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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 21:31

 

 

 

« Nous sommes en guerre ! » a martelé le président français Emmanuel Macron. Cette métaphore est pour le moins exagérée avions-nous pensé. Pourtant, au fur et à mesure de l’évolution de la pandémie du Coronavirus, il faut bien constater que le gouvernement français comme le gouvernement belge ressemblent à s’y méprendre à l’état-major français de la Première guerre mondiale : l’arrière, toujours en retard d’une guerre, flanche et le front tient vaille que vaille, mais avec courage. Le front, ce sont les personnels de nettoyage, les aides-soignantes et soignants, les infirmières et infirmiers, les médecins internes et les généralistes. Ils font penser à « Ceux de 14 », ces dizaines de milliers de « poilus » que l’état-major faisait sortir des tranchées de Verdun et d’autres champs de bataille du Nord de la France pour les lancer dans des offensives absurdes où la mort était au bout.

 

 

Le front, ce sont aussi ces femmes et ces hommes qui assurent l’entretien des hôpitaux et des maisons de repos – des EHPAD comme on dit en France – qu’on envoie en première ligne pour combattre le COVID-19. Ce sont elles et eux qui prennent tous les risques dont plusieurs ne reviendront pas. Comme « Ceux de 14 », ils sont exposés aux tirs meurtriers d’un ennemi aussi sournois qu’invisible.

 

 

 

Une aide-soignante parmi des milliers d'autres. Ces courageuses combattantes d'une pandémie non contrôlée n'hésitent pas à exposer leur vie pour assurer ce qu'elles considèrent être leur devoir. Si notre société se sort de cette pandémie, ce sera grâce à elles et à tout le personnel soignant.

Une aide-soignante parmi des milliers d'autres. Ces courageuses combattantes d'une pandémie non contrôlée n'hésitent pas à exposer leur vie pour assurer ce qu'elles considèrent être leur devoir. Si notre société se sort de cette pandémie, ce sera grâce à elles et à tout le personnel soignant.

 

 

 

Privilégions les « premiers de corvée » !

 

Ce sont elles et eux qu’il conviendra d’honorer, pas seulement par de belles cérémonies, mais surtout par une revalorisation réelle de leur travail en équipant les hôpitaux et les maisons de repos d’outils modernes et efficaces, en assurant le respect matériel, évidemment, mais aussi social de ces personnels qui sont à l’avant-garde de nos sociétés prétendument civilisées. Eh oui ! Comme dit le génial Josy Dubié : « Privilégions les « premiers de corvée » plutôt que les « premiers de cordée » dont on se passe volontiers ! »

 

En attendant, la situation s’aggrave de jour en jour. Si, d’après les chiffres, les hôpitaux sont quelque peu soulagés : plus de sortie de patients COVID que d’entrée depuis quelques jours, les résidences et maisons de repos vont vers la catastrophe, car c’est trop tard que l’on a pris en charge de la pandémie.

 

L’exemple le plus frappant est en effet la catastrophe qui règne dans les maisons de repos et de soins ainsi que dans les résidences pour personnes âgées. À Bruxelles par exemple, selon l’hebdomadaire « le Vif » du 9 avril, deux tiers des maisons de repos sont touchées contre seulement un tiers la semaine précédente. Les pensionnaires atteints ou non sont confinés et enfermés dans leur chambre. Les soins se donnent dans leur chambre. Ils sont alimentés dans leur chambre. Pas question de la moindre sortie. Plus question de voir un membre de leur famille. De son côté, le personnel soignant manque de tout. Il a reçu quelques masques FFP2 (les masques destinés au personnel soignant) mais en insuffisance et uniquement pour les personnels présentant des symptômes de Coronavirus, alors qu’ils devraient être renvoyés chez eux ! D’autre part – et c’est encore plus grave – on manque d’oxygène. Cela signifie que les résidents qui sont envoyés à l’hôpital et, même guéris, y restent à cause de ce manque d’oxygène ! D’autres n’y sont même pas admis parce que trop âgés pour guérir ! Comme a dit une aide-soignante : « Si on ne peut plus pratiquer des soins curatifs pour guérir nos résidents, il ne nous reste plus que les soins palliatifs pour les aider à mourir ! »

 

 

 

Le personnel des maisons de repos est débordé et aussi le plus exposé à la pandémie. (photo DE TESSIERE JOHANNA - LLB)

Le personnel des maisons de repos est débordé et aussi le plus exposé à la pandémie. (photo DE TESSIERE JOHANNA - LLB)

 

 

 

La situation des maisons de repos et de soins est telle qu’il faut faire appel à l’armée et à la Protection civile. Un peu partout des aides-soignantes employées dans des maisons de repos décèdent. Les résidents trop âgés sont laissés pour compte. On sélectionne !

 

Et cette idée n’est pas neuve. Au début de la pandémie, lorsque les hôpitaux risquaient la saturation, l’idée d’un tri basé sur l’âge a été plusieurs fois avancée ! Suivrait-on ainsi les fantasmes de certains économistes ultralibéraux qui estiment nécessaires d’euthanasier les personnes de plus de 75 ans, car elles représenteraient une charge trop lourde pour l’économie ? Allons ! Qu’allez-vous penser là ?

 

 

Quant au personnel, les médecins généralistes renvoient chez eux les travailleurs soignants présentant des symptômes, mais pas ce n’est pas le cas de tous les homes. Il y a même une association, l’Institut de Santé publique, qui demande que les membres du personnel atteints « légèrement » par la pandémie, reprennent le travail « sous certaines conditions » ! Lesquelles ? D’autre part, le danger est partout : les personnels ne présentant pas de symptôme peuvent être contaminés et susceptibles de transmettre le virus. La seule solution : les tests massifs et systématiques de dépistage. Mais on est loin, très loin du compte !

 

 

Un médecin n’a pas hésité à déclarer au « Vif » : « Les autorités sacrifient la santé de nos aînés. » En effet, la majorité d'entre eux ne sont pas hospitalisés, car considérés comme en fin de vie ou trop âgés pour être pris en charge dans des hôpitaux au bord de la saturation. Il pointe du doigt les autorités, qui n'ont pas pris des mesures à temps. « Quand je vois Maggie De Block dire à la télévision que la Belgique était prête : elle n'était prête à rien du tout. Ils n'ont rien fait pour protéger les aînés. On est dans une situation aberrante ».

 

Au passage, on apprend que les masques FFP2 achetés à la Chine par le gouvernement belge et dernièrement livrés sont impropres à l’usage ! Les certificats ont été truqués ! Et ce n’est pas la première fois. Voilà un marché – un de plus – qui échappe à tout contrôle. Il semble que celui des masques, d’après certains spécialistes, soit en grande partie passé sous la coupe des mafias. Le malheur des êtres humains est un marché très rentable !

 

 

 

IL a fallu rejeter 3 millions de masques non conformes !

IL a fallu rejeter 3 millions de masques non conformes !

 

 

 

Le dépistage systématique est réclamé depuis longtemps par de nombreux spécialistes et membres du personnel soignant. Cela vient lentement. On ne sait pas très bien par où commencer puisqu’on dispose en Belgique de fort peu de kits de tests. Voilà donc avec ces exemples, et il n’y en a d’autres, les hommes et les femmes de première ligne, de terrain comme on dit, tout à fait désarmés : l’arrière n’apportant pas au front l’appui logistique et hésitant à prendre les décisions indispensables.

 

L’arrière, ce sont les gouvernements, les responsables des grandes structures de soin de santé, les experts qui se disputent entre eux souvent pour des questions de préséance. L’arrière, ce sont ces décideurs qui, par manque de prévoyance, ont pris des décisions aberrantes, notamment, comme en Belgique, en réagissant trop tard ou par imprévoyance, en ayant détruit par idéologie et sous prétexte des directives budgétaires absurdes imposées par l’Union européenne, les structures hospitalières publiques et même les stocks de masques exposant ainsi les personnels de première ligne et les patients aux dangers de la pandémie. Les équipements comme les respirateurs manquent cruellement.

 

Comme le dit dans « l’Obs » de cette semaine de Pâques l’écrivain britannique d’origine écossaise William Boyd : « … nous n’étions pas du tout préparés à une crise sanitaire de cette ampleur, et que notre système de santé public n’était absolument pas en mesure d’y faire face, faute d’effectifs et de moyens financiers suffisants. Si le personnel hospitalier effectue un travail héroïque, ce n’est pas grâce au gouvernement. Je crois que lorsque la crise sera passée, et que viendra l’heure de rendre des comptes et d’établir les responsabilités, la situation de notre système de santé sera au centre du débat. » Boyd ajoute que le Brexit a eu de graves conséquences : le personnel médical a été vidé de ses effectifs étrangers. Et sans appel, il condamne les conservateurs : « Ce que cette pandémie expose au grand jour, c’est à quel point les conservateurs ont perverti les valeurs sociales de notre pays. Pour des raisons idéologiques, ils tendaient à une privatisation croissante du système de soins. Cette politique s’est révélée un fiasco. Peut-être du moins cette crise aura-t-elle des conséquences positives à cet égard. »

 

 

 

L'écrivain britannique William Boyd  donne une analyse sans complaisance.

L'écrivain britannique William Boyd donne une analyse sans complaisance.

 

 

 

L’écrivain écossais évoque l’état de délabrement du National Health Service, le service national de santé fondé en 1945 par le travailliste Atlee qui avait succédé à Churchill. Décrié par les conservateurs, mais devenu véritablement un joyau de la Couronne britannique pour le peuple britannique, le NHS est pratiquement agonisant. « L’opinion va être choquée de constater la façon dont ils ont laissé se dégrader ce service public essentiel et unanimement apprécié. L’incapacité persistante à offrir des tests de dépistage du coronavirus au personnel médical, pourtant en première ligne, prouve l’ampleur de cette mauvaise gestion, ou plutôt d ce pourrissement délibéré. »

 

Ce que décrit Boyd pourrait s’appliquer à la Belgique et à la France. La situation en France est pire qu’en Belgique. Les « territoires perdus de la République », c’est-à-dire les banlieues qui ont été laissées à leur sort échappent à tout contrôle sanitaire. Ce sont des conflits d’intérêts au sommet de l’Etat. L’affaire Buzyn et la mise à l’écart du Dr Raoult le montrent. Et cela cafouille : après l’avoir rejeté, Macron s’entretient avec le « Panoramix » de la Chloroquine lors de sa visite en la cité phocéenne. Le Président français finirait-il par le suivre en désespoir de cause ? On verra !

 

L’arrière, c’est aussi l’inconséquence et l’incohérence de l’Union européenne incapable de coordonner une politique commune de lutte contre la pandémie et d’en assurer le financement minimum. Ainsi, a-t-on été contraint de fermer les frontières et – ce qui n’est pas une mauvaise chose, certes – de déroger aux contraintes budgétaires, mais l’Union européenne est la première victime de la pandémie : elle est aux soins intensifs et sous respirateur. Comment peut-elle exister alors qu’elle ne peut plus assurer la libre circulation des personnes et même celle d’une partie des marchandises en son sein ? Deux sommets et un « Eurogroupe » se sont soldés par un accord boiteux d’une aide de quelque 540 milliards d’euros aux Etats membres pour lutter contre la pandémie. Une paille à l’échelle européenne ! Selon plusieurs analystes, ce sont en fait les pays dits « frugaux » qui ont gagné, car les conditions d’octroi de ces prêts n’ont pas été fixées ! Donc, c’est une fois de plus un compromis peu honorable pour un plat de lentilles, sans aucune politique de coordination ! Et voici Christine Lagarde, la nouvelle présidente de la BCE, qui vient avec son plan.

 

 

 

Le plan de financement par la BCE de Christine Lagarde rappelle furieusement d'autres plans déjà mis en oeuvre.

Le plan de financement par la BCE de Christine Lagarde rappelle furieusement d'autres plans déjà mis en oeuvre.

 

 

 

La banquière européenne préconise entre autres un prêt de 1 000 milliards d’euros aux banques à un taux d’intérêt négatif jamais atteint de 0,75 % afin d’aider les entreprises et les indépendants qui sont menacés de plein fouet par les mesures de confinement qui pourraient durer jusqu’à la fin de l’été. On est reparti comme en 14 ! Les banques vont prêter cette manne aux syndicats d’entreprises et aux Etats avec des taux d’intérêt bien supérieurs ! Merci, Christine !

 

Big Covid is watching you !

 

 

Ce vendredi 9 avril, un quidam bruxellois s’est retrouvé devant le tribunal correctionnel dans le cadre de la procédure accélérée pour ne pas avoir respecté à plusieurs reprises les mesures de « distanciation sociale ». Il sera sans doute condamné à une amende salée et à une peine de travaux d’intérêt général. Bon, il n’a pas volontairement respecté les règles. Mais, on peut se poser la question de leur efficacité réelle.

 

Bref, cela cafouille et dans tous les sens et à tous les niveaux, sauf en première ligne… Et on a trouvé comme moyen que le confinement général. Rendons-nous compte qu’il s’agit de la plus grande atteinte aux libertés fondamentales depuis la Seconde guerre mondiale.

 

La première d’entre elles est la liberté de circulation. En France, contrairement à la Belgique pour le moment, il faut une attestation pour pouvoir circuler dans l’espace public – un « ausweis » disent certains mauvais esprits – dans un périmètre limité à votre quartier pour aller faire uniquement les courses alimentaires et l’achat de remèdes dans des pharmacies. Plus question d’aller au spectacle, dans un musée, d’assister à une conférence ou à une compétition sportive. Les élèves et les étudiants sont interdits de cours et d’exercices. Il est même défendu de s’asseoir sur un banc dans un parc, de faire un jogging ou un quelconque sport individuel ou collectif de plein air.

 

 

 

La promenade des Anglais à Nice confinée ! Il faut reconnaître que le très droitier maire de Nice, Christian Estrosi, se montre particulièrement efficace face à la crise du coronavirus.

La promenade des Anglais à Nice confinée ! Il faut reconnaître que le très droitier maire de Nice, Christian Estrosi, se montre particulièrement efficace face à la crise du coronavirus.

 

 

 

La liberté de travail est confinée. La plupart des secteurs sont atteints. La distanciation sociale interdit l’exercice de plusieurs métiers. Par exemple, les chantiers de construction ont dû arrêter, car il est impossible de respecter la distanciation sociale entre travailleurs. Cela aura de graves conséquences économiques et sociales. Les fruiticulteurs sont en difficulté, car ils ne peuvent disposer de personnel saisonnier, alors que dans l’Allemagne voisine, ces travailleurs, la plupart en provenance de Roumanie, viennent en masse. Voilà encore une conséquence des tergiversations de l’arrière en Belgique et en France !

 

La liberté de commerce n’existe plus. Seuls les commerces de première nécessité, alimentation, pharmacies, librairies peuvent rester ouverts. Observons en outre que les grandes surfaces sont favorisées dans cette sélection. Les directives relatives à la pandémie forcent plusieurs commerces de proximité à fermer. Les marchés sont interdits alors que l’on peut parfaitement y prendre des mesures de distanciation sociale comme dans les supermarchés. Un nombre considérable de services ont été contraints de fermer, comme les services corporels tels les coiffeurs, les esthéticiens, les services paramédicaux comme les kinésithérapeutes, et on en passe. Cette situation est intenable !

 

 

Elle est d’autant plus intenable que d’autres pays comme les pays asiatiques qui ont été les plus frappés n’ont pas adopté de telles mesures. Et elles se sont avérées efficaces. Port général du masque, distanciation sociale, dépistage systématique. L’économie continue à fonctionner, tous les secteurs économiques même l’Horeca, les écoles et universités sont toujours ouvertes. Ces pays – la Chine, la Corée du Sud, Taiwan, Singapour – ont réussi à combattre efficacement la pandémie. Il y a – sauf pour la Chine qui a attendu – bien moins de victimes. Seule l’Allemagne arrive à des résultats similaires. Alors qu’attend-on à tergiverser ?

 

 

Mais il y a un domaine qui s’est montré très efficace dès le début de la crise : celui de la surveillance électronique généralisée. Le serveur Orange pour smartphones a communiqué que la plupart des habitants de la Belgique abonnés chez lui se déplaçait très peu et dans un rayon très restreint. Autrement dit, il y a longtemps que cette entreprise transnationale français possède et utilise ce dispositif. Avec quelle autorisation et pour quel usage ? Mystère !

 

 

 

Certaines grandes surfaces ferment carrément comme ici Delhaize à Seraing. Et elles en profitent pour augmenter les prix.

Certaines grandes surfaces ferment carrément comme ici Delhaize à Seraing. Et elles en profitent pour augmenter les prix.

 

 

 

La police utilise des drones pour veiller au confinement. Ces appareils possèdent des caméras qui permettent de procéder à la fameuse reconnaissance faciale. On n'en est pas encore là, mais cela va venir, vous pouvez en être convaincus.

 

Serge Halimi, le directeur du Monde diplomatique dans son éditorial de la livraison d’avril 2020, décrit en ces quelques phrases le péril d’un pouvoir totalitaire absolu basé sur la surveillance généralisée :

 

« Corollaire du « Restez chez vous » et de la « distanciation », l’ensemble de nos sociabilités risquent d’être bouleversées par la numérisation accélérée de nos sociétés. L’urgence sanitaire rendra encore plus pressante, ou totalement caduque, la question de savoir s’il est encore possible de vivre sans Internet. Chacun doit déjà détenir des papiers d’identité sur lui ; bientôt, un téléphone portable sera non seulement utile, mais requis à des fins de contrôle. Et, puisque les pièces de monnaie et les billets constituent une source potentielle de contamination, les cartes bancaires, devenues garantie de santé publique, permettront que chaque achat soit répertorié, enregistré, archivé. « Crédit social » à la chinoise ou « capitalisme de surveillance », le recul historique du droit inaliénable de ne pas laisser trace de son passage quand on ne transgresse aucune loi s’installe dans nos esprits et dans nos vies sans rencontrer d’autre réaction qu’une sidération immature. Avant le coronavirus, il était déjà devenu impossible de prendre un train sans décliner son état-civil ; utiliser en ligne son compte en banque imposait de faire connaître son numéro de téléphone portable ; se promener garantissait qu’on était filmé. Avec la crise sanitaire, un nouveau pas est franchi. À Paris, des drones surveillent les zones interdites d’accès ; en Corée du Sud, des capteurs alertent les autorités quand la température d’un habitant présente un danger pour la collectivité ; en Pologne, les habitants doivent choisir entre l’installation d’une application de vérification de confinement sur leur portable et des visites inopinées de la police à leur domicile. Par temps de catastrophe, de tels dispositifs de surveillance sont plébiscités. Mais ils survivent toujours aux urgences qui les ont enfantés. »

 

Qu’en est-il sur le terrain ? En Belgique, c’est le flou artistique. Par contre, en France, le Premier ministre Edouard Philippe a été assez clair. Le 1er avril, devant la mission d’information de l’Assemblée nationale. Si la loi exclut un traçage « obligatoire », rien n’empêche le backtracking sur une base volontaire. Des dispositifs législatifs de ce genre peuvent être amendés en catimini. Cela s’est déjà vu et on peut faire confiance à l’actuel gouvernement français pour ce faire.

 

 

 

Edouard Philippe n'hésite pas à prôner la surveillance générale.

Edouard Philippe n'hésite pas à prôner la surveillance générale.

 

 

 

Un autre aspect est l’investissement technologique. Selon « Libération » du samedi 5 avril, la propagation du coronavirus s’accompagne d’une vague de dispositifs technologiques aussi massive que multiforme. Des pays totalitaires comme la Chine y procèdent massivement. D’autre part, la fameuse entreprise transnationale chinoise Alibaba bien implantée en Europe et en Belgique notamment développe des applications comme le « code santé » qui attribue à chaque individu tracé une couleur indiquant son état de santé. Et, bien entendu, il ne faut pas oublier les logiciels de reconnaissance faciale développés par la même firme et une autre entreprise comme Tencent. En France, Orange – on le retrouve ! – travaille avec l’Institut national de la santé et de la recherche médicale à partir des données de « bornage » des téléphones portables aux antennes-relais pour fournir des statistiques « anonymisées » … Ben tiens !

 

La pandémie accélère les procédures autoritaires en la matière. Ainsi, en Israël, le service de sécurité intérieur, le Shabak, repère par moulinage de données prises dans le Big data les personnes potentiellement contaminées.

 

Si, sur le plan de la lutte contre la pandémie, ces investigations sont nécessaires, voire indispensables, notamment pour le dépistage de masse qui est indispensable comme nous venons de le voir, il n’existe cependant aucune disposition qui garantisse qu’on en arrêtera l’usage une fois le danger passé. Et il n’existe aucune garantie que ces techniques ne soient utilisées par après pour d’autres usages. C’est là le danger !

 

Tant qu’on n’aura pas appliqué d’autres mesures comme le dépistage et des soins préventifs, il faudra maintenir le confinement avec l’usage de ces technologies redoutables pour nos libertés et notre vie privée, mais il faudra lutter dès maintenant contre le maintien de ces restrictions à nos libertés car, ne nous faisons guère d’illusions, elles ne seront pas rétablies après la crise du COVID-19, N’oublions pas qu’il n’existe aucun pouvoir qui renonce spontanément à ses prérogatives, même celles qu’il a usurpées.

 

A chaque crise, nous en revenons donc à notre vieil ami George Orwell. Certes, il n’avait pas prévu une pandémie mondiale avec ses conséquences, mais il nous a si bien expliqué que nos chères libertés sont fragiles. C’est bien pour cette raison que COVID-19 peut aussi s’intituler COVID-1984.

 

 

Pierre Verhas

 

 

Prochain article : le coronavirus – le jour d’après

 

 

 

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