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  • : Blog consacré à l'actualité dans les domaines de la politique et de l'astronomie, vus au sens large. Ce blog n'est pas neutre : il se positionne à gauche, de philosophie laïque et donnant la primauté à l'expérience sur la spéculation. Ce blog est ouvert au débat, à l'exception des invectives, des attaques personnelles et des insultes qui seront systématiquement rejetées afin de permettre à chacun(e) de débattre en toute liberté et dans la sérénité qui n'exclut en rien la passion.
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24 octobre 2021 7 24 /10 /octobre /2021 20:37

 

 

 

175 années de détention aux Etats-Unis en vertu de l’Espionage Act et du Computer Fraud and Abuse Act, voilà ce que risque Julian Assange si le procès qui va débuter à Londres ce mercredi 27 octobre à la Court of Justice de Londres, l’équivalent de la Cour d’appel, aboutit à son extradition vers les Etats-Unis. Il s’agirait d’une réelle condamnation à mort. De toute façon, le sort du fondateur de Wikileaks sera bientôt scellé. Il lui restera un dernier recours éventuel à la Cour suprême britannique.  Celui qui a révélé au monde avec l’aide de Chelsea Manning, les câbles diplomatiques et des vidéos qui ont donné à l’opinion une tout autre vision de la guerre en Afghanistan et de celle en Irak intitulées chacune « guerre contre le terrorisme » risque réellement sa vie.

 

 

 

Il y en a tant qui souhaiteraient que Julian Assange se cache.

Il y en a tant qui souhaiteraient que Julian Assange se cache.

 

 

 

Si Assange est extradé, il sera jugé en Virginie, l’Etat où se trouve le siège de la NSA, second service de renseignements US et très gros employeur local. Le procès étatsunien, s’il a lieu, ne sera en aucune manière équitable. Donc, en cas d’extradition, le sort du journaliste est jeté.

 

 

A propos de journaliste, le jury suédois Nobel vient d’attribuer le prix Nobel de la Paix à deux journalistes : la philippine Maria Ressa et le russe Dmitry Muratov. Les deux lauréats refusent de se mobiliser pour Assange qui avait été nominé par plusieurs personnalités pour le même prix. On voit que, même pour deux journalistes censés défendre la liberté de la presse dans des conditions dangereuses et difficiles, on n’ose pas aller « trop » loin ! Cela transforme cette prestigieuse récompense en une mascarade ! Et malheureusement, ce n’est pas la première fois !

 

 

 

Dmitry Muratov et Maria Ressa, les deux journalistes Prix Nobel de la Paix 2021 refusent de reconnaître Julian Assange comme l'un des leurs !

Dmitry Muratov et Maria Ressa, les deux journalistes Prix Nobel de la Paix 2021 refusent de reconnaître Julian Assange comme l'un des leurs !

 

 

 

Les deux journalistes primés ont même laissé entendre qu’Assange n’est pas journaliste s’alignant ainsi sur l’argumentation des ennemis du fondateur de Wikileaks. Quel est donc cet acharnement à ne pas reconnaître l’apport considérable de Julian Assange ? Il est le premier à avoir compris et maîtrisé les techniques informatiques qui non seulement permettent de cacher des informations essentielles pour l’appréhension des processus de décision dans les conflits qui déchirent notre monde, mais aussi de les diffuser grâce au site Wikileaks. Des centaines de journalistes, par après, ont copié sa méthode de recherche de documents « confidentiels », notamment tous les « leaks » sur le scandale mondial de la fraude fiscale qui menace l’existence même de plusieurs Etats. Et, surtout, Julian Assange est indépendant. Il a toujours évité de s’aligner sur une quelconque puissance ou tendance. C’est pour le décrédibiliser que « l’on » a affirmé qu’il a servi Moscou dans la diffusion des e-mails de Hillary Clinton alors candidate démocrate contre Donald Trump.

 

Un arrêt d’appel qui est un véritable suspense !

 

Que va-t-il se passer mercredi prochain ? Depuis le jugement de première instance du 4 janvier 2021, la juge Baraister a refusé la demande US d’extradition d’Assange pour des raisons humanitaires tout en retenant les accusations lancées par la partie étatsunienne qui, en gros, considère que le travail journalistique d’unvestigation du fondateur de Wikileaks est en réalité de l’espionnage. Cette accusation est d’une gravité extrême aussi bien pour Assange, mais aussi pour l’ensemble de la communauté journalistique. Quand finit l’investigation journalistique et quand commence l’espionnage ? En ce cas-ci, l’accusation est la seule à avoir une réponse à cette question fondamentale et refuse de l’argumenter. Si ce concept est retenu par la Cour d’appel, le journalisme d’investigation est désormais en danger. Luk Vervaet a écrit sur le site « Le Grand Soir » du 16 janvier 2021 :

 

« Parce que, sur le fond, Baraitser a accepté toutes les accusations étasuniennes contre Assange. Selon la juge, Assange aurait droit à un procès équitable aux États-Unis. Pour elle, le journalisme d’investigation, c’est de « l’espionnage ». La liberté d’expression ne veut pas dire « qu’on peut publier tout ce qu’on veut ». Même si l’article 4 de la loi britannique sur l’extradition dit que : « L’extradition ne sera pas autorisée quand il s’agit d’un délit politique », elle a jugé que le traité d’extradition (le UK Extradition Act de 2003) s’appliquait bien dans le cas d’Assange. Enfin, la protection par Assange de ses sources, parmi lesquelles Chelsea Manning, équivaut à du « piratage criminel ».

 

En retenant, les accusations sur le fond, Baraister a ainsi empêché la libération de Julian Assange. Il continue ainsi à croupir dans la prison de haute sécurité de Belmarsch surnommée le « Guantanamo britannique ». Il s’est également produit un autre événement. D’après Joe Lauria de « Consortium News », un site d’investigation journalistique, les États-Unis ont fait appel de la décision d’interdiction de l’extradition. Le tribunal a accueilli trois des cinq motifs d'appel, à l'exclusion de la question de la santé d'Assange.

 

 

 

Joe Lauria, rédacteur en chef de "Consortium News", un grand journaliste étatsunien, soutient à fond Julian Assange.

Joe Lauria, rédacteur en chef de "Consortium News", un grand journaliste étatsunien, soutient à fond Julian Assange.

 

 

 

Les États-Unis ont donc contesté cette décision et lors d'une audience devant la Haute Cour le 11 août, le juge Holroyde a annulé la décision antérieure du tribunal, se rangeant du côté de l'argument américain selon lequel la conclusion de Baraitser sur la santé d'Assange pouvait faire l'objet d'un appel. On accuse Assange d’être un simulacre et de n’être pas assez malade pour interdire l’extradition !

 

 

 

Le Lord Justice Timothy Holroyd, pur produit de l'establishmant britannique, a cassé l'interdiction d'appel concernant l'état de santé de Julian Assange.

Le Lord Justice Timothy Holroyd, pur produit de l'establishmant britannique, a cassé l'interdiction d'appel concernant l'état de santé de Julian Assange.

 

 

 

Une nouvelle inquiétante

 

Ce même Holroyde, pur produit de l’establishment britannique, rejoindra la Cour de Justice le 27 octobre accompagné de Lady Judith Farbey de la même Haute Cour et qui n’a pipé mot lors de l’audience du 11 août. Cette procédure est extrêmement rare, car les juges qui ont déjà statué en faveur d’une des parties en première instance ne siègent jamais en appel. Or, Holroyde a tenu des propos très sévères à l’égard de l’éditeur de Wikileaks.

 

C’est incontestablement une nouvelle très inquiétante pour Assange et pour la Justice britannique !

 

Il y a cependant un élément rassurant d’après le même Joe Lauria qui est un journaliste chevronné comme ancien de Wall Street Journal, du Boston Globe, du Sunday Times et du New York Times, dans Consortium News. Le juge Burnett se joindra à Lord Justice Timothy Holroyde à la Cour de Justice mercredi prochain.

 

 

 

Le baron Burnett, un des plus puissants juges du Royaume Uni se prononcera sans doute contre l'extradition d'Assange. Un espoir !

Le baron Burnett, un des plus puissants juges du Royaume Uni se prononcera sans doute contre l'extradition d'Assange. Un espoir !

 

 

 

Burnett, connu sous le nom de Baron Burnett of Maldon, était le juge de la Haute Cour qui, pour des raisons humanitaires, a annulé une décision de justice antérieure selon laquelle le militant britannique Lauri Love, un hacker accusé d’avoir piraté les ordinateurs de la NASA et du FBI, devait être extradé vers les États-Unis. Burnett a décidé en février 2018 que l'extradition de Love serait « dangereuse en raison de son état physique et mental ». En outre, le juge Burnett est un des plus puissants du Royaume et du Pays de Galle. Il est clair que sa contribution pèsera sur le jugement final.

 

Enfin, en attendant, il s’est produit deux événements essentiels qui pourraient influencer les débats au sein de la Court of Justice. En premier lieu, un ancien collaborateur à Wikileaks, un ressortissant islandais Sigurdur Thordarson est actuellement en détention en Islande.

 

Un traître et faux témoin

 

Selon Bjartmar Oddur Þeyr Alexandersson, Gunnar Hrafn Jónsson, journalistes au journal islandais Stundin, un des organes de presse les plus réputés du pays des volcans, Thordarson est un témoin clé pour le ministère de la Justice des États-Unis, selon des documents présentés à un tribunal britannique dans le but d’obtenir l’extradition de Julian Assange. Il a été recruté par les autorités américaines pour monter un dossier contre Assange après leur avoir fait croire qu’il était auparavant un de ses proches collaborateurs. Dans une interview récente accordée à Stundin, il a admis avoir fabriqué des déclarations pour impliquer Assange et a contredit les propos qu’il aurait tenus dans des documents judiciaires américains. En fait, il s’était porté volontaire pour collecter des fonds pour Wikileaks en 2010, mais il a été découvert qu’il avait profité de cette occasion pour détourner plus de 50 000 dollars à l’organisation. À cette époque, Julian Assange était en visite en Islande, le pays d’origine de M. Thordarson, en raison de son travail avec les médias islandais et les membres du Parlement pour préparer l’Initiative islandaise pour les médias modernes, un projet de liberté de la presse qui a débouché sur une résolution parlementaire soutenant les lanceurs d’alerte et le journalisme d’investigation.

 

 

 

Julian Assange en très mauvaise compagnie avec le traître Thordarson

Julian Assange en très mauvaise compagnie avec le traître Thordarson

 

 

 

Thordarson est un récidiviste qui a été décrit comme un "sociopathe" par des psychologues mandatés par le tribunal lors d’un procès qui l’a vu emprisonné pour des crimes sexuels commis sur neuf garçons mineurs qu’il a trompés et contraints à lui accorder des faveurs sexuelles. Cinq autres affaires similaires ont été abandonnées en raison du manque de preuves. L’une des victimes s’est suicidée après que les procureurs ont abandonné les charges spécifiquement liées à ses abus.

Selon les sources de Stundin, la principale raison de l’arrestation récente de Thordarson est le nombre important et croissant de cas de fraude financière dont il est accusé, notamment la falsification de la signature de son propre avocat afin de gonfler frauduleusement la valeur nette des actifs de sa société.

 

Un projet de kidnapping

 

Stundin a demandé à Kristinn Hrafnsson, rédacteur en chef de Wikileaks, un commentaire sur l’arrestation de Thordarson, puisque ce dernier est un témoin clé dans l’affaire contre Julian Assange, ancien rédacteur en chef de Wikileaks, et a reçu la déclaration suivante :

 

« La semaine dernière, nous avons appris le plan de la CIA pour kidnapper ou tuer Assange dans le centre de Londres et maintenant le témoin clé de l’accusation américaine contre lui est en prison pour des délits en série - la même personne qui, il y a quelques semaines, a confirmé dans des interviews que les éléments de l’acte d’accusation contre Julian où il était le seul témoin, étaient des fabrications totales. Les poursuites contre Assange doivent être abandonnées et en aucun cas, compte tenu des récentes révélations, le Royaume-Uni ne peut l’extrader. »

Espérons qu’il aura raison !

 

Un projet d’assassinat

 

En outre, rapporte le site du « Grand Soir » le 21 septembre 2021 :

 

« En 2017, alors que Julian Assange entamait sa cinquième année de détention dans l’ambassade d’Équateur à Londres, la CIA a comploté pour kidnapper le fondateur de WikiLeaks, suscitant un débat animé parmi les responsables de l’administration Trump sur la légalité et l’aspect pratique d’une telle opération.

 

Certains hauts responsables au sein de la CIA et de l’administration Trump ont même discuté de l’assassinat d’Assange, allant jusqu’à demander des "ébauches " ou des " options " sur la façon de l’assassiner. Des discussions sur l’enlèvement ou le meurtre d’Assange ont eu lieu "aux plus hauts niveaux" de l’administration Trump, a déclaré un ancien haut responsable du contre-espionnage. "Il ne semblait y avoir aucune limite".

 

Ces conversations faisaient partie d’une campagne sans précédent de la CIA dirigée contre WikiLeaks et son fondateur. Les plans à plusieurs volets de l’agence comprenaient également l’espionnage intensif des associés de WikiLeaks, le développement de la discorde entre les membres du groupe et le vol de leurs appareils électroniques.

 

Alors qu’Assange était dans le collimateur des agences de renseignement américaines depuis des années, ces plans de guerre totale contre lui ont été déclenchés par la publication par WikiLeaks d’outils de piratage extraordinairement sensibles de la CIA, connus collectivement sous le nom de "Vault 7", dont l’agence a finalement conclu qu’ils représentaient "la plus grande fuite subie par la CIA de toute son histoire".

 

Le directeur de la CIA récemment nommé par le président Trump, Mike Pompeo, cherchait à se venger de WikiLeaks et d’Assange, qui s’était réfugié à l’ambassade d’Équateur depuis 2012 pour éviter d’être extradé vers la Suède en raison d’allégations de viol qu’il niait. Pompeo et d’autres hauts dirigeants de l’agence "étaient complètement détachés de la réalité parce qu’ils étaient tellement embarrassés par Vault 7", a déclaré un ancien responsable de la sécurité nationale de Trump. "Ils ont vu rouge".

 

La fureur de la CIA à l’égard de WikiLeaks a conduit Pompeo à décrire publiquement le groupe en 2017 comme un "service de renseignement hostile non étatique". Plus qu’un simple point de discussion provocateur, la désignation a ouvert la porte aux agents de l’agence pour prendre des mesures beaucoup plus agressives, traitant l’organisation comme elle traite les services d’espionnage adverses, ont déclaré d’anciens responsables du renseignement à Yahoo News. En l’espace de quelques mois, les espions américains ont surveillé les communications et les déplacements de nombreux membres du personnel de WikiLeaks, y compris la surveillance audio et visuelle d’Assange lui-même, selon d’anciens responsables. »

 

On comprend mieux l’acharnement de la CIA à éliminer Assange, non parce qu’il présente un danger, mais surtout comme exemple ! Avoir détecté le système de piratage « Vault 7 » représente pour cette agence un échec considérable ! Et c’est là le vrai danger pour le génial journaliste informaticien.

 

Même si, hypothèse peu probable, Julian Assange est libéré par la Justice britannique, lui et sa famille sont en danger. L’Etat profond de la principale puissance mondiale ne peut tolérer avoir essuyé un tel échec de la part d’un informaticien-journaliste attaché à la liberté au plus profond de lui-même En définitive, s’il ne représente plus un danger, il reste un exemple pour l’ensemble de la profession de l’information, et cela ne se pardonne pas !

 

En cas d’extradition ou d’élimination de Julian Assange, ce sera une des plus grandes impostures de l’histoire.

 

 

Pierre Verhas

 

 

 

Tous ceux qui militent pour la liberté de la presse et celle de Julian Assange ne seront jamais assez reconnaissants envers Viktor Dedaj, un des responsables du site le Grand soir.info qui traduit, analyse et diffuse depuis des années des articles, communiqués, analyses consacrés à cette tragique affaire qui doit nous faire réfléchir et agir pour l’avenir d’une société libre, fraternelle, égalitaire.

 

 

 

 

 

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