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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 21:40

Un excellent article vient de paraître dans « Libération » (une fois n’est pas coutume !), intitulé Karl Marx, penseur de la Guadeloupe dont l’auteur est Guillaume Pigeard de Gurbert, professeur de philosophie à Fort-de-France,  au sujet de la révolte en Guadeloupe.

Voyons tout d’abord la situation : l’affaire coince, non pas, du côté de la Guadeloupe, mais du côté de Sarkozy. Tout d’abord, il envoie son sous-fifre, Jego, négocier sans mandat pour calmer le jeu. Jego promet des augmentations de salaire. Colère de Sarkozy ! Si on accepte de rehausser les salaires en Guadeloupe, c’est toute la métropole qui va suivre ! Il rappelle Jégo à Paris au grand dam des Guadeloupéens qui se sentent méprisés et abandonnés. Le mouvement social tourne petit à petit à l’insurrection.

 

Il est vrai que la situation en Guadeloupe est intenable. Cette île est entre les mains de quelques dizaines de familles françaises qui détiennent toute l’économie et qui se croient encore au temps « béni » des colonies. La population autochtone vit dans la misère et est surexploitée. Le gouvernement de Pétain le petit s’obstine dans ses réformes en dépit de la crise, réformes qui touchent les plus faibles économiquement, dont bien sûr les habitants des DOM TOM, ces espèces de sous-colonies d’un autre âge. La crise mondiale a frappé ces territoires plus durement qu’en métropole.

 

Mais, en retour, la révolte de Guadeloupe pourrait s’étendre à la France et sans doute dans l’ensemble du monde industrialisé. Voici l’analyse de Pigeard de Gurbert . Il commence par faire un historique, se référant à Karl Marx.


« 
Le capitalisme est né aux Antilles et aux Amériques au XVIe siècle. En 1846 (soit deux ans avant l’abolition de l’esclavage dans les Antilles françaises), Marx pose l’équation entre l’esclavage, la colonisation et le capitalisme : «Sans esclavage, vous n’avez pas de coton ; sans coton vous n’avez pas d’industrie moderne. C’est l’esclavage qui a donné de la valeur aux colonies, ce sont les colonies qui ont créé le commerce du monde, c’est le commerce du monde qui est la condition nécessaire de la grande industrie machinelle. Aussi, avant la traite des nègres, les colonies ne donnaient à l’ancien monde que très peu de produits et ne changeaient visiblement pas la face du monde. Ainsi l’esclavage est une catégorie économique de la plus haute importance.» Rien d’étonnant dans ces conditions à ce que nous soyons, ici, aujourd’hui, aux avant-postes du surdéveloppement du capitalisme. Il se pourrait bien que la révolte sociale qui secoue les Antilles françaises, ces pays pauvres qui survivent à l’ultrapériphérie de la riche Europe, manifeste les premiers tremblements d’un séisme mondial.



« Par une politique coloniale puis postcoloniale, le capitalisme s’est répandu plus rapidement et plus efficacement ici qu’en métropole, subordonnant ces territoires à leur centre producteur des marchandises et les réduisant à l’état de simples marchés pour écouler ces dernières. Véritables colonies modernes d’hyperconsommation, omnidépendantes de leur centre de tutelle, ces pays se retrouvent logiquement avec un taux de chômage colossal et, pire encore, livrés à des sous-existences privées de sens. La destruction concertée du tissu productif local a placé les existences sous un régime de possibles aliénés.

« Ajoutez à ce désastre le principe d’irresponsabilité politique, vous avez ces pays exsangues, encagés dans «des jours étrangers» (Cesaire), administrés à l’aveugle et de loin, qui font entendre leur révolte. De la colonisation à la globalisation, ces régions ultrapériphériques ont toujours été assujetties à une économie parallèle qui leur interdit «de croître selon le suc de cette terre» (Césaire, encore). C’est cette «pwofitasyon», cette injustice, qui désigne d’abord en créole un abus de pouvoir, qui n’est plus supportable. C’est contre elle que les peuples de Guadeloupe et de Martinique font lien et front.

« C’est indissociablement la violence économique qui est combattue, qui est une force cyclopéenne qui n’a que l’œil du profit privé et à laquelle manque l’œil de l’humain. Cette monstrueuse cécité est une infirmité de naissance du capitalisme, comme le rappelle encore Marx : «La découverte des contrées aurifères et argentifères de l’Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l’Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques qui signalent l’ère capitaliste à son aurore.» L’actuel tiers-monde n’est lui-même pas une entorse extérieure au système capitaliste mais son pur produit, né de «la colonisation de contrées étrangères qui se transforment en greniers de matières premières pour la mère-patrie.» »

Ce n’est pas très à la mode, certes, mais cette analyse de Marx est prophétique. Il serait temps de s’y pencher sérieusement. On s’apercevra, à la lecture du cahier de revendications du LKP (Lyiannaj Kont Pwofitasyon en gros, lutte contre l’injustice),  le principal syndicat de l’île qu’il ne s’agit pas d’un simple problème social, mais d’une véritable lutte de classes. Une révolution est en gestation. Elle éclatera tôt ou tard en pleine face d’une élite incapable d’apporter une réponse à la crise mondiale.
 

La plateforme du LKP concerne toute l’organisation sociale de la Guadeloupe. Elle concerne le pouvoir d’achat (c’est là bien sûr que cela achoppe), le logement, l’environnement, les transports, l’éducation, la formation professionnelle, l’emploi et les licenciements, les droits syndicaux et les libertés syndicales, les services publics, l’eau, la santé, la production agricole et la pêche, l’aménagement du territoire et les infrastructures, la culture et un « ARÉTÉ PWOFITASYON ». On y trouve des revendications intéressantes qui ne sont pas uniquement à caractère social. Outre, l’indispensable pouvoir d’achat qui est la priorité pour les Syndicalistes guadeloupéens, un vaste programme de construction de logements sociaux, en matière d’environnement, l’arrêt de l’abus de dissémination de la chlordécone, un pesticide particulièrement toxique et cancérigène qui est utilisé intensivement par les grands propriétaires terriens, la mise en place d’un service public de transports au service de la population et de l’économie locale. Il y a des revendications plus « guadeloupéennes » en matière d’enseignement, d’emplois et dans le domaine de la culture. Cela peut paraître « nationaliste », mais cela est aussi destiné à favoriser la population locale et à interdire l’emploi de semi-esclaves en provenance d’Amérique latine dans les grandes exploitations agricoles. Concernant la politique de l’eau, un service public d’exploitation de l’eau, un prix fixe et transparent de l’eau, modernisation du réseau d’adduction et de distribution d’eau. Le reste de la plateforme consiste en une revendication d’une réelle justice distributive en matière agricole et de préservation de l’économie guadeloupéenne en protégeant notamment les zones agricoles et en faisant participer les Guadeloupéens dans la société des hôtels de luxe. Il serait trop long, ici, de poursuivre cette analyse.

 

Le gouvernement Sarkozy cale sur l’aspect financier car il craint en cédant, de déclencher une tempête dans l’hexagone.  La toute récente reculade de Sarkozy ne résout rien. Les choses vont peut être se calmer pendant quelques temps, le temps de reprendre son souffle car rien n’est résolu car, comme l’ajoute Guillaume Pigeard de Gurbert :

« C’est donc ici que l’aube post-capitaliste se lève, dans la haute nécessité de repenser les conditions d’existence sociales et politiques. Le travail productif comme paradigme de toute activité socialisante s’applique à une part de plus en plus petite d’individus et rejette une masse grandissante de potentialités d’actions non plus seulement dans le non-être intérimaire du chômage mais dans le néant a priori du rebut. Les Indiens caraïbes d’avant la colonisation ne connaissaient que les activités mobiles, créatrices, en un mot ouvertes. Au point que «les Américains n’auraient importé tant de Noirs que parce qu’ils ne pouvaient pas utiliser les Indiens, qui se laissaient plutôt mourir.» (Deleuze-Guattari). Les colons ne cessent pas pour autant de se plaindre des Noirs : «Ils ne savent pas ce qu’est le travail» (idem). Il faut dire que les Noirs se suicidaient en mangeant de la terre, de la chaux et de la cendre, espérant ainsi retourner chez eux post mortem et échapper ainsi à l’enfer de l’esclavage. Le père Labat, ce Bouvard-et-Pécuchet esclavagiste aux Antilles, appelle cela pudiquement la «mélancolie noire». Aussi bien faut-il inverser le diagnostic actuel qui sanctifie la valeur-travail, et, à partir des sociétés caraïbes, actives sans être laborieuses, concevoir positivement nos nouvelles sociétés. »

Jacques Delors (cité par André Gorz) écrivait en 1988 dans La France par l’Europe : «Un homme salarié de vingt ans avait, en 1946, la perspective de passer au travail en moyenne un tiers de sa vie éveillée ; en 1975, un quart ; et aujourd’hui, moins d’un cinquième. Ces fractures récentes mais profondes devraient se prolonger et induire d’autres logiques de production et d’échange.» Vingt ans après et avec la révolution informatique, c’est encore plus vrai. Les crises successives (crise asiatique, bulle Internet, etc.) puis la crise économique mondiale en cours et que Delors lui-même a contribué à provoquer avec l’Acte unique et le traité de Maastricht, n’est pas une menace pour le système capitaliste lui-même mais un processus de rationalisation globale en même temps qu’une opportunité d’en accélérer le mouvement. Les faillites en cascade permettent une plus grande concentration des capitaux en même temps qu’un meilleur rendement du capital par une diminution considérable et rapide de la masse salariale. Le point de vue violemment unilatéral du capital sur le système évacue le problème d’une nouvelle socialisation indépendante de la valeur-travail et abandonne les peuples à la misère et à cette colère qui a déjà grondé dans les banlieues de l’hexagone qui sont comme ses colonies de l’intérieur.

En ce début de XXIe siècle, il est grand temps de signer ici, ansanm ansanm ("ensemble, ensemble!"), l’acte de décès de ce système mondial de pwofitasyion.

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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 22:06

Le « Figaro » que l’on ne peut guère soupçonner d’anti-européisme et d’altermondialisme, publie dans sa livraison du 14 février, un « papier » sur le lobbying auprès de la Commission européenne. Cela en dit long sur la conception européenne de la démocratie !

 

Il faut savoir qu’une pléthore de « lobbyistes » pullule dans le quartier européen à Bruxelles, auprès des bâtiments abritant la Commission  le Parlement européens. Comment cela fonctionne-t-il ? Cela fait des années que des lobbies de toute sorte se sont installés auprès des institutions européennes dans le but de faire pression sur les décisions réglementaires prises par le Conseil, la Commission et le Parlement. Le plus célèbre d’entre eux est le BEUC (Bureau européen des Unions de Consommateurs) qui essaie d’orienter les décisions européennes en faveur des intérêts des consommateurs. Lisez : dans ce que ces Unions disent être l’intérêt des consommateurs, ces Unions faisant elles-mêmes l’objet de la pression des lobbies industriels et agricoles. Mais, il existe d’innombrables lobbies dans tous les secteurs du commerce et de l’industrie.

 

S’ils ne se contentaient d’exister et d’essayer d’influencer les décisions par des contacts extérieurs, il n’y aurait pas grand-chose à dire, bien que la pression d’intérêts particuliers sur l’intérêt général soit par définition malsaine. Mais ils participent directement au processus d’élaboration des règlements via des ONG « reconnues » que ces lobbies contrôlent. Il nous est revenu de la part d’un fonctionnaire européen travaillant à la fameuse DG de la Concurrence qu’un agent d’un lobbyiste est rentré dans son bureau et s’est emparé, sans lui demander la permission, d’un dossier qu’il était en train de traiter. Le fonctionnaire s’en est plaint auprès de sa hiérarchie qui a considéré le comportement du lobbyiste comme tout à fait normal. Au bout de quelques heures, le dossier lui est revenu et il a pu en reprendre le traitement pour l’élaboration d’une note d’élaboration d’un nouveau règlement. Lorsque la décision fut prise par la Commission en la matière, il s’aperçut que ses propositions n’étaient pas retenues et que la disposition réglementaire nouvelle avait été modifiée en tenant compte de l’intérêt du lobby en question.

 

Voilà donc une démarche typiquement néolibérale qui cadre bien avec  l’esprit et la lettre de l’Union européenne. L’intérêt général n’est que la somme des intérêts particuliers. L’influence des lobbies devient de plus en plus grande. Ils interviennent à l’intérieur du processus réglementaire. Les règles élémentaires de la démocratie – qui n’est par ailleurs pas très florissante au sein des institutions de l’UE – sont bafouées sans que personne ne trouve rien à objecter.

 

Le « Figaro » rapporte un incident qui révèle l’ampleur de ce mal qui ronge les institutions européennes. « Il règne un climat de paranoïa à la commission européenne depuis la découverte, la semaine dernière, d'une opération de piratage du registre d'enregistrement des lobbyistes à Bruxelles. Une mystérieuse société financière britannique, baptisée Fare Banks Ltd s'est inscrite, le plus simplement du monde, sur la liste des multiples groupes de pression opérant au sein du quartier européen.

Sur sa fiche d'identité, le cabinet en question affirme réaliser 250 millions d'euros de chiffres d'affaires, un revenu quarante fois supérieur à celui des plus gros cabinets de la place, comme Hill & Knowlton ! Son patron a tout l'air d'être un faux nez cachant un politicien italien, proche de Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi. Le personnage en question, Gennaro Ruggiero, fantaisiste et hâbleur, est également lié à une douzaine d'ONG, également inscrites dans le fichier bruxellois. Ce qui permet à ces dernières d'être associées à l'élaboration des lois. »

Donc, il y a une sorte de processus de reconnaissance (sur la base de quels critères ?) des lobbies qui travaillent auprès de la Commission européenne.  Le « Figaro » ajoute : « Pour cette institution européenne, qui s'est longtemps flattée d'être une maison de verre, l'affaire fait désordre. La mise sur pied, le 23 juin dernier, de cette banque d'enregistrement des lobbyistes, qui fonctionne sur une base volontaire, avait pour but d'accroître la transparence, au sein d'une profession dont les méthodes restent opaques. En s'enregistrant sur la liste, les groupes de pression doivent notamment « veiller à ne pas obtenir ou chercher malhonnêtement des informations, et ne pas inciter le personnel européen à enfreindre les normes de comportement qui leur sont applicables ». Mais aujourd'hui, «le fait que douze sociétés douteuses puissent ainsi figurer sur ce registre, décrédibilise la démarche et met en lumière l'absence de contrôle de la part de la commission», critique Erik Wesselius, représentant d'Alter EU, une ONG spécialisée dans la surveillance des lobbys bruxellois. »

Savourons l’humour involontaire de ce commentaire sur cette banque de données qui a « pour but d'accroître la transparence, au sein d'une profession dont les méthodes restent opaques ».

A propos d’opacité, la presse est tenue éloignée de toute information  sur le processus de décision européen. Selon le journaliste Jean Quatremer, correspondant de « Libération » à Bruxelles et « européiste » convaincu, il explique dans son blog (http://bruxelles.blogs.liberation.fr): « Des cas récents montrent que la menace de l’espionnage contre la Commission croît de jour en jour, certains pays, des groupes de pression, des journalistes et des agences privées cherchant à obtenir des informations sensibles et protégées ». Cette note, émanant du chef de la sécurité de la Commission, a été envoyée à l’ensemble des services, comme l’a confirmé aujourd’hui Valérie Rampi, la porte-parole du commissaire chargé de l’administration, à la suite d’un article du quotidien allemand, la Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Il a manifestement échappé au chef de la sécurité que le travail des journalistes, assimilés à des "groupes de pression" et des "agences privées" est justement de se procurer des informations « sensibles et protégées » et que cela fait partie de leur travail qui est essentiel au bon fonctionnement de la démocratie. Valérie Rampi s’est enfoncée en se défendant : « il n’y a pas une suspicion généralisée envers les journalistes » et il "peut aussi s'agir d'une jeune et jolie stagiaire aux longues jambes" (le boudin n'est donc pas concerné :-D). Le lapsus (« généralisé ») est révélateur : seuls les fouineurs sont visés, ceux qui estiment que l’information n’est pas donnée lors du point de presse quotidien de la Commission. Et précisions à Valérie Rampi que la note ne parle pas de "jeunes et jolies stagiaires" mais bien de "journalistes". »

Voilà donc deux piliers du totalitarisme assemblés : l’opacité du processus de décision et la mise à l’écart de la Presse.

Si on veut que l’Europe se construise, elle doit profondément changer et être une réelle démocratie. Tout le mouvement qui a mené au « non » au Traité constitutionnel, n’est pas nécessairement opposé à la construction européenne. Il est opposé à un processus d’installation d’un système totalitaire dont l’objet est la destruction de la société d’inspiration sociale- démocrate européenne. Les élections européennes, elles pourraient réserver de drôles de surprises.

La démocratie européenne est une fiction. A l’instar de la victime d’un délit qui demande : « Que fait la police ? », on peut poser la question à l’égard de l’Europe : « Que fait le politique ? » Réponse : pas grand-chose puisqu’il a renoncé à exercer son métier.

 

 

 

 

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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 10:37

Le 10 février, une épave de satellite russe a percuté un satellite de communications opérationnel. Le choc a répandu un grand nombre de débris dans l’espace circumterrestre.

La société américaine Iridium Satellite LLC opère actuellement une constellation de 66 satellites dévolus aux communications directes au moyen de téléphones portables dédiés, au service du particulier comme des militaires. Lancé le 14 septembre 1997, Iridium 33, parfaitement opérationnel, se trouvait sur une orbite pratiquement circulaire de 783,2 x 786,4 km inclinée à 86,4° (donc quasiment polaire) et décrite en 100,4 minutes. Se trouvait, car il a cessé d’exister le 10 février dernier à très exactement 10 h 56 TU lorsqu’il a croisé la trajectoire de Cosmos 2251...


Représentation des quelque 18.000 satellites et objets divers actuellement en orbite autour de la Terre. Crédit Esa

Celui-ci, de conception russe, ne fonctionnait plus depuis une dizaine d’années et figurait donc sur la liste des épaves de l’espace. Lancé le 16 juin 1993, il faisait partie de la famille Strela-2 et avait assuré une partie des communications entre le QG de l'Armée russe et les forces militaires sur le terrain depuis une orbite de 783,6 x 806,6 km inclinée à 74°. L’incroyable s’est produit lorsque, il y a deux jours, les deux objets, dont la masse est relativement similaire (environ une tonne) se sont trouvés en trajectoire de collision et se sont heurtés.

Choc violent !

Le choc s’est montré particulièrement violent à une vitesse relative avoisinant la dizaine de kilomètres par seconde. Les réseaux du Norad américain ont jusqu’à présent détecté environ 600 débris, un nombre toujours en augmentation.

Selon Nicholas Johnson, dirigeant le centre de surveillance des débris orbitaux au centre Johnson de la Nasa, la collision s’est produite au-dessus du nord de la Sibérie à une altitude de 790 kilomètres. La Station Spatiale Internationale ne semble pas menacée, mais il n’a encore pu être déterminé si un risque existe pour d’autres satellites civils ou militaires. « Il nous faudra encore environ deux jours pour dresser une carte de la répartition des débris, mais je pense que la majorité d’entre eux suivent des trajectoires similaires aux orbites initiales des satellites détruits », affirme Nicholas Johnson.


Collision entre le satellite français Cerise et un débris spatial en 1992. Crédit CNRS

Selon Iridium Satellite, la perte de ce satellite n’aura qu’une incidence mineure sur l’exploitation du réseau de télécommunications. 95 satellites Iridium ont été lancés à ce jour (avec quelques échecs) et plusieurs exemplaires de réserve se trouvent déjà en orbite, prêts à pallier un incident de ce genre, ou une simple panne.

Des collisions exceptionnelles

Bien qu’extrêmement rares, de telles collisions se sont déjà produites par le passé. La première d’entre elles mit hors service le petit satellite militaire français Cerise, en 1992, dont l’antenne fut sectionnée par un débris spatial. D’autres satellites (trois identifiés à ce jour) ont été détruits de cette façon en orbite.

Sur un autre registre, l’Américaine Lottie Williams est la seule personne (connue) au monde à avoir été atteinte et blessée par la chute d’un débris spatial, le 22 janvier 1997 alors que, souffrant d’insomnie, elle se promenait dans un jardin public en Oklahoma.

Source : Futura-Sciences
Cordialement
Jean
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Cercle Astronomique de Bruxelles (CAB) http://www.astro-cab.be/
Occultations of stars by the Moon (Apex) http://www.astrosurf.com/apex-occult
European Asteroïdal Occultation Network (EAON) http://www.astrosurf.com/eaon/
Popular Astronomy http://home.versateladsl.be/apexoccult/
Jean Schwaenen apexoccult@versateladsl.be
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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 14:01
A la suite du licenciement brutal de quatre journalistes, y compris la rédactrice en chef, du principal hebdomadaire belge francophone d'actualité, Le Vif-L'Express (groupe Roularta), une "carte blanche" (texte ci-dessous) a été rédigée par l'Association des Journalistes Professionnels et par des professeurs d'université responsables des principales écoles de journalisme à Bruxelles et en Wallonie.

La publication de ce texte a été refusée par les deux quotidiens de référence en Belgique francophone, Le Soir et La Libre Belgique. Les auteurs de ce texte sont aussi consternés par ce refus que par les faits qui ont suscité le texte.

Contournant ce refus de même engager le débat, nous avons entrepris de faire circuler ce texte par tous les moyens disponibles en dehors des médias dont l'auto-censure ne fait que démontrer par l'absurde les constats très inquiétants soulignés par le texte.
Nous vous invitons à diffuser largement ce texte. Sa circulation virale démontrera la futilité des efforts de ceux qui pensent qu'il est encore possible aujourd'hui d'étouffer la circulation d'idées qui dérangent ceux qui, par ailleurs, se posent en défenseurs d'une société du dialogue et du débat.

Ajoutons que l'on profite de la crise financière pour museler la liberté de la presse. Il est aussi grave de constater que la presse d'opinion passe de plus en plus entre les mains de groupes financiers qui n'hésitent pas à intervenir dans la ligne éditoriale des organes qu'ils ont acquis.

Est-ce la fin de la presse d'opinion ? On peut se poser la question. C'est aussi un peu de sa faute. La grande presse d'opinion a très vite cédé à la "pensée unique". Il est vrai aussi que son principal problème est son financement. En Belgique, l'Etat subsidie la presse d'opinions qui compensait par une publicité de plus en plus envahissante. Aujourd'hui, l'introduction dans la presse des grands groupes financiers change la donne.

Il s'agit ici d'un débat fondamental.

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La carte blanche rédigée par l'Association des Journalistes Professionnels et des professeurs d'université à propos du conflit au Vif et refusée par Le Soir et la Libre Belgique.
 
Un journalisme mis au pas
 
Le brutal licenciement signifié sans motif, le jeudi 22 janvier, à quatre journalistes chevronnées de l'hebdomadaire Le Vif /L'Express n'est pas qu'une péripétie douloureuse au sein d'une grande entreprise, comme il s'en déroule hélas chaque jour dans le pays. La mise à l'écart de collaboratrices qui comptent jusqu'à vingt ans d'ancienneté au sein du magazine, et qui en ont forgé les valeurs autant que la réputation, relève en l'occurrence d'une épuration dont les intentions manifestes sont inquiétantes pour la liberté rédactionnelle du Vif en particulier et pour le journalisme en général.
 
Le directeur du Vif/L'Express, qui s'était déjà signalé antérieurement à Trends/Tendances par une propension à distribuer des C4, et qui en est, au Vif, à 6 licenciements, 2 départs et 2 déplacements imposés, l'a précisé lui-même : aucune raison économique ne l'a poussé à congédier la rédactrice en chef et 3 rédactrices spécialisées l'une en politique intérieure, l'autre en sciences, la troisième en culture. Invoquant des relations dégradées entre l'équipe de rédaction et la rédactrice en chef, la direction – qui n'a pas réussi à résoudre ces problèmes – a choisi la manière la plus radicale d'y mettre fin. Le prétexte est non seulement léger mais, en outre, il ne concerne pas toutes les journalistes concernées.

 La valse des licenciements, entamée au Vif voici bientôt trois ans, traduit en réalité une obsession constante : mettre au pas la rédaction du premier magazine d'information générale de la Communauté française, qui avait précisément fondé sa crédibilité sur une totale indépendance d'analyse et de jugement, tant à l' égard de ses propres actionnaires – le groupe flamand Roularta–  que vis-à-vis des différents pouvoirs, politiques comme économiques, de la société belge.
 
Durant plus de deux décennies, Le Vif/L'Express a pu défendre un journalisme exigeant, soucieux d'abord de la pertinence et de l'utilité, pour ses lecteurs, des sujets qu'il abordait. Au nom de cette éthique, il pouvait parfois estimer nécessaire de fâcher un annonceur, de heurter un ministre ou de consacrer une couverture à un thème moins vendeur. Tout cela n'est plus allé de soi dès l'instant où, inquiétée par une légère érosion des ventes, la haute direction de Roularta s'est laissée convaincre qu'il fallait remplacer les journalistes expérimentés, couper les têtes qui dépassent, et faire de la docilité aux impératifs économiques de l'entreprise un credo admissible.
 
L'éditeur du Vif n'est pas le seul à déposséder ainsi la rédaction de sa capacité à penser ses priorités et à définir ses champs d'action. En Belgique comme à l'étranger, trop d'entrepreneurs de presse choisissent, parfois sous le prétexte des difficultés économiques, d'appauvrir les contenus, de réduire les effectifs, de se priver de plumes critiques et d'esprits libres, de mettre au placard des talents fougueux, et de préférer des chefs et sous-chefs soumis.

Le Vif n'est pas le seul, mais il est l'unique hebdomadaire d'information générale largement diffusé en Communauté française. Ceux qui l'épuisent aujourd'hui de l'intérieur portent à cet égard une responsabilité devant l'ensemble de l'opinion.
 
A l'inquiétude pour l'avenir de ses journalistes chassés, mais aussi de ceux qui restent, s'ajoute la stupéfaction face à la brutalité sociale : convoquées un soir par un SMS sur leur portable, les quatre licenciées ont été renvoyées sur le champ de grand matin, avec interdiction formelle de repasser par la rédaction pour emporter des effets personnels. Deux heures sous surveillance leur ont été concédées, le samedi suivant, pour cette besogne. De quelle faute gravissime, de quel délit, ces quatre là étaient-elles donc coupables pour mériter un tel mépris ? Rien ne justifie une telle violence dans les relations sociales, qui en l'occurrence se double d'un réel mépris pour le droit du travail et contraste avec l'image de la paisible entreprise familiale qu'aime à se donner Roularta. La réaction de la Société des Journalistes du Vif – qui observait dès jeudi  un arrêt de travail  –  comme le soutien inconditionnel de l'Association des Journalistes Professionnels et des syndicats, indiquent que la limite de l'acceptable a été franchie.
 
La crise financière, la chute des revenus publicitaires, la diversification technologique des médias et les investissements qu'elle réclame ne pourront jamais justifier à nos yeux que le journalisme soit réduit à sa seule valeur économique, que les journalistes ne soient plus les chiens de garde de la démocratie mais seulement des petits soldats zélés chargés de vendre des contenus formatés pour les impératifs commerciaux à court terme.

Nous avons besoin de rédactions expérimentées, en effectif suffisant, libres et indépendantes. Comme nous avons davantage besoin de matière grise, d'expertise, de culture et de réflexion journalistique étayée que de mise en scène spectaculaire de papiers vulgarisés à l'extrême pour plaire au plus grand nombre. Les comportements de certains managers et les plans d'économie concoctés au nord comme au sud du pays ne vont pas dans ce sens. Maintenons à nos médias leurs capacités intellectuelles : respectons les journalistes !
 
- Martine Simonis, Secrétaire Nationale de l'Association des Journalistes Professionnels
- Pascal Durand, Professeur ordinaire à l'ULg
- Benoit Grevisse, directeur de l'école de journalisme de Louvain (UCL)
- François Heinderyckx, Professeur ordinaire à l'ULB
- Claude Javeau, Professeur émérite de l'ULB
- Jean-Jacques Jespers, directeur de l'école universitaire de journalisme de Bruxelles (ULB)
- Hugues le Paige, journaliste
- Gabriel Ringlet, Professeur émérite de l'UCL
- Marc Sinnaeve, Président du Département journalisme de l'IHECS

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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 15:25

Nos lecteurs savent combien nous sommes critiques à l’égard de l’offensive israélienne à Gaza. Rien ne justifie le bombardement de populations civiles et la destruction d’installations vitales pour toute ville comme les points de distribution d’eau, les centrales électriques, les dépôts de carburant, etc. Rien ne justifie un blocus qui empêche un million  de personnes de s’épanouir économiquement. Rien ne justifie une offensive de pareille envergure en réponse à des attaques de roquettes relativement peu meurtrières et sporadiques.

 

Rien ne justifie non plus de céder à la peur et au fanatisme. Pourtant, c’est ce qui vient de se passer à Bruxelles. Le principal institut d’architecture de Bruxelles, l’Institut de la Cambre, vient de céder à une peur diffuse, à la crainte du « politiquement correct » en déprogrammant une exposition consacrée à l’architecture de la ville israélienne de Tel-Aviv qui fête son centième anniversaire. Cette exposition devait se tenir du 15 février au mois d’août 2009 dans les locaux de l’Institut de la Cambre et est organisée par le CIVA (Centre International pour la Ville, l’Architecture et le Paysage). Or, la ville de Tel-Aviv a une très grande importance pour l’architecture mondiale. Le CIVA écrivait en présentation de l’exposition :

 

« Tel-Aviv est née d’un projet d’aménagement urbain et de création architecturale où se mêlent les influences du Mouvement moderne et les caractéristiques géographiques, culturelles et climatiques locales. En juillet 2003, l’Unesco a proclamé que la Ville Blanche de Tel-Aviv représentait le Mouvement moderne et que le tissu urbain et historique unique de Tel-Aviv constituait un site du patrimoine de l’humanité. Par cette inscription, le monde entier a reconnu les qualités architecturales particulières des bâtiments, des rues, des squares et des avenues de Tel-Aviv »

 

En l’espèce, l’exposition n’est pas du tout une manifestation de propagande pro-israélienne. Elle a un caractère scientifique et s’inscrit dans l’étude de l’architecture dans le monde. Mais, comme Tel-Aviv est la deuxième ville israélienne après Jérusalem, les organisateurs ont jugé : "Etant donné les circonstances actuelles du conflit israélo-palestinien, La Cambre Architecture ne souhaite pas s’associer à cette manifestation de quelque manière que ce soit." La Cambre demandait au Civa de réfléchir "au maintien de cette manifestation et de la différer dans le temps dans la mesure où il ne nous semble pas acceptable éthiquement de mettre en valeur l’architecture d’un pays qui, dans le même temps, s’emploie à détruire systématiquement l’infrastructure matérielle d’un voisin, sans parler évidemment des victimes civiles. Il y aurait beaucoup de cynisme à maintenir cette exposition, d’autant que cette manifestation se fait avec l’appui des autorités qui mènent cette politique, laquelle rencontre l’opprobre de la communauté internationale". (...)

 

Quel tissu de lâchetés ! Oser parler d’éthique et de cynisme des autorités alors qu’on avait accepté l’organisation de cette manifestation est en soi cynique. Le radicalisme des autorités israéliennes ne date pas d’hier et les atteintes aux droits de l’homme ne sont pas un fait nouveau. Et puis qu’y a-t-il de commun entre l’histoire d’une ville aujourd’hui centenaire et la politique israélienne actuelle ? Cette justification des organisateurs cache mal deux choses : des prises de position que l’on n’ose exprimer ouvertement et la peur de se faire passer pour « compagnon de route » d’Israël.

 

« Une telle attitude est en fait symptomatique d’une manière parfaitement déraisonnable de disqualifier, y compris dans le domaine de la culture, tout ce qui a trait, en particulier, à Israël. Une réaction aussi incohérente et brutale est inédite. S’agit-il de motifs politiques ? Nous ne nous souvenons pas, et nous nous en réjouissons, que des expositions consacrées à des artistes russes n’aient jamais été annulées pour protester contre la violence en Tchétchénie, comme d’ailleurs en cas d’expos sur des artistes du Congo, Soudan, Sri Lanka, Myanmar, Haïti, ou Cuba malgré la répression des dissidents, sans parler de la Chine. Y a-t-il un traitement d’exception pour Israël et les artistes israéliens ? » écrit Guy Duplat dans La Libre Belgique.

 

Oui, il y a un traitement d’exception pour Israël et ses artistes : il est dicté par la peur !

 

Une partie de la gauche intellectuelle se trouve prise entre deux feux dans le conflit israélo – palestinien. Prendre parti pour Israël équivaut à accepter des méthodes et une politique dénoncées comme néo-colonialistes, brutales, voire racistes. Prendre parti pour les Palestinien comporte le risque de se faire traiter d’antisémite et d’être complice des islamistes du Hamas. Bref, la gauche intellectuelle fait preuve ici, une fois de plus, de son courage habituel : la peur du « qu’en dira-t-on ? ». Aussi se réfugie-t-on courageusement derrière le « politiquement correct ».

 

Ce n’est pas prendre parti qu’il faut faire. On n’est plus dans les périodes où tout était simple comme pendant la guerre du Vietnam où les deux camps étaient bien définis. Le conflit israélo-palestinien est très complexe et comporte tant de paramètres qu’il est impossible de délimiter un camp par rapport à l’autre. D’ailleurs, cela n’aurait aucune utilité.

 

La seule position crédible est de réellement militer pour la paix. Alain Gresh, le directeur adjoint du « Monde diplomatique », qu’on ne peut soupçonner de « pro-sionisme », écrivait ce texte intitulé « Les bases d’une solidarité avec la Palestine », destiné au mouvement Attac :

« Même si l’on pense qu’il n’existe pas de “peuple juif ”, même si l’on croit que l’installation des juifs en Palestine s’inscrit dans le mouvement de colonisation, désormais Israël existe et il forme une société vivante et dynamique. Il est un État reconnu par la communauté internationale, par les Nations unies. On peut penser que l’entreprise sioniste fut une entreprise en large partie coloniale, et donc injuste – et même non légitime – et reconnaître les « faits accomplis ». D’autres exemples dans l’histoire, des États-Unis, au Canada ou en Australie en témoignent. L’installation des colons dans ces territoires a souvent abouti à des expulsions, voire des génocides [l’expression « génocide » est excessive !], mais personne ne met en cause le droit à l’existence de ces États (en revanche, on peut, comme cela a été obtenu en Australie et au Canada, revendiquer une reconnaissance des torts faits aux autochtones).

D’autre part, il faut reconnaître que l’immense majorité du peuple israélien se réclame du sionisme, quelle que soit la définition donnée de ce terme. La ligne de démarcation dans ce pays passe entre ceux qui acceptent un État palestinien indépendant et ceux qui refusent une telle éventualité. Dans les deux camps existent des sionistes. En résumé, je ne pense pas que le mouvement antimondialisation libérale doive prendre position sur ce débat sionisme-antisionisme. C’est un débat idéologique mais aussi un facteur de division, qui nuit à l’objectif essentiel : rassembler une majorité de l’opinion en faveur de la création d’un État palestinien indépendant, au côté de l’État d’Israël. » (cité par Henri Goldman dans son blog : http://blogs.politique.eu.org/henrigoldman/index.html )


C’est cette position-là qu’il faut défendre. La paix ne passera que par la reconnaissance des deux parties et donc des relations normales, comme des échanges culturels avec y compris des expositions d’architecture, par exemple.

Cela, la gauche européenne a les moyens de le faire, mais pour cela il lui faut une qualité qui lui manque : le courage.

Pour terminer, voici quelques éléments sur cette architecture de Tel-Aviv si dangereuse qu’on n’ose la montrer.

Tel-Aviv fut fondée en 1909 et s’est développée comme une ville métropolitaine sous le mandat britannique en Palestine. La ville blanche fut construite à partir du début des années 1930 et jusqu’aux années 1950, selon le plan d’urbanisme de sir Patrick Geddes, reflétant les principes de l’urbanisme organique moderne. Les bâtiments furent conçus par des architectes qui avaient immigré après avoir été formés dans divers pays d’Europe et y avoir exercé leur profession. Dans ce lieu et ce nouveau contexte culturel, ils réalisèrent un ensemble exceptionnel d’architecture du mouvement moderne.

Quelles sont les justifications d'inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO ?

Critère (ii) : La ville blanche de Tel-Aviv est la synthèse d’une valeur exceptionnelle des diverses tendances du mouvement moderne en matière d’architecture et d’urbanisme au début du XXe siècle. Ces influences ont été adaptées aux conditions culturelles et climatiques du lieu, de même qu’intégrées aux traditions locales.

Critère (iv) : La ville nouvelle de Tel-Aviv est un exemple remarquable d’urbanisme et d’architecture des villes nouvelles du début du XXe siècle, adapté aux exigences d’un contexte culturel et géographique particulier.

Enfin, il y a un style architectural nouveau, d’inspiration socialiste en réponse au très bourgeois Art Déco, le Bauhaus.

Quand le Bauhaus doit quitter l’Allemagne nazie en 1933, plusieurs des étudiants juifs (et un professeur, Erich Mendelsohn, qui ne restera pas) émigrent alors en Palestine. C’est l’époque de l’expansion du foyer juif, Tel-Aviv est en plein boom, les juifs allemands peuvent jusqu’à la guerre importer des matériaux de construction d’Allemagne (persiennes, carrelages qu’on retrouve ici ou là, parfois avec une svastika effacée) : plus de 4000 immeubles vont être construits dans le style international, celui du Bauhaus, en quelques années. Ce style est assez en phase avec l’idéologie ’socialiste’ de certains des colons juifs de l’époque, plus que le bourgeois Art Déco.


Ce n’est pas toujours ici un style des plus puristes, il s’accommode parfois de palmettes, de décors orientalisants ou d’ajouts Art Déco, mais cet ensemble architectural unique est néanmoins très reconnaissable.
Une évolution marquante du style Bauhaus ici est une tendance à des formes plus rondes, plus douces et féminines, des immeubles qu’on a pu comparer à des bateaux

Beaucoup d’immeubles sont en assez piteux état, environ 400 seulement (soit 10%) ont été correctement rénovés. La plupart ont profondément modifié les balcons (toit en tôle ondulée, par exemple) et les terrasses (initialement des espaces collectifs, avec buanderie et pergola, souvent privatisés et vendues comme penthouses). Mais on retrouve encore la pureté des lignes droites, le fonctionnalisme, l’orthogonalité des balcons ouverts et des cages d’escalier vitrées.

Il est par contre assez curieux que l’influence du Bauhaus en Israël se soit limitée à l’architecture, alors que le mouvement allemand était multidisciplinaire; mais ici, semble-t-il, ni concepteurs de textiles, ni fabricants de vitraux, ni photographes, ni peintres ou sculpteurs dignes de figurer au palmarès de ce mouvement, seulement des bâtisseurs.

On peut se demander en quoi ce mouvement architectural est lié au conflit actuel ?

Une école de bâtisseurs qui ferme sa porte à d’autres bâtisseurs, la quintessence de  la lâcheté. La Cambre vaut bien mieux que cela ! Elle doit se redresser.

 

 

 

 

 

 

 

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 21:18

La France catholique ne parviendra jamais à se débarrasser de son vieux fond antisémite. La classe intellectuelle germanopratine garde sa verve sartrienne envers et contre tout. Cela ferait sourire si cela ne prêtait à conséquences.

 

On assiste depuis longtemps au curieux spectacle de cette guerre qui divise la société française depuis la Fronde. Le dernier ouvrage de Pierre Péan, « le monde selon K. » (Fayard éditions, 2009) où il tente de déboulonner la statue kouchnérienne en provoquant la réaction indignée des intellos parisiens branchés en est le nouvel épisode.

 

Pierre Péan est loin d’être un exemple d’honnêteté intellectuelle. Il s’attaque méchamment à la classe intellectuelle parisienne. Il a rappelé ce que tout le monde savait sur les accointances pétainistes de François Mitterrand. Il s’est attaqué à la « forteresse » « le Monde ». Il a émis l’hypothèse d’un double génocide au Rwanda en dépit de tous les témoignages. Aujourd’hui, il s’attaque à l’inénarrable Kouchner. Son ouvrage contient des vérités connues, quelques vérités inédites et beaucoup d’approximations saupoudrées de plusieurs mensonges.

 

Sur le fond, Péan marque incontestablement des points. L’engagement de Kouchner au Kosovo fut loin d’être innocent. Il favorisa systématiquement les Albanais au détriment des Serbes. Il sélectionna les lieux sinistrés à aider. Cela commença par le Biafra en passant par la Somalie avec la rocambolesque mise en scène des sacs de riz,  pour se terminer au Darfour. Systématiquement il prit fait et cause pour des guerres régionales qui correspondaient aux intérêts de Washington. Il ne fut pas l’inventeur du fameux concept de « droit d’ingérence humanitaire » mais il le reprit à son compte en s’aidant des médias. C’est la méthode Kouchner.


Il évoque un autre aspect de la personnalité du French doctor avec la nomination de son épouse Christine Ockrent, dit « la reine Christine », à la tête de l’audiovisuel mondial français, nomination digne « d’une république bananière ». Ses tentatives pour être nommé professeur de médecine en usant des moyens de pression de son ministère, ses collusions financières avec les dictateurs africains suffiraient à jeter l’individu aux oubliettes de l’histoire.

 

Cependant, et c’est là l’intérêt du livre de Pierre Péan, c’est toute l’idéologie que son action véhicule. Kouchner est un soixante-huitard qui a viré quelques temps au gauchisme puis à ce qu’on appelle la « gauche américaine » depuis la fin de la guerre froide. L’humanitaire que Kouchner a sans doute abordé avec sincérité à ses débuts est vite devenu un instrument politique. On se met du côté du plus fort, celui qui a vaincu le communisme, c’est-à-dire l’Amérique. Avec l’aide de BHL qui sera  sa caution idéologique, Kouchner milite dans le cadre d’une vision simpliste du monde partagé entre le Bien et le Mal. C’est l’idéologie néoconservatrice de la fin de l’histoire, du choc des civilisations. On cautionne ce néo-colonialisme destiné à asseoir la puissance américaine : les interventions en Bosnie, en Afghanistan, en Irak. D’ailleurs, comme ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner réforme le Quai d’Orsay de fond en comble. Finie la diplomatie classique de représentation nationale pour les transformer en militants de la cause euro-atlantiste. Il casse la « diplomatie d’influence » française en démantelant les représentations culturelles au moment où les anglo-saxons et les Chinois les développent de leur côté. On voudrait tuer la culture française (nauséabonde et pétainiste par définition) qu’on ne procéderait pas autrement. Il y a donc chez Kouchner une nette volonté de détruire le concept de nation européenne, d’opposition à la construction d’une Europe politique au profit d’une zone de libre échange européenne dont  bénéficieront les Etats-Unis d’Amérique. C’est tout cela que dénonce Péan. Il a raison, mais le ton et les expressions utilisées déforcent sa pensée et jettent de l’eau au moulin de ses adversaires.

 

Les amis de Péan et lui le nient, mais reprendre des expressions issues tout droit du langage maurassien comme « cosmopolitisme anglo-saxon » relèvent d’une culture antisémite bien ancrée. Pourquoi ne pas parler de « l’occidentalisme » ou de la « mondialisation ». Cela veut dire la même chose et ce n’est pas un langage sulfureux qui tue tout débat serein.

 

Ce sont les termes dont use Hubert Védrine qui fut le meilleur ministre des affaires étrangères français depuis trente ans. Il avait pourtant fait la leçon à Kouchner. Pierre Péan relate ceci : « Bernard Kouchner rapporte à ce sujet une conversation intéressante avec Hubert Védrine :

 

« - Etais-tu hostile aux bombardements ? lui demande le French doctor. (Il évoquait les bombardements américains de Belgrade pendant la guerre du Kosovo)

 

«  - Nous aurions pu et dû signer à la conférence de Rambouillet.

 

«  - Avec Milosevic pour qu’il ait les mains libres au Kosovo, en reniant une fois de plus sa signature ? Le droit d’ingérence avance, Hubert, une conscience internationale des droits de l’homme se développe, une mondialisation des énergies !

 

«  - Je m’en méfie. Les nations restent la clé ! répond le chef de la diplomatie. Les nations restent la clé, pas les émotions des téléspectateurs ! »

 

Deux conceptions du monde antinomiques ; Deux visions de l’histoire.

 

Les dirigeants du PS français surnommaient à l’époque le French doctor « Koukouchpanière ». Espérons qu’il soit mis à pied avant qu’il n’ait fait trop de dégâts.

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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 18:11
L'Islande est un pays peu connu si ce n'est par les épargnants belges floués par la banque Kaupthig. Ce pays est en faillite. Il est le premier des pays occidentaux atteint par la crise. Il s'agit sans doute du début d'un immense maelström qui va secouer "l'Occident". En tout cas, il est intéressant de lire l'article du journal britannique "The independent" rapporté par le site marianne2.fr. Cela fait froid dans le dos, mais il est certain que nos vaillantes élites ne pourront plus fuir leurs responsabilités par des commissions d'enquête bidons.

Ce n'est qu'un début. Les responsabilités seront établies et il faudra payer. C'est la loi du genre.

- Des Nouvelles Du Front - http://dndf.org -

ISLANDE • Après la crise, la révolution

Posted By A.D. On 27 janvier 2009 @ 22:13 In Bouquins, revues, articles repérés |

 

La démission du gouvernement, le 26 janvier, est le résultat d’une pression populaire de plus en plus forte depuis la quasi-faillite de l’île à l’automne dernier. Car les citoyens ne cachent plus leur colère et leur désespoir.
De Reykjavík
Il y a encore quelques années, l’Islande pouvait être fière de sa réussite. Ses affaires étaient florissantes, ses habitants vivaient dans l’abondance et la capitale Reykjavík était devenue une destination touristique en vue. Rares sont ceux à avoir envisagé que leur fulgurante ascension financière pourrait se solder par une chute tout aussi spectaculaire.

En octobre 2008, les trois principales banques islandaises ont été nationalisées puis déclarées en faillite. Du jour au lendemain, les Islandais – et ils étaient nombreux – qui roulaient en gros 4 x 4 et avaient investi dans l’immobilier de luxe en contractant un emprunt auprès d’une banque étrangère ont vu la valeur de leurs biens s’effondrer, tandis que leurs mensualités grimpaient en flèche.

Les Islandais plus parcimonieux ont été également durement touchés. Des milliers de travailleurs proches de la retraite qui avaient investi leurs économies dans des actions auprès des banques Landbanki, Glitnir et Kaupthing, ont tout perdu. Les prix de l’alimentation et de l’essence ne cessent d’augmenter et, avec des taux d’intérêt proches des 20 %, même les prêts plus modestes deviennent impossibles à honorer.

“Nous avons l’impression d’avoir été incapables de gérer nos affaires”, estime Hallgrímur Helgason, l’un des plus célèbres romanciers de l’île. “Nous avons été livrés à nous-mêmes pendant des années et nous sommes allés trop loin, trop vite, en trop peu de temps. A présent, nous sommes ruinés, et nous avons plus de dettes que nous ne pouvons en rembourser. Nous sommes comme des enfants dont les parents se sont absentés pour le week-end et qui ont saccagé la maison.”

Comment cela se traduit-il pour le citoyen ordinaire d’un pays dont les caisses sont vides ? Parle-t-on de soupes populaires, de foyers d’hébergement et de mendicité ? Loin de là. Les rues de la capitale sont propres et les gens sont toujours aussi hospitaliers et charmants. Le vendredi et samedi soir, de nombreux bars et clubs font le plein. Et, à en juger par l’état d’ébriété de la plupart des gens, ils continuent à dépenser de l’argent.

Les problèmes de l’Islande se sont cristallisés lors des événements tumultueux de la semaine dernière. Depuis le mois d’octobre, immédiatement après l’effondrement de l’économie, des manifestations pacifiques ont été organisées sur la place principale de Reykjavík, devant l’Althing, le Parlement. Et, les 20 et 21 janvier, ces manifestations se sont transformées en émeutes. Des projectiles ont été lancés sur la police et sur le Parlement. Les fenêtres de l’Althing ont été brisées et des feux allumés. Plus de 130 manifestants ont dû être soignés à cause des gaz lacrymogènes utilisés par la police pour disperser la foule et un policier a été gravement blessé.

Le 23 janvier, Hördhur Torfason, militant des droits de l’homme et l’un des organisateurs de la manifestation, a raconté une anecdote épouvantable pour illustrer le sentiment de désespoir de ses compatriotes. Il avait reçu un coup de téléphone d’un homme qui lui avait raconté que les quatre générations de sa famille avaient tout perdu. “Il voulait que je les aide à construire une potence devant le Parlement”, raconte Torfason. “Je lui ai demandé si c’était censé être symbolique. Il a répondu : ‘Non. Un membre de ma famille a l’intention de se pendre en public.’ Je lui ai dit que j’étais prêt à les aider, mais pas de cette manière”, poursuit Torfason. “Mais cette personne s’est suicidée le surlendemain.”

Davantage de gens vont à l’église pour trouver un réconfort spirituel mais aussi parce qu’on peut s’y procurer des denrées alimentaires pour une somme modique. Les soupes populaires ne sont pas à l’ordre du jour. “Les gens auraient honte de faire la queue dans la rue pour avoir à manger”, explique Thór Gíslason, de la Croix-Rouge. “Nous comptons plutôt organiser des activités et du bénévolat où les gens pourraient partager un repas.”

Pour les Islandais, la cupidité, la corruption des politiques et l’absence de réglementation sont à l’origine de ce chaos, mais la plupart des gens savent qu’ils portent leur part de responsabilité. “Je me sens responsable”, admet l’écrivain Helgason. “Nous admirions l’impudence de ces ‘nouveaux Vikings’ et nous nous sommes tous laissés berner. Nous sommes une société jeune et immature.”

Aujourd’hui, ils veulent la dissolution du Parlement, une nouvelle Constitution et une enquête sur la responsabilité des hommes politiques. “Tout le monde ou presque est ruiné”, explique l’un des organisateurs des manifestations, Magnús Björn Ólafsson. “C’est une révolution, et nous voulons rédiger une nouvelle Constitution comme l’ont fait les Français.”

Sophie Morris
The Independent


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Des Nouvelles Du Front. Diffusion recommandée

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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 21:00
Voici le discours de 1963 de Martin Luther King "I have a dream" . A comparer avec celui de Barak Hussein Obama qui sera diffusé demain. Avec mes remercients à Bernard Gasté dit Boaz le Carnute.


Souvenons nous, ce n'est plus un rêve .......

Martin Luther King - J’ai fait un rêve

 


Je suis heureux de participer avec vous aujourd’hui à ce rassemblement qui restera dans l’histoire comme la plus grande manifestation que notre pays ait connu en faveur de la liberté.

Il y a un siècle de cela, un grand américain qui nous couvre aujourd’hui de son ombre symbolique signait notre acte d’émancipation. Cette proclamation historique faisait, comme un grand phare, briller la lumière de l’espérance aux yeux de millions d’esclaves noirs marqués au feu d’une brûlante injustice. Ce fut comme l’aube joyeuse qui mettrait fin à la longue nuit de leur captivité.

Mais cent ans ont passé et le Noir n’est pas encore libre. Cent ans ont passé et l’existence du Noir est toujours tristement entravée par les liens de la ségrégation, les chaînes de la discrimination ; cent ans ont passé et le Noir vit encore sur l’île solitaire de la pauvreté, dans un vaste océan de prospérité matérielle ; cent ans ont passé et le Noir languit toujours dans les marches de la société américaine et se trouve en exil dans son propre pays.

C’est pourquoi nous sommes accourus aujourd’hui en ce lieu pour rendre manifeste cette honteuse situation. En ce sens, nous sommes montés à la capitale de notre pays pour toucher un chèque. En traçant les mots magnifiques qui forment notre constitution et notre déclaration d’indépendance, les architectes de notre république signaient une promesse dont héritaient chaque Américain. Aux termes de cet engagement, tous les hommes, les Noirs, oui, aussi bien que les Blancs, se verraient garantir leurs droits inaliénables à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur.

Il est aujourd’hui évident que l’Amérique a failli à sa promesse en ce qui concerne ses citoyens de couleur. Au lieu d’honorer son obligation sacrée, l’Amérique a délivré au peuple noir un chèque sans valeur ; un chèque qui est revenu avec la mention "Provisions insuffisantes". Nous ne pouvons croire qu’il n’y ait pas de quoi honorer ce chèque dans les vastes coffres de la chance en notre pays. Aussi sommes nous venus encaisser ce chèque, un chèque qui nous fournira sur simple présentation les richesses de la liberté et la sécurité de la justice.

Nous sommes également venus en ce lieu sanctifié pour rappeler à l’Amérique les exigeantes urgences de l’heure présente. Il n’est plus temps de se laisser aller au luxe d’attendre ni de pendre les tranquillisants des demi-mesures. Le moment est maintenant venu de réaliser les promesses de la démocratie ; le moment est venu d’émerger des vallées obscures et désolées de la ségrégation pour fouler le sentier ensoleillé de la justice raciale ; le moment est venu de tirer notre nation des sables mouvants de l’injustice raciale pour la hisser sur le roc solide de la fraternité ; le moment est venu de réaliser la justice pour tous les enfants du Bon Dieu. Il serait fatal à notre nation d’ignorer qu’il y a péril en la demeure. Cet étouffant été du légitime mécontentement des Noirs ne se terminera pas sans qu’advienne un automne vivifiant de liberté et d’égalité.

1963 n’est pas une fin mais un commencement. Ceux qui espèrent que le Noir avait seulement besoin de laisser fuser la vapeur et se montrera désormais satisfait se préparent à un rude réveil si le pays retourne à ses affaires comme devant.

Il n’y aura plus ni repos ni tranquillité en Amérique tant que le Noir n’aura pas obtenu ses droits de citoyen.

Les tourbillons de la révolte continueront d’ébranler les fondations de notre nation jusqu’au jour où naîtra l’aube brillante de la justice.

Mais il est une chose que je dois dire à mon peuple, debout sur le seuil accueillant qui mène au palais de la justice : en nous assurant notre juste place, ne nous rendons pas coupables d’agissements répréhensibles.

Ne cherchons pas à étancher notre soif de liberté en buvant à la coupe de l’amertume et de la haine. Livrons toujours notre bataille sur les hauts plateaux de la dignité et de la discipline. Il ne faut pas que notre revendication créatrice dégénère en violence physique. Encore et encore, il faut nous dresser sur les hauteurs majestueuses où nous opposerons les forces de l’âme à la force matérielle.

Le merveilleux militantisme qui s’est nouvellement emparé de la communauté noire ne doit pas nous conduire à nous méfier de tous les Blancs. Comme l’atteste leur présence aujourd’hui en ce lieu, nombre de nos frères de race blanche ont compris que leur destinée est liée à notre destinée. Ils ont compris que leur liberté est inextricablement liée à notre liberté. L’assaut que nous avons monté ensemble pour emporter les remparts de l’injustice doit être mené par une armée biraciale. Nous ne pouvons marcher tout seuls au combat. Et au cours de notre progression, il faut nous engager à continuer d’aller de l’avant ensemble. Nous ne pouvons pas revenir en arrière. Il en est qui demandent aux tenants des droits civiques : "Quand serez vous enfin satisfaits ?" Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant que le Noir sera victime des indicibles horreurs de la brutalité policière.

Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant que nos corps recrus de la fatigue du voyage ne trouveront pas un abris dans les motels des grand routes ou les hôtels des villes. Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant que la liberté de mouvement du Noir ne lui permettra guère que d’aller d’un petit ghetto à un ghetto plus grand.

Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant que nos enfants seront dépouillés de leur identité et privés de leur dignité par des pancartes qui indiquent : "Seuls les Blancs sont admis." Nous ne pourrons être satisfaits tant qu’un Noir du Mississippi ne pourra pas voter et qu’un Noir de New York croira qu’il n’a aucune raison de voter. Non, nous ne sommes pas satisfaits, et nous ne serons pas satisfaits tant que le droit ne jaillira pas comme les eaux et la justice comme un torrent intarissable.

Je n’ignore pas que certains d’entre vous ont été conduits ici par un excès d’épreuves et de tribulations. D’aucuns sortent à peine de l’étroite cellule d’une prison. D’autres viennent de régions où leur quête de liberté leur a valu d’être battus par les tempêtes de la persécution, secoués par les vents de la brutalité policière. Vous êtes les pionniers de la souffrance créatrice. Poursuivez votre tache, convaincus que cette souffrance imméritée vous sera rédemption.

Retournez au Mississippi ; retournez en Alabama ; retournez en Caroline du Sud ; retournez en Géorgie ; retournez en Louisiane, retournez à vos taudis et à vos ghettos dans les villes du Nord, en sachant que, d’une façon ou d’une autre cette situation peut changer et changera. Ne nous vautrons pas dans les vallées du désespoir.

Je vous le dis ici et maintenant, mes amis : même si nous devons affronter des difficultés aujourd’hui et demain, je fais pourtant un rêve. C’est un rêve profondément ancré dans le rêve américain. Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo : "Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux."

Je rêve que, un jour, sur les rouges collines de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité.

Je rêve que, un jour, l’État du Mississippi lui-même, tout brûlant des feux de l’injustice, tout brûlant des feux de l’oppression, se transformera en oasis de liberté et de justice. Je rêve que mes quatre petits enfants vivront un jour dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau mais à la nature de leur caractère. Je fais aujourd’hui un rêve !

Je rêve que, un jour, même en Alabama où le racisme est vicieux, où le gouverneur a la bouche pleine des mots "interposition" et "nullification", un jour, justement en Alabama, les petits garçons et petites filles noirs, les petits garçons et petites filles blancs, pourront tous se prendre par la main comme frères et sœurs. Je fais aujourd’hui un rêve !

Je rêve que, un jour, tout vallon sera relevé, toute montagne et toute colline seront rabaissés, tout éperon deviendra une pleine, tout mamelon une trouée, et la gloire du Seigneur sera révélée à tous les êtres faits de chair tout à la fois.

Telle est mon espérance. Telle est la foi que je remporterai dans le Sud.

Avec une telle foi nous serons capables de distinguer, dans les montagnes de désespoir, un caillou d’espérance. Avec une telle foi nous serons capables de transformer la cacophonie de notre nation discordante en une merveilleuse symphonie de fraternité. Avec une telle foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de lutter ensemble, d’aller en prison ensemble, de nous dresser ensemble pour la liberté, en sachant que nous serons libres un jour. Ce sera le jour où les enfants du Bon Dieu pourront chanter ensemble cet hymne auquel ils donneront une signification nouvelle -"Mon pays c’est toi, douce terre de liberté, c’est toi que je chante, pays où reposent nos pères, orgueil du pèlerin, au flanc de chaque montagne que sonne la cloche de la liberté"- et si l’Amérique doit être une grande nation, il faut qu’il en soit ainsi. Aussi faites sonner la cloche de la liberté sur les prodigieux sommets du New Hampshire.

Faites la sonner sur les puissantes montagnes de l’État de New York. Faites la sonner sur les hauteurs des Alleghanys en Pennsylvanie. Faites la sonner sur les neiges des Rocheuses, au Colorado. Faites la sonner sur les collines ondulantes de la Californie. Mais cela ne suffit pas.

Faites la sonner sur la Stone Mountain de Géorgie. Faites la sonner sur la Lookout Mountain du Tennessee. Faites la sonner sur chaque colline et chaque butte du Mississippi, faites la sonner au flanc de chaque montagne.

Quand nous ferons en sorte que la cloche de la liberté puisse sonner, quand nous la laisserons carillonner dans chaque village et chaque hameau, dans chaque État et dans chaque cité, nous pourrons hâter la venue du jour où tous les enfants du Bon Dieu, les Noirs et les Blancs, les juifs et les gentils, les catholiques et les protestants, pourront se tenir par la main et chanter les paroles du vieux "spiritual" noir : "Libres enfin. Libres enfin. Merci Dieu tout-puissant, nous voilà libres enfin."

Voici l'intégralité du discours d'investiture prononcé par Barack Obama, mardi 20 janvier au Capitole.

Chers compatriotes

Je suis ici devant vous aujourd'hui empli d'un sentiment d'humilité face à la tâche qui nous attend, reconnaissant pour la confiance que vous m'avez témoignée et conscient des sacrifices consentis par nos ancêtres.
Je remercie le président Bush pour ses services rendus à la nation ainsi que pour la générosité et la coopération dont il a fait preuve tout au long de cette passation de pouvoirs.

Quarante-quatre Américains ont maintenant prêté le serment présidentiel. Ils l'ont fait alors que gonflait la houle de la prospérité sur les eaux calmes de la paix. Mais il arrive de temps à autre que ce serment soit prononcé alors que s'accumulent les nuages et que gronde la tempête.
Dans ces moments, l'Amérique a gardé le cap, non seulement en raison de l'habileté ou de la vision de ses dirigeants, mais aussi parce que Nous le Peuple, sommes demeurés fidèles aux idéaux de nos ancêtres et à notre constitution.
Ainsi en a-t-il toujours été. Ainsi doit-il en être pour la présente génération d'Américains.

Nul n'ignore que nous sommes au beau milieu d'une crise. Notre nation est en guerre contre un vaste réseau de violence et de haine. Notre économie est gravement affaiblie, conséquence de la cupidité et de l'irresponsabilité de certains, mais aussi de notre échec collectif à faire des choix difficiles et à préparer la nation à une nouvelle ère. Des gens ont perdu leur maison ou leur emploi, des entreprises ont dû fermer leurs portes. Notre système de santé coûte trop cher. Nos écoles laissent tomber trop d'enfants et chaque jour apporte de nouvelles preuves que la façon dont nous utilisons l'énergie renforce nos adversaires et menace notre planète.
Ce sont les signes de la crise en termes statistiques. Mais, si elle n'est pas aussi tangible, la perte de confiance dans tout le pays n'en est pas moins profonde, nourrie de la crainte tenace que le déclin de l'Amérique soit inévitable et que la prochaine génération doive diminuer ses ambitions.
Je vous dis aujourd'hui que les défis auxquels nous faisons face sont réels. Ils sont importants et nombreux. Nous ne pourrons les relever facilement ni rapidement. Mais, sache le, Amérique, nous le relèverons.

En ce jour, nous sommes réunis car nous avons préféré l'espoir à la peur, la volonté d'agir en commun au conflit et à la discorde.
En ce jour nous proclamons la fin des doléances mesquines et des fausses promesses, des récriminations et des dogmes éculés qui ont pendant trop longtemps étouffé notre vie politique.
Nous demeurons une jeune nation. Mais pour reprendre les mots de la Bible, le temps est venu de se défaire des enfantillages. Le temps est venu de réaffirmer la force de notre caractère, de choisir la meilleure part de notre histoire, de porter ce précieux don, cette noble idée transmise de génération en génération: la promesse de Dieu que nous sommes tous égaux, tous libres et que nous méritons tous la chance de prétendre à une pleine mesure de bonheur.
Nous réaffirmons la grandeur de notre nation en sachant que la grandeur n'est jamais donnée mais se mérite. Dans notre périple nous n'avons jamais emprunté de raccourcis et ne nous sommes jamais contentés de peu. Cela n'a jamais été un parcours pour les craintifs, ceux qui préfèrent les loisirs au travail ou ne recherchent que la richesse ou la célébrité.
Au contraire, ce sont plutôt ceux qui ont pris des risques, qui ont agi et réalisé des choses - certains connus, mais le plus souvent des hommes et des femmes anonymes - qui nous ont permis de gravir le long et rude chemin vers la prospérité et la liberté.
Pour nous, ils ont rassemblé leurs maigres possessions et traversé des océans en quête d'une vie nouvelle.
Pour nous, ils ont trimé dans des ateliers de misère et colonisé l'Ouest. Ils ont connu la morsure du fouet et la dureté du labeur de la terre.
Pour nous, ils se sont battus et sont morts dans des lieux comme Concord et Gettysburg, en Normandie ou à Khe-Sanh (Vietnam, ndlr).
A maintes reprises ces hommes et ces femmes se sont battus, se sont sacrifiés, ont travaillé à s'en user les mains afin que nous puissions mener une vie meilleure. Ils voyaient en l'Amérique quelque chose de plus grand que la somme de leurs ambitions personnelles, que toutes les différences dues à la naissance, la richesse ou l'appartenance à une faction.

C'est la voie que nous poursuivons aujourd'hui. Nous demeurons la nation la plus prospère, la plus puissante de la Terre. Nos travailleurs ne sont pas moins productifs qu'au début de la crise. Nos esprits ne sont pas moins inventifs, nos biens et services pas moins demandés que la semaine dernière, le mois dernier ou l'an dernier. Nos capacités demeurent intactes. Mais il est bien fini le temps de l'immobilisme, de la protection d'intérêts étroits et du report des décisions désagréables.
A partir d'aujourd'hui, nous devons nous relever, nous épousseter et reprendre la tâche de la refondation de l'Amérique.
Où que nous regardions, il y a du travail. L'état de l'économie réclame des gestes audacieux et rapides. Et nous agirons - non seulement pour créer de nouveaux emplois mais pour jeter les fondations d'une nouvelle croissance. Nous allons construire les routes et les ponts, les réseaux électriques et numériques qui alimentent notre commerce et nous unissent.
Nous redonnerons à la science la place qu'elle mérite et utiliserons les merveilles de la technologie pour accroître la qualité des soins de santé et diminuer leur coût.
Nous dompterons le soleil, le vent et le sol pour faire avancer nos automobiles et tourner nos usines. Nous transformerons nos écoles et nos universités pour répondre aux exigences d'une ère nouvelle. Nous pouvons faire tout cela et nous le ferons.
Cela dit, il y a des gens pour s'interroger sur l'ampleur de nos ambitions, et suggérer que notre système n'est pas capable de faire face à trop de grands projets à la fois. Ils ont la mémoire courte. Ils ont oublié ce que ce pays a déjà accompli, ce que des hommes et des femmes libres peuvent réaliser quand l'imagination sert un objectif commun et que le courage s'allie à la nécessité.
Ce que les cyniques ne peuvent pas comprendre, c'est que le sol s'est dérobé sous leurs pieds et que les arguments politiques rancis auxquels nous avons eu droit depuis si longtemps, ne valent plus rien. La question aujourd'hui n'est pas de savoir si notre gouvernement est trop gros ou trop petit, mais s'il fonctionne - s'il aide les familles à trouver des emplois avec un salaire décent, à accéder à des soins qu'ils peuvent se permettre et à une retraite digne. Là où la réponse à cette question est oui, nous continuerons. Là où la réponse est non, nous mettrons un terme à des programmes.
Et ceux d'entre nous qui gèrent les deniers publics seront tenus de dépenser avec sagesse, de changer les mauvaises habitudes, de gérer en pleine lumière - c'est seulement ainsi que nous pourrons restaurer l'indispensable confiance entre un peuple et son gouvernement.

La question n'est pas non plus de savoir si le marché est une force du bien ou du mal. Sa capacité à générer de la richesse et à étendre la liberté est sans égale. Mais cette crise nous a rappelé que sans surveillance, le marché peut devenir incontrôlable, et qu'une nation ne peut prospérer longtemps si elle ne favorise que les plus nantis. Le succès de notre économie n'est pas uniquement fonction de la taille de notre produit intérieur brut. Il dépend aussi de l'étendue de notre prospérité, de notre capacité à donner une chance à ceux qui le veulent - non par charité mais parce que c'est la meilleure voie vers le bien commun.
En ce qui concerne notre défense à tous, nous rejettons l'idée qu'il faille faire un choix entre notre sécurité et nos idéaux. Nos Pères fondateurs, face à des périls que nous ne pouvons que difficilement imaginer, ont mis au point une charte pour assurer la prééminence de la loi et les droits de l'Homme, une charte prolongée par le sang de générations. Ces idéaux éclairent toujours le monde, et nous ne les abandonnerons pas par commodité.

A tous les peuples et les gouvernants qui nous regardent aujourd'hui, depuis les plus grandes capitales jusqu'au petit village où mon père est né (au Kenya, ndlr): sachez que l'Amérique est l'amie de chaque pays et de chaque homme, femme et enfant qui recherche un avenir de paix et de dignité, et que nous sommes prêts à nouveau à jouer notre rôle dirigeant.
Rappelez-vous que les précédentes générations ont fait face au fascisme et au communisme pas seulement avec des missiles et des chars, mais avec des alliances solides et des convictions durables. Elles ont compris que notre puissance ne suffit pas à elle seule à nous protéger et qu'elle ne nous permet pas d'agir à notre guise. Au lieu de cela, elles ont compris que notre puissance croît lorsqu'on en use prudemment; que notre sécurité découle de la justesse de notre cause, la force de notre exemple et des qualités modératrices de l'humilité et de la retenue.

Nous sommes les gardiens de cet héritage. Une fois de plus guidés par ces principes, nous pouvons répondre à ces nouvelles menaces qui demandent un effort encore plus grand, une coopération et une compréhension plus grande entre les pays.
Nous allons commencer à laisser l'Irak à son peuple de façon responsable et forger une paix durement gagnée en Afghanistan. Avec de vieux amis et d'anciens ennemis, nous allons travailler inlassablement pour réduire la menace nucléaire et faire reculer le spectre du réchauffement de la planète.
Nous n'allons pas nous excuser pour notre façon de vivre, ni hésiter à la défendre, et pour ceux qui veulent faire avancer leurs objectifs en créant la terreur et en massacrant des innocents, nous vous disons maintenant que notre résolution est plus forte et ne peut pas être brisée; vous ne pouvez pas nous survivre et nous vous vaincrons.
Nous savons que notre héritage multiple est une force, pas une faiblesse. Nous sommes un pays de chrétiens et de musulmans, de juifs et d'hindous, et d'athées. Nous avons été formés par chaque langue et civilisation, venues de tous les coins de la Terre. Et parce que nous avons goûté à l'amertume d'une guerre de Sécession et de la ségrégation (raciale), et émergé de ce chapitre plus forts et plus unis, nous ne pouvons pas nous empêcher de croire que les vieilles haines vont un jour disparaître, que les frontières tribales vont se dissoudre, que pendant que le monde devient plus petit, notre humanité commune doit se révéler, et que les Etats-Unis doivent jouer leur rôle en donnant l'élan d'une nouvelle ère de paix.

Au monde musulman: nous voulons trouver une nouvelle approche, fondée sur l'intérêt et le respect mutuels. A ceux parmi les dirigeants du monde qui cherchent à semer la guerre, ou faire reposer la faute des maux de leur société sur l'Occident, sachez que vos peuples vous jugeront sur ce que vous pouvez construire, pas détruire.
A ceux qui s'accrochent au pouvoir par la corruption et la fraude, et en bâillonant les opinions dissidentes, sachez que vous êtes du mauvais côté de l'histoire, mais que nous vous tendrons la main si vous êtes prêts à desserrer votre étau.
Aux habitants des pays pauvres, nous promettons de travailler à vos côtés pour faire en sorte que vos fermes prospèrent et que l'eau potable coule, de nourrir les corps affamés et les esprits voraces.
Et à ces pays qui comme le nôtre bénéficient d'une relative abondance, nous disons que nous ne pouvons plus nous permettre d'être indifférents aux souffrances à l'extérieur de nos frontières, ni consommer les ressources planétaires sans nous soucier des conséquences. En effet, le monde a changé et nous devons évoluer avec lui.

Lorsque nous regardons le chemin à parcourir, nous nous rappelons avec une humble gratitude ces braves Américains qui, à cette heure précise, patrouillent dans des déserts reculés et des montagnes éloignées. Ils ont quelque chose à nous dire aujourd'hui, tout comme les héros qui reposent (au cimetière national) à Arlington nous murmurent à travers les âges.
Nous les honorons non seulement parce qu'ils sont les gardiens de notre liberté, mais parce qu'ils incarnent l'esprit de service, une disponibilité à trouver une signification dans quelque chose qui est plus grand qu'eux. Et à ce moment, ce moment qui définira une génération, c'est précisément leur esprit qui doit tous nous habiter.
Quoi qu'un gouvernement puisse et doive faire, c'est en définitive de la foi et la détermination des Américains que ce pays dépend. C'est la bonté d'accueillir un inconnu lorsque cèdent les digues, le désintéressement d'ouvriers qui préfèrent travailler moins que de voir un ami perdre son emploi, qui nous permet de traverser nos heures les plus sombres.
C'est le courage d'un pompier prêt à remonter une cage d'escalier enfumée, mais aussi la disponibilité d'un parent à nourrir un enfant, qui décide en définitive de notre destin.

Les défis face à nous sont peut-être nouveaux. Les outils avec lesquels nous les affrontons sont peut-être nouveaux. Mais les valeurs dont notre succès dépend, le travail, l'honnêteté, le courage et le respect des règles, la tolérance et la curiosité, la loyauté et le patriotisme, sont anciennes. Elles sont vraies. Elles ont été la force tranquille du progrès qui a sous-tendu notre histoire. Ce qui est requis, c'est un retour à ces vérités. Ce qui nous est demandé maintenant, c'est une nouvelle ère de responsabilité, une reconnaissance, de la part de chaque Américain, que nous avons des devoirs envers notre pays et le monde, des devoirs que nous n'acceptons pas à contrecoeur mais saisissons avec joie, avec la certitude qu'il n'y a rien de plus satisfaisant pour l'esprit et qui définisse notre caractère, que de nous donner tout entier à une tâche difficile.
C'est le prix, et la promesse, de la citoyenneté.
C'est la source de notre confiance, savoir que Dieu nous appelle pour forger un destin incertain.
C'est la signification de notre liberté et de notre credo, c'est la raison pour laquelle des hommes, des femmes et des enfants de toutes les races et de toutes les croyances peuvent se réjouir ensemble sur cette magnifique esplanade, et pour laquelle un homme dont le père, il y a moins de 60 ans, n'aurait peut-être pas pu être servi dans un restaurant de quartier, peut maintenant se tenir devant vous pour prêter le serment le plus sacré.

Donc marquons ce jour du souvenir, de ce que nous sommes et de la distance que nous avons parcourue. Aux temps de la naissance des Etats-Unis, dans les mois les plus froids, un petit groupe de patriotes s'est blotti autour de feux de camp mourants, au bord d'une rivière glacée. La capitale fut abandonnée. L'ennemi progressait. La neige était tachée de sang. Au moment où l'issue de notre révolution était la plus incertaine, le père de notre nation (George Washington, nldr) a donné l'ordre que ces mots soits lus:
"Qu'il soit dit au monde du futur, qu'au milieu de l'hiver, quand seul l'espoir et la vertu pouvaient survivre, que la ville et le pays, face à un danger commun, (y) ont répondu".

O Etats-Unis. Face à nos dangers communs, dans cet hiver de difficultés, rappelons-nous ces mots éternels. Avec espoir et courage, bravons une fois de plus les courants glacés, et supportons les tempêtes qui peuvent arriver. Qu'il soit dit aux enfants de nos enfants que lorsque nous avons été mis à l'épreuve, nous avons refusé de voir ce parcours s'arrêter, nous n'avons pas tourné le dos ni faibli. Et avec les yeux fixés sur l'horizon et la grâce de Dieu, nous avons continué à porter ce formidable cadeau de la liberté et l'avons donné aux générations futures."


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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 20:50
Il fallait s'y attendre. Les esprits sont tellement échauffés que des incidents sérieux ont émaillé la manifestation de solidarité avec la Palestine, ce dimanche après-midi.

Le député MR (Mouvement réformateur, libéral de droite) a reçu un pavé en pleine figure et a été légèrement blessé. Manifestement, il ne sait pas esquiver comme son ami Bush. On peut se poser la question : que faisait-il dans cette galère ? Son parti a ouvertement approuvé la décision de l'Union européenne de procéder au "rehaussement" d'Israël, c'est-à-dire d'un statut privilégié de partenaire à l'Union européenne, cela

 comme par hasard juste avant l'opération "plomb durci". Il est plus qu'ambigü de participer ensuite à une manif' de solidarité avec les Palestiniens. Aussi, si le geste est fait exprès, ce qui n'est pas prouvé, la "tête pensante du MR" (par ailleurs ex PS) ne l'a pas volé. Il aura sans doute, grâce à cela, attrapé la bosse de la diplomatie proche-orientale...

Voilà donc un pavé dans la mare de l'ultra-libéralisme belgicain, un de plus. En tout cas l'attitude de Miller va troubler plus d'un électeur du MR qui attendait une position un peu plus cohérente de la part d'un de ses leaders. Sans doute, le pavé lui mettra du plomb dans la cervelle.

Quant à cette manif', elle portait, outre la présence assez curieuse des représentants de la droite libérale qui, en d'autres lieux, trinquent avec les dirigeants israéliens, pas mal de contradictions. Encore une fois les slogans évoquant un "génocide", la mise en parallèle d'israêl avec le nazisme, c'est-à-dire les classiques slogans judéophobes, l'offensive israélienne leur donnant un prétexte pour s'exprimer en public. Enfin, le portrait en grand du leader du Hamas sur la tribune des orateurs n'était pas là pour apaiser les esprits.

Une manifestation de soidarité avec le peuple palestinien se doit de marquer une certaine distance avec les leaders les plus extrémistes des "deux" camps voire même une neutralité politique. Cela augmenterait en dignité, aurait bien plus d'effets et rendrait service aux victimes, femmes, enfants, vieillards de cette véritable boucherie.

Au lieu de manifester, c'est sur le terrain que s'est rendue ce dimanche 11 janvier une délégation de membres du Parlement européen. Ils ont pu pénétrer quelques heures à Gaza avant d'être refoulés. Etait présente, entre autres, Véronique De Keyser, députée PS. Elle a déclaré ceci :


"Je dis et redis avec la plus grande fermeté que toux ceux – quels qu’ils soient – qui motivent leurs discours ou leurs actions par la haine des Juifs ou la haine des Arabes sont à renvoyer également dans l’ignominie. La violence, l’exclusion, l’arbitraire n’ont jamais été et sont encore moins que jamais l’apanage d’une culture, d’une civilisation, d’une nationalité, d’une religion. Ils appartiennent à la face sombre de l’humain et, malheureusement, c’est cette face sombre qui risque aujourd’hui de prendre le pas sur la raison et de la soumettre. Au bénéfice de quoi ? De qui ? Il est intolérable de faire des manifestations contre la violence à Gaza des tribunes pour la haine, pour le rejet de l’autre et pour le racisme. Récupérer ces événements et l’actualité qui les motive, instrumentaliser le refus de la guerre, de la mort des enfants, des innocents et à travers eux de la justice et du droit, au profit d’intérêts partisans est également intolérable. Le respect dû à la mémoire des victimes de toutes les barbaries, de tous les pogroms, de tous les génocides, de toutes les déportations, de toutes les exterminations au nom de la supériorité de l’un sur l’autre, ne peut souffrir de tels amalgames. L’histoire ne sert-elle donc à rien, sinon qu’à être niée et revisitée par ceux qui ne s’en sentiraient pas les maîtres ? Pas plus que nous ne pouvons accepter que des factions extrémistes manipulent des populations civiles, leur détresse et leur foi religieuse pour les prendre en otage de leurs ambitions, nous ne pouvons accepter que pour justifier la disproportion d’une guerre, certains abritent leur indignité derrière le bouclier de la Shoah."

  Ces quelques mots d'une personne d'expérience et de terrain qui sont de bon sens et qui mettent en avant les vraies valeurs que, par l'attitude hypocrite de certains et le comportement volontairement violent d'extrémistes, la manifestation de Bruxelles de solidarité avec la Palestine, n'a pas réussi à faire.
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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 11:16

Voilà donc la belle Rachida provenant d'un milieu modeste issu de l'immigration, promue aux postes les plus élevés, exemple même de la réussite qui, au départ, faisait l'admiration de tout le monde, à droite comme à gauche.

L'on déchanta vite lorsque sa politique et ses méthodes furent connues. Personnel de son cabinet rudoyé au point que quasi tout son staff a démissionné, fermetures de tribunaux, projets d'une Justice à deux vitesses, promotions de la Justice "contractuelle" à l'américaine, la garde des Sceaux de Sarkozy, dit Pétain le petit, a fait fort ! Tellement fort que dans les hautes sphères sarkoziennes, on envisageait sérieusement de la virer comme n'importe quelle travailleuse en CDD d'un atelier déguelasse.

Rachida est enceinte. Auteur de ses oeuvres inconnus. Toute la nomenklatura droitière européenne de sexe mâle, la bouche en coeur, chante l'air : "Ce n'est pas moi, le père !" Rachida aurait-elle comblé le fantasme du chanteur Goldman ? Aurait-elle fait un "bébé toute seule" ? La question reste posée. Mais, cela, c'est le côté people, c'est l'apparence des privilèges de la nouvelle caste dirigeante.

Rachida finit par accoucher. Tout se passe bien. La mère et l'enfant se portent bien, à défaut de connaître le sort du père fantôme. Cinq jours plus tard, la Ministre Dati reprend le turbin. Tollé, débat ! Il n'en fallait pas plus. On dit qu'elle reprend si vite de peur de se faire virer mais il y a autre chose de bien plus fondamental.

En France, le congé de maternité est de seize semaines obligatoires. La Commission européenne, pourtant peu suspecte de défendre les acquis sociaux, souhaite porter ce congé à dix-huit semaines. L'obligation de ce congé concerne aussi bien l'employeur que la travailleuse. Par exemple, une travailleuse qui reprendrait le boulot avant le terme des seize semaines, serait reconduite à la maison (si elle n'est pas SDF, évidemment...) par son employeur. En effet, s'il accepte son retour, le patron risque des sanctions pénales. Les Ministres ne sont-elles pas soumises à la même règle ? Les juristes s'arrachent les cheveux. Le propre du droit étant de ne pas pouvoir répondre clairement aux questions concrètes. Mais là n'est pas l'important. C'est "l'exemple" que donne l'attitude de Rachida Dati qui fait débat.

Les féministes sont divisées à ce sujet. Les unes disent que Rachida a montré qu'elle est une femme libre en passant outre ce "droit-obligation" du congé de maternité. Les autres affirment qu'elle a trahi la cause des femmes en sabotant un droit social fondamental des femmes. Ces dernières ne sont pas loin de la vérité.

Au passage, faisons remarquer, ce que l'on ne lit nulle part, que pour pouvoir reprendre si vite le boulot, Rachida a besoin d'une nounou pour son rejeton. Tout le monde n'a pas les moyens de se payer une nounou. pour mettre un terme à son congé de maternité. Voilà donc une régression sociale que seuls les riches peuvent se payer ! Ou alors, il faudrait placer des crèches avec puéricultrices dans toutes les entreprises, ce que les patrons sont loin d'être prêts à payer.

 

Non ! La vraie question est : la sarkozie ne veut-elle pas supprimer, en plus des autres acquis sociaux, ce trop long congé de maternité aux yeux des employeurs grincheux ? Avec le "vrai faux" congé de Rachida, voilà encore une fois la méthode sarkozienne. Vous avez droit à seize semaines de congé de maternité, c'est entendu. Mais vous pouvez aussi reprendre le turbin quand vous voulez avant le terme de ce congé. Ce n'est qu'une faculté. Il suffit d'un petit bout de loi pour la rajouter et donner ainsi une couverture légale au patron pour accepter qu'une travailleuse puisse retravailler avant la fin du congé de maternité. 

 

Alors ? Que va-t-il se passer ? Les employeurs via les contremaîtres feront de "douces" pressions à l'emploi pour les travailleuses - mères afin qu'elles reprennent le travail bien avant la fin légale du congé de maternité. C'est exactement la même chose avec la "faculté" de prendre sa retraite à soixante dix ans au lieu de soixante. C'est une faculté, mais il est bien vu d'en user. En effet, pour demander sa pension, il faut un certain délai. Même à soixante ans. Aussi, le patron peut très bien virer le travailleur qui demanderait sa pension à soixante ans et il se retrouverait comme "simple" chômeur perdant ainsi pas mal d'avantages.

Cette affaire pose un réel problème de société. On voit où mène la "révolution" sarkozienne : à la priorité absolue au travail au détriment de la vie privée et même de la vie d'un bébé. On peut se poser la question. Le congé de maternité qui n'est pas un privilège, est avant tout là pour permettre à la mère de faire rentrer dans la vie son petit et aussi de l'allaiter si c'est nécessaire. Non ! Selon Sarkozy et ses amis, le travail absolu pour le profit immédiat au détriment de valeurs comme la santé, l'éducation, la vie privée.

Rachida a eu avec son bébé le talent de faire passer cette affaire du frivole "people" à la question sociale fondamentale.

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