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  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 13:25

 

 

 

Dès le début de la crise du COVID-19, les hôpitaux risquant d’être saturés, il a été question de sélectionner les patients à guérir. Dès l’abord, l’attention s’est portée sur les personnes âgées, les vieux, les vioques ! On a même négligé les homes et résidences ou EHPAD comme on dit en France, en ne décidant pas ce qu’il fallait faire dès le début : des tests de dépistage systématique. Le confinement a été décrété le 14 mars 2020 en Belgique. Les tests systématiques n’ont réellement démarré que durant la semaine du 27 avril ! Et on a commencé par les homes pour personnes âgées. Aujourd’hui, on en fait partout, même sur les parkings des grandes surfaces commerciales !

 

 

 

Le dépistage massif débute péniblement en Belgique.

Le dépistage massif débute péniblement en Belgique.

 

 

 

Comment dès lors expliquer qu’on ait attendu tant de temps pour procéder à ce dépistage ? Qu’on ne vienne pas nous dire que l’on ne disposait pas des informations nécessaires sur le virus comme sur son dépistage. D’autres pays comme l’Allemagne et la Corée du Sud le pratiquaient depuis plusieurs semaines.

 

Non, la véritable cause est double : l’inefficacité du processus de décision au sein des instantes dirigeantes politiques et scientifiques et le poids insupportable des lobbies, notamment celui des entreprises transnationales pharmaceutiques. Mais, et c’est sans doute le plus grave, une idéologie nauséabonde s’installe peu à peu cautionnée par des universitaires de haut niveau. Il s’agit d’un mélange d’eugénisme et de darwinisme social. Ces systèmes de pensée qui ont jadis conduit aux pires crimes et excès qu’a connu le XXe siècle, particulièrement en Europe.

 

L’hypothèse génétique

 

Le quotidien belge francophone « Le Soir » du 5 mai 2020 fait état des recherches effectuées par le professeur émérite de l’Université de Namur, un économiste de haut niveau, Jean-Philippe Platteau et du chercheur FNRS Vincenzo Verardi, sur le déconfinement. Ils se basent sur la différence entre les nations et les régions « dans la prévalence du Covid-19 ». Et ces différences seraient génétiques ! Le professeur Platteau se base sur les résultats de recherches de microbiologistes de l’université de Gand qui ont « avancé qu’une partie des différences d’intensité de l’épidémie était imputable aux différences génétiques. » Voilà donc l’hypothèse génétique ! Mesure-t-on l’énormité de ces propos ? Le mot n’est pas prononcé ! Mais ce serait donc la race qui déterminerait le caractère de vulnérabilité d’une population à l’infection au coronavirus !

 

 

 

 

Le professeur émérite, Jean-Philippe Platteau, de l'Université de Namur, économiste, se consacre à l'économie de développement. Il vient de diriger une étude sur les méthodes de déconfinement où il aborde l'hypothèse génétique.

Le professeur émérite, Jean-Philippe Platteau, de l'Université de Namur, économiste, se consacre à l'économie de développement. Il vient de diriger une étude sur les méthodes de déconfinement où il aborde l'hypothèse génétique.

 

 

Et, se basant sur les conclusions de l’université gantoise, le professeur Platteau va encore plus loin. Il dresse une liste des populations génétiquement armées contre le virus. Ce sont celles de l’Autriche, de l’Allemagne, des pays scandinaves et du sud de l’Italie « sur lesquelles les conquêtes normandes ont laissé une empreinte biologique » !

 

Ahurissant ! On croirait lire un de ces bouquins de propagande pseudo-scientifiques des années 1930 traitant de la génétique des populations qui diffusaient les thèses nazies sur la « supériorité de la race aryenne » et particulièrement celle des « peuples germanique et nordique ». Le grand éphèbe blond est de retour !

 

 


 

L'éphèbe blond nordique, modèle de l'Allemagne nationale-socialiste, oeuvre du sculpteur d'Hitler Arno Breker qui  réalisa les bustes de Jean Cocteau et de Salvador Dali... Curieux autant que révélateurs rapprochements

L'éphèbe blond nordique, modèle de l'Allemagne nationale-socialiste, oeuvre du sculpteur d'Hitler Arno Breker qui réalisa les bustes de Jean Cocteau et de Salvador Dali... Curieux autant que révélateurs rapprochements

 

 

 

Ces Messieurs ajoutent que la structure sociale allemande joue un rôle fondamental. Ils avaient déjà élaboré un modèle mathématique de propagation de l’épidémie. Dans leur second modèle, ils se basent sur la structure sociale allemande comparée à celles de l’Italie et de la Belgique. Il s’agit donc du comportement des Belges, des Allemands et des Italiens dans leurs contacts sociaux. Ils ont modélisé les trois structures. Ils en concluent que le déconfinement serait bien moins dangereux en Allemagne où les contacts entre Allemands sont beaucoup moins fréquents qu’entre Belges et surtout qu’entre Italiens dont la structure sociale est bien plus conviviale.

 

Dès lors, les deux chercheurs concluent : « L’Allemagne cumule tous les avantages : le pays était bien préparé, ses habitants présentent des caractéristiques génétiques qui les rendent moins vulnérables au virus, et les comportements des individus contribuent à freiner l’épidémie. »

 

En plus, Platteau ajoute : « Il est impossible d’imaginer un déconfinement à l’échelle européenne. La diversité des peuples et des cultures à l’intérieur de l’Europe est trop grande pour permettre une solution générale aux problèmes complexes soulevés par cette pandémie. »

 

Donc, des scientifiques de haut niveau veulent démontrer que l’efficacité vient du patrimoine génétique d’une population donnée. Et, comme par hasard, il s’agit des populations nordiques. Les Normands qui ont occupé le Sud de l’Italie au Haut Moyen-âge et qui y ont laissé un précieux capital génétique ! Les Lombards – les plus atteints au départ par le Covid-19 – et les Toscans ne doivent pas être heureux d’apprendre cela. En plus, les Anglais ne doivent pas être contents non plus : les Normands les ont conquis en 1066. Ils y ont aussi laissé leurs gènes et, malgré cela, le Royaume Uni est un des pays les plus atteints par la pandémie ! Ne parlons pas des Etats-Unis qui sont le champion en la matière. Et l’Afrique ? On l’oublie ? Ce continent est le moins frappé par la pandémie. Quant à l’Asie, n’oublions pas que la pandémie est partie de Wuhan où on évoque une sombre histoire d’un laboratoire de microbiologie en partie financé par des intérêts français et qui aurait laissé échapper le méchant virus par accident. Bon. On n’en sait trop rien. Laissons les complotistes se défouler sur les réseaux sociaux… Et surtout, ne tirons pas de conclusions hâtives, définitives et réductrices.

 

Remise en question de l'existence de l'Union européenne : un moment historique

 

Ce qu’on sait cependant : les causes et le développement de la pandémie sont complexes, car elles dépendent de nombreux facteurs à la fois médicaux, sociaux, économiques, culturels. D’ailleurs, Platteau le reconnaît implicitement pour l’Europe. Il est donc très difficile de clicher un pays ou une région. Alors, évoquer la génétique d’une population donnée comme élément fondamental est non seulement incertain, mais aussi réducteur. Et, le plus grave, cette démarche dont on peut douter du caractère scientifique, ouvre la porte à des théories socio-politiques dont on a connu le résultat catastrophique, même monstrueux.

 

Ajouter en outre un regard critique sur la diversité européenne qui, là aussi, ne constitue pas une preuve de la difficulté de sortir de la crise sanitaire. Or, l'Europe, par essence, est diverse ! Les conclusions des chercheurs de l'Université de Namur remettent en question les fondements de l'Union européenne : l'Unité dans la Diversité.

 

Qu'on ne vienne pas dire qu'il n'aurait pas été possible de fixer une stratégie de déconfinement sur l'ensemble du territoire de l'UE. Il est vrai cependant que sa direction actuelle, qu'il s'agisse de la Commission, du Conseil ou du Parlement n'a guère démontré son efficacité au point que son existence est même menacée. 

 

Qu'on le veuille ou non. Nous vivons un moment historique.

 

Ajoutons que la renaissance de ces théories de darwinisme social et d’eugénisme n’est certainement pas l’intention du professeur Platteau et de son équipe. Mais, manifestement, ils n’ont pas pris la mesure des conséquences de leurs conclusions.

 

D’autant plus que la « bête » n’est ni morte, ni agonisante. Elle sort de son sommeil ! Et il est à la fois triste et d’un danger mortel que des équipes scientifiques de haut niveau l’y aident volontairement ou non.

 

 

 

Pierre Verhas

 

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