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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 10:00
 
Une équipe d'astronomes franco-suisse-portugaise vient de découvrir l’exoplanète de plus petite masse encore jamais mise en évidence. La dénommée Gl581e (4ème planète découverte dans ce système) a une masse seulement 2 fois supérieure à celle de la Terre. Elle orbite en 3,15 jours autour de son étoile: Gliese 581. Les observations de cette équipe révisent aussi légèrement l'orbite d'une autre planète du système, Gl581d (7 masses terrestres), la plaçant de manière plus évidente dans la zone habitable de son étoile. Cette observation démontre qu'il sera bientôt possible de détecter des planètes de la masse de la Terre.


L'exoplanète GL581d, le point blanc près de l’étoile: Gl581e nouvellement détectée

La majorité des planètes extrasolaires découvertes aujourd'hui sont des planètes géantes, plus de 100 fois plus massives que la Terre, essentiellement constituées de gaz comme Jupiter. La recherche de planètes équivalentes à notre Terre a nécessité une amélioration conséquente des méthodes de détections. Celle-ci se concrétise aujourd'hui par les mises en évidence de planètes de type Super-Terre (moins de 10 fois la masse de la Terre). Un nouveau pas vient d'être franchi avec la découverte de Gl581e, une exoplanète de seulement 2 fois la masse de la Terre. Elle orbite autour de la naine rouge Gl581, qui fait le tiers de la masse du Soleil et est située à 20 années-lumière de nous.

Trois planètes étaient déjà connues autour de cette étoile, respectivement de 16, de 5 et de 7 fois la masse de la Terre. Les scientifiques européens qui avaient découvert ce système ont continué à le scruter de manière intensive avec le spectrographe HARPS situé sur le télescope de 3,6m de l'ESO (European South Observatory) à l'Observatoire de La Silla (Chili). C'est ainsi que la petite dernière s'est révélée ; elle est la plus interne du système, orbitant en seulement 3,15 jours et est surchauffée par la proximité de son étoile.


La zone dite "habitable" pour l’étoile Gliese 581 et le positionnement des différentes exoplanètes

Ces mêmes mesures précisent également l'orbite de la planète externe, de 7 fois la masse de la Terre (Gl581d), qui était auparavant connue pour être à la frontière externe de la zone dite "habitable", définie comme la région entourant l'étoile où les conditions de température permettent aux planètes d'héberger de l'eau liquide à leur surface. La légère correction indique que Gl581d est effectivement proche de cette frontière, mais à l'intérieur de la zone habitable: de l'eau liquide peut donc être présente à sa surface.

Le Graal actuel de la recherche des exoplanètes est de trouver une planète analogue à la Terre, à la fois en terme de masse et de température. Soit une planète aussi peu massive que Gl581e mais à l'emplacement de Gl581d ! Xavier Bonfils, responsable de ce programme au LAOG, a de quoi s'enthousiasmer: "Avec des observations semblables, nous pouvons détecter les exoplanètes de la masse de la Terre dans la zone habitable des étoiles naines rouges !". En effet, via la méthode utilisée, la détection de planètes habitables autour de ces étoiles, plus petites et moins massives que le Soleil et peuplant majoritairement notre Galaxie, est plus facile qu'autour des étoiles semblables au Soleil. Le Graal des chasseurs de planètes semble donc à portée de télescope...

Cette découverte a été annoncée le 21 Avril à la conférence JENAM durant la semaine européenne de l'Astronomie et des Sciences Spatiales à l'université de Hertfordshire (Grande-Bretagne).
Source: CNRS
Illustrations: © ESO & © Franck Selsis, CNRS, ESO

Cordialement
Jean
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Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex) http://www.astrosurf.com/apex-occult
European Asteroïdal Occultation Network (EAON) http://www.astrosurf.com/eaon/
Popular Astronomy http://home.versateladsl.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@versateladsl.be
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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 10:31
 
Une équipe internationale, dirigée par des astronomes de l'Université de Hertfordshire a découvert un objet quasi stellaire autour de Wolf 940, une naine rouge située à seulement 40 années-lumière de la Terre.



La naine rouge Wolf 940 et son compagnon.
Les étoiles naines rouges sont les plus nombreuses dans Voie Lactée de sorte que des systèmes
similaires à Wolf 940 sont bien plus courants que ce que laissent à penser nos observations.

Cet objet quasi stellaire est en fait une naine brune, sorte de trait d'union entre étoiles et planètes. Il s'agit d'objets n'ayant pas une masse suffisante pour enclencher ou maintenir la fusion nucléaire en son centre. Elles sont moins massives et plus froides que les étoiles, mais plus massives et plus chaudes que les planètes de sorte que leur masse est comprise entre 13 fois celle de Jupiter et 0,08 fois celle du Soleil.

Baptisé Wolf 940b, cet objet tourne autour de son étoile à quelque 440 fois la distance de la Terre au Soleil. A cette échelle, il lui faut près de 18000 ans pour réaliser une seule orbite. Sa température de surface est d'environ 300 degrés Celsius, ce qui le rend difficilement visible dans l'optique. Il est beaucoup plus lumineux dans l'infrarouge ce qui explique pourquoi le Télescope spatial de la NASA l'a observé récemment.

La proximité de ce système binaire en fait une cible de choix pour les astronomes qui n'hésitent pas à parler de Pierre de Rosette. En effet, les informations que nous possédons sur ces objets sont très incomplètes. Les scientifiques vont pouvoir s'appuyer sur ce qu'ils savent de l'étoile parent pour mieux déterminer les propriétés de Wolf 940B comme son âge et sa composition chimique. Un des aspects les plus intéressants concerne la question des atmosphères de ces naines brunes. Pour cela, les astronomes comptent bien affiner les modèles de la lumière émise par ces objets ce qui permettra une modélisation essentielle à une meilleure compréhension de ce que l'on observe quand on étudie des planètes autour d'autres étoiles.

UKIDSS (UKirt Infrared Deep Sky Survey)

Wolf 940B a été découvert dans le cadre du Survey UKIDSS. Cette couverture photographique du ciel a débuté en mai 2005 et doit s'achever en 2012. Elle vise à sonder 7500 degrés carrés de l'hémisphère nord et prend la suite de 2MASS qui a couvert le ciel dans l'infrarouge de 1997 à février 2001. UKIDSS utilise WFCAM, une des caméras infrarouges la plus puissante au monde construite par le Centre UK ATC et qui équipe le télescope infrarouge du Royaume-Uni à Hawaii (UKIRT).

Ce relevé sera plus fin et plus précis que 2MASS. Mais ce n'est pas son seul intérêt. Il sera la contrepartie dans le proche infrarouge du Sloan Digital Sky Survey (SDSS) un autre relevé astronomique, dans plusieurs couleurs, démarré en 1998 et achevé en 2005.
Source: Flashespace.com
Illustration: UKIDSS Database & arXiv.org

Cordialement
Jean
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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 11:10
 
Un de nos voisins galactiques parmi les plus proches montre toute son impressionnante splendeur dans cette nouvelle image réalisée grâce au télescope spatial Spitzer M33, également connu sous le nom de galaxie du Triangle, est un membre de notre groupe local de galaxies. Avec notre Voie Lactée, ce groupe de galaxies gravitationnellement liées voyagent de concert dans l'univers. En fait, M33 est l'une des quelques galaxies qui se déplace en direction de la Voie Lactée en dépit de l’expansion de l’univers.


La galaxie M33 vue dans l'infrarouge.

Observée avec les yeux infrarouges de Spitzer, cette élégante galaxie en spirale étincelle de mille feux. Les étoiles apparaissent comme des gemmes bleues scintillantes (de nombreuses sont en réalité des étoiles de notre propre galaxie en premier plan), alors que la poussière dans le disque en spirale de la galaxie flamboie dans le rose et dans le rouge.

Cette nouvelle image montre également que M33 est étonnement bien plus vaste que les clichés en lumière visible ne le suggèrent. Grâce à sa capacité à détecter la poussière froide et sombre, Spitzer peut observer l'émission des matériaux plus froids bien au delà du disque visible de M33. Les phénomènes qui font que ce matériel froid s’échappe de la galaxie restent encore mystérieux, mais des vents stellaires géants ou des supernovae pourraient en être à l’origine.

M33 est situé environ 2,9 millions d'années-lumière dans la constellation du Triangle. Cette image composite a été prise par l’objectif infrarouge de Spitzer. La couleur bleue représente la lumière infrarouge à 3,6 microns, le vert à 4,5 microns, et le rouge à 8,0 microns.
Source et illustration: NASA/JPL-Caltech
 

Cordialement
Jean
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23 mars 2009 1 23 /03 /mars /2009 15:51

Aux Etats-Unis, les lois sur le sexe les plus folles

États-Unis - Voici une liste des 10 lois les plus insolites en vigueur aux États-Unis qui régissent les comportements sexuels.

 1 - A Bakersfield en Californie, si vous prévoyez d'avoir des relations sexuelles avec Satan, vous devez utiliser des préservatifs.

2 - En Floride, il est interdit de tripoter un porc-épic.

3 - Au Minnesota, on ne peut pas avoir de relations sexuelles avec un poisson vivant. Par contre, s'il est mort, tout est possible.

4 - A Dyersburg (Tennessee), il est interdit pour les femmes de proposer un rendez-vous galant à un homme.

5 - A Merryville (Missouri), les femmes ne doivent pas tenter de modifier leur tour de taille : de ce fait, les corsets sont interdits.

6 - En Alabama, la vente de jouets sexuels est interdite.

7 - Dans l'état de Washington, il est tout à fait légal de faire l'amour avec un animal, à condition qu'il ne pèse pas plus de 18 kg.

8 - A Washington D.C., le missionnaire est la seule position autorisée.

9 - Au Colorado, il est interdit d'embrasser une femme qui dort.

10 - Dans l'Utah, il est interdit d'avoir des relations sexuelles avec des animaux contre de l'argent.

Il est temps que Benoît XVI mette de l’ordre dans ce bordel ! Il sait de quoi il parle, le Pontife Durex…

Bruxelles : la liste PS enfin connue


Le Congrès du PS bruxellois, enfin, en réalité, le comité des sages a tranché. La liste PS qui part avec l’handicap de sondages catastrophiques est composée de Charles Picqué, tête de liste, seul à faire un score honorable de voix de préférence, suivi de Françoise Dupuis ex-épouse Moureaux, dite « sœur sourire » et ensuite d’Emir Kir. En plaçant son ex deuxième, Philippe Moureaux montre qu’il est encore le patron à Bruxelles, Emir Kir fera un paquet de voix chez les Turcs de Bruxelles, en dépit de la petite casserole qu’il traîne sur le génocide arménien. Quant à Fadila Laanan reléguée aux ténèbres extérieures et qui n’a pas été si mauvaise ministre de la Culture, elle paye le départ très médiatisé, un peu par sa faute,  de Jean-Claude Defossé pour Ecolo !

Enfin, on verra le 7 juin au soir si ces intrigues de couloir ne sont pas à jeter aux poubelles de la petite histoire.


Après Mémé, Papa ?


Mémé Zinzin termine lamentablement sa carrière ce soir à Huy. Après Van Cau à Charleroi, Anselme et Close à Namur, Mémé Zinzin à Huy, le bel Elio par « Soir » et RTBF interposés s’attaque maintenant à Michel Daerden, dit Papa. Gros morceaux s’il en est ! On dirait que le tyran des Doudous veut se payer toutes les locomotives électorales du PS wallon. Curieuse manière de mener son Parti à la victoire aux élections !

Cependant, ce morceau là, il n’est pas prêt de l’avaler. Daerden l’a rappelé récemment : son taux de pénétration – sans aucune allusion scabreuse, on vous l’assure – est de loin le meilleur à Liège. Résultat : Papa retrouve la tête de liste à la Région qui était dévolue à Marcourt et comme lot de consolation, Elio a bien dû lui donner la tête de liste aux Européennes.

Tout le monde aime Papa, sauf Elio !


Sur la capote, le CDH se tait dans toutes les langues
.


Que les sorties africaines de l’ex Mgr Ratsinger n’aient pas enthousiasmé le CDH, c’est certain. Mais, prudentissime, le parti ex-chrétien de Madame « Non » s’est bien abstenu de se joindre aux concerts de protestations et d’indignation venus de partout. Sa situation ne lui permet pas de perdre les quelques électeurs cathos de droite que les « Humanistes » espèrent garder.
 

Big Loulou de retour


Le commissaire européen à la coopération qui s’est plus occupé du Congo et des problèmes de son parti, le MR, que de la politique de coopération européenne, revient en sauveur du MR, bateau ivre en perdition grâce aux multiples frasques de son « patron » Reynders. Il s’est proclamé tête de liste aux Européennes.

Pari dangereux pour Louis Michel : la prochaine commission ne comptera plus un commissaire par Etat-membre. Le barbu de Jodoigne pourrait payer son évanescence européenne. Et puis, rien ne dit que le gouvernement le désignera à sa propre sucession…


Le respect des mandats


Une des caractéristiques des libéraux du MR est leur mépris affiché pour les mandats pour lesquels ils se sont fait élire. On se souvient du jeu de chaises musicales des présidents libéraux de l’exécutif bruxellois. Et cela continue. Le bel Armand De Decker, dit le fantôme, président du Sénat et deuxième personnage de l’Etat (il y tient à ce titre purement protocolaire. Cela comble quelque peu son vide politique abyssal) se présente pour devenir Ministre président de la Région de Bruxelles capitale.

C’est cela le respect des électeurs. Comme pour Sarkozy en France, ceux qui voteront MR n’auront qu’à s’en prendre à eux-mêmes.

 

 

 

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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 21:40

Un excellent article vient de paraître dans « Libération » (une fois n’est pas coutume !), intitulé Karl Marx, penseur de la Guadeloupe dont l’auteur est Guillaume Pigeard de Gurbert, professeur de philosophie à Fort-de-France,  au sujet de la révolte en Guadeloupe.

Voyons tout d’abord la situation : l’affaire coince, non pas, du côté de la Guadeloupe, mais du côté de Sarkozy. Tout d’abord, il envoie son sous-fifre, Jego, négocier sans mandat pour calmer le jeu. Jego promet des augmentations de salaire. Colère de Sarkozy ! Si on accepte de rehausser les salaires en Guadeloupe, c’est toute la métropole qui va suivre ! Il rappelle Jégo à Paris au grand dam des Guadeloupéens qui se sentent méprisés et abandonnés. Le mouvement social tourne petit à petit à l’insurrection.

 

Il est vrai que la situation en Guadeloupe est intenable. Cette île est entre les mains de quelques dizaines de familles françaises qui détiennent toute l’économie et qui se croient encore au temps « béni » des colonies. La population autochtone vit dans la misère et est surexploitée. Le gouvernement de Pétain le petit s’obstine dans ses réformes en dépit de la crise, réformes qui touchent les plus faibles économiquement, dont bien sûr les habitants des DOM TOM, ces espèces de sous-colonies d’un autre âge. La crise mondiale a frappé ces territoires plus durement qu’en métropole.

 

Mais, en retour, la révolte de Guadeloupe pourrait s’étendre à la France et sans doute dans l’ensemble du monde industrialisé. Voici l’analyse de Pigeard de Gurbert . Il commence par faire un historique, se référant à Karl Marx.


« 
Le capitalisme est né aux Antilles et aux Amériques au XVIe siècle. En 1846 (soit deux ans avant l’abolition de l’esclavage dans les Antilles françaises), Marx pose l’équation entre l’esclavage, la colonisation et le capitalisme : «Sans esclavage, vous n’avez pas de coton ; sans coton vous n’avez pas d’industrie moderne. C’est l’esclavage qui a donné de la valeur aux colonies, ce sont les colonies qui ont créé le commerce du monde, c’est le commerce du monde qui est la condition nécessaire de la grande industrie machinelle. Aussi, avant la traite des nègres, les colonies ne donnaient à l’ancien monde que très peu de produits et ne changeaient visiblement pas la face du monde. Ainsi l’esclavage est une catégorie économique de la plus haute importance.» Rien d’étonnant dans ces conditions à ce que nous soyons, ici, aujourd’hui, aux avant-postes du surdéveloppement du capitalisme. Il se pourrait bien que la révolte sociale qui secoue les Antilles françaises, ces pays pauvres qui survivent à l’ultrapériphérie de la riche Europe, manifeste les premiers tremblements d’un séisme mondial.



« Par une politique coloniale puis postcoloniale, le capitalisme s’est répandu plus rapidement et plus efficacement ici qu’en métropole, subordonnant ces territoires à leur centre producteur des marchandises et les réduisant à l’état de simples marchés pour écouler ces dernières. Véritables colonies modernes d’hyperconsommation, omnidépendantes de leur centre de tutelle, ces pays se retrouvent logiquement avec un taux de chômage colossal et, pire encore, livrés à des sous-existences privées de sens. La destruction concertée du tissu productif local a placé les existences sous un régime de possibles aliénés.

« Ajoutez à ce désastre le principe d’irresponsabilité politique, vous avez ces pays exsangues, encagés dans «des jours étrangers» (Cesaire), administrés à l’aveugle et de loin, qui font entendre leur révolte. De la colonisation à la globalisation, ces régions ultrapériphériques ont toujours été assujetties à une économie parallèle qui leur interdit «de croître selon le suc de cette terre» (Césaire, encore). C’est cette «pwofitasyon», cette injustice, qui désigne d’abord en créole un abus de pouvoir, qui n’est plus supportable. C’est contre elle que les peuples de Guadeloupe et de Martinique font lien et front.

« C’est indissociablement la violence économique qui est combattue, qui est une force cyclopéenne qui n’a que l’œil du profit privé et à laquelle manque l’œil de l’humain. Cette monstrueuse cécité est une infirmité de naissance du capitalisme, comme le rappelle encore Marx : «La découverte des contrées aurifères et argentifères de l’Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l’Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques qui signalent l’ère capitaliste à son aurore.» L’actuel tiers-monde n’est lui-même pas une entorse extérieure au système capitaliste mais son pur produit, né de «la colonisation de contrées étrangères qui se transforment en greniers de matières premières pour la mère-patrie.» »

Ce n’est pas très à la mode, certes, mais cette analyse de Marx est prophétique. Il serait temps de s’y pencher sérieusement. On s’apercevra, à la lecture du cahier de revendications du LKP (Lyiannaj Kont Pwofitasyon en gros, lutte contre l’injustice),  le principal syndicat de l’île qu’il ne s’agit pas d’un simple problème social, mais d’une véritable lutte de classes. Une révolution est en gestation. Elle éclatera tôt ou tard en pleine face d’une élite incapable d’apporter une réponse à la crise mondiale.
 

La plateforme du LKP concerne toute l’organisation sociale de la Guadeloupe. Elle concerne le pouvoir d’achat (c’est là bien sûr que cela achoppe), le logement, l’environnement, les transports, l’éducation, la formation professionnelle, l’emploi et les licenciements, les droits syndicaux et les libertés syndicales, les services publics, l’eau, la santé, la production agricole et la pêche, l’aménagement du territoire et les infrastructures, la culture et un « ARÉTÉ PWOFITASYON ». On y trouve des revendications intéressantes qui ne sont pas uniquement à caractère social. Outre, l’indispensable pouvoir d’achat qui est la priorité pour les Syndicalistes guadeloupéens, un vaste programme de construction de logements sociaux, en matière d’environnement, l’arrêt de l’abus de dissémination de la chlordécone, un pesticide particulièrement toxique et cancérigène qui est utilisé intensivement par les grands propriétaires terriens, la mise en place d’un service public de transports au service de la population et de l’économie locale. Il y a des revendications plus « guadeloupéennes » en matière d’enseignement, d’emplois et dans le domaine de la culture. Cela peut paraître « nationaliste », mais cela est aussi destiné à favoriser la population locale et à interdire l’emploi de semi-esclaves en provenance d’Amérique latine dans les grandes exploitations agricoles. Concernant la politique de l’eau, un service public d’exploitation de l’eau, un prix fixe et transparent de l’eau, modernisation du réseau d’adduction et de distribution d’eau. Le reste de la plateforme consiste en une revendication d’une réelle justice distributive en matière agricole et de préservation de l’économie guadeloupéenne en protégeant notamment les zones agricoles et en faisant participer les Guadeloupéens dans la société des hôtels de luxe. Il serait trop long, ici, de poursuivre cette analyse.

 

Le gouvernement Sarkozy cale sur l’aspect financier car il craint en cédant, de déclencher une tempête dans l’hexagone.  La toute récente reculade de Sarkozy ne résout rien. Les choses vont peut être se calmer pendant quelques temps, le temps de reprendre son souffle car rien n’est résolu car, comme l’ajoute Guillaume Pigeard de Gurbert :

« C’est donc ici que l’aube post-capitaliste se lève, dans la haute nécessité de repenser les conditions d’existence sociales et politiques. Le travail productif comme paradigme de toute activité socialisante s’applique à une part de plus en plus petite d’individus et rejette une masse grandissante de potentialités d’actions non plus seulement dans le non-être intérimaire du chômage mais dans le néant a priori du rebut. Les Indiens caraïbes d’avant la colonisation ne connaissaient que les activités mobiles, créatrices, en un mot ouvertes. Au point que «les Américains n’auraient importé tant de Noirs que parce qu’ils ne pouvaient pas utiliser les Indiens, qui se laissaient plutôt mourir.» (Deleuze-Guattari). Les colons ne cessent pas pour autant de se plaindre des Noirs : «Ils ne savent pas ce qu’est le travail» (idem). Il faut dire que les Noirs se suicidaient en mangeant de la terre, de la chaux et de la cendre, espérant ainsi retourner chez eux post mortem et échapper ainsi à l’enfer de l’esclavage. Le père Labat, ce Bouvard-et-Pécuchet esclavagiste aux Antilles, appelle cela pudiquement la «mélancolie noire». Aussi bien faut-il inverser le diagnostic actuel qui sanctifie la valeur-travail, et, à partir des sociétés caraïbes, actives sans être laborieuses, concevoir positivement nos nouvelles sociétés. »

Jacques Delors (cité par André Gorz) écrivait en 1988 dans La France par l’Europe : «Un homme salarié de vingt ans avait, en 1946, la perspective de passer au travail en moyenne un tiers de sa vie éveillée ; en 1975, un quart ; et aujourd’hui, moins d’un cinquième. Ces fractures récentes mais profondes devraient se prolonger et induire d’autres logiques de production et d’échange.» Vingt ans après et avec la révolution informatique, c’est encore plus vrai. Les crises successives (crise asiatique, bulle Internet, etc.) puis la crise économique mondiale en cours et que Delors lui-même a contribué à provoquer avec l’Acte unique et le traité de Maastricht, n’est pas une menace pour le système capitaliste lui-même mais un processus de rationalisation globale en même temps qu’une opportunité d’en accélérer le mouvement. Les faillites en cascade permettent une plus grande concentration des capitaux en même temps qu’un meilleur rendement du capital par une diminution considérable et rapide de la masse salariale. Le point de vue violemment unilatéral du capital sur le système évacue le problème d’une nouvelle socialisation indépendante de la valeur-travail et abandonne les peuples à la misère et à cette colère qui a déjà grondé dans les banlieues de l’hexagone qui sont comme ses colonies de l’intérieur.

En ce début de XXIe siècle, il est grand temps de signer ici, ansanm ansanm ("ensemble, ensemble!"), l’acte de décès de ce système mondial de pwofitasyion.

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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 22:06

Le « Figaro » que l’on ne peut guère soupçonner d’anti-européisme et d’altermondialisme, publie dans sa livraison du 14 février, un « papier » sur le lobbying auprès de la Commission européenne. Cela en dit long sur la conception européenne de la démocratie !

 

Il faut savoir qu’une pléthore de « lobbyistes » pullule dans le quartier européen à Bruxelles, auprès des bâtiments abritant la Commission  le Parlement européens. Comment cela fonctionne-t-il ? Cela fait des années que des lobbies de toute sorte se sont installés auprès des institutions européennes dans le but de faire pression sur les décisions réglementaires prises par le Conseil, la Commission et le Parlement. Le plus célèbre d’entre eux est le BEUC (Bureau européen des Unions de Consommateurs) qui essaie d’orienter les décisions européennes en faveur des intérêts des consommateurs. Lisez : dans ce que ces Unions disent être l’intérêt des consommateurs, ces Unions faisant elles-mêmes l’objet de la pression des lobbies industriels et agricoles. Mais, il existe d’innombrables lobbies dans tous les secteurs du commerce et de l’industrie.

 

S’ils ne se contentaient d’exister et d’essayer d’influencer les décisions par des contacts extérieurs, il n’y aurait pas grand-chose à dire, bien que la pression d’intérêts particuliers sur l’intérêt général soit par définition malsaine. Mais ils participent directement au processus d’élaboration des règlements via des ONG « reconnues » que ces lobbies contrôlent. Il nous est revenu de la part d’un fonctionnaire européen travaillant à la fameuse DG de la Concurrence qu’un agent d’un lobbyiste est rentré dans son bureau et s’est emparé, sans lui demander la permission, d’un dossier qu’il était en train de traiter. Le fonctionnaire s’en est plaint auprès de sa hiérarchie qui a considéré le comportement du lobbyiste comme tout à fait normal. Au bout de quelques heures, le dossier lui est revenu et il a pu en reprendre le traitement pour l’élaboration d’une note d’élaboration d’un nouveau règlement. Lorsque la décision fut prise par la Commission en la matière, il s’aperçut que ses propositions n’étaient pas retenues et que la disposition réglementaire nouvelle avait été modifiée en tenant compte de l’intérêt du lobby en question.

 

Voilà donc une démarche typiquement néolibérale qui cadre bien avec  l’esprit et la lettre de l’Union européenne. L’intérêt général n’est que la somme des intérêts particuliers. L’influence des lobbies devient de plus en plus grande. Ils interviennent à l’intérieur du processus réglementaire. Les règles élémentaires de la démocratie – qui n’est par ailleurs pas très florissante au sein des institutions de l’UE – sont bafouées sans que personne ne trouve rien à objecter.

 

Le « Figaro » rapporte un incident qui révèle l’ampleur de ce mal qui ronge les institutions européennes. « Il règne un climat de paranoïa à la commission européenne depuis la découverte, la semaine dernière, d'une opération de piratage du registre d'enregistrement des lobbyistes à Bruxelles. Une mystérieuse société financière britannique, baptisée Fare Banks Ltd s'est inscrite, le plus simplement du monde, sur la liste des multiples groupes de pression opérant au sein du quartier européen.

Sur sa fiche d'identité, le cabinet en question affirme réaliser 250 millions d'euros de chiffres d'affaires, un revenu quarante fois supérieur à celui des plus gros cabinets de la place, comme Hill & Knowlton ! Son patron a tout l'air d'être un faux nez cachant un politicien italien, proche de Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi. Le personnage en question, Gennaro Ruggiero, fantaisiste et hâbleur, est également lié à une douzaine d'ONG, également inscrites dans le fichier bruxellois. Ce qui permet à ces dernières d'être associées à l'élaboration des lois. »

Donc, il y a une sorte de processus de reconnaissance (sur la base de quels critères ?) des lobbies qui travaillent auprès de la Commission européenne.  Le « Figaro » ajoute : « Pour cette institution européenne, qui s'est longtemps flattée d'être une maison de verre, l'affaire fait désordre. La mise sur pied, le 23 juin dernier, de cette banque d'enregistrement des lobbyistes, qui fonctionne sur une base volontaire, avait pour but d'accroître la transparence, au sein d'une profession dont les méthodes restent opaques. En s'enregistrant sur la liste, les groupes de pression doivent notamment « veiller à ne pas obtenir ou chercher malhonnêtement des informations, et ne pas inciter le personnel européen à enfreindre les normes de comportement qui leur sont applicables ». Mais aujourd'hui, «le fait que douze sociétés douteuses puissent ainsi figurer sur ce registre, décrédibilise la démarche et met en lumière l'absence de contrôle de la part de la commission», critique Erik Wesselius, représentant d'Alter EU, une ONG spécialisée dans la surveillance des lobbys bruxellois. »

Savourons l’humour involontaire de ce commentaire sur cette banque de données qui a « pour but d'accroître la transparence, au sein d'une profession dont les méthodes restent opaques ».

A propos d’opacité, la presse est tenue éloignée de toute information  sur le processus de décision européen. Selon le journaliste Jean Quatremer, correspondant de « Libération » à Bruxelles et « européiste » convaincu, il explique dans son blog (http://bruxelles.blogs.liberation.fr): « Des cas récents montrent que la menace de l’espionnage contre la Commission croît de jour en jour, certains pays, des groupes de pression, des journalistes et des agences privées cherchant à obtenir des informations sensibles et protégées ». Cette note, émanant du chef de la sécurité de la Commission, a été envoyée à l’ensemble des services, comme l’a confirmé aujourd’hui Valérie Rampi, la porte-parole du commissaire chargé de l’administration, à la suite d’un article du quotidien allemand, la Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Il a manifestement échappé au chef de la sécurité que le travail des journalistes, assimilés à des "groupes de pression" et des "agences privées" est justement de se procurer des informations « sensibles et protégées » et que cela fait partie de leur travail qui est essentiel au bon fonctionnement de la démocratie. Valérie Rampi s’est enfoncée en se défendant : « il n’y a pas une suspicion généralisée envers les journalistes » et il "peut aussi s'agir d'une jeune et jolie stagiaire aux longues jambes" (le boudin n'est donc pas concerné :-D). Le lapsus (« généralisé ») est révélateur : seuls les fouineurs sont visés, ceux qui estiment que l’information n’est pas donnée lors du point de presse quotidien de la Commission. Et précisions à Valérie Rampi que la note ne parle pas de "jeunes et jolies stagiaires" mais bien de "journalistes". »

Voilà donc deux piliers du totalitarisme assemblés : l’opacité du processus de décision et la mise à l’écart de la Presse.

Si on veut que l’Europe se construise, elle doit profondément changer et être une réelle démocratie. Tout le mouvement qui a mené au « non » au Traité constitutionnel, n’est pas nécessairement opposé à la construction européenne. Il est opposé à un processus d’installation d’un système totalitaire dont l’objet est la destruction de la société d’inspiration sociale- démocrate européenne. Les élections européennes, elles pourraient réserver de drôles de surprises.

La démocratie européenne est une fiction. A l’instar de la victime d’un délit qui demande : « Que fait la police ? », on peut poser la question à l’égard de l’Europe : « Que fait le politique ? » Réponse : pas grand-chose puisqu’il a renoncé à exercer son métier.

 

 

 

 

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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 10:37

Le 10 février, une épave de satellite russe a percuté un satellite de communications opérationnel. Le choc a répandu un grand nombre de débris dans l’espace circumterrestre.

La société américaine Iridium Satellite LLC opère actuellement une constellation de 66 satellites dévolus aux communications directes au moyen de téléphones portables dédiés, au service du particulier comme des militaires. Lancé le 14 septembre 1997, Iridium 33, parfaitement opérationnel, se trouvait sur une orbite pratiquement circulaire de 783,2 x 786,4 km inclinée à 86,4° (donc quasiment polaire) et décrite en 100,4 minutes. Se trouvait, car il a cessé d’exister le 10 février dernier à très exactement 10 h 56 TU lorsqu’il a croisé la trajectoire de Cosmos 2251...


Représentation des quelque 18.000 satellites et objets divers actuellement en orbite autour de la Terre. Crédit Esa

Celui-ci, de conception russe, ne fonctionnait plus depuis une dizaine d’années et figurait donc sur la liste des épaves de l’espace. Lancé le 16 juin 1993, il faisait partie de la famille Strela-2 et avait assuré une partie des communications entre le QG de l'Armée russe et les forces militaires sur le terrain depuis une orbite de 783,6 x 806,6 km inclinée à 74°. L’incroyable s’est produit lorsque, il y a deux jours, les deux objets, dont la masse est relativement similaire (environ une tonne) se sont trouvés en trajectoire de collision et se sont heurtés.

Choc violent !

Le choc s’est montré particulièrement violent à une vitesse relative avoisinant la dizaine de kilomètres par seconde. Les réseaux du Norad américain ont jusqu’à présent détecté environ 600 débris, un nombre toujours en augmentation.

Selon Nicholas Johnson, dirigeant le centre de surveillance des débris orbitaux au centre Johnson de la Nasa, la collision s’est produite au-dessus du nord de la Sibérie à une altitude de 790 kilomètres. La Station Spatiale Internationale ne semble pas menacée, mais il n’a encore pu être déterminé si un risque existe pour d’autres satellites civils ou militaires. « Il nous faudra encore environ deux jours pour dresser une carte de la répartition des débris, mais je pense que la majorité d’entre eux suivent des trajectoires similaires aux orbites initiales des satellites détruits », affirme Nicholas Johnson.


Collision entre le satellite français Cerise et un débris spatial en 1992. Crédit CNRS

Selon Iridium Satellite, la perte de ce satellite n’aura qu’une incidence mineure sur l’exploitation du réseau de télécommunications. 95 satellites Iridium ont été lancés à ce jour (avec quelques échecs) et plusieurs exemplaires de réserve se trouvent déjà en orbite, prêts à pallier un incident de ce genre, ou une simple panne.

Des collisions exceptionnelles

Bien qu’extrêmement rares, de telles collisions se sont déjà produites par le passé. La première d’entre elles mit hors service le petit satellite militaire français Cerise, en 1992, dont l’antenne fut sectionnée par un débris spatial. D’autres satellites (trois identifiés à ce jour) ont été détruits de cette façon en orbite.

Sur un autre registre, l’Américaine Lottie Williams est la seule personne (connue) au monde à avoir été atteinte et blessée par la chute d’un débris spatial, le 22 janvier 1997 alors que, souffrant d’insomnie, elle se promenait dans un jardin public en Oklahoma.

Source : Futura-Sciences
Cordialement
Jean
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Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex) http://www.astrosurf.com/apex-occult
European Asteroïdal Occultation Network (EAON) http://www.astrosurf.com/eaon/
Popular Astronomy http://home.versateladsl.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@versateladsl.be
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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 14:01
A la suite du licenciement brutal de quatre journalistes, y compris la rédactrice en chef, du principal hebdomadaire belge francophone d'actualité, Le Vif-L'Express (groupe Roularta), une "carte blanche" (texte ci-dessous) a été rédigée par l'Association des Journalistes Professionnels et par des professeurs d'université responsables des principales écoles de journalisme à Bruxelles et en Wallonie.

La publication de ce texte a été refusée par les deux quotidiens de référence en Belgique francophone, Le Soir et La Libre Belgique. Les auteurs de ce texte sont aussi consternés par ce refus que par les faits qui ont suscité le texte.

Contournant ce refus de même engager le débat, nous avons entrepris de faire circuler ce texte par tous les moyens disponibles en dehors des médias dont l'auto-censure ne fait que démontrer par l'absurde les constats très inquiétants soulignés par le texte.
Nous vous invitons à diffuser largement ce texte. Sa circulation virale démontrera la futilité des efforts de ceux qui pensent qu'il est encore possible aujourd'hui d'étouffer la circulation d'idées qui dérangent ceux qui, par ailleurs, se posent en défenseurs d'une société du dialogue et du débat.

Ajoutons que l'on profite de la crise financière pour museler la liberté de la presse. Il est aussi grave de constater que la presse d'opinion passe de plus en plus entre les mains de groupes financiers qui n'hésitent pas à intervenir dans la ligne éditoriale des organes qu'ils ont acquis.

Est-ce la fin de la presse d'opinion ? On peut se poser la question. C'est aussi un peu de sa faute. La grande presse d'opinion a très vite cédé à la "pensée unique". Il est vrai aussi que son principal problème est son financement. En Belgique, l'Etat subsidie la presse d'opinions qui compensait par une publicité de plus en plus envahissante. Aujourd'hui, l'introduction dans la presse des grands groupes financiers change la donne.

Il s'agit ici d'un débat fondamental.

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La carte blanche rédigée par l'Association des Journalistes Professionnels et des professeurs d'université à propos du conflit au Vif et refusée par Le Soir et la Libre Belgique.
 
Un journalisme mis au pas
 
Le brutal licenciement signifié sans motif, le jeudi 22 janvier, à quatre journalistes chevronnées de l'hebdomadaire Le Vif /L'Express n'est pas qu'une péripétie douloureuse au sein d'une grande entreprise, comme il s'en déroule hélas chaque jour dans le pays. La mise à l'écart de collaboratrices qui comptent jusqu'à vingt ans d'ancienneté au sein du magazine, et qui en ont forgé les valeurs autant que la réputation, relève en l'occurrence d'une épuration dont les intentions manifestes sont inquiétantes pour la liberté rédactionnelle du Vif en particulier et pour le journalisme en général.
 
Le directeur du Vif/L'Express, qui s'était déjà signalé antérieurement à Trends/Tendances par une propension à distribuer des C4, et qui en est, au Vif, à 6 licenciements, 2 départs et 2 déplacements imposés, l'a précisé lui-même : aucune raison économique ne l'a poussé à congédier la rédactrice en chef et 3 rédactrices spécialisées l'une en politique intérieure, l'autre en sciences, la troisième en culture. Invoquant des relations dégradées entre l'équipe de rédaction et la rédactrice en chef, la direction – qui n'a pas réussi à résoudre ces problèmes – a choisi la manière la plus radicale d'y mettre fin. Le prétexte est non seulement léger mais, en outre, il ne concerne pas toutes les journalistes concernées.

 La valse des licenciements, entamée au Vif voici bientôt trois ans, traduit en réalité une obsession constante : mettre au pas la rédaction du premier magazine d'information générale de la Communauté française, qui avait précisément fondé sa crédibilité sur une totale indépendance d'analyse et de jugement, tant à l' égard de ses propres actionnaires – le groupe flamand Roularta–  que vis-à-vis des différents pouvoirs, politiques comme économiques, de la société belge.
 
Durant plus de deux décennies, Le Vif/L'Express a pu défendre un journalisme exigeant, soucieux d'abord de la pertinence et de l'utilité, pour ses lecteurs, des sujets qu'il abordait. Au nom de cette éthique, il pouvait parfois estimer nécessaire de fâcher un annonceur, de heurter un ministre ou de consacrer une couverture à un thème moins vendeur. Tout cela n'est plus allé de soi dès l'instant où, inquiétée par une légère érosion des ventes, la haute direction de Roularta s'est laissée convaincre qu'il fallait remplacer les journalistes expérimentés, couper les têtes qui dépassent, et faire de la docilité aux impératifs économiques de l'entreprise un credo admissible.
 
L'éditeur du Vif n'est pas le seul à déposséder ainsi la rédaction de sa capacité à penser ses priorités et à définir ses champs d'action. En Belgique comme à l'étranger, trop d'entrepreneurs de presse choisissent, parfois sous le prétexte des difficultés économiques, d'appauvrir les contenus, de réduire les effectifs, de se priver de plumes critiques et d'esprits libres, de mettre au placard des talents fougueux, et de préférer des chefs et sous-chefs soumis.

Le Vif n'est pas le seul, mais il est l'unique hebdomadaire d'information générale largement diffusé en Communauté française. Ceux qui l'épuisent aujourd'hui de l'intérieur portent à cet égard une responsabilité devant l'ensemble de l'opinion.
 
A l'inquiétude pour l'avenir de ses journalistes chassés, mais aussi de ceux qui restent, s'ajoute la stupéfaction face à la brutalité sociale : convoquées un soir par un SMS sur leur portable, les quatre licenciées ont été renvoyées sur le champ de grand matin, avec interdiction formelle de repasser par la rédaction pour emporter des effets personnels. Deux heures sous surveillance leur ont été concédées, le samedi suivant, pour cette besogne. De quelle faute gravissime, de quel délit, ces quatre là étaient-elles donc coupables pour mériter un tel mépris ? Rien ne justifie une telle violence dans les relations sociales, qui en l'occurrence se double d'un réel mépris pour le droit du travail et contraste avec l'image de la paisible entreprise familiale qu'aime à se donner Roularta. La réaction de la Société des Journalistes du Vif – qui observait dès jeudi  un arrêt de travail  –  comme le soutien inconditionnel de l'Association des Journalistes Professionnels et des syndicats, indiquent que la limite de l'acceptable a été franchie.
 
La crise financière, la chute des revenus publicitaires, la diversification technologique des médias et les investissements qu'elle réclame ne pourront jamais justifier à nos yeux que le journalisme soit réduit à sa seule valeur économique, que les journalistes ne soient plus les chiens de garde de la démocratie mais seulement des petits soldats zélés chargés de vendre des contenus formatés pour les impératifs commerciaux à court terme.

Nous avons besoin de rédactions expérimentées, en effectif suffisant, libres et indépendantes. Comme nous avons davantage besoin de matière grise, d'expertise, de culture et de réflexion journalistique étayée que de mise en scène spectaculaire de papiers vulgarisés à l'extrême pour plaire au plus grand nombre. Les comportements de certains managers et les plans d'économie concoctés au nord comme au sud du pays ne vont pas dans ce sens. Maintenons à nos médias leurs capacités intellectuelles : respectons les journalistes !
 
- Martine Simonis, Secrétaire Nationale de l'Association des Journalistes Professionnels
- Pascal Durand, Professeur ordinaire à l'ULg
- Benoit Grevisse, directeur de l'école de journalisme de Louvain (UCL)
- François Heinderyckx, Professeur ordinaire à l'ULB
- Claude Javeau, Professeur émérite de l'ULB
- Jean-Jacques Jespers, directeur de l'école universitaire de journalisme de Bruxelles (ULB)
- Hugues le Paige, journaliste
- Gabriel Ringlet, Professeur émérite de l'UCL
- Marc Sinnaeve, Président du Département journalisme de l'IHECS

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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 15:25

Nos lecteurs savent combien nous sommes critiques à l’égard de l’offensive israélienne à Gaza. Rien ne justifie le bombardement de populations civiles et la destruction d’installations vitales pour toute ville comme les points de distribution d’eau, les centrales électriques, les dépôts de carburant, etc. Rien ne justifie un blocus qui empêche un million  de personnes de s’épanouir économiquement. Rien ne justifie une offensive de pareille envergure en réponse à des attaques de roquettes relativement peu meurtrières et sporadiques.

 

Rien ne justifie non plus de céder à la peur et au fanatisme. Pourtant, c’est ce qui vient de se passer à Bruxelles. Le principal institut d’architecture de Bruxelles, l’Institut de la Cambre, vient de céder à une peur diffuse, à la crainte du « politiquement correct » en déprogrammant une exposition consacrée à l’architecture de la ville israélienne de Tel-Aviv qui fête son centième anniversaire. Cette exposition devait se tenir du 15 février au mois d’août 2009 dans les locaux de l’Institut de la Cambre et est organisée par le CIVA (Centre International pour la Ville, l’Architecture et le Paysage). Or, la ville de Tel-Aviv a une très grande importance pour l’architecture mondiale. Le CIVA écrivait en présentation de l’exposition :

 

« Tel-Aviv est née d’un projet d’aménagement urbain et de création architecturale où se mêlent les influences du Mouvement moderne et les caractéristiques géographiques, culturelles et climatiques locales. En juillet 2003, l’Unesco a proclamé que la Ville Blanche de Tel-Aviv représentait le Mouvement moderne et que le tissu urbain et historique unique de Tel-Aviv constituait un site du patrimoine de l’humanité. Par cette inscription, le monde entier a reconnu les qualités architecturales particulières des bâtiments, des rues, des squares et des avenues de Tel-Aviv »

 

En l’espèce, l’exposition n’est pas du tout une manifestation de propagande pro-israélienne. Elle a un caractère scientifique et s’inscrit dans l’étude de l’architecture dans le monde. Mais, comme Tel-Aviv est la deuxième ville israélienne après Jérusalem, les organisateurs ont jugé : "Etant donné les circonstances actuelles du conflit israélo-palestinien, La Cambre Architecture ne souhaite pas s’associer à cette manifestation de quelque manière que ce soit." La Cambre demandait au Civa de réfléchir "au maintien de cette manifestation et de la différer dans le temps dans la mesure où il ne nous semble pas acceptable éthiquement de mettre en valeur l’architecture d’un pays qui, dans le même temps, s’emploie à détruire systématiquement l’infrastructure matérielle d’un voisin, sans parler évidemment des victimes civiles. Il y aurait beaucoup de cynisme à maintenir cette exposition, d’autant que cette manifestation se fait avec l’appui des autorités qui mènent cette politique, laquelle rencontre l’opprobre de la communauté internationale". (...)

 

Quel tissu de lâchetés ! Oser parler d’éthique et de cynisme des autorités alors qu’on avait accepté l’organisation de cette manifestation est en soi cynique. Le radicalisme des autorités israéliennes ne date pas d’hier et les atteintes aux droits de l’homme ne sont pas un fait nouveau. Et puis qu’y a-t-il de commun entre l’histoire d’une ville aujourd’hui centenaire et la politique israélienne actuelle ? Cette justification des organisateurs cache mal deux choses : des prises de position que l’on n’ose exprimer ouvertement et la peur de se faire passer pour « compagnon de route » d’Israël.

 

« Une telle attitude est en fait symptomatique d’une manière parfaitement déraisonnable de disqualifier, y compris dans le domaine de la culture, tout ce qui a trait, en particulier, à Israël. Une réaction aussi incohérente et brutale est inédite. S’agit-il de motifs politiques ? Nous ne nous souvenons pas, et nous nous en réjouissons, que des expositions consacrées à des artistes russes n’aient jamais été annulées pour protester contre la violence en Tchétchénie, comme d’ailleurs en cas d’expos sur des artistes du Congo, Soudan, Sri Lanka, Myanmar, Haïti, ou Cuba malgré la répression des dissidents, sans parler de la Chine. Y a-t-il un traitement d’exception pour Israël et les artistes israéliens ? » écrit Guy Duplat dans La Libre Belgique.

 

Oui, il y a un traitement d’exception pour Israël et ses artistes : il est dicté par la peur !

 

Une partie de la gauche intellectuelle se trouve prise entre deux feux dans le conflit israélo – palestinien. Prendre parti pour Israël équivaut à accepter des méthodes et une politique dénoncées comme néo-colonialistes, brutales, voire racistes. Prendre parti pour les Palestinien comporte le risque de se faire traiter d’antisémite et d’être complice des islamistes du Hamas. Bref, la gauche intellectuelle fait preuve ici, une fois de plus, de son courage habituel : la peur du « qu’en dira-t-on ? ». Aussi se réfugie-t-on courageusement derrière le « politiquement correct ».

 

Ce n’est pas prendre parti qu’il faut faire. On n’est plus dans les périodes où tout était simple comme pendant la guerre du Vietnam où les deux camps étaient bien définis. Le conflit israélo-palestinien est très complexe et comporte tant de paramètres qu’il est impossible de délimiter un camp par rapport à l’autre. D’ailleurs, cela n’aurait aucune utilité.

 

La seule position crédible est de réellement militer pour la paix. Alain Gresh, le directeur adjoint du « Monde diplomatique », qu’on ne peut soupçonner de « pro-sionisme », écrivait ce texte intitulé « Les bases d’une solidarité avec la Palestine », destiné au mouvement Attac :

« Même si l’on pense qu’il n’existe pas de “peuple juif ”, même si l’on croit que l’installation des juifs en Palestine s’inscrit dans le mouvement de colonisation, désormais Israël existe et il forme une société vivante et dynamique. Il est un État reconnu par la communauté internationale, par les Nations unies. On peut penser que l’entreprise sioniste fut une entreprise en large partie coloniale, et donc injuste – et même non légitime – et reconnaître les « faits accomplis ». D’autres exemples dans l’histoire, des États-Unis, au Canada ou en Australie en témoignent. L’installation des colons dans ces territoires a souvent abouti à des expulsions, voire des génocides [l’expression « génocide » est excessive !], mais personne ne met en cause le droit à l’existence de ces États (en revanche, on peut, comme cela a été obtenu en Australie et au Canada, revendiquer une reconnaissance des torts faits aux autochtones).

D’autre part, il faut reconnaître que l’immense majorité du peuple israélien se réclame du sionisme, quelle que soit la définition donnée de ce terme. La ligne de démarcation dans ce pays passe entre ceux qui acceptent un État palestinien indépendant et ceux qui refusent une telle éventualité. Dans les deux camps existent des sionistes. En résumé, je ne pense pas que le mouvement antimondialisation libérale doive prendre position sur ce débat sionisme-antisionisme. C’est un débat idéologique mais aussi un facteur de division, qui nuit à l’objectif essentiel : rassembler une majorité de l’opinion en faveur de la création d’un État palestinien indépendant, au côté de l’État d’Israël. » (cité par Henri Goldman dans son blog : http://blogs.politique.eu.org/henrigoldman/index.html )


C’est cette position-là qu’il faut défendre. La paix ne passera que par la reconnaissance des deux parties et donc des relations normales, comme des échanges culturels avec y compris des expositions d’architecture, par exemple.

Cela, la gauche européenne a les moyens de le faire, mais pour cela il lui faut une qualité qui lui manque : le courage.

Pour terminer, voici quelques éléments sur cette architecture de Tel-Aviv si dangereuse qu’on n’ose la montrer.

Tel-Aviv fut fondée en 1909 et s’est développée comme une ville métropolitaine sous le mandat britannique en Palestine. La ville blanche fut construite à partir du début des années 1930 et jusqu’aux années 1950, selon le plan d’urbanisme de sir Patrick Geddes, reflétant les principes de l’urbanisme organique moderne. Les bâtiments furent conçus par des architectes qui avaient immigré après avoir été formés dans divers pays d’Europe et y avoir exercé leur profession. Dans ce lieu et ce nouveau contexte culturel, ils réalisèrent un ensemble exceptionnel d’architecture du mouvement moderne.

Quelles sont les justifications d'inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO ?

Critère (ii) : La ville blanche de Tel-Aviv est la synthèse d’une valeur exceptionnelle des diverses tendances du mouvement moderne en matière d’architecture et d’urbanisme au début du XXe siècle. Ces influences ont été adaptées aux conditions culturelles et climatiques du lieu, de même qu’intégrées aux traditions locales.

Critère (iv) : La ville nouvelle de Tel-Aviv est un exemple remarquable d’urbanisme et d’architecture des villes nouvelles du début du XXe siècle, adapté aux exigences d’un contexte culturel et géographique particulier.

Enfin, il y a un style architectural nouveau, d’inspiration socialiste en réponse au très bourgeois Art Déco, le Bauhaus.

Quand le Bauhaus doit quitter l’Allemagne nazie en 1933, plusieurs des étudiants juifs (et un professeur, Erich Mendelsohn, qui ne restera pas) émigrent alors en Palestine. C’est l’époque de l’expansion du foyer juif, Tel-Aviv est en plein boom, les juifs allemands peuvent jusqu’à la guerre importer des matériaux de construction d’Allemagne (persiennes, carrelages qu’on retrouve ici ou là, parfois avec une svastika effacée) : plus de 4000 immeubles vont être construits dans le style international, celui du Bauhaus, en quelques années. Ce style est assez en phase avec l’idéologie ’socialiste’ de certains des colons juifs de l’époque, plus que le bourgeois Art Déco.


Ce n’est pas toujours ici un style des plus puristes, il s’accommode parfois de palmettes, de décors orientalisants ou d’ajouts Art Déco, mais cet ensemble architectural unique est néanmoins très reconnaissable.
Une évolution marquante du style Bauhaus ici est une tendance à des formes plus rondes, plus douces et féminines, des immeubles qu’on a pu comparer à des bateaux

Beaucoup d’immeubles sont en assez piteux état, environ 400 seulement (soit 10%) ont été correctement rénovés. La plupart ont profondément modifié les balcons (toit en tôle ondulée, par exemple) et les terrasses (initialement des espaces collectifs, avec buanderie et pergola, souvent privatisés et vendues comme penthouses). Mais on retrouve encore la pureté des lignes droites, le fonctionnalisme, l’orthogonalité des balcons ouverts et des cages d’escalier vitrées.

Il est par contre assez curieux que l’influence du Bauhaus en Israël se soit limitée à l’architecture, alors que le mouvement allemand était multidisciplinaire; mais ici, semble-t-il, ni concepteurs de textiles, ni fabricants de vitraux, ni photographes, ni peintres ou sculpteurs dignes de figurer au palmarès de ce mouvement, seulement des bâtisseurs.

On peut se demander en quoi ce mouvement architectural est lié au conflit actuel ?

Une école de bâtisseurs qui ferme sa porte à d’autres bâtisseurs, la quintessence de  la lâcheté. La Cambre vaut bien mieux que cela ! Elle doit se redresser.

 

 

 

 

 

 

 

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 21:18

La France catholique ne parviendra jamais à se débarrasser de son vieux fond antisémite. La classe intellectuelle germanopratine garde sa verve sartrienne envers et contre tout. Cela ferait sourire si cela ne prêtait à conséquences.

 

On assiste depuis longtemps au curieux spectacle de cette guerre qui divise la société française depuis la Fronde. Le dernier ouvrage de Pierre Péan, « le monde selon K. » (Fayard éditions, 2009) où il tente de déboulonner la statue kouchnérienne en provoquant la réaction indignée des intellos parisiens branchés en est le nouvel épisode.

 

Pierre Péan est loin d’être un exemple d’honnêteté intellectuelle. Il s’attaque méchamment à la classe intellectuelle parisienne. Il a rappelé ce que tout le monde savait sur les accointances pétainistes de François Mitterrand. Il s’est attaqué à la « forteresse » « le Monde ». Il a émis l’hypothèse d’un double génocide au Rwanda en dépit de tous les témoignages. Aujourd’hui, il s’attaque à l’inénarrable Kouchner. Son ouvrage contient des vérités connues, quelques vérités inédites et beaucoup d’approximations saupoudrées de plusieurs mensonges.

 

Sur le fond, Péan marque incontestablement des points. L’engagement de Kouchner au Kosovo fut loin d’être innocent. Il favorisa systématiquement les Albanais au détriment des Serbes. Il sélectionna les lieux sinistrés à aider. Cela commença par le Biafra en passant par la Somalie avec la rocambolesque mise en scène des sacs de riz,  pour se terminer au Darfour. Systématiquement il prit fait et cause pour des guerres régionales qui correspondaient aux intérêts de Washington. Il ne fut pas l’inventeur du fameux concept de « droit d’ingérence humanitaire » mais il le reprit à son compte en s’aidant des médias. C’est la méthode Kouchner.


Il évoque un autre aspect de la personnalité du French doctor avec la nomination de son épouse Christine Ockrent, dit « la reine Christine », à la tête de l’audiovisuel mondial français, nomination digne « d’une république bananière ». Ses tentatives pour être nommé professeur de médecine en usant des moyens de pression de son ministère, ses collusions financières avec les dictateurs africains suffiraient à jeter l’individu aux oubliettes de l’histoire.

 

Cependant, et c’est là l’intérêt du livre de Pierre Péan, c’est toute l’idéologie que son action véhicule. Kouchner est un soixante-huitard qui a viré quelques temps au gauchisme puis à ce qu’on appelle la « gauche américaine » depuis la fin de la guerre froide. L’humanitaire que Kouchner a sans doute abordé avec sincérité à ses débuts est vite devenu un instrument politique. On se met du côté du plus fort, celui qui a vaincu le communisme, c’est-à-dire l’Amérique. Avec l’aide de BHL qui sera  sa caution idéologique, Kouchner milite dans le cadre d’une vision simpliste du monde partagé entre le Bien et le Mal. C’est l’idéologie néoconservatrice de la fin de l’histoire, du choc des civilisations. On cautionne ce néo-colonialisme destiné à asseoir la puissance américaine : les interventions en Bosnie, en Afghanistan, en Irak. D’ailleurs, comme ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner réforme le Quai d’Orsay de fond en comble. Finie la diplomatie classique de représentation nationale pour les transformer en militants de la cause euro-atlantiste. Il casse la « diplomatie d’influence » française en démantelant les représentations culturelles au moment où les anglo-saxons et les Chinois les développent de leur côté. On voudrait tuer la culture française (nauséabonde et pétainiste par définition) qu’on ne procéderait pas autrement. Il y a donc chez Kouchner une nette volonté de détruire le concept de nation européenne, d’opposition à la construction d’une Europe politique au profit d’une zone de libre échange européenne dont  bénéficieront les Etats-Unis d’Amérique. C’est tout cela que dénonce Péan. Il a raison, mais le ton et les expressions utilisées déforcent sa pensée et jettent de l’eau au moulin de ses adversaires.

 

Les amis de Péan et lui le nient, mais reprendre des expressions issues tout droit du langage maurassien comme « cosmopolitisme anglo-saxon » relèvent d’une culture antisémite bien ancrée. Pourquoi ne pas parler de « l’occidentalisme » ou de la « mondialisation ». Cela veut dire la même chose et ce n’est pas un langage sulfureux qui tue tout débat serein.

 

Ce sont les termes dont use Hubert Védrine qui fut le meilleur ministre des affaires étrangères français depuis trente ans. Il avait pourtant fait la leçon à Kouchner. Pierre Péan relate ceci : « Bernard Kouchner rapporte à ce sujet une conversation intéressante avec Hubert Védrine :

 

« - Etais-tu hostile aux bombardements ? lui demande le French doctor. (Il évoquait les bombardements américains de Belgrade pendant la guerre du Kosovo)

 

«  - Nous aurions pu et dû signer à la conférence de Rambouillet.

 

«  - Avec Milosevic pour qu’il ait les mains libres au Kosovo, en reniant une fois de plus sa signature ? Le droit d’ingérence avance, Hubert, une conscience internationale des droits de l’homme se développe, une mondialisation des énergies !

 

«  - Je m’en méfie. Les nations restent la clé ! répond le chef de la diplomatie. Les nations restent la clé, pas les émotions des téléspectateurs ! »

 

Deux conceptions du monde antinomiques ; Deux visions de l’histoire.

 

Les dirigeants du PS français surnommaient à l’époque le French doctor « Koukouchpanière ». Espérons qu’il soit mis à pied avant qu’il n’ait fait trop de dégâts.

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