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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 19:44

Suite à la chronique publiée par le principal leader politique flamand, Bart De Wever, nous avons envoyé au journal "Le Soir", la réponse ci-dessous. Il faut bien comprendre que l'actuelle crise belge est bien plus qu'une querelle de nationalités, elle est le choc de deux principes fondamentaux. D'un côté, la conception ethniste de la nation qui semble s'imposer, de l'autre, la nation comme ensemble consenti dans le cadre de valeurs universelles. Accepter par lâcheté la nation ethnique, revient à rejeter toutes les valeurs universelles. Les démocrates belges, flamands, comme bruxellois, comme wallons, par leur obsession de la paix civile à tout prix, jouent un jeu très dangereux. En se pliant au diktat des tenants de l'ethnisme, ils détruisent non seulement l'acquis démocratique en Belgique, mais mettent en péril la construction européenne basée sur le libre consentement de tous. Et nous saluons la Commissaire européenne à la Justice, Madame Viviane Reding, de l'avoir rappelé haut et fort suite à l'expulsion des Roms décrétée par le gouvernement français. Nos lecteurs savent que nous sommes opposés à l'Union européenne ultralibérale qui encourage indirectement l'ethnisme, amenant la balkanisation du Continent, mais nous appelons de nos voeux une construction politique forte qui permettra à tous les citoyens européens de s'épanouir dans la Justice qui n'est pas celle des Traités de Maastricht et de Lisbonne. Nous combattrons avec force et vigueur toute tentative de limiter les sociétés nationales et régionales aux seuls critères ethniques. Espérons que des responsables politiques aient le courage de le faire.

 

Jusqu’à quand, Messieurs, allez-vous accepter de renier les principes fondamentaux de notre société, au nom d’un accord impossible ? Comment, en effet, « concilier l’inconciliable », comme le tenta l’ex « préformateur » ? On ne peut concilier des principes aussi opposés sinon en se reniant et en se soumettant à l’adversaire ?

 

M. De Wever, dans sa tribune sur la collaboration, n’a affirmé qu’une vérité partielle : « Vous avez fait comme nous ! ». En rien, il n’a rejeté ce que fut la collaboration. Pire, il ne regrette pas son passé. Et il ose appeler à son secours François Mitterrand, pour justifier qu’il aurait évolué. Et vous accepteriez un tel raisonnement ? Ne comprenez-vous pas que la culture de cet homme n’a rien de commun avec les valeurs que vous prétendez défendre ?

 

L’enjeu n’est pas le seul avenir de la Belgique, il est plus fondamental : que seront les principes guidant l’organisation de notre société ? Veut-on une nation basée sur les seuls critères ethniques et linguistiques, ou un ensemble ouvert sur le monde régi par le libre consentement de tous les citoyens ? Comprenez-vous, Messieurs, que cet enjeu dépasse le petit territoire de la Belgique et l’interminable querelle Flamands - Wallons ? Lorsque, avec raison, la commissaire européenne Madame Viviane Reding fustige le recours à des critères ethniques contraires à la construction européenne, suite aux mesures discriminatoires prises par le gouvernement français à l’encontre des Roms, par votre obsession du compromis, vous vous apprêtez à accepter de les institutionnaliser au niveau d’un Etat. Vous prendriez une monstrueuse responsabilité historique dont vous ne calculez manifestement pas les conséquences.

 

Le compromis, Messieurs, a ses limites. Au lieu de renier le fondement de notre vie commune, par la dérisoire recherche d’un arrangement sans avenir, au lieu de céder à l’adversaire dans le timide espoir de garder quelques hochets, au lieu de prendre la ridicule posture de « Madame non », ayez le courage de fixer les limites principielles au delà desquelles, c’est le « Non possumus ».

 

Le 13 juin dernier, Messieurs, vous avez eu un mandat. Il ne comportait pas le reniement au nom d’un illusoire apaisement. Il vous obligeait à négocier un accord honorable. Et dans l’impossibilité, vous vous seriez grandis en rompant.

 

Résultat : « l’ennemi politique » comme l’a désigné Charles Picqué, a quasi gagné. Il fixe l’ordre du jour. Il pourra ainsi imposer son diktat, à moins qu’en dernier ressort, vous puissiez avoir un sursaut. Seul l’avenir nous le dira.

 

À l’abominable slogan de la branche la plus radicale du nationalisme flamand « Eigen volk eerst ! » opposons « Nos principes universels d’abord ! ».

 

 

Pierre VERHAS

 

 

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 23:56

Nous avons écrit à plusieurs reprises sur le blog « Uranopole » que nous assistions à la fin de l’Etat nation. Celui-ci est démantelé par les forces centrifuges des régionalismes (ou des sous-nationalismes selon ceux qui y sont hostiles) et les forces centripètes de la mondialisation dont les effets se font de plus en plus sentir.

 

Ce qui se passe en Belgique : les résultats des élections législatives du 13 juin dernier et les interminables négociations qui commencent à agacer plus qu’inquiéter l’opinion publique, montrent deux évidences. La première, il y a une conception contradictoire de l’avenir du pays en Flandre, en Wallonie, à Bruxelles. La seconde, la volonté majoritaire en Flandre de glisser « en douceur » vers une autonomie de plus en plus grande qui s’achèvera par l’indépendance.

 

Le drame est l’absence de perspective politique des Wallons et des Bruxellois. Ils ont un comportement ridicule dans les négociations. Ils ont commencé par répondre aux propositions flamandes en 2007 qu’ils « n’étaient demandeurs de rien ». Non seulement, c’est une grave erreur car elle signifie un refus de négocier, ce qui ne peut que braquer l’autre partie, ensuite c’est faux puisqu’ils ont réclamé de l’argent pour la région de Bruxelles capitale qui est quasi en faillite. Les « francophones » ont la terrible faiblesse de ne pas avoir de projet. La situation s’enlisant, il a bien fallu former un gouvernement pour affronter « les vrais problèmes », en laissant l’abcès communautaire sur le côté. Ce gouvernement a tenu vaille que vaille. Son plus bel exploit fut le bradage de la principale banque belge, Fortis, aux Français de BNP Paribas. Ce gouvernement a ainsi, comme ses prédécesseurs, contribué à l’affaiblissement de l’Etat et de l’économie du pays.

 

En effet, l’état de l’économie belge est un élément souvent négligé. Depuis 1988 – la crise de la holding Société générale de Belgique –, les fleurons de l’économie belge partent à l’étranger. Le secteur énergétique est entièrement dans des mains françaises : le pétrole, l’électricité, le gaz ; la sidérurgie est devenue d’abord française, puis luxembourgeoise et maintenant indienne ; le textile a carrément disparu ; les usines de montage automobile ont été ou sont en voie d’être délocalisées ; le secteur financier est passé chez les Français et les Néerlandais. Il n’y a plus une seule banque belge. Il reste la chimie, encore que sa branche pharmaceutique – la plus rentable – a été absorbée par les multinationales de la pharmacie. Il est évident que cette désertification économique qui touche les trois Régions, pèse lourd dans la négociation.

 

Face à ce constat et au regard d’une négociation qui s’éternise et dont on ne peut savoir ce qu’il en sortira. La question se pose : que va-t-il se passer ?

 

Deux conceptions se heurtent. Celle de la nation considérée comme porteuse d’une âme collective ou celle de la nation contractuelle issue de la volonté des hommes et des femmes qui l’habitent. En Flandre, on est attaché au principe du Volksgeist , c’est-à-dire, comme l’écrit Alain Finkielkraut dans la « Défaite de la pensée » (Gallimard, 1987) : « La nationalisation systématique des choses de l’esprit » En clair, tout tourne autour de la Nation prise comme une communauté. On s’en aperçoit dans l’attitude et la pensée des négociateurs flamands (et pas seulement de ceux de la NV-A) : l’intérêt supérieur ne se situe pas dans l’épanouissement de valeurs universelles, mais dans celui des valeurs nationales flamandes. C’est cela « l’inconciliable » comme disait le « préformateur » Elio Di Rupo lors de sa conférence de presse du 30 juillet.

 

Cette querelle n’est pas nouvelle. Elle existe depuis le XIXe siècle durant lequel l’Europe s’est structurée en nations. Ernest Renan écrivait dans Qu’est-ce qu’une nation ? : « L’homme n’est l’esclave ni de sa race, ni de la langue, ni de la religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagne ». Ainsi, Renan opposa la définition contractuelle de la société à l’idée d’une identité collective. Un homme libre de sa destinée à un homme lié fatalement à quelque-chose qui lui est supérieur, sa race, sa langue, etc. Ces propos sont d’une brûlante actualité aujourd’hui, en Belgique, mais aussi ailleurs.

 

Quel fut le sentiment national belge ? L’histoire de la création de la Belgique est confuse et se heurte à deux thèses : celle défendue par Pirenne qui veut démontrer qu’il existe une âme belge depuis les temps les plus reculés, c’est « Après des siècles et des siècles d'esclavage, Le Belge sortant du tombeau… » (extrait de la troisième version de l’hymne national belge « La Brabançonne », datant de 1860). Et la thèse défendue par d’autres historiens pour lesquels, il n’existait pas de sentiment national belge à proprement parler, mais une volonté d’indépendance vis-à-vis de puissances étrangères. Il ne faut pas oublier que la Constitution belge de 1831 était la plus démocratique dans une Europe dominée par les monarchies absolues, à l’exception de la France de Louis Philippe et de l’Angleterre qui étaient cependant des régimes très conservateurs. La domination de la bourgeoisie francophone a donné petit à petit naissance à une conscience nationale flamande. Le Mouvement flamand a commencé à revendiquer la reconnaissance officielle de la langue flamande et l’autonomie linguistique  dès la création du royaume de Belgique. Ce militantisme flamand de revendications d’ordre culturel s’est très vite transformé en un activisme politique inspiré du Volksgeist. Une élite flamande s’est constituée avec la ferme volonté d’unifier la langue et de la défendre dans un cadre national flamand.

 

Une démarche similaire n’a pas eu lieu en Wallonie. Avant la guerre 1914 – 18, l’intellectuel carolorégien Jules Destrée écrivit une lettre au roi Albert Ier intitulée « Sire, il n’y a plus de Belges ». L’auteur y voyait deux peuples antagonistes, les Wallons et les Flamands, les Bruxellois étant des « métis » sans importance. C’est après 1918 que le Mouvement wallon s’est structuré. Il accompagnait d’ailleurs le mouvement social de revendications des ouvriers mineurs et métallos des bassins de Liège, de Charleroi et de Mons – Borinage. Un congrès wallon issu du Mouvement de Résistance « Wallonie libre » d’inspiration gaulliste, eut lieu à Liège en 1945 où les idées de rattachement à la France et d’indépendance de la Wallonie  se sont exprimées. Ce congrès s’est achevé par une solution de compromis : le fédéralisme dans un cadre belge. C’est lors des grèves de 1960-61 que le Mouvement wallon prit de l’ampleur. La revendication de fédéralisme comme seul cadre permettant les réformes de structures, fut clairement exprimée par le président de la FGTB liégeoise, André Renard. Celui-ci fonda le Mouvement populaire wallon (MPW) en dehors du Parti socialiste et de la FGTB qui restaient partisans d’une Belgique unitaire. Le MPW eut une existence éphémère mais permit la constitution d’une force politique qui eut assez bien de succès dans les années 1965 – 75, le Rassemblement wallon. Celui-ci fit même partie d’un éphémère gouvernement en 1974 – 76 avec François Perin qui fit voter la première loi créant les Régions. Le Parti socialiste, sous la houlette d’André Cools, devint beaucoup plus régionaliste, au point qu’il se sépara de son « frère » flamand en 1978. Avec le splitsing du Parti socialiste, il n’y avait plus de partis unitaires en Belgique. Le Rassemblement wallon disparut progressivement, la plupart de ses dirigeants rejoignant le Parti libéral et le Parti socialiste. La création de la Région wallonne en 1980 et l’accroissement de ses compétences en 1988 firent tomber le Mouvement wallon en léthargie. L’épisode du mouvement Wallonie Région d’Europe fut un fiasco et ne servit qu’à la promotion des frères Happart. Suite à cela, deux tendances s’affirmèrent, surtout au sein du PS : les régionalistes et les partisans de la Communauté française. Suite aux manœuvres de la direction du Parti, les régionalistes furent mis en minorité. Cela a eu des conséquences sérieuses sur les négociations actuelles : en effet, les nationalistes flamands souhaitaient au départ se baser sur les seules communautés pour restructurer la Belgique. Cela revenait à nier l’existence de la Région de Bruxelles, dès lors Elio Di Rupo s’est trouvé en porte-à-faux, lui qui a toujours défendu la priorité de la Communauté française sur la Région wallonne. La Région bruxelloise est un cas particulier car elle est bilingue et ne dispose pas de l’ensemble de l’autonomie des Régions flamande et wallonne.

 

Contrairement au Mouvement flamand, le Mouvement wallon n’est pas nationaliste. C’est sans doute cela qui fit dire à François Perin lors de son éclatante démission au Sénat du 26 mars 1980 que la  Belgique est rongée  par plusieurs maux dont le premier est le nationalisme flamand. La Belgique est « une nation qui n’existe plus. »

 

 

Le nationalisme flamand s’est affirmé pour la première fois lors de l’occupation pendant la Grande guerre. Un Conseil national flamand fut constitué avec l’aval des Allemands. Il comptait en son sein plusieurs membres de l’élite flamande. En Wallonie, il y eut un équivalent à Namur mais qui n’eut pas l’impact de son alter ego flamand.

 

Le point important est que ce Conseil flamand dont les membres furent sévèrement punis pour haute trahison dès 1918, ne fut pas condamné par les dirigeants du Mouvement flamand. Pour la première fois, ce Mouvement se détachait de la Belgique en tant que nation. En plus, durant la Première guerre mondiale, l'élite flamande qui ne s'était pas inscrite dans la collaboration élaborait sa stratégie politique non plus dans un cadre belge solidaire, mais dans un rapport de force entre la Flandre et la Belgique. Ce fut le cas après la Seconde guerre mondiale où la revendication d’Amnistie fut bien plus forte et devint une des exigences les plus importantes des nationalistes flamands. Encore une fois, l’incivisme n’était pas conçu de la même manière de la part des radicaux flamands et des autres citoyens belges.



 

La revue wallonne Toudi a publié cette intéressante analyse : « Le parti catholique et ses descendants, pour assurer le maintien de sa position dominante fut le parti créateur et « perpétuateur » de la particratie à la belge et à la flamande. L'arrivée du suffrage universel après la Grande Guerre va l'obliger à passer un double compromis : d'abord sur le plan national, il accepte de partager le pouvoir alternativement avec les libéraux et les socialistes, mais principalement avec ces derniers vu leur dominance sur l'électorat wallon grâce à leurs bastions communaux et provinciaux. Le second compromis est interne au parti, il s'agira du recours à la fois alternatif et simultané entre la stratégie de la loi du nombre et l'appui aux idées « émancipatrices » qui agitent le mouvement flamand, en particulier lors de la première occupation allemande de la Belgique. Pour les partisans de la première stratégie, les Flamands étant les plus nombreux démographiquement, leurs revendications, notamment linguistico-culturelles, et les hommes portant celles-ci finiront « logiquement et automatiquement » par s'imposer dans le cadre unitaire belge. C'est la thèse que développa durant la Grande Guerre Frans Van Cauwelaert dans le journal publié aux Pays-Bas Vlaamsche Stem. L'autre tactique est celle du développement progressif d'institutions qui permettront à la Flandre d'atteindre son émancipation voire son autonomie. Dans la sphère économique, on peut penser au VEV et à la KB, dans le domaine politique, à la création des régions linguistiques dans les années 30 puis des communautés culturelles en 1970. Ces deux approches politiques du CVP ne furent nullement antagonistes, elles avancèrent longtemps main dans la main jusqu'au début des années 80. »

 

L’autre thèse, défendue par le courant le plus radical du CVP devenu depuis 1999, CD&V – affirmant ainsi son ancrage national flamand – tend à conquérir petit à petit une plus grande autonomie pour la Flandre, avec, à terme, son indépendance. Cette doctrine est aussi celle des partis nationalistes flamands qui ont pour « ancêtre » le VNV proche du fascisme d’avant-guerre et indépendantiste. Juste après la guerre, malgré l’épuration des éléments collaborationnistes du VNV, son héritière, la Volksunie est née. Ce parti ouvertement nationaliste et indépendantiste (on dit aussi « séparatiste ») a compté au fur et à mesure de ses progrès électoraux, une branche d’extrême droite issue du VNV qui avait réussi à fonder un mouvement de jeunesse violent et assez puissant, le VMO, véritable milice privée néo-nazie – dissoute en 1982 –  coupable de graves troubles dans les années 1975 – 80 dans les Fourons et dans les communes à facilités de la périphérie bruxelloise, et une branche plus démocratique souhaitant s’inscrire dans un Etat fédéral où la Flandre disposait d’une large autonomie. Lors des accords dits d’Egmont en 1978 qui consacraient les trois Régions du pays (Flandre, Wallonie, Bruxelles), la Volksunie qui faisait partie du gouvernement, se divise entre son aile démocratique et son aile radicale ultranationaliste et néofasciste qui fonde un nouveau parti, le Vlaams Blok. Cette formation radicalise l’opinion flamande, notamment sur les questions de racisme, mais sert aussi d’aiguillon quant aux revendications nationalistes flamandes spécialement sur les communes à facilités et sur Bruxelles. Au début des années 1990, la Volksunie éclate en deux partis : une aile gauche « Spirit » qui rejoint les Socialistes flamands et une aile droite nationaliste, la NV-A. Spirit disparaît du paysage politique, la NV-A, à l’initiative du leader chrétien de droite, Ministre Président du gouvernement flamand, Yves Leterme, entre en cartel avec le CD&V et permet à celui-ci de décrocher une victoire électorale le 10 juin 2007. Après l’échec des négociations dites de « l’Orange bleue », fin 2007, le cartel éclate et la NV-A vole de ses propres ailes pour provoquer un raz de marée aux élections du 13 juin 2010. Elle devient le premier parti de Flandre en sièges.

 

Les Wallons et les Bruxellois n’ont pas aperçu le changement de la stratégie flamande. Avant 2007, les Flamands travaillaient jusqu’à présent selon la doctrine Van Cauwelaert.

 

Dans « le Soir » du 25 août, le professeur Michel Quévit de l’UCL, analyste de l’évolution de l’économie wallonne, tire les conclusions de ces négociations qui n’en finissent pas de ne pas aboutir. Il craint que l’on passe du fédéralisme à un autre système qui mettrait en danger « l’avenir de la solidarité dans le système fédéral belge. » Il décrit le système actuel de solidarité à la belge : « Dans tout système fédéral, il faut répondre à la question suivante : comment rendre possible une distribution équitable des ressources fiscales des entités fédérées les plus prospères vers celles qui le sont moins ? Actuellement, cette solidarité s’exerce essentiellement par les compétences fédérales. (…) C’est parce que ces matières [les domaines sociaux] sont fédérales qu’il y a une solidarité en matière de sécurité sociale. » Quévit voit le risque « d’infléchir de manière déterminante et irréversible l’évolution de la construction d’un fédéralisme belge car d’un fédéralisme de coopération, nous nous dirigerions inévitablement vers la construction d’un fédéralisme concurrentiel. »  Il ajoute plus loin : « La plupart des Etats fédéralisés de l’Union européenne privilégient un système de solidarité entre leurs entités fédérées (Allemagne, Autriche, Espagne, etc.) et ne s’inscrivent dès lors, pas dans le schéma d’un fédéralisme concurrentiel. » Or, Michel Quévit omet une évidence. Bien que cela soit proclamé officiellement, la Belgique n’a jamais été un véritable Etat fédéral. Il suffit de relire l’histoire de l’évolution de sa structure.

 

Depuis le tracé de la frontière linguistique en 1963 qui fut le premier acte de désunion du pays, toutes les réformes institutionnelles qui ont été mises en chantier visaient à un transfert des compétences de l’Etat central d’abord vers les Communautés, ensuite vers les Régions. C’est donc un processus de séparation et non de fédéralisation. De plus, la loi de financement des entités fédérées qui date de 1989, instaure un mécanisme de solidarité des Régions les plus fortes vers les Régions les plus faibles, mécanisme de solidarité. C’est précisément ce mécanisme que critiquent les Flamands. Ils ne veulent plus de transferts financiers vers la Wallonie et ils rechignent à refinancer Bruxelles. La solidarité n’existe plus et il est illusoire de penser que l’on reviendra en arrière.

 

En conclusion, Michel Quévit évoque l’Europe. « On peut d’ailleurs s’étonner du silence de la Présidence européenne face à la mouvance politique actuelle belge qui, sous la pression de la NV-A (…), s’inscrit en porte-à-faux avec les principes de cohésion territoriale européenne. » On peut cependant se poser la question : ces principes sont-ils encore ceux de l’Union européenne d’aujourd’hui ? Après tout, certains ultralibéraux européens ne doivent pas voir cette évolution d’un mauvais œil : le démantèlement des Etats nation est une étape indispensable vers la constitution d’une vaste zone de libre échange transatlantique dérégulée et placée sous le seul contrôle des marchés. N’oublions pas que Bart de Wever a dit un jour : « Je ne fais rien sans le VOKA ». Le VOKA est l’association patronale flamande, une des plus réactionnaires

d’Europe. Il suffit d’ailleurs de lire le communiqué du patronat flamand paru dans la « Libre Belgique » du 30 août : « Les employeurs flamands saluent les résultats déjà atteints par les négociateurs et espèrent que le travail sera poursuivi », ont-ils fait savoir dans une réaction commune. En cas d'échec, « le prochain gouvernement fédéral ne pourrait pas s'attaquer aux défis immenses qui nous attendent et aucune stabilité n'existerait pendant les quatre prochaines années ».



« Les trois organisations plaident pour le transfert de paquets de compétences homogènes et cohérents, en particulier en ce qui concerne le marché du travail. Elles plaident également pour une révision de la loi de financement, ainsi que pour une autonomie fiscale accrue, aussi bien pour l'impôt des personnes physiques (IPP) que pour l'impôt des sociétés (ISoc).



« Ce n'est que de cette manière que la Régions seront responsabilisées face à leurs choix politiques, leurs revenus et leurs dépenses ». C’est quasi mot pour mot les exigences de la NVA et du CD&V : transfert de compétences, révision de la loi de financement, autonomie fiscale par la régionalisation de l’IPP et de l’ISoc.

 

Donc, nous nous situons dans un conflit de nationalité accompagné d’un débat droite – gauche, disons-le, d’une lutte des classes. Et nous revenons à la case départ : le démantèlement de l’Etat nation Belgique par la force centrifuge du nationalisme flamand en accord avec la force centripète de la mondialisation qui transforme la structure Union européenne en une vaste zone de libre échange déréglementée (euphémisme pour dire sans protections, ni lois).



On commence par l’Etat le plus faible, la Belgique. D’autres suivent. L’Espagne est confrontée aux nationalismes catalans et basques qui montent en puissance. La Ligue du Nord néo-fasciste italienne fait la pluie et le beau temps du gouvernement Berlusconi. Le nationalisme écossais a un grand poids en Grande Bretagne.

 

En définitive, si un Etat membre de l’Union européenne est démantelé, d’autres vont rapidement suivre et une Europe balkanisée sera celle du capital. Ses victimes, les travailleurs, les allocataires sociaux, une jeune génération sacrifiée. Espérons que les laissés pour compte de ce nouveau triomphe du capital puissent, par leur nombre, par leur volonté, inverser le rapport de force.

 

 

 

 

  

 

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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 21:47

 

C’est le Wall Street Journal dans son édition du 3 juillet qui ouvre ce débat essentiel : depuis la flottille humanitaire pour Gaza, violemment attaquée et détournée par l’armée israélienne, faisant neuf victimes, la stratégie des résistances palestiniennes prend une toute autre orientation. De la violence des bombes et des roquettes, elle place à la résistance non violente : désobéissance civile, boycott des produits israéliens, etc. S’inspirant de Gandhi et du mouvement pour les droits civiques aux Etats-Unis, aussi bien le Hezbollah que le Hamas semblent vouloir changer leur mode de résistance à l’égard d’Israël.

 

« La flottille a fait plus pour Gaza que 10.000 roquettes ! » « Quand nous utilisons la violence, nous aidons Israël à gagner le soutien international » déclare Aziz Dweik, juriste membre du Hamas, au Wall Street Journal. De son côté, rapporte le quotidien financier new yorkais, le Hezbollah souhaite lui aussi changer de tactique et s’orienter vers les actions non violentes. Certes, pour les deux mouvements islamiques, ce n’est pas officiel, mais on sent un évident changement d’attitude.

 

flottille_palestine07.jpg

La flottille a fait plus pour Gaza que 10.000 roquettes !

 

Même du côté israélien, on constate un changement dans la stratégie des deux mouvements. Un membre du ministère des Affaires étrangères d’Israël constate qu’il y a un changement dans la conception stratégique du Hamas et des « autres mouvements de résistance ». Depuis l’affaire de la flottille, il n’y a plus d’infiltration de groupes se livrant à des attaques et à des destructions mais qu’ils obtiendraient l’isolement militaire d’Israël par des actions non violentes. Néanmoins, le porte parole du gouvernement de Jérusalem, Mark Regev,  estime que « les gens qui provoquent des violences usent des protestations pacifiques comme couverture ».

 

Les partisans de la résistance non-violente furent au départ la risée du Hamas. Ils comparaient la méthode non violente à une lutte de femmes ! Cela changea en 2008 après que le premier bateau d’aide humanitaire ait pu rompre le blocus israélien sur Gaza.  Actuellement, le Hamas organise lui-même des marches de protestations pacifiques à la frontière de Gaza et d’Israël.

 

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Des manifestations non violentes sont bien plus

efficaces.

 

Le Wall Street Journal conclut que le Hamas cherche à sortir de son isolement international en adoptant une stratégie de la non violence, afin qu’il puisse être reconnu internationalement comme le représentant officiel du peuple Palestinien et aussi de traduire les dirigeants israéliens devant la Cour pénale internationale ou dans les pays d’Europe, dont la Belgique, qui ont adopté une loi de compétences universelles.

 

Boycott-Israel-2.jpg

 

Un boycott des produits des colonies israéliennes

assez efficace

 

On peut d’ailleurs constater que le boycott des produits israéliens fabriqués dans les colonies est assez efficace en Cisjordanie avec le soutien de l’Autorité palestinienne. Donc, sur ce plan là, les deux « frères » ennemis palestiniens, le Hamas et le Fatah,  son d’accord. Les militants du boycott, en général jeunes, disent ouvertement que la violence utilisée par leurs aînés n’a servi à rien et que la résistance pacifique caractérisera leur génération tant qu’il n’y aura pas une paix juste entre les deux parties. « C’est nous qui négocierons dans le cadre du processus de paix ! » disent-ils avec fierté.

 

Deux questions se posent : pourquoi un tel changement et pourquoi est-ce le Wall Street Journal qui le rapporte ?

 

On peut émettre plusieurs hypothèses. Nous retiendrons celle-ci. L’Iran cherche aussi à sortir de son isolement et veut éviter une guerre ouverte avec les Etats-Unis et Israël. La menace est réelle puisque l’on sait qu’une puissante flotte de guerre US est en route vers le Golfe Persique. Aussi, en plus de fortes pressions du peuple en Palestine, le gouvernement d’Ahmadinejad  « encourage » ses alliés palestiniens à changer fondamentalement de stratégie. Enfin, et cela expliquerait ces révélations du Wall Street Journal, des milieux d’affaires américains encourageraient le président Obama à adopter une attitude modérée à l’égard de l’Iran et à faire pression pour un assouplissement de l’attitude du gouvernement israélien.

 

ahmadinejad.jpg

Ahmadinejad veut à tout prix éviter une attaque conjointe

US - Israël sur l'Iran.

 

Si les choses tournent ainsi, c’est une excellente nouvelle. Et cela veut dire que la génération montante veut vivre autrement. Des deux côtés, elle le mérite.

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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 23:02

Croissez et multipliez

 

Tel est le mot d’ordre que Jésus Christ lança aux apôtres. L’objet de l’Eglise est clair : le prosélytisme. Et l’Eglise catholique, apostolique, romaine comme d’ailleurs toutes les Eglises depuis des siècles, s’occupe en priorité de l’enseignement et de l’éducation afin de faire un maximum d’ouailles. Pour ce faire, elle a élaboré le plus grand et efficace réseau éducatif au monde.

 

Dès sa proclamation d’indépendance, la Belgique fut confrontée à la question de l’enseignement, l’Eglise voulant garder ses prérogatives en la matière. Un compromis a été élaboré où la liberté de l’enseignement fut inscrite dans la Constitution de 1831. Un enseignement catholique, dit libre, fut mis en place. L’Eglise s’appropria l’Université de Louvain  qui avait été rouverte par les Hollandais avec le statut d’établissement d’Etat. En réaction, les libres penseurs fondèrent l’Université libre de Bruxelles. Une cohabitation hostile émailla l’histoire de la Belgique depuis. Le conflit atteignit son paroxysme en 1957 lorsque le Ministre socialiste Collard de l’Instruction publique prôna la fondation de l’école pluraliste. Les catholiques jaloux de leurs privilèges en matière d’enseignement, déclenchèrent une véritable révolte et le gouvernement dut abandonner son projet. Un pacte scolaire s’ensuivit qui fixa les « frontières » entre les deux réseaux d’enseignement, l’officiel et le « libre » et une stricte égalité de traitement plus ou moins respectée. Depuis lors, il n’y eut plus de conflit majeur, mais l’enseignement libre a vu sa puissance s’accroître par la fondation de l’Université de Louvain la Neuve et l’enseignement officiel est affaibli par la crise économique qui provoque des restrictions budgétaires trop fortes.

 

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Léo Collard déclencha une tempête

avec son projet d'école pluraliste.

 

L’enseignement libre catholique a réussi à se développer bien plus que son concurrent, même s’il subit aussi la crise. Pour comprendre son principe, il faut se référer à un des dirigeants du pouvoir organisateur qui déclara publiquement que l’objectif de l’enseignement catholique est « d’évangéliser ». Autrement dit, cette communauté éducative n’a pas comme priorité la diffusion du savoir. Cette déclaration est fondamentale est une explication des scandales de pédophilie dont le corps ecclésiastique belge s’est rendu coupable.

 

Il serait stupide de nier la qualité pédagogique d’une partie de l’enseignement libre qui a donné de grands savants comme le chanoine Lemaître et le mathématicien de la Vallée Poussin, des médecins de qualité, des ingénieurs, des écrivains, etc. C’est le système qui est en cause. La tutelle qu’exerce l’Eglise sur ces écoles est sans doute la cause principale des graves dérives pédophiles qui sont mises sur la place publique depuis quelques années.

 

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Louvain la Neuve : une formidable conquête de

l'enseignement catholique

 

On dit que l’Eglise n’est pas une secte. C’est exact. Elle ne répond pas aux critères juridiques établis par des commissions d’enquête parlementaire dans plusieurs pays suite à l’expansion inquiétante du phénomène sectaire dans les sociétés européennes. Elle a cependant dans son organisation un point commun avec les sectes : son enfermement. Ses prêtres ne sortent que pour « évangéliser », c’est-à-dire dans certains cas, enseigner et dans d’autres, faire du prosélytisme.

 

Or, c’est dans les écoles et dans les mouvements de jeunesse catholiques que les cas de pédophilie se sont multipliés de manière telle qu’ils constituent un système. Et ce, depuis longtemps. Il suffit de lire dans la littérature française du XIXe siècle et du début du XXe, les descriptions des relations ambiguës entre des jeunes gens et des prêtres chargés de leur éducation. Tout cela est resté plus ou moins secret à cause de cet enfermement, à cause du refus de traiter de la sexualité, de sa diabolisation, à cause du véritable privilège spirituel de l’Eglise qui a pour conséquence qu’elle est intouchable en tant qu’institution et que ses prêtres ne peuvent être soumis aux lois de la nation dans l’exercice de leur ministère. L’Eglise qui se veut être un moteur spirituel, une force politique et intellectuelle, n’est pas dans la société. Elle s’affirme être au dessus de la société.

 

Dans la réalité, elle ne reconnaît pas l’Etat. Elle a sa propre justice basée sur le droit canon qui est imposé par Rome. D’ailleurs, dans l’histoire, chaque fois que l’Eglise a dû s’incliner devant les règles publiques, les pouvoirs politiques ont dû l’imposer. Ce fut le cas par exemple de Napoléon qui imposa les règles de gestion des biens de l’Eglise en 1814, règles toujours en vigueur. Ce fut le cas en France avec la fameuse loi de 1905 qui fixa le principe de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Loi remise en question par l’actuel président français. La Belgique qui a été dirigée pendant pratiquement toute son histoire par le parti catholique, n’a pas réussi à placer l’Etat au-dessus de l’Eglise. La faiblesse de l’Etat en l’occurrence est une explication.

 

Depuis deux décennies, et surtout depuis l’affaire Dutroux, l’opinion publique mondiale est sensibilisée par la pédophilie qui était considérée auparavant comme une déviance coupable, certes, mais non majeure. Des affaires d’abus sexuels sur des mineurs de la part de prêtres catholiques sont dénoncées un peu partout. Cela provoque une gêne considérable pour l’Eglise catholique dont la haute hiérarchie voit dans ses affaires à rebondissements un danger majeur. Tout d’abord, on tenta d’étouffer en dépit de la révolte de l’opinion, du peu de cas fait aux victimes et surtout, de la protection des coupables.

 

Un exemple : la Justice des Etats-Unis a réagi rapidement face aux accusations de pédophilie contre le clergé catholique américain depuis 1990. Des prélats et des prêtres ont été auditionnés. Benoît XVI a dû réagir fermement en « nettoyant » la hiérarchie de l’Eglise américaine. On va comprendre pourquoi il a agi ainsi, alors qu’il a été bien plus passif en d’autres cas.

Deux documents, le « Crimen sollicitationis » et le « De delictis gravioribus » déclenchent la citation en justice, en février 2005, du cardinal Ratzinger, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi en charge des procédures ecclésiastiques à propos des prêtres pédophiles. Citation faite devant la cour du district du comté d'Harris (Texas) aux motifs d'« obstruction à la justice ».

En effet, selon l'accusation, le texte émanant de la congrégation pour la doctrine pour la foi favoriserait la protection de prêtres impliqués aux Etats-Unis dans des cas de violence et d'abus sexuels sur des mineurs. En février 2005, la cour de justice américaine précitée fait partir un ordre de comparution à l'adresse du préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Josef Ratzinger. Toujours la protection !

Trois mois après, Josef Ratzinger est élu pape. Ses conseillers juridiques aux Etats-Unis s'adressent alors au département d'Etat américain pour demander l'immunité diplomatique en sa faveur. L'administration Bush, ce n’est évidemment pas surprenant, répond favorablement à cette demande. Toute l’affaire qui a pourtant déclenché un scandale majeur aux USA, est donc étouffée.

 

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Benoît XVI défend l'Eglise contre tout le monde.

 

En Belgique, les cas dénoncés se multiplient. Le cardinal Danneels, prélat de Belgique, connaît des difficultés avec la Justice pour être accusé d’avoir couvert un prêtre pédophile, l’abbé Vanderlyn, en 1996. Lors du mariage du prince Philippe, héritier du trône de Belgique, en 1999, des téléspectateurs reconnaissent dans le chef des choristes lors de la cérémonie religieuse, un prêtre pédophile qui sera d’ailleurs condamné en Justice puis réhabilité par l’Eglise. Le cardinal Danneels a toujours nié avoir couvert des abus sexuels sur des mineurs commis par des prêtres et a même considéré que ces accusations étaient absurdes. Le journal français Libération écrit le 3 mars 1997 : « Les enquêteurs semblent, eux, convaincus que le prêtre a fait l'objet de protections. Avec cette affaire, c'est plus généralement le comportement de l'Eglise catholique qui est mis en question. Jusqu'alors préservée des scandales, au même titre que le roi des Belges, l'Eglise semble manier deux discours. Elle a certes su, après le début de l'affaire Dutroux, condamner les déviances de certains membres du clergé. L'année dernière, le cardinal a d'ailleurs demandé pardon, à la télévision, à toutes les victimes des prêtres déviants. » Il y a un vent de panique à Malines. Danneels fait ouvrir une ligne téléphonique pour l’écoute des victimes. Le délégué aux droits de l’enfant de l’époque, Claude Lelièvre, réplique que cette ligne existe déjà dans son institution dépendant de la Communauté française de Belgique.

 

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Godfried Danneels n'a pas fait la lumière

sur cette question majeure.

 

En 2010, le cardinal Godfried Danneels laisse la place au très contesté Mgr André Léonard, évêque de Namur. Entre temps, comme dans d’autres pays, de nombreuses plaintes pour des abus sexuels commis par des prêtres sont déposées. Danneels fonde au sein de l’Eglise une «  Commission pour le traitement des plaintes pour abus sexuels commis dans le cadre d’une relation pastorale ». Cette commission porte le nom d’Andriaenssens, son président. En réalité, elle est chargée de traiter les plaintes des victimes afin de les indemniser et surtout d’éviter qu’elles aillent ester en Justice. Si l’Eglise envisage des indemnisations, elle ne fait rien pour que les abuseurs soient punis. De là à penser qu’elle les protège, il n’y a qu’un pas. La question prend une toute autre proportion en avril 2010. L’évêque de Bruges, un haut prélat, est convaincu d’abus sexuels sur mineurs. Il est contraint à la démission. Le tout frais émoulu archevêque de Bruxelles Malines est quant à lui obligé de réagir fermement. En dehors de déclarations musclées, rien de concret. Comme si on voulait laisser passer l’orage.

Cependant, le système est évidemment déstabilisé dès lors que le secret soigneusement enfoui remonte à la surface. Par un effet de miroir, les dérives affectives et sexuelles des uns déstabilisent les autres, alors même qu'ils ne sauraient raisonnablement être accusés des mêmes turpitudes. En réalité, l'équilibre du système -aujourd'hui de plus en plus fragilisé- repose sur un déni réciproque et secrètement complice. Personne n'a intérêt à lever le lièvre.

 

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André Joseph Mutien Léonard est bien ennuyé !

 

Toute institution tend à se protéger elle-même, à se couvrir, à éviter le discrédit. Les hommes d'Eglise ne font pas exception à la règle. Mais ce qui choque, c'est le contraste entre la prétention d'être au-dessus du sort commun des hommes en assénant à l'humanité entière des leçons de morale, et la réalité effective.

 

Toutes ces tergiversations, ces dénégations, ces « protections », une opinion publique de plus en plus révoltée, des victimes laissées pour compte ou subissant des pressions, un réel sentiment d’impunité font que la Justice belge a décidé de frapper un grand coup. Jeudi 24 juin, une perquisition a été organisée au sein même de l’épiscopat. Des documents, des ordinateurs sont saisis. On a même ouvert des tombes d’anciens prélats qui venaient d’être rénovées. Horresco referens !

 

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Des perquisitions qui font du bruit !

 

L’affaire ébranle toute l’Eglise jusqu’au Vatican. Benoît XVI réagit dimanche 27 juin comme n’importe quel justiciable prompt à dénoncer les abus des magistrats et des policiers, ces perquisitions effectuées "avec certaines modalités surprenantes et déplorables" par la police belge dans des locaux de l'épiscopat local, dans le cadre d'une enquête sur la pédophilie dans ce pays. « Je désire vous exprimer, cher Frère dans l'Épiscopat, ainsi qu'à tous les Évêques de Belgique, ma proximité et ma solidarité en ce moment de tristesse, dans lequel, avec certaines modalités surprenantes et déplorables, des perquisitions ont été menées y compris dans la cathédrale de Malines et dans les locaux où l'Épiscopat belge était réuni en Session plénière », écrit le pape dans un message en français adressé au chef des évêques belges, l'archevêque André-Joseph Mutien Léonard.

Autre conséquence, plus sérieuse celle-là, la commission Andriaenssens démissionne collectivement. Son président est longuement entendu par les enquêteurs qui cherchent à savoir si cette commission n’a pas voulu étouffer des plaintes et couvrir des coupables. Ses déclarations à la sortie de son interrogatoire, sont claires : surtout que les victimes ne déposent pas plainte ! Il n’est donc pas question que la société civile s’en mêle. C’est une affaire interne à l’Eglise, point barre !

 

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Adriaenssens : circulez, il n'y a rien à voir !

 

Le plus effarant est ce que rapporte le journaliste du « Soir » Marc Metdepenningen le 26 juin : « l’ex-magistrate Godelieve Haselberghe et les membres de la première Commission »avaient pris, en toute discrétion, la décision de démissionner de leurs fonctions en février 2009, constatant que l’Eglise, en dépit, nous dit-elle, de « cette initiative généreuse et sincère que constitua la création de la Commission » refusa d’assumer les conséquences de ses constats et recommandations : essentiellement l’indemnisation des victimes. « J’étais face aux victimes, j’ai écrit 7 ou 8 fois aux prélats sans recevoir de réponse. J’ai découvert l’envers de la façade qu’entendait montrer l’Eglise ». Le point de rupture et sa décision de démissionner : les questions financières, l’indemnisation des victimes. Dans un document adressé à l’évêque de Tournai Mgr Harpigny, révélé naguère par Michel Bouffioux dans « Paris-Match », et dont nous répète le contenu Mme Haselberghe, elle constatait : « Il nous a été dit (par l’Eglise) que par le fait de la prononciation des vœux de « chasteté, pauvreté, obéissance », les prêtres et les religieux appartiennent à une caste supérieure à celle dans laquelle se trouvent ceux qui n’ont pas prononcé ces vœux et que ceux qui se trouvent dans une caste supérieure ne sont nullement soumis au paiement d’indemnités ». Et un autre rapport interne à la Commission ajoutait : « Dès qu’il sera connu que l’Eglise dédommage les victimes, il y aura un énorme afflux de plaintes. Les statistiques révèlent que pas moins de trente enfants peuvent être approchés par un religieux ou un séculier ; ce nombre peut même s’élever à soixante enfants. Il y a un risque de faillite de l’Eglise, avec comme conséquences la faillite d’œuvres caritatives. La Commission a fait observer qu’un fonds financier pourrait être créé. La réponse a été qu’un tel fonds à créer entre les différentes congrégations ne verrait jamais le jour : jamais les ordres financièrement plus riches n’accepteraient de verser une contribution plus élevée qu’un ordre financièrement moins pourvu ».

 

Quand on se souvient que Sarkozy avait osé déclarer au début de son quinquennat que le curé a un rôle plus important que l’instituteur. L’Eglise peut compter sur l’appui du « bras séculier » dans certains pays et estimer que la loi de Dieu, c’est-à-dire la sienne, est supérieure à la loi des hommes.

 

 

Dans ce débat, que deviennent les victimes ? Quand punira-t-on les coupables ? Quand la société civile aura-t-elle le courage d’imposer la loi qui est celle du peuple et de faire comprendre aux hiérarques ecclésiastiques qu’ils n’appartiennent pas à une caste supérieure et qu’ils sont soumis au principe d’égalité entre les citoyens, d’égalité devant la loi ?

 

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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 13:30

Deux millions de travailleurs dans la rue, jeudi 24 juin, une unité syndicale enfin retrouvée, une réprobation unanime, c’est bien, mais cela a un goût de trop peu. La réforme des retraites concoctée par la droite ultralibérale au pouvoir en France depuis 2002, cela a difficile à passer, mais on finira par l’avaler malgré tout.

 

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Une mobilisation qui a un goût de trop peu.

 

Pourtant, la méthode est de plus en plus dure. Une réforme préparée dans le secret, annoncée à la veille des vacances, débattue a à l’Assemblée nationale à la mi-juillet, c’est du jamais vu. Le procédé devient de plus en plus totalitaire : plus de concertation, ou concertation bidon ; débat inexistant, raisonnements du genre « C’est à prendre ou à laisser ! » ou « Il n’y a pas d’alternative ! ». Et, allons-y, enlevez, c’est pesé ! La méthode Sarko, quoi. Et l’on annonce encore plus « dur » pour la rentrée !

 

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Sarkozy et Woerth : un objectif clair de

démantèlement de l’Etat Providence

 

L’objectif ? Il est clair, il a été exprimé dès 2007 : démanteler le modèle social. L’ami commun à Sarkozy et à Strauss-Kahn, ex-numéro 2 du Medef, Denis Kessler, l’a dit ouvertement : supprimer le programme du Conseil National de la Résistance. Ce programme instituant un système de sécurité sociale basé sur la solidarité et jetant les bases d’une démocratie sociale est le fruit d’un accord pris entre les principaux mouvements de Résistance, des communistes aux gaullistes, à la fin de l’occupation en France, pour mieux organiser et avec plus de Justice, la société française d’après guerre. Les principes édictés dans ce programme ont une telle importance qu’il figure en préambule de la Constitution de 1958 et jusqu’à présent, aucun président français n’a osé y toucher car il déclencherait la guerre sociale. Sarkozy, lui, est bien décidé à déclarer cette guerre et ce, depuis le début de son mandat, sans que cela ne déclenche un quelconque mouvement de protestations.

 

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Denis Kessler, ancien soixante-huitard, devenu idéologue du

Medef et de la droite néolibérale

 

La révolution sarkozienne

 

En 1979, personne ne crut que Margaret Thatcher, cette « épicière » atterrie au poste de Premier ministre du Royaume uni, allait profondément changer la structure sociale de la Grande Bretagne et, par la suite, celle de l’Europe.

 

En 2010, presque personne ne croit que Nicolas Sarkozy est en train de procéder à une véritable révolution en France, la démolition par étape de la France jacobine attachée à l’Etat garant des libertés et à l’Etat providence garanti par la Constitution. Beaucoup se sont laissés aveugler par le fameux côté « bling bling » et se gaussent de ses échecs apparents. Sarkozy a un art consommé du camouflage.

 

A-t-il une opposition ? Le seul parti pouvant prétendre renverser Sarkozy aux prochaines élections est le Parti socialiste. Assommé par la défaite de 2002, il n’en est pas encore remis. Il ne propose pas d’alternative et ne parvenant plus à reconquérir l’électorat populaire, il est contraint de se tourner vers le centre. Cela signifie la fin d’un programme de gauche pour un libéralisme légèrement teinté de « social ». L’alternative se pose ainsi : ou la droite libérale, c’est-à-dire Nicolas Sarkozy, ou la gauche de droite. Un seul homme peut incarner cette dernière : Dominique Strauss-Kahn qui fait son apprentissage au très néolibéral FMI.

 

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Le PS français ne s’est jamais remis du cuisant échec

du 19 avril 2002.

 

dsk.jpg                                                                                       Dominique Strauss-Kahn : seul  rival sérieux 

                                                                                       de Nicolas Sarkozy en 2012, mais  la  même                                                                                        vision ultralibérale                             

 

                                                                                             

Y a-t-il atteinte aux principes démocratiques ?  Oui et non. « Dans certains cas, bien entendu, l’adoption des politiques de libéralisation des marchés se fit de façon démocratique : l’élection de Ronald Reagan aux Etats-Unis et, plus récemment, celle de Nicolas Sarkozy en France en constituent des exemples frappants. » écrit Naomi Klein dans son dernier ouvrage la stratégie du choc (Actes Sud, 2008). Il faut rétorquer qu’aussi bien Reagan que Sarkozy n’avaient pas de rivaux sérieux. Concernant Reagan, Carter était tout à fait démonétisé après son cuisant échec en Iran et en France, Ségolène Royal ne faisait pas le poids face à Sarkozy et sa formidable machine de propagande. Pourtant, l’un comme l’autre, durant leurs campagnes respectives ont dit ouvertement ce qu’ils feraient. Ils habillèrent le tout du beau manteau de changement et cela a suffi à appâter l’électeur.

 

Malgré cela,  l’opinion publique européenne n’est pas prête à admettre le néolibéralisme : les délocalisations, la faillite provoquée des services sociaux collectifs, le démantèlement des services publics ne sont pas acceptés par une large majorité de citoyens. Mais dispose-t-elle des moyens pour l’exprimer ? Naomi Klein ajoute : « Dans de tels cas cependant, les croisés du libéralisme économique se heurtent à l’opposition du public et doivent adoucir ou modifier leurs projets radicaux, accepter les changements à la pièce plutôt qu’une reconversion totale. » C’est justement ce qu’a compris Sarkozy qui procède par petits paquets successifs et qui effectue un repli stratégique pour les projets par trop contestés  pour les réintégrer par après dans le contexte d’une loi, voire les faire temporairement oublier tant l’opinion publique n’est pas prête à les recevoir.

 

Cette politique des petits paquets finit cependant par transformer profondément la société française. C’est cela la révolution sarkozienne.  Cependant, c’est une révolution camouflée. Le « bling bling » fait partie de la stratégie de Sarkozy. Son divorce, son remariage, l’étalage de sa vie privée, les minauderies de Carla Bruni, tout cela ayant commencé le soir même de son élection par la réception qu’il organisa au Fouquet’s où il invita les patrons du CAC 40 et le sommet du monde médiatico – affairiste. Dès le départ, il annonça la couleur ! Nicolas Sarkozy n’est pas le président de tous les Français, mais le serviteur d’un clan.

 

Sarkozy n’est pas seul en Europe. Berlusconi dont on ne compte plus les frasques sexuelles, qui a su s’approprier les médias privés italiens et qui cherche à tuer la presse d’opposition et mettre la très officielle R.A.I. au pas, agit de la même façon. En plus, il tente de s’approprier l’Etat et particulièrement la Justice. Christophe Ventura, membre d’Attac France, fait une analyse pertinente de la politique de Berlusconi qui n’est pas aussi fantaisiste qu’en donnent les apparences.

 

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Silvio Berlusconi : la même ligne politique libérale et nationaliste

que Nicolas Sarkozy

 

« Rhétorique économique patriotique (Alitalia et critiques de la Banque centrale européenne) ; ouverture d'un marché de l'éducation ; mobilisation du secteur patronal ; stigmatisation de la figure de l'immigré ; renforcement de la libéralisation du travail et de la mise en concurrence des travailleurs ; enrichissement des catégories les plus aisées ; encadrement idéologique et soumission de la population aux logiques privées et de compétitivité (médias et éducation) ; recours test au tout-sécuritaire (armée dans l'espace public) : tels sont les axes d'un nouveau type de régime politique national. Ce mélange de néo-bonapartisme politique et social puise dans les registres de la personnalisation de l'exercice du pouvoir, de l'autoritarisme, de la répression et de la réaction, ainsi que du nationalisme libéral économique intégré au cadre de fonctionnement de l'Union européenne et au capitalisme mondialisé. »

Ce régime est singulier. Il emprunte, comme le fait Sarkozy, au néolibéralisme ses logiques de soumission de la société aux impératifs de l'économie et des marchés, et au patriotisme conservateur un discours de type nationaliste censé flatter et rassurer les classes moyennes et la petite bourgeoisie. Rappelons-nous le récent « débat » sur l’identité nationale en France. Il impulse également une forte mobilisation sécuritaire des institutions de l'Etat qui doit permettre, le cas échéant, le contrôle de la société et d'éventuels débordements sociaux. Politique cependant inefficace dans la protection des citoyens. Enfin, par une «communication d'Etat privée» rendue possible par la main mise de Silvio Berlusconi sur les médias, il développe une «privatisation de l'espace public»  afin de mieux le contrôler et le manipuler. Nicolas Sarkozy, bien qu’il ne dispose pas des moyens médiatiques de Berlusconi,  procède de la même manière avec la récente tentative d’appropriation du « Monde » par des intérêts qui lui sont proches.


Dans un contexte de ralentissement économique et d'explosion des inégalités sociales - amplifiés par l'onde de choc de la crise financière – les offensives berlusconienne comme sarkozienne  pourraient témoigner d'une évolution des formes du néolibéralisme en Europe : plus national, plus intimement géré par un Etat aux tendances répressives, et conduit par un exécutif fort, dans le cadre d'une «démocratie limitée». Mais il se heurte au capitalisme contemporain qui ampute  les gains des classes dirigeantes nationales, et il sécrète toujours plus de pauvreté, de mécontentements sociaux, de remises en cause intellectuelles, de concurrence entre les salariés, les travailleurs pauvres et les exclus du travail, etc.

L’erreur du « sarko/berlusconisme »


Recomposition/reconfiguration de bourgeoisies nationales ou d'intérêts de classes bourgeois nationaux dans le cours de la mondialisation : voilà l’erreur du « sarko/berlusconisme ». La « révolution sarkozienne » n’est que de transition. Ce type de pouvoir est voué à l’échec par la politique d’affaiblissement de l’Etat nation par l'Union européenne, sans compter l’influence grandissante des G8 et G20 qui transfèrent les pouvoirs de l’échelle nationale, en passant par la dimension européenne, au monde capitaliste. C’est la prise de pouvoir de la bourgeoisie financière mondialisée au détriment de la bourgeoisie industrielle et médiatique – celle du Fouquet’s –  qui n’a pas réussi à s’adapter à la nouvelle dimension. Et comme toute passation de pouvoir, elle génère des résistances. Rappelons-nous ce qu’écrivit Karl Marx dans le « Manifeste » : « 
La bourgeoisie a joué dans l’histoire un rôle éminemment révolutionnaire. » Elle le poursuit aujourd’hui et les Sarkozy et Berlusconi ne sont que ses instruments afin d’assurer la transition vers un capitalisme encore plus fort à l’échelle mondiale. Lorsqu’un spécialiste comme Jacques Attali dit : « Les lois sont nationales et les décisions sont mondiales », on ferait bien de l’écouter !

 

Jacques attali 

 

Jacques Attali : on ferait bien de l’écouter

de temps en temps.

 

Le capitalisme n’est pas malade, comme certains le prétendent, il poursuit son œuvre de destruction du système politique, social et économique actuel, basé sur l’Etat nation, puis sur l’Union européenne,  au profit d’un nouveau rapport de forces à l’échelle mondiale. C’est l’objectif de la fin de l’histoire proclamée durant la décennie 1990-2000 par le philosophe Fukuyama, qui connaîtra elle aussi son déclin et sa disparition.


 

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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 21:08

Voici un texte sous forme de conte qui explique la naissance et le développement du capitalisme. On rejette à tort la pensée de Karl Marx. Ce petit conte en fait un résumé clair et permet de tirer de fameuses leçons.

 

Bonne lecture

 

Un conte sur le capitalisme

Jordi SOLER ALOMA

Sur la planète Ómniun vivaient quatre habitants seulement. Chacun d’eux possédait une zone de la planète. Ils n’avaient pas de besoins physiques, car leur organisme était un circuit clos.

 

Dans la zone où vivait Admetus il y avait de petits cailloux de couleur bleue, tous de même taille et de même forme, avec lesquels il faisait des mosaïques sur le sol ce qui lui procurait un très grand plaisir esthétique. Dryads faisait de même, mais avec des cailloux de couleur verte, et de son côté Nyx en faisait tout autant avec des cailloux rouges tout comme Syrinx avec des cailloux jaunes.

 

Un jour, Admetus rêva qu’il faisait une mosaïque avec des cailloux de différentes couleurs et ce rêve l’impressionna énormément. Il se réveilla tout bouleversé et réfléchit : comment puis-je me procurer des cailloux d’autres couleurs ? Il s’en alla voir Dryads et lui raconta son rêve qui impressionna ce dernier également beaucoup. Alors, il lui demanda quelques-uns des cailloux de couleur verte qu’il possédait. Dryads lui répondit qu’il devait aller les chercher dans une grotte et que cela lui prendrait un certain temps. Admetus lui répondit qu’il attendrait le temps nécessaire.

 

Dryads se dirigea donc vers sa grotte, mais en chemin il pensa que lui aussi il aimerait bien faire une mosaïque de plusieurs couleurs et que puisqu’il rapporterait à Admetus des cailloux, ce dernier pourrait bien en faire tout autant pour lui-même. Lorsqu’il fut de retour avec une douzaine de cailloux, il dit à Admetus qu’il voulait des cailloux bleus. Admetus fut d’accord et lui dit qu’il ne tarderait pas longtemps. Au bout d’une demi-heure, il revint avec douze cailloux bleus. Dryads resta songeur un moment. Il avait mis quatre heures pour rapporter douze cailloux alors qu’Admetus n’avait mis que trente minutes.

 

Dryads fit un rapide calcul et expliqua à Admetus que s’il avait obtenu 12 cailloux en 30 minutes, chaque caillou avait requis 2,5 minutes. De sorte que dans le temps nécessaire à Dryads pour obtenir un caillou vert, Admetus, lui, avait obtenu 8 cailloux bleus. Admetus, chagriné, convint qu’il avait raison et échangea 8 cailloux bleus contre 1 caillou vert. La première transaction économique de la planète Ómnium venait d’avoir lieu.

 

Ce que venaient de faire Dryads et Admetus c’était calculer la valeur de leurs cailloux respectifs en fonction du temps nécessaire pour les obtenir. Il était par conséquent établi que :

8 cailloux bleus = 1 caillou vert.

 

Du point de vue d’Admetus, les 8 cailloux bleus n’avaient pas d’autre valeur que le fait d’avoir investi un certain temps pour leur obtention, alors que le caillou vert possédait la valeur de pouvoir être utilisé comme élément innovant dans sa mosaïque : c’est-à-dire qu’il avait une « valeur d’usage ». Admetus voyait dans cette « valeur d’usage » le reflet de ses 8 cailloux bleus (c’est-à-dire, la « valeur d’échange » de ses cailloux bleus s’exprimait dans la « valeur d’usage » du caillou vert). Cette relation donnait à un caillou vert la qualité d’être l’équivalent de 8 cailloux bleus, c’est-à-dire conférait à un caillou vert la propriété d’être directement échangeable contre 8 cailloux bleus, d’être par conséquent le miroir dans lequel les cailloux bleus pouvaient voir l’image de leur valeur (invisible autrement).

 

Admetus avait, en outre, besoin de cailloux rouges et jaunes pour réaliser la mosaïque de son rêve. Il rendit donc visite à Nyx et à Syrinx avec qui il établit respectivement que :

4 cailloux bleus = 1 caillou rouge
2 cailloux bleus = 1 caillou jaune

Comme il leur manquait encore les concepts pour se référer à ces nouvelles situations qu’ils venaient de créer, ils nommèrent cette façon de mettre les cailloux bleus en rapport avec les autres cailloux pour fixer leur valeur « forme relative de la valeur », et la propriété que possédaient les autres cailloux de refléter la valeur (autrement invisible) des cailloux bleus « forme équivalente ». Désormais, ils possédaient une grille pour la valeur des cailloux bleus :

1 caillou vert
8 cailloux bleus = 2 cailloux rouges
4 cailloux jaunes

Ils nommèrent cette liste : « forme dépliée de la valeur » et ils nommèrent le procédé précédent pour le distinguer de celui-ci : « forme simple ».

 

Dès lors, tous les cailloux reflétèrent leur valeur en cailloux bleus. Cela convertit les cailloux bleus en l’équivalent universel, de sorte que chacun voulait posséder des cailloux bleus pour pouvoir les échanger sans aucune difficulté contre des cailloux d’autres couleurs. Ils nommèrent cette norme établie pour l’échange « forme argent » et les cailloux bleus commencèrent à prendre le nom d’« argent » au lieu de cailloux bleus.

 

Admetus finit sa mosaïque. Il n’eut plus besoin d’autres cailloux. Cependant, les trois autres étaient encore en pleine réalisation de leur mosaïque. Il advint soudain qu’Admetus ressentit une immense paresse et lorsque les autres vinrent échanger leurs cailloux il leur dit qu’il n’en avait plus en magasin, mais il leur proposa un marché : Admetus les autorisait à pénétrer dans sa zone pour y chercher des cailloux bleus, mais à deux conditions : a) : ils devaient le faire selon un horaire déterminé, et b) : ils déposeraient tous les cailloux dans l’entrepôt d’Admetus et lui, Admetus, leur remettrait des petits rectangles de papier portant inscrite la quantité déterminée de cailloux bleus qu’ils représentaient et, en outre, en guise de compensation, chacun d’eux devrait réaliser une copie de sa propre mosaïque dans la zone d’Admetus. On convint aussi d’une clause de sécurité : Admetus pourrait devenir propriétaire de la zone de la planète appartenant à celui qui ne respecterait pas ce pacte. Comme les papiers d’Admetus remplacèrent ses cailloux en tant qu’équivalent, on commença à leur donner le nom d’« argent » (alors qu’en réalité ce n’étaient que des bouts de papier rectangulaires avec un nombre imprimé dessus). L’action d’échanger des bouts de papier contre des cailloux fut appelée « acheter » et l’action d’échanger des cailloux contre des bouts de papier fut appelée « vendre ». Le fait d’utiliser les cailloux dans la mosaïque s’appela « consommation ». La quantité de bouts de papier (argent) que chacun recevait en échange de son action de ramassage de cailloux fut appelée « salaire ».

 

Admetus comprit l’énorme pouvoir sur les autres que lui conférait le fait d’être l’émetteur de l’argent et le propriétaire des cailloux bleus. Il commença à en user pour s’amuser aux dépens des autres. La première chose qu’il fit ce fut d’acheter tous les cailloux jaunes que possédait Syrinx et il les vendit plus cher aux autres. Il en fit autant avec les cailloux d’autres couleurs. Finalement, tous les cailloux de la planète aboutirent dans l’entrepôt d’Admetus qui les disposa sur des présentoirs avec un numéro qui représentait le coût de chaque caillou (ce numéro fut appelé « prix »). Admetus fixa arbitrairement des prix élevés pour tous les cailloux, en même temps qu’il baissa les salaires de sorte que les autres furent incapables de respecter la clause de sécurité si bien qu’Admetus devint le propriétaire de la totalité de la planète. Désormais, il possédait tout. Que pouvait-il désirer de plus ? Il ne lui restait qu’une passion : accumuler (même au prix de la soumission des autres à l’esclavage salarial).


Nota : le lecteur est libre d’imaginer les prolongements ultérieurs du conte.

Jordi Soler Alomà
Rebelión
http://www.rebelion.org/noticia.php...

traduit par Manuel Colinas pour InvestigAction http://www.michelcollon.info/

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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 19:44

 

Le vote massif exprimé en Belgique en faveur du parti nationaliste N-VA, et aussi en faveur du Parti Socialiste Wallonie-Bruxelles, reflète un réflexe « identitaire et conservateur », a analysé mardi le chef du groupe écologiste au Parlement européen, Daniel Cohn-Bendit. Le « patron » des Verts européens a remis une couche : « C'est ce que j'appelle la culture Ligue Lombarde ou 'comment se protéger face aux problèmes de la mondialisation ».

 

cohn bendit01

 

Daniel Cohn Bendit : en réalité un ultralibéral

 

Certes, notre « ancien des barricades de mai 68 », comme dit la Presse (en réalité Cohn Bendit a participé et même dirigé l’occupation de la Sorbonne mais n’est jamais monté sur une barricade), a ses contradictions. Comme le fit remarquer à juste titre l’eurodéputé socialiste belge Marc Tarabella, il accueille « la » parlementaire européenne NV-A Frieda Brepoels dans son groupe (les Verts forment une association avec l’alliance libre européenne qui comprend les parlementaires régionalistes, afin d’avoir le poids d’un groupe parlementaire à part entière). Et le député PS vraiment mécontent estime qu’il est « regrettable de voir certains vautours se faire de la publicité médiatique sur la faiblesse passagère de certains Etats membres ». Cela n’a pas empêché Cohn Bendit de lancer l’estocade finale : Les scrutins récents risquent de reléguer au second plan la présidence belge, mais aussi la présidence hongroise qui la suivra. « Peut-être qu'on va découvrir tout d'un coup qu'on n'a plus besoin de la présidence tournante. On va s'apercevoir que l'Europe peut fonctionner sans présidence tournante », autrement dit avec le moins possible d’intervention des Etats membres, en clair, la dictature de la Commission.

 

Marc Tarabella 440

 

Marc Tarabella ne s'en laisse pas raconter.

 

Cela vole bas ! Cependant, Dany dit le « Rouge» suit sa logique ! Il est clair que le vote en Belgique a été motivé surtout au Nord du pays par une volonté d’autonomie de la Flandre et au Sud du pays par le rejet des programmes d’austérité que l’Europe veut imposer à tous les Etats membres. Deux formations aux antipodes de l’échiquier politique se retrouvent côte à côte.

 

Dany Cohn Bendit qui a depuis longtemps remisé son vernis « rouge » au placard pour un « vert » de plus en plus bleuté de néo-libéralisme, ne supporte pas les mouvements sociaux issus de ce qu’on a appelé la crise grecque et considère comme ringard toute défense des conquêtes sociales. En bon mondialiste, il rejette aussi toute velléité d’autonomie régionale ou nationale. Aussi, son analyse du scrutin belge du 13 juin est conforme à son schéma : une mondialisation libérale ne peut accepter des Socialistes « conservateurs » associés à des nationalistes « identitaires ».

 

De-Wever.jpg

 

Le nationaliste Bart De Wever et le social

démocrate Elio Di Rupo ensemble. Ce n'est pas

si étonnant !

 

Soit dit en passant, il est temps que le mouvement écologiste se réclamant des valeurs de la gauche surmonte ses contradictions. Sa division, comme c’est le cas en France, à cause du même Cohn Bendit, est nuisible à l’ensemble de la gauche.

 

Dans une Europe à la croisée des chemins (pour la première fois, son existence est menacée), on peut comprendre que Cohn Bendit soit inquiet. La montée nationaliste, voire de la droite dure – il a évoqué le cas des récentes élections en Hongrie – et celle de la gauche démocratique dans certains pays comme en Belgique et en France, entravent le projet ultralibéral européen. C’est sans doute la réponse à l’offensive du système bancaire sur l’Europe !

 

Cohn Bendit n’arrive pas à affiner ses analyses, on le sait. Mettre dans le même sac les sociaux démocrates et les nationalistes renverrait un étudiant en 1er Bac de Science po en septembre ! Il ne perçoit pas le danger que constitue la montée des sous-nationalismes qui, non seulement, représentent une menace pour l’Europe, un danger pour la démocratie et surtout, mais là le beau Dany s’en fout, un facteur de division du monde du travail qui a besoin d’unité comme de pain.

 

Di-Rupo01.jpg

 

Elio Di Rupo : un mandat impératif

des travailleurs

 

Ainsi, le rôle historique de la gauche politique est bien redéfini. Ce séisme électoral qui amène les nationalistes aux portes du pouvoir, tout en redonnant force et vigueur à la gauche sociale démocrate traduit à la fois une crainte majeure des peuples qui se réfugient dans le repli sur soi et un sursaut de rejet de l’ultralibéralisme par le monde du travail.

 

La gauche politique et le PS Wallonie- Bruxelles devront travailler avec cette contradiction. C’est le mandat impératif que leur ont donné les travailleurs d’Europe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 20:24

 

Si cela est vérifié, il s'agirait d'une découverte majeure : elle résoudrait le mystère des origines des comètes qui a intrigué la communauté astronomique depuis des siècles.

 

 

 

De nombreuses comètes parmi les plus célèbres, comme les comètes Halley, Hale-Bopp, et, plus récemment, la comète McNaught, auraient pu naître sur des trajectoires tournant autour d'autres étoiles et non autour de notre Soleil, selon une nouvelle théorie développée par une équipe internationale d'astronomes comprenant un post-doctorant de l'Observatoire de la Côte d'Azur (INSU, Université de Sophia Antipolis). Ce résultat est publié en ligne dans Science Express du 10/06/2010.

 

Cette équipe de chercheurs a développé des simulations numériques indiquant que le Soleil pourrait avoir capturé des petits corps glacés évoluant initialement autour d'autres étoiles tandis qu'il résidait encore dans l'amas d'étoile où il est né, créant ainsi un réservoir pour les comètes observées.

 

systeme-solaire-zoom.jpg 

 

Un zoom sur notre Système solaire depuis sa situation dans le nuage d'Oort (à droite) en passant par le Système solaire externe (au milieu) avec sa ceinture d'objets de Kuiper et les trajectoires des planètes géantes jusqu'au Système solaire interne (à gauche) avec les planètes telluriques représentées par leurs trajectoire en couleur et la ceinture d'astéroïdes.

 

Bien que le Soleil n'ait pas actuellement de compagnon stellaire, il s'est probablement formé dans un amas contenant des centaines d'étoiles rapprochées et enfouies dans une nuage de gaz. Pendant cette période, chaque étoile a formé un grand nombre de petits corps glacés (des comètes) dans un disque dans lesquelles des planètes se sont formées. La plupart de ces comètes ont été éjectées de ces systèmes planétaires pré-natals par les perturbations gravitationnelles de planètes géantes en cours de formation, devenant ainsi de petits membres flottant librement au sein de l'amas d'étoiles.

 

L'amas auquel appartenait le Soleil a subit une fin violente lors de l'évaporation du gaz provoquée par les jeunes étoiles les plus chaudes. Les nouvelles simulations numériques montrent que le Soleil a alors capturé par effet gravitationnel un grand nuage de comètes, tandis que l'amas se dispersait.

 

Le processus de capture est très efficace et conduit à la possibilité que le nuage de comètes contienne un "pot-pourri" qui échantillonne la matière d'un grand nombre d'étoiles similaires au Soleil.

 

Les indices en faveur du scénario suggéré par cette équipe viennent de la forme relativement sphérique du nuage de comètes (appelé nuage d'Oort) qui entoure le Soleil, à plusieurs dizaines de milliers d'Unités Astronomiques de celui-ci, s'étendant ainsi à mi-chemin de l'étoile la plus proche. Il a souvent été supposé que ce nuage s'était formé dans le disque proto-planétaire autour du Soleil. Cependant, les modèles détaillés montrent que plus de 90% des comètes observées du nuage d'Oort doivent avoir une origine extra-solaire.

 

"La formation du nuage d'Oort a été un mystère pendant plus de soixante ans et ce travail pourrait résoudre ce problème", explique Ramon Brasser de l'Observatoire de la Côte d'Azur à Nice.

 

Source: CNRS / INSU
 
Cordialement
Jean
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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 10:06

Que dit le Politique ? Jean-Luc Mélenchon, le leader du Front de gauche, avec son franc-parler bien connu a fait le constat suivant dans « Le Monde » du 11 mai 2010 : « Le constat est pourtant établi avant même le déclenchement de la crise. Dans un entretien au Financial Times (septembre 2007), Alan Greenspan, l'ex-président de la Réserve fédérale américaine, observait lui aussi cette "caractéristique très étrange" du capitalisme contemporain : "La part des salaires dans le revenu national aux Etats-Unis et dans d'autres pays développés atteint un niveau exceptionnellement bas selon les normes historiques."

De son côté, la Banque des règlements internationaux qui regroupe les banquiers centraux de la planète notait en juillet 2007 : "La part des profits est inhabituellement élevée et la part des salaires inhabituellement basse. L'amplitude de cette évolution et l'éventail des pays concernés n'ont pas de précédent dans les 45 dernières années." La Commission européenne, elle, a calculé, dans un rapport de 2007, que la part des salaires dans l'ensemble de l'économie française est passée de 66,5 % en 1982 à 57,2 % en 2006, soit une baisse de 9,3 points de la richesse totale du pays. Alors ? Tous menteurs et démagogues ?

 

melenchon1

 

Jean-Luc Mélenchon remet les montres

à l'heure

 

Ce partage injuste de la richesse est stable depuis vingt ans. C'est précisément parce que la révolution néolibérale a permis pendant tout ce temps au capital d'accroître sa ponction sur les salariés à mesure qu'ils produisaient davantage et moins cher ! Car le décrochage est bien plus fort : en 1982, salariés et chômeurs représentaient 84 % de la population active et se partageaient 66,5 % de la richesse, selon les chiffres de la Commission européenne ; ils constituent aujourd'hui 92 % des actifs, mais ne perçoivent plus que 57 % des richesses. Non seulement la part des travailleurs s'est réduite, mais elle est divisée entre davantage de salariés !

 

Cet appauvrissement du travail est odieux, car, depuis 1982, la richesse créée par actif a augmenté de 30 %. Ces fabuleux gains de productivité réalisés par les travailleurs ont été largement accaparés par le capital : dans les années 1980, 2 points de PIB par an étaient redistribués aux salariés ; depuis les années 1990, le ratio est tombé à 0,7 point de PIB par an ! »

 

 Que dit l’économiste ? Maurice Allais, seul prix Nobel français d’économie, né le 31 mai 1911, fut d’abord le prototype même de l’économiste libéral dit « classique », comme fondateur de la Société du Mont-Pèlerin en 1947, avec Friedrich von Hayek et Milton Friedman, les pères de l’ultralibéralisme, société dont l’objet était d’affaiblir l’Etat. En 1988, Allais reçut son Prix Nobel. En 1994, grand revirement, il rejeta les pratiques reaganiennes et devint un adversaire acharné du « libre échangisme », tel que l’applique la trop fameuse OMC fondée en 1995.

 

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Maurice Allais : le doyen des économistes

devenu "libéral-socialiste"...

 

Pour fêter ses 99 ans, Maurice Allais s’est livré à une critique féroce de ce « libre-échangisme ».dans la très confidentielle revue de l’Ecole des Mines. Il  s’inquiète de la destruction de l’agriculture et de l’industrie, sources profondes du chômage français, et en appelle à des solidarités régionales. Cette critique concernant la France s’applique à tous les pays industrialisés. Dans cet article intitulé « Les causes du chômage », le doyen des économistes règle ses comptes.

 

Allais affirme : « nous avons été conduits à l’abîme par des affirmations économiques constamment répétées, mais non prouvées. Par un matraquage incessant, nous étions mis face à "des vérités établies, des tabous indiscutés, des préjugés admis sans discussion. Cette doctrine affirmait comme une vérité scientifique un lien entre l’absence de régulation et une allocation optimale des ressources. Au lieu de vérité il y a eu, au contraire, dans tout ceci, une profonde ignorance et une idéologie simplificatrice. »

 

Il perçoit dans la crise financière actuelle, un poison majeur : « L’enjeu capital actuel est le risque d’une destruction de l’agriculture et de l’industrie françaises. Ce danger est réel et j’emploie le mot destruction car il est représentatif de la réalité. Un tel risque provient du mouvement incessant des délocalisations, elles-mêmes dues aux différences de salaires entre, d’une part, des pays développés tels que ceux de l’Amérique du Nord ou d’Europe de l’Ouest, et, d’autre part, ceux d’Asie ou d’Europe orientale, par exemple la Roumanie ou la Pologne », accuse t-il. Démonstration : « Un écart de salaire élevé, aussi extrême qu’un rapport de un à six par exemple, n’est pas supportable sur le long terme par les entreprises des pays où le revenu est plus élevé. »

 

Foxconn2.jpg

 

Les veinardes ! Elles ont obtenu 70 % !

 

Allais ne pose pas la question : est-ce supportable par les travailleurs des pays à salaires les plus bas ? En Chine, à Shenzhen, le drame de Foxconn est symptomatique. Ce géant taïwanais de l’électronique qui fabrique entre autres les composants des Ipad tant à la mode, dont plusieurs usines sont installées en Chine continentale – tiens, le conflit larvé entre la République populaire et la Chine nationaliste, est-il enfin résolu ? – connaît une vague de suicides sans précédent, tant les conditions de travail, particulièrement celles des femmes, sont proches de l’esclavage. Cela faisait tache pour l’image de la multinationale. Et puis, les travailleurs commençaient à résister. Aussi, pour tenter de calmer le jeu, le géant taïwanais vient d’annoncer une augmentation de 70% du salaire de ses employés. C’est fameux, 70 % ! Inimaginable en Europe, une telle revalorisation ! Mais, c’est comme un soir d’élections, les politiques parlent en pourcentage, jamais en nombre de sièges. C’est la même chose pour les salaires à Schenzhen : 70 %, c’est faire passer le salaire de 1200 à 2000 yuans, soit 243 Euros… ou de la misère à un peu moins de misère !  Et puis, cela donne une idée des marges réalisées par le sous-traitant des plus grands noms de l’électronique (Dell, HP, Nokia, Apple…), sur le dos des salariés chinois. En cela, l’économiste se tait : les marges exorbitantes des multinationales ayant délocalisé dans les pays sur le dos de centaines de milliers de travailleurs détruisent aussi notre tissu économique.

 

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Georges Ugeux : le banquier cachottier

 

Que dit le banquier ? Georges Ugeux, banquier belge, ancien président de New York Stock Exchange, la bourse de New York, candidat malheureux à la reprise de Fortis, actuel président d’une petite banque d’affaires, consultant et « blogueur », écrit dans son blog (hébergé par « Le Monde ») au sujet de la reprise éventuelle de la croissance : « C’est l’utilisation de la croissance : elle ne peut être enfouie dans des bénéfices sociaux accrus. Les demandes d’augmentation  des salaires, des pensions, des avantages accrus de soins de sante et des indemnités de chômage ne peuvent plus être rencontrées. Quant à la question de l’âge de la retraite, elle fait honte a ses défenseurs: elle ne tient pas compte des évolutions démographiques. C’est sur ces avantages que les premières mesures d’austérité ont été prises en Grèce. Le reste de l’Europe devra suivre. Plus encore,  nous n’avons pas un droit divin à un pouvoir d’achat plusieurs fois supérieur aux pays émergents. Nous allons vers un nivellement inévitable au niveau mondial. Cela implique une augmentation rapide du niveau de vie des pays émergents et une modération des pays industrialisés. »

 

On est en plein TINA (There Is No Alternative). En clair, alignons les salaires européens et les allocations sociales sur ceux de Foxconn et tout ira pour le mieux. Soyons solidaires : partageons la misère. C’est obligé et on ajoute la petite leçon de morale néo-capitaliste  : nous n’avons pas un droit divin à un pouvoir d’achat décent. Nous sommes tous des Grecs « austérisés ». Quant aux richesses, elles restent entre les mains du système bancaire qui saura quoi en faire, mais cela, le banquier le tait.

 

Tout cela apparaît comme du déjà vu : socialisons les charges et réduisons-les en les alignant sur le niveau le plus bas et privatisons les gigantesques profits.

 

Eh bien ! Prenons le banquier à la lettre : Oui, nous sommes tous des Grecs et des travailleurs de Foxconn, car, comme eux, nous apprendrons à résister.

 

 

 

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 17:00

Noam Chomsky, linguiste américain, Juif, vivant à New York, est considéré par beaucoup comme le plus grand intellectuel de notre temps. Ses analyses critiques sont toujours considérées, même si beaucoup ne partagent pas ses idées. Cependant, Noam Chomsky a une qualité essentielle : il exerce son esprit critique sur les événements le plus "sensibles" sans céder à l'émotion, mais animé par une pensée libre et imprégnée de Justice. On en a tellement peur qu'il a été très mal reçu en France où, à l'exception notable de celui de Mattéi "Ce soir ou jamais" sur France 3, les plateaux de télévision lui ont été fermés et les interviews dans la grande presse française lui furent évités. Ah! Le courage des grands intellectuels parisiens...

 

Voici son analyse sur l'affaire de la flottille où la propagande israélienne et occidentale a réussi à semer le doute dans les esprits souvent par des procédés dignes de la pire époque stalinienne, avec en plus la technologie de com' tant utilisée aujourd'hui pour nous ahurir.

 

L'esprit critique sans haine, voilà le caractère fondamental de la pensée de Chomsky. Son analyse sur le drame de la flottille humanitaire et la situation actuelle à Gaza et en Israël clôt pour le moment le débat. A moins que...

 

La véritable menace à bord de la Flottille de la Liberté (In These Times)

Noam CHOMSKY
La Flottille de la Liberté défiait la politique israélienne qui consiste à saboter toute solution au conflt Arabo-israélien basée sur des décisions et accords internationaux et devait donc être écrasée.

L’attaque violente d’Israël contre la Flotille qui transportait de l’aide humanitaire à Gaza a choqué le monde entier.

 

Le détournement de navires dans les eaux internationales et l’assassinat de passagers constituent, bien sûr, un crime.

 

Mais le crime n’a rien de nouveau. Depuis des décennies, Israël détourne des bateaux entre Chypre et le Liban et tue ou enlève des passagers, et parfois les retient en otage dans des prisons israéliennes.

 

Israël présume qu’il peut commettre impunément de tels crimes parce que les Etats-Unis les tolèrent et que l’Europe en général leur emboite le pas.

Comme l’a fait remarquer le quotidien (britannique) The Guardian du 1er juin (2010), « Si un groupe armé de pirates somaliens avait accosté hier six navires en pleine mer, tuant au moins 10 passagers et en blessant beaucoup plus, une force d’intervention de l’OTAN se dirigerait dés aujoud’hui vers les côtes de la Somalie. » Dans ce cas, le traité de l’OTAN oblige ses membres à porter secours à un pays membre – la Turquie – attaqué en pleine mer.

Le prétexte avancé par Israël était que la Flotille transportait du matériel que le Hamas pouvait employer pour construire des bunkers pour tirer des roquettes sur Israël.

 

Ce prétexte n’est pas crédible. Israël peut facilement faire cesser la menace des roquettes par des moyens pacifiques.

Le contexte est important. Hamas a été désigné comme une menace terroriste importante lorsqu’il a remporté les élections libres en janvier 2006. Les Etats-Unis et Israël ont sévèrement renforcé leurs mesures punitives contre les Palestiniens, cette fois-ci pour avoir commis le crime de mal voter.

 

Le résultat fut le siège de Gaza, qui comprend un blocus naval. Le siège fut nettement durci en juin 2007 après une guerre civile qui a vu le Hamas prendre le contrôle du territoire.

 

Ce qui est communément décrit comme un coup d’état militaire du Hamas fut en réalité provoqué par les Etats-Unis et Israël qui ont ouvertement tenté d’inverser le résultat des élections remportées par le Hamas.

Ceci est connu depuis au moins le mois d’avril 2008, lorsque David Rose a révélé dans (le magazine) Vanity Fair que George W. Bush, le Conseiller en Sécurité Nationale Condoleeza Rice et son adjoint, Elliot Abrams (*), « ont soutenu une force armée sous les ordres de l’homme fort du Fatah Muhammad Dahlan, déclenchant ainsi une guerre civile sanglante à Gaza d’où le Hamas est sorti renforcé. »

 

Le terrorisme du Hamas comprenait des tirs de roquettes sur les villages israéliens avoisinants – un acte criminel sans aucun doute, mais un acte qui ne représente qu’une infime fraction des crimes couramment commis par les Etats-Unis et Israël à Gaza.

 

Au mois de juin 2008, Israël et le Hamas ont conclu un cessez-le-feu. Le gouvernement israélien a formellement reconnu que le Hamas n’a plus tiré une seule roquette avant qu’Israël ne viole le cessez-le-feu le 4 novembre de la même année pour envahir Gaza et tuer une demi-douzaine de militants du Hamas.

Le Hamas a offert un nouveau cessez-le-feu. Le gouvernement israélien a examiné l’offre et l’a rejeté, préférant lancer une invasion meurtrière sur Gaza, le 27 décembre.

 

Comme pour tous les autres états, Israël a le droit de se défendre. Mais Israël avait-il le droit d’employer la force dans Gaza au nom de son autodéfense ? Le Droit International, dont la Charte des Nations Unies, ne laisse aucun doute : un état a ce droit uniquement lorsqu’il a épuisé tous les moyens pacifiques. Dans ce cas précis, les moyens pacifiques n’ont même pas été tentés, malgré – ou peut-être à cause de – les bonnes chances d’aboutir.

Ainsi, l’invasion fut littéralement un acte d’agression criminel, et il en est de même pour l’attaque de la Flotille.

Le siège contre Gaza est cruel et son but est de maintenir les animaux en cage en état de survie, juste de quoi éviter les protestations internationales, mais guère plus. C’est le dernier volet d’un plan israélien à long terme, appuyé par les Etats-Unis, pour séparer Gaza de la Cisjordanie.

 

La journaliste israélienne Amira Hass, éminente spécialiste de Gaza, décrit les grandes lignes du processus de séparation. « Les restrictions imposées au mouvement palestinien qui ont été mises en place par Israël en janvier 1991 ont renversé un processus initié en juin 1967.

 

« A cette époque, et pour la première fois depuis 1948, une large portion du peuple palestinien vivait à nouveau sur le territoire en un seul morceau d’un seul pays – un pays occupé, certes, mais entier... » Hass conclut : « La séparation totale de la bande de Gaza de la Cisjordanie est une des plus grandes réussites de la politique israélienne, dont l’objectif ultime est d’empêcher toute solution basée sur des décisions et accords internationaux et d’imposer un accord basé sur la supériorité militaire d’Israël. »

 

La Flottille défiait cette politique et devait donc être écrasée.

 

Un cadre pour résoudre le conflit Arabo-israélien existe depuis 1976, lorsque les états arabes de la région ont présenté une résolution au Conseil de Sécurité qui appelait à la création de deux états le long des frontières internationales, en incluant toutes les garanties de sécurité exigées par la Résolution 242 de l’ONU qui fut adoptée après la guerre de juin 1967.

 

Ses principes les importants sont soutenus par pratiquement le monde entier, y compris par la Ligue Arabe, l’Organisation des Etats Islamiques (dont l’Iran) et les organisations non étatiques concernées, dont le Hamas.

Mais depuis trente ans les Etats-Unis et Israël ont toujours rejeté cet accord, à une exception prés qui est révélatrice et mérite d’être notée. En janvier 2001, au cours de son dernier mois du mandat, Bill Clinton a initié des négociations israélo-palestiniennes à Taba, Egypte, qui étaient sur le point d’aboutir, selon les participants, lorsqu’Israël a décidé de rompre les négociations.

 

Aujourd’hui encore, les conséquences de cet échec se font cruellement sentir.

 

Le Droit International ne peut pas être imposé aux états puissants, sauf par leurs propres citoyens. C’est toujours une tâche difficile, surtout lorsque l’opinion qui se fait entendre déclare que le crime est légitime, soit explicitement soit en instaurant tacitement un cadre criminel – ce qui est plus insidieux et rend les crimes invisibles.

 

Article original
http://inthesetimes.com/article/606...

Traduction VD pour le Grand Soir

(*) EN COMPLEMENT : Elliot Abrams : Membre du Conseil National de Sécurité, en charge de la "promotion de la démocratie et des droits de l’homme" (sic). Spécialité : Mensonges éhontés et couverture des escadrons de la mort au Guatémala. Autre personnage au service de la Miami Connection, conspirateur du scandale Iran-Contra, doit au pardon présidentiel de George Bush père de ne pas avoir connu la prison. Il est désormais membre du Conseil national de Sécurité où il est responsable de la « promotion de la démocratie et les droits de l’homme ». Comme si personne ne se souvenait qu’il a été le cerveau maudit de la guerre sale en Amérique centrale, qu’il a encouragé l’agression contre le Nicaragua et le Panama, que face aux commissions d’enquête du Sénat, il a défendu les pires excès des escadrons de la mort, niant les massacres et mentant sur les activités clandestines d’appui à la Contra nicaraguayenne. Chargé des affaires du Proche et Moyen Orient sous l’administration Bush.

 

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