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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 20:06

 

 

 

Nous publions ici un extrait de l’analyse publiée sur le blog de Paul Jorion de l’économiste français spécialiste des finances Pierre Sarton du Jonchay relative à la situation catastrophique au Venezuela, intitulée : « Le Venezuela, métastase du cancer monétariste libéral mondial ».

 

Cette analyse est sans complaisance à l’égard de la politique menée par la finance internationale à l’égard de ce pays qui a vécu 19 années de chavisme et aussi, comme l’écrit l’auteur, dix années de crise des subprimes. Ce sont en effet les pays de la zone dollar qui ont payé le prix fort de cette crise que beaucoup considèrent comme une des plus grandes escroqueries de l’histoire financière.

 

Elle est aussi la conséquence du monétarisme libéral qui est né le 15 août 1971 lorsque le président Richard Nixon rompit unilatéralement les accords de Bretton Woods de 1944. En retirant la parité or du dollar, il flanquait en l’air le système monétaire international. Dès lors, toutes les monnaies liées par les accords de Bretton Woods allaient connaître l’instabilité avec les conséquences économiques et sociales catastrophiques qui ont frappé non seulement l’Europe  et surtout les pays du Tiers-monde.

 

Les effets de cette décision prirent un temps assez long avant de se faire dramatiquement ressentir.

 

Le premier fut le choc pétrolier de 1973. Sous prétexte du soutien occidental à Israël lors de la guerre du Yom Kippour, les pays exportateurs de pétrole – essentiellement les monarchies pétrolières du Golfe – se sont liguées en cartel, la fameuse OPEP dont faisait d’ailleurs partie le Venezuela, pour augmenter considérablement le prix du baril de pétrole. Le dollar étant devenu instable, les revenus du pétrole risquaient de s’effondrer surtout que le pétrole se négociait, à l’époque, à un prix particulièrement bas sur les marchés.

 

Le second choc pétrolier de 1979 fut le signal de la régression en Europe occidentale, de l’affaiblissement de l’URSS et de ses satellites et les pays du Tiers-monde se retrouvaient totalement dépendants des fluctuations du dollar.

 

Se sont ajoutées à tout cela, en effet logiquement après la fin du système monétaire de Bretton Woods la fin des politiques keynésiennes désormais inapplicables qui avaient assuré la prospérité de l’Europe occidentale puisque les Etats ne pouvaient plus contrôler la dette publique. Cela a entraîné progressivement une diminution des investissements publics, ce qui eut des conséquences économiques et sociales catastrophiques.

 

Cela a été ensuite dès le début des années 1980 les politiques ultralibérales inaugurées par le tandem Thatcher Reagan.

 

Suite à la chute de l’URSS en 1991, les politiques libérales se sont imposées dans l’ensemble des pays industrialisés et dans la majeure partie des pays dits émergents à l’exception de la Chine qui a inauguré un nouveau système paradoxal d’apparence : un capitalisme dans le cadre d’un régime totalitaire issu de la période maoïste.

 

En ces quelques lignes, Pierre Sarton du Jonchay, se basant sur le cas du Venezuela, nous décrit magistralement le monétarisme libéral qui nous conduit à la catastrophe.

 

La puissance publique, seul véritable garant de la démocratie, a été réduite à sa plus simple expression. La monnaie est dorénavant devenue une affaire privée. Seules quelques grandes banques américaines, quelques grandes banques européennes et de la Banque centrale européenne qui est, ne l’oublions pas, un organisme privé, contrôlent la monnaie selon la doxa libérale qui veut que seuls les intérêts privés puissent s’imposer.

 

Nous avons souligné les éléments essentiels de l’analyse de Pierre Carton du Jonchay que l’on peut résumer ainsi :

 

  1. L’Etat n’a plus aucun pouvoir sur la monnaie et la masse monétaire. La monnaie est donc devenue affaire privée.

 

  1. Depuis la dérégulation de 1971, le prix réel de la monnaie est défini par les rapports de force au sein des marchés.

 

  1. Le principe fondateur du monétarisme libéral est la libre circulation du capital interdit dès lors toute souveraineté publique sur l’économie au sein d’un Etat.

 

  1. Cette libre circulation permet de contourner les lois relatives au travail et les lois fiscales.

 

 

Ces quatre points, si on y réfléchit bien, montrent qu’au nom de la seule liberté du capital, s’installe un régime sans lois qui permet au plus fort d’écraser les plus faibles à leur guise et selon ce qu’ils pensent être leurs seuls intérêts. Et le plus piquant de tout cela : cette pensée monétariste libérale est basée sur des mythes.

 

Ces quatre éléments, au fond, n’expliquent-ils pas l’évolution de notre société depuis un peu plus d’une génération ?

 

Voilà un très intéressant thème de réflexions sur lequel nous reviendrons.

 

 

Pierre Verhas

 

 

Mythologie libérale de la valeur créée ex nihilo par les banquiers

 

 

 

Concrètement, le monétarisme libéral pose le crédit comme une affaire privée assurée par des capitaux privés. La masse monétaire résultant de l’émission de crédits bancaires ne peut pas être initiée ni limitée par l’État de droit posé comme acteur public institué de la chose publique. Les finalités de la monnaie émise par le crédit bancaire libéral sont exclusivement privées : elles n’entrent pas dans le champ de la république. La monnaie libérale est une matière privée qui accorde au banquier le droit exorbitant de faire exister une valeur sans lui donner de cause intelligible concrètement et publiquement vérifiable : un paiement en monnaie n’exprime que la satisfaction d’un objectif privé dont la légalité et la conformité à un bien commun réel tangible n’ont pas à être établies ni vérifiées par un pouvoir public collectif.

 

Le monétarisme libéral étatsunien est la norme monétaire mondiale depuis la dérégulation financière qui a sanctionné dans les années 1980 l’abandon de tout étalon international objectif de comptabilité du crédit. Depuis l’abandon en 1971 de l’étalonnage international des monnaies par le prix fixe d’une once d’or, le pouvoir d’achat et de remboursement monétaires des dettes se définit indépendamment de toute légalité nationale ou internationale. Le prix « réel » d’un signe monétaire se définit uniquement par un rapport de force mathématisé sur un marché bancaire nominal entre des opérateurs qui empruntent et qui prêtent le signe.

 

La force des prêteurs du signe est dans le crédit obligeamment prêté à fournir une contrepartie réelle dans un futur indéterminé. La force des emprunteurs du signe est dans la contrepartie supposée réelle immédiate fournie en contrevaleur du prix revendiqué de quelque chose proposé à la vente. Ainsi le prix réel du dollar, qui est la monnaie réelle de fait au Venezuela, est dans tout ce qui peut s’acheter à des gens qui acceptent de vendre quelque chose contre un paiement en dollar.

 

L’imbécillité du dollar au Venezuela comme dans le reste du monde est dans la causalité légalement, moralement et réellement invérifiable du prix prêté ou emprunté. L’objet de valeur positive sous-jacent à un prix en dollar n’est pas reconnaissable indépendamment de son prix affirmé par une banque. Le banquier libéral peut décréter le prix d’un crédit dont l’objet n’est pas public, donc invisible.

 

De fait, un détenteur de dollar en espèces ou sur un compte de dépôt dans un paradis fiscal quelconque, peut au Venezuela tout acheter y compris la conscience et l’arbitrage d’un président, d’un député, d’un fonctionnaire, d’un policier, d’un juge, d’un maire, d’un chef d’entreprise, d’un proxénète ou d’un trafiquant de drogue. Dès son émancipation à la faveur de l’occupation de la métropole espagnole par les Français impériaux en 1808, le Venezuela a été contrôlé par des grands propriétaires et des marchands soucieux de s’enrichir librement par le commerce avec l’Europe.

 

(…)

 

Le principe juridique fondateur du monétarisme libéral est la libre circulation du capital par-dessus les frontières de la souveraineté donc de la responsabilité des États nationaux. En pratique, la circulation du capital est libre quand une banque gérant des dépôts nationaux peut prêter ou emprunter à des étrangers sans permettre à la puissance publique nationale qui garantit les dépôts de contrôler les crédits ou emprunts internationaux qu’ils génèrent. L’intérêt immédiat de la circulation totalement libre du capital est de contourner la loi et l’impôt pour augmenter et accélérer la rentabilité du capital.

 

Contourner la loi permet de minimiser les droits du travail qui transforme et rentabilise le capital. Contourner l’impôt permet de minimiser le coût des solidarités sociales légales et de cantonner l’investissement public au minimum d’existentialité juridique qui permette la rentabilité exclusive du capital privé. L’État de droit libéral est nominal et pas nécessairement réel : au service du capitalisme privé, il se doit de minimiser l’intérêt général à la reconnaissance légale et politique de tous les besoins humains des citoyens. Le travail est un coût à abaisser le plus possible au profit d’une attribution maximale de valeur ajoutée aux propriétaires du capital.

 

Extraits de la contribution de Pierre Sarton du Jonchay sur le site de Paul Jorion :

http://www.pauljorion.com/blog/2017/08/18/le-venezuela-metastase-du-cancer-monetariste-liberal-mondial-par-pierre-sarton-du-jonchay/#more-98249

 

 

 

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