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  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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5 novembre 2019 2 05 /11 /novembre /2019 14:45

 

 

 

Les larges avenues

 

Le Chili se soulève comme bien d’autres pays à commencer par la France des gilets jaunes. L’Irak, le Liban, l’Equateur, Hong Kong, la Catalogne et j’en passe. On sent que ces mouvements populaires sont profonds et durables en dépit d’une répression de plus en plus dure. Certes, comme en France, où il y a un essoufflement des gilets jaunes, on observe que le mouvement change de nature. On dirait que s’installe une société parallèle qui échappe au contrôle du pouvoir. Ce phénomène est tout à fait nouveau et déconcerte aussi bien la tête de l’Etat que l’opposition même la plus radicale. En effet, il n’a ni programme, ni leader. Comme toujours, l’histoire réserve des surprises ! Et les pouvoirs néolibéraux commencent à avoir bien du souci !

 

Néanmoins, les dernières paroles prononcées sur les ondes par Salvador Allende le 11 septembre 1973, du palais de la Moneda où il était assiégé par les militaires chiliens putschistes de Pinochet, retrouvent aujourd’hui tout leur éclat :

 

« Continuez et sachez que le jour où vous rouvrirez les larges avenues par où passe l’homme libre pour construire une société meilleure est plus proche que lointain. »

 

Et le peuple chilien a de la mémoire, car il chante à nouveau les hymnes révolutionnaires de l’époque, ici à Santiago du Chili, avec l’aide de l’orchestre philharmonique de la ville, où le temps n’est plus aux commémorations, mais au renouveau.

 

 

 

 

 

 

Règlement de comptes à OK Has been

 

La Belgique – comme d’autres pays dits démocratiques – traverse depuis les élections du 26 mai dernier une crise politique dont on ne voit guère l’issue. Dans une interview au journal le Soir, l’équivalent du Monde ou du Guardian, Antoinette Spaak, fille de feu Paul-Henri Spaak le social-démocrate atlantiste, l’ancienne dirigeante du FDF, le parti francophone bruxellois, fustige Charles Michel, le Premier ministre libéral qui a prématurément démissionné pour se « préparer » à son poste de président du Conseil européen. Elle lui reproche ainsi sa désertion. Antoinette n’a pas tort. On se demande pourquoi il quitte un gouvernement minoritaire aux abois alors qu’il pouvait rester encore un bon mois.

 

 

 

Antoinette Spaak, ancienne leader francophone de Bruxelles, fustige à juste titre le Premier ministre sortant, Charles Michel.

Antoinette Spaak, ancienne leader francophone de Bruxelles, fustige à juste titre le Premier ministre sortant, Charles Michel.

Charles Michel le très libéral Premier mnistre étant recasé à la présidence du Conseil européen n'a rien trouvé de mieux que de quitter son poste avant terme.

Charles Michel le très libéral Premier mnistre étant recasé à la présidence du Conseil européen n'a rien trouvé de mieux que de quitter son poste avant terme.

 

 

 

Mais quelle importance ? Encore jeune, Charles Michel a déjà son bâton de maréchal européen et il terminera sans doute sa carrière dans cinq ans comme administrateur d’une multinationale ou d’une grande banque comme bien d’autres « européens », à moins qu’il ait le secret espoir qu’à l’instar de feu Paul-Henri Spaak, on le rappelle pour résoudre la crise belge. Il a d’ailleurs exprimé son mécontentement au « Soir » d’avoir été « négligé » par les « préformateurs », le socialiste Demotte et le nationaliste flamand Bourgeois.

 

Quand on a été, il est toujours permis de rêver.

 

PV

 

Costa Gavras nous rappelle la crise grecque de 2015.

 

Le grand cinéaste grec de gauche – 86 ans – vient de sortir un film sur la crise de la dette grecque de 2015 où Tsipras et Varoufakis affrontèrent seuls la Troïka et l’Eurogroupe pendant six mois. Yanis Varoufakis, alors ministre des finances du gouvernement Syriza de Tsipras, a raconté cet épisode qui ressemble à une tragédie grecque, dans un livre intitulé « Conversation entre adultes » qui révèle les coulisses des négociations européennes. (Voir Uranopole : http://uranopole.over-blog.com/2017/11/les-lecons-du-professeur-yanis.html )

 

C’est cet ouvrage qui a servi de base au scénario du film « Adults in the room » qui sort demain 6 novembre. Varoufakis a aidé le cinéaste en lui passant les chapitres de son ouvrage pendant sa rédaction, ainsi que des enregistrements qu’il avait pris lors des réunions européennes.

 

 

 

 

 

 

Il y a cependant un désaccord entre Varoufakis et le président du CADTM, Eric Toussaint qui reproche au ministre des finances grec de l’époque de ne pas avoir contesté la légitimité de la dette grecque.

 

Toussaint écrit :

 

« En contrepoint du récit de Varoufakis repris par Costa-Gavras dans son film, Eric Toussaint indique des évènements que l’ex-ministre des Finances passe sous silence. Toussaint exprime un avis différent de Varoufakis sur ce qu’il aurait fallu faire, sur l’appréciation de ce qu’il a fait et sur la stratégie adoptée par le gouvernement dirigé par Alexis Tsipras.

 

A partir de la fin avril 2015, sous la pression des dirigeants européens, Tsipras met de côté Varoufakis, sans lui retirer son portefeuille de ministre des finances, pour les négociations à Bruxelles. Il le remplace par Euclide Tsakalotos et donne de plus en plus de poids à Georges Chouliarakis qui agissait objectivement dans l’intérêt des créanciers depuis février 2015. Dijsselbloem et Juncker avaient insisté auprès de Tsipras pour que Chouliarakis soit au centre des négociations car c’était le représentant grec avec lequel ils se sentaient le plus en confiance.

 

A partir de la fin avril 2015, sous la pression des dirigeants européens, Tsipras met de côté Varoufakis, sans lui retirer son portefeuille de ministre des finances, pour les négociations à Bruxelles. Il le remplace par Euclide Tsakalotos [1] et donne de plus en plus de poids à Georges Chouliarakis [2] qui agissait objectivement dans l’intérêt des créanciers depuis février 2015. Dijsselbloem et Juncker avaient insisté auprès de Tsipras pour que Chouliarakis soit au centre des négociations car c’était le représentant grec avec lequel ils se sentaient le plus en confiance.

 

Tsipras accepte de faire de nouvelles concessions à la Troïka avec laquelle il multiplie les contacts et les discussions. Selon Varoufakis, Tsipras a envoyé un courrier fin avril 2015 à la Troïka dans lequel il signifiait son acceptation de dégager un surplus budgétaire primaire de 3,5 % chaque année pour la période 2018-2028. Cette nouvelle reculade rendait impossible la fin de l’austérité car cela nécessitait des coupes supplémentaires dans les budgets sociaux et une accélération des privatisations. Cela n’a pas suffi à la Troïka qui voulait d’autres concessions et un accord n’a pas été trouvé.

 


.

 

Pendant ce temps, la Commission pour la vérité sur la dette grecque instituée par la présidente du parlement grec travaillait d’arrache-pied pour produire son rapport et ses recommandations avant la fin du deuxième mémorandum qui avait été prolongé jusqu’au 30 juin 2015. L’objectif était de présenter le rapport lors d’une séance publique au parlement les 17 et 18 juin 2015 afin de peser sur l’issue du mémorandum et des négociations. Selon le mandat reçu par la commission, il fallait identifier la proportion de la dette qui peut être définie comme illégitime, illégale, odieuse ou insoutenable.

 

 

La commission était composée de 30 personnes, 15 provenant de Grèce et 15 provenant de l’étranger dont plusieurs professeurs de droit dans différentes universités (en Grande-Bretagne, en Belgique, en Espagne et en Zambie), un ex-rapporteur des Nations unies en matière de dette et de respect des droits de l’homme, des experts en finance internationale, des auditeurs des comptes publics, des personnes ayant participé antérieurement à des audits de la dette publique, un ex-président d’une banque centrale et ex-ministre de l’économie, des spécialistes des banques ayant acquis une connaissance approfondie du secteur bancaire au cours de leur vie professionnelle. Parmi les 15 personnes provenant de Grèce, plusieurs avaient une expérience dans le monde bancaire, dans le domaine de la finance internationale, du droit, du journalisme, de la santé. »

 

Et ensuite :

 

« Malgré des demandes répétées qui lui ont été adressées, Yanis Varoufakis n’a pas aidé la commission à réaliser sa mission. Son désintérêt pour la commission est patent car il ne mentionne pas une seule fois celle-ci dans le livre qu’il consacre à son explication des évènements de 2015. Il n’a pas du tout compris que cette commission et les conclusions qu’elle allait produire pouvaient grandement aider la Grèce à se libérer des créanciers avec des arguments très forts tant par rapport à l’opinion publique en Grèce que par rapport à l’opinion internationale. Bien sûr, pour que les propositions de la Commission trouvent un débouché concret, il aurait fallu que des membres du gouvernement fassent du bruit autour des enjeux et des travaux de cette commission. Qui était la personne la mieux placée du gouvernement pour faire écho à l’audit de la dette si ce n’est le ministre des finances ?


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En effet, cette commission avait été instituée par la présidente du Parlement grec qui se situait à la gauche de Syriza. Contrairement à ce qu’écrit Toussaint, Varoufakis y fait une courte allusion dans son ouvrage. Il ne fait aucun commentaire sur le travail de cette commission. Il dit simplement qu’il n’était pas en position pour négocier la légitimité de la dette grecque. D’ailleurs, la question se pose pour toutes les dettes : quelle est la part de légitimité et celle d’abus ? Qui va arbitrer ? Il n’existe aucun organe politique ou judiciaire à même de trancher cette question fondamentale.

 

Yanis Varoufakis a négocié avec les moyens dont il disposait… c’est-à-dire quasi rien ! La seule garantie était donc l’échec.

 

Une véritable question quand un parti de gauche prend le pouvoir : quels sont les moyens de ses fins ?

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

 

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