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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 18:32
 
Il y a presque 30 ans, deux chercheurs montraient que les noyaux des planètes géantes comme Neptune et Uranus pouvaient contenir des quantités colossales de diamants sous forme solide. Des expériences montrent aujourd’hui qu'on peut imaginer des océans de diamant liquide parcourus d'icebergs...

Neptune.jpg

Neptune photographiée par Voyager 2

Lorsque les Beatles chantaient Lucy in the Sky with Diamonds, ils ne savaient probablement pas qu’il existait effectivement des nanodiamants flottant dans les espaces interstellaires et que l’on retrouve même dans certaines météorites.

beatles.jpg

Les Beatles ont chanté les diamants de
l'Univers sans le savoir.

En 1981, Marvin ross a été un des premiers à proposer qu'à l’intérieur des planètes
géantes que sont Neptune et Uranus de véritables cœurs en diamant devaient pouvoir se former sous l’action des pressions énormes agissant sur les composés carbonés détectés dans leurs atmosphères.


L’idée avait été reprise et poussée plus loin dans les romans d’Arthur Clarke faisant suite à 2001 : L’odyssée de l’espace. Après le contact de David Bowman avec le monolithe noir laissé il y a des millions d’années par une race d’extraterrestres au voisinage de Jupiter, l'esprit de l’astronaute avait été téléchargé dans un réseau de flux de lumière intégré à la structure en écume d’un espace-temps à plus de 4 dimensions. Ainsi dématérialisé, le nouveau Bowman se promenait à sa guise dans l'espace et découvrait en effet qu’un cœur en diamant occupait l’intérieur de la planète géante.

bowman 2001

Dans 2001, l'astronaute Bowman entraîné
vers le diamant.


L’idée qu’un astre puisse avoir un cœur en diamant n’est pas une spéculation de théoricien débridé. On savait par exemple depuis longtemps que le cœur d’une naine blanche composé de carbone devait finir par se cristalliser avec le temps et le refroidissement de l’étoile. Or, en 2004, un groupe d’astrophysiciens étudiant les pulsations d’une naine blanche située à environ 50 années-lumière dans la constellation du centaure, BPM 37093, annonçait que les méthodes de l’astérosismologie conduisaient à admettre qu’une fraction importante de la naine blanche avait bel et bien cristallisée sous forme de diamant.


Aujourd’hui, un groupe de chercheurs du Lawrence Livermore National Laboratory a publié dans Nature les résultats d’études portant sur le point de fusion du carbone à hautes pressions.


D’ordinaire, une phase liquide du diamant n’est pas observée en laboratoire car celui-ci se transforme alors en graphite avant que ne débute la fusion. Toutefois, en exerçant des pressions de l’ordre de 40 millions d’atmosphère à l’aide de faisceaux laser, il est possible d’obtenir une transition de phase partant du diamant solide plutôt que du graphite.


A leur surprise, une fois du liquide obtenu et alors que la pression baissait pour atteindre 11 millions d’atmosphères et que la température baissait aussi pour atteindre les 50.000 K, les chercheurs ont observé que non seulement des fragments de diamant solide réapparaissaient mais qu’ils flottaient, tels des icebergs à la surface du liquide.

Neptune et Uranus sont composées d’environ 10% de carbone et des conditions similaires aux précédentes doivent exister à grandes profondeurs dans ces planètes. Ils pourraient donc s'y trouver d’énormes icebergs en diamant flottant sur du carbone liquide.


Source Futura-Sciences
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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 14:41

L’homme d’Etat gaulliste, Philippe Séguin, qui vient de disparaître, a dû avoir une amère satisfaction avant de quitter ce monde. Dix-huit années après son adoption, l’ensemble du monde politique et financier européen reconnaît qu’on a fait fausse route avec le traité de Maastricht.


philippe séguin

La satisfaction d'avoir raison trop tôt
 

Ce qui se passe en Grèce marque sans doute le début de la fin de l’Euro, du moins l’Euro tel qu’il est aujourd’hui. Ce pays qu’on a toujours laissé quelque peu en marge de l’Union européenne car il a une politique fort peu atlantiste et est de religion chrétienne orthodoxe, connaît depuis décembre 2009 une crise sans précédent. De l’aveu même de son vice ministre des Finances, M. Philippos Sahinidis, la dette de la Grèce est évaluée à 300 milliards d'euros, ce qui est le plus haut niveau dans l'histoire moderne de la Grèce. Même chose pour le déficit budgétaire qui est le plus élevé depuis 16 ans. Dans le projet de budget de l'Etat pour 2010 voté au Parlement fin décembre, la dette publique s'élève pour 2009 à 272,3 milliards d'euros soit 113,4% du Produit intérieur brut (PIB), et ce projet prévoit pour 2010 une dette de 294,950 milliards (120,8% du PIB).

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La démocratie athénienne surmontera-t-elle cette crise ?

Le Premier ministre socialiste Papandréou a déclaré à qui voulait l’entendre qu’il allait lutter sans relâche contre la corruption et la fraude fiscale. On peut douter de la réalité de ces intentions lorsqu’on voit les énormes difficultés que rencontrent des Etats bien mieux équipés comme la Belgique ou la France dans la lutte contre la grande fraude fiscale.


George_Papandreou_-junior-.jpg

George Papandreou junior 
aura-t-il l'autorité nécessaire ?


Si la situation économique interne de la Grèce est alarmante, sa situation budgétaire est mauvaise, certes, mais pas insurmontable. L’Italie, par exemple, a une dette plus élevée. La France ne se trouve non plus dans une meilleure situation. Ce sont les agences de notation qui ont déclenché la panique. Ces agences sont au nombre de deux et avaient déjà joué un rôle néfaste lors de ce qu’on a appelé la « crise financière ».

 

Les agences Standard and Poor's et Fitch, ont tour à tour ont mis sous surveillance la note de crédit à long terme et abaissé la note de dette à long terme. L'abaissement mardi de la note de dette à long terme de la Grèce, de A- à BBB+, par Fitch est "important car il s'agit de la première dégradation dans la zone euro", a estimé un rapport de Goldman Sachs. Cette évolution négative vient s'ajouter à la mise sous surveillance, lundi, de la note senior ("A-") concernant les titres des banques grecques garantis par le gouvernement, par l'agence Standard and Poor's.

 

Cette agence avait déjà baissé en janvier dernier la note de dette à long terme de la Grèce de "A" à "A-". Après avoir ouvert mardi en légère baisse, la Bourse d'Athènes (Athex) chutait de 6,04 % à la clôture après l'annonce de Fitch. La note de Fitch "reflète le manque de crédibilité que la Grèce a malheureusement accumulé ces dernières années ainsi que la situation économique extrêmement difficile", a déclaré le ministre grec des Finances, Georges Papaconstantinou, à l'issue d'un entretien avec le gouverneur de la Banque de Grèce, Georges Provopoulos. Les notations des deux agences "ne tiennent pas compte des initiatives prises par le gouvernement et que l'eurogroupe a qualifié de pas dans la bonne direction ", a ajouté le ministre. Soumise à de fortes pressions depuis la crise de Dubaï, la Grèce se trouve dans le collimateur en raison surtout de l'explosion du déficit public, prévu à 12,7% du PIB, et de la dette à 113% du PIB pour la fin de l'année et à 120% en 2010. "L'annonce de S&P était attendue (...) la Grèce se trouve dans un carcan asphyxiant" et le gouvernement doit procéder "à des réformes structurelles et à des mesures de lutte contre l'évasion fiscale", a indiqué l'analyste Manos Hatzidakis de la société de courtage Pigasos.

 

On constate que ces agences de notation interfèrent dans la décision politique, puisqu’elles commentent des mesures prises par le gouvernement grec et fixent les nouvelles orientations à prendre, c’est-à-dire bien entendu des orientations néolibérales : réduction des dépenses publiques, des dépenses sociales, privatisations, etc. De plus, la lutte contre l’évasion fiscale ne sera qu’un vain mot si la Grèce ne bénéficie pas de la solidarité des autres Etats membres de l’Union européenne.

Cette dramatique situation a montré que la conception de la monnaie unique instaurée par le traité de Maastricht
, à savoir l’utopie d’une monnaie unique non accompagnée de la construction d’un Etat correspondant était inadéquate. Tous savaient que l’Europe n’était pas une « zone monétaire optimale ». Les avantages considérables de la monnaie unique (réduction des coûts de transaction et des risques de change notamment) n’ont pas dans le cas européen entrainé la construction d’une véritable zone monétaire homogène permettant de contenir des chocs asymétriques entre pays. C’est que les disparités structurelles : degré d’ouverture extérieure, spécialisations, régime des prix et des salaires, régimes démographiques etc. ne se sont guère estompées avec le temps. Ce qui signifiait le maintien de dispersions de croissance, de dispersions de revenus par tête, de dispersion de taux d’inflation etc. Tous phénomènes, qui au fond existent aussi dans cet immense territoire américain équipé d’une monnaie unique (le dollar) mais qui est contenu par un appareil fédéral de transferts fiscaux, sans équivalent en Europe. Les zones déprimées par un choc, peuvent aux USA, bénéficier de transferts en provenance de zones en expansion, ce qui est quasi impossible au sein de la zone euro. L’Euro, à l’instar des voies ferrées pour le transport, ou les lignes pour l’acheminement de l’électricité, constituait un réseau universel permettant des rendements croissants. Mais la comparaison s’arrête vite, car si les réseaux ferrés et électriques assuraient la redistribution, par des politiques tarifaires notamment, et produisaient de l’universel au sein d’un espace national, l’euro en est bien incapable. Si donc la zone sud de l’Europe connait un déséquilibre de ses échanges avec la zone nord, il n’est d’autre recours que la dépression profonde, et l’impossibilité de construire un universel européen, avec les sentiments d’appartenance qui peuvent lui correspondre.

 

En définitive, l’Euro tel qu’il a été conçu, sert de monnaie d’échange dans une vaste zone de libre échange comme le souhaitaient les Anglo-saxons qui se sont bien abstenus d’y adhérer. Il ne pouvait en aucun cas être l’instrument d’une politique économique commune que l’on empêche volontairement en maintenant les disparités au sein de l’Union, et en faisant à la fois du dumping social comme le voulait la fameuse directive Bolkestein sur les services. Celle-ci a été remplacée par la directive McCreevy qui a été adoptée par le Parlement européen en novembre 2006.


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Simple monnaie d'échange !
 

Il faut ajouter que l’Union européenne ne s’est pas dotée des instruments pour porter secours à un Etat membre en difficulté. Les articles 123 à 125 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne interdisent même expressément que l’Union ou un Etat membre aide un Etat de l’Eurozone en difficulté, alors que cela est possible pour les pays de l’UE non-membres de la zone euro. Lors de la négociation du traité de Maastricht, en 1991, il a paru évident qu’il fallait responsabiliser les Etats, faute d’une politique économique et budgétaire unique : la certitude d’être sauvés aurait pu encourager les Etats les plus pauvres à faire du déficit. Cela étant, les Etats membres de la zone euro savaient, dès janvier 1999, que cette règle ne s’appliquerait pas : une fois la monnaie unique lancée, chacun aurait plus à perdre dans l’éclatement de la zone euro qu’en volant au secours d’un partenaire défaillant. Cela dit, à ce jour,  aucune mesure n’a encore été prise par l’Union pour permettre à la Grèce d’en sortir.

 

L’affaire grecque devrait servir de leçon à l’Europe. Il faut sortir de la non-politique, du laissez passer, de « la main invisible ». La seule Union possible est une union des politiques économiques et sociales.

 

On pourrait se demander pourquoi ce sont justement les pays de la zone euro qui souffrent le plus de la crise ? Depuis la mise en place de la monnaie unique, les pays concernés s’en sortent sur tous les plans moins bien que les autres : croissance économique, chômage, dette, pouvoir d’achat ? Aujourd’hui, 5 pays européens sont dans une tourmente financière sans précédent, et ces pays appartiennent à la zone euro : la Grèce bien sûr, mais aussi le Portugal, l’Italie, l’Espagne et l’Irlande. Les Anglais, toujours aussi courtois, appellent ce groupe de pays les « PIGS »…

Il ne s’agit pas d’ailleurs d’un effet du hasard : l’euro agit comme une contrainte en empêchant ces pays de jouer sur la variable monétaire pour s’en sortir et respirer un peu. L’euro fort les asphyxie et la monnaie ne pouvant plus jouer son rôle d’ajustement naturel en période de crise, c’est le taux de chômage qui assume cette fonction.

Face à ce constat, les dirigeants européens et la Commission de Bruxelles préfèrent se voiler la face. Comme toutes les idéologies désavouées par les faits, l’idéologie néolibérale incarnée par ses dirigeants fait le choix de l’accélération.


van-rompuy01.jpg

Le Premier européen partisan d'un gouvernement
économique européen
 

La seule solution est de remettre tout à zéro : revoir le traité de Maastricht de manière démocratique, instaurer un gouvernement économique européen – Van Rompuy, lui-même, l’a récemment souhaité – ayant une réelle politique monétaire, instaurer un vrai mécanisme de solidarité entre Etats membres sans toucher à leur souveraineté et non plus la politique de la « carotte et du bâton » qui fait la part belle aux plus forts – l’Allemagne et le Royaume Uni – et circonscrire le rôle de la Banque Centrale européenne à celui d’un Institut d’émission comme toutes les banques centrales dans le monde.

 

Le politique doit reprendre le dessus si l’on veut faire face aux prochains krachs qui ressemblent à s’y méprendre aux répliques d’un séisme majeur.

 

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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 20:36
Hubble est au mieux de sa forme, comme en témoigne le cliché dévoilé lors du congrès de la Société américaine d’astronomie (AAS), qui se tient cette semaine à Washington (E-U). Une vision d’une large portion du ciel de l’hémisphère sud, retraçant plus de douze milliards d’années de l’histoire de l’univers, a été obtenue grâce à la nouvelle caméra WFC3 (Wide Field Camera 3) installée à l’automne dernier sur l’observatoire spatial.

Les plus anciennes galaxies visibles sur ce cliché se sont formées entre 600 et 800 millions d’années après le Big Bang, ce sont les plus anciennes observées. C’est dans l’infrarouge que des galaxies éloignées de 12 à 13 milliards d’années lumière peuvent être 
détectées. Ceci fait d'Hubble une puissante "machine à remonter le temps" qui permet aux astronomes de voir des galaxies comme elles étaient il y a 13 milliards d'années, juste 600 millions à 800 millions d'années après le Big Bang. Des données qui sont indispensables pour comprendre l'Univers tel que nous l'observons actuellement.

La lumière orange permet d’observer des galaxies massives âgées de 8 à 10 milliards d’années, tandis que dans l’ultraviolet –à l’autre extrémité du spectre- apparaissent les jeunes étoiles situées dans des galaxies «pouponnières».

Cette mosaïque a été obtenue à partir des images prises en septembre et octobre 2009 par WCF3 et en 2004 par l’ACS (Advanced Camera for Surveys), deux instruments phares du télescope Hubble.

Sciences-et-Avenir
07/01/10

Crédit de la photo: NASA, ESA, R. Windhorst, S. Cohen, M. Mechtley, and M. Rutkowski (Arizona State University, Tempe), R. O'Connell (University of Virginia), P. McCarthy (Carnegie Observatories), N. Hathi (University of California, Riverside), R. Ryan (University of California, Davis), H. Yan (Ohio State University), and A. Koekemoer (Space Telescope Science Institute.

Cordialement
Jean
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Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex) http://www.astrosurf.com/apex-occult
European Asteroïdal Occultation Network (EAON) http://www.astrosurf.com/eaon/
Popular Astronomy http://home.versateladsl.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@base.be
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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 11:10

 

Le résultat de la votation suisse sur les minarets a été un électrochoc salutaire : elle a réveillé une opinion endormie sur un débat qui s’enlisait : la cohabitation de l’Europe et de l’Islam.

 

Des dogmes s’opposent depuis trois décennies dans ce débat sans conclusions. D’un côté, le dogme d’un « Occident assiégé » face à un Islam intolérant ayant pour objet de détruire nos valeurs menacées. De l’autre, le dogme du Musulman persécuté, haï, interdit d’exercer librement son culte et de pratiquer ses lois. Comme tous les dogmes, ceux-ci sont dictés par la peur et par la haine.

 

La votation suisse voulue par un parti populiste est le fruit de ces deux sentiments. Faut-il pour autant rejeter toute forme de référendum ? Certains, parmi ceux qui hurlent à l’imposture face aux résultats de la votation helvète, revendiquaient en d’autres temps le référendum d’initiative populaire. Cette attitude dénote de la malhonnêteté intellectuelle polluant ce débat. La démocratie directe ou représentative ne se partage pas et il faut avoir le courage d’aborder toutes les questions, surtout les plus délicates.


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Le référendum suisse : un électrochoc ?

L’enjeu est le suivant : parviendra-t-on à vivre « ensemble » entre deux communautés de cultures différentes que l’histoire a souvent opposées ? Il n’y a que deux possibilités, après avoir chassé les a priori de part et d’autres : l’intégration ou la société multiculturelle.

 

Les a priori ? Le dogme de « l’Occident assiégé ». Franklin D. Roosevelt dit dans son discours de prise de fonction du 4 mars 1933 : « La seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle-même. » Or, il semble qu’il y a toujours eu besoin de peur pour motiver les décisions les plus importantes. Peurs fictives pour la plupart et lorsqu’une crainte était fondée, on ne s’en soucia guère. Ainsi, la Seconde guerre mondiale avec son cortège de tragédies eût pu être évitée. Ici, cependant, il s’agissait d’une peur à l’égard d’une partie de l’Occident lui-même. On craignait d’ailleurs plus le communisme que le fascisme dans les milieux décideurs de l’époque. Sans doute est-ce une explication.

 

Après la chute du nazisme, une autre peur, déjà existante, domina : celle du communisme représenté par l’Union Soviétique qui aurait constitué une menace majeure pour l’Europe de l’Ouest qui venait d’être libérée. Or, les démocraties populaires portaient leur perte en elles-mêmes. Economie inefficace, sous-investissements, moyens ruineux consacrés à la défense servant avant tout de police interne de « l’empire », course effrénée aux armements imposée par la diplomatie dite de la terreur, autrement dit par l’adversaire capitaliste, les Etats-Unis d’Amérique. La chute de cet « empire » était dès lors inéluctable.  Et ce fut de l’intérieur que l’effondrement se produisit.

 

Nul, après près d’un demi-siècle de « guerre froide », n’osa déduire l’évidence : cette peur était injustifiée.

 

La crainte du communisme, désormais sans objet, fit place à une autre peur : celle de l’Islam. À nouveau la forteresse assiégée. À nouveau la logique binaire : l’Occident face à l’Orient. Cette appréhension est due à plusieurs facteurs : le conflit du Proche Orient qui s’éternise, l’immigration arabo musulmane, l’instabilité des principales zones d’approvisionnement énergétique des pays industrialisés. Elle a une apparence : la déferlante de l’Islam radical.

 

Cette peur a connu son paroxysme le 11 septembre 2001. L’hypermédiatisation de cette tragédie et son exploitation idéologique servirent à justifier deux guerres coûteuses, sans objectifs clairs, sans fin et sans vainqueurs. Ce ne sont plus des guerres idéologiques comme le furent celles de Corée et du Vietnam, mais des conflits marqués par « l’affirmation identitaire des puissances, qui s’appuient sur des civilisations millénaires. Il ne s’agit plus de la guerre froide d’antan. En effet, les puissances qui s’affrontent ne se fondent plus sur des systèmes idéologiques antagonistes, mais sur leur héritage historique, leur culture, voire leur religion, même si les intérêts économiques ne sont jamais très loin. » ([1])


11sep005.jpg

Le 11 septembre : une crainte excessive ? 


On est donc en plein « choc des civilisations ». Cet ouvrage de Samuel Huntington, professeur à l’Université de Harvard, membre du parti démocrate, récemment décédé, dont le titre exact The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order est plus explicite. Ce livre servit de base idéologique aux néoconservateurs américains (
[2]). Il part d’une erreur historique fondamentale dénoncée par Henry Laurens et consorts dans leur ouvrage « L’Europe et l’Islam » ([3]) selon
laquelle, il n’y aurait pas eu de contacts entre les différentes « civilisations » avant l’époque moderne. Dès lors, les « civilisations » se seraient développées chacune de leur côté et c’est la « civilisation » occidentale qui se serait avérée la meilleure de toutes. Aujourd’hui, celle-ci est en lutte avec les "civilisations" islamiques et chinoises pour conclure : « L’avenir des Etats-Unis et celui de l’Occident dépendent de la foi renouvelée des Américains en faveur de la civilisation occidentale. Cela nécessite de faire taire les appels au multiculturalisme à l’intérieur de leurs frontières. Sur le plan international, cela suppose de rejeter les tentatives illusoires d’assimilation des Etats-Unis à l’Asie. Quels que soient les liens économiques qu’entretiennent les sociétés asiatique et américaine. Le fossé culturel majeur qui les sépare excluent qu’elles se rejoignent. » ([4])  L’Asie ici est comprise ici dans son ensemble continental de l’Asie mineure à l’Extrême orient. Laurens, Tolan et Veinstein répondent : « S’agit-il de deux civilisations rivales, comme l’affirme Huntington, fondées sur des idéologies universalistes, concurrentes dans leurs ambitions expansionnistes, qui se heurtent en brandissant les bannières de la croisade et du jihad ? Ou plutôt, comme le soutient l’historien Richard Bulliet, de deux branches d’une même civilisation « islamo-chrétienne », dont les racines s’enfoncent profondément dans un héritage religieux, culturel et intellectuel commun : la civilisation méditerranéenne et proche-orientale antique, la révélation biblique, la science et la philosophie grecque et hellénistiques ? Cet héritage commun se serait renforcé, pendant quinze siècles, grâce aux échanges ininterrompus de denrées, de personnes, d’idées. »

 

Sans ces échanges, ce qu’on appelle la « civilisation occidentale » aurait mis bien du temps à décoller, voire même aurait-elle existé ? Il est convenu que Copernic, le chanoine polonais, par sa découverte de l’héliocentrisme, déclencha le processus du progrès scientifique à l’origine de la société occidentale moderne. Pourtant, il doit tout à l’astronomie arabe. « L’astronomie moderne a une dette essentielle envers les Arabes. Pierre Simon de Laplace, grand astronome français du début du XIXe siècle, écrit au livre V, chapitre IV de l’exposition du système du monde : « C’est principalement aux Arabes que l’Europe moderne doit les premiers rayons de la lumière, qui ont dissipé les ténèbres dont elle a été enveloppée pendant plus de douze siècles. Ils nous ont transmis avec gloire, le dépôt des connaissances qu’ils avaient reçues des Grecs disciples eux-mêmes des Egyptiens. » En Islam, comme en Occident, la physique était celle d’Aristote. Averroès dont le nom arabe est Ibn Rushd (1128-1198), grand juriste à Cordoue, fait remarquer les erreurs dans les excentriques et les épicycles de Ptolémée. Il écrit : « L’astronomie actuelle n’offre aucune vérité et concorde seulement avec les calculs théoriques, pas avec ce qui existe réellement. » » ([5]) Copernic s’inspira de la pensée d’Averroès et par après des travaux de l’école de Maragha, école et observatoire fondés dans la localité portant ce nom dans le Nord de l’Iran actuel par le petit-fils de Gengis Khan. Sans cette pensée et ces travaux, Copernic n’aurait jamais abouti à sa théorie de l’héliocentrisme.


chemin08.jpg
Sans les Arabes, Copernic n'aurait rien
découvert.
 


En outre, aujourd’hui, on a établi les frontières des « civilisations ». Ce fut d’abord « l’axe du mal » cher à Bush junior. Aujourd’hui, l’Occident, c’est en gros les Etats-Unis, l’Europe occidentale à laquelle on accrocha l’Europe centrale, Israël, le Japon, la Nouvelle Zélande, l’Australie. On a maintenu l’OTAN comme entité de défense de cet ensemble. La Russie devient à nouveau, dans l’esprit des responsables occidentaux, une puissance hostile. Le Maghreb, principal réservoir de main d’œuvre d’Europe occidentale, est considéré comme dangereux et est placé sous surveillance. A cela, il faut bien sûr ajouter le Moyen Orient qui concentre à la fois les principales réserves d’hydrocarbure et les pires forces du mal représentées par Al Qaïda et l’Iran. Le reste du monde - l’Inde, l’Amérique latine, l’Asie du Sud Est - fait l’objet d’une vigilance méfiante.

 

Ainsi au face à face Est Ouest s’est substitué l’affrontement de l’Occident contre quasi le reste du monde. C’est devenu le prêt à penser d’intellectuels médiatisés en France comme BHL. Tout cela est irrationnel : aucune base historique, économique, politique, philosophique ne justifie pareille division du monde. C’est le refus d’un monde diversifié, multipolaire, complexe, donc riche en cultures au profit d’un seul modèle culturel occidental. Remarquons au passage que les intellectuels anglo-saxons sont bien plus prudents que leurs homologues français sur cette question.


BHL.jpg
 

Peut-on faire confiance en ce
donneur de leçons ?


Comment veut-on, dans un tel contexte, qu’il y ait une réelle entente entre les populations d’origines diverses en Europe ?

 

Il ne faut pas s’en cacher. Toute la problématique vient de l’immigration arabo musulmane. Celle-ci a commencé dans les années soixante, années de haute conjoncture où on manquait de main d’œuvre. A l’époque, il n’y avait pas de politique d’immigration et tout s’est fait dans la confusion, ce qui a entraîné la « ghettoïsation » soit dans les villes, soit dans les banlieues. Alors que cette immigration était légale au départ, elle est devenue clandestine et les crises économiques et sociales des deux décennies 1980-2000 n’ont fait qu’accentuer ce phénomène, sans compter que trois générations ont fait souche sans réellement s’intégrer. Dès lors, par la prolétarisation, la marginalisation, ajoutées à une hostilité à l’égard de leur culture et de leur religion, les populations immigrées se sont isolées. Aussi, les relations avec les autochtones devinrent de plus en plus difficiles et un affrontement majeur n’est pas à exclure.

 

Cette situation généra des préjugés au sein de la population arabo musulmane immigrée en Europe ([6]). Ils sont nés pour la plupart de frustrations. La première d’entre elles est bien sûr la « ghettoïsation ». Rien n’a été fait sur le plan de l’urbanisme pour favoriser l’intégration. Sur le plan social, les immigrés arabo musulmans ont été les premières victimes de la crise, au point que dans ce qu’on appelle pudiquement « les quartiers », on atteint des taux de chômage de l’ordre de 40 %. Quant aux jeunes « issus de l’immigration » (autre euphémisme), ce ne sont que les « petits boulots » qui s’offrent à eux. Le taux de scolarité et d’alphabétisation est bien en deçà des valeurs décentes que l’on pourrait attendre d’une société qui se prétend moderne, ouverte et démocratique.

 

Aussi, les conséquences en sont inéluctables. Pauvreté, trafic de drogue, constitution de bandes, zones de non droit, ou plutôt zones où seules les règles des bandes sont en vigueur.  Il serait plus juste de dire zones de non Etat. Les « émeutes » qui secouent régulièrement les « quartiers » n’en sont qu’un épiphénomène. Sur le plan personnel, les jeunes beurs sont désocialisés. Leurs parents, eux-mêmes précarisés, ne peuvent rien faire. Ils subissent  souvent sans broncher cette situation intenable. Sur le plan spirituel, ils sont à la merci de ce qu’Henri Goldman appelle « les imams de garage ». Et puis, ils font peur car leur comportement et leurs actes sont violents. C’est évidemment cette violence interne et la peur suscitée par le 11 septembre qui alimentent le sentiment de rejet de l’Islam. Celui-ci est tenu comme responsable de ces malheurs. Or, cette « phobie » ne résiste pas – comme toutes les « phobies » - à l’analyse.

 

De là, vient aussi le sentiment de persécution d’une grande partie de la communauté musulmane. S’ajoute à cela une situation internationale qui n’est guère favorable à une entente dominée par le conflit israélo – palestinien. La meilleure manière de comprendre « l’Autre » est d’essayer de se mettre à sa place. Depuis 2000, depuis la « promenade » d’Ariel Sharon sur l’esplanade du Temple (ou des mosquées), les Palestiniens n’ont  cessé de subir les pires humiliations au nom de la sécurité d’Israël. On fait en cette occurrence la propagande du deux poids, deux mesures : les actes terroristes palestiniens justifient une forte politique répressive, les bombardements de Gaza sont une « juste » réponse aux tirs de missiles du Hamas, la construction du mur assure la sécurité d’Israël, la sécurité – encore elle- justifie la politique de colonisation de la Cisjordanie.


gaza-woman.jpg
 

Gaza : cette "justice" ne résoud rien !

Dans ce raisonnement répété à l’envi, le point de vue du voisin n’est jamais pris en compte. La Palestinien n’existe pas et surtout ne doit pas exister. Cela provoque évidemment une réaction : Israël doit disparaître. Israël est considéré comme une verrue dans dar al Islam. Le véritable drame des deux parties est que « l’Autre » n’existe pas.

 

Alors, que faire ?

 

L’intégration, considérée dans les années 1980 – 2000 comme la meilleure manière de cohabiter entre communautés d’origines diverses, a échoué. En réalité, il n’y eut aucun effort sérieux pour y aboutir. Aussi, dès la fin des années 1980, on a vu en Europe occidentale se multiplier le phénomène du voile islamique.  Ce signe a heurté et provoqua une controverse complexe qui n’est toujours pas close. Le voile choqua car il heurta plusieurs sensibilités. Pour beaucoup de femmes occidentales, le voile est un signe de soumission des femmes. Le sens religieux qui lui est donné est considéré comme prosélyte et provocateur. Il est considéré comme portant atteinte à la neutralité de la chose publique dans les écoles et les administrations. On a voulu interdire, les politiques n’ont pas pris leurs responsabilités, on a fait en France une loi d’interdiction du port du voile dans les écoles, loi dont on n’a fait aucune évaluation, la Belgique tergiverse : le Nord est plus sévère que le Sud. Là aussi, c’est la confusion.


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L'interdiction n'est pas une réponse.

Cette absence de décision est responsable de l’agitation déclenchée par les factions les plus extrémistes de part et d’autre. C’est ce qui s’est passé entre autres à l’Athénée d’Anvers. Tant que l’on laissera pratiquer la stratégie de la tension, il n’y aura pas de solution et l’on court à l’affrontement majeur. Et aussi, tant qu’on parlera en termes d’interdiction et de rejet, aucun arrangement n’est possible. D’autant plus que dans la communauté musulmane, est née l’impression loin d’être fausse d’un rejet de l’Islam. On peut se poser la question : y aurait-il un tel débat s’il avait été question de la kippa ou de la croix chrétienne ?

 

Echec de l’intégration, confusion dans la question du port du voile, arguments religieux qui supplantent le politique qui n’en a pas, violences récurrentes, situation sociale intolérable. Où est l’issue ?

 

Deux politiques sont possibles : l’intégration ou le multiculturalisme. La tendance actuelle s’oriente vers la seconde. Le gouvernement a décidé de tenir des assises de l’interculturalité, à l’initiative de la CDH Joëlle Milquet. Les enjeux sont donc le droit à la différence et les accommodements raisonnables, autrement dit deux manières d’assurer une société multiculturelle. Les laïques brillent par leur absence.


L’idéal d’une société multiculturelle se heurte à une franche hostilité de la part d’une partie non négligeable de l’opinion publique. Elle apparaît comme un renoncement à sa propre culture, comme une acceptation de la domination de « l’Autre », comme la destruction de soi. Le plus bel exemple de refus du multiculturalisme est le journaliste français Eric Zemmour, d’origine Berbère. Voici ce qu’il écrivait dans le Figaro Magazine du 20 octobre 2009 : « À l’UMP comme au PS, on vante les mérites de la “diversité”. Ce concept sémantique est le fils du “droit à la différence” des années 80, et le frère idéologique des “accommodements raisonnables” qui, venus du Canada en passant par le traité européen de Lisbonne, nous contraignent à conclure des “compromis” avec la culture des migrants. L’antithèse de notre bonne vieille assimilation qui imposa la culture française, sa langue, son histoire, son mode de vie, aux vagues passées d’immigrants. » Il y a donc là un net refus d’une société multiculturelle qui implique le « droit à la différence » et la pratique de « l’accommodement raisonnable ». Ce « faiseur d’opinions » tient à tout prix au principe de l’assimilation. L’approche multiculturelle rencontre donc une hostilité même au sein des élites. En réalité, on refuse que « l’Autre » reste autre. Il doit renoncer à sa culture.

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Eric Zemmour : le provocateur

Dans son blog, le 23 novembre 2009, l’intellectuel bruxellois Henri Goldman écrit : « Mais revenons sur ce « droit à la différence », qui est brandi par les uns comme un étendard et par les autres comme un épouvantail. Pour les premiers, ceux qui s’y opposent sont effectivement des assimilateurs à la Zemmour , pour qui chaque personne qui migre doit se préparer à changer d’ancêtres. Pour les seconds, le droit à la différence servirait d’alibi au développement séparé en menaçant de balkanisation l’espace commun du « vivre ensemble », notre société se trouvant alors réduite à une mosaïque de petites chapelles ethniques ou religieuses juxtaposées.


Et pourtant, il est absurde d’opposer le « droit à la différence » au « droit à la ressemblance ». Ces deux droits sont les facettes indissociables du seul droit qui compte en l’occurrence, le seul qui puise sa légitimité dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme : le droit à la dignité. »


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Jacques Attali : contre l'assimilation
des... Juifs


Il y a aussi un paradoxe. Certains intellectuels partisans de l’assimilation comme Jacques Attali, y sont opposés lorsqu’il s’agit du peuple auquel ils appartiennent. Attali considère que l’assimilation des Juifs constituerait pour eux un danger mortel. On assiste en France à une mascarade sinistre : le débat sur l’identité nationale. Des propos d’une telle incongruité sont tenus, notamment par des ministres du gouvernement de Sarkozy que l’affaire prend une tournure grotesque.  La palme revient à la secrétaire d’Etat à la famille, Nadine Morano : « On ne fait pas le procès d'un jeune musulman. Sa situation, moi je la respecte. Ce que je veux, c'est qu'il se sente Français lorsqu'il est Français. Ce que je veux, c'est qu'il aime la France quand il vit dans ce pays, c'est qu'il trouve un travail, et qu'il ne parle pas le verlan. C'est qu'il ne mette pas sa casquette à l'envers
» Ces propos dénotent une mentalité nauséabonde qui rappelle le pétainisme. Le jeune musulman doit devenir Français, point barre. Il est vrai que Sarkozy, au début de son mandat, avait lancé le signal : « La France, on l’aime ou on la quitte. »


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La secrétaire d'Etat Nadine Morano multiplie
les déclarations pétainistes.


Cependant, ce débat sur l’identité nationale fait sortir certaines vérités. Voici ce que rapporte, sous la plume de Marie Lemonnier, le journal en ligne Nouvelobs.com : « Sortis peut-être pour la première fois de leur réserve coutumière, des musulmans français témoignent tout au long de ce dossier. Et brossent un portrait souvent inattendu de la réalité de l'islam de France. Combien sont-ils d'abord ? 4 à 6 millions, selon les estimations. Parmi eux, seuls un tiers se déclarent "croyants et musulmans", d'après un sondage Ifop d'août 2009. Et parmi ces croyants, seulement 23% fréquenteraient les mosquées qui font tant fantasmer. Seules 8% des femmes de moins de 35 ans disent porter souvent le voile. En revanche, la pratique du ramadan est plébiscité : 70% des musulmans français s'y conformeraient. Pour la majorité des Français nés dans des familles musulmanes, l'islam est moins un fait religieux que sociologique.


Ces données indiquent que l'islam français est tout sauf cet ovni social qui fait trembler le Château et menacerait de briser les tables laïques républicaines. Depuis 179 ans qu'elle est la deuxième confession de France, la religion musulmane n'a jamais composé une entité monolithique. "Ce manque d'organisation va d'ailleurs totalement à l'encontre du fantasme de domination, remarque le sociologue Ahmed Boubeker. Et si les communautés ne sont pas structurées, c'est justement parce qu'elles n'existent pas. Le plus terrible, c'est qu'on est en train de reprocher aux plus intégrés de ne pas l'être !" »


Il est donc clair que l’Islam en Europe ne représente pas le danger que la logique du « choc des civilisations » prétend qu'il soit. Certes, il ne faut pas négliger les minorités extrémistes comme les salafistes issus du Wahhabisme saoudien. Le même Nouvelobs.com
rapporte : « Objet de toutes les inquiétudes actuelles, le salafisme est une importation du wahhabisme saoudien qui visait à renforcer le pouvoir de l'Arabie saoudite dans le monde. Ce même pays où Nicolas Sarkozy est allé vanter les mérites de la religion en 2008... Il prospère auprès de jeunes gens de 18 à 35 ans convertis pour un bon quart d'entre eux. Ainsi, 12.000 Français salafistes contrôleraient une cinquantaine de mosquées. C'est par ses adeptes que "l'affaire de la burqa" a éclaté. » Ce n’est pas parce que cette menace est réelle qu’elle doit freiner le processus de cohabitation entre communautés différentes. Il faut raison garder en l’espèce et ne pas croire qu’il existe des réseaux organisés fonctionnant ou « dormant » dans une frange marginalisée de la société.


Une autre solution est envisagée : l’accommodement raisonnable. De quoi s’agit-il ?
Nés aux USA et utilisés au départ comme moyen de lutte contre les discriminations à l’embauche sur la base du handicap, les accommodements raisonnables consistent en des ajustements, des modifications à l'environnement ou à l'organisation du travail, mais raisonnables, c'est-à-dire n'engendrant pas de surcoûts démesurés pour l'employeur. Ils visent à permettre à des personnes moins valides ayant les qualifications requises de postuler ou d'occuper des emplois au même titre que des personnes valides ainsi qu'à leur garantir des droits et privilèges identiques


Le principe de ces mesures est de reconnaître que les êtres humains, dans leur grande diversité, ne sont pas tous égaux, comme le laisserait supposer le principe d'égalité formelle au cœur de nos systèmes législatifs. Bien au contraire, ils sont tous différents - sans que cela n'implique un jugement de valeur. En conséquence, si l'on décide de ne plus postuler une prétendue égalité de départ, mais que l'on veuille atteindre une véritable égalité "en substance" à l'arrivée, il faut admettre que des situations différentes requièrent des solutions différenciées. L'égalité n'est donc plus considérée comme la norme absolue de départ, mais comme un objectif à atteindre en mettant en place une batterie de mesures adéquates dont font partie les accommodements raisonnables. Quelques exemples : programmer des heures de non mixité dans les piscines, donner de la viande hallal dans les cantines scolaires pour les élèves musulmans, accepter le principe de congés religieux, etc. A première vue, ces mesures ne devraient pas poser de problèmes puisqu’elles ne gênent pas la vie en société et elles n’engendrent pas de discrimination, mais elles déclenchent un tollé aussi bien dans les milieux laïques que dans les groupes d’extrême droite, au point qu’il existe des associations prétendument laïques sont clairement fascisantes.

Quant aux accommodements visant à lutter contre les discriminations ethniques ou religieuses, on en trouve déjà trace dans le Civil Rights Act américain de 1964 à l'endroit des minorités religieuses. La législation européenne, quant à elle, ne mentionne pas explicitement la nécessité d'adopter de telles mesures pour remédier à ce type de discriminations. C’est au Québec que les accommodements raisonnables ont été mis en place pour la première fois. Ils ont fait assez rapidement l’objet de critiques virulentes de la part d’une large partie de l’opinion publique québécoise. « Ce qui vient de se passer au Québec donne l’impression d’un face-à-face entre deux formations minoritaires dont chacune demande à l’autre de l’accommoder. Les membres de la majorité ethnoculturelle craignent d’être submergés par des minorités elles-mêmes fragiles et inquiètes de leur avenir. La conjonction de ces deux inquiétudes n’est évidemment pas de nature à favoriser l’intégration dans l’égalité et la réciprocité. Nous pouvons en conclure que les Québécois d’ascendance canadienne-française ne sont pas encore bien à l’aise avec le cumul de leurs deux statuts (majoritaires au Québec, minoritaires au Canada et en Amérique).


Toutefois, il convient aussi de rappeler que plusieurs pays d’Occident connaissent aujourd’hui des malaises qui ressemblent à ceux qui ont été exprimés à l’occasion du débat sur les accommodements. Quand on compare la situation au Québec avec celle de plusieurs pays européens, on s’aperçoit que plusieurs craintes qui peuvent être justifiées ailleurs ne le sont pas nécessairement ici. » Ce constat est dressé par MM. Bouchard et Taylor qui ont été désignés comme les maîtres d’œuvre de la politique d’accommodements raisonnables dans la Belle Province.


Ce principe est très mal perçu dans les pays concernés. Caroline Fourest pose la question dans son dernier ouvrage (
[7]) : « Jadis, on se préoccupait de maintenir une certaine cohésion sociale. Aujourd’hui on s’inquiète davantage des tensions traversant le vivre-ensemble. Ce déplacement a son importance. Il indique qu’après des années de débat plutôt centrés sur les inégalités et les questions sociales, nous sommes davantage préoccupés par les interactions culturelles et religieuses. »

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Caroline Fourest : une laïcité radicale


Beaucoup de laïques refusent de comprendre que dans les sociétés arabo musulmanes, la religion occupe une toute autre place que dans la société européenne occidentale. Là se trouve la difficulté du débat : on n’arrive pas à se mettre à la place de l’autre. On craint l’émergence d’une société théocratique par une trop grande tolérance à l’égard de l’Islam. C’est la raison du rejet par beaucoup de laïques des accommodements raisonnables. Ils craignent que la religion supplante les règles de la société civile, que le principe de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ou plutôt l’introduction du spirituel dans la sphère privée, soit bafoué. D’ailleurs, Caroline Fourest exprime cette crainte : « Comment maintenir un minimum de valeurs communes tout en répondant à l’inflation de dérogations formulées au nom de la culture et du religieux ? »


Cela confirme une fois de plus  que deux conceptions s’opposent : l’une considérant que la diversité est un des premiers droits de l’homme, l’autre estimant que les principes édictés en 1948 sont universels et immuables. Goldman conclut : « 
Droit à la ressemblance : personne ne peut être exclu de ce qui fonde notre commune humanité et qui se traduit par les droits et devoirs s’imposant à tous, chacun participant à égalité à la construction de la cité commune et au bénéfice de ses bienfaits. Droit à la différence : personne ne peut être obligé de renoncer à une part intime de son identité personnelle, laquelle n’est que partiellement un choix puisqu’on ne choisit ni ses parents ni sa famille ni sa langue maternelle ni l’ensemble des déterminations culturelles et anthropologiques à travers lesquelles on s’est constitué, de la petite enfance à l’âge adulte, comme une personne humaine particulière.


 
Il y a pourtant, si j’ose dire, une différence entre ces deux facettes : ce qui fonde le droit à la ressemblance, c’est-à-dire notre commune humanité, est invariant. Tandis que les différences culturelles sont en évolution permanente. Elles peuvent se modifier, s’amplifier, s’estomper, voire disparaître. Cette disparition est peut-être regrettable du point de vue du patrimoine culturel de l’humanité qui perdrait un peu de sa « biodiversité ». Mais si l’acculturation se produit sans contrainte ni pression, il n’y a rien à y redire. L’histoire de l’immigration montre même que l’affirmation des différences diminue très naturellement quand l’intégration dans la société – par l’emploi, l’école, le logement et la juste reconnaissance des mérites de chacun – progresse. C’est l’explication principale de la prolifération des foulards islamiques dans les rues : quand, malgré tous les efforts faits, on se sent relégué en marge de la société par la persistance de discriminations massives et de ségrégations qui ne s’avouent pas, la réaction passe souvent par l’affirmation d’une identité qui ne doit rien à la société d’accueil. »


Enfin, il ne faut pas oublier une autre peur qui envahit les esprits : la démographie galopante des allochtones finirait par nous absorber. Un aspect peu connu a été mis en évidence par Youssef Courbage et Emmanuel Todd : la faible fécondité dans le Moyen Orient. Dans un ouvrage qui n’eut pas le retentissement mérité (
[8]), les deux auteurs démontrent que nous sommes loin d’un insupportable différentiel démographique entre Dar al Islam
([9]) et l’Europe. Encore une peur non fondée ! Ils écrivent : « Quelques années après les hésitations de Descartes et de Pascal, la pratique religieuse s’effondre parmi les paysans du Bassin parisien, puis la fécondité. Spéculer sur l’émergence d’un Maghreb ou d’un Iran laïcisé n’est donc pas faire preuve d’une si grande audace prospective. »

 

Lors d’un débat télévisé, le ministre français Eric Besson, l’apprenti sorcier qui a lancé le faux débat sur « l’identité nationale », défendait le principe du « CV anonyme ». On encourage donc l’anonymat des demandeurs d’emplois allochtones dans les entreprises, tout en voulant interdire l’anonymat de la burqa dans la rue. Le ridicule et l’odieux forment un beau couple.


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Eric Besson : le ministre apprenti-sorcier

Bon sang, quand apprendra-t-on enfin à vivre ensemble ?

 

La cohésion sociale voulue par Caroline Fourest implique justement de pouvoir vivre ensemble entre personnes et groupes d’origines diverses. Les laïques feraient bien d’en tenir compte.


Et puis, au delà de l’effort de compréhension entre cultures différentes, de religion, la question est avant tout sociale. Ce ne sont pas des mesures législatives d’interdictions destinées à rassurer une opinion publique, volontairement placée dans l’inquiétude, qui résoudront le problème. Au contraire, elles ne feront que l’accroître. L’effort doit être fait dans le développement social des « quartiers », le logement, la scolarisation, la politique de l’emploi. Cela nécessite de très gros moyens, mais ils sont sans doute aussi urgents que ceux qu’on a débloqués aussi aisément pour sauver les banques. Après tout, la société vaut bien une banque.



[1]  BULARD Martine, DION Jack, L’Occident malade de l’Occident, Paris, Fayard, 2009.

[2] HUNTINGTON Samuel, Le choc des civilisations, Paris, Odile Jacob, 1997.

[3] LAURENS Henry, TOLAN John, VEINSTEIN Gilles, L’Europe et l’Islam Quinze siècles d’histoire, Paris, Odile Jacob, 2009.

[4] HUNTINGTON Samuel, Op. Cit., pp. 339-340.

[5] VERHAS Pierre, Copernic et la révolution copernicienne, Ciel et Terre, Vol. 125, n° 2, mars-avril 2009.

[6] L’expression « arabo musulmane » n’est pas tout à fait exacte. Il y a des Arabes non musulmans et il y a des musulmans qui ne sont pas Arabes. Par exemple : les Turcs qui forment une partie importante de l’immigration musulmane en Europe.

[7] FOUREST Caroline, La dernière utopie – menaces sur l’universalisme, Paris, Grasset, 2009.

[8] COURBAGE Youssef, TODD Emmanuel, Le rendez-vous de civilisations, Paris, Le Seuil, 2007.

[9] Littéralement, la « maison de l’Islam ». Désigne les territoires de religion musulmane.

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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 14:04
 


VISTA, est le nouveau télescope infrarouge qui vient d’entrer en service à l’observatoire Paranal de l’ESO.
 C’est le plus grand télescope au monde dédié à la cartographie de l’Univers. Son miroir de 4,1 m,
son large champ et ses détecteurs très sensibles lui permettront de dévoiler un « visage » totalement
nouveau du ciel austral. De
nouvelles images spectaculaires de la nébuleuse de la Flamme, du centre de
 notre Galaxie, la Voie Lactée et de l’amas de galaxies du Fourneau témoignent de l’excellent
de son fonctionnement.

VISTA est le dernier télescope installé à l’Observatoire Paranal de l’ESO dans le désert d’Atacama au
nord du Chili. Il est situé sur le sommet voisin de celui du très grand télescope de l’ESO (le VLT) et
bénéficie des mêmes conditions exceptionnelles d’observation. Le miroir principal de VISTA a un
diamètre de 4,1 mètres et est le miroir le plus fortement courbé de cette taille et de cette qualité jamais
réalisé – ses écarts par rapport à une surface parfaite sont inférieurs à quelques millièmes de l
’épaisseur d’un cheveu humain. Sa construction et son polissage ont représenté de formidables défis.

Au cœur de VISTA se trouve une caméra de 3 tonnes contenant 16 détecteurs spéciaux,
sensibles au rayonnement infrarouge et représentant au total 67 millions de pixels. Le fait de pouvoir
observer à des longueurs d’onde plus grandes que celles visibles par l’œil humain permet à VISTA
d’étudier des objets qui sont autrement impossible à voir en lumière visible car trop froids, dissimulés
derrière des nuages de poussière ou tellement éloignés que leur lumière a été décalée au-delà du visible
du fait de l’expansion de l’Univers. Pour éviter d’être submergée par le faible rayonnement infrarouge
venant de l’espace, la caméra doit être refroidie à – 200 degrés Celsius et est dotée de la plus grande
fenêtre d’observation dans l’infrarouge jamais réalisée. Elle a été conçue et réalisée par un consortium
composé du Rutherford Appleton Laboratory, du UK ATC et de l’University of Durham au Royaume Uni.

VISTA qui dispose d’un grand champ peut à la fois détecter les faibles sources de lumière et couvrir
rapidement de larges pans de ciel. Chaque image de VISTA capture une zone du ciel couvrant environ dix
fois la surface de la pleine Lune. Il sera capable de détecter et de cataloguer des objets sur l’ensemble
du ciel austral avec une sensibilité quarante fois supérieure à celle obtenue avec les plus récents sondages
du ciel en infrarouge, tel que le très performant Two Micron All-Sky Survey. Ce bond en avant de la
puissance d’observation – comparable à l’écart de sensibilité entre l’œil nu et la première lunette de
Galilée – révélera un grand nombre d’objets et permettra la création d’inventaires bien plus complets
d’objets rares et exotiques du ciel austral.

VISTA va consacrer quasiment tout son temps à cartographier le ciel austral de manière méthodique.
Durant ses cinq premières années, le télescope est engagé sur six grands relevés du ciel de première
importance, avec des objectifs scientifiques différents. Un de ces grands sondages va couvrir l’ensemble
du ciel austral et les autres seront dédiés à l’étude très détaillée de plus petites régions. Les grands
relevés de VISTA vont nous aider à comprendre la nature, la distribution et l’origine de catégories d’étoiles
et de galaxies connues, à cartographier en trois dimensions la structure de notre Galaxie et des
Nuages de Magellan voisins et nous aidera également à déterminer la relation entre la structure de l’Univers
et les mystérieuses énergie noire et matière noire.

 

La nébuleuse de la Flamme

Le telescope infrarouge

 

La nébuleuse de la Flamme vue par VISTA

 

Le télescope infrarouge VISTA

Crédits ESO / VISTA Science team

 



Note



VISTA a été conçu et réalisé par un consortium de 18 universités du Royaume Uni dirigé par la Queen Mary University of London et est devenu une partie de la contribution du Royaume Uni dans le cadre de son
accession à l’ESO. Le design et la construction du télescope ont été pilotés par le Conseil des équipements scientifiques et technologiques du Centre de la technologie pour l’astronomie du Royaume Uni (Science and Technology Facilities Council's UK Astronomy Technology Centre (STFC, UK ATC)). L’acceptation
provisoire de VISTA a été officiellement accordée par l’ESO au cours d’une cérémonie organisée au siège
social de l’ESO à Garching, en Allemagne.


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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 20:39
Une importante étude réalisée avec le très grand télescope (le VLT) de l’ESO ne fait qu’accentuer encore plus un mystère de longue date dans l’étude des étoiles semblables au Soleil. Les peu courantes - et inexpliquées - variations de luminosité, au long de l’année, d’environ un tiers de toutes les étoiles de cette catégorie dans les dernières phases de leur vie se retrouvent donc sans explication. Au cours des dernières décennies, les astronomes ont proposés de nombreux scénarios possibles, mais une nouvelle et très poussée campagne d’observation les contredit tous et ne fait qu’approfondir le mystère. La recherche d’une interprétation valable est donc ouverte...


La vie des étoiles semblables au Soleil

"Les astronomes sont plongés dans l’obscurité et, pour une fois, nous n’aimons pas ça" déclare Christine Nicholls de l’Observatoire du Mont Stromlo en Australie, auteur principal de l’article présentant cette étude. "Nous avons réalisé la série d’observations la plus complète à ce jour pour étudier ce type d’étoiles semblables au Soleil et les données obtenues montrent clairement que toutes les explications possibles de leur comportement insolite s’écroulent."

Le mystère étudié par cette équipe date des années 30 et concerne environ un tiers des étoiles semblables au Soleil dans la Voie Lactée et dans les autres galaxies. Toutes les étoiles ayant une masse similaire à celle de notre Soleil deviennent, vers la fin de leur vie, rouges, froides et extrêmement grandes, juste avant de "prendre leur retraite" sous la forme d’une naine blanche. Aussi connues sous le nom de géantes rouges, ces vieilles étoiles montrent de très fortes variations périodiques de leur luminosité sur des périodes pouvant aller jusqu’à deux ans.

"On pense que de telles variations sont causées par ce que l’on appelle des pulsations stellaires," précise Christine Nicholls, "en gros, une étoile géante gonfle et rétrécit, sa luminosité devenant plus forte puis plus faible, de manière cyclique et régulière. Toutefois, un tiers des ces étoiles révèle une variation périodique additionnelle de luminosité inexpliquée, même sur de plus longues périodes pouvant aller jusqu’à cinq ans."

Afin de découvrir l’origine de ce comportement secondaire, les astronomes ont observé, pendant deux ans et demi, 58 étoiles de notre voisin galactique, le Grand Nuage de Magellan. Ils ont obtenu des spectres en utilisant le spectrographe de haute résolution FLAMES/GIRAFFE, installé sur le très grand télescope de l’ESO et les ont combinés avec des images prises par d’autres télescopes [1], réunissant une impressionnante base de données sur les propriétés de ces étoiles variables.

Les importantes bases de données comme celle obtenue par Christine Nicholls et ses collègues apportent souvent des indications sur la manière de résoudre un puzzle cosmique en limitant le nombre pléthorique d’explications possibles proposées par les théoriciens. Dans ce cas pourtant, les observations sont incompatibles avec tous les modèles conçus précédemment et réouvrent ainsi une question qui avait été profondément débattue. Grâce à cette étude, les astronomes sont maintenant conscients de leur propre "ignorance" - un véritable moteur du processus de quête de connaissance, tel que le philosophe grec Socrate est supposé avoir pensé.

"Cette nouvelle collecte de données montre que les pulsations sont une explication extrêmement différente de ces variations additionnelles" précise Peter Wood, le responsable de l’équipe. "Un autre mécanisme possible, pouvant produire des variations de luminosité d’une étoiles, serait que l’étoile elle-même se transforme en système binaire. Pourtant, nos observations sont également totalement incompatibles avec cette hypothèse."

Grâce à des analyses plus récentes, cette équipe a découvert que quelle que soit la cause de ces variations inexpliquées, elle provoque également les éjections de masse, en blocs ou sous la forme de disques en expansion, des géantes rouges. "Nous avons besoin d’un Sherlock Holmes pour résoudre ce très frustrant mystère" conclue Christine Nicholls.

Note

(1) Les mesures précises de luminosité ont été faites avec la collaboration des programmes MACHO et OGLE, respectivement avec des télescopes en Australie et au Chili. Les observations du programme OGLE ont été réalisées en même temps que les observations faites avec le VLT.

Source: © ESO
Illustration: ESO/S. Steinhöfel

Cordialement
Jean
===========================================================
Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex) http://www.astrosurf.com/apex-occult
European Asteroïdal Occultation Network (EAON) http://www.astrosurf.com/eaon/
Popular Astronomy http://home.versateladsl.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@base.be
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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 23:20

 

Jacques Attali a trouvé une belle image lorsqu’il comparait le système financier mondial à un avion sans cockpit et bien sûr sans pilotes. Cependant, ce n’est pas tout à fait cela. Le cockpit existe et l’équipage aussi. Mais c’est un équipage ivre. Début 2008, les premiers signaux d’alarme se sont déclenchés dans le cockpit (crise alimentaire, hausse vertigineuse des prix du pétrole), l’équipage, tout à son festin, n’y prêta guère attention. Octobre 2008, alerte rouge dans le cockpit, l’équipage lève les bras au ciel : il ne peut rien faire d’autre que prier que l’aéronef traverse le maelström sans trop de casses. Le vœu fut exaucé, mais les signaux d’alarme clignotaient toujours. Rien n’avait été résolu, mais de jolies hôtesses apportèrent la suite du festin aux pilotes à peine remis de leurs émotions. Tout était redevenu comme avant. Le G 20, très vite surnommé « G vain » avait beau montrer un doigt sévère vers l’équipage, peu importe pourvu que le festin soit toujours aussi délicieux et copieux.

 

Mais, voilà, le scénario recommence, à peine un an après la chaude alerte d’octobre 2008. Un bout de désert montre de sérieux signes d’affaiblissements. Dubaï est au bord de la faillite ! C'est pourquoi, on pourrait intituler cet épisode le "krach 2" comme le remake d'un feuilleton TV.

 

Dubaï, cet émirat constitué d’un bout de désert où il n’y a rien, même pas de pétrole, fait partie des Emirats arabes unis. Les Émirats arabes unis  sont un État fédéral regroupant sept émirats mitoyens, Abou Dabi, Ajman, Charjah, Dubaï, Fujaïrah, Ras el Khaïmah et Oumm al Qaïwaïn, situés entre le golfe Persique et le golfe d'Oman. Les Émirats arabes unis sont l'un des plus importants producteurs et exportateurs de pétrole et sont membres de l’OPEP. Les principales réserves gazières et pétrolières se trouvent dans l'émirat d'Abou Dabi, par ailleurs capitale politique du pays tandis que l'émirat de Dubaï, capitale économique du pays, est avant tout un paradis fiscal et un lieu de spéculation foncière effrénée et de tourisme de luxe. Les Émirats Arabes Unis sont situés dans le sud-ouest de l’Asie, dans la péninsule arabique, entre le golfe Persique et le golfe d'Oman, sur les rives du Golfe d’Oman et du Golfe Persique, entre Oman et l’Arabie Saoudite. Une enclave omanaise (Madha) se situe dans les montagnes à l'est du pays, formant le détroit d'Ormuz, face à l'Iran. Dès lors, ces Emirats sont un lieu éminemment stratégique et « sensible » au vu de la manne pétrolière et de leur situation géographique.



Vue par satellite de la côte des Pirates
où se trouvent les Emirats arabes unis :
Lieu hautement stratégique !

Au début des années 1960, un premier puits de pétrole fut découvert à Abou Dabi, ce qui permit le développement rapide de l’émirat, sous la conduite de Sheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan, qui fit construire des écoles, des hôpitaux, des logements et des routes. Dubaï fut également gagné par cet élan de développement économique, aidé par les recettes des exportations pétrolières. Les différents émirats commencèrent à se rapprocher et à prendre leur indépendance vis-à-vis des Anglais, notamment en formant un conseil qui leur permit de décider par eux-mêmes des enjeux politiques. À la tête de ce conseil se trouvait Adi Bitar, le conseiller de Cheikh Rashid bin Saeed Al Maktoum. Enfin, en 1968, les britanniques se retirèrent de la région et mirent fin aux « États de la Trêve », qui étaient composés aussi des états du Bahrein et du Qatar. Les 9 états tentèrent de former une union, mais n’y parvinrent pas. Bahreïn et Qatar déclarèrent leur indépendance en 1971. La même année, six autres émirats accédèrent aussi à l'indépendance formant les Émirats arabes unis. Ils seront rejoints en 1972 par Ras el Khaïmah.



Les premiers dirigeants de Dubaï


Dubaï est donc non producteur de pétrole et ne possède pas de ressources naturelles comme des minerais contrairement aux autres Emirats. Il ne vit que de transactions financières liées aux pétrodollars et au tourisme de luxe. C’est évidemment à la fois sa force et son point faible.

                                                             

                                                               
                                                             Trois exemples de la folie immobilière        Dubaïote : la tour Burj Dubaï, l'hôtel Atlantis et l'île en forme de palmier



Cette masse considérable d’argent entraîna des projets immobiliers pharaoniques reposant sur de la main d’œuvre étrangère, essentiellement des Pakistanais, qui vivent dans des conditions proches de l’esclavage. (Tiens ? Où sont les diverses LDH et autres BHL pour dénoncer cette abomination ?) Le projet le plus fou est  « Burj Dubaï », la tour de tous les superlatifs, disent ses promoteurs. 818 mètres, 22 millions d’heures de travail, 162 étages. La tour la plus haute du monde. Jusqu’au dernier moment, les autorités ont caché la hauteur définitive de la tour, histoire d’éviter qu’un bridé trop ambitieux lance son projet à un mètre de plus. Et comme, c’est bien connu, Dubaï regorge d’eau, on a construit une fontaine de 152 mètres, l’équivalent d’une tour de 50 étages, histoire de compléter la piste de ski toute proche qu’on descend en 22 secondes. Il y a aussi cet hôtel dingue, le plus cher du monde, qui vient d’être inauguré. Et puis, il y a ces îles artificielles pour milliardaires appelées les « Dubaï World » dont la plus grande est en forme de palmier s’avançant dans le Golfe. De nombreuses vedettes du show business ont investi à Dubaï et risque d’avoir un réveil douloureux. Voici quelques noms qui sont révélateurs :
David Beckham (footballeur, icône de la mode internationale) Michael Owen (footballeur), David James (gardien), Joe Cole (footballeur), Andy Cole (footballeur à la retraite), Kieron Dyer (footballeur), Brad Pitt et Angelina Jolie (acteurs), Naomi Campbell (modèle), Denzel Washington (acteur). Et last but not least Cécilia Attias ex-épouse Sarkozy a décidé de quitter Dubaï, où elle vit depuis un an, pour s'installer à New York. Mais Richard Attias, qu'elle a épousé le 23 mars 2008, ne va pas l'accompagner. L'homme d'affaires s'occupe de la politique événementielle de la riche monarchie pétrolière.



Carla ex-Sarkozy a retiré à temps ses
billes de Dubaï


Quant aux banques, la Emirates Bank Association dénombre les institutions suivantes comme étant les plus importantes banques à capitaux étrangers dans les Émirats arabes unis: HSBC 17 milliards de dollars, Standard Chartered 7,8 milliards $, Barclays 3,6 milliards $, RBS 2,2 milliards $, Citi 1,9 milliard $, BNP Paribas 1,7 milliard $, Lloyds 1,6 milliard $. Si on voit ces chiffres, ces engagements bancaires, par rapport au total des engagements, ne sont pas si énormes, mais représentent tout de même des montants comparables aux budgets d’Etats moyens. Il n’y a pas que les banques. 13 milliards d'euros engagés par des banques européennes, Sony, EADS et Daimler exposés...

Selon le Crédit suisse, l'engagement des banques européennes à Dubaï s'élèverait à 13 milliards d'euros. Sur quoi ont-elles misé ? Sur du sable et des immigrés pakistanais, indiens et indonésien (Dubaï est le premier pourvoyeur de devises étrangères du pays) amenés dans le pays pour ériger des tours vides à la gloire du pognon extorqué à leurs voisins dans le plus grand respect des règles éthiques de la finance islamique. Encore un pseudo rempart contre la crise qui s'est effondré.


Et ce n'est pas la dernière cloison qui tombera. Avec tous ses profits tirés de la spéculation immobilière et financière, Dubaï s'était constitué un portefeuille d'actions : Sony, EADS, Daimler... Si l'émirat devait se séparer de ces actions (seules réelles ressources dont il dispose), ce sont ces entreprises qui trinqueraient et, après elles, leurs employés. Sans parler de la crise de confiance envers les pays du Golfe qui s'en suivrait. Après l'effondrement de la bulle, voici le circuit par lequel une nouvelle crise pourrait se propager. Par exemple, la compagnie aérienne « Emirates » de Dubaï qui est la principale compagnie aérienne des Emirats devra fusionner avec celle d’Abou Dhabi et probablement celle de Qatar. Quand on sait que 45 % du carnet de commandes d’Airbus (pour l’A 350 et l’A 380) dépend de cette région, il y a de quoi s’inquiéter pour EADS et l’avenir de l’aéronautique européenne.



Un Airbus A 380 de la compagnie "Emirate".
Une alerte pour l'aéronautique européenne ?

Si Dubaï ne vivait que des pétrodollars, tout cela serait encore plus ou moins viable, mais non, les requins de la finance sont arrivés et ont accordé des crédits complètement fous sans aucune vérification de solvabilité et de rentabilité des projets immobiliers. C’est ainsi que les promoteurs des îles artificielles se trouvent dans l’incapacité de rembourser les souscripteurs de leurs obligations dont l’échéance est fixée au 14 décembre 2009. C’est cela le krach de Dubaï : cet Etat ne dispose d’aucun fonds propres, il ne vit que sur une fantastique « bulle » et les experts le savaient.


Depuis le 25 novembre et l'annonce du moratoire du remboursement de la dette de deux sociétés phares, Dubai World et Nakheel, le rêve dubaïrote s'est transformé en cauchemar pour la City. La Financial Services Authority, la tutelle des marchés financiers de Grande Bretagne, a demandé d'urgence aux banques sous sa supervision l'ampleur de leurs financements du boom immobilier dubaïrote. Les grandes banques, Standard Chartered et HSBC, ainsi que la Royal Bank of Scotland ont massivement prêté aux promoteurs immobiliers pour faire sortir de terre les gratte-ciel comme des champignons après la pluie.


La seule solution consiste à demander l’aide du puissant voisin, principal émirat des Emirats arabes unis, Abou Dhabi.  Pilier de la fédération des Emirats arabes unis, Abou Dhabi, troisième producteur mondial de pétrole (et qui concentre 90 % de la production de la fédération), avait déjà été mis à contribution au début de l'année. Il était intervenu massivement (en souscrivant 10 milliards sur les 20 milliards d'obligations en bons du Trésor émis par l'émirat) à un moment où le baril de pétrole stagnait aux alentours de 50 dollars. On verra si Abou Dhabi procédera au sauvetage pour la date fatidique du 14 décembre alors que le baril vaut aujourd’hui près de 80 dollars.


Abou Dhabi ne peut se permettre la faillite de Dubaï. Cependant, les autorités fédérales des Emirats, à savoir Abou Dhabi, ont  fait savoir que leur aide sera assortie de conditions drastiques. Autrement dit, Dubaï devra faire le ménage, et sans doute sacrifier ses projets les plus dispendieux. Atténuée artificiellement entre le 26 et le 29 novembre par la coïncidence de l'Aïd el-Kébir et de Thanksgiving, l'onde de choc de Dubaï se fera longtemps ressentir, dissipant une série d'illusions et provoquant à terme un nouvel accroissement du chômage dans les pays occidentaux et un sort funeste pour les esclaves Pakistanais et Bangladeshis qui œuvrent à la richesse indécente de Dubaï.


Pourtant, Dubaï ne naquit pas de la folie ultralibérale. Premier micro-Etat engagé par nécessité dans l'après-pétrole, Dubaï avait su se montrer précurseur à la fin du XXe siècle en imaginant la mondialisation à venir dont l'émirat, à la jonction de l'Asie, de l'Afrique, du Moyen-Orient et, au-delà, de l'Occident serait l'un des carrefours. Cette vision, Cheikh Rachid, le père de l'actuel souverain, l'avait concrétisée avec la création du gigantesque complexe portuaire de Jebel Ali et de sa zone franche, et en créant la compagnie aérienne Emirates. Ce postulat a été vérifié. Les zones franches ont été multipliées, l'émirat s'est également mis à produire de l'aluminium, mais la folie immobilière de Cheikh Mohammed entraîné par la vague spéculative et attiré par l’argent facile, les « golden boys » de la finance internationale et aussi… la mafia russe, a ébranlé ce modèle.



Al Makhtoum, un cheik plus attiré par la manne
financière que par l'intérêt de son pays


Le financier belge Georges Ugeux dont les analyses font autorité écrit sur son blog (http://finance.blog.lemonde.fr)  : « Les négociations commencent à tous les niveaux : entre les deux Emirs, tout d’abord, avec une certitude. L’autonomie dont bénéficiaient les sept émirats va être remplacée par une intégration politique et financière indispensable. Abu Dhabi ne paiera pas toutes les dettes de Dubaï, et certainement pas l’endettement privé. La partie se joue maintenant entre Dubaï et ses créanciers : il faut restructurer la dette. Mais la manière brutale dont l’arrêt du service de la dette de Dubaï World a été décidé ne répond à aucun critère international de renégociation et crée un ressentiment qui fera de ces négociations un exercice difficile. Le chairman de Dubaï World n’a pas interrompu son pèlerinage à la Mecque.


Tout cela nous rappelle qu’il ne suffit pas de savoir. Il faut encore avoir le courage d’agir face à cette connaissance. Mais l’essentiel est de ne surtout pas tomber tout seul. Il y aura beaucoup de victimes de ces extravagances en Europe, aux Etats-Unis et en Asie. Une cure de sobriété ne fera pas de tort aux familles des Emirs dont les comportements ressemblent furieusement à ceux des traders.


Il faudra encore quelques semaines pour y voir plus clair. Mais avec $ 2,5 milliards de crédits à Dubaï World, la Royal Bank of Scotland, maintenant nationalisée, n’est qu’un exemple des effets internationaux de cette crise annoncée depuis longtemps. »


La crise est loin d’être terminée et les responsables continuent de plus belle. Leur comportement détruit l’économie mondiale et entraîne un cortège de misère qui pourrait se transformer en trainée de sang. On se pose une question : quelle sera la prochaine « bulle » ?

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Published by pierre verhas
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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 09:57

Savez-vous comment cela se passe aux Etats-Unis pour les personnes qui sont dans l'impossibilité de souscrire à une assurance privée soins de santé ? Le consultant en média et démocratie, ancien consultant de Cigna, une des premières sociétés privées américaines de soins de sante, Wendell Potter le raconte dans le "Monde" daté du 24 novembre 2009 :  comme dans une campagne publicitaire, on organisa une distribution gratuite de soins à des non-assurés. « La queue était interminable. Des gens avaient passé la nuit dans leur véhicule avec leurs mômes pour être sûrs d'être soignés. Je me suis dit : c'est ça, être malade en Amérique ? » 



Wendell Potter, un des plus chauds partisans de
la couverture publique des soins de santé

Potter sait de quoi il parle. Il a vu le système privé de près et en est indigné au point qu'il consacre toute son énergie à la combattre. En effet, selon ses recherches, les USA sont classés 27e pour la mortalité infantile et 28e pour l'espérance de vie. Voilà le brillant résultat de l'assurance privée qui ne songe qu'au profit. Pour les Démocrates progressistes américains et Barack Obama, c'en est assez. Il est plus que temps qu'une couverture publique soins de santé soit mise en place pour apporter la garantie de soins de santé décents pour tous les citoyens américains. Cefut un des thèmes fondamentaux de la campagne présidentielle de Barack Obama.

Un projet de loi est élaboré, mais il se heurte à l'opposition de deux des plus importants lobbies US : celui des assurances privées et celui des laboratoires pharmaceutiques.

Au terme de moult péripéties, le projet de loi de couverture soins de santé, projet essentiel pour le Président Barack Hussein Obama, a franchi le cap de la Chambre US à une très courte majorité (220 voix, la majorité requise étant de 215). Cependant, ce projet n’en est pas sorti intact et il doit encore passer une épreuve bien plus redoutable, celle de son adoption par le Sénat américain.

 

L’opposition de la droite conservatrice américaine, encore très influente et très influencée par les deux lobbies, porte sur deux points.

 

Le premier est l’option publique, à savoir l’intervention étatique dans l’assurance soins de santé. Le projet voté à la Chambre étatsunienne en est une version qui ne concurrencerait que fort peu les assureurs privés.


 
Le Président Obama fête sa première victoire
sur le projet de couverture santé avec ses partisans
à la Chambre US.


Un danger pour la démocratie

 

L’autre aspect de ce projet touche aux laboratoires pharmaceutiques. La version de la Chambre des représentants, pour la première fois, permet aux programmes tels que Medicare de négocier le prix des médicaments, afin d’assurer la transparence et la concurrence entre laboratoires. Cependant, cette disposition va en contrepied d’un un accord conclu entre les leaders du Sénat, la Maison Blanche et les laboratoires pharmaceutiques, en contrepartie de leur soutien à une réforme plus importante. Le projet de loi élaboré par la Commission des Finances du Sénat reprend cette disposition et, le soutien des laboratoires étant en jeu, il est probable qu’elle y reste.

 

On peut déjà conclure un point en l’espèce : on assiste à une sorte de « privatisation » de la démocratie : les laboratoires pharmaceutiques privés sont parties prenantes dans l’élaboration d’une loi. C’est une dérive très dangereuse qui menace d’ailleurs l’Europe. Nous avons eu l’occasion de dénoncer le rôle de plus en plus grand des lobbyistes dans le processus de décisions au niveau de l’Union européenne. C’est un danger considérable qui n’est pas assez mis en évidence.


Mais, en outre, ces lobbies sont très dangereux. Ils rémunèrent des candidats à la Chambre et au Sénat dont ils attendent un soutien efficace pour s'opposer au projet de loi d'Obama. Ainsi, le lobby des assureurs-santé a fait élire des Démocrates dits «blue dogs», c'est-à-dire conservateurs et opposés à une assurance - santé publique. Si le représentant ou Sénateur élu vote malgré tout pour le projet, le lobby peut détruire sa carrière en le déligitimant et en finançant un autre candidat. Comme on approche des élections à mi-mandat qui auront lieu en novembre 2010, plusieurs politiciens sont très sensibles à cet aspect des choses.


Ainsi, ce n'est plus le peuple qui élit ses représentants, mais des lobbies. La démocratie devient la lobbycratie !

Les lobbies agissent aux Etats-Unis et aussi en Europe depuis une trentaine d'années, c'est-à-dire en même temps que le changement de politique qui a mené au régime néolibéral. Ce n'est pas un hasard. Wendell Potter explique : « Depuis trente ans, un trident s'est installé entre certains secteurs d'activité, les lobbies et des groupes de réflexion ultraconservateurs, dont l'assurance-santé privée offre l'exemple type. Ils ont imposé un mode de pensée qui a vacillé avec la crise économique, mais reste très puissant.


Bien avant la victoire de Barack Obama, ils se sont préparés à parer la menace d'une assurance-santé publique concurrente. Les campagnes pour répandre des rumeurs fausses ou délirantes, sur, par exemple, les "escouades de la mort" d'Obama pour éliminer physiquement les vieillards ou les jeunes filles que l'Etat fédéral obligerait d'avorter en cas d'adoption de cette loi, viennent de ces réseaux.


Quand Sarah Palin ou Michèle Bachmann (représentante du Minnesota) [voir plus loin ] lancent ces idées folles, ou lorsqu'un politicien déclare que l'assurance-maladie universelle c'est "le socialisme", je sais par expérience que ces arguments ont été pensés et testés avant d'être lancés.»


Il y avait un autre système

Le système d'assurance privée entre les mains des seules compagnies d'assurances n'a pas toujours existé. Potter rappelle : «
Jusqu'aux années 1970, la couverture médicale aux Etats-Unis était amplement gérée par des réseaux à but non lucratif comme BlueCross BlueShield. Avec l'accession à la présidence de Ronald Reagan (en 1981), une succession de fusions-acquisitions a laminé les assurances non lucratives partout en Amérique. A la fin s'est formé un "cartel" de sept grands assureurs privés.»



Un coût soi disant trop élevé

 

La version adoptée par la Chambre revient à environ 1.200 milliards de dollars sur dix ans, celle du Sénat est estimée à quelques centaines de milliards de moins (environ 900 milliards). Faisons ici un simple calcul : 900 milliards d’USD sur dix ans, c’est 90 milliards par an, soit moins de 30 USD par habitant, par an ! D’autre part, le projet permettrait de faire une économie de 130 milliards de dollars sur dix ans et contribuer à réduire le déficit américain. Le Sénat pourrait au final écarter les aspects considèrés comme les plus coûteux du projet de loi de la Chambre, autrement dit les plus sociaux comme l’obligation pour les employeurs à souscrire une assurance santé à leurs employés, et à en assurer l’application. Les documents de travail du Sénat ne prévoient pas cette obligation.

En revanche, la disposition limitant le financement de l’avortement, ajoutée au projet de la Chambre en fin de parcours, suite à la pression  de Démocrates « pro-vie » n’a pas été adoptée lors du  vote.

 

En plus des aspects économiques du projet, la question fondamentale est de savoir s’il est légitime pour l’Etat d’être un acteur du marché.

 

C’est loin d’être perdu.

 

Une deuxième étape a été franchie le 21 novembre. Les Démocrates ont obtenu 60 % des voix, soit 60 Sénateurs (58 Démocrates et 2 Indépendants), pour pouvoir entamer les débats au Sénat, commençant le 30 novembre et se poursuivant durant trois semaines.




C'est encore possible de franchir le cap du Sénat.
 

Il y a donc fort à parier que les conservateurs exerceront une très forte pression. L'adoption du projet de loi par le Sénat le forcerait ainsi que la Chambre des représentants, qui a adopté son propre texte sur la réforme le 7 novembre, à négocier un compromis. Le Sénat et la Chambre devront ensuite voter ce texte de compromis avant de soumettre la loi à la signature du président Obama pour sa promulgation. Les républicains s'efforceront de prolonger la bataille pour la réforme du système de santé jusqu'à l'année prochaine, usant de la technique dite du « flibustier », c’est-à-dire prononcer des discours interminables  en espérant que la perspective des élections parlementaires de mi-mandat en novembre 2010 amènera les Sénateurs démocrates élus dans des Etats conservateurs à voter contre la réforme.

 

Dans un geste de concession envers les démocrates conservateurs, Harry Reid présentera un projet de loi qui prévoit une clause de désengagement pour les Etats ne souhaitant pas prendre part à ce volet de la réforme. Or, cela représente un danger majeur : dans certains Etats, un seul assureur domine le marché local, fisant sans concurrence les conditions d'accès aux soins et leur remboursement. En laissant cette faculté aux Etats de choisir entre le monopole de l'assurance privée interdisant la couverture publique et l'introduction de celle-ci, les assurances privées pourront continuer à abuser de leur monopole en toute tranquillité.

Autre grande différence, le projet du Sénat financerait le tout par un impôt sur les assureurs qui proposent des polices très onéreuses. Dans la version de la Chambre, le financement dérive principalement d'une hausse de l'impôt sur le revenu des gens les plus aisés. Cette différence sera l'un des principaux obstacles à surmonter lorsque le Sénat aura voté sa propre version et que les négociateurs des deux chambres devront rédiger la version définitive du projet. (Los Angeles Times, 9 novembre 2009)

 

C’est donc loin d’être gagné, mais rien n’est perdu.

 

Quid de l’opinion publique ?

 

L’opinion publique américaine est très peu politisée et ne comprend guère les enjeux fondamentaux de la société étatsunienne.

 

Le Courrier international  analyse ainsi la situation de cette opinion. Du temps de la campagne d'Obama, le ras-le-bol populaire vis-à-vis de George W. Bush était interprété comme un désir de changement. Aujourd'hui, à en croire les sondages, beaucoup d'électeurs indépendants se demandent si Obama a apporté les transformations qu'ils réclamaient. Il y a un an, le coût croissant de l'assurance santé était l'une des principales préoccupations des électeurs. Maintenant, avec un taux de chômage à deux chiffres, c'est l'emploi qui les inquiète au premier chef.  Le « Yes, we can ! » semble bien oublié… sauf par le Président Obama.

 

La violente contre offensive conservatrice

 
La foule qui s’est réunie à Washington, près du Capitole, le 5 novembre dernier, avait répondu à l’appel du député républicain Michele Bachmann. Elle accuse Barack Obama d'être un socialiste et elle est devenue la coqueluche des militants de droite, qui se pressent en foule à ses apparitions publiques.  L’hebdomadaire « The Observer » du 19 novembre 2009 la décrit ainsi : « A 53 ans, elle est l'égérie du Tea Party Movement, qui a mené une campagne féroce contre la réforme du système de santé, le plan de relance de l'économie et la loi sur le changement climatique. Elle est devenue l'une des personnalités politiques qui font le plus parler d'elles aux Etats-Unis et apparaît fréquemment sur Fox News, la chaîne d'information continue proche des conservateurs. Elle appartient à une vague de conservatisme "au féminin" de plus en plus visible et qui ne cesse de gonfler depuis l'élection d'Obama. On y trouve des commentatrices connues, comme Michelle Malkin et Ann Coulter, dont l'aversion pour les gens de gauche est encore montée d'un cran ces derniers mois. Et, bien entendu, Sarah Palin, qui reste une figure incontournable du paysage politique et médiatique et vient d'entamer une tournée de promotion pour vendre son autobiographie. Le livre [Going rogue] a déclenché la frénésie des médias et est déjà un best-seller.

Toutes ces femmes expriment un mécontentement conservateur de plus en plus prégnant et, selon certains spécialistes, de plus en plus radical. Les républicains ont été chassés de la Maison-Blanche et du Congrès. Le parti devient de plus en plus "blanc" et "sudiste" à mesure que les changements dans la démographie nationale donnent le pouvoir à d'autres régions et minorités. Beaucoup d'Américains souffrent également de la récession. C'est là un tableau bien sombre, qui rend beaucoup d'électeurs sensibles aux propos de ces agitatrices talentueuses. Pour de nombreux critiques, des personnes comme Michele Bachmann et Sarah Palin mettent un visage féminin séduisant sur un courant politique nauséabond. »

La foule qui s'est réunie à Washington, le 5 novembre, avait répondu à l'appel de Michele Bachmann. Sur Fox News et dans ses communiqués de presse, elle avait demandé aux militants de droite de débarquer à Washington et d'envahir les couloirs du Congrès pour exiger que leurs représentants bloquent la réforme du système de santé. Des milliers de gens ont accouru à ce grand rassemblement en scandant "Nous voulons Michele !" Mais le vilain visage de certains de ces conservateurs était bien visible parmi les manifestants. L'un d'eux portait un masque de Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, serrant dans les mains des poignées de fœtus sanglants. Un autre brandissait une photo de cadavres de Juifs entassés dans le camp de concentration de Dachau. "Soins de santé national-socialistes", disait la légende.



La députée Michele Bachmann, l'égérie des néo-
conservateurs. Une future Présidente ?

Plus tard, Michele Bachmann a condamné ceux qui avaient fait référence à l'Holocauste. Mais il suffit de jeter un bref coup d'œil sur sa carrière pour voir que cette étoile montante est une habituée des propos extrémistes. En octobre 2008, elle a traité d'antiaméricains certains de ses pairs au Congrès. Elle a accusé Obama d'avoir des idées socialistes. Elle a réglé son compte au réchauffement climatique en déclarant : "le dioxyde de carbone n'est pas un gaz nocif mais inoffensif". Et elle a alimenté la crainte d'une réaction violente contre Obama en affirmant que "faire une révolution de temps en temps est une bonne chose". Elle est aussi extrêmement conservatrice sur les questions sociales, farouchement opposée à l'avortement et au mariage homosexuel, et elle est profondément religieuse. Elle se dit "folle de Jésus".

Sarah Palin et Michele Bachmann ont remplacé la voix suave des sénateurs grisonnants de Washington par les voyelles traînantes du Midwest et l'accent nasillard de l'Alaska. Elles ont connu une ascension rapide, avec des carrières bâties loin de Washington et en portant leur étiquette d'outsider avec fierté. Elles ont donné au conservatisme un look de soccer mom de banlieue [surnom des mères qui accompagnent leurs enfants à l'entraînement de foot]. C'est sans doute là que réside une grande partie de l'attrait de Mme Bachmann. Elle est née dans l'Iowa, puis sa famille a déménagé pour le Minnesota, où elle a appris ce que cela signifie de se serrer la ceinture pour arriver à la fin du mois. Mais elle a fini par "réussir". Son mari et elle dirigent aujourd'hui une petite clinique psychiatrique et sont parents de cinq enfants. La légende veut que sa carrière politique ait commencé lorsqu'elle a pris la parole lors d'un meeting du Parti républicain local et reproché au sénateur de son Etat d'avoir viré à gauche.

Mais Michele Bachmann et Sarah Palin sont plus que des personnages politiques. Les deux femmes sont devenues les égéries d'un mouvement social massif. Elles ont inspiré des lignes de tee-shirts, de tasses à café et même des poupées à leur image que leurs fans s'arrachent. Ce mouvement est apparu pour la première fois pendant les meetings du candidat républicain John McCain après qu'il a choisi Sarah Palin comme colistière. Ce choix avait électrisé une campagne qui ne parvenait pas à décoller. Des milliers de gens ont soudain afflué aux meetings républicains. Mais ils venaient pour Sarah Palin, pas pour John McCain. Le cocktail "palinien" de sagesse fruste, mélangé à un patriotisme à outrance et des positions inébranlables, a représenté une fraîcheur que recherchaient les conservateurs. Le tout associé à un conservatisme sans complexes ainsi que la propension à dire sans détour ce qu'elle pense des démocrates.

Ces femmes sont dangereuses mais nous ne pensons pas qu’elles réussiront à bloquer la route de Barack Obama.

Vers une loi de fortune

« C'est une réussite historique, mais je ne suis pas certain qu'elle soit en phase avec l'opinion publique », affirme Vin Weber, stratège républicain, à propos du vote de la Chambre. « Ils s'y sont attaqués à un moment où ils pensaient que nous entrions dans une nouvelle ère progressiste pour la politique américaine. Mais le public a changé d'attitude en ce qui concerne la fiscalité, les dépenses et le volume des déficits au cours des huit ou neuf derniers mois ». Ou plutôt suite à la crise financière. Il semble de plus en plus probable que l’adoption finale de la loi sur l’assurance maladie n’interviendra pas avant 2010, même si les dirigeants démocrates espèrent encore faire passer cette réforme en 2009. « C'est vraiment dommage que le président soit obligé de consacrer tout son temps à rassembler en urgence les votes de son propre parti, se lamente Jim Manley, porte-parole d'Harry Reid, chef de file de la majorité au Sénat. Mais je suis sincèrement persuadé que le vote de la Chambre va nous donner un élan dont le sénateur Reid va profiter quand il débattra du projet avec ses collègues ».

 

Vers un renouveau de la société américaine ?

 

Le New York Times du 8 octobre 2009 explique : Les Européens ne comprennent pas pourquoi les Américains ne reconnaissent pas que la couverture santé universelle est un élément fondamental auquel tout citoyen d’un pays développé devrait avoir droit. En fait, le fond du débat n’a rien à voir avec la santé. On ne peut pas nier le fait que le système de santé américain coûte cher et qu’il y a beaucoup de gaspillage. Des dizaines de millions de personnes ne sont pas assurées par un système qui engloutit malgré tout une part plus importante de la production nationale que dans n’importe quel autre pays riche. Dès lors, la mutualisation des risques constitue la meilleure façon de forger une société plus saine. Les Européens n’ont aucun problème avec cet engagement moral. En revanche, quand un Américain entend « mutualisation des risques », il pense immédiatement « quelqu’un veut profiter de mon travail ». Dans la plupart des pays européens, les liens sociaux sont assez importants pour qu’un contrat social profitable pour tous puisse être établi. Aux Etats-Unis, c’est différent. On craint toujours que le voisin ne reçoive plus que ‘sa part’ du gâteau. Les sociétés européennes modernes considèrent que l’individualisme sans entraves comporte plus de risques que la solidarité. Les Américains, nés dans la révolte contre l’Europe, se définissent depuis toujours par opposition aux modèles du Vieux Continent et idéalisent leur individualisme acharné en le considérant comme un garde-fou. Cela n’a rien à voir avec la santé, mais bien plutôt avec les mythes fondateurs de la nation et ses rapports à l’argent. Ce sont des éléments sur lesquels la logique a peu de prise, mais lorsqu’il est question de vie ou de mort, la mythologie doit céder la place à la réalité et le profit, au bien-être.

Les conservateurs affirment que la protection sociale mine l’éthique du travail et affaiblit la fibre morale. Si les chômeurs bénéficient de trop d’avantages, les gens choisiront de rester à la maison plutôt que d’aller travailler. Mais il est absurde d’appliquer cet argument aux soins de santé. Le fait de garantir une couverture santé universelle ne peut inciter personne à contracter une méningite. C’est pourtant ce que les républicains font lorsqu’ils agitent le spectre d’une « médecine socialisée ». Ils sous-entendent que les soins de santé offerts par le gouvernement pourraient nuire à la liberté d’initiative des Américains. Certains démocrates, sous la pression de compagnies d’assurance et de laboratoires pharmaceutiques, gobent eux aussi cet argument.

 

En fait, il y a fort à parier que si le projet est adopté, une grande majorité de l’opinion l’accueillera favorablement au vu des avantages qu’il comporte pour chacun. Cependant, l’Américain moyen est tellement conservateur et individualiste qu’il craint par-dessus tout le changement, surtout s’il vient de la puissance publique. Il y a néanmoins un aspect qu’on oublie : les 30 millions d’Américains ne bénéficiant d’aucune couverture soins de santé. Cependant, si la notion de charité est très développée aux USA, celle de solidarité est inexistante.



Anna Quindlen : la critique trop facile des
intellectuel(le)s


L’écrivaine et journaliste new yorkaise
Anna Quindlen a débuté sa carrière au New York Post, en 1974, avant de rejoindre The New York Times, en 1977, d’abord en tant que journaliste et puis comme chroniqueuse. En 1995, elle abandonne un temps sa carrière de journaliste pour se consacrer à l’écriture. Elle est l’auteure de plusieurs essais et de cinq romans, dont trois – Contrecœur, et L’enfant sourira peut-être – ont été traduits en français. Elle collabore depuis 1999 à l’hebdomadaire Newsweek. Elle fait l’analyse suivante :


« 
Barack Obama s’est engagé à effectuer ces grands projets, avec célérité et détermination, il s’y est engagé sans la moindre ambiguïté, et les électeurs l’ont cru sur parole il y a un an. A ceux qui rêvaient d’une politique progressiste qui changerait les règles du jeu pour les laissés-pour-compte il a promis de bien faire. Pour l’heure, il a surtout fait de la gestion politique.

C’est sur la question du système de santé universel que le fossé entre ce qui devrait être et ce qui sera vraiment est le plus abyssal, et les limites du pouvoir présidentiel les plus visibles. Il est foncièrement déprimant de voir les chantres de l’exception américaine jurer en se frappant la poitrine que nos concitoyens n’ont pas besoin d’un système que trouvent efficace quasiment tous les autres pays développés. Alors que des élus prennent la pose et cherchent à gagner du temps, des familles se retrouvent acculées à la banqueroute par leurs dépenses de santé et contraintes de renoncer à des soins qu’elles n’ont pas les moyens de ­s’offrir. Les statistiques sur l’état de santé des Américains, de l’espérance de vie à la mortalité infantile, restent déplorables. Et, parce que nous avons ce fameux système de pouvoirs et de contre-pouvoirs, dans lequel le mouvement ne se produit le plus souvent que lentement et de façon sporadique, on risque fort de répondre à l’urgence d’une réforme de fond par une loi de fortune, ni assez profonde ni suffisamment large, qui peut-être un jour cédera la place à un autre dispositif moins mauvais et, à terme, à une loi véritablement bonne. On est bien loin de la réforme de la santé défendue par Obama pendant la campagne. Certes, les campagnes ne font pas de bons creusets dans lesquels fondre l’avenir. Elles appellent aux grandes aspirations, quand la gestion des affaires publiques est un processus lent et laborieux. »


USA Today, le plus important quotidien américain, conclut le 8 octobre 2009 : « Si les Américains veulent que leur président ressemble davantage au Barack Obama qu’ils ont élu, ils devraient sans doute commencer par se comporter davantage en électeurs qui ont voté pour lui et qui, une fois déjà, ont incontestablement contraint l’establishment politique à aller là où il ne voulait pas aller. »


Un changement fondamental

 

Comme beaucoup d’analystes américains le pensent, le projet de couverture santé d’Obama, s’il est adopté, ouvrira une nouvelle page dans le livre de l’histoire de la société américaine. Pour la première fois, même s’il est imparfait, un mécanisme de solidarité collective existera aux Etats-Unis. C’est un changement fondamental. C’est une brèche dans l’ultra conservatisme US et une première décision politique majeure qui ira à l’encontre de la vague néolibérale depuis une trentaine d’années.


Cependant, la menace demeurera, les lobbies ne déposeront pas les armes. Wendell Potter explique : «
S'ils voient qu'elle sera adoptée, ils feront tout pour dépouiller l'option publique de son intérêt. Ils chercheront à obtenir que les Etats puissent décider chacun séparément de s'y soustraire, pour pouvoir, ensuite, faire pression en ce sens à l'intérieur de chaque Etat. Quelle que soit la loi adoptée, il faudra qu'elle ne constitue qu'un début. Il y aura encore tant à faire à l'avenir pour mieux couvrir les besoins sanitaires des Américains et réduire le coût général de la santé.»

 

Si le projet d’Obama, même imparfaitement retoqué, aboutit, cela aura cependant d’importantes conséquences en Europe, car cela contraindra les gouvernements européens à prendre enfin une autre orientation et peut-être cela contribuera à redonner l’espoir au monde du travail. 

 

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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 21:25

La députée européenne PS, Véronique De Keyser a donné les modalités pratiques pour financer l'enquête historique et scientifique pour approcher la vérité sur l'assassinat du député communiste Julien Lahaut le 18 août 1950, enquête qui avait été décidée par une commission parlementaire et "débudgetée" par la ministre libérale Sabine Laruelle chargée de la politique scientifique.

On peut souscrire la somme selon ses moyens au compte

001-5981690-67

Le but est de réunir dans les six mois la somme de 350.000 à 450.000 Euros afin de financer les recherches qui seraient confiées au CEGES (Centre d'études et de documentation Guerre et sociétés contemporaines). Si cet objectif n'est pas atteint, les sommes versées seront remboursées aux souscripteurs.

Véronique De Keyser a déclaré à ce sujet : "Dans toute démocratie, il est nécessaire de faire la vérité sur un passé parfois trouble, mais qui peut être instructif pour l'avenir".

Souscrivez nombreux pour aider à écrire l'histoire, la vraie, celle basée sur les faits et non sur les fantasmes et les peurs.

Pour qu'on refleurisse de la vérité le monument Julien Lahaut au cimetière de Seraing

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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 23:15

 

 

Un vieux militant syndicaliste, ancien de toutes les luttes sociales, vétéran des Brigades internationales, résistant, ne cessait de dire aux jeunes attirés par le parti communiste : « N’y allez pas, vous allez être les suppôts d’un autre capitalisme, le capitalisme d’Etat ».

 

Le 9 novembre 1989, il était furieux : « C’est la pire nouvelle depuis longtemps ». Personne n’y comprenait rien. « C’est pourtant simple, expliqua-t-il, maintenant le capitalisme n’a plus d’adversaire. Il pourra faire tout ce qu’il voudra ! » Aujourd’hui, il y a plus de dix ans qu’il a disparu. Et, à la réflexion, il n’avait pas tort.

 

Depuis un mois, il y a une « murmania » qui envahit les médias. Sans doute, veut-on faire oublier les dégâts provoqués par l’ultralibéralisme en montrant que l’ancien système communiste était encore pire. Sortons de cette propagande nauséabonde et tentons d’analyser.

 

La chute du « Mur » : ses causes et ses conséquences

 

Il est évident que le 9 novembre 1989 est une date de rupture dans l’histoire européenne. Quelles en sont les causes ? Un inéluctable déclin de la puissance soviétique, puissance occupante de l’ensemble de l’Europe orientale et centrale. Le système économique et social replié sur lui-même s’effondrait. La course aux armements avec leurs derniers avatars, les euromissiles de Brejnev et la « guerre des étoiles » voulue par Reagan, l’échec patent de la guerre en Afghanistan (l’histoire se répéterait-elle pour l’Occident ?) ont grevé gravement l’économie des pays dits de « démocratie populaire ». De plus, le PNB de l’URSS était plus bas que celui du Japon et de l’Allemagne de l’Ouest, les deux ennemis de la guerre. Et pour couronner le tout, le baril de pétrole, principale ressource de l’Union soviétique, était au plus bas. Enfin, sur le plan international, l’impossibilité de l’URSS à mater la révolte ouvrière en Pologne achevait de l’affaiblir.


 

C’est ainsi que la gérontocratie post-brejnévienne fit place à un relativement jeune dirigeant, Michaël Gorbatchev. Il proclama très vite la « perestroïka » (restructuration) et la « glasnost » (transparence). Il fallait changer le système de fond en comble pour assurer sa pérennité. Il était dès lors normal que les peuples des pays du Pacte de Varsovie réclament aussi des réformes. Cela entraîna très vite une déstabilisation de ces pays. En Pologne, bien avant Gorbatchev, en 1980, il y eut la grève des ouvriers des chantiers navals de Gdansk ouvertement soutenue par le Pape et par Reagan suivie de la phase de la répression de l’armée polonaise dirigée par Jaruzelski. Cela ne pouvait qu’avoir un effet d’entraînement dans les autres pays dits de l’Est. Des mouvements divers eurent lieu dans d’autres « démocraties populaires », notamment en Roumanie et en DDR. Ceaucescu, le dictateur sanguinaire et caricatural des Carpates, fut renversé le 21 décembre 1989. Ce fut le second régime communiste européen à tomber, la DDR ayant été le premier.


 

Ceaucescu et Honecker : deux dictateurs en sursis

On connaît la suite : dès le début 1989, les Allemands de l’Est fuient vers l’Ouest via la Tchécoslovaquie et la Hongrie qui avaient ouvert leurs frontières. Des manifestations populaires eurent lieu à Leipzig demandant préalablement des réformes importantes et la fin de la dictature pour finir par revendiquer la réunification allemande. Gorbatchev fit comprendre à ses « alliés » du Pacte de Varsovie qu’il n’était pas question d’user de la violence et que l’URSS ne sortirait pas ses chars. Lors des cérémonies du quarantième anniversaire de la RDA, Gorbatchev voulut faire comprendre à Honecker qu’il devait se préparer à la fin du régime. La population de Berlin Est acclamait Gorbatchev. Honecker ne comprit pas pourquoi. La suite de l’histoire le fit comprendre. Les dirigeants de RDA, ignorant les signes avant-coureurs de la crise, fêtent le 7 octobre 1989 dans une grande parade les quarante années d'existence de leur état. Dans son allocution, Erich Honecker désigne la RDA, aujourd'hui comme hier, comme "le rempart contre l'impérialisme", comme la "vitrine" et le "brise-lame" des pays socialistes.



Le baiser de Judas


"En avant, toujours! En arrière, jamais!" dit-il encore, ne prêtant pas l'oreille aux avertissements de Michail Gorbatchev, qui l'encourage dans la voie d'une "Perestroïka" à l'allemande. Gorbatchev dira ensuite à la presse : "Celui qui prend du retard, celui-là, la vie le punira".



Honecker fut limogé quelques jours plus tard, le 18 octobre, et la nouvelle direction du parti communiste est-allemand donna pour finir l’autorisation d’ouvrir sa frontière avec l’Allemagne de l’Ouest, on était le 9 novembre 1989.

                                                                 
                                                                                                                                        
 

Si François Mitterrand avait vu juste ?

 

François Mitterrand, contrairement à la plupart des autres chefs d’Etat, ne manifesta pas un enthousiasme délirant suite à la chute du Mur. On a beaucoup reproché à feu le président français d’avoir voulu freiner un processus inéluctable qu’il n’avait pas vu venir. Bref, on a dit à son sujet ce que lui reprochait son rival Valéry Giscard d’Estaing, d’avoir été « un homme du passé ». A la réflexion, François Mitterrand voulut effectivement freiner la marche forcée vers la réunification allemande pour éviter un déséquilibre qui affaiblirait l’Europe.



 

En effet, la réunion des deux Allemagnes signifiait l’élargissement de l’Europe. Les autres pays de l’Est suivraient forcément. On risquait dès lors de construire une Europe politiquement inexistante qui se transformerait progressivement en une vaste zone de libre échange, ce qui allait à l’encontre de l’idée européenne. Mitterrand souhaitait que, préalablement à tout élargissement,  l’on approfondisse les institutions politiques de l’Europe existante à l’époque qui était composée de douze Etats membres. Il n’a pas été suivi et aujourd’hui, plus d’un regrettent un élargissement anarchique qui a transformé l’Europe de projet d’épanouissement en une entité mal définie, mal dirigée, antidémocratique, devenue le gendarme tatillon des dogmes économiques néolibéraux. Mitterrand souhaitait, et cela lui fut reproché, éviter que l’Allemagne ait un poids trop grand au sein de l’Europe, au détriment des autres Etats et facteur de déséquilibre comme cela s’est vu en ex-Yougoslavie où l’Europe, au lieu d’afficher une réelle neutralité qui lui aurait permis d’exercer un arbitrage efficace entre les parties, a pris ouvertement parti pour la Croatie et la Bosnie contre la Serbie. Ce fut la pression conjuguée de l’Allemagne, des Etats-Unis et même du Vatican qui a mené à cela. Il fallait désigner un ennemi : à travers la Serbie, c’était bien sûr la Russie. On connaît le résultat.

 

Le président français commit des erreurs, notamment celle de ne pas évaluer la fin du régime soviétique suite au putsch qui renversa Gorbatchev, mais, en définitive, François Mitterrand ne fut pas « l’homme du passé » mais l’homme qui tenta de forcer l’avenir.

 

Et pour les « ex » Allemands de l’Est ?

 

La réunification à marche forcée de l’Allemagne imposée par le chancelier Kohl fut en fait une absorption des länder est-allemands par la République fédérale. Ceux-ci constituaient un réservoir de main d’œuvre à bon marché et disposaient de terrains très bon marché pour délocaliser des usines allemandes vers l’Est. Voici un exemple concret de transformation subie en DDR.



Logements sociaux à Berlin Est

« Leipzig ville fantôme »
titrait récemment le « Courrier International » : « Il était une fois une cité industrielle de 530 000 habitants qui faisait figure de ville d’avant-garde dans la lutte pacifique contre le régime de la RDA : quand le mur de Berlin tomba, en 1989, ce fut en grande partie grâce aux manifestations incessantes de la population de Leipzig. Moins de dix ans plus tard, en 1998, la deuxième ville d’Allemagne de l’Est après Berlin avait perdu presque 100 000 habitants. Et l’exode continue. La réunification a eu des conséquences dramatiques. Toute l’infrastructure économique des nouveaux Länder a été oblitérée d’un coup. Le déclin industriel et le chômage forcent les jeunes à partir pour faire leur vie ailleurs, dans la prospère et si proche Bavière, par exemple. A cela s’ajoute une chute spectaculaire de la natalité dans toute l’Allemagne de l’Est. Résultat : presque 60 000 logements sont aujourd’hui inoccupés, et la municipalité de Leipzig commence à envisager des démolitions d’immeubles à grande échelle. Ces projets d’urbanisme en peau de chagrin ont des noms de code romantiques comme “Sombre forêt” ou “Bois ensoleillé”, qui cachent une recette assez simple : raser les quartiers vétustes ou défavorisés et transformer les surfaces ainsi gagnées en espaces verts pour faire plaisir à ceux qui veulent bien continuer à habiter la ville. Afin de frapper les imaginations (et pour rire), on a même évoqué l’idée d’un grand parc animalier à côté de la gare centrale flambant neuve ».


« La municipalité incite les propriétaires à faire démolir leurs immeubles, car ils ne les loueront plus jamais »
, résume « Der Spiegel ». « Ensuite, ils sont invités à faire don des terrains à la ville. Quant à ceux qui refusent, ils finiront par vendre leur bien, devenu inexploitable, à très bas prix, estiment les urbanistes ».


Jusqu’à 400 000 logements seront ainsi supprimés dans les années à venir ! Il va de soi que ces terrains sont dévolus à la spéculation immobilière car l’Allemagne veut faire de Leipzig sa vitrine « high tech », cette ville étant le siège de nombreux salons, dont la fameuse foire de Leipzig.


Selon l’historien Ingo Schultz, la disparité économique entre les deux pays était phénoménale, il aurait fallu une période de transition avant le brusque passage à l’économie de marché, mais on a préféré reporter les problèmes (par exemple le dumping social provoqué par l’arrivée sur le marché du travail des travailleurs est-allemands). La cause fut à la fois un manque de courage politique, mais aussi la doctrine de la thérapie de choc néolibérale.

Schultz conclut (Courrier international 992 du 5 au 11 novembre 2009) :  « Parler et débattre d’une révolution pacifique vieille de vingt ans, c’est aussi réfléchir au monde d’aujourd’hui. Peut-être ma vision des choses se révèlera-t-elle fauuse. Cela ne me dérangerait pas. Ce qui me dérange, en revanche, c’est la suffisance des « vainqueurs de l’histoire », l’arrogance avec laquelle ils se placent au-dessus de toute discussion, de toute argumentation, de toute revendication, pour agir à leur guise. »


En 1999, USA Today écrivait « Quand le Mur de Berlin est tombé, les Allemands de l’Est se sont imaginé une vie de liberté et d’abondance, où les difficultés auraient disparu. Dix ans plus tard, un remarquable 51% aux élections a fait savoir qu’ils étaient plus heureux sous le communisme ».  À peu près au même moment, un nouveau proverbe russe voyait le jour : « Tout ce que les communistes vous ont dit du communisme était faux, mais tout ce qu’ils vous ont dit du capitalisme était vrai. »

 

Après l’euphorie

 

L’euphorie passée, en juillet 1991, Gorbatchev fut invité à Londres à participer au G7. C’était la première fois que son pays y participait. Sa politique, à l’époque, suscitait une curiosité teintée de sympathie de la part de l’opinion publique occidentale. Naomi Klein, dans La stratégie du choc (Actes Sud, 2008), écrit : « Au début des années 1990, Gorbatchev, guidé par deux politiques jumelles, la glasnost (transparence) et la perestroïka (restructuration), avait déjà mené à un bien remarquable exercice de démocratisation : la presse avait été libérée, le Parlement, les conseils locaux, le président et le vice-président de la Russie avaient été élus, et la Cour constitutionnelle était indépendante. Sur le plan économique, Gorbatchev s’orientait vers le libre marché doublé d’un solide filet de sécurité sociale – démarche qui, estimait-il, prendrait dix à quinze ans -, le secteur public conservant sa mainmise sur les principales industries. Son but ultime était de construire une social-démocratie à la scandinave, un phare socialiste pour l’humanité entière. »



 

Si l’opinion publique occidentale, une large part des dirigeants politiques et les forces vives des pays de l’Est saluaient ce programme, ce n’était pas le cas des dirigeants occidentaux déjà imprégnés du néo-libéralisme thatchérien et reaganien poursuivi par Clinton. A son arrivée au G7, Gorbatchev reçut une volée de bois vert. Naomi Klein ajoute : « Le message quasi unanime des autres chefs d’Etat était le suivant : si vous n’administrez pas immédiatement la thérapie de choc radicale, nous allons couper la corde et vous laisser tomber. »

 

Autrement dit, pas question d’un programme socialiste dans une économie de marché, il faut appliquer les recettes du néo-libéralisme : privatisation, baisse drastique des dépenses sociales et déréglementation. On sait ce qui s’est passé par après : un coup d’Etat organisé par les communistes traditionalistes échoua. Gorbatchev était définitivement affaibli et fut remplacé par son rival, Boris Eltsine, qui appliqua le programme néolibéral et favorisa ce qu’on appelle les oligarques, ces hommes d’affaire dont la fortune n’est pas toujours d’origine très nette. Avec une équipe convertie à l’école de Chicago, Eltsine obtint des pouvoirs spéciaux pour mener sa politique de réformes aussi soudaines que radicales de l’économie russe. Il démantela l’Union soviétique en accordant l’indépendance à l’Ukraine, la Géorgie et la Biélorussie, ce qui lui permit d’agir en toute liberté avec l’appui non dissimulé de Clinton et de son clan, lui aussi issu de l’école de Chicago. Il alla jusqu’à « éliminer » le Parlement en envoyant des chars, comme cela se fait en toute bonne démocratie, ce avec l’appui à peine caché de Clinton. Cette situation est tout à fait comparable à celle du Chili en 1973 où les Etats-Unis aidèrent ouvertement Pinochet et imposèrent les réformes ultralibérales. Partout, le radicalisme ultralibéral s’accompagne de dictatures. On sait ce qu’il en advint : la Russie est devenu une dictature, l’anarchie règne un peu partout, les mafias ont la mainmise sur l’économie. Le successeur de feu Eltsine, Poutine, tente de redresser cette situation catastrophique avec plus ou moins de bonheur.




Les deux compères en néolibéralisme
 

Est-ce cela que voulaient ceux qui ont lutté contre une autre dictature, celle des démocraties dites populaires ?


Une donnée fondamentale n’est pas reprise dans l’histoire officielle de la fin du communisme soviétique : les peuples de l’Est ne souhaitaient pas vivre dans une société capitaliste libérale. L’ancien dissident slovène Slavoj Sizek écrit récemment dans une tribune au « Monde » : « D'ailleurs, l'immense majorité des dissidents de l'Est ne manifestaient pas pour le capitalisme. Ils voulaient plus de solidarité et un semblant de justice, ils voulaient être libres de mener leur vie sans être sans cesse contrôlés par l'Etat, libres de se réunir et de parler ouvertement, ils voulaient une vie honnête et décente, débarrassée du bourrage de crâne, de l'hypocrisie et du cynisme. Comme plusieurs observateurs l'ont bien vu, les idéaux qui sous-tendaient leur révolte étaient largement inspirés de l'idéologie dominante : on aspirait à quelque chose comme "un socialisme à visage humain".


Mais la seule réponse à l'utopie socialiste est-elle le capitalisme réel ? La chute du Mur a-t-elle vraiment ouvert la voie à un capitalisme mature, rendant obsolète toute utopie ? Et s'il s'agissait là aussi d'une utopie ? Le 9 novembre 1989 annonçait les "joyeuses années 1990", le rêve de la "fin de l'histoire" chère à Fukuyama, la conviction que la démocratie libérale avait triomphé, que le but était atteint, que la communauté globale et libérale était au coin de la rue, que les obstacles résiduels à ce happy-ending hollywoodien n'étaient que contingents (quelques poches de résistance, là où les dirigeants n'avaient pas encore compris qu'ils avaient fait leur temps). »


Et Sizek ajoute
 : « Le 11-Septembre est venu sonner la fin de l'ère Clinton : il inaugure une époque qui voit se dresser de nouveaux murs, entre Israël et la Cisjordanie, autour de l'Union européenne, à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, et à l'intérieur même des Etats. Comme si la thèse de Fukuyama avait dû mourir deux fois. En effet, l'effondrement de l'utopie politique de la démocratie libérale après le 11-Septembre n'a pas affecté l'autre utopie, économique celle-là, portée par le capitalisme mondialisé. Si la crise financière de 2008 a un sens historique, c'est qu'elle renverse le pan économique des rêveries "fukuyamesques".


  
 Le mur Mexique - USA et le mur Israël Palestine dont le libéralisme s'accomode très bien...



Le libéralisme se voulait une anti-utopie, le néolibéralisme tournait le dos aux idéologies responsables de l'horreur totalitaire du XXe siècle. Mais on comprend aujourd'hui que la période utopique par excellence aura été les années 1990, dans leur croyance que l'humanité avait enfin trouvé la formule socio-économique optimale. Or l'expérience des dernières décennies montre clairement que le marché n'est pas un mécanisme inoffensif qui agit au mieux quand on le laisse faire. Pour créer les conditions de son fonctionnement, une grande violence préalable est requise. Face aux ravages qu'ils ont eux-mêmes provoqués, les fondamentalistes du marché retrouvent les réflexes typiques de la mentalité totalitaire : ils imputent leur échec aux compromis passés par ceux qui ont traduit leurs visions en politique (trop d'intervention étatique, etc.), et exigent une application plus radicale encore de la doctrine du marché. »

 

Les premières manifestations qui annoncèrent le délitement de la DDR eurent lieu à Leipzig. Les manifestants scandaient « Wir sind das volk » (Nous sommes le peuple) puis le slogan s’est mué en « Wir sind ein volk » (Nous sommes un peuple). Franchement, nous préférions le premier slogan.
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