Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
  • Contact

Recherche

5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 21:45

 

 

Il est symbolique que la crise politique belge et la crise financière européenne ont lieu en même temps. Comme l’écrit  José Ignacio Torreblanca dans « El Pais » cité par l’édition électronique du « Courrier international » :

 

« Malgré les mises en garde répétées, l'Union économique et monétaire a heurté un iceberg en pleine nuit. Comme on ne l'a pas dotée des mécanismes permettant de faire face à des crises comme celle que nous traversons, le navire va faire eau de toutes parts. Toutefois, comme le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, qui vient de présenter son recueil de haïkus, ces charmants petits poèmes japonais qui parlent de la fugacité de la vie et de la beauté de la nature, nous, les Européens, préférons la contemplation à l'action. Et ces haïkus de Van Rompuy sont un peu comme l'orchestre du Titanic, qui joua sur le pont jusqu'à la dernière minute. Que ce soit la Belgique ou l'Union monétaire qui sombre, qu'au moins elle le fasse en beauté. »

 

Quel est donc le point commun entre ces deux crises ? Il est simple : pour l’Europe comme pour la Belgique, c’est une crise d’identité. L’Europe n’a pas réussi depuis les cinquante trois années qu’elle existe, à générer un idéal. Il est vrai que le ver était dans le fruit dès le départ. Lorsqu’on présenta à Mendès France le texte du Traité de Rome, document fondateur de la Communauté économique européenne qui deviendra après le Traité d’Amsterdam, l’Union européenne, après lecture, l’ancien président du Conseil français le rejeta avec mépris en disant : « Trop libéral ! ». En effet, le Traité était basé sur la libre circulation des personnes et des biens et sur le principe de libre concurrence. Belles idées à première vue, mais génératrices de la société ultralibérale qui s’est développée petit à petit après la guerre.

 

Toute tentative de fonder une Europe politique se heurta à l’opposition farouche des souverainistes nationaux comme de Gaulle ou les Anglais et au veto des partisans du « tout économique ». Et puis, dès les années 1990, l’Europe prit une tournure quasiment ultralibérale, comme si elle s’était préparée à la chute du mur de Berlin, en fait surtout sur la pression britannique, qui se glorifiait des « années Thatcher ». Le traité de Maastricht fondant l’Euro vient de montrer ses limites. Il s’en est suivi une série de traités, tous dictés par l’idéologie néo-libérale, qui tentèrent d’organiser les institutions européennes après le trop rapide élargissement à l’Est.

 

Massimo Giannini dans le quotidien italien « La Repubblica » cité par l’édition électronique du « Courrier international » résume bien la situation.

 

« Les marchés nous montrent du doigt quelque chose, là-haut dans le ciel. Comme toujours, les idiots regardent le doigt et ne voient pas la lune. Le doigt, c’est la Grèce. Un pays désormais défaillant. Sa dette est rabaissée au rang d'obligations pourries. Selon les banques d’investissement américaines, c’est le marché le plus risqué au monde sur les titres à court terme. Dans ces conditions, plus la Grèce cherche des ressources sur le marché, plus elle serre la corde autour du cou de ses finances publiques. Plus elle tente de se sauver, puis elle s’étouffe. Tout cela était prévu. Et ceux qui aujourd’hui font semblant de pleurer versent des larmes de crocodile. »

 

« Les marchés sont en train de l’emporter parce que les Etats tirent à hue et à dia, et l'Allemagne plus que les autres.  L'axe franco-allemand qui a mené l’Europe dans les moments cruciaux s’est effondré et la chancelière Angela Merkel est aujourd’hui seule face au reste du continent. La débâcle grecque, avec les eurodélires déclenchés par le plan de sauvetage que les Allemands ont du mal à digérer et ne digéreront peut-être jamais, montre aujourd’hui l’autre visage de l’Allemagne. »

 

Nouvelle offensive bancaire ou la capitulation du politique

 

Ce sont les agences de notation, ces organismes privés au service des grandes banques américaines, qui publient régulièrement les cotes des finances publiques des différents Etats. Ces agences sont en fait des organismes nuisibles car leur fonctionnement est pervers.

 

Elles sont trois :Standard & Poor’s, Moody’s, et Fitch. Ce sont des organismes privés, totalement indépendants des régulateurs et autres gendarmes boursiers : deux groupes américains, Standard & Poor’s et Moody’s, et un acteur à capitaux français, Fitch, filiale du groupe Fimalac. A elles trois, ces agences contrôlent 90% du marché mondial : 80% pour le duo Standard-Moody’s et 14% pour Fitch.
 
Le principe est simple : quand un pays ou une entreprise emprunte sur les marchés, il demande à une des agences de noter sa dette, c’est-à-dire de donner une estimation des risques de non remboursement en fonction de sa solvabilité, ses perspectives etc. En fonction des systèmes de notation des agences, ces dettes se retrouvent notées entre AAA (risque le plus faible) et CCC, voire D (faillite ou quasi-faillite). Pas moyen d’y échapper: les créanciers, banques, hedge funds, fonds souverains, exigent une notation des dettes émises, forcément par une des trois grosses agences, avant d’ouvrir le « carnet de chèques ». Selon l’AMF, Moody's France note ainsi plus de 77 entreprises, 124 établissements financiers, 14 collectivités locales, 15 OPCVM. C’est un quasi monopole !

 
Mais le plus gros problème est ailleurs. Qui rémunère les agences ? Les émetteurs de dette eux-mêmes, entre 25 000 et 125 000 dollars. Il y a donc un risque de conflit d’intérêt évident, d’autant que la raison d’être de ces agences est l’émission par leurs clients du maximum de produits financiers, puisqu’elles sont sûres de devoir les noter par la suite, et de facturer leurs honoraires à chaque fois. Les agences de notation ont d’ailleurs largement participé à la montée en puissance des produits financiers ultra-complexes, issus de la titrisation de créances douteuses, en les notant allégrement AAA ou apparenté, et en poussant leurs clients à en créer toujours plus. Parmi les champions de cette roulette russe financière, Goldman Sachs.

Le bilan des agences est édifiant. Standard & Poor’s notait encore AAA la banque Lehman Brothers quelques jours avant sa faillite. Quelques années auparavant, les trois agences notaient AAA le courtier en énergie Enron, quatre jours avant sa chute.

 

Le grave problème que posent ces agences est l’entreprise de destruction des entités déjà affaiblies, elles les empêchent de se refinancer à bon marché, et aggravent encore un problème qu’elles n’ont pas vu venir. Elles ont commencé par la Grèce, elles poursuivent aujourd’hui par le Portugal et puis l’Espagne. Qui sera le prochain ?

 

En tout cas, il est intolérable que ces agences qui sont au service des seuls spéculateurs, puissent avoir une influence sur la politique financière des Etats qu’elles « cotent ». Cela signifie la fin du politique. En plus, leurs seuls critères sont relatifs aux capacités de remboursement dans l’immédiat des Etats soumis à leurs examens. Elles se moquent des politiques, des décisions prises par l’Eurozone ou les gouvernements. Leur seule raison d’être est le service aux spéculateurs, c’est-à-dire les grandes banques. Une fois de plus, nous assistons à la capitulation du politique. Celui-ci n’est même pas capable de dénoncer et de combattre les effets pervers provoqués par ces agences. Lorsqu’on sait que l’Etat dispose des instruments de mesure efficaces et contrôlés pour leurs finances publiques et que la Commission européenne, au lieu d’enfoncer le clou, peut mettre fin à cette entreprise, on peut se poser des questions sur le rôle des hommes et des femmes politiques actuels. Un exemple : le président de la Commission, le Portugais Jose Manuel Barroso, qui fut Premier ministre avant d’entrer à la tête de l’Union européenne, mena une politique ultralibérale qui endetta gravement le Portugal. L’actuel gouvernement socialiste a redressé la barre financièrement, économiquement et socialement. Par la spéculation et l’action perverse des agences de notation, la dette des Lusitaniens s’est envolée. Barroso ne trouve rien de mieux que de faire pression sur le gouvernement de son pays pour qu’il mène une drastique politique d’austérité. Et c’est sans doute là l’objectif : supprimer le système social européen appelé « modèle rhénan ».

 

barroso02.jpg

 

Barroso au service de la haute finance

 

Le puissant Barroso, puissant par les appuis de ses maîtres réels, la finance internationale, ferait mieux de gérer convenablement son organisme de contrôle, Eurostat, qui est étrangement silencieux, ces temps-ci. Le Ministre des Finances belge démissionnaire, Reynders, le fait remarquer dans « le Soir » du 5 mai. Au passage, il a « oublié » de citer Goldman Sachs les agences de notation qui ont joué un rôle non négligeable dans la crise grecque.

 

hollande.jpg

 

François Hollande : un des seuls hommes politiques

qui a vu juste.

 

De même, la dette publique, si on en laisse la gestion aux seules banques qui déterminent entre autres des taux d’intérêt usuraires qui l’accroissent, fait en sorte que les Etats abdiquent de leur souveraineté et cela pourrait aboutir au renoncement à la liberté des peuples et des individus. Le socialiste français, François Hollande, a dit : « Là où, il y a un an, on sauvait la Grèce en déboursant 15 milliards d’euros, aujourd’hui il faut en débourser au moins 50 milliards simplement à cause de la spéculation et des pressions du marché. »

 

L’Euro cirque

 

La Banque centrale européenne (BCE) s’est elle-même désarmée en ne réagissant pas assez vite et en cédant aux pressions de l’Allemagne. En effet, les statuts de la BCE lui interdisent d’accepter des titres dont la note est inférieure à A, note que précisément vient de perdre la Grèce. Un banquier a déclaré à « Marianne2.fr » : « C’est dingue mais c’est comme ca. La BCE, une institution souveraine, qui possède toutes les ressources pour apprécier la qualité des titres qui lui sont présentés, se place dans les mains du jugement d’une agence de notation dont on a pu percevoir les multiples défaillances ». On aurait voulu être dans l’impasse que l’on n’agirait pas autrement.

 

jc_trichet.jpg

 

Jean-Claude Trichet ou la faiblesse

comme politique

 

Et puis, la Grèce n’est-elle pas la cible idéale pour les spéculateurs contre l’Euro. On use d’un discours abominable pour accuser l’économie grecque. En gros, les « Grecs sont des fainéants ». Vraiment ? Lisons l’économiste Jacques Sapir :

 

« Avec une moyenne de 2,4%, la Grèce a un taux de croissance de la productivité du travail sensiblement égal au double de l’Allemagne (1,2%). Elle est aussi nettement au-dessus de la moyenne de la zone Euro et de l’UE-25. En fait, et compte tenu de la structure de l’économie grecque, les travailleurs ont consenti des sacrifices importants.

 

La Grèce a incontestablement des problèmes, mais ils n’ont rien à voir avec le travail des Grecs. On peut rapidement, sans prétendre à l’exhaustivité, évoquer :

 

Une évasion fiscale des hauts revenus, largement rendue possible par la libéralisation financière dans la zone Euro. On constate d’ailleurs aujourd’hui une baisse des comptes bancaires en Grèce au profit des banques de Chypre…

 

La surévaluation de l’Euro a des effets dramatiques sur la Grèce se voit concurrencée dans les activités touristiques par des pays comme la Turquie, la Tunisie ou encore la Jordanie, et qui perd une partie des revenus qu’elle tirait de l’affrètement de la flotte de commerce (revenus en dollars…). 

La politique allemande au sein de la zone Euro a d’ailleurs aggravé cette situation dans le domaine commercial. La balance courante de la Grèce (le déficit commercial) s’est brutalement aggravée depuis 2005 et a atteint en 2007 14% du PIB.

 

Qu’il y ait eu des scandaleux abus de la part du précédent gouvernement est indéniable. Que ces abus trouvent aussi leurs échos dans les pratiques des autorités locales avec une corruption et un népotisme endémiques, est aussi indéniable. Mais, ces abus n’expliquent pas tout et de plus, ils ne concernent pas l’immense majorité des Grecs à qui l’on va demander des sacrifices.

 

La solution la meilleure pour la Grèce serait de pouvoir dévaluer (ce qu’elle ne peut faire bien entendu tant qu’elle reste dans la zone Euro) et de faire défaut sur une partie de sa dette dont les intérêts représenteront 93 milliards d’Euros d’ici fin 2012. Si l’on additionne les intérêts à payer, la dette à faire rouler (ou dette de court terme arrivant à échéance et qu’il faut renouveler faute de pouvoir la rembourser) et la nouvelle dette qu’il faudra de toute manière placer, on arrive à un total de près de 150 milliards d’Euros qui seront nécessaires (au minimum) d’ici fin 2012. »

 

La solution proposée par l’Eurozone est sans doute pire que le mal – ce qui expliquerait la chute des marchés – car, toujours d’après Sapir :

 

« En fait, cette estimation ne tient pas compte de la contraction du PIB que le plan d’ajustement qui est actuellement proposé à la Grèce va provoquer. Or, toute contraction du PIB provoque une contraction des recettes fiscales…

 

Le déficit est ainsi amené à se perpétuer, engendrant un nouveau plan d’ajustement, qui lui-même provoquera une nouvelle baisse du PIB, et des recettes fiscales. C’est une situation absolument intenable pour un pays de la taille de la Grèce, et ce d’autant plus que l’estimation de 150 milliards correspond à des hypothèses de recettes publiques qui ne sont pas réalistes. Un chiffre compris entre 180 et 200 milliards apparaît comme beaucoup plus probable.

 

Dans ces conditions, l’aide promise le dimanche 2 mai (et qui est de l’ordre de 110 milliards d’Euros sur 3 ans) serait certainement bien plus efficace si elle venait après une sortie de la zone Euro et une dévaluation, sous la forme d’une annulation de certaines créances ou de leur rachat. Ainsi, la Grèce pourrait retrouver rapidement le chemin de la croissance.

 

Il faut ici se souvenir du défaut russe de 1998. C’est bien de ce défaut que date le redémarrage de l’économie russe. Les prix du pétrole n’ont joué aucun rôle jusqu’en 2001/2002.

Une dévaluation et un défaut ne sont donc pas la fin du monde et peuvent, au contraire, être l’occasion d’un nouveau départ»  (Source : Marianne2.fr)

 

Grece003.jpg

 

Une résistance sommes toutes assez faible

 

Ce type de raisonnement ne se retrouve  pas dans la « grande » presse. Un oubli, sans doute…

En dehors de quelques économistes, quelques journalistes, quelques syndicalistes et de rares hommes politiques, il n’y a aucune réaction massive à cette abomination. Les manifestations des fonctionnaires et des travailleurs grecs sont bien modérées, il n’y a pas de réels mouvements sociaux au point que cela surprend certains dirigeants qui s’attendaient à des situations insurrectionnelles. Certes, il y a des manifestations violentes à Athènes, mais cela n’a rien à voir avec une guerre civile. Tout se passe comme si les masses se laissent mener à l’abattoir avec fatalisme. Il est vrai qu’il n’y a pas de mouvement d’opposition structuré. Ce ne sont pas les quelques « autonomes » et une poignée d’anarchistes qui vont déclencher un séisme révolutionnaire.

 

Europe_Grece.jpg

 

Comme ils sont solidaires ! 

 

Quant à l’Allemagne, elle n’est pas si « vertueuse » qu’on le dit. D’ailleurs où est la « vertu » dans une politique économique ? Toujours d’après Sapir : « Les données pour des comparaisons internationales sont relativement fragmentaires. D’après un travail réalisé à l’OCDE en 2008, on peut cependant constater que, en longue période, la part des 1% les plus riches dans le revenu national est en Allemagne sensiblement supérieure de ce qu’elle est en France. Ainsi, le mythe d’une Allemagne « vertueuse » ne ferait que masquer une réalité plus triviale : les rapports de forces bien plus favorables au capital qu’au travail. Les Allemands ne sont pas vertueux, ils sont plus exploités. » L’économiste ajoute : « On retrouve ici l’inanité qu’il y a à parler de « vertu » en économie. La vérité est que les politiques ne sont ni « vertueuses » ni « non vertueuses ». Au mieux peut-on s’interroger sur leur durabilité, que ce soit dans le cadre national ou international. Il est ici clair que l’Allemagne a une politique de répartition, qui engendre le reste de sa politique, qui n’est pas durable ou « soutenable » dans le cadre de la zone Euro.
 
Certes, la situation n’y atteint pas les extrêmes des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Mais l’écart de répartition est très significatif. Rappelons enfin que, depuis l’après-guerre, la croissance allemande a été plutôt inférieure à la croissance en France et en Italie. En fait, ce sont bien des pays qui ont été systématiquement présentés comme « non-vertueux » (la France et l’Italie) qui ont obtenu les meilleurs résultats sur longue période. Le niveau de la productivité en France le montre. »

 

Ainsi, et c’est vrai à chaque fois, on ne tient compte que d’un paramètre : la solvabilité dans l’immédiat, autrement dit du diktat des marchés, ou encore du seul intérêt des banques.

 

Et l’Euro dans tout cela ? Malgré les discours « rassurants » de l’establishment européen, on voit difficilement comment la Grèce se maintiendra dans l’Eurozone. L’économiste français Jean-Jacques Rosa expose, dans une interview au « Monde » du 5 mai 2010 : « La zone Euro n’était pas une zone monétaire optimale. Pour que des pays puissent partager avantageusement une même monnaie, il faut – entre autres – une similitude des structures économiques, des taux d’inflation, un parallélisme des conjonctures, etc. Mais dès le début, ces conditions n’étaient pas réunies. » Rosa rejoint l’analyse de Sapir sur la situation grecque. Il pense que la sortie de la Grèce de l’Eurozone est inéluctable. Elle devra dévaluer et l’argent qui lui est prêté par l’accord du 2 mai en échange d’une sévère politique de restriction « est de l’argent perdu ». Les Grecs devront procéder à une restructuration de leur dette par un défaut partiel.

 

Sapir ajoute : «  Si, à la Grèce, nous ajoutons le coût probable d’un sauvetage du Portugal, de l’Espagne et peut-être de l’Italie, ce sont des montants compris entre 500 et 600 milliards d’Euros qu’il faudra débourser, et ce sans garantie de succès. Une chose en tout cas est claire : les 110 milliards d’Euros de l’accord de dimanche 2 mai ne sont qu’une petite fraction des sommes qu’il faudra débourser.

On peut ajouter à cela que l’Euro compromet la sortie de crise pour les pays membres de la zone Euro, à la fois en raison de sa surévaluation (on est toujours à 1, 29 Dollars pour 1 Euro) et des politiques d’ajustement budgétaire auquel nous allons être contraints tant que nous resteront dans la zone Euro (du moins dans sa forme actuelle). Ce n’est pas un hasard si les perspectives de croissance de la zone Euro sont particulièrement mauvaises.
 »

 

Jean-Jacques Rosa conclut de son côté : «  Le pacte de stabilité avait été présenté comme une solution [aux divergences des économies], une garantie de stabilité. Or, il est mort, plus personne ne le respecte. Et l’Euro allait apporter de la croissance. Ce n’est pas vrai. Il est temps de reconnaître un échec patent. » Ce n’est plus l’Eurozone, c’est l’Euro cirque !

 

Notre système de solidarité sociale en danger !

 

Et si tout cela était intentionnel ? Ce n’est pas de la parano. Bon nombre le pensent. Ainsi, Georges Sidéris, maître de conférence à la Sorbonne écrit dans « Le Monde » du 1er février 2010 : « Pourtant ce n'est qu'aujourd'hui que la Grèce est victime d'une campagne de certains milieux financiers et de médias liés à ces milieux comme le Financial Times. On argue que la cause de la violence des attaques serait que la Grèce avait dissimulé la réalité de ses comptes publics. Il aurait donc fallu une année entière pour que les milieux financiers, si bien informés au jour le jour, se rendent compte de la gravité de la situation socio-économique, de la dégradation des finances publiques, de l'incapacité du gouvernement de droite à s'attaquer aux causes structurelles, alors que c'était le sujet de conversation de tout le pays l' année dernière. Et, comme par hasard, à peine le nouveau gouvernement de gauche installé ces mêmes milieux financiers se seraient réveillés.

 

Il y a clairement une autre logique à l'œuvre, visant à déstabiliser le pouvoir de gauche et à briser le mouvement syndical en Grèce, car c'est ce mouvement syndical qui est visé lorsqu'est invoquée la peur des milieux financiers que le gouvernement ne cède aux pressions sociales. Au-delà de la Grèce, c'est l'Espagne avec son gouvernement socialiste, le fameux "socialisme méditerranéen" accusé par les libéraux d'être trop sensible aux revendications des syndicats, et toutes les politiques sociales en Europe qui sont visées. Ces mêmes libéraux peuvent compter sur la bienveillance de certains gouvernements européens acquis à leurs idées et pas mécontents de voir le gouvernement socialiste grec en difficulté. Ceci leur permet de maintenir les revendications sociales dans leur propre pays sous pression. Ne serait la question d'une déstabilisation de l'euro, on voit bien que la Grèce serait complètement abandonnée à ces attaques spéculatives.

 

Le résultat ne s'est hélas pas fait attendre car comme le titre Le Monde (daté du 31/1/2010) : "L'Espagne songe à repousser l'âge de la retraite à 67 ans. Le gouvernement espagnol veut rassurer ses partenaires européens sur l'état des finances du pays" On peut dire que cette campagne de déstabilisation a déjà marqué ses premiers points. Mais la "crise" ne s'arrêtera pas à la Grèce aujourd'hui et à l'Espagne ou le Portugal demain si on laisse les milieux financiers poursuivre librement leurs attaques. En regardant vers la Grèce et l'Espagne on voit bien que les "réformes" que l'on veut imposer en France sont un volet d'une politique globale d'attaque des droits de tous les salariés. La Grèce est la victime d'une véritable machine de guerre des milieux financiers contre les politiques sociales en Europe. Il est temps que les partis de gauche et les syndicats en France et en Europe saisissent le véritable sens de ce qui se passe en ce moment.

 

Il faut soutenir la Grèce car elle est le banc d'essai de ceux qui veulent briser les politiques sociales en Europe. » Oui, mais pas comme le fait l’Eurozone qui enfonce encore plus la Grèce !

 

Nous laisserons la conclusion de l’Euro cirque à Jean-Paul Fitoussi : « La zone euro est déjà en retard de croissance sur les autres grandes régions du monde, par manque de cohésion, par excès de croyance doctrinale. Plutôt que de tirer parti de finances publiques plus saines qu'ailleurs, elle met toute son énergie au service de l'apurement du passé plutôt qu'à celui de la construction du futur. Cela ressemble à s'y méprendre à une "conjuration des imbéciles" pour reprendre le titre du beau roman de John Kennedy Toole. »

Après la chute du communisme, la déliquescence de la social-démocratie, nous assistons à la fin de la démocratie libérale au profit d’une jungle financière détruisant le tissu social et écrasant les libertés.

 

Il n’y a pas de réponse globale aux défis de notre temps. Le communisme qui fut un système trahissant la pensée de Marx a échoué lamentablement après avoir régné dans le sang et par les chaînes. Le libéralisme en renonçant très vite à sa raison d’être, la défense des libertés individuelles et sociales, s’est enlisé dans la seule dogmatique de la liberté des acteurs économiques. Aujourd’hui, le capitalisme a remplacé le communisme en plus efficace dans son règne tout aussi sanguinaire et totalitaire. On a mal lu Orwell : Big Brother n’était pas seulement Staline. Il grandissait aussi dans le fumeux « Occident démocratique ».

 

La Belgique ou la fin de l’Etat-nation

 

Et la petite Belgique dans tout cela ? Dans « Le Soir » du 5 mai, Jacques Attali nous fait la leçon. Au regard des défis actuels, détruire un pays pour un conflit anecdotique sur quelques villages est aberrant. Oui, Monsieur l’ancien Conseiller du Président de la République, dans l’apparence, vous avez raison. Cependant, vous ne tenez pas compte d’un phénomène que l’on constate un peu partout en Europe : le démantèlement du modèle de l’Etat-nation. Celui-ci s’effrite par la conjonction de forces centripètes comme la volonté autonomiste des régions « riches » comme la Flandre, le Nord de l’Italie, l’Ecosse et de forces centrifuges comme la mondialisation et la perte de souveraineté comme on vient de le voir avec la crise grecque.

 

Jacques_attali-copie-1.jpg

 

Jacques Attali a été mieux inspiré en

d'autres circonstances. 

 

Michel Konen dans La Libre Belgique du 26 avril 2010 rappelait les écrits d’Hendrik Conscience, écrivain flamand du XIXe siècle : « La Belgique se trouve dans une situation artificielle qui, sans aucun doute, constitue une menace pour l'existence même de la patrie »

 

Jamais ce texte n'a autant été d'actualité. On le croirait écrit par un éditorialiste d'aujourd'hui à propos du débat animé autour de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Il n'en est rien !

Cette phrase est celle qui ouvre le "Manifeste du mouvement flamand". Elle date du 6 novembre 1847.

 

Elle est prémonitoire.

 

Plus loin, après avoir décrit les menaces qui pèsent sur la culture flamande le "Manifeste" poursuit : "... avec l'espoir qu'un jour, la haute administration sera suffisamment équitable et courageuse pour détruire toutes les raisons justifiées de haine et de discorde qui séparent nos deux peuples".

Inspiré par Henri Conscience, l'homme qui révéla la Flandre à elle-même, ce texte n'a cessé d'être la pierre angulaire du Mouvement flamand tout au long de son histoire. Un texte fort qui dénonce avec véhémence - et avec raison à l'époque - les humiliations que devaient subir les habitants d'une Flandre dominée et méprisée par les francophones.

 

161 ans ont passé. Et le temps ne semble toujours pas venu "pour que nous (les flamands) puissions vivre dans la concorde et avec des sentiments d'amitié et de fraternité affectueuse envers nos compatriotes wallons; car ce n'est qu'à partir de ce moment-là que le pays des Belges sera établi sur des bases solides". »

 

 

Jules Destrée, l’intellectuel carolorégien,  avertissait dans une lettre ouverte au Roi, juste avant la Première guerre mondiale : « Sire, il n’y a plus de Belges ». A cette époque, on aurait pu raisonnablement trouver une solution juste pour les Wallons comme pour les Flamands. Non, on a maintenu l’illusion d’un Etat unitaire qui a commencé à se démanteler avec l’affaire royale en 1950 et qui, aujourd’hui, est au bord de l’éclatement au sujet de « quelques villages ».

 

Ici aussi, avec cette crise surréaliste, on est passé de la politique belge au Belgique circus. Un exemple : Les députés Vlaams Belang entonnant le « Vlaams Leeuw » dans l’hémicycle de la Chambre, par pur souci de provocation et de propagande, tout odieux que ce fut, cela avait de la gueule. Les SS avaient aussi de la gueule. On sait ce qu’il s’est passé.

 

Vlaams_Belang-copie-1.jpg 

 

Dees néo-nazis à même de déstabiliser un Etat

 

Bon nombre pense que le nationalisme est une libération alors qu’il engendre l’oppression. Le nationalisme ne résout pas la question de la souveraineté. La Flandre s’en apercevra à son détriment et l’Allemagne se retrouvera isolée. On dit que l’histoire ne repasse jamais les plats…

 

edgar-morin.jpg

 

Edgar Morin : un regard lucide

 

Laissons la conclusion à Edgar Morin qui a déclaré récemment : « Nous sommes dans le paradoxe de la gestation d'une société monde où l'économie et les territoires sont reliés entre eux, mais pour qu'il y ait au-dessus de cela une autorité légitime, il faudrait qu'il y ait le sentiment d'une communauté de destin partagé. Pour des problèmes vitaux comme la biosphère, la prolifération des armes nucléaires ou l'économie, il n'y a pas de véritable régulation mondiale. Ce qui se passe dans l'économie est à l'image des autres débordements, des autres crises du monde. La crise économique n'est pas un phénomène isolé. Elle éclate au moment où nous vivons une crise écologique.

 

C'est une crise des civilisation traditionnelles, mais aussi de la civilisation occidentale. Les civilisations traditionnelles sont attaquées par le développement, la mondialisation et l'occidentalisation, qui sont les trois faces d'une même réalité : le développement détruit leurs solidarités, leurs structures politiques, produit une nouvelle classe moyenne qui s'occidentalise, mais aussi en même temps un gigantesque accroissement de la misère. Le développement à l'occidentale est un standard qui ne tient pas compte des singularités culturelles. Le paradoxe c'est que nous donnons comme modèle aux autres ce qui est en crise chez nous. Partout où règne le bien être matériel, la civilisation apporte un mal être psychologique et moral dont témoignent l'usage des tranquillisants.

 

L'individualisme n'a pas apporté seulement des autonomies individuelles et un sens de la responsabilité, mais aussi des égoïsmes. La famille traditionnelle, les solidarités de travail, de quartier se désintègrent et la compartimentation de chacun dans son petit cercle lui fait perdre de vue l'ensemble dont il fait partie. Il y a les stress de la vie urbaine, la désertification des campagnes, toutes les dégradation écologiques, la crise de l'agriculture industrialisée. C'est pour cela que j'ai écrit un livre qui s'appelle "politique de civilisation", pour exprimer l'urgence et l'importance des problèmes que les politiques ne traitent pas.»

 

« België barst ! » (Que le Belgique crève !) éructent les néo-nazis flamingants. Craignons aussi que « Europa barst ».

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
17 avril 2010 6 17 /04 /avril /2010 20:55

 

L'une des étoiles les plus brillantes de la constellation du Cocher vient de révéler aux astronomes le secret de ses baisses de luminosité, aussi longues qu'irrégulières. En cause, un disque de poussières qui orbite autour de l'étoile.

Depuis 1821, les astronomes étudient l'étrange comportement de l'étoile Epsilon, une super-géante rouge située dans la constellation du Cocher, à deux mille années-lumière de nous. Cette étoile, 150 fois plus grosse que le Soleil, a une magnitude 3 qui la rend parfaitement visible à l'œil nu. Etrangement, tous les 27 ans, son éclat faiblit d'une magnitude pendant presque deux ans.

Les scientifiques soupçonnaient donc un objet gigantesque (une dizaine d'unités astronomiques) de s'interposer entre Epsilon et nous. Avec une petite particularité en prime : on observe une légère remontée d'éclat au maximum de l'éclipse !

 

Notez que vous pouvez observer le phénomène avec des jumelles en notant régulièrement les variations d'éclat de cette étoile. Pour la trouver, prenez une bonne carte du ciel.

 

Des éclipses suivies avec attention

  

C'est la huitième fois qu'on étudie le phénomène depuis sa découverte ; l'éclipse actuellement en cours a commencé en août 2009 et s'achèvera en mars 2011. A cette occasion les astronomes ont utilisé deux instruments très performants pour étudier l'origine des variations de lumières d'Epsilon du Cocher, Spitzer et Chara.

Le satellite infrarouge Spitzer a permis de confirmer qu'il s'agit bien d'un nuage de poussières. Une observation qui rappelle celle menée il y a deux ans en direction d'Epsilon Eridani, où Spitzer avait découvert deux ceintures d'astéroïdes.

Cette vue d'artiste montre à quoi doit ressembler le disque de poussières occultant Epsilon du Cocher. Crédit Nasa/JPL/Caltech

La forme du nuage de poussières qui éclipse Epsilon du Cocher a été déterminée à l'aide de l'interféromètre Chara (pour Center for High Angular Resolution Astronomy), dont le réseau de six télescopes est installé en Californie, à l'observatoire du mont Wilson. Un observatoire rendu célèbre dans les années 1920 quand l'astronome Edwin Hubble y découvrit l'expansion de l'Univers.

 

Que cache le disque de poussières ?

 

Grâce à Chara, on sait maintenant que le disque de poussières qui éclipse Epsilon du Cocher a un diamètre d'environ 1,5 milliard de kilomètres, et que nous le voyons presque par la tranche. Au centre de ce disque se trouve une étoile qui fait le tour d'Epsilon du Cocher en 27 ans. Les variations d'éclat d'Epsilon pendant les éclipses sont sans doute provoquées par des irrégularités de densité des poussières au sein du disque.

Pour certains chercheurs, il n'y aurait pas une mais deux étoiles au centre du disques de poussières qui orbite autour d'Epsilon du Cocher. Une manière élégante d'expliquer la remontée d'éclat au maximum de l'éclipse. Crédit Hopkins Phoenix Observatory

Cette inhomogénéité explique pourtant mal la remontée d'éclat au maximum de l'éclipse, à moins que, comme ne le suggèrent certains chercheurs, ce ne soit pas une mais deux étoiles qui logent au centre du nuage !

Professionnels et variabilistes amateurs (ce sont des observateurs d'étoiles variables) vont continuer jusqu'au printemps 2011 à mesurer les variations d'éclat d'Epsilon du Cocher, une étoile que chacun peut admirer à l'œil nu à proximité de la brillante Capella en s'aidant d'une carte du ciel.

En attendant sa prochaine explosion en supernova, l'étoile Epsilon du Cocher continue d'intriguer les chercheurs avec ses étranges éclipses. Crédit DSS/STScl
En attendant sa prochaine explosion en supernova, l'étoile Epsilon du Cocher continue d'intriguer les chercheurs avec ses étranges éclipses. Crédit DSS/STScl

Cordialement
Jean
===========================================================
Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex) http://www.astrosurf.com/apex-occult
European Asteroïdal Occultation Network (EAON) http://www.astrosurf.com/eaon/
Popular Astronomy http://home.versateladsl.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@base.be
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Je n'ai pas peur de la mort, j'ai trop aimé les étoiles pour avoir peur de la nuit.
Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 10:43

 

Le plus puissant télescope solaire du monde, le NST (New Solar Telescope), est entré en service il y a quelques mois. Particularité de cet instrument, il est construit sur un plan d'eau.

Le Soleil est l'étoile qui intéresse le plus les astronomes. C'est bien sûr la plus proche et son comportement (éruptions, cycle de taches...) a des effets directs sur le climat terrestre et les activités humaines. On pourrait imaginer que l'observation de notre étoile est facilitée par sa proximité. Et il est vrai que les 150 millions de kilomètres qui nous en séparent sont dérisoires par rapport au trajet qu'il faudrait parcourir jusqu'à l'étoile la plus proche, Proxima Centauri : 270.000 fois la distance Terre-Soleil !

Mais cette proximité a un inconvénient de taille. La chaleur bienfaisante que nous dispense le Soleil est source de turbulences qui dégradent considérablement la qualité des images, empêchant d'étudier des petites structures, comme la granulation solaire.


La granulation solaire est le résultat des phénomènes de convection qui remontent le plasma chaud à la surface du Soleil. Les granules sont ici photographiés à très haute résolution par le NST. Crédit BBSO

 

La chasse aux turbulences est ouverte

Les astronomes cherchent depuis toujours à limiter ces turbulences. Si l'étude du Soleil depuis l'espace (avec Soho ou Stereo) est une solution radicale , son coût et sa complexité limitent la taille des instruments emportés. Au sol on a mis au point divers procédés pour réduire la turbulence autour des télescopes solaires : tour solaire comme à Meudon ou installation en haute altitude comme à l'observatoire du Pic du Midi.

En Californie, dans la chaîne de montagnes qui domine la vallée de San Bernardino, les scientifiques ont choisi une autre façon de limiter la turbulence. Ils ont construit un observatoire solaire sur un lac artificiel. A 2.000 mètres d'altitude, le lac Big Bear accueille en effet depuis 1969 le BBSO (Big Bear Solar Observatory). Sa coupole principale est installée au bout d'une jetée qui avance d'une centaine de mètres dans le lac.


Le New Solar Telescope est entré en service au cours de l'Année Mondiale de l'Astronomie. Crédit BBSO

Un géant pour étudier notre étoile

Depuis 2009, 400e anniversaire de la première observation du ciel avec un instrument par Galilée, le BBSO abrite le plus puissant télescope solaire du monde, le NST (pour New Solar Telescope). Son miroir principal mesure 1,6 mètre de diamètre.

De nombreuses innovations technologiques optimisent cet instrument. Tout d'abord le miroir principal est décentré pour renvoyer le faisceau lumineux sur le côté, ce qui supprime l'utilisation d'un miroir secondaire. Ce procédé évite ainsi l'obstruction provoquée par le miroir de renvoi, source d'une baisse de la résolution du télescope. Un tel choix technologique a nécessité une taille particulière du grand miroir. Ce dernier est supporté par 36 vérins qui assurent la compensation des déformations mécaniques et thermiques. Enfin une climatisation de la coupole abritant l'instrument évite les turbulences entre l'intérieur et l'extérieur.

Le NST sera pleinement opérationnel d'ici deux ans. Il mettra alors toute sa puissance au service de la surveillance continue de notre Soleil pour tenter d'en percer les mystères.

Installé depuis 1969 sur un lac d'altitude en Californie pour limiter les effets de la turbulence, le Big Bear Solar Observatory abrite désormais le plus grand télescope solaire du monde. Crédit BBSO
Installé depuis 1969 sur un lac d'altitude en Californie pour limiter les effets de la turbulence, le Big Bear Solar Observatory abrite désormais le plus grand télescope solaire du monde. Crédit BBSO

Cordialement
Jean
===========================================================
Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex) http://www.astrosurf.com/apex-occult
European Asteroïdal Occultation Network (EAON) http://www.astrosurf.com/eaon/
Popular Astronomy http://home.versateladsl.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@base.be
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Je n'ai pas peur de la mort, j'ai trop aimé les étoiles pour avoir peur de la nuit.
Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 21:42

Tous les traqués politiques écrivent et chantent la même chose, parce qu'ils vivent tous et partout la même chose. Quelle que soit la couleur, l'idéologie, le régime, les tyrans sont identiques de par le monde comme les militants le sont aussi.

 

Voici le récit d'un militant du parti iranien Toudeh (le parti communiste d'Iran, appelé aussi "parti des masses d'Iran") qui fut traqué sous le régime du Shah et reste traqué par le pouvoir des mollah, aujourd'hui encore. Ce récit a été publié sur les blogs du Monde diplomatique et le blog ariégeois de la rue Goudouly.

 

Tout en étant résistant à la dictature islamique, ce militant refuse cependant toute intervention militaire américaine ou/et israélienne dans son pays.

 

Il se réfère à Jean Ferrat, récemment disparu.

 

"Peu importe le ciel..."

 

 

Souvenirs de la répression de 1988

 

Quand Ferrat réchauffait le cœur des embastillés iraniens

 

par Mohammad Zahedi

Sur Les blogs du Diplo

 

Replonger dans mes souvenirs de 1988, l’année terrible du massacre des prisonniers politiques iraniens, est chose pénible. Mais le décès de Jean Ferrat et la demande d’un camarade iranien ont fait que j’ai pris la plume pour écrire ces quelques lignes.


En cette année-là, plus de 12 000 prisonniers politiques iraniens furent livrés au bourreau, sans que l’opinion publique mondiale en soit avertie, et sans qu’elle puisse d’une manière ou d’une autre exprimer sa colère. Ces prisonniers avaient commis l’insoutenable crime d’être amoureux de leur patrie, celle « qu’aucun d’eux ne trompa ».Que ce soit « celui qui croyait au ciel » ou « celui qui n’y croyait pas », nous partagions tous le même « grabat », des cellules prévues au départ pour un seul prisonnier mais qui en réalité, étaient occupées par trois ou quatre personnes.

 

Nous avions reçu chacun une couverture étalée à même le sol sur laquelle nous passions nos nuits sans lune. Nous n’avions pratiquement aucun droit et l’avenir nous paraissait sans issue. Mais nous n’étions pas de la trempe de ceux qui abandonnent dans des conditions carcérales dures. C’est ainsi qu’à la suite d’âpres discussions avec la direction de la prison, nous avions pu obtenir un certains nombres de livres parmi lesquels le premier tome du livre de Mauger, Langue et civilisation françaises. Ayant fait mes études supérieures en Belgique, je fus tout naturellement amené à enseigner le français à plus de soixante prisonniers de toutes tendances politiques. Outre les bases de la langue de Voltaire, j’essayais de leur apprendre certains éléments de la culture orale et notamment les chansons françaises, parmi lesquelles « La France » de Jean Ferrat. Parmi nos camarades, il y en avait un, beaucoup plus âgé que nous, qui avait fait ses études supérieures en France, avait fait partie des Brigades internationales pendant la guerre civile d’Espagne et était très proche du PCF. Il tenait beaucoup à ce que les prisonniers francophones apprennent La Marseillaise, et il y était tant bien que mal parvenu. Nous la chantions lors de différentes occasions qui se présentaient.


Après la libération des prisonniers politiques, certains ont rapporté que ceux qui avaient appris le français, et qui allaient être exécutés, chantaient « La France » de Jean Ferrat. Je ne pourrais jurer de l’exactitude d’une telle affirmation, puisque j’étais alors occupé à défendre mon existence devant les bourreaux. Qu’ils aient chanté l’une ou l’autre chanson — et même si cet épisode tient de la légende —, ne change rien au fait qu’ils sont tous morts la tête haute, parce que ils n’ont pas voulu « vivre à genoux », et surtout qu’ils ont donné leur vie pour que « chantent les lendemains ».


Est-ce qu’Aragon n’avait pas écrit son fameux poème « Légende de Gabriel Péri » (C’est au cimetière d’Ivry / qu’au fond de la fosse commune / dans l’anonyme nuit sans lune / repose Gabriel Péri) ? Ne dit-on pas — enjolivant l’histoire — que la puissance de ce petit poème avait obligé la Kommandantur des forces d’occupation à Paris à placer des gardes mobiles autour du cimetière, pour empêcher que les « ombres » ne viennent fleurir chaque nuit la tombe de Gabriel Péri ? De même, la dictature de la République islamique d’Iran, ayant peur que « les hortensias bleus puissent fleurir inexplicablement » sur les tombes sans nom des martyrs à Khavaran (cimetière près de Téhéran), empêchent chaque année les épouses et les familles des exécutés de se réunir à cet endroit...


Non seulement les mesures prises par les bourreaux n’aboutissent à rien, mais, dans un avenir pas très lointain, chaque martyr de ce combat inégal contre l’impérialisme — qui ne peut voir aucun peuple décider de son propre sort — sera un sérieux problème pour toute la nation iranienne, et peut-être un cas de conscience pour les démocrates du monde entier. On entend déjà tout un peuple en marche dans son mouvement vert pour la démocratie et la justice sociale. Et le cœur des enfants de ceux qui reposent sous la terre d’indifférence de Khavaran battent pour un Iran libre et démocratique. Ils savent aussi qu’à l’instar des « loups qui ont regardé vers Paris », les armées israélo-américaines qui envisagent d’envahir le pays ne peuvent rien contre la volonté de ce peuple courageux et inventif.


Mohammad Zahedi.
Ancien prisonnier politique

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 20:43

  

 

Cette Déclaration malheureusement trop peu connues a été solennellement adoptée à Paris le 9 décembre 2005 à l'occasion du centenaire de la loi du 9 décembre 1905 de séparation de l'Eglise et de l'Etat qui a consacré la laïcité dans la République française.

 

 

 

La cérémonie de signature fut présidée par l'actuel Secrétaire perpétuel de l'Académie royale de Belgique, l'historien, ancien ministre, ancien président de l'Université Libre de Bruxelles, Hervé Hasquin.

 

 

 

«Ce texte de référence a, dès l’origine, été conçu en deux parties : l’une indiquant quelle perspective (conception de l’universel, articulation entre valeurs fondamentales et diversité culturelle…) permet de présenter la laïcité comme valeur universelle, en dégageant des principes communs ; l’autre faisant la place aux diverses formes qui se rattachent à ces principes et les confrontant aux défis du XXIe siècle.

 

 

 

Ce texte a été élaboré par phases successives, en circulant parmi des cercles de plus en plus larges d’universitaires dans le monde, en premier lieu des historiens, des sociologues, des philosophes et des penseurs qui, tous, ont étudié et réfléchi à la laïcité au sens large du terme.

 

 

 

Né de la confrontation des idées et amendé par les remarques adressées à ses auteurs, le texte final, synthétisé par Jean Baubérot, a été présenté – sous la présidence de Hervé Hasquin – au public à Paris, le 9 décembre dernier, jour anniversaire du vote de la loi au Sénat français.

 

Il a fait l’objet d’une nouvelle présentation, à l’Université libre de Bruxelles cette fois, le 17 décembre, à l’issue du colloque consacré à la laïcité dans l’Union européenne, organisé par le Centre interdisciplinaire d’étude des religions et de la laïcité de l’ULB.

 

 

 

Il est maintenant destiné à circuler, à susciter des adhésions et à constituer un objet de questionnements. Car le texte de cette Déclaration est expressément, pour Jean Baubérot, un texte en tension. En effet, il se présente sous une forme proclamatrice, convictionnelle, et en même temps il se veut fondamentalement un texte de débat. C’est comme tel qu’il vous est livré.»

 

  

 

Ajoutons que ce texte est la plus belle réponse à ceux qui veulent transformer la laïcité en idéologie politique instaurant l'anticléricalisme et se servant du sentiment de peur de l'Islam généré par la propagande de guerre née des attentats du 11 septembre 2001 et imprégnée de l'idéologie du «choc des civilisations».

 

 

 

Par trop méconnu, cette Déclaration mérite la plus large diffusion. En le mettant sur le blog "Uranopole", nous espérons ainsi y contribuer et nous invitons tous nos lecteurs à le faire.

 

 

  

 

  

 

Déclaration universelle sur la laïcité au XXIe siècle

 

 

 

Préambule

 

 

 

Considérant les diversités religieuse et morale croissantes, au sein des sociétés actuelles, et les défis que rencontrent les Etats modernes pour favoriser le vivre-ensemble harmonieux ; considérant également la nécessité de respecter la pluralité des convictions religieuses, athées, agnostiques, philosophiques, et l’obligation de favoriser, par divers moyens, la délibération démocratique pacifique ; considérant enfin que la sensibilité croissante des individus et des peuples aux libertés et aux droits fondamentaux invite les Etats à veiller à l’équilibre entre les principes essentiels qui favorisent le respect de la diversité et l’intégration de tous les citoyens à la sphère publique, nous, universitaires et citoyens de différents pays, proposons à la réflexion de chacun et au débat public, la déclaration suivante :

 

 

 

Principes fondamentaux

 

 

 

Article 1. Tous les êtres humains ont droit au respect de leur liberté de conscience et de pratique individuelle et collective. Ce respect implique la liberté d’adhérer à une religion ou à des convictions philosophiques (notamment l’athéisme et l’agnosticisme), la reconnaissance de l’autonomie de la conscience individuelle, de la liberté personnelle des êtres humains des deux sexes et leur libre choix en matière de religion et de conviction. Il implique également le respect par l’Etat, dans les limites d’un ordre public démocratique et du respect des droits fondamentaux, de l’autonomie des religions et des convictions philosophiques.

 

 

 

Article 2. Pour que les Etats soient en mesure d’assurer un traitement égal des êtres humains et des différentes religions et convictions (dans les limites indiquées), l’ordre politique doit être libre d’élaborer des normes collectives sans qu’une religion ou conviction particulière domine le pouvoir et les institutions publiques. L’autonomie de l’Etat implique donc la dissociation de la loi civile et des normes religieuses ou philosophiques particulières. Les religions et les groupes de convictions peuvent librement participer aux débats de la société civile. En revanche, ils ne doivent en aucune façon, surplomber cette société et lui imposer a priori des doctrines ou des comportements.

 

 

 

Article 3. L’égalité n’est pas seulement formelle, elle doit se traduire dans la pratique politique par une vigilance constante pour qu’aucune discrimination ne soit exercée contre des êtres humains, dans l’exercice de leurs droits, en particulier de leurs droits de citoyens, quelle que soit leur appartenance ou leur non appartenance à une religion ou à une philosophie. Pour que soit respectée la liberté d’appartenance (ou de non appartenance) de chacun, des « accommodements raisonnables » peuvent s’avérer nécessaires entre les traditions nationales issues de groupes majoritaires et des groupes minoritaires.

 

 

 

La laïcité comme principe fondamental des Etats de droit

 

 

 

Article 4. Nous définissons la laïcité comme l’harmonisation, dans diverses conjonctures socio-historiques et géo-politiques, des trois principes déjà indiqués : respect de la liberté de conscience et de sa pratique individuelle et collective ; autonomie du politique et de la société civile à l’égard des normes religieuses et philosophiques particulières ; non-discrimination directe ou indirecte envers des êtres humains.

 

 

 

Article 5. En effet, un processus de laïcisation émerge quand l’Etat ne se trouve plus légitimé par une religion ou une famille de pensée particulière et quand l’ensemble des citoyens peuvent délibérer pacifiquement, en égalité de droits et de dignité, pour exercer leur souveraineté dans l’exercice du pouvoir politique. En respectant les principes indiqués, ce processus s’effectue en lien étroit avec la formation de tout Etat moderne qui entend assurer les droits fondamentaux de chaque citoyen. Des éléments de laïcité apparaissent donc nécessairement dans toute société qui veut harmoniser des rapports sociaux marqués par des intérêts et des conceptions morales ou religieuses plurielles.

 

 

 

Article 6. La laïcité, ainsi conçue, constitue un élément clef de la vie démocratique. Elle imprègne inéluctablement le politique et le juridique, accompagnant en cela l’avancée de la démocratie, la reconnaissance des droits fondamentaux et l’acceptation sociale et politique du pluralisme.

 

 

 

Article 7. La laïcité n’est donc l’apanage d’aucune culture, d’aucune nation, d’aucun continent. Elle peut exister dans des conjonctures où le terme n’a pas été traditionnellement utilisé. Des processus de laïcisation ont eu lieu, ou peuvent avoir lieu, dans diverses cultures et civilisation, sans être forcément dénommés comme tels.

 

 

 

Des débats de la laïcité

 

 

 

Article 8. L’organisation publique du calendrier, les cérémonies officielles d’enterrement, l’existence de « sanctuaires civiques » liés à des formes de religion civile et, d’une manière générale, l’équilibre entre ce qui est issu de l’héritage historique et ce qui est accordé au pluralisme actuel en matière de religion et de conviction dans une société donnée, ne peuvent être considérés comme réglés de façon immuable et rejetés dans l’impensé. Cela constitue, au contraire, l’enjeu d’un débat laïque, pacifique et démocratique.

 

 

 

Article 9. Le respect concret de la liberté de conscience, l’autonomie du politique et de la société à l’égard de normes particulières, la non-discrimination, doivent s’appliquer aux nécessaires débats concernant les rapports du corps à la sexualité, à la maladie et à la mort, à l’émancipation des femmes, aux questions de l’éducation des enfants, aux mariages mixtes, à la condition des adeptes de minorités religieuses ou non religieuses, des « incroyants » et de ceux qui critiquent la religion.

 

 

 

Article 10. L’équilibre entre les trois principes constitutifs de la laïcité constitue également un fil directeur pour les débats démocratiques sur le libre exercice du culte, la liberté d’expression, de manifestation des convictions religieuses et philosophiques, le prosélytisme et ses limites par respect de l’autre, les interférences et les distinctions nécessaires entre les divers domaines de la vie sociale, les obligations et les accommodements raisonnables dans la vie scolaire ou professionnelle.

 

 

 

Article 11. Les débats sur ces différentes questions mettent en jeu la représentation de l’identité nationale, les règles de santé publique, les conflits possibles entre la loi civile, les représentations morales particulières et la liberté de choix individuel, le principe de compatibilité des libertés. Dans aucun pays ni aucune société il n’existe de laïcité absolue ; pour autant les diverses réponses apportées ne sont nullement équivalentes en matière de laïcité.

 

 

 

La laïcité et les défis du XXIe siècle

 

 

 

Article 12. En effet, la représentation des droits fondamentaux a beaucoup évolué depuis les premières proclamations des droits (à la fin du XVIIIe siècle). La signification concrète de l’égale dignité des êtres humains et de l’égalité des droits est en jeu dans les réponses données. Or le cadre étatique de la laïcité fait face aujourd’hui aux problèmes des statuts spécifiques et du droit commun, des divergences entre la loi civile et certaines normes religieuses et de conviction, de la compatibilité entre les droits des parents et ce que les conventions internationales considèrent comme les droits de l’enfant, ainsi que du droit au « blasphème ».

 

 

 

Article 13. Par ailleurs, dans différents pays démocratiques, le processus historique de laïcisation, semble être arrivé, pour de nombreux citoyens, à une spécificité nationale dont la remise en cause suscite des craintes. Et plus le processus de laïcisation a été long et conflictuel, plus la peur du changement peut se manifester. Mais de profondes mutations sociales s’effectuent et la laïcité ne saurait être rigide ou immobile. Il faut donc éviter crispations et phobies, pour savoir trouver des réponses nouvelles aux défis nouveaux.

 

 

 

Article 14. Là où elles ont eu lieu, les processus de laïcisation ont correspondu historiquement à un temps où les grandes traditions religieuses constituaient des systèmes d’emprise sociale. La réussite de ces processus a engendré une certaine individualisation du religieux et du convictionnel, qui devient alors une dimension de la liberté de choix personnel. Contrairement à ce qui est craint dans certaines sociétés, la laïcité ne signifie pas l’abolition de la religion mais la liberté de choix en matière de religion. Cela implique aujourd’hui encore, là où cela est nécessaire, de déconnecter le religieux des évidences sociales et de toute imposition politique. Mais qui dit liberté de choix dit également libre possibilité d’une authenticité religieuse ou convictionnelle.

 

 

 

Article 15. Religions et convictions philosophiques constituent alors socialement des lieux de ressources culturelles. La laïcité du XXIe siècle doit permettre d’articuler diversité culturelle et unité du lien politique et social, tout comme les laïcités historiques ont dû apprendre à concilier les diversités religieuses avec l’unité de ce lien. C’est à partir de ce contexte global qu’il faut analyser l’émergence de nouvelles formes de religiosités, qu’il s’agisse de bricolages entre traditions religieuses, de mélanges de religieux et de non-religieux, de nouvelles expressions religieuses, mais aussi de formes diverses de radicalismes religieux. C’est également dans le contexte de l’individualisation qu’il faut comprendre pourquoi il est difficile de réduire le religieux au seul exercice du culte et pourquoi la laïcité comme cadre général d’un vivre-ensemble harmonieux est plus que jamais souhaitable.

 

 

 

Article 16. La croyance que le progrès scientifique et technique pouvait engendrer du progrès moral et social se trouve, aujourd’hui, en déclin ; cela contribue à rendre l’avenir incertain, la projection dans cet avenir plus difficile, les débats politiques et sociaux moins lisibles. Après les illusions du progrès, on risque de privilégier unilatéralement les racines. Cette situation nous incite à faire preuve de créativité, dans le cadre de la laïcité, pour inventer de nouvelles formes du lien politique et social capables d’assumer cette nouvelle conjoncture, de trouver de nouveaux rapports à l’histoire que nous construisons ensemble.

 

 

 

Article 17. Les différents processus de laïcisation ont correspondu aux différents développements des Etats. Les laïcités ont pris, d’ailleurs, des formes diverses suivant que l’Etat se montrait centralisateur ou fédéral. La construction des grands ensembles supra étatiques et le relatif mais réel détachement juridique par rapport à l’étatique créent une nouvelle donne. L’Etat, cependant, se trouve peut-être plus dans une phase de mutation que de véritable déclin. Tendanciellement, il agit moins dans la sphère du marché et perd, au moins partiellement, le rôle d’Etat providence qu’il a plus ou moins revêtu dans beaucoup de pays. En revanche, il intervient dans des sphères jusqu’alors considérées comme privées, voire intimes et répond peut-être encore plus que par le passé à des demandes sécuritaires, dont certaines peuvent menacer les libertés. Il nous faut donc inventer de nouveaux liens entre la laïcité et la justice sociale, la garantie et l’amplification des libertés individuelles et collectives.

 

 

 

Article 18. Tout en veillant à ce que la laïcité ne prenne elle-même, dans ce nouveau contexte, des aspects de religion civile où elle se sacraliserait plus ou moins, l’apprentissage des principes inhérents à la laïcité peut contribuer à une culture de paix civile. Ceci exige que la laïcité ne soit pas conçue comme une idéologie anticléricale ou intangible. C’est une conception laïque, dynamique et inventive qui donnera une réponse démocratique aux principaux défis du XXIe siècle. Cela lui permettra d’apparaître réellement comme un principe fondamental du vivre-ensemble dans des contextes où la pluralité des conceptions du monde ne doit pas apparaître comme une menace mais plutôt comme une véritable richesse.

 

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 09:01
Un objet stellaire d'apparence cométaire découvert en janvier s'est révélé être le résultat de la collision de deux astéroïdes, un phénomène rarissime.

Le 6 janvier 2010, un télescope détectait ce qui semblait être une comète. L'instrument est dédié au projet Linear (pour Lincoln Near-Earth Asteroid Research), visant à repérer le plus rapidement possible les astéroïdes susceptibles de s'approcher de la Terre. Les instruments du réseau Linear photographient chaque zone céleste cinq fois par nuit pour y repérer le déplacement des astéroïdes par rapport aux étoiles fixes et en calculer la trajectoire. L'opération, menée depuis 1996, a déjà permis de détecter plus de 250.000 objets mobiles, principalement des astéroïdes et quelques comètes.

L'objet repéré en janvier présentait une apparence cométaire avec une longue queue rectiligne et se voyait attribuer le doux nom de P/2010 A2, une dénomination généralement réservée aux astres chevelus. Pourtant certaines singularités, en particulier des filaments en forme de X à l'arrière de ce qui semblait être un noyau cométaire, laissaient les astronomes perplexes. D'autre part aucun gaz habituellement présent dans une queue de comète n'était détectable.

Un zoom sur P/2010 A2 montre que son aspect diffère de celui d'une comète. Un objet de 140 mètres de diamètre est accompagné d'un nuage de débris. Crédit Nasa / Esa / D. Jewitt

Fausse comète mais vraie collision

Les scientifiques ont donc utilisé le télescope spatial Hubble pour y voir plus clair. Les images prises par cet instrument ont confirmé une hypothèse qui avait été avancée avec prudence : la queue cométaire observée est en fait le résultat de la collision de deux corps qui croisaient entre Mars et Jupiter, à 140 millions de kilomètres de nous, dans ce qu'on appelle la ceinture d'astéroïdes. Cette ceinture contient plusieurs centaines de milliers d'objets dont la taille varie du grain de sable jusqu'à des astres de quelques centaines de kilomètres de diamètre. Sorte de relique des origines du Système solaire, cette région subit des effets de résonance orbitale avec Jupiter qui ont empêché la formation d'une planète par accrétion de tous ces astéroïdes.

La rencontre des deux astéroïdes s'est traduite par un choc frontal à la vitesse de 5 kilomètres par seconde, qui a laissé un objet d'environ 140 mètres de diamètre, suivi d'une traînée de poussières et de graviers arrachés lors de l'impact. L'astéroïde chauffard a quant à lui été retrouvé dans les parages de la traînée sur des images réalisées avec le Gran Tecan, le télescope géant des Îles Canaries. C'est la première fois que les astronomes observent la collision entre deux astéroïdes.

Ceci n'est pas une comète, mais le résultat de la collision entre deux astéroïdes. Crédit Nasa / Esa / D. Jewitt
Ceci n'est pas une comète, mais le résultat de la collision entre deux astéroïdes. Crédit Nasa / Esa / D. Jewitt

Cordialement
Jean
===========================================================
Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex) http://www.astrosurf.com/apex-occult
European Asteroïdal Occultation Network (EAON) http://www.astrosurf.com/eaon/
Popular Astronomy http://home.versateladsl.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@base.be
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Je n'ai pas peur de la mort, j'ai trop aimé les étoiles pour avoir peur de la nuit.
J'aimerais  simplement ne pas être là quand ça se produira.
Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 16:34

 

La loi sur la réforme de l’assurance santé à peine adoptée à la Chambre américaine, qu’il faudra la revoter pour deux ridicules vices de procédure découverts par les conservateurs républicains. Aussi, elle risque de passer définitivement à la trappe car les lobbies des assurances et de l’industrie pharmaceutique feront entre temps pression sur les députés démocrates hésitants qui ont émis un vote positif.


obama03.jpg

Un contretemps voulu (?) dans la réforme de
santé de Barack Obama ?
 


Sarkozy attrape une raclée aux élections régionales françaises, il procède à un mini remaniement où il est quand même obligé de se séparer d’un de ses principaux ministres, le ministre du travail Xavier Darcos, parce qu’il a été ratiboisé dans sa région, pour le remplacer par un ultralibéral : Eric Woerth, à la veille de négociations sociales importantes. En suite, l’omniprésident fait une déclaration publique où il annonce qu’il ne changera pas de cap.


sarkozy_sceptique.jpg

Nicolas Sarkozy obstiné mais sceptique...
 

Il y a quelques années, Dominique de Villepin, ancien Premier ministre de Chirac, proposait le contrat de première embauche (CPE) qui aurait eu pour résultat de précariser les jeunes diplômés universitaires dès leur départ dans la vie professionnelle. Cela déclencha une révolte de la communauté universitaire qui dura près d’un mois. Alors que plusieurs voix, même à droite, réclamaient que ce projet soit revu, le ministre « poète » s’obstina au point que Chirac dut intervenir pour « siffler la fin de la récréation » en rangeant le projet au placard.


villepin.jpg

Dominique Galouzeau de Villepin
a payé cher son obstiuation dans l'affaire du CPE.
Il semble qu'il n'a toujours pas compris ! 

 

En Belgique, le ministre des Finances qui vient de d’auto congratuler de ses dix années de présence catastrophiques à la tête de ce département, maintient envers et contre tout le cadeau fiscal fait aux entreprises, dénommé « intérêts notionnels ». Alors que la gauche demande que le bénéfice des intérêts notionnels soit accordé aux entreprises qui garantissent un certain niveau de créations d’emplois, Reynders répond avec dédain : « Les intérêts notionnels n’ont rien à voir avec l’emploi ». La gauche belge de gouvernement affaiblie depuis longtemps, passe à l’ordre du jour…


reynders-sarkozy.jpg

Reynders n'a pas encore la taille pour dépasser
Sarkozy

 

De même, au niveau de l’Union européenne. La fameuse directive Bolkestein « libéralisant les services », autrement dit, légalisant le travail en noir, malgré un franc rejet, est repassée sous un autre nom et est définitivement ratifiée par les Parlements nationaux. Tout comme le traité constitutionnel qui fut rejeté suite aux référendums organisés par deux Etats fondateurs, la France et les Pays-Bas, et qui est revenu en force avec le traité de Lisbonne. D’ailleurs, les institutions européennes sont coutumières des procédures anti-démocratiques. Lors de la ratification du traité de Maastricht, le Danemark qui avait voté non par Référendum, fut contraint de recommencer le vote. De même, l’Irlande a dû procéder de la même manière avec le traité de Lisbonne.


Drapeaux_Europe.jpg

L'Union européenne n'est-elle qu'un alignement de 
drapeaux figés devant la "pensée unique" ?

 

Ces dénis de démocratie successifs deviennent inquiétants. La volonté populaire qui est soumise au conditionnement quotidien de la « pensée unique » par les médias est littéralement écrasée. Les votes sont détournés de leurs objets. On pousse à l’abstention massive. D’autre part, les contre pouvoirs sont muselés. La presse écrite est entre les mains des grands groupes financiers, la télévision est sous le contrôle absolu des intérêts politiques et économiques qui se trouvent au pouvoir et qui entendent y rester.

 

De même, avec la crise grecque, où l’Union européenne cherche à imposer la seule politique néo-libérale de dégraissage de l’Etat, les révoltes qui en résultent risquent d’être le prétexte à installer « provisoirement » un « pouvoir fort ». C’est du moins ce que craignent de plus en plus d’observateurs.


Nous aurons l’occasion d’évoquer la question de la Grèce et même du Portugal (et, qui sait de bien d'autres pays de la "zone Euro") dans notre prochain billet. En effet, le modèle actuel d’Union européenne vient de montrer ses limites et il sera indispensable revoir de fond en comble la « copie Europe ».

 

En attendant, cette obstination qui ne tient pas compte de la volonté des peuples prouve que nous nous orientons vers un « déficit » démocratique. On veut appliquer une politique bien définie, même si ses termes ont été critiqués par bon nombre, même si son efficacité est loin d’être prouvée, et surtout, même si elle a une capacité majeure de nuisances.

 

La vraie question se trouve dans l’alternative. Aucune force politique n’est à même d’en proposer une et c’est là où le bât blesse, c’est cela qui permet à la droite dure de poursuivre son chemin sans prendre en compte l’hostilité de plus en plus grande de l’opinion publique.

Et surtout, n'oublions pas que l'obstination est l'ennemie de la volonté.

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 17:58

 « Nous ne sommes pas à la première fin du monde à Haïti ». Ainsi s’exprime le poète haïtien James Noël. Il est né en 1978 à Hinche, ville située dans les hauts plateaux du pays à la frontière avec Saint-Domingue et habite aujourd’hui Port-au-Prince. Il raconte : « L'année 2004 c'était hier, date marquant le bicentenaire de la république d'Haïti, mais la fête n'a pas eu lieu. Allez savoir pourquoi ? Une bonne occasion pour réveiller les fantômes parlants et pour ouvrir la boîte de Pandore. Une bonne occasion aussi pour la presse occidentale d'en finir avec les clichés, de cesser d'être des ruminants d'un bricolage d'histoire, monté de toutes pièces, raconté pour elle et par elle-même.

noel.jpg

Le poète haïtien James Noël


Lors de cette fameuse année 2004, le monde a retenu de nous l'image négative d'un peuple de barbares s'entredéchirant deux cents ans après une révolution. Lors de cette même année, une tempête surnommée Jeanne la tueuse a fait plus de trois mille morts dans la cité des Gonaïves. Le monde entier a dû retourner les projecteurs sur le pays. Des centaines de millions de dollars  ont été promis. Des dizaines de millions ont été volatilisés avant même d'arriver dans la ville inondée. La presse internationale avait une folle compassion pour nous, mais le coup de théâtre s'est produit avec le Tsunami, qui nous a volé le rôle de triste vedette sur la scène internationale. Et Haïti s'est remis de plus belle à hurler sans témoins, à pleurer dans sa solitude.


C'était hier encore, en 2008, on s'en souvient, quatre tempêtes, phénomène rares dans la littérature météorologique haïtienne, ont frappé coup sur coup le pays. Les journalistes de l'univers s'excitaient pour nous une fois de plus, mais la crise économique mondiale nous a pris par derrière. Dans cet univers en banqueroute, il était devenu presqu'impudique de crier au-secours.


Maintenant voici qu'arrive un séisme de magnitude 7.3, ce qui ne rentre pas du tout dans les habitudes du sol haïtien. Ce tremblement de notre tiers d'île qui a provoqué un tressaillement mondial est un test brutal pour nous les Haïtiens et un grand cri d'alerte pour le monde. Au plus fort de ces manifestations de solidarité planétaire, Haïti sera-t-elle encore blackboulée par une autre catastrophe qui pourrait survenir dans n'importe quel coin du globe, replaçant le pays derrières ses barreaux familiers et l'oubli coutumier ? »

haiti03.jpg

La misère absolue


Alors que les Etats-Unis profitent du chaos consécutif au tremblement de terre pour envahir et occuper Haïti, comme ils le firent de 1915 à 1934, la presse internationale présente la misère qui frappe ses habitants comme une fatalité due à un séisme majeur. Or, il n’y a ni fatalité, ni hasard. Depuis le XIXe siècle, lorsque les esclaves durent indemniser leurs maîtres, jusqu’aux oukases du FMI, la pauvreté est le fruit de l’exploitation.

 

L’une des plus grandes opérations d’aide de l’histoire risque fort de ressembler à celle de l’après tsunami de 2004 sauf si un modèle de reconstruction radicalement différent est adopté. Souvenons-nous : l’élan de solidarité venu d’Europe et des Etats-Unis, a surtout permis de reconstruire les zones détruites dans le plus grand intérêt des multinationales : centres de vacances en lieu et place des villages de pêcheurs détruits, avec, comme conséquence, des déplacements de population, rétablissement du tourisme sexuel en Thaïlande, etc. Bref, on a aidé les multinationales et non les populations sinistrées.

 

En effet, il est à craindre que l’aide prenne la même forme que celle qui a accompagné le tsunami qui a frappé, fin décembre 2004, plusieurs pays d’Asie (Sri Lanka, Indonésie, Inde, Bangladesh) ou encore l’après-cyclone Jeanne en Haïti en 2004. Les promesses n’ont pas été tenues et une grande partie des fonds ont servi à enrichir des compagnies étrangères ou les élites locales. Ces « généreux dons » proviennent pour la majorité des créanciers du pays.


haiti10.jpg

Les secours manquent de tout. Le FMI s'en fout. 


Haïti a été partiellement détruit par un séisme de magnitude 7. Chacun y va de sa larme et les médias, en nous abreuvant d’images apocalyptiques, relayent les annonces d’aides financières que les généreux Etats vont apporter. On entend qu’il faut reconstruire Haïti, ce pays où la pauvreté et « la malédiction » s’abattent.

 

La dette : le véritable fléau

 

Or, il n’y a pas de « malédiction ». Cette pauvreté a des causes bien déterminées et qui, bien entendu, est mise en évidence lors du séisme. Cependant, en dehors de surfer sur l’émotion, aucun média ne se penche sérieusement sur la situation abominable de ce pays.


Haïti est traditionnellement dénigré et souvent dépeint comme un pays violent, pauvre et répressif dans le meilleur des cas. Peu de commentaires rappellent l’indépendance acquise de haute lutte en 1804 contre les armées françaises de Napoléon. Plutôt que de souligner la démarche humaine et le combat pour les Droits de l’Homme, la sauvagerie et la violence seront les caractéristiques assimilées aux Haïtiens. Edouardo Galeano parle de la « malédiction blanche » : « A la frontière où finit la République dominicaine et commence Haïti, une grande affiche donne un avertissement : El mal paso - Le mauvais passage. De l’autre côté, c’est l’enfer noir. Sang et faim, misère, pestes. » Eric Toussaint, le président du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-monde (CADTM) explique : « Il est indispensable de revenir sur la lutte d’émancipation menée par le peuple haïtien, car en représailles à cette double révolution, à la fois anti-esclavagiste et anticoloniale, le pays a hérité de « la rançon française de l’Indépendance » correspondant à 150 millions de francs or (soit le budget annuel de la France de l’époque). En 1825, la France décide que « Les habitants actuels de la partie française de Saint-Domingue verseront à la caisse fédérale des dépôts et consignations de France, en cinq termes égaux, d’année en année, le premier échéant au 31 décembre 1825, la somme de cent cinquante millions de francs, destinée à dédommager les anciens colons qui réclameront une indemnité. » Cela équivaut à environ 21 milliards de dollars d’aujourd’hui. Dès le départ, Haïti doit payer le prix fort, la dette sera l’instrument néocolonial pour entretenir l’accès aux multiples ressources naturelles de ce pays.


Le paiement de cette rançon est donc l’élément fondateur de l’Etat haïtien et a débouché sur la constitution d’une dette odieuse. En termes juridiques, cela signifie qu’elle a été contractée par un régime despotique et utilisée contre les intérêts des populations. La France puis les Etats-Unis, dont la zone d’influence s’élargit à Haïti, occupée par les marines états-uniens dès 1915, en sont pleinement responsables. Alors qu’il aurait été possible de faire face aux douloureuses responsabilités du passé en 2004, le rapport de la Commission Régis Debray préfère écarter l’idée d’une restitution de cette somme en prétextant qu’elle n’est pas « fondée juridiquement » et que cela ouvrirait la « boîte de Pandore ». Les requêtes du gouvernement haïtien en place sont rejetées par la France : pas de réparations qui tiennent. La France ne reconnaît pas non plus son rôle dans l’ignoble cadeau qu’elle fît au dictateur « Baby Doc » Duvalier en exil en lui offrant le statut de réfugié politique et donc l’immunité. »

Jean-Claude_Duvalier-1020.jpg


Jean-Claude Duvalier dit "Baby doc",
l'inventeur des sinistres "tontons macoutes"


Ajoutons que la restitution de cette somme par la France aurait posé des problèmes financiers sérieux et ouvert la porte à des revendications d’indemnités de la part des pays autrefois colonisés.


La solution n’est pas dans la réparation du passé mais dans la construction de l’avenir. Indemniser les erreurs, punir les crimes du passé, ne fait que perpétuer les rancœurs et empêche l’instauration de relations normales entre partenaires égaux. Il y a là une contradiction dans le raisonnement du CADTM : on annule la dette du Tiers-monde, mais on paie celle de l’Occident contractée il y a bien des générations. Non, on fait un trait sur le passé en annulant les dettes en totalité et en repartant sur de nouvelles bases.

Lisons la suite du raisonnement d’Eric Toussaint : « Entre 1957 et 1986, la dette extérieure a été multipliée par 17,5. Au moment de la fuite de Duvalier, cela représentait 750 millions de dollars. Ensuite elle monte, avec le jeu des intérêts et des pénalités, à plus de 1 884 millions de dollars. Cet endettement, loin de servir à la population qui s’est appauvrie, était destiné à enrichir le régime mis en place : il constitue donc également une dette odieuse. Une enquête récente a démontré que la fortune personnelle de la famille Duvalier (bien à l’abri sur les comptes des banques occidentales) représentait 900 millions de dollars, soit une somme plus élevée que la dette totale du pays au moment de la fuite de « Baby Doc ». Un procès est en cours devant la justice suisse pour la restitution à l’Etat haïtien des avoirs et des biens mal acquis de la dictature Duvalier. Ces avoirs sont pour l’instant gelés par la banque suisse UBS qui avance des conditions intolérables quant à la restitution de ces fonds . Jean-Bertrand Aristide, élu dans l’enthousiasme populaire puis accusé de corruption avant d’être rétabli au pouvoir comme marionnette de Washington [en 1999 par Clinton] et finalement d’en être chassé par l’armée états-unienne, n’est malheureusement pas innocent en ce qui concerne l’endettement et les détournements de fonds. Par ailleurs, selon la Banque mondiale, entre 1995 et 2001, le service de la dette, à savoir le capital et les intérêts remboursés, a atteint la somme considérable de 321 millions de dollars.

Toute l’aide financière annoncée actuellement suite au tremblement de terre est déjà perdue dans le remboursement de la dette ! »

Jean-Bertrand_Aristide.jpg


Jean-Bertrand Aristide : une marionnette ?

Donc, il est clair que l’argent de l’aide à la reconstruction doit être redistribué après annulation de la dette (sinon, il reviendra dans les coffres des banques !) et sur des bases fixées par un accord politique clair avec la participation des Haïtiens et des pays voisins comme Cuba, le Venezuela, Saint Domingue. Là aussi, il faut mettre un terme aux exclusives des Etats-Unis à l’égard de plusieurs pays latino-américains.


Le rôle des Etats-Unis


Tout le monde a été surpris par la rapidité et l’ampleur de l’aide des USA après la catastrophe du 11 janvier.


Avec le « déferlement » des militaires US à Haïti, qui prévoit 20 000 hommes sur terre et dans les navires ancrés à proximité, un officiel US a indiqué que Washington prépare une occupation de longue durée de la nation caribéenne pauvre et dévastée par le tremblement de terre.

 

« Nous sommes ici à long terme, ce n’est pas quelque chose qui va se résoudre rapidement et facilement, » a déclaré l’Ambassadeur Alejandro Wolff, le représentant permanent des US aux Nations-Unies à propos d’Haïti, suite à une réunion sur l’aide à la nation sinistrée. En plus des Etats-Unis, des représentants du Brésil, du Canada, de France, d’Haïti et d’Uruguay ont participé aux discussions. Le Canada et la France sont les principaux donateurs à  Haïti, et le Brésil et l’Uruguay ont chacun plus de mille hommes sur place dans le cadre de la mission de paix des Nations Unies qui a constitué la principale force d’occupation avant le tremblement de terre.


haiti08.jpg

Les US Marines débarquent devant les ruines
du palais présidentiel haïtien : symbole d'une longue occupation ?

 

Dans une déclaration précédente aux Nations Unies, Wolff a dénoncé les gouvernements du Nicaragua, de Bolivie et du Venezuela pour avoir accusé Washington d’exploiter la tragédie d’Haïti pour imposer une occupation militaire du pays.

 

D’ailleurs, le gouvernement haïtien, du moins ce qu’il en reste, approuve cette présence US. « Il est clair que les Américains sont ici à notre demande et qu'ils ne sont ici que pour nous assister dans nos besoins humanitaires ou sécuritaires dans le cadre par exemple de transport de fonds », a déclaré le Premier ministre haïtien, Jean-Max Bellerive, interrogé à Port-au-Prince par RTL Radio.
« Tout le monde s'est entendu pour dire que l'aide des différentes armées dans un cadre contrôlé, concerté et dans le cadre d'un dialogue est la bienvenue en Haïti », a-t-il ajouté.


« Haïti n'est pas sous tutelle », a affirmé de son côté le président René Préval dans une interview au quotidien français Libération. La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton « est venue cette semaine et m'a demandé si j'étais d'accord pour que les militaires américains (...) puissent venir aider. Je lui ai dit oui. C'est dans ce cadre que cela s'est fait », a-t-il déclaré. Les Etats-Unis ont prévu d'envoyer 4.000 soldats supplémentaires en Haïti, pour porter à 15.000 leurs effectifs participant aux opérations de secours aux victimes du séisme du 12 janvier.
 

Revenons sur les déclarations de Wolff. Il a accuse les trois gouvernements d’Amérique Latine de vouloir « politiser le sujet avec des affirmations tendancieuses et non fondées » et d’avoir « ridiculement supposé une conspiration et une occupation». Si ce n’est pas une occupation, c’est en tout cas bien imité !

 

Cependant, sur place, la colère et les protestations commencent contre la militarisation par les US de la réponse à une catastrophe dont le bilan estimé se monte à 200 000 morts, sans compter 250 000 blessés et des millions de sans-abris.

 

Les équipes d’aide humanitaire et médicale ont accusé les militaires US – qui ont pris unilatéralement le contrôle de l’aéroport international et des équipements portuaires – d’avoir pour premières priorités le déploiement des troupes US et l’évacuation de leurs ressortissants. L’acheminement du matériel médical vital et des équipements ont été relégués au second plan. Les agences de secours médical ont déploré que des dizaines de milliers de personnes meurent de leurs blessures dues au tremblement de terre par manque de fournitures médicales et médicaments.

 

Le clivage classique resurgit : la Bolivie, le Venezuela, le Nicaragua, sans compter Cuba, constituent les pays hostiles (on n’utilise plus la formule « bushienne » de « forces du mal »… les temps changent). D’autre part, il est clair que les Etatsuniens sont venus pour rester. Quelle en est la raison profonde ?

 

Une autre preuve d’une occupation militaire américaine est l’opposition des autorités US à accueillir d’éventuels réfugiés haïtiens. L’administration Obama a pris des mesures extraordinaires pour empêcher les Haïtiens désespérés d’entrer aux Etats-Unis. L’effort pour empêcher les Haïtiens d’entrer au pays — incluant les blessés qui recherchent un traitement médical — illustre que la priorité de l’intervention menée par les Etats-Unis n’est pas de sauver es vies, mais d’établir un contrôle militaire sur la population.

haiti05.jpg


Les Américano - haïtiens peuvent être évacués
vers les USA. Pas les Haïtiens !


Cinq navires de la garde côtière américaine ont rejoint des navires de la marine américaine déployés sur les côtes haïtiennes — pas pour livrer de la nourriture, de l’eau ou des médicaments aux malades et aux mourants, mais pour arrêter les Haïtiens qui pourraient tenter de s’échapper. Le commandant de la garde côtière, Chris O’Neil, a dit au New York Times que tous ceux qui tentent de fuir Haïti seraient capturés et retournés, mais que, jusqu’à maintenant, son unité n’a pas été témoin d’une tentative. « Rien, zéro, a dit O’Neil, et pas d’indice qui nous montre que quelqu’un est en train de faire des préparations pour faire une telle tentative. »


Les responsables américains ont dit qu’il y a peu de chance que les Haïtiens quittent les Etats-Unis, mais « ils s’inquiètent que dans les prochaines semaines, les conditions de vie qui iront en se dégradant en Haïti pourraient encourager un exode. » Le fait que les responsables américains planifient des « conditions qui iront en se dégradant » en Haïti lors des « prochaines semaines » — au-delà de la situation désespérée qui règne là-bas maintenant — est une preuve que Washington n’a pas l’intention de rendre les secours disponibles au plus grand nombre, encore moins de rebâtir Haïti.


L’administration Obama élabore aussi des plans pour incarcérer les Haïtiens qui pourraient risquer le dangereux voyage en mer jusqu’aux Etats-Unis, qui, à chaque année, coûte la vie de centaines de personnes. Des responsables ont dit au Times qu’ils « ébauchent des plans pour ramasser tout bateau qui transporte des immigrants illégaux et les envoyer à Guantanamo Bay » — la célèbre base militaire américaine à Cuba. Le département de la sécurité intérieure a annoncé qu’il allait vider des espaces dans sa prison de déportés du sud de la Floride, le Krome Service Processing Center, au cas où un flot d’Haïtiens arriverait.

 

Le chaos


En attendant, la situation est catastrophique et le chaos est en train de s’installer, sans doute pour une longue durée, tant qu’il n’y a pas une coordination des secours et de l’aide.


La recherche pour des survivants dans les décombres des immeubles qui se sont écroulés n’a sauvé qu’une centaine de personnes selon les chiffres de l’ONU. Les équipes (dont l’équipe belge Bfast) sont parties trop tôt sous la pression des autorités US.


Malgré le fait que des experts affirment que des victimes sont toujours en vie sous les ruines des villes d’Haïti, l’armée américaine a dit qu’il était de mettre un terme aux opérations de recherche et de sauvetage. « Nous nous attendons à passer très bientôt de la phase de recherche à une phase de reconstruction », a dit le général de la marine Daniel Allyn, l’adjoint au commandant des forces américaines en Haïti.


Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), une agence de l’ONU basée à Rome, seulement 250.000 rations alimentaires quotidiennes auraient été distribuées à ce jour, la moitié de ce nombre par l’armée américaine. Le PAM a réussi a distribué environ 50.000 rations en un jour, soit la moitié du nombre requis. Les Etats-Unis ont commencé mardi à parachuter de la nourriture et de l’eau. La première semaine de la crise, le Pentagone a refusé de considérer cette méthode de distribution en disant que cela finirait en émeutes.


Des journalistes ont rapporté des scènes d’horreur et de peur à Port-au-Prince. Des dizaines de milliers de Haïtiens quittent la capitale pour la campagne, soit à pied, soit en s’entassant dans des autobus et des bateaux. Des camions servant habituellement à la collecte des ordures viennent déposés des centaines de corps dans des fosses communes.

haiti06.jpg


Scène de pillage à Port-au-Prince

A cause du manque d’antibiotiques et d’autres médicaments, beaucoup d’amputations sont réalisées d’une façon sommaire, souvent sans morphine ou autre antidouleur, dont on manque partout. Des docteurs et des infirmières au comble du désespoir continuent à demander des anesthésiants, des scalpels et des scies pour amputer les membres écrasés, selon Associated Press. Un représentant de Médecins sans frontières a dit que les chirurgiens de son hôpital de première ligne à Cité Soleil ont été forcés d’acheter une scie au marché local pour pouvoir réaliser des amputations après qu’un autre de ses avions s’est vu refuser la permission par l’armée américaine d’atterrir à Port-au-Prince.


« C’était l’amputation ou la mort », a dit à NBC le Dr Nancy Snyderman, travaillant pour l’aide humanitaire. « Il y a beaucoup d’infections secondaires. C’est la principale cause de mort actuellement. »


« Dans un pays où il est si difficile de survivre en temps normal, cela devient presque impossible pour un amputé. Cela soulève immédiatement la question de ce qui viendra ensuite », a déclaré Snyderman. « On ne trouve pas de prothèses dans ce pays qui sera bientôt un pays d’orphelins et d’amputés. »
« J’ai vu des bébés dont le crâne était fendu comme un melon d’eau », a-t-elle continué. « Les médecins ne pouvaient rien faire que de leur bander la tête, les couvrir et les laisser mourir. »


Au-delà de ces horreurs, on se pose la question : où est l’aide américaine ? Pourquoi tout cela est-il aussi inefficace ?


Cela n’empêche pas de voir débarquer toute une série de gens qu’on n’a pas l’habitude de voir participer à des opérations de sauvetage. Ainsi, que font de nombreux « employés » de la firme « Blackwater » qui envoie des mercenaires en Irak ?

Dans une interview au quotidien suisse « Le Courrier », l’ancien ministre des affaires étrangères d’Haïti, Philippe Joseph Antonio, militant de gauche, exprime sa crainte de voir Haïti perdre sa souveraineté sous prétexte de la catastrophe.


«
 Je suis radicalement contre la présence étrangère en Haïti. Mais, de fait, il y a longtemps que nous sommes déjà sous tutelle! La dernière en date est celle de l'ONU et, à travers elle, d'autres puissances comme les Etats-Unis ou la France. Mais je pose la question: dans quelle situation serions-nous si, aujourd'hui, les Etats-Unis ne prenaient pas la situation en mains? La mobilisation internationale nous rend un immense service. Je le dis d'autant plus librement que, naguère, j'ai été interdit de séjour aux Etats-Unis! Où en serons-nous dans un an? Serons-nous capable de gérer la reconstruction? Pour cela, il faudrait qu'un processus électoral ouvert se mette en place et qu'on exorcise nos vieux démons. Déjà les querelles entre BCBG ressurgissent. Le peuple lui s'en fiche, il demande des bouteilles d'eau!

Longtemps oublié, Haïti peut-il profiter de l'émotion suscitée par le tremblement de terre pour se relever plus fort?

haiti07.jpg

Combien de temps pensera-t-on encore à ces
dizaines de milliers de sinistrés ?


C'est l'enjeu principal! Selon un premier état des lieux, au moins 50% de Port-au-Prince est détruit. Tout le sud est dévasté! On parle de 10 milliards de dollars sur cinq ans pour reconstruire Haïti, soit 2 milliards par an. En fait, ce n'est pas tant que ça: cela représente deux fois moins que les bénéfices d'une entreprise comme France Telecom! Il faut placer les choses dans leur contexte: le gouvernement d'Aristide avait un budget moindre que celui d'une telle société. Personnellement, je ne crois pas à un pays ressuscité en deux-trois ans. Il faudra au moins dix ans pour reconstruire les villes. »


Renoncer à la souveraineté ?


La question se pose et les Haïtiens se la posent. Il leur sera impossible de procéder à la reconstruction avec leurs propres moyens. Ils auront besoin d’une aide extérieure massive. Ici se pose la question de la souveraineté : qui coordonnera cette aide, qui la contrôlera ? Où se trouve le pouvoir de décision en la matière ?
Ce renoncement se fera, s’il y a lieu, au profit des Etats-Unis. Mais quels sont leurs intérêts en l’espèce ?

D’après Jean Lavalasse, photographe et documentariste :
 

« Les intérêts des Américains de faire main basse sur Haïti sont nombreux. D’une part, la main d’œuvre est très bon marché en Haïti et l’île n’est située qu’à 30 minutes de la Floride, y faire transiter des cargaisons serait rapide depuis ce nouveau Taïwan.

Ensuite, il y a Cité Soleil, cette zone est convoitée par les Etats-Unis en accord avec la grande bourgeoisie commerçante d’Haïti, pour la convertir en un grand port : un port franc et une zone industrielle.

haiti11.gif


Adossée à la République dominicaine et proche de
Cuba, Ha¨ti est un lieu stratégique.


Puis, c’est le moment idéal pour se servir du territoire comme base arrière pour contrôler et contrecarrer Cuba puisqu’Obama a promis de libérer Guantanamo. Depuis Cité Soleil et au dessus de Gonave, il y a une vue appréciable sur Cuba.

Et enfin, le sous-sol haïtien est bourré de pétrole. Apparemment les gisements vénézuéliens prendraient leur source sous l’île. Port-au-Prince est assis sur un gigantesque puits de pétrole qui ne pouvait être jusque là exploité. En effet, depuis les années 50, Jean Dumarsais Estimé, le président de l’époque, avait déplacé la capitale anciennement située à Marchand-Dessalines vers l’actuel Port-au-Prince. Cette transition ne permettait pas d’exploiter le pétrole mais Mère Nature aidant, aujourd’hui tout est possible. De plus, le séisme a provoqué un exode rural volontaire des habitants de Port-au-Prince, laissant le champ libre à la destruction des ruines de la capitale et pourquoi pas le forage des sols… Dans d’autres circonstances, s’ils avaient demandé aux habitants de partir vers les campagnes cela aurait été considéré comme un génocide. La catastrophe apparait comme une aubaine pour les impérialistes car elle permet de déplacer à nouveau la capitale. Tout n’est qu’enjeux géopolitiques et économiques. »


Cette idée de l’exploitation géopolitique et pétrolière d’Haïti est reprise dans toute la presse du Tiers-monde. Ainsi, Katia Sabet, journaliste au journal francophone égyptien « Le progrès égyptien » rapporte des idées similaires. Non seulement, les Américains ne reconstruiront pas Port-au-Prince et encourageront ainsi un exode rural, pour pouvoir exploiter les éventuels gisements pétroliers à Port-au-Prince, mais le FMI a accordé un prêt de 100 millions de dollars assorti des conditions habituelles comme la non augmentation des salaires et l’augmentation du prix de l’électricité. On est loin des rêves d’annulation de la dette d’Haïti.


Le pétrole et le pouvoir des multinationales a bien plus de poids que la vie et la misère pour des centaines de milliers d’Haïtiens. Qui a dit que l’histoire n’était pas un éternel recommencement ?

 

 

 

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 18:32
 
Il y a presque 30 ans, deux chercheurs montraient que les noyaux des planètes géantes comme Neptune et Uranus pouvaient contenir des quantités colossales de diamants sous forme solide. Des expériences montrent aujourd’hui qu'on peut imaginer des océans de diamant liquide parcourus d'icebergs...

Neptune.jpg

Neptune photographiée par Voyager 2

Lorsque les Beatles chantaient Lucy in the Sky with Diamonds, ils ne savaient probablement pas qu’il existait effectivement des nanodiamants flottant dans les espaces interstellaires et que l’on retrouve même dans certaines météorites.

beatles.jpg

Les Beatles ont chanté les diamants de
l'Univers sans le savoir.

En 1981, Marvin ross a été un des premiers à proposer qu'à l’intérieur des planètes
géantes que sont Neptune et Uranus de véritables cœurs en diamant devaient pouvoir se former sous l’action des pressions énormes agissant sur les composés carbonés détectés dans leurs atmosphères.


L’idée avait été reprise et poussée plus loin dans les romans d’Arthur Clarke faisant suite à 2001 : L’odyssée de l’espace. Après le contact de David Bowman avec le monolithe noir laissé il y a des millions d’années par une race d’extraterrestres au voisinage de Jupiter, l'esprit de l’astronaute avait été téléchargé dans un réseau de flux de lumière intégré à la structure en écume d’un espace-temps à plus de 4 dimensions. Ainsi dématérialisé, le nouveau Bowman se promenait à sa guise dans l'espace et découvrait en effet qu’un cœur en diamant occupait l’intérieur de la planète géante.

bowman 2001

Dans 2001, l'astronaute Bowman entraîné
vers le diamant.


L’idée qu’un astre puisse avoir un cœur en diamant n’est pas une spéculation de théoricien débridé. On savait par exemple depuis longtemps que le cœur d’une naine blanche composé de carbone devait finir par se cristalliser avec le temps et le refroidissement de l’étoile. Or, en 2004, un groupe d’astrophysiciens étudiant les pulsations d’une naine blanche située à environ 50 années-lumière dans la constellation du centaure, BPM 37093, annonçait que les méthodes de l’astérosismologie conduisaient à admettre qu’une fraction importante de la naine blanche avait bel et bien cristallisée sous forme de diamant.


Aujourd’hui, un groupe de chercheurs du Lawrence Livermore National Laboratory a publié dans Nature les résultats d’études portant sur le point de fusion du carbone à hautes pressions.


D’ordinaire, une phase liquide du diamant n’est pas observée en laboratoire car celui-ci se transforme alors en graphite avant que ne débute la fusion. Toutefois, en exerçant des pressions de l’ordre de 40 millions d’atmosphère à l’aide de faisceaux laser, il est possible d’obtenir une transition de phase partant du diamant solide plutôt que du graphite.


A leur surprise, une fois du liquide obtenu et alors que la pression baissait pour atteindre 11 millions d’atmosphères et que la température baissait aussi pour atteindre les 50.000 K, les chercheurs ont observé que non seulement des fragments de diamant solide réapparaissaient mais qu’ils flottaient, tels des icebergs à la surface du liquide.

Neptune et Uranus sont composées d’environ 10% de carbone et des conditions similaires aux précédentes doivent exister à grandes profondeurs dans ces planètes. Ils pourraient donc s'y trouver d’énormes icebergs en diamant flottant sur du carbone liquide.


Source Futura-Sciences
Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article
12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 14:41

L’homme d’Etat gaulliste, Philippe Séguin, qui vient de disparaître, a dû avoir une amère satisfaction avant de quitter ce monde. Dix-huit années après son adoption, l’ensemble du monde politique et financier européen reconnaît qu’on a fait fausse route avec le traité de Maastricht.


philippe séguin

La satisfaction d'avoir raison trop tôt
 

Ce qui se passe en Grèce marque sans doute le début de la fin de l’Euro, du moins l’Euro tel qu’il est aujourd’hui. Ce pays qu’on a toujours laissé quelque peu en marge de l’Union européenne car il a une politique fort peu atlantiste et est de religion chrétienne orthodoxe, connaît depuis décembre 2009 une crise sans précédent. De l’aveu même de son vice ministre des Finances, M. Philippos Sahinidis, la dette de la Grèce est évaluée à 300 milliards d'euros, ce qui est le plus haut niveau dans l'histoire moderne de la Grèce. Même chose pour le déficit budgétaire qui est le plus élevé depuis 16 ans. Dans le projet de budget de l'Etat pour 2010 voté au Parlement fin décembre, la dette publique s'élève pour 2009 à 272,3 milliards d'euros soit 113,4% du Produit intérieur brut (PIB), et ce projet prévoit pour 2010 une dette de 294,950 milliards (120,8% du PIB).

acropole_1262821463.jpg

La démocratie athénienne surmontera-t-elle cette crise ?

Le Premier ministre socialiste Papandréou a déclaré à qui voulait l’entendre qu’il allait lutter sans relâche contre la corruption et la fraude fiscale. On peut douter de la réalité de ces intentions lorsqu’on voit les énormes difficultés que rencontrent des Etats bien mieux équipés comme la Belgique ou la France dans la lutte contre la grande fraude fiscale.


George_Papandreou_-junior-.jpg

George Papandreou junior 
aura-t-il l'autorité nécessaire ?


Si la situation économique interne de la Grèce est alarmante, sa situation budgétaire est mauvaise, certes, mais pas insurmontable. L’Italie, par exemple, a une dette plus élevée. La France ne se trouve non plus dans une meilleure situation. Ce sont les agences de notation qui ont déclenché la panique. Ces agences sont au nombre de deux et avaient déjà joué un rôle néfaste lors de ce qu’on a appelé la « crise financière ».

 

Les agences Standard and Poor's et Fitch, ont tour à tour ont mis sous surveillance la note de crédit à long terme et abaissé la note de dette à long terme. L'abaissement mardi de la note de dette à long terme de la Grèce, de A- à BBB+, par Fitch est "important car il s'agit de la première dégradation dans la zone euro", a estimé un rapport de Goldman Sachs. Cette évolution négative vient s'ajouter à la mise sous surveillance, lundi, de la note senior ("A-") concernant les titres des banques grecques garantis par le gouvernement, par l'agence Standard and Poor's.

 

Cette agence avait déjà baissé en janvier dernier la note de dette à long terme de la Grèce de "A" à "A-". Après avoir ouvert mardi en légère baisse, la Bourse d'Athènes (Athex) chutait de 6,04 % à la clôture après l'annonce de Fitch. La note de Fitch "reflète le manque de crédibilité que la Grèce a malheureusement accumulé ces dernières années ainsi que la situation économique extrêmement difficile", a déclaré le ministre grec des Finances, Georges Papaconstantinou, à l'issue d'un entretien avec le gouverneur de la Banque de Grèce, Georges Provopoulos. Les notations des deux agences "ne tiennent pas compte des initiatives prises par le gouvernement et que l'eurogroupe a qualifié de pas dans la bonne direction ", a ajouté le ministre. Soumise à de fortes pressions depuis la crise de Dubaï, la Grèce se trouve dans le collimateur en raison surtout de l'explosion du déficit public, prévu à 12,7% du PIB, et de la dette à 113% du PIB pour la fin de l'année et à 120% en 2010. "L'annonce de S&P était attendue (...) la Grèce se trouve dans un carcan asphyxiant" et le gouvernement doit procéder "à des réformes structurelles et à des mesures de lutte contre l'évasion fiscale", a indiqué l'analyste Manos Hatzidakis de la société de courtage Pigasos.

 

On constate que ces agences de notation interfèrent dans la décision politique, puisqu’elles commentent des mesures prises par le gouvernement grec et fixent les nouvelles orientations à prendre, c’est-à-dire bien entendu des orientations néolibérales : réduction des dépenses publiques, des dépenses sociales, privatisations, etc. De plus, la lutte contre l’évasion fiscale ne sera qu’un vain mot si la Grèce ne bénéficie pas de la solidarité des autres Etats membres de l’Union européenne.

Cette dramatique situation a montré que la conception de la monnaie unique instaurée par le traité de Maastricht
, à savoir l’utopie d’une monnaie unique non accompagnée de la construction d’un Etat correspondant était inadéquate. Tous savaient que l’Europe n’était pas une « zone monétaire optimale ». Les avantages considérables de la monnaie unique (réduction des coûts de transaction et des risques de change notamment) n’ont pas dans le cas européen entrainé la construction d’une véritable zone monétaire homogène permettant de contenir des chocs asymétriques entre pays. C’est que les disparités structurelles : degré d’ouverture extérieure, spécialisations, régime des prix et des salaires, régimes démographiques etc. ne se sont guère estompées avec le temps. Ce qui signifiait le maintien de dispersions de croissance, de dispersions de revenus par tête, de dispersion de taux d’inflation etc. Tous phénomènes, qui au fond existent aussi dans cet immense territoire américain équipé d’une monnaie unique (le dollar) mais qui est contenu par un appareil fédéral de transferts fiscaux, sans équivalent en Europe. Les zones déprimées par un choc, peuvent aux USA, bénéficier de transferts en provenance de zones en expansion, ce qui est quasi impossible au sein de la zone euro. L’Euro, à l’instar des voies ferrées pour le transport, ou les lignes pour l’acheminement de l’électricité, constituait un réseau universel permettant des rendements croissants. Mais la comparaison s’arrête vite, car si les réseaux ferrés et électriques assuraient la redistribution, par des politiques tarifaires notamment, et produisaient de l’universel au sein d’un espace national, l’euro en est bien incapable. Si donc la zone sud de l’Europe connait un déséquilibre de ses échanges avec la zone nord, il n’est d’autre recours que la dépression profonde, et l’impossibilité de construire un universel européen, avec les sentiments d’appartenance qui peuvent lui correspondre.

 

En définitive, l’Euro tel qu’il a été conçu, sert de monnaie d’échange dans une vaste zone de libre échange comme le souhaitaient les Anglo-saxons qui se sont bien abstenus d’y adhérer. Il ne pouvait en aucun cas être l’instrument d’une politique économique commune que l’on empêche volontairement en maintenant les disparités au sein de l’Union, et en faisant à la fois du dumping social comme le voulait la fameuse directive Bolkestein sur les services. Celle-ci a été remplacée par la directive McCreevy qui a été adoptée par le Parlement européen en novembre 2006.


euros.jpg

Simple monnaie d'échange !
 

Il faut ajouter que l’Union européenne ne s’est pas dotée des instruments pour porter secours à un Etat membre en difficulté. Les articles 123 à 125 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne interdisent même expressément que l’Union ou un Etat membre aide un Etat de l’Eurozone en difficulté, alors que cela est possible pour les pays de l’UE non-membres de la zone euro. Lors de la négociation du traité de Maastricht, en 1991, il a paru évident qu’il fallait responsabiliser les Etats, faute d’une politique économique et budgétaire unique : la certitude d’être sauvés aurait pu encourager les Etats les plus pauvres à faire du déficit. Cela étant, les Etats membres de la zone euro savaient, dès janvier 1999, que cette règle ne s’appliquerait pas : une fois la monnaie unique lancée, chacun aurait plus à perdre dans l’éclatement de la zone euro qu’en volant au secours d’un partenaire défaillant. Cela dit, à ce jour,  aucune mesure n’a encore été prise par l’Union pour permettre à la Grèce d’en sortir.

 

L’affaire grecque devrait servir de leçon à l’Europe. Il faut sortir de la non-politique, du laissez passer, de « la main invisible ». La seule Union possible est une union des politiques économiques et sociales.

 

On pourrait se demander pourquoi ce sont justement les pays de la zone euro qui souffrent le plus de la crise ? Depuis la mise en place de la monnaie unique, les pays concernés s’en sortent sur tous les plans moins bien que les autres : croissance économique, chômage, dette, pouvoir d’achat ? Aujourd’hui, 5 pays européens sont dans une tourmente financière sans précédent, et ces pays appartiennent à la zone euro : la Grèce bien sûr, mais aussi le Portugal, l’Italie, l’Espagne et l’Irlande. Les Anglais, toujours aussi courtois, appellent ce groupe de pays les « PIGS »…

Il ne s’agit pas d’ailleurs d’un effet du hasard : l’euro agit comme une contrainte en empêchant ces pays de jouer sur la variable monétaire pour s’en sortir et respirer un peu. L’euro fort les asphyxie et la monnaie ne pouvant plus jouer son rôle d’ajustement naturel en période de crise, c’est le taux de chômage qui assume cette fonction.

Face à ce constat, les dirigeants européens et la Commission de Bruxelles préfèrent se voiler la face. Comme toutes les idéologies désavouées par les faits, l’idéologie néolibérale incarnée par ses dirigeants fait le choix de l’accélération.


van-rompuy01.jpg

Le Premier européen partisan d'un gouvernement
économique européen
 

La seule solution est de remettre tout à zéro : revoir le traité de Maastricht de manière démocratique, instaurer un gouvernement économique européen – Van Rompuy, lui-même, l’a récemment souhaité – ayant une réelle politique monétaire, instaurer un vrai mécanisme de solidarité entre Etats membres sans toucher à leur souveraineté et non plus la politique de la « carotte et du bâton » qui fait la part belle aux plus forts – l’Allemagne et le Royaume Uni – et circonscrire le rôle de la Banque Centrale européenne à celui d’un Institut d’émission comme toutes les banques centrales dans le monde.

 

Le politique doit reprendre le dessus si l’on veut faire face aux prochains krachs qui ressemblent à s’y méprendre aux répliques d’un séisme majeur.

 

Repost 0
Published by pierre verhas
commenter cet article