de limitation des salaires au profit d’augmentations importantes du capital. Mélenchon écrit : « Ce partage injuste de la richesse est stable depuis vingt ans (…). C'est précisément parce que la révolution néolibérale a permis pendant tout ce temps au capital d'accroître sa ponction sur les salariés à mesure qu'ils produisaient davantage et moins cher ! Car le décrochage est bien plus fort : en 1982, salariés et chômeurs représentaient 84 % de la population active et se partageaient 66,5 % de la richesse, selon les chiffres de la Commission européenne ; ils constituent aujourd'hui 92 % des actifs, mais ne perçoivent plus que 57 % des richesses. Non seulement la part des travailleurs s'est réduite, mais elle est divisée entre davantage de salariés !

 

Cet appauvrissement du travail est odieux, car, depuis 1982, la richesse créée par actif a augmenté de 30 %. Ces fabuleux gains de productivité réalisés par les travailleurs ont été largement accaparés par le capital : dans les années 1980, 2 points de PIB par an étaient redistribués aux salariés ; depuis les années 1990, le ratio est tombé à 0,7 point de PIB par an ! »

 

Les Etats sont tous devenus structurellement déficitaires. Pour prendre l’exemple de la France, on estimait à environs 3% le taux de croissance nécessaire pour assurer l’équilibre des finances publiques. Désormais la croissance potentielle est estimée entre 0.8 et 1.5 %. Cela veut dire qu’il sera impossible de revenir à l’équilibre sans de drastiques mesures de restrictions imposées par le monde de la finance. Or, ces politiques de restrictions créent la déflation en baissant la consommation des ménages et en empêchant les Etats d’accroître leurs recettes. L’effet réel sera : un accroissement des déficits publics et de l’endettement… au plus grand profit des banques !

 

En soi, il s’agit déjà d’un défi historique pour tous les Etats qui devront trouver les moyens soit de renouer avec une croissance soutenue en modifiant substantiellement leur modèle économique, soit de réduire drastiquement le périmètre de leur Etat providence, soit probablement les deux. Mais si on ajoute la pression des marchés financiers, l’équation devient franchement impossible. De plus, il ne faut pas oublier que l’Europe connaît une désindustrialisation de plus en plus importante par les nombreuses fermetures d’usines et les délocalisations qui l’empêchent de retrouver un taux de croissance suffisant pour retrouver l’équilibre financier nécessaire. Les Etats européens sont donc pieds et poings liés, sont devenus incapables de toute politique, l’Etat-Providence se délitera par un accroissement dramatique du chômage et de la pauvreté.

 

L’insolvabilité des Etats conduira les marchés à revoir à la hausse les taux d’intérêts des fonds qu'ils prêtent, ce qui va accroître les dépenses des Etats via la majoration du paiement des intérêts  et réduire leurs ressources fiscales via la contraction de l’économie induite par la rigueur. L’intervention des marchés financiers en tant que « régulateur » du bon niveau de la dette publique est donc le plus sûr moyen de transformer rapidement une situation d’insolvabilité virtuelle en banqueroute réelle !

 

« Apocalypse now » n’est plus une fiction !

 

Le politique étant désormais dans l’impossibilité d’agir, il y a vide du pouvoir et celui-ci sera repris par la haute finance par l’intermédiaire de ses représentants. Ainsi, la proposition de Barroso de mettre sous tutelle de la Commission européenne et d’ECOFIN les budgets nationaux au nom du respect absolu du Pacte de stabilité, ce traité kafkaïen inapplicable, en fait partie. Quelles conséquences cela aura-t-il ? En premier lieu, les Etats membres ne seront plus maîtres de leur propre politique – ce sont les budgets qui donnent à l’Etat les moyens d’exécuter sa politique –, deuxièmement, le déficit démocratique est énorme puisque les Parlements seront obligés d’accepter les diktats d’ECOFIN et de la Commission. Les Etats seront placés sous tutelle. Cela s’appelle tout simplement la fin du politique !

 

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Le bonheur de Barroso : il a

atteint son objectif de démantèlement

des Etats membres.

 

L’économiste français Frédéric Lordon tire les conclusions avec lucidité : « C’est donc peut-être, dans ce chaos, une époque qui s’apprête à se refermer. Une époque dont le symptôme aura été le surendettement généralisé. Le paradoxe veut que ce soit un symptôme parfaitement libéral, là où le libéralisme se targue d’être le discours même de la vertu. Car tous les surendettements dérivent de la déréglementation générale. Le surendettement privé est le produit de la compression des revenus entraînée par la flexibilisation du marché du travail, la concurrence et la contrainte actionnariale. Le surendettement bancaire vient des joies de l’effet levier, quand il s’agit de pousser toujours plus haut la rentabilité financière des paris spéculatifs. Le surendettement public est l’expression de l’idéologie de la défiscalisation – et accessoirement des déséquilibres conjoncturels que l’instabilité d’un système de marché libéralisé ne cesse de recréer. »

 

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Frédéric Lordon : un des rares économistes à

avoir le courage de ne pas être dans la "ligne".

 

C’est donc une véritable révolution que nous vivons. La fin du politique signifie à terme l’effondrement de tout l’édifice issu des Lumières et de la Révolution française et aussi la disparition du Pacte social issu de la guerre qui a fondé la sécurité sociale en Belgique et le programme du Conseil national de la Résistance en France qui a instauré les principes de base de la solidarité sociale non seulement par ce qu’on appelle l’Etat-providence, mais aussi par l’épanouissement des services publics considérés à l’époque comme facteurs de progrès social et économique. Ce modèle s’est étendu aux autres pays d’Europe occidentale comme l’Allemagne et l’Italie. On l’a d’ailleurs appelé à tort ou à raison « Le modèle rhénan ».

 

La fin de l’idée européenne

 

L’idée d’une union européenne née des atrocités de la dernière guerre mondiale s’est aussi écroulée. Des politiques chrétiens comme Schuman, Monnet, Gasperi et sociaux démocrates comme le Belge Spaak ont cru sans doute naïvement dans les années 1950, laissons-leur ce crédit, que l’union des économies des Etats membres entraînerait l’union politique. Funeste illusion ou innommable supercherie, qui sait ? L’union politique n’a jamais connu un semblant de réalisation, les Etats membres restant jaloux de leurs prérogatives. L’union économique a changé de nature avec le Traité de Maastricht. Non seulement, il fonde l’union monétaire avec, à terme, l’Euro, mais il soustrait aussi des pans entiers de la décision économique du contrôle politique. L’Union européenne n’est toujours pas une union politique et ne le sera sans doute jamais, mais elle a détruit le pouvoir politique, c’est-à-dire la petite parcelle de pouvoir qui restait aux peuples d’Europe, qu’on ose encore appeler « démocratie ». Elle est devenue le bras séculier de la dictature des marchés. C’est elle qui impose les privatisations des services publics, c’est elle qui interdit aux Etats d’aider les entreprises en difficulté (sauf les banques…), c’est elle qui empêche toute politique économique, qui a la mainmise sur la recherche, c’est elle qui a libéralisé l’agriculture en supprimant une large part des subventions et en instaurant le libre échange des produits alimentaires, c’est elle qui recommande de réduire les dépenses sociales et qui bientôt l’imposera. C’est elle aussi qui a élargi sa zone d’influence aux pays d’Europe de l’Est en les maintenant dans la pauvreté, l’objectif final étant de construire une vaste zone de libre échange euro-américaine qui s’étendra jusqu’à la Turquie.

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Robert Schuman et Jean Monnet, les "pères" de

l'Europe : naïveté ou duplicité ?

 

Tout va dans le même sens : l’Union agit pour le seul intérêt du Capital en mettant les Etats membres sous tutelle, la dernière trouvaille étant, comme on l’a vu, le contrôle préalable des budgets nationaux.

En cela, l’idée européenne est morte car même l’union économique préconisée par les « pères fondateurs » a disparu. Il faut dire qu’ils n’avaient pas prévu la mondialisation (que Marx avait vue déjà en 1848…). Nous payons très cher ce manque de lucidité.

 

Que faire ?

 

Il est dramatique de constater que les politiques, les intellectuels, les syndicalistes les plus critiques n’apportent aucune réponse crédible et à long terme. Ils posent un bon diagnostic mais ne prescrivent aucun remède. Les altermondialistes disent qu’un « autre monde est possible ». Certainement, mais lequel ? Ils sont bien incapables de le définir. Ce n’est pas la fameuse taxe Tobin qui est utopique, qui va changer quoi que ce soit.

 

Le problème est que le politique ne peut agir qu’au niveau des Etats, alors que le champ d’action du financier est mondial. Laissons encore une fois la parole à Lordon : « Entre temps les opinions publiques européennes, grecque mise à part, sont étonnamment calmes – peut-être parce que « ça » n’a pas encore mordu assez profond. Mais « ça » ne va pas tarder à faire mal. Le passage de la douleur à la révolte n’a rien d’automatique, mais rien non plus d’impossible. On saura sous peu de l’insurrection ou du coup de sang des États eux-mêmes (c’est-à-dire de l’explosion d’une crise de dette souveraine généralisée dans la zone euro) lequel des deux scénarios coupe le fil avant l’autre. Le « peu » de « sous peu » ne se comptant pas forcément en jours, mais éventuellement en trimestres. C’est bien pourquoi les benêts de « la crise est finie » s’y laissent prendre à tous les coups : ils ont oublié qu’entre le krach de 1929 et le pire de la Grande Dépression, il a fallu quatre ans de décomposition… Comme on l’a laissé entendre, si le coup de chaud grec d’aujourd’hui vient à se détendre, ce sera une détente toute temporaire, en attente des douloureux constats d’insolvabilité (produite par des plans absurdes de restauration de la solvabilité). On se donnerait rendez-vous d’ici douze ou dix-huit mois. Mais le problème des dettes souveraines est maintenant bien installé dans le paysage mental des opérateurs de la finance et il n’est pas près d’en sortir. On peut donc aussi leur faire confiance pour hâter les échéances… »

 

Frédéric Lordon oublie qu’une révolte efficace ne peut qu’être organisée. C’est loin d’être le cas aujourd’hui. La gauche politique est en plein déclin, les organisations syndicales sont divisées. Certains rétorqueront que les pays sud-américains les plus avancés montent une alternative. Certes et elle semble efficace, mais ce sont des Etats qui ne sont pas sous le carcan d’une organisation supranationale. En Europe, il ne faut plus compter sur aucun Etat.

 

Il n’y a qu’une possibilité, mais elle est à long terme : la Résistance. Au préalable, elle sera désorganisée, chevrotante, mais avec le temps, elle peut s’étendre et s’organiser pour représenter une réelle alternative pour construire un nouvel ordre politique et social, car rien ne sera plus jamais comme avant.

 

 

 

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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 17:17

Voici une tribune d’un homme de droite, Philippe Villin, ancien directeur du Figaro et banquier d’affaires. Il analyse la situation de l’Euro.

Il est surprenant de lire et d’entendre les discours des uns et des autres aujourd’hui. Ce sont exactement les mêmes arguments avancés en 2001 et en 2005 au sujet des Traités de Maastricht et constitutionnel. À l’époque, ils se voyaient affublés de tous les noms d’oiseaux. Aujourd’hui, tout le monde leur donne raison. Eh bien, ils avaient raison à temps et les autres ont raison trop tard !

Lisez :

 

« La situation actuelle n’est pas une surprise parce que l’euro souffre d’un vice fondamental : on a créé une monnaie unique avant une unité politique qui me paraît définitivement compromise par l’élargissement décidé postérieurement.

 

 

Comme je l’ai écrit à de nombreuses reprises (dans le Figaro que je dirigeais à l’époque,) j’y étais personnellement opposé. On a mis la charrue avant les bœufs. Je pensais aussi que la diversité des situations dans les pays de la zone rendrait impossible la définition d’une politique monétaire et économique appropriée à chacun des pays. C’est malheureusement ce qui s’est passé. En outre, depuis sa création, l’euro a été structurellement surévalué. Cela a entraîné une perte de compétitivité de l’économie européenne considérable, qui succédant à la politique du franc fort, a créé des dommages irréparables pour notre pays. Des entreprises ont fermé. Des délocalisations ont eu lieu sur lesquels on ne peut revenir : l’aéronautique française, l’un de nos plus grands talents industriels, est désormais largement implantée au Etats-Unis et au Mexique au lieu d’être restée totalement en France et au Maghreb pour les tâches les moins techniques ; nos exportations de vins et de spiritueux sont en déclin ; on pourrait multiplier les exemples. En fait seule la zone germanique au sens large a profité de l’euro qui lui a permis de vendre mieux en grande exportation avec une monnaie moins forte que ne l’auraient été ses propres devises et de connaître une formidable expansion de ses ventes au sein de la zone euro. En effet, les autres pays ont dévasté leur commerce extérieur en achetant aux Allemands plus que ce que leurs possibilités ne le leur permettaient et cela explique pour une large part les déficits de balance commerciale et une partie des déficits de la dette que connaissent les pays en difficulté de l’Europe du sud.

 

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L'Euro rend fous ceux qu'il veut perdre !

 

 Que faire ? Eviter que les tenants du dogme, à commencer par son grand prêtre Jean-Claude Trichet, et les hommes politiques qui se sont laissés abuser, ne ruinent l’économie en refusant de reconnaître leur erreurs. Aujourd’hui, force est de constater que la zone euro a connu une croissance inférieure à celles de autres pays européens. Le risque immense est qu’en voulant sauver le Pacte de Maastricht - un empêcheur structurel de croissance vu les contraintes qu’il impose - les dogmatiques de l’euro entraînent l’économie européenne dans une déflation destructrice. Il est évident que la plupart des pays de l’euro, y compris la France, ont un immense besoin de réformes structurelles, lesquelles passent par une diminution de la dépense publique et non par une augmentation punitive de l’impôt. Mais ne confondons pas vitesse et précipitation. Aucun médecin ne fait jamais maigrir en quelques semaines un patient de 100 kilos dont le poids objectif est de 60 kilos, surtout après l’avoir laissé grossir pendant des années sous sa surveillance comme Monsieur Trichet et sa B.C.E. ont laissé les déséquilibres et les déficits prospérer. Un tel médecin tuerait son malade à moins que le médecin ne le tue avant... Les pauvres Grecs sont pour moi comme des cobayes dans un laboratoire qui subissent la médecine Trichet-Merkel à forte dose. J’espère que les politiques comprendront en voyant ces malheureux cobayes exploser ce qui se passerait s’ils imposaient cette médecine au Portugal, à l’Espagne, à l’Italie…. et pourquoi pas à la France.

 

 

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Quel gâchis, Monsieur Trichet !

 

 Si les politiques voulaient sauver l’Euro - je doute pour ma part que ce soit une bonne solution car son échec est patent et seule la remise à niveau de la compétitivité par un niveau de dévaluation adéquat dans chaque pays me paraît fonctionner- il faudrait à tout le moins annoncer d’urgence l’abandon du pacte de stabilité. Madame Merkel veut le durcir ! Il faut, évidemment, faire l’inverse ! A l’instar de ce qui est demandé à la Réserve fédérale américaine, il faut fixer à la B.C.E. de nouveaux objectifs privilégiant la croissance sur la lutte contre l’inflation. Il faut accélérer les réformes structurelles, mais en se donnant 10 à 15 ans pour ramener les déficits des finances publiques à un niveau probablement un peu supérieurs à ceux de Maastricht. Il faudrait aussi que les Allemands s’interdisent de briguer la présidence de la B.C.E... Si l’Allemagne est européenne, il faut enfin qu’elle baisse très fortement ses impôts pour mettre son déficit au niveau moyen de la zone européenne. Alors seulement, on pourrait espérer un répit permettant peut-être de reconsidérer l’ensemble du projet européen, débouchant sur une zone intégrée politiquement et économiquement et qui aurait sa monnaie unique. Mais elle serait assurément fort différente de la zone euro actuelle tant dans son périmètre que dans son fonctionnement.

 

 Personnellement, je ne suis pas convaincu que cette zone intégrée et plus réduite puisse être efficace, si jamais elle venait à voir le jour politiquement. Je pense que l’euro explosera en tout état de cause avant. Je crains avant tout qu’un Jean-Claude Trichet borné et gardien du dogme et ses acolytes n’aient avant plongé l’Europe dans une dépression sans précédent.

 

 Ma crainte est en effet que la tentative des tenants du dogme soit de le préserver à tout prix pour ne pas être exposés à la situation de dire aux citoyens de l’Europe que ce projet d’union monétaire sans union politique était une folie !

   

Avec l’euro, Jean-Claude Trichet a construit un tunnel dont il a bouché l’entrée et qui débouche sur le précipice de la déflation. Il faut qu’un homme politique ait le courage de renoncer au dogme, mais sa tâche ressemblera alors à celle d’un pape qui aurait à expliquer aux croyants qu’il n’y a eu à Lourdes, ni apparition de la vierge, ni miracles. Il aura aussi à inventer un nouveau projet. Quel gâchis Monsieur Trichet ! »

 

  Philippe Villin

 

Il y a un élément consolant dans tout cela. Un homme de droite rejoint les analyses progressistes au sujet de l'Euro : tout cela fait partie d'une politique volontariste de détruire le tissu social et d'éliminer toute forme de solidarité. D'autre part, c'était folie de vouloir faire une monnaie commune sans union politique.

 

Un scandale à la clé

 

En prime, on apprend que le député européen écologiste Daniel Cohn Bendit accuse Nicolas Sarkozy et François Fillon d'avoir conditionné leur aide à la Grèce à l'achèvement des contrats d'achat d'armes françaises signés par le gouvernement Caramanlis. Voici ce qu'en rapporte le Nouvel Obs.com :

 

«L'eurodéputé a expliqué, lors d'une conférence de presse à Paris sur l'avenir du mouvement écologique, avoir rencontré Georges Papandréou "la semaine dernière" alors qu'il était à Athènes. "Je le connais depuis longtemps" a-t-il précisé en relatant sa conversation avec le chef du gouvernement grec.

 

"C'est quand même incroyable la manière dont les Merkel et Sarkozy de ce monde traitent un Premier ministre grec", s'est-il exclamé. "Dernièrement, M. Papandréou, qui était au sommet de l'Otan, est passé par Paris. A Paris, il y a un certain M. Fillon et un certain M. Sarkozy", a poursuivi  Daniel Cohn-Bendit.

 

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Dany le Rouge-Vert s'insurge à juste titre !

 

"M. Fillon et M. Sarkozy ont dit à M. Papandréou : Nous allons lever des sommes pour vous aider, mais vous devez continuer à payer les contrats d'armement qu'on a avec vous, signés par le gouvernement Caramanlis", a assuré le leader Verts au Parlement européen.

 

"Depuis ces trois mois, il y a eu plusieurs milliards de contrats d'armement qu'on a obligé la Grèce à confirmer, Des frégates françaises - 2,5 milliards - que doivent acheter les Grecs; il y a des hélicoptères, il y a des avions, il y a des sous-marins allemands".

 

A ce propos, Daniel Cohn-Bendit avait lancé, lors d'un débat mercredi au Parlement européen sur l'aide à la Grèce : "Vous êtes complètement fous", à l'adresse de la Commission européenne et des représentants des Etats de l'UE. "Ce que doit faire le gouvernement Papandréou est pratiquement impossible", faisant référence aux sacrifices salariaux et sociaux demandés et fustigeant en outre les dépenses militaires en Grèce, qui plombent les déficits, et "l'hypocrisie" de certains partenaires qui en profitent pour garnir leurs carnets de commande.

 

"On leur donne de l'argent pour acheter nos armes. On est complètement hypocrites", s'était-il insurgé, en citant les contrats de la France et de l'Allemagne. Il a conclut en demandant à la Commission européenne "un rapport sur les ventes d'armes à la Grèce et à la Turquie ces dernières années, afin qu'il y ait transparence".»

 

Les contrats d'armement plombent les déficits grecs ! Et la pensée unique veut nous imposer de construire l'Europe avec ces gens-là !

 

Et puis, si cela se termine en scandales, la coupe sera pleine. On ne triche pas impunément avec les peuples.

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 21:45

 

 

Il est symbolique que la crise politique belge et la crise financière européenne ont lieu en même temps. Comme l’écrit  José Ignacio Torreblanca dans « El Pais » cité par l’édition électronique du « Courrier international » :

 

« Malgré les mises en garde répétées, l'Union économique et monétaire a heurté un iceberg en pleine nuit. Comme on ne l'a pas dotée des mécanismes permettant de faire face à des crises comme celle que nous traversons, le navire va faire eau de toutes parts. Toutefois, comme le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, qui vient de présenter son recueil de haïkus, ces charmants petits poèmes japonais qui parlent de la fugacité de la vie et de la beauté de la nature, nous, les Européens, préférons la contemplation à l'action. Et ces haïkus de Van Rompuy sont un peu comme l'orchestre du Titanic, qui joua sur le pont jusqu'à la dernière minute. Que ce soit la Belgique ou l'Union monétaire qui sombre, qu'au moins elle le fasse en beauté. »

 

Quel est donc le point commun entre ces deux crises ? Il est simple : pour l’Europe comme pour la Belgique, c’est une crise d’identité. L’Europe n’a pas réussi depuis les cinquante trois années qu’elle existe, à générer un idéal. Il est vrai que le ver était dans le fruit dès le départ. Lorsqu’on présenta à Mendès France le texte du Traité de Rome, document fondateur de la Communauté économique européenne qui deviendra après le Traité d’Amsterdam, l’Union européenne, après lecture, l’ancien président du Conseil français le rejeta avec mépris en disant : « Trop libéral ! ». En effet, le Traité était basé sur la libre circulation des personnes et des biens et sur le principe de libre concurrence. Belles idées à première vue, mais génératrices de la société ultralibérale qui s’est développée petit à petit après la guerre.

 

Toute tentative de fonder une Europe politique se heurta à l’opposition farouche des souverainistes nationaux comme de Gaulle ou les Anglais et au veto des partisans du « tout économique ». Et puis, dès les années 1990, l’Europe prit une tournure quasiment ultralibérale, comme si elle s’était préparée à la chute du mur de Berlin, en fait surtout sur la pression britannique, qui se glorifiait des « années Thatcher ». Le traité de Maastricht fondant l’Euro vient de montrer ses limites. Il s’en est suivi une série de traités, tous dictés par l’idéologie néo-libérale, qui tentèrent d’organiser les institutions européennes après le trop rapide élargissement à l’Est.

 

Massimo Giannini dans le quotidien italien « La Repubblica » cité par l’édition électronique du « Courrier international » résume bien la situation.

 

« Les marchés nous montrent du doigt quelque chose, là-haut dans le ciel. Comme toujours, les idiots regardent le doigt et ne voient pas la lune. Le doigt, c’est la Grèce. Un pays désormais défaillant. Sa dette est rabaissée au rang d'obligations pourries. Selon les banques d’investissement américaines, c’est le marché le plus risqué au monde sur les titres à court terme. Dans ces conditions, plus la Grèce cherche des ressources sur le marché, plus elle serre la corde autour du cou de ses finances publiques. Plus elle tente de se sauver, puis elle s’étouffe. Tout cela était prévu. Et ceux qui aujourd’hui font semblant de pleurer versent des larmes de crocodile. »

 

« Les marchés sont en train de l’emporter parce que les Etats tirent à hue et à dia, et l'Allemagne plus que les autres.  L'axe franco-allemand qui a mené l’Europe dans les moments cruciaux s’est effondré et la chancelière Angela Merkel est aujourd’hui seule face au reste du continent. La débâcle grecque, avec les eurodélires déclenchés par le plan de sauvetage que les Allemands ont du mal à digérer et ne digéreront peut-être jamais, montre aujourd’hui l’autre visage de l’Allemagne. »

 

Nouvelle offensive bancaire ou la capitulation du politique

 

Ce sont les agences de notation, ces organismes privés au service des grandes banques américaines, qui publient régulièrement les cotes des finances publiques des différents Etats. Ces agences sont en fait des organismes nuisibles car leur fonctionnement est pervers.

 

Elles sont trois :Standard & Poor’s, Moody’s, et Fitch. Ce sont des organismes privés, totalement indépendants des régulateurs et autres gendarmes boursiers : deux groupes américains, Standard & Poor’s et Moody’s, et un acteur à capitaux français, Fitch, filiale du groupe Fimalac. A elles trois, ces agences contrôlent 90% du marché mondial : 80% pour le duo Standard-Moody’s et 14% pour Fitch.
 
Le principe est simple : quand un pays ou une entreprise emprunte sur les marchés, il demande à une des agences de noter sa dette, c’est-à-dire de donner une estimation des risques de non remboursement en fonction de sa solvabilité, ses perspectives etc. En fonction des systèmes de notation des agences, ces dettes se retrouvent notées entre AAA (risque le plus faible) et CCC, voire D (faillite ou quasi-faillite). Pas moyen d’y échapper: les créanciers, banques, hedge funds, fonds souverains, exigent une notation des dettes émises, forcément par une des trois grosses agences, avant d’ouvrir le « carnet de chèques ». Selon l’AMF, Moody's France note ainsi plus de 77 entreprises, 124 établissements financiers, 14 collectivités locales, 15 OPCVM. C’est un quasi monopole !

 
Mais le plus gros problème est ailleurs. Qui rémunère les agences ? Les émetteurs de dette eux-mêmes, entre 25 000 et 125 000 dollars. Il y a donc un risque de conflit d’intérêt évident, d’autant que la raison d’être de ces agences est l’émission par leurs clients du maximum de produits financiers, puisqu’elles sont sûres de devoir les noter par la suite, et de facturer leurs honoraires à chaque fois. Les agences de notation ont d’ailleurs largement participé à la montée en puissance des produits financiers ultra-complexes, issus de la titrisation de créances douteuses, en les notant allégrement AAA ou apparenté, et en poussant leurs clients à en créer toujours plus. Parmi les champions de cette roulette russe financière, Goldman Sachs.

Le bilan des agences est édifiant. Standard & Poor’s notait encore AAA la banque Lehman Brothers quelques jours avant sa faillite. Quelques années auparavant, les trois agences notaient AAA le courtier en énergie Enron, quatre jours avant sa chute.

 

Le grave problème que posent ces agences est l’entreprise de destruction des entités déjà affaiblies, elles les empêchent de se refinancer à bon marché, et aggravent encore un problème qu’elles n’ont pas vu venir. Elles ont commencé par la Grèce, elles poursuivent aujourd’hui par le Portugal et puis l’Espagne. Qui sera le prochain ?

 

En tout cas, il est intolérable que ces agences qui sont au service des seuls spéculateurs, puissent avoir une influence sur la politique financière des Etats qu’elles « cotent ». Cela signifie la fin du politique. En plus, leurs seuls critères sont relatifs aux capacités de remboursement dans l’immédiat des Etats soumis à leurs examens. Elles se moquent des politiques, des décisions prises par l’Eurozone ou les gouvernements. Leur seule raison d’être est le service aux spéculateurs, c’est-à-dire les grandes banques. Une fois de plus, nous assistons à la capitulation du politique. Celui-ci n’est même pas capable de dénoncer et de combattre les effets pervers provoqués par ces agences. Lorsqu’on sait que l’Etat dispose des instruments de mesure efficaces et contrôlés pour leurs finances publiques et que la Commission européenne, au lieu d’enfoncer le clou, peut mettre fin à cette entreprise, on peut se poser des questions sur le rôle des hommes et des femmes politiques actuels. Un exemple : le président de la Commission, le Portugais Jose Manuel Barroso, qui fut Premier ministre avant d’entrer à la tête de l’Union européenne, mena une politique ultralibérale qui endetta gravement le Portugal. L’actuel gouvernement socialiste a redressé la barre financièrement, économiquement et socialement. Par la spéculation et l’action perverse des agences de notation, la dette des Lusitaniens s’est envolée. Barroso ne trouve rien de mieux que de faire pression sur le gouvernement de son pays pour qu’il mène une drastique politique d’austérité. Et c’est sans doute là l’objectif : supprimer le système social européen appelé « modèle rhénan ».

 

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Barroso au service de la haute finance

 

Le puissant Barroso, puissant par les appuis de ses maîtres réels, la finance internationale, ferait mieux de gérer convenablement son organisme de contrôle, Eurostat, qui est étrangement silencieux, ces temps-ci. Le Ministre des Finances belge démissionnaire, Reynders, le fait remarquer dans « le Soir » du 5 mai. Au passage, il a « oublié » de citer Goldman Sachs les agences de notation qui ont joué un rôle non négligeable dans la crise grecque.

 

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François Hollande : un des seuls hommes politiques

qui a vu juste.

 

De même, la dette publique, si on en laisse la gestion aux seules banques qui déterminent entre autres des taux d’intérêt usuraires qui l’accroissent, fait en sorte que les Etats abdiquent de leur souveraineté et cela pourrait aboutir au renoncement à la liberté des peuples et des individus. Le socialiste français, François Hollande, a dit : « Là où, il y a un an, on sauvait la Grèce en déboursant 15 milliards d’euros, aujourd’hui il faut en débourser au moins 50 milliards simplement à cause de la spéculation et des pressions du marché. »

 

L’Euro cirque

 

La Banque centrale européenne (BCE) s’est elle-même désarmée en ne réagissant pas assez vite et en cédant aux pressions de l’Allemagne. En effet, les statuts de la BCE lui interdisent d’accepter des titres dont la note est inférieure à A, note que précisément vient de perdre la Grèce. Un banquier a déclaré à « Marianne2.fr » : « C’est dingue mais c’est comme ca. La BCE, une institution souveraine, qui possède toutes les ressources pour apprécier la qualité des titres qui lui sont présentés, se place dans les mains du jugement d’une agence de notation dont on a pu percevoir les multiples défaillances ». On aurait voulu être dans l’impasse que l’on n’agirait pas autrement.

 

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Jean-Claude Trichet ou la faiblesse

comme politique

 

Et puis, la Grèce n’est-elle pas la cible idéale pour les spéculateurs contre l’Euro. On use d’un discours abominable pour accuser l’économie grecque. En gros, les « Grecs sont des fainéants ». Vraiment ? Lisons l’économiste Jacques Sapir :

 

« Avec une moyenne de 2,4%, la Grèce a un taux de croissance de la productivité du travail sensiblement égal au double de l’Allemagne (1,2%). Elle est aussi nettement au-dessus de la moyenne de la zone Euro et de l’UE-25. En fait, et compte tenu de la structure de l’économie grecque, les travailleurs ont consenti des sacrifices importants.

 

La Grèce a incontestablement des problèmes, mais ils n’ont rien à voir avec le travail des Grecs. On peut rapidement, sans prétendre à l’exhaustivité, évoquer :

 

Une évasion fiscale des hauts revenus, largement rendue possible par la libéralisation financière dans la zone Euro. On constate d’ailleurs aujourd’hui une baisse des comptes bancaires en Grèce au profit des banques de Chypre…

 

La surévaluation de l’Euro a des effets dramatiques sur la Grèce se voit concurrencée dans les activités touristiques par des pays comme la Turquie, la Tunisie ou encore la Jordanie, et qui perd une partie des revenus qu’elle tirait de l’affrètement de la flotte de commerce (revenus en dollars…). 

La politique allemande au sein de la zone Euro a d’ailleurs aggravé cette situation dans le domaine commercial. La balance courante de la Grèce (le déficit commercial) s’est brutalement aggravée depuis 2005 et a atteint en 2007 14% du PIB.

 

Qu’il y ait eu des scandaleux abus de la part du précédent gouvernement est indéniable. Que ces abus trouvent aussi leurs échos dans les pratiques des autorités locales avec une corruption et un népotisme endémiques, est aussi indéniable. Mais, ces abus n’expliquent pas tout et de plus, ils ne concernent pas l’immense majorité des Grecs à qui l’on va demander des sacrifices.

 

La solution la meilleure pour la Grèce serait de pouvoir dévaluer (ce qu’elle ne peut faire bien entendu tant qu’elle reste dans la zone Euro) et de faire défaut sur une partie de sa dette dont les intérêts représenteront 93 milliards d’Euros d’ici fin 2012. Si l’on additionne les intérêts à payer, la dette à faire rouler (ou dette de court terme arrivant à échéance et qu’il faut renouveler faute de pouvoir la rembourser) et la nouvelle dette qu’il faudra de toute manière placer, on arrive à un total de près de 150 milliards d’Euros qui seront nécessaires (au minimum) d’ici fin 2012. »

 

La solution proposée par l’Eurozone est sans doute pire que le mal – ce qui expliquerait la chute des marchés – car, toujours d’après Sapir :

 

« En fait, cette estimation ne tient pas compte de la contraction du PIB que le plan d’ajustement qui est actuellement proposé à la Grèce va provoquer. Or, toute contraction du PIB provoque une contraction des recettes fiscales…

 

Le déficit est ainsi amené à se perpétuer, engendrant un nouveau plan d’ajustement, qui lui-même provoquera une nouvelle baisse du PIB, et des recettes fiscales. C’est une situation absolument intenable pour un pays de la taille de la Grèce, et ce d’autant plus que l’estimation de 150 milliards correspond à des hypothèses de recettes publiques qui ne sont pas réalistes. Un chiffre compris entre 180 et 200 milliards apparaît comme beaucoup plus probable.

 

Dans ces conditions, l’aide promise le dimanche 2 mai (et qui est de l’ordre de 110 milliards d’Euros sur 3 ans) serait certainement bien plus efficace si elle venait après une sortie de la zone Euro et une dévaluation, sous la forme d’une annulation de certaines créances ou de leur rachat. Ainsi, la Grèce pourrait retrouver rapidement le chemin de la croissance.

 

Il faut ici se souvenir du défaut russe de 1998. C’est bien de ce défaut que date le redémarrage de l’économie russe. Les prix du pétrole n’ont joué aucun rôle jusqu’en 2001/2002.

Une dévaluation et un défaut ne sont donc pas la fin du monde et peuvent, au contraire, être l’occasion d’un nouveau départ»  (Source : Marianne2.fr)

 

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Une résistance sommes toutes assez faible

 

Ce type de raisonnement ne se retrouve  pas dans la « grande » presse. Un oubli, sans doute…

En dehors de quelques économistes, quelques journalistes, quelques syndicalistes et de rares hommes politiques, il n’y a aucune réaction massive à cette abomination. Les manifestations des fonctionnaires et des travailleurs grecs sont bien modérées, il n’y a pas de réels mouvements sociaux au point que cela surprend certains dirigeants qui s’attendaient à des situations insurrectionnelles. Certes, il y a des manifestations violentes à Athènes, mais cela n’a rien à voir avec une guerre civile. Tout se passe comme si les masses se laissent mener à l’abattoir avec fatalisme. Il est vrai qu’il n’y a pas de mouvement d’opposition structuré. Ce ne sont pas les quelques « autonomes » et une poignée d’anarchistes qui vont déclencher un séisme révolutionnaire.

 

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Comme ils sont solidaires ! 

 

Quant à l’Allemagne, elle n’est pas si « vertueuse » qu’on le dit. D’ailleurs où est la « vertu » dans une politique économique ? Toujours d’après Sapir : « Les données pour des comparaisons internationales sont relativement fragmentaires. D’après un travail réalisé à l’OCDE en 2008, on peut cependant constater que, en longue période, la part des 1% les plus riches dans le revenu national est en Allemagne sensiblement supérieure de ce qu’elle est en France. Ainsi, le mythe d’une Allemagne « vertueuse » ne ferait que masquer une réalité plus triviale : les rapports de forces bien plus favorables au capital qu’au travail. Les Allemands ne sont pas vertueux, ils sont plus exploités. » L’économiste ajoute : « On retrouve ici l’inanité qu’il y a à parler de « vertu » en économie. La vérité est que les politiques ne sont ni « vertueuses » ni « non vertueuses ». Au mieux peut-on s’interroger sur leur durabilité, que ce soit dans le cadre national ou international. Il est ici clair que l’Allemagne a une politique de répartition, qui engendre le reste de sa politique, qui n’est pas durable ou « soutenable » dans le cadre de la zone Euro.
 
Certes, la situation n’y atteint pas les extrêmes des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Mais l’écart de répartition est très significatif. Rappelons enfin que, depuis l’après-guerre, la croissance allemande a été plutôt inférieure à la croissance en France et en Italie. En fait, ce sont bien des pays qui ont été systématiquement présentés comme « non-vertueux » (la France et l’Italie) qui ont obtenu les meilleurs résultats sur longue période. Le niveau de la productivité en France le montre. »

 

Ainsi, et c’est vrai à chaque fois, on ne tient compte que d’un paramètre : la solvabilité dans l’immédiat, autrement dit du diktat des marchés, ou encore du seul intérêt des banques.

 

Et l’Euro dans tout cela ? Malgré les discours « rassurants » de l’establishment européen, on voit difficilement comment la Grèce se maintiendra dans l’Eurozone. L’économiste français Jean-Jacques Rosa expose, dans une interview au « Monde » du 5 mai 2010 : « La zone Euro n’était pas une zone monétaire optimale. Pour que des pays puissent partager avantageusement une même monnaie, il faut – entre autres – une similitude des structures économiques, des taux d’inflation, un parallélisme des conjonctures, etc. Mais dès le début, ces conditions n’étaient pas réunies. » Rosa rejoint l’analyse de Sapir sur la situation grecque. Il pense que la sortie de la Grèce de l’Eurozone est inéluctable. Elle devra dévaluer et l’argent qui lui est prêté par l’accord du 2 mai en échange d’une sévère politique de restriction « est de l’argent perdu ». Les Grecs devront procéder à une restructuration de leur dette par un défaut partiel.

 

Sapir ajoute : «  Si, à la Grèce, nous ajoutons le coût probable d’un sauvetage du Portugal, de l’Espagne et peut-être de l’Italie, ce sont des montants compris entre 500 et 600 milliards d’Euros qu’il faudra débourser, et ce sans garantie de succès. Une chose en tout cas est claire : les 110 milliards d’Euros de l’accord de dimanche 2 mai ne sont qu’une petite fraction des sommes qu’il faudra débourser.

On peut ajouter à cela que l’Euro compromet la sortie de crise pour les pays membres de la zone Euro, à la fois en raison de sa surévaluation (on est toujours à 1, 29 Dollars pour 1 Euro) et des politiques d’ajustement budgétaire auquel nous allons être contraints tant que nous resteront dans la zone Euro (du moins dans sa forme actuelle). Ce n’est pas un hasard si les perspectives de croissance de la zone Euro sont particulièrement mauvaises.
 »

 

Jean-Jacques Rosa conclut de son côté : «  Le pacte de stabilité avait été présenté comme une solution [aux divergences des économies], une garantie de stabilité. Or, il est mort, plus personne ne le respecte. Et l’Euro allait apporter de la croissance. Ce n’est pas vrai. Il est temps de reconnaître un échec patent. » Ce n’est plus l’Eurozone, c’est l’Euro cirque !

 

Notre système de solidarité sociale en danger !

 

Et si tout cela était intentionnel ? Ce n’est pas de la parano. Bon nombre le pensent. Ainsi, Georges Sidéris, maître de conférence à la Sorbonne écrit dans « Le Monde » du 1er février 2010 : « Pourtant ce n'est qu'aujourd'hui que la Grèce est victime d'une campagne de certains milieux financiers et de médias liés à ces milieux comme le Financial Times. On argue que la cause de la violence des attaques serait que la Grèce avait dissimulé la réalité de ses comptes publics. Il aurait donc fallu une année entière pour que les milieux financiers, si bien informés au jour le jour, se rendent compte de la gravité de la situation socio-économique, de la dégradation des finances publiques, de l'incapacité du gouvernement de droite à s'attaquer aux causes structurelles, alors que c'était le sujet de conversation de tout le pays l' année dernière. Et, comme par hasard, à peine le nouveau gouvernement de gauche installé ces mêmes milieux financiers se seraient réveillés.

 

Il y a clairement une autre logique à l'œuvre, visant à déstabiliser le pouvoir de gauche et à briser le mouvement syndical en Grèce, car c'est ce mouvement syndical qui est visé lorsqu'est invoquée la peur des milieux financiers que le gouvernement ne cède aux pressions sociales. Au-delà de la Grèce, c'est l'Espagne avec son gouvernement socialiste, le fameux "socialisme méditerranéen" accusé par les libéraux d'être trop sensible aux revendications des syndicats, et toutes les politiques sociales en Europe qui sont visées. Ces mêmes libéraux peuvent compter sur la bienveillance de certains gouvernements européens acquis à leurs idées et pas mécontents de voir le gouvernement socialiste grec en difficulté. Ceci leur permet de maintenir les revendications sociales dans leur propre pays sous pression. Ne serait la question d'une déstabilisation de l'euro, on voit bien que la Grèce serait complètement abandonnée à ces attaques spéculatives.

 

Le résultat ne s'est hélas pas fait attendre car comme le titre Le Monde (daté du 31/1/2010) : "L'Espagne songe à repousser l'âge de la retraite à 67 ans. Le gouvernement espagnol veut rassurer ses partenaires européens sur l'état des finances du pays" On peut dire que cette campagne de déstabilisation a déjà marqué ses premiers points. Mais la "crise" ne s'arrêtera pas à la Grèce aujourd'hui et à l'Espagne ou le Portugal demain si on laisse les milieux financiers poursuivre librement leurs attaques. En regardant vers la Grèce et l'Espagne on voit bien que les "réformes" que l'on veut imposer en France sont un volet d'une politique globale d'attaque des droits de tous les salariés. La Grèce est la victime d'une véritable machine de guerre des milieux financiers contre les politiques sociales en Europe. Il est temps que les partis de gauche et les syndicats en France et en Europe saisissent le véritable sens de ce qui se passe en ce moment.

 

Il faut soutenir la Grèce car elle est le banc d'essai de ceux qui veulent briser les politiques sociales en Europe. » Oui, mais pas comme le fait l’Eurozone qui enfonce encore plus la Grèce !

 

Nous laisserons la conclusion de l’Euro cirque à Jean-Paul Fitoussi : « La zone euro est déjà en retard de croissance sur les autres grandes régions du monde, par manque de cohésion, par excès de croyance doctrinale. Plutôt que de tirer parti de finances publiques plus saines qu'ailleurs, elle met toute son énergie au service de l'apurement du passé plutôt qu'à celui de la construction du futur. Cela ressemble à s'y méprendre à une "conjuration des imbéciles" pour reprendre le titre du beau roman de John Kennedy Toole. »

Après la chute du communisme, la déliquescence de la social-démocratie, nous assistons à la fin de la démocratie libérale au profit d’une jungle financière détruisant le tissu social et écrasant les libertés.

 

Il n’y a pas de réponse globale aux défis de notre temps. Le communisme qui fut un système trahissant la pensée de Marx a échoué lamentablement après avoir régné dans le sang et par les chaînes. Le libéralisme en renonçant très vite à sa raison d’être, la défense des libertés individuelles et sociales, s’est enlisé dans la seule dogmatique de la liberté des acteurs économiques. Aujourd’hui, le capitalisme a remplacé le communisme en plus efficace dans son règne tout aussi sanguinaire et totalitaire. On a mal lu Orwell : Big Brother n’était pas seulement Staline. Il grandissait aussi dans le fumeux « Occident démocratique ».

 

La Belgique ou la fin de l’Etat-nation

 

Et la petite Belgique dans tout cela ? Dans « Le Soir » du 5 mai, Jacques Attali nous fait la leçon. Au regard des défis actuels, détruire un pays pour un conflit anecdotique sur quelques villages est aberrant. Oui, Monsieur l’ancien Conseiller du Président de la République, dans l’apparence, vous avez raison. Cependant, vous ne tenez pas compte d’un phénomène que l’on constate un peu partout en Europe : le démantèlement du modèle de l’Etat-nation. Celui-ci s’effrite par la conjonction de forces centripètes comme la volonté autonomiste des régions « riches » comme la Flandre, le Nord de l’Italie, l’Ecosse et de forces centrifuges comme la mondialisation et la perte de souveraineté comme on vient de le voir avec la crise grecque.

 

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Jacques Attali a été mieux inspiré en

d'autres circonstances. 

 

Michel Konen dans La Libre Belgique du 26 avril 2010 rappelait les écrits d’Hendrik Conscience, écrivain flamand du XIXe siècle : « La Belgique se trouve dans une situation artificielle qui, sans aucun doute, constitue une menace pour l'existence même de la patrie »

 

Jamais ce texte n'a autant été d'actualité. On le croirait écrit par un éditorialiste d'aujourd'hui à propos du débat animé autour de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Il n'en est rien !

Cette phrase est celle qui ouvre le "Manifeste du mouvement flamand". Elle date du 6 novembre 1847.

 

Elle est prémonitoire.

 

Plus loin, après avoir décrit les menaces qui pèsent sur la culture flamande le "Manifeste" poursuit : "... avec l'espoir qu'un jour, la haute administration sera suffisamment équitable et courageuse pour détruire toutes les raisons justifiées de haine et de discorde qui séparent nos deux peuples".

Inspiré par Henri Conscience, l'homme qui révéla la Flandre à elle-même, ce texte n'a cessé d'être la pierre angulaire du Mouvement flamand tout au long de son histoire. Un texte fort qui dénonce avec véhémence - et avec raison à l'époque - les humiliations que devaient subir les habitants d'une Flandre dominée et méprisée par les francophones.

 

161 ans ont passé. Et le temps ne semble toujours pas venu "pour que nous (les flamands) puissions vivre dans la concorde et avec des sentiments d'amitié et de fraternité affectueuse envers nos compatriotes wallons; car ce n'est qu'à partir de ce moment-là que le pays des Belges sera établi sur des bases solides". »

 

 

Jules Destrée, l’intellectuel carolorégien,  avertissait dans une lettre ouverte au Roi, juste avant la Première guerre mondiale : « Sire, il n’y a plus de Belges ». A cette époque, on aurait pu raisonnablement trouver une solution juste pour les Wallons comme pour les Flamands. Non, on a maintenu l’illusion d’un Etat unitaire qui a commencé à se démanteler avec l’affaire royale en 1950 et qui, aujourd’hui, est au bord de l’éclatement au sujet de « quelques villages ».

 

Ici aussi, avec cette crise surréaliste, on est passé de la politique belge au Belgique circus. Un exemple : Les députés Vlaams Belang entonnant le « Vlaams Leeuw » dans l’hémicycle de la Chambre, par pur souci de provocation et de propagande, tout odieux que ce fut, cela avait de la gueule. Les SS avaient aussi de la gueule. On sait ce qu’il s’est passé.

 

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Dees néo-nazis à même de déstabiliser un Etat

 

Bon nombre pense que le nationalisme est une libération alors qu’il engendre l’oppression. Le nationalisme ne résout pas la question de la souveraineté. La Flandre s’en apercevra à son détriment et l’Allemagne se retrouvera isolée. On dit que l’histoire ne repasse jamais les plats…

 

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Edgar Morin : un regard lucide

 

Laissons la conclusion à Edgar Morin qui a déclaré récemment : « Nous sommes dans le paradoxe de la gestation d'une société monde où l'économie et les territoires sont reliés entre eux, mais pour qu'il y ait au-dessus de cela une autorité légitime, il faudrait qu'il y ait le sentiment d'une communauté de destin partagé. Pour des problèmes vitaux comme la biosphère, la prolifération des armes nucléaires ou l'économie, il n'y a pas de véritable régulation mondiale. Ce qui se passe dans l'économie est à l'image des autres débordements, des autres crises du monde. La crise économique n'est pas un phénomène isolé. Elle éclate au moment où nous vivons une crise écologique.

 

C'est une crise des civilisation traditionnelles, mais aussi de la civilisation occidentale. Les civilisations traditionnelles sont attaquées par le développement, la mondialisation et l'occidentalisation, qui sont les trois faces d'une même réalité : le développement détruit leurs solidarités, leurs structures politiques, produit une nouvelle classe moyenne qui s'occidentalise, mais aussi en même temps un gigantesque accroissement de la misère. Le développement à l'occidentale est un standard qui ne tient pas compte des singularités culturelles. Le paradoxe c'est que nous donnons comme modèle aux autres ce qui est en crise chez nous. Partout où règne le bien être matériel, la civilisation apporte un mal être psychologique et moral dont témoignent l'usage des tranquillisants.

 

L'individualisme n'a pas apporté seulement des autonomies individuelles et un sens de la responsabilité, mais aussi des égoïsmes. La famille traditionnelle, les solidarités de travail, de quartier se désintègrent et la compartimentation de chacun dans son petit cercle lui fait perdre de vue l'ensemble dont il fait partie. Il y a les stress de la vie urbaine, la désertification des campagnes, toutes les dégradation écologiques, la crise de l'agriculture industrialisée. C'est pour cela que j'ai écrit un livre qui s'appelle "politique de civilisation", pour exprimer l'urgence et l'importance des problèmes que les politiques ne traitent pas.»

 

« België barst ! » (Que le Belgique crève !) éructent les néo-nazis flamingants. Craignons aussi que « Europa barst ».

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17 avril 2010 6 17 /04 /avril /2010 20:55

 

L'une des étoiles les plus brillantes de la constellation du Cocher vient de révéler aux astronomes le secret de ses baisses de luminosité, aussi longues qu'irrégulières. En cause, un disque de poussières qui orbite autour de l'étoile.

Depuis 1821, les astronomes étudient l'étrange comportement de l'étoile Epsilon, une super-géante rouge située dans la constellation du Cocher, à deux mille années-lumière de nous. Cette étoile, 150 fois plus grosse que le Soleil, a une magnitude 3 qui la rend parfaitement visible à l'œil nu. Etrangement, tous les 27 ans, son éclat faiblit d'une magnitude pendant presque deux ans.

Les scientifiques soupçonnaient donc un objet gigantesque (une dizaine d'unités astronomiques) de s'interposer entre Epsilon et nous. Avec une petite particularité en prime : on observe une légère remontée d'éclat au maximum de l'éclipse !

 

Notez que vous pouvez observer le phénomène avec des jumelles en notant régulièrement les variations d'éclat de cette étoile. Pour la trouver, prenez une bonne carte du ciel.

 

Des éclipses suivies avec attention

  

C'est la huitième fois qu'on étudie le phénomène depuis sa découverte ; l'éclipse actuellement en cours a commencé en août 2009 et s'achèvera en mars 2011. A cette occasion les astronomes ont utilisé deux instruments très performants pour étudier l'origine des variations de lumières d'Epsilon du Cocher, Spitzer et Chara.

Le satellite infrarouge Spitzer a permis de confirmer qu'il s'agit bien d'un nuage de poussières. Une observation qui rappelle celle menée il y a deux ans en direction d'Epsilon Eridani, où Spitzer avait découvert deux ceintures d'astéroïdes.

Cette vue d'artiste montre à quoi doit ressembler le disque de poussières occultant Epsilon du Cocher. Crédit Nasa/JPL/Caltech

La forme du nuage de poussières qui éclipse Epsilon du Cocher a été déterminée à l'aide de l'interféromètre Chara (pour Center for High Angular Resolution Astronomy), dont le réseau de six télescopes est installé en Californie, à l'observatoire du mont Wilson. Un observatoire rendu célèbre dans les années 1920 quand l'astronome Edwin Hubble y découvrit l'expansion de l'Univers.

 

Que cache le disque de poussières ?

 

Grâce à Chara, on sait maintenant que le disque de poussières qui éclipse Epsilon du Cocher a un diamètre d'environ 1,5 milliard de kilomètres, et que nous le voyons presque par la tranche. Au centre de ce disque se trouve une étoile qui fait le tour d'Epsilon du Cocher en 27 ans. Les variations d'éclat d'Epsilon pendant les éclipses sont sans doute provoquées par des irrégularités de densité des poussières au sein du disque.

Pour certains chercheurs, il n'y aurait pas une mais deux étoiles au centre du disques de poussières qui orbite autour d'Epsilon du Cocher. Une manière élégante d'expliquer la remontée d'éclat au maximum de l'éclipse. Crédit Hopkins Phoenix Observatory

Cette inhomogénéité explique pourtant mal la remontée d'éclat au maximum de l'éclipse, à moins que, comme ne le suggèrent certains chercheurs, ce ne soit pas une mais deux étoiles qui logent au centre du nuage !

Professionnels et variabilistes amateurs (ce sont des observateurs d'étoiles variables) vont continuer jusqu'au printemps 2011 à mesurer les variations d'éclat d'Epsilon du Cocher, une étoile que chacun peut admirer à l'œil nu à proximité de la brillante Capella en s'aidant d'une carte du ciel.

En attendant sa prochaine explosion en supernova, l'étoile Epsilon du Cocher continue d'intriguer les chercheurs avec ses étranges éclipses. Crédit DSS/STScl
En attendant sa prochaine explosion en supernova, l'étoile Epsilon du Cocher continue d'intriguer les chercheurs avec ses étranges éclipses. Crédit DSS/STScl

Cordialement
Jean
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Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex) http://www.astrosurf.com/apex-occult
European Asteroïdal Occultation Network (EAON) http://www.astrosurf.com/eaon/
Popular Astronomy http://home.versateladsl.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@base.be
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Je n'ai pas peur de la mort, j'ai trop aimé les étoiles pour avoir peur de la nuit.
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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 10:43

 

Le plus puissant télescope solaire du monde, le NST (New Solar Telescope), est entré en service il y a quelques mois. Particularité de cet instrument, il est construit sur un plan d'eau.

Le Soleil est l'étoile qui intéresse le plus les astronomes. C'est bien sûr la plus proche et son comportement (éruptions, cycle de taches...) a des effets directs sur le climat terrestre et les activités humaines. On pourrait imaginer que l'observation de notre étoile est facilitée par sa proximité. Et il est vrai que les 150 millions de kilomètres qui nous en séparent sont dérisoires par rapport au trajet qu'il faudrait parcourir jusqu'à l'étoile la plus proche, Proxima Centauri : 270.000 fois la distance Terre-Soleil !

Mais cette proximité a un inconvénient de taille. La chaleur bienfaisante que nous dispense le Soleil est source de turbulences qui dégradent considérablement la qualité des images, empêchant d'étudier des petites structures, comme la granulation solaire.


La granulation solaire est le résultat des phénomènes de convection qui remontent le plasma chaud à la surface du Soleil. Les granules sont ici photographiés à très haute résolution par le NST. Crédit BBSO

 

La chasse aux turbulences est ouverte

Les astronomes cherchent depuis toujours à limiter ces turbulences. Si l'étude du Soleil depuis l'espace (avec Soho ou Stereo) est une solution radicale , son coût et sa complexité limitent la taille des instruments emportés. Au sol on a mis au point divers procédés pour réduire la turbulence autour des télescopes solaires : tour solaire comme à Meudon ou installation en haute altitude comme à l'observatoire du Pic du Midi.

En Californie, dans la chaîne de montagnes qui domine la vallée de San Bernardino, les scientifiques ont choisi une autre façon de limiter la turbulence. Ils ont construit un observatoire solaire sur un lac artificiel. A 2.000 mètres d'altitude, le lac Big Bear accueille en effet depuis 1969 le BBSO (Big Bear Solar Observatory). Sa coupole principale est installée au bout d'une jetée qui avance d'une centaine de mètres dans le lac.


Le New Solar Telescope est entré en service au cours de l'Année Mondiale de l'Astronomie. Crédit BBSO

Un géant pour étudier notre étoile

Depuis 2009, 400e anniversaire de la première observation du ciel avec un instrument par Galilée, le BBSO abrite le plus puissant télescope solaire du monde, le NST (pour New Solar Telescope). Son miroir principal mesure 1,6 mètre de diamètre.

De nombreuses innovations technologiques optimisent cet instrument. Tout d'abord le miroir principal est décentré pour renvoyer le faisceau lumineux sur le côté, ce qui supprime l'utilisation d'un miroir secondaire. Ce procédé évite ainsi l'obstruction provoquée par le miroir de renvoi, source d'une baisse de la résolution du télescope. Un tel choix technologique a nécessité une taille particulière du grand miroir. Ce dernier est supporté par 36 vérins qui assurent la compensation des déformations mécaniques et thermiques. Enfin une climatisation de la coupole abritant l'instrument évite les turbulences entre l'intérieur et l'extérieur.

Le NST sera pleinement opérationnel d'ici deux ans. Il mettra alors toute sa puissance au service de la surveillance continue de notre Soleil pour tenter d'en percer les mystères.

Installé depuis 1969 sur un lac d'altitude en Californie pour limiter les effets de la turbulence, le Big Bear Solar Observatory abrite désormais le plus grand télescope solaire du monde. Crédit BBSO
Installé depuis 1969 sur un lac d'altitude en Californie pour limiter les effets de la turbulence, le Big Bear Solar Observatory abrite désormais le plus grand télescope solaire du monde. Crédit BBSO

Cordialement
Jean
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Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex) http://www.astrosurf.com/apex-occult
European Asteroïdal Occultation Network (EAON) http://www.astrosurf.com/eaon/
Popular Astronomy http://home.versateladsl.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@base.be
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Je n'ai pas peur de la mort, j'ai trop aimé les étoiles pour avoir peur de la nuit.
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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 21:42

Tous les traqués politiques écrivent et chantent la même chose, parce qu'ils vivent tous et partout la même chose. Quelle que soit la couleur, l'idéologie, le régime, les tyrans sont identiques de par le monde comme les militants le sont aussi.

 

Voici le récit d'un militant du parti iranien Toudeh (le parti communiste d'Iran, appelé aussi "parti des masses d'Iran") qui fut traqué sous le régime du Shah et reste traqué par le pouvoir des mollah, aujourd'hui encore. Ce récit a été publié sur les blogs du Monde diplomatique et le blog ariégeois de la rue Goudouly.

 

Tout en étant résistant à la dictature islamique, ce militant refuse cependant toute intervention militaire américaine ou/et israélienne dans son pays.

 

Il se réfère à Jean Ferrat, récemment disparu.

 

"Peu importe le ciel..."

 

 

Souvenirs de la répression de 1988

 

Quand Ferrat réchauffait le cœur des embastillés iraniens

 

par Mohammad Zahedi

Sur Les blogs du Diplo

 

Replonger dans mes souvenirs de 1988, l’année terrible du massacre des prisonniers politiques iraniens, est chose pénible. Mais le décès de Jean Ferrat et la demande d’un camarade iranien ont fait que j’ai pris la plume pour écrire ces quelques lignes.


En cette année-là, plus de 12 000 prisonniers politiques iraniens furent livrés au bourreau, sans que l’opinion publique mondiale en soit avertie, et sans qu’elle puisse d’une manière ou d’une autre exprimer sa colère. Ces prisonniers avaient commis l’insoutenable crime d’être amoureux de leur patrie, celle « qu’aucun d’eux ne trompa ».Que ce soit « celui qui croyait au ciel » ou « celui qui n’y croyait pas », nous partagions tous le même « grabat », des cellules prévues au départ pour un seul prisonnier mais qui en réalité, étaient occupées par trois ou quatre personnes.

 

Nous avions reçu chacun une couverture étalée à même le sol sur laquelle nous passions nos nuits sans lune. Nous n’avions pratiquement aucun droit et l’avenir nous paraissait sans issue. Mais nous n’étions pas de la trempe de ceux qui abandonnent dans des conditions carcérales dures. C’est ainsi qu’à la suite d’âpres discussions avec la direction de la prison, nous avions pu obtenir un certains nombres de livres parmi lesquels le premier tome du livre de Mauger, Langue et civilisation françaises. Ayant fait mes études supérieures en Belgique, je fus tout naturellement amené à enseigner le français à plus de soixante prisonniers de toutes tendances politiques. Outre les bases de la langue de Voltaire, j’essayais de leur apprendre certains éléments de la culture orale et notamment les chansons françaises, parmi lesquelles « La France » de Jean Ferrat. Parmi nos camarades, il y en avait un, beaucoup plus âgé que nous, qui avait fait ses études supérieures en France, avait fait partie des Brigades internationales pendant la guerre civile d’Espagne et était très proche du PCF. Il tenait beaucoup à ce que les prisonniers francophones apprennent La Marseillaise, et il y était tant bien que mal parvenu. Nous la chantions lors de différentes occasions qui se présentaient.


Après la libération des prisonniers politiques, certains ont rapporté que ceux qui avaient appris le français, et qui allaient être exécutés, chantaient « La France » de Jean Ferrat. Je ne pourrais jurer de l’exactitude d’une telle affirmation, puisque j’étais alors occupé à défendre mon existence devant les bourreaux. Qu’ils aient chanté l’une ou l’autre chanson — et même si cet épisode tient de la légende —, ne change rien au fait qu’ils sont tous morts la tête haute, parce que ils n’ont pas voulu « vivre à genoux », et surtout qu’ils ont donné leur vie pour que « chantent les lendemains ».


Est-ce qu’Aragon n’avait pas écrit son fameux poème « Légende de Gabriel Péri » (C’est au cimetière d’Ivry / qu’au fond de la fosse commune / dans l’anonyme nuit sans lune / repose Gabriel Péri) ? Ne dit-on pas — enjolivant l’histoire — que la puissance de ce petit poème avait obligé la Kommandantur des forces d’occupation à Paris à placer des gardes mobiles autour du cimetière, pour empêcher que les « ombres » ne viennent fleurir chaque nuit la tombe de Gabriel Péri ? De même, la dictature de la République islamique d’Iran, ayant peur que « les hortensias bleus puissent fleurir inexplicablement » sur les tombes sans nom des martyrs à Khavaran (cimetière près de Téhéran), empêchent chaque année les épouses et les familles des exécutés de se réunir à cet endroit...


Non seulement les mesures prises par les bourreaux n’aboutissent à rien, mais, dans un avenir pas très lointain, chaque martyr de ce combat inégal contre l’impérialisme — qui ne peut voir aucun peuple décider de son propre sort — sera un sérieux problème pour toute la nation iranienne, et peut-être un cas de conscience pour les démocrates du monde entier. On entend déjà tout un peuple en marche dans son mouvement vert pour la démocratie et la justice sociale. Et le cœur des enfants de ceux qui reposent sous la terre d’indifférence de Khavaran battent pour un Iran libre et démocratique. Ils savent aussi qu’à l’instar des « loups qui ont regardé vers Paris », les armées israélo-américaines qui envisagent d’envahir le pays ne peuvent rien contre la volonté de ce peuple courageux et inventif.


Mohammad Zahedi.
Ancien prisonnier politique

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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 20:43

  

 

Cette Déclaration malheureusement trop peu connues a été solennellement adoptée à Paris le 9 décembre 2005 à l'occasion du centenaire de la loi du 9 décembre 1905 de séparation de l'Eglise et de l'Etat qui a consacré la laïcité dans la République française.

 

 

 

La cérémonie de signature fut présidée par l'actuel Secrétaire perpétuel de l'Académie royale de Belgique, l'historien, ancien ministre, ancien président de l'Université Libre de Bruxelles, Hervé Hasquin.

 

 

 

«Ce texte de référence a, dès l’origine, été conçu en deux parties : l’une indiquant quelle perspective (conception de l’universel, articulation entre valeurs fondamentales et diversité culturelle…) permet de présenter la laïcité comme valeur universelle, en dégageant des principes communs ; l’autre faisant la place aux diverses formes qui se rattachent à ces principes et les confrontant aux défis du XXIe siècle.

 

 

 

Ce texte a été élaboré par phases successives, en circulant parmi des cercles de plus en plus larges d’universitaires dans le monde, en premier lieu des historiens, des sociologues, des philosophes et des penseurs qui, tous, ont étudié et réfléchi à la laïcité au sens large du terme.

 

 

 

Né de la confrontation des idées et amendé par les remarques adressées à ses auteurs, le texte final, synthétisé par Jean Baubérot, a été présenté – sous la présidence de Hervé Hasquin – au public à Paris, le 9 décembre dernier, jour anniversaire du vote de la loi au Sénat français.

 

Il a fait l’objet d’une nouvelle présentation, à l’Université libre de Bruxelles cette fois, le 17 décembre, à l’issue du colloque consacré à la laïcité dans l’Union européenne, organisé par le Centre interdisciplinaire d’étude des religions et de la laïcité de l’ULB.

 

 

 

Il est maintenant destiné à circuler, à susciter des adhésions et à constituer un objet de questionnements. Car le texte de cette Déclaration est expressément, pour Jean Baubérot, un texte en tension. En effet, il se présente sous une forme proclamatrice, convictionnelle, et en même temps il se veut fondamentalement un texte de débat. C’est comme tel qu’il vous est livré.»

 

  

 

Ajoutons que ce texte est la plus belle réponse à ceux qui veulent transformer la laïcité en idéologie politique instaurant l'anticléricalisme et se servant du sentiment de peur de l'Islam généré par la propagande de guerre née des attentats du 11 septembre 2001 et imprégnée de l'idéologie du «choc des civilisations».

 

 

 

Par trop méconnu, cette Déclaration mérite la plus large diffusion. En le mettant sur le blog "Uranopole", nous espérons ainsi y contribuer et nous invitons tous nos lecteurs à le faire.

 

 

  

 

  

 

Déclaration universelle sur la laïcité au XXIe siècle

 

 

 

Préambule

 

 

 

Considérant les diversités religieuse et morale croissantes, au sein des sociétés actuelles, et les défis que rencontrent les Etats modernes pour favoriser le vivre-ensemble harmonieux ; considérant également la nécessité de respecter la pluralité des convictions religieuses, athées, agnostiques, philosophiques, et l’obligation de favoriser, par divers moyens, la délibération démocratique pacifique ; considérant enfin que la sensibilité croissante des individus et des peuples aux libertés et aux droits fondamentaux invite les Etats à veiller à l’équilibre entre les principes essentiels qui favorisent le respect de la diversité et l’intégration de tous les citoyens à la sphère publique, nous, universitaires et citoyens de différents pays, proposons à la réflexion de chacun et au débat public, la déclaration suivante :

 

 

 

Principes fondamentaux

 

 

 

Article 1. Tous les êtres humains ont droit au respect de leur liberté de conscience et de pratique individuelle et collective. Ce respect implique la liberté d’adhérer à une religion ou à des convictions philosophiques (notamment l’athéisme et l’agnosticisme), la reconnaissance de l’autonomie de la conscience individuelle, de la liberté personnelle des êtres humains des deux sexes et leur libre choix en matière de religion et de conviction. Il implique également le respect par l’Etat, dans les limites d’un ordre public démocratique et du respect des droits fondamentaux, de l’autonomie des religions et des convictions philosophiques.

 

 

 

Article 2. Pour que les Etats soient en mesure d’assurer un traitement égal des êtres humains et des différentes religions et convictions (dans les limites indiquées), l’ordre politique doit être libre d’élaborer des normes collectives sans qu’une religion ou conviction particulière domine le pouvoir et les institutions publiques. L’autonomie de l’Etat implique donc la dissociation de la loi civile et des normes religieuses ou philosophiques particulières. Les religions et les groupes de convictions peuvent librement participer aux débats de la société civile. En revanche, ils ne doivent en aucune façon, surplomber cette société et lui imposer a priori des doctrines ou des comportements.

 

 

 

Article 3. L’égalité n’est pas seulement formelle, elle doit se traduire dans la pratique politique par une vigilance constante pour qu’aucune discrimination ne soit exercée contre des êtres humains, dans l’exercice de leurs droits, en particulier de leurs droits de citoyens, quelle que soit leur appartenance ou leur non appartenance à une religion ou à une philosophie. Pour que soit respectée la liberté d’appartenance (ou de non appartenance) de chacun, des « accommodements raisonnables » peuvent s’avérer nécessaires entre les traditions nationales issues de groupes majoritaires et des groupes minoritaires.

 

 

 

La laïcité comme principe fondamental des Etats de droit

 

 

 

Article 4. Nous définissons la laïcité comme l’harmonisation, dans diverses conjonctures socio-historiques et géo-politiques, des trois principes déjà indiqués : respect de la liberté de conscience et de sa pratique individuelle et collective ; autonomie du politique et de la société civile à l’égard des normes religieuses et philosophiques particulières ; non-discrimination directe ou indirecte envers des êtres humains.

 

 

 

Article 5. En effet, un processus de laïcisation émerge quand l’Etat ne se trouve plus légitimé par une religion ou une famille de pensée particulière et quand l’ensemble des citoyens peuvent délibérer pacifiquement, en égalité de droits et de dignité, pour exercer leur souveraineté dans l’exercice du pouvoir politique. En respectant les principes indiqués, ce processus s’effectue en lien étroit avec la formation de tout Etat moderne qui entend assurer les droits fondamentaux de chaque citoyen. Des éléments de laïcité apparaissent donc nécessairement dans toute société qui veut harmoniser des rapports sociaux marqués par des intérêts et des conceptions morales ou religieuses plurielles.

 

 

 

Article 6. La laïcité, ainsi conçue, constitue un élément clef de la vie démocratique. Elle imprègne inéluctablement le politique et le juridique, accompagnant en cela l’avancée de la démocratie, la reconnaissance des droits fondamentaux et l’acceptation sociale et politique du pluralisme.

 

 

 

Article 7. La laïcité n’est donc l’apanage d’aucune culture, d’aucune nation, d’aucun continent. Elle peut exister dans des conjonctures où le terme n’a pas été traditionnellement utilisé. Des processus de laïcisation ont eu lieu, ou peuvent avoir lieu, dans diverses cultures et civilisation, sans être forcément dénommés comme tels.

 

 

 

Des débats de la laïcité

 

 

 

Article 8. L’organisation publique du calendrier, les cérémonies officielles d’enterrement, l’existence de « sanctuaires civiques » liés à des formes de religion civile et, d’une manière générale, l’équilibre entre ce qui est issu de l’héritage historique et ce qui est accordé au pluralisme actuel en matière de religion et de conviction dans une société donnée, ne peuvent être considérés comme réglés de façon immuable et rejetés dans l’impensé. Cela constitue, au contraire, l’enjeu d’un débat laïque, pacifique et démocratique.

 

 

 

Article 9. Le respect concret de la liberté de conscience, l’autonomie du politique et de la société à l’égard de normes particulières, la non-discrimination, doivent s’appliquer aux nécessaires débats concernant les rapports du corps à la sexualité, à la maladie et à la mort, à l’émancipation des femmes, aux questions de l’éducation des enfants, aux mariages mixtes, à la condition des adeptes de minorités religieuses ou non religieuses, des « incroyants » et de ceux qui critiquent la religion.

 

 

 

Article 10. L’équilibre entre les trois principes constitutifs de la laïcité constitue également un fil directeur pour les débats démocratiques sur le libre exercice du culte, la liberté d’expression, de manifestation des convictions religieuses et philosophiques, le prosélytisme et ses limites par respect de l’autre, les interférences et les distinctions nécessaires entre les divers domaines de la vie sociale, les obligations et les accommodements raisonnables dans la vie scolaire ou professionnelle.

 

 

 

Article 11. Les débats sur ces différentes questions mettent en jeu la représentation de l’identité nationale, les règles de santé publique, les conflits possibles entre la loi civile, les représentations morales particulières et la liberté de choix individuel, le principe de compatibilité des libertés. Dans aucun pays ni aucune société il n’existe de laïcité absolue ; pour autant les diverses réponses apportées ne sont nullement équivalentes en matière de laïcité.

 

 

 

La laïcité et les défis du XXIe siècle

 

 

 

Article 12. En effet, la représentation des droits fondamentaux a beaucoup évolué depuis les premières proclamations des droits (à la fin du XVIIIe siècle). La signification concrète de l’égale dignité des êtres humains et de l’égalité des droits est en jeu dans les réponses données. Or le cadre étatique de la laïcité fait face aujourd’hui aux problèmes des statuts spécifiques et du droit commun, des divergences entre la loi civile et certaines normes religieuses et de conviction, de la compatibilité entre les droits des parents et ce que les conventions internationales considèrent comme les droits de l’enfant, ainsi que du droit au « blasphème ».

 

 

 

Article 13. Par ailleurs, dans différents pays démocratiques, le processus historique de laïcisation, semble être arrivé, pour de nombreux citoyens, à une spécificité nationale dont la remise en cause suscite des craintes. Et plus le processus de laïcisation a été long et conflictuel, plus la peur du changement peut se manifester. Mais de profondes mutations sociales s’effectuent et la laïcité ne saurait être rigide ou immobile. Il faut donc éviter crispations et phobies, pour savoir trouver des réponses nouvelles aux défis nouveaux.

 

 

 

Article 14. Là où elles ont eu lieu, les processus de laïcisation ont correspondu historiquement à un temps où les grandes traditions religieuses constituaient des systèmes d’emprise sociale. La réussite de ces processus a engendré une certaine individualisation du religieux et du convictionnel, qui devient alors une dimension de la liberté de choix personnel. Contrairement à ce qui est craint dans certaines sociétés, la laïcité ne signifie pas l’abolition de la religion mais la liberté de choix en matière de religion. Cela implique aujourd’hui encore, là où cela est nécessaire, de déconnecter le religieux des évidences sociales et de toute imposition politique. Mais qui dit liberté de choix dit également libre possibilité d’une authenticité religieuse ou convictionnelle.

 

 

 

Article 15. Religions et convictions philosophiques constituent alors socialement des lieux de ressources culturelles. La laïcité du XXIe siècle doit permettre d’articuler diversité culturelle et unité du lien politique et social, tout comme les laïcités historiques ont dû apprendre à concilier les diversités religieuses avec l’unité de ce lien. C’est à partir de ce contexte global qu’il faut analyser l’émergence de nouvelles formes de religiosités, qu’il s’agisse de bricolages entre traditions religieuses, de mélanges de religieux et de non-religieux, de nouvelles expressions religieuses, mais aussi de formes diverses de radicalismes religieux. C’est également dans le contexte de l’individualisation qu’il faut comprendre pourquoi il est difficile de réduire le religieux au seul exercice du culte et pourquoi la laïcité comme cadre général d’un vivre-ensemble harmonieux est plus que jamais souhaitable.

 

 

 

Article 16. La croyance que le progrès scientifique et technique pouvait engendrer du progrès moral et social se trouve, aujourd’hui, en déclin ; cela contribue à rendre l’avenir incertain, la projection dans cet avenir plus difficile, les débats politiques et sociaux moins lisibles. Après les illusions du progrès, on risque de privilégier unilatéralement les racines. Cette situation nous incite à faire preuve de créativité, dans le cadre de la laïcité, pour inventer de nouvelles formes du lien politique et social capables d’assumer cette nouvelle conjoncture, de trouver de nouveaux rapports à l’histoire que nous construisons ensemble.

 

 

 

Article 17. Les différents processus de laïcisation ont correspondu aux différents développements des Etats. Les laïcités ont pris, d’ailleurs, des formes diverses suivant que l’Etat se montrait centralisateur ou fédéral. La construction des grands ensembles supra étatiques et le relatif mais réel détachement juridique par rapport à l’étatique créent une nouvelle donne. L’Etat, cependant, se trouve peut-être plus dans une phase de mutation que de véritable déclin. Tendanciellement, il agit moins dans la sphère du marché et perd, au moins partiellement, le rôle d’Etat providence qu’il a plus ou moins revêtu dans beaucoup de pays. En revanche, il intervient dans des sphères jusqu’alors considérées comme privées, voire intimes et répond peut-être encore plus que par le passé à des demandes sécuritaires, dont certaines peuvent menacer les libertés. Il nous faut donc inventer de nouveaux liens entre la laïcité et la justice sociale, la garantie et l’amplification des libertés individuelles et collectives.

 

 

 

Article 18. Tout en veillant à ce que la laïcité ne prenne elle-même, dans ce nouveau contexte, des aspects de religion civile où elle se sacraliserait plus ou moins, l’apprentissage des principes inhérents à la laïcité peut contribuer à une culture de paix civile. Ceci exige que la laïcité ne soit pas conçue comme une idéologie anticléricale ou intangible. C’est une conception laïque, dynamique et inventive qui donnera une réponse démocratique aux principaux défis du XXIe siècle. Cela lui permettra d’apparaître réellement comme un principe fondamental du vivre-ensemble dans des contextes où la pluralité des conceptions du monde ne doit pas apparaître comme une menace mais plutôt comme une véritable richesse.

 

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 09:01
Un objet stellaire d'apparence cométaire découvert en janvier s'est révélé être le résultat de la collision de deux astéroïdes, un phénomène rarissime.

Le 6 janvier 2010, un télescope détectait ce qui semblait être une comète. L'instrument est dédié au projet Linear (pour Lincoln Near-Earth Asteroid Research), visant à repérer le plus rapidement possible les astéroïdes susceptibles de s'approcher de la Terre. Les instruments du réseau Linear photographient chaque zone céleste cinq fois par nuit pour y repérer le déplacement des astéroïdes par rapport aux étoiles fixes et en calculer la trajectoire. L'opération, menée depuis 1996, a déjà permis de détecter plus de 250.000 objets mobiles, principalement des astéroïdes et quelques comètes.

L'objet repéré en janvier présentait une apparence cométaire avec une longue queue rectiligne et se voyait attribuer le doux nom de P/2010 A2, une dénomination généralement réservée aux astres chevelus. Pourtant certaines singularités, en particulier des filaments en forme de X à l'arrière de ce qui semblait être un noyau cométaire, laissaient les astronomes perplexes. D'autre part aucun gaz habituellement présent dans une queue de comète n'était détectable.

Un zoom sur P/2010 A2 montre que son aspect diffère de celui d'une comète. Un objet de 140 mètres de diamètre est accompagné d'un nuage de débris. Crédit Nasa / Esa / D. Jewitt

Fausse comète mais vraie collision

Les scientifiques ont donc utilisé le télescope spatial Hubble pour y voir plus clair. Les images prises par cet instrument ont confirmé une hypothèse qui avait été avancée avec prudence : la queue cométaire observée est en fait le résultat de la collision de deux corps qui croisaient entre Mars et Jupiter, à 140 millions de kilomètres de nous, dans ce qu'on appelle la ceinture d'astéroïdes. Cette ceinture contient plusieurs centaines de milliers d'objets dont la taille varie du grain de sable jusqu'à des astres de quelques centaines de kilomètres de diamètre. Sorte de relique des origines du Système solaire, cette région subit des effets de résonance orbitale avec Jupiter qui ont empêché la formation d'une planète par accrétion de tous ces astéroïdes.

La rencontre des deux astéroïdes s'est traduite par un choc frontal à la vitesse de 5 kilomètres par seconde, qui a laissé un objet d'environ 140 mètres de diamètre, suivi d'une traînée de poussières et de graviers arrachés lors de l'impact. L'astéroïde chauffard a quant à lui été retrouvé dans les parages de la traînée sur des images réalisées avec le Gran Tecan, le télescope géant des Îles Canaries. C'est la première fois que les astronomes observent la collision entre deux astéroïdes.

Ceci n'est pas une comète, mais le résultat de la collision entre deux astéroïdes. Crédit Nasa / Esa / D. Jewitt
Ceci n'est pas une comète, mais le résultat de la collision entre deux astéroïdes. Crédit Nasa / Esa / D. Jewitt

Cordialement
Jean
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J'aimerais  simplement ne pas être là quand ça se produira.
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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 16:34

 

La loi sur la réforme de l’assurance santé à peine adoptée à la Chambre américaine, qu’il faudra la revoter pour deux ridicules vices de procédure découverts par les conservateurs républicains. Aussi, elle risque de passer définitivement à la trappe car les lobbies des assurances et de l’industrie pharmaceutique feront entre temps pression sur les députés démocrates hésitants qui ont émis un vote positif.


obama03.jpg

Un contretemps voulu (?) dans la réforme de
santé de Barack Obama ?
 


Sarkozy attrape une raclée aux élections régionales françaises, il procède à un mini remaniement où il est quand même obligé de se séparer d’un de ses principaux ministres, le ministre du travail Xavier Darcos, parce qu’il a été ratiboisé dans sa région, pour le remplacer par un ultralibéral : Eric Woerth, à la veille de négociations sociales importantes. En suite, l’omniprésident fait une déclaration publique où il annonce qu’il ne changera pas de cap.


sarkozy_sceptique.jpg

Nicolas Sarkozy obstiné mais sceptique...
 

Il y a quelques années, Dominique de Villepin, ancien Premier ministre de Chirac, proposait le contrat de première embauche (CPE) qui aurait eu pour résultat de précariser les jeunes diplômés universitaires dès leur départ dans la vie professionnelle. Cela déclencha une révolte de la communauté universitaire qui dura près d’un mois. Alors que plusieurs voix, même à droite, réclamaient que ce projet soit revu, le ministre « poète » s’obstina au point que Chirac dut intervenir pour « siffler la fin de la récréation » en rangeant le projet au placard.


villepin.jpg

Dominique Galouzeau de Villepin
a payé cher son obstiuation dans l'affaire du CPE.
Il semble qu'il n'a toujours pas compris ! 

 

En Belgique, le ministre des Finances qui vient de d’auto congratuler de ses dix années de présence catastrophiques à la tête de ce département, maintient envers et contre tout le cadeau fiscal fait aux entreprises, dénommé « intérêts notionnels ». Alors que la gauche demande que le bénéfice des intérêts notionnels soit accordé aux entreprises qui garantissent un certain niveau de créations d’emplois, Reynders répond avec dédain : « Les intérêts notionnels n’ont rien à voir avec l’emploi ». La gauche belge de gouvernement affaiblie depuis longtemps, passe à l’ordre du jour…


reynders-sarkozy.jpg

Reynders n'a pas encore la taille pour dépasser
Sarkozy

 

De même, au niveau de l’Union européenne. La fameuse directive Bolkestein « libéralisant les services », autrement dit, légalisant le travail en noir, malgré un franc rejet, est repassée sous un autre nom et est définitivement ratifiée par les Parlements nationaux. Tout comme le traité constitutionnel qui fut rejeté suite aux référendums organisés par deux Etats fondateurs, la France et les Pays-Bas, et qui est revenu en force avec le traité de Lisbonne. D’ailleurs, les institutions européennes sont coutumières des procédures anti-démocratiques. Lors de la ratification du traité de Maastricht, le Danemark qui avait voté non par Référendum, fut contraint de recommencer le vote. De même, l’Irlande a dû procéder de la même manière avec le traité de Lisbonne.


Drapeaux_Europe.jpg

L'Union européenne n'est-elle qu'un alignement de 
drapeaux figés devant la "pensée unique" ?

 

Ces dénis de démocratie successifs deviennent inquiétants. La volonté populaire qui est soumise au conditionnement quotidien de la « pensée unique » par les médias est littéralement écrasée. Les votes sont détournés de leurs objets. On pousse à l’abstention massive. D’autre part, les contre pouvoirs sont muselés. La presse écrite est entre les mains des grands groupes financiers, la télévision est sous le contrôle absolu des intérêts politiques et économiques qui se trouvent au pouvoir et qui entendent y rester.

 

De même, avec la crise grecque, où l’Union européenne cherche à imposer la seule politique néo-libérale de dégraissage de l’Etat, les révoltes qui en résultent risquent d’être le prétexte à installer « provisoirement » un « pouvoir fort ». C’est du moins ce que craignent de plus en plus d’observateurs.


Nous aurons l’occasion d’évoquer la question de la Grèce et même du Portugal (et, qui sait de bien d'autres pays de la "zone Euro") dans notre prochain billet. En effet, le modèle actuel d’Union européenne vient de montrer ses limites et il sera indispensable revoir de fond en comble la « copie Europe ».

 

En attendant, cette obstination qui ne tient pas compte de la volonté des peuples prouve que nous nous orientons vers un « déficit » démocratique. On veut appliquer une politique bien définie, même si ses termes ont été critiqués par bon nombre, même si son efficacité est loin d’être prouvée, et surtout, même si elle a une capacité majeure de nuisances.

 

La vraie question se trouve dans l’alternative. Aucune force politique n’est à même d’en proposer une et c’est là où le bât blesse, c’est cela qui permet à la droite dure de poursuivre son chemin sans prendre en compte l’hostilité de plus en plus grande de l’opinion publique.

Et surtout, n'oublions pas que l'obstination est l'ennemie de la volonté.

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 17:58

 « Nous ne sommes pas à la première fin du monde à Haïti ». Ainsi s’exprime le poète haïtien James Noël. Il est né en 1978 à Hinche, ville située dans les hauts plateaux du pays à la frontière avec Saint-Domingue et habite aujourd’hui Port-au-Prince. Il raconte : « L'année 2004 c'était hier, date marquant le bicentenaire de la république d'Haïti, mais la fête n'a pas eu lieu. Allez savoir pourquoi ? Une bonne occasion pour réveiller les fantômes parlants et pour ouvrir la boîte de Pandore. Une bonne occasion aussi pour la presse occidentale d'en finir avec les clichés, de cesser d'être des ruminants d'un bricolage d'histoire, monté de toutes pièces, raconté pour elle et par elle-même.

noel.jpg

Le poète haïtien James Noël


Lors de cette fameuse année 2004, le monde a retenu de nous l'image négative d'un peuple de barbares s'entredéchirant deux cents ans après une révolution. Lors de cette même année, une tempête surnommée Jeanne la tueuse a fait plus de trois mille morts dans la cité des Gonaïves. Le monde entier a dû retourner les projecteurs sur le pays. Des centaines de millions de dollars  ont été promis. Des dizaines de millions ont été volatilisés avant même d'arriver dans la ville inondée. La presse internationale avait une folle compassion pour nous, mais le coup de théâtre s'est produit avec le Tsunami, qui nous a volé le rôle de triste vedette sur la scène internationale. Et Haïti s'est remis de plus belle à hurler sans témoins, à pleurer dans sa solitude.


C'était hier encore, en 2008, on s'en souvient, quatre tempêtes, phénomène rares dans la littérature météorologique haïtienne, ont frappé coup sur coup le pays. Les journalistes de l'univers s'excitaient pour nous une fois de plus, mais la crise économique mondiale nous a pris par derrière. Dans cet univers en banqueroute, il était devenu presqu'impudique de crier au-secours.


Maintenant voici qu'arrive un séisme de magnitude 7.3, ce qui ne rentre pas du tout dans les habitudes du sol haïtien. Ce tremblement de notre tiers d'île qui a provoqué un tressaillement mondial est un test brutal pour nous les Haïtiens et un grand cri d'alerte pour le monde. Au plus fort de ces manifestations de solidarité planétaire, Haïti sera-t-elle encore blackboulée par une autre catastrophe qui pourrait survenir dans n'importe quel coin du globe, replaçant le pays derrières ses barreaux familiers et l'oubli coutumier ? »

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La misère absolue


Alors que les Etats-Unis profitent du chaos consécutif au tremblement de terre pour envahir et occuper Haïti, comme ils le firent de 1915 à 1934, la presse internationale présente la misère qui frappe ses habitants comme une fatalité due à un séisme majeur. Or, il n’y a ni fatalité, ni hasard. Depuis le XIXe siècle, lorsque les esclaves durent indemniser leurs maîtres, jusqu’aux oukases du FMI, la pauvreté est le fruit de l’exploitation.

 

L’une des plus grandes opérations d’aide de l’histoire risque fort de ressembler à celle de l’après tsunami de 2004 sauf si un modèle de reconstruction radicalement différent est adopté. Souvenons-nous : l’élan de solidarité venu d’Europe et des Etats-Unis, a surtout permis de reconstruire les zones détruites dans le plus grand intérêt des multinationales : centres de vacances en lieu et place des villages de pêcheurs détruits, avec, comme conséquence, des déplacements de population, rétablissement du tourisme sexuel en Thaïlande, etc. Bref, on a aidé les multinationales et non les populations sinistrées.

 

En effet, il est à craindre que l’aide prenne la même forme que celle qui a accompagné le tsunami qui a frappé, fin décembre 2004, plusieurs pays d’Asie (Sri Lanka, Indonésie, Inde, Bangladesh) ou encore l’après-cyclone Jeanne en Haïti en 2004. Les promesses n’ont pas été tenues et une grande partie des fonds ont servi à enrichir des compagnies étrangères ou les élites locales. Ces « généreux dons » proviennent pour la majorité des créanciers du pays.


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Les secours manquent de tout. Le FMI s'en fout. 


Haïti a été partiellement détruit par un séisme de magnitude 7. Chacun y va de sa larme et les médias, en nous abreuvant d’images apocalyptiques, relayent les annonces d’aides financières que les généreux Etats vont apporter. On entend qu’il faut reconstruire Haïti, ce pays où la pauvreté et « la malédiction » s’abattent.

 

La dette : le véritable fléau

 

Or, il n’y a pas de « malédiction ». Cette pauvreté a des causes bien déterminées et qui, bien entendu, est mise en évidence lors du séisme. Cependant, en dehors de surfer sur l’émotion, aucun média ne se penche sérieusement sur la situation abominable de ce pays.


Haïti est traditionnellement dénigré et souvent dépeint comme un pays violent, pauvre et répressif dans le meilleur des cas. Peu de commentaires rappellent l’indépendance acquise de haute lutte en 1804 contre les armées françaises de Napoléon. Plutôt que de souligner la démarche humaine et le combat pour les Droits de l’Homme, la sauvagerie et la violence seront les caractéristiques assimilées aux Haïtiens. Edouardo Galeano parle de la « malédiction blanche » : « A la frontière où finit la République dominicaine et commence Haïti, une grande affiche donne un avertissement : El mal paso - Le mauvais passage. De l’autre côté, c’est l’enfer noir. Sang et faim, misère, pestes. » Eric Toussaint, le président du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-monde (CADTM) explique : « Il est indispensable de revenir sur la lutte d’émancipation menée par le peuple haïtien, car en représailles à cette double révolution, à la fois anti-esclavagiste et anticoloniale, le pays a hérité de « la rançon française de l’Indépendance » correspondant à 150 millions de francs or (soit le budget annuel de la France de l’époque). En 1825, la France décide que « Les habitants actuels de la partie française de Saint-Domingue verseront à la caisse fédérale des dépôts et consignations de France, en cinq termes égaux, d’année en année, le premier échéant au 31 décembre 1825, la somme de cent cinquante millions de francs, destinée à dédommager les anciens colons qui réclameront une indemnité. » Cela équivaut à environ 21 milliards de dollars d’aujourd’hui. Dès le départ, Haïti doit payer le prix fort, la dette sera l’instrument néocolonial pour entretenir l’accès aux multiples ressources naturelles de ce pays.


Le paiement de cette rançon est donc l’élément fondateur de l’Etat haïtien et a débouché sur la constitution d’une dette odieuse. En termes juridiques, cela signifie qu’elle a été contractée par un régime despotique et utilisée contre les intérêts des populations. La France puis les Etats-Unis, dont la zone d’influence s’élargit à Haïti, occupée par les marines états-uniens dès 1915, en sont pleinement responsables. Alors qu’il aurait été possible de faire face aux douloureuses responsabilités du passé en 2004, le rapport de la Commission Régis Debray préfère écarter l’idée d’une restitution de cette somme en prétextant qu’elle n’est pas « fondée juridiquement » et que cela ouvrirait la « boîte de Pandore ». Les requêtes du gouvernement haïtien en place sont rejetées par la France : pas de réparations qui tiennent. La France ne reconnaît pas non plus son rôle dans l’ignoble cadeau qu’elle fît au dictateur « Baby Doc » Duvalier en exil en lui offrant le statut de réfugié politique et donc l’immunité. »

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Jean-Claude Duvalier dit "Baby doc",
l'inventeur des sinistres "tontons macoutes"


Ajoutons que la restitution de cette somme par la France aurait posé des problèmes financiers sérieux et ouvert la porte à des revendications d’indemnités de la part des pays autrefois colonisés.


La solution n’est pas dans la réparation du passé mais dans la construction de l’avenir. Indemniser les erreurs, punir les crimes du passé, ne fait que perpétuer les rancœurs et empêche l’instauration de relations normales entre partenaires égaux. Il y a là une contradiction dans le raisonnement du CADTM : on annule la dette du Tiers-monde, mais on paie celle de l’Occident contractée il y a bien des générations. Non, on fait un trait sur le passé en annulant les dettes en totalité et en repartant sur de nouvelles bases.

Lisons la suite du raisonnement d’Eric Toussaint : « Entre 1957 et 1986, la dette extérieure a été multipliée par 17,5. Au moment de la fuite de Duvalier, cela représentait 750 millions de dollars. Ensuite elle monte, avec le jeu des intérêts et des pénalités, à plus de 1 884 millions de dollars. Cet endettement, loin de servir à la population qui s’est appauvrie, était destiné à enrichir le régime mis en place : il constitue donc également une dette odieuse. Une enquête récente a démontré que la fortune personnelle de la famille Duvalier (bien à l’abri sur les comptes des banques occidentales) représentait 900 millions de dollars, soit une somme plus élevée que la dette totale du pays au moment de la fuite de « Baby Doc ». Un procès est en cours devant la justice suisse pour la restitution à l’Etat haïtien des avoirs et des biens mal acquis de la dictature Duvalier. Ces avoirs sont pour l’instant gelés par la banque suisse UBS qui avance des conditions intolérables quant à la restitution de ces fonds . Jean-Bertrand Aristide, élu dans l’enthousiasme populaire puis accusé de corruption avant d’être rétabli au pouvoir comme marionnette de Washington [en 1999 par Clinton] et finalement d’en être chassé par l’armée états-unienne, n’est malheureusement pas innocent en ce qui concerne l’endettement et les détournements de fonds. Par ailleurs, selon la Banque mondiale, entre 1995 et 2001, le service de la dette, à savoir le capital et les intérêts remboursés, a atteint la somme considérable de 321 millions de dollars.

Toute l’aide financière annoncée actuellement suite au tremblement de terre est déjà perdue dans le remboursement de la dette ! »

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Jean-Bertrand Aristide : une marionnette ?

Donc, il est clair que l’argent de l’aide à la reconstruction doit être redistribué après annulation de la dette (sinon, il reviendra dans les coffres des banques !) et sur des bases fixées par un accord politique clair avec la participation des Haïtiens et des pays voisins comme Cuba, le Venezuela, Saint Domingue. Là aussi, il faut mettre un terme aux exclusives des Etats-Unis à l’égard de plusieurs pays latino-américains.


Le rôle des Etats-Unis


Tout le monde a été surpris par la rapidité et l’ampleur de l’aide des USA après la catastrophe du 11 janvier.


Avec le « déferlement » des militaires US à Haïti, qui prévoit 20 000 hommes sur terre et dans les navires ancrés à proximité, un officiel US a indiqué que Washington prépare une occupation de longue durée de la nation caribéenne pauvre et dévastée par le tremblement de terre.

 

« Nous sommes ici à long terme, ce n’est pas quelque chose qui va se résoudre rapidement et facilement, » a déclaré l’Ambassadeur Alejandro Wolff, le représentant permanent des US aux Nations-Unies à propos d’Haïti, suite à une réunion sur l’aide à la nation sinistrée. En plus des Etats-Unis, des représentants du Brésil, du Canada, de France, d’Haïti et d’Uruguay ont participé aux discussions. Le Canada et la France sont les principaux donateurs à  Haïti, et le Brésil et l’Uruguay ont chacun plus de mille hommes sur place dans le cadre de la mission de paix des Nations Unies qui a constitué la principale force d’occupation avant le tremblement de terre.


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Les US Marines débarquent devant les ruines
du palais présidentiel haïtien : symbole d'une longue occupation ?

 

Dans une déclaration précédente aux Nations Unies, Wolff a dénoncé les gouvernements du Nicaragua, de Bolivie et du Venezuela pour avoir accusé Washington d’exploiter la tragédie d’Haïti pour imposer une occupation militaire du pays.

 

D’ailleurs, le gouvernement haïtien, du moins ce qu’il en reste, approuve cette présence US. « Il est clair que les Américains sont ici à notre demande et qu'ils ne sont ici que pour nous assister dans nos besoins humanitaires ou sécuritaires dans le cadre par exemple de transport de fonds », a déclaré le Premier ministre haïtien, Jean-Max Bellerive, interrogé à Port-au-Prince par RTL Radio.
« Tout le monde s'est entendu pour dire que l'aide des différentes armées dans un cadre contrôlé, concerté et dans le cadre d'un dialogue est la bienvenue en Haïti », a-t-il ajouté.


« Haïti n'est pas sous tutelle », a affirmé de son côté le président René Préval dans une interview au quotidien français Libération. La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton « est venue cette semaine et m'a demandé si j'étais d'accord pour que les militaires américains (...) puissent venir aider. Je lui ai dit oui. C'est dans ce cadre que cela s'est fait », a-t-il déclaré. Les Etats-Unis ont prévu d'envoyer 4.000 soldats supplémentaires en Haïti, pour porter à 15.000 leurs effectifs participant aux opérations de secours aux victimes du séisme du 12 janvier.
 

Revenons sur les déclarations de Wolff. Il a accuse les trois gouvernements d’Amérique Latine de vouloir « politiser le sujet avec des affirmations tendancieuses et non fondées » et d’avoir « ridiculement supposé une conspiration et une occupation». Si ce n’est pas une occupation, c’est en tout cas bien imité !

 

Cependant, sur place, la colère et les protestations commencent contre la militarisation par les US de la réponse à une catastrophe dont le bilan estimé se monte à 200 000 morts, sans compter 250 000 blessés et des millions de sans-abris.

 

Les équipes d’aide humanitaire et médicale ont accusé les militaires US – qui ont pris unilatéralement le contrôle de l’aéroport international et des équipements portuaires – d’avoir pour premières priorités le déploiement des troupes US et l’évacuation de leurs ressortissants. L’acheminement du matériel médical vital et des équipements ont été relégués au second plan. Les agences de secours médical ont déploré que des dizaines de milliers de personnes meurent de leurs blessures dues au tremblement de terre par manque de fournitures médicales et médicaments.

 

Le clivage classique resurgit : la Bolivie, le Venezuela, le Nicaragua, sans compter Cuba, constituent les pays hostiles (on n’utilise plus la formule « bushienne » de « forces du mal »… les temps changent). D’autre part, il est clair que les Etatsuniens sont venus pour rester. Quelle en est la raison profonde ?

 

Une autre preuve d’une occupation militaire américaine est l’opposition des autorités US à accueillir d’éventuels réfugiés haïtiens. L’administration Obama a pris des mesures extraordinaires pour empêcher les Haïtiens désespérés d’entrer aux Etats-Unis. L’effort pour empêcher les Haïtiens d’entrer au pays — incluant les blessés qui recherchent un traitement médical — illustre que la priorité de l’intervention menée par les Etats-Unis n’est pas de sauver es vies, mais d’établir un contrôle militaire sur la population.

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Les Américano - haïtiens peuvent être évacués
vers les USA. Pas les Haïtiens !


Cinq navires de la garde côtière américaine ont rejoint des navires de la marine américaine déployés sur les côtes haïtiennes — pas pour livrer de la nourriture, de l’eau ou des médicaments aux malades et aux mourants, mais pour arrêter les Haïtiens qui pourraient tenter de s’échapper. Le commandant de la garde côtière, Chris O’Neil, a dit au New York Times que tous ceux qui tentent de fuir Haïti seraient capturés et retournés, mais que, jusqu’à maintenant, son unité n’a pas été témoin d’une tentative. « Rien, zéro, a dit O’Neil, et pas d’indice qui nous montre que quelqu’un est en train de faire des préparations pour faire une telle tentative. »


Les responsables américains ont dit qu’il y a peu de chance que les Haïtiens quittent les Etats-Unis, mais « ils s’inquiètent que dans les prochaines semaines, les conditions de vie qui iront en se dégradant en Haïti pourraient encourager un exode. » Le fait que les responsables américains planifient des « conditions qui iront en se dégradant » en Haïti lors des « prochaines semaines » — au-delà de la situation désespérée qui règne là-bas maintenant — est une preuve que Washington n’a pas l’intention de rendre les secours disponibles au plus grand nombre, encore moins de rebâtir Haïti.


L’administration Obama élabore aussi des plans pour incarcérer les Haïtiens qui pourraient risquer le dangereux voyage en mer jusqu’aux Etats-Unis, qui, à chaque année, coûte la vie de centaines de personnes. Des responsables ont dit au Times qu’ils « ébauchent des plans pour ramasser tout bateau qui transporte des immigrants illégaux et les envoyer à Guantanamo Bay » — la célèbre base militaire américaine à Cuba. Le département de la sécurité intérieure a annoncé qu’il allait vider des espaces dans sa prison de déportés du sud de la Floride, le Krome Service Processing Center, au cas où un flot d’Haïtiens arriverait.

 

Le chaos


En attendant, la situation est catastrophique et le chaos est en train de s’installer, sans doute pour une longue durée, tant qu’il n’y a pas une coordination des secours et de l’aide.


La recherche pour des survivants dans les décombres des immeubles qui se sont écroulés n’a sauvé qu’une centaine de personnes selon les chiffres de l’ONU. Les équipes (dont l’équipe belge Bfast) sont parties trop tôt sous la pression des autorités US.


Malgré le fait que des experts affirment que des victimes sont toujours en vie sous les ruines des villes d’Haïti, l’armée américaine a dit qu’il était de mettre un terme aux opérations de recherche et de sauvetage. « Nous nous attendons à passer très bientôt de la phase de recherche à une phase de reconstruction », a dit le général de la marine Daniel Allyn, l’adjoint au commandant des forces américaines en Haïti.


Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), une agence de l’ONU basée à Rome, seulement 250.000 rations alimentaires quotidiennes auraient été distribuées à ce jour, la moitié de ce nombre par l’armée américaine. Le PAM a réussi a distribué environ 50.000 rations en un jour, soit la moitié du nombre requis. Les Etats-Unis ont commencé mardi à parachuter de la nourriture et de l’eau. La première semaine de la crise, le Pentagone a refusé de considérer cette méthode de distribution en disant que cela finirait en émeutes.


Des journalistes ont rapporté des scènes d’horreur et de peur à Port-au-Prince. Des dizaines de milliers de Haïtiens quittent la capitale pour la campagne, soit à pied, soit en s’entassant dans des autobus et des bateaux. Des camions servant habituellement à la collecte des ordures viennent déposés des centaines de corps dans des fosses communes.

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Scène de pillage à Port-au-Prince

A cause du manque d’antibiotiques et d’autres médicaments, beaucoup d’amputations sont réalisées d’une façon sommaire, souvent sans morphine ou autre antidouleur, dont on manque partout. Des docteurs et des infirmières au comble du désespoir continuent à demander des anesthésiants, des scalpels et des scies pour amputer les membres écrasés, selon Associated Press. Un représentant de Médecins sans frontières a dit que les chirurgiens de son hôpital de première ligne à Cité Soleil ont été forcés d’acheter une scie au marché local pour pouvoir réaliser des amputations après qu’un autre de ses avions s’est vu refuser la permission par l’armée américaine d’atterrir à Port-au-Prince.


« C’était l’amputation ou la mort », a dit à NBC le Dr Nancy Snyderman, travaillant pour l’aide humanitaire. « Il y a beaucoup d’infections secondaires. C’est la principale cause de mort actuellement. »


« Dans un pays où il est si difficile de survivre en temps normal, cela devient presque impossible pour un amputé. Cela soulève immédiatement la question de ce qui viendra ensuite », a déclaré Snyderman. « On ne trouve pas de prothèses dans ce pays qui sera bientôt un pays d’orphelins et d’amputés. »
« J’ai vu des bébés dont le crâne était fendu comme un melon d’eau », a-t-elle continué. « Les médecins ne pouvaient rien faire que de leur bander la tête, les couvrir et les laisser mourir. »


Au-delà de ces horreurs, on se pose la question : où est l’aide américaine ? Pourquoi tout cela est-il aussi inefficace ?


Cela n’empêche pas de voir débarquer toute une série de gens qu’on n’a pas l’habitude de voir participer à des opérations de sauvetage. Ainsi, que font de nombreux « employés » de la firme « Blackwater » qui envoie des mercenaires en Irak ?

Dans une interview au quotidien suisse « Le Courrier », l’ancien ministre des affaires étrangères d’Haïti, Philippe Joseph Antonio, militant de gauche, exprime sa crainte de voir Haïti perdre sa souveraineté sous prétexte de la catastrophe.


«
 Je suis radicalement contre la présence étrangère en Haïti. Mais, de fait, il y a longtemps que nous sommes déjà sous tutelle! La dernière en date est celle de l'ONU et, à travers elle, d'autres puissances comme les Etats-Unis ou la France. Mais je pose la question: dans quelle situation serions-nous si, aujourd'hui, les Etats-Unis ne prenaient pas la situation en mains? La mobilisation internationale nous rend un immense service. Je le dis d'autant plus librement que, naguère, j'ai été interdit de séjour aux Etats-Unis! Où en serons-nous dans un an? Serons-nous capable de gérer la reconstruction? Pour cela, il faudrait qu'un processus électoral ouvert se mette en place et qu'on exorcise nos vieux démons. Déjà les querelles entre BCBG ressurgissent. Le peuple lui s'en fiche, il demande des bouteilles d'eau!

Longtemps oublié, Haïti peut-il profiter de l'émotion suscitée par le tremblement de terre pour se relever plus fort?

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Combien de temps pensera-t-on encore à ces
dizaines de milliers de sinistrés ?


C'est l'enjeu principal! Selon un premier état des lieux, au moins 50% de Port-au-Prince est détruit. Tout le sud est dévasté! On parle de 10 milliards de dollars sur cinq ans pour reconstruire Haïti, soit 2 milliards par an. En fait, ce n'est pas tant que ça: cela représente deux fois moins que les bénéfices d'une entreprise comme France Telecom! Il faut placer les choses dans leur contexte: le gouvernement d'Aristide avait un budget moindre que celui d'une telle société. Personnellement, je ne crois pas à un pays ressuscité en deux-trois ans. Il faudra au moins dix ans pour reconstruire les villes. »


Renoncer à la souveraineté ?


La question se pose et les Haïtiens se la posent. Il leur sera impossible de procéder à la reconstruction avec leurs propres moyens. Ils auront besoin d’une aide extérieure massive. Ici se pose la question de la souveraineté : qui coordonnera cette aide, qui la contrôlera ? Où se trouve le pouvoir de décision en la matière ?
Ce renoncement se fera, s’il y a lieu, au profit des Etats-Unis. Mais quels sont leurs intérêts en l’espèce ?

D’après Jean Lavalasse, photographe et documentariste :
 

« Les intérêts des Américains de faire main basse sur Haïti sont nombreux. D’une part, la main d’œuvre est très bon marché en Haïti et l’île n’est située qu’à 30 minutes de la Floride, y faire transiter des cargaisons serait rapide depuis ce nouveau Taïwan.

Ensuite, il y a Cité Soleil, cette zone est convoitée par les Etats-Unis en accord avec la grande bourgeoisie commerçante d’Haïti, pour la convertir en un grand port : un port franc et une zone industrielle.

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Adossée à la République dominicaine et proche de
Cuba, Ha¨ti est un lieu stratégique.


Puis, c’est le moment idéal pour se servir du territoire comme base arrière pour contrôler et contrecarrer Cuba puisqu’Obama a promis de libérer Guantanamo. Depuis Cité Soleil et au dessus de Gonave, il y a une vue appréciable sur Cuba.

Et enfin, le sous-sol haïtien est bourré de pétrole. Apparemment les gisements vénézuéliens prendraient leur source sous l’île. Port-au-Prince est assis sur un gigantesque puits de pétrole qui ne pouvait être jusque là exploité. En effet, depuis les années 50, Jean Dumarsais Estimé, le président de l’époque, avait déplacé la capitale anciennement située à Marchand-Dessalines vers l’actuel Port-au-Prince. Cette transition ne permettait pas d’exploiter le pétrole mais Mère Nature aidant, aujourd’hui tout est possible. De plus, le séisme a provoqué un exode rural volontaire des habitants de Port-au-Prince, laissant le champ libre à la destruction des ruines de la capitale et pourquoi pas le forage des sols… Dans d’autres circonstances, s’ils avaient demandé aux habitants de partir vers les campagnes cela aurait été considéré comme un génocide. La catastrophe apparait comme une aubaine pour les impérialistes car elle permet de déplacer à nouveau la capitale. Tout n’est qu’enjeux géopolitiques et économiques. »


Cette idée de l’exploitation géopolitique et pétrolière d’Haïti est reprise dans toute la presse du Tiers-monde. Ainsi, Katia Sabet, journaliste au journal francophone égyptien « Le progrès égyptien » rapporte des idées similaires. Non seulement, les Américains ne reconstruiront pas Port-au-Prince et encourageront ainsi un exode rural, pour pouvoir exploiter les éventuels gisements pétroliers à Port-au-Prince, mais le FMI a accordé un prêt de 100 millions de dollars assorti des conditions habituelles comme la non augmentation des salaires et l’augmentation du prix de l’électricité. On est loin des rêves d’annulation de la dette d’Haïti.


Le pétrole et le pouvoir des multinationales a bien plus de poids que la vie et la misère pour des centaines de milliers d’Haïtiens. Qui a dit que l’histoire n’était pas un éternel recommencement ?

 

 

 

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Published by pierre verhas
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