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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 08:56

 

 

Le droit sans l’Etat est le titre d’un livre paru aux PUF en 1985. L’auteur, Laurent Cohen - Tanugi en est un juriste français normalien et diplômé de la Harvard Law Court. En gros, il prône une justice contractuelle et la privatisation de pans entiers des pouvoirs régaliens de l’Etat au profit d’arbitrages organisés par le secteur privé et, entre autres, les entreprises.

 

Ces idées qui étaient inadmissibles pour le monde politique non libéral sont en train de se concrétiser aujourd’hui. Deux exemples – et non des moindres – le démontrent. Le projet de loi El Khomri intitulé : « Loi visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs » et le projet d’accord commercial transatlantique, le TTIP (acronyme anglais pour Partenariat Transatlantique de Commerce et d’Investissements). Ces projets font aujourd’hui l’objet de contestations virulentes.

 

 

Myriam El Khomri, ministre du travail du gouvernement de Manuel Valls qui l'a bien en main.

Myriam El Khomri, ministre du travail du gouvernement de Manuel Valls qui l'a bien en main.

 

 

L’intérêt privé supplante l’intérêt général.

 

 

Si on lit l’article 1er du projet de loi El Khomri, il y figure un changement fondamental dans les principes du droit.

 

« Art. 1er. - Les libertés et droits fondamentaux de la personne sont garantis dans toute relation de travail.

 

Des limitations ne peuvent leur être apportées que si elles sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise et si elles sont proportionnées au but recherché. »

 

Autrement dit la garantie des libertés et des droits fondamentaux sont limitées par le « bon fonctionnement de l’entreprise ».

 

Cela signifie qu’un intérêt particulier (en l’occurrence, celui de l’entreprise) prime sur l’intérêt général dans un domaine essentiel : les droits fondamentaux.

 

Pour à peine caricaturer, cela revient à dire que la déclaration des Droits de l’Homme n’est appliquée qu’au bon vouloir du CEO de l’entreprise.

 

C’est la première fois qu’il est ainsi dérogé à un principe fondamental né sous la Révolution française : l’inaliénabilité des Droits de l’Homme. À l’exception de quelques voix comme Gérard Filoche, personne au sein du PS français n’a dénoncé cette atteinte aux fondations de l’édifice juridique de la démocratie.

 

 

Gérard Filoche ne monte pas dans le train en marche : il riposte sans attendre.

Gérard Filoche ne monte pas dans le train en marche : il riposte sans attendre.

 

 

Cette affaire n’est pas un simple incident de parcours. Il n’y a pas qu’au seul niveau d’un projet de loi français qu’il est dérogé aux principes fondamentaux de la démocratie représentative et de la démocratie sociale.

 

Le projet de TTIP qui suscite lui aussi une forte contestation, mais au niveau international, contient également des dispositions dérogatoires au principe de la défense de l’intérêt général. C’est le fameux ISDS. Il existe aussi des agencements qui rendent caduc le droit du travail. Il y a donc un lien entre les projets TTIP et El Khomri.

 

 

Les menaces contenues dans le TTIP

 

 

En matière de droit du travail, le TTIP porte en lui deux menaces majeures :

 

1. Le non-respect des droits fondamentaux du travail.

 

Les Etats-Unis n’ont ratifié que deux des huit normes fondamentales de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui visent à protéger les travailleurs. De leur côté, tous les pays membres de l’Union européenne ont adopté les réglementations promues par l’organisme des Nations unies. L’« harmonisation » à laquelle conduisent les traités de libre-échange tend à se faire sur la base du plus petit dénominateur commun. Les salariés européens peuvent donc craindre une érosion des droits dont ils bénéficient actuellement.

 

2. La dégradation des droits de représentation collective des salariés.

 

Le grand marché transatlantique vise à démolir les « barrières » freinant les flux de marchandises entre les deux continents. L’objectif est de faciliter la possibilité pour les entreprises de choisir les lieux d’implantation de leurs sites de production en fonction des « coûts », notamment sociaux. Or les droits de participation des travailleurs — comme l’information et la consultation des comités d’entreprise — continueront à s’arrêter aux frontières. Le rapprochement transatlantique équivaudrait donc à un affaiblissement du droit des travailleurs, pourtant garanti dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.

 

En matière de droit commun, nous assistons à une véritable privatisation de la Justice au plus grand profit des entreprises transnationales (ETN). Ainsi, le fameux ISDS (Investor-State Dispute Settlement - en français : règlement des différends entre investisseurs et Etats - RDIE). On peut le définir comme suit : L'Investor-State Dispute Settlement (ISDS) est un mécanisme d'arbitrage des différends entre investisseur et Etat. Concrètement le principe permet de déléguer à un tribunal supranational le règlement d'éventuels conflits entre une entreprise (généralement une multinationale) qui s'estimerait spoliée du fait d'une législation et un Etat. L'objectif est de donner plus de pouvoir aux entreprises face aux Etats, en permettant par exemple à une multinationale américaine d’attaquer la France ou l’Union européenne devant un tribunal arbitral international, plutôt que devant la justice française ou européenne.

 

 

Des tribunaux privés

 

 

Il s’agit donc d’un tribunal privé composé de trois juges : un juge représentant l’Etat en litige, un juge privé désigné par l’entreprise en litige avec l’Etat et un troisième juge arbitre désigné par le secteur privé, c’est-à-dire émanant d’un de ces « super » cabinets d’avocats travaillant pour les ETN.

 

Ces tribunaux existent depuis plusieurs années dans le cadre des traités bilatéraux de libre échange. Ils sont très lucratifs pour les ETN. Pour prendre des exemples : en 2004, le groupe américain Cargill a, par exemple, fait payer 90,7 millions de dollars au Mexique, reconnu coupable d’avoir créé une nouvelle taxe sur les sodas. En 2010, la Tampa Electric a obtenu 25 millions de dollars du Guatemala en s’attaquant à une loi plafonnant les tarifs de l’électricité. Plus récemment, en 2012, le Sri Lanka a été condamné à verser 60 millions de dollars à la Deutsche Bank, en raison de la modification d’un contrat pétrolier.

 

Il existe environ 2000 traités bilatéraux qui peuvent recourir à cette procédure.

 

La priorité – et ici on rejoint le projet El Khomri – n’est pas de défendre l’intérêt général, mais assurer la protection des investissements.

 

Les gouvernements doivent garantir trois grands principes : l’égalité de traitement des sociétés étrangères et des sociétés nationales (rendant impossible une préférence pour les entreprises locales qui défendent l’emploi, par exemple) ; la sécurité de l’investissement (les pouvoirs publics ne peuvent pas changer les conditions d’exploitation, exproprier sans compensation ou procéder à une « expropriation indirecte ») ; la liberté pour l’entreprise de transférer son capital (une société peut sortir des frontières avec armes et bagages, mais un Etat ne peut pas l’expulser).

 

Les recours des ETN sont traités par l’une des instances internationales spécialisées : le CIRDI qui arbitre le plus d’affaires, la Commission des Nations unies pour le droit commercial international (CNUDCI), la Cour permanente de La Haye, certaines chambres de commerce, etc. Les Etats et les entreprises ne peuvent, le plus souvent, pas faire appel des décisions prises par ces instances : à la différence d’une cour de justice, une cour d’arbitrage n’est pas tenue d’offrir un tel droit. Or l’écrasante majorité des pays ont choisi de ne pas inscrire la possibilité de faire appel dans leurs accords. Si le TTIP inclut un dispositif de RDIE, ces tribunaux ne chômeront pas. Il existe vingt-quatre mille filiales de sociétés européennes aux Etats-Unis et cinquante mille huit cents succursales américaines sur le Vieux Continent ; chacune aurait la possibilité d’attaquer les mesures jugées nuisibles à ses intérêts.

 

Il s’agit donc d’une privatisation de la Justice avec impossibilité de droit de recours. C’est la porte largement ouverte pour la dictature des ETN.

 

 

Menaces sur les Droits de l’homme

 

 

Dans un rapport au Conseil des Droits de l’homme des Nations Unies, l’expert indépendant étatsunien, M. Alfred de Zayas a déclaré : « Le commerce doit s’exercer en faveur des droits de l’homme et non agir à leur encontre ».

 

Et il ajoute : « Durant les vingt-cinq dernières années, les traités bilatéraux internationaux et les accords de libre-échange incluant un règlement des différends entre investisseurs et Etats ont entrainé une dégradation générale de l’ordre international et sapé les principes fondamentaux des Nations Unies, la souveraineté nationale, la démocratie et l’exercice de la loi. «Cela donne moralement le vertige aux observateurs impartiaux ».

 

Et il conclut : « Loin d’apporter sa contribution aux droits de l’homme et au développement, l’ISDS a compromis les fonctions régulatrices de l’Etat et a généré une inégalité croissante entre Etats et dans les Etats eux-mêmes ».

 

 

Alfred de Zayas, étatsunien, historien, juriste, écrivain, connu pour son indépendance d'esprit, expert indépendant à la Commission des Droits de l'Homme des Nations Unies depuis 2012.

Alfred de Zayas, étatsunien, historien, juriste, écrivain, connu pour son indépendance d'esprit, expert indépendant à la Commission des Droits de l'Homme des Nations Unies depuis 2012.

 

 

Au moment où cet article est écrit, on ignore ce qu’il en sera aussi bien du projet de loi sur le travail que du TTIP. Tous deux doivent encore franchir plusieurs étapes avant d’être mis en application. Une résistance s’organise contre le TTIP aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe et, en France, une résistance contre la « loi travail » en provenance de la base s’organise. C’est réjouissant, car c’est la première fois depuis longtemps que la base exerce une réelle pression aussi bien sur les organisations syndicales que sur le gouvernement. Et, on vient de le voir en France, le gouvernement Valls, sans faire marche arrière, tente de calmer le jeu.

 

Un autre élément intéressant : un proche collaborateur de Myriam El Khomri, M. Pierre Jacquemain, a claqué la porte de son cabinet suite aux dispositions du projet de loi « travail ». Il s’en est expliqué dans une tribune au journal « Le Monde » du 3 mars 2016. Il écrit : « La réforme de Myriam El Khomri devait porter l’exigence d’un nouveau modèle de société. C’était, je crois, l’ambition de la huitième ministre du gouvernement. (…) une réforme majeure du quinquennat dans un gouvernement au parti pris libéral assumé. » Déçu, Jacquemain constate : « Ce devait être une réforme de progrès, ce sera au mieux une réforme de compromis – voire de compromission. Au pire, cela restera comme une trahison historique – et destructrice – d’une gauche en mal de repère. » Diagnostic juste, mais un peu tardif !

 

Mais, en touchant comme ils le font, aux principes fondamentaux, peut-être que les apprentis sorciers du néolibéralisme ont franchi un pont trop loin. Nous serons très vite fixés.

 

Pierre Verhas

 

Les sources relatives aux menaces représentées par le TTIP et les arbitrages privés proviennent des travaux de Raoul-Marc Jennar publiés par le « Monde diplomatique ».

 

 

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 10:27

 

 

Le « Huffington Post » que l’on ne peut guère qualifier d’anti-américain a publié le 9 novembre 2015 une interview du politologue libanais Georges Corm qui a une analyse aussi originale que rigoureuse de la guerre qui ensanglante le Moyen-Orient depuis plus de trente-cinq années.

 

Georges Corm est un intellectuel libanais, juriste, politologue et économiste. Après avoir travaillé dans la fonction publique libanaise, il intègre le secteur bancaire. Il fut le représentant de la Banque nationale d’Algérie au Liban. Ensuite, il devint conseiller du gouverneur de la Banque centrale libanaise. Il fut également ministre des finances de 1998 à 2000. Il est membre du comité de patronage du Tribunal Russell sur la Palestine.

 

Georges Corm a publié plusieurs ouvrages sur la situation au Moyen Orient où sa vision des choses est très éloignée des analyses diffusées par les médias occidentaux.

 

 

Georges Corm n'est pas le genre d'intellectuel à céder à la pensée unique.

Georges Corm n'est pas le genre d'intellectuel à céder à la pensée unique.

 

 

Pour l’intellectuel libanais, la guerre au Moyen Orient, en dehors du conflit israélo-palestinien, a commencé en 1979 lors de l’invasion soviétique en Afghanistan. Il accuse les Américains d’avoir tout déclenché dans leur volonté d’affaiblir les Soviétiques et celle quasi obsessionnelle d’éradiquer le communisme.

 

 

L’accoucheuse du diable

 

 

En Afghanistan, avant l’intervention soviétique, par un coup d’Etat, un gouvernement de gauche renversa le gouvernement conservateur existant. Ce gouvernement effectua de grandes réformes sociales, en matière d’éducation, afin de moderniser le pays. Mais il se heurta aux puissants propriétaires terriens qui vivaient comme des seigneurs féodaux et qui s’opposèrent à une réforme agraire destinée à redistribuer les terres aux paysans. Une guerre civile se déclencha, le gouvernement réagit par une répression violente et les Soviétiques furent forcés d’intervenir en décembre 1979. Une résistance téléguidée par les féodaux et les talibans s’organisa et reçut tout de suite le soutien des Etats-Unis.

 

L’affaire prit très vite une tournure idéologique qui est à l’origine d’une guerre qui embrasa l’ensemble du Moyen-Orient et aussi du terrorisme qui ensanglante la région et s’étend en Europe.

 

Comment en est-on arrivé là ? Ce fut le conseiller spécial de Jimmy Carter, alors président des Etats-Unis, Zbigniew Brzezinski, prototype même du dirigeant de l’Etat profond US, qui eut l’idée d’organiser une mobilisation religieuse contre l’URSS. Ainsi, dès 1979, les organisations religieuses musulmanes furent instrumentalisées dans cet objectif. L’Arabie Saoudite a été aidée financièrement pour entraîner de jeunes volontaires arabes à combattre en Afghanistan.

 

 

Zbigniew Brzezinski a utilisé la religion pour lutter contre le communisme en Afghanistan et dans les pays arabes "laïques".

Zbigniew Brzezinski a utilisé la religion pour lutter contre le communisme en Afghanistan et dans les pays arabes "laïques".

 

Georges Corm n’est pas le seul à avoir cette analyse de la manipulation de la religion. Le professeur américain Nafeez Mosaddeq Ahmed écrit dans un ouvrage paru en anglais en 2005, The war on Truth, 9/11 traduit en français sous le titre « La guerre contre la Vérité » : « Un élément-clé de l’opération soutenue par les Etats-Unis consistait à tenter de fabriquer une idéologie religieuse extrémiste au moyen d’un amalgame de traditions féodales afghanes et de rhétorique islamiste. » Il s’agissait de combattre les réformes progressistes du gouvernement afghan qui étaient malgré tout populaires et qui auraient pu faire tache d’huile dans d’autres pays du Moyen-Orient.

 

Une fois formés, les moudjahidines furent envoyés en Afghanistan et rejoignirent les Talibans qui formèrent un gouvernement qui fut reconnu par les trois alliés des Etats-Unis dans la région : le Pakistan, l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis. Des négociations entre les Etats-Unis et les Talibans se déroulèrent pour le contrôle et la protection des gazoducs traversant le territoire Afghan.

 

En 1988, soutenu par les Etats-Unis, un riche Saoudien du nom d’Oussama Ben Laden fonda Al Qaïda. Ce mot arabe signifie « la base ». Ici, le mot « base » doit être pris dans le sens de base de données. Al Qaïda est donc l’ensemble des combattants appelés moudjahidines qui sont repris dans la « base de données » (ou data base). Les combattants d’Al Qaïda furent envoyés en Bosnie, en Tchétchénie et aujourd’hui dans le Xinjiang chinois.

 

 

Oussama Ben Laden l'ennemi - ami des Américains

Oussama Ben Laden l'ennemi - ami des Américains

 

C’est donc la guerre froide – que les néoconservateurs américains et certains dirigeants européens considèrent comme n’étant pas terminée – qui a été l’accoucheuse du diable, comme l’a écrit Mossadeq Ahmed.

 

 

Les ravages du « choc des civilisations »

 

 

Georges Corm précise – et c’est ce qui est important : « Les politologues occidentaux ont donné une crédibilité islamique à des gens comme Ibn Taymyya ou Sayyid Qutb, ainsi que Ben Laden et le soi-disant "État islamique ". Vouloir expliquer des phénomènes comme les attentats du 11 septembre 2001 ou celui de Charlie Hebdo par la religion musulmane ne fait qu'amplifier le malaise.

 

Les organisations terroristes doivent être considérées comme telles. Si vous mobilisez des savoirs soi-disant académiques pour justifier leurs actes par la théologie musulmane, vous jouez dans leur camp et renforcez leur crédibilité ».

 

En clair, ce n’est pas la religion qui est à l’origine du terrorisme, c’est l’instrumentalisation de celle-ci via les groupes extrémistes et le prétendu « Etat islamique ». Et Corm va plus loin : selon lui, cette stratégie a pour objet d’accroître les tensions. On fait l’amalgame entre cet intégrisme et la religion musulmane telle qu’elle est vécue par la plupart des fidèles.

 

Il ajoute : « L'Occident focalise sur l'actualité ténébreuse du monde musulman et passe sous silence la mouvance éclairée et elle est dense. »

 

Il est intéressant de voir quelles furent les relations entre l’auteur du fameux ouvrage « Le choc des civilisations » et l’ancien conseiller de Jimmy Carter qui est à l’origine de cette politique d’instrumentalisation de la religion à des fins géopolitiques. Lisons ce qu’écrit Nadia Weiss dans le journal en ligne suisse « Horizons et débats » :

 

« Si l’on étudie le contexte dans lequel baigne Huntington, on y rencontre un de ses plus importants amis politiques, le grand stratège américain Zbigniew Brzezinski, auteur du «Grand échiquier». Il est connu pour être l’instigateur de la stratégie de suprématie qui détermine la politique étrangère américaine. C’est en Eurasie que la lutte pour la suprématie mondiale doit avoir lieu. Pour cela, il faut avoir accès à des pays d’importance géostratégique comme l’Ukraine, la Turquie, l’Iran et les pays du Caucase. Aussi bien l’élargissement à l’Est de l’UE que celui de l’OTAN sont au service de cette stratégie. A lire Huntington, on a souvent l’impression de lire Brzezinski. Huntington écrit, par exemple, que le maintien de la suprématie des USA est aussi important pour le monde entier que pour les Etats-Unis. Le monde a toujours besoin d’une puissance hégémonique et les USA sont les seuls qui puissent jouer ce rôle, lequel est nécessaire aux intérêts de l’Amérique. Sa suprématie est essentielle au plan économique: «Actuellement, elle est disputée par le Japon et le sera probablement à l’avenir par l’Europe.»

 

Huntington et Brzezinski ont le même projet politique: la domination du monde par une seule puissance, celle à laquelle ils appartiennent. Ce n’est pas un hasard si Brzezinski porte aux nues le «Choc des civilisations» de Huntington: «Travail fondamental qui va révolutionner notre manière de voir la politique étrangère». Ailleurs, il définit Huntington comme un «Machiavel démocrate».

 

Samuel Huntington était un grand ami de Zbigniew Brzezinski. Du choc des idées entre deux amis est né le "choc des civilisations".

Samuel Huntington était un grand ami de Zbigniew Brzezinski. Du choc des idées entre deux amis est né le "choc des civilisations".

 

D’ailleurs nos deux compères ne poursuivent pas seulement le même objectif, ils le font ensemble.

 

Ils se sont connus en 1959. Entre 1960 et 1962, ils ont écrit ensemble le livre «Political Power: USA/USSR». En 1961 et 1962, ils ont conduit ensemble, à l’Université Columbia, des séminaires sur les politiques comparées des USA et de l’URSS qu’ils ont ensuite répétés dans différents pays. Ils ont été ensemble experts à l’American National Council of Security de Jimmy Carter. Ils ont participé ensemble à plusieurs sociétés et commissions politiquement influentes dans lesquelles ils ont parfois occupé des positions importantes. Tous les deux sont par exemple membres du Council on Foreign Relations (CFR) et de la Commission trilatérale. Ce ne sont pas là d’innocentes associations altruistes mais des cercles privés qui déterminent la politique mondiale selon leur bon plaisir, sans aucune légitimité démocratique. »

 

Il convient de toujours trouver un ennemi. L’intégrisme islamique est l’instrument destiné à asseoir le pouvoir des alliés des Etats-Unis au Moyen-Orient. En Occident, il est l’ennemi à abattre. Cette schizophrénie est aberrante. Un autre exemple de « choc » est le conflit sunnites contre chiites.

 

Georges Corm explique par ce conflit artificiel le danger représenté par la vacuité de cette vision du « tout blanc et du tout noir » : « Des enquêtes, publiées notamment dans The New Yorker, montrent que, suite à l’échec de l’invasion de l’Irak, les États-Unis ont décidé de provoquer des troubles entre sunnites et chiites. En créant notamment la notion de triangle chiite Iran/Syrie/Hezbollah libanais, considéré comme l’équivalent d’un « axe du mal ». C’est très loin de la complexité des réalités de terrain, qui implique les intérêts géopolitiques des régimes turc, qatari, saoudien et israélien. La politique occidentale poursuit une ligne « sunnites contre chiites » sur le plan intérieur, et une vision « monde islamique contre monde occidental » sur un plan plus large. Il s’agit d’une approche fantaisiste : tous les gouvernements des pays musulmans sont dans l’orbite des puissances occidentales à l’exception de l’Iran, qui tente de normaliser ses relations avec les États-Unis. »

 

 

La traînée de poudre

 

 

L’instrumentalisation de la religion soutenue par les Etats-Unis n’eut pas seulement lieu au Levant. Elle s’est installée en Egypte via les Frères musulmans qui étaient la grande force d’opposition sous le régime d’Anouar El Sadate. Il fut assassiné par les Frères en 1982 lors d’un défilé militaire en représaille de son action pour la paix avec Israël. Le processus était lancé. L’Etat profond américain avait ouvert la boîte de Pandore.

 

En Algérie, dirigée depuis l’indépendance en 1962 par le FLN, des élections eurent lieu en 1991 et donnèrent la majorité au Front islamique du Salut qui ne fut pas acceptée par le pouvoir en place. Une atroce guerre civile s’en suivit. Elle fit des milliers de morts en Algérie et elle généra des attentats meurtriers en France.

 

Dans les années 1990, les attaques à Madrid et à Londres furent parmi les plus meurtrières depuis la guerre en Europe et leurs auteurs venaient de l’étranger. Les choses ont changé par après.

 

 

Plaque commémorative en hommage aux victimes des attentats de Madrid du 11 mars 2004.

Plaque commémorative en hommage aux victimes des attentats de Madrid du 11 mars 2004.

 

L’islam radical s’est petit à petit répandu dans les communautés musulmanes en Europe. Au début, les autorités locales n’y ont pas attaché beaucoup d’importance (voir « Uranopole », « Le cas Philippe Moureaux » http://uranopole.over-blog.com/2016/02/le-cas-philippe-moureaux.html ), mais depuis l’attentat contre Charlie Hebdo et l’hypercasher de Vincennes en janvier 2015 et surtout le massacre de Paris du 13 novembre 2015, la question est prise très au sérieux. Des mesure d’urgence et de restrictions des libertés sont prises. On se pose d’ailleurs la question de savoir si elles ne visent que les terroristes, au vu de leurs faibles résultats. L’opinion publique est inquiète et les médias ne manquent pas d’en rajouter.

 

A l’avant-propos de son reportage En immersion à Molenbeek, la journaliste Hind Fraihi évoquant la situation de la communauté musulmane dans notre société, écrit : « D’un côté, un multiculturalisme crispé qui, lorsqu’il ne s’agit pas tout simplement d’une marque d’humiliation, relativise n’importe quel problème concernant les immigrés en se retranchant derrière de faux scrupules. De l’autre, le racisme que chacun peut exprimer de manière anonyme en postant des tas d’insanités sur des pseudos extravagants – Daily Racism tenant le pompon dans cette sinistre spécialité. La communauté musulmane dans toute sa diversité se trouve prise en étau entre ces deux attitudes opposées. Et cette population musulmane se trouve en plus, et de façon parfois pire, écrasée par ses propres tabous, ses traditions et la politique mondiale.

 

C’est dans ce bourbier que l’Etat islamique passe à l’attaque. Après « Je suis Charlie », voilà que les profils facebook se mettent à pavoiser aux couleurs du drapeau français. C’est une charmante marque de sympathie, même si c’est de la poudre aux yeux, parce qu’en vérité nous ne sommes pas Charlie. (…) Nous avons toujours été au courant : cela fait des décennies que nous savons qu’il y a un véritable ferment de fascisme avec la signature de l’islam. (…)

 

Les signes avant-coureurs du radicalisme islamique n’ont pas été pris en compte. En revanche, ceux qui ont donné l’alerte, ceux-là ont été tournés en ridicule (…) Maintenant nous allons tout d’un coup faire le ménage à Molenbeek. Allos-nous le faire aussi dans notre politique étrangère ? (…) Ce qui se passe aujourd’hui dépasse de très loin les contours d’une commune bruxelloise. La radicalisation a une dimension géopolitique. » Et Madame Fraihi ajoute : « Tout le monde sait que notre allié, l’Arabie Saoudite , sous-traite une partie des armes que nous lui vendons, aux barbares islamistes. Les autorités occidentales prennent en même temps des mesures lénifiantes de déradicalisation et – pure schizophrénie – déclarent une guerre sans merci à l’EI. En fait, nous nous battons contre nous-mêmes. »

 

 

Hind Fraihi, journaliste d'investigation au "Newsblad" a fait une enquête dans les "quartiers" à Molenbeek, infestés par les groupes djihadistes. Elle a une vision différente de celle de Philippe Moureaux.

Hind Fraihi, journaliste d'investigation au "Newsblad" a fait une enquête dans les "quartiers" à Molenbeek, infestés par les groupes djihadistes. Elle a une vision différente de celle de Philippe Moureaux.

 

 

Observons que l’EI contre lequel les Occidentaux mènent soi-disant une guerre sans merci depuis des mois, recule notoirement depuis l’intervention russe.

 

Il est donc évident que l’islam radical qui sévit en Europe est un instrument géopolitique de la nébuleuse islamiste du Moyen-Orient.

 

 

L’enjeu

 

 

Quels sont les enjeux de ce sanglant conflit dont on ne voit pas la fin ? Revenons à l’analyse de Georges Corm.

 

« Le Moyen-Orient est l’un des carrefours géopolitiques les plus importants dans le monde. C’est le principal réservoir énergétique. C’est aussi le lieu de naissance des trois monothéismes. Il est très facile d’utiliser les symboles religieux pour couvrir d’un voile les enjeux profanes purement politiques, militaires, économiques et autres désirs de puissance et d’hégémonie. Le Moyen-Orient est constitué de trois grands groupes ethniques ou nationaux : les Perses iraniens, les Turcs et les Arabes. Iraniens et Turcs ont pu hériter de structures d’empires vieilles de plusieurs siècles. En revanche, les Arabes ont été balkanisés dans diverses entités par les deux colonialismes français et anglais. »

 

Ajoutons cependant que la Turquie qui sombre dans l’islamisme est divisée par le conflit ethnique Turcs – Kurdes qui est exacerbé par la présence de l’EI à ses frontières. L’Iran, on en parle moins, connaît également des tensions de cet ordre.

 

Tout cela balaye les analyses démentielles de certains intellectuels européens et particulièrement des Français. Un Jean Birnbaum, directeur du « Monde des Livres », par exemple, reproche à la gauche de ne pas voir dans le religion une causalité. (La Libre Belgique, 27-28 février 2016)

 

Corm rappelle d’ailleurs une évidence : ce qu’on appelle l’Islam radical est minoritaire dans le monde musulman. « Il ne faut pas tomber dans le piège des mouvances terroristes actuelles. Elles se réclament de trois théologiens politiques musulmans : Ibn Taymiyya (1263-1328), emprisonné par le sultan pour son extrémisme religieux ; le Pakistanais Abul a’la-Maududi (1903-1979), qui a justifié la sécession sanglante des Indiens de confession musulmane ayant donné lieu à la création de « l’État des purs » (ou Pakistan) ; et le Frère musulman égyptien Sayyid Qutb (1906-1966) qui a considéré tous les régimes politiques arabes comme « hérétiques » parce que ne respectant le principe d’une souveraineté absolue de Dieu sur les hommes. Mais la théologie musulmane, vieille de plus de treize siècles, va bien au-delà de ces trois noms et les théologiens « libéraux » sont très nombreux. Je pense qu’il y a aujourd’hui une crise des monothéismes, à cause de la manipulation du religieux. »

 

Et le fameux wahabbisme, la doctrine adoptée par les Saoudiens, est en réalité condamné par la plupart des théologiens musulmans. « Concernant l’islam, la croyance wahhabite a été largement condamnée par la plupart des théologiens musulmans qui la considèrent beaucoup trop extrémiste. À l’origine, cette doctrine est née au XVIIIe siècle d’une simple alliance entre le prédicateur Abd al-Wahhab et la famille al Saoud aux ambitions politiques très grandes. Quand, dans la deuxième moitié du XXe siècle, l’Arabie saoudite a atteint une puissance pétrolière et financière importante, le wahhabisme s’est exporté tous azimuts. »

 

La leçon

 

Enfin, Georges Corm dresse un très sévère constat sur l’attitude des intellectuels et des médias occidentaux : « Aujourd’hui, les médias et les chercheurs (…) se consacrent à l’étude des réseaux islamistes. C’est un islam abstrait, une méga-identité qui ne veut rien dire mais sert à stimuler cette idéologie du conflit des civilisations. On retrouve le même type de crispation, en ce qui concerne le judaïsme. De très nombreux citoyens européens ou américains de confession juive n’approuvent pas la politique d’Israël. Des groupes de religieux, comme Neturei Karta, ne reconnaissent même pas la légitimité de l’État israélien. Mais ils sont totalement marginalisés dans les médias et la recherche académique. Une autre manipulation de la mémoire est le passage de la notion d’Occident gréco-romain à la notion d’Occident judéo-chrétien. Ce coup d’État culturel n’a pas beaucoup de sens, car le christianisme s’est construit contre le judaïsme. Cette opération est destinée à réparer le traumatisme causé par l’Holocauste. »

 

Du Liban, lui aussi empêtré dans ce conflit, mais qui arrive à s’autogérer malgré la crise politique qu’il vit depuis plus d’un an avec l’impossibilité de nommer un président, Georges Corm nous donne une fameuse leçon en nous rappelant tout simplement la réalité historique. Il est de ceux qui souhaitent que son pays ne soit plus entravé par son système communautaire aujourd’hui infesté par l’influence saoudienne qui est bien plus importante que celle de l’Iran malgré ce qu’en disent les médias.

 

Ecoutons ces hommes d’expérience comme Georges Corm et ces femmes courageuses comme Hind Fraihi et Joumana Haddad au lieu de sombrer devant les sirènes médiatiques du « choc des civilisations ». Ils nous invitent tout simplement à penser librement.

 

 

Pierre Verhas

 

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 14:34

 

Dans les années 1980 – 1990, Philippe Moureaux, le politique, l’idéologue, le mécano de la réforme de l’Etat, le chef incontesté de la Fédération bruxelloise du PS, le mythique bourgmestre de Molenbeek et, surtout, le grand combattant de l’antiracisme a incontestablement dominé le paysage socialiste bruxellois.

 

Mais aujourd’hui, après que l’on ait découvert les liens entre des groupes d’islamistes habitant à Molenbeek et les attentats de Paris, Philippe Moureaux, bien qu’il ne soit plus bourgmestre, fait la une de la presse belge et internationale.

 

 

Philippe Moureaux, l'homme qui a marqué le PS à Bruxelles pendant vingt années.

Philippe Moureaux, l'homme qui a marqué le PS à Bruxelles pendant vingt années.

 

 

Pourquoi ce fils de la grande bourgeoisie laïque de Bruxelles s’est retrouvé dans la commune populaire de Molenbeek ? L’ancien bourgmestre Edmond Machtens décéda en 1978 et sa succession fut difficile, au point que la situation politique de la commune devint chaotique. La direction du PS s’en inquiéta et André Cools, alors président du Parti, convainquit Philippe Moureaux, alors ministre de la Justice, de prendre Molenbeek en main. Il y arriva en 1981 et prit langue, par calcul politique, avec l’ancienne équipe de Machtens qui traînait des casseroles de grande taille, au lieu de s’associer avec la frange des Socialistes qui souhaitait un renouveau. Les élections législatives furent catastrophiques et les Socialistes rejetés dans l’opposition sur le plan national. À Molenbeek, le PS fut aussi écarté du pouvoir après les élections communales de 1982. Dès lors, Moureaux devint le chef de l’opposition locale où il fit son école.

 

 

L’homme de Molenbeek

 

 

Philippe Moureaux s’impliqua à fond dans « sa » commune de Molenbeek. Il vit sans doute là un territoire où il pouvait mettre en pratique ses idées antiracistes en vue de créer l’harmonie entre communautés différentes, entre les « blancs bleus belges » et les immigrés maghrébins. Comme toujours, avec Moureaux, bien qu’il s’en défende, cette action n’était pas dénuée de calcul : les Maghrébins représentaient à Molenbeek la classe ouvrière d’antan qui avait fait le succès du Parti socialiste. Comme parlementaire et aussi comme ministre, Philippe Moureaux mit tout en œuvre pour que les étrangers hors Union européenne bénéficient du droit de vote et aussi pour faciliter les naturalisations.

 

Incontestablement, cette stratégie a payé : le PS qui avait été balayé dans les années 1970 par le parti francophone bruxellois, FDF, et qui avait difficile à se hisser au-dessus du parti libéral (l’actuel MR), redevint la première formation politique à Bruxelles.

 

Cependant, le bourgmestre de Molenbeek fut accusé de favoriser le communautarisme et d’avoir une trop grande indulgence à l’égard de l’Islam et de l’islamisme en particulier. Même au sein de sa propre formation politique, les critiques fusèrent – mais timidement. En effet, Philippe Moureaux dirigeait la fédération bruxelloise du PS d’une main de fer. Et gare à celui qui aurait osé le contester !

 

En 2012, il a dû céder son poste à sa rivale, Françoise Schepmans, leader du MR local et fille de feu Jacques Schepmans, un journaliste de droite viscéralement antisocialiste. Moureaux prit sa retraite, mais cela ne l’empêcha pas d’intervenir régulièrement dans le débat politique local et régional. Il défendit bec et ongle sa politique d’ouverture envers les Musulmans et fit ainsi l’objet de controverses de plus en plus dures. En plus, la crise et les tensions au Moyen Orient attisaient ces polémiques.

 

 

 

Françoise Schepmans a succédé à Philippe Moureaux en 2012 et supporte mal le poids de son héritage.

Françoise Schepmans a succédé à Philippe Moureaux en 2012 et supporte mal le poids de son héritage.

 

 

Le summum fut atteint avec les attaques du vendredi 13 novembre à Paris. Lorsqu’on a appris que la plupart des membres du commando auteur des attentats provenaient de Molenbeek, de nombreuses voix s’élevèrent pour faire porter le chapeau à Philippe Moureaux qui, par son laxisme, lorsqu’il était bourgmestre, aurait laissé faire, sinon favorisé les islamistes dans sa commune. Pour d’aucuns, même au sein du PS, il portait une lourde responsabilité en cette tragédie. Même si on peut reprocher à Moureaux une trop grande indulgence à l’égard de l’islam radical, ces accusations sont odieuses et totalement dénuées de fondement.

 

 

Après Paris, une communication désastreuse

 

 

En réaction, la communication de l’ancien bourgmestre de Molenbeek fut catastrophique. Il se contenta d’accuser sa successeur, Mme Schepmans. Un peu court et aussi sans fondement. Cela se dégrada pour Moureaux, au point qu’il fut même lâché par l’actuelle présidente de la Fédération bruxelloise du PS, celle qu’il avait placée, Laurette Onkelinx. Tu quoque fili mi ! Il se décida, pour pouvoir avancer ses arguments, d’écrire un livre qu’il intitula « La vérité sur Molenbeek » (éditions La Boîte à Pandore, ISBN 978-2-87557-253-0, 17,90 €). Remarquons qu’il aurait pu choisir un autre titre, comme s’il était le seul détenteur de la vérité ! Néanmoins, l’ouvrage est paru à l’ouverture de la Foire du Livre de Bruxelles. Joli coup de marketing !

 

 

 

Fac similé de la couverture de "La vérité sur Molenbeek"

Fac similé de la couverture de "La vérité sur Molenbeek"

 

 

Tout de suite, les réactions furent virulentes. Françoise Schepmans l’accusa de « déni » et le compara à un « patriarche ». L’échevine (équivalent maire adjointe) Ecolo Sarah Turine qui avoue n’avoir lu que quelques pages et qui oublie que Philippe Moureaux l’a appuyée, prétend qu’il ne parle que de lui-même. Curieux ces gens qui vouent un écrit aux gémonies alors qu’ils ne l’ont pas lu !

 

L’ouvrage commence par la description de ce qu’il a vécu dès qu’il a appris les attentats de Paris dans la nuit du 13 au 14 novembre. Le 15, les médias révèlent que des membres du commando sont originaires de Molenbeek. Aussitôt, il est harcelé par les médias de toute sorte. Une angoisse l’étreint : il apprend qu’un jeune homme qui a travaillé dans son secrétariat de bourgmestre a été arrêtée lors de la perquisition chez les frères Abdeslam. Moureaux se pose des questions : il aurait manqué de vigilance face à des gens au comportement ordinaire mais pas toujours licite et qui ont versé dans le djihadisme. Mais comment pouvait-il le savoir ?

 

 

 

Sarah Turine, actuelle échevine Ecolo, avait été encouragée par Philippe Moureaux. Elle n'a pas la reconnaissance du ventre !

Sarah Turine, actuelle échevine Ecolo, avait été encouragée par Philippe Moureaux. Elle n'a pas la reconnaissance du ventre !

 

 

La liste

 

 

L’auteur relate un épisode assez curieux. Le 26 novembre, une journaliste russe lui demande une interview. Moureaux la reçoit à son domicile. Elle lui révèle l’existence d’une liste se trouvant chez la bourgmestre Schepmans où figurent les noms de tueurs de Paris. À ce moment, il n’attache guère d’importance à cette histoire. Mais on va très vite entrer dans un roman policier.

 

Plus loin dans l’ouvrage, l’auteur tente de savoir ce qu’il s’est passé avec cette fameuse liste qui n’existait pas lorsqu’il était encore bourgmestre. Mais, intrigué par les révélations de cette journaliste, Philippe Moureaux a cherché à savoir ce qu’il en était. « Une liste où se trouvaient les noms des protagonistes était entre les mains de la bourgmestre de cette commune. Oui, entre les mains d’une autorité municipale ! Cette liste n’était pas tombée du ciel. Elle avait été établie par les services dépendant du ministre de l’Intérieur. » La bourgmestre, c’est Françoise Schepmans, MR, le ministre, c’est Jan Jambon, le vice-premier NV-A (nationalistes flamands) du gouvernement Charles Michel, MR…

 

Et cela se corse : « L’existence de cette liste sera tenue secrète pendant environ une semaine [après les attentats, NDLR]. Elle sera, d’ailleurs, révélée par une voie inattendue, un média américain. » Alors là, c’est James Bond 007 ! Une journaliste russe révèle à l’ancien bourgmestre l’existence de ladite liste et c’est un média américain qui rend publique son existence. Qu’il y ait eu intox entre les services russes et américains comme au bon vieux temps de la guerre froide, il n’y a qu’un pas…

 

Philippe Moureaux s’étonne d’ailleurs de la passivité du ministre de l’Intérieur. Il révèle que Salah Abdeslam, dit « le déménageur », un des membres du commando, toujours recherché, tenait avec son frère un café où ils se livraient au trafic de drogue. Ce café a été fermé et Moureaux déplore que les policiers n’aient pas été mis au courant des soupçons de djihadisme qui pesaient sur les frangins.

 

 

Philippe Moureaux à Molenbeek

 

 

Le deuxième chapitre, très intéressant, donne une description sociologique, économique et politique de la commune de Molenbeek Saint-Jean. La construction du canal Charleroi Anvers passant par Bruxelles et la démolition des remparts de Bruxelles au XIXe siècle bouleversèrent la vie de cette petite commune à l’époque rurale. Des industries furent construites le long du canal et le besoin de main d’œuvre provoqua une immigration intérieure et il a fallu construire des logements. Un premier clivage social eut lieu : une bourgeoisie cossue dans les hôtels de maîtres de la chaussée de Gand et une population miséreuse le long du canal. Sur le plan politique, le POB (Parti Ouvrier Belge, ancêtre de l’actuel PS) devint le premier parti. Après la Seconde guerre mondiale, le Parti Socialiste Belge qui succéda au POB domina longtemps la commune de Molenbeek sous la férule d’une forte personnalité, Edmond Machtens. Il mène, en collaboration avec des entrepreneurs, une dynamique politique de logement (qui n’était pas dénuée de « copinage » avec les entrepreneurs et de favoritisme politique avec les nouveaux locataires. Cela, Moureaux ne l’évoque pas…) en construisant des buildings dans la partie restée rurale de la commune.

 

La Belgique avait besoin de main d’œuvre dans les années soixante et, par des accords avec le Maroc et la Turquie, une nouvelle immigration a lieu. Les Marocains s’installent dans les logements à bon marché à Molenbeek. Les Turcs plutôt du côté de Saint-Josse ten Noode et de Schaerbeek.

 

Lorsqu’il devint enfin bourgmestre en 1992, Moureaux écrit – et c’est fort peu connu - que sa première préoccupation fut de moderniser et renforcer la police locale qui allait à vau l’eau. Il remplaça l’ancien commissaire en chef par un jeune officier de police dynamique. En tant qu’homme de gauche, il explique quelle est sa conception du maintien de l’ordre. « Dans les pays où le discrédit de l’autorité publique a conduit à diminuer les efforts pour maintenir un corps de police puissant, contrôlé par l’Etat, la privatisation a fait florès et les quartiers habités par des gens aisés ont bénéficié d’une police financée par des contributions privées. En revanche, les quartiers populaires ont vu leur niveau de sécurité s’écrouler, la police officielle peu nombreuse, ne pouvant assurer convenablement la tâche qui lui était normalement dévolue. »

 

Sa deuxième priorité fut de rénover les quartiers populaires en déliquescence depuis les années 60. Moureaux joua de son influence politique pour obtenir un maximum de subventions et entreprit de vastes opérations de réhabilitation.

 

Sur le plan du logement, sa politique a consisté à éviter dans la mesure du possible les ghettos en mêlant logements moyens et logements sociaux dans un même quartier par des contrats de quartier. Et cette fois-là, c’est la gauche qui l’accuse de « gentrification »…

 

Son troisième chantier fut le dossier social et surtout celui de la jeunesse à l’abandon. Il fit des efforts considérables pour sortir les jeunes de leur situation de repli sur soi et il obtint des résultats spectaculaires qui ne plurent pas à tout le monde. Comme ces jeunes étaient pour la plupart arabo-musulmans, la droite libérale ne tarda pas à accuser le leader socialiste bruxellois de faire de « l’islamosocialisme » !

 

Philippe Moureaux s’explique sur sa relation avec la religion et l’Islam en particulier. Issu d’un milieu laïque – son père était ministre libéral et fut le créateur du Pacte scolaire – sans doute en réaction et du fait qu’il a été à ses débuts au sein du PS en relation avec le mouvement ouvrier chrétien de François Martou, il a eu une vision plus tolérante de la religion catholique. Quant au monde musulman, Moureaux avoue mal le connaître quand il arrive à Molenbeek. Il cafouille en prenant des décisions contradictoires.

 

Il comprend qu’il doit prendre contact avec les représentants du culte musulman pour se rapprocher de la population. Il se rend compte des problèmes que connaissent les musulmans en Belgique. Ainsi, la dépendance des imams d’ambassades étrangères dont celle de l’Arabie Saoudite est très mal perçue. Aussi, Moureaux milita pour l’instauration d’un Islam « pluriel ». D’autre part, il s’oppose à l’intégration à tout prix : « La démarche qui consiste à laisser pour seul choix aux musulmans vivant chez nous de s’aligner complètement sur notre mode de vie ou d’être relégués en marge de la société n’est pas acceptable. »

 

Il entretint des relations régulières avec les imams des différentes mosquées et organisa une rencontre annuelle afin de voir comment éviter des heurts pendant la période du ramadan.

 

Tariq Ramadan

 

Il assiste un jour à une conférence de l’islamologue suisse d’origine égyptienne et petit fils du fondateur des Frères musulmans, Tariq Ramadan. Moureaux ne cache pas une grande estime pour Tariq Ramadan. Il fustige ceux qui l’accusent de pratiquer le double langage en arguant qu’ils l’accusent sans avoir lu ses discours. Il a collaboré avec l’islamologue suisse et a pu, écrit-il, grâce à lui, empêcher des mariages forcés.

 

 

 

Philippe Moureaux manifeste une grande admiration pour Tariq Ramadan.

Philippe Moureaux manifeste une grande admiration pour Tariq Ramadan.

 

 

Sans doute, mais il passe sous silence l’ambigüité du discours de Ramadan entre autres sur un principe intangible pour des Socialistes, soixante ans après la grève des femmes de la FN de Herstal, et des Humanistes qui est celui de l’égalité hommes-femmes.

 

On se doute que cette vision des choses et son attitude sont fort mal vues des milieux laïques qui y voient une entorse à la sacro-sainte séparation de l’Eglise et de l’Etat et un ralliement de Philippe Moureaux au communautarisme. Au sein du PS bruxellois, pourtant réputé pour être très attaché à la laïcité, Moureaux en tant que président de la Fédération parvint par son autoritarisme à empêcher toute contestation à ce sujet.

 

Après le 13 novembre, l’ex-bourgmestre de Molenbeek fut accusé de laxisme à l’égard des islamistes. Moureaux s’en défend bec et ongle en montrant qu’au contraire, il a été particulièrement sévère à l’égard de certaines pratiques illicites comme le harcèlement des femmes, qu’il fut le premier bourgmestre à interdire le port du voile intégral, etc. Sur le plan culturel, il a créé des maisons de la culture et de la cohésion sociale avec priorité pour les quartiers sud de Molenbeek qui étaient devenus un véritable « ghetto culturel ». L’auteur reproche à la presse si prompte à l’accuser de laxisme de ne jamais avoir rapporté les mesures sévères qu’il a prises pour assurer le maintien de l’ordre dans la commune.

 

 

La politique d’ouverture

 

 

Philippe Moureaux assume le fait d’avoir ouvert les listes électorales socialistes à des personnes d’origine étrangère ne partageant pas les convictions laïques propres au PS. En outre, il se défend d’avoir voulu instaurer les accommodements raisonnables à la québécoise. Ici, Moureaux est très clair : autant il estime que des accommodements relèvent de la simple courtoisie comme ôter ses chaussures dans une mosquée, ne pas servir de porc à un Juif ou à un Musulman, etc., autant il s’oppose aux accommodements à la mode québécoise du philosophe Charles Taylor : « Je suis abasourdi lorsque je prends connaissance d’un jugement de la Cour suprême du Canada qui proclame que dans le cadre de ces accommodements raisonnables, le magistrat doit tenir compte uniquement de la sincérité du demandeur (…) Clairement, je pense que la loi doit être la même pour tous et, dans le mesure du possible, appliquée de façon uniforme en fonction de la jurisprudence. »

 

Moureaux a-t-il ou non appliqué lesdits accommodements raisonnables, il s’en défend. A ce stade, rappelons-nous la sévère critique de Merry Hermanus (http://uranopole.over-blog.com/2015/12/un-adieu-aux-armes-de-merry-hermanus.html ). Dans une missive publique, il écrit : « … le pire serait la trahison de nos valeurs, l’abandon progressif, hypocrite de ce qui fût notre apport essentiel à notre culture, à notre mode de vie. Je ne vois que des avantages à la présence dans notre région de cultures multiples, c’est une richesse indéniable mais je ne vois que des dangers si l’une de ces cultures veut imposer ses normes, revenir sur nos acquis sociétaux ou politiques, imposer ses normes alimentaires, revenir sur l’absolue égalité homme-femme, revenir sur l’impact du religieux dans la sphère politique etc. En d’autres termes, pourquoi pas le remplacement d’une part de notre population ! Substitution de nos droits, de nos valeurs non ! Jamais ! A Bruxelles, c’est ce qui est en train de se jouer. C’est cela l’enjeu essentiel. »

 

Philippe Moureaux a-t-il agi ainsi ? Il faut bien reconnaître qu’il y a eu trop d’incidents qui démontrent que l’on a cédé aux militants musulmans les plus intégristes. Moureaux réplique que cela s’est passé dans d’autres communes, pas à Molenbeek. Pas toujours vrai et un peu court ! Rappelons-nous, par exemple, l’affiche antisémite du PAC de Molenbeek qui a soulevé un tollé, à juste titre. (voir Uranopole : http://uranopole.over-blog.com/article-antisemitisme-au-ps-bruxellois-hermanus-a-raison-116243878.html )

 

La fréquentation des mosquées est dangereuse pour un responsable politique. L’auteur explique que c’est par ce biais qu’il pouvait entrer en contact avec la population arabo-musulmane de Molenbeek. A-t-il été dépassé par les événements ? On peut le penser. Ce danger a été dénoncé par le même Hermanus : « Ainsi la fédération s’est de plus en plus appuyée sur les mosquées et donc forcément sur les milieux musulmans les plus rétrogrades. Cela explique la disparition d’un certain nombre d’élues féminines d’origine maghrébine, ces femmes les premières élues de ce milieu, étaient toutes des femmes libérées des contraintes religieuses, ayant un langage direct, ferme à l’égard du poids du religieux. Aujourd’hui, elles sont remplacées par des élues beaucoup plus « lisses, soumises » On sait qu’elles ne causeront aucun problème avec leur communauté ou avec ceux qui s’y arrogent le rôle de représentant desdites communautés. »

 

Quoiqu’il en dise, c’est un échec, mais les choses semblent évoluer. Bien des jeunes d’origine maghrébines s’éloignent non pas de leur foi religieuse, mais de l’extrémisme archaïque alimenté par les nervis du radicalisme islamiste.

 

 

Le radicalisme religieux

 

 

Dans la deuxième partie de l’ouvrage, Philippe Moureaux se penche sur la montée du radicalisme religieux. Il raconte qu’il en a pris conscience très tôt. Il dénonce entre autres le comportement d’un personnage plus que douteux et haut en couleur, le prédicateur musulman d’origine belge qui se fait appeler cheikh Bassam. Il raconte également le rôle très dangereux joué à Molenbeek par le groupe anversois « Sharia4 Belgium » dont les membres ont été sévèrement condamnés par les tribunaux. L’auteur se penche sur le contexte international et sur la manière dont les jeunes sont recrutés pour rejoindre Daesh en Syrie. Il affirme même qu’à un certain moment, en « haut lieu », on autorisait les jeunes à partir dans le cynique espoir qu’ils ne reviennent pas !

 

Enfin, il analyse le développement du radicalisme religieux dans sa commune. Il tente d’en établir les raisons. Pour l’auteur, limiter l’analyse à la situation sociale comme le fait le PTB, est réducteur. C’est bien plus complexe. Il consacre de longues pages à ce sujet.

 

Moureaux connaît les personnages d’Abaaoud et d’Abdeslam et leurs parcours. Il est conscient, quand il est encore bourgmestre, du développement d’un foyer de violences dans un quartier donné. On ne peut donc le rendre responsable de « laxisme » en la matière.

 

En définitive, dans des circonstances tragiques, deux visions contradictoires se heurtent dans le fameux « vivre-ensemble ». Philippe Moureaux considère qu’il faut dépasser la laïcité et admettre le droit à la différence, tout en ne dérogeant pas à nos lois. D’autres pensent qu’en pratiquant le multiculturalisme, nous menaçons les fondements de notre vie commune.

 

Dès lors, sommes-nous assez forts pour conserver l’édifice immuable issu des Lumières, ou bien, faudra-t-il admettre que les brassages de populations mènent fatalement à un mélange des cultures ? Bref : qu’entendons-nous par universel ?

 

 

 

Pierre Verhas

 

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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 20:44

 

 

L’orientation du blog « Uranopole » est résolûment laïque. Encore faut-il savoir ce qu’on entend par ce qualificatif, ce qui n’est pas chose aisée.

 

 

En premier lieu, le substantif « laïcité » est intraduisible dans la plupart des langues. Et dans l’idiome français, il prend plusieurs définitions. Or, la Constitution française de 1958 en son introduction proclame que la France est une République « laïque ». En Belgique, il n’est pas question de laïcité dans les textes légaux à l’exception des dispositions sur les cultes où la laïcité est reconnue comme un culte ! Dans les autres pays européens, le régime est soit concordataire, soit de religion d’Etat.

 

Cette difficulté à définir précisément la « laïcité » est source de conflits, surtout quand le religieux redevient une pièce essentielle du débat social.

 

En second lieu, la laïcité – et c’est en grande partie la faute des laïques eux-mêmes – se positionne comme l’antithèse de la religion, ce qu’elle n’est pas. Pourtant, il faut bien reconnaître, lorsqu’on écoute le discours de certains militants laïques, il y a fort souvent confusion entre la laïcité, l’athéisme, le rationalisme, l’anticléricalisme… tous concepts différents n’ayant aucun lien entre eux.

 

Depuis les attentats de Paris, la controverse sur la place de la religion dans la société est relancée et ce, dans les plus mauvaises conditions puisque la peur suscitée par les horreurs vécues et vues à Paris et celles bien médiatisées de Daesh ne peuvent pas donner la sérénité nécessaire à ce débat.

 

Laïque ou multiculturel ?

 

Laurette Onkelinx, la chef de l’opposition socialiste francophone en Belgique, souhaite « à titre personnel » qu’il y ait un débat sur la laïcité en Belgique avec éventuellement une inscription de celle-ci dans la Constitution. Elle déclare en sus ne pas être opposée à un débat sur le voile. Le libéral flamand Patrick Dewael, ancien ministre et ancien président de la Chambre, saisit la balle au bond favorablement.

 

 

Laurette Onkelinx, présidente de la Fédération bruxelloise du PS, souhaite-t-elle renoncer au multiculturalisme ?.

Laurette Onkelinx, présidente de la Fédération bruxelloise du PS, souhaite-t-elle renoncer au multiculturalisme ?.

 

 

Est-ce une réponse de la part de Laurette Onkelinx, aussi présidente de la Fédération bruxelloise du PS, aux accusations de laxisme dont fait l’objet ce Parti et surtout son prédécesseur Philippe Moureaux, suite aux problèmes posés par la présence de djihadistes à Molenbeek et surtout parce que le courant multiculturel auquel Onkelinx adhérait, semble battre de l’aile ? Il s’agirait de sa part d’un virage à 180°. On observe que du côté flamand, le multiculturalisme est aussi en débat chez les Socialistes flamands, leur nouveau président, John Crombez, se positionnant en faveur d’un traitement plus sévère de la problématique des réfugiés. Et, de leur côté, les libéraux francophones du MR ont déposé 24 propositions de lois cadenassant la laïcité, dont 18 sont consacrées au seul voile islamique !

 

Or, opposer la laïcité au multiculturalisme n’a non seulement pas de sens, mais est aussi erroné. Le multiculturalisme n’est pas l’Islam dominant, par définition, puisqu’il prône la cohabitation entre communautés de cultures différentes, ce que justement combat l’intégrisme islamiste.

 

Alors, comment définir la laïcité ? A mon sens, la meilleure définition en a été donnée récemment par Elina Lemaire, une juriste de l’Université de Bourgogne dans une tribune à « Libération » du 2 février 2016.

 

 

 

Elina Lemaire, Maître de conférence de droit public à l'Université de Bourgogne (à gauche sur le cliché) est ferme sur les deux piliers de la laïcité.

Elina Lemaire, Maître de conférence de droit public à l'Université de Bourgogne (à gauche sur le cliché) est ferme sur les deux piliers de la laïcité.

 

 

On sait qu’en France, une polémique est née suite à la querelle entre le président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco, ancien ministre et proche collaborateur de François Mitterrand et l’actuel Premier ministre, Manuel Valls.

 

Tout a commencé le 6 janvier par une interview de la philosophe Elisabeth Badinter à France Inter où elle déclara : « Il faut s’accrocher et il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe, qui a été pendant pas mal d’années le stop absolu, l’interdiction de parler et presque la suspicion sur la laïcité. A partir du moment où les gens auront compris que c’est une arme contre la laïcité, peut-être qu’ils pourront laisser leur peur de côté pour dire les choses. »

 

L’épouse de l’ancien Garde des Sceaux estime donc que la critique de l’Islam est donc interdite de peur de se faire accuser d’islamophobie et que c’est la laïcité qui est stigmatisée. Elle ajoute, en réponse à un auditeur : « il se trouve que nous avons dans notre histoire, depuis plus d’un siècle, l’idée que dans des lieux publics et en particulier dans des écoles, nous devons observer de la neutralité politique, idéologique, religieuse. Dès lors qu’on essaye de mettre de côté cet absolu de la laïcité, eh bien on contrevient à la laïcité, et je ne suis pas d’accord avec cet auditeur qui pense que mettre un voile ou pas un voile, ça n’intéresse personne. Ça dépend de l’endroit. Dans la rue, on peut faire ce qu’on veut

 

 

Elisabeth Badinter, chaude partisane d'une laïcité stricte, a mis le feu aux poudres.

Elisabeth Badinter, chaude partisane d'une laïcité stricte, a mis le feu aux poudres.

 

 

Donc, pour Elisabeth Badinter et ses partisans, la laïcité se résume à la neutralité politique, idéologique et religieuse dans les lieux publics. Elle prône ainsi une définition restrictive de la laïcité considérée comme étant uniquement la stricte observation de la neutralité.

 

Cette manière de voir les choses est loin de faire l’unanimité dans les milieux laïques. Nicolas Cadène, le rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, organisme qui dépend de Matignon et qui est présidé par Jean-Louis Bianco, a réagi vivement aux propos d’Elisabeth Badinter. Tollé ! Une pétition circule demandant la démission de Bianco. Manuel Valls se fâche tout rouge. Les tweets et les cartes blanches fleurissent. C’est la typique tempête intello-médiatique (dans un verre d’eau) parisienne.

 

 

Jean-Louis Bianco, président de la Observatoire français de la laïcité et partisan d'une laïcité ouverte au multiculturalisme, fait l'objet d'une fatwa de la part des laïques rigoristes.

Jean-Louis Bianco, président de la Observatoire français de la laïcité et partisan d'une laïcité ouverte au multiculturalisme, fait l'objet d'une fatwa de la part des laïques rigoristes.

 

 

Selon « Libération » : « Au fond, dans ces débats, toute la difficulté est de répondre à cette question. Or, elle remonte à loin. «Il y a toujours eu dans la société des oppositions au sein même du camp républicain, entre différentes conceptions», rappelle ainsi Philippe Portier, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études (Paris-Sorbonne), où il occupe la chaire «Histoire et sociologie des laïcités», et directeur du «Groupe sociétés, religions, laïcités» (GSRL), un laboratoire cofinancé par le CNRS et l’Ecole pratique des hautes études. «Cette division date en fait de 1905» et l'adoption de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat, rappelle pour sa part Jean Baubérot, son prédécesseur. «Une partie de la gauche a suivi à reculons Aristide Briand», rapporteur de la loi, tandis que «certains ont dit qu'ils considéraient la loi comme une première étape vers la laïcisation intégrale. Aujourd’hui, leurs héritiers invoquent la loi de 1905, mais leur perspective, ce sont les amendements refusés à l'époque ».

 

Deux piliers

 

Elina Lemaire répond à cette question. « Ce principe (…) repose sur deux piliers : d’une part la neutralité de l’Etat (et plus largement de toutes les personnes publiques) ; d’autre part, la liberté de conscience et ses multiples facettes (dont la liberté religieuse et la liberté d’expression religieuse). »

 

Elle ajoute : « Le principe de neutralité est proclamé à l’alinéa 1er de l’article 2 de la loi du 9 décembre 1905 (…) aux termes duquel « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. ».

 

C’est ce qu’on appelle la dimension négative de la laïcité « dans le sens où il impose à l’Etat et aux personnes publiques une stricte abstention en matière religieuse. » Elena Lemaire ajoute que ce principe est source d’obligations uniquement pour la République.

 

Et une de ces obligations est de garantir l’effectivité de la liberté de conscience des individus. Madame Lemaire cite alors des extraits des débats parlementaires qui ont précédé le vote de la loi de 1905. Ainsi, le député Jean-Baptiste Bienvenue-Martin déclarait : « (…) En employant cette expression [l’Etat ne reconnaît aucun culte], nous avons voulu, non pas affirmer une doctrine philosophique, mais simplement appliquer le principe de la liberté de conscience et proclamer la neutralité de l’Etat en matière confessionnelle. »

 

Il y a donc un lien entre la neutralité de l’Etat et la liberté individuelle de conscience. Elena Lemaire en vient à une définition complète de la laïcité : « … le principe de neutralité, première composante du principe de laïcité est au service de la liberté de conscience. »

 

Or, aujourd’hui, ce sont ces deux piliers de la laïcité qui se heurtent. Le camp des « durs » insiste sur la neutralité et celui de « l’ouverture » sur la liberté de conscience. Pourquoi en est-on arrivé là ? Il faut remonter l’histoire.

 

La laïcité est née à la fin du XIXe siècle dans un Etat dominé par la bourgeoisie qui était divisée en deux camps. Le camp traditionnel catholique, royaliste, antisémite et le camp libéral, républicain, imprégné des idées des Lumières. En Belgique, le clivage se faisait également entre cléricaux traditionalistes et libéraux anticléricaux et le compromis fut trouvé dès l’indépendance en 1830 par un compromis entre la laïcité est un système concordataire.

 

La loi de 1905 est le résultat d’un accord entre les deux bourgeoisies. L’Eglise restait libre et l’Etat ne se mêlait pas de ses affaires en échange de la neutralité de la puissance publique dont les choix ne pouvaient en aucun cas être imposés par le clergé. Ce compromis a sans conteste installé un équilibre relativement stable dans la société française. D’ailleurs, peu de lois n’ont tenu plus d’un siècle quasi sans mises à jour ou abrogations.

 

Cependant, cette œuvre politique a été engendrée à l’époque de la colonisation. Il n’y avait quasi pas de population allochtone en Europe. Les colonisés restaient chez eux sous le contrôle des colons et des armées des puissances coloniales. Sur le plan philosophique, le clivage se faisait en France et en Belgique entre l’Etat et les milieux laïques d’une part, et l’Eglise catholique, les autres confessions étant insignifiantes.

 

Un troisième larron

 

Tout a changé avec l’immigration. L’arrivée par vagues successives de populations originaires des anciennes colonies françaises du Maghreb a profondément changé le paysage sociologique, surtout dans les grandes villes. Et dans le paysage spirituel, un troisième larron s’est donc progressivement installé : l’Islam.

 

Finie donc la coexistence plus ou moins pacifique entre l’Eglise catholique apostolique romaine et l’Etat neutre. Avec l’influence croissante de la religion musulmane, la donne a changé : « on » n’est plus entre nous ! Et cela, il n’y en a pas beaucoup qui ne l’ont pas compris.

 

Tout d’abord, en dépit des efforts louables mais un peu vains d’associations catholiques et laïques, il faut bien constater qu’elles n’ont pu concilier Islam et les principes de vie commune occidentaux. Ensuite, il y a la montée du racisme, il y a les crises pétrolières qui contribuent à fragiliser notre économie et donc notre tissu social, il y a les guerres interminables, injustes et meurtrières au Moyen-Orient et, par notre aveuglement coupable, on a laissé faire les pétromonarchies de la Péninsule arabique qui ont favorisé la montée de l’islamisme salafiste le plus violent. Les populations allochtones de confession musulmanes se trouvent ainsi de plus en plus marginalisées offrant un terreau au fanatisme et au terrorisme.

 

 

Ne portons-nous pas une large part de responsabilités dans ce sanglant gâchis ?

Ne portons-nous pas une large part de responsabilités dans ce sanglant gâchis ?

 

 

Il y a une évidente irresponsabilité de la part des autorités publiques en cette occurrence. L’Etat a fermé les yeux sur la misère sociale qui ne faisait que croître et les courants philosophiques et religieux ont entretenu sinon provoqué une situation conflictuelle par des attitudes discriminatoires et de rejet. Mais l’Etat n’a trouvé comme réponse que la répression.

 

Interdire n’est jamais convaincre.

 

La réaction la plus stupide d’une partie du monde laïque fut sa campagne contre le port du voile islamique. Depuis 1989, sous l’impulsion de la même Elisabeth Badinter, une large part du courant laïque en France et en Belgique s’est mobilisée pour l’interdiction du port du voile dans les écoles et les administrations publiques. Une loi a été votée en France sous la présidence de Jacques Chirac et la Belgique a tergiversé, mais l’interdiction du port du voile est de fait dans les écoles de l’enseignement officiel. Conséquences : sur le terrain, cela n’a fait qu’isoler les Musulmans. Tout comme Elisabeth Badinter ne craint pas de se faire accuser d’islamophobie, certaines réactions violentes contre le port du voile peuvent être assimilées à du racisme. En plus, on n’a pas compris un élément essentiel : interdire n’est jamais convaincre.

 

Malgré ces interdictions, la polémique n’a cessé de s’amplifier. Et les attentats de Paris l’ont alimentée. Vingt-cinq ans après, la question n’est toujours pas tranchée !

 

C’est une catastrophe pour la laïcité. Autant est-elle apparue comme une force progrès en étant le moteur des lois dépénalisant l’IVG, l’euthanasie, autorisant le mariage et l’adoption pour les homosexuels ; autant aujourd’hui donne-t-elle l’image d’un courant philosophique répressif et même régressif. La laïcité s’accommode mal d’interdits !

 

Et cela pourrait provoquer à terme sa disparition.

 

En outre, elle s’est divisée entre un courant ouvert à une société multiculturelle et une tendance rigoriste limitant la laïcité à la seule neutralité. Résultats : pour la jeunesse, la laïcité a une image exécrable ; la droite et même l’extrême-droite en ont profité pour se montrer plus laïques que la gauche traditionnellement porteuse des messages de la laïcité, mais qui – elle aussi – est divisée à ce sujet.

 

Revenons-en à ce qu’écrit Elina Lemaire : « La confusion de la laïcité avec la neutralité aujourd’hui largement répandue, a pour conséquence d’amputer ce principe de sa dimension libérale. ». Elle précise et avertit : « Au même titre que la neutralité, la liberté de conscience et ses multiples ramifications sont donc consubstantielles au principe de laïcité, qui ne peut exister sans elles. C’est pourquoi, contrairement à ce que le discours dominant pourrait laisser entendre, le principe de laïcité ne peut servir de fondement juridique adéquat à la liberté religieuse et le principe de neutralité ne peut devenir source de contraintes pour les individus. Sauf à corrompre profondément leur signification et leur portée libérale. »

 

Ce n’est que dans cet esprit là que la laïcité se réveillera et pourra, si elle agit enfin intelligemment, rappeler les principes fondamentaux qui doivent rester siennes, telles, par exemple et entre autres, l’égalité hommes-femmes et la liberté et la neutralité de l’enseignement qui ne peut en aucun cas dans son programme être influencé par la religion. Principes sur lesquels nul ne peut transiger, cela dans le respect des convictions de chacun.

 

Faute de quoi, RIP laïcité !

 

 

Pierre Verhas

 

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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 10:16

 

 

Enfin ! Enfin, peut-être. Il est sérieusement question de la libération de Julian Assange réfugié à l’ambassade d’Equateur à Londres depuis le 19 juin 2012, car il est sous le coup d’un mandat d’arrêt européen en provenance de la Suède pour une rocambolesque affaire de viol ou de relations sexuelles non protégées. Assange, le fondateur de Wikileaks qui a diffusé des milliers de câbles diplomatiques prouvant les crimes de guerre des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan, qui se trouvait à Londres début juin 2012, a demandé l’asile politique à l’Equateur parce qu’il craignait, une fois arrêté et puis extradé en Suède, être exfiltré vers les Etats-Unis où il risque la peine de mort pour espionnage. Ce mandat d’arrêt a par après été désapprouvé par le Parlement britannique, mais rien n’y fit. Le gouvernement de Cameron s’obstine dans sa volonté d’arrêter Julian Assange.

 

Nous reproduisons ici une intéressante contribution sur le sujet reproduite sur le site Le Grand Soir du journaliste australien John Pilger qui est journaliste et correspondant de guerre australien, particulièrement critique à l’égard de la politique occidentale dans le monde dirigée par les Etats-Unis et ce depuis ses débuts au Vietnam en 1962.

 

Il y a quelques jours, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a considéré que le mandat d’arrêt contre Assange établi par la Suède et par la Grande Bretagne est non-conforme à la Convention européenne des droits de l’homme et aux règles de droit international. Julian Assange a dit que si ce groupe de travail confirmait son avis, il demanderait à récupérer son passeport et à quitter la Grande Bretagne, sinon il se rendrait aux autorités britanniques.

 

On sera fixé très bientôt. Si, sur un plan politique, il serait malvenu que le gouvernement britannique persiste dans son attitude, rien ne peut le contraindre à accorder à Assange le droit de quitter ce pays. Et on connaît le caractère obstiné des conservateurs et de Cameron en particulier !

 

En outre, il ne faut pas oublier que la Grande Bretagne et l’Australie – dont Julian Assange est citoyen – font partie de l’alliance Five Eyes qui regroupe les Etats-Unis, le Canada, la Grande Bretagne, la Nouvelle Zélande et l’Australie qui se livre en commun à la surveillance générale telle qu’elle fut dénoncée par Edward Snowden. On voit mal ces gens laisser partir, sous l’injonction d’un groupe de travail de l’ONU, un Assange qu’ils considèrent comme leur ennemi n° 1.

 

Assange se base sur le droit. Ses puissants adversaires sur la force. Lequel l’emportera : la force ou le droit ?

 

Pierre Verhas

 

 

 

John Pilger, citoyen auxtralien, né le 9 octobre 1939 est journaliste et correspondant de guerre. Il commença sa carrière au Vietnam où il exprima depuis sa violente critique à l'égard de la politique impérialiste américaine.

John Pilger, citoyen auxtralien, né le 9 octobre 1939 est journaliste et correspondant de guerre. Il commença sa carrière au Vietnam où il exprima depuis sa violente critique à l'égard de la politique impérialiste américaine.

 

 

La libération de Julian Assange : le dernier chapitre

 

 

Par John PILGER

 

 

L’une des plus grandes injustices de notre temps se délite. Le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire - un tribunal international qui statue et décide si les gouvernements respectent leurs obligations en matière de droits - a décrété que Julian Assange a été arrêté illégalement par la Grande-Bretagne et la Suède.

 

Après cinq années de combats pour défendre sa réputation - ayant été calomnié sans relâche lors qu’il n’est accusé d’aucun crime - Assange est désormais plus proche de la justice, de la réhabilitation et peut-être de la liberté, qu’à aucun autre moment depuis son arrestation et sa détention à Londres en vertu d’un mandat d’arrêt européen, désapprouvé aujourd’hui par le Parlement britannique.

 

Le Groupe de travail de l’ONU fonde ses jugements sur la Convention européenne des droits de l’homme et trois autres traités qui engagent tous les signataires. La Grande-Bretagne et la Suède ont participé à la longue enquête de 16 mois de l’ONU et présenté et défendu leur dossier devant le tribunal. Ce serait montrer un mépris flagrant du droit international si elles ne se conformaient pas à l’arrêt et ne permettaient pas à Assange de quitter le refuge qui lui a été accordé par le gouvernement équatorien dans son ambassade de Londres.

 

Parmi les précédents cas célèbres sur lesquels le Groupe de travail s’est penché, on trouve : Aung San Suu Kyi en Birmanie, le leader de l’opposition emprisonné Anwar Ibrahim en Malaisie, le journaliste du Washington Post Jason Rezaian détenu en Iran. A tous, la Grande-Bretagne et la Suède ont apporté leur soutien au tribunal. La différence ici est que la persécution et l’emprisonnement d’Assange se déroule au cœur de Londres.

 

 

Julian Assange attend toujours à l'ambassade de la République d'Equateur à Londres.

Julian Assange attend toujours à l'ambassade de la République d'Equateur à Londres.

 

 

L’affaire Assange n’a jamais été celle d’une accusation de violence sexuelle commise en Suède - où la procureure en chef de Stockholm, Eva Finne, a rejeté l’affaire en déclarant « Je ne crois pas qu’il y ait des raisons de penser qu’il a commis un viol ». En outre, l’une des femmes impliquées a accusé la police de fabriquer des preuves et de l’avoir « roulée dans la farine », et protesté qu’elle « ne voulait accuser Julian Assange de rien. » Ensuite, une deuxième procureure a mystérieusement rouvert l’affaire après une intervention politique, puis l’a laissé traîner.

 

L’affaire Assange plonge ses racines de l’autre côté de l’Atlantique, dans une Washington dominée par le Pentagone et obsédée par la poursuite des lanceurs d’alerte, comme Assange pour avoir révélé, dans WikiLeaks, les graves crimes commis par les Etats-Unis en Afghanistan et en Irak : l’assassinat en masse de civils et le mépris de la souveraineté et du droit international. Rien de tout cela n’est illégal en vertu de la Constitution des Etats-Unis. En tant que candidat à la présidentielle en 2008, Barack Obama, un professeur de droit constitutionnel, a salué les lanceurs d’alerte comme « faisant partie d’une démocratie saine [et qui] doivent être protégés contre les représailles. »

 

Depuis, Obama, le traître, a poursuivi plus de lanceurs d’alerte que tous les présidents états-uniens qui l’ont précédé. La courageuse Chelsea Manning purge une peine de 35 ans de prison, après avoir été torturée durant sa longue détention provisoire. [Rappelons que Manning qui était sous-officier dans l’armée US a été condamné à une très longue peine de prison par le Conseil de guerre pour avoir communiqué des documents à Wikileaks. Il est devenu femme depuis. NDLR]

 

La perspective d’un destin semblable à celui de Manning a plané sur Assange comme une épée de Damoclès. Selon des documents publiés par Edward Snowden, Assange est sur une liste de personnes « recherchées ». Le Vice-président Joe Biden l’a qualifié de « cyber terroriste ». A Alexandria, en Virginie, un grand jury a tenté de concocter dans le secret une accusation de crime pour lequel Assange pouvait être poursuivi devant un tribunal. Bien qu’il ne soit pas citoyen des Etats-Unis, il est actuellement visé par une loi d’espionnage vieux d’un siècle et utilisé pour réduire au silence les objecteurs de conscience pendant la Première Guerre mondiale ; l’Espionage Act prévoit à la fois une peine de prison à vie et la peine de mort.

 

La capacité d’Assange de se défendre dans ce monde kafkaïen a été handicapé par les États-Unis qui ont classé l’affaire « secret d’État ». Un tribunal fédéral a bloqué la publication de toutes les informations sur ce qui est qualifié d’enquête de « sécurité nationale » sur WikiLeaks.

 

Le second rôle dans cette comédie a été tenu par la deuxième procureure suédoise, Marianne Ny. Jusqu’à récemment, Ny avait refusé de se conformer à une procédure européenne de routine qui l’obligeait à se rendre à Londres pour interroger Assange et de faire ainsi avancer le dossier que James Catlin, l’un des avocats d’Assange, qualifie de « risible ... on dirait qu’ils improvisent au fur et à mesure. »

 

En effet, avant même qu’Assange ne quitte la Suède pour se rendre à Londres en 2010, Ny n’a pas tenté de l’interroger. Dans les années qui ont suivi, elle n’a jamais bien expliqué, même à ses propres autorités judiciaires, pourquoi elle n’avait pas suivi une affaire qu’elle avait relancée avec tant de zèle - tout comme elle n’a jamais expliqué pourquoi elle a refusé de donner à Assange une garantie qu’il sera pas extradé vers les Etats-Unis en vertu d’un accord secret, conclu entre Stockholm et Washington. En 2010, l’Independent de Londres a révélé que les deux gouvernements avaient discuté la possible extradition d’Assange.

 

Et puis il y a le minuscule et courageux Equateur.

 

Une des raisons pour lesquelles l’Equateur a accordé l’asile politique à Julian Assange était que son propre gouvernement, en Australie, ne lui avait offert aucune aide à laquelle il avait légalement droit et l’a ainsi abandonné. La collusion de l’Australie avec les Etats-Unis contre son propre citoyen est évidente dans les documents divulgués ; il n’y a pas de vassaux plus fidèles aux Etats-Unis que les politiciens serviles des Antipodes.

 

Il y a quatre ans, à Sydney, j’ai passé plusieurs heures en compagnie du député libéral du Parlement fédéral, Malcolm Turnbull. Nous avons discuté des menaces qui pèsent sur Assange et leurs implications plus larges pour la liberté d’expression et de la justice, et pourquoi l’Australie devait le soutenir. Turnbull est maintenant Premier ministre australien et, au moment où j’écris ces lignes, assiste à une conférence internationale sur la Syrie organisée par le gouvernement Cameron – à environ 15 minutes en taxi de la chambre qu’Assange occupe depuis trois ans et demi dans le petit ambassade équatorienne juste à côté de Harrod’s.

 

La connexion avec Syrie est pertinente même si elle est occultée ; c’est WikiLeaks qui a révélé que les États-Unis avaient prévu de longue date de renverser le gouvernement Assad en Syrie. Aujourd’hui, tandis qu’il se réunit et serre des mains, le Premier ministre Turnbull a l’occasion d’apporter un minimum de sens et de vérité à la conférence en s’exprimant sur le sort de son compatriote injustement emprisonné, et pour qui il avait exprimé une telle préoccupation lorsque nous nous sommes rencontrés. Il lui suffirait de citer le jugement du Groupe de travail sur la détention arbitraire de l’ONU. Redonnera-t-il un lambeau de respectabilité à l’Australie ?

 

Ce qui est certain c’est que les gens respectables doivent beaucoup à Julian Assange. Il nous a révélé comment un pouvoir méprisable se comporte dans le secret, comment il ment et manipule et se livre à de grands actes de violence, à la poursuite de guerres qui tuent et mutilent et transforment des millions de gens en réfugiés qu’on aperçoit désormais à la télévision. Ne serait-ce que pour nous avoir révélé ces simples vérités, Assange mérite la liberté et a droit à la justice.

 

John Pilger

 

Traduction "la presse est libre... de se taire (ou de raconter n’importe quoi)" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

 

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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 11:03

À plusieurs reprises, le blog « Uranopole » a fait part de son inquiétude face à la montée d’un fascisme larvé à travers les pays de l’Union européenne. Un aspect est quasi passé sous silence par la presse : la répression contre les militants syndicalistes est de plus en plus forte, se généralise et mène progressivement à une criminalisation de toute action de grève et du mouvement ouvrier en général. Il faut dire qu’elle est aidée par des campagnes médiatiques contre les grévistes qui « paralysent » l’économie du pays et qui prennent les usagers en « otages », sans compter la verve de certain(e)s éditorialistes.

 

L’objectif est clair : éliminer toute entrave à l’offensive ultralibérale de l’Union européenne au prix de la destruction des libertés fondamentales.

 

 

 

En 2010, le gouvernement socialiste espagnol de Zapatero avait élaboré une réforme du marché du travail. Le 29 septembre 2010, les deux principales centrales espagnoles, la CC.OO (Comisiones Obreras) et l’UGT (Unión General de Trabajadores), appelaient à la grève générale pour manifester leur opposition aux politiques en matière de travail mises en place par le gouvernement national qui représentaient une diminution significative des droits des travailleurs.

 

Ce mouvement est largement suivi. Devant les principales entreprises et administrations, partout en Espagne, les travailleurs montent dès le petit matin des piquets de grève. Le pays, ce jour-là, tourne au ralenti. Les seuls à travailler sont les huissiers qui viennent constater les « empêchements de travailler », un délit passible de la prison en vertu de l’article 315.3 du Code Pénal espagnol, et la police, qui charge violemment certains cordons ouvriers.

 

Les choses changèrent dès l’arrivée du gouvernement de Mariano Rajoy, leader du parti post-franquiste, le Parti populaire. Alfon, un jeune militant madrilène fut condamné à quatre ans de prison pour sa participation à la grève du 14 novembre 2012.

 

 

66 années de prison pour les « huit d’Airbus » ?

 

 

Cependant, une affaire encore plus grave secoue le pays de Cervantès, ce sont les « huit d’Airbus ». Lors de la grève générale du 29 septembre 2010, A Getafe, ville située au Sud de Madrid, où se trouve l’usine CASA (Construcionnes Aeronauticas SA) qui dépend d’EADS plus connu sous le nom de groupe Airbus et qui emploie 7.500 travailleurs, plusieurs centaines d’ouvriers se sont rassemblés à l’entrée du site pour exprimer leur soutien à la grève.

 

 

Les huit travailleurs d'Airbus risquent en tout 66 années de prison !

Les huit travailleurs d'Airbus risquent en tout 66 années de prison !

 

 

La présence de nombreuses unités de la police antiémeute aux portes de l’usine et leur attitude envers les travailleurs n’ont fait qu’accroître les tensions. Le comportement des forces de sécurité fut tel que plusieurs incidents sérieux se sont déroulés et ont conduit la police antiémeute à faire usage de ses armes et à tirer à au moins sept reprises.

 

Suite à ces incidents, le Tribunal de première instance a ouvert une audience concernant les allégations du ministère public à l’encontre de 8 syndicalistes de la CC.OO et de l’UGT qui ont été inculpés. Le ministère public a requis des peines d’emprisonnement de huit ans et trois mois pour chacun d’entre eux, qui font un total de soixante-six ans de prison, et une amende de 31.059,52 € pour laquelle les prévenus seraient conjointement et solidairement responsables. Le jugement devrait être rendu entre le 9 et le 12 février.

 

Pour les Commissions Ouvrières (CC.OO), le syndicat auquel appartiennent les militants d’Airbus, l’instruction de l’affaire a été émaillée de vices de procédures, le dossier reposant, lui, sur des « preuves » montées de toutes pièces. Dans toute l’Espagne, les deux principales centrales syndicales, les CC.OO et l’UGT ont lancé une campagne en défense des « huit de Airbus » et pour le droit de grève. Le hashtag créé pour l’occasion, #HuelgaNoEsDelito, « la grève n’est pas un délit », est des plus populaires sur tweeter.

 

Rajoy, en définitive, s’est placé dans la lignée du gouvernement précédent, celui des socialistes de Zapatero, sous qui les affaires pour violation de l’article 315.3 lors de la grève générale de septembre 2010 ont commencé à être instruites et qui n’ont été que des initiateurs en termes d’offensive en règle contre un Code du travail qu’a continué à attaquer à la pioche Rajoy, ces dernières années. Que va faire le nouveau gouvernement de gauche ? On attend ! En tout cas, cette affaire est un défi fondamental pour sa crédibilité. La pression est mise : à Getafe, la majorité municipale PSOE-Gauche Unie-Podemos a fait voter une motion exigeant l’arrêt des poursuites contre « les huit » et l’abrogation des lois de répression.

 

Affaire à suivre, comme on dit. Et l’enjeu est fondamental : c’est l’avenir de la branche politique du mouvement ouvrier qui est en cause !

 

 

Prison ferme pour les « huit de Good Year »

 

 

En France, quasi au même moment, mardi 12 janvier, le tribunal correctionnel d’Amiens a condamné huit syndicalistes de l’usine Good Year d’Amiens-Nord, chacun à deux ans de prison, dont neuf mois fermes et cinq ans de mise à l’épreuve.

 

Le mouvement à « Good Year » fut très dur. L’entreprise menaçait de fermer en jetant à la rue ses 1.143 salariés. La direction fit la sourde oreille aux interrogations des travailleurs, ce qui accrut la tension. Une rencontre tendue eut lieu entre le directeur des ressources humaines accompagné de celui de la production avec les salariés réunis en assemblée générale. Devant leur mutisme et l’absence de réponses aux questions des travailleurs, les deux cadres furent séquestrés dans un bureau pendant une trentaine d’heures. Ils furent alimentés, étaient autorisés à prendre contact avec leurs proches. Ils furent libérés sans aucune violence et renoncèrent à déposer plainte.

 

Malgré cela, le Parquet décida de poursuivre et parvint ainsi à faire condamner à de la prison ferme les huit militants.

 

L’affaire est en instance d’appel. Ce jugement a déclenché un tollé de protestations dans toute la France. C’est la première fois qu’une condamnation aussi sévère est prononcée à l’égard de syndicalistes. L’un d’eux a d’ailleurs estimé que sa condamnation était liée à l’arrachage de la chemise du DRH d’Air France.

 

Pour Fiodor Rilov, l’avocat des huit condamnés et de la CGT, ce jugement est  manifestement le résultat d’une opération politique.

 

« Je ne crois pas un seul instant que le procureur d’Amiens ait décidé seul de requérir des peines de prison. On veut faire passer un message à ceux qui se battent contre la fermeture de leur entreprise, contre les délocalisations, pour leur emploi, leur dire ce qu’ils risquent. »

 

Pour l’avocat, les personnes condamnées l’ont été « du fait de leur statut de syndicalistes. On ne peut pas dissocier ce jugement du recul sans pareil des acquis sociaux décidés par le gouvernement. Et désormais, dans toutes les luttes sociales, il y aura le jugement d’Amiens en toile fond. »

 

 

Du baby-sitting

 

 

Xavier Mathieu, l’ex-syndicaliste de Continental, devenu comédien, a exprimé sa révolte : « Ceux qui ferment illégalement les entreprises, comme cela a été le cas pour Continental en 2009. Ceux qui sont responsables d’accidents mortels de salariés par manque de sécurité. Pas plus que les hommes politiques qui piquent dans la caisse. Eux ne font jamais de prison. Les responsables de Conti qui ont fermé illégalement l’usine, sans motifs économiques, ont eu, pour toute condamnation, une amende financière. Au total, ils ont dû débourser quelques dizaines de millions d’euros. Mais qu’est-ce que c’est par rapport aux milliards de bénéfices qu’ils ont empochés ? Ils auraient dû être obligés de payer les salariés mis à la porte jusqu’à ce qu’ils retrouvent un boulot ou qu’ils atteignent l’âge de la retraite. Mais non, ils ont juste versé de quoi les faire vivre un an ou deux.

 

 

Xavier Mathieu, l'ancien de Continental, n'a pas perdu son énergie militante.

Xavier Mathieu, l'ancien de Continental, n'a pas perdu son énergie militante.

 

«C’est révoltant. Qu’ont fait les mecs de Goodyear ? Ils se sont juste révoltés contre une injustice. Ils ont juste gardé des cadres parce qu’ils n’obtenaient pas de réponses à leur question. On est loin des séquestrations qu’on a pu connaître par le passé dans la métallurgie. Les types ont pu boire de l’eau, appeler leur proche. C’était plus du baby-sitting qu’autre chose. La violence, elle n’est pas de leur côté. Ce sont les fermetures d’usine qui sont violentes. Celles qui mettent les gens dans la merde, qui les poussent vers le suicide, l’alcoolisme, la drogue, la dépression, le RSA. »

 

 

Et la Belgique !

 

 

La Belgique n’est pas en reste. Suite aux grèves des cheminots de janvier 2016, un militant de la CGSP (Centrale Générale des Services Publics) cheminots s’est vu condamné à une astreinte de 1.686,89 € pour non-respect d’une ordonnance de justice lors de la première des 2 journées de grève sur le rail des 6 et 7 janvier. Il avait en effet participé le 6 janvier au piquet de grève rue de France à Bruxelles où se trouve le siège d’Infrabel (la société qui est chargée de l’infrastructure des chemins de fer et de la gestion du rail).

 

Ce mouvement devant durer cinq jours consécutifs ayant été annoncé par les organisations syndicales, début décembre 2015, le gouvernement nationaliste-libéral de Charles Michel a déclenché une campagne médiatique de dénonciation de cette grève. Les syndicats ont fait un geste en étalant les cinq jours (deux les 6 et 7 janvier et les trois autres plus tard en attendant le résultat des négociations avec la direction). . Le 21 décembre, le gestionnaire du rail avait obtenu un jugement du tribunal civil de Bruxelles interdisant tout piquet de grève devant les cabines de signalisation du réseau ferroviaire.

 

 

 

Cheminots en grève le 6 janvier à la gare du Midi à Bruxelles

Cheminots en grève le 6 janvier à la gare du Midi à Bruxelles

 

 

Selon Infrabel, cité par le journal financier L’Echo, l’huissier aurait constaté que le cheminot incriminé et d’autres grévistes empêchaient les agents d’Infrabel, dont un directeur, d’accéder au bâtiment du «trafic control» à Bruxelles. Le cheminot aurait bousculé le directeur et aurait eu un comportement violent à l’égard d’une femme enceinte, conduisant l’huissier à signifier l’ordonnance et à dresser le constat. Il faut préciser qu’aucun procès verbal n’a été dressé par la police et qu’aucune plainte n’a été déposée. C’est donc la version des faits établie par l’huissier qui est la cause de cette astreinte. Précisons en outre que le siège d’Infrabel, même s’il s’appelle « trafic control », n’est pas une cabine de signalisation…

 

Tout cela fait dire au secrétaire régional de la CGSP, Philippe Dubois : « Ce qui est interpellant dans ce "commandement" à charge de notre représentant, c'est que l'astreinte ne lui a effectivement jamais été assignée au piquet de grève, rue de France. Aucun officier de police n'a relevé son identité. Cela pourrait signifier que, lors des futures grèves, des huissiers assignent des participants aux piquets, dès lors que leurs noms sont connus.

 

ll s’agit d’une attaque frontale contre le droit de grève. J’ai peur pour notre démocratie ! »

 

Le militant impliqué n’est d’ailleurs pas n’importe qui. Jordan Croeisaerdt est accompagnateur de train et délégué syndicat à la CGSP Cheminot, a 32 ans, du bagout, une envie de changer le monde. C’est un militant au MOC (Mouvement Ouvrier Chrétien) et à la JOC. Il soutient en outre les mouvements féministes.

 

 

Un beau costume cravate

 

 

Fils d’un ouvrier cheminot, Jordan a grandi dans les logements mis à disposition du personnel, rue de France justement. Après avoir travaillé comme livreur pour un garage, multiplié les petits boulots dans l’Horeca et travaillé deux fois aux vendanges, ses parents ont voulu qu’il se stabilise. « Deviens accompagnateur de train, tu auras un beau costume cravate ! », m’a dit mon père, sourit Jordan. « J’ai passé toutes mes formations. On nous disait alors : vous allez avoir un statut en or. Aujourd’hui, après 12 ans de service, j’ai franchement peur pour mon emploi : la SNCB veut supprimer les accompagnateurs de train. Mais ce qui m’effraie le plus, c’est que nos chemins de fer ne tombent en faillite. Je lutterai jusqu’au bout contre la privatisation de ce service public ».

 

 

Jordan Croeisaerdt n'a certes pas le profil de mouton requis pour la direction ultralibérale d'Infrabel.

Jordan Croeisaerdt n'a certes pas le profil de mouton requis pour la direction ultralibérale d'Infrabel.

 

 

En définitive, ne serait-ce pas lui personnellement, qui a été visé ? Le parcours de Jordan ne doit pas être tout à fait conforme à ce que la direction ultralibérale d’Infrabel attend d’un travailleur docile !

 

 

Vers l’unité syndicale ?

 

 

La FGTB (l’organisation syndicale dont fait partie la CGSP) a déposé un recours contre cette astreinte. Ainsi, tout le mouvement syndical manifeste sa solidarité à l’égard des travailleurs du chemin de fer.

 

Il était temps que renaisse l’unité syndicale !

 

Celle-ci s’est d’ailleurs manifestée par une initiative de jeunes militant(e)s de la CGSP enseignement. Ils ont lancé un appel à la solidarité pour Jordan Croeisardt que nous reproduisons intégralement.

 

 

 

En Belgique comme ailleurs: NON à la répression des mouvements sociaux !

 

 

Nous, syndicalistes, travailleurs, chômeurs, jeunes, pensionnés,… tenons à affirmer notre soutien aux syndicalistes menacés par des politiques répressives et antidémocratiques, tant en Belgique que partout ailleurs.

 

Dans ce contexte, nous affirmons pleinement notre soutien au camarade cheminot Jordan Croeisaerdt, accompagnateur de train et vice-président de la CGSP- Cheminot dans la région bruxelloise. Dans la foulée des dernières grèves des cheminots en janvier 2016, ce dernier s’est vu infliger une astreinte de près de 1700€ pour participation à un piquet de grève. La méthode employée est scandaleuse (aucun huissier ne lui a remis de document au piquet ; il a reçu l’astreinte à son domicile, après que la direction a vraisemblablement communiqué son nom et son adresse aux huissiers) et les accusations portées contre lui dans les médias sont mensongères.

 

Il s’agit en réalité d’une tentative nette d’intimidation s’inscrivant dans un contexte général de répression accrue des mouvements sociaux tandis que l’austérité imposée est, elle, de plus en plus violente. Nous nous inquiétons et dénonçons fermement cette criminalisation généralisée.

 

Tout ceci n’est pas sans rappeler : en France, les peines de prison écopées par les syndicalistes de Goodyear luttant pour leur emploi ou le licenciement abusif des salariés d’Air France; en Espagne, les poursuites judiciaires contre 300 travailleurs et les tirs de flash-ball sur les mineurs en grève.

 

De même, en Belgique, la violence à laquelle ont été confrontés les ouvriers d’Arcelor Mittal n’était que les prémisses d’une violence qui se généralise à l’encontre de la contestation et le recours systématique aux huissiers lors des grèves instaure un climat de peur et exacerbe les tensions.

 

Tout ceci n’a que trop duré, une attaque contre l’un d’entre nous est une attaque contre tous! Il est évident que le gouvernement réactionnaire a déclaré une guerre sociale en s’attaquant de front à nos acquis sociaux, à nos services publics, à nos conditions de travail et de salaires. Et face à la colère grandissante de la population, il s’en prend aujourd’hui à nos droits syndicaux et à nos libertés fondamentales. Cette politique contraste avec l’impunité totale dont jouissent les grands fraudeurs fiscaux, les patrons voyous et certaines multinationales sans scrupule.

 

Face à de telles dérives, nous nous devons urgemment de nous unir et de réagir collectivement. C’est pourquoi, nous nous engageons à participer à toute initiative allant dans ce sens.

 

Ainsi, nous nous opposons et disons :

 

• STOP à toute forme de répression du mouvement social ;

 

• STOP à l’instrumentalisation médiatique visant à criminaliser systématiquement le mouvement syndical dans son ensemble ;

 

• STOP à la privatisation progressive de nos services publics ;

 

• STOP à la destruction de nos acquis sociaux !

 

Nous défendons et sommes :

 

• POUR un soutien total à Jordan Croeisaerdt, pour que cesse immédiatement toute poursuite à son encontre ;

 

• POUR un rail fort, de qualité, gratuit et public, nécessaire dans le contexte de transition énergétique à mener dans les années à venir ;

 

• POUR un investissement massif dans tous les services publics ;

 

• POUR une mobilisation large et conséquente pour défendre ces droits et nos acquis !

 

Nous appelons à organiser:

 

• Une conférence de presse : pour contrecarrer les mensonges médiatiques ;

 

• Un meeting public en front commun : pour fédérer et mobiliser contre ces attaques ;

 

• Des assemblées générales dans tous les secteurs : afin d’affirmer une position claire et préparer la riposte ;

 

• Des actions et une mobilisation massive: pour défendre le cas de Jordan et, à travers lui, le droit à l’action collective.

 

N’hésitez pas à soutenir le camarade Jordan, en signant la pétition!

 

Un bel exemple de solidarité interprofessionnelle ! La jeune génération militante a retenu par elle-même les leçons de leurs aïeux : la flamme de la Résistance ne s’éteindra jamais. C’est à un niveau européen qu’elle doit éclairer les luttes. Et la solidarité doit exister entre toutes et tous.

 

Qui a dit que l’histoire ne repasse jamais les plats ?

 

 

 

Pierre Verhas

 

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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 11:10

 

Les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et la crise des migrants ont été le révélateur de l’état de déliquescence de l’Etat nation européen.

 

Certains disent aussi « de l’Europe ». C’est en partie vrai. Il serait plus juste de parler de l’échec de « l’intergouvernementalité », autrement dit, la somme des Etats-nations ne forment pas une entité supranationale.

 

Qu’il s’agisse des attentats ou de la venue massive de migrants, les Etats européens se sont avérés incapables d’avoir une réponse adéquate et efficace. En outre, les principes fondamentaux de vie sociale sont bafoués.

 

La France a connu deux vagues d’attentats en 2015 : en janvier, « Charlie Hebdo » et l’hyper casher et en novembre, le « Bataclan », le stade de France et les terrasses. Quels furent les causes de ces tragédies et quelles furent les répliques du gouvernement français ?

 

Les causes

 

Les causes. Michel Onfray – le maudit ! – écrit : « Vous bombardez leur pays, vous déchirez leurs familles, vous dessinez leur Prophète dans les dessins les plus ridicules, vous encouragez les chrétiens africains puis vous les armez pour tuer des Musulmans au Mali et en Afrique centrale… Puis vous manifestez comme des victimes ! » Cela, côté cour.

 

 

Michel Onfray - le maudit - voit le monde sous un autre éclairage.

Michel Onfray - le maudit - voit le monde sous un autre éclairage.

 

Ajoutons, côté jardin : vous appuyez les rebelles syriens contre le régime de Hassad, non à cause de ses atrocités, mais pour son alliance avec l’Iran et la Russie, tout en sachant bien que ces rebelles font partie de Daesh financé et armé par le Qatar et l’Arabie Saoudite.

 

Par ces contradictions, n’est-ce pas vous la cause ? La politique étrangère des pays européens dont la France systématiquement alignée sur les néoconservateurs américains mène à la catastrophe. François Hollande fait tout pour réintégrer totalement la France à l’OTAN. Cette politique ne répond en rien aux intérêts vitaux des peuples européens. Où est l’intérêt de se positionner dans un bloc contre la Russie ? En quoi, ce pays est-il ennemi de l’Europe ?

 

Au Moyen Orient, l’alliance systématique avec le gouvernement nationaliste israélien n’apporte rien à la paix. Elles sont pitoyables, les tergiversations avec la Turquie d’Erdogan qui se transforme en un pays fasciste et qui n’est pas loin de procéder à un nouveau génocide, avec les Kurdes, cette fois-ci. En outre, le régime islamiste « modéré » d’Ankara est en cheville avec Daesh.

 

Recep Tayyip Erdogan, un dangereux dictateur avec qui la France entretient d'excellentes relations.

Recep Tayyip Erdogan, un dangereux dictateur avec qui la France entretient d'excellentes relations.

 

De plus, le commerce des armes – et particulièrement du Rafale de Dassault – provoque des compromissions avec des pays dont les intérêts sont fondamentalement contraires à ceux de la France et de l’Europe. Des liens douteux se forment entre les hommes d’affaires français et l’émirat du Qatar qui rachète systématiquement les hôtels de haut de gamme à Paris et sur la côte d’Azur, la principale équipe de football bradant ainsi des secteurs florissants pour le seul intérêt de quelques personnages aussi puissants que douteux qui hantent les allées du pouvoir.

 

Donc, un Etat faible prêt à toutes les compromissions ne peut organiser une résistance efficace à l’offensive terroriste dont sa population est victime. Mais, on peut se poser une question : mesure-t-on réellement ce qu’est le terrorisme ?

 

Le terrorisme n’est pas ce que l’on croit.

 

Tout aussi atroce qu’il soit, le terrorisme est une arme psychologique. Mesurons les choses : le terrorisme en France a provoqué 149 décès et 51 blessés graves et handicapés – on les oublie, ceux-là, ils ne sont pas médiatiques –, combien y a-t-il de victimes, de blessés, d’handicapés de la route chaque année avec leur lot de terribles conséquences pour les familles ? Bien plus nombreux que les victimes du terrorisme.

 

 

149 tués et 51 blessés graves et handicapés par les attaques du 13 novembre 2015.

149 tués et 51 blessés graves et handicapés par les attaques du 13 novembre 2015.

 

Le terrorisme est une arme psychologique. Il frappe spectaculairement avant tout des symboles du pouvoir ou de la culture du pays à combattre : le WTC et le Pentagone aux USA lieux des pouvoirs financier et militaire, « Charlie Hebdo » pour ses caricatures, le « Bataclan » pour le modèle culturel qu’il représente, le Musée juif de Bruxelles contre la communauté juive, etc.

 

Sur un plan purement stratégique, ces frappes n’ébranlent pas – ou très peu – l’infrastructure de base de l’Etat et de sa défense. Elles frappent les opinions. Leur surmédiatisation y contribue largement, d’ailleurs. Cette surmédiatisation a d’ailleurs comme objectif la manipulation de l’opinion publique.

 

Les actes terroristes sont avant tout des messages destinés aux Etats où ils se produisent. Ils peuvent constituer un avertissement ou des représailles de la part de la puissance qui les fait commettre. Ils sont l’œuvre de l’Etat profond ou d’une nouvelle forme de puissance structurée : l’Etat terroriste, comme le fameux Etat islamique. Ils sont donc un instrument de ce qu’on appelle « la diplomatie parallèle » et non des actes de guerre comme on veut le faire accroire.

 

Le terrorisme : un levier !

 

Alors, pourquoi ? Parce que l’Etat « victime » se sert du terrorisme pour imposer des mesures qu’il ne pourrait jamais appliquer en des circonstances ordinaires.

 

C’est le cas du fameux « Patriot Act » pris sous la présidence de George W Bush après les attaques du 11 septembre 2001. Il y a bien des points communs avec l’Etat d’urgence proclamé par François Hollande après les massacres du 13 novembre 2015. Et c’est cela qui est inquiétant.

 

 

George Walker Bush fut l'instigateur du Patriot Act qui ébranla la démocratie américaine.

George Walker Bush fut l'instigateur du Patriot Act qui ébranla la démocratie américaine.

 

Le USA PATRIOT Act est une loi antiterroriste qui a été votée par le Congrès des États-Unis et signée par George W. Bush le 26 octobre 2001.

 

Dans la pratique cette loi autorise les services de sécurité à accéder aux données informatiques détenues par les particuliers et les entreprises, sans autorisation préalable et sans en informer les utilisateurs.

 

- Le Patriot Act renforce les pouvoirs des agences gouvernementales (FBI, CIA, NSA et armée) et réduit les droits de la défense.

 

- Il crée les statuts de "combattant ennemi" et de "combattant illégal", utilisé notamment pour les détenus de Guantanamo et qui peuvent être détenus indéfiniment.

 

- Il prévoit que toute intrusion dans un système informatique peut être assimilée à un acte de terrorisme.

 

- Il autorise le FBI à épier la circulation des messages électroniques et à conserver les traces de la navigation sur le Web de toute personne suspectée de contact avec une puissance étrangère.

 

- En août 2006, une juge fédérale a déclaré contraire à la constitution les écoutes téléphoniques et a ordonné l'arrêt du programme secret de surveillance intérieure de la NSA. La loi autorisait la mise sur écoute de toute personne ayant un rapport proche ou lointain avec une personne présumée terroriste. Après les révélations d’Edward Snowden, on a vu ce que cela a donné !

 

- Une disposition autorisant l'administration à avoir accès aux bases de données des bibliothèques et des libraires a été supprimée par un amendement.

 

Et il existe une autre loi qui a été prise dans la foulée du 11 septembre en même temps que la proclamation de l’état d’urgence et qui est bien moins connue du public européen, c’est l’AUMF (Authorization for Use Military Forces) votée par le Congrès des Etats-Unis le 14 septembre 2001. Cette autorisation permet toute intervention militaire dans le cadre de la répression des attentats du 11 septembre à l’extérieur des Etats-Unis. On a voulu élargir la portée de cette autorisation, mais les diplomates s’y sont opposés estimant que ces interventions sont contreproductives. Néanmoins, comme l’écrit Peter Dale Scott dans L’Etat profond américain : « La récente intensification du militarisme de ce pays [les USA] découle en grande partie de « l’état d’urgence » décrété le 14 septembre 2001 et renouvelé chaque année par le Président. »

 

 

Julian Assange a dénoncé les turpitudes de l'Etat profond américain et d'autres Etats. Il est toujours réfugié à l'ambassade d'Equateur à Londres.

Julian Assange a dénoncé les turpitudes de l'Etat profond américain et d'autres Etats. Il est toujours réfugié à l'ambassade d'Equateur à Londres.

 

Quelques années après, Julian Assange au moyen de son réseau Wikileaks a pu donner les preuves des interventions criminelles de l’armée et des services secrets américains en Irak. Et ensuite, Edward Snowden dénonça preuves à l’appui la « surveillance générale » et mondiale instaurée par la NSA, une des plus importantes agence américaine.

 

En France, l’état d’urgence ne va pas aussi loin, parce qu’elle ne dispose pas des moyens équivalents à ceux des Etats-Unis et aussi, car l’opinion publique n’accepterait pas l’extension des pouvoirs de l’armée. Mais l’état d’esprit est le même : restreindre les libertés sous prétexte de lutte contre le terrorisme.

 

Confusion entre l’état d’urgence et la lutte contre le terrorisme

 

Comme le rappelle Charlotte Girard, maître de conférence en droit public à l’université Paris-X dans « Libération » du 25 janvier : « Toutes les constitutions prévoient des mesures d’exception, même si leur nom peut varier d’un pays à l’autre. (…) Leur mise en œuvre et leur mode de renouvellement dépendent des régimes juridiques propres à chaque pays. Ces mesures sont prises quand la sécurité de l’Etat est menacée par un péril imminent, terroriste, mais aussi environnemental. » Ce sont les Parlements qui décrètent l’état d’urgence dans tous les pays démocratiques, même aux Etats-Unis avec le Patriot Act, à l’exception notable de la en France où c’est le Président de la République qui décrète l’état d’urgence.

 

L’universitaire s’inquiète d’une évolution dangereuse : il y a une forme de normalisation de la réaction des Etats face au terrorisme. « Il y a une confusion entre l’état d’urgence et la lutte contre le terrorisme, qui brouille la séparation des pouvoirs. Le Patriot Act a donné le la après le 11 septembre. On a ensuite vu ce système se perpétuer dans le temps et dans l’espace, notamment en Europe et dans les pays du Maghreb. Ce pack sécuritaire antiterroriste revêt toujours les mêmes formes. »

 

Charlotte Girard pointe la les mesures contre les flux migratoires, l’extension des pouvoirs des services de renseignement et de la police mettant ainsi le juge à l’écart, notamment en matière de perquisitions, de gardes à vue, de mises en résidence surveillée, etc. Cela bouleverse la séparation des pouvoirs « avec la captation du pouvoir normatif par l’exécutif et l’éloignement de l’autorité judiciaire » Et dans les Etats fédéraux ou décentralisés, le pouvoir de décision est confisqué au profit du pouvoir exécutif central. Et elle conclut par ce constat : « La nouveauté actuelle réside dans le double langage : nous sommes toujours en démocratie, tout en appliquant des mesures qui ne relèvent pas de ce régime. La réaction au terrorisme a pour effet de renverser la hiérarchie des normes : il s’agit désormais de préserver la sécurité au détriment de la liberté. »

 

Manuel Valls pousse à la pérennité de l'état d'urgence. François Hollande le fera inscrire dans la Constitution.

Manuel Valls pousse à la pérennité de l'état d'urgence. François Hollande le fera inscrire dans la Constitution.

 

Le gouvernement de Manuel Valls veut prolonger l’état d’urgence décrété en novembre dernier de trois mois et François Hollande souhaite l’inscrire dans la Constitution, donnant ainsi la possibilité de le rendre permanent.

 

Merci les terroristes !

 

Certes, face aux attaques meurtrières, à l’exception de quelques extrémistes, personne ne conteste la nécessité de prendre des mesures exceptionnelles et temporaires pour assurer un minimum de sécurité et éradiquer ces bandes redoutables de voyous terroristes.

 

Cependant, on observe que ces mesures ne sont guère temporaires. Alors, pourquoi ? Est-ce vraiment le terrorisme que l’on combat, ou autre chose ?

 

On en a déjà eu un aperçu lors de la COP 21. Des militants écologistes ont été mis en résidence surveillée sans aucune décision judiciaire motivée.

 

Bientôt, ce sera le tour de tout militant jugé « dangereux » par le pouvoir. Or, avec le train de mesures antisociales en préparation en France, notamment sous la férule du banquier Macron, il faut s’attendre à des mouvements sociaux de grande ampleur dans tous les secteurs et dans plusieurs catégories de travailleurs. L’état d’urgence et son train de mesure sera donc bien utile !

 

Et chacun sait qu’un pouvoir fort sonne le glas d’un Etat fort.

 

Merci les terroristes !

 

Pierre Verhas

 

Prochain article : la déliquescence de l’Union européenne

 

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 17:49

 

Voulez-vous savoir comment est produit votre smartphone, votre Ipad, votre Iphone, votre PC, votre Play Station ?

 

En définitive, si ces appareils que tout le monde possède, exhibe et qui envahissent notre vie quotidienne, sont très bon marché, il doit y avoir une raison.

 

La plupart d’entre eux sont fabriqués à Shenzen par l’entreprise transnationale Foxconn.

 

La ville de Shenzhen au Sud de la Chine, non loin de Hong Kong est un ancien village de pêcheurs devenu une immense métropole, grâce à l’adhésion de la Chine au système économique capitaliste, sous le fameux mot d’ordre de Deng Xiao Ping « Enrichissez-vous ! ».

 

 

La mégalopole de Shenzen pure réalisation du capitalisme communiste chinois abrite la grande usine de l'entreprise transnationale Foxconn

La mégalopole de Shenzen pure réalisation du capitalisme communiste chinois abrite la grande usine de l'entreprise transnationale Foxconn

 

Cette mégalopole surgie de terre qui fut déclarée zone franche, ou paradis fiscal, si vous voulez, a été en 1980 la première zone économique spéciale ouverte aux investissements étrangers ou chinois à l’étranger. Foxconn s’y est installée dès 1988 bénéficiant des avantages fiscaux, de l’eau à bon marché et de normes environnementales minima, voire inexistantes. Il y a peu, des habitants de Shenzen furent victimes d’un glissement de terrain suite à l’effondrement d’une montagne de déchets provenant des usines Foxconn.

 

Foxconn Technology, anciennement Hon Hai Precision Industry Company Ltd., est un groupe industriel taïwanais spécialisé dans la fabrication de produits électroniques, principalement implanté en République populaire de Chine.

 

Terry Gou sans doute un des plus puissants tyran.

 

Cette entreprise a été fondée par le Taïwanais Terry Gou qui est né en 1950 à Taiwan d’une famille de Chinois ayant fui le régime maoïste.

 

 

Terry Gou le milliardaire taiwanais fondateur de Foxconn

Terry Gou le milliardaire taiwanais fondateur de Foxconn

 

Autodidacte, en 1974 , il fonde l'usine de plasturgie Foxconn avec dix employés dans la banlieue de Taipei à Taiwan sous le nom de Hon Hai avec 7500 dollars de capital de départ prêté par sa mère. Il fabrique en sous-traitance des pièces en plastique pour des téléviseurs, puis de la connectique et des circuits imprimés et commence à prendre de l'importance en 1980 en participant à la fabrication d'une des premières consoles de jeux vidéo au monde, l'Atari 2600 d'Atari, son premier gros client mondial.

 

Au début des années 1980 il est un des pionniers du miracle taïwanais et de la mondialisation économique en parcourant personnellement les États-Unis pour proposer avec succès les premières offres commerciales d'exploitation de la main-d'œuvre taïwanaise à très bas prix, imbattable et très offensive en sous-traitance. Il avait compris bien avant d’autres les avantages du dumping social !

 

Il travaille alors pour les marques IBM, Lenovo, Hewlett-Packard, Dell, Acer, Apple, Asus, Intel, Motorola, Cisco, Microsoft, Nintendo, Sony, LG Group, Samsung, Nokia, HTC, etc.

 

En 1988 à la suite de la flambée de ses commandes, des coûts de main d'œuvre à Taïwan, et du développement de l'économie socialiste de marché de la Chine – autrement dit le capitalisme totalitaire – Gou fonde une usine forteresse de 22 km² à Shenzhen où le prix de la main d'œuvre est un des plus bas au monde.

 

En 1991, il finance son gigantesque développement mondial par un apport de 43 milliards de dollars issus de la mise en bourse de Foxconn.

 

En 2011, le groupe continue son développement en installant de nouvelles usines vers les provinces les moins développées de Chine, d'Asie et du monde. Foxconn est le fabricant N°1 de matériel électronique multimarques dans le monde, premier employeur en Chine, plus important chiffre d'affaires à l'exportation de Chine, avec plus de 100 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel et 2,64 milliards de dollars de bénéfice net en 2011.

 

Comme quoi le quasi état de guerre entre la Chine et Taïwan n’a aucune signification au regard des intérêts économiques de Foxconn et de l’oligarchie chinoise.

 

Actuellement, Foxconn Technology est la firme réalisant le plus important chiffre d'affaires à l'exportation en Chine continentale. Elle est aussi la deuxième société pour le chiffre d'affaires à l'exportation en République tchèque et est classée dans les dix premières à Taïwan, Hong Kong et en Inde.

 

Cette société s’est aussi fondée sur le constant afflux de populations en provenance des zones rurales suite au dépeuplement programmé par le gouvernement de la République populaire de Chine. C’est ainsi que Foxconn a mis au point un véritable système d’esclavage.

 

La machine est ton maître.

 

Ce système est dépeint dans un excellent petit livre intitulé La machine est ton seigneur et ton maître, signé par Yang, Jenny, Chan et Xu Lizhi.

 

Les travailleurs appelés aussi iSlaves sont happés par l’entreprise grâce à une propagande agressive et mensongère qui leur vante une brillante carrière. Aussitôt qu’ils franchissent les portes des ateliers, leurs illusions disparaissent. Ils s’aperçoivent instantanément que le paradis promis est en réalité un enfer dont il est difficile de s’échapper.

 

 

Calicot de propagande de Foxconn dans un village chinois pour appâter de la main d'oeuvre à laquelle on vante un paradis qui est en réalité un enfer.

Calicot de propagande de Foxconn dans un village chinois pour appâter de la main d'oeuvre à laquelle on vante un paradis qui est en réalité un enfer.

 

Les travailleurs sont immédiatement soumis à une discipline de fer. Les journées de travail sont particulièrement longues. Les heures supplémentaires sont quasi obligatoires. Les ouvriers – essentiellement des femmes – sont disposés dans un atelier les uns à côté des autres sur de longues tables appelées « lignes de production ». Chaque ouvrier ou ouvrière sur une ligne de production est responsable devant un chef de ligne qui, lui-même, est responsable devant le chef de production qui répond au chef d’atelier.

 

Croissance, ton nom est souffrance !

 

Chaque journée commence par une assemblée des travailleurs – temps non payé – avant le travail où les chefs leur exposent les résultats des contrôles de qualité et des quotas de production. L’assemblée commence par l’appel de tous les ouvriers. Les chefs les obligent ensuite à répondre à la question : How are you ? à laquelle toutes et tous sont tenus de répondre en chœur : Good, very good, very very good ! , puis les chefs expliquent les tâches du jour et enfin ils énoncent les reproches sur le travail de la veille. Les mots d’ordre ressemblent à une formule orwellienne et ce n’est sans doute pas fortuit :

 

« - Croissance, ton nom est souffrance.

 

 - Un environnement dur est une bonne chose.

 

 - Exécuter c’est avoir intégré rapidité, exactitude et précision. »

 

Le travailleur est devenu la prolongation de la machine.

 

Le modèle de production à Foxconn ressemble à du taylorisme classique. Mais le travail de l’ouvrier sur les machines est simplifié au maximum. Il n’a besoin d’aucune connaissance technique. Le travail ne nécessite aucune capacité de réflexion par soi-même. Il se compose de gestes simples répétés à l’infini. Le travailleur est au service des machines qui absorbent les matières premières et qui, après les avoir ingérées, crachent les produits finis auxquels il doit ajouter un élément ou un accessoire. Ainsi, l’ouvrier n’assure plus de fonction importante dans la production. Il est devenu la prolongation de la machine. Il lui est interdit de penser. Ce travail lui enlève toute capacité d’innovation, d’accomplissement ou d’initiative.

 

 

L'atelier de Foxconn où l'on fabrique les Iphones.

L'atelier de Foxconn où l'on fabrique les Iphones.

 

Foxconn applique ce qu’on appelle la politique des « 8S ». « La politique des 8S de Foxconn s’inspire de la technique de management japonais dite des « 5S » conçue pour améliorer l’efficacité et la performance organisationnelle : « trie [seiri], range [seiton], nettoie [seiso], standardise les trois premières procédures [seiketsu], continue à trier, ranger, nettoyer, standardiser », etc. A ces règles s’ajoutent dans le système sino-taïwanais, la protection, l’économie et la sécurité. »

 

Le travailleur est donc totalement soumis à ces règles qu’il est tenu de respecter de manière absolue. Des milliers d’agents de sécurité parcourent l’immense complexe et font des rondes dans chaque unité de fabrication et dans chaque dortoir. À la pause de midi, très courte, l’ouvrier(e) se rend à la cantine et avale son repas en toute vitesse pour retourner aussitôt à son poste de travail. Bon nombre de travailleurs sautent le repas pour pouvoir faire des heures supplémentaires. Bien entendu, le silence absolu est de rigueur. Même pendant la pause déjeuner, parler n’est pas de coutume. Aussi, toute relation sociale ou amicale est impossible.

 

Normal : cela pourrait générer des solidarités qui constitueraient un danger pour le système.

 

 

Même la pause déjeuner ne permet pas aux travailleurs de nouer des relations.

Même la pause déjeuner ne permet pas aux travailleurs de nouer des relations.

 

À la fin de la journée, il arrive que les ouvriers soient tenus de rester sur place.

 

« Cela arrive à chaque fois qu’un salarié est puni. Une fille est obligée de rester debout devant tout le monde et de lire une autocritique. Il faut qu’elle parle suffisamment fort. Le responsable de ligne peut demander à un ouvrier tout au fond de l’atelier s’il entend bien quelle faute elle a commise. » Bien entendu, l’ouvrière humiliée, ayant le sentiment d’avoir perdu la face, s’effondre en larmes.

 

Et le chef de ligne hurle : « Si un employé perd ne serait-ce qu’une minute sur la cadence, combien de temps fait-il perdre à cent personnes ? »

 

Il y a vraiment bien des points communs entre les pratiques les plus abominables du maoïsme et celles du capitalisme absolu !

 

Enfin, il y a alternance de travail de jour et de travail de nuit. Ainsi, le travailleur ne parvient pas à trouver un rythme normal de vie. Cela empêche également toute vie sociale, parce que ce système à horaires décalés interdisait de facto de nouer des liens avec ses voisin(e)s de dortoirs. En plus, chaque travailleur est tenu de changer régulièrement de chambre. Même la nuit et dans le peu d’intimité dont il dispose, le travailleur est soumis aux diktats de Foxconn !

 

 

Même dans les dortoirs de Foxconn, il est impossible de nouer la moindre relation...

Même dans les dortoirs de Foxconn, il est impossible de nouer la moindre relation...

 

Le travailleur touche sa paie à la fin du mois. Le salaire de base mensuel est d’environ 1.400 Yuans, soit 175 Euros. À ce moment, il est tenu de se rendre à un guichet où il reçoit une carte de débit. Ensuite, il doit aller à un autre guichet pour recevoir son salaire en espèces. Cependant, beaucoup d’entre eux n’ont pas été embauchés initialement dans l’atelier qui les occupe. Aussi, doivent-ils se rendre au lieu de leur engagement pour disposer de leur argent. Cela nécessite dans certains cas de fastidieuses recherches et une longue route, car le site est immense et plusieurs ateliers se trouvent dans des localités aux environs de Shenzen. Il arrive que certains travailleurs n’arrivent pas à toucher leur paie.

 

En définitive, si Foxconn accumule les capitaux, ses travailleurs accumulent les désarrois.

 

Un système militaire qui mène au suicide

 

Comment fonctionne l’entreprise Foxconn ? Il s’agit d’un système de travail militarisé basé sur une hiérarchie bien définie et sur l’obéissance absolue.

 

« Le système de management de Terry Gou fondé sur son expérience à l’armée, repose sur une obéissance absolue du sommet à la base de ce qui forme une chaîne de commandement. (…) Chez Foxconn, treize niveaux de management forment une pyramide traversée par des lignes hiérarchiques claires. Les dirigeants seniors définissent la stratégie du groupe et les objectifs de profits annuels ; le management intermédiaire planifie la mise en œuvre et distribue les responsabilités tandis qu’à l’atelier les opérateurs de production travaillent sous la supervision constante de plusieurs niveaux de managers : responsables de lignes adjoints, responsables de ligne, chefs d’équipe, superviseur, etc. »

 

Il y a cependant des rébellions. Ainsi, il arrive qu’un travailleur pousse sur le bouton d’arrêt d’urgence de la machine et aussitôt sur le bouton de mise en marche. Bien entendu, la machine tombe en panne. Ainsi, pourra-t-il se reposer le temps que les techniciens réparent l’appareil. Un autre jette des pièces en parfait état en les faisant passer pour défectueuses. Il y a plein d’autres astuces de ce genre difficilement détectables par les chefs de ligne.

 

Mais la manifestation la plus fréquente de révolte est le suicide des ouvrières et des ouvriers. Le travailleur à bout se donne la mort en se jetant d’une des fenêtres de son atelier qui se situent aux étages. Ce phénomène tragique a pris de l’ampleur au point que la presse et les autorités chinoises s’en sont émues.

 

La promesse de « non-suicide »

 

Terry Gou a admis que cela posait question et a promis de prendre des mesures pour résoudre les problèmes « psychologiques » des travailleurs. Voici ce qu’il a déclaré en 2010 : « A Taiwan, si un ouvrier se suicide à cause de problèmes émotionnels, son employeur ne sera pas tenu pour responsable alors qu’en Chine nous nous faisons taper sur les doigts à partir du moment où ils habitent et dorment dans nos dortoirs. » Le seul souci du « n° 1 » de Foxconn était l’impact de cette vague de suicides sur l’image de l’entreprise !

 

Evidemment, rien n’a été modifié dans la structure de Foxconn et au niveau de l’organisation du travail. La DRH a même tenté de faire signer au travailleur une déclaration qui consiste à dégager au préalable Foxconn de ses responsabilités aussi bien pénales que civiles en cas de suicide, tout en empêchant tout recours de la part de la famille. Cette « promesse de non-suicide » a provoqué un tollé dans la société civile et bon nombre de travailleurs ont refusé de la signer. Aussi, ce projet a été abandonné. Et ce mois-là – mai 2010 – connaît un record de suicides : sept dont six décès.

 

La seule réponse trouvée par Foxconn fut de souder les fenêtres et d’installer des filets « anti-suicides » le long des immeubles, aux étages des ateliers…

 

 

Les filets "anti-suicides" disposés en dessous des fenêtres ateliers de Foxconn

Les filets "anti-suicides" disposés en dessous des fenêtres ateliers de Foxconn

 

« Dans les deux principaux complexes industriels Foxconn de Longhua [Longhua rassemble plus de 350.000 ouvriers sur un espace de 3 km2] et de Guanlan où plus de 500.000 ouvriers vivent dans une environnement totalisant et surpeuplé, ainsi que dans toutes les usines du pays, des filets anti-suicides sont installés. (…) Les dortoirs des usines abritent un nombre immense de travailleurs migrants privés du soutien de leurs réseaux familiaux et de la vie communale. »

Hypermarché de Foxconn à Longhua. Le travailleur vit par et pour l'entreprise.

Hypermarché de Foxconn à Longhua. Le travailleur vit par et pour l'entreprise.

 

 

Ainsi, les mesures anti-suicides ont accru le sentiment d’enfermement et d’étouffement des travailleurs. Finalement, le suicide restait leur seule et ultime liberté !

 

Quant aux syndicats, malgré la politique du gouvernement chinois qui encourageait la constitution d’organisations syndicales dans les usines à capitaux étrangers, Foxconn a longtemps résisté, et puis, face aux pressions, a fondé un syndicat dans l’usine de Longhua. Terry Gou a placé à sa tête son assistante personnelle, Cheng Peng !

 

Certains espoirs, fort ténus cependant, sont permis : l’expansion de Foxconn l’oblige à ouvrir de nouvelles usines et les travailleurs qui y sont employés viennent des localités proches. Ils ont donc conservé les liens sociaux et familiaux et une résistance peut ainsi s’organiser. Mais ce sera à long terme et on verra si le rapport de forces sera suffisant.

 

En plus de l’épouvantable condition ouvrière chez Foxconn, on peut se demander si son « exemple » ne finira pas par inspirer l’organisation du travail ailleurs. Tout est bon dans le néolibéralisme ambiant pour étouffer toute velléité de résistance de la part des travailleurs.

 

Vers un être sous-humain ?

 

Etant donné le rapport de forces chez Foxconn, la traditionnelle politique de la carotte et du bâton a été remplacée par celle du bâton. Le travailleur n’a aucun espoir de promotion, aucune prime. La perfection telle que définie par Foxconn est considérée comme la normalité. Mais, il lui est interdit de réfléchir, de proposer, d’innover.

 

Les pratiques du management sont basées sur la punition et l’humiliation. D’ailleurs, la pression est mise à chaque niveau de la hiérarchie. Les ouvriers sont sous la pression des chefs de lignes qui sont tenus d’atteindre les objectifs de production exigés et qui sont responsables auprès des chefs de production, eux-mêmes devant rendre compte au chef d’atelier et ainsi de suite.

 

C’est ainsi que progressivement, l’humain devient un robot.

 

La vie d’un employé est atomisée. Il n’est qu’un individu devant s’identifier à l’entreprise : « Famille unie au cœur plein d’amour ». En réalité, il vit dans une profonde solitude au sein de la multitude. Il lui est impossible de nouer des relations sociales signifiantes.

 

En y réfléchissant bien, cela correspond à l’idéal de la pensée néolibérale qui voit la société comme un conglomérat d’individus animés par ses seuls intérêts matériels.

 

Et Terry Gou s'oriente dans cette voie. A une conférence de presse qui eut lieu à Taipeh en 2013, il exprima sa volonté de se débarrasser de ses travailleurs humains et de les remplacer par des robots qu'il appelle les « foxbots » et déclara qu'il était las de gérer « un million d'animaux » !

 

Cependant, cela n'est pas aussi facile, car aucun robot n'a encore la souplesse et la finesse de geste des mains humaines qui font la richesse de Foxconn.

 

Prenons garde à ce que Foxconn ne se transforme avec ses iSlaves en un laboratoire où l'être humain sous-humanisé ne soit dominé par des robots créant ainsi des être sous-humains dans le seul but de produire au plus grand profit de Terry Gou et de ses congénères.

 

Pierre Verhas

 

Yang, Jenny Chan, Xu Lizhi, La machine est ton seigneur et maître, Editions Agone, Marseille, 2015, 110 pp., ISBN 978-2-7489-0238-9

 

Question subsidiaire :

 

Vous êtes sans nul doute un chaud partisan du commerce équitable. Vous n’achetez donc pas des produits manufacturés par des esclaves. Aussi, vous ne continuerez certainement pas, après avoir lu ceci, à acheter des Iphones, Ipad, PC, Play Stations, smartphones Samsung et autres PC fabriqués par les iSlaves de Foxconn. N’est-ce pas ?

 

 

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 10:50

Oui ! Il faut bien céder à la tradition des vœux de début d’année.

 

Eh bien ! Souhaitons – sans aucune illusion, mais c’est la coutume – que les menaces qui ont pesé sur 2015 s’estompent, voire disparaissent en 2016.

 

 

La menace financière (I)

 

 

La Grèce est sans doute le pays qui a été le plus meurtri par des mesures aussi drastiques qu’injustes, ayant par-dessus le marché (financier) prouvées leur inefficacité. Tsipras a dû manger son chapeau après un référendum qui l’enjoignait à ne pas céder face au diktat de la sinistre troïka. Il a été réélu, les Grecs sachant bien qu’ils n’avaient plus le choix.

 

Et ce n’est pas fini. La troïka vient d’interdire au gouvernement d’Athènes de prendre des mesures sociales destinées à soulager sa population la plus pauvre meurtrie par une austérité sans précédent, mesures dont le coût était supporté par la Grèce sans nuire aux « plans » de remboursement d’une dette illégitime, comme l’a montré Eric Toussaint.

 

 

Erci Toussaint qui a été chargé de mission par le premier gouvernement Tsipras a fait une analyse rigoureuse de la crise grecque et de ses causes. Nous ne partageons malheureusement pas sa proposition de quitter l'Eurozone.

Erci Toussaint qui a été chargé de mission par le premier gouvernement Tsipras a fait une analyse rigoureuse de la crise grecque et de ses causes. Nous ne partageons malheureusement pas sa proposition de quitter l'Eurozone.

 

La gauche a fini par accéder au pouvoir au Portugal en dépit de l’obstruction du président de ce pays et de l’Union européenne. Va-t-elle pouvoir changer le cap en dépit d’une situation financière catastrophique ?

 

Podemos a eu un grand succès en Espagne, mais insuffisant pour gouverner. On se dirige vers une coalition conservatrice – socialiste avec la bénédiction de l’Union européenne. À moins qu’il faille revoter dans quelques mois…

 

Première illusion perdue. Mais le combat n’est pas terminé.

 

 

La menace financière (II)

 

 

Lisez attentivement ce petit article du site en ligne « Capital » qui donne des conseils aux « investisseurs » particuliers, c’est-à-dire au quidam qui veut placer ses sous :

 

« Nos conseils pour doper le rendement de votre épargne, malgré la baisse des livrets et des assurance vie.

 

Décidément incorrigibles, les épargnants français… Alors qu’ils enragent contre le repli du taux du Livret A, abaissé de 1 à 0,75% en août dernier, ou de la rémunération moyenne de l’assurance vie, passée à 2,5% cette année, ils n’ont rien trouvé de mieux en réaction que de garnir leur compte-chèques, qui, lui, ne rapportera jamais un euro ! Mi-2015, les liquidités en dépôt avaient ainsi bondi de 13% sur un an au sein des réseaux du Crédit agricole, et même de 15% dans ceux du Crédit mutuel Centre Est Europe. Pour un total, selon la Banque de France, de près de 737 milliards d’euros fin octobre.

 

Le pire, c’est que ce scénario risque de se répéter en 2016. La Banque centrale européenne a en effet annoncé début décembre que son programme de rachat mensuel d’actifs de 60 milliards d’euros, prévu pour durer jusqu’en septembre 2016, serait prolongé d’au moins six mois. «Les taux d’intérêt vont rester bas pour un moment, pour le plus grand bonheur des Etats qui trouvent ainsi facilement à se refinancer», conclut Bruno Colmant, chef économiste à la banque privée Degroof Petercam.

 

Les épargnants prudents auront moins le sourire, car le Livret A et les autres produits sans risque continueront du coup à rapporter des nèfles. Cette politique pourrait en revanche enrichir ceux qui s’aventurent sur les marchés actions. L’afflux de liquidités à investir devrait en effet soutenir les cours dans les prochains mois. «La valeur des actions européennes suit souvent celle des américaines à la hausse, avec deux à trois ans de retard», rappelle Bruno Colmant.

 

Mais les meilleures affaires, ce seront sans doute les adeptes du crowdfunding (ou «financement participatif») qui les feront. Ce mode d’investissement ne cesse de progresser : après le secteur du prêt aux PME (7,5% de rendement moyen), c’est à celui de l’énergie verte (environ 5%) ou de la promotion immobilière (jusqu’à 14%) de s’y intéresser. Quant au risque, il est considérablement amoindri depuis l’annonce, début décembre, d’une nouvelle niche fiscale. Dès 2016, les pertes en capital enregistrées sur ces prêts seront en effet déductibles des intérêts perçus.

 

Bien sûr, pour accéder à de tels placements, pas d’autre choix que d’opérer en ligne. Mais, qu’il s’agisse d’assurance vie ou d’immobilier, cela devient désormais la règle : les meilleurs plans sont réservés aux internautes.

 

Julien Bouyssou »

 

 

Christine Lagarde, directrice générale du FMI, ne manque pas une occasion pour tenter de détrousser les gens.

Christine Lagarde, directrice générale du FMI, ne manque pas une occasion pour tenter de détrousser les gens.

 

Donc, adieu votre épargne ! Confiez vos sous par Internet – il faut être de son temps – aux multinationales. Prenez des risques, que diable ! Elles sauront quoi en faire dans leur propre intérêt et vous serez tout aussi pigeon ! Bah ! Quand la grande copine de Bernard Tapie, Christine Lagarde, propose de ponctionner 10 % de vos économies pour renflouer les banques…

 

 

La menace terroriste

 

 

Attentats de Charlie hebdo – hyper-casher en janvier et de Paris en novembre. Bilan total : près de 150 morts. Manifestation monstre « républicaine » qui a fait pshiiit.

 

Hommages un peu plus discrets aux victimes du « Bataclan » et des restaurants parisiens. Surmédiatisation et, bien entendu, des mesures renforçant l’autoritarisme de l’exécutif destinée avant tout à réprimer les mouvements sociaux qui ne vont pas tarder à se manifester suite aux restructurations en cours et à venir des entreprises transnationales – sans doute en vue du traité transatlantique, le TTIP.

 

Est-ce là lutter efficacement contre le terrorisme ? Arrêtons de nous chatouiller pour nous faire rire ! C’est en s’attaquant au fond du problème, à savoir la question du Moyen-Orient et la situation catastrophique dans les banlieues et « quartiers », que l’on éradiquera le terrorisme. L’autoritarisme et la répression ne suffisent pas et on le sait !

 

D’ailleurs, depuis le 13 novembre, une dizaine de voyous – car c’est le profil des « djihadistes » arrêtés ou tués jusqu’à présent – parvient à mettre deux capitales internationales sens dessus dessous, sans que les autorités arrivent à les neutraliser. Rappelons-nous l’histoire abracadabrantesque de la fuite d’un des terroristes dans un meuble au nez et à la barbe des policiers !

 

 

La menace de l’invasion

 

 

Les réfugiés venant massivement en Europe pour fuir la guerre et la misère au Moyen Orient et en Afrique ont suscité des mouvements inquiétants aussi bien chez les responsables politiques que dans la population. Il y a environ 1.500.000 réfugiés en Europe.

 

Qu’est-ce que cela représente par rapport aux 500 millions de citoyens de l’ensemble des pays de l’Union européenne ?

 

Ce n’est pas le « camp des saints » !

 

Qu’il y ait des problèmes à résoudre, c’est évident. C’est le rôle de l’autorité politique à tous les échelons.

 

Mais il faut cesser de proclamer que les réfugiés constituent une menace. Et il ne faut pas non plus répondre par des discours de « bisounours ».

 

Il y a des principes fondamentaux à rappeler. Il y a des contrôles à faire mais de manière humaine, ce qui les rendra bien plus efficaces.

 

La vraie menace n’est-elle pas l’incapacité des dirigeants européens à répondre à la crise des réfugiés ? Et qu’on ne vienne pas avec la « générosité » d’Angela Merkel. Elle voit dans l’afflux de réfugiés une masse de main d’œuvre à bon marché pour l’industrie allemande !

 

L’exploitation de l’homme par l’homme a toujours été une menace…

 

 

La menace fasciste

 

 

Le Front national a fait un tabac aux élections régionales françaises qui n’intéressent même pas un électeur sur deux. Coalition de la droite et de la gauche dite « Front républicain » pour endiguer la vague bleu marine… Il n’empêche que la fille du tortionnaire d’Alger a engrangé 6.800.000 voix, score jamais atteint !

 

 

 

Fac similé de la couverture de la BD "La Présidente" qui décrit ce qu'il se passerait si Marine Le Pen était élue Présidente de la République. A lire et à méditer.

Fac similé de la couverture de la BD "La Présidente" qui décrit ce qu'il se passerait si Marine Le Pen était élue Présidente de la République. A lire et à méditer.

 

 

Désormais, elle sera au deuxième tour des présidentielles de 2017. Le seul suspense : qui sera son challenger ? Un homme de droite ou un homme de gauche ? D’aucuns voient Juppé, mais rien n’est encore fait.

 

La menace fasciste ne concerne pas que la France. Depuis la crise des réfugiés, les pays de l’Est européen se « radicalisent » (pas dans le sens islamique du terme !), particulièrement la Pologne et la Hongrie. Au point que les fondements démocratiques de ces pays sont menacés.

 

 

Jaroslaw Kaczynski, le président du PiS (parti droit et justice), le De Wever polonais, est bien plus dangereux que Marine Le Pen.

Jaroslaw Kaczynski, le président du PiS (parti droit et justice), le De Wever polonais, est bien plus dangereux que Marine Le Pen.

 

 

Cette menace-là – qui ne concerne pas seulement les pays de l’ancien bloc soviétique – est bien plus dangereuse que le jeu politicien des fachos français qui, on peut raisonnablement l’espérer, ne parviendront pas à porter leur « championne » au perron de l’Elysée. Mais ce sera par le chas de l’aiguille, aussi il conviendrait de ne pas jouer avec le feu…

 

 

La menace intégriste

 

 

Henri Goldman – qui manifeste une certaine aversion à l’égard de la laïcité proclamée et « organisée » – écrit sur son blog : « Pour les historiens du futur, ça restera un mystère digne de l’Immaculée Conception que ce vêtement [le voile] ait pu, au basculement du XXIe siècle, obséder certaines personnalités politiques au point de vouloir changer la constitution dans le seul but de l’éradiquer. Si cette obsession n’aboutissait pas à refouler dans les marges de la société des femmes – et seulement des femmes – déjà particulièrement vulnérables, je me contenterais de hausser les épaules. »

 

 

 

Henri Goldman est très critique à l'égard de la campagne "laïque" contre le port du voile islamique.

Henri Goldman est très critique à l'égard de la campagne "laïque" contre le port du voile islamique.

 

 

Et on reparle de laïcité : la chef de l’opposition socialiste Laurette Onkelinx ne verrait pas d’un mauvais œil que l’on inscrive la laïcité dans la Constitution. Il faut bien tenter de récupérer les électeurs « laïques » qui ont été choqués par le prétendu « communautarisme » de son prédécesseur, Philippe Moureaux. Le libéral flamand, ancien président de la Chambre, Patrick Dewaele, applaudit des deux mains. Encore une alliance « droite-gauche » en perspective !

 

Mais, est-ce vraiment la réponse adéquate à l’intégrisme religieux qui devient de plus en plus envahissant – et pas seulement chez les musulmans ?…

 

Jean-Philippe Schreiber , historien des religions, professeur d’histoire à l’ULB et président de l’Observatoire des religions et de la laïcité (ORELA), déclare au quotidien bruxellois « le Soir » :

 

« On pourrait marquer encore plus clairement un caractère laïque en Belgique, mais à condition que cela ne reste pas juste rhétorique et déclamatoire. Et surtout, qu’on ne prenne pas la laïcité pour ce qu’en font certains aujourd’hui à droite et à l’extrême droite, à savoir une laïcité uniquement défensive, qui aurait pour seul but de brider l’expression convictionnelle de l’islam et du protestantisme évangélique. La laïcité ne doit pas être brandie comme un outil défensif, un rempart civilisationnel contre une supposée menace des fondamentalismes religieux. »

 

 

 

Jean-Philippe Schreiber recadre la laïcité dans le rôle qu'elle doit jouer.

Jean-Philippe Schreiber recadre la laïcité dans le rôle qu'elle doit jouer.

 

 

Il ajoute :

 

« En Belgique, on a enterré la hache de guerre du débat politico-religieux avec le pacte scolaire. Or, nous sommes dans un contexte intéressant, et il n’est pas forcément négatif de lancer ce débat maintenant, à condition qu’il y ait un réel débat de fond. Nous avons l’occasion de faire table rase et de réfléchir à ce que l’on veut proposer comme voûte idéologique commune à tous les citoyens, à l’heure où la cohésion sociale se délite. D’autant plus que depuis le pacte scolaire, la société a énormément évolué. La Belgique, sur le plan symbolique, s’est quand même fortement laïcisée sur des sujets comme l’euthanasie, le mariage gay ; le tout de façon sereine et avec beaucoup de maturité. Si on décide de rouvrir ce débat, il faut clairement laïciser la Belgique dans tous les lieux, dans tous les aspects où elle ne l’est pas encore… »

 

Précisons cependant que le nouvel archevêque de Malines, Mgr De Kesel catalogué comme « progressiste » et proche du Pape François, a estimé publiquement que les hôpitaux pouvaient faire état de l’objection de conscience en ce qui concerne l’avortement et l’euthanasie. Signalons au passage que ledit Monseigneur s’est mis en délicatesse avec la loi, puisqu’il est interdit à un ecclésiastique de critiquer une loi en vigueur pour des motifs religieux.

 

Comme le note Jean-Philippe Schreiber :

 

« Ce qui est loin de concerner uniquement le port du voile…

 

Si on est capable d’aborder les choses sereinement, il serait bon de s’atteler à réformer de grands secteurs où le droit n’est plus du tout en adéquation avec l’état de la société actuelle : l’école, avec les cours de religion – on a avancé, certes, mais on n’a fait que la moitié du chemin –, le financement des cultes, certains événements archaïques comme le « Te Deum », etc. »

 

Se réapproprier la laïcité.

 

« Mais est-ce que c’est ça, la laïcité ? Est-ce interdire les signes religieux partout ? Il faut arrêter de se braquer sur des symboles. Si on veut inscrire la laïcité dans la Constitution juste pour lutter contre le port du voile, alors on rate complètement une occasion.

 

Inscrire la laïcité pour prohiber, comme un rempart culturel ou un outil juridique, c’est aller à l’inverse de la laïcité même, qui vise d’abord à mettre tous les citoyens sur le même pied.

 

Nous devons être attentifs à ce que cette « laïcité » n’entraîne pas un rejet brutal des particularismes, ce qui irait à rebours par ailleurs de l’évolution de nos sociétés. Travailler à la laïcité, c’est travailler à l’égalité, une valeur en crise aujourd’hui. Nous devons nous réapproprier la laïcité comme le bien commun de tous. »

 

Cela s’appelle répondre à l’intégrisme !

 

Bonne année malgré tout !

 

Pierre Verhas

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 21:16

 

Le shopping du soldat

 

Nos vaillants bidasses nous protègent depuis les attentats de Paris et l’aussi funeste que grotesque week-end d’alerte dite de « niveau 4 » des 21 et 22 novembre à Bruxelles. Après un char à la Grand Place sans doute pour protéger le mayeur Yvan Mayeur de la colère des riverains du boulevard désormais piétonnier, voici la patrouille qui fait ses emplettes pour les fêtes. Un soldat a été photographié tenant un sac rempli d’emplettes, sans doute pour les cadeaux de fin d’année à sa famille.

 

Les bidasses font leurs emplettes !

Les bidasses font leurs emplettes !

 

 

Scrogneugneu ! Cela ne va pas se passer ainsi ! hurle-t-on à l’état-major. Le soldat-client a été sanctionné ! Pendant la patrouille, on ne se laisse pas distraire en faisant du shopping ! Il faut laisser cela aux pékins et surtout au pékines.

 

Plusieurs internautes et « facebookers » trouvent la sanction excessive et estiment que ce brave troufion avait bien le droit de profiter de sa patrouille dans les galeries commerciales pour améliorer son ordinaire.

 

Oui mais, si on voit les choses ainsi, cela signifie qu’on ne prend plus la menace au sérieux et qu’elle n’est pas aussi grave qu’on nous le chante en haut lieu. Dès lors, un militaire a bien le droit de se distraire quelques instants de sa mission…

 

Alors, franchement. A quoi sert-il de faire patrouiller nos clinquants militaires dans nos rues ? Ah oui ! Le gouvernement a trouvé la solution : la moitié des soldats iront désormais gonfler les effectifs de la police. Et cela, notre petit doigt nous dit, que cela ne vise pas uniquement la menace terroriste…

 

P.V.

 

 

Et une petite saloperie solférinienne, une !

 

Pour faire plaisir à ses copains assureurs, un de ses frères au premier chef (dirigeant de Malakoff Médéric et viré depuis), mais aussi pour affaiblir encore plus le système de santé républicain, Sarkozy avait lancé le projet de mutuelles d’entreprises. Privées, donc. Les Solfériniens lui ont naturellement emboité le pas et ont parachevé l'esquisse.

 

Le 1er janvier 2016, une couverture complémentaire santé collective obligatoire (mutuelle d’entreprise) doit être proposée par l’employeur du secteur privé à tous les salariés, n’en disposant pas déjà, en complément des garanties de la Sécurité sociale. Cette couverture doit être négociée avec les « partenaires sociaux ». Si les négociations échouent, l’employeur installe, par décision unilatérale, une couverture santé, après mise en concurrence des assureurs.

 

 

Morceaux d’humeur du 24 décembre 2015

 

 

La participation de l’employeur doit être au moins égale à 50%. Donc, celle des employés doit être d’environ 50%. Le contrat doit proposer un panier de soins minimum. Là où cela se corse, c’est que ces mutuelles de groupe protègeront avec des garanties « adaptées » aux spécificités des employés. Elles varieront donc d’une entreprise à une autre, d’une branche professionnelle à une autre. Toujours diviser, au nom d’une prétendue équité, la classe salariale pour mieux régner. Les cadres et les non-cadres ne seront pas forcément protégés de la même manière.

 

La touche finale de cette saloperie, c’est que, jusqu’ici, le montant de la cotisation était déduit du revenu imposable du salarié. La loi de finances de 2014 est revenu sur ce principe : la part payée par l’employeur sera désormais imposable car considérée comme un avantage en argent à déclarer à l’administration fiscale.

 

Bernard Gensane

 

 

Où l’on reparle du voile.

 

 

Décidément, la question du voile n’arrêtera pas de défrayer la chronique ! Actiris (l’ANPE bruxelloise) a perdu son procès sur le voile. Désormais, ses fonctionnaires pourront le porter à leur guise. Tollé, évidemment ! Encore une victoire des islamistes !

 

 

Les différentes catégories de voiles musulmans

Les différentes catégories de voiles musulmans

 

 

Islamistes ? Le voile n’est pourtant pas un monopole musulman. Ce sont les chrétiens qui ont commencé. Témoins ces extraits de l’épitre aux Corinthiens de Saint – Paul :

 

« Toute femme qui prie ou parle sous l'inspiration de Dieu sans voile sur la tête, commet une faute identique, comme si elle avait la tête rasée. Si donc une femme ne porte pas de voile, qu'elle se tonde; ou plutôt, qu'elle mette un voile, puisque c'est une faute pour une femme d'avoir les cheveux tondus ou rasés »

 

Et aussi :

 

« L'homme, lui, ne doit pas se voiler la tête: il est l'image et la gloire de Dieu, mais la femme est la gloire de l'homme. Car ce n'est pas l'homme qui a été tiré de la femme, mais la femme de l'homme, et l'homme n'a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l'homme. Voilà pourquoi la femme doit porter sur la tête la marque de sa dépendance. »

 

Les religions dites du Livre sont en définitive bien d’accord entre elles lorsqu’elles évoquent le statut de la femme. Inférieure et dépendante de l’homme !

 

C’est au « Livre » qu’il faudrait mettre un voile, non ?...

 

P.V.

 

 

Les biens des réfugiés

 

 

Le gouvernement conservateur – populiste danois veut confisquer les diamants et les biens précieux des réfugiés qui viennent demander asile. Tollé – parfaitement justifié – dans toute l’Europe ! Sauf – tiens, tiens – au niveau de la Commission européenne… Cette disposition rappelle la spoliation des biens des Juifs par les nazis pendant la guerre.

 

Ce qui est le plus inattendu est la réaction de la police danoise. Elle a fait savoir qu’elle n’exécutera pas cette mesure.

 

 

 

Un policier danois jouant avec une jeune réfugiée

Un policier danois jouant avec une jeune réfugiée

 

 

On accuse toujours les flics d’être des fachos en puissance. Ici, il est évident que les pandores danois ont parfaitement compris que les droits fondamentaux l’emportent sur des lois abjectes.

 

« Il ne faut jamais obéir à des ordres absurdes ! » disait le général Leclerc à ses hommes de la 2e DB en 1944. La tradition se perpétue jusqu’au Danemark.

 

P.V.

 

 

A l’incompétence économique, le gouvernement ajoute l’infamie !

 

Ainsi s’exprime l’économiste Thomas Piketty après l’annonce par le gouvernement Valls d’un projet de loi instaurant la déchéance de la nationalité française pour les binationaux nés en France.

 

Nous avions déjà écrit que le gouvernement Hollande – Valls prenait prétexte du carnage de Paris le 13 novembre pour instaurer un régime autoritaire. Après quelques hésitations tactiques destinées à endormir ceux qui restent attachés envers et contre tout aux principes fondamentaux, Valls a confirmé lors du Conseil des ministres de ce mercredi que la Constitution serait révisée et qu’une loi sera votée instaurant la déchéance de nationalité.

 

C’est l’infamie ! C’est le retour à Vichy !

 

Edwy Plenel rappelle dans « Mediapart » les heures sombres des débuts du pétainisme : « A peine renversée la République et instauré l’Etat français, les 10 et 11 juillet 1940, le premier geste du régime de Vichy ne fut-il pas de promulguer, le 16 juillet, une loi « relative à la procédure de déchéance de la qualité de Français ». Dans la foulée, le 17 juillet, les naturalisés furent exclus de toute la fonction publique, puis, successivement, dès l’année 1940, des professions suivantes: médecins, dentistes, pharmaciens, avocats, vétérinaires, architectes. Le 22 juillet, une nouvelle « loi » – en fait, l'acte autoritaire d'un pouvoir dictatorial, le maréchal Pétain exerçant seul le pouvoir législatif – instaura une procédure expéditive de révision des naturalisations. Enfin, le 23 juillet 1940, était promulguée la « loi relative à la déchéance de la nationalité à l’égard des Français qui ont quitté la France », dont furent notamment victimes Charles de Gaulle et Pierre Mendès France.

 

Quand elle est ainsi élargie et renforcée, la déchéance nationale devient une pathologie du droit de la nationalité : elle ouvre une brèche dans laquelle peuvent s’engouffrer les fantasmes de communauté nationale épurée, avec des hiérarchies de loyauté. En visant explicitement des citoyens nés Français, et non pas des personnes nées étrangères ayant ensuite acquis la nationalité française, qui plus est des Français n’ayant aucun lien de citoyenneté avec le pays dont ils ont l’autre nationalité par héritage familial, le projet de loi constitutionnelle ouvre grand la porte aux pires arrière-pensées : sous la binationalité, c’est l’origine qui est disqualifiée, qu’elle soit culturelle, ethnique ou religieuse. De fait, tous nos compatriotes issus de la communauté juive d’Algérie se souviennent de l’abrogation par Vichy, dès octobre 1940, du décret Crémieux qui faisait d’eux des citoyens français à part entière. Soudain, tous, sans distinction, furent déchus de leur nationalité, à raison de leur origine. »

 

Anne Hidalgo, maire PS de Paris, a exprimé sa totale réprobation à l’égard de ce projet. D’autres ont suivi.

 

Mais, c’est un homme de droite, un gaulliste, Jacques Toubon, ancien ministre de la Justice RPR, nommé Défenseur des Droits par François Hollande, qui donne une leçon de démocratie au Président « socialiste » : « Si cette déchéance était votée, je pense que nous passerions d’une république indivisible à une république divisible, et nous passerions d’une citoyenneté indivisible à une citoyenneté divisible. Ces principes figurent dans notre constitution. Cela veut dire qu’il y aurait deux sortes de nationalités. L’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme de 1789 garantit ce droit acquis dès l’instant de la naissance en France. Si le cas échéant, l’expulsion se fait vers un régime dictatorial ? Cette mesure n’est pas juridiquement et symboliquement une bonne mesure. »

 

 

Jacques Toubon, ancien Garde des Sceaux, gaulliste pur et dur, fait la leçon à la "gauche".

Jacques Toubon, ancien Garde des Sceaux, gaulliste pur et dur, fait la leçon à la "gauche".

 

 

Laissons la conclusion au syndicat de la magistrature : « Le gouvernement doit sortir de l’état de sidération qui le conduit à brader l’Etat de droit : introduire l’état d’urgence dans la constitution, c’est assurément « saper les fondements de la démocratie » au prétexte de la défendre et oublier l’avertissement donné, dès le 6 septembre 1978, par la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui enjoignait les États à ne « pas prendre, au nom de la lutte contre...le terrorisme, n’importe quelle mesure jugée par eux appropriée »

 

Une question : quand va-t-on rouvrir les camps ?

 

 

P.V.

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