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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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21 décembre 2017 4 21 /12 /décembre /2017 22:26

 

 

 

Le journalisme godillot

 

Quelle honte d’avoir vu la prestation du « journaliste » présentateur vedette de France 2 Laurent Delahousse pendant son « interview » du président Emmanuel Macron dit Jupiter. Avait-il donc peur de subir ses foudres ? Même pas. Il savait qu’il fallait flatter son maître et surtout éviter d’émettre la moindre critique à l’égard d’un président aussi parfait.

 

 

 

 

Splendide dessin du "Canard enchaîné" de cette semaine

Splendide dessin du "Canard enchaîné" de cette semaine

 

 

 

Il sait que c’est pour cela qu’il est payé et pour rien d’autres !

 

 

Un beau métier, en somme et qui est aussi un excellent vaccin contre la liberté de la presse.

 

 

L’anschluss de l’Europe

 

 

Le plus jeune chef de gouvernement du monde, le conservateur Sébastian Kurz, s’allie à l’extrême-droite dans un pays au passé très lourd : l’Autriche. L’Autriche où tout a commencé dans les années 1920 pour aboutir à la plus grande catastrophe qu’ait connu l’humanité.

 

 

 

 

Prestation de serment de Sebastian Kurz avec à sa droite le vice-chancelier d'extrême-droite et à sa gauche le président autrichien qui est un... écologiste.

Prestation de serment de Sebastian Kurz avec à sa droite le vice-chancelier d'extrême-droite et à sa gauche le président autrichien qui est un... écologiste.

 

 

 

On les a entendus « les plus jamais ça ! » les « no pasaran ! » les appels au boycott des pays – l’Espagne et le Portugal – jusque dans les années 1970. Aujourd’hui, c’est silence radio dans toutes les chancelleries et à la Commission européenne.

 

 

Cela a commencé en France en 1982 avec une combine politicienne dont feu François Mitterrand avait le secret : permettre au Front national d’avoir accès aux grands médias afin d’affaiblir la droite classique (gaullistes et libéraux). Le président introduit le système proportionnel pour les législatives. Combine réussie : le Front obtient 10 % de l’électorat aux élections européennes de 1984 et le même score au scrutin législatif de 1986 où il décroche plusieurs sièges à l’Assemblée nationale.

 

 

 

 

 

Premier conseil des ministres de la cohabitation en 1986 sous la présidence de François Mitterrand avec à sa droite Edouard Balladur et à sa gauche André Giraud

Premier conseil des ministres de la cohabitation en 1986 sous la présidence de François Mitterrand avec à sa droite Edouard Balladur et à sa gauche André Giraud

 

 

 

C’est la cohabitation entre Mitterrand et la droite jusqu’aux élections présidentielles de 1988 que Mitterrand emporte. Le FN progresse de quelques points mais ne peut rivaliser avec les grandes formations politiques de l’époque : le PS, l’UDF, les gaullistes et le Parti communiste d’autant plus que le système majoritaire à deux tours a été entre temps rétabli. La « bande des quatre » comme les appelait Le Pen qui, il faut lui laisser cela, a le sens de la formule (parfois odieuse, ce qui lui coûte très cher).

 

 

Mais, ce petit jeu est dangereux. Le FN n’a cessé de progresser pour atteindre au début des années 2000 un score de 16 %. Et cela a été le cataclysme aux élections présidentielles d’avril 2002 : au deuxième tour, la gauche est éliminée et c’est le candidat de droite contre celui d’extrême-droite qui briguent le mandat emporté par Chirac grâce entre autres au report des voix de gauche.

 

 

 

 

Image choc à la télévision française le 21 avril 2002 à 20 h. L'extrême-droite au deuxième tour !

Image choc à la télévision française le 21 avril 2002 à 20 h. L'extrême-droite au deuxième tour !

 

 

 

Quinze ans après, la candidate du FN s’est retrouvée elle aussi au second tour face à l’ultralibéral Macron qui l’a emporté, mais avec un taux d’abstention jamais égalé de 53 %.

 

 

Et pour la première fois depuis 1986, l’extrême-droite a quelques élus à l’Assemblée nationale, même si elle semble s’affaiblir au profit de l’aile de droite dure des Républicains qui ont  élu à leur tête Laurent Wauquiez qui professe des idées aussi nauséabondes que le FN.

 

 

Le second grand pays touché, c’est l’Allemagne. Les élections générales de cette année ont mené une importante délégation de 92 députés de l’AfD au Bundestag. Certes, cette formation est encore loin du pouvoir, mais sa représentation est plus importante que celle des Verts – 67 sièges – et des 80 libéraux du FDP, eux-mêmes très à droite. C’est d’autant plus inquiétant que la seule dirigeante allemande crédible, la démocrate chrétienne Angela Merkel, est considérablement affaiblie depuis les élections et peine à former un gouvernement avec les sociaux-démocrates après avoir échoué à composer une majorité hétéroclite avec les libéraux et les Verts.

 

 

 

 

Le sigle de l'AfD à son congrès de Hanovre juste après les élections générales.

Le sigle de l'AfD à son congrès de Hanovre juste après les élections générales.

 

 

 

Si elle échoue encore, les Allemands retourneront aux urnes avec le risque que l’AfD renforce encore sa position. Alors, on risque l’aventure. Et cela aura de lourdes conséquences sur l’Union européenne entière, connaissant le poids de l’Allemagne en son sein.

 

 

La Belgique a son lot aussi : le principal parti du gouvernement Michel – Jambon, la NV-A (Alliance Nationale Flamande), compte pas mal d’éléments d’extrême-droite en son sein, à commencer par le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon et aussi le secrétaire d’Etat à l’immigration, Théo Francken qui vient encore de se faire remarquer en ayant permis à des fonctionnaires soudanais d’interroger des réfugiés de ce pays, réfugiés qui ont été rapatriés et dont on a appris qu’ils ont subi la torture dès leur retour.

 

 

 

 

Entre Charles Michel (Premier ministre libéral) et Théo Francken (secrétaire d'Etat à l'immigration, NV-A), rien ne va plus !

Entre Charles Michel (Premier ministre libéral) et Théo Francken (secrétaire d'Etat à l'immigration, NV-A), rien ne va plus !

 

 

 

Les pays d’Europe centrale – la Pologne et la Hongrie – sont aussi atteints. Le gouvernement polonais vient de se faire rappeler à l’ordre par la Commission européenne qui évoque des sanctions qui seront impossibles à prendre, puisqu’il faut l’unanimité des 27 Etats-membres pour les décider. Quant à la Hongrie, Viktor Orban poursuit sa politique mais est politiquement menacé par une formation plus extrémiste que la sienne et qui est alliée à la… gauche hongroise !

 

 

Enfin, il y a la honte – une fois de plus – de Jean-Claude Juncker qui a déclaré devant le nouveau chancelier autrichien Sébastian Kurz que seule l’adhésion à l’Europe qui comptait pour lui et qu’on verra bien ce qu’il se passera.

 

 

 

Sebastian Kurz avec Jean-Claude Juncker à la Commission européenne. Aucun souci, tant que l'Autriche reste "pro européenne"...

Sebastian Kurz avec Jean-Claude Juncker à la Commission européenne. Aucun souci, tant que l'Autriche reste "pro européenne"...

 

 

 

Elle est loin la belle unanimité démocratique qui présidait lors de l’élection du leader néonazi autrichien Jorg Haider et son entrée au gouvernement en février 2000. Ce fut Louis Michel, le père de l’actuel Premier ministre belge Charles Michel qui mena la danse. À écouter le silence assourdissant du gouvernement belge, on ne peut pas dire que l’adage « tel père, tel fils » se vérifie en l’occurrence !

 

 

 

 

 

Charles et Louis Michel. Entre les deux, on ne peut plus dire : "Tel père, tel fils"...

Charles et Louis Michel. Entre les deux, on ne peut plus dire : "Tel père, tel fils"...

 

 

 

La Justice belge se rebiffe.

 

 

Le ministre de la Justice, le chrétien démocrate Koen Geens dit « Erdogeens » bouleverse le pouvoir judiciaire de fond en comble pour élaborer une Justice conforme aux critères néolibéraux. Par exemple, on vient d’inaugurer une juridiction privée chargée de trancher les litiges entre entreprises transnationales.

 

 

 

 

Koen Geens, le ministre belge de la Justice, dit "Erdogeens", vient d'essuyer un solide camouflet.

Koen Geens, le ministre belge de la Justice, dit "Erdogeens", vient d'essuyer un solide camouflet.

 

 

 

Il vient d'essuyer un fameux camouflet : la Cour constitutionnelle a cassé sa loi de suppression de la Cour d’assise. . Le ministre juge les cours d’assises obsolètes, trop coûteuses, trop lourdes à organiser. Il préfère laisser les magistrats professionnels rendre la justice. Koen Geens a en effet permis la correctionnalisation de la plupart des crimes dès que le parquet la réclame. Les procureurs généraux avaient d’ailleurs rédigé une circulaire en ce sens. Le nombre de dossiers qui aboutissent devant une cour d’assises devient de plus en plus rare.

 

Avec son projet lui aussi avorté de suppression du juge d’instruction, la suppression de la Cour d’assise revenait à renforcer le pouvoir des Parquets, donc de l’exécutif et à affaiblir la séparation des pouvoirs.

 

« Erdogeens » ne tarda pas à réagir. D’après la « Libre Belgique » du 21 décembre 2017 :

 

« Koen Geens imagine un jury composé de 3 magistrats professionnels et de 4 citoyens. Le président serait chargé d’informer les jurés du dossier qui serait soumis à cette chambre criminelle 2.0 qui se limiterait à entendre les témoins les plus importants.

 

Plus qu’un jury citoyen, il s’agirait donc d’un système d’échevinage – les juridictions du travail fonctionnent sur ce mode en Belgique. Soit un système très différent du jury citoyen. Et une nouvelle violation de l’article 150 de la Constitution ? On peut déjà prévoir un nouveau bras de fer autour des “assises 2.0” dont les contours restent encore très flous. »

 

Mais la magistrature assise veille. Ainsi, le président du Tribunal de Première instance de Bruxelles, Luc Hennart, ne mâche pas ses mots sur les ondes de Bel-RTL comme le rapporte le journal « l’Echo » de ce même 21 décembre.

 

 

 

Le Président du Tribunal de Première instance de Bruxelles, le juge Luc Hennart, ne mâche pas ses mots.

Le Président du Tribunal de Première instance de Bruxelles, le juge Luc Hennart, ne mâche pas ses mots.

 

 

 

« Le ministre a découvert le couteau à couper le beurre, indique-t-il au micro de Martin Buxant sur les ondes de Bel RTL. « Or je tiens à lui dire que cette justice plus active, plus ra­pide, on y travaille au quotidien. Je lui de­mande donc d'ad­mettre ces ef­forts qui ont été faits".

Selon lui, poursuivre ces efforts sont au programme des acteurs de la justice. Mais cela né­ces­site des moyens. « Or aujourd’hui, on réduit nos moyens. On nous promet du personnel pour gar­der des sièges vides. »

L'homme n'est pas moins virulent quant aux mesures anti-terroristes décidées par le gou­ver­ne­ment, comme la pro­lon­ga­tion de la garde à vue ou les per­qui­si­tions de nuit. « Au lieu de ré­af­fir­mer in­las­sa­ble­ment nos libertés: une privation de 24h de nos libertés, c'est un principe ; des per­qui­si­tions uniquement le jour, c'est un principe. Ces principes doivent être ré­af­fir­més et des exceptions éven­tuel­le­ment énoncées. Or aujourd’hui, on entend que la liberté, ce n'est pas si important ; que la protection du domicile, ce n'est pas si important. Je le dis haut et clair, c'est une manière de dire que le terrorisme a gagné. »

 

Le gouvernement nationaliste – libéral de Charles Michel ne fait pas que casser l’Etat social, il détruit le pouvoir judiciaire, porte atteinte à la séparation des pouvoirs, bafoue les droits de l’homme. Il est plus que temps que l’on prenne conscience de ce danger majeur.

 

Mais l’opposition socialiste est dans un tel état de déliquescence qu’il est plus que temps de réfléchir à une alternative sérieuse et crédible.

 

C’est le travail qu’il faudra entamer dès le début de l’année 2018.

 

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

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commentaires

E
Bonjour Pierre Verhas. J'apprécie beaucoup votre blog. Je tiens cependant relever une de vos affirmations ci-dessus, à savoir qu'en Hongrie le parti d'extrême droite Jobbik serait allié à la gauche. Bien sûr faudrait-il s'entendre déjà sur ce qu'on appelle "la gauche" . Pour ma part, je ne vois pas vraiment de partis de gauche sur l'échiquier politique hongroise que je suis de près, juste quelques accents par-ci par-là dans les discours de partis tels que MSZP ( de pâles sociaux-démocrates ), le DK ( centre démocratique ) ou LMP ( centre verdâtre). Le reste de l’opposition étant des micro-partis sans importance. Il n’existe aucune alliance explicite entre ces partis et Jobbik, tout au plus, une collaboration technique dans des affaires ponctuelles où l’ensemble de l’opposition se mobilise contre le gouvernement Orban. Sans le moindre résultat, d’ailleurs, tellement la domination de Fidesz a été construite, bétonnée.
L’idée d’une telle alliance est évoquée de temps à autre, parce que, techniquement, ce serait la seule configuration capable de vaincre Orban lors des prochaines élections. Même des intellectuels comme la philosophe Agnes Heller l’ont préconisée, mais elle n’a aucune chance de réussite, ne fût-ce que du fait du refus de MSZP et de DK de s’y prêter. C’est la situation d’aujourd’hui. On ne peut pas savoir ce qu’apporteront les quelques mois qui restent jusqu’aux élections, mais l’opposition dite « démocratique » ( et pas « la gauche ») n’étant capable encore d'accoucher d’une collaboration, alors que dire d’une alliance avec l’extrême -droite ?
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G
Excellent, comme d'hab'.
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