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  • : Le blog de pierre verhas
  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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23 juin 2021 3 23 /06 /juin /2021 10:26

 

 

 

Le dernier épisode bruxellois de la « guerre du voile » vient de se terminer par un compromis boiteux qui ne satisfait personne. Cette guerre trentenaire née en France et qui s’est étendue à la Belgique n’a comme effet d’attiser les tensions faisant ainsi le jeu des extrémistes de tous bords.

 

Pourquoi ?

 

Ce combat contre le port du voile à l’école officielle et dans les services publics vise évidemment au premier chef, qu’on le veuille ou non, des femmes d’origine arabo-musulmanes et turques alors que cette campagne est dictée par la préservation des idées émancipatrices universalistes et aussi par la résistance à une offensive qualifiée d’obscurantiste. Cependant, elle est plus souvent assimilée à de l’antiféminisme et à du racisme et donc à de la discrimination. Ce que n’ont pas manqué de rappeler – l’occasion étant trop belle – les groupements islamistes, bien sûr, mais aussi plusieurs associations féministes et ligues antiracistes. Et d’un autre côté, l’extrême-droite en tire profit pour se donner une image de défenseuse des principes laïques.  Ainsi, la laïcité s’est retrouvée isolée par ce qu’il faut bien appeler une grave erreur stratégique.

 

 

 

Amis laïques : nous nous gourrons !

 

 

 

La laïcité qui dans son histoire fut à la pointe des grands combats libérateurs et émancipateurs comme l’instruction publique gratuite et obligatoire que prôna déjà au siècle des Lumières l’encyclopédiste Denis Diderot ouvrant ainsi le seuil des écoles au plus grand nombre, comme plus tard la séparation des Eglises et de l’Etat, comme la lutte contre le fascisme et le totalitarisme, comme le combat encore inachevé pour l’égalité des hommes et des femmes, comme les grands combats éthiques, tels la dépénalisation de l’IVG, le mariage homosexuel, l’euthanasie.

 

Aujourd’hui, la laïcité s’attaque au port du voile. Elle, dont la raison d’être est la liberté et l’égalité, prône un interdit et fustige un symbole !

 

Tout symbole, par définition, et bien des amis de la laïcité ne l’ignorent pas, a plusieurs interprétations parfois contradictoires. Les militants de l’interdiction du port du foulard le définissent comme un signe d’oppression de la femme, de prosélytisme religieux, ou encore identitaire pouvant constituer une menace à la neutralité de l’Etat. D’autres ont une vision bien plus large. Si on interroge les femmes qui portent le foulard comme l’a fait le « Soir » des 19 et 20 juin – après tout, elles sont les premières concernées – il y a plusieurs sensibilités allant de la liberté de se vêtir selon la tradition, en passant par le signe religieux sans plus, voire la mode. D’autres en revanche évoquent la pression familiale et sociale au sein de la communauté. Et puis, quels que soient les motifs, le port ou non du voile est avant tout l’affaire de femmes musulmanes qui en ont assez d’être indiquées du doigt !

 

La problématique du port du voile a une histoire complexe comme le rappelle « La Libre Belgique » du 18 juin : « À l’époque, les femmes qui portent le voile le font souvent par habitude, pour un motif davantage culturel que véritablement religieux. (…) Un tournant s’opère à la fin des années 1970, période où le voile islamique devient un porte-étendard religieux. En Belgique, c’est également un moment charnière dans l’histoire de la migration. » La révolution iranienne de 1979 amorce l’expansion mondiale de l’islamisme qui se traduit en Europe occidentale par la massification du port du foulard par les femmes musulmanes. Ensuite, l’histoire va peser de tout son poids : la menace terroriste exacerbée par les attaques du 11 septembre 2001 va changer profondément les relations en Europe avec les communautés arabo-musulmanes. La « Libre » ajoute : « Dans les discours, on ne parlera plus d’immigrés, mais de musulmans, décrypte Madame Corinne Torrekens, politologue et spécialiste de l’Islam à l’ULB. Or, en Belgique, on parle toujours des mêmes personnes. Cette identité basée sur la religion va émerger dans la population, comme en réaction aux différents éléments médiatique, politique et international. »

 

Dans une autre interview à la « Libre Belgique », le 3 juin, Madame Torrekens synthétise la question : « La première chose, c'est l'influence du débat français. La deuxième, c'est l'impact des attentats terroristes car ils jouent un rôle sur la peur que l'islam suscite. Et la troisième est l'orientalisme, c'est-à-dire l'idée que les femmes voilées sont des femmes soumises. » Il faut cependant ne pas oublier le rôle actif des islamistes en l’occurrence.

 

On le voit : une vision réductrice de la question du voile ne mène à rien. On peut dès lors comprendre dans l’affaire de la STIB le juge du Tribunal du Travail qui a refusé de trancher « net » en l’espèce. Il a posé une question : faut-il un régime de neutralité exclusive ou inclusive dans un service public ? Dans le « Soir » Madame Jamila Si M’Hammed présidente du comité belge Ni Pute Ni Soumise répond : « La neutralité, ça nous préserve. Et on commence à la grignoter en essayant de changer ses contours initiaux. Mais la neutralité n’est ni inclusive ni exclusive, elle est indivisible, elle est Une comme la laïcité. »

 

Amis laïques, nous nous gourrons ! La réduction de cette question complexe au port du voile est contreproductive et ne peut mener qu’à encore plus de tensions. Tout d’abord, la laïcité s’accommode mal d’interdits. Ce n’est pas son rôle de mener campagne contre un symbole, aussi dangereux ou non soit-il. Et c’est surtout une erreur stratégique, car cela donne à la laïcité l’image d’une pensée rigoriste comme celle de certaines Eglises. Elle s’est déjà assimilée à un culte, ce serait le comble qu’elle en prenne les aspects les plus rébarbatifs ! D’ailleurs, si elle persiste dans cette voie, on peut craindre qu’elle aille à sa perte.

 

La laïcité peut mettre fin à cette lancinante « guerre du voile » en menant à grande échelle des actions émancipatrices notamment, en collaboration avec les habitants, par exemple dans le domaine de l’enseignement local et de la formation, dans celui de la culture, de l’action sociale, etc. A ces initiatives doivent évidemment être associées les femmes, voilées ou non, car il est bien plus intéressant de savoir ce qu’il y a dans leur tête que de se soucier de ce qu’elles portent au-dessus.

 

Pierre Verhas

 

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commentaires

C
On feint ici d'ignorer la défense des institution publiques qui doivent être garanties par la neutralité. Sans concessions. Puis il y a l'usage privé qui doit être libre.
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G
Tout à fait d'accord avec toi, Pierre. Ce qui compte, c'est ce que les femmes musulmanes ont dans la tête et non ce qu'elles portent sur la tête. Et nombreuses sont les femmes musulmanes qui ont la tête bien remplie.
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