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12 novembre 2021 5 12 /11 /novembre /2021 21:26

 

 

 

L’Union européenne est confrontée à une très grave crise à la fois à sa frontière orientale et avec certains pays de l’Est.

 

Tout a commencé avec l’arrêt de la Cour constitutionnelle polonaise considérant que les directives européennes doivent être conformes à la Constitution polonaise rejetant ainsi le principe de hiérarchie des normes qui est la base même des traités européens : une règle européenne est supérieure à une norme nationale. Notons que la Cour constitutionnelle allemande à Karlsruhe avait évoqué ce principe de souveraineté nationale au sujet de la politique monétaire européenne.

 

Une partie de bras de fer s’est engagée entre la Commission européenne et la Pologne – la Cour de Justice n’ayant pas encore tranché – et s’annonce loin d’être résolue. D’autre part, les autres pays dits de « Visegrad » sans l’affirmer ouvertement, semblent d’accord avec le gouvernement polonais. Qu’est-ce donc ? A l’origine le groupe la ville hongroise de Visegrad fut en 1335 une alliance entre les royaumes de Pologne, de Hongrie et de Bohème pour contrer la puissance montante des Habsbourg. Aujourd’hui, ce groupe s’est reconstitué formellement et est composé des mêmes pays membres de l’UE et de l’OTAN : la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie et la Slovaquie. En clair, les principaux pays de l’Est qui ont adhéré aux deux alliances occidentales à l’exception de la Roumanie, de la Bulgarie, de la Slovénie et de la Croatie. L’Autriche, de son côté, se montre intéressée par cette alliance encore en gestation. Officiellement, le groupe de Visegrad fondé en 1991 est destiné à assurer une meilleure intégration des quatre pays en question. Aujourd’hui, ce groupe se montre de plus en plus autonome à l’égard de Bruxelles tout en étant pas partisan d’une rupture.

 

L’importance du groupe de Visegrad

 

En effet, la crise migratoire a réveillé le groupe de Visegrad qui en 2017 s’est montré hostile à la politique migratoire de l’Union. En juin 2018, les quatre pays refusent de participer au sommet consacré à la migration organisé par la chancelière Angela Merkel. Ils sont rejoints par l’Autriche de l’ex-chancelier Kurz. En clair, une profonde division de l’Europe est en train de se produire sans que les autorités de Bruxelles s’en rendent compte.

 

Cela est pourtant clair en Le groupe de Visegrád est au centre de l’Initiative des trois mers, lancée le 25 août 2016 à Dubrovnik en présence de représentants des États-Unis et de la Chine. Cette organisation rassemble douze pays européens de la Baltique à la mer Noire et à l’Adriatique – groupe de Visegrad - plus Lituanie, Estonie, Lettonie, Autriche, Slovénie, Croatie, Roumanie, Bulgarie – autour de projets communs d’infrastructures et en particulier la coopération énergétique, notamment pour favoriser la pluralité des sources d’énergie et diminuer la dépendance énergétique envers qui que ce soit. Le général américain James L. Jones, président de Jones Group International et ancien conseiller à la sécurité nationale du président Obama a déclaré que le développement de l’Initiative des Trois Mers doit être un élément non seulement de développement européen mais aussi de sécurité. Le général Jones a insisté sur l’emploi par la Russie de sa position de fournisseur d’énergie pour augmenter son influence économique et renforcer ses objectifs géopolitiques. Les Etatsuniens semblent ainsi décidés à empêcher un éventuel rapprochement entre le groupe de Visegrad et la Russie de Poutine.

 

D’ailleurs, sur le plan énergétique, le groupe de Visegrad prend le chemin inverse de ses partenaires européens et particulièrement de l’Allemagne. Il prône le retour au nucléaire alors que plusieurs Etats-membres optent pour les énergies alternatives à l’exception notable de la France de Macron qui s’est prononcée pour la construction de nouvelles centrales.

 

Ajoutons l’influence de la Russie en la matière, au grand dam des Etats-Unis. D’après le Monde diplomatique de juillet 2013 : « La compagnie d’Etat russe Rosatom travaille par ailleurs à la construction d’une centrale dans l’enclave de Kaliningrad, et en prévoit la mise en service en 2017. De son côté, Atomstroyexport se charge de l’édification d’une centrale dans l’ouest de la Biélorussie, largement financée par des fonds russes, dont la mise en service est attendue pour 2018-2019. La production de ces centrales, destinée en partie à l’exportation, redéfinira la carte énergétique de la région, faisant de la Russie un fournisseur d’électricité central. »

 

Selon le site « toute l’Europe », « … le groupe de Visegrad se distingue nettement au sein de l’Union européenne. Longtemps inconnu du grand public, le groupe de Visegrad ne cesse de gagner en notoriété depuis l’automne 2015. Cela est principalement dû à la proximité idéologique des dirigeants hongrois, polonais, slovaque et tchèque et ce, en dépit de leurs divergences partisanes.

 

 

 

Les dirigeants des pays du groupe de Visegrad en juillet 2020. De gauche à droite : Igor Matovič (Slovaquie), Viktor Orbán (Hongrie), Mateusz Morawiecki (Pologne) et Andrej Babiš (République tchèque) - Crédits : Conseil de l’UE

Les dirigeants des pays du groupe de Visegrad en juillet 2020. De gauche à droite : Igor Matovič (Slovaquie), Viktor Orbán (Hongrie), Mateusz Morawiecki (Pologne) et Andrej Babiš (République tchèque) - Crédits : Conseil de l’UE

 

 

 

D’un point de vue général, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie se rejoignent actuellement pour défendre la souveraineté des Etats membres au sein de l’Union européenne. Farouche défenseur du Marché unique et des quatre libertés de circulation (des personnes, des biens, des marchandises et des services), le groupe de Visegrad prône en revanche un rapatriement de compétences au niveau national et un renforcement du Conseil européen au détriment de la Commission. »

 

Une nouvelle crise migratoire

 

Les sanctions prises par l’Union européenne à l’égard de la dictature Belarus d’Alexandre Loukachenko ont provoqué une riposte tout à fait inattendue. Celui-ci a fait venir par charter des milliers de migrants de Syrie avec la complicité manifeste de Moscou et les conduit de force aux frontières polonaise et lituanienne. Le gouvernement polonais a opté pour la fermeté en refusant leur entrée par la force. De graves incidents ont lieu à la frontière et on observe que l’Union se trouve impuissante à trouver une solution alliant dignité et fermeté. Quelque 2 000 migrants sont bloqués à la frontière. Leur situation est dramatique. Ils ne peuvent s’en retourner, les Biélorusses leur interdisent, bien que certains passent à travers les mailles du filet et parviennent à l’aéroport de Minsk où ils prennent un avion pour la Syrie ou l’Irak !

 

 

 

Le dictateur Alexandre Loukachenko est-il en réalité la marionnette de Poutine ?

Le dictateur Alexandre Loukachenko est-il en réalité la marionnette de Poutine ?

 

 

 

Dans l’immédiat, l’UE prépare un nouveau train de sanctions, le cinquième, contre la Biélorussie. Il devrait être entériné lundi 15 novembre par les ministres des affaires étrangères. Puis, les ministres de la défense évoqueront également en priorité ce dossier, qui « n’est pas une guerre mais une crise sérieuse, une tentative de militariser la question de la migration », expliquait, mercredi, devant les eurodéputés, le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, l’Espagnol Josep Borrell. Le même haut représentant est aussi à la base de constitution d’une base opérationnelle de 25 000 soldats servant sous le drapeau de l’Union européenne.

 

Tout cela a un écho de bruits de bottes, même si les dirigeants européens s’en défendent la bouche en cœur. D’un côté la situation dramatique des réfugiés qui servent de pions dans la partie de poker qui se déroule entre la Russie par Belarus interposée et l’Union européenne qui ne parvient pas à avoir une position cohérente.

 

 

 

Les migrants sont massés à la frontière de la Belarus avec la Pologne encore bloqués par des barbelés face aux gardes frontières polonais.

Les migrants sont massés à la frontière de la Belarus avec la Pologne encore bloqués par des barbelés face aux gardes frontières polonais.

 

 

 

Loukachenko, de son côté, avertit : de nouvelles sanctions provoqueront une coupure du gaz naturel en provenance de Russie, transitant par la Belarus, à destination de l’Europe. Quelque 35 % du gaz russe consommé en Europe passe par le gazoduc Yamal-Europe, qui dessert la Pologne, l’Allemagne et d’autres pays. La menace n’est pas prise au sérieux par Bruxelles, où l’on invoque des obligations internationales difficilement contournables. C’est pour le moins de la naïveté ! Un dictateur passe toujours au-dessus des obligations internationales !

 

Avec le surenchérissement du gaz et des hydrocarbures, une coupure de cette ampleur aurait de toute évidence de graves conséquences économiques. L’Union européenne n’est pas en position de force en dépit des déclarations matamoresques de Madame Ursula von der Leyen qui n’a que le mot « sanction » à la bouche.

 

D’après Jean-Pierre Stroobant correspondant du « Monde » à Bruxelles, un haut responsable du Conseil européen affirmait, mercredi, que le Kremlin, au-delà de l’affaire biélorusse, était en train de « tester » les Européens, comme il ferait en Libye, au Mali, en République centrafricaine ou au Mali. « Il existe deux hypothèses : soit Poutine encourage, soit il laisse faire. Soit il utilise Loukachenko dans une tentative de déstabilisation de l’Union, soit il a décidé de le laisser agir et d’utiliser la migration comme une arme, sans user de son influence considérable auprès de lui. »

 

 

 

C'est manifestement Vladimir Poutine qui mène le jeu.

C'est manifestement Vladimir Poutine qui mène le jeu.

 

 

 

Dans cette crise, l’Union européenne montre une fois de plus sa faiblesse. Poutine est le maître du jeu et il faudra, qu’on le veuille ou non, compter avec lui. D’autre part, en son sein, l’UE est mise à l’écart. Dans le même article du « Monde », il est révélé : deux bombardiers russes se sont livrés, jeudi, à des « exercices » au-dessus du territoire biélorusse. La veille, des avions avaient déjà survolé la zone frontalière entre la Biélorussie et la Pologne, tandis que M. Michel conversait avec M. Morawiecki. Lors de cette rencontre, le président du Conseil ne paraît pas avoir obtenu d’indications quant à la volonté de Varsovie d’impliquer l’agence Frontex dans la crise actuelle, comme cela lui est demandé par plusieurs capitales. M. Morawiecki n’a pas non plus indiqué si l’accès de personnels humanitaires, d’ONG, de fonctionnaires de la Commission et de journalistes dans la zone où les migrants vivent dans le froid et le dénuement serait autorisé. En plus, Charles Michel a proposé une aide pour construire des « barrières physiques » aux frontières de l’UE. On sent qu'il a beaucoup appris de son copinage avec l'extrême-droite de la NV-A lors du gouvernement dit « la Suédoise » ! Tollé, même au sein du Conseil européen où il lui est répliqué : « Mesures de protection ne signifient pas barbelés ou murs » !

 

Bref, en refusant son aide et l’intervention des organismes européens chargés du contrôle et de l’aide aux réfugiés, et en proposant des mesures contraires à ses principes fondamentaux, la Pologne met l’UE hors-jeu.

 

Charles Michel et Ursula von der Leyen feraient bien d’apprendre à jouer aux échecs ! Cela leur sera très utile pour mener une diplomatie digne de ce nom, seule à même de sortir de cette crise particulièrement dangereuse.

 

 

Pierre Verhas

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