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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 11:51
Rien n'interdit de spéculer sur un sujet aussi complexe. Il est assez paradoxal d'y ajouter un argument qui relève plus de la politique que de l'évolution humaine. Enfin, amusons-nous...


Le paradoxe de Fermi est un argument invoqué pour conclure à l’absence de forme de vie intelligente technologiquement développée autre que l’espèce humaine dans la Galaxie. Deux membres de la Pennsylvania State University pointent du doigt ce qu’ils considèrent comme une faille dans le raisonnement de Fermi : la non prise en compte des contraintes d’un développement durable.


L’image est légendaire. En 1950, alors qu’ils sont occupés à concevoir la bombe à hydrogène, Enrico Fermi et Edward Teller déjeunent avec quelques collègues à Los-Alamos. La conversation porte sur la possibilité que les Ovnis commençant à défrayer la chronique aux Etats-Unis soient effectivement des engins extraterrestres capables de franchir le mur de la lumière.


Habitué aux estimations rapides des ordres de grandeurs en physique, Fermi ne tarde pas à estimer le temps qu’il faudrait à une civilisation croissant dans la Galaxie selon une loi exponentielle pour en coloniser toutes les étoiles, même en se déplaçant à une infime fraction de la vitesse de la lumière.

Sa conclusion semble sans appel. Il faudrait moins de cent millions d’années, probablement même un seul million d’années si un dixième de la vitesse de la lumière peut être atteint, ce qui n’est pas impensable lorsque l’on considère des projets comme Daedalus utilisant des explosions thermonucléaires.


Or, même à cette époque, on savait que l’âge de l’Univers et en particulier de la Voie lactée devait être supérieur à quelques milliards d’années. Si l’on imaginait l’apparition ne serait-ce que de quelques civilisations extraterrestres dans la Galaxie pendant ce temps, elles auraient largement eu le temps de créer un empire galactique dont nous ferions partie. Au minimum, les constructions issues d’empires successifs dans la Voie lactée devraient être partout autour de nous dans le système solaire. Fermi s’exclama alors : « mais où sont donc les extraterrestres ? ».

Depuis des décennies, les tenants des contacts entre ET et humains se démènent pour échapper à la conclusion pessimiste issue de l’argument baptisé depuis le paradoxe de Fermi.


L’un des derniers avatars de ce débat provient d’un article publié sur Arxive par Jacob Haqq-Misra et Seth Baum. Pour eux, de même qu’un développement exponentiel est impossible sur Terre et que, de plus en plus, nous sommes confrontés aux contraintes d’un développement durable, un empire à l’échelle de la Galaxie rencontrerait aussi ces limites, contraignant les civilisations à ralentir leur expansion et interdisant une colonisation complète de la Galaxie.


Une civilisation ne pourrait-elle pas maîtriser sa progression ?


Le concept est intéressant mais bien peu convaincant… Il suppose qu’une civilisation voulant coloniser la galaxie devrait nécessairement voir croître de façon exponentielle sa population et son utilisation des ressources. Cela semble absurde.

Il n’est pas difficile d’imaginer qu’une civilisation développée saura aussi limiter sa population sur chaque planète habitable de son système principal et laisserait l’étude et la surveillance des autres à une flottille de machines de Von Neumann. On peut très bien considérer une population d’une centaine de milliers d’individus par planète habitable par exemple.


Qui plus est, si l’on pose l’hypothèse de l’existence de centaines de civilisations technologiquement développées dans la Galaxie depuis quelques milliards d’années, même en imaginant que chacune d’entre elles ne colonise qu’un dixième de la Galaxie, on n’échappe pas à l’argument de Fermi. Une extrême rareté de la vie intelligente technologiquement développée dans l’espace et dans le temps, ou peu s’en faut, semble l'hypothèse la plus probable à l'échelle d'une galaxie.


Les arguments de Misra et Baum seraient sans doute plus convaincants s'ils s’accompagnaient de calculs numériques, même simples, dans un modèle de colonisation donné, mais ils n’en donnent aucun.


Cordialement

Jean
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Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex) http://www.astrosurf.com/apex-occult
European Asteroïdal Occultation Network (EAON) http://www.astrosurf.com/eaon/
Popular Astronomy http://home.versateladsl.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@versateladsl.be
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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 14:11
Les scientifiques européens de la mission conjointe NASA/ESA Cassini ont détecté pour la première fois des sels de sodium dans les particules de glace de l’anneau E de Saturne, qui est alimenté par les panaches de vapeur d’eau et de particules de glace émis par la lune. Encelade de Saturne. La détection de glace salée indique que la petite lune abrite un réservoir d’eau liquide - peut-être même un océan - sous sa surface.


Les geysers d’Encelade

Cassini a découvert des geysers d’eau glacée sur Encelade en 2005. Ces jets, émis par des fractures à proximité de son pôle sud, projettent de minuscules particules de glace et de vapeur, dont certaines échappent à la gravité du satellite pour alimenter l'anneau externe de Saturne, l’anneau E.

L’analyseur de poussière cosmique de Cassini, exploité par l'équipe du chercheur principal Ralf Srama de l’Institut Max Planck de Physique nucléaire de Heidelberg en Allemagne, a examiné la composition de ces grains et découvert qu'ils contenaient du chlorure de sodium (du sel de table).

"Nous pensons que le matériau salé provient des profondeurs d’Encelade où la roche est en contact avec une couche liquide", déclare Frank Postberg, scientifique de la mission Cassini sur l’Analyseur de poussière cosmique à l’Institut Max Planck de Physique nucléaire de Heidelberg. Frank Postberg est le principal contributeur d’une étude publiée dans l'édition du 25 juin du journal Nature.

Les chercheurs travaillant sur l’Analyseur de poussière cosmique concluent que de l'eau liquide doit être présente, parce que c'est le seul moyen de dissoudre des quantités significatives de minéraux capables d’expliquer les niveaux de sel détectés. Le processus de sublimation - le mécanisme par lequel de la vapeur est directement émise par de la glace solide dans la croûte - ne peut expliquer la présence de sel.

La constitution des particules de l’anneau E, déterminée par une analyse chimique de milliers de chocs de particules à vitesse élevée enregistrés par Cassini, fournit des informations indirectes sur la composition des panaches et sur ce que renferme Encelade. Alors que les particules de l’anneau E sont presque de l’eau pure à l’état de glace, l’analyseur de poussière a détecté du sodium à l’intérieur des particules dans pratiquement chaque analyse de composition.


Encelade

"Nos mesures révèlent qu’en plus du sel de table, les particules contiennent également des carbonates tels que la soude, et ces deux composants sont dans des concentrations telles qu’elles correspondent à la composition prévue d’un océan d’Encelade", déclare Frank Postberg. "Les carbonates entraînent également un pH légèrement alcalin. Si la source liquide est un océan, ce fait, associé à la chaleur mesurée à la surface à proximité du pôle sud de la lune et aux composés organiques découverts à l’intérieur des panaches, pourrait démontrer que l’environnement d’Encelade est propice à la formation de précurseurs des formes de vie."

L’une des priorités essentielles de Cassini pendant son voyage prolongé baptisé "mission Équinoxe de Cassini" consiste à déterminer la nature et l’origine du panache.
Source: ESA
Illustrations: NASA/JPL/Space Science Institute

Cordialement
Jean
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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 15:00

 

 

C’est une vieille histoire, celle des relations entre l’Union européenne, les Eglises et ce qu’on appelle la laïcité organisée.

 

N’oublions pas que la Communauté européenne fut une création avant tout démocrate chrétienne visant à instaurer la paix en Europe en unissant les économies des Etats membres. Au départ, les Traités européens ne contenaient aucune disposition relative aux relations de la Communauté européenne et des Eglises, essentiellement l’Eglise catholique, apostolique romaine, si ce n’est qu’un représentant de l’Etat du Vatican – un Nonce – était détaché auprès des institutions européennes. Il ne faut pas oublier non plus que la plupart des présidents de la Commission européenne furent des démocrates chrétiens.

 

La question des relations entre les Eglises et l’Union européenne ont commencé à se concrétiser lors du débat sur la Constitution européenne qui a suivi l’adoption du Traité de Nice en 2001. Ce projet de Constitution européenne a d’abord été discuté au sein d’une Convention, puis fut élaboré à la Conférence intergouvernementale présidée par l’ancien Président français Valéry Giscard d’Estaing et deux anciens Premiers ministres, le Belge Jean-Luc Dehaene et l’Italien Giuliano Amato. Notons que ces trois hommes politiques sont de confession catholique, ce qui a été dénoncé à l’époque par plusieurs milieux.

 

La religion s’invite la première fois

 

Pour la première fois, un projet de Traité contenait des dispositions relatives aux relations de l’Union européenne et des Eglises, entendez l’Eglise catholique romaine qui est la plus puissante d’Europe.

 

Tout avait commencé lors des débats de la Convention, par une revendication émanant du Vatican demandant d’inscrire en préambule à la Constitution la notion de « racines chrétiennes de l’Europe ». Entendez encore une fois chrétienne = catholique. Cette demande suscita un débat passionné et ce projet ne fut pas adopté pour le projet de Constitution.

 

Tout d’abord, qu’en est-il sur le fond ? Référons-nous à l’excellent ouvrage de Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394) (Albin Michel), paru en 2007, qui raconte la conversion au christianisme de l’empereur Constantin en 312 et ses conséquences sur l’histoire mondiale. L’auteur, archéologue et historien, écrit : Il faut donc en finir avec le lieu commun selon lequel l’Europe devrait au christianisme d’avoir séparé religion et politique, le Christ ayant dit qu’il fallait rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Belle découverte, mais due au césarisme et non au christianisme. Car la vérité est le contraire de ce lieu commun. Le chrétien Constantin n’a pas eu à séparer Dieu et César : ils étaient nés séparément dès la naissance. Constantin était un César, non un chef spirituel et temporel à la fois, un Mahomet, un calife, et l’Eglise était déjà une organisation achevée, puissante et indépendante lorsqu’un des Césars est entré en relation avec elle. Elle a traité avec les successeurs de ce César Constantin comme de puissance à puissance. »

« On n’avait pas attendu le Christ pour savoir que Dieu et César font deux. (...) Le christianisme demandera aux rois ce que le paganisme n’avait jamais demandé au pouvoir : "Etendre le plus possible le culte de Dieu et se mettre au service de sa majesté divine" »


C’est cet enjeu là que Veyne met en avant : étendre le pouvoir de l’Eglise dans le monde temporel. Objectif en vigueur depuis deux millénaires. L’auteur ajoute : « Notre Europe actuelle est démocrate, laïque, partisane de la liberté religieuse, des droits de l’homme, de la liberté de penser, de la liberté sexuelle, du féminisme, du socialisme ou de la réduction des inégalités. Toutes choses qui sont étrangères et parfois opposées au catholicisme d’hier et d’aujourd’hui. La morale chrétienne, elle, prêchait l’ascétisme, qui nous est sorti de l’esprit, l’amour du prochain (vaste programme, resté vague) et nous enseignait de ne pas tuer ni voler, mais tout le monde le savait déjà. Tranchons le mot : l’apport du christianisme à l’Europe actuelle, qui compte toujours une forte proportion de chrétiens, se réduit presque à la présence de ceux-ci parmi nous. S’il fallait absolument nous trouver des pères spirituels, notre modernité pourrait nommer Kant et Spinoza... »


Le danger tel que le dénonce Paul Veyne est de mettre en question les conquêtes de la démocratie laïque en Europe.


La logique du « choc des civilisations »


En mettant en avant les prétendues racines chrétiennes de l’Europe, l’on s’inscrit dans la logique du choc des civilisations. En effet, rappelons-le, les « racines chrétiennes de l’Europe » signifient les racines catholiques, apostoliques, romaines.


Cette démarche ne peut qu’aboutir à une situation conflictuelle. L’Europe est multi religieuse et aussi laïque. En effet, la Grèce, la Serbie, la Bulgarie et la Roumanie sont de confession chrétienne orthodoxe, la Bosnie est musulmane, sans compter les églises luthériennes et calvinistes et la confession juive. D’autre part, nous le verrons plus loin, cela pose un problème au niveau de l’adhésion éventuelle de la Turquie à l’Union européenne.


Tout cela ne pourra que diviser l’Europe et risque de nuire à son harmonisation en la conduisant à des divisions religieuses et philosophiques.


La relation Eglise(s) Etat dans l’Europe d’aujourd’hui


A ce stade-ci, il est intéressant de comparer les différents régimes en la matière dans l’Etats – membres de l’Union européenne. On s’apercevra que les régimes sont différents d’un pays à l’autre et que la laïcité est minoritaire dans l’Union.


La laïcité « à la française ».


La laïcité en France est avant tout une construction juridique, à valeur constitutionnelle, non une idéologie particulière : elle relève du droit public, non de l’intimité des consciences.

Elle est définie par la loi du 9 décembre 1905, qui dispose que la République

 
  assure la liberté de conscience (qui inclut le droit de ne pas croire), objectif premier ;
  garantit le libre exercice des cultes l’expression publique de la religion, objectif second, car subordonné au respect de la liberté de conscience (qui la précède) et sous réserve des mesures d’ordre public (édictées par la même loi, ou en général) ;
  « ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » : la « séparation des églises et de l’Etat » repose sur le principe de non-reconnaissance juridique : 1) sont protégées (obligation de neutralité et égalité de traitement des citoyens) seulement les personnes de droit public ou exerçant une mission de service public – essentiellement l’école ; 2) la religion s’exerce bien « en public » (processions, sonneries de cloche), mais dans le cadre du droit privé associatif ; 3) seule la croyance individuelle relève de la sphère privée, protégée par le principe de liberté de conscience.

Le concept de « laïcité » n’existe juridiquement  que dans trois pays : la France, la Belgique, et le Portugal.

Reconnaissance d’un « courant laïque » mais identitarisme religieux : Belgique et Pays-Bas.

La société y est organisée en « piliers » (courants d’identité idéologique), auxquels les individus se rattachent de la naissance à la mort, et qui organisent assurances mutuelles et services à leurs ressortissants.

  En Belgique, 3 piliers : catholique (le plus puissant), libéral, et socialiste ; les deux derniers sont laïques avec des nuances pour le pilier libéral. L’Etat rétribue les ministres des cultes reconnus, mais aussi la laïcité qui est reconnue comme un culte ! A l’école, enseignement religieux, mais également la « morale laïque ».

  Aux Pays-Bas : 3 piliers : protestant, catholique, qui ont des écoles, et « général » ou « humaniste » (qui n’en a pas). Il n’existe pas de religion officielle, ni de subventionnement des églises, mais celles-ci assurent des services publics : santé, école (70 % sont privées). L’Islam n’a pas de structure et se trouve donc isolé dans la société néerlandaise.

Pays concordataires : Espagne, Portugal, Italie.

Le catholicisme a perdu le statut de religion d’Etat, mais bénéficie d’un accord international lui reconnaissant notamment un rôle particulier dans la société. Mais cette « sécularisation » du catholicisme, d’un effet strictement interne à ce culte, ne représente qu’une simple adaptation de celui-ci à la société civile : elle ne doit pas être confondue avec la laïcité, qui est d’ordre public. Le statut de religion reconnue permet une intervention systématique de l’Eglise dans la sphère publique.

Espagne : Constitution de 1978, séparation de l’Eglise et de l’Etat ; les mariages religieux n’ont plus de valeur civile. Mais accords concordataires de 1978 : enseignement religieux dans les écoles publiques, financement par l’Etat de l’enseignement et de l’église catholique, régime étendu à 3 autres cultes « enregistrés » : protestant, juif, islamique. Le gouvernement Zapatero a, en outre, supprimé l’épreuve d’instruction religieuse obligatoire au baccalauréat

Portugal : laïcité formelle, ou plutôt séparation car il y a un concordat. A défaut de financement public, l’Eglise catholique dispose d’un important patrimoine immobilier, source de revenus.

Italie : le concordat date de 1984 - en réalité c’est un simple aménagement des accords de Latran (conclus sous le fascisme), très éloigné de la laïcité. Le clergé n’est plus rémunéré par les fonds publics. Mais les principes du catholicisme sont reconnus comme « patrimoine historique », le mariage religieux a valeur civile et il existe un enseignement religieux dans les écoles publiques.

Il faut également mentionner divers pays où le catholicisme, anciennement religion d’Etat, reste reconnu officiellement comme religion « de la majorité des citoyens » : l’Irlande et Malte ainsi que la Pologne.

Le cas de l’Allemagne : séparation formelle, mais reconnaissance juridique des Eglises.

La loi fondamentale de 1949 proclame la neutralité de l’Etat mais avec une référence aux « responsabilités devant Dieu » du peuple allemand. Les Eglises sont des « corporations de droit public », grâce à un régime d’accords (concordat pour les catholiques) avec l’Etat fédéral et les Länder (seul le Land de Hambourg  connaît une séparation claire).

Elles perçoivent 10 % de l’impôt sur le revenu sur leurs « affiliés » l’appartenance religieuse est connue des employeurs et de l’administration. Depuis la réunification, les protestants sont majoritaires. 25 % des Allemands ne payent pas l’impôt ecclésial.

Les Eglises assurent des services publics : éducation, santé, garderie - un des premiers employeurs très riche, est l’Eglise évangéliste (= catholiques plus protestants) ; dans l’enseignement public, les écoles interconfessionnelles sont majoritaires ; l’instruction religieuse est obligatoire sauf dispense. Les Eglises jouent un rôle officiel (contrôle de la TV, formation de la police).

Pays à église officielle contrôlée par l’Etat : Royaume-Uni, Danemark

  Royaume-Uni : un christianisme national. Institution de l’église anglicane en Angleterre et presbytérienne en Ecosse : la Reine est chef de l’église anglicane, défenseur de la foi. L’église à un rôle dans l’organisation des pouvoirs publics (26 évêques sont lords, les assemblées de l’église sont des organes législatifs, les pasteurs des magistrats). Mais l’Etat contrôle la doctrine, le culte, le personnel dirigeant. L’Eglise est financièrement autonome, ses pasteurs ne sont pas rémunérés, elle n’a pas de privilèges en matière d’éducation.

Seule évolution, l’Educational  Act de 1988 : extension de ce statut limitée exclusivement aux autres religions chrétiennes ; prière du matin dans les écoles publiques « totalement ou principalement de caractère chrétien ». Il existe également un délit de blasphème sauf pour les religions non chrétiennes.

  Danemark : une église d’Etat L’église luthérienne nationale est intégrée à l’Etat comme service public, dirigée par lui. Les pasteurs sont des fonctionnaires, des impôts d’église sont prélevés par l’Etat. L’identitarisme religieux est de droit commun (sauf déclaration de non appartenance à l’église). Celle-ci assure l’état civil et les enterrements (le droit de conférer le mariage a été étendu aux autres confessions). Il existe un délit de blasphème. Cependant l’éducation reste à l’Etat.

  La Suède a récemment renoncé à l’établissement de l’église luthérienne, qui reste cependant religion « nationale ».

Pays où le cléricalisme domine

  L’Irlande : la morale catholique au pouvoir. Officiellement l’Etat est neutre, il ne subventionne aucun culte, il n’y a pas de religion d’Etat. Depuis 1972 l’Eglise est séparée de l’Etat, le catholicisme ne jouit plus d’une position officielle, quoiqu’il touche la grande majorité des citoyens. Mais la Constitution de 1937 reconnaît la « sacro-sainte Trinité de laquelle découle toute autorité ». La morale officielle est catholique, comme en témoigne la Constitution à propos de la famille, du rôle parental de l’éducation, de la propriété privée. L’Eglise est par ailleurs un service public, notamment éducatif - l’Etat n’exerce qu’une faible influence sur l’école.

  La Pologne connaît  une situation morale et idéologique analogue.

  Malte également.

  la Grèce : « l’helléno-christianisme ». L’Eglise orthodoxe est intégrée à l’Etat, de droit public (elle émet des actes administratifs), le prêtre est fonctionnaire. Mais elle exerce en fait son emprise sur l’Etat : elle avait notamment obtenu la mention de la religion sur les passeports, supprimée par la Commission européenne. L’interdiction de tout prosélytisme défavorise en fait les autres religions. Les tensions avec les Albanais (musulmans) et la Macédoine montrent le danger de ce nationalisme renforcé par le cléricalisme.


L’attitude de Sarkozy


Le Président français est depuis longtemps le plus ardent défenseur du principe des « racines chrétiennes de l’Europe ». Dès sa campagne présidentielle en 2004, il insista sur cette question. Le « Monde » du 19 avril 2007 rapporte : « 
L’irruption de la dimension religieuse dans le discours politique s’inscrit, chez M. Sarkozy, dans une trajectoire, marquée en en 2004 par la publication d’un livre d’entretiens au titre explicite, La République, les religions, l’espérance (Cerf). Une première pour un homme politique qui y livre ses croyances, - il se définit volontiers comme un " catholique croyant qui prie quand il souffre " - mais aussi sa conception sur la place des religions dans le débat public. Il y apparaît profondément convaincu que " l’esprit religieux et la pratique religieuse peuvent contribuer à apaiser et à réguler une société de liberté ".


" Les religions ont leur mot à dire dans les grands débats de société ", défend-il aussi dans un récent entretien au magazine catholique La Vie, regrettant qu’" elles ne le fassent pas assez ". " Il a perçu l’importance de la croyance religieuse comme source de dynamisme, capable de donner un contenu à un engagement politique ", souligne Thibaud Collin, professeur de philosophie, l’un des auteurs des entretiens réalisés en 2004 avec M. Sarkozy. " L’analyse n’est pas nouvelle ; ce qui est nouveau c’est qu’un homme politique le dise ". 

Dans cette campagne, M. Sarkozy se trouve opposé à un " catholique pratiquant " revendiqué, le centriste François Bayrou et à une candidate socialiste, imprégnée d’une culture familiale catholique connue, qui en érigeant " l’ordre juste " en slogan de campagne, se réfère implicitement à une notion présente dans le dogme social de l’Eglise catholique. »

Soulignons que François Bayrou, catholique pratiquant, est tout à fait opposé à la démarche de Sarkozy et met en avant la laïcité de la République française.


Sarkozy est en plein accord avec le pape Benoît XVI sur cette question. Le 25 mars 2007, le souverain pontife a prononcé un discours très dur à l’égard de l’Union européenne, à l’occasion de son cinquantenaire, qui n’avait pas adopté le préambule des racines chrétiennes de l’Europe, ni dans le projet de Traité constitutionnel, ni dans le Traité de Lisbonne. « 
Le pape Benoît XVI a prononcé un discours très sévère envers l’Union européenne qui fête ses 50 ans, l’accusant de s’aliéner les populations du continent en reniant ses racines chrétiennes et a appelé les croyants à édifier un "nouvelle Europe".

"On ne peut pas penser construire une vraie maison commune européenne en négligeant l’identité propre des peuples de notre continent (...), une identité historique, culturelle et morale (...) constituée d’un ensemble de valeurs que le christianisme a aidé à forger", a dit le pape en recevant au Vatican les participants à une conférence organisée par les évêques européens à l’occasion de la célébration du 50e anniversaire des Traités de Rome.


Benoît XVI a utilisé un mot très fort, l’apostasie, dénonçant une "singulière forme d’apostasie" de l’Europe qui, tout en souhaitant se présenter "comme une communauté de valeurs, semble de plus en plus souvent contester l’existence de valeurs universelles et absolues". » (AFP). L’usage du mot « apostasie » témoigne de la virulence du débat.

Le 20 décembre 2007, à l’occasion d’une visite au Vatican, Nicolas Sarkozy a prononcé un important discours, le discours dit de Latran. Il affirme : « Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. » Cela rejoint le thème des « racines chrétiennes de l’Europe ». Ensuite, il se penche sur la laïcité : « La France a beaucoup changé. Les Français ont des convictions plus diverses qu’autrefois. Dès lors la laïcité s’affirme comme une nécessité et une chance. Elle est devenue une condition de la paix civile. Et c’est pourquoi le peuple français a été aussi ardent pour défendre la liberté scolaire que pour souhaiter l’interdiction des signes ostentatoires à l’école.

Cela étant, la laïcité ne saurait être la négation du passé. Elle n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n’aurait pas dû. »

L’essentiel reste donc les « racines chrétiennes », c’est à « la laïcité » à changer.  « C’est pourquoi j’appelle de mes vœux l’avènement d’une laïcité positive, c’est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. Il ne s’agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas. Il s’agit en revanche de rechercher le dialogue avec les grandes religions de France et d’avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt que de chercher à la leur compliquer. »



Sarkozy à la Basilique St-Jean de Latran

Tout est dit. Nicolas Sarkozy, il faut le lui laisser, n’a jamais caché ses intentions. Il veut progressivement supprimer la séparation de l’Eglise et de l’Etat en France qui va bien au-delà d’une simple question institutionnelle, car elle pose la question de la liberté de pensée et de son indépendance à l’égard de l’Eglise.

Tout cela a cependant des conséquences sérieuses sur la laïcité en France. Dans un article au « Monde » du 2 mais 2009, Caroline Fourest explique : « Dans une autre partie de son discours, moins célèbre, le président regrettait que la République ne reconnaisse pas la “valeur des diplômes délivrés par les établissements d’enseignement supérieur catholique”. On pensait à la reconnaissance de diplôme de théologie… Ils n’ont pas à être validés par la République puisqu’elle ne “reconnaît aucun culte”. Mais le président s’obstine. Notamment avec l’arrière-pensée de pouvoir estampiller la formation des imams rêvée par le ministère de l’intérieur mais dispensée par la Catho. Un bricolage qui ne fait que renforcer l’impression d’une gestion postcoloniale de l’islam, donc la propagande islamiste. Tout en tuant à coup sûr l’esprit de 1905.


L’affaire est plus grave qu’il n’y paraît. Les décrets de cet accord – signé en catimini entre la France et le Vatican le 18 décembre 2008 – viennent de tomber. Ils prévoient la “reconnaissance mutuelle des diplômes de l’enseignement supérieur délivré sous l’autorité compétente de l’une des parties”. Or cette “reconnaissance” ne vaut pas seulement pour les matières théologiques mais aussi profanes. Autrement dit, le baccalauréat ou d’éventuels masters.


L’accord feint d’appliquer une directive européenne (le processus de Bologne), pensée pour reconnaître les diplômes étrangers, mais il change de nature à partir du moment où il est signé avec le Vatican, pour “reconnaître” des diplômes délivrés sur le sol français par des établissements de l’Eglise. Ce qui revient non seulement à casser le monopole des diplômes qu’avait l’Etat depuis 1880, mais aussi l’esprit de l’article 2 de la loi de 1905.


Jusqu’ici, les établissements catholiques privés pouvaient parfaitement préparer des élèves au bac, mais ceux-ci devaient passer leur diplôme avec tous les autres. Petite astuce connue des professeurs : de nombreux établissements privés choisissent de ne présenter que les meilleurs élèves sous leurs couleurs et d’envoyer les autres en candidats libres pour améliorer leur score de réussite au bac. Appâtés par des pourcentages tournant autour de 100 %, de plus en plus de parents se tournent vers ces établissements au détriment de l’école publique.


Le gouvernement fait tout pour encourager ce choix : démantèlement de la carte scolaire, baisse du nombre de professeurs dans le public… Le plan banlieue est à sec, mais on racle les fonds de tiroirs pour financer – sur fonds publics – l’ouverture de 50 classes privées catholiques dans les quartiers populaires. Un grand lycée Jean-Paul-II est sur les rails. Un collège tenu par l’Opus Dei est déjà sous contrat. »


De sérieuses conséquences en politique étrangère


Il y a un autre aspect.


L’ancien député socialiste français, Jean-Luc Mélenchon analyse ce discours dans la perspective de l’idéologie du choc des civilisations : « Cependant, l’outrance de ce point de vue a son mérite. Elle signale avec force la piste par laquelle le « raisonnement » religieux fournit une passerelle conceptuelle efficace vers un autre corps de doctrine plus trivialement préoccupé de réalité géopolitique. Il s’agit de la théorie du « choc des civilisations » formulée par Samuel Huntington. Elle est au coeur de la pensée du président Sarkozy à propos de la réalité mondiale de notre époque. Il y a exprimé à de très nombreuses reprises son adhésion intellectuelle. C’est au point que l’on peut se demander si les manifestations d’enthousiasme religieux du président ne sont pas la conséquence de son adhésion à cette théorie plutôt que l’inverse. Le raisonnement de politique étrangère serait premier, l’intime conviction religieuse serait seconde. On pourrait être conduit vers cette conclusion par l’écart remarquable qui apparaît entre la vie réelle du président et ses déclarations de foi religieuse et d’adhésion à la morale catholique. Sans entrer dans les détails qui nous égareraient dans les colonnes de la presse people, on retiendra seulement combien il est étrange qu’une personne excommuniée du fait de ses divorces puisse accepter d’être « chanoine honoraire » de la paroisse du Vatican lui-même. Mais il faudrait alors s’étonner que ceux qui l’ont excommunié n’y voient eux-mêmes aucun obstacle, alors même que leur intransigeance doctrinale peut-être aussi violente que les citations précédentes l’ont rappelé… »


Cela expliquerait aussi l’étrange attitude du président français à l’égard de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Sarkozy qui est un atlantiste convaincu s’oppose avec vigueur à un des pions majeurs de la géopolitique atlantiste actuelle, rappelé récemment par le Président Obama : l’adhésion de la Turquie. Il use d’ailleurs de tous les moyens de pression en l’espèce en n’hésitant pas à créer des incidents diplomatiques.


Ainsi, tout récemment, Nicolas Sarkozy a annulé une visite officielle qu’il devait effectuer en Suède le mardi 2 juin, officiellement pour des raisons d’agenda, en fait parce qu’il désapprouve la prise de position du Premier ministre Suédois, Carl Bildt, en faveur de l’adhésion de la Turquie. Cette visite est reportée au 3 juillet. Il y a là manifestement une pression majeure de Sarkozy d’autant plus que le Suédois est candidat au poste de Ministre des affaires étrangères de l’Europe.

Il est clair qu’en cas d’adhésion de la Turquie, important pays musulman, la référence aux « racines chrétiennes de l’Europe » est dès lors caduque. C’est la raison pour laquelle le Vatican – et donc Sarkozy – y est farouchement opposé.


Tout commence avec l’article 51.


Outre la polémique autour des « racines chrétiennes de l’Europe », il a été introduit, sous la pression du Vatican, un article 51 au projet de Traité constitutionnel qui est libellé comme suit :


Art I – 51 Statut des églises et des organisations non confessionnelles


1. L'Union respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les églises et les associations ou communautés religieuses dans les États membres.

2. L'Union respecte également le statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les organisations philosophiques et non confessionnelles.

3. Reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l'Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier avec ces églises et organisations.


Sous un dehors d’ouverture, ces dispositions cachent les objectifs réels de ce projet. En réalité, l'article 51 est le résultat d'efforts de lobbying inlassables de la part du Vatican et des évêques sur le plan national et européen pour associer l’Eglise à la construction européenne et y imposer ses conceptions. Les discussions sur cet article ont fait l’objet de débats virulents. Ainsi, en Hongrie, une députée socialiste qui avait dénoncé dans les médias le lobbying du Vatican pour accroître son influence au sein de l'Union est devenue la cible d'attaques de la part de l'Eglise en Hongrie. On l'accusa d'anticatholicisme et exigea qu'elle retire sa candidature aux élections européennes. Elle fut quand-même élue. Elle s’appelle Magda Kosa Kovacs.


On observe, bien qu’il y ait plusieurs religions en Europe, que c’est la seule Eglise catholique qui fit pression pour obtenir cet article 51. Qu’y a-t-il donc derrière cet article ? D’après le député radical italien Maurizio Turco, il y a deux éléments fondamentaux.

  1. « (…) les deux premiers paragraphes de l'article 51 interdisent à l'Union d'examiner ou de remettre en cause la situation des églises dans les États membres. Ce qui signifie que et article garantit la pérennité des privilèges acquis par les institutions religieuses au niveau national, empêchant toute vérification de leur compatibilité avec les droits et les libertés fondamentaux des citoyens européens ainsi qu'avec les politiques et le droit de l'Union.
    Ce sont des positions de privilège juridique dont jouit, en particulier, l'Eglise catholique, dans sa double qualité de confession religieuse et d'Etat souverain, grâce aux concordats stipulés avec certains Etats nationaux. Des concordats qui furent signés entre l'Eglise catholique et Franco en Espagne, Mussolini en Italie, Salazar au Portugal et Hitler en Allemagne.
    C'est ainsi qu'en Allemagne, même les travailleurs et les chômeurs sans confession sont soumis à l'impôt ecclésiastique.

    C'est ainsi qu'en Espagne et au Portugal, l'Eglise catholique bénéficie de l'exemption de TVA - outre un financement public garanti plantureux en Espagne - en violation manifeste de l'article 13 de la Directive européenne sur la TVA qui ne prévoit pas une telle exemption en faveur des institutions religieuses. Le droit communautaire se trouve ainsi bafoué au nom du bon maintien des relations entre les Etats membres et le Saint Siège.

  2. Cet article oblige a priori l'Union européenne à un dialogue régulier avec les institutions religieuses en reconnaissance de leur identité et de leur contribution spécifiques. En contradiction patente avec le principe de séparation entre institutions publiques et institutions religieuses, les Églises se voient donc reconnaître un droit d'ingérence dans l'exercice des pouvoirs publics européens. Au nom de ce dialogue structuré, le risque est grand de voir institutionnalisée l'influence obscurantiste de l'Eglise catholique en matière éthique et scientifique. Par exemple, au nom de ce dialogue, devrons-nous accepter que l’Église catholique parvienne à faire interdire la recherche scientifique utilisant des embryons humains privant ainsi des millions de malades de possibilités de soins?
    De même, maintenir un dialogue avec une institution dont l'organisation est opaque reviendrait à lui reconnaître une influence institutionnelle on ne peut plus contestable. Je pense en particulier à l'Etat de la Cité du Vatican qui, à mes yeux, représente un véritable "Etat canaille". Savez vous qu'en tant qu'Etat souverain (Etat de la Cité du Vatican), l'Eglise Catholique jouit, entre autres, de la possibilité d'importer des biens provenant de l'Union qui jouissent d'aides à l'importation et de la possibilité de battre monnaie (l'Euro), alors qu'il n'a pas adopté de loi anti blanchiment et que sa "banque centrale" - l'Institut pour les œuvres de religion - n'adhère à aucun organisme international de contrôle et n'est donc pas soumise aux contrôles et aux vérifications auxquels sont soumises toutes les banques centrales des pays membres. Ce qui fait de cet Etat une centrale de blanchiment "potentielle" de l'argent sale en Europe. Eventualité qui n'est pas seulement théorique et qui, grâce au Concordat stipulé avec l'Etat Italien, n'est même pas susceptible d'être soumise à la justice des hommes étant donné que le Vatican jouit d'une immunité illimitée.

    En bref, grâce à l'article 51, les Églises pourront tantôt invoquer les compétences de l'Union pour jouir d'un statut institutionnel, tantôt les législations nationales pour échapper aux obligations juridiques de l'Union. Vous conviendrez tout comme moi que cela ne peut pas contribuer au renforcement de la sécurité juridique.

    L'ex-Président de la Commission européenne et actuel eurodéputé démocrate-chrétien Jacques Santer [à l’époque, en 2004], lui-même, s'était opposé, au nom du gouvernement luxembourgeois, à cet article en raison de sa terminologie inappropriée pour un texte constitutionnel et susceptible de faire naître de multiples controverses juridiques.
    Enfin, on ne peut justifier la présence de cette disposition juridique spécifique au nom du respect de la liberté d'organisation et d'action des institutions religieuses. Comme le faisait remarquer le Ministre belge des Affaires étrangères Louis Michel, leur liberté de s'organiser et d'agir est déjà couverte par l'article 10 de la Charte des droits fondamentaux et la possibilité d'un dialogue avec l'Union est, quant à elle, couverte par la formulation générale de l'article 46 relatif aux associations représentatives et à la société civile. »

Le député dénonce le maintien des privilèges dont disposent les Eglises dans les Etats membres empêchant ainsi de vérifier la concordance du « message » religieux avec les libertés garanties par la Charte des droits fondamentaux annexée à la Constitution européenne.


Ensuite, il déplore l’obligation que s’impose l’Union à un dialogue régulier avec les institutions religieuses, dans le cadre d’une Constitution et pour débattre de sujets relevant de la compétence de l’Union européenne, ce qui est fondamentalement contraire au principe de la séparation de l’Eglise et de l’Etat (ou de la puissance publique) qui avait été respecté jusqu’alors par les institutions européennes.

Enfin, les Eglises pourront invoquer les règles nationales ou les règles européennes quand elles le jugeront nécessaires et à leur seul avantage, cassant ainsi la hiérarchie des normes qui est à la base de l’Union européenne : Réglementation européenne supérieure à réglementation nationale.


Ajoutons que beaucoup de catholiques ne sont pas d’accord avec l’article 51. Ainsi, en Belgique : « Des parlementaires européens et des ONG, dont la Fédération humaniste européenne et Catholics for a free choice – ceux-ci se présentant comme représentatifs de chrétiens de base – ont organisé le 5 novembre [2004] une conférence de presse pour contester l’article 51 du projet de constitution européenne. Cet article stipule que « l’Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier avec (les) Églises et organisations (non confessionnelles) ». Les critiques y voient une ingérence des Églises dans les institutions de l'Union européenne et contestent que les Églises et la laïcité bénéficient d’un privilège institutionnel qui, selon eux, les mettrait au dessus de la loi commune. Personne ne pourrait se placer au dessus des lois de l’État de droit démocratique – présumé réalisé...
 »

Il n’y a pas que les laïques à vouloir la séparation de l’Eglise et de l’Etat et on peut s’étonner du jeu ambigu de certaines organisations laïques.


Barroso dans l’illégalité


La Constitution européenne n’ayant pas été ratifiée, est remplacée par le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, mieux connu sous le nom de Traité de Lisbonne. L’article 16 C de ce Traité reprend mot à mot les dispositions de l’article 51 de la Constitution.

A ce jour, le Traité de Lisbonne n’est pas encore ratifié par tous les Etats membres et risque d’ailleurs de ne pas l’être. Il n’est donc pas d’application. Ce sont les dispositions du Traité de Nice qui sont toujours en vigueur.


Or, le Président de la Commission européenne, Jose Manuel Barroso, a décidé d’entamer le dialogue avec les organisations confessionnelles et non confessionnelles prévu à l’alinéa 3  de l’article 16 C. Il a déjà eu une première réunion avec les associations confessionnelles. Il organise pour le 26 juin prochain une réunion sur les mêmes thèmes avec les associations non-confessionnelles. Il s’agit de donner leur avis sur la financière et économique, « les valeurs européennes et la contribution des organisations humanistes au processus d intégration de l Union Européenne, tenant compte en particulier de certains faits tels que la crise financière et économique, les élections européennes, le traité de Lisbonne et les perspectives d élargissements futurs de l Union Européenne »


On s’aperçoit qu’il s’agit d’un ordre du jour à connotation politique et donc fondamentalement contraire au principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Il est regrettable que les associations « non confessionnelles » entrent dans ce jeu, sans compter que le Président de la Commission européenne applique une disposition qui n’est pas en vigueur.


Cela en dit long sur ses intentions réelles. Il est clair que Barroso institue en catimini un processus de codécision entre l’Union et l’Eglise catholique, les  autres églises et les associations non confessionnelles comptent pour du beurre en l’espèce. La laïcité en Europe est en danger et derrière cela, notre culture démocratique et nos libertés fondamentales.


La Cité du Vatican sera-t-elle le centre spirituel
de l'Europe ?

Rappelons aussi que le principe de base de l'Union européenne, c'est d'ailleurs sa devise, est l'unité dans la diversité. Les racines de l'Europe sont diverses. Elles sont chrétiennes, certes, et de plusieurs confessions, mais elles sont aussi musulmanes, juives, grecques, celtiques, germaniques, scandinaves. Un petit exemple : si l'on a pu progresser dans la connaissance de l'Univers et dans les mathématiques dès la Renaissance, c'est grâce à l'apport des Arabes.


 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 22:44
 
Pour la première fois, des chercheurs ont observé une activité de renaissance cosmique unique: la transformation d’un pulsar ordinaire à rotation lente en un pulsar milliseconde super-rapide, bénéficiant d’une durée de vie prolongée presque jusqu’à l’infini.

.

La découverte a été réalisée pendant un vaste projet d’étude des fréquences radio du ciel par une équipe internationale d’astrophysiciens, à l’Université McGill de Montréal, l’Université de la Colombie-Britannique, l’Université de la Virginie-Occidentale, l’Observatoire de radioastronomie national des États-Unis et plusieurs autres institutions des États-Unis, des Pays-Bas et de l’Australie.

L’étude a été effectuée à l’aide du radiotélescope Robert C. Byrd de Green Bank, en Virginie-Occidentale, et couvrait près du tiers de la sphère céleste. Les résultats des travaux de l’équipe ont été publiés en ligne par le journal Science, le 21 mai.

La découverte a été réalisée par la candidate au doctorat en astrophysique Anne Archibald et son superviseur, la Pr Victoria Kaspi, du Groupe de recherche sur les pulsars de l’Université McGill. "L’étude a permis de découvrir un grand nombre de nouveaux pulsars, mais celui-ci est vraiment spécial. Il s’agit d’un pulsar très fraîchement "recyclé" qui sort tout juste de l’usine de recyclage a déclaré madame Archibald. Les chercheurs mcgillois ont travaillé avec le professeur adjoint Ingrid Stairs, de l’Université de la Colombie-Britannique, et Scott Ransom, de l’Observatoire national de radioastronomie ainsi qu’avec d’autres chercheurs de la collaboration qui vise à effectuer davantage d’observations de ce pulsar inhabituel.

Les pulsars sont des étoiles à neutrons tournant rapidement sur elles-mêmes et émettant un puissant rayonnement électromagnétique, qui demeure après que des étoiles massives aient explosé pour devenir des supernovæ. Les pulsars émettent des faisceaux d’ondes radio qui balayent l’espace de façon circulaire, à la manière des phares, à mesure que l’étoile effectue sa rotation. La plupart tournent sur eux-mêmes relativement lentement, dix fois par seconde ou moins, et, habituellement, leurs champs magnétiques les font ralentir encore davantage au fil des millénaires. Les pulsars millisecondes, toutefois, effectuent des centaines de rotations par seconde.

"Nous savons que les pulsars ordinaires émettent habituellement un rayonnement au sein du spectre des radiofréquences pendant une période variant de un à dix millions d’années, mais ils finissent par ralentir suffisamment pour s’éteindre", a expliqué le Pr Kaspi. "Toutefois, certains de ces vieux pulsars se "recyclent" en pulsars millisecondes. Ils finissent par tourner sur eux-mêmes extrêmement rapidement et peuvent ensuite émettre un rayonnement éternel. Comment la nature arrive-t-elle à adopter un comportement aussi vert?"

On a longtemps émis la théorie que les pulsars millisecondes étaient créés dans des systèmes binaires, quand la matière d’un des deux pulsars se trouve dans la magnétosphère de son compagnon et augmente la vitesse de rotation, mais le processus n’avait jamais été observé directement jusqu’à aujourd’hui.

"Imaginez une balle de tennis sur table dans une baignoire, quand vous retirez le bouchon du drain", explique madame Archibald. "Toute l’eau tourbillonne autour de la balle et la fait soudainement tourner beaucoup plus vite que lorsqu’elle flottait simplement à la surface."

"Nous avons observé des systèmes qui subissent une mise en rotation parce que, quand la matière y tombe, les étoiles deviennent vraiment brillantes aux rayons X et sont faciles à voir", a-t-elle ajouté. "Mais nous n’avons jamais observé les pulsations radio de ces étoiles pendant le processus de mise en rotation. Nous avons enfin trouvé un véritable pulsar radio qui indique, hors de tout doute, qu’il a simplement été recyclé."

Le pulsar découvert par l’équipe de recherche a été observé de manière fortuite par un groupe indépendant de recherche optique qui a constaté que de la matière tourbillonnait autour du pulsar, il y a environ une décennie, l’équivalent d‘un clignement de l’œil en astronomie. Ce groupe a qualifié son observation de troublante, sans soupçonner qu’elle permettrait de découvrir un véritable pulsar radio.

"En d’autres mots, pour la première fois, nous avons entrevu pendant un bref instant une véritable usine de recyclage cosmique en action", a déclaré Ingrid Stairs, de l’Université de la Colombie-Britannique, qui s’est rendue à l’Observatoire national d’Australie et à l’Université de technologie Swinburne cette année. "Ce système nous fournit un laboratoire cosmique sans égal pour étudier comment les pulsars millisecondes évoluent et renaissent."

Parmi les autres collaborateurs principaux œuvrant à cette étude, on compte les professeurs Maura McLaughlin et Duncan Lorimer, de l’Université de Virginie-Occidentale, et Scott Ransom, de l’Observatoire national de radioastronomie. En plus du télescope de Green Bank, les scientifiques ont utilisé, au cours de leur étude, le radiotélescope de Westerbork, aux Pays-Bas, le radiotélescope Arecibo de Puerto Rico et le radiotélescope de Parkes, en Australie.
Source et illustration: Communiqué de presse de l’Université McGil

Cordialement
Jean
===========================================================
Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex) http://www.astrosurf.com/apex-occult
European Asteroïdal Occultation Network (EAON) http://www.astrosurf.com/eaon/
Popular Astronomy http://home.versateladsl.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@versateladsl.be
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22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 22:59

 

 Le Figaro et l’édition électronique du Courrier international rapportent chacun une recension des mémoires post-mortem de Zhao Ziang décédé en 2005, qui fut secrétaire général du Parti communiste chinois en 1989 lors du mouvement étudiant de la place Tiananmen.

 

La personnalité de Zhao Ziang est pour le moins complexe. Il fut le secrétaire général du parti communiste chinois, représentant l’aile novatrice de ce parti, en 1989. Il tomba en disgrâce au moment de la répression sanglante des étudiants occupant la place Tiananmen. Il fut placé en résidence surveillée pendant quinze ans jusqu’à sa mort.


 

Zhao Ziang  fut convaincu de la direction politique imposée par Deng Xiaoping de libéralisation de l’économie chinoise. Le fameux mot d’ordre « Enrichissez-vous ! ». Deng avait aussi lancé le slogan : « Un pays, deux systèmes ! ». C’est ce dernier que Zhao mit en œuvre. Zhao était un chercheur en économie de tendance ultralibérale à

Zhao Ziang

l'Académie des Sciences Sociales à Pékin. Il a copié le modèle de paradis fiscal et de zone franche de Hong Kong, a installé une zone franche, faible impôt à Shenzhen, à côté de Hong Kong pour attirer les usines de l'occident. Rapidement, le PIB de Shenzhen dépassa celui de Portugal. Il a également créé une monnaie FEC, Foreign Exchange Cert, en parallèle à un yuan qui était trop cher et n'avait pas été convertible à l'époque. Vingt ans plus tard, Shenzhen devient le plus grand centre industriel du monde dans les secteurs comme textile, vêtements, électronique, jouets, électroménager, montres, ordinateur, télécom, plastique. En fait Zhao expérimentait le modèle de Hong Kong, sachant que cette île serait rétrocédée par la Grande Bretagne à la République populaire de Chine en 1998. C’est ce modèle qui fut à l’origine de l’actuelle société chinoise d’économie ultralibérale, de croissance à deux chiffres et de dictature sanglante.

 

Et c’est par ce dernier aspect que les mémoires de Zhao Ziang sont intéressantes. Vingt ans après son limogeage et quatre ans après sa mort, le dirigeant réformiste fait voler en éclats la chape de plomb qui recouvre la répression de Tiananmen, dans des mémoires explosifs enregistrés sur des cassettes audio en secret. Ces mémoires, rédigés à partir de trente heures d'enregistrement, ont été transmis à trois proches, sortis clandestinement de Chine, puis transcrits et compilés par des amis de confiance. L'ouvrage publié en anglais par un éditeur américain, Simon & Schuster, est en vente à Hong Kong. Bien entendu, il faudra vérifier l’authenticité de tout cela.

 

Le mouvement étudiant, dès le départ, prit une ampleur considérable dès le 17 avril 1989 en manifestant à la mémoire de Hu Yaobang, dirigeant réformiste chinois, limogé, qui venait de mourir. En mai et juin 1989, le " printemps de Pékin " s´est terminé dans le sang. Le " nettoyage " de la place Tiananmen par l´armée marquait le retour à une dictature communiste figée. Cette décision a été prise au prix d´une crise profonde à la tête du régime. C´est ce que prouvent les compte rendus confidentiels révélés par la revue américaine " Foreign Affairs ".

Nous publions ici, en les commentant, des extraits des conversations entre hauts dirigeants au moment de la crise, telles qu´elles ont été retranscrites dans des comptes rendus confidentiels qui viennent d´être exfiltrés de Chine par un haut cadre du régime. Ce dernier n´est connu que sous le pseudonyme Zhang Liang. Les textes ont été jugés authentiques par deux universitaires américains reconnus, Andrew Nathan et Perry Link, qui en publient des passages dans la revue Foreign Affairs (numéro de janvier-février 2001) avant d´en donner une version plus complète dans un volume à paraître sous peu, The Tiananmen Papers (Little, Brown). Foreign Affairs a diffusé ces comptes rendus sur son site Internet. Ils confirment en tout cas, les mémoires de Zhao Ziyang.


Les conversations confirment la confrontation entre le secrétaire général du parti, Zhao Ziyang, et la vieille garde communiste. Celle-ci va forcer Deng Xiaoping, le patriarche du régime, à donner l´ordre de la répression militaire. Contre Zhao, le plus en pointe des conservateurs est le premier ministre Li Peng, fils adoptif de feu Zhou Enlai, un des fondateurs de la Chine communiste.



La désinformation

25 avril 1989. Depuis dix jours, les manifestations d´étudiants réclamant " la démocratie " se succèdent au centre de Pékin, provoquées par la mort, le 15 avril, de l´ancien secrétaire général du Parti communiste, Hu Yaobang, un libéral limogé deux ans plus tôt par Deng Xiaoping. Le premier ministre Li Peng se rend chez Deng.

Li Peng : " L´attaque est dirigée directement contre vous et les autres vétérans révolutionnaires prolétariens. "

Deng Xiaoping : " On dit que je dirige tout depuis les coulisses ? "


Deng Xiaoping

Li Peng : " Il y a des appels réclamant la démission du gouvernement (…), des appels à instaurer des élections et à réviser la Constitution, à lever les restrictions sur les partis politiques et la presse et à abolir la classification des crimes " contre-révolutionnaires ".



Deng Xiaoping : " Ce n´est pas un mouvement étudiant ordinaire. Une petite minorité de gens exploite les étudiants. Ils veulent semer le trouble dans l´esprit des gens, et créer le chaos à travers le pays. C´est un complot bien planifié pour répudier le Parti communiste et le système socialiste au niveau le plus élémentaire. "


Le feu aux poudres


Le 26 avril, Le Quotidien du peuple, principale voix du pouvoir, reprend ces mots intégralement dans un éditorial. Le 27 avril, un million de manifestants défilent place Tiananmen pour réclamer que le journal retire ce jugement.



Li Peng

Cet éditorial controversé a été à l’origine de l’issue sanglante du mouvement démocratique étudiant, avait été préparé par le Premier ministre Li Peng sans le consentement de Deng Xiaoping [celui-ci était lors l'homme fort du régime, mais sans titre ou fonction officiels]. C'est du moins ce que révèle dans ses mémoires posthumes Zhao Ziyang, alors secrétaire général du Parti, Prisoner of the State Et, effectivement, cet éditorial eut pour effet de durcir le mouvement étudiant qui manifesta sa défiance à l’égard d’éventuelles négociations avec le pouvoir.


Selon Zhao, cet éditorial a été le résultat des manipulations de dirigeants ultraconservateurs comme Li et Chen, qui ont joué sur les craintes de Deng Xiaoping et sur son mépris pour les mouvements étudiants.

"La conversation du 25 avril entre Deng Xiaoping, Li Peng et les autres était censée rester privée. Mais Li Peng a décidé de divulguer les remarques de Deng Xiaoping et a paraphrasé leur discussion dans l'éditorial du Quotidien du peuple le lendemain.”


Zhao explique ensuite que Deng Xiaoping était furieux que Li ait publié ses propos sans son autorisation. Le président aurait alors prévenu Li de "ne pas refaire ça", ce que Li lui aurait promis à plusieurs reprises.


Reste qu'en fin de compte c'est tout de même Deng Xiaoping le responsable de ce qui est arrivé, dit Zhao [qui précise que la mise en place de la loi martiale a été décidée par Deng].
"Le personnage clé dans cette affaire, c'était Deng Xiaoping lui-même. S'il refusait d'adoucir sa position, je n'avais aucune chance de faire changer Li Peng et Yao Yilin", écrit Zhao.
"Deng Xiaoping a toujours privilégié la fermeté face aux manifestations étudiantes parce qu'il était convaincu qu'elles nuisaient à la stabilité du pays."

"Parmi les grandes figures du Parti, Deng Xiaoping a été l'un de ceux qui insistaient le plus sur les moyens dictatoriaux. Il en rappelait souvent l'utilité. Chaque fois qu'il parlait de stabilité, il insistait sur l'importance de la dictature."



Reprenons Foreign Affairs. Le10 mai. Réunion du bureau politique à la veille de l´arrivée en visite officielle de Mikhaïl Gorbatchev.


Yang Shangkun (chef de l´Etat, vétéran) : " Si les travailleurs se soulèvent, nous sommes en grande difficulté. En particulier quand Gorbatchev est là, nous devons faire attention à ce que le peuple sache

étudiants et militaires face à face en avril 1989
à la place Tiananmen


que le parti et le gouvernement prennent ses revendications au sérieux. Nous ne devons pas laisser les étudiants et les citoyens encombrer le sommet sino-soviétique. "
Zhao exprime son souhait d´une approche modérée, écartée par Li Peng.

Li Peng : " C´est déjà pratiquement l´anarchie dans plusieurs établissements d´enseignement du pays. Il y a des affiches qui calomnient les dirigeants du parti et du gouvernement. On appelle ça la démocratie ? On appelle ça la liberté ? En quoi est-ce que tout cela est différent de la révolution culturelle [des années 60] ? Si on laisse les choses continuer comme ça, le pays versera dans le chaos. "

Tentative de dialogue ou faux-semblants ?

13 mai. Réunion d´urgence du comité permanent (cinq membres) du bureau politique, sans Deng Xiaoping.

Zhao Ziyang : " La grève de la faim des étudiants sur la place [Tiananmen] dure depuis quatre jours. Nous avons eu un dialogue avec leurs représentants et leur avons promis de les prendre au sérieux, en leur demandant de mettre fin à leur jeûne, mais cela n´a pas marché. La place est tellement encombrée avec des foules de gens excités, des bannières et des slogans, que les représentants étudiants eux-mêmes reconnaissent qu´ils n´ont guère de contrôle sur la situation. "

Yang Shangkun : " Ces derniers jours, Pékin a été livré à l´anarchie. Les étudiants sont en grève dans tous les établissements. Les employés de certains bureaux sont dans la rue. Les transports et plein d´autres services ne marchent plus… Nous avons un sommet sino-soviétique historique et devrions avoir une cérémonie officielle de bienvenue sur la place Tiananmen, et au lieu de cela nous sommes obligés de la tenir à l´aéroport… "

Zhao Ziyang : " Quand je suis revenu [d´un voyage en] Corée du Nord, j´ai appris que l´éditorial [du Quotidien du peuple] du 26 avril avait provoqué une forte réaction et était devenu une question de premier plan pour les étudiants. J´ai pensé qu´il était préférable de laisser de côté la question très sensible du caractère subversif du mouvement étudiant dans l´espoir que les choses se calment en faisant usage de moyens démocratiques et légaux. Mais le 13 mai, quelques centaines d´étudiants ont commencé une grève de la faim en demandant que l´éditorial soit répudié. Donc, nous n´avons d´autre solution à présent que de réviser cet éditorial du 26 avril et de trouver les moyens de désamorcer ce sentiment de confrontation entre nous et les étudiants afin que la situation retourne à la normale le plus vite possible. "

Li Peng :" Ce n´est pas vrai, camarade Ziyang ! Il est faux de dire que la présentation de l´éditorial du 26 avril visait la majorité des étudiants. Il visait une petite minorité d´individus qui utilisent le mouvement étudiant (…) en tirant prétexte de certaines de nos erreurs et des problèmes afin de lancer une lutte politique contre le Parti communiste et le système socialiste, et d´étendre ce combat depuis Pékin au pays tout entier pour créer des troubles à l´échelle nationale. Ce sont des faits indiscutables, cela. Et même si de nombreux étudiants n´ont pas compris l´éditorial du 26 avril, celui-ci a eu son utilité pour exposer cette vérité. "

Zhao Ziyang : " Ce que je vois, moi, c´est que la raison pour laquelle tant d´étudiants se sont joints aux manifestations est qu´ils ne pouvaient accepter le qualificatif de "chaos" pour désigner le mouvement. Les étudiants insistent pour que le parti et le gouvernement proposent une interprétation différente de ce mouvement, et je crois que nous nous devons d´examiner cette question très sérieusement parce qu´il n´y a pas d´autre alternative… "

Li Peng : " Camarade Ziyang, les phrases-clés de l´éditorial du 26 avril ont été tirées des remarques du camarade Deng Xiaoping en personne : "C´est un complot bien planifié… c´est du chaos… dans le but de répudier le Parti communiste chinois et le système socialiste… le parti et la nation tout entière sont confrontés à une lutte politique de la plus haute importance"… Voilà ce que le camarade Xiaoping a dit. On ne peut changer cela. "

Zhao Ziyang : " Alors nous devons expliquer la nature réelle du mouvement étudiant au camarade Xiaoping et changer le jugement que le gouvernement porte sur ce mouvement. "

Crise ouverte au Parti

Zhao Ziyang perd la bataille de la loi martiale

Réunion du comité permanent du bureau politique à la résidence de Deng Xiaoping, le 17 mai au matin. Y assistent deux autres vétérans, Yang Shangkun et Bo Yibo.

Zhao Ziyang : " Le plus important dans l´immédiat est de convaincre les étudiants de découpler leur grève de la faim de leurs exigences et de les amener à quitter la place et à rentrer dans leurs campus. Sinon, tout va exploser en un clin d´œil. La situation est hautement tendue. "

Yang Zhangkun : " Est-ce qu´on peut encore dire qu´il n´y a pas eu de dommage porté à l´intérêt national et à celui de la société ? Ce n´est pas le chaos ? Si quelqu´un affirme ici que ce n´est pas le chaos, je ne vois pas comment on peut encore espérer faire avancer la réforme et l´ouverture [du système économique] ou poursuivre sur la voie de la construction socialiste… "

Li Peng : " Je crois que le camarade Ziyang doit endosser la responsabilité principale de l´escalade de la situation. Quand le bureau politique lui a demandé son avis alors qu´il était en Corée du Nord, le camarade Ziyang a envoyé un télégramme disant qu´il était "en complet accord avec le plan du camarade Xiaoping pour faire face aux troubles". Il a dit encore, après son retour le 30 avril, qu´il était en accord avec les remarques du camarade Xiaoping et le mot "chaos" de l´éditorial. Mais quelques jours plus tard, le 4 mai, devant une conférence de la Banque asiatique de développement [la BAD, réunie à Pékin], il a donné, sans consulter quiconque au sein du comité permanent, un discours qui s´en prenait directement à la déclaration du camarade Xiaoping et à l´esprit de l´éditorial. Premièrement, alors que le chaos était évident aux yeux de tous, il a osé dire que "la Chine s´épargnera de grands troubles". Deuxièmement, alors que les preuves s´accumulaient de ce que le chaos visait à renverser le Parti communiste et le système socialiste, il continuait à prétendre que les manifestants "ne s´opposent pas à notre système mais exigent que nous remédiions à nos insuffisances dans le travail". Troisièmement, quand tant de faits montraient qu´une poignée de gens exploitaient le mouvement étudiant pour provoquer des troubles, il a dit qu´il y aurait "toujours des gens prêts à ce genre d´exploitation" de la situation. Cela contredisait explicitement le jugement correct du centre du parti selon lequel ces manœuvres avaient effectivement commencé… "

Yao Yilin, un vétéran, accuse Zhao Ziyang d´avoir fait reposer la responsabilité de la situation sur Deng Xiaoping.

Yao Yilin : " Je ne comprends pas pourquoi le camarade Ziyang a mentionné le nom du camarade Xiaoping dans sa conversation avec Gorbatchev hier. Etant donné l´état des choses, cela ne pouvait que viser à faire endosser au camarade Xiaoping l´entière responsabilité de la situation et conduire les étudiants à viser Xiaoping dans leurs attaques. Cela a fait empirer encore les choses. "

Zhao Ziyang : " Peut-on me donner une chance d´expliquer ces deux points ? A la réunion de la BAD, je souhaitais avant tout pacifier le mouvement étudiant et renforcer la confiance des investisseurs dans la stabilité de la Chine. Les premières réactions à mon discours ont toutes été positives et je n´étais pas conscient qu´il y ait eu des problèmes à ce sujet. (…) Le camarade Li Peng a dit que j´avais fait du bon travail et qu´il s´en ferait l´écho quand il rencontrerait lui-même les représentants de la BAD. Pour ce qui concerne mes commentaires à Gorbatchev : depuis [1987], quand je rencontre des dirigeants de partis communistes d´autres pays, je mets un point d´honneur à préciser que le rôle de Deng Xiaoping en tant que principal preneur de décision de notre parti ne changera pas [alors que Deng a annoncé son départ progressif à la retraite]. Je le fais de façon à m´assurer que le monde extérieur comprend que le pouvoir que détient le camarade Xiaoping est totalement légal en dépit de son départ à la retraite. "

Deng Xiaoping : " Camarade Ziyang, ce discours du 4 mai à la BAD marquait un tournant. Depuis, le mouvement étudiant n´a fait qu´empirer. Bien sûr, nous voulons construire une démocratie socialiste. Mais nous ne pouvons faire cela à la hâte, et encore moins voulons-nous importer de la camelote de style occidental. Si notre peuple d´un milliard de gens se jette dans des élections multipartites, tout ce que nous aurons sera le chaos, la guerre civile que nous avons déjà eue lors de la "révolution culturelle"… Je sais que vous vous disputez entre vous, mais la question principale n´est plus de régler les querelles, c´est de savoir si nous reculons ou non. (…) Les vétérans, moi compris, brûlons d´angoisse devant ce que nous voyons dans Pékin ces jours-ci. Ça ne peut pas durer. D´abord, calmons l´instabilité à Pékin, sans quoi nous ne serons plus en mesure de la calmer dans les provinces, les régions, les villes… S´allonger sur les voies ferrées, battre les gens, se livrer à la casse, au pillage, qu´est-ce que c´est sinon le chaos ? Si ces choses continuent, peut-être même que nous allons finir en résidence surveillée ! "

La décision

Deng Xiaoping : " J´ai longuement réfléchi. J´ai conclu que nous devons faire entrer l´armée et déclarer la loi martiale à Pékin - du moins dans l´agglomération. Elle devra être chargée de réprimer le chaos une bonne fois pour toutes et de ramener l´ordre normal. Je formule solennellement cette proposition au comité permanent du bureau politique et j´espère que vous l´examinerez sérieusement. "

Zhao Ziyang : " Eh bien il vaut mieux avoir une décision que pas de décision. Mais, camarade Xiaoping, cela va m´être difficile de mettre en œuvre ce plan. Ça me pose un problème. "

Deng Xiaoping : " La minorité se soumet à la majorité ! "

Zhao Ziyang : " J´obéirai à la discipline du parti ; la minorité se soumettra à la majorité, en effet… "

Ici, on peut se poser une question : Zhao n’a pas refusé ouvertement de donner l’ordre. Il évoque des difficultés techniques. Ses mémoires font accroire qu’il refusa de donner l’ordre de tirer sur les étudiants : «Je me suis dit que, quoi qu'il arrive, je refuserais d'être le secrétaire général du parti qui aura mobilisé la troupe pour tirer sur les étudiants», écrit-il. En réalité, il semble qu’il ait caché ce refus derrière des obstacles d’ordre technique. Ce dont ses adversaires ne sont pas dupes.

Le 21 mai, alors que la loi martiale est censée avoir pris effet le samedi 20 mai mais que l´armée s´est vu interdire l´entrée de la capitale par la population, Deng informera les autres vétérans qu´il a décidé de se débarrasser de Zhao Ziyang. Réunion des leaders historiques à la résidence de Deng selon les notes provenant de son bureau personnel telles que transmises au secrétariat du bureau central du parti.

Deng Xiaoping : " Zhao Ziyang s´est complètement démasqué dans ces troubles ; il se tient visiblement du côté des fauteurs de troubles et a objectivement et concrètement fomenté des divisions visant à faire éclater le parti en défendant le chaos. Heureusement, nous sommes encore là ! Zhao Ziyang a stimulé les troubles, il n´y a plus de raison de le garder. Hu Qili ne fait plus l´affaire non plus comme membre du comité permanent."


On se souvient de ces incroyables images où l'on voit Zhao Ziyang descendre au-devant des étudiants sur la place Tiananmen le soir du 19 mai 1989. Il les exhorte à rentrer chez eux, s'excuse devant les caméras. «Nous sommes venus trop tard», finit-il par lâcher, les larmes aux yeux. Dans la nuit du 3 au 4 juin, le dirigeant réformiste vit le drame au plus près. «J'étais assis dans la cour de la maison avec ma famille, lorsque j'ai entendu des tirs nourris, raconte-t-il. Cette tragédie qui allait bouleverser le monde n'avait pu être évitée.»

L´ordre donné à l´armée

2 juin au matin, résidence de Deng Xiaoping. L´armée piétine aux portes de Pékin depuis dix jours. Zhao a quitté la scène mais le régime ne l´a pas encore annoncé. Autour de Deng, les vétérans Li Xiannian, Peng Zhen, Yang Shangkun, Bo Yibo, et Wang Zhen - qui n´ont plus de position officielle de premier plan - reçoivent les trois membres encore en poste du comité permanent, Li Peng, Qiao Shi, Yao Yilin.

Li Peng : " Hier, le comité du parti pour la municipalité de Pékin et le ministère de la sécurité d´Etat ont soumis leurs rapports au bureau politique. Les rapports montrent clairement qu´à la suite de la déclaration de la loi martiale, les organisateurs et conspirateurs tenants du chaos ont cherché à occuper la place Tiananmen afin de s´en servir de centre de commandement pour une confrontation finale avec le parti et le gouvernement. La place est devenue "centre du mouvement étudiant et virtuellement de la nation entière". Quelles que soient les décisions du gouvernement, de fortes réactions seront à prévoir de la part de la place. Des brave-la-mort voudront bloquer les troupes chargées d´appliquer la loi martiale. Des voyous prendront d´assaut le bureau de la sécurité publique, tiendront des conférences de presse, recruteront les motocyclistes du Groupe des tigres volants [une unité de volontaires populaires spontanément regroupés pour informer les manifestants des éventuels déplacements de troupes] pour colporter les messages, tout cela dans un complot commandé depuis la place… Les éléments réactionnaires continuent d´utiliser la place comme un centre de fabrication d´opinions et de rumeurs contre-révolutionnaires. Des organisations illégales comme la Fédération autonome des étudiants (FAE) et la Fédération autonome des ouvriers (FAO) ont installé des haut-parleurs sur la place et diffusent des programmes vingt-quatre heures sur vingt-quatre, attaquant les dirigeants du parti et de l´Etat, incitant au renversement du gouvernement et répétant des informations mensongères de la Voix de l´Amérique et de la presse de Hongkong et de Taïwan…. Ces éléments réactionnaires croient que le gouvernement s´effondrera s´ils refusent de quitter la place. (…)


" Quand les troubles ont débuté, les employés de l´ambassade américaine ont commencé à amasser du renseignement de manière active. Certains sont des agents de la CIA. Presque chaque jour, et surtout la nuit, ils vont traîner sur Tiananmen et dans des écoles comme l´université de Pékin et l´université normale de Pékin. Ils ont des contacts fréquents avec les chefs de la FAE et leur donnent des conseils. L´Alliance chinoise pour la démocratie [organisation dissidente basée aux Etats-Unis] s´est impliquée directement dans le chaos. C´est un outil que les Etats-Unis utilisent contre la Chine. Ces déchets de la nation, basés à New York, collaborent également avec l´Association des bénévoles chinois pro-Kouomintang [c´est-à-dire pro-Taïwan] pour créer un soi-disant Comité de soutien au mouvement démocratique chinois. Ils ont aussi donné de l´argent à la FAE. (…) Il devient de plus en plus clair que le chaos a été généré par une coalition de forces étrangères et réactionnaires internes et que leurs buts sont de renverser le Parti communiste et provoquer la subversion du système socialiste. "


Nettoyer Tiananmen

Wang Zhen : " Regardez ces salauds ! Pour qui se prennent-ils, à piétiner ainsi le sol sacré de Tiananmen depuis si longtemps ? ! Ils n´auront que ce qu´ils méritent ! Camarade Xiaoping, lançons les troupes immédiatement pour arrêter ces contre-révolutionnaires ! A quoi sert cette Armée populaire de libération, ces troupes de la loi martiale, à rester assises à manger sans rien faire ? Ils sont censés mettre la main sur les contre-révolutionnaires… Il nous faut y aller, ou nous ne nous le pardonnerons jamais ! Quiconque cherche à renverser le Parti communiste mérite la mort, et sans funérailles ! (…) Deng Xiaoping, les causes de cette affaire relèvent du contexte international. Le monde occidental, en particulier les Etats-Unis, a mobilisé toutes les machines de propagande pour procurer encouragement et assistance aux soi-disant démocrates ou opposants en Chine… des gens qui sont, en réalité, les rebuts de la nation chinoise. (…) "

Deux autres présents proposent de donner l´ordre aux troupes de reprendre le contrôle de Tiananmen. Qiao Shi, dernier à hésiter, estime que ce sera le " début du retour à la normale dans la capitale ".



Deng Xiaoping : " Je suis d´accord avec vous tous. Je propose que les troupes de la loi martiale commencent cette nuit à mettre en œuvre leur plan de nettoyage [de la place] et finissent dans les deux jours. Pendant que nous nous livrons au nettoyage, nous devons l´expliquer clairement à tous les citoyens et étudiants, et leur demander de partir, faire de notre mieux pour les convaincre.

La célèbre image d'un étudiant défiant les
chars de "l'armée du peuple", symbole de Tiananmen


Mais, s´ils refusent de partir, ils seront les seuls responsables des conséquences… "

En milieu de nuit, les premières unités tentent de forcer le passage. Le massacre de Pékin a commencé.

© Revue Foreign Affairs (" The Tiananmen Papers ")


Zhao Ziyang, dans ses mémoires,  bat en brèche la version officielle d'un complot «contre-révolutionnaire » et de la répression inévitable d'une «bande de gangsters». Dans son récit, on peut lire : «J'avais dit, à l'époque, que la plupart des gens nous demandaient de corriger nos imperfections et ne voulaient pas renverser le système politique.»


Les Mémoires de Zhao ont donc toutes les chances de circuler sous le manteau en Chine. Sans faire sans doute un best-seller clandestin, tant le gommage officiel de ces événements dans l'histoire apprise par les jeunes générations a été efficace et aussi parce que ces Mémoires sont malheureusement par trop un plaidoyer pro domo.

Comme il est écrit dans « le Monde » : « Expédié aux oubliettes de l'histoire officielle, l'ancien numéro un du parti fait résonner, dans le silence assourdissant qui entoure aujourd'hui la question des réformes politiques en Chine, ses réflexions sur la démocratie et l'impérieuse nécessité pour Pékin de mettre en place une "démocratie parlementaire" s'il souhaite "maintenir une économie de marché saine". Sans quoi, la Chine se retrouvera confrontée, comme les autres pays en développement, à "la commercialisation du pouvoir, à une corruption rampante, et à une polarisation de la société entre les riches et les pauvres". »


Cependant, il reste encore plein de contradictions. La Place de la Paix céleste gardant l’entrée de la Cité interdite n’a pas encore livré tous ses secrets, dont le premier est : les Chinois souhaitent-ils une « démocratie » à l’occidentale ? Corollaire : l'Occident "mondialisé" souhaite-t-il vraiment que la Chine devienne une démocratie parlementaire ? 

 

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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 17:21
 
L'activité d'un trou noir super massif est responsable de l'aspect fascinant de cette galaxie, 3C305, localisée à environ 600 millions d'années-lumière de la Terre. Les structures en rouge et bleu sont respectivement des images rayons X de l'Observatoire spatial Chandra et des images optiques du télescope Hubble. Les données optiques ne représentent que l'émission d'oxygène, et donc la pleine étendue de la galaxie n'est pas visible. Les données par radio sont montrées en bleu plus foncé et proviennent du VLA (Very Large Array) de la NSF (National Science Foundation), ainsi que du Multi-Element Radio-Linked Interferometer Network au Royaume-Uni.



Un phénomène inattendu capté par cette image est que les émissions radio - produites par un jet à partir du trou noir central - ne se superposent pas exactement avec les données en rayons X. Les émissions de rayons X, cependant, semblent être associées à l'émission optique.

A partir de cette information, les astronomes ont déduit que les émissions de rayons X pouvaient avoir deux origines différentes. Une option est que des jets du trou noir super massif (non visible sur cette image) sont en interaction avec le gaz interstellaire de la galaxie et le réchauffent suffisamment pour qu'il émette des rayons X. Dans ce scénario, le gaz chauffé par des chocs se trouverait devant les jets. L'autre possibilité est que le rayonnement lumineux en provenance de régions à proximité du trou noir insuffle assez d'énergie dans le gaz interstellaire pour le faire luire. Des données plus précises sur les rayons X observés seront nécessaires pour trancher entre ces deux hypothèses.


L’image Rayons-X seule

Source: Chandra News Release & Gilbert Javaux - PGJ Astronomie
Illustrations: Rayons-X (NASA/CXC/CfA/F.Massaro, et al.); Optique (NASA/STScI/C.P.O'Dea); Radio (NSF/VLA/CfA/F.Massaro, et al.)

Cordialement
Jean
===========================================================
Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex) http://www.astrosurf.com/apex-occult
European Asteroïdal Occultation Network (EAON) http://www.astrosurf.com/eaon/
Popular Astronomy http://home.versateladsl.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@versateladsl.be
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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 00:46

 

 

Ah ! Ma coke…

 

Voilà donc le champion cycliste flandrien Tom Boonen contrôlé (pour la deuxième fois…) positif à la cocaïne. Un fameux pavé dans la mare après celui plus glorieux de Paris-Roubaix. Et puis, le tennisman français Richard Gasquet, grand espoir pour Rolland Garros, lui aussi pris dans la ligne de coke.


 

On se demande si ces deux sportifs usent de ce stupéfiant pour se sentir en forme lors des soirées branchées de la jet set sportive, ou comme dopant. Il est évident que la sanction est différente si l’usage de ce produit est fait à des fins privées ou « sportives ». On pourrait se poser la question : n’est-ce pas pour les deux usages, les deux champions étant devenus accrocs de cette dope…


 

Allons, Laurette va contrôler tout cela. Et nous saurons enfin de quoi il en retourne.

 

Kouchner indécis

 

Le french doctor n’en rate pas une. Voilà qu’il se déclare indécis pour l’élection européenne. Du coup, chacun y va de son interprétation : Xavier Bertrand, pour l’UMP, y voit un désaveu du PS et Harlem Désir, pour le PS, y voit un désaveu de l’UMP. Allez savoir après cela !


 

Soyons justes : on peut comprendre le désarroi de Koukouchpanière. Pas mal d’entre nous le partagent. Néanmoins, nous ne sommes pas ministre des Affaires étrangères de Sarkozy.


 

 

 

 

 

 

Là aussi, le compagnon de la reine Christine (tiens ! On ne l’entend plus, celle-là) devrait ne pas hésiter à démissionner en cas d’hésitation sur les élections européennes.

Allons ! Tout est rentré dans l'ordre : Kouchner votera UMP. Se serait-il fait remonter les bretelles par Sarkozy, notre vilain coco ?

 

La Bérézina du PS francophone belge

 

Jamais les sondages n’ont été aussi catastrophiques pour le « premier parti de Wallonie ». Dans l’arrondissement de Huy – Waremme, une chute de 16 %. A Bruxelles, une dégringolade de  18 points. Bien sûr, ce ne sont que des sondages. Cependant, par leur constance, ils dénotent une tendance qui est très forte qui ne fait qu’amplifier la cuisante défaite de juin 2007.

 

Il faut dire que les compromissions diverses, une politique opaque, les affaires et les frasques « voyageuses » de certains mandataires socialistes qui confondent un peu trop aisément leur patrimoine avec le bien public, contribuent à accroître cette tendance. Cependant, elle a des causes plus profondes que nous analyserons bientôt.

 




Si cette cata se confirme le 7 juin, elle signifie à moyen terme, la disparition pure et simple de la social-démocratie du paysage politique francophone en Belgique. Cela changerait fondamentalement les cartes dans le Royaume des fringants Saxe Cobourg.

 

Et cela confirme une tendance générale en Europe. Plus aucun parti social démocrate encore existant n’est en bonne santé politique.

 

Sale temps pour la gauche démocratique !

 

Fiat l’ogresse mégalomane

 

Il est intéressant de lire l’analyse que Georges Ugeux, le financier belge, spécialiste de l’Amérique au sujet de la crise du secteur automobile américain et de la venue de Fiat qui s’apprête à tout bouffer.

« Le « Chapter 11 » est l’équivalent américain de notre Concordat. Chrysler a bénéficié de cette procédure, mais la négociation est difficile à cause de 46 « hedge funds »qui ont fait capoter la négociation et refusé les offres du Gouvernement, ce que Barack Obama n’a pas manqué de préciser. On annonce que Chrysler pourrait sortir de « Chapter 11 » en 60 jours : il faut croire que beaucoup de choses ont été négociées « avant-faillite ».


Mais ici, nous n’avions pas que des banques. Les actionnaires, Daimler, ont en effet cédé leur participation à un fonds de « private equity » (capital-investissement), du nom prémonitoire de Cerberus. Ce fonds venait de surcroît venait de racheter le bras financier de General Motors (GMAC). Ils amenèrent à grand renforts de publicité et de capitaux, un nouveau CEO, Robert Nardelli. Ce dernier avait quitte General Electric pour ne pas avoir succédé au pape des  dirigeants d’entreprises, Jack Welsh. Il était alors entre chez Home Depot, entreprise de grands magasins en équipement de construction résidentielle,  ou son « mentor », Kenneth Langone, qui avait également multiplié le salaire de Dick Grasso au NYSE, lui fit un pont d’or. Refusant une baisse de ses rémunérations lorsque les performances de l’entreprise l’amenèrent à acter des pertes, Bob Nardelli claqua la porte avec un « parachute doré » de $ 140 millions.


Entré chez Chrysler, il ne parvint pas à retourner l’entreprise avec assez de rapidité et de conviction. Et c’est finalement la société Chrysler qui va faire la culbute. Ford, la mieux gérée des sociétés automobiles américaines, y a échappé en faisant cette semaine une restructuration solide, vendant des actifs et empruntant auprès du Trésor Américain. General Motors, dont on attendait la faillite, a survécu cette semaine grâce a une offre d’échange à ses créanciers de $ 25 milliards de sa dette contre actions de GM. »


C’est Fiat qui va reprendre les deux géants américains : Chrysler et GM. Fiat se pointe à l’horizon pour récupérer la société à bas prix. Nissan (c’est-a-dire Carlos Gohn et Renault) auraient décliné. Renault s’est déjà écrasé aux Etats Unis et a revendu a perte American Motors (y compris Jeep qui appartient a Chrysler).  Daimler s’est sabordé avant la chute de Chrysler.  Fiat a revendu à perte sa participation en General Motors, mais lorgne à nouveau sur Général Motors.


Ugeux ajoute : « Pourquoi certains grands européens tentent-ils de recourir aux acquisitions pour avoir une part du marché américain ? Certes, la démarche semble aisée, mais tout sépare ces industries. Les européens ont créé des processus qui permettent aux ouvriers d’être plus proches de la construction d’une voiture que d’un geste mécanique que ne désavouerait pas Charlie Chaplin dans les Temps Modernes. Les américains ont préféré avec l’accord de leurs syndicats, le travail à la chaine de la première phase de la révolution industrielle au XIXème siècle. Cela vaut dans les deux sens : un Vice Chairman de GE, Paolo Fresco, est devenu Chairman de Fiat, a acquis les actions GM et les a revendues. La crise de sa gestion n’a pu être résolue que par la conversion des dettes bancaires en capital de Fiat.



Nouveauté dans cette situation, le très puissant syndicat automobile se retrouverait actionnaire a 55% de Chrysler. Cela leur a été acquis contre la renonciation à certains avantages sociaux. Sergio Marchionne, le CEO de Fiat, devrait donc avoir comme actionnaires majoritaire les syndicats américains. Certes, il a l’expérience des syndicats italiens, mais sous Berlusconi, ils sont plutôt affaiblis. D’autre part, les contribuables italiens accepteront-ils de financer des activités de Fiat aux États-Unis ? A la base de cette démarche réside un immense pari : les conducteurs américains s’habitueront-ils a conduire les petites voitures dont la technologie devrait venir d’Italie. »



Mais, ce n’est pas tout.


Le géant automobile américain
General Motors (GM) envisage de prendre une participation au capital de l'italien Fiat en échange de ses activités en Europe et en Amérique latine, rapporte, jeudi 7 mai, le New York Times. Le patron de Fiat Sergio Marchionne aurait donné son assentiment pour céder 10 % du groupe à GM, mais le constructeur américain exigerait de son côté "au moins 30%", désirant ne pas brader ses branches sud-américaines, révèlent deux sources proches des négociations au quotidien. Cette négociation intervient dans le cadre du "Plan Phoenix", où Fiat entend s'inscrire comme numéro deux mondial de l'automobile, derrière le japonais Toyota. Après la finalisation d'une alliance avec l'américain Chrysler, le constructeur italien ambitionne publiquement de vouloir mettre la main sur les activités européennes de GM, dont les marques allemande Opel, suédoise Saab et britannique Vauxhall. Répondant à la crainte des salariés
allemands, Fiat a d'ores et déjà annoncé que son plan ne prévoit pas de fermetures de sites mais des restructurations, détaille à Reuters une source proche du dossier. L'italien dément ainsi les informations du quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung lui attribuant la volonté de supprimer 18.000 emplois en fermant totalement ou partiellement dix usines en Europe.

"Aucune des quatre usines Opel" ne va fermer.


Sergio Marchionne a assuré que son groupe ne comptait fermer "aucune des quatre usines Opel en Allemagne", dans le journal Bild publié mardi, tout en ajoutant "évidemment, il faudra que les effectifs soient réduits", pour rendre les usines "plus productives".

Le dirigeant italien a réussi en quelques années seulement à redresser Fiat sans suppressions d'emplois massives. En mars dernier, il n'avait toutefois pas exclu de possibles fermetures d'usines en Italie, où le groupe est le premier employeur privé du pays.



Si les négociations aboutissent, General Motors se retrouverait contraint de se séparer de nombreuses marques dans le cadre de ses efforts de restructuration, l'administration américaine lui ayant donné jusqu'au 1er juin pour mettre en place les conditions d'un retour durable à la rentabilité s'il veut échapper au dépôt de bilan. GM a ouvert les comptes de sa filiale suédoise Saab à une dizaine de candidats potentiels au rachat de celle-ci. Parmi les repreneurs potentiels se trouvent des constructeurs automobiles chinois, des groupes d'investisseurs européens et des fonds de capital-risque, a déclaré mercredi à Reuters une source proche du dossier. (NouvelObs.com avec Reuters et AFP)




Et Ugeux ajoute :


« On ne peut qu’espérer que Fiat Chrysler réussisse, mais c’est un vrai pari…La presse italienne est en joie. Obama et Berlusconi l’ont approuvée. Pour ma part, ayant vécu de près les célébrations de Daimler-Chrysler, j’ai un sentiment de « déjà-vu ». Sergio Marchionne fera-t-il mieux que Jurgen Schrempp ? Dans les deux cas, les egos sont hauts et la visibilité plutôt basse. » 


Et puis, Fiat possède-t-elle les reins suffisamment solides pour assouvir ses ambitions ? En effet, on se retrouve devant un appétit boulimique, des promesses (notamment sur les fermetures et les emplois) non tenues. Une nouvelle catastrophe économico-sociale en préparation…


C'est l'analyse de Georges Ugeux qui dresse un historique de Fiat.

«Fiat a une histoire dynastique : celle de la famille Agnelli dont le fondateur et patriarche  Gianni, était appelé « l’ingeniere ».  Mais cette histoire est pour le moins tourmentée par des épisodes dans des métiers autres que l’automobile, et par des quasi-faillites dont les banques italiennes ont été “priées” de la sortir.

Tout indique que les ingrédients de la décision sont au départ influencés par une forme de mégalomanie qui inspire la méfiance. L’idée qu’il faut produire au moins 5.000.000 de voitures pour survivre est parfaitement absurde : tout dépend des produits et des marchés servis. Car ne l’oublions pas, s’il y a des gains possibles dus a la taille (notamment les achats groupés d’acier), c’est un métier éminemment culturel, proche du client et qui passe par des réseaux de vente, de financement et de services qui sont extrêmement coûteux et n’ont que d’effets de taille limités.

Qu’il faille absolument être sur le marché américain est aussi absurde. Nous savons que ce marché est en ce moment sous pression parce que les trois grands leaders sont quasiment en faillite pour cause de bureaucratie aiguë. La première tentative de Paolo Fresco, ancien Vice Chairman international de General Electric, et premier Chairman en dehors de la famille, s’est faite sur General Motors dont les actions durent être revendues à perte et en catastrophe pour éviter la culbute. Quant a Chrysler, il aura coûté plus d’une dizaine de milliards a Daimler Benz. Sergio Marchionne pense-t-il sérieusement qu’il arrivera à réussir la ou Jurgen Schrempp, qui avait, lui, une carrière entière dans l’automobile et la discipline nécessaire, a échoué ?
Oublie-t-il que les syndicats possèdent 55% des actions de Chrysler après faillite ? N’est-ce pas la un orgueil sur-dimensionné ? N’est-ce pas aussi un exemple typique du genre de rêves que les sociétés de conseil et les banques d’affaires continuent à vendre en flattant l’ego de leurs clients ?


Mais si l’on tient compte des actifs européens de General Motors, on ajoute Opel, Vauxhall, Saab qui s’ajouteront à Fiat, Maserati, Lancia, Alfa Romeo et Ferrari ? Quelle cohérence ? Mais aussi quel immense défi culturel. Ce sont des entreprises tellement différentes qui risquent d’être détruites par des incompréhensions culturelles. Il semblerait que Saab et Lancia seraient sacrifies.


La destruction d’emplois sera massive, particulièrement en Allemagne et en Grande Bretagne, ou la fusion des productions et des moteurs va coûter prés de 20.000 emplois et dix usines, essentiellement en dehors d’Italie. La fermeture d’usines en Allemagne et en Belgique était déjà programmée. Les syndicats de ces deux pays sont sur le pied de guerre : et les récentes négociations ne laissent certainement pas augurer d’une complaisance de leur part.


Quant à la dimension financière de cette opération, elle devrait faire frémir les actionnaires et les administrateurs indépendants, d’autant plus facilement que la société est cotée au NYSE depuis plus de dix ans. Une augmentation de capital diluerait les actionnaires dans des proportions inacceptables à moins que l’opération se fasse avec droit de souscription préférentiel. L’action a en effet perdu 50% en un an, même en tenant compte du rebond de ces dernières semaines. En effet, le bilan de Fiat fait état de $ 62 milliards, dont seulement $ 9 milliards en fonds propres. Y ajouter la dette de ces acquisitions ne peut se faire uniquement par recours à la dette. Qui plus est, la société a perdu $ 410 millions contre un bénéfice de $ 1.600 millions en 2007. Elle se trouve donc fragilisée.


Seuls les administrateurs indépendants, les actionnaires et/ou les syndicats peuvent encore arrêter cette course infernale à la croissance. Il ne faut pas compter sur Silvio Berlusconi pour mettre un frein à de telles ambitions.

Et si ce n’était pas assez, il semblerait que la fusion avec Peugeot-Citroën serait seulement au frigo. Ici aussi la grande banque d’affaires Mediobanca, dirigée par un ancien de chez Fiat, jouerait le rôle de conseil.

Il ne fait aucun doute qu’une consolidation de l’industrie automobile européenne est indispensable. Mais si la stratégie de Fiat est de participer à cette consolidation, il est urgent que Sergio Marchionne arrête l’alliance prévue avec Chrysler. S’ils fait les deux, je ne donne pas 3 ans pour que des difficultés importantes fassent leur apparition.

Décidément, dans certains milieux, les effets dramatiques de la crise financière ne semblent pas encore avoir été compris. Fiat semble prête à faire toutes les erreurs de Fortis… »

Nous avons mis en italique ce qui paraît important. Après Lippens chez Fortis, voici Marchionne avec Fiat qui se veut la grenouille plus grosse que le boeuf. Encore une fois, aucune leçon n'a été tirée de la crise financière. Les mégalomanes sévissent toujours et mènent notre société à sa perte.













Ces personnages n'ont pas tiré la leçon des "Aveugles de Breughel"...



 

 

 

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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 23:53
Kenya : la greve du sexe

Les femmes kenyannes recrues de guerres civiles et d'epreuves ont decide de faire la greve des relations sexuelles d'abord pendant une semaine, tant que leurs hommes n'ont pas trouve un terrain d'entente pour que le pays sorte de la violence et de la misere.

On ne sait si ce mouvement social d'un nouveau genre sera efficace. On verra la semaine prochaine si cette forme  
originale de militantisme aura des effets.

En tout cas, Carla Bruni pourrait essayer pour tenter de calmer les ardeurs reformatrices de son mari et surtout pour lui eviter d'accumuler les gaffes.

La grippe A (H1N1)

Nous voila a nouveau confrontes a une pandemie due a l'elevage industriel de porcs au Mexique. 

Il serait temps de se pencher sur ce type d'elevages industriel (bovides avec la vache folle, poulets avec la dioxyne et maintenant les porcs) qui provoque des degats aussi bien sur le plan economique que sur le plan sanitaire. Encore une derive du neo-liberalisme qui se croit au-dessus des lois des hommes mais aussi de la nature. En oubliant que ces dernieres ne pardonnent jamais.

Notons au passage l'attitude de l'OMS (l'Organisation Mondiale de la Sante, une institution specialisee de l'ONU) qui se fait mousser dans cette affaire en usant d'un alarmisme excessif. Sans doute pour se faire pardonner certaines carences ?

Un 1er mai mitige

En France, la mobilisation du 1er mai est de loin moins importante que celle du 19 mars. On ne maintient pas une telle mobilisation sans le moindre resultat. Les organisations syndicales et les partis de gauche perdent petit a petit toute credibilite envers les travailleurs qui agissent d'initiative sans se rattacher a une quelconque structure. 

La aussi, la crise de confiance est patente. La gauche (extreme ou non) paie ses revirements constants. 

Le monde du travail se rend bien compte que la gauche telle qu'elle existe aujourd'hui ne repond plus a ses aspirations et est dans l'incapacite de peser sur l'evolution de la societe.

 

 
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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 16:32

 

Beaucoup ont affirmé, au risque de se faire traiter de révisionnistes, qu’il y avait une alliance objective entre les néoconservateurs américains qui ont fait la pluie et le beau temps de l’Administration de George W Bush pendant huit années et les islamistes radicaux.

 

Ce qui s’est passé à Genève à la conférence de l’ONU contre le racisme, dite Durban II, du 20 au 22 avril le démontre à merveille.

 

Que s’est-il passé ? Le président iranien Ahmadinejad a prononcé un discours dont le contenu était attendu qui a provoqué l’indignation bien programmée des représentants européens. Il a qualifié Israël d’Etat raciste et fustigé le Sionisme comme une doctrine raciste et colonialiste se servant de la Shoah pour justifier l’invasion par les Juifs de la Palestine. Qu’a dit exactement le président iranien ?

« M. le président,

M. le secrétaire général des Nations Unies,


Mesdames et messieurs,


Nous sommes ici réunis, suite à la Conférence de Durban contre le racisme et les discriminations raciales, afin de nous accorder sur des lignes pratiques dans le cadre de notre campagne sacrée et humanitaire.


Au cours des derniers siècles, l’humanité a connu d’immenses souffrances et douleurs. Au Moyen-âge, les penseurs et scientifiques étaient condamnés à mort. Une période d’esclavage et de commerce d’êtres humains lui succéda, lorsque des innocents par millions furent capturés et séparés de leur famille et de leurs proches pour être conduits en Europe et en Amérique. Ce fut une période sombre qui connut également son lot d’occupations, de pillages et de massacres d’innocents.


De nombreuses années s’écoulèrent avant que les nations ne se soulèvent et combattent pour leur liberté. Elles sacrifièrent des millions de vies pour expulser les occupants et proclamer leur indépendance. Cependant les pouvoirs autoritaires imposèrent rapidement deux guerres mondiales en Europe, qui dévastèrent en outre une partie de l’Asie et de l’Afrique et causèrent la mort d’environ cent millions de personnes, laissant derrière elles une dévastation sans précédent. Si seulement nous avions retenu les leçons des oppressions, de l’horreur et des crimes de ces guerres, un rayon d’espoir aurait illuminé l’avenir. Les puissances victorieuses se sont proclamées conquérantes du monde, tout en ignorant ou en minimisant les droits des autres nations par l’imposition de lois et arrangements. [Déguisés en clowns, trois militants de l’Union des étudiants juifs de France introduits avec l’aide de la délégation diplomatique française, apostrophent l’orateur avant d’être évacués par le service de sécurité des Nations Unies.]


Mesdames et Messieurs,


Portons notre regard sur le Conseil de sécurité des Nations Unies, qui figure parmi les héritages de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. Quelle était la logique de l’auto-attribution du droit de véto par les grandes puissances ? Comment une telle logique peut-elle s’accorder avec les valeurs humanitaires ou spirituelles ? Se pourrait-il qu’elle soit en conformité avec les principes reconnus de la justice, de l’égalité devant la loi, de l’amour et de la dignité humaine, ou plutôt ceux de la discrimination, de l’injustice, de la violation des droits humains ou de l’humiliation de la majorité des nations ? Ce conseil est le centre de décision mondial le plus important pour la défense de la paix et de la justice internationales. Comment s’attendre à l’avènement de la paix et de la justice lorsque la discrimination est légalisée et que l’origine des lois est dominée par la coercition et la force plutôt que la justice et le droit ?

En dépit du fait qu’aujourd’hui de nombreux défenseurs du racisme condamnent la discrimination raciale par les mots et les slogans, des grandes puissances ont été autorisées à décider pour les autres nations, se basant sur leur propre intérêt et comme elles seules l’entendent. Elles peuvent facilement ridiculiser et enfreindre toutes les lois et valeurs humanitaires, comme elles l’ont montré. Après la Seconde Guerre mondiale, elles ont eu recours à l’agression militaire pour priver de terre une nation entière, sous prétexte des souffrances juives [... correction. Ici, une partie du texte initialement publiée a été retirée parce que n’ayant pas été prononcée]. Elles ont envoyé des migrants d’Europe, des États-Unis et d’autres parties du monde afin d’établir un gouvernement intégralement raciste en Palestine occupée et, de fait, à titre de compensation pour les graves conséquences du racisme en Europe, elles ont aidé à hisser au pouvoir les individus les plus cruels et les racistes les plus répressifs en Palestine.

Le Conseil de sécurité a contribué à la stabilisation du régime sioniste et a soutenu les sionistes durant les soixante dernières années, leur donnant un feu vert pour poursuivre leurs crimes. »

[Les ambassadeurs des États membres de l’Union européenne quittent la salle tandis que fusent les applaudissements des uns et les huées des autres]


Que dire de tout cela ?


Si on lit le discours tel qu’il aurait été prononcé selon le « script » effectué par l’ONU, il n’y a pas de la part d’Ahmadinejad une assimilation du sionisme au racisme ni une négation de la Shoah. Certes, il fustige le sionisme auquel il attribue un caractère criminel. Il dira plus loin : « Il est grand temps que l’idéal du sionisme, qui constitue le paroxysme du racisme, soit brisé. », ce qui, évidemment, est inacceptable pour les Occidentaux, mais ils avaient quitté la salle avant que cette phrase ne fût prononcée. Seul, le délégué de la Norvège (qui ne fait pas partie de l’Union européenne) est resté et est intervenu pour critiquer le discours d’Ahmadinejad. Notons enfin que les représentants des Etats membres de l’Union européenne n’étaient pas les Ministres, mais les ambassadeurs que l’on a contraint à effectuer un geste politique.


Ce cirque est vraiment un jeu de dupes. C’est en fait l’Union européenne, Bernard Kouchner en tête, qui a monté ce minable vaudeville. Les Etats-Unis et d’autres pays occidentaux comme les Pays-Bas, n’ont pas assisté à la conférence et se sont abstenus de commentaires.


L’attitude des Européens est aussi ridicule qu’inefficace. A quoi sert-il de rester inscrit à une conférence pour la quitter quelques heures après son ouverture ? Quel est le résultat de cet acte politique ?

C’est la presse arabe qui donne l’analyse la plus intelligente de tout ce charivari (édition électronique du Courrier international). Cependant, on y lit des lacunes comme ici : « Ahmadinejad n'a pas prononcé le mot fatal [Oui, il l’a prononcé, mais après le départ des délégués de l’UE], mais les délégués européens attendaient le signal pour quitter la salle. Quand il a dénoncé le mutisme des alliés face à tous les massacres de « l'Entité raciste » [encore une fois, c’est faux puisque d’après le script, il n’a pas usé de l’expression « Entité raciste »], l'assistance s'est agitée et les 23 délégués européens se sont levés pour quitter la salle. Selon des sources diplomatiques, ils se seraient mis d'accord avant le discours pour partir dès qu'Ahmadinejad critiquerait Israël », écrit le quotidien de la gauche libanaise As-Safir. Il est donc clair que c’est sur la base du texte initial du discours du président iranien que les Européens ont effectué leur geste concerté préalablement.


Un autre avis : « 
Quand le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a qualifié Israël d'Etat raciste à la conférence de Durban II, qui s'est tenue à Genève avant-hier, il ne s'est pas adressé à la communauté internationale mais au monde arabe et musulman », estime Tariq Alhomayed, le rédacteur en chef du quotidien saoudien Asharq Al-Awsat. « Il a simplement donné une version allégée de ce qu'il avait dit par le passé, promettant qu'Israël serait rayé de la carte du monde et affirmant que l'Holocauste était une légende. En comparaison, son dernier discours était donc plutôt gentil. » Ici aussi, il y a un manque de lucidité de la part des Européens. N’importe quel analyste sait qu’Ahmadinejad est en campagne électorale en position difficile et qu’à une tribune internationale, il souhaitait s’allier les Arabes. Et c’est plutôt réussi.


Le reste de la presse arabe dénonce la politique du deux poids deux mesures des Occidentaux. L’analyse la plus intéressante vient du quotidien libanais « l’Orient – le Jour » peu suspect de sympathie pour Ahmadinejad. « Précisons-le tout de suite, nous sommes loin d'être, dans ce journal, des admirateurs de Mahmoud Ahmadinejad. Ni la profondeur légendaire de sa pensée ni le puissant charisme qui se dégage de son élégante personne ne sont arrivés à nous séduire. Et encore moins les dévastatrices ingérences de son pays dans les affaires du nôtre », affirme son éditorialiste, Issa Goraieb. « On ne voit pas très bien non plus quel bénéfice peuvent bien apporter à l'Iran toutes ces outrances verbales qu'affectionne tant son bouillant président. Car à s'obstiner à parler de rayer Israël de la carte à l'heure où les Arabes eux-mêmes n'y songent plus guère, et cela depuis des décennies, Ahmadinejad ne fait en réalité qu'accréditer vigoureusement la thèse du minuscule Etat juif invariablement menacé d'anéantissement. Cet édifiant programme, Ahmadinejad vient de le déballer une fois de plus à la conférence internationale Durban II de Genève, consacrée à la lutte contre le racisme. Et c'est précisément l'accusation de racisme, lancée contre Israël par le président iranien, qui a le plus choqué les participants, au point de les pousser à se retirer par dizaines de la salle", poursuit le journaliste.

Pas raciste, vraiment, Israël ? Que l'on commence, dans ce cas, par expliquer, ne serait-ce qu'au seul et vaste monde arabo-musulman, quel autre épithète il conviendrait de décerner à un Etat qui lui-même se veut juif et rien que juif. Qui s'entête à nier un fait national palestinien dont la réalité, pourtant, s'est imposée de longue date à la Terre tout entière. Qui traite en citoyens de seconde zone ses citoyens non juifs… Qui, s'il écoutait son propre ministre des Affaires étrangères, expulserait volontiers tous ces Israéliens non juifs. »

 

Les Européens qui, depuis longtemps, auraient pu jouer un rôle majeur au Proche Orient, en affichant une certaine neutralité, se sont au contraire, entraînés par Kouchner dont on connaît les positions bellicistes et occidentalistes, enlisés dans le marécage du « choc des civilisations ». D’un côté, ils fustigent avec vigueur un discours radical et notoirement antisémite, de l’autre, ils ferment les yeux sur les mesures racistes de l’Etat d’Israël qui crée des citoyens de seconde zone parce que non Juifs ainsi que sur les graves atteintes aux Droits de l’Homme en Turquie, que ce soit à l’égard des Kurdes, des laïques et de certains musulmans. Ils ne sanctionnent pas le gouvernement actuel composé d’éléments d’extrême droite aux postes clés comme les Affaires étrangères, qui refuse de reconnaître un Etat palestinien et poursuit sa politique de colonisation des « territoires ». Ils ne prévoient aucune mesure de rétorsion à l’égard de la Turquie.


 

On se retrouve à nouveau dans la diplomatie de la carpette telle qu’elle a été appliquée dans les années 1990 à l’égard de l’ex-Yougoslavie avec le résultat que l’on sait.

 

C’est cette attitude hésitante qui est le limon des manifestations d’antisémitisme qui se multiplient en Europe. Avoir une position critique à l’égard de la politique israélienne contribue à sa sécurité et rend service à la communauté juive en Europe.

 

Il convient d’urgence d’éradiquer cette politique occidentaliste de « choc des civilisations » qui a démontré sa nuisance.


Plusieurs civilisations


C’est une croyance généralisée en Occident : il n’existe qu’une seule civilisation, la nôtre, bien sûr. Hubert Védrine, l’ancien secrétaire général de l’Elysée de François Mitterrand et l’ancien Ministre des affaires étrangères du gouvernement de cohabitation Chirac – Jospin,  lors d’une conférence prononcée en mai 2006 à Berlin tire un court « inventaire » des bases de cette « civilisation ».


 

« Les Occidentaux, et d’autres, voudraient croire qu’il n’y a plus sur notre planète qu’une seule civilisation : celle des droits de l'homme, de la démocratie et de l’économie de marché, même s’ils admettent qu’il y a plusieurs cultures.

A l’appui de cette thèse, je citerai : 

- la Charte de l’ONU, signée en 1945 à San Francisco.

-bien sûr, la Déclaration universelle des droits de l’homme signée en 1948.


- Les effets apparemment niveleurs de la mondialisation économique, juridique et culturelle, et des modes de vie.

Cette croyance est devenue encore plus forte depuis la fin de l’URSS en 1989/1991.

C’est alors que Francis Fukuyama a parlé de "fin de l’histoire" après cette victoire par KO des occidentaux. Tous les autres allaient devoir s’aligner sur leurs conceptions. Et donc, il n’y aurait plus d’occasion de conflits.

Mais démentent cette espérance :
 
- La réplique d’Huntington à Fukuyama même si on peut contester sa liste des civilisations.
- Plusieurs graves évènements mondiaux depuis 89/91,
- Les conceptions restées évidemment divergentes voire contradictoires des Occidentaux, des    Chinois, des Arabes, des Africains, des Russes, etc. sur la vie sociale, familiale, les rapports homme-femme, la place de la religion, la liberté d’expression, la peine de mort, les relations internationales, le rapport à la force etc.,
- Les difficultés de l’Occident à imposer ses normes autres qu’économiques via le système multilatéral,

- l’échec du sommet de l’ONU à Durban contre le racisme, sujet pourtant en principe unanime !

J’observe que même Kofi Annan (alors Secrétaire général de l’ONU)  souhaite une « alliance des civilisations » et a créé un groupe de réflexion portant ce nom. C’est donc bien qu’il y en a plusieurs.


C’est une évidence, il y a encore plusieurs civilisations. »


En réalité, les Droits de l’Homme étaient – du moins, c’est ce que les Occidentaux pensaient – la référence universelle de toutes les nouvelles règles et dispositions légales prises dans les pays du monde entier. Dès les débuts du XXIe siècle, on s’aperçut que c’était pure illusion. Robert Badinter, ancien Ministre de la Justice de François Mitterrand analyse ce « changement », dans une interview au « Nouvel Observateur ».


 

« Il y a dix ans [en 1998], c'était l'apothéose. Les droits de l'homme étaient reconnus comme la dimension morale de notre temps. Après la chute du mur de Berlin, nous avons vécu une décennie consacrant la victoire idéologique de Tocqueville sur Marx. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et de la défaite du nazisme avait commencé un affrontement Est-Ouest sans merci entre deux conceptions idéologiquement différentes des droits de l'homme. D'un côté, les droits «socialistes»; de l'autre, pour reprendre la terminologie marxiste, les droits «bourgeois» et les libertés «formelles», camouflage du capitalisme. Le modèle aronien [allusion au philosophe Raymond Aron] des droits de l'homme triomphait. Le 11 septembre 2001 a sonné le glas de cette parenthèse enchantée et a fait régresser la politique des droits de l'homme. Juridiquement, moralement, les attentats du 11-Septembre, qui frappent délibérément, pour des raisons idéologiques, des victimes innocentes et anonymes, relèvent du crime contre l'humanité. Mais après le 11-Septembre, George Bush a commis une faute historique dont on supportera longtemps le coût moral et politique. En inventant Guantanamo, zone de non-droit absolu, en faisant voter le Patriot Act, ces lois d'exception, en légalisant la torture, en multipliant les «charters de la CIA» avec la complicité de certains pays européens (Pologne, Roumanie, Allemagne...), les Etats-Unis, qui s'étaient toujours proclamés champions des droits de l'homme, ont bafoué leurs principes fondamentaux. Quel coup terrible porté aux droits de l'homme ! Leurs adversaires ont dès lors beau jeu de dénoncer le double langage de l'Occident. C'est le «double standard» : pour vous, le respect des droits de l'homme, l'habeas corpus, les cours constitutionnelles, la splendeur de l'Etat de droit; et pour nous autres, leur viol quand cela vous arrange ! Ne chantez pas l'universalisme des droits de l'homme quand en réalité vous les trahissez en fonction de vos intérêts. Cette accusation trouve malheureusement dans Guantanamo sa justification éclatante. Résultat : une haine tenace des masses musulmanes. Quelle régression depuis la célébration du cinquantenaire, en 1998 ! » Ajoutons qu’il n’y a pas que Guantanamo. Il y a toutes les exactions israéliennes en Palestine qui plonge ce peuple dans une « nabka » permanente.

 

En fait, on assista dès l’effondrement des « tours jumelles » à la fin du « droit-de-l’hommisme » qui est la pensée unique contemporaine. C’est le « droit-de-l’hommisme » qui est dénoncé par Régis Debray dans son dernier ouvrage « Le moment fraternité » (Gallimard 2009). Il appelle cela la ROC (la Religion Occidentale Contemporaine). Au-delà de son aspect de religion sans liturgie, la ROC distille une pensée aussi simpliste que manichéenne. Dès lors, elle ne convient pas à établir une base commune entre les civilisations où se sont développés des systèmes de valeurs différents.


Dans une interview accordée à « Libération » ce 22 avril 2009, Hubert Védrine répond à la question :
Durban II illustre-t-elle l’affrontement entre deux conceptions opposées des droits de l’homme ?

« C’est un temps fort dans un bras de fer plus général entre les Occidentaux et les autres, autant géopolitique qu’idéologique, pas seulement sur les droits de l’homme, même si c’est un domaine très sensible et très symbolique. Il porte sur la légitimité du milliard d’Occidentaux à imposer leurs conceptions aux 5,5 milliards de non-Occidentaux, dans ce domaine comme dans les autres. Cela était déjà évident, et préoccupant, depuis des années, contredisant les illusions nourries par nous après la fin de l’URSS. Les Occidentaux n’ont pas voulu voir ce problème, enivrés par l’ubris de leur victoire, mais aussi en raison de leurs sincères convictions universalistes et de la lutte contre le relativisme. Je suis moi-même le contraire d’un relativiste. La difficulté sur laquelle j’attire l’attention est autre : c’est celle des limites du prosélytisme droits-de-l’hommiste par le même Occident qui a colonisé le monde pendant plus de trois siècles - ce que nous sommes les seuls à avoir oublié. Quelle est sa légitimité pour imposer ses conceptions à cet autre monde qui émerge, même s’il prétend parler au nom de la «communauté» internationale » ? Si l’on constate que nos valeurs occidentales universelles ne sont pas universellement considérées comme universelles, il faut alors s’y prendre autrement. »


Comment s’y prendre dès lors ?


« En cassant les mécanismes et les engrenages qui structurent ce bloc contre bloc : Occidentaux contre non-Occidentaux, et tout particulièrement Occident contre islam, et en bâtissant une nouvelle majorité qui transcende ce clivage grâce à une politique étrangère occidentale différente. Cet antagonisme se nourrit certes de la rhétorique d’organisations comme l’Organisation pour la conférence islamique ou de médias arabo-islamiques, mais il a été aussi envenimé pendant huit ans par l’administration Bush, et cela, c’est notre responsabilité. Beaucoup de ceux qui prétendaient refuser la théorie du clash des civilisations se sont en fait inscrits dans cette approche et l’ont alimentée. Barack Obama est porteur d’un immense espoir mais il n’a pas encore eu le temps de désamorcer l’ensemble des bombes à retardement dont il a hérité : la rhétorique manichéenne globale et les conflits, en premier lieu celui du Proche-Orient. Avec lui, l’Occident redeviendra plus universel et moins occidentaliste. Mais il y a aussi dans le monde bien des forces hostiles à cette réorientation américaine, dont bien sûr Mahmoud Ahmadinedjad et tous les extrémistes musulmans, mais aussi les nationalistes russes ou chinois, la droite israélienne et tant d’autres - y compris aux Etats-Unis.


Pour désagréger ce bloc adverse, les Occidentaux disposent de gigantesques leviers s’ils sont bien employés. Par exemple : si le président américain continue à parler comme il l’a fait depuis la Turquie, s’il réussit à changer l’Iran, s’il obtient un règlement de paix équitable au Proche-Orient, tout cela finira par changer la donne globale. Il faut l’aider, alors que certains pays européens, dont la France, donnent l’impression de traîner les pieds sur la question iranienne. Tant que cela n’aura pas été fait, toute réunion onusienne restera caricaturale, et sera prise en otage. Aujourd’hui il serait impossible d’y faire adopter à l’unanimité la Déclaration universelle des droits de l’homme votée en 1948 ! C’est le paradoxe de cette notion «d’universel». »



On peut cependant reprocher à Obama son discours en Turquie qui ne tient pas compte du débat européen sur l’admission ou non de la Turquie dans l’Union européenne. Cela dit, il est vrai qu’il a fait avancer les choses en déclarant ouvertement que « les Etats-Unis ne feront jamais la guerre à l’Islam ». C’est un coup rude porté à l’idéologie du « choc des civilisations ». Il reste une autre pièce maîtresse du jeu à renverser : c’est l’unilatéralisme américain.

Espérons qu’Obama y viendra et que des Européens parviendront à l’en convaincre. Cependant, ce n’est pas sur des Gordon Brown, des Nicolas Sarkozy et des Angela Merkel qu’il faut compter. Ils sont trop les godillots des USA, surtout à l’époque de Bush. Sans doute est-ce la raison de la méfiance de Barack Obama envers Sarkozy.


Enfin, Védrine remet les montres à l’heure en ce qui concerne Ahmadinejad.


« Bien sûr que non. Les Iraniens eux-mêmes ne le sont pas [antisémites]. Ils sont même fascinés par l’Amérique. Si le président iranien a obtenu un tel succès d’estrade, révoltant à nos yeux, c’est parce que le ressentiment accumulé contre l’Occident reste très enraciné et que le conflit du Proche-Orient continue de tout empoisonner. En attendant qu’une nouvelle politique occidentale envers l’Iran ait produit ses effets, il faut, je crois, déjouer la tactique d’Ahmadinejad qui se livre périodiquement à des provocations délibérées, surtout en période électorale. Il mise sciemment sur les réactions indignées des Occidentaux pour se poser en leader des musulmans et des opprimés face à l’Occident et afin de renforcer sa popularité interne. Stratégie assez semblable à celle de Jean-Marie Le Pen. Privons-le de cet effet facile. Au lieu de hurler et de tomber dans ses pièges, mieux vaut je crois tenter de le ridiculiser et de le minimiser, y compris vis-à-vis de son opinion interne en soulignant qu’on ne peut croire qu’un tel personnage représente le grand peuple iranien. En maintenant les ouvertures qui le gênent. Et en ne désertant pas le terrain onusien, ce qui serait un aveu de faiblesse. »


En effet, les provocations du président iranien ne servent-elles pas à empêcher les ouvertures que propose Obama. D’ailleurs, il lui a répondu en déclarant qu’il souhaitait toujours une rencontre avec les Iraniens. N’en déplaise au « french doctor » qui doit regretter George Walker Bush.

Le « choc des civilisations » a pris à Genève un fameux coup dans l’aile, grâce à ses soutiens les plus radicaux : Ahmadinejad et Bernard Kouchner.


Il y a encore plusieurs civilisations, a dit Védrine, espérons qu’il y aura toujours plusieurs civilisations. Et il y a une stratégie indispensable à la concrétisation de leur alliance, c’est celle du respect.


La stratégie du respect

 

Il y a un point commun à toutes les civilisations, c’est le respect des morts. Or, notre époque montre que ce respect n’existe plus car on exploite les morts pour justifier les causes les plus abjectes des vivants. Le XXe siècle a connu trois génocides : l’Arménien en 1915, la Shoah pendant la Seconde guerre mondiale et le Rwanda en 1994. Ces trois génocides ont un point commun : le négationnisme. Les Turcs nient le génocide arménien car sa reconnaissance pourrait provoquer des troubles politiques et les musulmans ne supporteraient pas d’être culpabilisés. La Shoah est niée par les néo-nazis européens et par les islamistes radicaux qui lui reprochent de servir de justification à la politique israélienne. Le génocide du Rwanda fait l’objet de négationnisme de la part de l’élite hutue et de plusieurs Européens dont des journalistes et des hommes politiques français.

 

Rappelons ce principe essentiel du respect sans lequel la vie commune est impossible : un génocide ne peut en aucun cas servir de prétexte à une quelconque politique. Personne n’a le droit de parler au nom des victimes. Ce principe du respect au-delà des débats qui divisent les hommes, est inaliénable.

 

Sans respect, il est impossible de faire une alliance des civilisations, si les radicaux de tous les côtés continuent à dominer le débat.

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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 10:00
 
Une équipe d'astronomes franco-suisse-portugaise vient de découvrir l’exoplanète de plus petite masse encore jamais mise en évidence. La dénommée Gl581e (4ème planète découverte dans ce système) a une masse seulement 2 fois supérieure à celle de la Terre. Elle orbite en 3,15 jours autour de son étoile: Gliese 581. Les observations de cette équipe révisent aussi légèrement l'orbite d'une autre planète du système, Gl581d (7 masses terrestres), la plaçant de manière plus évidente dans la zone habitable de son étoile. Cette observation démontre qu'il sera bientôt possible de détecter des planètes de la masse de la Terre.


L'exoplanète GL581d, le point blanc près de l’étoile: Gl581e nouvellement détectée

La majorité des planètes extrasolaires découvertes aujourd'hui sont des planètes géantes, plus de 100 fois plus massives que la Terre, essentiellement constituées de gaz comme Jupiter. La recherche de planètes équivalentes à notre Terre a nécessité une amélioration conséquente des méthodes de détections. Celle-ci se concrétise aujourd'hui par les mises en évidence de planètes de type Super-Terre (moins de 10 fois la masse de la Terre). Un nouveau pas vient d'être franchi avec la découverte de Gl581e, une exoplanète de seulement 2 fois la masse de la Terre. Elle orbite autour de la naine rouge Gl581, qui fait le tiers de la masse du Soleil et est située à 20 années-lumière de nous.

Trois planètes étaient déjà connues autour de cette étoile, respectivement de 16, de 5 et de 7 fois la masse de la Terre. Les scientifiques européens qui avaient découvert ce système ont continué à le scruter de manière intensive avec le spectrographe HARPS situé sur le télescope de 3,6m de l'ESO (European South Observatory) à l'Observatoire de La Silla (Chili). C'est ainsi que la petite dernière s'est révélée ; elle est la plus interne du système, orbitant en seulement 3,15 jours et est surchauffée par la proximité de son étoile.


La zone dite "habitable" pour l’étoile Gliese 581 et le positionnement des différentes exoplanètes

Ces mêmes mesures précisent également l'orbite de la planète externe, de 7 fois la masse de la Terre (Gl581d), qui était auparavant connue pour être à la frontière externe de la zone dite "habitable", définie comme la région entourant l'étoile où les conditions de température permettent aux planètes d'héberger de l'eau liquide à leur surface. La légère correction indique que Gl581d est effectivement proche de cette frontière, mais à l'intérieur de la zone habitable: de l'eau liquide peut donc être présente à sa surface.

Le Graal actuel de la recherche des exoplanètes est de trouver une planète analogue à la Terre, à la fois en terme de masse et de température. Soit une planète aussi peu massive que Gl581e mais à l'emplacement de Gl581d ! Xavier Bonfils, responsable de ce programme au LAOG, a de quoi s'enthousiasmer: "Avec des observations semblables, nous pouvons détecter les exoplanètes de la masse de la Terre dans la zone habitable des étoiles naines rouges !". En effet, via la méthode utilisée, la détection de planètes habitables autour de ces étoiles, plus petites et moins massives que le Soleil et peuplant majoritairement notre Galaxie, est plus facile qu'autour des étoiles semblables au Soleil. Le Graal des chasseurs de planètes semble donc à portée de télescope...

Cette découverte a été annoncée le 21 Avril à la conférence JENAM durant la semaine européenne de l'Astronomie et des Sciences Spatiales à l'université de Hertfordshire (Grande-Bretagne).
Source: CNRS
Illustrations: © ESO & © Franck Selsis, CNRS, ESO

Cordialement
Jean
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Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex) http://www.astrosurf.com/apex-occult
European Asteroïdal Occultation Network (EAON) http://www.astrosurf.com/eaon/
Popular Astronomy http://home.versateladsl.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@versateladsl.be
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