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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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24 mai 2021 1 24 /05 /mai /2021 21:31

 

 

 

La cause des derniers affrontements israélo-palestiniens est une opération de colonisation : celle du quartier Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, au Nord de la Vieille Ville. Il s’agit d’ailleurs d’un vieux contentieux (voir « Uranopole » : https://uranopole.over-blog.com/2021/05/le-feu-couvait-a-jerusalem.html ) qui s’est réveillé comme par hasard à un moment opportun.

 

Le journaliste franco-israélien Charles Enderlin qui vient de publier un ouvrage de mémoires intitule « De notre correspondant à Jérusalem », éditions Don Quichotte, Seuil, Paris, 2021, en rappelle les tenants et aboutissants dans « l’Echo » du 22 mai 2021. « Sur le fond, il faut distinguer le droit et la morale. D’un point de vue strictement juridique, les expulsions ont un fondement, il ne s’agit pas d’un coup de force. Les familles concernées sont des réfugiées de la Vieille ville, qui en avaient été chassées lors du conflit de 1967, voire avant, en 1948, et qui ont occupé des terrains sous contrôle jordanien, ayant un statut public vacant. De fait, elles ne sont pas propriétaires du sol. Elles font face à des promoteurs religieux qui ont demandé la régularisation de ces terres, en invoquant des titres de propriété juive datant du XIXe siècle – régularisation qui a été obtenue, d’autant que se trouve dans ce quartier le tombeau du rabbin Tshadik. Ces groupes utilisent le droit pour monter des projets de colonisation religieuse et d’« israélisation » de Jérusalem-Est.

 

Cette situation juridique, si elle est légale, doit donc être mise en balance avec la situation des réfugiés présents sur place, victimes de secousses historiques sur lesquelles ils n’avaient aucune prise. ».

 

 

 

 

Charles Enderlin un des journalistes les plus attaqués parce qu'il garde son esprit critique envers et contre tout.

Charles Enderlin un des journalistes les plus attaqués parce qu'il garde son esprit critique envers et contre tout.

 

 

Il y a également une cause politique. La crise qui empêche la formation d’un gouvernement en Israël depuis deux ans semblait connaître une issue. Le « bloc du changement » composé des leaders politiques israéliens opposés à Netanyahu aurait été proche d’un accord, ce qui aurait permis de se débarrasser de ce personnage qui sévit depuis quinze ans. Et, encore une hypothèse, une des formations dudit bloc se serait retirée et le déclenchement du conflit de Sheikh Jarrah représentait une belle opportunité pour le Premier ministre sortant.

 

Une opportunité politique de part et d’autre

 

Une belle opportunité aussi pour le Hamas, car les choses ne vont guère mieux du côté palestinien. Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne a une fois de plus reporté sine die les élections qui devaient avoir lieu le 21 mai, par crainte d’une victoire écrasante du Hamas. Là aussi, cela fait quinze ans de paralysie. Les jeunes Palestiniens sont excédés par cet immobilisme et exigent que des élections se déroulent le plus tôt possible.

 

Comme on le sait, l’embrasement eut lieu à la suite de l’offensive des colons à Sheikh Jarrah et aussi à l’Esplanade des mosquées par invasion de la mosquée Al Aqsa le vendredi 14 mai, jour de prière de la fin du Ramadan. C’est de la pure provocation dictée par une évidente stratégie de la tension de la part des extrémistes religieux israéliens. Le Hamas, de son côté, en a profité en lançant des roquettes à partir de la bande de Gaza sur plusieurs villes israéliennes dont Tel Aviv. Riposte de l’aviation israélienne qui a bombardé des objectifs civils à Gaza dont des immeubles où habitent des chefs du Hamas et un building nommé Jaala qui abritait les bureaux de la chaîne TV satellitaire qatarie Al Jazeera et ceux l’agence de presse étatsunienne Associated Press. Cette attaque contre la presse qui a « étonnamment » suscité très peu de réactions est symptomatique de la volonté israélienne d’opérer à « huis clos » comme le fit l’Armée US en Irak et en Afghanistan ! Ce petit jeu a duré une dizaine de jours jusqu’à l’accord sur un cessez-le-feu bien précaire. Résultat : jusqu’à présent, 12 morts du côté israélien, plus de 200 morts du côté de Gaza. Une fois de plus, la disproportion ! Et évidemment, des victimes civiles de part et d’autre. Alors, pourquoi ? Tout simplement parce que les enjeux sont politiques pour les deux parties.

 

 

 

 

 

Le bombardement de l'immeuble abritant l'agence de presse US Associated Press et les bureaux de la chaîne TV satellitaire qatarie Al Jazirra n'a suscité que très peu de réactions.

Le bombardement de l'immeuble abritant l'agence de presse US Associated Press et les bureaux de la chaîne TV satellitaire qatarie Al Jazirra n'a suscité que très peu de réactions.

 

 

 

Alors, quels sont ces enjeux et les conséquences politiques de ces affrontements ?

 

Le Hamas, quant à lui, a engrangé une évidente victoire politique au sein du peuple palestinien. Il fut le premier à réagir à la suite de la profanation de l’Esplanade des mosquées et des violences des colons sur les habitants palestiniens de Sheikh Jarrah. L’Autorité palestinienne a montré son impuissance en émettant de vagues protestations. Certes, des éléments du Fatah se sont attaqués à des postes de Tsahal un peu partout en Cisjordanie, mais sans conséquences et surtout sans couverture médiatique. Aussi, auprès de l’opinion palestinienne et surtout de la jeunesse, le Hamas est la seule organisation apte à attaquer efficacement l’occupant israélien ! Si les élections ont finalement lieu, il est certain qu’il en recueillera les fruits.

 

Du côté israélien, la droite et Netanyahu l’ont emporté. Les colons n’ont pas dû reculer dans leur offensive même s’ils sont loin d’avoir l’aval de l’opinion israélienne et Netanyahu a pu prouver que même en tant que Premier ministre des « affaires courantes », il peut s’opposer efficacement à une offensive du Hamas qui est bien plus dangereux pour Israël que l’Autorité palestinienne. Cependant, comme d’habitude en la région, ce n’est pas si simple.

 

 

 

Benyamin Netanyahu masque mal son jeu !

Benyamin Netanyahu masque mal son jeu !

 

 

 

Revenons à Charles Enderlin qui considère que le Hamas est indirectement une « invention » d’Israël. Les chefs de l’Etat hébreu considéraient dans les années 1980-1990 que l’ennemi à abattre était l’OLP dirigée alors par Yasser Arafat. Ce fut la raison de l’offensive militaire au Liban en 1982, Sharon qui était à l’époque ministre israélien de la Défense, tenta d’éliminer son état-major, Arafat en tête qui se trouvait à Beyrouth. Ce fut un échec. Les dirigeants palestiniens se réfugièrent en Tunisie et rien n’était résolu du côté d’Israël Aussi, pour pratiquer la classique politique du « diviser pour régner », il leur fallait trouver un opposant à l’OLP au sein du peuple palestinien. Ils s’orientèrent vers les religieux en finançant des mosquées à Gaza. En effet, les Frères musulmans qui étaient bien implantés à Gaza refusait de s’orienter vers la lutte armée. Ils privilégiaient l’action sociale auprès des Palestiniens de Gaza. L’autorité occupante israélienne voit en cette mouvance un contrepoids à l’OLP. Un centre islamique est fondé par le cheikh Ahmed Yassine. Il est autorisé et même fiancé par l’occupant israélien. Le Hamas, quant à lui, fut fondé en 1987. Il fut longtemps encouragé par Israël qui y voyait un rempart contre l’OLP. Ce n’est qu’en 1991 que le Hamas s’est doté d’une branche armée qui, pendant des années, n’a tué que des Palestiniens accusés de « collaboration » avec l’ennemi, mais ne s’attaquaient pas encore aux Israéliens. Une dissidence naquit cependant, le Djihad islamique qui provoqua plusieurs attentats meurtriers en Israël et à Gaza. Dès lors, le Hamas s’orienta lui aussi vers la lutte armée et le terrorisme.

 

Quiconque oublie la Nakba n’arrivera jamais à obtenir une paix juste avec les Palestiniens.

 

L’historien israélien Shlomo Sand a écrit, il y a longtemps, à propos du Hamas.

 

Le Hamas n'est pas une armée, c'est un mouvement de résistance terroriste qui agit comme tous ceux qui l'ont précédé, Viêt-Cong ou FLN. C'est justement parce que nos dirigeants savaient cela qu'ils avaient le devoir de privilégier la diplomatie, pour ne pas commettre ce massacre de civils. Nous avons fait la preuve que nous n'avons aucune retenue morale, pas plus que la France en 1957 en Algérie qui a détruit des villages entiers. » Plus loin, il ajoute : « Le Hamas, ce mouvement bête, pas diplomate, avait proposé une « oudna », une trêve de longue durée à Gaza et en Cisjordanie. Israël a refusé parce qu'il veut continuer de tuer les militants du Hamas en Cisjordanie, soit une quinzaine en octobre-novembre après des mois de calme. Israël a donc eu sa part de responsabilité dans la reprise des tirs de roquettes. Au lieu de renforcer le courant modéré du Hamas, Israël pousse les Palestiniens au désespoir. Nous avons ghettoïsé une population entière et refusons de lui accorder sa souveraineté depuis quarante-deux ans. Comme je suis indulgent envers Israël, je dirai seulement depuis vingt ans, 1988, date à laquelle Arafat et l'Autorité palestinienne ont reconnu l'Etat d'Israël, sans rien avoir gagné en échange.

 

 

Qu'on comprenne bien : je n'accepte pas les positions du Hamas et surtout pas son idéologie religieuse, parce que je suis un homme laïc, démocrate, et assez modéré. Comme Israélien et comme être humain, je n'aime pas les roquettes. Mais comme Israélien et historien, je n'oublie pas que ceux qui les lancent sont les enfants et petits-enfants de ceux qui ont été chassés de Jaffa et d'Ashkelon en 1948. Ce peuple de réfugiés, moi, Shlomo Sand, je vis sur la terre qui était la sienne. Je ne dis pas que je peux leur rendre cette terre. Mais que chaque offre de paix doit partir de ce constat. Quiconque oublie cela n'arrivera jamais à offrir une paix juste aux Palestiniens. » (Voir Uranopole : https://uranopole.over-blog.com/2014/08/gaza-mon-amour-2eme-partie.html )

 

 

 

L'historien israélien Shlomo Sand, bête noire de la droite sioniste est en réalité un homme de paix.

L'historien israélien Shlomo Sand, bête noire de la droite sioniste est en réalité un homme de paix.

 

 

 

Le Hamas meilleur ennemi d’Israël

 

 

Cependant, la réalité est encore plus surprenante. Charles Enderlin révèle dans son interview à « l’Echo » citée plus haut :

 

« Les responsables de la sécurité israélienne, militaire ou renseignement, considéraient qu'il s'agissait de braves religieux jusqu'à ce qu'ils découvrent en 1988 que ces gentils islamistes avaient en fait mis en place un commando, une branche armée extrêmement violente.

 

Appartenant à la Confrérie des Frères musulmans, le Hamas a pour but la destruction de l’État d’Israël. Mais, c’est en fait le meilleur ennemi d’Israël qui autorise le Qatar à lui transférer régulièrement des millions de dollars en liquide. Les valises de billets arrivent par l’aéroport de Tel-Aviv et sont conduites sous escorte policière jusqu’au barrage à l’entrée de Gaza. Cette politique est destinée à maintenir un Hamas fort tout en affaiblissant l’Autorité autonome de Mahmoud Abbas. »

 

C’est énorme ! Si cette information est exacte, toute la propagande sioniste n’est dès lors que mensonge ! N’oublions pas qu’elle émane d’un des meilleurs journalistes contemporains, Charles Enderlin, de nationalité franco-israélienne qui a consacré quasi toute sa carrière à l’observation du conflit israélo-palestinien. Il a pris d’énormes risques et a été traqué durant plusieurs années par les extrémistes juifs. Il est cependant resté sur la même voie : celle de l’information étayée à plusieurs sources.

 

Les Israéliens ont donc appuyé le Hamas pour combattre l’OLP puis l’Autorité Palestinienne qu’ils ont cependant reconnue lors des accords d’Oslo en 1993. Reconnaissance qui a coûté la vie à son signataire israélien, Itzhak Rabin en 1995. Accords qui ont été par après vidés de leur substance sous les gouvernements de Sharon et de Netanyahu. C’est aussi le double langage : Israël a fait pression sur la communauté internationale et particulièrement sur les Etats-Unis pour que le Hamas soit décrété organisation terroriste. Autrement dit, toute négociation côté cour devient impossible ! Et, côté jardin, on assure son financement provenant d’un Etat arabe proche de l’Iran considéré par Netanyahu comme le plus dangereux ennemi d’Israël ! Tsahal bombarde les populations civiles de Gaza ou fait tirer à bout portant sur des Palestiniens exprimant leur révolte en face de la frontière. Israël.  La « prison à ciel ouvert » comme l’écrivait feu Stéphane Hessel subit un blocus des plus rudes sous la chape de plomb des Israéliens avec la complicité des Egyptiens. Et on aide indirectement une organisation islamiste proche des Frères musulmans tout en bloquant le financement de l’Autorité palestinienne !  L’essentiel est en réalité pour le lobby religieux israélien de mener à son terme la colonisation de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie sans devoir se soucier de Gaza.

 

 

 

Photographie nocturne de Gaza. A droite, les roquettes tirées vers le territoire israélien, à gauche les tirs des batteries anti-missiles qui interceptent quelque 80 % des roquettes du Hamas. Un jeu diabolique qui n'a pour résultat de provoquer des victimes civiles et qui est en fait une sinistre opération de propagande.

Photographie nocturne de Gaza. A droite, les roquettes tirées vers le territoire israélien, à gauche les tirs des batteries anti-missiles qui interceptent quelque 80 % des roquettes du Hamas. Un jeu diabolique qui n'a pour résultat de provoquer des victimes civiles et qui est en fait une sinistre opération de propagande.

 

 

 

Une des conséquences majeures de cette politique quasi suicidaire est la transformation profonde de la société israélienne. Prenons l’exemple de Jérusalem. Voici ce qu’expose pour « Mediapart » la sociologue française Sylvie Bulle, spécialiste de Jérusalem.

 

« Les Palestiniens de Jérusalem-Est n’ont pas la nationalité israélienne. Pour une grande partie, ils ont des passeports jordaniens, ce qui fait qu’ils ont des problèmes de citoyenneté et de nationalité, contrairement aux Palestiniens d’Israël qui ont la nationalité israélienne, bien que le sentiment d’appartenance soit problématique. Effectivement, ceux-ci se sont rebellés de façon impressionnante dans différentes villes, en général des villes pauvres au centre du pays, caractérisées par une mixité de façade. Il y a une dimension populaire très importante à prendre en compte.

 

Concernant l’aspect générationnel, je dirais ensuite que les Palestiniens d’Israël de plus de 40 ans sont restés dans un modèle intégratif dont ils ont objectivement profité, à travers des avancées en termes d’éducation ou de pouvoir d’achat. Ils sont aussi les plus attachés à une représentation politique par les partis dits « arabes ». Les plus jeunes générations, en revanche, ne partagent guère cette culture. Elles se sentent de moins en moins liées à Israël, et n’ont pas ce même attachement à la représentation arabe.

 

Cette rébellion s’inscrit dans un climat de racisme intérieur que j’ai vu s’aggraver de façon très nette ces cinq dernières années, en raison d’une hostilité croissante et réciproque des populations, et en grande partie en raison de la droitisation du gouvernement. Ce dernier a suscité une libération de l’invective raciste. Ceux qui s’y adonnent le plus proviennent également de classes populaires juives orientales, défavorisés et longtemps délaissées par le gouvernement. Elles se sont tournées vers la pratique observante ou le nationalisme religieux (représenté par des partis politiques, comme Shas, le Foyer juif), en souhaitant que le judaïsme religieux s’inscrive davantage dans l’espace public. »

 

Ainsi, Israël se transforme en une société religieuse. Fini le sionisme progressiste et laïque. Et fini aussi la relative mixité entre Palestiniens et Juifs. Tout est fait pour séparer les deux peuples. Après la guerre des Six Jours de 1967 et la conquête de Jérusalem-Est, « La vieille ville a été vidée des Palestiniens qui ont dû trouver refuge ailleurs, et la planification de la ceinture des colonies a commencé. Les Palestiniens de Jérusalem-Ouest ont gardé la nationalité israélienne, alors que ceux de Jérusalem-Est ont obtenu le statut de résidents de Jérusalem. La « réunification » a paradoxalement consolidé la séparation entre Jérusalem-Est et la nouvelle ville (juive israélienne). La construction des implantations au-delà de Jérusalem-Est et aux confins des territoires palestiniens a conforté le poids de la population juive.

 

En 2004 enfin, la construction du mur de séparation a empêché une mobilité quotidienne entre Palestiniens des territoires et Palestiniens de Jérusalem. Cela a suscité une nouvelle fracture, avec une partie de Jérusalem-Est isolée de l’autre côté du mur, et certaines personnes se retrouvant dans un véritable no man’s land. On peut dire que Jérusalem n’est qu’une longue succession de fractures et de séparations. »

 

 

 

Le mur de séparation ou d'apartheid entre Jérusalem Est et la Cisjordanie. Encore un obstacle à une solution pacifique !

Le mur de séparation ou d'apartheid entre Jérusalem Est et la Cisjordanie. Encore un obstacle à une solution pacifique !

 

 

 

On est en train de théocratiser Jérusalem et Israël.

 

Sylvie Bulle constate en outre :

« La question religieuse dépasse celle du sort des Palestiniens, car le devenir de la ville séculière est en jeu. Jérusalem appartient aussi aux juifs, dont la plupart, attachés au pluralisme et à l’égalité, demeurent préoccupés par ces divisions, par ces évolutions, d’autant qu’ils peuvent être la cible de différentes hostilités.

 

On est en train de « théocratiser » Jérusalem, ce qui redouble la séparation avec les Palestiniens. Et la situation s’aggrave. Depuis cinq ou six ans, les parcs sont de plus en plus sujets à affrontements, alors qu’avant il y avait encore une forme de partage à peu près maîtrisé de ces espaces entre familles palestiniennes et familles nationalistes religieuses. Les premières sont maintenant chassées de ces espaces, ce qui entraîne une partition des espaces publics de plus en plus tranchée. Au milieu de tout cela, les laïques israéliens souvent troublés par cette transformation ont tendance à quitter la ville. »

 

La société palestinienne s’islamisant de son côté avec le regain d’influence du Hamas et de l’autre, la société israélienne autrefois relativement laïque se transforme petit à petit en une ethnocratie, c’est-à-dire en une entité uniquement juive, suite à la loi état-nation adoptée en juillet 2018 à la Knesset qui crée une citoyenneté juive à part entière et réduit les autres habitants, comme les Arabes israéliens et les Druzes en des citoyens de seconde zone Et, peu à peu s’installe une théocratie avec le fort regain d’influence des Juifs religieux

 

Comme le dit Sylvie Bulle, Israël demos se mue en Israël ethnos. C’est le pire destin que cet Etat peut connaître ! Quant aux Palestiniens, ils risquent de tomber sous la coupe des islamistes, ce qui peut signifier la fin de la Palestine. Et, en définitive, ce sont les deux peuples qui seront colonisés !

 

Quelle tragédie pour cette terre qui fut si diverse et si plurielle à travers l’histoire ! Mais, gardons espoir : sans doute de part et d’autre, les consciences s’éveilleront un jour. Il existe des deux côtés, nous le savons, des femmes et des hommes aptes à changer les choses. Mais espérons qu'on les laissera agir...

 

 

Pierre Verhas

 

 

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