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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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1 janvier 2020 3 01 /01 /janvier /2020 21:31

 

 

L’évasion de l’année

 

Le charmant ex-patron de Renault – Nissan a l’art de la surprise ! Il s’est fait la belle ! Il en avait sans doute assez du charme des geishas et a préféré prendre ses distances avec l’empire nippon.

 

Nul quidam n’aurait pu se permettre pareille escapade : quitter clandestinement le Japon pour rejoindre la Turquie et puis terminer son périple au Liban ! Sans l’aide de services secrets, cette rocambolesque expédition eût été impossible ! Et voilà notre Carlos bien tranquille en son Liban natal où il est « entré légalement » … On se demande avec quel passeport puisque ses trois Sésame (le français, le brésilien et le libanais) se trouvent entre les mains de ses avocats japonais qui n’auraient jamais osé les lui rendre. Or, d’après les autorités libanaises, il serait rentré avec un passeport français et sa carte d’identité libanaise. De deux choses l’une, ou bien il s’agit du passeport français qui devait se trouver chez ses avocats japonais, ou bien il s’agit d’un faux passeport. De plus, son voyage : en avion privé vers la Turquie a dû s’effectuer en plusieurs escales. Tout cela nécessite une fameuse organisation et beaucoup d’argent… En plus des 12 millions qu’il a laissés en caution à la Justice japonaise.

 

 

 

Carlos Ghosn le terrible CEO de Renault Nissan pousruivi, emprisonné et puis libéré sous conditions par la Justice japonaise lui a filé entre les doigts !

Carlos Ghosn le terrible CEO de Renault Nissan pousruivi, emprisonné et puis libéré sous conditions par la Justice japonaise lui a filé entre les doigts !

 

 

 

En plus, dans certains milieux libanais, il est très bien accueilli : dans la crise politique que traverse actuellement le Liban, on verrait bien Carlos Ghosn comme ministre de l’Economie ! Il n’y a pas à dire, on sait bien choisir les compétences au pays du Cèdre.

 

Cela dit, cette classe ultrapuissante de la haute finance – car Ghosn est un financier avant d’être un industriel – montre qu’elle est omnipuissante, sans aucun respect des règles les plus élémentaires et manifestement appuyée par le pouvoir politique, particulièrement en France depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron. En effet, curieusement, aucune désapprobation officielle n’est venue du gouvernement français au sujet du comportement de Carlos Ghosn qui est aussi citoyen français.

 

 

 

Emmanuel Macron était-il au courant du projet d'évasion de Carlos Ghosn ?

Emmanuel Macron était-il au courant du projet d'évasion de Carlos Ghosn ?

 

 

 

Y aurait-il eu connivence dans cette aventure évasive ? Il n’est pas interdit de se poser la question.

 

P.V.

 

Le jusqu’auboutisme de Macron : le bordel !

 

Il fallait s’y attendre. Dans ses vœux de fin d’année, Emmanuel Macron ne cède rien sur le projet de privatisation des retraites. Il est prêt à l’épreuve de force et/ou au pourrissement de ce qui pourra dans quelques jours être considéré comme le plus important mouvement social depuis la fin de la guerre.

 

Quand on lit le parcours de l’actuel locataire de l’Elysée, on observe qu’il n’est pas au service du peuple français, que l’intérêt général est loin d’être son premier souci et que la position de la France dans le monde ne l’intéresse guère. Il est au service de la haute finance pour laquelle il a travaillé depuis qu’il est sorti de l’ENA, cette institution qui devait au départ permettre à chaque Français d’accéder à la haute fonction publique par le principe de l’égalité des chances et qui est devenue l’instrument d’une caste qui noyaute les hauts corps de l’Etat au service des grandes banques et du grand patronat, les fameux « CAC40 ».

 

 

 

Emmanuel Macron a choisi l'affrontement ce 31 décembre 2019.

Emmanuel Macron a choisi l'affrontement ce 31 décembre 2019.

 

 

 

La réforme des retraites a pour principal objet la privatisation des caisses de retraites au plus grand bénéfice des grandes compagnies d’assurance. La fameuse retraite par point convient parfaitement à ce secteur. D’ailleurs, on observe que ce système a été proposé en Belgique – heureusement en vain – par le ministre libéral des pensions Michel Bacquelaine par ailleurs lié au secteur des assurances et son maître d’œuvre en France a été jusqu’il y a peu Jean-Paul Delevoye, un piètre député et ministre des retraites (déjà !) sous le très réactionnaire gouvernement Raffarin, ayant lui aussi des intérêts dans ce secteur.

 

Sur le site « Le Grand Soir », Jean-Pierre Page, ancien responsable de la CGT qui l’a représentée au niveau international, attire l’attention sur l’aspect européen de la question des retraites :

 

« Il est évident que le silence syndical sur les directives européennes en matière de retraite constitue une faille dans la bataille et par un autre côté un aveu embarrassant, qu’exploitent Macron et son gouvernement. La déclaration de la CES en appui flagrant à la CFDT est significative. En Belgique la mobilisation sociale et politique a fait échec à la retraite par points, on ne peut donc que s’étonner de voir les confédérations dans la plupart des pays européens n’en tirer aucune conséquence. L’Union européenne veut en fait mettre en place une tombola. Partout où ce système a été imposé, les montants des retraites ont diminué, l’âge-pivot a reculé. En Allemagne le niveau des retraites a baissé de 10% par rapport aux salaires. Le nombre d’Allemands qui vivent en dessous du seuil de pauvreté a été multiplié par deux depuis 1990, de plus en plus de pauvres fréquentent les banques alimentaires, près de trois millions des plus de 65 ans vivent sous le seuil de pauvreté. En Suède souvent citée en exemple, on doit travailler jusqu’à 68,5 ans pour toucher le montant que l’on avait avant la réforme, à 65 ans.

 

Cette situation catastrophique est connue mais elle n’inquiète pas ce rouage des institutions européennes qu’est la CES, tout simplement parce qu’elle adhère sans restriction aux finalités de la construction européenne qu’elle se garde bien de critiquer, d’autant qu’elle en dépend financièrement. On n’entend pas plus les directions des confédérations syndicales en Europe, y compris la CGT, s’exprimer sur la nocivité de cette politique qui vise à l’alignement par le bas en développant une précarité à outrance et en cassant les systèmes sociaux.

 

Il est quand même incroyable que Thierry Breton à peine nommé nouveau commissaire européen interpelle fermement le gouvernement français sur l’absolue mise en œuvre d’un système de retraites à points. Silence dans les rangs syndicaux ! »

 

 

 

Jean-Pierre Page, dirigeant CGT, a une analyse très pertinente.

Jean-Pierre Page, dirigeant CGT, a une analyse très pertinente.

 

 

 

La stratégie utilisée pour faire passer cette pilule fort difficile à avaler est de diviser les générations. En effet, la réforme, si elle passe, ne sera appliquée qu’aux travailleurs nés à partir de 1975. Alors que le président de la République se doit d’être rassembleur, ce que plusieurs des prédécesseurs de Macron ont tenté de faire – à l’exception peut-être de Giscard et de Sarkozy, deux libéraux comme par hasard – lui, au contraire, veut imposer ses réformes en divisant les Français au risque de provoquer des troubles graves.

 

Une dernière réflexion sur ce sujet : la stratégie d’opposition des organisations syndicales classiques, y compris la très modérée CFDT et la décadente FO, risque de mener à rien. Une grève essentiellement des transports publics qui se prolonge sans qu’il y ait la moindre issue en vue, c’est l’aventure.

 

Il faut cependant nuancer. Les syndicalistes semblent prendre conscience de cette impasse et de nouvelles stratégies vont être mises sur pied. Jean-Pierre Page constate :

 

« Je pense qu’il y a le risque chez certains dirigeants syndicaux à prétendre jouer la locomotive d’un mouvement, à encourager les corporatismes ou à vouloir incarner seuls une action de cette ampleur en faisant preuve d’un radicalisme jusqu’au-boutiste qui ne correspond pas à l’état d’esprit réel des travailleurs. L’excès est souvent la preuve de faiblesses, il est préférable de s’en libérer.

 

L’important me semble-t-il, c’est que cette mobilisation a un besoin urgent de trouver un débouché politique. C’est là un obstacle majeur qui gêne toutes recherches d’alternatives et de perspectives. Il y a bien des années le patronat avait l’habitude de dire qu’on ne fait pas la même politique dans un pays avec une influence communiste à plus de 20% et une CGT activement présente dans les entreprises. Il est un fait que l’acceptation peu ou prou de l’ordre néolibéral, ou celui des institutions européennes considéré comme un horizon indépassable par de nombreuses organisations syndicales et politiques ne sont pas sans contribuer aux fantasmes d’une Europe qui pourrait être sociale. L’illusion aussi que des propositions pourraient à elles seules permettre de se faire mieux entendre en justifiant le choix d’un partenariat social dégagé de contradictions de classes est tout aussi dangereux. Tout cela a un effet pédagogique désastreux. »

 

En effet, le découragement et la violence risquent d’en être les résultats. De plus, comme le constate Jean-Pierre Page, les travailleurs n’ont aucun relais politique : Macron a réussi à démanteler l’opposition. Le PS n’existe plus. France Insoumise est déstructurée. Le PCF n’est plus qu’un souvenir. Les écologistes sont inexistants. À droite, les Républicains sont en pleine déliquescence. Il reste le Rassemblement National de Marine Le Pen, ex FN.

 

Cela dit, beaucoup de militants syndicaux sont conscients que la poursuite du mouvement tel quel mène à l’impasse. Ils envisagent d’autres stratégies comme des grèves reconductibles avec des assemblées générales qui maintiennent la mobilisation des travailleurs. On verra. Et on ne peut que constater une chose :

 

C’est le bordel. Et nul ne sait quelle en sera la sortie.

 

P.V.

 

L’échec du gouvernement Michel

 

L’alliance libérale nationalistes flamands qui a sévi de 2014 à 2018 en Belgique sous la direction de Charles Michel a imposé une austérité jamais vue auparavant. Ce gouvernement qui avait pris comme slogan « jobs, jobs, jobs » a vu le chômage plutôt augmenter, un nombre important de faillites et de fermetures d’entreprises.

 

 

 

Charles Michel a préféré quitter le gouvernement belge avant le terme de son mandat pour le Conseil européen. Le courage politique !

Charles Michel a préféré quitter le gouvernement belge avant le terme de son mandat pour le Conseil européen. Le courage politique !

 

 

 

Le site « éconosphère » est très sévère : « Créations de nouveaux emplois guère plus nombreuses qu’auparavant, croissance mécanique de l’emploi sous l’effet des mesures retardant l’âge de départ en retraite, substitution d’emplois temporaires aux emplois permanents, ... Les évolutions qui transparaissent des statistiques officielles mettent à mal le bilan officiel de l’actuelle législature en matière d’emploi. »

 

D’autre part, si le chômage n’a pas « statistiquement » augmenté, c’est à cause du maintien au travail des travailleurs de 55-64 ans.

 

Sur le plan des retraites, l’âge de départ est passé de 65 à 67 ans et le gouvernement a voulu imposer la pension « à points » mais n’y a pas réussi.

 

Sur le plan énergétique et des services publics, c’est le chaos. Alors qu’il était question de sortir du nucléaire pour 2025, on a au contraire prolongé les centrales qui sont très anciennes. Quelques-unes d’entre elles ont dû être fermées pendant de longs mois pour des raisons de sécurité. En ce qui concerne les chemins de fer, depuis la scission de la SNCB entre Infrabel qui s’occupe de l’infrastructure et la SNCB du transport des voyageurs et des marchandises, destiné à être libéralisé, il y a un manque total de coordination avec les conséquences que l’on connaît pour l’usager : fermetures de points d’arrêts, retards importants, problèmes de sécurité, etc. C’est aussi le chaos dans les entreprises publiques semi privatisées comme Belgacom devenue Proximus où plusieurs scandales ont éclaboussé la haute direction et où des « plans sociaux » sont appliqués avec brutalité.

 

Le déficit public qui était l’obsession de cette coalition a augmenté comme jamais, avec la dette publique qui, heureusement, ne s’est pas trop accrue avec l’effet des taux d’intérêt négatifs imposé par la BCE. La réforme fiscale appelée « tax schift » a essentiellement bénéficié aux entreprises.

 

Aussi, comme le proclame Ewald Pironet, rédacteur en chef de l’hebdomadaire flamand Knack qu’on ne peut guère accuser de gauchisme, « Le verdict sur la performance économique et financière du gouvernement Michel est impitoyable. Qu’il s’agisse de la croissance économique, de l’emploi, de la compétitivité, du pouvoir d’achat ou du budget, ces cinq dernières années, la Belgique a enregistré des performances de plus en plus mauvaises par rapport à ses voisins et aux autres pays de la zone euro. »

 

En plus, 2019 a été une année perdue parce que le gouvernement n’a plus les pleins pouvoirs depuis décembre 2018 et qu’il doit travailler avec des crédits provisoires, parce que ne disposant plus de majorité, il lui est impossible de faire voter un budget lui permettant d’assurer une politique bien définie. Et il faut ne pas oublier la Commission européenne qui s’inquiète du déficit croissant des finances publiques belges. La Banque nationale a calculé que le déficit en l’absence de gouvernement passera de 1,6 % en 2019 à 2,8 % en 2022, soit une augmentation d e14 milliards d’euros.

 

Et que fait Charles Michel ? Il part présider le Conseil européen… Quel homme d’Etat ! Quel grand Européen !

 

Aujourd’hui, on s’aperçoit que les efforts imposés avant tout au monde du travail par ce gouvernement libéral-nationaliste, adepte du néolibéralisme le plus dur, ont servi à accroître les transferts du travail vers le capital, c’est-à-dire d’appauvrir la population au plus grand bénéfice de la classe la plus nantie.

 

Vous direz sans doute : c’est partout la même chose. Maigre consolation !

 

P.V.

 

L’avis du philosophe

 

Le journal « l’Echo » du samedi 28 décembre dernier publie un entretien avec le philosophe et politologue Vincent de Coorebyter, professeur à l’ULB.

 

 

Le philosophe et politologue belge Vincent de Coorebyter est considéré comme un sage dont l'analyse est rigoureuse et sans complaisance.

Le philosophe et politologue belge Vincent de Coorebyter est considéré comme un sage dont l'analyse est rigoureuse et sans complaisance.

 

 

 

Il constate également – voir paragraphe précédent – que la crise politique n’est pas l’apanage de la seule petite Belgique : « La même montée en puissance des antagonismes s’observe au-delà du champ belge… ». Il constate que la formation d’un gouvernement belge (dit fédéral) regroupant wallons et flamands est anormalement longue. En effet, les élections ont eu lieu le 26 mai 2019 et on ne peut s’attendre à la formation d’un gouvernement dans un délai relativement bref. On peut même se poser la question : sera-t-il possible de former un gouvernement ?

 

Pour Vincent de Coorebyter, les causes profondes de ce blocage politique sont à analyser en ceci : « Nous sommes entrés depuis quelques années dans des dynamiques multiples de refus du cadre dominant tel qu’il s’est installé dans les années 80 au départ de la révolution néolibérale. On vit depuis cette époque dans un modèle libéral généralisé qui est de moins en moins accepté aux plans économique et social, au plan environnemental et au plan civilisationnel. »

 

Il observe que « les partis qui jusque là avaient accompagné ce modèle ne veulent plus en être les partenaires plus ou moins consentants. On sent une opposition croissante au principe de la mondialisation et du libre-échange, à la dérégulation du capitalisme qui a dominé la fin du 20e siècle, à l’accentuation des inégalités, à l’intégration européenne de plus en plus vécue comme un système de mise en concurrence des entreprises, des travailleurs et des régimes fiscaux. Il y a une réaction devant l’effritement des droits sociaux, une résistance au productivisme avec ses effets délétères sur le climat, l’environnement, la santé. »

 

À cela s’ajoute : « … une réaction de refus de la mise en place d’une société multiculturelle sur fond de montée de l’islamisme politique et d’inquiétude identitaire. Il y a enfin une résistance qui se manifeste au sein des partis populistes de droite devant la mise en cause des valeurs jugées intangibles qui structuraient la société occidentale : la domination masculine, l’évidence hétérosexuelle, la différence entre l’homme et la nature et les autres espèces, le productivisme, la suprématie de l’Occident… »

 

Cette analyse est tout à fait pertinente. La tragédie est qu’il n’existe plus de projet. On a cru – et on croit encore – à des billevesées comme la « fin de l’histoire » et le « TINA » (There Is No Alternative) qui veulent imposer la société néolibérale comme l’ultime étape de l’humanité. Sinistre illusion !

 

L’être humain sera toujours un résistant.

 

Pierre Verhas

 

 

 

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